L’entreprise Butachimie, classée Seveso seuil haut, fabrique de l’adiponitrile (ADN) et de l’hexaméthylènediamine (HMD), qui sont des précurseurs du nylon. Elle est située à environ 300 mètres de la CAC.Photo : Giannelli
Le tribunal correctionnel de Strasbourg a condamné l’entreprise Butachimie à une amende de 300 000 euros. En juin 2023, une explosion sur le site classé Seveso avait grièvement blessé six salariés lors d’une opération de maintenance.
Plus de deux ans après la grave explosion qui avait blessé six salariés sur le site de Butachimie à Chalampé, le tribunal judiciaire de Strasbourg a tranché. La société Butachimie a été reconnue coupable de plusieurs infractions au code de l’environnement, dont le délit d’exploitation non conforme d’une installation avec atteinte grave à la santé ou la sécurité des personnes. Elle est condamnée à une amende de 300 000 euros et au paiement de quatre contraventions de 7 500 euros. « Ce n’est pas une grosse surprise », décrypte Raphaël, élu CGT au sein du comité social et économique (CSE) de l’entreprise classée Seveso seuil haut, c’est-à-dire représentant un risque industriel élevé.
Margaux Delanys est journaliste à Rue89 Strasbourg depuis octobre 2025. Originaire du Grand Ouest, elle est diplômée de l’École supérieure de journalisme de Lille et s’intéresse aux enjeux sociaux, notamment les questions de santé au travail.
L’artiste French Motion.Photo : Jade Guéro / Rue89 Strasbourg
Non loin de la cathédrale, une discrète galerie propose de redécouvrir Strasbourg, portant un regard sensible et poétique sur les espaces traversés. Du 1er novembre au 31 décembre, FrenchMotion expose sa série « Capsule #01 », composée de quinze photographies, capturant des ambiances singulières de la capitale européenne.
C’est au 7a rue des Frères, derrière la cathédrale, que l’artiste FrenchMotion, de son vrai nom France Herbillon, s’est installée depuis début novembre 2025. Adepte des balades à vélo à l’aube, au crépuscule et de nuit, l’artiste voyage dans Strasbourg, accompagnée de son appareil photo. Parcourant des espaces inédits, interstitiels, ou des espaces peu fréquentés, tout en faisant brusquement passer le spectateur dans des espaces très colorés et animés, elle propose de redécouvrir Strasbourg. En se concentrant sur des espaces discrets de la ville, France Herbillon s’éloigne des clichés touristiques, afin de créer de nouveaux paysages émotionnels.
Guidée par son sens de l’observation des espaces, la photographe s’inspire des codes esthétiques du cinéma, par la création de jeux de reflets et d’ombres portées au sol par exemple, créant des univers oniriques et sensibles inédits. Ces nouveaux paysages naissent d’un travail minutieux de retouche et de montage : déformations, variations de lumières, poses longues… Des paramètres qui ouvrent une brèche vers un monde magique. Quant aux effets de noir et blanc, ils glissent dans les photographies un sentiment de nostalgie ou de mélancolie.
Travail sur le mouvement
« Capsule #01 » inaugure une première série de quinze photographies, réalisées entre 2019 et 2025. La série est née durant la période du confinement liée à la crise sanitaire du Covid-19 en 2020. Dans les clichés, l’absence de passants et de véhicules révèle des paysages strasbourgeois déserts et très calmes : une suspension du mouvement de la ville dont l’artiste se saisit pour amorcer son travail.
Exposée sur deux niveaux de la galerie, la première série présente des photographies aux tons chauds, ocres et orangés réalisées à la tombée de la nuit. L’exposition se poursuit à l’étage avec des clichés pris de jour — l’ambiance change alors, les tons sont à présent plus froids, avec des dominantes de bleu et de vert.
France accueille dans sa galerie.Photo : Jade Guéro / Rue89 Strasbourg La galerie, à deux pas de la cathédrale.Photo : Jade Guéro / Rue89 Strasbourg
Ici, le jour révèle le mouvement, les silhouettes des passants, et on croit presque entendre le grondement sourd de la ville. FrenchMotion joue avec la pose longue pour saisir les brèves lumières du tramway et celles de la Grand’Rue. Elle aime capter les atmosphères des ruelles étroites et les bâtiments anguleux proches des canaux tortueux de l’Ill.
