Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Venant en aide aux demandeurs d’asile, Casas pourrait fermer à l’automne

Venant en aide aux demandeurs d’asile, Casas pourrait fermer à l’automne

FPRA, OFII, ADA, CODA… Autant d’acronymes indéchiffrables, d’autant moins pour ceux qui ne parlent pas français. À l’automne, de nombreux demandeurs d’asile du Bas-Rhin pourraient devoir les décrypter seuls : l’association Casas, en charge de les aider à Strasbourg, risque de disparaître.

Les demandeurs d’asile qui arrivent à Strasbourg après avoir bravé les dangers des Balkans ou les passeurs en Méditerranée pourraient se retrouver bien seuls à l’automne. L’association Casas, qui les écoute depuis 30 ans et les aide à constituer leurs dossiers, risque de disparaître. Suite à la loi du 29 juillet 2015, relative à la réforme du droit d’asile, l’association ne peut plus être financée pour traiter des dossiers de demande d’asile en premier accueil.

Cette mission a été confiée à la plateforme d’accueil de réfugiés (PADA), gérée à Strasbourg par l’association du Foyer Notre-Dame, qui en déléguait une partie à Casas. Mais la baisse des subventions a conduit la PADA à cesser cette collaboration. Pour Casas, cette perte représente 45 000€ de recettes en moins, sur un budget de 225 000€.

Sauf miracle, l’association ne s’en remettra jamais, d’autant que Casas avait trouvé avec cette prestation de service un palliatif à la baisse continue de ses subventions de fonctionnement. Le conseil départemental, après avoir graduellement diminué son engagement, a mis fin en 2016 à toute aide directe, ce qui représentait en 2015 encore 3 650€. Le reste des recettes de Casas provient des cotisations des membres (85 000€), de la Ville de Strasbourg (43 000€), d’Entraide et solidarité protestante (7 500€), de Caritas (4 000€) et d’autres associations caritatives…

L'équipe de Casas est composé de 3 salariés et de dizaines de bénévoles (Photo TU / Rue89 Strasbourg)
L’équipe de Casas est composé de 3 salariés et de dizaines de bénévoles (Photo TU / Rue89 Strasbourg)

Licenciements à prévoir en septembre ?

Pour Pascale Adam-Guerino, directrice de l’association, la rentrée de Casas risque d’être sombre  :

« Les salariés pourraient ne plus être payés d’ici à l’automne. Deux ou trois d’entre eux seront licenciés, ce qui équivaudrait à la disparition de notre association. On ne voit pas, à l’heure actuelle, de solution. »

Car Casas emploie 3,5 personnes à temps plein, et bénéficie de l’aide de dizaines de bénévoles, pour recevoir et conseiller les demandeurs d’asile. Lors de leurs permanences, les salariés et membres de Casas ont reçu 3 883 demandeurs d’asile en 2015 ! Les passages étaient si fréquents que l’association a dû déménager de ses locaux historiques, situés sur le quai Saint-Nicolas pour aller rue Brûlée.

La majorité des dossiers traités par Casas proviennent de l'Europe (Photo TU / Rue89 Strasbourg)
La majorité des dossiers traités par Casas proviennent de l’Europe (Photo TU / Rue89 Strasbourg)

Nombreux services qui ne sont pas financés

L’activité d’accompagnement de la première demande, financée 113€ par dossier par l’État, permettait à Casas de proposer d’autres services aux demandeurs d’asile, comme des cours de français et l’aide au logement et à l’insertion dans la société française. En 2015, 326 personnes ont suivi les cours de 24 formateurs bénévoles.

En outre, Casas aide les demandeurs d’asile à formuler des recours, lorsqu’une première demande est rejetée. Ces recours, des dossiers encore plus lourds que les premières demandes, ne sont pas financés par l’État, au motif que les demandeurs d’asile ont accès à l’aide juridictionnelle pour disposer des services d’un avocat. Casas en a néanmoins accompagné 559 en 2015, en provenance de 36 pays !

Me François Zind, avocat spécialisé dans le droit des étrangers et ancien bénévole à Casas, soupire :

« Déjà nous on a du mal avec les procédures, alors vous imaginez pour un étranger qui ne parle pas la langue ? L’association Casas a toujours eu le mérite de répondre au nom et pour le compte des demandeurs d’asile. C’est la seule association du Bas-Rhin spécialisée dans les problématiques d’asile et un partenaire incontournable de tous les acteurs institutionnels. »

Par nature discrète, l’association s’est résolue à lancer une campagne d’appel aux dons.

#Pascale Adam

Le député Laurent Furst aimerait que Philippe Richert lui « rende l’Alsace »

Le député Laurent Furst aimerait que Philippe Richert lui « rende l’Alsace »

Le député (LR) du Bas-Rhin Laurent Furst s’apprête à lancer la création d’un mouvement appelé « Rendez-nous l’Alsace », nouvelle tentative pour la droite de se positionner sur le créneau, largement perdu, du régionalisme.

Laurent Furst, remuant député-maire (Les Républicains) de Molsheim, n’a pas pu attendre la rentrée pour relancer le siège politique contre la fusion des régions. Il faut aller vite, parce que le créneau de l’Alsace éternelle est sévèrement disputé, notamment par le député (LR) du Haut-Rhin, Jean-Louis Christ, le député (LR) et président du conseil départemental du Haut-Rhin Éric Straumann, le maire (LR) de Mulhouse Jean Rottner, etc.

C’est ce qui explique sans doute qu’aucun d’entre eux n’était au courant lundi après-midi du nouveau mouvement lancé par Laurent Furst, baptisé d’une manière assez directe « Rendez-nous l’Alsace ». Ce mouvement sera présenté officiellement vendredi, avec un site internet, une charte et une liste de signataires. Pour ce député du Bas-Rhin, l’Alsace n’a rien à faire dans la région « Grand Est » et devrait bénéficier des mêmes institutions que la Corse, à savoir un conseil régional et les deux conseils départementaux fusionnés en une collectivité unique.

Retour en 2013…

Oui, c’est bien ce qu’avait proposé l’actuel président de la région Grand Est, Philippe Richert (LR) aux Alsaciens, par référendum en avril 2013. Le résultat n’avait pas débouché sur un oui franc et massif comme Philippe Richert l’espérait. L’Alsace a donc laissé passer cette mini-réforme institutionnelle et la fusion des régions menée par le gouvernement est venue se superposer à tout ça ensuite.

Mais dans le processus, grâce notamment aux accents d’Alsace assassinée largement entretenus par une partie de la droite locale, le régionalisme alsacien a pris de l’ampleur, un sentiment vite capté par Unser Land. Le parti régionaliste a réalisé plus de 10% des suffrages exprimés lors des élections régionales de décembre 2015, des scores importants qui manquent à la droite notamment… dans la circonscription de Molsheim.

L'image de l'Alsace, en rouge et blanc... (Photo Visual Hunt / cc)
L’image de l’Alsace, en rouge et blanc… (Photo Visual Hunt / cc)

En 2014, le coup régionaliste de l’été était venu de Jean Rottner

Laurent Furst espère donc surfer sur ce courant régionaliste, à l’occasion des échéances électorales de 2017 qui procéderont au renouvellement de son mandat de député. Il sera suivi par une partie de la droite locale, contre celle encore fidèle à Philippe Richert, ce qui promet quelques soubresauts à l’intérieur des sections alsaciennes de Les Républicains. Ainsi Jean-Rottner, également vice-président du conseil régional, n’a pas souhaité s’exprimer sur le mouvement de Laurent Furst. L’an dernier, à peu près à la même époque, le maire de Mulhouse avait lancé une « pétition pour l’Alsace » mais il est devenu beaucoup plus discret depuis…

En revanche, Jean-Louis Christ « soutient totalement » Laurent Furst :

« Les Alsaciens ont été trahis par Philippe Richert, qui est même allé jusqu’à créer une nouvelle taxe avec la gauche. Il pense à sa carrière avant tout. L’Alsace n’est plus défendue depuis la disparition d’Adrien Zeller (ancien président du conseil régional d’Alsace, ndlr). Donc je vais suivre avec intérêt la démarche de Laurent Furst, notamment comment il compte inscrire ça vis à vis de Nicolas Sarkozy… Mais je suis d’accord avec l’objectif affiché et je suis prêt à le rejoindre. »

Réactions enthousiaste dans le Haut-Rhin, prudente dans le Bas-Rhin

Même discours, chez Éric Straumann :

« Je suis sur la même longueur d’onde que Laurent Furst. Nous devons fusionner les compétences des départements et de la région dans une collectivité unique alsacienne, c’est ma conviction depuis longtemps et je l’ai maintes fois exprimée. Je suis content que Laurent Furst porte ce combat un cran plus loin. »

Frédéric Bierry, président (LR) du conseil départemental du Bas-Rhin, est plus prudent. Il ne parle pas de « conseil unique » mais préfère pointer ses « coopérations renforcées avec le Haut-Rhin » et les efforts des départements pour défendre ce qu’il appelle « l’excellence alsacienne. » Mais a-t-il peur lui aussi de perdre l’Alsace, veut-il qu’on lui rende sa région ? Frédéric Bierry ne répond pas.

