Françoise Poujoulet, déléguée nationale de la Cimade en Région Grand Est, et Morgane Macé, chargée de projet régional (de gauche à droite).Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg
En venant en aide aux personnes étrangères, les bénévoles de la Cimade connaissent la réalité du travail des sans-papiers. Deux membres de l’association à Strasbourg racontent un phénomène en hausse, fait de l’exploitation de personnes vulnérables et d’absurdités administratives.
Par définition, le travail des personnes sans-papiers est invisible. Il échappe aux statistiques de Pôle Emploi, puisqu’il n’est pas déclaré. Il est peu médiatisé, car rares sont les employeurs qui assument le fait de recourir à une main d’œuvre non déclarée. Le phénomène n’est pas non plus rendu public par les personnes concernées, qui craignent l’expulsion.
L’association la Cimade accompagne les sans-papiers, leur apprend le français, les aide à accéder à leurs droits ou à obtenir une régularisation. Elle est une aide précieuse et rare pour documenter la réalité du travail des personnes en situation irrégulière, à Strasbourg et en France. Françoise Poujoulet, déléguée nationale de la Cimade en Région Grand Est, et Morgane Macé, chargée de projet régional, ont accepté de témoigner.
Rue89 Strasbourg : Comment La Cimade entre-t-elle en contact avec des personnes sans-papiers à Strasbourg ?
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Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Cinq maires écologistes et socialistes attaquent l’État devant les tribunaux administratifs pour avoir failli à héberger les sans-abris dans leurs villes respectives. Ils espèrent que le gouvernement réponde par une réforme du système d’hébergement d’urgence.
Lors d’une conférence de presse commune jeudi 15 février, Jeanne Barseghian, maire (EE-LV) de Strasbourg, Nathalie Appéré, maire (PS) de Rennes, Grégory Doucet, maire (EE-LV) de Lyon, Pierre Hurmic, maire (EE-LV) de Bordeaux, et Éric Piolle, maire (EE-LV) de Grenoble, ont annoncé que leurs villes respectives avaient – ou allaient – attaquer l’État devant les tribunaux administratifs. Ils l’accusent d’une carence dans son obligation d’héberger toutes les personnes qui le demandent.
Concrètement, chacune des villes participantes (Paris n’a pas activé la démarche contentieuse) demande donc aux tribunaux administratifs de condamner l’État à rembourser une partie de leurs dépenses engagées, au titre de l’hébergement d’urgence. Strasbourg facture ainsi la mise à disposition d’un gymnase, Bordeaux celle d’une salle d’accueil, Grenoble l’hébergement d’une famille…
Faire réagir le gouvernement
Au-delà de cette démarche comptable, il s’agit surtout pour ces maires d’obtenir une réponse du gouvernement face à l’aggravation du nombre de personnes sans-abris. Jeanne Barseghian a rappelé les objectifs :
« Nous ne pouvons plus accepter des plans grand froid décidés à la dernière minute, des mobilisations de gymnases en dernier recours et selon les températures… Nous demandons au gouvernement de revoir tout le système d’hébergement d’urgence : des critères d’acceptation, des nuitées dans les hôtels, de la gestion au thermomètre, etc. »
À Rennes, Nathalie Apperé indique avoir promis en 2014 que plus un enfant ne dormirait dehors. Elle a avoué jeudi que, malgré la création de 900 places d’hébergement directement gérées par la Ville avec des associations d’aide sociale et 3 millions d’euros engagés chaque année dans ce dispositif, il y avait encore au moins une trentaine d’enfants sous des tentes.
Pour Jeanne Barseghian, la réaction du gouvernement est d’autant plus urgente que la situation actuelle n’est « pas un statut quo : toutes les associations engagées dans l’aide aux sans-abris constatent qu’elle se dégrade ».
Les maires écologistes ont aussi tenu à rappeler que, malgré les apparences, leur démarche est une « main tendue » à l’État et qu’elle n’est « pas partisane », comme l’a rappelé Grégory Doucet :
« Nous agissons en tant qu’élus de la République, mais aussi en tant que citoyens et au nom de nos concitoyens. Ils nous interpellent fréquemment sur les raisons pour lesquelles certains habitants de leur ville doivent dormir dehors. Cette question dépasse les clivages, elle s’inscrit dans le principe de fraternité. »
Du côté de l’État, les maires constatent que depuis le début de leur action, trois ministres du logement se sont succédé au gouvernement et que l’avant-dernier avait promis 10 000 places d’hébergement avec un plan de 120 millions d’euros. C’était « insuffisant, à peine 10% des besoins » selon Pierre Hurmic. Et surtout, c’était juste avant le remaniement.
