Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Du 12 au 14 août, trapèze, théâtre aquatique et déambulations dans les rues de Strasbourg

Du 12 au 14 août, trapèze, théâtre aquatique et déambulations dans les rues de Strasbourg

Pour la 17e année consécutive, le Festival des arts dans la rue (FARSe) s’installe à Strasbourg du 12 au 14 août. Cirque aérien, théâtre sur l’eau, danse en trapèze ou musique de rue costumée : la programmation de cette année s’annonce éclectique.

Cette année, une vingtaine de compagnies artistiques, françaises et internationales, se produiront un peu partout au centre de Strasbourg pour un total de 37 spectacles. Réparties durant trois jours, du 12 au 14 août, gratuites, les représentations promettent d’être surprenantes et seront parfois participatives, avec un public amené à être acteur du spectacle. Ali Salmi, fondateur de la compagnie de danse et théâtre Osmosis, conserve pour la deuxième année la direction artistique de ce festival.

4 spectacles annulés à deux jours du début

Les visiteurs et les habitants de Strasbourg pourront croiser, aux hasards des places et des artères piétonnes, les différents spectacles.  Ils pourront aussi se retrouver au « village du festival », mis en place durant les trois jours au niveau de la rue des Veaux.

Neanmois, « compte tenu des mesures exceptionnelles imposées par l’état d’urgence », la Ville de Strasbourg a annulé quatre représentations, sur les 61 initialement prévues, à deux jours du début du festival.

Équilibristes, spectacles sur l’eau et trapèzes costumés : la programmation

Le Festival des arts de la rue s’ouvrira donc le vendredi 12 août avec la musique du Strasbourgeois Vladimir Spoutnik à 14h30 dans la cour de l’école Pasteur, rue des Veaux. Dix spectacles et déambulation suivront dans l’après-midi et la soirée, jusqu’au spectacle nocturne et sur l’eau bassin d’Austerlitz, à 22h30 . Mis en scène et joué par la compagnie Ilotopie, « les Fous du bassin » est un spectacle de théâtre contemporain et expérimental voulant « emporter l’esprit » grâce à une démarche poétique. Le temps fort de ce premier jour.

La compagnie Illotopie ouvrira le festival. (Photo: FARSe)
La compagnie Illotopie ouvrira le festival. (Photo: FARSe)

Les sonorités de DJ Spoutnik seront en quelque sort le fil rouge du week-end, puisqu’on le retrouver plusieurs fois par jour, toujours à l’école Pasteur.

Le festival sera clôturé par les « Roues de couleurs » de la compagnie OFF, dans un gigantesque final en multicolore et  sur la place Kléber, le 14 août à 22h.

Entre-temps, de nombreux spectacles seront proposés dans les ruelles de Strasbourg. Soulignons quelques pépites :

    Lady cocktail, cirque de rue. Square Louis Weiss les 13 et 14 août à 17h. Trio de trois « gonzesses » survoltées sur trapèze volant dans un spectacle drôle et aérien.
    Urbaphonix, théâtre musical. Déambulation rue des Grandes arcades, les 12 et 13 août à 16h30. Sans un mot, les cinq acteurs auscultent le paysage sonore de la ville et le font vibrer.

Prendre de la hauteur

    Boots & Roots, théâtre musical. Place Saint-Thomas, les 12 et 13 août à 18h. Batteries, guitares, les Clandestines revisitent la musique de l’Amérique du nord.
    Environnement vertical, danse. Bâtiment de la poste, place de la Cathédrale, les 12 et 13 août à 18h. Duo de danse verticale, à même les bâtiments, le Retouramont fait prendre une hauteur vertigineuse à son public.
Retouramont présentera sa création "Environnement vertical" (Photo: FARSe)
Retouramont présentera sa création « Environnement vertical » (Photo: FARSe)
    Une épopée de presque rien, théâtre gestuel. Place Mathias Merian, le 13 août à 21h et le 14 août à 15h. Duo clownesque, perchée sur un iceberg, métaphore de l’île et de la solitude. Une « grande plaisanterie ».
    Manège titanos, « entre-sort » forain. Place d’Austerlitz, les 13 et 14 août de 15h à 18h30. Un carrousel devenu attraction détraquée, faites de pièces récupérées et sauvagement assemblées. « Enfants et humains sont invités à entrer dans cet univers foutraque ».
L'étrange carrousel de la compagnie Titanos sera également à visiter. (Photo: FARSe)
L’étrange carrousel de la compagnie Titanos sera également à visiter. (Photo: FARSe)
    Colin Tampon, théâtre musical. Axe Austerlitz/Gutenberg, le 12 août à 16h et le 13 août à 16h et 21h. Sept tambours et comédiens dans la rue, grimés en soldats suisses, dans un spectacle interactif et comique.

Le festival retrouve ses dates habituelles autour du 15 août, après avoir été expérimenté à la fin de la troisième semaine de juillet en 2015.

Par ailleurs, les illuminations de la cathédrale du vendredi soir et du dimanche soir ont aussi été annulées, les dispositifs de contrôle de la foule étant déplacés sur les deux spectacles qui ont lieu ces soirs-là.

Le quartier Danube sort de terre

Le quartier Danube sort de terre

Grand projet urbanistique du mandat, la conquête du Rhin par Strasbourg commence par le quartier Danube, qui sort progressivement de terre à côté de la presqu’île Malraux. Les structures des futures grandes tours commencent à se dessiner dans les airs.

Les travaux battent leur plein derrière l’UGC Ciné-Cité. L’Institut national des études territoriales (INET) a déménagé en juillet dans ses nouveaux locaux blancs.

Son ancien édifice, rue de la fonderie, accueillera à la rentrée une partie des étudiants de Sciences Po, dont le futur bâtiment est à l’arrêt depuis deux ans suite à des malfaçons.

(photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Les nouveaux locaux tout blanc de l’INET, avenue du Rhin (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
(photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Le déménagement de l’INET s’est effectué en juillet. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

À côté, deux des trois tours des Black Swans s’élèvent déjà dans le ciel de Strasbourg. Dix mois après la pose de la première pierre fin octobre, on compte 10 étages construits sur les 16 (soit 50 mètres) pour la tour la plus avancée. Environ la moitié pour la deuxième.

(photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Vue depuis le cinéma (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
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Dans le chantier (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
(photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Les travaux ont débuté il y a 10 mois, fin octobre 2015 (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
(photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Il reste 5 étages à construire (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
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Côté canal (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
(photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Le chantier de la deuxième tour (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

On commence à distinguer la future forme de cygne. Une partie très haute, un milieu bas de quatre étages et à l’opposée une partie intermédiaire. Le rez-de-chaussée est plus élevé que les autres étages.

(photo JFG / Rue89 Strasbourg)
(photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Dans l’espace entre les tours, pas beaucoup de lumière du jour.

(photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Pour la lumière du jour dans l’après-midi, on repassera (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Le chantier de la troisième tour n’a pas débuté. Elle devra trouver sa place entre la tour du milieu et le bâtiment de l’INET.

(photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Futur espace de la troisième tour Black Swan, qui sera dans l’autre sens par rapport à ses homologues (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Côté presqu’ile Malraux, on sent que l’on essaye de rajouter un peu de verdure, critique maintes fois répétée sur ce quartier construit sur les anciennes industries du port strasbourgeois.

(photo JFG / Rue89 Strasbourg)
A gauche du bassin, le bâtiment Les Docks, qui héberge entres autres le Shadok (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
(photo JFG / Rue89 Strasbourg)
La place Jeanne Helbling (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
(photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Quleques bacs de verdure sont suspendus à la façade du parking du cinéma (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

De l’autre côté de la route et des rails de trams, tracteurs, camions et grues se côtoient tout l’été dans le futur quartier qui prendra le nom de Danube. Les premiers pylônes de la tour « à énergie positive » Elithis (50 mètres également) sont sortis de terre.

(photo JFG / Rue89 Strasbourg)
La tour Elithis sera aussi élevée que les trois Black Swans, 50 mètres (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
(photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Les bords de l’eau sont aussi aménagés (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
(photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Entre l’Ehpad Danube et la tour Elithis (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
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Un peu de verdure. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
(photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Dans le fond à gauche, la résidence pour senior Danube gérée par l’Abrapa (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

La plupart des bâtiments accueilleront des logements. Pour l’instant, seuls les résidents de l’Ehpad Danube et quelques habitants derrière vivent à proximité de la route du Rhin, l’un des axes les plus pollués de Strasbourg.

Danube
La partie côté route du Rhin, bientôt terminée (Photo JFG / Rue89 Strasbourg)
(photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Des logements en auto-promotion, dans le cadre de l’éco-quartier (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
(photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Quelques habitants vivent déjà à côté des chantiers (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
En blanc, le bâtiment l'Horizome, avec 35 logements et des commerces (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
En blanc, le bâtiment l’Horizome, avec 35 logements et des commerces (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Plus loin, la résidence étudiante Kellerman (ou UniCity 1) accueillera ses premiers pensionnaires le 16 août, dans une partie de ses locaux. Les appartements complets seront livrés début 2017. Au total, elle comptera 151 studios de 18 à 28m².

Autour, d’autres terrains sont en construction ou encore en friche.

(photo JFG / Rue89 Strasbourg)
La résidence étudiante Kellermann (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
(photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Il reste des terrains à construire au bout du futur quartier (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
(photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Côté Vaisseau et archives départementales, des terrains ne sont pas encore en chantier (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Le ballet d’engins de chantier doit s’étaler jusqu’en 2018.

#INET

Au fil des ondes Martenot avec Christine Ott

Au fil des ondes Martenot avec Christine Ott

Chacun de ses concerts est une ouverture au monde, un voyage dans le dépouillement le plus total au contact des sons telluriques et aériens d’un instrument enchanteur. Rencontre avec la Strasbourgeoise Christine Ott, reine des ondes Martenot, qui se produira le 10 août sur la scène du TAPS Scala.

Début juillet, en pleine ferveur footballistique autour de l’Euro et de l’équipe de France, Christine Ott passe quelques jours à Paris, notamment pour rendre visite à son luthier Jean-Loup Dierstein, un magicien, « un sorcier de la lutherie électronique » comme le présente son site internet. L’occasion de rencontrer l’ondiste strasbourgeoise dans un café du quartier Bastille. L’occasion de saisir le double sens de cette phrase : « Je ne veux pas être là où on m’attend ». Car Christine Ott revendique en effet un « côté électron libre » :

« Je n’aime pas être formatée, enfermée dans quelque chose. Et surtout, je me fous des étiquettes et des préjugés. Quand j’ai opté pour une carrière professionnelle, ma première destination a été le classique et l’opéra. Par la suite, j’ai voulu délaisser cela quelque peu pour me diriger vers un horizon plus large, connaître et expérimenter d’autres sonorités, rencontrer d’autres artistes. Mais il faut reconnaître qu’avoir été dans une fosse d’orchestre m’a beaucoup aidé à développer une oreille. »

Christine Ott
Christine Ott (photo Benoît Lesieux)

Enseignante au conservatoire de Strasbourg

C’est ainsi que Christine Ott, également enseignante au conservatoire de Strasbourg depuis près de vingt ans, collabore avec Yann Tiersen, avec qui elle tournera sur scène durant dix ans, de 2000 à 2010. Elle participe au succès de la bande originale du film Le Fabuleux destin d’Amélie Poulain de Jean-Pierre Jeunet, travaille avec la réalisatrice Claire Denis sur une autre BO (35 Rhums), ce qui lui a permis « de glisser vers des projets plus rock et a aussi attiré les regards ».



Christine Ott travaillera donc avec des groupes et artistes aux profils variés, chacune des collaborations étant toujours le résultat d’un choix profond :

« Je ne peux et ne veux pas être un requin de studio. Soit ça me touche, soit ça ne me touche pas. C’est l’unique critère »

Avec Jonathan Morali du groupe Syd Matters, elle évoque une collaboration « super forte ». Avec Noir Désir, c’est la reprise de Bashung (Aucun Express) qui la marque encore aujourd’hui. Christine Ott jouera aussi, entre autres, avec Christian Olivier et les Têtes Raides, avec Loïc Lantoine, Dominique A, Tindersticks, Venus, Cascadeur. Et bien sûr Thom Yorke, âme géniale de Radiohead à l’occasion d’un live sur Canal+ en 2005.



« Avec Thom Yorke, c’était vraiment fou. Il était presque en transe, et quand il joue, il devient réellement musique, avec une intériorité qui donne l’impression qu’il est habité par le son et que les vibrations pénètrent dans son corps. Je trouve cela très beau. »

Continuer les compositions classiques

Outre ces incursions pop-rock plus grand public, Christine Ott poursuit des projets moins exposés et continue à interpréter des compositions classiques de Messiaen, Debussy ou Milhaud. Elle a par ailleurs monté un ciné-concert autour des contes et légendes de Lotte Reiniger, pionnière du cinéma d’animation en ombres chinoises, et un autre consacré à l’un des chefs d’œuvre du cinéma expressionniste allemand, Tabou de Murnau :



Christine Ott collabore également avec Mathieu Gabry dans le duo Snowdrops qui se produira notamment en octobre prochain à Lyon au festival Rhinojazz mais son actualité la plus brûlante reste la sortie le 20 mai dernier de son second album solo, Only Silence Remains, sur le label de Manchester Gizeh Records.

« Cet album (qui succède à Solitude Nomade en 2009, ndlr) était prêt depuis trois ans. Mais c’est très difficile pour moi de produire, de sortir un disque. Car je ne veux pas que ce soit une histoire de mode ou de tendance, je préfère voir ce que je crée comme quelque chose qui va rester dans le temps. Ma musique, c’est plus un voyage, avec des morceaux qui s’enchaînent. Et puis j’ai aussi voulu prendre le temps de trouver le bon label pour publier l’album ; Gizeh est vraiment approprié, avec une ligne à la fois assez large et tout de même exigeante. »



Des compositions du nouvel opus mercredi

Only Silence Remains nous convie en tout cas à une odyssée d’une cinquantaine de minutes, entre sculptures sonores et ambiances cinématographiques permanentes où les ondes Martenot côtoient le souffle protéiforme des harmonium, timpani, synthé Jupiter 8, tubular bells et autre vibraphone, exécutés par des amis musiciens strasbourgeois conviés pour l’occasion (Anil Eraslan, Francesco Rees, Jérôme Fohrer, Olivier Maurel, Justine Charlet).

Le concert de ce mercredi 10 août au TAPS Scala (Au fil de l’onde), interprété avec la pianiste classique strasbourgeoise Anne-Catherine Kaiser, permettra de découvrir certaines des compositions originales du nouvel opus de Christine Ott ainsi que des extraits d’autres œuvres écrites pour les ondes, telles le Nocturne d’Edouard Michael et les Feuillets inédits de Messiaen.

#christine ott

Quatre mois de perturbations pour les trains au sud de Strasbourg

Quatre mois de perturbations pour les trains au sud de Strasbourg

Du 16 août au 10 décembre, les trains au départ de Strasbourg circulant vers le sud de la région seront un peu plus lents. De quatre à dix minutes en moyenne, annonce la SNCF, en raison de travaux d’entretien.

En raison de travaux de renouvellement des voies entre Strasbourg et Erstein, les lignes de train au sud de Strasbourg seront perturbées du 16 août au 10 décembre. Des allongements du temps de parcours de 4 minutes à 10 minutes sont à prévoir. « Quelques trains » seront même supprimés entre Strasbourg et Sélestat. Quelques lignes seront aussi modifiées, comme celle vers Molsheim, a fait savoir la SNCF dans un communiqué plutôt vague.

