Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Strasbourg justifie les radiations des listes électorales et blâme de « mauvaises habitudes »

Strasbourg justifie les radiations des listes électorales et blâme de « mauvaises habitudes »

L’affaire des radiés des listes électorales à Strasbourg prend un tour politique, avec des prises de positions d’élus ou de candidats aux législatives. La question a aussi été soulevée lundi soir au conseil municipal. La municipalité se retranche derrière son devoir de tenir des listes à jour et blâme de « mauvaises habitudes » prises à Strasbourg.

Ce dimanche lors du premier tour de l’élection présidentielle, plusieurs milliers de Strasbourgeois ont appris au bureau de vote qu’ils avaient été radiés des listes électorales. Se sentant privés de leur droit de citoyen, plusieurs ont saisi le tribunal d’instance. Ils sont aussi allés se plaindre auprès d’élus, comme le député de la première circonscription, Éric Elkouby (PS). Ce dernier a publié lundi un communiqué aux termes peu amènes pour la municipalité dont voici un extrait :

« Aucune radiation d’office ne peut intervenir si l’électeur concerné n’a pas été avisé de la mesure qui va être prise à son encontre. Il importe, en effet, d’offrir à ce dernier la possibilité de formuler d’éventuelles observations. L’article 23 du Code électoral vient confirmer cette disposition qui, en tout état de cause, n’a pas été mise en œuvre à Strasbourg pour des raisons que j’ignore. En effet, de nombreuses personnes résidant à Strasbourg, y payant leurs impôts, ayant déménagé il y a 15 ou 20 ans ont été radiées sans que les Services municipaux n’aient auparavant vérifié leur situation. »

En conseil municipal lundi soir, Elsa Schalck, candidate LR dans la même circonscription, a soulevé ce dossier lors d’une question d’actualité, évoquant également un défaut d’information des administrés par la Ville.

« Au citoyen d’informer de son changement d’adresse »

Si Éric Schultz, adjoint au maire en charge de la population, comprend la radicalité de la situation, il appelle les électeurs à assumer leur part de responsabilité :

« C’est au citoyen d’informer la mairie de son changement d’adresse, comme il le fait auprès de la Sécurité sociale ou pour sa carte grise. Aller voter depuis 10 ou parfois 15 ans dans le même bureau de vote après avoir déménagé est une mauvaise habitude et cela aurait dû être signalé aux élections précédentes. »

Depuis 2014, la mairie essaie de remettre les listes électorales à jour, ce qui n’avait pas été fait depuis une dizaine d’années, plus de 35 000 cartes d’électeurs revenaient avec la mention « n’habite pas à l’adresse indiquée, » un chiffre important sur une ville de 270 000 habitants. Ces révisions de listes sont censées avoir lieu tous les ans, la municipalité de Strasbourg paye donc une certaine incurie durant ces dernières années.

Au tribunal d'instance, la permanence a rapidement été débordée (doc remis / AH)
Au tribunal d’instance, la permanence a rapidement été débordée (doc remis / AH)

Une rapide campagne de communication

En 2016, les services de la mairie ont croisé leurs fichiers avec ceux de la Poste pour retrouver des changements d’adresses qui avaient pu être effectuées ces cinq dernières années, les services ont remis la main sur plus de 10 000 électeurs dont les cartes avaient été retournées. Cependant, toujours près de 18 000 personnes manquaient à l’appel. Après une nouvelle tentative d’envois postaux, il manquait toujours plus de 16 000 électeurs au 31 mars 2017, qui ont finalement été radiés.

En juin, la Ville a mis en ligne un outil, pour que chaque citoyen puisse vérifier s’il figurait bien sur les listes électorales ou s’il avait été radié. Cet outil s’est accompagné d’une rapide campagne de communication, bien trop légère et trop institutionnelle selon les critiques de l’opposition.

Car dimanche, entre 1 500 et 2 000 personnes ont eu la surprise d’apprendre, au moment de voter, qu’ils avaient été radiés des listes électorales. Environ 250 ont saisi dans la journée le tribunal d’instance pour demander un recours, dans l’espoir de voter au second tour de l’élection présidentielle puis aux législatives. Mais lundi soir, seulement cinq d’entre elles ont pu être réintégrées. En effet, le juge n’accepte la réinscription qu’en cas de faute avérée des services de la mairie. Dans le cas d’un changement d’adresse non signalé à l’administration, la faute incombe au citoyen et la radiation est validée. Ceux-là n’auront plus qu’à s’inscrire à leur nouvelle adresse afin de pouvoir voter en 2018.

Parmi les radiés, plusieurs d’entre eux envisagent une action collective. Ils ont créé une page sur Facebook et se sont donnés rendez-vous mardi matin devant le tribunal d’instance, rue du Fossé-des-Treize à Strasbourg.

Présidentielle : à Strasbourg, un centre fort et un vote Mélenchon qui intrigue

Présidentielle : à Strasbourg, un centre fort et un vote Mélenchon qui intrigue

La gauche radicale a souvent été réduite à la portion congrue en Alsace. À Strasbourg, on s’interroge sur le détail du scrutin de dimanche et l’apparition soudaine d’un vote jusque-là anecdotique. Il faut regarder du côté des abstentionnistes, des quartiers périphériques, mais aussi de l’écartèlement du PS.

Il y a eu un tournant électoral dans les villes de France ce dimanche : un vote urbain, centriste pour une part et marqué à gauche de l’autre, qui distancie la droite et le FN.

Des scores étonnants

À Strasbourg, un bulletin pour Jean-Luc Mélenchon a été déposé 25 692 fois, un score inouï à gauche de la gauche. À Mulhouse, Jean-Luc Mélenchon est au coude-à-coude avec Emmanuel Macron, François Fillon et Marine Le Pen sont relégués 3 points derrière. Même dans des villes marquées à droite comme Colmar ou Sélestat, Jean-Luc Mélenchon dépasse les 15% et le candidat En Marche l’emporte.

Schiltigheim et Bischheim, qui ont une histoire de fort vote communiste et une configuration plus urbaine que d’autres villes de l’Eurométropole, ont aussi vu Jean-Luc Mélenchon l’emporter. Seule Haguenau a échappé à ce phénomène, en plaçant en tête le Front national et Les Républicains.

Mélenchon remporte quelques grandes villes

À Montpellier, ville parfois comparée à Strasbourg, le candidat de la France insoumise l’a largement emporté (31,46%), tout comme à Lille avec près de 30% des voix dans la ville de Martine Aubry (PS).

Et à Strasbourg, Jean-Luc Mélenchon a recueilli 24% de voix, à peine 3 points de moins que le vainqueur Emmanuel Macron (27%) alors que le Front de gauche n’avait pas réuni 5% des voix aux élections municipales en 2014, ni pesé dans les autres élections intermédiaires.

Les 52 bureaux de vote (sur 143, voire notre carte en fin d’article) sont surtout remportés dans des quartiers populaires au sud, à l’est et à l’ouest ou à la Cité de l’Ill et quelques uns plus favorisés (gare ou Krutenau).

Ces résultats qui intriguent et certains élus ont commandé des études pour mieux cerner cet électorat.



La gauche écartelée « entre deux votes utiles »

Habitué des cartes électorales, Mathieu Cahn, ancien premier secrétaire fédéral du PS du Bas-Rhin et adjoint au maire de Strasbourg, estime que la gauche a été écartelée entre deux votes « utiles » :

« Une partie, et c’est compréhensible, voulait éviter un duel Le Pen – Fillon et une autre a repéré une masse à gauche où dans les dernières semaines Mélenchon est apparu comme celui qui avait le plus de chances d’aller au second tour. Dans les deux cas, il y a un vote d’adhésion, mais il n’est pas sûr que ce soit le seul ressort. Il y a des votes d’adhésion, mais aussi dits « utiles » et de « contestation ».

Si on se penche sur les cartes, Jean-Luc Mélenchon a fait voter des gens dans les quartiers qui ne se retrouvaient plus dans l’offre actuelle. Et Emmanuel Macron fait 6 points de moins que François Hollande en 2012. Mais est-ce que cela suffira pour faire une majorité ? Je continue de voir des gens qui n’ont pas voté PS et qui disent qu’ils voteront pour Eric Elkouby, Philippe Bies ou Serge Oehler (les trois candidats PS), plus que « PS » d’ailleurs, aux prochaines législatives. »

Adjoint en charge des élections, Eric Schultz (ex-EELV) résume aussi le glissement de cet électorat :

« Ce sont des quartiers qui avaient voté pour François Hollande en 2012 et qui n’ont pas voté entre temps. »

Plus d’écarts chez Jean-Luc Mélenchon

Le score de Jean-Luc Mélenchon est très contrasté d’un secteur à l’autre. Il augmente jusqu’à 47,1% à l’école du Stoskopf dans le quartier des Poteries à Hautepierre, mais descend jusqu’à 5,5%, au pavillon Joséphine à l’Orangerie. Le vote Emmanuel Macron en revanche ne descend jamais en dessous de 15%, mais son maximum est moins élevé, à 37%.

