Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

« Démocratie locale en panne », Chantal Cutajar irrite ses collègues élus de Strasbourg

« Démocratie locale en panne », Chantal Cutajar irrite ses collègues élus de Strasbourg

Adjointe au maire en charge de la démocratie locale, Chantal Cutajar a provoqué quelques crispations au sein de l’exécutif strasbourgeois en lançant lundi l’opération devant aboutir à un « pacte » en octobre. Des élus « de terrain et à l’écoute » ne comprennent pas bien ce qu’on leur reproche et aimeraient que les démarches de « co-construction » débutent d’abord au sein du conseil municipal.

Lors de la conférence de presse de lundi, un parterre impressionnant d’adjoints accompagnait le maire de Strasbourg Roland Ries et son adjointe à la démocratie locale . . .

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50 illustrateurs strasbourgeois s’exposent sur des palissades de chantier, quai Kellermann

50 illustrateurs strasbourgeois s’exposent sur des palissades de chantier, quai Kellermann

Depuis dimanche 9 avril, 50 illustrateurs ont rehaussé les couleurs ternes des palissades du chantier quai Kellermann à Strasbourg, où va s’implanter Primark. Un collectif d’artistes a compilé des affiches aux traits et aux univers différents pour témoigner de la diversité et de la vitalité de l’illustration strasbourgeoise.

Quelques jours après Les Rencontres de l’Illustration, 50 anciens élèves de l’atelier d’illustration des Arts Décoratifs de Strasbourg ont décidé de recouvrir d’autant d’affiches les palissades du chantier sur l’îlot Printemps, quai Kellermann. Une exposition spontanée, qui n’a pas de durée de vie programmée. Il s’agit d’affiches en papier simplement collées dimanche 9 avril, tôt le matin. Ce chantier va durer deux ans et demi et verra la marque de vêtements à bas prix Primark s’installer dans le centre-ville.
©Gally Mathias

Des images dans la rue

Mathias Gally, un des illustrateurs participant à l’initiative, explique qu’à l’origine, un groupe d’illustrateurs souhaitait exposer ensemble dans la rue, de façon libre et spontanée, parallèlement aux Rencontres de l’Illustration (du 23 mars au 2 avril), mais l’idée a germé un peu tard. Entre temps, un responsable de la médiathèque Malraux a entendu parler du projet et les a invités à un petit séjour dans ses murs :  
« L’idée c’était d’offrir ces images aux regards des passants. Chaque illustrateur a choisi une affiche dans sa production personnelle. Ici cohabitent des traits, des univers et des couleurs différents… On avait envie d’offrir une autre vie et une autre vue à ces images trop souvent cantonnées à l’illustration de livres. Et la rue c’était l’endroit idéal pour ça. »
Les affiches resteront tant que personne ne les décolle (photo Mathias Gally)

Fédérer les illustrateurs et les passants

L’initiative vise par ailleurs à fédérer les illustrateurs strasbourgeois. La nature même du travail d’illustration, de par ses exigences, engendre un certain isolement, ce que regrette Mathias Gally. Une situation que la HEAR (Haute École des Arts du Rhin, anciennement Arts-Décoratifs) essaye de changer avec l’instauration de nombreux ateliers et collectifs. De son côté, l’association Central Vapeur propose aussi un accompagnement juridique et technique aux professionnels de l’illustration. La Haute Ecole des Arts du Rhin, son centre international de l’illustration, ses festivals et ses rencontres dédiées à l’art graphique… L’illustration occupe une place de choix à Strasbourg. Une culture saluée par le journal Le Monde en décembre, qui décrivait Strasbourg comme « une mine d’illustres dessinateurs. »
#quai Kellermann

Salle d’expo, Fab lab, ateliers d’artistes et espace de co-working occuperont la partie ouest de la Coop

Salle d’expo, Fab lab, ateliers d’artistes et espace de co-working occuperont la partie ouest de la Coop

Les résultats de l’appel à manifestation d’intérêt pour occuper trois bâtiments de l’ancienne Coop, au Port du Rhin à Strasbourg, ont été dévoilés.

Les anciens ateliers de la Coop, au Port-du-Rhin à Strasbourg, connaissent leurs premiers occupants. Av Lab, la coopérative « les Ateliers éclairés », le collectif d’artistes de la Semencerie et des associations culturelles et événementielles du Pôle Rotonde se partageront les trois bâtiments qui faisaient l’objet d’un appel à manifestation d’intérêt.

Cette partie ouest de l’ancien siège de la Coop Alsace, la coopérative de distribution agro-alimentaire liquidée en 2015, est appelée « la virgule ». La municipalité et l’architecte en charge du projet, Alexandre Chemetoff, commencent par affecter, puis rénover cet espace, avant de s’attaquer à son milieu.

La partie centrale, appelée « la demie-lune » doit intégrer des bureaux, des ateliers des logements, ainsi qu’une salle d’exposition et de conservation pour les musées. Mais les coûts de remise en état sont beaucoup plus importants que prévus.

L’attribution des lieux

Trois projets dans la virgule

L’ancien garage (1 900 m² au total) est séparé en deux espaces. Dans le garage nord et la maison à l’angle avec la demi-lune, on retrouvera des ateliers d’artistes pour les illustrateurs et les illustratrices de Central Vapeur, Etienne Chaize et Editions 2024 ; les artistes contemporains d’Accélérateur de particules ou les designer (Sonia Verguet, Sébastien Poilvert, SPM, iDee). Ils croiseront leur travail avec des spécialistes de l’animation (Nojo), les arts visuels (Arachnima), de graphisme (Cercle Studio) ou d’impression (Gargarismes).

Dans le garage sud, les artistes de la Semencerie ont été sélectionnés. La pépinière est implantée dans le quartier gare mais suspendue à un déménagement en cas de vente des anciens entrepôts des semences Nungesser. Juste à côté de ces bâtiments, un « café musique » fera également l’objet d’un futur appel à projets.

Enfin, l’ancienne menuiserie (1 200 m²) gardera un lien avec le travail du bois. Géré par l’association AV lab et la coopérative « les ateliers éclairés », un atelier (un fab lab) permettra de travailler le bois, les textiles ou les métaux. Les deux structures veulent aussi implanter un petit espace de co-working et des locaux tournés vers les nouvelles technologies comme la réalité virtuelle. Pour les trois lieux, les occupants seront locataires.

Le plan des projets de transformation des bâtiments (Alexandre Chemetoff / Doc remis)
Le plan des projets de transformation des bâtiments (Alexandre Chemetoff / Doc remis)

Emménagement prévu à l’été 2019

Au total, neuf projets ont été soumis à la Société publique locale (SPL) des Deux-Rives, qui supervise le projet. Alors que le projet Coop a connu des accrocs (il était d’abord question d’y déménager la salle de concert la Laiterie près de la gare), le premier adjoint au maire Alain Fontanel (PS) peut maintenant annoncer un calendrier :

« Des études complémentaires seront finalisées pour des travaux à l’été 2018 et un déménagement à l’été 2019. On entre dans une phase concrète, où on lancé également un autre appel à manifestation d’intérêt pour les anciens bâtiments de la cave à vin et de l’union sociale. »

Là où l’opposition a parfois critiqué de l’impréparation et de l’improvisation sur le dossier de la Coop, l’architecte Alexandre Chemetoff qu’il s’agissait d’un dossier « évolutif » :

« Il y a une volonté ici de ne pas reproduire d’autres modèles [de réhabilitation de friches, ndlr]. Le projet Coop n’est pas un aboutissement, mais un point de départ, une formule de travail. »

Le tout dans un budget établi à 22,3 millions d’euros pour l’ensemble du site (dont 20,6 millions de participation de la Ville), étalé jusqu’à 2027.