Presque tous les enseignants du collège Leclerc seront en grève jeudi 15 février. Le lendemain, les représentants des parents d’élèves les appellent à ne pas envoyer leurs enfants. Tous dénoncent des problèmes dans la direction de l’établissement, qui fragilisent le fonctionnement et usent le personnel.
Rien ne va plus au collège Leclerc de Schiltigheim. Les enseignants de cet établissement public seront presque tous en grève jeudi 15 février tandis que les parents d’élèves appellent à une opération « collège mort » vendredi 16 février. Les deux opérations mettent en cause le principal de l’établissement : problèmes de planning, défaillances dans l’organisation d’examens, des stages ou des conseils de classes, etc.
Dans le texte du préavis de grève envoyé au recteur de l’académie de Strasbourg, Olivier Faron, par quatre syndicats (CGT Éduc’action, Snes-FSU, SUD Éducation, SNFOLC), les enseignants relèvent qu’ils ont alerté des « dysfonctionnements quotidiens et de la dégradation des conditions de travail » toutes les instances à leur disposition : conseils d’administration, pédagogiques, comptes-rendus syndicaux, fiches santé et sécurité au travail (SST)… Ils n’ont jamais « été sérieusement écoutés et compris ».
Selon un décompte prévisionnel, 44 des 47 enseignants que compte le collège seront en grève jeudi. Olivier Faron s’est déplacé au collège Leclerc mardi et a reçu les représentants syndicaux de l’établissement au rectorat. Une démarche appréciée par le personnel selon une enseignante gréviste qui attend cependant une concrétisation des revendications :
« On a demandé le départ du principal, au moins avant la rentrée prochaine et en attendant, au moins deux personnes pour l’aider à remplir ses devoirs administratifs. Car depuis septembre, trois principales-adjointes se sont succédées à ce poste ! Et c’est urgent : depuis décembre, une trentaine de fiches SST ont été envoyées ! »
Mises en cause directes
L’enseignante a découvert, par exemple, que les aménagements d’examens qu’elle avait demandé pour certains élèves handicapés de l’établissement n’avaient pas été envoyés dans les temps. « J’ai dû rattraper le coup avec l’académie mais ce genre de problème est constant, souffle l’enseignante. On ne peut pas continuer comme ça. »
Du côté des représentants des parents d’élèves, un texte envoyé à tous les parents met directement en cause le principal, accusé d’agir « trop souvent à la dernière minute », d’annuler ou reporter trop souvent les conseils de classe, d’avoir « des défaillances dans l’organisation des examens » du brevet, de ne pas répondre aux messages, même aux interpellations pour des cas de discipline ou de violence… Sollicité par Rue89 Strasbourg, le principal n’avait pas répondu au moment de publier cet article.
Voyant les enseignants « à bout », les représentants élus appellent les parents d’élèves à ne pas envoyer leurs enfants vendredi 16 février.
L’Alsace compte 27 communes où, tous les ans, plus de cinq traitements phytosanitaires par hectare de culture sont utilisés, selon des estimations de l’association Solagro. Parallèlement, des études commencent à montrer une probable augmentation du risque de maladies chez les riverains des zones agricoles.
Bœrsch, Turckheim, Wiwersheim, Hombourg… Les habitants de ces villages sont confrontés à une menace invisible : les pesticides, dont certains, comme le glyphosate, utilisé pour le maïs, ou le folpel, dispersé sur les vignes, sont classés cancérogènes probables par l’Organisation mondiale de la santé.
Solagro, une association spécialisée dans les expertises techniques sur l’agriculture, a estimé l’intensité de l’utilisation des produits phytosanitaires dans toutes les communes de France (la méthode de calcul est détaillée en fin d’article). Les résultats sont consultables sur une carte où le nombre de traitements phytosanitaires par hectare de culture et par an, une mesure appelée « indice de fréquence de traitement » (IFT), est indiquée pour chaque commune.
La route des vins comporte la majorité des villages avec le plus fort risque d’exposition aux pesticides en Alsace.Photo : Document issu du site de Solagro
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L’association Pro Anima a obtenu du tribunal administratif l’annulation de l’autorisation de l’activité d’importation et d’élevage de singes du centre de primatologie de Niederhausbergen, géré par l’Université de Strasbourg. Le centre ne peut plus accepter de nouveaux singes, le temps qu’une nouvelle autorisation lui soit délivrée.