À ce petit jeu-là, François Fillon est le maître du grand écart : il réunit plus de 55% des voix au pavillon Joséphine et descend à 4,8% à l’école Guynemeyer, au sud de Strasbourg.

Les forts scores d’Emmanuel Macron se retrouvent dans les quartiers du conseil XV et au nord, sur une carte que l’on peut plus ou moins superposer avec celle de François Fillon. Même si l’échantillon est plus faible, le vote Benoît Hamon est sur-représenté dans les quartiers gare ou Neudorf.

Paul Meyer, soutien de la première heure à Benoît Hamon, dégage néanmoins un bloc à gauche (Hamon + Mélenchon) à près de 35%, opposé au bloc centriste :

« On remarque une grande porosité des électorats EELV-PS-France insoumise, dans une gauche volontariste, qui ne renonce pas. Jean-Luc Mélenchon a réussi ce qu’on aurait rêvé de faire, mettre la gauche en tête dans des quartiers populaires comme le Port-du-Rhin. Ce n’est pas une honte de capter l’indignation et la colère. La social-écologie a dégagé un socle incontournable à Strasbourg et cela doit inspirer à différents niveaux de responsabilité, sans exclure. »

Des électeurs « pris » au FN ?

Kevin Loquais, membre actif de la France insoumise à Strasbourg, ne se dit pas surpris du résultat et estime que son parti a su capter une parte de l’électorat FN qui ne souscrivait pas à toutes les thèses de Marine Le Pen :

« On a surtout remarqué que des gens étaient désespérés, mais avaient des problématiques très différentes d’un secteur à l’autre. Sur cette campagne, l’accueil a été meilleur même dans les quartiers plus favorisés où on allait moins. Parmi nos électeurs, on a bien eu des personnes qui étaient déçues et votaient FN par dépit et qu’on a su convaincre qu’il y avait d’autres voies que celle que propose Marine Le Pen. Maintenant, après une campagne débutée il y a un an, il va falloir continuer à maintenir ce lien. »

Olivier Bitz, adjoint au maire de Strasbourg et qui rejoint « En Marche », calcule que « 75% des sympathisants du PS et d’EELV n’ont pas voté pour le candidat du parti » :

« C’est la recomposition que j’attendais depuis des années. je suis très content que Fabienne Keller comme Roland Ries appellent à voter Emmanuel Macron. Déjà, le second tour n’est pas gagné d’avance et le quinquennat ne sera pas le même selon le score du second tour. Les partisans de Jean-Luc Mélenchon peuvent se retrouver chez Emmanuel Macron, dans le renouvellement et sur les valeurs de la République qu’il porte. Mais on ne peut plus analyser ces résultats avec des lunettes qui datent des années 1980. »

La droite réduite à son noyau dur

Autre constat clair, la droite a « sous-performé » reconnaît le conseiller municipal Jean-Philippe Vetter (LR) :

« 19% c’est l’os, les personnes qui voteront toujours à droite. Aux municipales, Fabienne Keller réunit 33% au premier tour. L’électorat de centre-droit n’était clairement pas en phase avec notre candidat. Dans ce contexte particulier, le résultat est en trompe l’œil et les législatives pourraient inverser cette tendance. »

Bonne participation dans les quartiers de droite

Le manque de voix à droite ne s’est pas traduit par des électeurs restés à la maison. Les quartiers traditionnellement à droite, au nord, ont continué à voter massivement. La répartition des 1 251 bulletins blancs reccueillis, soit plus que quatre candidats, mériterait un approfondissement.

Pour Geoffroy Lebold, secrétaire départemental adjoint, les scores sont en deçà de l’électorat habituel de manière quasi-équilibrée :

« La plus forte baisse est à la Meinau où on n’est qu’à 16%. Partout dans le Bas-Rhin on devrait être plus haut, parfois on est à 30% là où on était à 50%. Le bon score de Nicolas Dupont-Aignan ailleurs est un autre symptôme en dehors des villes. À Strasbourg, le rejet de notre candidat s’est davantage porté sur Emmanuel Macron. Même à la Robertsau, Yves Le Tallec fait 36% sur le canton 4, là où François Fillon est à 31%. »

La participation

Le FN gagne 200 voix

Dans cette équation, le score du FN est un peu occulté. Avec 12 833 votes, à 12% des suffrages exprimés, Marine Le Pen est très proche de son score de 2012 (12 635 voix), mais cela reste 1 000 voix de plus qu’aux régionales fin 2015 (18%), qui marquait déjà une suite d’augmentations. « Cela reste un score à deux chiffres, dans un contexte de forte participation à Strasbourg », relève Geoffroy Lebold.

Pour le conseiller régional strasbourgeois, Andrea Didelot (FN), malgré l’émergence de Jean-Luc Mélenchon, les scores restent forts dans les bastions habituels, laissant émerger un clivage sociologique et politique :

« L’élection contredit l’adage que l’abstention favorise le FN. Nos scores restent forts dans les quartiers sud et ouest, ainsi qu’à Bischheim et Hoenheim, même si on a souffert d’un premier tour avec un éclatement des candidats sur les thèmes souverainistes. Strasbourg est une ville de clivages sociologiques et on les retrouve dans le vote avec patriotes d’un côté et mondialistes de l’autre, donc nous sommes susceptibles de récupérer une partie des électeurs de Jean-Luc Mélenchon. On s’attend aussi à progresser dans les bastions à droite car on reçoit déjà des demandes de procurations. Depuis les départementales en 2015, on progresse entre les deux tours. »

Le décompte des reports de voix le 7 mai pourra compléter l’analyse de cet électorat chamboulé. Les adeptes de Jean-Luc Mélenchon seront-il plus à même que leur leader de se porter vers un candidat centriste ? L’eurodéputé a simplement indiqué dimanche soir qu’il y aurait une « réflexion collective » et a renvoyé les finalistes dos à dos.

La gauche d’En Marche bénéficie en tout cas des soutiens nombreux au soir du premier tour. Mais si dès les législatives plusieurs candidats s’alignent sur les thèmes du PS, de Benoît Hamon et de Jean-Luc Mélenchon, il n’est pas sûr que cette nouvelle donne urbaine puisse prospérer politiquement à court-terme.

La carte des résultats à Strasbourg

Parmi plus de 15 000 Strasbourgeois radiés des listes, certains le découvrent au bureau de vote

Parmi plus de 15 000 Strasbourgeois radiés des listes, certains le découvrent au bureau de vote

Plus de 15 000 Strasbourgeois ont été radiés des listes électorales, suite à des déménagements et à la volonté de la Ville de faire un peu de rangement dans ces listes. Mais certains d’entre eux habitent toujours à Strasbourg, parfois dans le même quartier, et avaient bien l’intention de voter dimanche. Une partie est allé se plaindre auprès du juge d’instance, dans l’espoir d’obtenir un recours contre leur radiation.

La mairie de Strasbourg a confirmé dimanche qu’elle avait procédé à la radiation de ses listes électorales de plus de 15 000 personnes. Cette mesure faisait suite à un nécessaire toilettage des fichiers, tous les Strasbourgeois inscrits devant prouver qu’ils habitent bien à l’adresse indiquée. Or plus de 30 000 cartes d’électeurs envoyées de 2014 à 2015 sont revenues avec la mention « n’habite pas à l’adresse indiquée ».

La Ville de Strasbourg avait alors mis en ligne un service pour que les Strasbourgeois puissent vérifier s’ils étaient bien inscrits mais elle n’a pas communiqué sur ces radiations. Du coup, de très nombreux électeurs ont eu la mauvaise surprise de découvrir dimanche dans leur bureau de vote qu’ils n’étaient plus inscrits pour voter. C’est le cas d’Amandine :

« J’ai déménagé de quelques rues, je n’ai pas changé de ville. Ça ne me dérangeait pas d’aller au même bureau de vote… Il me semble d’ailleurs avoir pu voter aux élections régionales alors que j’avais déjà déménagé. En tout cas, j’ai le sentiment d’avoir été privée de mon vote. Je trouve ça scandaleux et j’entends bien faire un recours devant le juge pour pouvoir participer au second tour. »

Aurélie se dit choquée de ne pas pouvoir voter. (doc remis / Facebook)
Aurélie se dit choquée de ne pas pouvoir voter. (doc remis / Facebook)

De très nombreux témoignages similaires

Témoignage similaire de Thierry, qui votait depuis 15 ans dans le même bureau de vote et a déménagé de quelques rues, sans incidence sur son bureau de rattachement. Il avoue une « totale incompréhension. » Sur les nombreux témoignages qui sont parvenus à la rédaction de Rue89 Strasbourg, tous indiquent avoir changé d’adresse mais étaient prêts à voter dans leur ancien bureau de vote.

