Dans la continuité des blocages initiés mi-janvier, la Coordination rurale appelait à manifester devant le Parlement européen mardi 6 février. À quelques mètres, la Confédération paysanne et des organisations écologistes se rassemblaient pour dénoncer un projet de dérégulation des OGM.
Deux mobilisations d’agriculteurs ont lieu à quelques mètres l’une de l’autre devant le Parlement européen mardi 6 février. D’un côté, la Coordination rurale. De l’autre, la Confédération paysanne accompagnée d’organisations écologistes. Tous souhaitent interpeller les députés qui siègent en session plénière du 5 au 8 février à Strasbourg.
La Coordination rurale pour une uniformisation des normes
La Coordination rurale rassemble, sur la journée, 200 agriculteurs venus d’Alsace, de Moselle, des Vosges et des Allemands devant l’entrée du Parlement européen. « C’est juste une mobilisation fixe, sans procession, mais certains rejoignent la manifestation en tracteur », précise Mathilde Roussi, animatrice du syndicat pour la Région Grand Est. Paul Fritsch, président de la Coordination Rurale du Bas-Rhin, entend se concentrer sur « le volet européen » des revendications de son syndicat :
« Nous ne sommes pas contre les normes environnementales, au contraire. Mais on ne peut pas nous imposer des contraintes tout en acceptant des produits d’importation qui ne respectent pas ces normes. C’est une concurrence déloyale. Donc ce qu’on demande à l’Europe, c’est d’uniformiser les choses et d’interdire les produits qui ne respectent pas nos standards. C’est aussi une question de santé publique. Regardez tous les cancers qu’il y a aujourd’hui. Ils ne viennent pas de nulle part. »
La Coordination rurale a envoyé une invitation « à chaque eurodéputé » pour exposer ses doléances. Pour l’instant, seuls des rendez-vous avec les élus du Rassemblement national Virginie Joron et Gilles Lebreton sont prévus. « Après on va nous dire que nous sommes d’extrême droite », regrette Paul Fritsch : « Moi je suis plutôt du côté des verts en réalité. J’aimerais aussi discuter avec Anne Sander (eurodéputée LR), c’est une Alsacienne qui se dit à l’écoute des agriculteurs alors ça serait la moindre des choses. »
La Confédération paysanne contre l’autorisation d’OGM
À partir de 12h, la Confédération paysanne manifeste sur le parvis du Parlement européen avec 12 autres organisations dont les Amis de la Terre et Générations Futures. Le même jour, les députés doivent débattre d’une proposition de déréglementation des OGM initiée par la Commission européenne. Cette dernière souhaite supprimer la traçabilité et l’étiquetage des OGM issus des nouvelles techniques génomiques. Ces OGM seraient ainsi considérés comme des variétés conventionnelles.
La Confédération paysanne avait déjà organisé un rassemblement à Sélestat mardi 30 janvier, pour défendre sa vision de l’agriculture.Photo : TV / Rue89 Strasbourg
« L’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) s’est prononcée contre cette déréglementation », souligne Pierre-Luc Laemmel, porte parole de la Confédération paysanne en Alsace. Dans un communiqué, le syndicat agricole estime que « la Commission européenne renie le principe de précaution et le droit de cultiver et de consommer sans OGM » :
« Cette suppression annonce la contamination et donc la disparition de l’agriculture biologique et sans OGM, ainsi que la confiscation de toutes les semences paysannes et traditionnelles par les brevets d’une poignée de société multinationale qui seront seules à décider de ce que nous aurons le droit de cultiver et de manger. »
La Confédération paysanne invite les eurodéputés à expliquer publiquement leur position et leur vote à partir de 14h.
Deux drones déployés
Dans un arrêté du vendredi 2 février, la préfecture du Bas-Rhin a décidé d’autoriser « la captation, l’enregistrement et la transmission d’images au moyen de caméras installées sur des aéronefs » au-dessus de ces manifestations. La police nationale peut donc utiliser deux drones de 8h à 19h « dans le périmètre géographique constitué par les voies et places suivantes : boulevard de Dresde, boulevard Pierre Pflimlin, rue René Cassin, avenue des droits de l’Homme, boulevard de Dordogne, boulevard Jacques Preiss, rue Ohmacht, place de Bordeaux et avenue Schutzenberger ».