C’est un vieux dossier sur lequel Rue89 Strasbourg s’était beaucoup mobilisé. Le centre de primatologie, installé depuis 1978 dans le fort Foch de Niederhausbergen avait deux activités : l’étude des primates et le placement en quarantaine de singes importés d’Afrique, avant qu’ils ne soient envoyés dans des laboratoires européens.
En 2011, l’Université de Strasbourg, gestionnaire du lieu, avait discrètement créé une Association pour le développement des liens université / entreprises dans l’industrie de la santé (Adueis). Cette filiale permettait à l’Unistra de facturer ses prestations auprès des laboratoires en s’affranchissant des règles contraignantes appliquées aux établissements publics. Rue89 Strasbourg avait révélé qu’une enquête judiciaire avait été ouverte pour « détournements et abus de confiance ». En 2017, l’Unistra a tout aussi discrètement procédé à la dissolution de cette association, pour reprendre directement le commerce de singes.
Trop de secrets
L’association Comité scientifique Pro Anima, engagée contre les expérimentations animales, scrute depuis 2015 l’activité du centre du fort Foch. Fin 2020, elle a notamment demandé que lui soit communiqué l’arrêté d’agrément du centre comme « établissement importateur, éleveur et fournisseur d’animaux utilisés à des fins scientifiques ». Ce document, pourtant public, n’avait pas été publié dans le recueil des actes administratifs de la préfecture du Bas-Rhin. Après avoir obtenu, après beaucoup d’efforts, cet arrêté du 6 octobre 2020, elle a engagé un recours devant le tribunal administratif, faisant valoir que les risques pour l’environnement n’ont pas pu être communiqués au public avec cette procédure d’agrément trop discrète.
Le 30 janvier 2024, le tribunal administratif de Strasbourg a fait droit à cet argument. Dans une décision communiquée par l’association Pro Anima, le tribunal annule l’arrêté d’autorisation du 6 octobre 2020 et enjoint la préfecture du Bas-Rhin d’organiser une procédure « de consultation du public, sur la base d’un dossier complet dont seront uniquement retirées les informations strictement couvertes par des secrets protégés par la loi, dans un délai de six mois à compter de la notification du jugement ». En attendant, « la plateforme Silabe [ne peut que] maintenir le site dans un état de fonctionnement minimal par la gestion de ses affaires courantes et en veillant au bien-être des primates sans poursuite de ses activités ».
Dans un communiqué publié mercredi en début d’après-midi, l’Université de Strasbourg remarque que « la procédure de consultation du public n’était pas demandée aux universités pour les activités scientifiques ». Néanmoins, l’Université indique que la préfecture du Bas-Rhin a déjà « réceptionné le nouveau dossier d’agrément déposé par le centre et s’apprête à lancer ladite consultation ».
Gilles Reithinger en juin 2021Photo : Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons / cc
Le diocèse de Strasbourg a annoncé dans un communiqué interne la démission de l’évêque auxiliaire de Strasbourg, Gilles Reithinger. Le texte n’évoque pas l’enquête apostolique à son sujet mais des « raisons de santé ».
Dans un communiqué, Philippe Ballot, évêque de Metz et administrateur apostolique du diocèse de Strasbourg, a annoncé que l’évêque auxiliaire Gilles Reithinger a démissionné de ses fonctions pastorales pour des raisons de santé.
« Dès mon arrivée comme administrateur apostolique du diocèse de Strasbourg, Mgr Gilles Reithinger m’a avisé de problèmes de santé qu’il rencontrait depuis un certain temps. Cette situation ne lui permettait pas d’exercer pleinement son ministère épiscopal. Dans ces conditions, il a décidé de présenter sa renonciation au Saint-Père et ce dernier l’a acceptée. Dans le cadre concordataire, les pouvoirs publics en ont dûment été avisés. Concrètement, Mgr Reithinger n’exercera donc plus les fonctions d’évêque auxiliaire à compter de ce jour. Il devient évêque auxiliaire émérite de Strasbourg, toujours titulaire de Saint-Papoul. À l’issue du temps qui sera nécessaire, il pourra envisager la reprise de quelques activités pastorales. »
Texte du communiqué aux agents pastoraux et personnels de l’archevêché
Un drapeau palestinien place de la République en décembre 2023Photo : Fantasio Guipont / Rue89 Strasbourg
Alors que l’armée israélienne se prépare à entrer dans Rafah, tout au sud de la bande de Gaza, le Collectif Palestine 67 et le Collectif Strasbourg Palestine appellent à une manifestation et un rassemblement contre une opération qualifiée de génocide samedi après-midi à Strasbourg.