De son côté, Maëlle trouve que l’administration électorale est bien moins efficace que l’administration fiscale :

« Ma carte d’identité est à jour, ma carte grise aussi. Mon tort est de ne pas avoir voté depuis 5 ans et d’avoir eu l’impudence de ne pas signaler mon déménagement d’un quartier de la ville à un autre. Pourtant je paie régulièrement mes impôts ; vive le prélèvement mensuel : revenus, habitation et foncière, la totale ! Que s’est-il passé ? D’où provient cet excès de zèle mal géré ? »

Les radiations passent d’autant plus mal que, non annoncées, elles apparaissent également arbitraires. Le compagnon de Maëlle par exemple, qui a déménagé autant de fois et voté à la même fréquence, n’a pas été radié. D’autres ont été victimes d’erreurs : une personne portait le même prénom et nom qu’une personne décédée, d’autres ont eu la surprise de ne plus se retrouver sur la liste en ayant perdu leur nom de jeune fille selon des témoignages recueillis par France Bleu Alsace.

Au tribunal d'instance, la permanence a rapidement été débordée (doc remis / AH)
Au tribunal d’instance, la permanence a rapidement été débordée (doc remis / AH)

Contestations devant le tribunal d’instance

Pour pouvoir voter au second tour de l’élection présidentielle, les électeurs radiés peuvent saisir le tribunal d’instance. La permanence de dimanche a été débordée à Strasbourg. Les juges vont statuer sur les dossiers déposés mais dans les cas d’un déménagement non signalé, les citoyens ne pourront pas voter avant 2018, à condition qu’ils s’inscrivent à nouveau sur les listes électorales.

En dehors d’une radiation liée à un déménagement, difficile à contester, les électeurs qui s’estiment victimes d’une erreur matérielle peuvent contester leur radiation en récupérant le courrier recommandé leur annonçant leur suppression des listes au centre administratif de l’Eurométropole, place de l’Étoile. Puis, avec un justificatif de domicile et une lettre détaillant la situation, ils peuvent apporter ces dossiers au tribunal d’instance pour être examinés par le juge de permanence, qui statue en temps réel.

Au conseil municipal, le retour du déontologue

Au conseil municipal, le retour du déontologue

Le déontologue sera de nouveau présent dans l’hémicycle du conseil municipal de Strasbourg, pour présenter son deuxième rapport d’activité. À suivre en vidéo et commenté en direct à partir de 15h.

Quelques heures après les émotions de l’élection présidentielle, les élus strasbourgeois doivent repasser en mode « local » pour un conseil municipal avec un ordre du jour relativement léger. Comme en mars, nous vous proposons de suivre la séance commentée en direct dans la vidéo en haut de cet article, pour décoder les discours politiques.

Pour autant peu de gros dossier sont à l’ordre du jour, ce qui devrait limiter les débats. À moins que la présidentielle s’invite dans les discussions, ne serait-ce que dans des sous-entendus, pour pointer les dissensions entre pro-Hamon et pro-Macron du côté de la majorité, ou du soutien, même du bout des lèvres dans l’opposition à François Fillon, qui plus est le jour où le déontologue vient dans l’hémicycle.

Deuxième rapport annuel

En effet, le point 1 sera la présentation du deuxième rapport annuel du professeur de droit public Patrick Wachsmann. Ce dernier oscille entre relative satisfaction de l’augmentation de son travail (bénévole), mais aussi interrogation sur son rôle, craignant d’être cantonné à une « institution-alibi ».

En 2016, il a  été sollicité huit fois pour des conseils par les élus, contre quatre l’an dernier. Il a surtout enfin reçu des courriers, même s’il ne s’agissait pas toujours de plaintes. Plusieurs demandes d’information, des agissements en dehors de Strasbourg ou même « une lettre d’invectives » à l’égard d’un ou une adjoint(e) lui sont parvenues.

Deux plaintes

Deux saisines en bonne et due forme ont été adressées. Une concernait la parution d’un article dans Strasbourg Magazine jugé par le collectif « Un cœur pour la Robertsau » non-fidèle à une visite du quartier du maire. La publication faisait l’impasse sur les échanges au sujet du foyer Saint-Louis. Le déontologue a répondu que cela ne relève pas directement de la charte à laquelle il est lié, qui vise les conflits d’intérêts.

Une autre visait un permis de construire. La plainte est allée jusqu’à « une instruction contradictoire ». Mais le déontologue n’a pas émis d’avis définitif, car une plainte est déposée au tribunal administratif à ce sujet. Son appréciation ne devrait pas « interférer » avec la juridiction administrative, estime-t-il.

Dessin de Piet
Pendant la campagne, Roland Ries s’est montré prudent sur les cadeaux. (Dessin de Piet)

Un débat déjà vif

À la suite de son rapport, il recommande au maire et aux adjoints en charge d’une thématique de ne pas assurer la présidence d’une association ou d’une société d’économie mixte qui assure cette même politique pour le compte de la Ville. Un manière de se prémunir de tout risque juridique.

Le débat sur cette suggestion a de fait quelque peu commencé puisque lors de la dernière séance, le maire a trouvé que certaines recommandations étaient « exagérées ». Le conseiller municipal Éric Sénet estime par ailleurs dans une tribune adressée à Rue89 Strasbourg que certaines précautions légales rendent finalement le débat démocratique moins transparent.

Économie sociale et solidaire, Parlement

On parlera aussi d’économie sociale solidaire (ESS, c’est-à-dire dont tous les bénéfices sont réinvestis dans l’entreprise), avec un soutien financier accru (de 55 000 euros en 2016 à 75 000 euros en 2017) à la chambre régionale pour des événements comme le marché de Noël Off. « Cette partie de l’économie est restée en croissance malgré les crises ces dernières années », souligne l’adjoint au maire Paul Meyer. Elle représente 11 à 12% des emplois dans la région.

Le choix des premiers occupants de la Coop, dans « la Virgule », devrait aussi soulever des débats, plus généraux et sur l’avenir du lieu. Il sera aussi question de la construction de 10 douches au centre d’hébergement pour personnes en difficulté rue Fritz Kiener, avant l’été 2018 lorsque que les Bains municipaux, à deux rues de là seront en travaux pour leur rénovation. La réfection prévoit que quelques douches soient maintenues ensuite, même si celles rue Fritz Kiener doivent permettre un meilleur accompagnement.

Quatre interpellations

Enfin, quatre interpellations dont trois par les supposés adversaires lors des élections législative en juin, malgré l’accord UDI/LR, concluront la séance. Pascale Jurdant-Pfeiffer (UDI) et Jean-Philippe Maurer (LR) interrogeront respectivement sur le quartier du Port-du-Rhin et sur la démocratie locale, qualifiée « d’en panne » par la nouvelle ajointe en charge du dossier.

Une autre interpellation, par Thierry Roos, vise à affirmer le siège du Parlement européen à Strasbourg, au moment où les locaux à Bruxelles vont devoir faire face à de lourds travaux, à tel point que certains parlent de le « raser ».

Une interrogation qui intervient quelques jours après le choix du gouvernement de présenter Lille plutôt que Strasbourg pour l’accueil, très hypothétique (21 pays sont en lice), de l’agence européenne du médicament qui va déménager de Londres suite au Brexit. Un lièvre de moins à courir pour mieux concentrer les efforts de la Task force ?

À Strasbourg, la gauche chamboulée, Marine Le Pen distancée

À Strasbourg, la gauche chamboulée, Marine Le Pen distancée

Emmanuel Macron et Jean Luc Mélenchon rassemblent plus de la moitié des votes à Strasbourg, où le Front national stagne.

L’électorat strasbourgeois s’avère toujours aussi volatile. Il avait placé la droite de Philippe Richert largement en tête aux élections régionales fin 2015 (32%), après avoir voté en majorité pour le PS lors des autres élections intermédiaires, malgré un gouvernement impopulaire.

Cette fois-ci, le centriste Emmanuel Macron sort en tête (27,75%), suivi par Jean-Luc Mélenchon (24,35%), soit 52,1% des voix à eux-deux. Le leader de la France insoumise fait plus que doubler son score de 2012 (11,37%).



2 cantons et 52 bureaux pour Jean-Luc Mélenchon

Les affaires, ou le programme très à droite, de François Fillon semblent avoir eu plus d’effet sur l’électorat de centre-droit qu’ailleurs en Alsace. « Les Républicains » ne remportent qu’une poignée du bureaux de vote (voire la carte plus bas), de l’Orangerie à la Robertsau.

À l’échelle des six cantons des élections départementales, Emmanuel Macron en remporte quatre et Jean-Luc Mélenchon deux. Même la Robertsau n’a pas placé le candidat de droite en tête, bien que François Fillon et Emmanuel Macron soient au coude-à-coude, autour de 31%.