Ce dispositif est notamment justifié, selon la préfecture, par « un risque sérieux de troubles à l’ordre public » et par « la configuration particulière des lieux avec de nombreuses rues qui permettent aux individus violents de se déplacer de manière très mobile et dispersée ». « On en a discuté avec la Confédération paysanne parce qu’on était étonné », souffle Paul Fritsch, de la Coordination rurale : « Je ne comprends pas à quoi ça leur sert. »
La procureure de la République de Strasbourg a annoncé ce lundi 5 février l’ouverture d’une information judiciaire au sujet de la plainte pour viol en réunion déposée par Lina en juin 2022. La plainte avait été classée par le parquet de Saverne au printemps 2023.
C’était l’un des sujets de la conférence de presse organisée le 2 février 2024 à Strasbourg par Fanny Groll, la mère de Lina, et son avocat, Matthieu Airoldi. Alors que la jeune fille a disparu depuis plus de quatre mois dans la vallée de la Bruche, l’avocat de sa mère est revenu sur son incompréhension vis-à-vis du traitement d’une plainte pour viol en réunion déposée par l’adolescente en juin 2022. Visiblement, sa colère a été entendue.
Le parquet de Saverne dessaisi
Matthieu Airoldi avait expliqué, ce jour-là, avoir découvert avec surprise (et par la presse) le classement de cette plainte déposée par Lina pour des faits qui se sont déroulés en mai 2022. L’adolescente était à l’époque âgée de 13 ans, et les deux mis en cause, majeurs. Si ces hommes ont reconnu les relations sexuelles selon nos confrères des DNA, l’écart d’âge entre eux et Lina aurait dû tomber sous le coup de la loi du 21 avril 2021, selon laquelle en-dessous de 15 ans, le consentement n’existe pas.
« Constitue également un viol tout acte de pénétration sexuelle (…) commis par un majeur sur la personne d’un mineur de quinze ans (…), lorsque la différence d’âge entre le majeur et le mineur est d’au moins cinq ans ».
Art. 222-23-1 de la loi n° 2021-478 du 21 avril 2021 visant à protéger les mineurs des crimes et délits sexuels et de l’inceste.
Le parquet de Saverne avait pourtant décidé au printemps 2023 de classer la plainte en raison « d’une infraction insuffisamment caractérisée ». Puis, en janvier 2024, la procureure de Saverne a décidé de « réexaminer la procédure » et finalement, s’est dessaisie au profit du parquet de Strasbourg le 30 janvier, selon un communiqué de la procureure de Strasbourg publié ce lundi 5 février.
Yolande Renzi a donc décidé d’ouvrir une information judiciaire sur ces faits de « viol commis sur une mineure de 15 ans par un majeur avec une différence d’âge d’au moins 5 ans », mais précise : « sans lien et distincte de celle actuellement ouverte des chefs d’enlèvement et de séquestration criminelle ».
Matthieu Airoldi et Fanny Groll ont réagi à cette nouvelle par le biais d’un communiqué, dans lequel ils se « félicitent que toute la lumière puisse enfin être faite sur ce dossier et que le préjudice et l’honneur de Lina soit réparé ».
Diplômée à Lille en 2012. Après Paris et Marseille, je me suis installée à Strasbourg en 2020. Je suis aujourd’hui indépendante en radio et web, pour Rue89 Strasbourg, Mediapart, Louie Media et France Culture. J’aime les reportages et les enquêtes au long cours, sur les sujets de société et sur notamment sur les violences sexistes et sexuelles.
Syamal Agha Babaei et Jeanne Barseghian lors d’une présentation du budget aux StrasbourgeoisPhoto : Mathilde Cybulski / Rue89 Strasbourg
Le conseil municipal de ce lundi 5 février sera marqué par le retour du « débat d’orientation budgétaire », qui précède l’adoption du budget 2024. Alors que la majorité écologiste continue de défendre l’emprunt comme moyen de financer la transition écologique, les oppositions dénoncent l’alourdissement excessif de la dette municipale.
À chaque « débat d’orientation budgétaire », son torrent de chiffres, de prévisions et de scénarios. Aride et complexe, mais obligatoire avant l’adoption d’un budget, le « DOB » revient hanter les élus ce lundi 5 février, à l’ouverture du conseil municipal. Temps d’échange sans vote, cette première étape formelle offre à la fois un panorama sur les finances de la Ville et une confrontation entre différentes approches économiques.