Le Collectif Strasbourg Palestine appelle à un rassemblement en soutien aux Gazaouis, samedi 17 février à 14h, place Kléber. Au même moment, ce sera le départ de la 17e manifestation strasbourgeoise contre l’offensive israélienne dans la bande de Gaza, organisé par le Collectif Palestine 67. Le trajet du cortège doit passer par la rue du 22-Novembre, Grand’Rue, rue de la Division-Leclerc, rue de la Douane, rue du Vieux-Marché-aux-Poissons et la rue des Grandes-Arcades pour une dispersion prévue place Kléber.
Dans un communiqué, le collectif Palestine 67 qualifie l’offensive militaire israélienne dans la bande de Gaza de génocide contre les Palestiniens, en faisant état de « 30 000 morts directs dont une grande majorité de femmes et d’enfants ». Suite à l’attaque du Hamas du 7 octobre, l’armée israélienne bombarde et occupe la bande de Gaza sans relâche, forçant la population à chercher refuge tout au sud du territoire, où des camps improvisés manquent de tout, d’eau, de médicaments et d’électricité. Le 27 janvier, la Cour internationale de justice a demandé à Israël de protéger les Palestiniens d’un « risque réel de génocide » mais elle n’a pas ordonné l’arrêt des opérations.
De son côté, Israël n’entend pas mettre fin à son offensive et prépare son armée à envahir le dernier territoire non occupé de la bande de Gaza, soit la ville de Rafah à la frontière avec l’Égypte et où se concentrent tous les déplacés palestiniens depuis quatre mois. Le Collectif pour une paix juste et durable entre Palestiniens et Israéliens appelle à un cessez-le-feu immédiat et à une mobilisation du gouvernement français pour exiger la levée du blocus, quitte à prendre « des sanctions diplomatiques et économiques contre l’État d’Israël » en cas de refus.
La liste présentée par la CGT aux élections du CSE d’Antoni Voyages a été attaquée en justice car elle réunissait trop de femmes, en comparaison avec la proportion de femmes dans l’entreprise.Photo : Mani Pensiones / FlickR / cc
En décembre, la CGT a remporté les élections du personnel au sein de la société de transports Antoni Voyages, avec une liste composée à égalité d’hommes et de femmes. La CFDT du Bas-Rhin a contesté l’élection, en raison du « sexe surreprésenté », à savoir les femmes. Le tribunal de Haguenau lui a donné raison.
« Je ne comprends pas. On n’arrête pas de dire qu’il faut que les hommes et les femmes soient égaux, et là, on nous demande de ne pas siéger !? » Amélie n’en revient pas. La jeune femme de 26 ans, salariée depuis quatre ans dans l’entreprise, s’était motivée pour être suppléante sur la liste CGT des élections des représentants du personnel chez Antoni Voyages le 20 décembre 2023.
Elle s’était même un peu fait violence, avoue-t-elle. Mais elle était tout de même contente à l’idée de représenter ses collègues (hommes et femmes). Finalement, son siège sera vide. La CFDT a obtenu gain de cause devant le tribunal de proximité de Haguenau.
La liste de la CGT : 3 femmes et 3 hommes, une large victoire
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Diplômée à Lille en 2012. Après Paris et Marseille, je me suis installée à Strasbourg en 2020. Je suis aujourd’hui indépendante en radio et web, pour Rue89 Strasbourg, Mediapart, Louie Media et France Culture. J’aime les reportages et les enquêtes au long cours, sur les sujets de société et sur notamment sur les violences sexistes et sexuelles.
Après avoir atteint les objectifs d’économies d’un « contrat d’avenir » avec l’État, les Hôpitaux universitaires de Strasbourg prévoient un déficit annuel autour de 40 millions d’euros jusqu’en 2029. L’aide exceptionnelle de l’État s’arrête en 2024 et 15 millions d’euros de revalorisations salariales n’ont pas été compensés.
« L’État est en train de tuer l’hôpital de Strasbourg. » Secrétaire général du syndicat CGT des Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS), Pierre Wach connait bien la situation financière de l’hôpital public strasbourgeois. Premier constat alarmant selon le syndicaliste : malgré la signature du « contrat d’avenir » avec l’Agence régionale de santé en mars 2022, les HUS prévoient un déficit annuel autour de 40 millions d’euros par an jusqu’en 2029. Et Pierre Wach de rappeler que son syndicat est le seul à avoir voté contre « ce plan de redressement déguisé » qui maintient les équipes soignantes sous la pression d’une situation financière intenable :
« L’État ne nous a toujours pas versé les 15 millions d’euros qu’il nous avait promis en 2020. Et en même temps, on nous dit qu’on est des mauvais gestionnaires et on nous demande d’accélérer les économies sur le personnel… C’est du foutage de gueule. »
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Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Samir Henni, nouveau directeur des HUS, aux côtés de Catherine Vautrin, ministre du Travail, de la Santé et des Solidarités.