Vue de l’exposition.Photo : Jade Guéro / Rue89 Strasbourg Un des murs de l’exposition éphémère.Photo : Jade Guéro / Rue89 Strasbourg
Espace ouvert aux photographes
Au gré du parcours de l’exposition, le public pourra découvrir d’autres formats, plus petits, formats cartes postales, à collectionner ou pour offrir.
Divers formats à emporter avec soi.Photo : Jade Guéro / Rue89 Strasbourg
Pendant la durée de l’exposition, l’artiste ouvre l’espace et propose à d’autres photographes d’investir un mur de la galerie, pour qu’ils ou elles puissent à leur tour proposer des clichés singuliers — relayant des ambiances autres sur la ville, toujours sur le même thème, Strasbourg.
Étudiantes à la Faculté des Arts Visuels de l’Université de Strasbourg au sein du Master Écritures Critiques et Curatoriales des Arts et des cultures visuelles, leurs recherches portent sur les imaginaires transhumanistes du jeu vidéo Cyberpunk 2077 en parallèle avec notre monde réel (Andréia) et sur le pouvoir des cartographies sensibles et leur(s) représentation(s) du monde dans l’art contemporain (Jade).
La société Nicolas Sarrut Transport & Logistique a été placée en liquidation judiciaire en 2014.Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg
Depuis 2020, Nicolas Sarrut vend un projet censé bouleverser le secteur de la logistique. Mais le terminal ADMCS et le logiciel révolutionnaire qui devait le faire fonctionner n’ont jamais vu le jour. Peu à peu, collaborateurs et autres investisseurs finissent par se demander où sont passés les plus de 17 millions d’euros levés.
Plus de 17 millions d’euros levés auprès de plus d’un millier d’investisseurs, principalement des Alsaciens. Autant de personnes convaincues qu’elles prenaient l’autoroute du profit en investissant dans le projet ADMCS (Alsace digital multimodal container services). Il faut dire que Nicolas Sarrut vendait du rêve. Autoproclamé expert en logistique, l’entrepreneur alsacien ambitionnait de révolutionner le secteur du transport de marchandises. Dès 2020, il commence à lever ses premiers millions d’euros. Sa promesse : construire plusieurs terminaux logistiques économes en énergie, grâce à « une technologie combinant blockchain, internet des objets, intelligence artificielle et deep learning », assure-t-il alors dans les Dernières nouvelles d’Alsace.
Beaucoup de millions pour rien
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Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Les éleveurs de la Confédération paysanne se sont rassemblés mardi 16 décembre à Strasbourg pour dénoncer la gestion de la dermatose bovine.
Une vingtaine d’éleveurs de la Confédération paysanne se sont rassemblés mardi 16 décembre devant la Direction départementale de la Protection des populations. Ils dénoncent l’abattage de cheptels entiers et défendent une politique sanitaire alternative face à la dermatose des bovins.
« Stop au massacre inutile », alerte une pancarte brandie devant la Direction départementale de la Protection des populations (DDPP) de Strasbourg. Bien qu’aucun cas de dermatose nodulaire contagieuse (DNC) n’ait été déclaré en Alsace, les agriculteurs de la Confédération paysanne disent redouter les conséquences du protocole sanitaire en vigueur. Les éleveurs du syndicat agricole sont venus dialoguer avec la DDPP, en charge de la surveillance sanitaire des élevages, pour anticiper d’éventuels cas de dermatose dans le département.
La maladie virale, qui touche les bovins, se propage dans les cheptels français depuis juin 2025. Mi-décembre, 113 foyers avaient été détectés, la plupart en Haute-Savoie. Chaque fois, l’élevage entier est abattu. « La peur, on la sent chez tous les éleveurs bovins en Alsace« , explique Anne-Flore Laemmel, agricultrice dans la région de Saverne, drapeau de la Confédération paysanne sur l’épaule. « La région très touchée n’est pas si loin d’ici ».