« Un débat d’orientation budgétaire, c’est d’abord un débat d’orientation politique », résume à sa façon le président de la commission des Finances, Jean-Philippe Maurer (LR). Pour son groupe Les Républicains, comme pour l’ensemble des groupes d’opposition, le DOB donnera l’occasion de juger l’endettement, qu’ils jugent excessif, de la Ville. En face, l’exécutif écologiste leur oppose l’importance de solder la « dette écologique », autrement plus dure à rembourser qu’une dette pécuniaire.
Chiffres clefs du budget 2024
Pour poser le cadre du débat, les services de la Ville préparent un document récapitulatif de la situation. Après un petit condensé de la situation économique nationale et des crises internationales, le texte rappelle quelques indicateurs locaux : Strasbourg affiche un taux de chômage de 7% au 2e semestre 2023 (contre 6,3% dans le Bas-Rhin), alors que l’emploi salarié est en hausse de 1,1% sur un an. On peut noter que le secteur agricole connaît une forte baisse de 6,7%.
25% de la population strasbourgeoise vit sous le seuil de pauvreté, faisant de Strasbourg la deuxième commune la plus pauvre parmi les dix plus grandes villes françaises, ex-aequo avec Lille et Marseille. Le rapport rappelle que dans ce classement, Strasbourg a connu la plus forte augmentation de la pauvreté, avec +2% entre 2014 et 2020.
En plus des dépenses couvrant le fonctionnement de la Ville (comme les charges de personnel ou les charges de gestion courante), la commune gère également un budget d'investissement, se traduisant par exemple par l'aménagement et la construction de bâtiments, ou par la réalisation de travaux d'infrastructures.
Le président de la commission des Finances, Jean-Philippe Maurer. Photo : Roni Gocer / Rue89 Strasbourg
Le taux de réalisation des projets budgétés en 2022 a été de 77%, la Ville espère atteindre 80% en 2023.
À l'échelle du mandat, l'investissement se mesure surtout au plan pluriannuel d'investissement. Le "PPI", comme on le surnomme dans l'administration, a été réévalué à la hausse en passant de 135 à 140 millions d'euros par an d'investissement opérationnels. Sur l'ensemble du mandat, cela représente 810 millions d'euros, soit 160 millions d'euros de plus qu'au cours du précédent mandat.
Focus sur la transition écologique
Au milieu de cette marée de chiffres, comment se mesure l'engagement de la municipalité pour la transition écologique ? Dans le PPI, il se traduit par une série de dépenses : 38,7 millions d'euros alloués à la rénovation énergétique des écoles, 30,8 millions pour la végétalisation (dont 19 millions pour les cours d'écoles) ou 5 millions pour la rénovation énergétique du patrimoine municipal. "Pour les villes, en raison des transferts de compétences, ça reste les principaux objets d'investissements possibles", commente François Thomazeau, chercheur à l'Institut de l'économie pour le climat (I4CE). "Les autres secteurs, comme les transports en commun ou le ferroviaire dépendent des intercommunalités". Au niveau de l'Eurométropole, cela se traduit également par l'extension nord du tram par exemple, ou le plan d'investissement vélo de 100 millions d'euros sur cinq ans.
"Une grande partie des actions liées à la transition écologique consisteront à gérer l'existant, la maintenance, le travail d'accompagnement pour faire diminuer nos consommations (d'énergie, de matière, d'eau, etc.), qui sont autant de dépenses de fonctionnement", précise Daniel Florentin, maitre-assistant à l'Institut supérieur d'ingénierie et de gestion de l'Environnement (ISIGE) de l'École des Mines. "Imaginer une politique de transition écologique forte passe aussi par une prise en compte de dépenses de fonctionnement plus élevées. Ce qui est très compliqué au vu des corsetages dont font l'objet les budgets des collectivités par l'État."
Pas de "fétichisme de la dette"
Le discours de l'État sur le sujet a pu dérouter plus d'un élu local. Alors que le gouvernement appelle de manière répétée à plus de rigueur budgétaire de la part des collectivités, il souhaite que ces dernières investissent sans complexe pour la transition écologique. Le ministre de la Transition écologique Christophe Béchu allait jusqu'à déclarer, main sur le cœur : "À partir du moment où l’on contracte des emprunts pour l’avenir, la légitimité de l’endettement est forte, surtout si les investissements permettent de réduire les coûts de fonctionnement".