Samir Henni a été nommé par décret officiel, le jeudi 8 février, au poste de directeur général des Hôpitaux Universitaires de Strasbourg. Il était auparavant chef de pôle au CHU d’Angers. C’est la première fois en France qu’un professeur hospitalier occupe un tel poste.
Samir Henni est diplômé de médecine depuis 2001 et de l’école de commerce d’Audencia à Nantes depuis 2006. Il est aussi titulaire d’un doctorat en sciences de la faculté d’Angers ainsi que de l’habilitation à diriger des recherches (HDR). Le praticien de 47 ans sera le premier médecin en France à obtenir le poste de directeur général d’un hôpital. Ce poste est habituellement réservé à une petite élite passée par l’École des hautes études en santé publique (EHESP) à Rennes – dont Samir Henni est également diplômé en 2017.
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Brigitte Klinkert devant le Parlement européen en mai 2022.Photo : Parlement européen / FlickR / cc
La députée de la première circonscription du Haut-Rhin, Brigitte Klinkert, a été désignée questeure par le groupe Renaissance à l’Assemblée nationale, ce lundi 12 février. Elle remplacera Marie Guévenoux, récemment nommée ministre.
Au terme d’une élection interne aux députés du groupe Renaissance, Brigitte Klinkert a été désignée ce lundi 12 février, comme nouvelle questeure à l’Assemblée nationale. Aux côtés des deux autres questeurs, Éric Ciotti (LR) et d’Éric Woerth (Ren), elle sera en charge de la gestion du budget propre à l’Assemblée nationale, qui s’élève à près de 600 millions d’euros.
Après la nomination de la précédente questeure, Marie Guévenoux, comme ministre déléguée aux Outre-mer, le groupe Renaissance avait lancé un appel à candidatures pour désigner sa remplaçante. Lors du vote ce lundi, Brigitte Klinkert a été placée en tête au premier tour, et l’a emporté au second avec 100 voix contre 60 face à l’ancienne ministre déléguée de la Ville, Nadia Hai.
Élise, infirmière libérale, lors d’un reportage en 2020Photo : Abdesslam Mirdass / Rue89 Strasbourg
Pour protester contre de trop faibles rémunérations, les infirmières et infirmiers libéraux ralentiront la circulation au nord et au centre de Strasbourg au matin du mardi 13 février.
Un collectif d’infirmières et d’infirmiers libéraux appelle à une manifestation mardi 13 février 2024 à partir de 10h, pour demander une revalorisation de leur rémunération. La manifestation prendra la forme d’une « opération escargot », entre la zone industrielle de Brumath et Strasbourg.
Le cortège entrera à Strasbourg par la Porte Blanche pour défiler par les quais Louis-Pasteur et Menachem-Taffel. Arrivés place de l’Étoile, les manifestants prévoient de s’y installer quelques instants pour distribuer des tracts aux passants. Vers midi, les infirmiers et infirmières libérales iront s’asseoir devant le siège de la Caisse primaire d’assurance maladie, rue de Lausanne, jusqu’à 16h.
Le collectif, qui dépasse les syndicats professionnels, dénonce des « tarifications bloquées depuis 2009 » et demande des revalorisations, au moins au niveau de l’inflation (dans le détail, l’acte médico-infirmier de base est actuellement à 3,15€, le collectif demande de le porter à 4€). Luc Keller, porte-parole du collectif des infirmières en colère pour le Bas-Rhin, témoigne :
« Les rémunérations n’ont pas augmenté, mais toutes les charges oui ! L’Urssaf, la retraite et tout le matériel médical, nos seringues, nos gants, nos pansements… Tout a augmenté ! Après 20 ans en tant qu’infirmier libéral, j’ai une rémunération équivalente au smic horaire. Et je travaille 12 heures par jour, 3 000 heures par an ! »
Pour Luc Keller, il n’est plus intéressant pour les infirmières de se lancer en libéral aujourd’hui :
« Une fois toutes les charges déduites, les collègues doivent gagner à peu près le même revenu que les infirmières salariées. Sauf qu’elles prennent plus de risques. Économiques d’une part, parce qu’il faut gérer un cabinet libéral, mais aussi sanitaires, puisqu’elles sont seules face aux patients. Ce qui n’est pas du tout pris en compte ! Donc elles pensent à arrêter, et quand un médecin voudra s’installer dans un désert médical, il se retrouvera sans infirmière et renoncera. »
Le groupe scolaire Marguerite PereyPhoto : Google Maps
L’école élémentaire Marguerite Perey a été brièvement confinée ce lundi 12 février de 11h50 à 12h45. Un individu, portant une arme selon des témoignages, s’est rapproché de l’établissement scolaire en proférant des menaces.
