Acquittée 4 fois, l’universitaire Pinar Selek inquiète quant à l’issue d’une cinquième décision de Justice

La Turquie vote ce dimanche dans le cadre d’un référendum qui vise à étendre les pouvoirs de son président conservateur Recep Tayyip Erdogan. En exil, l’universitaire Pinar Selek, passée par Strasbourg, craint que le durcissement du régime mette fin à la série d’acquittement dont elle a jusqu’ici bénéficié. Aucune date n’est connue pour la prochaine décision, que les juges prendront sans passer par un procès.
Pinar Selek était de passage à Strasbourg jeudi 13 avril le temps d’un colloque sur la Littérature. De retour dans la première université française qui l’a accueillie, les étreintes sont longues et chargées d’émotion quand elle croise ceux qu’elle a côtoyé près de trois ans, là où ses démarches d’exilée ont débutées.
Depuis 1998
Sociologue, Pinar Selek effectuait ses travaux au sein du groupe armé kurde, le PKK. Le gouvernement turc lui avait demandé de révéler l’identité de personnes qu’elle a interrogées, ce qu’elle a refusé malgré la torture.
Elle est alors accusée d’avoir participé à un attentat terroriste, une explosion sur un marché le 9 juillet 1998. Des enquêtes concluent plus tard à une fuite de gaz, mais la chercheuse est à chaque fois poursuivie par le procureur en appel pour terrorisme.
Dans son calvaire, Pinar Selek a vécu deux ans en détention provisoire. Plus de 200 avocats se sont penchés sur son cas. Ce qui rend son cas hors-norme est que la Cour d’Assises a elle-même annulée son propre acquittement en 2012, ce qui a fait redémarrer la procédure du début. Une première condamnation en 2013 est annulée pour vice de procédure.
Acquittée une quatrième fois en 2014 lorsque tout a recommencé, l’universitaire attend une cinquième décision de justice, sauf que cette fois-ci, la Justice sera rendue de manière bien différente :
« Les juges vont décider entre eux. Cela peut-être dans une semaine ou dans six mois. »
En janvier 2017, le Procureur avait requis une condamnation à perpétuité. Le durcissement du régime islamo-conservateur turc qui a suivi le coup d’État raté en juillet 2016 s’est soldé par le licenciement de 3 613 universitaires et 10 131 fonctionnaires.
Licenciement d’universitaires
Ses soutiens visent désormais à généraliser le cas de Pinar Selek à celui des universitaires en Turquie.
Autour d’une eau pétillante, l’exilée politique, aujourd’hui chercheuse associée à l’Université de Nice-Sophia Antipolis, confesse l’incertitude permanente est difficile à vivre :
« Parfois j’ai peur de perdre l’équilibre. J’essaie de sortir de ce film dont je ne connais pas le scénario et la fin. Mon cas a des particularités mais je fais partie de la purge actuelle avec de nombreuses personnes qui ne sont pas du tout médiatisées. Si je suis condamnée cela pourra aussi avoir des répercussions sur ma famille. Car même en exil, je ne me tais pas. Heureusement qu’il existe une solidarité sans frontières, autour de valeurs, que je retrouve vraiment en France. »
Pour oublier, elle écrit. Alors que ses travaux se concentrent sur la diaspora arménienne et visent à rendre la sociologie publique, son deuxième roman devrait bientôt paraître.
« Une continuité du régime »
Dix-neuf ans après les faits, l’universitaire estime que son cas montre une certaine continuité du régime :
« Le loups gris, les nationalistes turcs étaient au gouvernement quand j’ai été poursuivie. Ils ont été exclus du gouvernement ensuite, lors des débuts d’Erdogan, qui mettait alors en place des politiques libérales. Mais ils sont restés présents dans certains corps de l’État. Ils sont désormais de retour dans une alliance islamo-nationaliste. Le contexte n’est pas très positif, mais je pense que l’on peut toujours changer les choses. La visibilité européenne de ces agissements est importante. »
Réfugiée politique, elle ne peut pas voter pour le référendum qui vise à étendre les pouvoirs du président Erdogan (AKP), dans le temps mais aussi dans des domaines comme la nomination de juges, qui se tient ce dimanche 16 avril :
« Il est sûr qu’un « non » affaiblirait Recep Tayip Erdogan, mais il n’y aura pas d’alternance. Une opposition existe, mais elle n’est pas organisée comme un parti. »

Les soutiens cherchent à mobiliser
Ses soutiens veulent désormais interpeller les décideurs français et européens. Mais ces derniers ont montré une certaine frilosité face aux provocations de ses dirigeants. L’Etat turc est en position de force depuis qu’il assume la question des réfugiés pour l’Union européenne.
L’Université de Strasbourg est représentée dans le comité de soutien strasbourgeois de Pinar Selek. Ses membres espèrent un soutien renouvelé du nouveau président Michel Deneken, après les positions très affirmées de son prédécesseur Alain Beretz. La présidente de l’Université niçoise où Pinar Selek travaille ne s’est pas personnellement prononcée, là où d’autres présidents, à Brest et Paris VIII l’ont fait.
Si les voies de recours turques concluent à une condamnation, les appuis de Pinar Selek réfléchissent aussi à un recours auprès de la Cour européenne des droits de l’Homme à Strasbourg.
Mustafa, 24 ans, entrepreneur et fondateur de « Jeunesses urbaines », penche pour François Fillon

