Photo : Raphaël Da Silva / Rue89 Strasbourg / Flickr
L’association Regain vient en aide aux femmes et aux enfants victimes de violence à Strasbourg. Du moins, c’était le cas. Lundi, le tribunal a placé l’association en redressement judiciaire. En cause : le manque de moyens, après la décision du conseil départemental du Bas-Rhin de réduire ses subventions à l’hébergement d’urgence en janvier.
À Strasbourg, l’association Regain soutient les femmes et les enfants victimes de violence depuis 1933. C’est désormais terminé : lundi 27 juin, la chambre commerciale du tribunal de grande instance de Strasbourg a placé l’association en redressement judiciaire, deux mois après avoir été déclarée en cessation de paiement. D’ici la fin du mois d’août, l’association sera soit fermée, soit reprise.
Chaque année, Regain vient en aide à plus de 160 femmes et enfants victimes de violences. De la prise en charge immédiate, souvent en état de choc, à l’accompagnement administratif ou à l’aide au relogement, l’association suit les personnes durant trois mois à trois ans, en fonction des situations. S’ajoute à ce chiffre les personnes mises en relation grâce au 115, pour une aide immédiate et éphémère : 1 100 nuitées ont été passées dans les locaux de l’association en 2015.
Et pendant ce temps, les violences continuent
Un monde géré par 13 employés et suivi par une présidente, Geneviève Daune-Anglard. Elle était au tribunal lundi matin, pour entendre la décision de la chambre commerciale :
« Pendant ce temps, aux Assises, juste à côté, il y avait l’audience d’un homme jugé pour tentative de meurtre sur sa femme et violences sur son enfant de 15 ans. »
Elle explique la situation, émue et, surtout, très énervée par ce qu’elle considère comme une injustice criante. Lors de la dernière semaine du mois de janvier, le Conseil départemental a décidé de couper court dans les subventions des associations d’aide sociale et d’hébergement d’urgence. Pour Regain, ce retrait représente une perte de 130 000 euros sur un budget total de 700 000 euros.
En 2015, le département avait investi 640 000 euros dans l’hébergement d’urgence. (photo Raphaël Da Silva / Rue89 Strasbourg / Flickr)
Pas de compensation des autres collectivités
Ni l’État, ni l’Eurométropole n’ont décidé de prendre en charge cette perte de recettes de l’association. Aujourd’hui, Geneviève Daune-Anglard ne voit plus de porte de sortie favorable à la survie de l’association :
« Le problème c’est que, quand on a appris en janvier que nous n’aurions plus ces subventions dans notre nouveau budget, on avait très peu de temps pour se retourner. Nous aurions pu réussir si nous avions été avertis en septembre. Simplement, il y avait les élections régionales et personne ne voulaient pas faire de vagues, alors le Département a annoncé cet arrêt des subventions juste après. Pour Regain, c’est l’arrêt de mort. »
Pour les salariés de l’association, la situation est d’autant plus frustrante que la situation financière de l’association avait été assainie ces quatre dernières années : la dette de l’association s’est réduite de 280 000 euros en 2011/2012 à 45 000 euros en 2015. Les 13 employés organisent une manifestation, mardi 28 juin, en affichant des pancartes dans et aux abords des locaux. Geneviève Daune-Anglard commente :
« Il y a un véritable manque de respect vis a vis des salariés et du public qu’on accueille, dans la façon dont les choses sont gérées. Les élus prétendent qu’ils vont chercher un repreneur. Mais si c’est le cas, on est pas certain qu’il conserve tous les postes. Sept salariés ont plus de cinquante ans. On ne peut pas « ubériser » le travail social, il faut un minimum de personnel et de temps à passer avec le public accompagné. »
Le 22 août, Regain sera à nouveau appelée devant la justice commerciale. Cette-fois pour décider de son éventuelle liquidation judiciaire.
La rénovation des Bains municipaux de Strasbourg sera prise en charge par la collectivité avant de confier la gestion à une association ou une entreprise. Un bassin extérieur sera notamment ajouté et la chaufferie servira à de nouvelles activités du sport-santé.
Après des travaux prévus à l’automne 2018 – en même temps que la réouverture de la piscine d’Hautepierre – l’établissement historique sera confié à un délégataire de service public (DSP) encore inconnu, c’est-à-dire une société privée qui recevra une subvention annuelle de 1,6 million d’euros. Ce prestataire peut être une association ou une entreprise, comme la CTS qui gère les bus et tramways.
Cette participation publique s’explique par la nécessité de maintenir l’accès aux deux bassins aux même tarifs qu’ailleurs à Strasbourg et son agglomération, ainsi qu’aux baignoires et douches publiques. Un engagement pris par le conseil municipal en juin 2015. En revanche, les espaces santé et bien-être qui comprend les saunas et bains bouillonnants ne sont ne sont pas soumis à une obligation de service public et donc un encadrement des prix.
L’arrière du bâtiment qui devrait accueillir un bassin extérieur (photo JFG / Rue89 Strasbourg / Flickr /cc)
30 ans de délégation(s)
Mais avant de laisser les clés à quelqu’un d’autre, il faudra financer la première phase des travaux. En résumé, l’Eurométropole versera 2,6 millions d’euros (le déficit actuel de la piscine), et cela pendant 30 ans (soit 78 millions d’euros), à la Ville de Strasbourg, propriétaire du lieu. Elle-même déléguera à la gestion du site à la Société publique locale (SPL) des Deux-Rives (société de la Ville et l’Eurométropole normalement en charge de l’urbanisation de l’Est de la ville) dès 2017.
La SPL devra donc trouver « un groupement d’entreprises » à qui confier les travaux, estimés à 30 millions d’euros, et un délégataire pour la gestion du lieu à l’horizon 2020. Elle ne profitera pas des recettes des nouvelles activités qui pourraient en découler. Les 42 agents seront réaffectés à d’autres piscines ou non-remplacés.
Des travaux financés par l’ancien déficit
Pour l’adjoint au maire en charge du dossier Olivier Bitz (PS) ce montage est une manière de faire des travaux sans créditer de nouveaux investissements aux budgets de la Ville ou de l’Eurométropole, la mission qui lui était confiée à l’origine :
« Les travaux permettront de générer un million d’euros d’économies de fonctionnement du site, qui seront donc attribuées au remboursement de l’investissement étalé sur 30 ans. Seuls 1,6 million seront versés pour le fonctionnement. Le fait que les travaux soient pris en charge par nous-mêmes permettra d’avoir des délégations assez courtes, alors que ce n’est pas possible quand on demande au délégataire de les payer, puisqu’il doit les rembourser dans le temps. »
En plus de cela, l’Eurométropole et la Ville vont injecter 4 millions d’euros pour monter à 5 millions le capital de la SPL, présidée par le maire de Strasbourg Roland Ries, dont les collectivités sont les seules actionnaires (respectivement à hauteur de 20% et 80%). Cette somme sera injectée à l’emprunt pour le lancement des travaux.
Pour l’ancienne maire de Strasbourg aujourd’hui dans l’opposition Fabienne Keller (LR), le montage est au contraire complexe et non-nécessaire :
« Dire qu’il n’y avait pas les compétences au sein de la collectivité pour justifier de passer par la SPL est méprisant envers les services. Lors de mon mandat (2001-2008 ndlr) nous avions rénové d’autres bâtiments du même architecte, Fritz Beblo, les écoles Saint-Thomas et Neufeld ou le musée historique sans problème. On va se retrouver à payer 2,6 millions pendant 30 ans, or on voit les problèmes de la DSP de 20 ans à l’incinérateur Sénerval. Et puis la SPL est moins transparente que le conseil municipal. Il y a bien une personne de l’opposition qui y siège, mais on n’a pas eu accès à la dernière étude. Elle a été confiée à EPPC (Entreprises Publiques Privées pour le Commerce), un cabinet qui ne fait que de l’immobilier commercial et ne connait rien aux piscines. »
Ce n’est pas l’avis d’Olivier Bitz, qui estime qu’une piscine ne se rénove pas aussi facilement qu’une école et a répondu en séance qu’EPPC a fait appel à d’autres compétences. Quant à la transparence, il promet que le dossier sera toujours soumis aux débats, tant il est scruté par divers observateurs et que le maire doit rendre compte des activités.
Le plan de financement fait au passage sortir définitivement la piscine la Victoire du « plan piscine 2010-2020 », de 100 millions d’euros, où les bains municipaux n’ont certes jamais figuré, bien que cela était fut un temps promis lors de la campagne municipale.
Une piscine extérieure, un bar cafétéria
Au delà de la rénovation patrimoniale des façades, des toitures, du hall principal, des deux halls et leurs bassins, de l’espace des bains romains, les scénarios étudiés ont conduit à privilégier cinq orientations :
L’aménagement d’un nouvel espace de santé et de bien-être (saunas, bains bouillonnants,…) dans l’ancienne buanderie, au sous-sol
La création d’un nouveau bassin extérieur dans la cour arrière (comme imaginé dès 2009), dont l’accès se fait avec l’entrée normale.
La requalification des espaces délaissés au sein du bâtiment principal
La création d’espaces dédiés au sport santé dans l’actuelle chaufferie. L’association Siel bleu, déjà prestataire ailleurs en Sport-santé est pressenti.
La création d’un espace « bar-cafétéria »
Au nom des écologistes, qui on voté la délibération, Jeanne Barseghian a plaidé pour que le bar-cafétéria soit confié à une entreprise d’économie sociale et solidaire. Pour Olivier Bitz le bassin extérieur « à vocation sportive » (mais dont les dimensions sont encore inconnues) permettra d’attirer un nouveau public, alors que la fréquentation actuelle est mitigée.