Le premier adjoint en charge des finances, Syamak Agha Babaei.
À Strasbourg, cet investissement se répercute sur la dette de la Ville, qui passe de 274 à 304 millions entre 2021 et 2022, et pourrait atteindre 332 millions en 2023 selon les prévisions. La capacité de désendettement en années est estimée à 7,7 ans. "Moi ce qui m'inquiète, c'est qu'on assiste à une mise sous tension budgétaire", regrette Jean-Philippe Maurer, le président de la Commission des finances :
"C'est une manière d'emboliser toute capacité de faire face à des problématiques qui peuvent arriver. On a l'impression qu'on use jusqu'à la corde de la capacité de lever de la dette et de dégager des moyens pour la rembourser."
Même sentiment pour la conseillère d'opposition Céline Geissmann (PS) :
"Le prochain exécutif, quel qu'il soit, sera dans une situation très compliquée. Son mandat sera forcément un mandat de prudence et de priorisation. C'est regrettable, parce les finances publiques avaient été laissées en très bon état par l'équipe précédente (menée par le socialiste Roland Ries, NDLR)."
"Je suis contre le fétichisme de la dette, la dette fait partie intégrante de la vie des collectivités", rétorque le premier adjoint en charge des Finances, Syamak Agha Babaei. "La droite strasbourgeoise est contre la dette pour des raisons idéologiques. Ils sont contre les dépenses d'investissement et de fonctionnement et donc pour amoindrir les services publics." Concernant les socialistes, l'élu dénonce un revirement opportuniste : "Ce sont des gens qui, sous le mandat de Roland Ries, défendaient le recours à la dette. Moi je n'ai pas changé dans ce que je défendais, entre le mandat précédent et celui d'aujourd'hui."
Tempo de la transition
"Je dirais ok pour ces dépenses si au moins on en voyait les effets. Mais où est la révolution écologique aujourd'hui à Strasbourg ?", tance le conseiller d'opposition Pierre Jakubowicz (Horizons). "Pour des gens qui parlent du dernier mandat pour la planète, pour qui le gouvernement n'en fait jamais assez, et jamais assez vite, que font-ils ? Avec eux, on aura la dette financière et la dette écologique." L'élu pointe notamment le taux de réalisations, ou le faible nombre de cours d'écoles végétalisées.
Tous les groupes d'opposition s'entendent pour dénoncer l'endettement de la Ville.Photo : Abdesslam Mirdass / Rue89 Strasbourg
"60% des cours d'écoles seront végétalisées d'ici la fin du mandat", répond Syamak Agha Babaei :
"Les projets de qualité prennent du temps et je pense qu'il faut l'accepter et sortir du diktat de l'immédiateté. Pour faire un projet de qualité, il faut prendre en compte le temps de la concertation, les intérêts divergents parfois contradictoires… Plusieurs choses peuvent prendre du temps, ce n'est pas qu'une question de moyens."
Pour illustrer son propos, Syamak Agha Babaei mentionne la nécessité d'acquérir parfois des parcelles privées, de composer avec l'architecte des Bâtiments de France, lorsque les travaux s'opèrent sur un secteur sauvegardé, ou l'interruption des pelleteuses en cas d'impératifs archéologiques…
Moins que le rythme de réalisation, Jean-Philippe Maurer fustige une cadence des investissements trop soutenue. S'il assure qu'au pouvoir, son groupe Les Républicains investirait également pour la transition écologique, cela se ferait avec moins d'argent. "Ça nous permettait de mettre de l'argent ailleurs, dans les équipements sportifs par exemple", rajoute l'élu.
La dette, seul levier pour la planète
Pour financer la transition écologique sur son territoire, la Ville de Strasbourg ne dispose pas de beaucoup d'options. En dehors d'un investissement conséquent de l'État - que ce dernier rechigne à assumer - et de l'emprunt, il lui reste deux outils : rediriger une partie de son budget vers la transition en prenant ailleurs (dans la culture, le sport, etc.), ou… augmenter les impôts.
"Cette option n'est pas envisagée", coupe court Christelle Wieder, adjointe en charge des droits des Femmes et membre de la commission des finances :
"On s'est engagé à ne plus les augmenter pour cette mandature. Et nous ne prendrons pas non plus dans d'autres budgets, nous tenons à maintenir également un bouclier social."