 

Prostitution : l’échec de la nouvelle loi, dénoncée par des associations

Prostitution : l’échec de la nouvelle loi, dénoncée par des associations

Un an après l’adoption de la loi sur l’ « abolition du système prostitutionnel », seulement trois clients de prostituées ont été poursuivis dans le Bas-Rhin. Pour les associations Osez le Féminisme et Le Nid, c’est un constat d’échec, d’autant que le loi prévoyait que les sommes issues des condamnations servent au financement des autres actions prévues par la loi, comme l’aide aux prostituées, la prévention auprès du jeune public, etc.

Pour Le Nid, qui recueille les prostituées et les aide au quotidien, 112 en 2015, la situation globale n’a pas évolué depuis l’adoption de cette loi.

Mais pour Isabelle Collot, présidente du Nid 67, les priorités sont ailleurs :

« La brigade des mœurs de la police est trop occupée avec les violences conjugales et n’a plus de temps pour gérer le problème de la prostitution. Les moyens financiers manquent et donc de nouveaux réseaux se créent et de nouvelles filles arrivent. »

Une femme à Phnom Penh (Photo Blemished Paradise / Flickr / cc)
Une femme à Phnom Penh (Photo Blemished Paradise / Flickr / cc)

Imbroglio judiciaire et policier

En fait, la lutte contre les réseaux dépend de la police judiciaire, la sûreté ne s’attachant qu’à éviter les débordements sur la voie publique, comme l’a montré notre enquête sur la prostitution à Strasbourg d’octobre 2015.

Une autre promesse faite par cette loi, mais qui n’est toujours pas appliquée aujourd’hui, concerne l’obtention de titres de séjour pour les anciennes prostituées étrangères. Auparavant, elles ne pouvaient l’obtenir qu’à la condition qu’elles dénoncent leur réseau. Cette condition aurait dû disparaître mais elle est toujours requise aujourd’hui.

#Mouvement du Nid

À Koenigshoffen, Roland Ries fraîchement accueilli pour défendre l’extension du tramway

À Koenigshoffen, Roland Ries fraîchement accueilli pour défendre l’extension du tramway

Le maire de Strasbourg, Roland Ries, a présenté jeudi soir le projet d’extension du tram vers Koenigshoffen. Mais il a surtout dû répondre aux multiples critiques, exprimées par une assemblée d’habitants hostiles au tracé proposé par la municipalité.

Jeudi soir au Centre sportif ASPTT de Koenigshoffen, à l’ouest de Strasbourg, l’exercice d’une réunion publique sur l’extension du tramway était périlleux pour le maire Roland Ries (PS), même accompagné de ses adjoints et d’une équipe de la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS). Ils ont été accueillis par une salle majoritairement hostile, bien peuplée par le « Collectif pour le tram à Koenigshoffen ». Ce collectif d’associations d’usagers et de quartiers s’oppose au tracé choisi par la municipalité.

Cette réunion était une étape obligatoire de l’enquête publique, qui doit se clore le 28 avril. En retrait, le président de la commission entouré de deux assesseurs étaient donc dans la salle, pour mesurer la température. Ils n’ont pas été déçus. Après une présentation qui justifie le choix de faire passer l’extension de la ligne F par la rue du Faubourg-National, devant une salle silencieuse, réservée, contenue même, Roland Ries a rappelé sa détermination :

« Nous avons pris en compte les remarques faites lors de la dernière concertation de juin 2016, mais nous irons jusqu’au bout, je me suis engagé à ce qu’il y ait une déserte à Koenigshoffen et je tiendrai mes engagements. »

Roland Ries s'est félicité du projet présenté par Gilles Brochart. (Photo CG / Rue89 Strasbourg)
Le maire Roland Ries a défendu le passage par la rue du Faubourg-National, devant une assistance hostile. (Photo CG / Rue89 Strasbourg)

Tirs nourris, feu roulant, remarques acerbes en batterie…

Après la fin de la présentation, vient le moment qu’attendaient les 80 personnes réunies dans la salle. Le micro échoit à Michel, qui ne ménage pas le maire :

« Le quartier de l’Elsau se retrouve déshabillé par votre projet. Nous perdons une ligne, ce qui va réduire de 40% la  fréquence du tram dans notre quartier. Pourquoi avoir opté pour cette solution qui désavantage beaucoup de personnes ? »

Gilles Brochart, directeur des transports à la Ville et Eurométropole, vient au secours de Roland Ries :

« Nous avons enlevé un tram vers l’Elsau, mais il y a une autre ligne qui est maintenue et celle-là est bien plus rapide. On rajoutera aussi une rame en heures de pointe. »

Un membre du collectif pour le tram reprend :

« À vous entendre, on dirait que le projet a été mené en concertation, alors que personne ici ne veut du tracé que vous proposez. Pourquoi  un tel mépris envers l’opinion des habitants ? Vous ne voulez pas faire une consultation populaire afin de savoir qui est pour et qui est contre ? »

Pas de consultation populaire

Roland Ries, impassible jusque là, riposte :

« Madame, vous croyez peut être que je dis à mes techniciens ce qu’ils doivent dire ?  Je ne suis pas du tout compétent pour faire un expertise sur des travaux publics. J’ai une équipe pour cela, qui a évalué le prix des aménagements à faire, et je m’en remets à leur calculs. Les chiffres sont là : 42 millions d’euros en passant par la rue du Faubourg-National et 52 millions en passant par la gare. »

Anne-Marie Victor, nouvelle présidente de l’association des habitants du quartier gare (AHQG), membre du Collectif, demande au maire s’il a eu une idée du nombre de personnes qui soutiennent son projet :

« On a fait le compte des remarques déposées, plus de 87% sont en opposition à votre projet. Alors quand vous dites que c’est suite à la concertation que vous avez validé ce projet, ça nous choque un peu. »

Mais pour le maire de Strasbourg, l’opposition exprimée à un projet de la municipalité ne peut pas être un critère déterminant :

« Je peux vous dire madame que si on avait raisonné comme vous venez de le faire en 1990, il y aurait pas de tramway à Strasbourg aujourd’hui. Parce je ne sais pas si vous le savez, mais la plupart des gens était alors hostile à la construction du tramway. »

Même les chiffrages sont contestés

Puis c’est au tour de Pierre Ozenne, porte-parole du Collectif, de prendre la parole. Il rappelle rapidement au maire quelques revirements de la municipalité depuis le début du projet d’un tram vers Koenigshoffen, avant de mettre en doute le coût des travaux avancé par Gilles Brochart, pour justifier le tracé par la rue du Faubourg-National :

« L’expert indépendant que nous avons engagé pour mener une étude sur les différences de coûts entre les deux tracés a dévoilé des chiffres bien différents, je pense que ce serait intéressant que vous les examiniez (voir notre article, ndlr). »

En fin de soirée, Alain Fontanel, président de la CTS, a mis fin aux réponses polies pour choisir une mise en perspective plus directe :

« L’objectif c’est de relier les Poteries au centre ville, mais comme les chiffres l’indiquent, on dépasse de loin le budget alloué si on devait passer la gare. La Ville n’a pas les moyens pour mettre 20 millions d’euros de plus. Vous préférez qu’on augmente vos impôts de 10% pour payer cette somme  supplémentaire ? »

Alain Fontanel, premier adjoint au maire et président de la CTS, a voulu rester ferme et direct face au Collectif, ce qui a eu le don d'agacer les participants à la réunion (Photo CG / Rue89 Strasbourg)
Alain Fontanel, premier adjoint au maire et président de la CTS, a voulu rester ferme et direct face au Collectif, ce qui a eu le don d’agacer les participants à la réunion (Photo CG / Rue89 Strasbourg)

Évidemment, la remarque soulève une vague d’indignation dans la salle, car tous ont en mémoire les dépenses engagées pour l’extension du tramway… vers l’Est, soit quelque 120 millions d’euros pour passer le port, le Rhin et atteindre l’Allemagne. Des « c’est une honte d’entendre ça » fusent dans la salle, désormais bien chauffée. Le débat se clos vers 21h, même si les participants auraient souhaité ferrailler encore un peu avec les élus.