D’après Olivier Bitz, aucun scénario ne sera retenu intégralement. (document Eurométropole)
4 scénarios de rénovation
La SPL a planché sur 4 scénarios de rénovation, dont un hôtel, une maison de retraite ou des logements à l’arrière toujours selon Olivier Bitz, aucun ne sera retenu intégralement :
« Les scénarios économiques n’avaient pas été testés jusqu’ici et aucun ne tient la route. Pour le scénario de l’hôtel, il aurait fallu payer des constructions en plus de la rénovation. »
Résultat, la partie de l’aile médicale sera maintenue en l’état durant cette première phase de travaux. La collectivité réfléchit donc à d’autres utilisateurs des lieux à l’avenir, avant d’engager d’autres travaux, ce que le conseiller municipal d’opposition Éric Senet (sans étiquette) a déploré :
« Il n’y a pas de projet global. On n’engage pas de travaux sans savoir ce que l’on fait sur la deuxième phase. On va avoir pendant 30 ans un coût que l’on trouve trop cher aujourd’hui. »
Ce bâtiment, principalement vide et utilisé par quelques kinésithérapeutes n’est pas réaffecté dans l’immédiat (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
La sortie plan de rénovation de toute l’aile gauche du bâtiment n’a pas influencé sur le budget global prévu pour le coût des travaux, qui étaient toujours annoncés entre « 30 et 40 millions d’euros » officiellement, et dont l’étude qui a permis d’arriver à ce chiffre reste inconnue, puisque la précédente tablait sur environ 20 millions d’euros, comme les bains rénovés en Allemagne. « Plus on avance, plus les études sont précises dans leur chiffrement », justifie Olivier Bitz.
La Victoire pour tous toujours vigilant
Si certains membres du collectif « La Victoire pour tous » estiment que le prestataire privé ne pourra pas défigurer le bâtiment ou et que la collectivité pourra être exigeante sur le cahier des charges puisque les travaux seront publics, Liane Zoppas craint que le projet de création d’un établissement hôtelier soit toujours possible plus tard :
« Il aurait été cohérent que l’on installe spontanément le pôle sport-santé dans la partie du bâtiment déjà dédié à la santé. Si la rénovation extérieure est déjà prévue, ils doivent avoir une idée de ce qu’ils veulent mettre dedans. Je suis persuadée que ce sera un hôtel ou des appart’ hôtels dans ce quartier proche des institutions européennes. »
Nul doute que l’attribution de délégation sera très scrutée, mais cela sera pour la fin de mandat. Cette fois-ci, la délibération sur ce sujet sensible au PS et chez les écologistes a même été votée par l’UDI.
La CGT, FO, Solidaires, la CNT, l’UNEF et d’autres organisations syndicales appellent à manifester contre la loi réformant le code du travail, alors que le Sénat doit approuver une version plus libéral du texte avant un examen en seconde lecture devant l’Assemblée nationale à partir du 2 juillet. Des manifestations similaires doivent avoir lieu partout en France. À Strasbourg, les syndicats donnent rendez-vous mardi à 14h place Kléber, pour la onzième fois.
Dans sa version amendée par le Sénat, le texte supprime la durée légale du travail et propose qu’une durée de référence soit fixée par un accord d’entreprise. Il confirme la primauté de la convention ou de l’accord d’entreprise sur l’accord de branche, un point auquel tient le gouvernement et contre lequel se battent particulièrement les syndicats.
Après une fusion à trois douloureuse qui a nécessité de nouvelles élections municipales, Pascal Lohr devient maire de la nouvelle commune de Kaysersberg Vignoble.
Après six mois, la fusion entre les trois communes de Sigolsheim, Kaysersberg et Kientzheim (Haut-Rhin) avait tourné au conflit ouvert entre Thierry Speitel-Gotz, (ex-maire de UDI de Sigolsheim, devenu 1er adjoint aux finances), et Henri Stoll (écologiste, ex-maire Kaysersberg et maire de la nouvelle commune). La moitié du conseil municipal avait démissionné, ce qui a provoqué de nouvelles élections municipales. Ni l’un, ni l’autre ne sera maire de Kaysersberg Vignoble.
Village paisible du Haut-Rhin, Kaysersberg a vécu quelques semaines agitées. (aquarelle Guy Moll / Flickr / cc)
La liste menée par Pascal Lohr (« S’unir pour Kaysersberg-Vignoble »), entrepreneur en pompes funèbres, a remporté l’élection municipale du dimanche 26 juin avec 53,89 % des voix, soit 1 275 suffrages. Ce sera son premier mandat. Il avait fait campagne sur le crédo « Ni Speitel-Gotz, ni Stoll ». L’équipe de Françoise Grass (« Partageons Demain »), maire déléguée de Kaysersberg, a réuni 1 091 voix soit 46,11%. Une liste sur laquelle figurait Henri Stoll, qui avait annoncé qu’il ne briguerait pas la mairie.
Au premier tour, trois listes s’étaient affrontées. L’ancien maire de Sigolsheim Thierry Speitel-Gotz avait retiré sa candidature après le premier tour où il était arrivé troisième, « pour faire barrage à l’équipe sortante ». Aux deux tours, la participation a été forte : 63,41 % le dimanche 19 juin et 64,67 % dimanche 26 juin.
Antoine Deltour, le lanceur d’alerte à l’origine des révélations sur les détournements fiscaux via le Luxembourg, ou LuxLeaks, attend le jugement du tribunal correctionnel de Luxembourg. Une période d’accalmie après les audiences.
C’est la pause déjeuner pour Antoine Deltour. Il a repris son emploi à temps partiel dans la fonction publique à Nancy et fait des allers-retours vers Épinal où il vit avec sa compagne et sa petite fille de 9 mois. Une vie presque ordinaire pour ce discret trentenaire à l’origine d’un des plus gros scandale de fraude fiscale en Europe. Il est inculpé au Luxembourg pour :
« Vol domestique, accès ou maintien frauduleux dans un système informatique, divulgation de secrets d’affaires, violation de secret professionnel et blanchiment-détention des documents soustraits. »
Il risque une peine de 18 mois de prison (possiblement assortie du sursis) et une amende dont le montant n’a pas été précisé.
« Si je suis acquitté, je serai blanchi, et je vais retrouver la vie que j’avais avant. Je n’ai jamais voulu endosser le rôle emblématique du lanceur d’alerte de la lutte contre la fraude fiscale européenne. En cas de condamnation, je n’ai pas encore pris de décision. Si je dois poursuivre en appel ce ne sera pas par intérêt personnel mais pour être utile à la cause des lanceurs d’alerte. »
Un simple copier-coller
Tout juste sorti d’une école de commerce bordelaise, Antoine débute une carrière prometteuse d’auditeur chez PricewaterhouseCoopers. Mais rapidement son travail s’éloigne de plus en plus de ses aspirations à exercer un métier utile à la société. Il voit l’une de ses manageuses fondre en larmes sous la pression. Il lit un article sur une jeune chinoise employée chez PwC morte de surmenage. Et plus il gagne en expérience, plus la réalité des pratiques fiscales des holdings se révèle à lui. Le sentiment d’avoir un travail utile s’estompe, jusqu’à disparaître totalement pendant la crise économique de 2010. C’est à ce moment là qu’il prend conscience de l’ampleur de la défiscalisation pratiquée au Luxembourg.
Abasourdi, il décide de changer de vie. Il démissionne pour passer les concours de l’INSEE et de la Banque de France avec l’ambition de réussir à concilier sa carrière, sa vie privée et son sentiment d’utilité sociale.
À son départ, alors qu’il cherche des documents de formation, Antoine tombe sur pas loin de 350 tax rulings signés entre des multinationales et le fisc luxembourgeois. Il les copie. Ces accords permettent à Mc Donald’s, Fiat ou encore Starbucks d’échapper à l’impôt dans les pays européens où ils sont implantés, en faisant domicilier leurs bénéfices au Luxembourg.
« Tout le monde peut être un lanceur d’alerte. Dans les faits, je n’ai fait qu’un copier-coller il y a 5 ans et demi, puis transmis les données à un journaliste. Depuis les événements me sont tombés dessus. Je n’ai jamais vraiment anticipé grand chose dans cette affaire. »
Antoine Deltour (Photo LL / Rue89 Strasbourg)
Une sortie publique stratégique
Lorsque Antoine confie les documents à Édouard Perrin (journaliste à Cash Investigation), il pense encore pouvoir rester une source anonyme. Mais après la diffusion du reportage, une enquête interne à PwC est ouverte. Le pistage des connexion permet d’identifier Antoine Deltour. En juin 2014, Antoine se retrouve en garde à vue et prend connaissance des chefs d’accusations qui sont portés contre lui.
« Je me suis senti très isolé. J’étais un peu perdu. L’émission de Perrin n’avait pas eu un grand retentissement, je me retrouvais dans une situation très compliquée. »
Antoine se décide à prendre conseil auprès de William Bourdon, avocat spécialisé dans les affaires pénales internationales. Sur ses conseils, Antoine, qui ne pourra plus bénéficier de l’anonymat, fait sa sortie publique afin de pouvoir trouver du soutien. La machine médiatique s’emballe et Antoine doit trouver une stratégie pour ne pas se laisser dépasser par la situation :
« En un jour j’ai reçu des centaines de mails. Des demandes d’interviews dont certaines très prestigieuses. Les sollicitations ont encore triplé lors du procès. J’ai essayé d’y répondre personnellement puis le comité de soutien a pris le relais quand ça c’est accéléré. Au départ j’avais une réponse type sur le fait que je préférais rester discret. J’ai dû refuser 80 à 90% des sollicitations. Puis des portes paroles ont commencé à répondre aux journalistes. »
Préserver son intimité
Antoine gère ce tumulte malgré les fortes tensions liées au procès. Le temps qu’il aurait aimé dégager pour lui et pour pouvoir s’occuper de sa fille est complètement accaparé par l’affaire. A moins de la moitié de l’année, tous ses jours de congés sont déjà épuisés.
« Cette affaire mobilise énormément mon attention. Elle a forcément des répercussions sur mon boulot et ma vie de famille. J’ai une relation de confiance très forte avec ma compagne et nous avons rapidement décidé qu’elle ne s’impliquerait pas publiquement dans l’affaire pour préserver notre sphère intime. »
Il a tout de même accepté de témoigner de son quotidien dans un documentaire réalisé par Julie Bruchert, une amie strasbourgeoise rencontrée à Bordeaux. Elle a suivi de près toutes les étapes importantes de l’affaire depuis 2015.
Le soutien de Michel Sapin
Le jour de l’ouverture des audiences, le ministre des Finances et de l’Économie a affirmé devant l’Assemblée nationale soutenir Antoine :
« Je voudrais à mon tour lui dire toute notre solidarité. J’ai demandé ce matin à l’ambassadeur de France au Luxembourg et au consulat général de bien vouloir (…) l’aider si nécessaire dans cette période difficile où il défend l’intérêt général et où pourtant il doit répondre devant une juridiction pénale au Luxembourg. »
Le consul a effectivement pris attache auprès d’Antoine, de son comité de soutien, et de ses avocats, mais c’est avant tout un signal symbolique fort : un message adressé par le ministre à un membre de son administration de tutelle, et donc, d’une grande importance pour Antoine, lui-même fonctionnaire.