Comme ces travaux, et les perturbations qui en découlent, sont complexes, la SNCF invite ses usagers à consulter les fiches horaires à disposition en gare (affiches et flyers) et sur les sites TER Alsace et www.vialsace.eu. Des courriels et SMS seront envoyés aux abonnés TER inscrits à ce service. Enfin, des annonces sonores seront effectuées à bord des trains avant le début des travaux.

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Quelques TER200 à destination de Bâle s’arrêteront à Saint-Louis et seront remplacés par des trains. (photo Agora midr / Wikimedia Commons / cc)

10 minutes de ralentissement d’octobre à mi-novembre

Le ralentissement des trains se répartira sur trois plages :

    Du 16 août au 2 octobre : Allongement du temps de parcours de 4 minutes en moyenne. Du 3 octobre au 18 novembre : Allongement du temps de parcours de 10 minutes en moyenne. Du 19 novembre au 10 décembre : Allongement du temps de parcours de 4 minutes en moyenne

Certains TER200 n’iront plus jusque à Bâle, mais s’arrêteront à Saint-Louis. Des cars de remplacement se substitueront à cette dernière portion du trajet.

Ces travaux s’inscrivent dans le cadre d’un programme de renouvellement et de modernisation des infrastructures, d’un montant de 270 millions d’euros en région Grand Est. Le chantier concerné coûtera 51 millions d’euros.

Pourquoi l’Alsace compte peu de panneaux solaires et comment ça pourrait changer

Pourquoi l’Alsace compte peu de panneaux solaires et comment ça pourrait changer

L’énergie solaire n’a compté que pour 0,9% de la production d’électricité en Alsace en 2014. Loin des 7% de ses voisins du Bade-Würtemberg. L’Alsace en retard sur son temps ? Un fonds de développement de cette énergie est d’ailleurs à l’étude à la Région Grand Est.

En Allemagne, les panneaux solaires fleurissent sur les toits. En Alsace, ils relèvent encore de l’exception. L’Alsace, n’a certes pas le potentiel des régions méditerranéennes, mais n’est pourtant pas moins bien lotie que ses voisins, comme le montre une carte de l’ensoleillement de l’Agence de l’Environnement et de la maîtrise de l’Énergie (Ademe) publiée en octobre 2015.

Carte ensoleillement annuel
Le nord-est de la France est souvent plus ensoleillé que de nombreux pays voisins, qui comptent pourtant plus de panneaux solaires (carte Ademe)

Dans cette étude « Vers un mix électrique 100% renouvelable en 2050« , les gisements d’énergies renouvelables identifiés pour la région Grand-Est sont de 56 GigaWatt-crête, c’est-à-dire le potentiel en conditions standard. Le solaire photovoltaïque représente à lui seul près de 70% du potentiel, soit 38 GWc (avec 15 GWc d’éolien, 3 GWc supplémentaires d’hydroélectricité et près d’1 GWc d’autres sources). Aujourd’hui, les installations solaires dans les trois anciennes régions représentent 430 MégaWatt-crête, soit 88 fois moins. Le solaire pourrait couvrir à lui seul 80% la consommation du Grand Est.

Si on compare l’Alsace avec les voisins allemands ou du Benelux, on remarque que le nord est de la France a négligé cette source d’énergie. En Alsace en 2014, seule 0,9% de l’électricité provenait du photovoltaïque. Peu ou prou la même chose en Lorraine (1,1%) et en Champagne-Ardenne (0,8%). De l’autre côté du Rhin, dans le Land du Bade-Wurtemberg, l’énergie solaire représente 7% de la consommation d’électricité et devrait atteindre 13% en 2020.

nombre de panneaux en Europe (carte PowerSolar Map)
nombre de panneaux en Europe (carte PowerSolar Map)

Des objectifs nationaux peu ambitieux

Une des explications est géographique et est apportée par Paul-Louis Sadoul, ingénieur énergéticien au bureau d’études fluides, thermique et environnement dans le  bâtiment, Solares-bauen :

« À législation égale, c’est toujours dans le sud d’un pays que les panneaux vont être installés en priorité car il y a plus d’ensoleillement et donc ils sont plus rentables ».

Le sud de l’Allemagne est donc plus dynamique que le nord-est de la France, bien que ces régions soient sur les mêmes latitudes.

Entre des objectifs nationaux peu ambitieux (6,7 GWc d’installations en France en 2015 contre en 38 Allemagne, 22 en Italie et 7,5 au Royaumes-Uni pourtant plus petit et moins ensoleillé) et une instabilité des prix de rachat, les régions du nord de la France n’ont pas été très incitées à soutenir cette filière au début de la décennie. Dommage, car les équipes élues en 2010 dans les 22 ex-Régions françaises rédigeaient alors leurs Schémas régionaux climat-air-énergie (SCARE). Adopté en 2012, celui de la Région Alsace donnait la priorité sur la biomasse bois et la géothermie.

Cinq ans après, le constat de l’ONG Greenpeace est clair. À ce rythme là, les trois régions désormais fusionnées n’atteindront pas leurs objectifs fixés en 2012, qui étaient de 954 MWc. Mais ça tombe bien, 2017 permet une révision des moyens alloués. Depuis, beaucoup de choses ont changé. La technologie a évolué et les prix sont de nouveau fixés. Ils sont révisés tous les trois mois, mais garantis pour 20 ans une fois l’installation terminée.

Tarifs d'achat d'électricité solaire
La fin des tarifs de rachat en 2010 a mis à mal les producteurs et surtout les installateurs. Bon nombre ont fait faillite.

Des impôts sur l’électricité qui partent et ne reviennent plus en Alsace

Les Alsaciens ont d’autant plus de raisons d’être mécontents de la situation. Avec le faible nombre d’installation d’énergies renouvelables (6 à 10 fois moins qu’ailleurs), ce territoire ne « récupère » que 49 % de l’argent qu’ils dépense dans la contribution au service public de l’électricité (CSPE), une taxe sur la facture d’électricité. Une partie sert en effet à aider les énergies vertes. Ce sont 48 millions d’euros investis autre part tous les ans. A contrario, la Lorraine et la Champagne-Ardenne « reçoivent » plus d’argent qu’ils ne contribuent, en particulier grâce aux projets éoliens.

Dans ces conditions, Cyril Cormier, chargé de campagne énergie et climat chez Greenpeace, estime qu’il fallait que la situation change :

« Avec la centrale nucléaire de Fessenheim vieillissante, qui fermera forcément un jour, L’Alsace est l’une des premières régions qui va connaître une transition énergétique. Comme elle a un potentiel solaire intéressant, en particulier dans le Haut-Rhin, il nous paraissait important qu’elle se préoccupe davantage de développer des énergies alternatives, créatrice d’emplois. »

Sur la question des coûts, il ajoute :

« L’énergie nucléaire coûte 50 à 60 € par kilowattheure pour des centrales dont le coût de construction est amorti. Le solaire est aujourd’hui 100-130€, mais il est très variable selon d’où il vient : 70€ le MW/h pour une grande centrale solaire, 80 à 130€ le MW/h pour un parking ou le toit d’un centre commercial et 140 à 220€ le MW/h chez un particulier. Ce coût a baissé de 90% en dix ans. »

Face aux lourds investissements de construction (le coût de l’EPR Flamanville est passé de 4 milliard à 10 milliards d’euros) ou d’entretien des centrales, il estime que le prix de l’énergie solaire pourrait être moins cher que celui du nucléaire autour de 2020. À la centrale controversée d’Hinkley Point au Royaume-Uni construite par EDF, ce sera déjà le cas. Le prix de vente de l’électricité sera de 89,50 livres/MWh, soit 117€/MWh selon les cours actuels.

Des panneaux solaires sur une église, à Griesheim-sur-Souffel, sur impulsion de la mairie photo JFG / Rue89 Strasbourg / Flickr)
Des panneaux solaires sur une église, à Griesheim-sur-Souffel, sur impulsion de la mairie (photo JFG / Rue89 Strasbourg / Flickr)

Un fonds d’investissement à l’étude à la Région Grand Est

Avant les régionales, Greenpeace entame un lobbying auprès des candidats. L’ONG estime que les Régions, renforcées par de nouvelles prérogatives dans le domaine économique et aussi de « chef de file de la transition énergétique » ont un nouveau rôle à jouer. L’organisation se base sur un sondage où 88% des habitants disent être favorables à l’énergie solaire. Son idée ? Un fonds d’investissement à hauteur de 1% du budget régional, soit 23 millions d’euros pendant 5 ans.

Si cela figurait dans le programme d’Europe Écologie Les Verts, des contacts sont noués d’autres listes. L’équipe « Les Républicains-UDI-Modem » se montre intéressée, notamment sur le volet développement de l’emploi et activité des entreprises. Fidèle à sa ligne de conduite prudente, la liste de Jean-Pierre Masseret (PS) ne prend pas d’engagement (excepté sur la gratuité des transports scolaires). Le FN ne donne jamais suite.

En se basant sur les calculs de l’association Hespul, qui lui a fourni une étude (18 pages), Greenpeace espère que cette mise de départ, attire près de 10 fois plus d’argent privé, pour atteindre 208 millions d’euros par an. Une partie (57%) serait réservée aux entreprises locales. Sur le volet emploi, ce seraient 2 000 temps-plein sur 5 ans et 500 emplois définitifs.

Une installation de panneaux solaire ... dans l'Oregon (photo Oregon Department of Transportation / Flickr / cc)
Une installation de panneaux solaire … dans l’Oregon (photo Oregon Department of Transportation / Flickr / cc)

Ce fonds figurera-t-il dans le Schéma Régional de Développement Economique d’Innovation et d’Internationalisation (SDREII), en cours d’élaboration et qui doit être finalisé en février 2017 ? En vacances, l’élu en charge du dossier, Sylvain Waserman (Modem), n’a pu être joint ces dernières semaines. Greenpeace avait néanmoins trouvé les premières entrevues encourageantes.

Fin 2015, avant même la fusion avec le Limousin et les Poitou- Charentes, l’ex-Région Aquitaine avait créée un fonds similaire de 8 millions d’euros, amené à être doublé.

Une plateforme en ligne

Dans un premier temps, ce fonds est plutôt destiné aux grandes centrales qu’aux particuliers. Mais pour les plus convaincus, l’ONG a mis en ligne en juillet le site « Le solaire se lève à l’Est« . Sur la plateforme, il est possible d’estimer ce que son propre toit peut produire comme énergie.

Le simulateur permet une estimation des économies financières sur 20 ans, qui se chiffrent en milliers, voire dizaine de milliers d’euros et d’économies d’énergie en CO2. Ces calculs sont surtout intéressants pour les maisons, puisque moins de familles y résident et leurs toîts inclinés permettent une plus grande surface de pose.

Avec les futures réglementations, le solaire risque d’être plus sollicité à l’avenir remarque Paul-Louis Sadoul :

« Avant, en 2010/2011, le solaire était souvent un investissement financier, grâce aux prix de rachat de l’électricité intéressants, mais leur revalorisation à la baisse a remis cela en cause. Aujourd’hui, le prix des installations baisse donc on est revenu à un équilibre intéressant. Comme on va vers une transposition des directives européennes, en 2020 tous les nouveaux bâtiments construits devront être quasiment neutres en énergie. En ville, il n’y a pas beaucoup de solutions, soit la co-génération d’électricité avec sa chaudière, soit du solaire. Par obligation, le photovoltaïque revient sur le devant de la scène par les bâtiments. « 

Même s’il est nuancé sur les vertus écologiques de cette énergie :

« Le problème d’une énergie renouvelable, c’est qu’il faut un appoint quand elle ne fonctionne pas : quand il n’y a pas de vent ou peu de soleil. Idéalement il faudrait un stockage ou des appoints rapides, mais on ne va pas créer de nouveaux barrages et une centrale nucléaire n’est pas assez réactive. En Allemagne, c’est aussi pour cela que les centrales à gaz et à charbon ont été relancées suite à la promotion des énergies renouvelables, et à l’arrêt du nucléaire, pour compenser les intermittences des énergies renouvelables.  En plus, si les panneaux sont fabriqués avec de l’électricité chinoise, au contenu très riche en carbone, pour venir économiser de l’électricité française, beaucoup plus sobre et en faisant rallumer des appoints fossiles pendant les creux, le bilan environnemental n’est plus si intéressant. »

Voltec Solar, un fleuron des panneaux solaires en Alsace

Ironie de la situation, peu équipée en panneaux, l’Alsace compte pourtant l’une des trois entreprises françaises (sur 14 à un moment), qui a résisté aux périodes de régulation et de dérégulations. À Dinsheim-sur-Bruche, Voltec-Solar garantit désormais ses panneaux haute qualité 25 ans, pour une durée de vie estimée autour de 30 ans.

Au-delà du soutien à l’économie locale, Viviane Zimmermann, directrice marketing et développement explique l’intérêt pour un installateur de se tourner vers son entreprise :

« Pour des clients européens, c’est important d’avoir une entreprise vers qui on sait se tourner, pour avoir un suivi ou en cas de problème. C’est plus difficile avec une entreprise chinoise. »

L'usine de fabrication et le siège de Voltec Solar à Dingsheim-sur-Souffel (photo Voltec Solar)
L’usine de fabrication et le siège de Voltec Solar à Dinsheim-sur-Bruchel (photo Voltec Solar)

Comme toutes les personnes de cette filière, Viviane Zimmermann scrute attentivement la réglementation européenne, déterminante pour la santé économique de ces entreprises. Elle confirme le potentiel important de l’Alsace en termes d’énergie solaire :

« Le potentiel est aussi important toutes les surfaces disponibles. L’énergie solaire ne génère pas de bruit, pas d’impact sur la nature, pas d’onde, pas de consommation annexe, pas de risque technologique et une seule visite de maintenance dans l’année. La seule nuisance éventuelle est esthétique et encore on en fait de plus en plus beaux. »

Si l’Alsace prend le tournant du solaire, l’entreprise pourrait enfin se déployer sur son secteur d’origine. Fondée en 2009, cette filiale du fabricant de meubles Alsapan vend 80% de ses panneaux à l’étranger.

À Schiltigheim, la fête de la bière est une histoire de passion

À Schiltigheim, la fête de la bière est une histoire de passion

Le chapiteau place de la mairie était en ébullition vendredi soir pour la première soirée de la fête de la bière de Schiltigheim. Chacun y retrouvait un plaisir tout personnel, qu’il n’a pas hésité à partager.

Au bar, Bruno découvre l’ambiance derrière son comptoir. Il expérimente le plaisir de servir et se rémunère en sourires. Le néo- bénévole explique comment il est arrivé à ce poste :

« D’habitude je bosse pour la mairie de Strasbourg mais cette année c’est pour celle de Schilick ! Mes amis font du bénévolat ici depuis des années. Ils m’ont proposé de venir aider pour cette édition parce qu’ils manquaient de monde. On bosse beaucoup mais c’est quatre merveilleux jours. On reçoit des tickets pour manger, et boire… dans la limite du raisonnable. Mais surtout on est payés en sourire. »

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En début de soirée, le stand est assez calme pour Bruno (Photo TU / Rue89 Strasbourg)

Entre amis ou en famille

Jean-François, Lucie et Baptiste viennent en famille depuis longtemps pour un événement au cours duquel chacun trouve son compte. La père pour la bière, la fille pour les amies, et le fils pour les tartes flambées.