L’enquête publique se poursuit jusqu’au 28 avril, aucune autre réunion n’est prévue dans le cadre de l’enquête publique mais les commissaires enquêteurs seront présents samedi 22 avril de 9h à 12h et vendredi 28 avril de 14h à 17h au centre administratif de l’Eurométropole de Strasbourg pour recueillir les avis.

« La Mosaïque » à Schiltigheim : une école sans notes, ni punitions

« La Mosaïque » à Schiltigheim : une école sans notes, ni punitions

19 élèves du CP au CE2 fréquentent la classe unique de l’école privée La Mosaïque à Schiltigheim. La pédagogie pratiquée est inspirée de celle de Célestin Freinet. Elle passe notamment par le travail sur des projets en atelier. Reportage.

Une école sans cour. Sans sonnerie. Invisible de la rue. Seul indice de sa présence, quelques voix d’enfants s’échappent des fenêtres entrouvertes du 3e et dernier étage d’un petit immeuble en ce jeudi printanier de mars. Maisons à colombages, église, café, les alentours ont des airs de petit village alsacien éloigné de la capitale régionale. C’est pourtant à quelques coups de pédales du quartier du Wacken à Strasbourg, au centre de Schiltigheim, que se situe l’école privée La Mosaïque, ouverte à la rentrée 2015.

Cette école d’inspiration Freinet accueille 19 enfants du CP au CE2 dans une seule et même classe. Ils viennent des environs, soit Strasbourg, Bischheim ou Hoenheim…

À la recherche de l’accord de l’enfant

« Hello, hello, bonjour, guten tag, welcome, welcome, buenas dias », chantent en chœur les élèves et leur maîtresse, à leur retour en classe après le déjeuner. Une fois ce rituel terminé, Cécile Cozien se tourne vers le tableau où figure le programme de la journée.

« Quoi de neuf, récré, maths », l’enseignante coche ce qui a déjà été fait le matin, sous la dictée des élèves, habitués à cette étape. Ils déclinent ensuite l’emploi du temps de l’après-midi : ateliers projets, récré et exposé. L’exposé du jour sera l’oeuvre de Noha. La date ne lui a pas été imposée par la maîtresse. Le sentant prêt, elle vient de lui demander – et d’obtenir – son accord. Selon Cécile Cozien, l’assentiment de l’enfant est essentiel. Une démarche qui repose sur l’un des trente « invariants » (un ensemble de valeurs) définis par Célestin Freinet, comme elle l’explique :

« C’est important que Noha prenne la décision de présenter son travail, qu’il dise s’il est prêt, si son exposé est terminé et s’il souhaite que le regard du groupe se porte sur son travail. Cela renvoie à l’invariant numéro 1 qui dit que “l’enfant est de même nature que l’adulte”. »

« Méthode naturelle » pour apprendre à lire

Face à une grande bibliothèque bien fournie, le mur extérieur et les fenêtres de la classe portent les traces du travail déjà accompli par les élèves depuis la rentrée. Une frise du temps des dinosaures au temps des premiers hommes, illustrée par des dessins, des peintures et figurines en pâte à modeler, et de grandes affiches avec des textes portant la signature de leurs auteurs.

« C’est dans le cahier bleu, le cahier d’écrivain, qu’on écrit nos histoires », clarifie Elisa, avant de feuilleter fièrement son œuvre et d’insister pour nous lire son histoire préférée. Cécile Cozien détaille les usages possibles des textes écrits par les enfants :

« Ils peuvent servir de support de lecture, être affichés dans la classe, envoyés à “la Gerbe d’histoire d’enfants” (une publication du mouvement Ecole Moderne-Pédagogie Freinet, ndlr), tapés à l’ordinateur ou intégrés à un recueil de textes édité et remis aux parents. »

Elisa lit fièrement son histoire préférée dans son "cahier d'écrivain". (Photo IM / Rue89 Strasbourg)
Elisa lit fièrement son histoire préférée dans son « cahier d’écrivain ». (Photo IM / Rue89 Strasbourg)

Ici, pas de méthode de lecture ! Les élèves apprennent à lire à partir de textes écrits par des enfants de la classe selon la « méthode naturelle ». Pour expliquer en quoi elle consiste, l’enseignante use d’une comparaison :

« Comment faites-vous pour apprendre à parler à vos enfants ? Vous leur parlez et comme ce sont des êtres humains géniaux, ils parlent ! Nous faisons le pari qu’on apprend à lire en lisant et à écrire en écrivant. Au départ nous leur expliquons la fonction de ce magnifique cahier d’écrivain dans lequel ils peuvent écrire tout ce qu’ils veulent. Le texte choisi comme support de lecture est souvent celui pour lequel on a perçu un véritable engouement, une émotion palpable, dans la classe. Nous aidons plus ou moins les enfants, selon leurs besoins. Cette année, un enfant a appris à lire en quinze jours, une autre petite fille en quatre semaines. Parfois, les enfants qui ont moins d’intérêt pour la lecture peuvent mettre deux ans. C’est comme pour apprendre à parler ou marcher. Tout le monde ne va pas à la même vitesse. La pédagogie Freinet prend le temps. »

En miroir des textes d’enfants, la maîtresse propose régulièrement des textes d’auteurs. Une manière de démontrer que la classe n’est pas isolée du reste du monde et de la culture.

Pas de notes, des ceintures de couleur

Place aux ateliers !  Au menu : géographie, géométrie, modelage, exposé, peinture, puzzle, écriture au tableau. Là encore, pas de figure imposée par l’enseignante. Chaque enfant s’inscrit, en fonction de ses envies, des places disponibles et de la « ceinture de couleur » nécessaire.

« La peinture, c’est ceinture jaune », précise Cécile Cozien. Dans sa classe, pas de notes, mais des ceintures de couleurs, selon le niveau de compétences et d’autonomie de l’élève. Comme au judo, les ceintures s’échelonnent de la blanche à la noire. Cette gradation ouvre des droits aux enfants, comme le détaille l’enseignante :

« À partir de la ceinture blanche, on se déplace dans la classe comme on veut. À partir de la ceinture jaune, on apprend à présider des moments de paroles, à partir de bleu, on peut sortir de la classe sans demander d’autorisation. Le système de ceintures est propre à la pédagogie institutionnelle, une branche de la pédagogie Freinet. L’atelier peinture demande un bon niveau d’autonomie. »

L'atelier géométrie consiste à produire des dessins à base de figures géométriques.
L’atelier géométrie consiste à produire des dessins à base de figures géométriques. (Photo IM / Rue89 Strasbourg)

Priorité à l’autonomie

« C’est code orange », lance la maîtresse, avant l’installation des ateliers. Un enfant aimante un gros carré orange au tableau par dessus un autre carré de couleur rouge. Cécile Cozien explicite l’utilisation de ces codes :

« Le code rouge signifie que le travail s’effectue en silence. En général, on l’utilise pour privilégier le projet personnel. Pour le travail de groupe, c’est le code orange. Les chuchotements sont autorisés. »

L’atelier peinture demande un bon niveau d’autonomie.

Les groupes s’installent de leur propre chef. « L’objectif est de former des enfants débrouillards, responsables et soigneux », commente l’enseignante, avant de se tourner vers un élève passif et de lui glisser : « c’est toi qui sort les crayons. »

Sur une table au fond de la classe, Kataryna souffle délicatement dans une paille pour disperser les gouttes de peinture déposées sur sa feuille. L’enseignante valorise :

« Elle a mis son tablier et préparé son atelier toute seule. »

L’élève de CP lance fièrement :

« J’ai juste eu besoin d’aide pour savoir où étaient les peintures. »

Un questionnement, des élèves-chercheurs

À deux mètres de là, Maeva Szpirglas, assistante d’éducation présente de la pause repas à 18h, accompagne Elena dans la réalisation de son exposé sur la prise de la Bastille. La fillette s’appuie sur une bande dessinée pour prélever des informations. L’adulte l’écoute lire et lui glisse :

« Piller, tu sais ce que cela veut dire ? »

L’enfant répond par la négative. L’assistante d’éducation propose « dérober » puis « voler ».