Antoine Deltour à Nancy (Photo LL / Rue89 Strasbourg)
Antoine Deltour l’anti héro devenu lanceur d’alerte exemplaire
La ligne de défense d’Antoine Deltour a toujours était très claire. Il s’est positionné comme un lanceur d’alerte qui n’a agi que pour le bien commun et n’a tiré aucun bénéfice de son action.
« Je suis heureux, même fier, qu’il y ait eu des répercussions concrètes suite aux révélations. Cela montre que les risques que j’ai pris étaient utiles. Il y a eu une avancée dans la réglementation européenne. Cela prouve que j’avais raison en pensant que mon geste était en faveur du bien commun et cela légitime ma démarche. »
Le procès qui s’est tenu au Luxembourg contre Antoine Deltour, Raphaël Halet et Edouard Perrin a mis en avant le débat sur la création d’un statut pour les lanceurs d’alerte. Il est devenu une véritable tribune pour plaider en faveur de leur protection.
« Lorsque j’ai fait ma sortie publique c’était du message et non du messager que je voulais parler, mais peu à peu la cause des lanceurs m’est tombée dessus. La cause des messagers s’est inscrite dans une réflexion plus large, car sans eux il n’ y a pas d’actions possibles. »
Le premier préjudice subit par un lanceur d’alerte reste les répercussions sur son employabilité. Sur ce terrain, Antoine a eu de la chance puisque son ancien chef de service à l’INSEE Lorraine est venu témoigner en sa faveur décrivant :
« Un homme discret, consciencieux, droit et honnête, et soucieux de l’intérêt général. »
Raphaël Halet, seconde source d’Edouard Perrin, n’a pas eu cette chance. La clause de confidentialité signée avec PwC l’a empêché de faire une sortie publique, de récolter des soutiens officiels et financiers, ou d’obtenir une reconnaissance morale comme le Prix du citoyen européen remis à Antoine.
Alors que la création d’un comité de soutien à Antoine Deltour, constitué en association, a permis de récolter des dons afin de payer les frais de justice.
Une loi pour protéger les lanceurs d’alerte
La loi sur la transparence, la lutte contre la corruption et la modernisation de la vie économique, dite Loi Sapin 2, doit mettre en place un cadre protecteur pour les lanceurs d’alerte.
Sébastien Denaja, député PS, a proposé le 25 mai dernier un amendement pour donner une définition du lanceur d’alerte :
« Toute personne qui a connaissance de manquements graves à la loi ou au règlement, ou de faits porteurs de risques graves, a le droit de communiquer, dans l’intérêt général, les renseignements qui y sont relatifs. Ce lanceur d’alerte agit de bonne foi, sans espoir d’avantage propre, ni volonté de nuire à autrui. »
Cette loi devrait aussi prévoir pour le lanceur d’alerte : une protection de ses données, une protection contre les représailles au plan professionnel, ainsi qu’une avance des frais de procédure.
Le Conseil de l’Europe avait émis dès 2014 une recommandation pour la protection des lanceurs d’alerte. Un débat relancé par les eurodéputés verts au Parlement européen au moment du vote de la loi sur le secret des affaires.
Un investissement auprès des ONGs
Antoine, est régulièrement invité à des conférences, notamment par Tranparency International, pour parler de la fiscalité mais aussi des lanceurs d’alerte. Il accepte de s’engager auprès des ONGs mais reste sélectif. Il ne se déplace pas systématiquement. Il a récemment envoyé des vidéos au Danemark et en Indonésie, une manière de prolonger son combat tout en restant cohérent dans ses paroles et ses actes :
« Si l’on prend un peu de recul et que l’on regarde ce que j’ai fait, cela ne justifie pas que je fasse le tour du monde. On pourrait y voir un intérêt personnel et cela pourrait m’être reproché. »
Conseil municipal chargé lundi, avec la présentation par l’exécutif de ses premiers choix pour la rénovation des Bains municipaux et la création d’un nouveau centre socio-culturel. De son côté, l’opposition prévoit d’interpeller la majorité sur le Palais de la musique et des congrès. Et sur tout ça, il y aura la présentation du compte administratif 2015 de la Ville.
Le conseil municipal de Strasbourg se réunit lundi 27 juin avec pas moins de 85 points à l’ordre du jour. Il est à suivre en direct à partir de 15h ci-dessous et nous vous invitons à le commenter via Twitter avec le mot-clé #cmstras.
Parmi les sujets qui seront abordés, la municipalité a mis en avant le compte administratif 2015, qui fait un état des lieux des dépenses publiques pour l’année écoulée. L’encours de dette progresse de près de 10% entre 2014 et 2015, mais assure Olivier Bitz, adjoint au maire (PS) en charge des finances, la capacité de désendettement est meilleure qu’en 2014, s’établissant à 6,1 années. La Ville parvient à maintenir 96M€ d’investissements, moins que l’année précédente mais proche de 2012.
Bains municipaux et tramway, deux gros dossiers
Le dossier des Bains Municipaux devrait aussi occuper une bonne part des débats. La Ville prévoit de sortir l’établissement des piscines gérées de l’Eurométropole, pour pouvoir confier une partie du site à un opérateur privé, tout en finançant soit-même les rénovations. Lire tous nos articles ici.
Le bilan de la concertation du tramway vers Koenigshoffen sera présentée aux élus municipaux lors du point 40. L’opposition a écrit au maire pour lui indiquer qu’à ses yeux, cette concertation n’était pas sincère, semblant ouvrir la voie à une contestation juridique de la procédure devant entériner le tracé du tramway vers l’ouest de Strasbourg. Lire tous nos articles ici.
L’aménagement des Deux-Rives et la Coop
Autre gros point, l’aménagement du secteur Deux-Rives et du secteur de l’ancien siège de Coop Alsace au Port-du-Rhin (point 76). La municipalité a présenté ses orientations la semaine dernière (voir nos articles sur l’urbanisation et sur la Coop). Pour l’opposition, « une occasion a été manquée » de faire de la Coop un nouveau pôle de rayonnement culturel de Strasbourg. Pour des raisons financières, la Ville a décidé de ne plus construire une nouvelle salle de concerts.
La Fête du cinéma, le rendez-vous annuel des cinéphages se tient du dimanche 26 au mercredi 29 juin. Pendant quatre jours, il permettra d’enchaîner les séances au prix modique de 4 euros. C’est donc le moment d’aller voir ces œuvres qui vous échappent en temps normal et justement, en voici une sélection.
Autrefois, dans sa formule initiale, la Fête du cinéma supposait l’achat d’un billet à tarif plein. Sur la base d’un petit passeport à tamponner, toutes les séances suivantes ne coûtaient plus qu’une pièce de 10 francs. La pluralité cinématographique faisait partie intégrante du processus. Il était alors indispensable d’enchaîner les films, si l’on voulait rentabiliser le ticket initial.
Le principe a vécu, la réduction tarifaire intervient à présent dès le premier billet, qui coûte quand même 4€. Pourtant, après la dernière épreuve du bac, ou pour fuir la chaleur (voire la grêle) à prix réduit, il n’est pas interdit d’être curieux. Les cinémas strasbourgeois auront, du dimanche 26 au mercredi 29 juin, une offre pléthorique pour satisfaire les cinéphiles. Et je ne résiste pas à l’envie de vous diriger vers l’une ou l’autre pépite.
Une petite plongée dans l’enfer lynchien (Photo DR)
Blue Velvet ou l’avènement du Lynch majeur
En 1987, David Lynch est encore un jeune cinéaste fasciné par la monstruosité mais dont on ne saisit que partiellement la sensibilité. Blue Velvet vient poser les limites de son monde fantasmagorique et binaire. Chez Lynch, on passe derrière le rideau, pour découvrir un univers nourri de films noirs, où l’on pervertit Norman Rockwell et où les psychopathes se shootent au masque à oxygène.
Macaigne, nouveau visage de la comédie française (Photo Haut et Court)
La loi de la jungle
Succès surprise de l’été 2013 avec La fille du 14 juillet, Antonin Peretjatko pourrait à terme devenir une référence de la « nouvelle » comédie française. Une comédie qui s’appuierait sur la mise en scène, la géométrie du cadre et qui partagerait avec Jacques Tati un goût certain pour les personnages lunaires.
Une histoire de frères ennemis (Photo Diaphana Distribution)
Les Ardennes
Nos voisins belges brillent depuis peu dans un genre cinématographique historiquement populaire dans l’Hexagone. Le premier thriller de Robin Pront est un film éprouvant, fort, populaire et particulièrement violent. Et comme tous les grands polars, c’est avant tout une histoire d’occasion manquée.
Gosling, très à l’aise dans la comédie (Photo EuropaCorp Distribution)
The Nice Guys
Shane Black, scénariste émérite de l’Arme fatale et de Last Action Hero, revient sur le devant de la scène avec un buddy movie irrévérencieux, vulgaire et particulièrement jouissif. Le film semble appartenir à un autre temps. Et l’on ne peut s’empêcher de penser que, s’il était sorti quinze ans plus tôt, il aurait sans doute rapidement sombré dans un relatif anonymat. Mais dans le marasme des franchises et adaptations en série de super-héros en collants, ces Nice guys ont un parfum de transgression old-school.
Le film devrait très rapidement quitter l’affiche. C’est donc le moment rêvé pour une séance de rattrapage.
Il est tard et pour clore cette Fête du cinéma, vous rêvez de découvrir une oeuvre hilarante qui viendrait exorciser les 90 minutes plombantes de The Witch… Le film de Nicolas et Bruno, assemblage de vignettes, collage de séquences porno 70’s affublées d’un nouveau doublage, remplira parfaitement cet office.
Dans la lignée de La Classe Américaine, le duo de réalisateur formé à l’école Canal+ associe devant nos yeux médusés Edward aux mains d’argent (mais ce ne sont pas des mains…) et Pinocchio (je vous laisse deviner ce qui vient remplacer son nez).
Auteur, journaliste, accessoirement enseignant en cinéma à l'Unistra et, last but not least, programmateur du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg.
Seconde édition du festival de la Rue du Cam du 1er au 13 juillet à Strasbourg. Le Camionneur sort les tables, les bières et le saucisson, s’installe dans la rue et met les doigts de pied en éventail dans une ambiance Strasbourg-plage qui amorce les vacances.