Unser Land voit son positionnement « validé »

Ceux qui se frottent les mains, ce sont les régionalistes d’Unser Land. Depuis 2013, ils se posent en uniques défenseurs de l’alsacianité, du drapeau Rot und Wiss, du dialecte, du régime local d’assurance maladie, du Concordat et de tout ce qui peut être considéré comme faisant partie du patrimoine culturel alsacien. Après avoir bénéficié des replis identitaires exprimés par la droite contre la réforme territoriale, ils surfent désormais sur l’installation chaotique de la région « Grand Est », présentée comme distante et sans âme.

Présidente d’Unser Land, Andrée Munchenbach insiste :

« On est très heureux d’apprendre que M. Furst reprend notre combat pour une collectivité locale alsacienne. Mais on peut douter de sa sincérité, lui qui s’inscrit dans la ligne de Nicolas Sarkozy, peu favorable à la décentralisation. Et puis, une fois qu’on nous aura rendu l’Alsace, il faudra encore discuter des compétences et de l’autonomie fiscale. Et là dessus, je doute que Laurent Furst veuille aller contre le gouvernement de droite, s’il est élu. »

Philippe Richert reste silencieux

Directement visé par cette démarche, Philippe Richert est resté silencieux, bercé par les spectacles, en partie financés par la Région, en Avignon. Son entourage indique que Philippe Richert est « président de tout le Grand Est » et qu’il n’a pas à commenter les initiatives de tel ou tel député. Fut-il alsacien, fut-il parmi ses anciens soutiens, fut-il sur sa route dans le paysage politique qui se dessine à droite…

#Jean-Louis Christ

Yakup, Bilal, Adam… Ils sont les nouveaux médias des quartiers de Strasbourg

Yakup, Bilal, Adam… Ils sont les nouveaux médias des quartiers de Strasbourg

Ils ont entre 17 et 19 ans, habitent les quartiers Neuhof, Hautepierre ou Cronenbourg à Strasbourg et leur audience sur les réseaux sociaux n’a rien à envier à celle de nombreux médias. Voici comment Yakup, Bilal et Adam contribuent à informer les habitants de leur quartier et bien au-delà.

Avec près de 80 000 abonnés et certains commentaires partagés plus de trois millions de fois sur Facebook, l’audience de Yakup Ekici n’a rien à envier à celle de nombreux médias sur les réseaux sociaux. Âgé de 19 ans, le jeune homme qui travaille dans le secteur du bâtiment ne recherchait pourtant pas cette notoriété :

« Tout a commencé à cause d’un commentaire qui a été partagé des milliers et des milliers de fois… Maintenant, dans mon quartier, on me demande parfois : c’est toi Yakup Ekici ? »

Comme une dizaine de jeunes de plusieurs quartiers de Strasbourg, Adam, Yakup et Bilal (les trois premiers en partant de la droite) se sont rendus au Shadok une fois par semaine de mars à juillet, dans le cadre d’un atelier animé par Pose ton flow, une application spécialisée sur le rap. (Photo RB / Rue89 Strasbourg / cc)

Rires du quotidien mais aussi théorie du complot

Depuis, cet habitant de Cronenbourg publie commentaires et vidéos de manière régulière :

« Ce qui me motive à continuer, c’est que beaucoup d’internautes m’envoient des messages de soutien. Ils me disent : “continue de poster des choses drôles, tu mets l’ambiance sur Facebook!” ou “continue de dire des vérités !” comme dans la vidéo sur le complot à Charlie Hebdo… »

Car si Yakup diffuse des publications souvent humoristiques, des scènes du quotidien qui parlent à tous ceux qui vivent leur jeunesse dans les quartiers populaires, il réagit aussi beaucoup à l’actualité, notamment lorsqu’elle concerne le terrorisme, la police ou les Musulmans d’une manière générale. Ainsi après les attentats de janvier 2015, il avait relayé une vidéo soutenant la théorie d’un complot de l’Etat français :

« Comme par hasard, on a retrouvé le passeport des terroristes. Et comme par hasard, les attentats ont eu lieu avant les élections… On cherche à faire accuser les Musulmans. »

Le post a été « apprécié » « liké » plus de 9 000 fois et partagé plus de 33 000 fois. Dans les quelque 1 900 commentaires en revanche, il s’en trouve quand même quelques uns pour ramener les gens sur Terre. Dans un autre post concernant la voiture de police incendiée en marge d’une manifestation à Paris en mai, la majorité des commentaires soutiennent la police et dénoncent les casseurs.

L’expression issue d’un sentiment d’injustice

Maître de conférences à l’Université de Lille, auteur notamment de « La France nous a lâchés ! Le sentiment d’injustice chez les jeunes de cité », le sociologue Eric Marlière analyse pourquoi de nombreux jeunes de quartiers populaires urbains accordent du crédit à de telles idées :

« Ils n’ont plus confiance dans notre système. Ils se disent victimes d’injustices et sont donc beaucoup plus réceptifs à ce type de discours alternatifs. Cela peut être la théorie d’un complot de l’Etat français mais aussi celle d’une prise du pouvoir par les franc-maçons ou par les sionistes. »

Et le sociologue détaille la manière dont naît ce sentiment d’injustice :

« Entre 13 et 20 ans, un certain nombre de jeunes font le cheminement que la société est injuste. Parmi ceux que j’ai rencontrés, certains racontent qu’on leur a refusé un logement, obtenu quelques jours après par une personne avec des revenus inférieurs mais d’une autre origine. D’autres s’être faits insultés de « sale arabe » par des policiers, ou même frappés. Ce sentiment d’injustice est parfois fantasmé mais le plus souvent subi dans leurs relations à l’école, pour trouver un travail ou un logement, dans leurs rapports avec la police ou la justice, mais aussi à travers les promesses non tenues des hommes politiques et des médias… Ce sentiment existe même chez des jeunes bien intégrés. J’ai rencontré un ingénieur à qui on avait demandé de se positionner sur les attentats à son travail simplement parce qu’il a un prénom arabe. Pour ces jeunes, leur origine supposée par leur prénom, leur nom, leur couleur de peau est un vecteur de stigmatisation. Et l’Islam, qui est perçu en France comme un ennemi de l’intérieur, en est un autre. »

Selon lui, notre société devrait rester attentive à la diffusion d’idées comme la théorie du complot :

« C’est questionnant au niveau de la cohésion sociale. C’est le signe d’un enfermement comme peut l’être la religion dans certains cas. Cela montre en tout cas un écart entre les élites et les quartiers populaires urbains. Ceci dit, cet écart avec les élites en France ne se creuse pas seulement dans ces quartiers. Et pour ce qui est de la cohésion sociale, un fossé a toujours existé : dans les années 1970, les riches ne voulaient pas vivre avec les pauvres. »

(Document remis)
Yakup Ekici voit dans l’actualité des preuves d’une stigmatisation. (capture d’écran)

Quant à Yakup, comme il est de plus en plus suivi sur les réseaux sociaux, il estime faire « de plus en plus attention » à ce qu’il publie. Ce qui ne l’empêche pas de continuer à commenter l’actualité, comme il l’a fait au cours des derniers mois après les attentats d’Ankara et de Bruxelles, les violences entre policiers et manifestants à Strasbourg… Et parfois en faisant référence à sa religion, comme après les attentats d’Ankara de juin.

Lors de l’attentat à Nice au soir du 14 juillet, Yakup a filmé les chaînes d’informations en continu, en direct sur Facebook, transformant son profil en recueil des réactions à chaud. Plus de 2 000 personnes l’ont suivi ce soir là.

« Je connais tout plein de jeunes de quartiers qui ont trop de talent »

Âgé de 18 ans, Adam précise qu’il préfère faire rire les gens de sa classe qu’étudier. En seconde générale, il rêve de travailler dans le milieu du cinéma, a une page Facebook sur laquelle il publie des vidéos « maison », faites avec son téléphone portable ou depuis peu sa caméra numérique. Adam a commencé tôt :

« Je mets des vidéos sur le net depuis mes 14 ans. Cette passion me vient de mon oncle, tchétchène comme moi, qui fait des sketches. Comme je les aime bien, je me suis lancé ! J’ai commencé par créer ma chaîne YouTube : Adam l’Alsacien. J’ai fait 1 500 vues en une soirée, ce qui était plutôt bien pour l’époque. »

Désormais, ses vidéos se rapprochent plutôt des 100 000 vues.