Jean-Luc Mélenchon remporte 52 bureaux de vote, particulièrement dans des quartiers populaires où c’est d’habitude le Front national qui figurait en tête, sur fond de très forte abstention (cité de l’Ill, Hautepierre, Port-du-Rhin, Meinau). Mais le député européen est aussi sorti en tête dans des quartiers très centraux (gare, Krutenau, une partie de la grande-île).

Des élus strasbourgeois vont fêter chez Macron

Si l’on additionne les voix de Benoît Hamon (9,42%) à celles de Jean-Luc Mélenchon, cela forme un socle de 34% qui semble se distancer de la droite de l’actuel PS et n’est guère sensible à l’argument du « vote utile. » Pour autant, il reste à déterminer quelle formation pourrait convertir toutes ces voix lors des échéances futures, comme les élections législatives dès juin.

Une partie des élus PS strasbourgeois, qui n’avaient pas fait campagne pour Benoît Hamon se sont rendus, au QG des soutiens d’Emmanuel Macron, dont le maire Roland Ries. Même pour ceux qui ont fait campagne ou voté Benoit Hamon, c’est le soulagement de ne pas avoir un affrontement François Fillon / Marine Le Pen qui semble dominer.

Les soutiens d’Emmanuel Macron qui n’étaient pas dans les bureaux de vote s’étaient réunis au Café Bâle.

Vidéo – Réactions des soutiens à Macron lors de son discours

Le « choc » de la présence du Front national au second tour comme en 2002 est en tout cas bien loin, que ce soit dans les discours ou les réactions. Il faut dire que le score n’est cette fois-ci pas étonnant et même en recul par rapport à d’autres élections.

Une brève manifestation sauvage est néanmoins passée par la Krutenau.

Le Front national bloqué

En revanche le Front national ne progresse guère dans la capitale alsacienne. Marine Le Pen gagne 0,4 point (12,2% contre 11,86% en 2012), alors que sa progression en Alsace ou en France est de 3 à 4 points.

Le FN remporte cependant cinq bureaux de vote, au sud de la ville.

Les réactions du tandem strasbourgeois

      Roland Ries
      Robert Herrmann

La carte des résultats à Strasbourg

« En Marche » a réussi à mobiliser un militant dans chacun des 143 bureaux de vote de Strasbourg

« En Marche » a réussi à mobiliser un militant dans chacun des 143 bureaux de vote de Strasbourg

Né en avril 2016, le mouvement d’Emmanuel Macron « En Marche » a connu sa première élection avec le premier tour de l’élection présidentielle, qui a placé son candidat en tête au premier tour.
3 200 adhérents dans le Bas-Rhin
Ses 3 200 adhérents dans le Bas-Rhin pouvaient être considérés avec scepticisme car le mouvement est tout neuf, qu’un simple email suffit pour être comptabilisé et qu’il doit beaucoup à la dynamique autour de son leader.
Mais au . . .

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L’Alsace place Marine Le Pen en tête. Ses dirigeants préfèrent Emmanuel Macron

L’Alsace place Marine Le Pen en tête. Ses dirigeants préfèrent Emmanuel Macron

L’Alsace n’a pas dérogé à sa tradition de terre électorale favorable à la droite et à l’extrême-droite. Néanmoins, les villes se distinguent des périphéries et permettent à Emmanuel Macron et à Jean-Luc Mélenchon de réaliser de bons scores. Avec la tête déjà dans les élections législatives, la plupart des dirigeants alsaciens de droite ou de gauche appellent à voter pour Emmanuel Macron.

Les déboires judiciaires de Marine Le Pen et de François Fillon n’ont pas découragé l’électorat alsacien. La candidate frontiste est largement en tête avec 25,7% des voix. Elle devance François Fillon (22,1%), talonné de près par Emmanuel Macron (21,3%).

La droite classique baisse

À croire que le candidat « En Marche » a su capter un partie de l’électorat « centriste alsacien » qui ne votait pas pour le PS par le passé mais qui ne s’est pas non plus retrouvé dans les positions du candidat de la droite. Par rapport à 2012, François Fillon réalise 10 points de moins que Nicolas Sarkozy. Une différence notamment suite au vote des villes, très contrasté par rapport à celui des campagnes (voire la carte en fin d’article). Jean-Luc Mélenchon est quatrième mais à distance (14,6%). C’est néanmoins le double de son score de 2012. Il a remporté quatre communes : Bischheim (23,2%) et Schiltigheim (27%), soit des villes dirigées par des maire « Les Républicains » et UDI, ainsi que Lapoutroie et Aubure dans le Haut-Rhin. À noter que le souverainiste Nicolas Dupont-Aignan arrive cinquième (6,77%), devant le socialiste Benoît Hamon (5,5%), soit une inversion de leur classement au niveau national.

Le Haut Rhin, plus à droite que le Bas-Rhin

La participation est de 79,9% dans le Bas-Rhin et 79% Haut-Rhin, soit un peu plus que la moyenne nationale (estimée à 77,3%). Mais différence notable entre les deux départements, Emmanuel Macron est arrivé de justesse devant François Fillon dans le Bas-Rhin (22,3% contre 22%), là où l’écart est de 2,5 points dans le Haut-Rhin (22,3% pour François Fillon contre 19,8% pour Emmanuel Macron.
Dans les deux départements, le score de Marine Le Pen est meilleur qu’à l’échelle française : 27,2% dans le Haut-Rhin, 24,7% dans le Bas-Rhin et 21,7% au total en France. Le FN a d’ailleurs remporté les dix départements du Grand Est largement : 27,8% contre 20,7% pour Emmanuel Macron et 19,7% pour François Fillon.

Les élus retrouvent de la voix, pour voter Macron

Au soir du premier tour, les élus, qui pour certains plupart avaient perdu leur voix pendant les derniers mois de campagne, ont vite pris position. L’ancienne maire (2001-2008) et sénatrice de Strasbourg Fabienne Keller, le président du Grand Est, l’alsacien Philippe Richert, ou le président du Bas-Rhin Frédéric Bierry ont vite réagi par communiqué pour regretter la campagne et à degré diverses le comportement de leur candidat (des réactions à retrouver dans notre direct d’hier soir). Ils appellent à voter pour Emmanuel Macron. Seul Éric Straumann, président du Haut-Rhin et candidat pour être ré-élu député à Colmar dénote. Il a simplement indiqué sur son profil Facebook que « Ce soir, le grand gagnant est François Hollande ». Colmar et plusieurs communes limitrophes ont pourtant placé Emmanuel Macron en tête. À Strasbourg, les dirigeants socialistes ont également apporté leur soutien à Emmanuel Macron, ce qui est moins surprenant. Certains l’avaient déjà rejoint, le maire Roland Ries laissé entendre que ce serait son choix ou s’étaient murés dans le silence. Des réactions qui in fine devraient aller dans le sens de la rhétorique du Front national, qui veut montrer que le clivage entre les partis « mondialistes » de gouvernement et sa formation est net et flagrant.

Où l’on parle déjà des législatives

Tout le monde se montre bien confiant pour la victoire d’Emmanuel Macron. Certes, une partie de l’électorat de Benoît Hamon et de François Fillon (lui-même ayant indiqué que ce serait son choix) devrait voter pour l’ancien ministre de l’Économie sans trop sourciller. Mais il ne faut pas oublier qu’environ 55% des électeurs n’ont pas choisi l’un des deux candidats qualifiés pour le second tour. De même, des électeurs du premier tour, convaincus que le vote « barrage » se fera si l’on additionne les scores peuvent aussi se démobiliser. En particulier à droite, le message est de concentrer les efforts sur les élections législatives, en juin. Chez « Les Républicains », on ne pense avoir été battu sur « les idées », mais sur l’effet repoussoir de François Fillon. Et au sein de l’actuel PS, on doute que le mouvement « En Marche » dispose d’une majorité absolue à l’Assemblée nationale et qu’il y a donc un espace pour participer à la future majorité. Une des difficultés d’En Marche est qu’on ne connait pas encore les candidats et qui seront pour moitié des nouvelles têtes. Ils feront souvent face à des députés sortants, qui jouissent d’une petite notoriété locale. Mais avant cela, il y a un second tour le 7 mai.

La carte des résultats en Alsace

Présidentielle : en dehors des villes, le FN fait le plein en Alsace

Présidentielle : en dehors des villes, le FN fait le plein en Alsace

Marine Le Pen est arrivée assez largement en tête en Alsace. Parcourez la carte de la région avec les détails des résultats du premier tour de l’élection présidentielle, par commune.

Pour explorer les résultats présentés dans la carte suivante, c’est très simple :

    en-dessous de chaque carte se trouve un histogramme des résultats de toute l’Alsace pour connaître le détail d’une commune, cliquez dessus pour revenir à l’histogramme d’ensemble, il suffit juste de recliquer une nouvelle fois dessus !