Famille mifa
Une sortie familiale (Photo TU / Rue89 Strasbourg)

Jean-François, le père, raconte ce moment :

« Je vis à Schilick depuis quasiment toujours. Ca fait dix, voire quinze ans que je viens ici. Les caissières de chez Leclerc croisent les élus et les instits. La directrice d’école fait le service au bar. Mes enfants mangent et boivent à l’œil [papa régale] puis s’en vont s’amuser de leur côté. D’habitude je danse avec ma femme, mais là je me suis séparé. »

Lucie, la fille de Jean-François est heureuse que son père l’amène à la fête de la bière, mais pas malheureuse qu’il s’en aille avant elle : « Après, quand mon père part, je rejoins une amie »… « Là elle se maquille », ponctue Jean-François.

En habit traditionnel

Sandrine et Lydia cultivent les rencontres et la tradition. Elles se sont rencontrées cette année, par l’intermédiaire d’amis communs, et ont décidé de se rendre ensemble à la fête de la bière.

Sandrine Lydia
Et pourquoi pas un petit costume ? (Photo TU / Rue89 Strasbourg)

Lydia se passionne pour l’aspect traditionnel entretenu par l’événement. Elle se fait un plaisir d’enfiler son costume pour l’occasion :

« C’est la deuxième année que j’ai adopté cette tenue. Je suis dans le « mouv’ », c’est communicatif […] Mais ce serait bien qu’il y ait plus de musique allemande. Aujourd’hui, c’est plutôt années 80. »

Sandrine se passionne pour les rencontres qu’elle fait à chaque édition. Rencontres fortuites, rencontres heureuses. Elle a tout particulièrement en mémoire une édition passée :

« J’avais sympathisé avec un groupe de musique qui jouait ce soir là. La suite, je ne peux pas vous raconter… Mais on est restés en contact ! »

Une grosse énergie des bénévoles

Le plaisir que prend chaque visiteur au cours de cette fête n’est pas étranger à l’énergie que mettent les très nombreux bénévoles à en faire une réussite. Leur passion, c’est le plaisir des autres.

Corinne, employée de mairie à Schiltigheim, est responsable  de la coordination des bénévoles pour l’événement. Elle y met tout son cœur depuis trente ans. Pour elle, Noël c’est en août, au moment de la fête de la bière.

« Moi, mon Noël c’est ça… je prends mes congés à la mairie spécialement pour me consacrer à l’organisation. »

Corinne FdB
Corinne, employée de mairie et près de 3 décennies de fête de la bière de « Schilik » au compteur (Photo TU / Rue89 Strasbourg)

Elle participe à la fête de la bière depuis désormais trois décennies. Et a même réussi à y convertir ses enfants :

« J’ai grandi à la fête de la bière. Au début je venais avec mes parents. Ca se passait dans la cour de l’école Exen [Schweitzer]. À l’époque, il y avait encore toutes les brasseries de Schiltigheim : Storig, Heineken, Schutzenberger, Fischer… Maintenant j’ai une fille qui bosse ici ce soir. Et un garçon qui bosse ici demain. »

Claire est entraîneur, bénévole, et arbitre, au club de taekwondo de Schiltigheim. Ce soir, elle coordonne l’équipe de ceux qu’elle croise d’habitude sur les tatamis. Mais ce n’est pas la première fois. Elle a pris le plis et est devenue « multifonction » : elle gère aussi bien le travail que les pauses.

Kevin Claire Nicolas
Les cheveux assortis au T-shirt, pourquoi pas ? (Photo TU / Rue89 Strasbourg)

« On s’est teint les cheveux en vert pour correspondre à la couleur de nos t-shirts ! « 

Pour la fête de la bière, on peut prendre plaisir en petit comme en grand comité. Devant ou derrière le bar, tous ont quelque chose à célébrer. Parmi eux, certains fêtent même l’amour.

Des participants venus depuis le nord de la France

Ce soir là, Olivier n’est pas venu seul, loin de là. Il est accompagné d’une trentaine d’amis dont beaucoup ont pris la route depuis le Pas-de-Calais pour fêter les dix ans de mariage de lui et sa femme, originaire du nord de la France.

Olivier
Olivier est accompagné d’une trentaine d’amis (Photo TU / Rue89 Strasbourg)

« On fête nos dix ans de mariage entre l’Alsace et le Pas-de-Calais. Ici on a quand même une vraie fête. On sait que c’est pas la même situation que les années précédentes mais on est heureux qu’elle soit maintenue. »

Le « Point dommage », pour Olivier, c’est que lui et ses amis ne puissent pas pousser la soirée sur place, même une heure de plus. Vacelet, ami d’Olivier, prend la route le lendemain à 7h. Olivier, quant à lui, continuera la fête dans les bars de Strasbourg :

« On va pas s’arrêter à minuit trente quand même ! Tu crois qu’ils sont venus jusqu’ici pour quoi ? Dans le Pas de Calais ça finit à 2h minimum ! »

(photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Sur scène, un groupe capable d’entonner des reprises des tubes electro comme des classiques de rock. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
(photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Porté par la foule (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Une fois passé les points de sécurité, où même un sac à dos vide n’est pas toléré pour les hommes, la foule s’époumone jusqu’au bout de la soirée. Il y a bien deux jeunes un peu alcoolisés qui ont trouvé plus intelligent de se taper dessus à deux pas de l’entrée. Mais sous le chapiteau, trois générations différentes dansent devant la scène ou directement sur les bancs des grandes tables.

Après avoir interprété, les tubes de ces dernières – les Black Eyed Peas, Rihanna, Calvin Harris, Pharell Williams, Bruno Mars, Kenji Girac – , le groupe du soir change radicalement de style pour terminer avec une session de 30 minutes de rock où Téléphone, AC/DC et Nirvana se côtoient.


La fête traditionnelle dure jusqu’à lundi soir.

Le Racing en Ligue 2, ça change quoi pour le supporter ?

Le Racing en Ligue 2, ça change quoi pour le supporter ?

Le Racing est en deuxième division après six ans dans les étages inférieurs. C’est heureux. Qu’est-ce que ça change pour le supporter ?

Ca y est. On y est. Le Racing a rejoué dans une division professionnelle le 29 Juillet. La fois précédente, c’était le 14 Mai 2010 et cette sinistre défaite 1-2 à Chateauroux. On ne va pas vous faire la liste des recrues, le bilan sur le budget, etc. De nombreux sites s’en sont chargés, et l’ont très bien fait, et on n’y comprend rien. Regardons plutôt les changements que cette montée implique dans la vie de supporter.

Des tarifs « professionnels »

Là, le changement est clair : division professionnelle, tarifs professionnels. Il va falloir faire tomber des ronds.

On sent qu’on change de dimension. Le club a visiblement misé sur l’engouement populaire. Ailleurs, on écrirait qu’il a décidé de surfer sur la vague de l’euphorie de la glorieuse montée acquise la saison dernière. Les tarifs augmentent dans toutes les tribunes, sauf celles qui sont désormais inaccessibles à l’abonnement : les quart-de-virages et les populaires, réservées aux tickets « au match ». De plus, le transfert du Kop du Quart-de-Virage Nord-Ouest à la Ouest Haute pourrait induire quelques frictions avec les anciens abonnés de la tribune, au départ.

L’abonnement le plus abordable est en Ouest Haute, où le Kop se déplace, donc, afin, lui aussi, de tenter de fédérer plus de supporters que ce que le bon vieux quart-de-virage nord-ouest est capable. L’afflux des suiveurs de la victoire en fin de saison dernière a clairement souligné les limites du quart en terme de capacité. Lorsque tout va bien, bien sûr… On ne sait pas encore quelle sera la réaction des habitués de la Ouest Haute qui vont voir débarquer une foule chamarrée et facilement vociférante. Sans parler du fait qu’il s’agira d’être debout afin de s’époumoner plus efficacement. Et puis le football, ça se vit debout de toute façon. On espère que le club a prévu des compensations pour ceux qui ne se sentent pas de vivre ainsi le football et qui sont habitués à leur siège depuis des saisons.

Guess who's back : le Racing !
Guess who’s back ! (JPDarky / Capture d’écran / CC)

Il est assez triste, bien que absolument pas surprenant, qu’aucun geste n’a été pensé pour ceux qui soutiennent le club depuis de très longues années, y compris depuis le CFA2, ceux qui ont objectivement participé à la sauvegarde et la reconstruction du club, au delà d’une attitude consumériste de base. Un geste pour ceux pouvant exhiber leurs « cartes d’abo 2011/2012 » et suivantes n’aurait pas fait une jolie séquence sur Canal+ mais aurait montré une certaine reconnaissance au moment de basculer complètement dans le monde insipide, sans valeurs humaines ni convivialité du professionnalisme.

Après cette tribune à 149€ on passe directement à 279€ en Nord, pour grimper jusqu’à « à partir » de 499€ en Sud. La tribune Est devient une tribune « Famille », avec mascotte, jeux et autres clowneries, parce que le foot ne se suffit pas à lui même, évidemment. Le stade est grand, il y a de la place pour tout le monde. On a clairement pas la même passion, mais on achète les mêmes maillots.

Dans la comparaison faite par France Bleu des tarifs d’abo par club, le Racing est déjà promu, puisqu’il est deuxième. Et ça, ce n’est qu’en tenant compte de l’abonnement le moins cher. Vu le grand écart avec le tarif suivant, il n’est pas impossible que le Racing ait décroché un titre de champion avant même de démarrer la saison. Chapeau. Cependant, et malgré son age, il faut bien admettre que la Meinau, stade mythique, offre des prestations et un confort bien au dessus de la grande majorité des stades de l’ex-D2. L’exemple (peut-être extrême) du grotesque stade Marcel Verchère où le Racing a évolué vendredi dernier montre l’écart abyssal entre les différentes enceintes de Ligue 2.

Quoi qu’on pense de cette politique tarifaire, les faits donnent raison à la direction. Le club annonce que la barre des 5 000 abonnements a été franchie, alors que la campagne complète la saison dernière avait conduit 4 700 fidèles à prendre le sésame pour la saison. Il faut battre le fer tant qu’il est chaud, tel semble être le parti-pris choisi. Et ça marche.

Grand retour sur le site de L’Équipe

Là aussi, le changement est grand. Non seulement le passionné peut retrouver la Ligue 2 sur le site de l’Equipe directement dans la barre de navigation principale. Plus besoin, comme au temps du National, de fouiner dans les recoins obscurs, entre le water polo et le tchouk-ball transgenre. Mais, en plus, les médias courants couvrent la L2 chaque semaine. De France Info aux chaînes d’information télévisées en continu, les infos de base qui suffisent en général au suiveur lambda (agagné ? apasgagné ?) sont aisément accessibles. Même si aller sur le Racingstub ou Foot-National n’est pas très compliqué; en ces temps de nivellement par le bas, où même évoquer un schéma tactique est considéré comme trop abscons dans des émissions radiophoniques de football sur des chaînes nationales de grande écoute, pouvoir entendre les résultats déclamés par Matteu Maestracci sur les ondes, ça a de la gueule.

En ce qui concerne l’offre télévisuelle, BeIn Sports semble mettre le paquet. Il est possible de suivre tous les matchs du Racing (ou de Tours) sur les chaînes dédiées BeIn Max. Et aussi, pour les nostalgiques du « But à Laval ! », de suivre un multiplex le vendredi soir sur BeIn Sport 1. Le commentaire est assez amateur, ce qui peut agacer ou attendrir, selon l’humeur. On aura bien rigolé en entendant le speaker parler à un ami imaginaire, au micro probablement coupé, qui ne lui répondait jamais pendant la rencontre de vendredi dernier. Sans parler des commentaires sur les supporters burgiens pendant que l’unique caméra filmait les supporters strasbourgeois qui ont littéralement mis le feu au stade Marcel Verchère.

Séquences cultes à « No Comment »

La caméra fixe sur le groupe strasbourgeois pendant la mi-temps, sans commentaires, dans une séquence qui n’est pas sans rappeler le culte « no comment » de Euronews permet de voir les strasbourgeois en déplacement en train de téléphoner, de se gratter le nez, discuter ou boire une bière pépère au soleil. Ca évite les tunnels de pubs et de commentaires insipides en plateau. Pour peu que l’écran soit grand et qu’on ajoute les odeurs de clopes et bière soi même à la maison, on peut rêver y être.

Evidemment, comme tout n’est jamais parfait, il reste un match décalé le samedi après-midi et un le … lundi soir, afin d’assouvir on ne sait quel désir de football de début de semaine. Si tu aimes être assis chez toi, entre un abo « à partir de » 249€ et un abo mensuel BeIn Sports à 13€, soit la saison à 130€, ça peut faire hésiter. Sauf que le Racing, c’est au stade que ça se vit. Mais enfin pourquoi pas.

Jusqu’à maintenant nous bénéficions du travail de passionnés acharnés, Karim et Mediasoc, puis Karim tout seul. Les compères filmaient les rencontres depuis le CFA2 et mettaient à disposition les résumés, indépendemment, ou plus tard, via la LAFA. Il y avait aussi les mythiques « Grands Formats » et « Film de Match » de Mediasoc permettant, sans commentaire voix-off horipilant, de vivre les à-côtés et des bouts de matchs dans un style post-moderne de fort bon aloi.

Maintenant, droits télé obligent, il faut attendre que la chaine youtube de la Ligue daigne publier son résumé, soit plus de 24 heures après le match pour la première rencontre de la saison. Mais nos amis supporters expatriés en dehors des frontières françaises ne peuvent pas voir les résumés, à moins d’investir dans un service de VPN. Merci la Ligue, c’est beau la marchandisation du football.

Restons prudent sur le niveau de jeu

Après un seul match, et avec une préparation physique tronquée d’une semaine par rapport aux autres clubs, difficile de tirer des enseignements précis de la rencontre de vendredi disputée à Bourg-en-Bresse. Et puis en plus, on ne comprend rien au football de toute façon. Cependant, on peut déjà noter une constante et un changement positif.

Zéro Zéro entre Bourg et le Racing
Le Racing a obtenu un nul à Bourg-en-Bresse pour la première journée de deuxième division. (JPDarky / Capture d’écran / CC)

La constante, c’est la solidité défensive. Avec un back four plus le gardien et le milieu récupérateur identiques à l’année dernière les automatismes sont là, et ça s’est senti contre l’équipe (limitée) de Bourg-en-Bresse vendredi 29 juillet. Les Bressans n’ont cadré que très peu de tirs, moins de 5, probablement (on n’a pas vraiment compté). Ce qui change, et en mieux, c’est le milieu et l’attaque. L’entraîneur prône un 4-4-2 losange assez original (même si tu as sûrement tenté le fameux 4-4-2 diamond dans championsip manager en 2001 toi aussi), on ne sait pas si c’est cette organisation ou le fait qu’il n’y a que des nouveaux joueurs sur les 5 postes restants, mais on a vu plus d’animation, de liant et pour tout dire d’occasions dans la première mi-temps que pendant une bonne partie de la saison passée. Ce fut plus difficile en deuxième période. Les spécialistes et l’entraîneur attribuent cette baisse de rythme à cette préparation d’avant-saison tronquée.

En face, on n’a pas vu grand chose. On peut espérer de la L2 un meilleur niveau, une meilleure intelligence tactique et peut-être juste des meilleurs matchs, comparé au National, cette division étrange ni vraiment amateur, ni vraiment professionnelle. Nous n’avons pas regardé les autres matchs de la première journée, il ne faut pas abuser, mais il semble que nos attentes risquent d’être déçues, quant au niveau de jeu de la division (six 0-0 pour la première journée). Sans aucune certitude, et dans une mauvaise foi absolue assumée, nous avons l’impression que pour ce qui est des autres équipes, on aura droit au même brouet que le National pour une grande partie des équipes : bloc défensif, contre et défi physique sans imagination.