Un peu avant midi ce lundi 12 février, l’école élémentaire Marguerite Perey à Cronenbourg a été brièvement confinée, à la suite de la présence aux abords du site d’un individu menaçant. Le groupe scolaire Langevin, dont les bâtiments sont situés dans la même enceinte, ont également été confinés. L’école maternelle du même nom, située juste à côté, n’a pas été bouclée.
Selon des témoignages recueillis auprès de parents d’élèves, un individu menaçant et armé se trouvait vers la boulangerie rue Langevin, lorsqu’il a commencé à crier et à se rapprocher des écoles. Des parents, voyant l’homme d’une cinquantaine d’années porter une arme de poing, ont alors alerté la directrice de l’établissement. Contactée par Rue89 Strasbourg, Nathalie Amann confirme :
« Suite à des alertes des parents, j’ai déclenché le plan particulier de mise en sûreté (PPMS), ce qui a eu pour effet de boucler les trois écoles du périmètre. Nous avons appelé le 17 et la police est arrivée très vite sur place. Elle nous a demandé de rester à l’intérieur avec les parents, le temps que la situation soit apaisée. »
Maxime, qui a une fille en maternelle et un fils en élémentaire, détaille :
« Alors que j’étais venu chercher mes enfants pour manger, j’ai vu l’homme approcher avec une arme dans la main. J’ai eu peur pour les enfants. Je n’ai pas compris ce qu’il hurlait et je n’ai d’ailleurs pas cherché à savoir… J’ai alerté la directrice de l’école élémentaire, puis je me suis retrouvé dans les étages avec mon fils et les autres enfants. Les accès de l’école ont été bouclés et les volets fermés. Nous avons pu sortir vers 12h45, quand les policiers nous ont dit que l’homme avait été interpellé. »
La police nationale confirme que des policiers ont été déployés autour de l’école suite à une alerte et qu’un « individu né en 1972, connu des services de police pour des faits d’outrage principalement, a été interpellé lundi 12 février à 12h20 route de Mittelhausbergen à Cronenbourg ». Mais le port d’une arme de poing n’est pas confirmé par la police à l’heure de publier cet article.
La députée de Strasbourg Sandra Regol (EE-LV) a exercé, vendredi 9 février, son droit de visite de la maison d’arrêt de Strasbourg. Un établissement à 159% de sa capacité d’accueil, où l’hiver a été rude pour certains détenus.
Visite surprise à la maison d’arrêt de Strasbourg, dans le quartier de l’Elsau. Au matin du vendredi 9 février, la députée de la première circonscription du Bas-Rhin, Sandra Regol (EE-LV), a exercé son droit de visite parlementaire. « Je vais voir si quelqu’un de la direction est disponible, ça risque de prendre un peu de temps », avertit le gardien de l’accueil, un peu surpris. Après quelques minutes, il l’invite à déposer sa pièce d’identité et à passer les contrôles de sécurité. La députée s’engouffre dans les couloirs bas de plafond.
Ce lieu de privation de liberté est en constante surpopulation : le matin même, 687 personnes y étaient incarcérées alors que la prison est prévue pour 432 personnes – soit un taux d’occupation de 159%. « Nous mettons un point d’honneur à ne pas mettre de matelas au sol, même si le taux d’occupation va rarement en dessous de 150% », précise Solène Hermann, directrice des services pénitentiaires à la maison d’arrêt.
Lorsque cela est possible, le nombre de détenus est multiplié dans les cellules, allant jusqu’à cinq dans le quartier des hommes. « Avant mon arrivée, ça pouvait aller jusqu’à six », précise Saïd Kaba, le directeur de la maison d’arrêt depuis 2021.
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Un graff à LondresPhoto : Duncan Cumming / FlickR / cc
Lundi 12 février à la Maison des associations, deux volontaires de Médecins sans frontières témoigneront de la situation humanitaire désastreuse à Gaza. Pour Marco Burlki, l’État d’Israël inflige une « punition collective » aux Gazaouis.