Parcours de vote – Gendarme de formation, entrepreneur et fondateur d’une association pour jeunes, Mustafa cumule les casquettes et trouve de plus en plus d’intérêt à aller voter. Pour défendre son activité, il pense voter pour François Fillon, qu’il juge le plus apte à la fonction.
Ce n’est pas facile de cerner rapidement Mustafa, jeune actif et multi-tâches. A 24 ans, il a monté sa propre auto-école, après un court passé de gendarme. Il a aussi lancé sa propre association dans le quartier « prioritaire » Libermann à Illkirch-Graffenstaden : l’organisation Jeunesses urbaines favorise des activités sportives et artistiques pour ses membres, qui se sont peu à peu étendus aux jeunes de Strasbourg.
Il ne s’est pas toujours intéressé à la politique mais a toujours tenu à aller voter. Et cette année, il votera peut-être pour François Fillon.
De la corvée à un intérêt grandissant
Depuis qu’il a monté son entreprise, Mustafa a évolué sur sa vision de la société. Avant, il suivait les élections comme un passage obligatoire, un événement auquel il participait sans convictions, en suivant sa famille aux urnes :
« Je faisais mon devoir civique. J’allais voter pour voter, je ne suivais pas vraiment les programmes. »
Dans son entourage, on parle un peu de politique, on évoque les candidats, mais surtout pour exprimer une certaine lassitude, fustigeant les hommes politiques qui seraient « tous des menteurs ».
Mais aujourd’hui, lui, il voit les élections comme un moyen de participer, d’exprimer sa préférence pour quelqu’un qui propose des solutions pour les employeurs comme lui :
« Quand on a une entreprise, on participe à l’économie. Maintenant je vais davantage voter par intérêt ».
« Compliqué d’être employeur »
C’est pour cela qu’il veut se tourner vers la droite. Et pour lui, Emmanuel Macron n’est pas satisfaisant :
« C’est possible qu’il se débrouille bien, mais je n’y vois pas mes intérêts. En plus, il a fait du mal à notre activité [la loi Macron a libéralisé le secteur des auto-écoles ndlr]. Avec lui, tout n’est qu’une question de moyens et d’argent. Seules les personnes qui le peuvent vont avancer, écraser les autres ».
En revanche, il pense que certains points du programme de Marine Le Pen seraient bénéfiques pour les entrepreneurs comme lui, qui ne sont pas favorisés selon lui en France :
« Elle a des points positifs, elle veut supprimer le Régime Social des Indépendants. Bosser à son compte c’est bien, mais on a trop de charges, de taxes… C’est plus compliqué d’être employeur en France que salarié ».
Pour lui, le système français est mal fait, et c’est une des raisons qui l’a poussé à s’intéresser plus aux propositions économiques des candidats :
« Le système motive les personnes qui font rien à ne rien faire. Nous on a une entreprise individuelle, on n’a pas tous les mêmes droits que les salariés. On est condamné à toujours faire marcher la structure, car si ça ne marche plus, on n’aura pas de chômage. Moi j’ai repris récemment des études, et je les finance complètement par moi-même. C’est pour ça que j’ai lancé ma structure. Maintenant j’alterne entre les deux ».
« Fillon dérange »
Du coup, c’est dans le candidat des Républicains qu’il se retrouve le plus :
« Je n’ai pas complètement décidé, mais je penche pour Fillon. Pour son programme économique, c’est celui qui colle le plus. Il est le plus apte à pouvoir faire quelque chose ».
Pour Mustafa, les casseroles qui suivent l’ancien Premier Ministre depuis le début de la campagne ne doivent pas empêcher de voter pour lui :
« En France, on a tendance à désigner tout ce qui est négatif. Tous les Présidents de la République ont eu des histoires. Je pense que Fillon dérange et que du coup on a voulu sortir ses points faibles pour le déstabiliser. Bien sûr qu’un Président doit être le premier à appliquer la loi. Mais il faut voir les choses dans sa globalité. Moi je vais le juger sur ses propos, et sur sa capacité à tenir son programme. Même si de toute façon, cinq ans ce n’est pas suffisant, et qu’ils ne peuvent pas tout faire. C’était mieux avant le quinquennat, de ce point de vue là ».

En fait, un engagement citoyen de longue date
S’il a seulement récemment eu l’impression de voter pour ses convictions ou ses intérêts, Mustafa n’a en fait pas attendu pour s’engager et pour transmettre cette motivation à trouver ses intérêts et à les défendre.
Lui qui se décrit comme quelqu’un qui n’aimait pas l’école et qui n’en voyait pas l’intérêt, a repris récemment des études en sciences humaines, qu’il mène en parallèle de son activité. Cette fois, il y trouve son compte et un regain de motivation.
Cela colle bien à l’impression qu’il dégage : polyvalent, motivé à créer, il a commencé il y a quelques années à rassembler quelques jeunes de son quartier pour organiser des activités sportives et artistiques. ll raconte :
« À l’origine, on était surtout un groupe d’amis qui se réunissaient pour faire des activités ensemble ».
Ils ont fini par se structurer en une association, appelée Jeunesses urbaines. En 2013, ils avaient même mené un projet européen, le PEJE (Perspectives Écologiques des Jeunes Européens), aboutissant à une semaine d’échanges et une exposition consacrées aux thématiques environnementales et aux actions de la jeunesse, co-organisées avec le Conseil de l’Europe, ainsi qu’à des interventions dans les collèges.
Mobiliser les jeunes de quartier pour le vote
Cette année, l’association appuie une initiative du Centre socio-culturel du Neuhof pour pousser les jeunes à voter, le « Challenge Citoyen ». Mustafa explique :
« Ils ont lancé un grand défi pour mobiliser les gens de quartier pour qu’ils aillent voter. Voter c’est un droit et un devoir. Du coup dans leur sillage on essaye de mobiliser du monde ».
C’est ce message qu’il semble vouloir faire passer : que tout le monde participe à la société, l’économie, et que voter permet de défendre ses intérêts. La preuve, ces actions citoyennes apportent une forme de reconnaissance et la sensation d’être utile :
« L’initiative du Challenge citoyen vient donc de Strasbourg, c’est bien ! Ça veut dire que chez nous il y a des qualités, du potentiel, des réflexions. Et dans notre association on a maintenant le soutien d’élus du conseil municipal d’Illkirch ».
Finalement, aller voter à la fin du mois ne sera pour Mustafa qu’une étape sur son chemin citoyen.
Aller plus loin
Voici le remake strasbourgeois du clip danois contre les préjugés

Pouvons-nous tous être rangés dans des cases ou avons-nous tous des choses en commun qui nous transcendent ? C’est à cette question qu’a voulu répondre Valentin Nodinot, un réalisateur indépendant de 21 ans. Son clip s’inspire d’une vidéo danoise, très partagée.
Tourné le 12 mars au manège Solignac, dans le quartier du Neuhof, le mini-film est désormais terminé. Environ 70 Strasbourgeois y sont figurants. Le résultat est à découvrir en tête d’article.
Où résoudre les énigmes d’un escape game à Strasbourg ?