Espérons que les belles ambitions de projet de jeu affichées par Thierry Laurey, notre nouvel entraîneur, ne se fracasseront pas sur le mur des blocs besogneux et de la gestion bétonnière du football. On n’est pas hyper rassurés. Mais on ne l’est jamais, plusieurs décennies de supportariat du Racing, ça protège de l’euphorie de début de saison.

Dans un prochain épisode, qui n’arrivera peut-être jamais, nous nous pencherons sur d’autres changements cruciaux et leurs effets sur les supporters. L’augmentation du nombre de pommeaux de douche dans le vestiaire visiteurs ainsi qu’un banc d’essai des mascottes en tribune « Famille » (ex-tribune Est).

Pour Roland Ries, maintenir les événements fait « reculer la psychose »

Pour Roland Ries, maintenir les événements fait « reculer la psychose »

Le maire de Strasbourg a pris la plume en ce mois d’août. Dans une tribune adressée à « Le Plus », le site participatif de l’Obs, Roland Ries (PS) se félicite du maintien de grands événements à Strasbourg, malgré le risque d’attaque terroriste.

Une prise de position qui peut étonner, puisqu’au lendemain de l’attentat de Nice, il s’était d’abord dit défavorable à la tenue de la grande braderie deux semaines plus tard. Comme pour le marché de Noël en décembre, ces deux grands événements commerciaux étaient prévus de longue date. Dans les deux cas, beaucoup de dépenses étaient déjà engagées lors des attentats les précédant, à deux semaines de leur début, avec une forte implication de la puissante association des commerçants « Les Vitrines de Strasbourg ». Et dans les deux cas, un dispositif de sécurisation de la Grande-Ile de Strasbourg a été mis sur pied à la hâte avec la Préfecture.

Des polémiques qui « insultent » les victimes

Au début de son texte, le premier magistrat de Strasbourg balaie les polémiques sur la sécurité. Il estime que « les rassemblements fraternels qui ont réuni catholiques, musulmans et juifs à Rouen et à Paris ont donné au personnel politique une leçon de dignité ». Ce même personnel qui a « insulté insulté, post mortem, le message pacifique laissé derrière lui par le père Hamel mais aussi la mémoire des 84 (85 désormais ndlr) morts de l’attentat de Nice. »

Loyal envers le PS, il minimise les critiques contre le gouvernement (mais aussi le premier adjoint « Les Républicains » de Nice, Christian Estrosi) ou les juges. Le camion de Nice a été « neutralisé en moins deux minutes » et il n’y a pas eu d’attaques pendant l’Euro de football, souligne, entres autres, l’élu strasbourgeois.

Roland Ries, lors du conseil municipal de décembre 2014 (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
Roland Ries, lors du conseil municipal de décembre 2014 (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)

Pas de solutions miracle

Le maire rappelle à plusieurs occasions, qu’il n’y a pas de solution « miracle » face à quelqu’un déterminé à sacrifier sa vie pour donner la mort :

« Pour garantir une sûreté totale, il  faudrait pouvoir mettre un agent de sécurité à côté de chaque spectateur et barricader l’accès à chaque manifestation publique comme Fort Knox. Et il n’est même pas sûr que cela suffirait. »

Séparer les véhicules et les foules

Selon lui, les Français « réclament des mesures de protection renforcées, mais ne sont pas prêts à brader leur mode de vie pour un encadrement policier permanent et aliénant ». Pour atteindre ce subtil équilibre, il juge qu’il faut « braver l’impopularité provisoire » de certaines mesures, rappelant le dispositif de la Grande braderie :

« Le principe élémentaire, c’est de bannir toute cohabitation, de près ou de loin, entre la circulation de véhicules, quels qu’ils soient, et la foule. Pas de tram – les rails pourraient être une porte d’entrée pour des opérations kamikaze – zéro voiture et zéro camion de livraison à partir de l’aube, des plots en béton, et 1 300 barrières pour garantir toute intrusion dans toute la zone. »

Dans ce contexte, il invite les maires à « prendre leurs responsabilités, avec le soutien impératif de l’État », c’est-à-dire de maintenir un maximum d’événements. Le maire strasbourgeois oublie un peu vite, qu’il a obtenu tous les renforts espérés – et 30 vigiles pris en charge par les commerçants – ce qui n’a pas été le cas de toutes les municipalités de France. Le même jour, le maire « Les Républicains » de Mulhouse, Jean Rottner, déplorait de son côté de ne pas avoir eu les renforts habituels d’une cinquantaine de gendarmes pour la soirée « clubbing » des Nuits Rouge, qu’il avait dû annuler. Ce vendredi 6 août, la municipalité et la Préfecture de Lille ont annulé la braderie de septembre.

Un dispositif impressionnant mais facile à percer

Avec 9 ponts ouverts sur 21 et même des camions poubelles pour bloquer l’accès au centre, la Grande île a pris des allures de camp retranché samedi 30 juillet. Et malgré ce dispositif, cela n’a pas empêché, comme pour le marché de Noël, une baisse de la fréquentation et des retombées économiques moindres. Néanmoins, « nous avons tranquillement fait la démonstration qu’il était possible de faire reculer la psychose », avance le maire. Pas sûr que son homologue lilloise Martine Aubry (PS également) apprécie.

Ce déploiement de forces a aussi été décrié ou moqué, entres autres car il était en fait tout à fait possible d’accéder au centre sans se faire contrôler, notamment par des passerelles mal fermées. Faut-il en déduire de cette tribune qu’un tel dispositif sera reconduit lors du marché de Noël 2016 ? Le texte ne le dit pas. Difficile d’imaginer un centre sans véhicule ni transports en commun si longtemps. Ce qui a été possible une journée, sera plus difficile pendant quatre semaines, sans parler de la mobilisation des troupes (et des camions poubelles).

Lire la tribune complète sur leplus.nouvelobs.com

André Panza, alias Docteur KO, prescrit la longévité à travers la boxe

André Panza, alias Docteur KO, prescrit la longévité à travers la boxe

Après la compétition – André Panza a été 9 fois champion du monde, 6 fois en kickboxing, 2 fois en boxe française, 1 en full contact. Il est aussi ceinture noire de judo, et a disputé plus de 1000 combats dans des disciplines différentes, de la boxe à la boxe thaï. A 57 ans, il a raccroché les gants de la compétition depuis un petit moment, mais continue comme jamais à transmettre son amour du combat aux professionnels comme aux amateurs à Panza Gym.

On l’a surnommé « Docteur KO » – il faut dire que sur 114 combats officiels, il a raflé 109 victoires dont 87 par KO ou par abandon. André Panza a l’œil qui pétille quand il en parle, bien sur, comment ne pas être fier ? On imagine la rage qui a du l’animer pour conquérir tous ces titres, surtout quand on l’a déjà vu à l’œuvre à l’entrainement chez Panza Gym. Il se présente comme un autodidacte, un outsider dont les circuits sportifs officiels n’ont jamais vraiment su quoi faire.

C’est un self-made man, revenu d’opérations et de blessures graves, pour remonter chaque fois sur le ring avec plus de détermination. Est-ce parce qu’il est encore debout et au top de sa forme aujourd’hui, ou est-ce parce qu’il s’est assagit avec le temps, en tout cas son discours est aujourd’hui celui de la longévité dans et par le sport. Et c’est ainsi qu’il continue, à Panza Gym, à former des champions et à accompagner en même temps des familles entières dans leurs loisirs. Ensemble, les gants aux poings.

Affiche de championnat, Panza en action (DR)
Affiche de championnat, Panza en action (DR)

Champion oui, mais pas de « championnite »

André Panza se décrit volontiers lui-même comme un éternel insatisfait, il affirme même que c’est « l’apanage du champion ». Un état d’esprit à double tranchant, puisqu’il permet d’aller de l’avant mais qu’il peut parfois conduire à de vrais dérapages :

« La championnite, c’est un rouleau compresseur prêt à vous fracasser. Et puis au final, il y a un champion et 10 000 cassés. Et on ne reste champion qu’un moment ! Il faut se remettre en question perpétuellement. C’est comme ça que je m’amuse encore. C’est aussi pour ça que je continue à former des champions : je ne reste pas sur les mêmes choses que j’ai pu véhiculer il y a 30 ans. Panza est considéré comme une « machine à champions » parce qu’on travaille bien, sur le long terme. »

André Panza avoue volontiers qu’il s’est lui-même parfois surentraîné, au risque de se faire mal. Il met ça en lien avec le fait d’avoir été assez seul, pas bien accompagné dans son entrainement. C’est aussi pour ça qu’il s’y est pris totalement différemment avec sa fille, elle aussi plusieurs fois championne, Angélina Panza :

« Je ne l’ai jamais forcée. À 18 ans elle a tout gagné, elle a été pré-selectionnée olympique en boxe anglaise. Elle n’a jamais eu une seule blessure. À son âge, j’avais déjà une hernie discale et une luxation récidivante de l’épaule. Personne ne m’avait expliqué comment me respecter. J’en suis sorti grandi quand même, mais il y a tellement de gens qui n’en sortent rien du tout ! »

Message anti-dopage

La course aux titres présente aussi ses côtés sombres, contre lesquels Panza l’entraîneur lutte avec véhémence : les drogues et le dopage :

« Je profite de votre article pour passer le message : ne pas toucher au doping, à ces facilités qui fracassent et finissent par vous tuer. Je trouve que votre démarche d’interviewer des anciens champions est très intéressante à cet égard : je suis toujours en activité, je boxe toujours avec tout le monde pour jouer, malgré ma prothèse de hanche et un accident de moto qui m’a arraché le genou à 19 ans. On m’avait dit alors que le sport était fini pour moi, pourtant je suis devenu champion du monde après. Il faut de la volonté et du travail. »

André Panza chez Panza Gym (Photo MB / Rue89 Strasbourg)
André Panza chez Panza Gym (Photo MB / Rue89 Strasbourg)

Ne pas encaisser de coups !

C’est l’une des prescriptions du Docteur KO à ses élèves. Il s’agit avant tout de durer, quitte à savoir abandonner lorsque les limites sont atteintes – ne serait-ce que temporairement. Il s’agit de boxer sans y laisser trop de plumes : d’ailleurs André Panza lui même ne présente pas trop de stigmates de se combats. Il avoue juste que ses mains sont toutes cassées aujourd’hui. C’est parce qu’il a vu trop de champions durer si peu de temps qu’il le répète à l’envi :

« Encaisser, surement pas ! Esquiver, je veux bien, mais encaisser, laissez ça pour les autres ! On ne s’habitue jamais à encaisser quoi que ce soit. Encaisser, c’est ne rien comprendre à la boxe, ni au judo d’ailleurs. Ce n’est pas parce que vous apprenez à chuter que vous êtes un bon judoka : vous devez faire chuter les autres, pas chuter. Quand un coup arrive en boxe, vous avez plusieurs choix : soit l’encaisser, ce qui est la toute dernière des options, soit esquiver, soit esquiver ET remiser, soit contrer et bloquer, soit anticiper. »

Un peu de violence pour rester zen

Pour arriver à faire les bons choix, il prescrit la « zen attitude », la même qu’il faudrait avoir au travail et dans la vie de tous les jours. C’est rejoindre, d’une certaine façon, la voie de ce qu’il appelle « les samouraïs, mais modernes » :

« On ne vit plus l’épée au côté, et même si les arts martiaux c’est la compétition, on ne doit pas mourir pour ce qu’on fait. Il faut faire les entraînements avec intelligence et parcimonie, privilégier la qualité à la quantité. Durer, c’est beaucoup mieux que de vivre pour mourir. »

On constate cependant une certaine « violence » – comme il le décrit lui-même, faute d’autres mots plus justes, dans sa manière d’entraîner. Il explique ce besoin de fermeté par cette nécessité de préservation. Cette façon d’entraîner est selon lui bien décrite dans le film De rage et de raison de Didier Asson :

« Il a su montrer le pourquoi du comment, parce que je ne veux pas que mes élèves prennent des coups. Je veux pouvoir me regarder dans la glace, ne pas envoyer les gens au casse-pipe. »

Entrainement cardio-boxe chez Panza Gym (DR)
Entrainement cardio-boxe chez Panza Gym (DR)

Panza Gym : pour tout le monde, de 4 à 90 ans

André Panza a monté sa propre salle d’entrainement il y a plus de 30 ans – faute d’être dans les circuits officiels qui lui auraient permis de s’entraîner ailleurs. Il n’est pas un homme d’affaires, comme il mentionne volontiers au sujet d’un jeu vidéo à son nom sorti dans les années 90 (cf. vidéo ci-dessous), mais il a tout de même fait grandir sa salle au fur et à mesure, jusqu’à racheter la totalité du bâtiment. Grand bien lui en a pris, puisque il y donne toujours des cours aujourd’hui, dans beaucoup de disciplines différentes, de la cardio-boxe à la lutte contact.

Les gens qui viennent s’entraîner chez lui, surtout ses aînés, sont ses sources d’inspiration :

« Mes meilleurs copains d’entrainement sont beaucoup plus âgés que moi, et ils sont en super forme. C’est ce que je regarde : comment, grâce au sport, on peut durer, comment on peut être mieux et pas cassé par le sport. »

Lui-même a une prothèse de hanche, ce qui ne l’empêche pas de sauter comme un cabri. Il estime que les activités qu’il propose peuvent aider à la rééducation après certaines blessures, et son expérience depuis 30 ans lui apporte des clés fondamentales à ce sujet. Tout comme un certain nombre de chirurgiens qui, selon lui, fréquentent assidûment la salle.

La cardio-boxe, discipline faite maison

L’une des disciplines reines est la cardio-boxe, un cours dynamique et joyeusement mixte (en âge, en genre et en niveaux sportifs), dont André Panza aurait inventé le concept il y a une trentaine d’années :

« Je conseille de commencer par de la cardio-boxe. C’est une discipline qui nous est spécifique, ce n’est pas du tout la même chose que dans les autres clubs, même si depuis le concept a été repris partout. Certaines personnes viennent pour le plaisir, pour le côté self-défense, ou le contact avec d’autres, comme dans n’importe quelle activité. Il y a aussi des gens qui viennent pour maigrir, pour leur bien-être. Et puis un faible pourcentage de gens viennent pour la compétition. »

L’ambiance est familiale, à commencer par les enfants d’André Panza lui-même, dont certains sont encore petits, qui courent sur les tapis en mousse. On va chez Panza de père en fils et de mère en fille. Il affirme accueillir parfois les enfants des enfants de ses premiers élèves !

À Strasbourg, bien sûr!

Le multiple champion du monde a fait le tour de la terre pour ses compétitions. Il estime qu’il aurait probablement encore mieux réussi s’il s’était installé aux États-Unis. Mais l’Alsace avait comme un petit goût de reviens-y. Pas question pour autant de nager comme « un gros poisson dans une petite mare » :

« Je suis quand même un alsaco. (rires) Un peu italien du côté de mon père, mais je suis né là. J’ai envie de continuer l’histoire ici. J’aime enseigner, ça me permet de me remettre en question. Tous les profs du coin sont passés par la salle. J’aide les gens à se former pour passer des diplômes, ouvrir leurs propres salles. Je travaille aussi pour la ligue bénévolement. Plus il y aura des gens bons, plus je dois être meilleur que les meilleurs : c’est ça qui m’intéresse. »

Le palmarès de l’implication des 9 députés du Bas-Rhin

Le palmarès de l’implication des 9 députés du Bas-Rhin

Rédaction de rapports ou de lois, participation aux assemblées ou aux commissions parlementaires, questions orales ou écrites… À un an des prochaines législatives, voici un aperçu de l’implication des députés bas-rhinois au Palais Bourbon au courant de l’année 2015/2016.