Menace de l’abattage
La propagation de la dermatose, qui se transmet par les insectes – comme les mouches ou les taons – est difficilement contrôlable, et la maladie reste relativement méconnue en France. Dans certains cas, la dermatose peut entraîner la mort de l’animal. Pourtant, le « stress » ressenti par les agriculteurs rassemblés devant la DDPP, n’est pas lié à la peur de la contamination. « Nous sommes bien plus effrayés par la menace de l’abattage que par celle de la maladie », explique Bertrand Tournaire, éleveur de vaches laitières à Aubure, dans le Haut-Rhin. Il appréhende les conséquences de la maladie pour les éleveurs :
« Tous ceux qui sont proches de la retraite, tous ceux qui ont déjà des difficultés économiques, s’ils sont touchés, ils arrêteront tout, ils ne relanceront pas leur élevage. Il faut avoir le courage de recommencer, si on abat toutes tes bêtes, ça peut prendre des années. »
Gestion « scandaleuse » de la crise
« Cette politique d’abattage total ne mène à rien », affirme Anne-Flore Laemmel. L’agricultrice juge la gestion de la crise « scandaleuse » et affirme « ne pas comprendre l’entêtement de la ministre à garder cette ligne ». La veille, lundi 15 décembre, la ministre de l’Agriculture Annie Genevard, a confirmé le maintien du protocole sanitaire en place.
Alors que de nouveaux cas sont détectés chaque semaine, la Confédération paysanne défend un plan alternatif pour faire face à la propagation de la dermatose. « Il faudrait un abattage partiel, des seuls animaux contaminés, et le placement en quarantaine des autres animaux de l’élevage, avec un protocole de biosécurité », expose Églantine Berthet, agricultrice dans le Sundgau et porte-parole de la section alsacienne de la Confédération paysanne. Elle défend aussi l’élargissement de la vaccination des bovins, jusque-là strictement réservée aux zones proches des élevages contaminés.
« Le gouvernement n’entend rien et les syndicats sont écœurés. La confiance avec l’État est rompue », estime Anne-Flore Laemmel. Elle juge l’approche du ministère « autoritaire, verticale, sans aucune écoute de la profession et avec un quitus total de certains experts scientifiques ». L’agricultrice qui dit sentir « la colère partout dans la profession », et s’inquiète des réactions des éleveurs. « Certains, craignant tellement l’abattage de leurs bêtes, pourraient cacher que la dermatose a atteint leur cheptel. La maladie se propagerait alors d’autant plus vite », avertit-elle.
Pas de dérogation
« Avant même la dermatose, le contexte général met déjà à mal les éleveurs bovins », poursuit Bertrand Tournaire, faisant référence à l’accord sur le Mercosur, en passe d’être adoptée par l’Union européenne. Devant la grille de la DDPP, il affirme : « Tout ça c’est de la gestion administrative, pour les autorités c’est un problème dans un tableau Excel, mais nous, ce qu’on défend c’est du vivant. »
Les quinze vaches laitières de l’élevage de Bertrand Tournaire sont des Vosgiennes, une race protégée et considérée comme « rare ». La Confédération paysanne espérait pouvoir obtenir une « dérogation sur les abatages totaux » en cas de détection de foyers en Alsace. Reçus à l’issue du rassemblement par la DDPP, les représentants du syndicat n’ont pas obtenu d’inflexion. La direction de l’instance a confirmé l’application stricte de la politique nationale d’abattage total, sans dérogation pour les vaches Vosgiennes, malgré leur statut de race menacée.
La centrale géothermique de Rittershoffen.Photo : Fantasio Guipont / Rue89 Strasbourg
Après un nouvel épisode sismique samedi 13 décembre à proximité de la centrale géothermique de Rittershoffen, l’association de Défense de l’environnement et de la qualité de vie de la commune demande l’organisation d’une réunion de crise.
Quatre épisodes de séismes ont été enregistrés en moins de dix jours. La terre a tremblé à Rittershoffen, au nord de Haguenau, les 4, 10, 12 et 13 décembre. Il s’agit de microséismes d’une magnitude allant jusqu’à 2,6 sur l’échelle de Richter, dont l’épicentre oscille autour de la centrale géothermique de Rittershoffen, selon le Réseau national de surveillance sismique (Renass).