Une quatrième salle d’escape game ouvre à Strasbourg samedi 15 avril. Venus du Japon, les « jeux d’évasion grandeur nature » ont la cote. Petit tour d’horizon des spécificités de chaque endroit.
Les escape game étaient d’abord… des jeux vidéos. Certains se souviennent peut-être de Crimson Room et QP-Shot, du Japonais Toshimitsu Takagi. Et puis d’autres joueurs se sont dit, « pourquoi ne pas recréer ces univers dans la vraie vie ? » Ainsi sont nées ces salles de jeu où le but est le plus souvent de sortir avant le temps imparti, entre 30 minutes et 1 heure, à l’aide d’énigmes, de codes, de coopération et de fouilles.
Le tout dans une atmosphère soigneusement étudiée, avec quelques indices. Depuis la première inauguration fin 2015, trois autres salles se sont ouvertes à Strasbourg.
Comptez 12 à 32 euros par personne selon la salle, la durée, le moment de la semaine (des salles ont des heures pleines et creuses) et le nombre de joueurs, de 2 jusqu’à 10. La réservation en ligne ou par téléphone est fortement conseillée. Toutes les salles s’accompagnent d’un bar, souvent avec des jeux de société.
Avant de résoudre les énigmes, il faut déjà trouver l’entrée
The Little Red Door, le dernier venu
Passé les décors de cinéma à l’ancienne, le braquage de la Royal Bank est un scénario des plus poussés. Rue89 Strasbourg a eu la chance de la tester avant son ouverture ce samedi 15 avril. Pour la mission, deux groupes démarrent de manière séparée, avant de se rejoindre dans la salle du coffre.

Le but est bien sûr de sortir avant l’arrivée des policiers, mais aussi de repartir avec un maximum de lingots. Le jeu associe l’observation et surtout la coopération avec des éléments très réalistes (de vrais coffre-fort, une salle de vidéo-surveillance) pour une immersion totale.
Pour l’anecdote, le banquier des trois fondateurs apparaît sur la vidéo surveillance… de la banque. Changement d’ambiance dans la deuxième salle, d’une heure également. On se trouve dans un manoir, où le but est de capturer un fantôme. Les énigmes y sont davantage manuelles. D’autres salles sont prévues à l’avenir.

The Little Red Door, 5 rue des bœufs. Ouvert tous les jours de 9h à 23h, de 15 à 28 euros par personne. Uniquement sur réservation au
Les voyages dans la temps chez Dooz
À Dooz, on n’est pas très fan du présent. Alors soit on avance dans le temps et soit on le remonte. Pour la grande salle, ou plutôt la suite de salles, les joueurs sont projetés en 2023, dans un laboratoire quelque peu angoissant. Le sang est encore chaud, mais le sang froid de tous est requis pour progresser d’une pièce à l’autre, de découverte en découverte.
Pour la plus petit salle (45 minutes), vous voilà catapulté en 1846, dans un fort, à rectifier une faille temporelle. Deux autres aventures, qui remonteront toutes deux dans le temps, sont en cours de construction. L’une d’elle est prévue pour le mois de juin.
Par rapport aux autres établissements, ce sont surtout les énigmes qui prennent une place prépondérante dans le jeu. Adeptes du père Fouras et de Fort Boyard, ce lieu est fait pour vous.
L’établissement, proche de la place de Haguenau, propose aussi un grand bar avec des soirées jeux de rôle et jeux de société et peut-être d’autres événements à l’avenir.
Dooz Escape, 19 rue de 12 à 32 euros par personne, du mardi au dimanche 10h à 22h30 en semaine et jusqu’à 23h30 les week-end sauf dimanche (21h30) – 06.10.24.20.52
A Maze In, le pionnier, fan des codes
On vous en parlait fin 2015, A Maze In est le projet de deux amies, le premier escape game à ouvrir à Strasbourg. Situé en face des Halles, dans un ancien cabinet médical, la salle de jeu propose trois ambiances différentes. Une chez les mafieux américains à l’ancienne, une dans des chambres d’hôpital psychiatrique, ainsi qu’une salle éphémère, où l’on peut sauver le monde.
Pour ceux qui ont joué dans les mois qui suivent l’ouverture, l’Asylum a été considérablement modifié, que ce soit la durée (augmentée 30 à 45 minutes), les énigmes, le mode de jeu ou les décors. Mamma Mafia a aussi connu plusieurs retouches, dans ses énigmes ou les décors. Mais surtout, en juillet, une grande salle, une des plus vastes du Grand Est voire de France selon les gérants, va ouvrir ses portes, pour y accueillir 8 à 10 joueurs. Le thème est encore gardé secret.

Le plus souvent, il faut déchiffrer des codes, parfois à l’aide d’accessoires (bouteilles, cartes, lampe, dictionnaire). Les maîtres du jeu donnent des indices, mais jamais la solution exacte.
Quelques jeux vidéos vintage (Mario Kart, Crash Bandicoot) et accessoires comme un mini ping-pong animent le bar, en plus des traditionnels jeux. Une offre de petite restauration permet de déjeuner ou dîner. A Maze In propose aussi des salles de réunion et des offres pour les entreprises, histoire d’améliorer la cohésion d’équipe.

(photo A Maze In)
A Maze In, 5 quai de Paris, ouvert du mardi au dimanche de 10h à 23h. De 16 à 28 euros
Escape Yourself, la franchise de l’ouest, idéale pour les grands groupes
Escape Yourself est la seule franchise d’escape game à Strasbourg. La chaîne propose des salles en particulier dans l’ouest de la France, à Tours, Niort, Chartres Angers, dont des lieux insolites comme des châteaux et abbayes. On retrouve parfois les mêmes énigmes d’une ville à l’autre.

À Strasbourg rendez-vous près des Halles, où deux salles sont disponibles : Le secret de Léonard de Vinci et le Manoir d’Ernestine. Cette dernière est pour le moment la plus grande salle pour accueillir un grand groupe et jouer ensemble. Elle peut contenir jusqu’à 10 joueurs en même temps, qui démarrent de manière séparée.
Il est aussi possible de jouer en simultanée dans deux salles identiques sur l’univers du génie italien Léonard de Vinci, soit jusqu’à 12 personnes. Cette salle est adaptée aux enfants, s’ils sont accompagnés d’adultes, contrairement au manoir, plus effrayant et difficile. Une boisson et une photo sont offerts à la fin de la partie. Une troisième salle est en cours de création.