« Sur les 5 000 personnes qui me suivent sur Facebook, 1 500 sont à Strasbourg. Les autres sont principalement en France, surtout à Paris, et il y a quelques personnes à l’étranger, en Belgique par exemple. »

Dans ces courtes vidéos, Adam aborde des thèmes de son quotidien : les cours, les filles, la famille, la religion musulmane, ses origines tchétchènes, les médias… Et parfois les quartiers. Un thème sur lequel cet habitant du Neuhof trouve qu’il y a « trop de clichés » :

« Les gens se concentrent trop sur ce qu’ils voient dans les médias. Je connais des gens qui ont peur d’y aller alors qu’ils n’y ont jamais mis les pieds ! Moi, je suis tout le temps entre Cronenbourg et le Neuhof. Je ne dis pas que tout est bien, les voitures brûlées, ça existe, mais il n’y a pas que ça, il y a aussi des bonnes choses. Mais les gars de quartiers sont souvent mal vus. On ne leur donne pas trop leur chance. Alors que j’en connais tout plein qui ont trop de talent ! Des footballeurs, des rappeurs, des comédiens… Ils mériteraient qu’on les mette en avant. »

Mais il n’est pas le dernier à surfer sur les clichés, notamment sur son second compte Facebook, Adam Tchétchène, dont l’adresse est facebook.com/adamalors.onsortlakalash.7…

Selon Eric Marlière, le discrédit des médias dans les quartiers a commencé dans les années 1990 :

« Trop souvent, le focus est mis sur les faits-divers avec des reportages stigmatisants. Comme ceux mettant en scène le trafic de drogue, ou celui sur l’agression d’un retraité diffusé en boucle avant la présidentielle de 2002 alors que cette affaire a débouché sur un non-lieu. (…) Ce qui est intéressant, c’est que les jeunes de quartiers populaires urbains ont été avant-coureurs dans la critique des médias, de plus en plus exprimée par d’autres catégories de la population en France. »

Des caméras cachées pour dénoncer le racisme

Comme Yakup, Adam profite également des réseaux sociaux pour donner son avis sur l’actualité. Après le score du Front national aux élections régionales de 2015, le jeune homme d’origine tchétchène a pris la caméra (le résultat est visible ici) :

« Quand j’ai vu les résultats, j’ai été choqué ! Même si cette vidéo, c’est plus un délire qu’autre-chose, je pense que ce score du FN ne devrait pas exister. En 2015… Mais, avec l’influence des médias, les gens ont peur, c’est normal. Après un attentat, sur les chaînes d’info en continu, ils vont dire qu’un témoin a entendu crier « Allahu akbar » alors qu’ils n’ont pas de preuves… Ils disent souvent des clichés sur les Musulmans. Et parfois, ils se trompent. »

Originaire de Tchétchénie, Adam dénonce le racisme dans certaines vidéos. (Document remis)

Le fait que la vidéo ait été réalisée de manière instantanée explique sans-doute son grand nombre de vues. De même, il en avait réalisé une humoristique sur le traitement médiatique des attentats par les chaînes d’infos en continu. C’est un peu hésitant, mais la vidéo a été vue 22 000 fois.

La stigmatisation des Musulmans en France est aussi un thème auquel il est sensible. Dans une autre vidéo, il s’en prend à un musulman en djellaba (son complice de caméra cachée) :

« C’est une expérience sociale pour tester la réaction des passants. C’est quelque-chose qui a déjà été fait par Adam Saleh, un musulman américain, mais je trouve que c’est pertinent de le faire en France. Depuis les attentats, les commentaires racistes se multiplient, surtout sur internet. »

Des sources d’infos multiples dans les quartiers

En une journée, cette nouvelle vidéo comptait plus de 1 000 vues… À ce jour, elle a atteint 15 000 vues et tant pis si elle n’est pas très drôle, ni compréhensible par tout le monde. Adam Mizaev en a réalisé une seconde sur le même thème, toujours en reprenant le concept d’Adam Saleh.

Aux yeux d’Eric Marlière, le fait que des jeunes de quartiers populaires urbains s’expriment à travers des vidéos, surtout si c’est en maniant l’humour, est plutôt une bonne chose. Par ailleurs, le sociologue souligne que l’influence importante sur les réseaux sociaux de jeunes comme Yakup, Adam, Bilal s’explique sans-doute aussi parce qu’ils font partie d’une génération plus connectée que les précédentes.

Et dans les quartiers populaires, ces publications sont loin de constituer la seule source d’information :

« Les sources d’information dans ces quartiers sont multiples. Il y a les médias mainstream français, même si de nombreux jeunes s’en méfient, et internet. Il y a toutes les personnalités comme Dieudonné, pas tellement pour son côté anti-sioniste mais plutôt parce qu’il s’en prend au système… Et comme une majorité d’entre eux ont plus en moyenne davantage voyagé que les jeunes d’autres classes de la population parce qu’ils ont de la famille dans d’autres pays, il y a aussi les chaînes généralistes et d’informations étrangères. »

Des vidéos qui redonnent le sourire

Bilal, lui, ne commente pas l’actualité. Dans ses vidéos amateur, le jeune homme de 17 ans s’inspire de thèmes de son quotidien, souvent avec humour. Pour autant, il n’est pas moins suivi : ses dernières vidéos dépassent toutes les 20 000 vues. Une motivation pour continuer :

« J’aime bien quand les gens aiment ce que je fais ! Le nombre de vues commence à monter. Ce qui me motive, ce sont les encouragements de ceux qui soutiennent mes vidéos. Certaines personnes me disent que, quand elles se sentent tristes, elle retrouvent le sourire après les avoir regardées. Et faire des vidéos, c’est quelque-chose qui m’amuse. »

Quelques-unes abordent sa vie à Cronenbourg, le quartier où il vit depuis 17 ans. Et voici ce que Bilal en dit :

« C’est un quartier que j’aime bien. Je connais beaucoup de gens dans le quartier et il y a toujours quelque-chose à faire. Des fêtes, un foot, discuter… J’aime bien son ambiance. »

(Document remis)
Bilal Idrissi réalise une vidéo par semaine, essentiellement sur des thèmes de son quotidien. (Document remis)

Pour ses prochaines créations, cet élève en bac pro commerce, ne manque pas d’idées :

« J’ai fait un « 24 heures dans le peau de Joséphine Ange Gardien » et je compte en refaire sur le même principe en commençant par Jamel Debouzze. »

À coup sûr, il devrait aussi aborder de nouveau l’un de ses sujets de prédilection : les filles. Le même que celui de son idole sur internet, Wil’Aime :

« C’est celui qui m’inspire le plus! Il tourne avec un iPhone mais ses vidéos marchent trop bien. Tout le monde lui dit qu’il devrait faire du cinéma. Il a eu des propositions mais il a refusé, il a peur de perdre sa liberté ! En plus, à chaque fois, il arrive à trouver une super chute. »

Et le tout lui a permis d’atteindre le million d’abonnés sur son compte Facebook. Le prochain objectif pour Yakup, Adam et Bilal.

Rassemblement lundi midi en hommage aux victimes de l’attentat de Nice

Rassemblement lundi midi en hommage aux victimes de l’attentat de Nice

Après l’attentat qui a coûté la vie à près de 90 personnes à Nice jeudi soir, un rassemblement est organisé lundi midi, place Kléber à Strasbourg, en hommage aux victimes. L’annonce a été publiée sur Facebook par plusieurs personnes, dont Stéphane Litolff, directeur de l’espace culturel de Vendenheim et Abel-Abdellah Ouali, gérant du salon de thé La Théière à Strasbourg.

Ce rassemblement aura lieu au troisième et dernier jour de deuil national, au moment d’une minute de silence nationale. Dans leur appel, les organisateurs précisent :

« Nous proposons de tous nous associer à la minute de silence en hommage aux victimes de Nice, avec toutefois une pensée forte pour celles et ceux qui sont victimes de la barbarie de par le monde. Un recueillement qui se veut apartisan et non confessionnel. Aucun discours, aucune banderole, juste quelques fleurs et bougies, quelques mots écrits sur des maux. »

Un banc sur la Promenade des Anglais (Photo The Freelens / VIsualHunt / cc)
Un banc sur la Promenade des Anglais (Photo The Freelens / VIsualHunt / cc)

 

Punk, folk, jazz, electro… Des concerts tout l’été au Mudd Club

Punk, folk, jazz, electro… Des concerts tout l’été au Mudd Club

Pas de relâche au Mudd Club cet été. Du rock, du punk, du funk, du blues, du jazz, de la folk, de l’électro, des DJ’s et surtout des beats et du groove : Rue89 Strasbourg vous dévoile sa sélection non-exhaustive et subjective.

Ils sont récemment passés à la Laiterie pour le festival des Artefacts mais voilà l’occasion de les revoir dans un cadre plus intimiste avec une proximité plus grande encore : les rockeurs bordelais JC Satan s’apprêtent à mettre le feu au Mudd Club ce lundi 18 juillet avec leur son brut et garage porté par leur dernier disque en date, sorti à l’automne 2015. Un album puissant et abrasif qui préfigure bien de ce que JC Satan peut déployer en live :

Dans une veine blues teintée de rock aux fragrances garage, voici The Magick Godmothers, programmés le 25 juillet avec une première partie qui sera assurée par Shake it like a Caveman, bluesman américain électrisant qui assure seul en scène avec ses rythmes imprégnés de rock sauvage :

Énergiques et essentiellement instrumentaux, les dijonnais The Lucianos (le 26 août) proposent un psychobilly brut et addictif qui réveille nos plus bas instincts grâce à un univers ultra-cinématographique. On pense immédiatement à du Tarantino ou du Robert Rodriguez :

Lui donne dans une pop à l’ADN punk bien enraciné : il s’appelle Tall Juan, Argentin de 27 ans exilé au fin fond du Queens new-yorkais, il rappelle musicalement les Ramones et Sid Vicious et il joue très vite et parfois très fort, même s’il chante l’amour en acoustique. A découvrir le 23 juillet. Extrait :

Deux Strasbourgeois au programme

Les amateurs de folk rock trouveront leur bonheur le mercredi 20 juillet avec un double plateau de qualité composé de deux Strasbourgeois : William Matter dont le premier EP, Empty Spaces, est disponible, et Allan Ros dont le premier et captivant premier album, Believe, est sorti au printemps dernier. Autre moment folk qui s’annonce de toute beauté, la soirée du 17 août en compagnie de la Strasbourgeoise Oscar on the Lawn :

Ambiance jazzy remuante et ensoleillée le 11 août avec le big band allemand qui préfère visiblement les rythmes de La Nouvelle-Orleans à la blossmusic de son pays natal. Atmosphère chaleureuse garantie avec The Sazerac Swingers :

Des DJs incendiaires tout l’été !