Attention à ne pas mélanger les pommes et les poires. Un absentéisme en hémicycle ne confère pas directement au bonnet d’âne… Si tant est que cette absence est compensée par une présence accrue en commission, ou une participation active à l’écriture de rapports parlementaires. Écrire un rapport parlementaire peut prendre autant de temps que signer une pile d’amendements rédigés par des collègues.

En observant les chiffres mis en ligne par le site indépendant NosDéputés.fr, il est possible d’avoir une appréciation globale de l’implication des neuf députés bas-rhinois à l’Assemblée nationale au cours des douze derniers mois. De manière générale, les députés dont c’est le premier mandat sont été plus actifs que les habitués du Palais Bourbon.

Patrick Hetzel, député zélé

De septembre 2015 à août 2016, Patrick Hetzel ("Les Républicains") est le député bas-rhinois qui compte le plus de semaines d'activité (38 sur un maximum observé de 41), c'est-à-dire relevé présent en commission ou ayant pris la parole en hémicycle. Sur ce point, il fait partie des 15 premiers en France. Le député de Saverne est intervenu "longuement" (plus de 20 mots) 148 fois au sein de l'hémicycle parlementaire, soit autant de fois que Christian Jacob, président du groupe LR à l'Assemblée nationale.

Le député de la 7e circonscription du Bas-Rhin a apposé sa signature sur 2033 amendements. Cette hyperactivité fait même de lui  le député qui a signé le plus de propositions d'amendement sur les 577 élus ! Mais seuls 84 d'entre eux ont été adoptés -  soit une efficacité de 4% - car il est complexe pour un député de l'opposition d'en faire adopter.

Il a signé ou co-signé 92 propositions de loi ou de résolution parmi lesquelles deux ont été rédigées par lui-même. Enfin, Patrick Hetzel a posé huit questions orales en hémicycle, ce qui fait de lui le député du Bas-Rhin qui s'est le plus exprimé au micro du Palais Bourbon. Après ce premier mandat, il été investi par le parti "Les Républicains" pour être candidat à sa réélection en 2017.

Hetzel

 

Philippe Bies, le plus actif en commission grâce à une loi

Autre député dont c'est le premier mandat, le député du sud de Strasbourg, Philippe Bies (PS), est intervenu 229 fois en commission en 2015/2016. À ce titre, il est le député bas-rhinois le plus actif lors de ces groupes de travail thématiques et est 29ème député de France sur ce critère.

Une activité qui s'explique par son rôle de rapporteur thématique (sur le volet logement) du projet de loi Egalité et citoyenneté. Il a ainsi été très sollicité au printemps. Le maximum d'interventions en commission a été atteint par Christophe Sirugue (PS), rapporteur de la loi travail, avec 722 interventions en commission. Philippe Bies sera candidat à sa succession en juin prochain.

Bies

Laurent Furst, la plume agile

Laurent Furst (LR), maire de Molsheim, est le député bas-rhinois qui a signé (106) et rédigé (3) le plus de propositions de loi au cours de l'année écoulée, et qui a posé le plus de questions écrites (43). Parmi ses trois propositions, la première vise à rendre obligatoire la vente d’éthylotests par les débits de boisson. La seconde (co-écrite) porte réforme de la taxe d’enlèvement des ordures ménagères. La dernière créant des exemptions fiscales à destination des particuliers, entreprises et collectivités locales produisant une partie de l'électricité qu'ils consomment issue d'une énergie renouvelable. Pour l'heure, aucune n'a été adoptée. Elles nécessitent un examen approfondi.

Il sera également candidat à sa réélection en juin prochain. C'est notamment pour cela, qu'en plus de ses fonctions de maire (depuis 1995) et de président de "Les Républicains" du Bas-Rhin, le néo-député a aussi trouvé le temps de fonder un mouvement politique "Rendez-nous l'Alsace". Une tentative pour reprendre les devants au sein de la droite alsacienne, au détriment du président de la nouvelle région Grand Est, Philippe Richert.

Furst

 

Sophie Rohfritsch, bien sous tous rapports, très présente en commission

Seule femme parmi les députés du Bas-Rhin, la maire de Lampertheim, Sophie Rohfritsch (LR) se distingue avec ses trois rapports rédigés, contre 0 ou 1 pour ses homologues. La député de la 4e circonscription du Bas-Rhin est celle qui en a composé le plus : le premier en rapport avec les lois de financement de la sécurité sociale, le second concernant un plan d'action pour l'économie circulaire, et le dernier qui permet d'accélérer le déclassement des bâtiments publics.

Comparée à ses compères bas-rhinois, elle la plus présente en commission, et même la 13e plus présente parmi les 577 députés, une belle assiduité. Son nom se trouvera parmi les bulletins de vote des prochaines législatives.

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Le ventre mou : Antoine Herth et Frédéric Reiss

Rien de remarquable, dans un sens comme dans l'autre, pour les députés Herth et Reiss qui se situent dans la moyenne sur les critères utilisés. Ils sont tout juste dans le premier tiers national de quelques domaines : Frédéric Reiss enregistre 28 semaines d'activité et a signé 1024 amendements (pour 35 adoptés), ainsi que 49 lois signées ou co-signées. Antoine Herth, a plus l'habitude des interventions en commission (94), et a écrit un rapport sur la loi dite "en faveur de la compétitivité de l'agriculture et de la filière agroalimentaire". Tous deux sont en fonction depuis 2002 et se représenteront pour un 4e mandat en 2017.

Messieurs Schneider et Sturni, mauvais élèves l'année écoulée

Après les bons points, il faut aussi distribuer les mauvais. André Schneider et Claude Sturni (tous deux "Les Républicains") sont les députés bas-rhinois visiblement les moins bosseurs sur l'année écoulée. Ils ne sont intervenus respectivement que 5 et 4 fois en hémicycle. André Schneider n'a signé que 11 propositions de loi (sur un maximum constaté de 114) et fait partie des 150 derniers députés sur ce critère. Ce dernier, 69 ans, est le seul député du sortant du département à ne pas avoir été réinvesti par sa formation en vue des législatives de juin 2017. La candidature pour sa circonscription a été confiée à Georges Schuler, déjà maire de Reichstett, président de l'opposition LR à l'Eurométropole et secrétaire départemental des Républicains.

Claude Sturni est le seul néo-député bas-rhinois parmi les moins actifs. Il est le moins intervenu en commission, 17 fois. Peut-être préfère-t-il se consacrer à sa ville de Haguenau, dont il est maire. Mais comme on l'a vu avec Laurent Furst (voir plus haut), cumuler plusieurs fonctions n'empêche pas une activité politique intense à l'intérieur et en dehors des assemblées. En 2017, en raison de la nouvelle loi sur le non-cumul des mandats, il devra choisir entre son poste de maire et celui de député, s'il est réélu. Pour l'heure, il est investi comme candidat LR aux prochaines élections législatives pour briguer un deuxième mandat. Mais un éventuel accord avec l'UDI pourrait rebattre les cartes.

Néanmoins, ils comptent tous deux 28 semaines d'activité, ce qui reste au dessus de la moyenne nationale de 27.

Éric Elkouby, doit faire ses preuves

Difficile de comparer ces chiffres avec ceux de l'implication député Eric Elkouby (PS), en fonction depuis le 30 mai 2016. Toujours est-il que ce dernier, en l'espace de deux mois, a pris le micro cinq fois en tout, soit autant que Claude Sturni et une fois de plus qu'André Schneider depuis août 2015.

Armand Jung, peu présent avant la démission

L'ancien député de la première circonscription du Bas-Rhin a démissionné le 3 mars 2016. Sur ses 44 mois de législature depuis juin 2012, Armand Jung, pourtant en place depuis 1997, n'a compté que 59 semaines d'activité et 29 interventions notables en hémicycle. En presque quatre ans de législature, il a rédigé un rapport et deux propositions de loi... soit une assiduité globale qui le situe en bas de tableau. La plupart de ses homologues en ont fait autant sur la quatrième année de législature.

Les données citées dans cet article ont été récoltées par le site NosDéputés.fr qui vise à attirer l'attention des citoyens sur le fonctionnement du travail parlementaire. Le site NosDéputés.fr fait partie du collectif RegardsCitoyens, qui promeut la diffusion et le partage de l'information politique.

#Frédéric Reiss

Sorcières, diableries et légendes : les histoires mystiques de Strasbourg

Sorcières, diableries et légendes : les histoires mystiques de Strasbourg

Prodiges et superstitions, anecdotes historiques et diableries : Strasbourg est à l’image de l’Alsace, pays de légendes, où se côtoient les récits les plus noirs et les mythes les plus féériques. Tour d’horizon de ces frissonnants récits.

De nos jours, avec la circulation, le bruit, les pas de la foule arpentant la ville, difficile de pouvoir suffisamment tendre l’oreille pour entendre les pas fantomatiques des légions romaines à l’approche du quartier Finkwiller. Et pourtant, elles rôderaient toujours dans les parages. Impossible, également, lorsqu’on traverse le Pont du Corbeau ensoleillé au petit matin, d’imaginer qu’il était autrefois nommé « Pont des Supplices » et qu’on y pendait joyeusement les condamnés à mort et les coupables d’actes de sorcellerie.

Depuis les premières légendes de la Cathédrale jusqu’aux chasseurs de phénomènes paranormaux du XXIe siècle, tour d’horizon de ces petites histoires à raconter au coin du feu. Ou les pieds dans l’eau.

Le vent du Diable

Elle trône au cœur de Strasbourg depuis un millénaire et une année. C’est un indispensable, le monument inévitable de la ville. Pour briller en société ou devant un parterre de touristes affamés d’informations, il y a huit histoires à connaître absolument sur l’histoire de la Cathédrale.

Mais la vie de la plus vieille Cathédrale gothique au monde est aussi parsemée de croustillants et ténébreux potins. Parmi ceux-ci, l’histoire de la promenade matinale du Diable est sans doute la plus connue. Pour résumer, celui-ci chevauchait tranquillement le vent à travers Strasbourg, au petit matin. Apercevant son portrait, grimmé en sculpture à l’entrée de la Cathédrale, sous les traits du Tentateur courtisant les Vierges folles (Matthieu 25, 1-13), le Diable se sentit flatté. Curieux de savoir si l’on pouvait apercevoir son minois à l’intérieur même du bâtiment, il y pénétra. Et là, patatra : pris de cours par la messe du matin, le Diable resta coincé entre les quatre murs du lieu saint.

Le Tentateur (muni d'une pomme) et les vierges. Photo: CC / Wikimedia
Le Tentateur (muni d’une pomme et avec des serpents dans son dos) et les vierges. Photo: CC / Wikimedia

Pourquoi il y a-t-il toujours du vent autour sur la place entourant la Cathédrale ? La légende voudrait que ce soit le Diable, toujours séquestré, qui le souffle sans cesse.

Sous le lac souterrain… une pyramide ?

D’autres légendes, moins connues,  parsèment l’histoire du lieu. Dans son surprenant ouvrage « Contes et légendes de Strasbourg« , le romancier alsacien Claude Peitz raconte l’étrange histoire du lac souterrain de la Cathédrale.

Les fondations de la Cathédrale débutèrent en 1015 et s’achevèrent en 1028. Soit près de treize années, uniquement pour mettre en place les fondations ! Le délai fut causé par la largeur du bâtiment, mais surtout par les infiltrations de l’Ill et du Rhin, bien que les fondations furent pourtant creusées à plus de 23 pieds de profondeur.

Intérieur Cathédrale Strasbourg (©Les photos de Suzanne & Pierre)
Intérieur de la Cathédrale de Strasbourg (©Les photos de Suzanne & Pierre)

La légende voudrait qu’un véritable lac, où l’on peut se promener en barque, s’étende sur tout le long de la Cathédrale. Et certains ont tenté d’y pénétrer. En 1681, un soldat de Louis XIV appris qu’un puits donnait accès au lac. À l’époque, le puits se situait à l’intérieur d’un sombre bouge situé face à la Cathédrale. Aujourd’hui, à la place de cet obscur troquet, se situe la Boutique Culture de Strasbourg.

Pour certains, ce puits serait le « Kindelsbrunnen » (séjour des âmes trépassées), une cavité où les âmes meurent. Pas vraiment joyeux. Lorsque le soldat se retrouva coincé à l’intérieur, il s’écria :

« Au nom du Ciel, bouchez ce puits ! Et qu’aucun homme ne suive jamais mon exemple ! »

On ne le revit plus. D’autres tentèrent d’atteindre le-dit lac via ce même puits. Aucun n’est revenu, jusqu’à ce qu’en 1766, les autorités décident qu’il était temps de fermer le puits. Un bon siècle plus tard, tout de même.

Une unité de calcul commune à la pyramide de Khéops

Pour l’auteur, le cloisonnement du passage par le puits signe la fin des spéculations autour du lac souterrain de la Cathédrale. Mais il souligne un autre fait curieux : en 1908, l’architecte allemand Johann Knauth fait paraître un ouvrage, « La Cathédrale de Strasbourg et la pyramide de Khéops ». L’étude, bien que sérieuse, présentait un fait inédit et déroutant : il existe une unité de savoir, c’est-à-dire une règle de calcul commune, entre les maîtres d’œuvres des pyramides d’Égypte et les constructeurs de la Cathédrale. Comme le souligne Claude Peitz :

« Cette étonnante révélation ancra encore un peu plus dans l’imagination populaire l’existence d’un mystérieux lac souterrain sous la cathédrale, tout comme il existerait un tel lac sous la pyramide de Khéops, avec en son centre une île où reposerait la momie du Pharaon. »

De nos jours, certaines enquêtes archéologiques ont montré qu’il n’y a, effectivement, pas de lac sous la Cathédrale. Cependant, les pilotis sur lesquels était posée la bâtisse étaient engorgés de l’eau de la nappe phréatique. Ce qui, sans doute, conduisit à la création de la légende. Comme nous l’explique Claude Peitz :

« C’est le principe même de la légende et ce qui la différencie du conte. La légende est un fait historique, un lieu, une histoire véritable qui déchaîne les passions et déforme l’imagination populaire. Alors que le conte est une histoire qui ne repose pas sur une quelconque réalité, mais a un but moral. »

Les fantômes de Finkwiller

Méconnue, l’histoire des fantômes de Finkwiller est pourtant la plus intrigante de Strasbourg. Le bruit de l’existence de ces revenants courut d’ailleurs sur une période particulièrement longue : du Moyen-Âge  jusqu’à la Renaissance. Si Claude Peitz devait choisir une histoire à raconter, ce serait celle-ci :

« Sur un rayon de 500 mètres, à Finkwiller, vous avez toutes les légendes concernant les anciennes corporations. C’était un quartier à la fois populaire et très industrieux. Il y avait des moulins à blé, à huile, des tanneries. Tout était concentré et c’était très vivant. Des histoires de fantômes dans ce quartier se dégage une morale : les commerçants trompant leurs clients étaient condamnées à errer. »

Autour du quartier, on trouve en effet un joli condensé de vieilles légendes, principalement venues des récits de Auguste Stoeber, pasteur, poète, folkloriste alsacien et fin limier en terme de ghostbusting. Il fut en effet le premier, au début du XIXe siècle, à enquêter sur les légendes parcourant la région, entouré d’une équipe de passionnés prêts à sillonner l’Alsace. Son livre « Légendes d’Alsace », fut publié en 1842, puis réédité en 2010.