Face à cette succession de secousses, l’association de Défense de l’environnement et de la qualité de vie à Rittershoffen (Adeq Rittershoffen) réclame l’organisation immédiate d’une réunion de crise. Elle a saisi les acteurs concernés : Électricité de Strasbourg, exploitant de la centrale, Lithium de France, les élus locaux et les services de l’État.
Demande de transparence
L’Adeq Rittershoffen demande le respect du Code minier et du Code de l’environnement, notamment en matière de « prévention, surveillance et maîtrise des risques ». Elle réclame de la part des autorités une communication « transparente, complète et accessible sur l’ensemble des dangers auxquels la population est exposée ».
Suite au séisme du 4 décembre, qualifié « d’induit par l’activité humaine » par le Renass, l’installation géothermique a été mise à l’arrêt, le temps de comprendre le phénomène, et notamment l’augmentation de l’intensité des secousses.
Samedi 13 décembre, environ 130 personnes se sont rassemblées aux abords de la centrale, réclamant la création d’un fonds d’indemnisation et l’arrêt des forages.
Valentin Linder sur une vidéo de propagande pour le Bastion Social.Photo : capture d’écran
Lundi 15 décembre, le tribunal correctionnel de Strasbourg a condamné l’ancien président du Bastion social pour détention de fichiers pédopornographiques. Valentin Linder s’est défendu en invoquant une « chasse » aux pédocriminels.
L’atmosphère devenait irrespirable dans la salle 201 du tribunal correctionnel de Strasbourg. À la barre, lundi 15 décembre, Valentin Linder répondait des faits de détention d’images à caractère pédopornographique. L’audience a commencé par une longue description des photos et vidéos retrouvées sur deux téléphones de l’ancien leader du Bastion social, un mouvement violent d’extrême-droite. Les scènes décrites dans les procès-verbaux sont d’une atrocité inouïe : un nourrisson subit des attouchements, un homme éjacule sur une fillette de moins de quatre ans, une autre fille d’environ dix ans supplie son violeur d’arrêter… Face à la présidente du tribunal Valentine Seyfritz, Valentin Linder se tient droit, les mains jointes dans le dos. Derrière lui, plusieurs adolescentes, stagiaires de troisième au tribunal ou dans un cabinet d’avocats, prennent des notes, les yeux rivés sur leur carnet.
Armes, drapeaux nazis et pédopornographie
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Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Le mandat de Kaori Ito à la tête du TJP a commencé en 2023 et finira début 2027. Il est renouvelable.Photo : Wikimedia commons
Kaori Ito a pris la tête du théâtre TJP de Strasbourg début 2023. Depuis, une dizaine de personnes ont quitté la structure. De nombreux employés dénoncent des consignes changeantes, des mensonges et des propos dégradants.
Dans le milieu du spectacle, Kaori Ito est mondialement connue. Cette danseuse et chorégraphe japonaise a été nommée directrice du TJP (ex Théâtre Jeune Public) en janvier 2023 par la ministre de la Culture. Les programmations de son équipe sont bien accueillies à Strasbourg. Elles permettent souvent une participation du public, y compris des jeunes enfants. Le TJP monte aussi des projets avec des élèves des collèges et écoles de la ville. Mais en coulisses, les salariés sont nombreux à dénoncer l’apparition d’une souffrance au travail depuis l’arrivée de Kaori Ito. « C’est vraiment dommage parce qu’on croit en ce qu’on propose », tient à préciser une employée.
Le centre dramatique tourne grâce à une trentaine de collaborateurs et collaboratrices en comptant les artistes. Rue89 Strasbourg a pu s’entretenir avec une dizaine d’entre eux. D’autres ont refusé de témoigner, par peur de s’exposer, d’être licenciés ou de subir d’autres représailles. Pour les mêmes raisons, les personnes interrogées ont tenu à conserver leur anonymat. Beaucoup rapportent des exemples d’employés mis à l’écart d’un spectacle, ou de projets qui ont été annulés suite à l’expression de désaccords avec Kaori Ito.