« On a tout prévu, même l’amer ! » Voilà pour l’incitation à l’apéro musical durant près de deux semaines sur la terrasse élargie et rhabillée du Camionneur à Strasbourg. Au menu de l’affiche du festival de la Rue du Cam, du 1er au 13 juillet, concoctée par Adrien Geschickt, l’un des programmateurs de la salle, également en charge des jams hebdomadaires et du festival Jazz au Cam : neuf groupes et artistes alsaciens aux horizons et influences aussi divers que l’afro-jazz, le ska, la soul, le jazz manouche, le funk, le rock, etc.
Les Escrocs du Swing, à l’affiche de la Rue du Cam le 8 juillet (Doc. remis)
Comme l’an dernier, le Camionneur propose une formule festive avec scène et sono en plein air, en entrée libre, avec transats et concerts entre 19h et 21h pour satisfaire même les plus intégristes des fans de foot qui ne rateraient pour rien au monde les affiches à venir des quarts et des demi-finales de l’Euro.
Groove international
C’est ainsi que Shifen ouvrira le bal le vendredi 1er juillet avec son métissage musical fortement teinté d’afro-jazz puisque le son de ce groupe vient essentiellement de la culture africaine, et plus précisément du Cameroun. Le lundi 4 juillet, place au combo Cumbiambé qui marie des sonorités d’Amérique du sud et met à l’honneur cumbia, porro et autre fandango. Le lendemain, mardi 5 juillet, The Clockmakers dérouleront leurs compositions à base de soul, ska, rocksteady et rock tandis que les amateurs de groove et de chanson française inspirée et bien troussée pourront se frotter à l’univers vivace et piquant de Lériks le 6 juillet :
Swing, métissage et Mitteleuropa
Au rayon « traditions venues d’ailleurs », on pourra se faire une session swing et jazz manouche le vendredi 8 juillet avec Les Escrocs du Swing, tandem déjanté de gadjos amoureux de Django qui jonglent avec certains standards pop tout en détournant quelques tubes pour les assaisonner à la sauce manouche.
Les Wäldteïfel, eux, occupent le créneau de la musique populaire d’Alsace pour mieux remodeler et dépoussiérer les classiques de ce répertoire (en concert le lundi 11 juillet) en s’éloignant de la traditionnelle blossmusik. Au menu, donc, les influences et les cultures qui ont façonné l’Alsace au fil des siècles. Le quintette raconte ainsi ces histoires avec clarinettes, violon, bouzouki, banjo, mandoline, vielle à roue, accordéons, etc.
Quant à Papyros’n, sur scène le 7 juillet, c’est une formule au confluent de l’orient et de l’occident, des rives du Rhin à celles du Bosphore, entre chants tsiganes, musiques turques et klezmers, sevdalinka de Bosnie, danses roumaines et albanaises :
Funk et esprit rétro
Autre voyage, tout en funk discoïde calibré pour le dancefloor, avec Funkindustry le mardi 12 juillet. Enfin, pour refermer cette seconde édition de la Rue du Cam, le 13 juillet, Uke N’Brass propose de marier ukulélé, vibraphone et tuba dans un esprit rétro et déjanté :
Strasbourg contre l’hôtellerie clandestine, épisode 2. En mai, l’Eurométropole annonçait vouloir réagir contre le développement des fraudes liés aux meublés touristiques, soit principalement les 3 000 logements mis à la location sur des sites comme Airbnb. Désormais, la Ville et l’Eurométropole espèrent réguler l’hébergement touristique avec une série de mesures.
Vendredi, le site Airbnb, qui propose de mettre en relation des visiteurs et des personnes prêtes à leur louer leur appartement, a annoncé qu’il collecterait lui-même la taxe de séjour avant de la remettre à la Ville de Strasbourg, comme dans 21 autres villes de France. Une évolution substantielle, dont le montant pourrait s’élever à quatre millions d’euros en 2016.
Et les élus comptent bien profiter de la dynamique : le 30 juin, le conseil de l’Eurométropole devrait ajouter trois nouveautés à la mesure : l’obligation de déclaration de « changement d’usage » d’un logement pour en faire un meublé touristique, avec des limites dans le temps et le nombre de logements ; la mise en place de compensations pour ceux dépassant ces limites ; des contrôles pour éviter, justement, que les fraudes se multiplient.
Environ 3 000 logements meublés locatifs
À Strasbourg, il y aurait actuellement un parc de 3 000 logements de meublés locatifs, chambres et logements entiers, plus ou moins tous en centre-ville. Le chiffre a augmenté de 50% en un an, et la dynamique est encore ascendante. Attisant le tourisme en ville et permettant à de nombreuses familles d’obtenir un complément de revenu, ce n’est pas le meublé locatif en soi qui est visé par la mairie et l’Eurométropole, mais les captations de logements par des investisseurs et des nouveaux professionnels de l’hôtellerie clandestine.
Dans le centre-ville, un immeuble de dix logements serait même loué uniquement par un seul propriétaire sur Airbnb. Des « agences de conciergerie » fleurissent à travers la ville pour gérer les logements pour les propriétaires. En d’autres termes, on est passé d’un système d’appoint à une nouveau pan de l’économie touristique.
En 2014, près de 1000 logements étaient disponible à Strasbourg sur Airbnb. Le chiffre a triplé en 3 ans.
Une taxe de séjour pour tous
Pour encourager l’équité fiscale avec les professionnels de l’hébergement, l’Eurométropole met en place une réglementation. Une taxe de séjour est mise en place, de 0,55 euros par séjour et par nuitée, soit le même tarif qu’un hôtel une étoile. Parallèlement, les logements meublés ne pourront pas être loués au-delà de 120 jours par an. Au-delà, un « changement d’usage » devra être demandé. Les logements loués plus de 120 jours/an seront limités à deux par propriétaire, sur une durée de 9 ans. Soit, en moyenne, ce qu’il faut pour rembourser l’achat.
Les propriétaires dépassant ces quotas devront s’affranchir de mesures compensatoires. Depuis 1970, celles-ci peuvent aller jusqu’à 25 000 euros d’amendes dès lors « qu’il y a transformation concomitante en habitation de locaux d’activité ayant eu un autre usage que l’habitation. » Le Sénat a récemment approuvé une amende de 250 000 euros, en cours d’examen à l’Assemblée nationale.
Alain Fontanel, premier adjoint (PS) au maire de Strasbourg, a déclaré que des contrôles seraient effectués régulièrement et à partir des semaines à venir. En particulier, il souhaite prévenir les excès avant le Marché de Noël et l’afflux de touristes qui accompagne la période.
Des plaquettes, regroupant l’ensemble des réglementations, des taxes et s’affranchir, des droits et des devoirs de propriétaires et bailleurs occasionnels seront distribuées. Aujourd’hui, 85% des loueurs de meublés touristiques s’affranchissent de la taxe de séjour. Sur les 15% qui paient et font très régulièrement de la location temporaire, seuls 35% font une déclaration d’usage. Pour l’adjoint au maire, ces chiffres considérables sont le fait d’une « incompréhension » et d’une « méconnaissance » des règles en vigueur. D’ailleurs, depuis l’annonce de mesures le mois dernier, la mairie annonce recevoir « très régulièrement » des appels de personnes souhaitant régulariser leur situation.
Chanteur d’opéra, l’iranien Leonardo Tajabadi vit à Strasbourg depuis dix ans. Pour avoir pris position sur la liberté des femmes dans son pays d’origine et en chantant avec une artiste israélienne, il s’est attiré les foudres de fanatiques. Et de la République Islamique.
Début du mois de février 2016 à Strasbourg. Ce matin-là, comme chaque jour, le chanteur baryton Leonardo Tajabadi descend vérifier sa boîte au lettres. Il est impatient et un peu inquiet, aussi. Il attend, depuis sept mois, une nouvelle carte de séjour qui n’arrive pas. Celle-ci lui permettrait de circuler librement en France, de sortir du pays, de reprendre son travail de chanteur d’opéra et, enfin, de pouvoir à nouveau gagner sa vie correctement. Mais non, ce n’est pas pour aujourd’hui.
Ce jour-là, dans sa boîte au lettre, c’est une nouvelle menace de mort qu’il reçoit. En farsi, assortis de photos du Guide Suprême de la République Islamique et d’images de cordes de pendus, on lui écrit que, même exilé à Strasbourg, on sait où il vit, où il va, ce qu’il fait. Que la sentence va tomber.
Ce n’est pas la première fois que le chanteur, vivant entre Strasbourg et Paris depuis dix ans, reçoit des menaces de mort et des images cauchemardesques. Mais avant, on lui les transmettait par internet, ou on les envoyait à sa mère, installée à Téhéran. Jamais chez lui, à son adresse postale française. Surtout, en regardant sur Internet l’adresse de son expéditeur anonyme, l’élève du conservatoire Rachmaninoff de Paris se rend compte d’une chose : l’envoi a été fait à quelques rues des locaux des renseignements généraux iraniens.
De la biologie aux opéras de Florence
L’histoire débute au début des années 2000. Diplôme en poche, jeune biologiste à Téhéran et issu d’une famille plutôt favorable au Chah et à l’ancien régime, renversé depuis 1979, Leonardo Tajabadi, de son véritable prénom Braham, fait connaissance avec l’opéra. En Iran, l’oratorio est interdit par la loi : dans les nombreuses salles du pays, chaque musicien se produisant doit avoir l’accord de l’État. Les femmes n’ont pas le droit de faire de la musique en public et il est interdit de montrer des instruments à la télévision. En novembre, l’orchestre symphonique de Téhéran a même été interdit de jouer à cause de la présence de femmes dans ses rangs.
Affiche d’un concert à Bruxelles en 2014. (Photo: BB)
Mais, comme dans tout pays autoritaire, la musique et les idées se diffusent tout de même, subrepticement, sous le manteau. C’est donc un ami arménien qui fait découvrir la pratique du chant à Leonardo Tajabadi. Sur un coup de tête, le futur baryton décide d’aller faire un tour à l’ombre du mont Ararat :
« Je suis allé six mois en Arménie, où il y a un très bon conservatoire. J’ai écouté, apprécié, mais je ne m’y faisais pas. La situation économique était difficile et je suis rentré à Téhéran. De retour, encore un peu plus plongé dans la musique, j’ai rencontré un musicien originaire de Toulouse. Le professeur Jasmin Martorell. Il m’a dit : “pourquoi n’essayez-vous pas la France ?” J’ai répondu que je n’y avais jamais pensé. J’ai envoyé une candidature au conservatoire Rachmaninov à Paris. Ils m’ont accepté. »
Le 5 octobre 2005, il pose pour la première fois les pieds à Strasbourg, où vit le seul ami qu’il a en France. Logeant d’abord chez lui, puis dans un appartement près de la cathédrale, il débute une nouvelle vie entre Paris et l’Alsace. Le conservatoire lui permet d’acquérir rapidement une petite notoriété : en quelques années, Leonardo Tajabadi se produit à Florence, Bruxelles, Berlin, Baden Baden… Il interprète Madame Butterfly, Carmen, Scamilio.