Enfin, les aficionados de beats hip hop, électro, techno n’auront que l’embarras du choix jusqu’à la fin de l’été au Mudd avec plusieurs soirées deejaying : dès le 16 juillet avec le groove disco house de LB & Mr Stu, le 21 juillet avec le turntablist dans l’âme et incontournable de la scène hip-hop fribourgeoise DJ Tekx-Be, le 29 juillet et le 19 août avec DJ Topic (pointure mondiale du turntablism) et le 28 juillet et le 12 août avec Madpressure, véritable caméléon du deejaying, à la fois DJ, turntablist, beatmaker et ambianceur jazzy, funky, soul, hip hop et électro.

Également membre du crew strasbourgeois The 13 Looters, il se produira avec son collectif le jeudi 4 août dans la moiteur estivale du Mudd. Nul doute que la nuit promet d’être incendiaire :

Revivez en vidéo le feu d’artifice du 14 juillet

Revivez en vidéo le feu d’artifice du 14 juillet

Tirés depuis le parc de l’Etoile à Strasbourg à 22h30, le feu d’artifice a illuminé la ville de Strasbourg jeudi soir pour la célébration de la Fête Nationale pendant une dizaine de minutes.

Le spectacle pyrotechnique a rassemblé plusieurs milliers de personnes autour de la place Dauphine, la Bourse et de la presqu’île Malraux. Mais pour ceux qui n’auraient pas pu se déplacer, le photographe Frantisek Zvardon avait laissé sa caméra allumée…

#Frantisek Zvardon

Un camion contre des poussettes

Un camion contre des poussettes

Ouvrir son fil Twitter vers 22h30 et comprendre qu’il se passe quelque chose à Nice. Quelques minutes plus tard avoir la confirmation, encore sourde, qu’une nouvelle barbarie vient d’advenir. Et savoir. Savoir très exactement comment les choses vont se passer sur les réseaux sociaux.

Après l’attentat de Nice, Strasbourg annule certains événements et muscle la sécurité

Après l’attentat de Nice, Strasbourg annule certains événements et muscle la sécurité

Après l’attentat de Nice jeudi soir qui a fait 85 morts percuté par un camion lancé à vive allure sur la foule après le feu d’artifice, la Ville de Strasbourg a décidé d’annuler plusieurs manifestations, en raison du deuil national, et de renforcer les mesures de sécurité pour celles qui sont maintenues.

Roland Ries, maire (PS) de Strasbourg, a annoncé le renforcement de la sécurité aux abords de la Cathédrale. Le spectacle son et lumière de la cathédrale, qui draine des milliers de personnes place du Château chaque soir, est maintenu. Tirant les leçons de l’attentat de Nice, où un camion a été jeté sur la foule rassemblée sur la Promenade des Anglais, la Ville de Strasbourg va « mettre en place des chicanes pour empêcher les camions de se précipiter sur la foule ».

Ces obstacles seront disposés dans les rues du centre-ville de Strasbourg dès vendredi soir. Cette décision fait suite à une réunion à la préfecture du Bas-Rhin, où la sécurité des événements programmés cet été a été revue après « une évaluation de l’état de la menace par les services de renseignements ».

Fanfares et bals annulés

En raison du deuil national de trois jours, toutes les manifestations de type bal et fanfares sont annulés. Ainsi « Salsa dock », prévue place du Corbeau vendredi soir a été annulé et plusieurs villes, qui avaient décalé leur célébration de la Fête Nationale ont rangé les feux d’artifice.

De même, les concerts de la fanfare zurichoise, prévus samedi après-midi dans les rues de la ville et dimanche place Kléber dans le cadre de la célébration de la Hirsebreifacht sont également annulés.

D’autres spectacles de folklore alsacien place du Château et place du Marché, prévus samedi et dimanche, sont annulés. À Obernai, le concert des Estivales, prévu samedi 16 juillet sur la place du Marché est annulé. Les autres concerts des samedi 23 et 30 juillet sont maintenus, ainsi que la course « les o’nze kms d’Obernai ».

Joutes nautiques maintenues

La Ville de Strasbourg maintient en revanche l’accueil de la délégation zurichoise, dans le cadre de la Hirsebreifahrt samedi à 15h45. Le tournoi de joutes nautiques prévu le lendemain de 10h à 12h est également maintenu.

Le Kawati Groove Festival, au Port du Rhin, vendredi soir est maintenu.

La tournée d’été de la Choucrouterie, samedi soir à 20h à Strasbourg, aura bien lieu, de même que le concert des Voix de la Liberté dimanche soir à 20h30.

La Grande Braderie, prévue samedi 30 juillet, devrait être maintenue. Dans un post sur Facebook, Jean-Marie Kutner, maire (UDI) de Schiltigheim a annoncé qu’il maintenait la Fête de la bière, prévue du 5 au 8 août.

 

Au Star St-Ex, tout ce que vous avez voulu savoir sur Wes Anderson

Au Star St-Ex, tout ce que vous avez voulu savoir sur Wes Anderson

Les cinémas Star proposent jusqu’au 2 août aux cinéphiles strasbourgeois de se pencher sur Wes Anderson, l’un des cinéastes américains les plus singuliers de son époque. On aurait tort de bouder ce plaisir.

L’idée de rétrospective renvoie souvent à des maitres disparus, obscurs, méconnus. En l’occurrence, pendant cette période estivale, le Star Saint-Exupéry nous la possibilité d’explorer la filmographie d’un auteur qui, depuis quinze ans, s’inscrit dans la culture pop contemporaine, le réalisateur américain Wes Anderson.

L’autre Anderson, comme on l’a souvent qualifié en référence au brillant Paul Thomas, fait partie de ces artistes à l’univers immédiatement reconnaissable. Deux plans, trois mots, une poignée de notes signées Alexandre Desplat et le spectateur se voit transporter dans un monde désuet, structuré, nourris d’objets rétro et saturé de mélancolie.

Un succès précoce

Quelque peu snobé par la critique française jusqu’à la sortie de La famille Tenenbaum, le réalisateur, singulier prophète en son pays, bénéficie dès son premier film d’un adoubement conséquent. Martin Scorsese a classé Bottle Rocket parmi ses dix films favoris des années 90.

Le cinéaste et Jude Law (CR Twentieth Century Fox France)
Le cinéaste et Jude Law (CR Twentieth Century Fox France)

Et Bill Murray, parrain malgré-lui du cinéma indépendant, rejoint la galaxie Anderson dès son second opus, Rushmore.

Il n’en faut pas plus pour consacrer le cinéaste comme chouchou des comédiens, pour le placer sous la loupe des analystes. À la manière d’un Woody Allen, l’auteur du Darjeeling Limited cumule les grands noms au générique de ses œuvres.

Et quand ses tics de mise en scène pourraient lui valoir des accusations de redondance et d’enfermement, il opte pour le geste le plus audacieux de sa carrière, un sublime film d’animation adapté d’un petit roman de Roald Dahl.

Au choix, Clooney ou Amalric prêtent leur voix à l'animal (CR Twentieth Century Fox France)
Au choix, Clooney ou Amalric prêtent leur voix à l’animal (CR Twentieth Century Fox France)

La validation animée

Fantastic Mr Fox marque une forme de renouveau, tout autant qu’une consécration. Oui, Wes Anderson conçoit le monde comme une maison de poupées dont les personnages seraient aussi rigides que ses objets.

Mais le procédé d’animation libère quelque part une folie supplémentaire. Les tergiversations du renard ont quelque chose d’universel. Le jeune cinéaste séduits les gosses en parlant un langage mature. Il fait rimer sophistication et évidence, se fait accessible, familier. Et ensuite ?

Ce cycle, cette rétrospective, cette intégrale, devrait raviver dans la cinéphilie strasbourgeoise de multiples débats. Moonrise Kingdom est-il anecdotique ? Grand Budapest Hotel est-il un caprice de cinéaste, gavé jusqu’à la gueule de ses propres élans stylistiques ?

Pour soutenir les divers arguments, chaque film projeté est précédé d’un court-métrage du réalisateur.

Et jusqu’au 2 août, il sera donc possible de voir, de revoir, pour aimer ou trancher, l’œuvre de l’unique, du merveilleux, de l’irritant Wes Anderson. On en parle dans les commentaires ?