Passant d’un atelier à l’autre, Cécile Cozien questionne beaucoup les élèves. Elle les met sur la voie de sources documentaires susceptibles d’apporter des réponses à leurs interrogations. Le plus souvent, ils cherchent… et trouvent !

Pas de punitions

Pendant les ateliers, l’enseignante rappelle plusieurs fois la nécessité de chuchoter mais ne punit pas. Si Célestin Freinet jugeait l’ordre et la discipline nécessaires en classe, il estimait que les punitions étaient toujours une erreur, comme le précise un autre de ses « invariants » :

« Elles sont humiliantes pour tous et n’aboutissent jamais au but recherché. »

Avant que ne soit annoncée l’heure du rangement des ateliers, Maeva, diplômée en illustration de la HEAR (Haute école des arts du Rhin) et de l’Ecole Estienne, prévient Kataryna de commencer à faire table rase :

« Tu as l’atelier le plus long à ranger. »

Une présentation orale du travail

Une fois le ménage effectué, restent les œuvres et les travaux posés devant chaque élève. C’est l’heure de la restitution. L’occasion d’entendre les enfants expliquer leurs productions ou les avancées de leurs recherches. Esteban monte sur l’estrade et fait rire la classe en présentant l’histoire de son extraterrestre réalisé lors de l’atelier géométrie. Selma montre le livre qu’elle vient de lire. La peinture de Kataryna est saluée par les applaudissements de ses camarades. Noha soulève le scorpion qu’il a réalisé en pâte à modeler. Cet animal qui le passionne est aussi le sujet de son exposé. Il se désole de n’avoir pas eu assez de pâte pour le finir.

À la table du groupe « exposé », Céleste se targue d’avoir trouvé que le lapin de Garenne était « nuisible pour les plantes ». Un enfant l’interroge sur le sens du mot nuisible. L’élève sèche. L’enseignante rassure :

« C’est très bien que cette question soit posée comme ça tu pourras chercher avant de présenter ton exposé. Et dans quel livre pourrait se trouver la réponse que cherche Céleste ? »

Enthousiaste, un élève de CP se lance :

« Le dictionnaire ! »

Céline Cozien conclut invite Céleste à indiquer à la classe ce qu’il aura trouvé la prochaine fois. De nombreux enfants expriment à haute voix leur désir de voir vite arriver la prochaine séance d’atelier, pour entendre la réponse de Céleste. Pour ceux qui résisteraient à la curiosité d’aller chercher dès que possible dans le dictionnaire…

Des élèves, du travail, un métier

Dans cette école pas comme les autres, aucune sonnerie n’indique que c’est l’heure de la récréation. Ici, rappeler l’heure est un métier. C’est celui d’Ariel, comme l’indique le tableau des métiers affichés dans la classe. Ce dernier indique également qui se charge notamment de distribuer les cahiers, répondre à l’interphone ou écrire la date. Cécile Cozien insiste sur le rôle des métiers dans la classe :

« L’enfant n’est pas uniquement dans le jeu mais dans le travail. Freinet a voulu faire rentrer le vrai travail dans la classe, proposer une pédagogie par le travail, sans activité de rabâchage ou occupationnelle. Il était issu de milieu paysan et ancien poilu de la guerre de 1914. Il avait, par exemple, fait rentrer la première imprimerie, faite par l’un de ses amis dans la classe. Nous organisons des ateliers imprimerie pendant lesquels les enfants composent un texte, caractère par caractère, font chauffer l’encre, et font sécher la production. Dans le même esprit, notre classe sort pour aller à la rencontre de professionnels, comme le vétérinaire du quartier ou le restaurateur. Nous accueillons également des gens qui viennent raconter leur métier. C’est très important que la classe ne soit pas fermée sur elle-même. »

Une récréation au parc public

La récréation aussi est ouverte sur l’extérieur ! Comme La Mosaïque n’a pas de cour, ce temps prend même des airs de sortie scolaire. Direction le parc public du centre ville, à quelques rues de là.
Comme dans n’importe quelle cour de récréation, les élèves se chamaillent, viennent se plaindre à la maîtresse d’avoir reçu un ballon sur la tête ou un coup dans le dos. Cette fois encore, Maeva et Cécile amènent les enfants à résoudre les conflits par le dialogue sans jamais brandir de menaces de punition.

Après la récréation, les élèves s’installent sur des canapés, dans une pièce qui fait face à la salle de classe. L’heure sera à la lecture d’une lettre de la responsable de La Gerbe, journal des écoles Freinet de la région, à laquelle la classe propose régulièrement des textes pour publication.

Pas d’ « écoles Freinet » dans le public

Certaines « classes Freinet » de l’enseignement public contribuent également à l’écriture de ce journal. A l’instar de ce qu’a fait Cécile Cozien avec les siennes, avant de prendre sa retraite de l’Education nationale et de rejoindre La Mosaïque (lire ci-dessous), des enseignants du public « font du Freinet », dans leurs classes, ici ou là. Mais aujourd’hui, les parents qui scolarisent leur enfant dans l’école publique de secteur ne peuvent pas être sûrs que celui-ci croisera un jour des « enseignants Freinet », comme Cécile Cozien. Elle aimerait d’ailleurs que des écoles Freinet comme La Mosaïque, puissent exister dans le public.

« Mais cela supposerait que les directeurs d’écoles aient la liberté de recruter une équipe d’enseignants. Et je ne crois pas que les syndicats d’enseignants adhèrent à cette idée. Ils souhaitent que les mutations reposent sur des critères objectifs, tels que l’ancienneté et la notation. »

Une seconde classe en projet

Être assurés que leurs enfants suivent tout un cursus « Freinet », voilà très précisément ce qui a motivé des parents à passer quatre années à travailler pour monter cette école privée associative. La Mosaïque envisage d’ouvrir une seconde classe à la rentrée 2017. Le petit espace au dernier étage de l’immeuble du centre ville de Schiltigheim ne suffira pas. L’association est en quête d’un nouvel espace…

 

Pars chasser le blues samedi à La Popartiserie avec Thomas Schoeffler Jr

Pars chasser le blues samedi à La Popartiserie avec Thomas Schoeffler Jr

Après la sortie officielle de son nouvel album fin mars au Mudd Club, Thomas Schoeffler Jr présente The Hunter à La Popartiserie samedi 15 avril. Chasse et rock en perspective.

Thomas Schoeffler Jr est un chasseur solitaire. Bluesman strasbourgeois, il évolue depuis le début en one-man band, seul avec sa guitare, ses harmonicas, et ses pieds pour seules percussions. Il a fait voyager ses deux premiers albums sur toutes les scènes de France et surtout dans les meilleurs festivals de blues : le Blues Rules, Binic ou encore Blues Sur Seine. Il vient de sortir son 3e disque : The Hunter, dont « Sauerkraut » est le 1er single survolté.

Concentrés d’énergie, des concerts entre country et grunge

Rompu à l’exercice de la scène, il présentera The Hunter samedi 15 avril à La Popartiserie. Toujours entre la country et le grunge, il faut le voir pour saisir la définition même d’énergie. Rythmes effrénés et sueur qui perle, les concerts de Thomas Schoeffler Jr sont toujours d’une intensité extrême, dans une ambiance survoltée.

Guidé par l’humour et les fantômes de Townes Van Zandt ou Hank Williams, maîtres de la country dont Thomas est le digne descendant, le public ne résiste en général pas très longtemps à battre la mesure. Et ses concerts sont toujours l’occasion de naviguer entre l’entière discographie du bluesman, avec les titres déjà incroyables de son précédent opus, Jesus Shot Me Down.