Selon lui, les vieux soldats de la VIIIe légion hantent encore le pavé de l’ancienne Argentorarum, le nom latin de Strasbourg qui n’était alors qu’un camp romain. En l’an 451 de notre ère, la VIIIe légion fut massacrée par l’arrivée des Huns. L’histoire dit que, même morts jusqu’au dernier, ils n’ont jamais quitté leur cloaque.

Les quais Finkwiller au début du siècle dernier. (Photo: CC/ Wikimedia)
Les quais Finkwiller au début du siècle dernier. (Photo: CC/ Wikimedia)

Mais c’est loin d’être la seule légende sur le quartier. Claude Peitz offre quelques avants-goûts :

« Il est fortement conseillé de prendre ses jambes à son cou si, le soir venu, on aperçoit une lavandière à l’oeuvre sur les berges du canal de la Zornmühle. Gardez-vous bien de l’approcher. (…) Dotée d’une force incroyable, la furie a vite fait de le saisir à la gorge et de le plonger et replonger dans l’eau. On dit que c’est le fantôme d’une lavandière condamnée, toute la nuit, à laver et relaver tout le linge qu’elle a dérobé pendant le jour. »

Le boulanger de la rue Saint-Marc, lui, fabriquait un pain pourri, avec de la farine mélangée à d’autres produits. Son fantôme aurait été condamné à errer autour de son fournil, portant des sacs de farine à n’en plus finir. Sa maison, pourtant située en plein cœur du quartier, fut abandonnée et finalement détruite durant la Révolution.

Procès de sorcellerie en Alsace

Il existe, autour de Strasbourg, pléthore de légendes sur les fantômes, les sorcières et divers personnages occultes ou mythiques. Si l’histoire de la région est parsemée de ces récits, c’est parce que des fondements historiques, parfois inexpliqués ont concouru à leur propagation.

Une édition de 1669 du Malleus Meleficarium. (Photo: CC/ Wikimedia)
Une édition de 1669 du Malleus Maleficarium. (Photo: CC/ Wikimedia)

Par exemple, Strasbourg est le lieu de naissance et de publication du « Malleus Maleficarium », le « Marteau des sorcières ». Suite à l’appel à la chasse aux sorcières du pape Innocent VIII, en 1486, deux inquisiteurs alsaciens décident d’écrire un ouvrage permettant de traquer et débusquer les sorcières. C’est une sorte de méthode pour les nuls, expliquant à la fois quels sont les croyances satanistes des sorcières et comment instruire leur procès. Le livre deviendra un best-seller, avec plus de trente rééditions jusqu’au XVIIe siècle.

Et il conduira à nombre de procès. Parmi les plus fameux de tout le pays, celui du Ban de la Roche, enclave protestante en vallée de la Bruche (Bas-Rhin). Autour de 1620, les procès de sorcellerie atteignent leur paroxysme tandis que la région du Ban de la Roche est surpeuplée. Les inquisiteurs débusquent, au minimum,  plus de 50 pauvres hères et les condamnent pour faits de sorcellerie, commerce charnel avec le diable, déterrements de cadavres… Au total, le dossier historique sur les procès du Ban de la Roche, disponible au Archives municipales de Strasbourg, dresse une liste de 48 paragraphes.

La dame blanche et l’auto-stop

Trouve-t-on toujours sorcières et diablotins sur les sinueux chemins de l’Alsace ? Difficile à dire. Dans son ouvrage « Fantômes et revenants en Alsace« , le conteur professionnel Gérard Leser dénombre plus de 500 histoires truculentes sur le sujet dans la région. Autant dire qu’il est difficile d’être exhaustif lorsqu’on parle de légendes populaires. Mais si les histoires favorites du conteur sont aussi celles de Finkwiller, il considère que celles qui reviennent le plus souvent, et récemment, sont celles sur les Dames blanches de la région :

« Elles sont très présentes dans l’imaginaire alsacien. Quand je fais une conférence, c’est toujours un sujet qui passionne les gens. La rumeur de l’auto-stoppeuse fantôme revient régulièrement. Dans le récit commun, c’est l’histoire d’une jeune femme décédée proche d’une forêt, dans un accident de voiture. La nuit, alors que les témoins conduisent sur cette même route, elle fait du stop. Ils la prennent. Elle est pâle et peu bavarde. Mais alors qu’ils arrivent à un rond point ou un virage précis, elle dit : « attention, c’est très dangereux », puis disparaît. Cela se passe souvent près de Sélestat. Ce qui est étonnant, c’est que ce récit revient dans tous les pays, toutes les cultures, avec quelques nuances. »

De nos jours, le bouche à oreille est parfois remplacé par la magie d’internet, lieu de toutes les spéculations. Un forum consacrée au paranormal fut particulièrement actif, avec un sujet consacré aux maisons et lieux maudits en Alsace s’étendant sur 17 pages entre 2006 et 2015 ! Les amateurs sont donc nombreux. Certains sont des « ghostbusters » et explorateurs en herbe, d’autres sont de véritables passionnés et, enfin, quelques-uns sont de simples curieux appâtés par le fait-divers insolite du moment. La polémique autour d’une maison hantée de Moselle avait particulièrement fait parler d’elle, en 2014, avant qu’on n’apprenne finalement que ce n’était qu’une mise en scène.

Les bâtisses abandonnées sont, forcément, l’objet de tous les fantasmes. L’hôtel de Saint-Hippolyte, près de Sélestat, est l’objet un vrai phénomène sur internet. Vide depuis des années, vétuste, presque en ruine, il souffrirait de la présence de fantômes. Sur internet, on trouve tous les racontars possibles autour du lieu : il serait hanté depuis l’assassinat de la fille des propriétaires, des « messes noires » s’y tiendraient aux solstices, des hurlements terribles s’y feraient entendre les soirs de pleine lunes…

Des ghostbusters à appeler si vous entendez des bruits…

Pour chasser ces fantômes et ces esprits d’outres-tombes, des groupes d’amateurs et de passionnés se sont mêmes formés. À Strasbourg, on en trouve trois : Alsace Paranormal Investigation (API), le Groupe Troisième Oeil et le Groupe de Recherche sur le Paranormal en Alsace. Valentin, 48 ans, a lancé API en 2011. Rejoint rapidement par deux amis, il explique sa démarche :

« Ce que nous voulions, c’est comprendre des phénomènes inexpliqués. On essaie toujours de trouver une solution rationnelle, lorsqu’on enquête sur un phénomène étrange. On se fait contacter par des particuliers, puis on vient sur place, la nuit, avec du matériel (caméra infrarouge, appareils photos, détecteurs de présence). On a pas mal de demandes. Samedi dernier, nous étions chez un particulier. »

Ces ghostbusters ont une « clause de confidentialité » avec la personne qui les contacte. Lors de la dernière enquête, ils n’ont rien trouvé. Il y a quelques mois, dans un gîte de la région, en revanche…

« Il y avait un autre enquêteur, d’une autre région, avec nous. On y a passé le week-end. C’était étrange. Nous étions tous en bas, et nous entendions quelqu’un courir à l’étage. Il y avait différents bruits suspects dans le gîte. »

Ils ne mettent pas de vidéos sur YouTube mais alimentent une page Facebook et un site. Grâce aux auteurs, aux amateurs et passionnés, la passion du paranormal, des légendes et diableries a de longs jours devant elle.

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Ce que la rénovation des piscines a changé à Strasbourg

Ce que la rénovation des piscines a changé à Strasbourg

En 2010, l’Eurométropole met en place le « Plan Piscines », soit 100 millions d’euros pour rénover ses 9 piscines en 10 ans. Une vaste politique à plusieurs niveaux. Il reste 30 millions d’euros pour deux piscines. Où en est-on et qu’est-ce qui a changé ?

Sous une des douches extérieures du Wacken, Serge et Astrid se savonnent avant de rentrer chez eux. Le Plan piscines ? Bien sûr qu’ils connaissent. Ils sont curieux des informations qui ont pu être dévoilées lors d’un point presse jeudi 28 juillet.

« Que va devenir la piscine de Hautepierre ? Elle est fermée depuis longtemps et comme on habite à l’ouest, ça nous arrangerait. »

Pas de chance pour ces deux habitants de Lampertheim, c’est la piscine qui prend un gros retard. Alors que les travaux devaient durer de septembre 2015 à septembre 2017, elle ne ré-ouvrira qu’en septembre… 2018. Selon le vice-président de l’Eurométropole en charge des Sports, Claude Froehly (PS), « on a pris de plein fouet la baisse des investissements ». Des explications qui étonnent les deux nageurs : « C’est de l’argent qui avait déjà été prévu. Il faut croire qu’il y a d’autres priorités. »

Le Plan piscines, une politique sur 10 ans

Initié en 2010, le Plan piscines prévoit 100 millions d’euros pour la rénovation des 9 piscines de l’Eurométropole (ex-CUS). Depuis 2010, 70 millions ont été dépensés (en comptant Hautepierre). Et la piscine des Bains municipaux, dossier épineux, a été retirée du plan, contrairement à la promesse des élections municipales ou les écrits de CUS Magazine de 2010. C’est la Ville de Strasbourg, via la société publique locale (SPL) des Deux-Rives, qui aura la charge de sa rénovation.

Il reste donc 30 millions pour les piscines de la Hardt à Illkirch et de la Robertsau. En revanche, le plan ne prévoit pas de construction de nouvel établissement. C’était pourtant un « axe » voté le 5 février 2010 en Conseil communautaire, lors de l’étude du « schéma directeur du Plan Piscines ». Dans un long diagnostic (47 pages) de la situation, réalisé en 2008 et rendu public en 2015,  le cabinet Ingénierie Sportive et Culturelle (ISC) notait un « manque important », notamment en bassin de moyenne profondeur.

On y apprend que le maire de Kehl était « très attaché » au concept d’une piscine franco-allemande et le document conseille un partenariat. Le lieu n’est pas précisé, mais le jardin des Deux-Rives où existait la piscine parfois regrettée de l’Océade, détruite en 2001, semble plus adapté. La piscine binationale était notamment un projet de l’ancien « maire délégué » (2001-2008) de Strasbourg Robert Grossmann (centre-droit).

Carte – Plans Piscines : qui a eu quoi ?

Pas de nouvelle piscine

Les jours de grande chaleur, le manque de bassin extérieur reste le talon d’Achille de l’offre strasbourgeoise. Astrid explique qu’elle fait alors encore souvent le choix de l’Allemagne :

« Un dimanche cette année, on nous a dit qu’il y a eu 4600 personnes en tout au Wacken, alors que la piscine peut en accueillir 2000 en même temps ! Les gens faisaient la queue jusqu’au Parlement. En Allemagne, les aménagements sont plus sympathiques. On y trouve du sable, des transats ou des bassins de relaxation. Le Plan Piscines investit peu dans ces domaines. Il n’y a plus que les Bains municipaux avec un sauna, mais c’est tellement vieux que ça ne donne pas envie. »

À la critique récurrente d’absence de nouvelle piscine (la dernière construction date de 1987 avec celle de Hautepierre), Claude Froehly a une réponse toute prête :

« Avec la réouverture de la piscine de Hautepierre en 2018, il y aura 27% de surface de nage en plus dans l’agglomération par rapport à 2010. »

Un calcul qui ne sera donc vrai que dans deux ans. Surtout, ce terme permet d’englober tout et n’importe quoi : il prend en compte les heures d’ouvertures plus étendues (4 000 heures de plus par an, notamment car la piscine du Wacken est désormais ouverte toute l’année), les créneaux désormais partagés avec les clubs et scolaires, comme les extensions. À Hautepierre, un bassin extérieur nordique (c’est-à-dire chauffé pour être ouvert toute l’année comme au Wacken) de 25×25 mètres sera par exemple ajouté.

Lors de cette réouverture, les travaux des Bains municipaux devraient débuter et donc entraîner une fermeture, sans parler des piscines d’Illkirch-Graffenstaden et de la Robertsau.

Une fréquentation en hausse

La fréquentation, elle, est passée de 1 million d’entrée par an à 1,3 million depuis 2010, soit 3 entrées par habitant en moyenne. Environ un cinquième (234 000 entrées) provient des 4 423 abonnés. La seule piscine à enregistrer moins de nageurs depuis sa rénovation est celle d’Ostwald « car il n’y a pas de bassin d’apprentissage », estime Claude Froehly. C’est d’ailleurs l’un des points positifs du Plan Piscines selon la CGT Eurométropole : la diversification des activités (notamment les cours d’aquagym) « a permis de toucher de nouveaux publics ».

Si le service des Piscines est fier d’annoncer ces résultats, c’est aussi parce les nouveaux matériaux ont permis de dégager des économies pour son financeur, l’Eurométropole, notamment de chauffage et d’eau (un consommation divisée par deux). Là où une entrée payée ne prenait en charge que 11% du prix réel, il est passé à 27%. Au Wacken, la piscine la plus fréquentée (plus de 380 000 entrées), ce que l’on appelle « le taux de couverture » est même de 40%. Revers de la médaille, les lignes d’eau sont parfois saturées.

La Piscine du Wacken est la préférée des élus. C'est celle où l'entrée et la moins subventionnée. Quitte à y être parfois un peu serré.
La Piscine du Wacken est la préférée des élus. C’est celle où l’entrée est la moins subventionnée. Quitte à y être parfois un peu serré (Photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Nathalie, enseignante, fait partie de ces nageurs désormais séduits par le Wacken :

 « Le changement a été spectaculaire, cela incite à revenir. L’eau n’est plus aussi froide d’après-moi, c’est très propre, le coin avec les enfants est mieux séparé des nageur. C’est vrai qu’il vaut mieux y aller tôt pour avoir de la place. Et la buvette, même si elle n’ouvre qu’à 10 heures, a des prix attractifs. Ça change de la Robertsau, désuète, mais qui reste utile pour les classes et les enfants. L’ambiance est aussi plus calme qu’avant la rénovation du Wacken… »

Le retour sur investissements est aussi meilleur grâce aux augmentations de prix. Le prix moyen est 2,45€ contre 1,80€ en 2010. Une entrée simple coûte 4,40 euros, bien qu’un tarif réduit ait été mis en place pour les familles aux faibles revenus (73 453).

Des critiques

Le Plan Piscines a aussi ses détracteurs. Parmi les plus virulents, l’ancien nageur en compétition Jean-Daniel Moussay, président de l’association « Des Piscines pour tous » selon qui « toutes les critiques initiales (voir une tribune de 2012) sont encore valables » :

« Le Wacken est sous-dimensionné. Avec l’îlot en bois au milieu, il y a moins de surface pour nager. Pour le profane, c’est joli, mais pour l’utilisateur, le compte n’y est pas. Les vestiaires de la piscine de Schiltigheim ont été refaits, mais ce sont exactement les mêmes bassins dedans. Pour la Kibitzenau, à ce prix-là (21,5 millions d’euros), on pouvait en faire une nouvelle comme à Nîmes (le Nemeusa). Notre association n’est plus contactée pour les décisions. »

La piscine de la Kibitzenau, c’est l’autre couac de ce plan. Un problème de frottements de la cloison qui séparait le grand bassin a nécessité une fermeture d’un mois cet été. L’entreprise va certes indemniser l’Eurométropole, mais cela ne fait pas les affaires de ceux qui veulent nager.