Carla Bruni-Sarkozy, le début des ennuis
Un joli succès européen, en somme. Chemise noire à moitié déboutonnée, chaîne en argent un brin bling-bling pendant au cou et lunettes vissées sur le nez, il énumère ses faits d’armes musicaux en sortant photos et documents souvenirs. Là, une lettre d’une association le remerciant pour sa participation à un festival. Ici, une photo de lui accompagnée de Farah Pahlavi, ancienne reine d’Iran, lors d’une représentation à Monaco en 2010. Il l’appelle d’ailleurs « Ma reine » à plusieurs reprises et ne cache pas sa fidélité à l’ancienne dictature royaliste, qu’il fantasme sans doute un peu.
« L’époque du Chah, c’était merveilleux. Il y avait de grands opéras en Iran. Quand j’étais petit, mes parents m’emmenaient, me faisaient rencontrer des solistes. Puis plus tard, ils m’ont montré des images. Il y avait Madame Butterfly en Iran, vous imaginez ? Désormais, les salles sont ouvertes, mais il n’y a pas d’opéra, pas de vie, et pas de femmes. »
Puis, finalement, il sort une lettre — il l’a faite plastifiée — adressée de la part de Carla Bruni-Sarkozy. En août 2010, la chanteuse, aux côtés de nombreuses personnalités du monde entier, prend position contre la condamnation à mort et par lapidation d’une femme iranienne, déclarée coupable d’adultère et de complicité de meurtre, Sakineh Mohammadi Ashtiani. Carla Bruni-Sarkozy est froidement insultée dans certains médias iraniens. Leonardo Tajabadi lui envoie un courrier de soutien et une lettre ouverte à Kayhan, un des principaux journaux iraniens. Elle ne sera pas publiée. Mais c’est un peu le début des ennuis, pour le baryton :
« Je savais qu’en écrivant cette lettre, il y aurait une réaction. J’ai un ami directeur d’un journal en Iran. Il m’a dit qu’il n’y aurait plus de nouvelles de moi sur les sites iraniens et dans la presse. C’est en effet le cas : on entend plus parler de Mr Tajabadi dans la presse iranienne. »
« Dites à votre fils de ne pas prendre ce chemin »
Sur les réseaux sociaux, Leonardo Tajabadi commence aussi à pousser la chansonnette. Mais dans un registre encore plus grave : il prend position, petit à petit, pour les droits des femmes :
« Je me rends compte des différences abyssales entre les femmes et les hommes en Iran, de l’injustice de la situation. Le statut des femmes en Iran est incompréhensible. On ne fait pas travailler leurs capacités, elles doivent rester à la maison, ça n’a pas de sens. »
Quelques années plus tard, il apprendra par l’intermédiaire d’une agence de presse iranienne que l’affaire Bruni-Sarkozy et ses fulgurances sur Facebook lui ont valu un triste succès : il apparaît désormais sur la « liste noire » du ministre de la Culture Iranien. Il ne peut plus se produire à Téhéran. Les mois passent et la révolution verte secoue le pays. Revenir en Iran lui semble improbable, d’autant qu’il n’est pas franchement favorable aux révoltes. Toujours partisan de la famille royale, il juge les révoltés toujours trop tournés vers l’islam politique :
« À l’époque, j’étais sympathisant de cette révolution mais elle posait plusieurs problèmes. J’étais désolé pour les emprisonnements et les meurtres, mais pour moi, dans le fond, ils disent la même chose que le pouvoir avec une petite différence : au lieu du président Ahmadinejad, ils auraient voulu un président Moussavi [ancien ministre, désormais prisonnier, ndlr]. Mais ils sont tous les deux islamistes ! »
Une ôde à l’orient chantée en farsi et en hébreu
Il reste donc en France, continue ses cours au conservatoire Rachmaninoff, écrit un peu. L’année 2015 arrive et les affaires reprennent, avec une chanson qui fait grand bruit dans l’ancien pays des Chah. Le 25 octobre, il chante en effet « Ô dame Orient« , en l’honneur de la liberté des femmes iraniennes. Sur le site web Navahang, un des rares à la diffuser encore, elle culmine à 155 000 vues.
Trois jours plus tard, sa mère, à Téhéran, reçoit un appel anonyme. On lui transmet un message pour Leonardo : « Dites à votre fils de ne pas prendre ce chemin-là. Il va lui arriver quelque chose. »
Bloqué, dans l’attente d’une nouvelle carte de séjour
Il fait part de ces menaces à la police de Strasbourg. Dans le même temps, sur son compte Facebook, aujourd’hui fermé, les messages de haines affluent :
« J’ai eu peur. En Iran, ce genre de choses n’est pas à prendre à la légère, il y a déjà eu des artistes et des exilés assassinés. Regardez la tuerie du restaurant Mykonos, à Berlin. Il y a aussi eu celui de Fereydoun Farrokhzad. C’était un artiste iranien, tué par le régime en 1992. J’ai décidé d’écrire une chanson sur lui. »
Il l’écrit en farsi. Puis décide de l’interpréter en français et en iranien. Un ami lui présente une chanteuse israélienne : Farzaneh Kohen. Finalement, la chanson sera un duo en persan, en français et en hébreu. Intitulée « In memory of Fereydoun Farrokhzad », elle se veut être un hymne à la liberté de créer et à l’amitié entre l’Iran et Israël.
Lors d’une répétition, il y a plusieurs mois. (Photo LT / doc remis)
Forcément, l’initiative n’est pas du goût de ses ennemis. La deuxième lettre arrive, puis une troisième en provenance d’Allemagne. À l’intérieur, les mêmes images de cordes de pendus, de l’Ayatollah Khamenei, des textes de menaces et apparaît la mention « Espion d’Israël ». Retour par la case police : cette fois, il obtient une série de conseils et un numéro à appeler en cas de problème. Un psychologue et un médecin lui prescrivent une longue série de médicaments contre l’anxiété. Mais la carte de séjour, elle, n’arrive toujours pas :
« Maintenant, j’attends une convocation auprès des services pour pouvoir changer mon lieu de vie. Chaque fois que la Poste passe, je suis terriblement angoissé. Je ne peux pas travailler, plus vraiment bouger. C’est une vraie pression psychique. Je me réveille, dès que j’entends un bruit. J’attends. »
Samedi 25 juin, Leonardo Tajabadi tournera le clip de sa nouvelle chanson, à Strasbourg. La vidéo se fera, à son regret, sans la chanteuse Farzaneh Kohen. Mais mettre en image ses révoltes et son hommage, c’est déjà un petit réconfort. Bientôt, il terminera ses études au conservatoire et pourra reprendre ses représentations européennes.
Élu député (PS) de la première circonscription du Bas-Rhin en mai, Éric Elkouby a indiqué vendredi dans un communiqué qu’il avait finalement choisi de démissionner de ses fonctions d’adjoint au maire de Strasbourg, en application de la loi sur le cumul des mandats. Il préfère conserver son siège au conseil départemental du Bas-Rhin, où il a été élu dans le canton regroupant les quartiers de Koenigshoffen, de la Montagne-Verte et de l’Elsau en mars 2015.
Un mandat d’opposition préféré à un mandat exécutif
Un choix étonnant puisqu’Éric Elkouby abandonne un mandat exécutif comme membre d’une majorité pour en garder un autre, de simple conseiller dans l’opposition au conseil départemental. Éric Elkouby le justifie dans son communiqué :
« La solution de facilité aurait sans doute consisté pour moi à conserver mon mandat municipal, et donc d’adjoint au Maire, dans lequel je me suis considérablement investi depuis 2008. Dans toute mon action publique, j’ai toujours privilégié le contact direct et personnel avec nos concitoyens. Les mandats de député et de conseiller départemental me permettent de conserver ce lien privilégié avec les Strasbourgeois, sans autre intermédiaire politique ou administratif. En homme libre et loyal, je continuerai à défendre les Strasbourgeoises et les Strasbourgeois quelles que soient leurs convictions politiques, philosophiques ou religieuses. »
Est-ce à dire que les élus du conseil municipal de Strasbourg ne sont pas libres ? Ou que les intermédiaires entre eux et les Strasbourgeois sont trop nombreux ? Le communiqué ne le précise pas mais chacun pourra interpréter ces propos à l’aune des récentes démissions, fracassantes celles là, des Mine Günbay et Souad El-Maysour. Les deux élues critiquaient un manque d’autonomie dans leurs fonctions et leurs délégations.
Un projet strasbourgeois cherche à publier la méthode de « Papy Guy » pour apprendre le français, éprouvée par des années d’expérience à travers le monde et testée par ses enfants, dans un livre illustré, accompagné d’un disque.
Qu’est-ce qu’apprendre ? Et si finalement, ça consistait à tisser des liens entre des sons, des objets, des concepts et des images ? C’est la méthode de Guy Schelté, 83 ans, 18 petits enfants, et une vie passée à enseigner le français dans les coins les plus reculés de la planète. Un savoir-transmettre qui explique que lorsque « Papy Guy » propose une dictée à ses descendants, ils délaissent le ballon ou la console pour sagement aligner les lettres.
Quand il a vu ça, le fils de Papy Guy, Nicolas Schelté, patron de l’agence de communication strasbourgeoise Candide, s’est dit qu’il était dommage que cette méthode ne profite qu’à la famille. Éditeur du magazine familial Bibouille, il a décidé de faire des dictées de Papy Guy un livre-disque, une sorte d’objet total qui permettrait aux enfants de s’approprier les mots grâce à leurs sonorités et à leur musique.
Papy Guy a enseigné le français un peu partout dans le monde… (Photo Nicolas Schelté)
Un projet à 30 000€
C’est ambitieux, d’autant plus que les textes et la méthode de Papy Guy sont accompagnés par de vrais artistes strasbourgeois : des illustrations de Delphine Harrer, un accompagnement musical de Tristan Lepagney du groupe Colt Silvers et la voix de Gilles Evrard pour les textes. L’ensemble de la direction artistique est pilotée par Julien Hohl, du label Deaf Rock.