Réécouter Jesus Shot Me Down

Un 3e album hypnotique

Avec The Hunter, la recette reste la même : country exigente et implacable. Mais plus rock, plus sombre, ce 3e disque est aussi l’occasion pour Thomas de montrer toutes les nuances vocales dont il est capable. Là où il nous emmenait avant en balade dans les déserts morriconiens, s’ouvrent maintenant les portes de forêts immenses et profondes.

Les sentiers tortueux mèneront donc à La Popartiserie, entre âmes tourmentées et sentiments variés, pour se laisser hypnotiser.

L’obsession identitaire de Marine Le Pen

L’obsession identitaire de Marine Le Pen

En meeting à Monswiller, Marine Le Pen a promis aux 1 600 spectateurs de « rendre l’Alsace  » aux Alsaciens. La candidate FN souhaite en effet revenir sur la réforme du gouvernement socialiste, mais aussi… supprimer les régions.

Dessin de Piet

 

#Monswiller

Pourquoi on ne connaît toujours pas les candidats « En Marche » aux législatives

Pourquoi on ne connaît toujours pas les candidats « En Marche » aux législatives

Qui seront les candidats « En Marche » aux mandats de députés ? C’est LA grande inconnue à l’approche des élections législatives de juin, ce qui occasionne rumeurs, envies, voire fantasmes. Le parti (ou « mouvement ») d’Emmanuel Macron préfère temporiser. Analyse.

Surprise ! Emmanuel Macron a annoncé ses 14 premiers candidats pour les élection législatives en juin lors de son passage à l’Émission politique sur France 2. Aucun ne concerne l’Alsace. À deux semaines de l’élection présidentielle, les candidats « En Marche . . .

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Inquiet, un Strasbourgeois tente d’alerter sur le futur de l’Humanité

Inquiet, un Strasbourgeois tente d’alerter sur le futur de l’Humanité

Jean-Christophe Anna se définit comme « un geek conscient ». Consultant spécialiste de l’emploi, branché sur le futur, il a mis en ligne un site pour sensibiliser sur des enjeux qu’il estime cruciaux pour l’avenir de l’Humanité : le climat, l’intelligence artificielle, le transhumanisme… Autant de thèmes absents de la campagne électorale présidentielle.

Et si l’Humanité était appelée à disparaître dans 20 ans ? Jean-Christophe Anna ne fait pas dans la dentelle, c’est bien la survie de l’espèce humaine qui l’inquiète. Strasbourgeois, fondateur d’une société de conseils en recrutement, il a mis en ligne un site web pour rassembler une série de faits qui préparent selon lui le monde de demain. Appelé 2017-2037, le site web liste tout ce qui n’existait pas il y a 20 ans et dépeint ce qui pourrait bien constituer notre quotidien dans 20 ans, une plongée dans l’évolution vertigineuse des technologies. Rue89 Strasbourg : pourquoi avoir créé 2017-2037.com ? Jean-Christophe Anna : C’est en travaillant sur l’intelligence artificielle appliquée (IA) au recrutement, je me suis rendu compte du nombre de métiers qui allaient disparaître, on parle de millions d’emplois et qui vont toucher tous les secteurs, pas seulement les emplois peu qualifiés. Aujourd’hui, Watson, l’intelligence artificielle d’IBM détecte mieux les cancers qu’un oncologue et le robot Smart est plus précis et plus rapide pour opérer un intestin de porc… Je me suis renseigné plus avant et j’ai compris que pour la première fois dans l’histoire de l’humanité, nous n’allions pas être en mesure de remplacer ces métiers par d’autres. L’être humain court le risque de devenir obsolète et, au passage, de détruire la planète.

« L’IA apprend d’elle même »

Je suis surpris de constater que ces thèmes ne soient pas abordés dans la campagne électorale, alors que l’IA est déjà capable d’apprendre par elle-même. Mais pire, ces thèmes ne sont même pas présents dans le débat public ! Nos élus s’en foutent et tout le futur est préempté par Google, Apple, Tesla, etc. Il me semblait urgent de compiler, dans un même endroit, une série de connaissances, résumées par des experts qui sont tous encore plus inquiets que moi, parce qu’ils voient bien ce qu’il se passe. Mais le progrès est consubstantiel à l’Humanité, pourquoi s’en inquiéter à présent ? Parce que tout va trop vite. Songez qu’Elon Musk, celui qui produit des voitures électriques qui roulent toutes seules, a annoncé la création d’une société qui doit coupler l’intelligence humaine à celle de la machine. Pourquoi ? Parce que la machine va remplacer l’Homme, non parce qu’elle permet de réaliser plus facilement des tâches pénibles mais parce qu’elle est meilleure. Quand on sera tous remplacés par des robots, il sera trop tard pour réagir.
Jean-Christophe Anne se définit comme un "geek conscient". (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
Jean-Christophe Anna se définit comme un « geek conscient ». (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)

« Les êtes humains peuvent être reproduits sans fécondation »

C’est maintenant qu’il faut se poser les bonnes questions. Je ne suis pas opposé au progrès, je suis moi-même quelqu’un d’ultra-connecté, mais je pense qu’il est urgent que, collectivement, on s’interroge. Ainsi par exemple, il est désormais possible de produire un être humain à partir de deux cellules d’humains différents, mais c’est aussi possible de reproduire un être humain à partir de cellules d’une seule personne ! Le site permet de poser ces questions. J’aimerais que les gens s’en saisissent, pour créer un centre de réflexion, citoyen, soit mis en place pour suivre et surveiller les évolutions technologiques et s’assurer qu’elles contribuent au bien commun. Là, on n’est sûr que d’une chose : que les technologies vont profiter à ceux qui les créent, à savoir les géants de la Silicon Valley. Est-ce que ce site a été créé pour participer au débat présidentiel ? Je suis effaré par la pauvreté du débat politique. Ces enjeux nous concernent tous, ils sont connus, documentés. Des scientifiques de renom interviennent régulièrement et j’ai tenté d’en recenser quelques uns sur le site et… rien. On n’entend rien sur l’Intelligence artificielle, on a quelques échos timides sur le climat. Seul Benoît Hamon avec le revenu universel propose une mesure capable d’apporter une réponse au défi de l’emploi qui est posé. La plupart des candidats proposent de continuer ce qui se fait depuis des années, parlent d’un retour de la croissance, d’un retour au plein emploi… Autant de notions qui seront balayées dans les prochaines années.

Fillon à Strasbourg : « l’enfarineur » n’était plus fiché S depuis deux ans

Fillon à Strasbourg : « l’enfarineur » n’était plus fiché S depuis deux ans

L’hebdomadaire conservateur Valeurs Actuelles a révélé que l’homme qui a enfariné François Fillon à Strasbourg le 6 avril faisait l’objet d’une fiche S. Selon les informations de Crosscheck, dont Rue89 Strasbourg est partenaire, il aurait été inscrit au Fichier des personnes recherchées (FPR) entre 2012 et 2015, avant de ne plus être considéré comme une menace par les policiers.

À son arrivée au parc des Expositions du Wacken à Strasbourg le jeudi 6 avril, François Fillon ne s’attendait sûrement pas à être blanchi. Et encore moins de cette manière. Un homme de 27 ans, arborant un t-shirt « Jeunes avec Fillon », a couvert le candidat Les Républicains de farine alors que celui-ci traversait la haie d’honneur. Il a été mis en garde à vue dans la soirée, en compagnie d’un second individu.

L’hebdomadaire très marqué à droite Valeurs Actuelles révèle en fin de soirée que l’auteur de l’acte « est fiché S ». Il aurait été inscrit au fichier des personnes recherchées (FPR) en 2012, suite à plusieurs voyages en Afghanistan. Voyages pendant lesquels, toujours selon Valeurs Actuelles, il aurait « participé à des combats ».