Escape Yourself Strasbourg, 4 rue des bonnes gens. Ouvert mardi et jeudi de 14h30 à 20h ; mercredi et vendredi de 14h30 à 22h00, samedi 10h à 12h / 13h00 à 23h00 et dimanche de 10h à 12h / 13h00 à 21h. De 18 à 30 euros par personne. Réservation conseillée au 03 88 16 37 83 / 06 20 70 36 61
D’autres ouvertures de salles prévues ? Laissez un commentaire, nous ajouterons l’adresse lors d’une mise à jour de l’article
Des scientifiques dans la rue à la veille de l’élection présidentielle

Samedi 22 avril, à Strasbourg, aura lieu « La marche pour les sciences » dont l’objectif est de défendre l’importance, l’indépendance et le rôle dans la société de la science. Initiée aux Etats Unis en réaction aux positions de Donald Trump sur la Recherche, l’événement mondial aura lieu dans plus de 30 pays avec 400 défilés au total.
Défendre la rigueur scientifique face aux opinions arbitraires, encourager le développement de la pensée critique et amener les pouvoirs politiques à plus prendre en compte les résultats scientifiques… telles sont les revendications de la marche du 22 avril.
À Strasbourg, après un rassemblement à 14h Place Kléber autour d’animations sur la science, le cortège partira à 15h 30 en direction du palais Universitaire où aura lieu un second rassemblement. Les marcheurs s’arrêteront alors pour un temps d’échange et de témoignages.
Une marche politique
Il s’agira de la première « Marche pour les sciences », un mouvement né aux États-Unis (March for science) lors de la campagne présidentielle, où Donald Trump a plusieurs fois remis en cause la démarche scientifique.
Selon Mathieu Schneider, vice-président Culture et Sciences en société de l’Université de Strasbourg, la logique première de cette marche internationale est celle de la défense de la démarche scientifique :
« Cette marche a été initiée suite à l’élection de Donald Trump et ses propos sur le réchauffement climatique. Cette vague de protestation qui a débuté aux Etats Unis s’est étendue de manière internationale assez rapidement chez la communauté scientifique pour dénoncer le fait que les résultats issus de la recherche soient remis en cause. On défend cette logique de travail, prouvée par des méthodes, des processus, des procédés qui sont validés et internationalement normés. Que les pouvoirs publics aient contesté ces résultats, c’est un déni du travail des chercheurs et de la science ».
Cette marche mondiale aura lieu dans plus de 30 pays, soit 400 défilés en tout dont 19 en France. Organisée à l’occasion du jour international de la Terre, elle coïncide en France avec la veille du premier tour de l’élection présidentielle.
Une coïncidence, mais un moyen de relier la cause à l’agenda politique en France pour Mathieu Schneider:
“Le but de cette marche c’est une prise de conscience citoyenne, un travail de fond pour dire: Attention, il y a des signes qui rappellent, dans les dix dernières années, des situations qui se sont produites dans le passé. On pourrait rappeler les régimes totalitaires dans les années 1930 pour lesquels il y a eu soit une instrumentalisation de la science à des fins non-déontologiques, c’est à dire utilisant la science contre les humains, soit une volonté de nier un certain nombre de résultats de la science. Il y a des signes, au XXIème siècle, qui doivent nous alerter. Si la science est menacée c’est aussi tout un pan de la société qui peut être menacé et c’est sur ça qu’on veut rendre attentifs les citoyens.”

L’argent, le nerf de la science
Soutenir la science et la recherche, au delà du fait de ré-affirmer publiquement son utilité, c’est aussi la financer correctement. Ce message, porté depuis deux ans par « Sciences en Marche » est cependant absent des revendications du comité d’organisation de la Marche pour les Sciences de Strasbourg, même si l’on retrouve des mêmes scientifiques dans les deux initiatives.

La question des moyens ne sera donc, cette fois ci, pas sur le devant de la scène. Pour Nicolas Matt, vice-président de l’Eurométropole et chercheur au CNRS en biologie, il suffirait que la France suive ses engagements européens :
« En 2000, les Etats européens se sont rejoints à Lisbonne et l’objectif à 3% du PIB consacré à la Recherche a été fixé à l’échelle de l’Union européenne. C’était il y a 17 ans et en 17 ans il ne s’est rien passé en France. »
En effet, la part du PIB reste bloquée à 2%, soit moins que d’autres pays qui ont fait, eux, « le pari de la recherche » dixit Nicolas Matt.
Pour l’élu-chercheur, le problème résiderait donc essentiellement dans un manque de volonté politique. Une situation qu’il explique, entres autres, par le fait que les citoyens ne se sentent plus concernés par l’Université et par la démarche scientifique.
« Les scientifiques ne sont pas des communicants »

Alors, comment redonner confiance en la parole scientifique, intéresser les citoyens et par ce biais, impacter les décisions politiques ?
Selon Nicolas Matt, il faudrait commencer par mieux communiquer. Ce n’est pas l’avis de Manon Corbin, doctorante au CNRS de Strasbourg pour qui « Les scientifiques font de la science, ce ne sont pas des communicants et ils n’ont pas à devenir des communicants ».
Il est, selon elle, indispensable de communiquer mais ce n’est en rien le rôle des scientifiques eux-mêmes et que cela ne doit pas devenir un critère d’évaluation des chercheurs.
Pour cette première Marche pour les sciences les organisateurs attendent plus de 200 personnes. Reste à voir si elle saura fédérer au delà des cercles universitaires.
Comment des jeunes, passionnés de hip-hop, s’ajoutent aux tournées en faveur des sans-abris à Strasbourg

Les bénévoles du mouvement « La relève de Coluche » ont effectué leur deuxième maraude dans les rues de Strasbourg mercredi 15 mars. Mais certaines associations locales œuvrant en faveur des personnes sans-abris ne voient pas cette nouvelle initiative d’un bon œil. Elles estiment que ces jeunes, n’ayant pas la connaissance du terrain, sèment davantage la zizanie qu’ils n’aident.
À la sortie du parking des Halles à Strasbourg, mercredi 15 mars vers 16 heures, un quatuor de jeunes dénote dans l’atmosphère un brin sinistre du lieu. Affublés du même t-shirt noir à l’effigie de Coluche, ils avancent, sourire aux lèvres, avec deux chariots de courses bien remplis, vers le fond de la rue de l’Ancienne Gare.
Puis, ils s’arrêtent cent mètres plus loin près de deux silhouettes allongées, emmitouflées sous des couvertures. L’une des filles s’approche et sort un petit sac en plastique contenant une bouteille d’eau, un jus de fruit, une pomme et un pain chocolat.

« Bonjour, on vient vous apporter un goûter et voir si vous avez besoin de vêtements. On a des pulls, des chemises,des pantalons, des caleçons ou des chaussures. »
L’un des deux hommes, originaire d’Europe de l’est répond :
« Oui, moi j’ai besoin d’un pantalon et mon ami a besoin d’une paire de chaussures, les siennes sont trouées. »
Un des deux garçons, coiffé d’une casquette noire, sort du chariot une paire de baskets, qu’il dépose aux pieds de l’homme à moitié endormi. À la vue des chaussures, ce dernier se redresse pour les essayer. Il sourit. C’est sa taille.