Présidentielle : Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon dominent à Strasbourg

Présidentielle : Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon dominent à Strasbourg

L’ancien ministre de l’économie Emmanuel Macron est arrivé devant Jean-Luc Mélenchon à Strasbourg. François Fillon est troisième. La percée de Macron se lit sur des bureaux traditionnellement à gauche comme d’autres à droite.

Pour explorer les résultats présentés dans la carte ci-dessus, c’est très simple :

    en-dessous de chaque carte se trouve un histogramme des résultats de tout Strasbourg pour connaître le détail d’un bureau de vote, cliquez dessus pour revenir à l’histogramme d’ensemble, il suffit juste de recliquer dessus !

Présidentielle : Marine Le Pen remporte tous les départements du Grand-Est

Présidentielle : Marine Le Pen remporte tous les départements du Grand-Est

Le Front National confirme son ancrage dans cette région Grand-Est, après avoir remporté les élections européennes et régionales. Marine Le Pen arrive en tête dans tous les département de la grande région.

Pour explorer les résultats présentés dans la carte ci-dessus, c’est très simple :

    en-dessous de chaque carte se trouve un histogramme des résultats de tout le Grand-Est pour connaître le détail d’un département, cliquez dessus pour revenir à l’histogramme d’ensemble, il suffit juste de recliquer dessus !

Présidentielle : Emmanuel Macron en tête avec 23,9% des suffrages exprimés, Marine Le Pen en tête en Alsace

Présidentielle : Emmanuel Macron en tête avec 23,9% des suffrages exprimés, Marine Le Pen en tête en Alsace

L’ancien ministre de l’Economie Emmanuel Macron arrive en tête des estimation de vote avec 23,5% des suffrages exprimés. Il est suivi par Marine Le Pen qui obtiendrait 21,9% des voix. François Fillon est troisième avec 19,74% des voix, juste devant Jean-Luc Mélenchon (19,54%). En Alsace, Marine Le Pen est largement en tête dans les deux départements.

Retrouvez ci-dessous le compte-rendu en direct de la soirée électorale : résultats, vidéos, analyses et réactions des élus locaux.

Robert Herrmann : « Il faut construire une majorité »

Pour Robert Herrmann, président de l’Eurométropole de Strasbourg, la rénovation « En Marche » est en cours depuis trois ans dans l’agglomération :
« Une page de la vie politique se tourne. Elle marque la sanction du manque de clairvoyance des partis politiques traditionnels, de leur déconnexion d’avec le réel de nos citoyens. Par leur vote les Français sont parvenus à formaliser ce que les partis n’ont pas réussi à entreprendre : assurer le renouvellement de notre vie démocratique. Je ne suis pas étonné de ce séisme. Alors que beaucoup s’expriment ce soir pour appuyer le nouveau paysage politique incarné par Emmanuel Macron, à l’Eurométropole de Strasbourg cela fait trois ans que nous tentons dans l’alliance des sensibilités politiques, droite, gauche et écologistes, de répondre aux urgences de nos concitoyens (l’emploi, le logement, la lutte contre les inégalités). Cette gouvernance fait ses preuves et emporte l’adhésion. Si pour le 2e tour le vote contre l’extrême droite est une priorité, le rassemblement autour d’Emmanuel Macron ne peut se résumer à cela. Ce qui est nécessaire, c’est l’adhésion à un projet, c’est la construction démocratique d’une majorité dans laquelle les socialistes comme d’autres doivent pouvoir trouver toute leur place. Je voterai et j’appelle à voter pour Emmanuel Macron. Il lui appartient de répondre au renouveau démocratique auquel aspirent les Français et de construire une majorité qui, loin des postures, apportera des réponses concrètes aux difficultés vécues au quotidien par nos concitoyens. »
Réaction de Pernelle Richardot, première secrétaire fédérale du PS du Bas-Rhin :
« Je tiens ce soir à saluer notre candidat Benoît Hamon, qui a conduit sa compagne jusqu’au bout, fort de ses convictions, avec courage et sincérité. Une campagne qui dès le départ s’est très mal engagée pour l’ensemble de la classe politique marquée par les affaires et dictée par la pression des sondages. Néanmoins, dès ce soir, j’apporte mon soutien plein et entier à Emmanuel Macron, pour battre le 7 mai prochain l’extrême droite. »
Elle entend participer « à la nécessaire recomposition du Parti Socialiste » :
« Je ne me reconnais ni dans une ultra-gauche ni dans une une gauche ultra-libérale, je crois sincèrement que les réponses sociales et économiques à construire viendront d’une gauche progressiste, sociale-démocrate, une gauche du terrain. Je maintiens que les partis, même s’ils sont à réformer d’urgence, restent le socle fondamental de notre démocratie. « 
133 bureaux de vote dépouillés à Strasbourg (sur 143) : Emmanuel Macron (27,59%) devance Jean-Luc Mélenchon (24,22%), François Fillon (19,95%) et Marine Le Pen (12,36%) et Benoît Hamon (9,34%).
On s’approche de la fin du dépouillement à Strasbourg, 128 bureaux dépouillés sur 143.
116 bureaux de vote dépouillés à Strasbourg (sur 143) : Emmanuel Macron (27,38%) devance Jean-Luc Mélenchon (24,25%), François Fillon (20,89%) et Marine Le Pen (12,70%) et Benoît Hamon (9,25%)
(Dessin Piet)
Réaction de Robert Herrmann, président de l’Eurométropole de Strasbourg.
Philippe Richert, président du conseil régional du Grand Est appelle également à voter pour Emmanuel Macron pour « faire barrage au front national » :
« C’est bien évidemment directement liée à une campagne marquée par les affaires et les polémiques, où le discours de François Fillon sur son projet est devenu rapidement inaudible, alors même que c’était sans doute celui qui était le mieux armé pour affronter la situation extrêmement difficile à laquelle la France devra faire face. […] Si les candidats des extrêmes n’ont pas réussi la percée spectaculaire qu’ils espéraient, ce scrutin est celui d’un pays divisé sur des questions aussi fondamentales que la construction européenne, l’adhésion à  l’Euro, le modèle économique jusqu’à la conception même de notre démocratie tant la démagogie a été un moteur de cette campagne présidentielle. »
Comme ses collègues de droite, il se projette vers les élections législatives
« Mais il faut urgemment que la droite et la centre puissent dès à présent se rassembler et se reconstruire autour de valeurs et d’un projet clair, qui peuvent être largement partagés par une majorité de français. Car après les élections présidentielles, les élections législatives devront dégager une majorité d’action qui puisse porter un projet de redressement de notre pays, de développement économique, de décentralisation efficace. Ce doit être aujourd’hui notre objectif. »
Plus d’un tiers des bureaux de vote dépouillés à Strasbourg (56 sur 143) : Emmanuel Macron (27,15%) devance Jean-Luc Mélenchon (24,42%), François Fillon (20,39%) et Marine Le Pen (12,64%) et Benoît Hamon (9,0%)
45 bureaux de vote dépouillés à Strasbourg (sur 143) : Emmanuel Macron (26,33%) devance Jean-Luc Mélenchon (25,14%) et François Fillon (19,47%).
35 bureaux de vote dépouillés à Strasbourg (sur 143) : Emmanuel Macron (26,07%) devance Jean-Luc Mélenchon (25,31%) et François Fillon.
Vingt bureaux de vote dépouillés sur 143 à Strasbourg et avantage Jean-Luc Mélenchon avec 27% des voix, devant Emmanuel Macron, 25,56% des voix. Les résultats ne sont pas encore significatifs.