Le projet collaboratif de vérifications d’informations CrossCheck, dont Rue89 Strasbourg est partenaire, a enquêté sur le profil de « l’enfarineur ». L’homme de 27 ans, prénommé Quentin, a bien fait l’objet d’une fiche S, mais entre 2012 et 2015. Une précision qui a échappé au site de Valeurs Actuelles qui a ensuite modifié son titre pour indiquer « a été fiché S » et ajouté un paragraphe de précisions en début d’article.

Des sources policières contactées par CrossCheck déclarent qu’il se serait rendu au Pakistan, en Afghanistan et en Inde. Ces voyages lui ont valu d’être entendu par les autorités à titre préventif, à son retour. Il n’était pas « recherché » activement, comme peut le laisser penser le nom du fichier.

Des modifications ont été apportées à l’article de Valeurs Actuelles (Captures d’écran)

Fiché S, sans lien avec le terrorisme

En revanche, aucun soupçon de radicalisation n’a été émis sur le jeune homme, plutôt décrit comme « un baroudeur ». Une fiche S avait été émise à son sujet, « par précaution », mais sans aucun lien avec des activités liées au terrorisme. L’homme était connu des services de police pour des faits de « vol simple ». En 2015, les policiers du service du renseignement estiment qu’il ne correspond pas à une menace et ne renouvellent pas sa fiche.

Après Manuel Valls, un deuxième ancien Premier ministre enfariné à Strasbourg (capture d’écran vidéo AFP TV)

Une fiche S inscrit la personne au fichier des personnes recherchées (FPR). La lettre « S » correspond à « Sûreté de l’État ». Cette fiche n’entraîne aucune poursuite à l’égard de la personne visée. Les autorités n’ont, de même, aucune obligation de suivi ou de surveillance vis-à-vis d’un fiché S.

La question, désormais, reste de savoir si une attaque à la farine peut être considérée comme une attaque terroriste, et évoquer une négligence.

Tram vers Kœnigshoffen : une contre-expertise estime préférable le tracé par la gare

Tram vers Kœnigshoffen : une contre-expertise estime préférable le tracé par la gare

L’expertise commandée par le Collectif pour le tram vers Kœnigshoffen valide le tracé par la gare. Il coûterait moins cher, si l’on ne prend en compte que les travaux spécifiques au tramway et les coûts de fonctionnement futurs. L’exécutif strasbourgeois va devoir trouver autre chose que les chiffres pour justifier le tracé par le Faubourg National.

Le tramway vers Koenigshoffen n’en finit pas de pourrir la vie de Roland Ries. Alors que le maire de Strasbourg regarde à l’est, franchit le Rhin, soude l’Europe, voilà qu’à l’ouest, une fronde refuse de se taire. Pire, le Collectif pour le tram à Koenigshoffen entend jouer à armes égales avec la municipalité et la CTS, en publiant une contre-expertise (voir ci-dessous).

Tracé du tramway vers Koenigshoffen (doc Eurométropole)
Tracé du tramway vers Koenigshoffen (doc Eurométropole)

Un étude financée par un crowdfunding

Suite à un financement participatif de 10 000 euros réussi, les associations membres ont mandaté un bureau d’étude à Tours, pour avoir un regard extérieur et étranger aux considérations politiques strasbourgeoises, d’une valeur totale de 13 560 euros. Le cabinet Trans-missions s’est penché sur le prix des travaux nécessaires, mais aussi le coût de fonctionnement du futur réseau et l’impact pour la population.

Pourquoi maintenant ? Le dossier est actuellement soumis à la consultation publique, chaque citoyen peut donner son avis, par exemple sur le site de la Ville de Strasbourg. Le préfet devra ensuite déclarer le projet « utile », pour autoriser les travaux et les dépenses. Le Collectif espère désormais que ses arguments, en partie corroborés par l’expertise, convainquent à participer massivement et d’avoir un avis positif « sous réserve » que la variante par la gare soit retenue.

L’ajout des variantes en 2016, alors obtenu de haute lutte, se révèle donc crucial, puisque le cabinet a pu s’appuyer sur le chiffrage par la CTS. Et proposer une contre-expertise citoyenne pour le moins inédite.

Un projet « mal nommé »

Les deux experts estiment d’abord que l’enquête est mal nommée, puisqu’il s’agit d’un « dévoiement de la ligne F » (parfois appelé débranchement) et non d’une « extension ». Au-delà du changement de nom, cela a une importance car la perte de 35% de la desserte du quartier de l’Elsau n’est pas évoquée dans le dossier de l’enquête publique, relève le cabinet.

Le quartier, où le taux de voiture par foyer est plus faible qu’en moyenne dans l’Eurométropole, va passer de 16 à 11 tramways en heure de pointe (un tram B sera ajouté et les 6 trams de la ligne F seront donc détournés). Il n’y a d’ailleurs pas de permanence sur le sujet dans le quartier de l’Elsau.

Même avec les extensions, ce sera moins cher par la gare

Si tous les chiffres avancés sont ceux de l’enquête publique, les experts en font une interprétation et une présentation différentes. D’une part, ils font le tri entre les coûts directement imputables au tramway et les travaux annexes, rénovation des places Sainte Aurélie et Porte Blanche qui peuvent se faire avec ou sans tramway.

De l’autre, il évalue les coûts des travaux, mais aussi de fonctionnement sur le réseau par la suite. Une différence de taille, car la collectivité n’avait pas vraiment remis en cause le bien-fondé de la proposition du Collectif, mais avait opposé qu’elles étaient plus chères à réaliser.

Les calculs incluent aussi le maintien ou la suppression des lignes de bus qu’impliquent les deux variantes. Contrairement à l’Eurométropole, les spécialistes estiment qu’il n’y a pas besoin d’acheter de nouveaux équipements, suite à l’achat de 12 rames pour desservir Kehl.

Avantage du Faubourg National : c’est plus rapide

Certes, la variante du Collectif coûte un peu plus cher, notamment parce qu’il faudrait renforcer la place de la gare dès 2019 : 45,4 millions d’euros contre 42 millions. Mais ensuite, les coûts de fonctionnement seront moindres. Dans la variante de l’Eurométropole, ils engendrent 187 750 euros d’économies par an, par rapport à la situation actuelle, en raison de la fermeture de lignes de bus. Dans celle du Collectif, l’économie annuelle est de 1,112 million d’euros.

Pour le grand total (travaux + fonctionnement), les experts ont lissé l’investissement sur 50 ans, mais concrètement, la collectivité serait gagnante au bout de 4 ans. Les experts reconnaissent un avantage au tracé par le Faubourg national : les travaux seront plus rapides et plus simples, notamment car il n’y aura pas à traiter avec la SNCF pour la gare.

Les extensions de 2025 aussi passées au crible

Les experts étudient aussi l’impact des deux tracés sur les projets d’extension à long terme, évalués vers 2025. Les signataires sont néanmoins plus prudents. Ils indiquent que les coûts affichés sont « instables », notamment car les réseaux de bus peuvent changer. Leurs conclusions visent néanmoins à donner des ordres de grandeur, qui dans tous les cas sont mesurés par rapport aux budgets de la CTS.

Le projet de l'Eurométropole doit se faire en deux temps. (Doc EMS)
Le projet de l’Eurométropole doit se faire en deux temps. Deux tracés (Doc EMS)

Le projet du Collectif prévoit dévoiement de la ligne F pour passer par la gare, voire préfigurer à terme d’une extension directe vers le Wacken et son quartier d’affaires Archipel, en contournant la place de l’Homme de fer, déjà surchargée.

Le tracé proposé par le collectif pour le tram à Koenigshoffen (doc remis)
Le tracé proposé par le Collectif pour le tram à Koenigshoffen (doc collectif pour le tram à Koenigshoffen / cliquez sur l’image pour agrandir)

Ce projet, en plus de l’extension promise vers le parc des Poteries dans les deux variantes, est comparé à la construction d’une future ligne H. Cette ligne doit relier directement les institutions européennes à la Robertsau (qui va aussi connaitre une extension, dont les travaux débutent) à la gare, et donc en desservant les institutions européennes, sans correspondance.