« Briser le silence. » C’est l’intitulé de l’événement organisé par Médecins sans frontières (MSF) à la Maison des associations à Strasbourg, lundi 12 février à partir de 18h30. L’organisation humanitaire a invité deux de ses volontaires à partager leurs vécus dans la Bande de Gaza. Ils raconteront ce qu’ils ont vu et vécu à propos de l’accès aux soins dans une région bombardée presque sans relâche par l’armée israélienne depuis les attaques du Hamas le 7 octobre 2023.
Marco Burkli, volontaire MSF depuis douze ans à Strasbourg, est à l’origine de cet événement. Après des missions en Iran puis dans différents pays du continent africain, il tient à rendre compte sur la situation humanitaire à Gaza auprès des Strasbourgeois et des Strasbourgeoises.
Rue89 Strasbourg : Pourquoi organiser ce temps d’échange ici à Strasbourg ?
Marco Burlki : Je vis à Strasbourg depuis plus de dix ans. Il me semble qu’il est important de parler de Gaza car on peut avoir du mal à comprendre ce qu’il s’y passe. Je ne sais pas comment c’est possible qu’on en soit arrivé là et c’est pour cela que je pense qu’il faut échanger et se rencontrer, ici aussi.
En ce moment, nous avons une volontaire alsacienne qui est à Jérusalem. Elle rentrera dans quelques semaines. Les deux personnes qui témoigneront viennent de finir leur missions et seront à Strasbourg exprès pour la conférence. L’un d’eux est anesthésiste et travaillait comme médecin. L’autre y était chef de projet.
Le but de la soirée est de témoigner de ce que les volontaires voient sur place. Bien sûr, on a toujours la possibilité de savoir ce qui se passe à Gaza grâce aux informations et à Internet mais c’est très différent d’en parler avec quelqu’un qui y était et qui peut raconter ce que fait MSF sur place.
En quoi travailler à Gaza est-il différent des autres pays dans lesquels est engagé MSF ?
Nous sommes à Gaza depuis des années (20 ans, NDLR). Là, c’est une guerre ouverte. On travaille souvent dans des zones de conflit donc en principe c’est la même chose : nous faisons face à beaucoup de souffrance, de civils qui se retrouvent pris entre deux feux, etc.
Mais dans le cas de Gaza, je trouve que l’ampleur du drame humain dépasse le conflit normal. C’est une punition collective des Gazaouis à laquelle on assiste, même si tous les conflits sont horribles. C’est comparable à ce qu’ont connu des pays comme la Syrie, par exemple.
Peut-on prendre la mesure de ce qui se passe à Gaza depuis Strasbourg ?
Il est difficile de juger comment les gens s’informent sur Gaza. Il faut se protéger parfois, notamment face à certaines informations ou manipulations. C’est impossible de regarder des vidéos sur ce conflit tous les jours. Sinon on devient fou, je le comprends. Mais je pense que si les gens veulent vraiment se rendre compte de l’intensité du conflit, ils peuvent trouver des sources d’informations. Ils peuvent aussi s’en ficher, ou ne pas croire ce qu’il passe à la télé et c’est précisément pour cela que les témoignages sont précieux.
Le photojournaliste Stéphane Lagoutte expose à Stimultania des compositions tirées de quarante années de présence à Beyrouth et au Liban. Un travail artistique et journalistique, qui plonge dans les mosaïques culturelle et historique libanaises.
Réalisée par le photographe Stéphane Lagoutte, l’exposition photographique Liban, Stratigraphie met en lumière des images prises au Liban pendant dix ans. Du 26 janvier 2024 au 27 avril 2024, à Stimultania, les visiteurs sont invités à arpenter cinq parties : Beyrouth 75-15, Observation, Révoltes, Voir et Survivances.
En 2011, Stéphane Lagoutte, photojournaliste pour Libération et directeur de l’agence Myop, rejoint sa femme à Beyrouth. Commence alors un travail photographique qui va durer une dizaine d’années. Comme un géologue, il étudie les strates qui constituent l’histoire du Liban depuis 1975. Stéphane Lagoutte photographie au format 35 mm pour être au plus proche des habitants. Il considère que sa place en tant que photographe est la même que celle du spectateur quand celui-ci regarde ses photographies.
Ce qui explique cette sensation de proximité, de quasi immersion. L’exposition met en avant une approche à la fois journalistique et artistique, répartie en cinq parties (que l’auteur nomme « tableaux ») dans l’espace d’exposition.