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Margaux Delanys est journaliste à Rue89 Strasbourg depuis octobre 2025. Originaire du Grand Ouest, elle est diplômée de l’École supérieure de journalisme de Lille et s’intéresse aux enjeux sociaux, notamment les questions de santé au travail.
Un avocat de Strasbourg a été condamné pour abus de faiblesse sur une personne âgée et isolée. Il l’a notamment poussée à signer des actes pour qu’elle lui cède sa maison, grâce à la complicité d’un notaire.
C’est en plaçant sa mère Georgette âgée de 90 ans à la maison de retraite Sainte-Élisabeth à Strasbourg en 2013 que René, habitant des Vosges, a découvert l’ampleur du détournement : des quelques 300 000€ dont elle disposait après le décès de son mari, il ne lui restait plus rien. Quant à la maison qu’elle occupait, elle est la propriété de… son avocat, membre du barreau de Strasbourg. Ce dernier s’est arrangé pour que Georgette lui cède sa maison de Lingolsheim en nue propriété, et il a utilisé un ami notaire pour faire valider le transfert.
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Margaux Delanys est journaliste à Rue89 Strasbourg depuis octobre 2025. Originaire du Grand Ouest, elle est diplômée de l’École supérieure de journalisme de Lille et s’intéresse aux enjeux sociaux, notamment les questions de santé au travail.
La commune de Saint-Louis, située au sud de l’Alsace, à la frontière avec la Suisse, compte plus de 20 000 habitants.Photo : Saint-Louis Agglomération / 4 vents
Dans une lettre ouverte adressée à l’Agence régionale de santé, le président de l’association des riverains de l’aéroport de Bâle-Mulhouse demande la mise en place d’un plan sanitaire. Il craint les conséquences de l’exposition aux PFAS des habitants de Saint-Louis et alentours.
Madame la Directrice de l’Agence régionale de santé (ARS) du Grand Est,
Durant le mois d’octobre la couleur rose s’affichait un peu partout par solidarité avec nos mères, sœurs et filles, victimes d’un cancer du sein. Néanmoins, depuis plus de 50 ans on observe une augmentation des cancers du sein, sans aucun doute liée à des pollutions environnementales. Le lien entre l’exposition aux PFAS (polluants éternels) et l’apparition de certains cancers est de plus en plus documenté.
Les habitants de Saint-Louis et environs sont exposés depuis des décennies à une forte concentration de PFAS dans l’eau potable. [Cette pollution vient de mousses anti-incendie utilisées par l’aéroport de Bâle-Mulhouse, NDLR] La filtration au charbon actif mise progressivement en place abaissera la concentration sous la limite réglementaire de 100 nanogrammes par litre (ng/L) pour la somme des 20 PFAS recherchés. Mais de nombreux scientifiques affirment justement que les normes en vigueur sont souvent insuffisantes pour éviter que l’eau n’impacte pas la santé. Les habitants de Saint-Louis sont et resteront possiblement, contaminés à des taux élevés, comme l’a révélé le dosage des PFAS dans le sang de dix volontaires.
À quand la prise en compte des nombreuses études qui décrivent avec précision l’impact des facteurs environnementaux sur la santé publique ? À quoi servent les campagnes de sensibilisation de diagnostic précoce du cancer si les causes réelles ne sont pas prises en compte ? Les patients sont les premières victimes de ce manquement, mais aussi les familles, les aidants, le monde médical, la société….
L’ADRA demande un plan sanitaire pour Saint-Louis
Nous rappelons, que, en plus des PFAS, les riverains de l’aéroport de Bâle-Mulhouse cumulent plusieurs sources de forte pollution impactant leur santé : la pollution sonore (bruit) ou la pollution atmosphérique (gaz toxiques et particules ultrafines). Les enjeux à long terme pour la population sont majeurs ; ce « cocktail » favorise de nombreuses pathologies et diminue l’espérance de vie en bonne santé. Tout cela dans un territoire ou l’accès aux soins est rendu difficile par le manque de médecins, de spécialistes et de structures médicales de proximité.