Pour lancer un tel projet, qui fait appel à des compétences du monde de l’édition et de la musique, Nicolas Schelté ne pouvait pas puiser dans les seules ressources de son agence de com’. Avec Deaf Rock, il a demandé des financements auprès d’une série de fonds d’aide à la création. Mais à chaque fois, la réponse a été négative. Le projet ne rentre pas dans les cases.
« L’édition jeunesse est d’une exceptionnelle qualité. On ne voulait pas faire un livre-jeunesse de plus, qui ne serait pas au niveau. Alors on a sollicité de vrais professionnels et on a validé chaque étape de création avec eux. Alors évidemment, c’est un projet à 30 000€. On demande 8 à 10 000€ sur Ulule, afin de préfinancer cette aventure éditoriale sans tout sacrifier. Le résultat sera un produit exceptionnel autour du thème de la forêt qui, s’il rencontre le succès en librairie, sera reconduit avec d’autres thèmes. »
Esquisse d’étude du personnage du cerf par Delphine Harrer (doc remis)
2 500 exemplaires… au moins
L’objectif est de pouvoir éditer 2 500 exemplaires de ce livre-disque, quitte à ce que la rémunération des auteurs et des artistes se fasse sur les ventes ensuite. Deaf Rock se chargera également de mettre les musiques sur les plate-formes de streaming (Spotify, Deezer, iTunes mais pas Google Music étonnamment). Le CD reste important car, selon Nicolas Schelté, les gamins peuvent être autonomes avec :
« Les enfants peuvent facilement se mettre un CD dans leur chambre. Donc ils seront en contact avec les textes, l’environnement musical et les sons. C’est un travail intellectuel qui débute avant l’activité de la dictée, et qui le démystifie aussi. Ainsi quand la famille s’installe pour l’atelier dictée, l’enfant est en demande, il est prêt. C’est toute notre philosophie à Bibouille qu’on décline ici, un moment à partager en famille, qui profite à tout le monde. »
Le prix de vente public du livre sera de 19€. Mais il est pré-vendu à 18€ sur la plate-forme Ulule pendant la campagne de financement participatif, qui se termine le 30 juin.
Au bout de la rue, la ville. – Le Tivoli est un micro-quartier de Strasbourg que chacun traverse, vers le Parc expo, le Palais de la Musique et des Congrès ou la Maison de la Région, sans vraiment le connaître. Voie d’entrée dans le quartier tertiaire du Wacken, l’avenue Schutzenberger et ses alentours ont pourtant une histoire originale, entre bras d’eau et jardins maraîchers, lieux d’agréments et de gastronomie, équipements publics sportifs, scolaires, administratifs et culturels.
La place de Bordeaux à Strasbourg, ses voitures, sa pelouse, sa sculpture contemporaine, ses bâtiments du XIXème et ses équipements des années 1970. Les Strasbourgeois passent régulièrement ici, qui pour se rendre au Palais de la musique et des congrès (PMC), qui à la Maison de la Région, ou, un peu plus loin, au Parc des expositions (Foire européenne, salons, Foire Saint-Jean, théâtre du Maillon….) ou au Rhénus Sport, voir jouer les basketteurs de la SIG.
D’autres passent à côté du square du Tivoli, traversant le quartier du Wacken en tram, sans savoir qu’il y a près de deux siècles, c’est à pied que les bourgeois de Strasbourg venaient se promener là, où déjeuner en bonne compagnie, hors les murs de la ville… Tivoli et Wacken, la différence ? L’un est au sud de la rivière Aar, l’autre au nord, véritable presqu’île entourée d’eau.
Plans du quartier du Tivoli (sud de l’Aar) et de l’île du Wacken (nord de l’Aar), désormais dans un seul ensemble dénommé « Wacken-Europe » (Google maps / Ville de Strasbourg)
Démarrons la découverte du secteur par la place de Bordeaux, d’où partent les avenues Herrenschmidt à gauche et Schutzenberger à droite (celle qui nous intéresse en premier lieu).
Quand la place de Bordeaux était « la porte de Schiltigheim »
Depuis les années 1960-70, la place est occupée par le lycée Kléber, l’hôtel Holiday Inn (devenu un hôtel Mercure en 2012) et la Maison de la radio et de la télévision (occupée par France 3 Alsace). Dans les décennies qui précèdent, la place est dégagée et verte, menant aux jardins maraîchers et aux petites industries du secteur.
Des années 1880-90 à la fin de la Première Guerre mondiale en revanche, la place de Bordeaux telle que nous la connaissons est coupée en deux par la dernière enceinte de Strasbourg, édifiée par les Allemands après la prise de la ville en 1870. Elle est appelée alors « porte de Schiltigheim » ou Schiltigheimerthor.
A la fin du XIXème siècle, les Allemands construisent la dernière enceinte de Strasbourg : la promenade entre le parc des Contades et le Tivoli est coupée en deux et devient la Porte de Schiltigheim (DR)
La place doit son nom actuel, donné en 1919 et repris en 1945, à la Protestation solennelle des députés alsaciens lancée à l’Assemblée nationale exilée à Bordeaux, contre l’annexion de l’Alsace et de la Moselle par l’Allemagne de Bismarck. Les rues avoisinantes portent d’ailleurs les noms des députés protestataires : Lauth, Edouard Teutsch, Jacques Kablé, Charles Grad, Jacques Preiss, le Chanoine Winterer…
Place de Bordeaux : l’hôtel Mercure, la « Ligne indéterminée » et France 3 Alsace (Photo MM / Rue89 Strasbourg)Place de Bordeaux vers 1965 et 1973 (Archives France 3 Alsace) – Sur la dernière image, le PMC est visible avant son agrandissement de 1989 (AlsaceBook, cité par ArchiWiki)
Or, cette fortification rompt le lien originel entre le parc des Contades et celui du Tivoli. Dans un article rédigé par l’ADIR (Association pour la défense des intérêts de la Robertsau), à partir des travaux de l’historien du quartier, Eric Stumm, l’on peut lire :
« [Vers 1600] on voit l’installation, à l’endroit actuel du Parc des Contades, du lieu d’entraînement de la confrérie des arquebusiers et des tireurs dénommé Schiessrain. L’Ile Jars [qui doit son nom soit à l’Aar, soit aux élevages d’oies présents dans le secteur à l’époque] en constituait le prolongement naturel.
En 1714, naît la première construction sur l’Ile […] appelée le château de l’Ile Jars. Le XVIIIème siècle est la période la plus prestigieuse du Tivoli. Les nobles, propriétaires ou occupants du château, parmi lesquels le Maréchal de Coigny, puis le Marquis de Contades, eurent suffisamment d’influence pour accueillir l’intelligentsia française, tel Voltaire en 1753, qui a donné son nom à une des rues du quartier, et Jean-Jacques Rousseau, aperçu là en 1765.
[…] À partir de 1876, de nouvelles fortifications sont construites selon les plans du Maréchal Moltke et séparent ainsi pour la première fois le secteur de l’Ile Jars du parc des Contades, enfermé désormais derrière la volumineuse porte de Schiltigheim. Durant la guerre de 1870, le château de l’Ile Jars a été très endommagé par les bombardements. »
« Une croûte ronde, farcie de foie gras entier, complétée de farce de veau et de lard »
Dans ce château disparu aujourd’hui, apprend-t-on de la même source (et d’autres, plus ou moins chauvines), le pâté de foie gras d’Alsace, tel que nous le connaissons, aurait été préparé pour la première fois, avant d’être adopté par la cour de Louis XVI :
« En 1778, le Marquis de Contades a embauché un jeune chef cuisinier, Jean-Pierre Clause, et a exigé de lui une cuisine résolument française. Clause s’exécuta et confectionna une croûte ronde, farcie de foie gras entier, complétée de farce de veau et de lard, le tout recouvert d’un couvercle et mis au four à feu doux. Ce fut un succès, une acclamation parvenue très vite aux oreilles du roi Louis XVI et du célèbre Brillat-Savarin. Jean-Pierre Clause poursuivit par la suite sa carrière de producteur de foie gras rue de la Mésange à Strasbourg. »
Le restaurant du Tivoli : haut lieu de distractions vers 1900
Vers 1900, les constructions de villas se multiplient au Tivoli, à l’initiative de la famille Schutzenberger, propriétaire des terrains. Plusieurs membres de cette famille de brasseurs, installés rue des Balayeurs à la Krutenau, puis à Schiltigheim, ont joué un rôle de premier plan à Strasbourg, tel le maire Georges-Frédéric Schützenberger qui, vers 1840, lança une grande campagne de plantation d’arbres et d’aménagement des parcs de Strasbourg, dont ceux de l’Île Jars (Tivoli) et des Contades.
Ces maisons sont encore celles que nous l’ont peut découvrir en flânant dans les rues de l’Ile-Jars, Jean-Jacques Rousseau, Voltaire, Andrieux et Gustave-Brion. L’avenue Schutzenberger est quant à elle ainsi dénommée depuis 1923.
Le quartier résidentiel du Tivoli, édifié au tournant des années 1900 (Photos MM / Rue89 Strasbourg)
L’appellation de « Tivoli », donnée au quartier en hommage à la ville italienne éponyme réputée pour ses jardins et cascades, semble être définitivement adoptée vers la fin du XIXème siècle. À cette époque, le restaurant du Tivoli et sa salle de spectacle attire tout ce que Strasbourg compte de bourgeois ou étrangers, avides de distractions (bals et concerts, kiosque à musique, jeux divers…). À la place du restaurant et des fortifications, qui disparaissent après 1918, le parc du Tivoli est ainsi baptisé dans l’Entre-deux-guerres, jardin discret et accueillant, où se retrouvent les habitants du quartier.
Le restaurant du Tivoli, vers 1900 (ArchiWiki)
Avant le PMC, les maraîchers
Un peu plus avant sur l’avenue Schutzenberger, côté gauche, le Palais de la musique et des congrès, inauguré en 1975 par le maire de Strasbourg Pierre Pflimlin, a failli être l’œuvre du célèbre architecte Le Corbusier, comme l’explique la fiche correspondante, très complète, sur le site Archi-Wiki. Avant d’accueillir l’équipement tertiaire que l’on connaît aujourd’hui, le site est occupé par des jardins maraîchers (voir le triangle en culture sur la photo aérienne ci-dessous, citée par l’Association de défense des intérêts des riverains de la rue du Tivoli – Sauvons le Wacken).