Christelle Wieder, adjointe en charge des droits des Femmes et de l'Égalité de genre.
"Plus de 80% des collectivités ne touchent pas à leurs impôts d'une année sur l'autre, il y a une grande réticence de tous les élus à augmenter les impôts", analyse le chercheur François Thomazeau :
"Pourtant plusieurs grandes villes le feront en 2024, comme Paris, Grenoble, Metz, mettant en avant le mur des financements. (...) Pour faire face à ce mur, il n'y a pas à choisir entre une hausse des impôts ou la dette, mais il faudra utiliser tous les leviers possibles."
Dernier point d'interrogation : l'attitude du groupe communiste. Toujours en dehors de la majorité, sans être installé dans l'opposition pour autant, son vote ne sera pas décisif mais il pourrait clarifier son alignement.
"Ils sont de retour" puis "Plus jamais ça" sur la pancarte de gauche. Sur celle de droite, un jeu de mots liant le terme "dégueulasse" et le nom du parti AfD.Photo : Pascal Bastien / Rue89 Strasbourg
Près de 30 000 personnes ont manifesté « contre le fascisme » samedi 3 février à Fribourg. Aux origines de ce sursaut citoyen, une réunion aux relents néonazis du parti Alternative für Deutschland et le sentiment d’une montée de l’extrême-droite dans ce bastion de gauche.
La place de la vieille synagogue est noire de monde ce samedi 3 février à Fribourg-en-Brisgau dans le Bade-Wurtemberg. Malgré les 28 500 personnes réunies – selon la police – une surface de quelques mètres carrés reste vide : c’est un monument en hommage aux victimes du génocide commis par le régime nazi. Peu après 11 heures, Greta Waltenberg prend le micro sur une scène montée pour cette manifestation. Face à la foule pleine de drapeaux arc-en-ciel ou antifascistes, l’activiste de 22 ans du mouvement Friday for future est applaudie à la fin de chaque phrase prononcée :
« Plus de 500 organisations ont appelé à manifester aujourd’hui, contre la haine et le racisme, pour l’égalité en droits et la justice. Aujourd’hui, nous défendons nos valeurs fondamentales. Et nous montrons clairement qu’il n’y a pas de place pour l’extrême-droite. Nous nous tenons aujourd’hui tous ensemble pour dire : « Plus jamais ça, c’est maintenant ! » Cette manifestation est un appel à combattre quotidiennement le racisme et les discriminations. »
La manifestation a commencé par un rassemblement sur la place de l’ancienne synagogue. Photo : Pascal Bastien / Rue89 Strasbourg
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Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l'extrême-droite à l'hôpital public en passant par la maison d'arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l'expertise-psychiatrique.
Les factures de septembre sont arrivées en février !Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc
Les factures des services de cantines et périscolaires de la Ville de Strasbourg n’ont pas été envoyées aux familles depuis la rentrée. La faute à une série de bugs informatiques que la Ville peine à expliquer. Elle promet cependant d’être souple sur les paiements.
La Ville de Strasbourg a cru bon de refaire la gestion clients de ses services périscolaires en 2022, en mettant en ligne une sous-section du site municipal, « Mon Strasbourg », le « Kiosque famille ». Dans ce « kiosque », les familles strasbourgeoises peuvent inscrire leurs enfants aux services de la petite enfance, de la restauration scolaire, de l’accueil du matin et du périscolaire.
Des factures incohérentes
Mais tout ne s’est pas déroulé comme prévu. Le nouveau système a été incapable d’éditer des factures en cohérence avec les prestations utilisées par les familles. Mais surtout, les services de la Ville de Strasbourg ne s’en seraient rendu compte qu’en novembre, date de la première facture programmée. Résultat : cinq mois de repas à la cantine et d’accueils périscolaires n’ont pas pu être facturés aux familles…
Hüliya Turan (PCF) est adjointe à la maire de Strasbourg en charge du secteur de l’éducation. Elle rappelle le contexte :
« Le Kiosque famille est un outil très utile pour les familles mais aussi pour l’administration, qui bénéficie de nombreuses améliorations de traitement. Il s’agit d’une application commandée par la municipalité précédente, à laquelle nous avons souscrit en raison de ses bénéfices pour les parents et les agents, et sur laquelle le prestataire travaille depuis quelques années. »
Les bénéfices pour les parents ne sont pas évidents (selon l’expérience de l’auteur de ces lignes). Quant aux agents qui se débattent avec ce bug depuis des mois, on espère qu’ils apprécient. Hüliya Turan est incapable de détailler le raté informatique qui a conduit à cette situation. « Je ne suis pas informaticienne », lance-t-elle, évoquant tout juste « des problèmes de saturation sur le serveur de l’application. »
Fin janvier, les problèmes informatiques ont finalement été résolus, tient à souligner Hüliya Turan. Tous les parents concernés ont reçu un nouvel échéancier pour leurs factures (voir ci-dessous).