L’association de défense des riverains de l’aéroport de Bâle-Mulhouse (Adra) demande à l’ARS Grand Est de mette en place un plan sanitaire comprenant : • Un accès gratuit à des tests sanguins pour celles et ceux qui le désirent. • Une étude épidémiologique pour analyser la distribution des maladies dans la population locale afin de déterminer l’influence des PFAS dans l’eau sur la santé. • Un suivi sanitaire ciblé lorsque les seuils sont élevés ou pour les personnes fragiles. • Une investigation sur les taux de cancers, maladies auto immunes et malformations potentielles liées aux PFAS, tout en publiant enfin le registre des cancers du Haut-Rhin.
« Une étude épidémiologique s’impose »
Ces mesures sont simplement conformes aux missions des ARS, qui sont : • La veille et la sécurité sanitaires, ainsi que l’observation de la santé. • La définition, le financement et l’évaluation des actions de prévention et de promotion de la santé. • L’anticipation, la préparation et la gestion des crises sanitaires.
Si rien n’est fait pour considérer l’origine des cancers, le nombre de malades sera toujours croissant. Les causes environnementales en font partie, il est urgent d’en tenir compte. Dans ce contexte, un suivi médical et une étude épidémiologique de la population de Saint-Louis et environs s’imposent.
L’abbé Mathieu Hammel a aussi été prêtre à Strasbourg.Photo : Captures d’écran X
Informé d’une procédure judiciaire en cours visant Mathieu Hammel, l’archevêque de Strasbourg a annoncé que l’abbé et chapelain de Marienthal était relevé de ses fonctions dans un mail interne daté du 6 décembre.
« Mmmmm », « beau cul », « la bonne queue »… Sur l’un de ses comptes X (ex-Twitter), Mathieu Hammel n’hésitait pas à commenter des photos érotiques, voire pornographiques. Dans la vraie vie, l’abbé alsacien a fait vœux de chasteté. Nommé chapelain de Marienthal depuis le 1er septembre, le prêtre vient d’être relevé de ses fonctions. Comme l’a révélé le blog Riposte Catholique, l’archevêque de Strasbourg Pascal Delannoy a signé le mercredi 6 décembre un mail interne au diocèse annonçant la suspension du père Hammel : « Pour favoriser la sérénité de la procédure en cours, j’ai relevé l’abbé Mathieu Hammel de l’exercice public de son ministère. » Traduction : l’homme d’Église de 48 ans ne peut plus exercer sa fonction ecclésiastique.
La procureure Clarisse Taron a confirmé, auprès des Dernières Nouvelles d’Alsace, qu’une enquête était en cours pour « corruption de mineurs, sollicitation de mineur par majeur pour obtenir des images pornographiques et harcèlement sexuel ».
Aucune alerte selon le diocèse
À France3 Grand Est, le diocèse de Strasbourg a assuré n’avoir jamais été alerté au sujet de Mathieu Hammel. Sur ce point, le blog Riposte Catholique s’interroge face à une mutation que l’abbé a subie en juillet 2024. Alors curé de la communauté de paroisses Saint Pirmin du Haut Florival dans le Haut-Rhin, le prêtre avait annoncé sa nouvelle responsabilité aux fidèles sur Facebook : « Cette mission au pied levé m’éloignera physiquement de vous, mais sachez que vous resterez toujours présents dans mon cœur et mes prières. »
« Afin de ne pas interférer avec le travail de la justice et dans le respect de la présomption d’innocence et des droits des personnes, je ne communiquerai pas davantage », conclut le mail de l’archevêque de Strasbourg. Prêtre depuis l’âge de 33 ans, Mathieu Hammel est originaire du Sundgau, dans le sud de l’Alsace. Il a été successivement vicaire à Brumath, puis dans la communauté des paroisses des collines à Rixheim et alentours, de même que dans le secteur de Saint Louis. En 2021, Il a ensuite été nommé curé dans les paroisses de l’Eau Vive de Huningue, Village Neuf et Roseneau. Il a enfin été curé dans le Haut Florival, avant d’être nommé à Strasbourg au sein de la communauté de paroisses Neudorf – Port du Rhin, puis à Marienthal.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Manifestation de solidarité envers les migrant-es, en septembre 2022.Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg
Pour la journée internationale des migrant-es, plus de trente organisations locales appellent à se rassembler samedi 13 décembre à Strasbourg. Elles demandent notamment l’égalité des droits à l’école, à la santé, à la culture, au travail, et la réquisition des logements vides.