Un mouvement essaimé de Paris
Cette première rencontre ravit Mansour N’diaye, le fondateur de « La Relève de Coluche », tout juste arrivé de Paris pour soutenir son équipe strasbourgeoise :
« Ça me fait tellement plaisir, je lui ai donné les baskets de mon frère, que moi-même j’aurais bien portées, mais je trouve ça justement bien plus beau de donner des vêtements que tu kiffes et pas seulement des vêtements dont tu n’as plus rien à cirer. »
Commercial pour Free et fondateur de Ultimate Concept, un collectif de hip-hop, une rencontre, à la sortie de la gare du nord à Paris, fin novembre 2016, a chamboulé ses priorités et l’a poussé à s’investir en faveur des plus démunis :
« J’ai vu un père syrien avec son enfant qui n’avait pas de chaussures. Ça m’a vraiment choqué de voir ce gamin pieds nus en plein hiver, j’ai décidé de faire une collecte et le mouvement a pris une ampleur inimaginable. C’était la première fois que j’aidais vraiment quelqu’un qui ne faisait pas partie de mon entourage proche, ça m’a changé à jamais. »
À la suite de cette rencontre, il plaque son boulot et arrête la musique. Il sillonne alors pendant plusieurs mois l’Hexagone et organise des distributions de nourriture dans chaque ville où il passe. Grâce à sa notoriété dans le milieu du rap indépendant, le jeune rennais d’origine sénégalaise, est rejoint dans chaque ville par d’autres jeunes motivés, sensibles à sa musique et à ses valeurs de partage.
À Strasbourg, La Relève de Coluche est portée par Anka, jeune régisseuse, elle aussi, dans le milieu du hip hop et responsable de cette seconde maraude.

Aux commandes d’un des chariots, elle mène avec entrain les troupes en direction de la place Kléber. Arrivée près de l’Apple store, elle s’arrête et distribue à un groupe d’hommes assis sur les bancs à proximité les mêmes petits sacs remplis de victuailles. La plupart ont l’air content. L’un d’entre eux demande tout de même s’il n’y a pas quelque chose de plus consistant.
« Non désolé, cette fois-ci, pour ne pas empiéter sur le travail des autres associations, on n’ a pas fait de sandwich. On a des collations, des vêtements ou un kit d’hygiène. Si vous voulez un repas chaud, vous pouvez aller à partir de 19 heures au Bus du cœur, place de l’Étoile. »

Des distributions critiquées par d’autres associations
En modifiant le contenu de leurs distributions, la jeune cheffe d’équipe tente de faire taire les critiques émanant des autres associations locales d’aide aux personnes sans-abris. Agacées depuis plusieurs mois par une multiplication d’initiatives individuelles « désorganisées », provoquant des gaspillages alimentaires, ces dernières reprochent au jeune collectif de ne pas respecter le travail des associations existantes.
En cause notamment, une distribution de sandwichs lors de leur première maraude, alors qu’au même moment l’association « Strasbourg Action solidarité » amenait des repas chauds aux personnes sans-abris…
Monique Maitte, présidente du collectif SDF Alsace, leur a fait savoir sur les réseaux sociaux ce qu’elle pensait de leurs démarches :
» Sympa les nouveaux venus (encore) sur Strasbourg qui se foutent éperdument des associations qui œuvrent sur le terrain et se battent pour soutenir les personnes sans abris… Les enfants de Coluche ; irrespect, insultes et agressivité. Tous ces groupes qui débarquent sur Strasbourg ont le même profil et les mêmes méthodes. Ça m’intrigue »
Et d’ajouter:
« Pourquoi ne pas s’intéresser à l’existant pour créer une meilleure coordination ? »
Pour Anka, l’investissement demandé par La Relève de Coluche lui convient :
« Comme je suis très occupée par mon boulot de régisseuse, je préfère offrir un peu de temps à un beau projet comme celui-là de temps à autre, plutôt que de m’engager dans des associations qui en général demandent à leurs bénévoles d’être disponibles plusieurs jours par mois. Et puis, au vu des tensions du moment, je me pose même pas la question. »
« Tant qu’on a, on donne »
Il est maintenant 19h et le collectif arrive au terme de cette seconde distribution. À coté du Paris XL, une jeune Rom vient lorgner ce qu’il y a dans le caddy de Mansour N’diaye. Ce dernier lui propose directement d’essayer un vêtement, mais voilà qu’un homme légèrement ivre,une canette de bière à la main, déboule à côté d’eux et hurle à la jeune dame encapuchonnée de dégager. Il se tourne ensuite vers le jeune homme :
« Tu sais, cette femme-là, elle a un toit et touche des aides. »
Mansour N’Diaye répond posément :
« J’ai bien vu qu’elle n’a pas l’air aussi mal en point que ceux qu’on vient aider en général, mais on aide tout le monde nous, sans faire des distinctions. Peu importe qu’une personne touche le RSA ou pas. Tant qu’on a, on donne. »

Séance de selfies obligatoire
D’autres personnes viennent voir le groupe et chercher dans leurs affaires ce qui pourrait leur convenir. L’ambiance est bon enfant. Après les essayages, La Relève fait une pause cigarettes et une séance de selfies. Mansour N’diaye attache une grande importance à ce dernier exercice, ludique, mais essentiel selon lui :
« Il faut qu’on donne de la visibilité à nos actions sur les réseaux sociaux. C’est comme çà que La Relève prend de l’ampleur dans toutes ces villes où j’ai mené des actions. Des jeunes voient ce qu’on fait, “likent” et se décident de nous donner un coup de pouce. »
Il est 19h30, et le groupe reprend doucement la direction de la gare. Les deux caddies sont maintenant vides. Mais avant que Mansour N’diaye ne reprenne son train vers Paris, chacun sort de son portefeuille quelques pièces ou un billet. Petit rituel de fin de tournée : chaque bénévole participe financièrement, dans la mesure de ses moyens, aux frais des courses avancées par la responsable.
Mais avant qu’ils ne se séparent pour de bon, Anka pose une dernière question à l’assemblée, petit sourire en coin, concernant leur prochaine distribution prévu dans trois semaines :
» Y’en-a-t-il un parmi vous qui serait prêt à se déguiser pour la prochaine action? Lundi de Pâques oblige, il nous faut au moins un lapin pour distribuer les œufs en chocolat. »
Le Shadok fête ses deux ans et s’inscrit dans l’innovation permanente

Samedi 22 et dimanche 23 avril, le Shadok fête ses deux ans. Le lieu d’expérimentation du numérique à Strasbourg a prévu un week-end bourré de réjouissances mais il lui est interdit de se reposer. Le numérique faisant constamment évoluer nos pratiques, le Shadok est contraint de sans cesse se réinventer.
Installé depuis deux ans sur les Docks Malraux à Strasbourg, le Shadok organise son anniversaire les 22 et 23 avril. Ce lieu où s’expose, se teste et se pense l’univers du numérique a prévu de nombreuses activités à destination des publics très connectés comme des profanes.
Le samedi, les festivités commencent à 14h par une présentation des projets portés par le laboratoire du Shadok, puis entre autres, un dance-floor interactif, une initiation à tester la réalité virtuelle à 18h. La journée s’achèvera par une « soirée pyjama » et visionnage de webséries (mais il sera impossible de dormir au Shadok, il faudra rentrer dans son lit bien réel). Le dimanche, un brunch est organisé à 11h, ainsi que des conférences « inspirantes » de 14h à 18h. De quoi penser à autre chose que l’élection présidentielle, dont le premier tour aura lieu le même jour (et que vous pourrez suivre sur Rue89 Strasbourg).