Réaction de Roland Ries, maire de Strasbourg

Réaction de Roland Ries

Publié par Rue89 Strasbourg sur dimanche 23 avril 2017
Réaction de Frédéric Bierry, président du conseil départemental du Bas-Rhin :
« Par leur vote ce dimanche, les Français ont voulu adresser un message clair à la classe politique et marquer leur volonté de remettre en cause profondément le système politique français. Je sais les réserves sur la personnalité et le programme d’Emmanuel Macron, j’en partage un certain nombre comme j’ai pu l’exprimer au cours de la campagne présidentielle. Cependant, l’enjeu n’est plus celui-là, l’enjeu c’est la République et la poursuite du projet européen. Face à la menace de l’élection de Marine Le Pen, nous devons dépasser ce qui nous divise, face au péril d’une victoire de l’extrême droite et d’une sortie de l’Europe nous devons nous rassembler autour des fondamentaux. Nous savons mieux qu’ailleurs à Strasbourg et en Alsace l’apport de l’Europe, en termes de paix mais aussi économiquement. Les institutions européennes et la position transfrontalière de notre territoire génèrent 28.000 emplois et 800 millions d’euros de retombées économiques chaque année. Aucun de nous ne peut avoir d’états d’âmes car une victoire du Front National provoquerait un choc politique et économique dont la France ne pourrait pas se relever. L’ensemble des républicains, de tous bords, attachés aux valeurs républicaines et à la construction européenne doivent s’unir pour permettre à Emmanuel Macron, qui porte les valeurs fondamentales de la République, d’être élu le 7 mai prochain. Cependant ce front républicain ne doit pas effacer nos différences et faire taire les enjeux prioritaires. Ces enjeux prioritaires c’est de construire une trajectoire budgétaire et une stratégie pour l’emploi crédibles et responsables, c’est être aux côtés de la ruralité et de l’agriculture, c’est de ne pas céder au laxisme ou au clientélisme, c’est de rompre radicalement avec la politique menée par les socialistes depuis 5 ans. C’est entendre et respecter la France des territoires, bafoués et oubliés au cours du quinquennat qui s’achève, à l’image de l’Alsace pour reconstruire un pacte de confiance entre l’Etat et l’ensemble des collectivités locales qui sont les bras armés de la République en proximité. C’est pourquoi à l’issue de l’élection présidentielle il faudra tirer les leçons de ce scrutin, notamment au sein de ma famille politique, et nous rassembler et nous mobiliser ensemble pour faire gagner le projet d’alternance de la droite et du centre que nous portons aux élections législatives des 11 et 18 juin en votant pour les candidats d’union LR – UDI. »
Emmanuel Macron (26,74%) et Jean-Luc Mélenchon (25,76%) au coude à coude dans le premier bureau de vote dépouillé (école élémentaire Jacques Sturm).
Premiers bureaux de vote dépouillés à Strasbourg…
Questionné sur le sujet, Roland Ries estime que l’idée d’une primaire pour désigner le candidat en 2020 « a pris un coup »
Réaction du maire de Strasbourg, Roland Ries
François Fillon a appelé clairement vers 20h45 à voter contre l’extrême-droite, il a précisé qu’il votera en faveur d’Emmanuel Macron au second tour. Pour le candidat LR, le Front National a « une histoire de violence et son programme mènerait le pays à la ruine ».
(Dessin Piet)
« On est soulagés et heureux… Ce moment historique on ne peut pas le gâcher, le risque est trop grand », explique le référent d’En Marche67 à Strasbourg.
Fabienne Keller, ancienne maire (2001-2008) et sénatrice de Strasbourg, et qui n’a pas fait campagne pour François Fillon, réagit très vite et appelle à voter pour Emmanuel Macron :
« Emmanuel Macron sera donc opposé à Marine Le Pen lors du second tour de l’élection Présidentielle. Pour la première fois de l’histoire de la Vème République, le candidat de la Droite et du Centre n’est pas qualifié pour le second tour. Cette situation n’était pas inéluctable si notre candidat avait pris ses responsabilités comme nous avons été nombreux à le demander au début du mois de mars. Cependant j’appartiens au LR et je suis restée jusqu’au bout fidèle à ma famille politique Désormais, l’heure n’est pas aux tergiversations. J’appelle toutes celles et ceux qui ont choisi de voter en faveur de François Fillon de se porter massivement sur la candidature d’Emmanuel Macron afin d’éviter l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir. Chacun doit bien mesurer la portée de ses actes. S’abstenir au deuxième tour, ce n’est pas être neutre, c’est se rendre responsable de la montée électorale de l’extrême droite. Enfin, je propose de ne pas réitérer ce qui s’est produit en mai 2002 où une union nationale avait débouché sur la victoire d’un seul camp. Je propose à Emmanuel Macron de s’engager à respecter la pluralité des électeurs qui se porteront sur sa candidature. »
Alors alors…
L’abstention nationale est estimée à 23% pour ce soir contre 20,5% en 2012
Nous avons fait un petit questionnaire auprès des lecteurs sur notre site. Pas sûr qu’il corresponde au résultat final… A retrouver ici
(dessin Piet)
Strasbourg expérimente un vote alternatif dans deux bureaux de vote. Voir notre article ici.
À 17h, le taux de participation à Strasbourg s’établit à 64,86%, un peu en deça des campagnes alsaciennes. Détail des taux de participation à Strasbourg :
12h 17h
Canton 01 Centre-Krutenau-Neudorf Ouest-Musau 30,35% 66,69%
Canton 02 Koenigshoffen-Montagne Verte-Gare 30,63% 61,85%
Canton 03 Poteries-Hautepierre-Cronenbourg 26,21% 61,66%
Canton 04 Centre-Nord-Roberstau 30,94% 69,90%
Canton 05 Esplanade-Contades-Conseil XV-Orangerie 26,69% 66,04%
Canton 06 Meinau-Neudorf Est-Neuhof 30,01% 62,39%
Total 29,69% 64,86%
Dans le Bas-Rhin, la participation à 17h est estimée à 73,34%, en augmentation de près de six points (67,44%) par rapport à 2012. Quelques comparaisons pour le 1er tour à la même heure :
    des élections régionales 2015 : 44,37 % des élections  départementales 2015 : 42,50 % des élections municipales 2014 : 52,24 % des élections présidentielles 2012 : 67,44 %
Au niveau national la participation s’établit à 69,42 %, soit en légère baisse par rapport à 2012 (70,59%).
Les préfectures ont communiqué les chiffres de la participation à 17h. Elle est estimée à 71,87% dans le Haut-Rhin, là aussi en augmentation de trois points (68,61%) par rapport à 2012. Nous attendons celle du Bas-Rhin. Au niveau national la participation s’établit à 69,42 %, soit en légère baisse par rapport à 2012 (70,59%).
Il y a eu 17 000 radiations des listes électorales, suite à un nettoyage des listes opéré depuis 2014. Il s’agit de personnes ayant changé d’adresse entre 2014 et 2016. La Ville de Strasbourg indique que toutes les personnes radiées l’ont été après qu’une série de courriers, parfois recommandés, leur ont été envoyés et sont restés sans réponse. Il s’agit aussi de personnes qui ne sont pas allés voter lors des élections régionales de 2015, où leurs cartes d’électeurs leur auraient été données en mains propres. La Ville de Strasbourg a mis en ligne un site pour vérifier votre inscription sur ses listes.
(dessin Piet)
Si vous hésitez encore, voyez comment une trentaine d’électeurs ont fait leur choix. Une collaboration des trois Rue89 locaux à Lyon, Bordeaux et Strasbourg.
A Mulhouse, les ordinateurs de vote continuent d'être utilisés malgré les critiques sur leur opacité (Photo Déborah Liss / Rue89 Strasbourg)
A Mulhouse, les ordinateurs de vote continuent d’être utilisés malgré les critiques sur leur opacité (Photo Déborah Liss / Rue89 Strasbourg)
Ce matin au bureau de vote Sainte-Aurélie, près de la gare, une légère recrudescence de l’affluence (Photo PF / Rue89 Strasbourg)
Les résultats de la participation détaillés à Strasbourg, par canton, à 12h :
Canton 01 Centre-Krutenau-Neudorf Ouest-Musau 19,98%
Canton 02 Koenigshoffen-Montagne Verte-Gare 16,23%
Canton 03 Poteries-Hautepierre-Cronenbourg 26,21%
Canton 04 Centre-Nord-Roberstau 30,94%
Canton 05 Esplanade-Contades-Conseil XV-Orangerie 26,69%
Canton 06 Meinau-Neudorf Est-Neuhof 30,01%
Total 28,81%
Voir notre article à ce sujet.
Les préfectures ont communiqué les chiffres de la participation à 11h. Elle s’établit à 29,13% dans le Bas-Rhin, soit quatre points de plus qu’en 2012 (25,21%), et à 30,13% dans le Haut-Rhin, là aussi en augmentation de deux points (28,23%). En 2012, la participation finale s’est établie à 79,83% dans le Bas-Rhin. À Strasbourg, le taux de participation à 12h s’établit à 28,81%, en légère augmentation par rapport aux 28,39% de 2012. Quelques comparaisons de participation pour le première tour à midi dans le Bas-Rhin :
    des élections régionales 2015 : 14,96% des élections départementales 2015 : 18,17% des élections municipales 2014 : 19,44% des élections présidentielles 2012 : 25,21%
Suivez cet après-midi le compte-rendu en direct de la journée sur Rue89 Strasbourg et les résultats, analyses et réactions à partir de 19h30.
Au bureau de vote Camille Hirtz à Cronenbourg ce matin (Photo Claire Gandanger / Rue89 Strasbourg)

Affiches électorales pour le premier tour de l'élection présidentielle à Strasbourg (Photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Affiches électorales pour le premier tour de l’élection présidentielle à Strasbourg (Photo JFG / Rue89 Strasbourg)

L’agence européenne du médicament échappe à Strasbourg

L’agence européenne du médicament échappe à Strasbourg

Strasbourg n’était même pas dans la liste finale. C’est finalement Lille qui candidatera pour la France afin d’espérer accueillir l’Agence européenne du médicament. Une occasion manquée de conforter le statut de capitale européenne, à l’heure où certains réclament le transfert du Parlement européen à Bruxelles.