Vue aérienne du Tivoli-Wacken en 1932 – En rouge, le site du PEX, projet à 180M€ repoussé par la municipalité Ries-Herrmann – Entre les avenues Herrenschmidt et Schutzenberger, un triangle de terres en culture est visible en face des villas (Association Sauvons le Wacken)Le Palais de la musique et des congrès, dont les travaux d’extension se poursuivent depuis 2013 – Une première extension a été construite en 1989 (Photos MM / Rue89 Strasbourg)
A l’arrière du PMC, la petite rue du Tivoli donne d’un côté sur le parking du Palais des congrès, de l’autre sur l’Aar. Jusque dans les années 1960, les habitants et artisans qui vivaient là, raconte-t-on, se baignaient dans la rivière aux beaux jours…
Tanneurs et chauve-souris
Le parking du PMC longe l’avenue Herrenschmidt, situées sur les anciennes « prairies de Schiltigheim » jusque dans les années 1930 (Dictionnaire historique des rues de Strasbourg, Le Verger éditeur, 2012). Cette seconde avenue tire son nom de celui du propriétaire des tanneries qui se trouvaient au nord de l’Aar (quartier des banques), rasées dans les années 1960. On se souvient qu’en 2013, la découverte d’une exceptionnelle colonie de chauve-souris, décimée par l’abattage de l’arbre dans laquelle elle avait trouvé refuge en bordure du PMC, avait fait grand bruit…
De l’autre côté du Palais des congrès, une fois l’Aar traversée, l’avenue Schutzenberger bute sur la place Adrien-Zeller. Ex-place du Wacken, cette dernière est renommée en 2010, après la mort du président de la Région Alsace, sous la présidence duquel la Maison de la Région (bâtiment aux façades vitrées donnant sur la place) a été construite en 2005.
Au bout de l’avenue Schutzenberger, restaurant S’Wacke Hiesel, Maison de la Région et Parc des expositions (Photos MM / Rue89 Strasbourg)
Sur cette place également, le Parc des expositions est construit dans les années 1920. Le dernier hall encore debout abrite, pour quelques années encore, le théâtre du Maillon. Ce dernier devrait être détruit et reconstruit en face de la Maison de la Région, côté avenue Wenger-Valentin, pour laisser la place à des bâtiments neufs, dans le cadre du quartier d’affaires Wacken-Europe.
Ce à quoi devrait ressembler à terme le quartier Wacken-Europe – en bleu, à gauche, le futur Maillon (Doc. EMS)
Sur cette place Adrien-Zeller encore, une maison alsacienne semble un peu perdue, là, entre ces équipements tertiaires plus ou moins modernes. Elle abrite le restaurant S’Wacke Hiesel, où déjeunent chaque midi les costumes-cravates du quartier. L’on peut s’interroger sur son sort, puisqu’à en croire le visuel ci-dessus, d’autres locaux seraient prévus sur ce site, en bordure de l’Aar…
Cité eugéniste, avec vue sur le Parlement
De part et d’autre de cette maison alsacienne et de son parking (un peu sauvage), l’Allée du Printemps et la rue de la Berge-des-Roseaux s’enfoncent dans la cité Ungemach et ses maisons à loyers modérés, avec vue sur le Parlement européen. Avec ses 138 pavillons entourés de jardins, la cité est construite dans les années 1920, à l’initiative de l’industriel Charles-Léon Ungemach, soucieux de loger là « de jeunes ménages en bonne santé désireux d’avoir des enfants et de les élever dans de bonnes conditions d’hygiène et de moralité ».
Sans surprise, le collectif pour le tram à Koenigshoffen est remonté par le choix de la municipalité de Strasbourg de présenter à l’enquête publique le tracé par la rue du Faubourg National. Lors d’une conférence de presse jeudi matin à La Choppe, l’un des derniers bars populaires du quartier, les associations de résidents des quartiers de l’Elsau, de Koenigshoffen, des Poteries et de la Gare, qui composent le collectif, ont indiqué qu’elles déposeraient un recours gracieux si ce tracé était confirmé en conseil municipal et en conseil de l’Eurométropole.
Et après le recours gracieux, la suite logique est le recours contentieux devant le tribunal administratif, puis une procédure en appel le cas échéant, etc. Le collectif pour le tram à Koenigshoffen est déterminé, et il a déjà réussi à faire changer d’avis la municipalité en 2012, lorsqu’elle voulait installer un tramway sur pneus entre le nord et l’ouest de l’agglomération.
Mais, assure Pierre Ozenne, porte-parole du collectif, on n’est pas obligé d’en arriver là :
« D’abord, nous allons demander tous les résultats de la concertation préalable, parce que nous sommes persuadés que les citoyens qui ont contribué ont massivement adhéré à notre proposition de tracé, par les boulevards. C’est le bon sens même et nous l’avons démontré lors de réunions publiques, en se basant sur des études de faisabilité et des estimations commandées par l’Eurométropole. Nous pensons que le rendu de la concertation préalable qui a été présenté aux élus n’est pas sincère. »
« Éviter un gâchis »
Le collectif demande donc à Roland Ries, maire (PS) de Strasbourg et vice-président de l’Eurométropole en charge des transports, de revenir sur le tracé choisi et de réévaluer ses priorités. Pour le collectif, s’il y a des retards dans le raccordement des quartiers ouest de Strasbourg au réseau de tramway, ce sera à la municipalité d’en porter la responsabilité :
« On veut le tram à Koenigshoffen mais on veut à tout prix éviter un gâchis, qui consisterait à choisir un tracé qui ne règle aucun des enjeux de mobilité des quartiers ouest, qui sacrifie une place publique du quartier gare, qui s’engorgera à coup sûr en quelques années et tout ça pour économiser quelques millions d’euros, alors que cet argent sera au final dépensé lorsqu’il faudra refaire les boulevards pour le bus à haut niveau de service ! »
Le collectif propose de faire passer le tramway vers Koenigshoffen par la place de la gare, en prolongeant la ligne C, puis par les boulevard de Nancy et Metz (voir carte ci-dessous). Les services de la Ville ont estimé ce tracé à 50 millions d’euros. La municipalité préfère ne pas toucher à la place de la gare et prolonger la ligne F par la rue du Faubourg National, pour un coût estimé de 29 millions d’euros.
Le tracé proposé par le collectif pour le tram à Koenigshoffen (doc remis)
Pas une confiance aveugle dans les services de la Ville
Le collectif doute de l’estimation des services de la Ville, et met en avant que ces mêmes services avaient estimé l’installation d’une ligne plus longue vers Koenigshoffen en 2013, en passant par les boulevards et en comptant le matériel roulant à 82 millions d’euros :
« On se retrouve avec une différence de 10 millions d’euros entre les variantes 1 et 5, rien que pour les 400 mètres du boulevard de Nancy… On sent bien que la municipalité n’a jamais voulu donner une chance à cette proposition. »
Le collectif sait que le temps joue en sa faveur, puisqu’il n’est pas envisageable de mener une enquête publique en période électorale et qu’en 2017, des élections sont programmées en mai, juin et septembre.
Il préfère rester anonyme. Nous l’appellerons Damien. C’est le seul membre alsacien de l’association française transhumaniste (AFT), aussi nommée Technoprog, pour « techno progressiste ». Ce qu’il défend : l’amélioration de la condition humaine, tant biologique que sociale, à l’aide de la robotique et des nouvelles technologies.
Place de l’Homme de Fer à Strasbourg, un samedi pluvieux. Pour rencontrer un transhumaniste, le lieu est allégorique. Mais Damien, son prénom a été changé à sa demande, est un homme normal. Grand, élancé, vêtu d’un ample pull-over vert, il explique arriver d’une ville en bordure de Strasbourg, spécialement pour notre rendez-vous. Sur son nez, il porte des lunettes à verres épais. Plus tard dans la discussion, il les enlèvera, simplement pour démontrer son propos :
« Toutes les déficiences qui existent biologiquement, nous pouvons progressivement les éradiquer pour plus d’égalité. Regardez, vous et moi, nous ne sommes pas égaux. J’ai toujours eu besoin de ces lunettes, pas vous. On pourrait me permettre à moi et à d’autres de vivre sans. »
Un problème ? Hop un gène en moins (ou en plus)
Pour supprimer les besoins en lunettes, il propose une solution simple : l’injection de gènes pour les yeux défaillants. Une application de la thérapie génique, qui pourrait permettre l’éradication de déficiences ou de pathologies en faisant pénétrer des gènes dans les cellules ou les tissus d’un individu. Loin d’être de la science-fiction, la thérapie génique est testée depuis les années 1980, principalement pour annihiler des maladies comme le cancer. Pourtant, Damien, lui, voudrait une utilisation plus large de ce processus encore à l’étude et débattu :
« On milite pour permettre aux citoyens de partir avec des chances égales. Si mon enfant naît avec des déficiences visuelles, comme moi, il pourrait recevoir une injection des gènes lui offrant une vision correcte. Permettre à des enfants d’avoir une bonne vue, ce serait merveilleux, non ? »
L’anecdote pourrait résumer seule la position de l’Alsacien membre de Technoprog : l’utilisation plus libre et pour tous des évolutions technologiques. Que la multiplication des formes d’intelligences artificielles ou de la robotisation — phénomènes qu’il considère comme inéluctables à long terme — soient mises au service du plus grand nombre, dans une dynamique de transparence des États, des chercheurs et des entreprises. Finalement, l’air malin, il cite une vieille publicité (en fait une citation d’Aristote) : « le progrès ne vaut que s’il est partagé par tous. »
Neil Harbisson, « cyborg activiste » et premier humain avec une antenne dans l’oeil. (Photo Wikimedia commons / cc)
Transhumanisme ou techno progressisme
Si Damien, la quarantaine passée, est devenu adhérent de Technoprog en 2013, ce n’est pas un hasard. Officiellement fondée en France en 2010, l’association est encore aujourd’hui méconnue dans l’hexagone où le transhumanisme reste une nébuleuse pour quelques passionnés. Aux États-Unis en revanche, le transhumanisme s’ancre progressivement depuis la fin des années 1970 et la naissance de la contre-culture technofuturiste californienne.
Dès 1998, l’association mondiale transhumaniste (WTA) est créée. Aujourd’hui renommée Humanity+, l’association définie le transhumanisme ainsi :
« Le mouvement culturel et intellectuel qui affirme qu’il est possible et désirable d’améliorer fondamentalement la condition humaine par l’usage de la raison, en particulier en développant et diffusant largement les techniques visant à éliminer le vieillissement et à améliorer de manière significative les capacités intellectuelles, physiques et psychologies de l’être humain. »
Concrètement, le mouvement considère que certaines souffrances, maladies ou handicaps pourront être supprimés à l’avenir, notamment grâce au développement et à la convergence des NBIC : les nanotechnologies, la biotechnologie, les techniques de l’information et la science cognitive.