 

À l’ASPTT pétanque, on aime les champions… surtout de loin

À l’ASPTT pétanque, on aime les champions… surtout de loin

Un été au club-house. – La vie s’écoule tranquillement au club-house de l’ASPTT Strasbourg, section pétanque. À l’ombre des marronniers, on carbure à l’eau pétillante avant l’apéro, on écoute les blagues de Bernard, on déguste les gâteaux de Christiane et on reste méfiants vis à vis des stars de la pétanque. Faudrait pas qu’ils ruinent l’ambiance.

Un après midi d’été, quelque part dans un recoin de Strasbourg, entre l’Ill et le quartier populaire de l’Elsau. L’environnement sonore est étonnamment calme, tout juste quelques sirènes rappellent que même au bord de l’eau, on est en pleine ville. Sur la pelouse, autour d’une table en plastique défraîchie, Eugène, Christiane, Malou, Bernard et d’autres, tous retraités, sirotent leurs Carola tranquillement.

« C’est à 18 heures qu’on passe au pastis », précise Eugène, vite repris par l’assemblée : « tu vas donner une mauvaise image de la pétanque ! »

Autour d'une table, chacun prend le temps de discuter et d'écouter les blagues de Bernard (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
Autour d’une table, chacun prend le temps de discuter et d’écouter les blagues de Bernard (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)

Mais de pétanque, pour l’instant, il n’en est pas question. La section strasbourgeoise de l’ASPTT compte 23 licenciés… et 35 « membres loisirs », dont une bonne part d’épouses, qui n’ont aucune intention d’aller tutoyer le cochonnet. Malou donne le ton :

« On est là pour surveiller nos maris. »

Après un éclat de rire général et quelques échanges en alsacien, elle précise :

« Et puis on aide lors des concours et des soirées, pour l’entretien, la cuisine, les sandwiches, la caisse, la tenue du bar… Je viens tous les jours ou presque ici, j’y suis bien, on passe de bons moments ensemble. »

Pour certains membres du club, la pétanque, c'est juste le décor (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
Pour certains membres du club, la pétanque, c’est juste le décor (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)

Une ambiance de repas familial qui s’éternise

Les bons moments auxquels Malou fait référence, ce sont simplement des discussions détendues autour de la table, des fous rires communicatifs. Tous se connaissent depuis longtemps, certains se sont rencontrés sur leur lieu de travail alors qu’ils étaient encore salariés. C’est ce qui explique cette ambiance de repas familial qui s’éternise.

« C’est notre jardin d’été, il manque juste la piscine », détaille Lily, déclenchant à nouveau l’hilarité générale.

En hiver, la même compagnie se retrouve autour de jeux de cartes ou de dés, à l’intérieur du club-house, un petit bâtiment qui appartient à l’ASPTT de Strasbourg. Fort heureusement, il n’est plus besoin d’avoir été agent des postes et télécommunications pour être membre. Le dernier facteur encore présent, Bernard, fait partie des meubles et des membres fondateurs de la section. Il est d’ailleurs en train d’hésiter entre pointer et tirer, un peu plus loin sur l’un des terrains du club.

Chaque point est âprement discuté. Toutes les règles de la pétanque sont appliquées (Photo PF / Rue89 Strasbourg)
Chaque point est âprement discuté. Toutes les règles de la pétanque sont appliquées. (Photo PF / Rue89 Strasbourg)

Pas de stars, que des bons joueurs

Eugène reprend :

« Ici, c’est un club très familial. On aime pas trop la compétition. Il n’y a pas de stars, il n’y a que des bons joueurs, plaisante-t-il avant de continuer : « ici, il n’y a pas de jaloux. On ne vient pas là pour se prendre la tête et j’espère bien que ça restera ainsi… Il y a d’autres endroits, des clubs à sous, où ils courent après les titres. Mais c’est un autre univers, complètement différent. »

Le club-house est bien équipé : un bar, une machine à glaçons, une tireuse à bière… Tout est là. Oh bien sûr, dans un coin trône des dizaines de coupes remportées par les membres lors de divers tournois et une télé dans un autre coin est censée diffuser les compétitions européennes de pétanque. Mais elle est plutôt squattée par les enfants, qui regardent les aventures des Pokémons, offrant ainsi une paix royale à leurs parents.

Le club-house est bien équipé... pour accueillir des soirées d'anthologie (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
Manu aux manettes. Le club-house est bien équipé… pour accueillir des soirées d’anthologie (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)

La deuxième maison de Manu

Deux adultes sont néanmoins diplômés de Jeunesse et Sports pour encadrer les jeunes, Thérèse, la présidente, et Manu, le vice-président. Ce dernier, « chauffeur-livreur à la retraite dans un an » est l’une des chevilles-ouvrières du club, une bonne partie du matériel utilisé par l’association lui appartient personnellement et c’est lui aussi qui récupère des matériaux pour améliorer l’environnement immédiat du club-house.

Il est venu à la pétanque par hasard et devant l’accueil, il n’a jamais quitté le club. Aujourd’hui, il se plait à organiser les concours et les immenses barbecues, deux fois par an, en mettant en service son four à tartes flambées qu’il a lui-même fabriqué, et quand on passe à la soirée dansante, c’est lui le DJ. Il est là tous les après-midi après ses tournées, en soirée la plupart du temps et une bonne part des week-ends. Et quand il n’est pas là, Manu remplace Thérèse aux réunions de l’ASPTT ou du comité départemental.

Manu fait le tour de son club-house :

« On ne reçoit aucune subvention, et sur nos cotisations, la majorité part à l’ASPTT. Alors on est obligés de se débrouiller. La municipalité nous aide un peu pour les extérieurs. On va rajouter un peu de gravier sur les terrains, ça obligera tout le monde à lever les boules ! »

Derrière le club-house, ça joue plus technique (Photo PF / Rue89 Strasbourg)
Derrière le club-house, ça joue plus technique. (Photo PF / Rue89 Strasbourg)

Chiffon dans une main, fil aimanté de l’autre…

Dans le « cadre d’honneur », on joue détendu, les boules peuvent rouler longtemps… Manu trouve que le niveau général du club s’en ressent. Derrière le club-house, un autre terrain est plus technique. Là, on ne fait pas de détails : une boule approche un peu trop du cochonnet, elle est déquillée direct, avec une maîtrise qui force le respect pour un club amateur « qui n’a pas de champion. »

Parce qu’à bien y regarder, tous jouent quand même très bien à la pétanque. Et ils sont bien équipés : boules dures ou demi-dures, de 600 à 780 grammes, le chiffon dans une main, le fil aimanté dans l’autre pour récupérer les boules sans se baisser… et le mètre dans la poche. Un millimètre est un millimètre et le règlement, c’est le règlement. Manu l’assure : on joue toujours avec toutes les règles.

Eugène a quitté la table et les femmes pour rejoindre une triplette. Et il ne faut pas le chercher : à son tour, voilà que la partie est relancée et que tout est à refaire pour ses adversaires. En arrière-plan, des jeunes du quartier de l’Elsau jouent au basket sur le terrain d’à côté. Un autre monde. Ils viennent pour se désaltérer au club-house, en prenant un peu d’eau fraîche. En revanche, ils ne montrent aucun intérêt pour la pétanque. Peut-être dans quelques années…

#pétanque

Il ne reste plus grand chose de « Nuit Debout » à Strasbourg

Il ne reste plus grand chose de « Nuit Debout » à Strasbourg

Plus de 300 personnes se sont réunies pendant quelques semaines place de la République à Strasbourg à l’appel de « Nuit Debout ». Ils ont tenu des assemblées générales, débattu sur le système et la société mais aujourd’hui… il n’y a plus grand chose. Seule une dizaine de personnes gardent allumée la flamme du débat public, en espérant un nouveau sursaut.

Partis 300, ils ne sont plus qu’une poignée. Après plus de 40 assemblées générales et 80 jours de rencontres, de discussions, il ne reste plus beaucoup de membres actifs qui se reconnaissent dans « Nuit Debout » à Strasbourg, mouvement créé à Paris après la manifestation contre la « loi travail » du 31 mars. Mardi soir, quelques-uns d’entre eux se trouvaient place Broglie.

Présent sur les réseaux sociaux, le mouvement donne encore rendez-vous, tous les jours, à ceux qui souhaitent « participer, échanger ou tout simplement écouter ». Depuis mai, l’occupation systématique de la place de la République a cédé la place à des « assemblées générales » thématiques, sans lieu fixe, au cours desquelles les participants peuvent débattre.

Mais à 19h mardi place Broglie, personne. Deux quidams semblent être au faîte de la réunion. « Nuit Debout » à Strasbourg c’est eux, les deux premiers arrivés. Manu et Eddy.

« En vrai, elle commence à 20 heures l’AG »

Manu, 30 ans, vit du RSA. Il aimerait « changer le monde ». Eddy a 37 ans, son  « travail, c’est de faire de la résistance ». Il a participé à de nombreuses ZAD (Zones à défendre) dont celle de Notre-Dame-Des-Landes, Avignon, ou encore Rennes-les-Bains. Les deux habitués assurent que plus de personnes participeront au rendez-vous du soir : « En vrai elle commence à 20 heures l’AG »

En attendant les retardataires, Manu confie ses ambitions pour le mouvement :

« On va essayer d’aider les étudiants. Ce qu’il faut c’est changer l’Éducation nationale ». Eddy de poursuivre : « Là on va faire une ZAD pour le bout de l’autoroute (le Grand contournement ouest de Strasbourg, ndlr). Quand on va manifester avec les agriculteurs tout va changer. »  

Sur les raisons pour lesquelles le mouvement Nuit Debout s’est étiolé, Eddy donne une première explication : « c’est parce qu’on donne plus de flyers. On ne prévient plus les gens ».