Depuis 2015, le projet du Shadok se développe : 41 résidences d’artistes, plus de 45 000 visites, une bonne intégration sur le territoire, un réseau de 40 partenaires… De l’écologie à la musique mais toujours en lien avec le numérique, les projets accompagnés par le Shadok sont très divers. Si bien que certains lui reprochent parfois de manquer d’identité propre. Pour les membres, c’est tout le contraire : ils voient en cette pluralité une force.

Une identité grand public
Il ne s’agit pourtant pas pour le Shadok de rester sur ses acquis. Conscient de la constante évolution du secteur numérique, le Shadok vise à se concentrer sur l’émergence, sur la formation et la réflexion. L’endroit se désengage de l’accompagnement des professionnels, qui trouveront d’autres lieux à Strasbourg comme à la Coop ou à la Manufacture.
Son objectif est donc de continuer à développer l’accès à l’univers numérique pour le grand public en accompagnant de nouveaux projets, en leur faisant profiter du réseau de partenaires constitué et en renforçant leur visibilité. Et de rester sur la brèche.
Bientôt une charte des actions de solidarité dans l’espace public strasbourgeois

Face à la multiplication des maraudes à destination des personnes sans-abri, la Ville de Strasbourg cherche à coordonner les bonnes volontés.
Suite au ras-le-bol exprimé par certaines associations d’aide aux personnes sans-abris, face à la multiplication de « maraudes » ponctuelles « sapant leur travail et responsables de gaspillages alimentaires », Marie-Dominique Dreyssé, adjointe au maire de Strasbourg (EELV) en charge des solidarités, s’est engagée à mettre sur pied une charte « des actions de solidarité dans l’espace public. »
Objectif : favoriser le dialogue entre les différents acteurs sociaux et donner plus de cohérence aux actions . . .

Cet article fait partie de l’édition abonnés. Pour lire la suite, profitez d’une offre découverte à 1€.
Contribuez à consolider un média indépendant à Strasbourg, en capacité d’enquêter sur les enjeux locaux.
-
Paiement sécurisé
-
Sans engagement
Déjà abonné⋅e ?
Connectez-vousLe salon des vidéastes, la NeoCast 3 est annulée

Deux polémiques l’an dernier
Le salon, qui devait réunir plus de 80 vidéastes (youtubeurs) de France et de l’univers francophone, avait accueilli 5 à 6 000 personnes l’an dernier, venues rencontrer leurs stars lors d’une dédicace ou d’une conférence. Deux polémiques avaient cependant entaché cette deuxième édition, la première sur la faible représentation féminine sur les podiums et la seconde sur la logistique des bénévoles. Les organisateurs avaient pris des engagements pour résoudre ces deux questions. Cette année, 23 personnalités féminines avaient été invitées. Aucune raison n’a encore été invoquée par les organisateurs pour justifier l’annulation de cette troisième édition. Mais la NeoCast devait se dérouler en pleine élection présidentielle, un contexte compliqué pour de nombreux youtubeurs, dont certains se sont décommandés. D’autres raisons seront aussi précisées ultérieurement par les organisateurs, affirment-ils, qui ne savent pas à ce jour si la manifestation est seulement reportée de quelques mois ou à l’année prochaine.Compensations écologiques du GCO : Alsace Nature échoue à faire suspendre des travaux

Caramba, encore raté ! Le juge des référés de Strasbourg a estimé mardi que la requête d’Alsace Nature ne peut suspendre les arrêtés de la préfecture du Bas-Rhn. L’association écologiste conteste les textes sur les mesures compensatoires pour la nature pendant les travaux préparatoires du Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg.
Ils donnaient droit à des dérogations, à savoir la non-obligation de recréer des espaces naturels, pendant que la société Arcos (filiale de Vinci) procédait aux sondages archéologiques et géotechniques, d’impact limité par rapport . . .
>
Cet article fait partie de l’édition abonnés. | Déjà abonné ? Connectez-vous
Abonnez-vous maintenant pour poursuivre votre lecture

Déjà abonné⋅e ?
Connectez-vousDavid, 49 ans : « j’ai choisi Mélenchon, pour le peuple et la démocratie participative »

Parcours de vote – Artiste strasbourgeois, David H. ne se retrouve ni dans le programme de Benoît Hamon, candidat du Parti socialiste, ni dans celui d’Emmanuel Macron. En glissant un bulletin Mélenchon dans l’urne à l’élection présidentielle de 2017, il entend donner « sa voix au peuple. »
Ni Dieu, ni maître. C’est dans cette devise du mouvement anarchiste que l’artiste David H. s’est reconnu et se reconnaît toujours. Une des raisons pour lesquelles ce quadragénaire n’a pas adhéré au parti de Jean-Luc Mélenchon, dont il est pourtant un sympathisant :« Je préfère être résistant que dans l’armée ! Avec mes parents, enfants de mai 1968, lorsque nous parlions politique, il n’y avait pas de référence à tel ou tel. Les discussions portaient sur les valeurs humanistes de gauche, de partage, notamment, et aussi la culture, l’éducation et la psychologie, que ma mère enseignait. »
Eveil tardif à la politique
Sorti du système scolaire classique en fin de 3e, l’adolescent angoissé a d’abord cherché sa voie avant de se pencher sur son positionnement politique. Passé par les Compagnons du devoir, l’école du marbre de Carrare, en Italie et les Arts déco (actuellement la HEAR), il reconnaît aujourd’hui l’importance de son héritage familial dans son éveil, qu’il juge tardif, à la politique. C’était en 2012, lorsque Jean-Luc Mélenchon s’est présenté à l’élection présidentielle pour la première fois :« J’ai eu la chance d’avoir été élevé dans un milieu intellectuel, de classe moyenne. Mon père (Jean H., fondateur du réseau “Banlieues d’Europe” et porteur de l’action culturelle au cœur des quartiers, aux côtés d’Armand Gatti, notamment, ndlr), est un ancien communiste, devenu socialiste et ma mère était communiste. Je n’ai jamais été communiste. Lorsque j’ai voté pour la première fois, c’était pour Mitterrand, en 1988, comme mon père. C’était très superficiel, je n’étais pas plus convaincu que cela. Je n’ai jamais cru qu’un homme pouvait changer les choses. Mais j’ai été imbibé de théâtre populaire et j’ai toujours cru à l’éducation. En sortant des arts déco, j’ai moi-même travaillé sur des projets artistiques avec les habitants du quartier du Neuhof par exemple. »
Aucune solution politique aux banlieues
Selon l’artiste, les banlieues délaissées et ghettoïsées sont un des problèmes majeurs auxquels les politiques de gauche comme de droite n’ont pas su apporter de réponses satisfaisantes. Il y voit l’une des explications à la montée du racisme et estime que le candidat de son choix est l’un des rares à faire quelques propositions qui vont au-delà de la restauration de la police de proximité dans les quartiers. A contrario, il considère que le système social du pays (sécurité social, RSA,…) fonctionne bien et doit être préservé. À travers son bulletin de vote au premier tour de l’élection présidentielle, le 23 avril, David entend voter non pour un homme mais « pour le peuple et pour des idées. » Depuis 2012, il a non seulement épluché le programme du candidat mais aussi lu ses livres :« Mélenchon a fait une promesse. S’il accède au pouvoir, il mettra une assemblée constituante en place et s’en ira. En votant pour lui, je ne vote pas pour une personne mais pour la démocratie participative. Il n’est que le véhicule qui va permettre aux citoyens de gouverner. C’est un pédagogue, qui enseigne et vulgarise en même temps qu’il fait de la politique. »