 

Dessin de Piet
Dessin de Piet

 

Avant de voter dimanche, une trentaine de parcours d’électeurs à (re)lire

Avant de voter dimanche, une trentaine de parcours d’électeurs à (re)lire

Gisèle, Jean-Damien, Nacer, Maurice, Yoann, Justine… Une trentaine de Français, comment se comportent-ils face à leur vote ? Qu’ont-ils hérité ? Qu’ont-ils construit ? Les Rue89 locaux de Lyon, Bordeaux et Strasbourg les ont rencontrés.

Dans cette appli, vous trouverez une série de portraits réalisés par les trois pure-players Rue89Lyon, Rue89 Bordeaux et Rue89 Strasbourg. Trois sites indépendants qui portent la marque Rue89 mais constituent des sociétés de presse autonomes, détenues en majorité par leurs journalistes.

Nos supports sont des médias locaux et régionaux, de proximité, qui permettent de mettre au jour les voix de nos territoires, avec leurs spécificités et avec la dimension représentative qu’elles peuvent aussi revêtir.

Pour l’élection présidentielle 2017, nous sommes partis à la rencontre d’électeurs pour comprendre les ressorts de leur vote (ou de leur non-vote).

Gisèle, Jean-Damien, Nacer, Maurice, Yoann, Justine…

Rencontrez à Lyon Jean-Damien, étonnant jeune homme de 26 ans, catholique charitable qui souhaite accueillir les réfugiés, qui possède sur sa table de chevet les Mémoires de Charles de Gaulle et qui a choisi de voter François Fillon.

Rencontrez Marie-Claude : cette habitante de Bordeaux de 61 ans aurait bien aimé elle aussi voter François Fillon, mais ça, c’était avant. Avant quoi ? « Les affaires ».

Rencontrez Serge, producteur de fraises de 61 ans à Bordeaux, qui donnera sa voix à Marine Le Pen ce dimanche. Tout comme Talia, 28 ans, à Lyon ; tout comme Antoine, 25 ans, à Strasbourg ; tout comme Loïc, 25 ans, à Lyon ; peut-être aussi comme Emmanuel, ancien SDF de 38 ans, à Lyon.

Rencontrez Céline, à Strasbourg, qui, à 17 ans, enrage de ne pas pouvoir aller voter ce dimanche 23 avril.

Et dimanche soir à partir de 19h, la rédaction de Rue89 Strasbourg sera en direct pour les résultats, analyses et réactions des résultats.

On est allé voir le film « À Bras Ouverts » avec deux Roms

On est allé voir le film « À Bras Ouverts » avec deux Roms

Dominique Steinberger et Axel Axmet, tous les deux d’origine rom, ont été voir avec nous À Bras Ouverts. Selon eux, cette comédie qui met en scène un intellectuel de gauche accueillant dans son jardin une famille de Roms, dresse une caricature affligeante de leur communauté. Et même dangereuse.

À la fin de la séance du film À Bras Ouverts, Dominique Steinberger aborde la dame assise devant lui, qui n’a cessé de rire d’un bout à l’autre du film :

« – Vous avez aimé ?
– Oui, j’ai bien ri. Et vous ?
– Pas trop, mais je suis Rom.
– Ah… »

Moment de gêne, elle disparaît dans la foule.

Dans À Bras Ouverts, sorti en salles le 5 avril, Christian Clavier interprète Jean-Étienne Fougerole, intellectuel « bobo » de gauche. En plein débat télévisé, il est sommé par son opposant de joindre le geste à la parole : s’il est tant en faveur des immigrés et des Roms, pourquoi ne les accueillerait-il pas chez lui ? Jean-Étienne Fougerole relève le défi, et le soir même, une famille rom frappe à sa porte. La famille de Babik est un concentré de clichés : dents en or, cochon de compagnie, appétence pour le vol et la viande de taupe.

« Je comprends mieux les cris d’alerte »

Rue89 Strasbourg a invité deux Roms, Dominique Steinberger et Axel Axmet, à visionner le film et à échanger ensuite sur l’image donnée par le film de leur communauté. Dominique Steinberger ne mâche pas ses mots à la sortie du cinéma. Le président de l’association Latcho Rom, qui défend la culture rom à Strasbourg, comprend mieux les cris d’alerte d’associations similaires. Pour lui, ce film saccage des années de travail :

« Il n’y a rien de sain. Ils montrent une image tellement clichée des Roms qu’elle n’existe même pas. Bien sûr, certains vivent encore dans des caravanes, mais si vous leur proposez une maison, ils la prennent ! Je suis Rom et je n’ai jamais vécu comme ça. Ni même mon père ou mon grand-père ! »

Dominique Steinberger, président de Latcho Rom
Dominique Steinberger, président de Latcho Rom (photo RG / Rue89 Strasbourg)

« Je ne vais pas attendre le mari de ma fille avec un marteau… »

Né à Benfeld, Axel Axmet, Rom à l’accent alsacien, ne se remet pas de la fin du film. Babik, interprêté par Ary Abittan, veut défigurer leur hôte avec un marteau, parce que le fils de Jean-Étienne Fougerole, interprété par Christian Clavier, a couché avec sa fille. Celle-ci aurait dû rester vierge jusqu’au mariage et aurait donc déshonoré toute sa famille. Seule solution : que le fils de l’intellectuel devienne Rom et se marie avec la fille de Babik. Il accepte.

Axel ne se reconnait pas dans ce gag, qui ne le fait même pas sourire :

« Ma fille se marie vendredi. Elle fait ce qu’elle veut, je ne vais pas attendre son futur mari avec un marteau à la sortie de l’église s’il change d’avis ! Et puis, dans le film, ils vont se marier en Roumanie… Ma fille se marie en Alsace, pas en Roumanie. Ce qui n’aurait aucun sens d’ailleurs, car si nous sommes Roms, nos origines sont en Macédoine. »

La famille rom apparait dans le film comme extrêmement misogyne

Dans A Bras Ouverts, les femmes roms n’ont pas le droit à la parole : la fille ne peut adresser la parole à personne, quand leurs hôtes proposent aux Roms de dormir dans la chambre d’ami, c’est Babik qui emménage, laissant les femmes, même avec enfants, dans la caravane. Pour Axel Axmet, la culture rom est loin d’être aussi misogyne. Au contraire, les femmes ont même une grande place au sein de la famille, aucune décision n’est prise sans leur accord.

Au cours du film, la famille de Babik invite leurs hôtes à une petite fête. Au menu : ragoût de taupe, en provenance directement du jardin de Christian Clavier. La taupe, une petite variante du cliché sur la viande de hérisson, dont se nourriraient chaque jour les Roms. Cela fait tiquer Axel Axmet, qui mange bien plus souvent du poulet ou du porc que du hérisson ou de la taupe :

« Les plats traditionnels roms peuvent se cuisiner avec plein de viandes différentes. Après, oui, certains Roms mangent du hérisson comme certains Chinois mangent du chien. »

Ou les Français mangent des grenouilles et des escargots, serait-on tenté de rajouter. 

Autre cliché, bien exploité tout au long du film : les passe-temps des Roms. Voleurs au début du film, Jean-Étienne Fougerole doit leur trouver un emploi, afin de s’intégrer dans la société française. Mais là encore, les seuls petits boulots qu’ils trouvent, correspondent aux clichés sur les Roms : chasseur de taupes dans les parcs de Paris ou faire le ménage à domicile…

Axel Axmet et Dominique Steinberger auraient aimé voir une évolution des personnages dans le film :

« En réalité, plein de Roms travaillent dans le bâtiment, sont avocats ou encore médecins. C’est triste de devoir rappeler ça. Non, les Roms ne font pas la manche de père en fils. »

Axel Axmet marie sa fille bientôt, il n'a pas agressé son futur genre à coups de marteaux (Photo RG / Rue89 Strasbourg / cc)
Axel Axmet marie sa fille bientôt, il n’a pas agressé son futur genre à coups de marteaux (Photo RG / Rue89 Strasbourg / cc)

La communauté rom sans arrêt confrontée aux stéréotypes

Quoi qu’elle fasse, la communauté rom est ramenée à ces clichés, tous négatifs. La fille de Dominique Steinberger est kinésithérapeuthe. Lorsqu’elle a dit à un médecin avec qui elle travaille, que sa peau « typée » est due à son origine, celui-ci lui a répondu que cela « expliquait »  sa façon de « prendre les choses avec tant de légèreté », en la renvoyant au stéréotype de la vie nomade.

C’est un autre aspect largement exploité dans le film de Philippe de Chauveron. La famille de Babik adore faire la fête, la musique et leur mode de vie en caravane est souvent qualifiée de « bohème » par les personnages du film.

Pour Dominique Steinberger, le problème est que ces clichés sont tellement répandus que beaucoup de Roms, français depuis plusieurs générations, cachent leur origine :

« Ma cousine est banquière. Elle ne parle jamais de ses origines. T’imagine, une Rom qui travaille à la banque ? »

#Dominique Steinberger

Les amendes minorées pour les cyclistes c’est fini !