Nuit Debout est devenu itinérant... et nettement moins fréquenté (Photo TU / Rue89 Strasbourg / cc)
Nuit Debout est devenu itinérant… et nettement moins fréquenté (Photo TU / Rue89 Strasbourg / cc)

« C’est nous les finalistes »

Baptiste, banquier, arrive un quart d’heure plus tard. L’homme de 36 ans a été « caissier, adjoint, directeur d’agence ». Rapidement, il donne son sentiment sur la disparition progressive des membres strasbourgeois de Nuit Debout :

« C’est moins bien parce que il y a moins de monde mais c’est aussi bien parce qu’on est restés. Nous, on est en finale. Il y a eu les gens qui sont venus au « festival », quand ils ont fini de s’amuser, ils sont partis. Ensuite il y a eu ceux qui avaient un gros désir de changement et pour qui ça n’allait pas assez vite. Mais évidemment ça prend du temps ce genre de choses. Et maintenant, il reste nous. »

Selon Baptiste, Nuit Debout à Strasbourg rassemble encore « au moins une vingtaine de personnes. » Mais les cinq comparses présents mardi soir reconnaissent qu’après le délogement de la Place de la République, tout est allé decrescendo. Guerres intestines et débats nocturnes ont eu raison de la patience de beaucoup. Baptiste rappelle la situation :

« Le soir on parlait constamment du campement et ça a essoufflé beaucoup de monde. On a perdu beaucoup de gens là dessus. »

Pendant longtemps, il y a eu deux « Nuit Debout », ceux de la journée qui gardaient le campement place de la République, et ceux du soir qui appréciaient d’échanger lors des agoras. Yoam, intérimaire dans l’industrie, ajoute :

« Il y a eu une grande scission. Nos rencontres sous forme d’AG ne convenaient pas aux sans-abris ni aux punks à chiens qui étaient présents. »

Mener des actions ponctuelles

Parmi ceux qui restent, l’objectif désormais est de mener des actions ponctuelles. Yoam détaille :

« On n’avait pas vraiment de ligne ni d’organisation clairement définie. Mais maintenant, à quinze ou vingt, on commence à mieux se connaître et à s’organiser. Depuis qu’on est peu nombreux, on a réussi à gérer un peu mieux la communication. On a repris les rênes des réseaux sociaux parce que ceux qui nous précédaient continuaient à poster sans lien avec le terrain. Et puis on peut désormais aller au fond des choses, avoir des discussions plus longues… »

Leur dernière action en date fut l’ouverture d’une exposition affichant des comptes rendus d’assemblées générales. Elle durera trois mois. Il y a quelques jours ils ont organisé une « université populaire » sur le thème de l’évasion fiscale, place de la République, avec un succès mitigé, semble-t-il. Ils ont manifesté devant le Parlement européen pour « fêter l’anniversaire de l’austérité grecque » et ont récemment publié un « anti-compte-rendu », moquant les critiques qui leur sont généralement faites.

Il y a trois semaines, Robert Herrmann avait participé à une AG de Nuit Debout.
En mai, le président de l’Eurométropole, Robert Herrmann avait participé à une AG de Nuit Debout. (Photo Pablo Desmares / Rue89 Strasbourg / cc)

Pour Baptiste, Nuit Debout est désormais un mouvement de soutien multi-causes :

« Quand il y a des mouvements à soutenir, on y va. On a fait la marche avec Amnesty International. On essaye de se rapprocher du Stück. Mais on travaille surtout la communication, qu’il a fallu remonter, c’est l’image du mouvement. »

Tous regrettent d’être parfois perçus comme « extrémistes ». En attendant la rentrée et le retour des étudiants, ils terminent la rédaction d’un manifeste, dont ils donnent les intentions :

« Un manifeste, une sorte de carte visite permanente [qui] doit permettre au mouvement de mieux se définir vis-à-vis de tout le monde. Au début, on s’en foutait parce qu’il y avait du monde. Aujourd’hui, on essaye de définir une grille de lecture, une posture. »

Les cinq comparses ne se connaissaient pas avant Nuit Debout. Si beaucoup regrettent l’entre-soi et des discussions qui ont trop tiré en longueur, le mouvement aura eu le mérite de libérer des paroles, créer des rencontres. Étienne, présent mardi soir, espère encore « un sursaut des mentalités.« 

Les nouveaux formats mobiles sont arrivés sur Rue89 Strasbourg

Les nouveaux formats mobiles sont arrivés sur Rue89 Strasbourg

Les formats mobiles de Google (AMP) et de Facebook (Instant Articles) sont disponibles sur Rue89 Strasbourg. Voici ce que ça change.

Certains lecteurs attentifs l’auront peut-être remarqué : l’affichage des articles sur certaines plate-formes mobiles a un peu évolué. Depuis quelques temps, le site de Rue89 Strasbourg est compatible avec les formats Accelerated Mobile Pages (AMP) de Google et Instant Articles de Facebook. Ces deux formats, signalés dans les applications compatibles par un petit éclair, ont pour ambition d’accélérer l’affichage des contenus sur les smartphones mais évidemment, leurs finalités sont différentes.

À Rue89 Strasbourg, nous savons qu’être un média numérique implique d’être prêt à faire évoluer nos technologies de publication tous les six mois, aussi nous avons lancé dès que possible les travaux pour rendre le site compatible. Pour autant, nous restons vigilants sur nos objectifs, qui sont de publier sur un site que nous contrôlons nos informations, financées par l’affichage de publicités en provenance de clients que nous connaissons. Dans l’environnement ultra-verticalisé des médias numériques, garder ces deux points d’ancrage est devenu une originalité.

De g. à d., le format mobile classique, le format AMP et Instant Article.
De g. à d., le format mobile classique, le format AMP et Instant Article.

AMP, un format peu contraignant

Grâce au travail acharné de notre développeur, Geoffrey Brossard, l’affichage final du format AMP de Google est très proche de la version mobile, responsive, que nos lecteurs connaissent depuis qu’a été mise en ligne la nouvelle version de notre site en avril 2016. Publier en AMP consiste à dupliquer une version très épurée des contenus, Google se contentant de les référencer comme tels et d’en favoriser le référencement lorsque les lecteurs accèdent depuis des téléphones portables.

Les contenus tiers, comme les vidéos, sont compatibles avec le format AMP. Il bloque en revanche la plupart des « scripts », ces petits bouts de code informatiques. Pour cette raison, il est impossible de commenter les articles en mode AMP. Nous avons donc ajouté un bouton « Réagir à cet article » à la fin, qui renvoie sur la version mobile classique du site, où les commentaires sont disponibles. Les articles AMP restent hébergés sur notre serveur, qui diffuse pour chaque article une version AMP (il suffit d’ajouter /amp après l’adresse de chaque article). Les partages par les applications sociales restent possibles.

Instant Articles, l’aspirateur Facebook

Le format de Facebook, Instant Articles, est en revanche beaucoup plus contraignant. Là, une copie des articles est effectuée sur les serveurs de Facebook, qui sont ensuite affichés dans l’application mobile avec une mise en forme sommaire. L’affichage de tous les Instant Articles est donc très similaire, qu’ils proviennent de Rue89 Strasbourg, du Monde ou de Libération… C’est l’objectif de Facebook, qui aspire les contenus dans son écosystème afin d’y garder ses utilisateurs. Et bien entendu, seul le partage au sein de Facebook est autorisé, même chose pour les commentaires.

Cette appropriation par le réseau social pose beaucoup de questions. Pour ces raisons, le format Instant Articles reste en cours d’évaluation chez nous et il n’est pas exclu qu’on en sorte, si on se rend compte que notre audience est trop divisée par exemple. Notre objectif étant plutôt de faire en sorte que les gens se parlent, échangent et se rencontrent dans les commentaires à l’occasion de la publication de nos informations.

Dans tous les cas, nous sommes évidemment preneurs de vos retours, de vos remarques, encouragements et critiques. Bonnes lectures !

Roland Ries voit en Emmanuel Macron un successeur de Michel Rocard

Roland Ries voit en Emmanuel Macron un successeur de Michel Rocard

Le maire (PS) de Strasbourg, Roland Ries, était présent lors du meeting d’Emmanuel Macron, à la Mutualité à Paris mardi soir. Une présence qui n’a pas manqué d’interroger les observateurs politiques, alors que le ministre de l’Économie se positionne en concurrent du candidat socialiste pour l’élection présidentielle de 2017.

Roland Ries, maire (PS) de Strasbourg, était présent, au premier rang, au meeting du mouvement d’Emmanuel Macron, « En Marche », mardi soir à la Mutualité à Paris. Il a été repéré par Pierre-Nicolas Schweitzer, qui a publié l’information sur Facebook. La communication du maire est restée muette sur cette participation.