De grandes baies vitrées donnent toute sa place à la lumière du jour (Photo PF / Rue89 Strasbourg)
La piscine de la Kibitzenau. De grandes baies vitrées donnent toute sa place à la lumière du jour. Mais la cloison a fait défaut (Photo PF / Rue89 Strasbourg)

« Pas de moyens dans l’humain »

Pour le conseiller municipal d’opposition Jean-Philippe Vetter (LR), il était possible de mieux faire avec un budget aussi conséquent :

« Que la collectivité investisse 100 millions d’euros pour ses piscines est positif et, même quand on est dans l’opposition, il faut le saluer. Mais il n’y a toujours pas de piscine aux normes de compétitions internationales. La piscine de la Victoire a été retirée du plan, contrairement à ce qui était promis, alors que comme la piscine du Wacken, on aurait pu en faire un équipement d’exception. Et surtout, tout a été dépensé dans les infrastructures, mais pas dans l’humain. Avec la facturation des lignes d’eau pour les clubs (ndlr, 15,5€ par heure pour une ligne de 25 mètres), c’est une taxe sur le bénévolat déguisée. Les clubs doivent ensuite augmenter le prix de la cotisation pour rentrer dans leurs frais. »

Claude Froehly met en avant le soutien de la collectivités aux clubs :

« Les licenciés âgés de 5 à 25 ans voient la ligne d’eau qu’ils occupent compensée à 100 %. Les plus âgés payent dorénavant comme tout le monde. »

Côté personnel

Enfin, les piscines ne sont pas épargnées par l’objectif de réduction de 10% du personnel à l’horizon 2020. Les non-remplacements ont été concentrés sur le service de nettoyage, qui a été confié à des sociétés privées au Wacken et à la Kibitzenau. Les syndicats ont combattu cette décision, tandis que les services administratifs la justifient pas « des plaintes » sur la propreté. Au total, 159 agents, tous métiers confondus (maîtres nageur, agent d’accueil, d’entretien, etc.), travaillent pour ce service.

Autre aspect que relève la CGT, celui d’une mobilité parfois imposée :

« Une des réformes du Plan piscines amène les agents à changer d’établissement parfois tous les ans pendant les travaux. Cela peut casser une certaine routine, mais aussi avoir un effet inverse où les agents ne se sentent pas investis par un site, un projet, ou n’ont pas le temps de créer la confiance avec certains publics difficiles. »

Autre point de vigilance de la part des syndicats, l’important recours aux saisonniers l’été. « Une fois, il y avait un seul titulaire autour du bassin. Comme si c’était une manière de pallier le manque d’effectifs », regrette le syndicat majoritaire.

 

Le Off d’Avignon d’une compagnie strasbourgeoise, côté coulisses

Le Off d’Avignon d’une compagnie strasbourgeoise, côté coulisses

Les compagnies de théâtre se pressent au Festival Off d’Avignon, engageant de nombreux moyens, – parfois vitaux-, pour conquérir trois sortes de nouveaux publics. Le grand public bien sûr, à l’échelle nationale, la presse mais aussi et surtout les diffuseurs : ceux qui viennent « faire leur marché » en Avignon pour leurs saisons à venir. La Région Grand Est y a accompagné 14 compagnies en 2016, dont la strasbourgeoise Actémobazar.

Un voyage de presse en Avignon, organisé par la Région Grand Est en présence du président Philippe Richert (LR) et Pascal Mangin, président de la commission Culture, permet à ceux-ci de présenter les orientations culturelles et artistiques du territoire. Des journalistes d’Alsace, de Lorraine et de Champagne-Ardennes y sont conviés.

L’opération vaut le détour, puisque la mutualisation que permet la nouvelle Région Grand Est de poursuivre un accompagnement des compagnies commencé de longue date par la Champagne-Ardenne : la location d’un petit théâtre, la Caserne des pompiers. Les 14 compagnies du nouvel ensemble régional y ont des créneaux de jeu désormais. Une aubaine car ce lieu est considéré, depuis longtemps, comme présentant des spectacles de qualité.

De l’importance du lieu de représentation en Avignon

Avoir un lieu est une aide inestimable pour les compagnies, car la location de ceux-ci coûte une fortune – la location de la Caserne des pompiers et son équipement coûtent environ 120 000 euros à la Région pour le mois du festival – , pour des conditions de jeu souvent précaires. Rythmes infernaux, représentations peu ou pas payées, tractage intensif, chaleur étourdissante malgré les pack à l’eau locaux : pourquoi les compagnies risquent-elles leur avenir pour aller investir Avignon pendant un mois?

Parce que c’est, apparemment, la seule façon de réussir à se faire « acheter » des représentations en dehors de son pré carré. Parce que c’est, sur le moyen terme, un pari sur le succès, – et donc la survie -, de la compagnie. Parce qu’un succès d’estime en Avignon peut ouvrir en grand les portes des réseaux de diffusion. Parce que c’est aussi, selon Delphine Crubézy, directrice de la compagnie Actémobazar : « un forum gigantesque autour du théâtre, un retour aux sources. »

Dans les rues d'Avignon, les affiches du Off (licence-creative-commons-Flickr-Photo Aurelian)
Dans les rues d’Avignon, les affiches du Off (licence-creative-commons-Flickr-Photo Aurelian)

La Caserne des pompiers

Pour l’édition du festival d’Avignon Off 2016, 1092 compagnies présentent 1416 spectacles. Plus de 800 professionnels – hors médias – sont accrédités pour le festival : 800 acheteurs potentiels donc. La compétition est rude, et tout est fait pour retenir l’attention des spectateurs – les salles combles aident aussi à rassurer les diffuseurs et la presse : affiches, installations, sketchs bariolés dans la rue, mais surtout du tractage, et la possibilité de faire partie d’un programme.

La présentation des compagnies dans le programme officiel du festival Off se fait par lieux, plutôt que par genre. Un diffuseur confirme cette approche : « Avec l’expérience on apprend à organiser son marché sur le festival en fonction des lieux. » Delphine Crubézy confirme :

« La Caserne des pompiers est un lieu convivial, il y a un vrai hall d’accueil, on ne crève pas de chaleur… Et puis je m’étais renseignée auprès des programmateurs que je connais en leur demandant dans quels lieux ils vont lorsqu’ils viennent au festival – la Caserne faisait souvent partie de la liste. »

Un pari gagnant pour Actémobazar a priori, puisque la compagnie avait déjà reçu la visite de plus de 80 diffuseurs bien avant la fin du festival.

Un investissement, malgré les aides

Cependant, et même si le lieu est financé par la Région, venir y jouer demande un investissement en temps et même en argent. Il faut candidater, être sélectionné par un comité – « sur des critères artistiques, par des gens de la profession », précisent Pascal Mangin et Philippe Richert -, et puis investir encore un peu plus, comme le souligne Delphine Crubézy :

« Nous ne payons pas le créneau ici, mais on participe techniquement à tout l’aménagement de la Caserne. Notre régisseur est arrivé 10 jours avant pour ça, ce qui a un coût. Mais c’est incontestablement moins cher : pour une salle de cette qualité, avec cette jauge-là, on en aurait tout de suite pour 10 000 ou 12 000 euros pour un créneau. »

Il est à souligner cependant que la Région aide les compagnies sélectionnées par une subvention dédiée à leur présence en Avignon. En tout, cela représente environ 180 000 euros d’aide supplémentaire, en plus de la location du lieu. Ce qui n’a pas empêché la compagnie Actémobazar de faire appel à une plateforme de financement participatif pour réussir à boucler son budget avignonnais, dont le coût avoisine les 30 000 euros.

Delphine Crubézy à la Caserne des pompiers (Photo MB / Rue89 Strasbourg)
Delphine Crubézy à la Caserne des pompiers (Photo MB / Rue89 Strasbourg)

Plus d’un an de préparation

Aller en Avignon ne s’improvise pas : cela impose une forte organisation en amont, un budget conséquent, une vraie disponibilité. C’est un projet en soi. Pour la compagnie Actémobazar, le projet a été formulé en 2014 déjà. Il a fallu chercher de l’argent, mais aussi se préparer techniquement à une salle hors normes :

« Il a fallu adapter le décor. Stéphane [Wolffer], qui joue aussi dans le spectacle, a travaillé plus d’un mois pour adapter le dispositif de notre décor. L’objectif était de pouvoir le monter entièrement en une demi-heure et de démonter en 20 minutes. C’est une énorme contrainte, et c’est coûteux : on parle là d’un mois de travail à plein temps. »

Le bouche à oreilles et les programmes n’y suffisent pas, il faut aussi contacter des acheteurs possibles en amont, pour leur donner envie de venir consacrer une heure de leur temps minuté à cette représentation plutôt qu’une autre. Les diffuseurs voient en moyenne 6 spectacles par jour, et essaient de concentrer leur programme sur quelques jours seulement. Une personne de la compagnie Actémobazar s’attache donc à les convaincre depuis fin janvier 2016.

Voyager léger, avec des épaules solides

Le spectacle proposé par la compagnie Actémobazar, Alice pour le moment, est proche de ce que l’on pourrait appeler « une petite forme », même si le décor, subtil et assez magique, révèle une certaine complexité. Il y a deux personnes en scène, dont le régisseur. Les autres spectacles présentés à la Caserne des pompiers sont eux aussi plutôt « légers » en terme de nombre de personnes et de décors. Delphine Crubézy reviendrait-elle avec un spectacle plus « conséquent » en Avignon ?

« Oh non ! La compagnie n’a pas les épaules pour venir avec une équipe de 4 comédiens et 2 régisseurs comme sur le dernier spectacle. Même si j’adorerais ! Il ne faut pas mettre sa compagnie – et les gens qui y travaillent – en danger. Avignon peut être un lieu de véritables risques financiers, humains et artistiques. »

Philippe Richert et Pascal Mangin s'adressent à la fois à la presse et aux artistes (Photo MB / Rue89 Strasbourg)
Philippe Richert et Pascal Mangin s’adressent à la fois à la presse et aux artistes (Photo MB / Rue89 Strasbourg)

Rassurer les artistes

Philippe Richert affirme que la culture est un « rempart contre la terreur », et partage de vives inquiétudes concernant la montée des populismes et des nationalismes en Europe lors de notre trajet commun vers la grande foire culturelle et artistique d’Avignon. Ce voyage est aussi l’occasion, pour lui et Pascal Mangin, de rassurer les artistes, ceux-là mêmes qui produisent la culture protectrice : même avec l’effet de « masse critique » que représente le nouveau territoire régional, ils affirment qu’ils seront présents avec la même énergie et le même budget qu’avant – ce qui représenterait 20 millions d’euros pour le spectacle vivant.

La construction des politiques culturelles, avec une plus grande participation des acteurs culturelles, est mise en avant à plusieurs occasions pendant le voyage de presse. On évoque un « conseil consultatif » dans lequel siègeraient des compagnies et des artistes de la région. Le fait d’aborder les questions culturelles de façon plus « transversales », c’est-à-dire en mettant vraiment la culture en cohésion avec d’autres aspects de la vie sociale, est elle aussi évoquée à plusieurs reprises.

"Alice pour le moment" de la Cie Actémobazar (Photo Kristina Valetta)
« Alice pour le moment » de la Cie Actémobazar (Photo Kristina Valetta)

Pour vivre ensemble, apprendre à co-construire (en vrai)?

La débat glisse, petit à petit, jusqu’à l’évocation plus ambitieuse, par les artistes, de la possibilité d’une « co-gouvernance » des politiques culturelles. Cette idée est écartée tranquillement par Philippe Richert : « Bien sur au final le politique décidera. C’est notre job. » Qui ajoute, un brin paternel, la formule : « Plus on est grand, plus on doit être proche. » Lui et Pascal Mangin promettent une redéfinition des politiques culturelles, harmonisées à l’échelle du territoire, pour juin 2017 au plus tard.

En attendant, des spectacles comme Alice pour le moment posent des éclairages sur la façon que nous avons de vivre ensemble, en société, et sur les exilés – même si ces éclairages se limitent à ce jour aux salles obscures. C’est en tout cas l’ambition de Dephine Crubézy :

« Je suis d’une génération qui a connu les Boat-People. Ce texte, Alice pour le moment, m’a touchée car il prend les choses par le petit bout de la lorgnette, par des micro-événements qui décrivent la petite histoire dans la grande histoire. Ce que raconte Alice, tout le monde a pu le vivre à un moment ou à un autre. Si ce spectacle provoque de l’empathie, alors j’ai atteint mon but : ne plus regarder l’autre comme un étranger, mais comme un très proche de soi. »

American nightmare 3 : Elections, film lucide ou visionnaire ?

American nightmare 3 : Elections, film lucide ou visionnaire ?

Sous couvert de la série B la plus « bourrine » et régressive de l’été, James DeMonaco propose une dystopie maladroite mais qui a, au moins, le mérite de s’interroger sur son époque.

D’abord remarqué pour sa rentabilité commerciale, la saga American Nightmare (The Purge en VO, on remerciera le distributeur pour ses efforts de traduction) a, dans le cinéma de genre contemporain, un statut très particulier.

Au départ, le premier opus s’apparentait à un film concept. Dans un futur incertain, les États-Unis, submergés par la criminalité et les actes violents, autorisent le meurtre, à titre de régulation et sans jugement, à raison d’une nuit par an. Et cette nuit de purge donne donc son titre au film.

Affiche alternative (Copyright Universal Pictures International France)
Affiche alternative (Copyright Universal Pictures International France)

L’œuvre résulte ainsi d’une collaboration entre le mastodonte du cinéma d’action Michael Bay et le nouveau producteur-star de l’horreur, Jason Blum. Ce dernier s’attache à  une recette simple : il produit des récits horrifiques à moindre coût, sans acteur-phare et à destination d’un public post-adolescent (Insidious, Conjuring). Pour American Nightmare, les producteurs associés s’adjugent les services d’un auteur, petit espoir du cinéma indépendant, en la personne du cinéaste James DeMonaco.

Série B sans détours

Le point de départ, riche en perspectives, donne lieu à plusieurs variations. Le premier film répond au thème du home invasion. Le second s’apparente à un survival. DeMonaco évolue ainsi dans les sous-genres du cinéma d’horreur. Le concept semble pouvoir être décliné à l’infini. Et si le troisième volet, en salle actuellement, devrait marquer le terme de la saga, il parait évident que cette idée de purge pouvait supporter autant d’intrigues qu’elle compte de héros et de victimes.

À l’heure des hyper-productions, des blockbusters écrasants au budget promotionnel équivalent au PIB d’un pays du tiers-monde, American Nightmare a pour première vertu d’être un film de genre, un film d’action et un film d’horreur qui ne verserait pas dans le gigantisme.

L’œuvre de James DeMonaco est une série B qui assume sa violence, qui met à l’affiche des gueules et des abonnés aux seconds rôles. Aucun des trois films du triptyque ne peut se targuer d’être bien écrit. Tout au plus pourra-t-on leur accorder d’être efficaces. Ils viennent creuser un sillon aujourd’hui disparu, remisé aux rayonnages des DVDthèques ; celui d’un cinéma d’exploitation primaire et direct.

Il n’y a pas, dans Americain Nightmare, une péripétie, une ligne de dialogue ou un revirement de l’intrigue que vous n’ayez vu ailleurs. Et pourtant, l’envie de soutenir et de valoriser ces productions de la société BlumHouse se fait ressentir.

la nuit de toutes les menaces (Copyright Universal Pictures International France)
la nuit de toutes les menaces (Copyright Universal Pictures International France)

Film de genre politisé

Lorsqu’une niche du cinéma est en péril, il est fréquent de célébrer l’intention, au-delà du résultat. American Nightmare (1, 2 ou 3, au choix) n’a pas la prétention de bousculer le 7ème art. Mais DeMonaco construit toutefois une œuvre intéressante en ceci qu’elle interroge son audience sur les dérives de la société. Avec un postulat résolument droitier, The Purge (titre original) confronte la société américaine à son culte de la violence, à sa fascination des armes et à sa fracture sociale et raciale.