Les amendes minorées pour les cyclistes c’est fini !

L’État met fin au régime spécial dont bénéficiaient les cyclistes strasbourgeois, à savoir des amendes à moitié prix pour une dizaine d’infractions. En cause, une absence de résultats sur l’accidentologie impliquant des cyclistes.

Depuis novembre 2012, Strasbourg expérimentait les amendes minorées pour les cyclistes. Concrètement, plutôt que de payer une amende à 90€, les cyclistes strasbourgeois bénéficiaient d’un tarif de 45,60€, une minoration valable pour une dizaine d’infractions au Code de la route. L’objectif était alors de rendre les contraventions contre les cyclistes plus acceptables mais aussi plus systématiques.

Lors d’une conférence de presse vendredi, le maire de Strasbourg Roland Ries (PS) et le procureur de la République, Michel Senthille, ont annoncé que cette spécialité alsacienne prendrait fin dès le 1er mai 2017.

« Les résultats n’ayant pas été à la hauteur, on revient au droit commun »

Après un peu plus de 4 ans, l’expérimentation des amendes minorées pour les cyclistes n’a pas porté ses fruits, selon l’analyse de Roland Ries :

« Les résultats n’ayant pas été à la hauteur, on revient au droit commun. (…) Cependant ce n’est pas parce que ça n’a pas fonctionné sous cette forme là que nous ne devons pas essayer autrement ».

Michel Senthille présente cette décision non pas comme une pénalisation mais comme une protection supplémentaire pour des cyclistes qui tendent à oublier qu’ils doivent, eux aussi, respecter le Code de la route. Selon le Parquet, les chiffres d’infractions constatés et le nombre d’accidents impliquant des cyclistes aurait explosé. Cette décision s’accompagnera d’ailleurs d’un renforcement de la verbalisation assurée par les forces de police. Le nombre d’amendes infligées aux cyclistes à Strasbourg est déjà passé de 741 en 2013 à 1 002 en 2016.

Les deux responsables ont présenté les cyclistes comme des truands de la route, ne respectant que très peu les règles, les feux et les piétons et n’étant que très peu verbalisés. Cette forme d’impunité nourrirait une réelle psychose de la part des piétons, une colère et beaucoup de tensions sur les routes selon le maire qui dit recevoir de nombreuses plaintes de la part des strasbourgeois.

La politique volontariste du vélo à Strasbourg semble s'infléchir... (Photo Victor Quiroz / FlickR / cc)
La politique volontariste du vélo à Strasbourg semble s’infléchir… (Photo Victor Quiroz / FlickR / cc)

Jean-Baptiste Gernet regrette le choix du procureur

Son adjoint aux mobilités alternatives, Jean Baptiste Gernet (PS), regrette le choix du procureur de la République :

« C’est une décision du procureur de la République. On est dans un Etat de droit, donc je ne peux pas la remettre en cause mais je la regrette à titre personnel. Cette minoration des amendes était un bon signal pour tous, ça aurait pu être généralisé… Au sein du club des villes et territoires cyclables, nous avons d’ailleurs demandé aux candidats à l’élection présidentielle de s’engager sur une généralisation au niveau national de cette minoration qui fait consensus chez tous les acteurs dans la sécurité routière. »

Pour le jeune élu, cela n’empêchera pas Strasbourg de continuer à faire vivre une forte culture cycliste. La mairie affirme d’ailleurs ne pas abandonner le travail engagé avec les associations de cyclistes et planche déjà sur une autre expérience, pour tenter de pacifier un peu l’usage de la chaussée, décidément conflictuel à Strasbourg. Mais après la tarification des parkings pour les vélos, cette annonce semble marquer un recul de la politique volontariste de Strasbourg quant au vélo.

La médiathèque nord enfin lancée à Schiltigheim, ouverture dans deux ans

La médiathèque nord enfin lancée à Schiltigheim, ouverture dans deux ans

Comme Rue89 Strasbourg vous l’annonçait en juin, l’Eurométropole de Strasbourg s’appuie sur un opérateur privé pour construire la médiathèque nord à Schiltigheim. Le projet doit coûter environ 15 millions d’euros et permettra aux 100 000 habitants du nord de l’agglomération de disposer d’un équipement de lecture publique à la rentrée 2019.

Le prochain conseil de l’Eurométropole de Strasbourg avalisera l’achat sur plans d’une partie d’un bâtiment au centre de Schiltigheim, construit par le bailleur social Vilogia à l’emplacement de l’ancien Simply Market. La collectivité achète pour 5,616 millions d’euros les trois premiers étages, afin d’y installer la future « médiathèque nord. » Ultérieurement, l’Eurométropole devrait dépenser 6,5 millions d’euros pour aménager la médiathèque et acheter les collections.

Cet équipement viendra compléter le réseau des « médiathèques de secteur » : au sud, celle d’Illkirch-Graffenstaden ouverte en 2006, au centre, la grande médiathèque Malraux inaugurée en 2008 et à l’ouest, celle de Lingolsheim ouverte en 2009.

Les quelque 100 000 habitants du nord de l’agglomération (Schiltigheim, Hoenheim, Bischheim…) commençaient à trouver le temps long. Le projet d’une médiathèque nord a été initié en 2006 avant d’être remis en cause en 2008, puis repoussé sine die en raison de contraintes budgétaires en 2014. C’est la vente de la friche du Simply et son achat par Vilogia qui a permis à l’Eurométropole de trouver une solution, comme vous le racontait en juin Rue89 Strasbourg.

Vue du projet depuis l'esplanade (l'église est à gauche) (document O Architecture)
Vue du projet depuis l’esplanade (l’église est à gauche) (document O Architecture)

Ouvert sur une nouvelle place au centre de Schiltigheim

Le bâtiment retenu, en équerre, sera ouvert en direction de l’église Sainte-Famille (voir ci-dessus). Une esplanade viendra remplacer la rue de Wissembourg, qui sera détournée pour rejoindre la route de Bischwiller par le nord du bâtiment. L’esplanade ainsi créée pourra enfin fournir à Schiltigheim la matérialisation de son point central.

Pour la première fois de son histoire, la collectivité s’insère dans un projet mixte, le bâtiment final proposera des appartements privés aux étages supérieurs. La gestion de l’entretien du bâtiment sera en revanche entièrement séparée. Vilogia construit d’autres logements dans la même opération, juste au nord de la future médiathèque, dans deux nouveaux bâtiments.

Jean-Marie Kutner : « pas une médiathèque au rabais »

La nouvelle médiathèque offrira aux habitants du nord de l’agglomération 2 520 m² dédiés à la lecture publique, soit 200 m² de moins que le projet porté par la municipalité précédente et qui avait reçu l’aval de l’Eurométropole avant 2014. En outre, il n’est plus question d’un auditorium ni d’une ouverture directe vers le jardin de la Résistance. Mais pour le maire de Schiltigheim, Jean-Marie Kutner (UDI) :

« Ce n’est pas une médiathèque au rabais ! Et surtout, elle sera construite ! L’ancien projet était dans l’impasse, or cet équipement doit apporter ses services à une population qui en a besoin. Il ne faut pas comparer les projets, c’est un équipement aux fonctions et aux objectifs nouveaux et qui répond aux besoins d’aujourd’hui. »

Vue depuis la route de Bischwiller (document O Architecture)
Vue depuis la route de Bischwiller (document O Architecture)

Une cafétaria et une méga-terrasse tranquille

La cafétaria est en revanche conservée dans les principes qui vont guider à la définition de la future médiathèque, avec une terrasse de 450 m² sur la nouvelle esplanade et orientée vers l’église. Mais c’est bien le seul aspect connu à ce jour, tout le reste du projet doit être défini par le service des médiathèques. Robert Herrmann, président (PS) de l’Eurométropole, n’a même pas pu préciser le nombre d’agents qui seront affectés à ce nouvel équipement. Ils sont 280 actuellement.

L’Eurométropole prévoit de soumettre le nouveau projet à la Direction régionale des affaires culturelles (Drac), pour voir si l’aide financière qui avait été consentie en 2010 est toujours d’actualité, ou un reliquat. Robert Herrmann assure que cette médiathèque est pour la Drac, un « projet urgent ».

Maire de Bischheim, Jean-Louis Hoerlé (LR), n’a pas indiqué clairement l’avenir de la bibliothèque de sa commune :

« La bibliothèque de Bischheim va continuer à développer la lecture publique mais en s’intégrant dans la nouvelle offre du réseau, on va proposer une nouvelle palette de services. Mais pour emprunter et rendre un livre, ce sera à la médiathèque que ça se fera. »

La dépollution de l’ancien Simply Market devrait débuter cet été. Les travaux devraient prendre deux ans pour une inauguration possible à la rentrée 2019.