L’Etat, l’Eurométropole et la Région ont provisionné de l’argent pour lancer des études avant la fin 2017, dans le contrat triennal pour l’accessibilité européenne de Strasbourg. Ce terminus à la gare doit selon les experts de toute façon amener à une restructuration de la place à terme.

Rajouter des rails de tram sur les voies du BHNS (entre Laiterie et Porte Blanche, soit 1 arrêt) comme le prône le Collectif, coûte plus cher, tout comme l’exploitation, mais à la marge (67 000 euros sur 1,2 millions au total).

Comparatif des coûts des deux variantes (cliquez sur l’image pour agrandir)

Compte tenu des économies réalisées par la variante du Collectif de 2019, le coût total (travaux + fonctionnement) serait 2,866 millions pour la variante Eurométropole, contre 2,134 pour la variante du Collectif, plus économe.

Les coûts à court et moyen terme (p.28). Le cabinet Transmissions indique que les chiffres pour 2025 sont néanmoins à considérer avec prudence.

Et les passagers dans tout ça ?

Mais une extension de tram ce n’est pas seulement une question de sous, mais aussi d’intérêt pour les habitants. Le maintien de la ligne 4 (qui va au cœur de Koenigshoffen, là où le tram s’arrête à l’entrée) en parallèle des lignes tram semble peu efficace aux experts, surtout qu’une congestion est anticipée à partir de porte Blanche, en raison de la réduction du nombre de voies de circulation, pour faire place aux rails de tram, que le BHNS empruntera et de l’arrivée des autocars du Transport en site propre de l’ouest (TSPO).

Le projet prévoit le maintien des lignes de bus 4 et 10 en parallèle du tram. (cliquez sur l’image pour agrandir))

L’arrêt au Faubourg national leur semble en outre peu pratique pour les personnes à mobilité réduites (handicapés, avec des enfants ou de grosses valises) souhaitant rallier la gare, notamment car elle n’est pas visible depuis la station. Un élément important car la gare permet de rallier les aéroports d’Entzheim, Paris-Roissy ou Francfort), les tram A et D ou le BHNS.

Quant au temps de trajet jusqu’à la place de l’homme de fer, ils estiment qu’il est de 9 minutes pour la variante de l’Eurométropole contre 10 minutes en cas de passage par la gare, sachant que la fréquence est meilleure sur la ligne C que sur la ligne F. Autrement dit, une différence négligeable.

Pour ces raisons économiques mais aussi d’utilité, les deux experts expriment donc à plusieurs reprises une préférence pour la variante du Collectif.

Les avantages des deux variantes (cliquez sur l’image pour agrandir)

 

Au-delà de tous ces éléments techniques, il existe des considérations politiques locales, qui ne sont pas abordées ici. Maire de Strasbourg depuis 2008, Roland Ries (PS) a par exemple souvent répété qu’il ne toucherait pas aux places Kléber et de la gare car tous les maires les ont réaménagées avant lui, au gré des alternances politique. Sans oublier que d’ici les extensions supposées vers 2025, il y aura des élections municipales en 2020.

L’expert conclue en expliquant que dans les deux cas, la desserte de Kœnigshoffen sera améliorée et qu’une « synthèse » entre le tracé du Collectif et de l’Eurométropole serait à imaginer. Pourquoi pas, mais il ne sera pas possible de passer entre le faubourg national et la gare. Il faudra bien choisir.

L’expertise complète (35 pages)

Avec « Le Verre politique », Nina fait débattre les jeunes autour de l’apéro

Avec « Le Verre politique », Nina fait débattre les jeunes autour de l’apéro

Nina a 23 ans. Journaliste sur YouTube, elle parcourt la France à la rencontre des jeunes. À l’occasion de l’élection présidentielle, elle les fait réagir sur la politique, autour d’un verre. Nina a posé ses valises quelques jours à Strasbourg. Rencontre.

Le projet s’intitule Le Verre Politique. Le concept est simple : des jeunes, de 18 à 30 ans, se retrouvent pour l’apéro et discutent de… politique. Pendant la campagne pour l’élection présidentielle, Nina Guérineau de Lamérie veut donner la parole à une génération qu’elle estime peu et mal représentée dans les médias. Nina impose des thèmes en rapport avec l’actualité et filme les échanges. C’est tout. Les vidéos sont ensuite diffusées via les réseaux sociaux et sa chaîne YouTube :

« Je m’adresse aux jeunes. Je veux savoir ce qu’ils font dans la vie. Je veux qu’ils m’expriment leur réalité. Je suis une journaliste qui s’efface. Hormis la présentation au début des vidéos, je n’interviens pas. Je relance les débats s’il y a des blancs. Je suis là pour faire un état des lieux. »

À quoi rêvent les jeunes ? Quelles sont leurs priorités ? Iront-ils voter ? Pour répondre à ces questions, Nina sillonne la France. Vingt-trois étapes jalonnent son périple : Poitiers, Marseille, Le Havre, Bure… Et Strasbourg. En moyenne, elle passe une semaine sur place. Les thèmes sont choisis à l’avance. Elle trouve ses interlocuteurs au fur et à mesure de ses déplacements, grâce à des acteurs locaux.

À Strasbourg, les jeunes européens mis à contribution

La jeune femme est débrouillarde, elle sait provoquer sa chance. Lorsqu’elle arrive dans la capitale alsacienne, elle rencontre les Jeunes Européens de Strasbourg. Ils finalisent une Constitution citoyenne imaginée par 150 jeunes de 38 nationalités différentes. Le timing est parfait :

« Avec Le Verre Politique, je veux du constructif. Je suis dans le pourquoi et le comment. Je ne veux pas de réponse du type : j’aime / j’aime pas. Je veux que les personnes argumentent leurs idées. »

Nina Guérineau de Lamérie, Le Verre Politique
Rebecca, Aude et Clément sont membres de l’association transpartisane des Jeunes Européens. (Photo Nina Guérineau de Lamérie / doc remis)

Les échanges filmés en continu

Elle les sollicite et trois d’entre eux acceptent l’invitation. Ils se retrouvent chez l’une des participantes, ouvrent une bouteille, déposent quelques chips dans un bol et se lancent dans une discussion animée à propos de l’Europe. Aude ne se fait pas prier, elle participe avec entrain. La formule apéro séduit :

« J’aime beaucoup cette idée, pouvoir rencontrer des jeunes dans un cadre informel comme si nous étions potes. Parler de l’Europe rebute beaucoup de monde. Ce concept rend la chose accessible. »

Nina déclenche l’enregistrement et filme en continu. Deux caméras sont disposées dans la pièce et lui fournissent une heure de vidéos. Les résumés publiés durent sept minutes environ. Ils sont chapitrés en fonction des interventions des participants. Chaque lundi, une nouvelle émission est mise en ligne. Nina opère le montage sans voix off ni analyse, un parti-pris de la youtubeuse.

Le matériel de base pour alimenter sa chaîne YouTube. Photo : Nina Guérineau de Lamérie

Débrouillardise et Pôle Emploi

Nina est tout juste diplômée d’une école de journalisme. Après un stage au Parisien puis une alternance à Vaucluse Matin, elle a eu envie de tester autre chose. Au lieu d’enchaîner les missions et les CDDs comme nombre de ses camarades, elle décide de prendre un peu de distance par rapport à la profession :

« Les journalistes se déconnectent de plus en plus de la réalité. J’avais envie de voir des gens qui travaillent, qui réfléchissent, qui sont soumis aux aléas de la vie… Les effectifs au sein des rédactions ne sont pas assez nombreux pour faire ce travail. »

Nina n’est pas salariée, elle n’a pas non plus le soutien logistique ou financier d’une rédaction. Elle porte ce projet toute seule. À 23 ans, avec pour seule ressource l’assurance chômage et l’aide de sa famille, elle économise sur tout : nourriture, essence et péages sont limités grâce au co-voiturage.