« Cette année encore des milliers de personnes sont mortes à cause des fermetures des frontières. » Par ses mots, plus de trente organisations (liste en fin d’article) appellent à se rassembler samedi 13 décembre pour la journée internationale des migrant-es. Le rendez-vous est fixé à 14h place Dauphine à Strasbourg, à côté du centre commercial Rivetoile.
Les associations et collectifs proposeront des stands d’information et des prises de parole. Elles demandent l’abrogation immédiate de la loi Darmanin et des circulaires Retailleau, qui ont encore durci les conditions d’accueil des migrant-es en France ces dernières années. Les militants et militantes revendiquent également l’égalité des droits à l’école, à la santé, à la culture, au travail, la régularisation des sans-papiers, ou la fermeture des centres de rétention administrative (CRA).
Enfin, les organisations réclament la réquisition des logements vides pour loger les sans-abris. Pour rappel, de nombreuses familles migrantes, avec des enfants, dorment dans la rue en ce début d’hiver 2025.
Anne-Pernelle Richardot estime avoir été mise en danger par le message de Rima Hassan.Photo : Pierre France / Rue89 Strasbourg / cc
Est-ce qu’en traitant Anne-Pernelle Richardot « d’islamophobe assumée », Rima Hassan a outrepassé les limites de sa liberté d’expression ? C’est la question à laquelle le tribunal judiciaire de Strasbourg va devoir répondre, après que la conseillère municipale socialiste a attaqué l’eurodéputée de La France insoumise pour injure publique.
Mercredi 10 décembre, le tribunal correctionnel de Strasbourg a été saisi d’une affaire qui remonte au 26 novembre 2024. Ce jour-là, l’eurodéputée de La France insoumise Rima Hassan découvre dans le journal Le Monde qu’Anne-Pernelle Richardot, conseillère municipale socialiste de Strasbourg, se félicite qu’une conférence avec l’eurodéputée ait été interdite par le président de l’Université de Strasbourg.
Sur X, Rima Hassan « tague » alors Anne-Pernelle Richardot, la traite « d’islamophobe assumée » et dénonce l’utilisation des termes « groupuscules islamistes » pour qualifier les organisateurs de la conférence, à savoir le syndicat Solidarité étudiant-e-s et le collectif Palestine Unistras. Elle conclut pour faire bonne mesure avec cet avertissement : « personne n’oubliera ».
« Menaces variées »
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Catherine Trautmann, ancienne maire candidate aux élections municipales de mars 2026.Photo : Eva Chibane / Rue89 Strasbourg / cc
Catherine Trautmann a déroulé son credo sécuritaire, choisissant la place d’Austerlitz comme symbole d’une ville « qui va mal ». La candidate socialiste aux élections municipales de 2026 promet une police municipale plus visible, un éclairage renforcé et un plan d’urgence propreté.
Au café Berlin, place d’Austerlitz, la lumière tamisée fait briller les tables rouges collantes et les banquettes vertes affaissées. Un décor soigneusement choisi par Catherine Trautmann pour sa troisième rencontre avec la presse depuis le début de sa campagne en octobre 2025. L’ancienne maire de Strasbourg, ancienne ministre et désormais candidate socialiste aux élections municipales de 2026, ne laisse rien au hasard. Comme les autres prétendant·es à la mairie, elle tape sur un registre manifestement incontournable : la sécurité. À Strasbourg, quand ce n’est pas le marché de Noël qui nourrit les discours de campagne, c’est l’insécurité, thème déjà largement occupé par Jean-Philippe Vetter (LR), Virginie Joron (RN) ou encore Thibaut Vinci (PRG). Tout le monde joue la même partition et Catherine Trautmann n’y déroge pas.