Voter pour des convictions
Face à l’idée d’un vote destiné à soutenir un candidat susceptible de faire barrage au Front national en France, David s’agace :« Macron est présenté comme la roue de secours contre le fascisme. On ne nous donne pas le choix. Qu’Hollande l’ait mis au pouvoir est rédhibitoire pour moi, ainsi que le fait qu’il vienne du monde de la finance. Mélenchon est un homme de vraies convictions. J’ai lu ses livres, et il fait preuve d’un grand talent de vulgarisateur. Je vois bien ses côtés énervant, trop entier, mais cet homme est un sacré pédagogue. Il enseigne en même temps qu’il fait de la politique. »Celui qui a voté Chirac, face à Le Pen, en 2002, n’est pas prêt à voter Fillon ou Macron si l’un des deux se retrouvait cette année en lice pour la présidence de la République face à la fille du fondateur du FN. En cas de duel face à Hamon, il marque une hésitation :
« Si c’est Le Pen-Hamon, j’aurais aimé voter blanc, mais ce n’est pas reconnu donc je pense que je voterai quand même pour Hamon. À ce stade, je me dis que des gens ont peut être besoin d’élire la candidate FN pour réaliser qu’on ne peut pas choisir n’importe qui. Peut-être que la radicalité du FN va créer une vague, avec des gens dans la rue, comme on l’a vu en Amérique avec Trump. Dans ce cas, Mélenchon, qui a quand même réussi à faire 11% au premier tour en 2012, pourrait bien être là dans 5 ans… S’il calme un peu ses ardeurs méditerranéennes d’ici là ! »
Vanessa Wagner, élue UDI, se verrait bien députée « En Marche »

Lisez la suite pour 1€ seulement
-
Jouez un rôle actif dans la préservation de la pluralité médiatique
Plongez en illimité dans nos articles et enquêtes exclusives
Participez librement à la discussion grâce aux « identités multiples »
Déjà abonné⋅e ?
Connectez-vous« Binouze biker » mercredi : des équipes, des vélos, des énigmes… et une bière

La première édition de « Binouze biker » a lieu mercredi 12 avril à Strasbourg. Cette course d’orientation par équipes mêle vélo et énigmes. L’objectif ? Collecter des indices pour trouver le plus rapidement possible l’adresse d’un bar et gagner… une bière.
Une course d’orientation qui mélange vélo, énigmes et bière ? Peu osaient sans doute en rêver, mais « Binouze biker » l’a tout de même fait. Un collectif de Strasbourgeois passionnés de vélo s’est inspiré d’évènements similaires à Lille. Le départ de la première édition strasbourgeoise sera donné le mercredi 12 avril à 19h, place d’Austerlitz. Les participants, organisés par équipe, devront pédaler pour résoudre des énigmes et collecter des indices. Ceux-ci les mèneront à un bar où ils pourront retrouver, selon les organisateurs, « du gros son et des copains. » La première équipe arrivée aura l’honneur de se voir offrir une pinte de bière.
« C’est une chasse au trésor dans Strasbourg, qui comporte 5 ou 6 étapes. Les équipes seront constituées de deux cyclistes minimum. Ils devront répondre à des énigmes sur l’histoire de Strasbourg et les curiosités de la ville. La dernière étape se fera dans le café, avec une grosse fête ! »
Près de 150 inscrits
Les organisateurs avaient prévu la participation d’une quarantaine de personnes. Mais à ce jour, ils sont près de 150 inscrits sur Facebook pour la première édition. L’inscription, désormais close, était gratuite : le collectif précise qu’une participation « à prix libre » sera proposée aux cyclistes en quête de boisson. Ce succès fulgurant a posé quelques problèmes d’organisation, comme l’explique Simon Burgun :« Nous avons été un peu dépassés par l’ampleur de l’évènement. On a pris du retard sur les demandes d’autorisation, notamment auprès de la police… Mais l’on s’organise pour rameuter des copains, et être une vingtaine pour garantir la sécurité de l’évènement ».Ces problèmes n’empêchent pas les organisateurs de réfléchir à renouveler l’évènement. Selon Simon Burgun, cela dépendra « de l’envie », et « du bon déroulement de la première édition ». Il assure malgré tout que le collectif sera bien mieux préparé.
Grâce à Sergueï, quelques vélos en moins dans le bassin Austerlitz…

Il y a ceux qui balancent leurs vélos usés dans l’eau, et il y a Sergueï, qui les retire. Mardi matin, à l’aide d’un oeil bien affûté, de ses courroies et d’une bonne dose de sueur aussi, il a retiré quatre vélos du bassin Austerlitz, entre les docks Malraux, à Strasbourg.
Alors que les passants s’affairent entre le centre commercial Rivétoile, le cinéma UGC Ciné-Cité et la médiathèque Malraux à Strasbourg, il en est un qui ne rentre pas de le cadre. Sergueï, la cinquantaine et ne parlant pas un mot de français, est concentré. À l’aide d’un crochet difficilement attaché au bout d’une longue courroie, il manoeuvre pour retirer des vélos du bassin Austerlitz.