Roland Ries, grand maire socialiste, au premier rang d'un meeting d'Emmanuel Macron (Photo En Marche / Facebook)
Roland Ries, grand maire socialiste, au premier rang d’un meeting d’Emmanuel Macron (Photo Pierre-Nicolas Schweitzer / En Marche / Facebook)
Plus de 3 000 personnes étaient présentes à la Mutualité, dont au moins un Strasbourgeois (Photo En Marche / Facebook)
Plus de 3 000 personnes étaient présentes à la Mutualité, dont au moins un Strasbourgeois (Photo Pierre-Nicolas Schweitzer / En Marche / Facebook)

Le ministre de l’Économie a remercié Roland Ries de sa présence, comme de celle de Gérard Collomb, autre maire socialiste de Lyon, parce que « vous avez pris un risque, nous ne sommes pas toujours bien vus des partis ».

C’est sûr ! Le président de la République, François Hollande, et le Premier ministre, Manuel Valls, s’agacent du placement politique, en recherche d’autonomie et d’indépendance, de leur ministre. Emmanuel Macron, devant plus de 3 000 personnes mardi soir, n’a cependant pas annoncé sa démission du gouvernement ni formalisé sa candidature à l’élection présidentielle de mai 2017.

Revoir le meeting d’En Marche !

Le maire de Strasbourg, Roland Ries, apparaît au tout début de la vidéo.

Roland Ries intéressé par la ligne social-démocrate au PS

Dans son discours, Emmanuel Macron indique que « ce soir, nous ne sommes pas un rassemblement de semblables mais nous voulons tous changer le pays. » Pendant une heure, le ministre de l’Économie a appelé à changer « un système fatigué », à souhaiter « une refondation »… Dans ce contexte, comment expliquer la présence de Roland Ries, qui a passé toute sa carrière politique dans le courant rocardien du Parti socialiste ? Après la disparition de son mentor, le maire de Strasbourg se cherche-t-il un nouveau courant réformiste au PS ?

C’est bien la continuation du courant rocardien qui a intéressé Roland Ries, comme il l’a précisé mercredi en fin d’après-midi :

« J’ai simplement répondu à l’invitation d’Emmanuel Macron et de sa femme, qui sont tous les deux des amis. Emmanuel Macron est un social-démocrate, dans le courant qui est le mien au PS depuis des années. Il a eu l’occasion de le préciser mardi soir, c’est un progressiste. »

Dans son discours, Emmanuel Macron a précisé qu’il était « de gauche » et il a rendu un hommage appuyé à Michel Rocard, dont la veuve était présente dans le public. Pour le ministre de l’Économie, Michel Rocard était « surpris » par le mouvement En Marche ! parce que, dit le ministre, Michel Rocard « était un homme de parti ».

Pour Roland Ries, la force d’Emmanuel Macron est d’être capable de s’adresser à la jeunesse :

« J’ai participé à de nombreux meetings politiques où les têtes chenues sont les plus nombreuses. Mardi soir, j’ai pu constater à quel point Emmanuel Macron était capable d’intéresser les jeunes à la politique et ça, c’est une grande force. Son discours et ses idées sont intéressantes. Après… On verra bien ce qu’il en sera. Certains pensent qu’Emmanuel Macron a commis des erreurs de tactique politique, ce qui serait assez rocardien d’ailleurs…  On verra ce qu’il en sera. Dans tous les cas, je n’ai pas adhéré à En Marche ! et je reste au PS. »

Philippe Bies prend ses distances

De son côté, le député (PS) de Strasbourg, Philippe Bies, n’a pas accepté l’invitation d’Emmanuel Macron. Comme il l’indique sur son profil Facebook, Philippe Bies ne voit « rien de bien neuf » dans la démarche du ministre de l’Économie, « ni pour ni contre bien au contraire comme dirait Coluche. » Philippe Bies conclut même son post par le hashtag #stopMacron. Voilà qui est clair et qui révèle une ligne de fracture entre les élus socialistes strasbourgeois.

Après avoir « hésité à faire ce post suite à de nombreuses pressions de ma famille politique », Patricia Schillinger, sénatrice PS du Haut-Rhin, a également annoncé sur Facebook qu’elle était présente au meeting de mardi soir.

Au Natala à Colmar : Amour, Satan, Mammouth et Singe dans un cadre bucolique

Au Natala à Colmar : Amour, Satan, Mammouth et Singe dans un cadre bucolique

Concours de ciné-concert, ateliers, projections, pétanque : le festival du Natala à Colmar mixe activités extérieures et programmation musicale pétillante, dans le cadre verdoyant d’un parc aménagé. Rendez-vous de mercredi 13 à dimanche 17 juillet.

Depuis plus de dix ans, la fédération Hiéro installe un petit salon, un petit chez soi, au milieu d’une clairière près de Colmar. Isolé de la ville, pendant cinq jours de festivités « chill out » comme ils disent là-bas, le parc du Natala devient un lieu où apéro rime avec mix, mix avec concerts et concert avec projections. Le concept : s’allonger dans l’herbe, se détendre, garder un oeil sur les enfants tout en descendant quelques bières.

Julie, chargée de la programmation du festival, évoque son évolution :

« On a amélioré l’aménagement du parc pour le rendre plus agréable, avec plus d’espace pour le « chill out ». On a un partenariat avec Espoir (l’équivalent d’Emmaüs à Colmar, ndlr) pour l’ameublement. On a trouvé plein de petits trucs pour que les gens s’amusent : babyfoot, piste de glisse… On a aussi un photomaton vendredi, samedi, dimanche. Et il y a un « dancefloor à ressorts » tous les soirs pour l’after mix ! »

Faire se croiser familles et jeunes

Dans ce Natala revisité, plusieurs publics se croiseront : ceux qui y vont en famille pour saisir la saveur du mois de juillet, ceux pour qui ce moment est un pèlerinage et donnent rendez-vous chaque année à leurs amis des environs… Et aussi ceux qui se déplacent pour la programmation, curieux. Ils viennent de Strasbourg, Belfort, Nancy voire de Freiburg. Julie essaie de détailler la ligne programmatrice du Natala :

« Le festival est vraiment populaire. Les gens viennent pour découvrir les groupes, sans a priori. On essaye de proposer des découvertes qui restent accessibles même si elles peuvent être en même temps pointues. »

Voici un aperçu de ce qu’on pourra y découvrir chaque jour.

Mercredi : Concert du groupe Amor Blitz

Musique Pop, Rock, Pop-Rock, Surf un peu rétro, un peu Téléphone un peu Mac DeMarco, vaguement kitchoune et surtout rythmée. Le groupe strasbourgeois envoie « du chorus et du love ».

Jeudi : performance sonore et visuelle sixteen

Deux projectionnistes, trois musiciens, pour un film/performance qui superpose son, images 16 mm et diapositives en direct. Le projet a été préparé en résidence à la salle de la Cité à Rennes.

http://www.unidivers.fr/sixteen-travelling-seoul-coree-2016/

Vendredi : Apéro-mix de DJ daddy long legs

« Well then get your shit together, get it all together, and put it in a backpack, ALL your shit. So it’s together »… Ainsi commence un mix de DJ daddy long legs, aux sonorités empreintes de culture internet et avec des références telles que Little Einsteins ou Rick and Morty.

Samedi : concours de ciné-concert

En lice : Amour (cold wave – Strasbourg) vs Thank You Satan (post rock stoner – Sélestat) va Wild Mammoths (r’n’r – Colmar) ve Singe Chromés (chanson nouvelle post vague – Mulhouse). Le principe : quatre groupes de musique représentent les quatre villes principales d’Alsace. Ils devront tour à tour jouer en live pour illustrer musicalement la projection du même film. Après quoi, le public votera pour la meilleure prestation.

Dimanche : ateliers mômes

Stop Motion : les animateurs et les enfants prendront des photos de personnages miniatures qu’ils mettront à la suite pour créer un film. Noise : sur les planches du « dancefloor à ressorts », seront installés des capteurs sonores qui permettront aux enfants de créer de la musique avec leurs sauts et leurs pas. Mini tableaux : utilisation d’objets de récup’ pour faire des tableaux en 3D.

Pour l’herbe verte, la musique douce ou les vieux amis, l’entrée est gratuite jusqu’à 19h puis 5 euros. Le dimanche, c’est aux dés qu’on joue le prix de son entrée.

Des Piafabec et des Nosferapti sont arrivés dans Strasbourg, hordes de chasseurs en formation…

Des Piafabec et des Nosferapti sont arrivés dans Strasbourg, hordes de chasseurs en formation…

Le jeu Pokémon Go n’est pas encore officiellement sorti en France mais il est déjà un phénomène de société. Dans un Strasbourg envahi par les bulbizarres et les piafabecs, nous sommes partis les attraper tous, devenir le meilleur dresseur, nous battre sans répit.

Soudain, dos à la Cathédrale de Strasbourg, un Nosferapti sauvage apparaît. Déception. Tous ceux ayant grandi avec la célèbre franchise de jeux vidéos et dessins animés, créée en 1996, savent que Nosferapti, question prestige, ce n’est pas ce qu’il se fait de mieux comme Pokémon. Tant pis, attrapons-le. Sur l’écran du smartphone, on pose le doigt sur le Pokémon. La caméra se lance et, du plan de la ville en 3D projetée par l’application Pokémon GO, on aperçoit désormais notre Nosferapti trôner au milieu de la rue, la vraie, grâce à la magie de la « réalité augmentée ».