Beyrouth 75-15 (2015)
Lors de son voyage à Beyrouth, Stéphane Lagoutte se balade dans les rues entremêlées et se laisse emporter par l’histoire de cette ville. Il rencontre là-bas une journaliste spécialiste des lieux d’histoire de Beyrouth. Le photographe se laisse guider dans un hôtel de luxe abandonné, l’Excelsior. Au sous-sol de l’hôtel se trouvait la boite de nuit la plus connue avant la guerre, les Caves du Roy. Il va par hasard y trouver des films d’un autre photographe faits peu de temps avant le conflit civil de 1975.
Par le biais de ces négatifs, il souhaite faire le lien entre le passé et le présent. Il lui vient donc à l’idée d’utiliser le procédé de surimpression pour lier les images d’hier et d’aujourd’hui. Il va photographier tout l’hôtel jusqu’à s’approcher de détails comme les matières des murs, les prises électriques, etc. Cette superposition d’images de films négatifs, de photographies actuelles et de films érotiques sonores en 16 mm, met en avant un certain nombre de strates qui épaississent encore la temporalité. Sur certaines de ces photographies, la surimpression est difficile à détecter comme si l’artiste voulait brouiller le regard entre présent et passé.
Au même moment, en se baladant dans les rues de Beyrouth, Stéphane Lagoutte passe de quartier en quartier. Le photographe aperçoit les regards se poser sur lui. Il se sent regardé avec méfiance, considéré peut-être comme un potentiel danger. Fixé par ces habitants depuis leurs fenêtres ou balcons, le photographe décide à son tour de les observer en les photographiant.
Par la suite, il dessine une partie des photographies à l’encre de chine sur un format monumental pour leur donner un statu poétique et politique. C’est une manière de leur redonner une forme d’importance, d’historicité, un moyen de les placer comme des hérauts. Dans l’espace d’exposition, les dessins sont disposés en hauteur comme une sorte de caméra de surveillance dans la ville. Les visiteurs ont la sensation d’être épiés.
Des manifestations débutent dans la soirée du 17 octobre 2019. Une taxe « WhatsApp » déclenche un mouvement de protestation de la population, qui descend dans les rues partout au Liban. Elle réclame le départ de l’ensemble de la classe politique.
Sur place, Stéphane Lagoutte photographie cette effervescence collective, un sentiment de solidarité se dégage à travers ses images. Dans l’espace d’exposition, les spectateurs circulent dans un couloir où deux cimaises se font face. Des projections de ses images et les enregistrements sonores des manifestations mettent les visiteurs au cœur de ces soulèvements. Un lieu de passage, une transition possible vers un monde meilleur.
Le 4 août 2020, une grande partie de la ville de Beyrouth est soufflée par une double explosion sur le port de la capitale. Devant le port, une marée de voitures défile sur l’autoroute face au lieu du drame. Les habitants veulent constater par eux-mêmes pour y croire.
« Le voir pour le rendre réel, le voir pour réaliser »
Stéphane Lagoutte
Stéphane Lagoutte choisit de ne pas photographier la catastrophe. Il décide de tourner le dos au port et capture alors les premiers regards des passants dans leurs voitures pour montrer à quel point l’accident impactait les Libanais dans leur chair, dans leur être.
Le soleil se couche suffisamment pour pénétrer dans les habitacles des voitures, laissant apparaître une atmosphère presque irréelle à la scène. Les images recadrées ne présentent qu’un portrait serré de ces personnes. Les pixels laissent apparaître un quadrillage, et l’artiste recouvre les photographies d’un plexiglas pour figer à jamais cet instant dans le temps. Un moment suspendu où l’espoir n’est plus d’actualité.
Dix jours après l’explosion, Stéphane Lagoutte part à la rencontre des Libanais et récolte leur témoignage. Il va par la même occasion photographier tous ces survivants. Le photographe devient l’exutoire des habitants, qui avaient besoin de raconter comment, par miracle, ils avaient survécu. Les différents formats donnent la sensation que les visiteurs partent à la rencontre de ces habitants : on rentre chez eux, dans leur intimité, leur histoire. Cette multitude d’images forme une mosaïque qui reproduit l’éclatement causé par le drame.
Stéphane Lagoutte propose pour cette exposition un sixième et dernier tableau, Strate (2022), faisant écho à la première photographie de l’exposition issue de la série Beyrouth 75-15.
La Tour Skyline dévastée est devenue un symbole de l’explosion du 4 août 2020. L’immeuble fait face à la mer et domine le port. Entre la première série et cette photographie, l’immeuble a eu le temps d’être construit, d’être habité, d’être partiellement détruit avant de connaître une énième reconstruction. Un cycle perpétuel qui laisse planer le fantôme de la guerre, signe d’un traumatisme difficilement imaginable.