Installée au fond du bar, elle explique avoir choisi la place d’Austerlitz parce qu’elle concentre, selon elle, plusieurs symptômes d’une ville « qui va mal »: travaux interminables, incivilités, conflits d’usages… Cette place fait partie de ces lieux que « les gens désertent », dit-elle, à cause des « bousculades avec des vélos, trottinettes, c’est ce qu’il y a de plus fréquent mais aussi à cause d’agressions verbales » et de « gens avinés ». Elle aligne les récits : l’homme qui habite rue du 22-Novembre et qui fréquemment ne sort plus de chez lui à cause des incivilités, les riverains qui déménagent hors de Strasbourg, les nuisances quotidiennes liées aux chantiers… « Ces gens qui ont comme réaction de devoir changer de vie, ça me demande de répondre, de changer les choses. »
Brigade dans les transports
Pour rassurer la population, la candidate défend une police municipale plus visible et plus présente. Elle imagine des antennes de police municipale dans les quartiers, des patrouilles régulières, des élus qui se rendent sur le terrain avec les agents. Elle évoque aussi un réseau de bornes d’appel d’urgence dans l’espace public et la création, dans les transports, d’une brigade dédiée à la prévention des incivilités.« Il faut créer une dissuasion pacifique », répète-t-elle.
Comme Jean-Philippe Vetter, elle souhaite la création d’un conseil des droits et des devoirs des familles. Elle s’empresse toutefois de préciser son orientation : un outil de prévention et de soutien social :
« Le but est d’aider les familles à retrouver une autorité, une crédibilité. C’est une démarche sociale. Un appui pour la famille et les jeunes et un espace pour que les élus rappellent le droit. »
Elle veut aussi rallumer l’éclairage public (une proposition aussi formulée par Pierre Jakubowicz, du parti Horizons) pour sécuriser les déplacements des femmes, dénonçant une politique qui, selon elle, fait peser le risque sur celles qui rentrent tard. « Il faut laisser des trajets lumineux. On peut éteindre dans des parcs pour respecter la biodiversité mais il faut des tracés lumineux partout. » Elle promet également de renforcer le dispositif Angela (un dispositif qui sollicite un réseau de commerces identifiés comme lieux-refuges, où toute personne qui se sent en danger peut demander de l’aide), de former tous les policiers municipaux aux violences sexistes et sexuelles et de verbaliser davantage les outrages sexistes.
Catherine Trautmann, regard tourné vers la place d’Austerlitz depuis le café Berlin. Photo : Eva Chibane / Rue89 Strasbourg / cc
« Sanitairement, on a un problème »
Après la sécurité, la candidate se lance aussi sur la pauvreté. Place d’Austerlitz, elle pointe un mal : les rats. « On les voit régulièrement », dit-elle, en montrant la place où enfants et rongeurs se croiseraient. « Sanitairement, on a un problème. » Elle promet un « plan d’urgence propreté » quartier par quartier et des pièges photographiques pour traquer les auteurs de dépôts sauvages afin de lutter contre l’insalubrité. Une réponse à un sujet devenu l’un des serpents de mer du conseil municipal et débattu pas plus tard que la veille de son point presse, lundi 8 décembre.
Sur le financement de tous ces projets, elle esquive l’écueil des dépenses supplémentaires en s’attaquant à la gestion interne de la Ville et de l’Eurométropole. Elle évoque, avec un sourire en coin et les yeux levés au ciel, des postes qui seraient aujourd’hui « fléchés pour observer des projets de la majorité ». Pour elle, tout pourrait être réglé par « un travail de répartition des moyens ». Et pour la police municipale, même recette : revoir la cartographie des interventions et augmenter les effectifs quand c’est nécessaire.
En fin de conférence, la stratège aguerrie se prête au jeu des photos entre les palissades de chantier et les vélos qui slaloment. La place d’Austerlitz servant de décor à une candidate qui cherche à reprendre la gouvernance d’une ville qu’elle connaît par cœur et dont elle veut écrire – à nouveau – l’histoire.
Eva Chibane est journaliste à Rue89 Strasbourg depuis novembre 2025. Diplômée de l’ESJ Pro, elle a travaillé en Franche-Comté pour Le Trois et l’AFP. De retour à Strasbourg, elle arpente les conseils et les réunions politiques.