Si le but de Nina n’est pas d’obtenir un financement, elle compte gagner en visibilité :

« Le Verre politique s’achèvera en mai, avec le deuxième tour de l’élection présidentielle. Pour l’instant, je n’ai pas le temps de me projeter mais je me passionne pour la vidéo et j’aimerais être reporter locale. »

Un créneau trop souvent délaissé, selon elle, notamment par les médias nationaux. Les nouvelles pratiques professionnelles nourrissent sa réflexion, son truc c’est de prendre sa caméra pour la mettre au milieu de la rue. Des rendez-vous comme Nuit debout en France l’ont convaincue de pratiquer le journalisme ainsi. Lorsque le mouvement citoyen a démarré à Paris, elle s’est rendue sur place dès la première nuit.

« Le Brexit a été un hold-up pour la jeunesse »

Les jeunes, un peu seuls sur YouTube

YouTube est une plate-forme largement ignorée par les rédactions et pourtant plébiscitée par les jeunes. Nina l’explore depuis quatre mois. Seule aux commandes, elle organise les apéros, réalise et monte les sujets, gère la communication sur les réseaux sociaux… souvent sans aucun retour des professionnels.

« Les personnes que je rencontre sont complaisantes car je travaille seule. J’essaie d’améliorer le fond mais aussi la forme. Avant, je ne me mettais pas en scène. Depuis février, j’incarne l’émission. Avant le générique, j’explique qui je suis, où je suis et de quoi on va parler dans cet épisode. »

Au-delà de l’expérience professionnelle, Nina retient l’aventure humaine. Aux personnes qui soulignent son courage, elle rétorque simplement faire confiance aux gens. La solidarité n’a pas disparue, à l’écouter.

« À Bure, j’étais hébergée par une retraitée. J’avais obtenu son contact par le biais d’une militante écologiste de Thionville car la thématique était le nucléaire. Je n’avais pas de logement, je lui ai finalement demandé si elle voulait bien m’accueillir pendant une semaine et demi. Une véritable amitié nous lie désormais. »

Nina prend goût à être devant la caméra. (Photo ML / Rue89 Strasbourg / cc)

La jeune femme continue sa route. Après une étape à Belfort, elle doit rejoindre Châlon-sur-Saône.

Arrivé en juillet, Michel Hussherr quitte la direction de Semia

Arrivé en juillet, Michel Hussherr quitte la direction de Semia

Embauché en juillet à la tête de l’incubateur public Semia, la direction de Michel Hussherr était appréciée de l’écosystème des start-ups. Mais il quitte son poste à l’issue de sa période d’essai.

Le message envoyé par Lilla Merabet, vice-présidente (UDI) de la Région Grand Est, a inquiété l’univers alsacien des entrepreneurs et des start-ups :

« Au nom du conseil d’administration, je tenais à vous informer du départ de Michel Hussherr du poste de directeur de Semia. L’accompagnement de l’accélérateur . . .

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#Michel Hussherr

Présidentielle : un débat samedi à la librairie Kléber

Présidentielle : un débat samedi à la librairie Kléber
Peut-on encore parler de sujets de fond dans la campagne pour l’élection présidentielle française ? Peut-on débattre sereinement d’Éducation, de Culture, de Numérique, de services publics dans ces temps crispés, où les partis historiques sont bousculés par de nouvelles têtes ou des thèmes qui croisent les courants traditionnels ? C’est en tout cas l’objectif du débat entre des représentants bas-rhinois de cinq candidats, ce samedi 8 avril à 13 heures, dans la Salle blanche de la librairie Kléber à Strasbourg.

Les participants

    Sylvain Brousse, co-secrétaire du Parti de gauche du Bas-Rhin, pour Jean-Luc Mélenchon, Laurent Husser, attaché parlementaire européen du Front national, pour Marine Le Pen, Frédéric Reiss, député « Les Républicains » de la 8ème circonscription du Bas-Rhin (Wissembourg), pour François Fillon, Pernelle Richardot, première secrétaire du Parti socialiste bas-rhinois, pour Benoît Hamon, Bruno Studer, référent dans le Bas-Rhin d’En Marche, pour Emmanuel Macron.
Les thèmes seront déclinés autour de questions précises et concrètes, pour lesquelles les participants auront chacun environ une minute pour répondre. Cet événement est proposé par Robert Bestcha, organisateur bénévole de rencontres culturelles et politiques strasbourgeoises, en partenariat avec Rue89 Strasbourg.

Une première camionnette 100% électrique testée à Strasbourg

Une première camionnette 100% électrique testée à Strasbourg

Un camion de livraison, entièrement électrique, est testé depuis lundi à Strasbourg. Seul dans sa catégorie, il pourrait remplacer les camionnettes utilisées dans l’hypercentre et les quartiers historiques pour transporter les marchandises.

Contrairement à ce que pourrait laisser penser son nom, l’Électron II n’est pas un vaisseau spatial, issu tout droit d’une série futuriste des années 1980. Sous ce nom se cache en réalité un nouveau type de véhicule utilitaire. Il s’agit d’une camionnette de 3,5 tonnes de charge utile, dont la propulsion est entièrement assurée par un moteur électrique, dédié au milieu urbain.

Le groupe Gruau a développé et conçu la chaîne de traction électrique du véhicule (Photo Rue89 Strasbourg)

Le véhicule a été conçu et développé par le groupe Gruau, spécialisé dans la carrosserie utilitaire, en partenariat avec la société de transports Heppner. Il a été officiellement présenté mercredi lors d’une conférence de presse à Strasbourg, en présence de Robert Herrmann, président (PS) de l’Eurométropole, et de Roland Ries, maire (PS) de Strasbourg.

De 108 à 268 kilomètres d’autonomie

Gruau s’est exprimé via Paul Mauxion, directeur des activités véhicules propres du groupe. Ce dernier a voulu souligner l’avance technologique de la camionnette :

« L’Électron II constitue la première gamme de véhicules utilitaires entièrement électriques. L’autonomie du véhicule va de 108 à 268 kilomètres, selon la batterie choisie parmi les trois types proposés. Le rechargement se fait à l’aide d’une borne de recharge rapide, installée aux locaux de Heppner. »

Pour recharger entièrement la batterie du véhicule, il faut compter deux à trois heures, selon la batterie installée. Il est en outre possible de consulter en temps réel le niveau de la batterie, à l’aide d’un smartphone, ou de géolocaliser l’utilitaire.

Lyon, Montpellier et la RATP intéressées

La camionnette doit encore être testée et c’est le centre-ville de Strasbourg qui servira de terrain d’étude pendant un mois. Le véhicule-test circulera dans l’hypercentre de Strasbourg et dans la Petite-France ou la Krutenau. Il est destiné à remplir les missions habituelles pour les clients de Heppner, c’est à dire des livraisons de boutiques, mais plus silencieusement et en produisant nettement moins de pollution.

Cette phase de test servira à analyser les difficultés que peuvent rencontrer ces véhicules en centre-ville, notamment dans le quartier de la Petite France où les rues sont plus étroites. L’autonomie et les frais induits par des allers-retours vers les bornes de recharges seront également scrutés à la loupe. Trop peu de bornes de recharge sont disponibles en centre-ville, ce qui constitue l’ « enjeu central » pour Heppner. L’Eurométropole s’est engagée à « travailler » à la mise en place de ces bornes.

Plusieurs villes ont manifesté leur intérêt pour le véhicule, comme Lyon ou Montpellier. Des phases de test sont prévues prochainement dans ces deux métropoles. Le groupe Gruau a également souligné l’intérêt du groupe Veolia ou de la Ville de Paris, via la RATP.