Russe, Sergueï s’est installé en France à la suite d’une histoire compliquée avec Vladimir Poutine, la Russie, l’Europe… Il a dans son sac tout un dossier, en russe, une charge contre les fonctionnaires européens et la violence d’État. Mais pour l’heure, c’est extraire un second cadre des eaux du bassin qui l’occupe.





Après cette pêche, Sergueï se rend à une entreprise de récupération de métaux, pour revendre les vélos au poids. De quoi lui fournir quelques dizaines d’euros. Merci Sergueï.
Strasbourg veut réformer sa démocratie locale et appelle les citoyens à l’aide

Malgré ses conseils de quartier et ses instances de concertation, Strasbourg n’a pas été en mesure d’associer les citoyens aux processus de décision. Le maire Roland Ries lance une opération de refondation de la démocratie locale, devant déboucher sur un « pacte » en octobre.
La démocratie locale, « ce n’est pas simple. » Ce constat est de Roland Ries, maire (PS) de Strasbourg et il s’y connaît. C’est lui qui, en 2009, avait lancé les « conseils de quartier » (CoQ), pour répondre à une volonté des Strasbourgeois d’être plus associés aux décisions qui concernent leur ville. Mais voilà, partager le pouvoir, c’est difficile pour des élus. Les CoQ ont souvent été instrumentalisés, consultés sur des sujets mineurs, ou bien après que les principales décisions aient été prises.
Résultat : Roland Ries constate « un certain essoufflement » de la démocratie locale à Strasbourg, les conseils de quartiers deviennent déserts. Et pour la relancer, Chantal Cutajar, adjointe au maire de ces questions, a une idée : un « sommet citoyen pour co-construire un pacte de la démocratie locale à Strasbourg. » Rien de moins. L’ambition a été présentée lundi lors d’une conférence de presse, car il faut aller vite. Le sommet doit avoir lieu en octobre, ce qui implique de constituer des groupes de travail en mai pour que leurs membres puissent plancher sur le texte pendant cinq mois, pause estivale comprise.
L’agenda
12 au 26 avril : campagne de mobilisation et appel à participation,
10 mai : thèmes finalisés, première réunion des groupes de travail,
De juin à septembre : 3 à 4 réunions des ateliers thématiques,
14 octobre : clôture et présentation de la charte de la démocratie locale.
Pour Chantal Cutajar, la première impulsion de cette nouvelle démocratie locale sera justement l’élaboration de ce pacte, qui sera « co-construit » :
« Ce pacte va engager tous les acteurs de la vie publique. Donc pour l’élaborer, la démarche sera hautement participative. Nous avons identifié une douzaine de sujets à débattre (voir ci-dessous) mais les Strasbourgeois pourront également en proposer d’autres. C’est l’ensemble du dialogue entre les citoyens et les élus qui est à réinventer, les Strasbourgeois veulent être associés plus en amont aux décisions, ils veulent apporter leurs contributions et des réponses à leurs questions. Après le sommet de la démocratie locale en octobre, ce pacte sera présenté au conseil municipal. »
Strasbourg dispose pourtant déjà d’instances de concertation. Outre les consultations sur des dossiers spécifiques (renouvellement urbain, extensions du tramway, parc naturel urbain, réaménagement des quais…), la ville dispose d’une dizaine de conseils de quartier, d’un conseil des résidents étrangers et l’Eurométropole a un conseil de développement. Pour autant, Chantal Cutajar reproche à ces instances de mobiliser les TLM, c’est à dire « toujours les mêmes. »

« On a du mal à mobiliser les gens »
Un constat partagé par Annick Neff, adjointe au maire pour le quartier du Neuhof :
« Pour les réunions sur le renouvellement urbain, on fait des réunions, on invite les gens à venir nous rencontrer notamment avec des flyers dans les boites aux lettres mais c’est difficile, on a du mal à mobiliser les gens. »
L’enjeu sera donc cette fois de mobiliser les citoyens au delà des habitués des instances de concertation. Pour éviter les découragements, Chantal Cutajar compte sur l’assurance que l’engagement des citoyens sera visible et pris en compte, cette fois :
« Quand une décision est prise, les gens qui n’étaient pas d’accord et qui l’ont exprimé ont pu avoir le sentiment que leur mobilisation n’a pas été utile. Mais là, les citoyens ne seront pas seulement consultés, ils seront appelés à co-construire, à voir comment ensemble, on peut être plus intelligent que tout seul. Quand on permet aux gens de participer, les débats parfois houleux se transforment en discours constructifs. Notre objectif, c’est ça, on est dans un processus qui doit engager une transition démocratique. »
Les 12 premiers thèmes
1. Budget Participatif
2. Mobilisations citoyennes : Pétitions, interpellations citoyennes…
3. Gestion collaborative des espaces et équipements publics
4. E-démocratie
5. Aller au contact des habitants-es
6. « Les citoyens volontaires » ? « Le service citoyen ? »
7. Open data / Big data
8. Lieux participatifs et contributifs citoyens (tiers lieu) ; réflexion prospective
9. Quelle place pour les instances de démocratie locale ?
10. Le vivre ensemble à Strasbourg
11. Les valeurs de la démocratie locale
12. La démocratie européenne à Strasbourg
Mais cette méthode de gouvernement ne risque-t-elle pas de tout anesthésier, au nom du consensus ? Roland Ries, qui se souvient d’avoir perdu un référendum sur le passage du centre-ville de Strasbourg en « zone 30 », rappelle :
« Si en 1990 on avait sollicité l’avis de Strasbourgeois sur le tramway, ils auraient peut-être voté contre ! C’est pour ça qu’il faut parfois assumer des choix, être le garant d’une certaine cohérence et c’est pour ça qu’on maintient le tramway à Koenigshoffen, après avoir opté pour qu’il soit sur fer suite aux remarques des habitants. Pour la place du Château, il y a eu un an et demi de concertation et si on avait écouté tout le monde, on aurait eu un effet patchwork… Au final, le projet minimaliste qui a été retenu contente tout le monde. »
Pour Chantal Cutajar, la démocratie locale est « en panne » à Strasbourg comme ailleurs. Une remarque qui a fait tiquer quelques élus présents à côté d’elle lundi (voir notre article). Personne n’a la solution pour refonder le pacte démocratique mais, selon l’élue, l’enjeu principal sera de cette opération sera de faire en sorte que les citoyens sachent à chaque projet exactement ce qu’on attend d’eux.
Aller plus loin
Sur Strasbourg.eu : s’inscrire aux ateliers et participer au processus de rédaction du pacte