Vaste programme. Mais depuis l’élaboration de Humanity+, des monstres de l’économie américaine ont pris d’assaut le sujet à coups de milliards de dollars. Google a débloqué des fonds et mis en place des programmes et l’ensemble des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft) s’intéressent de près ou de loin au sujet.
Couverture du Times, lors du lancement du programme Calico par Google en septembre 2013. (Photo: Times)
Pour Damien, il est urgent que le sujet devienne public, pour éviter une captation par des intérêts privés et une opacité dans les recherches menées. Sa crainte, en somme, c’est peu l’avènement du Big Brother de Georges Orwell :
« Notre angoisse est que les recherches et les machines soient uniquement dans les mains de quelques-uns ou du capital. »
C’est là toute la différence entre le transhumanisme et le techno progressisme. Ou, plus concrètement, entre les visions américaines et les visions européennes du sujet. Technoprog est officiellement apolitique, mais en réalité marquée à gauche de l’échiquier politique. C’est aussi le cas de Damien, militant politique depuis ses jeunes années et membre de diverses associations, dont il préfère taire le nom :
« Les GAFAM ne sont pas pour le techno progressisme mais pour le transhumanisme. C’est différent. Le techno progressisme est pour la racine sociale de l’évolution technologique, pour le progrès pour tous. Et pas seulement pour une classe gens de pouvant se le permettre. »
Raël, une queue de cheval et des engagements
On peut franchement douter de l’avenir de « l’homme augmenté » et mettre en cause la pensée transhumaniste, comme le fait régulièrement le collectif Pièces et Mains d’Oeuvre, engagé dans une critique radicale de la recherche technologique. Mais cet ouvrier travaillant principalement en brasseries, anciennement salarié dans le milieu médical, défend une philosophie en laquelle il croit dur comme fer. Contrairement à la plupart des membres de l’AFT, il n’est pas non plus doctorant, chercheur en sciences sociales ou universitaire : son savoir, il est allé le chercher seul.
Comment en est-il venu au transhumanisme ? Par le biais politique, d’abord, et par une vieille passion pour les sciences et l’espace :
« Les avancées technologiques faisaient parties des repas de famille », s’amuse-t-il.
Pourtant, lorsqu’il découvre sur le web l’existence du transhumanisme et de Technoprog, en 2012, il est intrigué mais hésitant. En cause : la coupe de cheveux particulière de Marc Roux, président de Technoprog, avec qui Damien échange en premier :
« Au début, j’avais une forme de suspicion sur le sujet et les gens qui adhéraient. Marc Roux a une longue queue de cheval, ça me faisait penser à Raël (gourou d’une organisation sectaire, ndlr). Je plaisante, mais j’étais quand même dubitatif. Puis j’ai vite vu que l’habit ne faisait pas le moine et le sérieux du sujet. On eu de longues conversations et je me suis intéressé à Technoprog, j’ai adhéré, j’ai commencé à participer. »
Il n’a d’ailleurs toujours pas dit à sa famille son appartenance à Technoprog. Son milieu associatif ou politique ne sait pas non plus qu’il s’est engagé. C’est la raison pour laquelle il nous parle sous anonymat : il craint que ses idées soient mal interprétées ou de passer pour un farfelu. Un peu comme la première hésitation qu’il avait eu, en voyant l’image avatar de Marc Roux sur Skype.
À Transvision, une déclaration technoprogressiste internationale
En tant que membre de Technoprog, sa première collaboration avec l’association s’est déroulée à Paris, en novembre 2014. L’Association française transhumaniste organise un colloque européen : Transvision 2014. Au menu, environ deux cent participants : allemands, suédois, italiens, espagnols, belges et quelques américains. On parle avenir de l’homme augmenté, justice sociale et technologies. On y rédige, surtout, une sorte de charte : la Déclaration technoprogressiste, qui dispose des principes fondateurs du mouvement.
Natasha Vita-More, présidente de Humanity+ et signataire de la Déclaration. (Photo: Flickr/CC)
Damien a imprimé la Déclaration. Malgré sa position de simple adhérent, il a tout de même pu ajouter sa voix au chorus :
« Comme tous les militants, j’étais surtout là pour préparer la bouffe, assurer la sécurité et porter les cartons. Mais mon sentiment est que nous devons nous joindre aux actions en faveur de l’extension des droits fondamentaux à tous les individus, qu’ils soient humains ou non. »
Élaborée par plusieurs conférenciers, cette phrase est aussi, un peu, le fait de Damien. Étendre les droits à tous, humains ou non, c’est un peu son dada. Sa « modeste contribution » au chapitre des technoprogressistes.
« Pourquoi laisser faire la biologie, alors que nous pouvons l’aider ? »
L’homme est donc un fervent défenseur de ce que les technologies peuvent apporter à l’homme dans son quotidien. Au sein de Technoprog et de la mouvance transhumanisme, comme tout mouvement de pensée, les idées divergent et les débats fourmillent. Pour Damien, l’avènement de l’Intelligence Artificielle et son utilisation pour soulager le travail des hommes est un des points clés :
« Je suis évidemment pour l’IA, la future Intelligence Artificielle. J’espère qu’une IA forte va émerger, qu’elle aura conscience d’elle-même, qu’elle aura son libre arbitre et qu’elle pourra interagir avec nous comme un être humain. Et qu’elle aura donc des droits. D’où la nécessité d’une charte. Mais à ce jour, ce qui s’en rapproche le plus, comme les Google Cars, ne lui ressemble absolument pas. »
Dans son discours, il se veut un peu prophète. Il voudrait que l’État finance la future IA, toujours pour éviter une captation dans les mains des plus riches :
« Il faut des normes de sécurité et qu’on voit ce qu’il se passe. C’est comme pour le nucléaire et la centrale de Fessenheim : il faut que les gens sachent comment les choses se déroulent dans le réacteur. »
Que faire quand le travail aura disparu ?
Lui ambitionne aussi la fin du travail et du salariat. « Ce n’est pas le cas de tout le monde au sein de Technoprog, loin de là », précise-t-il. Ancien salarié dans le milieu hospitalier, il s’appuie sur son expérience pour convaincre de la justesse de son argumentaire :
« Par exemple, prenons les maisons de retraites. Il n’y a souvent qu’un seul aide soignant pour tout un étage, avec une soixantaine de patients ! Comment l’aide soignant peut-il être partout en même temps, lorsqu’il y a un souci ? Impossible. Moi, je serais à fond pour des embauches à tour de bras et pour plus d’humain, mais pour ce job-là, il y a peu de monde. Ça casse, moralement. Les patients deviennent des clients, simplement des numéros. Impossible d’avoir la chaleur humaine nécessaire. Certains jobs peuvent ainsi être faits, ou aidés, par des machines. »
Dans son esprit, les tâches les plus difficiles pourraient être effectuées par des machines : soins, nettoyages, apport des repas… « Mais attention, il s’agirait de machines intelligentes et humanoïdes », souligne-t-il. Physiquement présentables, donc. Les salariés humains pourraient ainsi se consacrer à des tâches plus en rapport avec les patients, les faire sortir ou passer du temps avec eux…
Les vaccins, déjà une modification de la nature humaine
Osé, mais quid de l’augmentation humaine, de l’amélioration de notre corps par la technologie ? Ne serait-ce pas dénaturer, détraquer biologiquement l’espèce ? Là aussi, notre alsacien a un discours bien rôdé. Devant nos protestations, il s’explique :
« La nature humaine, c’est quoi ? L’humain se modifie lentement. Biologiquement, mais aussi techniquement. Du moment où l’humanité a connu la médecine, nous avons été modifiés. Prenez les vaccins. Nous sommes tous vaccinés et c’est déjà une modification. Pour que la progression soit uniquement naturelle, il aurait fallu qu’il n’y ait pas de guerres, pas de médecine, pas de recherche. Les choses auraient mis un temps fou. Pourquoi laisser faire la biologie, alors que nous pouvons l’aider ? »
Aujourd’hui, en France, ils sont une centaine de membres adhérents à Technoprog, avec un millier de personnes gravitant autour du cercle de l’association, qu’il s’agisse du forum, des réseaux sociaux ou des événements. Pour Damien, le techno progressisme va devenir un sujet de débat public dans les années à venir, parce qu’il porte un message universel : le mieux-vivre ensemble :
« Condorcet voulait que l’humanité s’améliore, qu’elle vive mieux. L’idéal de l’être humain a toujours été d’améliorer sa vie. Les égoïstes ne pensent qu’à eux, les autres pensent que collectivement, nous pouvons progresser. »
Le Parlement européen réclame 320 000 euros à Jean-Marie Le Pen, selon une information de Challenges. L’institution qui a son siège à Strasbourg soupçonne l’eurodéputé du Front National d’avoir employé aux frais de l’Union européenne un assistant parlementaire dont il ne peut fournir « la preuve du travail ». Le Parlement européen a réduit de moitié ses indemnités d’eurodéputé, 3 100€ au lieu de 6 200€ et lui a supprimé la totalité de l’enveloppe de ses frais généraux, soit 4 300€ par mois.
Cette sanction est la première décision administrative à la suite d’une enquête sur les emplois fictifs d’assistants parlementaires au FN. Depuis mars 2015, une vingtaine de députés européens frontistes sont soupçonnés d’avoir rémunéré des permanents du FN à Paris aux frais du Parlement européen.
Emploi fictif ou multi-tâches ?
Le secrétaire général du Parlement européen, Klaus Welle a cherché en vain les preuves du travail parlementaire de Jean-François Jalkh, aujourd’hui vice-président du FN et député européen. Il a été employé comme assistant parlementaire de Jean-Marie Le Pen de 2009 à 2014. Par ailleurs, Jean-François Jalkh a participé à un audit des comptes de campagne du FN en 2011 et 2012, alors qu’il était censé être au service de Jean-Marie Le Pen au Parlement européen.
Après avoir saisi l’Office européen de lutte contre la fraude (OLAF) il y a un peu plus d’un an, le Parlement européen réclame désormais à Jean-Marie Le Pen le remboursement des 320 026 euros de salaires perçus par Jean-François Jalkh sur cinq ans.