Les commerçants continuent leur travail, les passants font leurs emplettes et personne ne se rend compte qu’un combat décisif se joue ici. Il ne nous reste que trois Pokéballs et le maudit Nosferapti se déplace de part en part du téléphone. Alors, on vise, on fait glisser le doigt sur son smartphone et… « le Nosferapti est capturé ! »

Il va falloir qu'il évolue vite en Nosferalto, celui-là.
Il va falloir qu’il évolue vite en Nosferalto, celui-là.

Pokémon GO, l’application qui casse internet

Pokémon GO, c’est une application de jeu sur smartphone qui incruste de façon réaliste des personnages virtuels dans la réalité filmée par la caméra. Concept relativement ancien dans le jeu vidéo, la réalité augmentée a percé sur téléphones grâce au jeu Ingress, en 2014, éditée par le studio Niantic.

C’est ce même studio de conception et réalisation de jeux vidéos qui, en partenariat avec la Pokémon Company, Google et Nintendo, a proclamé la chasse aux Pokémons ouverte depuis le 7 juillet, en lançant le jeu Pokémon GO sur le Google Play Store d’Android et sur l’AppStore d’Apple. Mais seulement aux États-Unis, en Australie, au Japon et en Nouvelle-Zélande. Le reste du monde doit, officiellement, patienter jusqu’à la fin du mois. Seulement, quelques moyens simples (voir ici pour iOS, ici pour Android) ont vite été trouvés pour contourner cette limitation et permettre à chacun de télécharger l’application, qu’on soit à Strasbourg ou à Alger.

Depuis, Internet est devenu fou. Du moins, encore plus fou que d’habitude. Il y a ceux qui jouent pendant l’accouchement de leur femme, ces jeunes filles qui partent en kayak en haute mer pour conquérir une arène, ou ce garçon qui raconte comment Pokémon GO lui a sauvé la vie (en anglais). À Sydney, une chasse géante aux Pokémons a même rassemblé près de 5 000 personnes.

L’application bat des records de téléchargements. En une semaine, elle est plus utilisée que Tinder et Whatsapp et serait en course pour dépasser Twitter en nombre d’utilisateurs. Une performance exceptionnelle qui fait les affaires de Nintendo, dont l’action a augmenté de plus de 20% depuis lundi matin.

Pour recharger votre stock de pokéballs, rendez-vous dans le bureau du maire

Mais sur le terrain, qu’est ce que ça donne, la chasse aux Pokémons ? Une fois le jeu lancé, c’est un certain Professeur Saule qui apparaît. Il propose de choisir entre trois petites bêtes, que chacun reconnaîtra : un Salamèche, un Carapuce et un Bullbizard. Nous démarrerons avec Salamèche et partons derechef découvrir Strasbourg sous un nouvel angle.

C’est en fait deux nouveaux angles de vue que propose l’application. Dans un premier temps, le jeu affiche une carte des rues de Strasbourg avec un petit personnage ce promenant dessus. C’est vous. Le jeu nécessite la géolocalisation et ce personnage suivra vos mouvements à travers la ville. Un peu partout, vous apercevrez des petites icônes bleues : ce sont les Pokéstops, où vous trouverez des Pokéballs et divers objets.

Mais ces lieux ne sont pas dispersés au hasard : ils sont répartis selon des lieux historiques, notables ou insolites. À Strasbourg, l’Hôtel de ville, le musée historique sont des Pokéstops, tout comme une étrange bouche d’aération, nommé « escaliers de Pacman » dans le jeu.

(De gauche à droite) Les Pokéstops de l’Hôtel de ville, du fameux Pacman et de l’écran de visualisation des rues.

Il y également des arènes où le joueur pourra faire combattre ses Pokémons. Elles sont « insallées » à des points importants de la ville : la place Kléber, la place de l’Homme de fer, la Cathédrale, la place d’Austerlitz… Autant de lieux où l’on peut venir se battre, une fois le niveau cinq atteint.

Autant dire que Salamèche n'a pas fait long feu.
Autant dire que Salamèche n’a pas fait long feu.

Dans la Cathédrale, un Piafobec apparaît !

Mais c’est le deuxième angle de vue qui est vraiment surprenant : c’est celui où vous allez (enfin) attraper un Pokémon. Pour les trouver, il faudra véritablement crapahuter à travers les ruelles de la ville. Un onglet, en bas de votre écran de carte, vous permettra d’ailleurs de voir les types de Pokémons proches.

Pas de Meow en vu pour le moment.
Pas de Meowtwo en vue pour le moment.

Certains lieux sont très propices à la présence de Pokémons. Dans la Cathédrale de Strasbourg, nous avons par exemple trouvé pléthores de petites bêtes, ainsi que trois Pokéstops. Visiblement, c’est un choix assumé des développeurs que de placer les pokémons dans des lieux connus et fréquentés. Alors, forcément, on les a attrapés.

Tout comme Nosferapti, le Piafbec, c'est un peu le Pokémon qu'on ne veut pas.
Tout comme Nosferapti, le Piafabec, c’est un peu le Pokémon qu’on ne veut pas.

Des précisions historiques sont également mises à disposition des joueurs sur les lieux visités. Il suffira au joueur de cliquer sur un onglet pour obtenir plus d’informations. Ici, par exemple, la sculpture de l’offrande des Rois mages, dans la Cathédrale.

Pour l'orthographe en revanche, ce n'est pas encore ça.
Pour l’orthographe en revanche, ce n’est pas encore ça.

Des joueurs, déjà ?

Malgré l’engouement suscité par le jeu, quelques critiques émanent sur le jeu. Principalement, l’absence de mode multijoueur. Si l’on peut défier les joueurs dans les arènes, ce n’est pas vraiment un combat de dresseurs contre dresseurs (on vous laisse découvrir cette particularité), mais plus un combat automatisé.

La plupart des arènes de Strasbourg ont déjà été prises d’assaut par des amateurs de Pokémon GO, avant même la sortie officielle du jeu, mais nous n’avons trouvé qu’un seul Pokéstop investi. En effet, les dresseurs peuvent installer un « module leurre » dans un Pokéstop pour attirer le plus de Pokémons à proximité et les capturer. Des joueurs de Pokémon GO, à Strasbourg, déjà ? Encore peu, mais ce qui laisse plus de Pokémons pour nous…

Maladie de Lyme : plus de 100 médecins lancent un cri d’alarme

Maladie de Lyme : plus de 100 médecins lancent un cri d’alarme

Un collectif de plus de 100 médecins, emmenés par le Pr Christian Péronne, chef du service infectiologie de l’hôpital de Garches, a publié une tribune dans L’Obs, pour demander au gouvernement de mieux prendre en compte la maladie de Lyme. Transmise par les tiques, cette maladie est difficilement détectée, mal connue et elle peut avoir des conséquences très graves, comme d’intenses douleurs, des paralysies partielles voire des séquelles neurologiques.

Selon ces médecins, l’absence d’une doctrine nationale cohérente dans la prise en compte de cette maladie provoque l’errance de patients « qui errent des années d’hôpital en hôpital. Paralysés, souffrant de douleurs musculaires et articulaires, on leur a diagnostiqué à tort un Alzheimer, une sclérose en plaques ou une spondylartrite, » précisent-ils.

Un plan national jugé insuffisant

Pour les médecins, l’annonce d’un plan d’action national contre la maladie de Lyme en septembre 2016 est « un premier pas timide vers la reconnaissance officielle de la maladie de Lyme chronique » mais insuffisant. Ils demandent :

    « Des financements publics pour améliorer les tests de diagnostic, actuellement non fiables. Des plaquettes officielles du gouvernement prétendent par exemple que le test actuel dépiste 100% des maladies de Lyme dans leur forme articulaire. C’est faux. La prise en compte de la détresse morale majeure mais aussi socio-professionnelle de ces patients en errance diagnostique pendant plusieurs mois ou années. Certains sont obligés de dépenser des fortunes pour se faire soigner à l’étranger. Ces patients doivent pouvoir avoir accès au statut de l’affection longue durée (ALD) et au remboursement à 100% de leurs traitements. L’arrêt des poursuites contre les médecins qui ne suivent pas les recommandations officielles (consensus de 2006) pour soigner leurs patients. La prise en compte des récentes données scientifiques afin d’aboutir à un nouveau consensus thérapeutique adapté. La création d’unités hospitalières spécialisées Lyme avec, à terme, des instituts labellisés, aussi bien pour la recherche fondamentale que pour la recherche clinique. Des financements publics pour la recherche sur les maladies vectorielles à tiques. »

L’appel n’a encore été signé par aucun médecin de Strasbourg. Dans le Bas-Rhin, on peut noter la signature de François Lallemand, médecin généraliste de Schirrhein, Robert Wohlfahrt, médecin généraliste à Wissembourg et dans le Haut-Rhin, celle d’Agnès Molle, pédiatre à Colmar.

#Pr Christian Péronne