La bande annonce


Dans le dernier volet en date, un petit épicier, noir, voit la cotisation d’assurance de son commerce se multiplier à la veille d’un événement destructeur dont il n’aura pas les moyens de se protéger. L’Amérique des puissants s’engraisserait donc sur le dos de son prolétariat impuissant. L’argument est simple, mais il a le mérite d’être soulevé là, dans une œuvre destinée au plus grand nombre.

Si les incursions du cinéma de genre dans le débat politique sont légions (il suffit de jeter un œil à la filmographie de John Carpenter), les exemples concrets se sont indéniablement raréfiés ces dernières années. Au point de conférer à la trilogie de James DeMonaco un caractère quasi unique.

Le cinéma américain fonctionne en un sens de manière cyclique. Les années 50 ont été vouées aux mythes, de John Wayne à James Dean, du cow-boy vieillissant au rebel without a cause. Les années 70 sont venues placer le débat politique au centre de l’écran.

Et si les mythes (en lycra, en collant, en armure) ont aujourd’hui le vent en poupe, American Nightmare, avec sa maladresse, ses belles intentions et son côté faussement réac, fait office de séduisant vestige 70’s.

Le film est projeté à Strasbourg au cinéma VOX.

À l’assaut des châteaux forts à une heure de Strasbourg

À l’assaut des châteaux forts à une heure de Strasbourg

Non, il n’y a pas que la cascade du Nideck pour se dégourdir les jambes à proximité de Strasbourg ! Le massif des Vosges est hérissé de centaines de ruines de châteaux forts, dont certains ne sont qu’à une heure de trajet. Petite sélection de saison.

1 – Les incontournables (et payants)

Le Haut-Kœnigsbourg est LE château alsacien à ne pas louper. Forteresse médiévale du XIIème siècle, reconstruite entre 1901 et 1908 par l’empereur allemand Guillaume II, ce château est un délice de folklore pour les enfants, mais sait aussi satisfaire un public adulte. Même les fêtards investissent parfois les lieux pour assister au show de grands Dj’s de l’électro. Les pièces sont rénovées et décorées de telle sorte que l’on ait l’impression que le château est toujours habité, comme à l’époque moyenâgeuse.

Situé en centre-Alsace, sur le ban communal d’Orschwiller, le Haut-Kœnigsbourg est l’un des monuments les plus visités d’Europe, il faut donc parfois s’armer de patience pour atteindre le cœur de la place forte… Qui en vaut vraiment la peine !

Château du Haut-Kœnigsbourg (Crédit OT Sélestat)
Château du Haut-Kœnigsbourg Photo : Crédit Office de tourisme de Sélestat

Le Hohlandsbourg offre une vue 360° sur la Plaine d’Alsace et la Forêt Noire. Il est situé sur les hauteurs de Wintzenheim, à proximité de Colmar dans le Haut-Rhin. Datant de 1279, il fut construit par Siegfired de Gundolsheim sur ordre de Rodolphe de Habsbourg, à l’origine pour veiller sur les frontières ouest de l’Autriche ainsi que sur la ville impériale de Colmar. Au cours de l’été, le château propose beaucoup d’activités et de nombreux spectacles de reconstitution, sur les thèmes de la chasse, de l’imaginaire fantastique et des légendes de l’histoire médiévale.

Château du Hohlandsbourg Photo : Crédit Tatiana Decrocq, Wikimédia commons

Le Fleckenstein est le spot enfants-proof de l’Outre-Forêt (au nord de Haguenau), à deux pas de la frontière allemande. Outre le très grand château médiéval, plusieurs fois rénové, avant d’être saccagé par les Français au XVIIème siècle, le site bénéficie d’un complexe touristique avec buvette et espace ludique, Le P’tit Fleck, mini-musée animé, avec pour thème « le grès et la forêt ».

Château du Fleckenstein (Crédit Route des châteaux d'Alsace)
Château du Fleckenstein Photo : Crédit Route des châteaux d’Alsace

2 – Les ruines romantiques

À partir de la gare de Scherwiller, ce sont l’Ortenbourg et le Ramstein (repères de chevaliers brigands !) qui méritent le détour. Phare situé à l’entrée du Val de Villé, l’Ortenbourg est caractéristique de l’architecture militaire du XIIIème siècle, avec sa « chemise », ou « mur-bouclier », percé d’archères à niche. Incendié en 1633 par les Suédois, au cœur de la Guerre de Trente ans, le château ne s’en relèvera pas…

Château d'Ortenbourg (Crédit Hervé Colson / Survol de France)
Château de l’Ortenbourg Photo : Crédit Hervé Colson / Survol de France

Autour du Mont Sainte-Odile, les châteaux sont très nombreux, tels ceux dits d’Ottrott (Lutzelbourg, Kagenfels et Rathsamhausen), mais également ceux du Spesbourg et du Haut-Andlau. Situés sur les hauteurs de Barr, le Spesbourg est édifié sur une crête entre les vallées de la Kirnek et de l’Andlau. Il est remarquable par son donjon carré et ses fenêtres en grès aux quadrilobes gothiques. Le Haut-Andlau, lui, se voit de loin, avec ses deux tours rondes et son vaste logis, qui dominent le piémont vosgien. À découvrir aussi, le portail monumental et les canonnières à redents (adaptées aux armes à feu).

Château du Haut-Andlau, visible de loin (DR)
Château du Haut-Andlau, visible de loin Photo : doc remis

Le Bernstein domine Dambach-la-Ville depuis le début du XIIIème siècle. Edifié par les comtes d’Eguisheim, il est intéressant de par son donjon pentagonal haut d’une trentaine de mètres, qui surprend à l’arrivée sur le site.

Château du Bernstein (Crédit Office de tourisme du Pays de Barr)
Château du Bernstein Photo : Office de tourisme du Pays de Barr

Plus au nord, le vieux Windstein (à Windstein) et le Petit-Arnsberg (à Obersteinbach) sont parmi les plus charmants. Du premier, il ne reste que rampe, portes et fossés, tout en longueur. Quant au second, il domine la charmante commune d’Obersteinbach, repère d’Allemands et de Strasbourgeois en mal de verdure. Construit sur une aiguille de pierre détachée de la montagne par un imposant fossé, le Petit-Arnsberg a tout de la citadelle imprenable…

Dans les environs d'Obersteinbach, à la frontière nord avec l'Allemagne, l'Arnsbourg et le Vieux-Winstein (Photos MM / Rue89 Strasbourg)
Dans les environs d’Obersteinbach, à la frontière nord avec l’Allemagne, le Petit-Arnsberg et le Vieux-Windstein Photos : MM / Rue89 Strasbourg

3 – Ceux qui ont un parking au bas des murailles

Maison du Parc naturel régional des Vosges du nord, le château de La Petite-Pierre commandait un important carrefour entre Alsace et Lorraine. « Sous ses murailles, peut-on lire dans le très bel ouvrage de Christophe Carmona et Guy Trendel, se développa une petite ville forte ceinte de murailles. » Très belle balade à faire dans et en contrebas du château, avant de profiter des sentiers balisés tout autour ou des bonnes tables de cette véritable station touristique des Vosges du nord.

Château de La Petite-Pierre (Photos MM / Rue89 Strasbourg)
Château de La Petite-Pierre Photos : MM / Rue89 Strasbourg

Le Haut-Barr est situé sur les hauteurs de Saverne et contrôle le débouché de la vallée de la Zorn. Immense et découpé en deux parties, avec de multiples escaliers et passerelle (le « Pont du Diable »), il est d’un abord facile et ludique. Construit dans les années 1100 par les évêques de Strasbourg, le château est admiré pour sa splendide chapelle et sa vue spectaculaire sur la plaine d’Alsace et sur les Vosges.

Le château du Haut-Barr, à Saverne (Photos MM / Rue89 Strasbourg)
Le château du Haut-Barr, à Saverne Photos : MM / Rue89 Strasbourg

Le Lichtenberg est situé dans le pays de La Petite-Pierre. Des années 1990 aux années 2000, il a fait l’objet de rénovations en chaîne et d’aménagements contemporains « réversibles », avec notamment l’installation d’une structure en métal, verre et bois abritant un auditorium. Verrou alsacien qui commandait les Vosges du nord, la forteresse a donné naissance à tout un village, autrefois enserré dans ses murailles, ce qui est très rare en Alsace !

Château de Lichtenberg, dans le pays de La Petite-Pierre (Photos MM / Rue89 Strasbourg)
Château de Lichtenberg, dans le pays de La Petite-Pierre Photos : MM / Rue89 Strasbourg

Le château de Wangenbourg est lui aussi presque un château de ville, à 10 minutes à pied des maisons du village éponyme. Construit au XIIIème siècle sur le même modèle que le Spesbourg (voir plus haut) par les avoués de l’abbaye d’Andlau, il sert au Moyen Age à sécuriser les vastes terres que possède l’abbaye et que se disputent les sires d’Andlau et de Dicka. L’on peut encore grimper dans le donjon et profiter du paysage de cette petite Suisse d’Alsace.

4 – Un peu plus loin

La citadelle de Bitche est certes côté mosellan, mais mérite le coup d’œil. Passée entre les mains des rois de France (fortifiée par Vauban), du duc de Lorraine, des troupes austro-prussiennes ou des Bavarois, la forteresse est installée sur une immense barre rocheuse entre Alsace et Lorraine. Elle se visite facilement, avec audio-guides, parcours cinématographique et plongée dans les souterrains.

Citadelle de Bitche (Crédit Office de tourisme du Pays de Bitche)
Citadelle de Bitche Photo : Crédit Office de tourisme du Pays de Bitche

Petit crochet par le Haut-Rhin, parce que le château de Saint-Ulrich est une merveille. Sur le site des châteaux forts d’Alsace, très complet, on peut lire à son propos :

« Parmi les quatre ruines qui dominent Ribeauvillé, le Saint-Ulrich apparaît sans conteste comme l’un des ensembles castraux les plus passionnants de Haute-Alsace. (…) Témoin de la puissance des sires de Ribeaupierre, il fut leur demeure principale jusqu’à son abandon final au XVIème siècle. Il est donc doté de différents styles architecturaux : à des parties romanes sont adjointes des éléments gothiques, voire Renaissance… »

Non loin du Saint-Ulrich, le château du Girsberg est planté sur une aiguille rocheuse, rehaussé d’un donjon pentagonal.

Château du Saint-Ulrich, sur les hauteurs de Ribeauvillé (Wikipédia)
Château du Saint-Ulrich, sur les hauteurs de Ribeauvillé Photo : Wikipédia
#Lichtenberg

[Démonte rumeur] – L’histoire du rhinocéros retrouvé au Neuhof est un fake

[Démonte rumeur] – L’histoire du rhinocéros retrouvé au Neuhof est un fake

La brève histoire d’un rhinocéros de Sumatra braconné et détenu mort dans une cave à Strasbourg fait le tour du web. Désolé d’en décevoir certains, mais c’est une blague. Quelques conseils pour ne plus se faire piéger. L’auteure nous a contacté et voulait montrer que l’information se diffuse parfois sans vérification.

Un rhinocéros retrouvé au Neuhof ? C’est un article partagé des centaines et centaines de fois sur actualitésdujour.fr depuis le 27 juillet. Mais aucun média local ou national n’a repris l’info dont Rue89 Strasbourg. Encore un grand complot ? En tout cas, certains internautes s’interrogent.

https://twitter.com/HappyToDiscover/status/758754392434769921

un rhinocéros au neuhof, un fake.
un rhinocéros au neuhof, un fake (capture d’écran)

Un site pour créer ses fake

Nous aussi, la vue de ce titre nous a fait bondir la première fois. Avant de se rendre compte qu’il s’agissait d’un contenu d’un site parodique : actualitésdujour. Ce site permet de fabriquer en quelques clics ses propres intox, contrairement au site plus connu Legorafi (ou celui d’infos locales Tomimag), dont les contenus sont rédigés par les gestionnaires.

Il est précisé néanmoins :

« Les posts comprenant des propos à caractère raciste, gore, homophobe ou pornographique sont proscrits. Les auteurs de posts faisant l’apologie d’actes de terrorisme ou portant atteinte à l’ordre public, s’exposent à des poursuites. »

Comment ne pas se faire piéger ?

Quelques indices permettent d’éveiller les soupçons. Le texte est très court et il n’y a pas de source directement citée. La photo, bien qu’estampillée d’un logo LCI ne montre pas le rhinocéros, mais simplement une barre d’immeubles. Elle peut être issue de n’importe quel reportage. Mais ces éléments en soi ne suffisent pas à garantir pas qu’il s’agit d’un « fake » (un faux en anglais). Il faut ensuite se balader sur le site pour en avoir le cœur net.

Acutalitésdujour est très mal référencé dans les moteurs de recherche et n’a pas non-plus de page Facebook ou de compte Twitter. Enfin, le pastiche est complètement révélé dès que l’on se rend sur la page d’accueil.

La page d'accueil du site est assez explicite (capture d'écran)
La page d’accueil du site est assez explicite (capture d’écran)

Un site hébergé par une société belge

Le site est édité par la société C.B. Media Vibes domiciliée à Eupen en Belgique. Le responsable légal, est John Doe, un pseudo puisque ce nom est l’équivalent de Monsieur X ou Monsieur Untel en droit anglais. Son vrai nom est Nicolas Gouriou.

Les pages des faux articles renvoient vers des liens d’articles dits « clik-bait » c’est-à-dire pour enregistrer un maximum de clic avec peu de travail (type « Top 30 des célébrités qui ont dû faire leurs débuts dans l’industrie pour adultes » ou « cette méthode choquante révolte les chirurgiens plastiques ») et générer d’autres revenus publicitaires. Ou simplement y indexer le lien d’un site, ce qui permet un meilleur référencement.

C’est la société de « native advertising » (publicité qui se fait passer pour des articles) Contentza qui amène ces pubs déguisées. Une manière de générer des revenus réguliers sans avoir à alimenter son site, ou plutôt de laisser les internautes le faire.

https://twitter.com/Adel_Elk/status/758775800787300352

Le rhinocéros de Sumatra était une espèce que l’on croyait disparue. Mais en mars 2016 des caméras ont repéré une quinzaine d’individus sur l’île asiatique de Bornéo, partagée par trois pays (Indonésie, Malaisie et Bruneirapporte Sciences et avenir.

Deux rhinocéros Sumatra (photo Wikimedia Commons / CC)
Deux rhinocéros Sumatra (photo Wikimedia Commons / CC)

L’internaute à l’origine de cette blague peut en tout cas se féliciter d’avoir piégé bon nombre d’internautes.

https://twitter.com/Emiliekdws/status/758813919829827585

« n’importe qui peut inventer n’importe quoi et faire partager »

Vendredi 29 juillet en fin de soirée, l’auteure du canular nous a écrit et envoyé une capture d’écran de son statut Facebook daté de mercredi 27 juillet. Elle explique être à l’origine de cet emballement.

Dans son message, elle explique notamment qu’elle voulait « montrer comment n’importe qui peut inventer n’importe quoi et faire partager ça a des centaines de personnes ». Voilà qui est réussi et doit interpeller les lecteurs dans sa manière de consommer et partager l’information.

Depuis, un canular similaire sur le même site racontait qu’un Strasbourgeois avait détourné un tram jusqu’à Colmar pour voir son ex-femme.