En revanche, ceux qui disposaient d’un mandat de prélèvement doivent le refaire… dans le fameux Kiosque famille. Hüliya Turan promet que la Ville de Strasbourg sera souple quant aux modalités de paiements :
« Nous sommes conscients des difficultés que ces factures décalées peuvent poser aux familles. Aussi, celles qui ont besoin d’un autre échelonnement, ou de payer autrement, peuvent prendre attache avec les services de la Ville et nous serons à l’écoute. »
Si pour l’instant, aucune famille n’a pris attache avec la Ville pour faire valoir ses difficultés, la municipalité devra néanmoins souffrir d’entendre les critiques de son opposition, qui a inscrit ce sujet à l’ordre du jour du conseil municipal du lundi 5 février.
Le 30 janvier, Radio France et Le Monde révélaient que Nestlé Waters utilisait des traitements illégaux pour purifier ses eaux en bouteille. Le journaliste basé à Strasbourg, Robert Schmidt, avait déjà enquêté sur le groupe et sa marque Vittel. Retour sur l’enquête de son collectif.
30% des marques d’eau auraient recours à des procédés interdits. C’est ce qu’a révélé une enquête menée par la cellule investigation de Radio France et Le Monde publiée le 30 janvier. Selon leurs révélations, le géant Nestlé Waters a caché la contamination de ses eaux en bouteille. Pour pouvoir continuer de les commercialiser, le groupe a eu recours à des procédés de traitement illégaux comme l’utilisation de rayons ultraviolets et de filtres de charbon actif.
Une enquête préliminaire ouverte
La veille, Nestlé Waters avait reconnu utiliser des procédés illégaux pour maintenir « la sécurité alimentaire » de ses eaux. La multinationale suisse, qui commercialise notamment Hépar et Contrex, a assuré ne plus utiliser de traitements interdits par la loi depuis 2021. Selon les médias à l’origine de l’enquête, Nestlé avait anticipé ses révélations et choisi de communiquer en amont cette nécessité de sécurité pour garder une bonne image auprès des consommateurs.
Le 31 janvier, le parquet d’Épinal a confirmé avoir ouvert une enquête préliminaire pour tromperie, en novembre. Cette procédure fait suite à un signalement de l’Agence régionale de santé. Le 31 janvier, l’ONG Foodwatch a également annoncé qu’elle allait porter plainte pour le même motif.
Water Stories, des enquêtes sur l’eau
Le collectif de journalistes We Report avait déjà enquêté sur les pratiques de Nestlé Waters, et produit des révélations dans son dossier appelé Water Stories. Composé de huit journalistes, ce projet a été financé par trois bourses différentes. Robert Schmidt, journaliste indépendant allemand basé à Strasbourg, a coordonné Water Stories et détaille ses révélations sur Vittel, propriété de Nestlé Waters.
Qu’avez-vous découvert en enquêtant sur l’eau en bouteille Vittel ?
Robert Schmidt : Avec sa marque Vittel, Nestlé ne respecte pas la législation française sur la préservation des ressources en eau. Tout le monde savait que la nappe phréatique baissait depuis 30 ans et que c’était à cause des prélèvements de Vittel. Mais Nestlé Waters avait encore des autorisations de la préfecture pour prélever. Malgré des arrêtés sécheresse particulièrement contraignants sur la commune, un projet de pipeline était prévu pour garantir les prélèvements de Nestlé sur la nappe.
En plus de cet épuisement de la nappe, Vittel est responsable d’une pollution au plastique ?
Vittel a été la première marque d’eau à faire des bouteilles en plastique à la demande d’Air France. Lors des essais, Vittel utilisait du PVC, plus polluant que le PET (qui compose les bouteilles actuellement, NDLR). Notre enquête a révélé sept ou huit sites de décharges illégales sur la commune de Vittel avec une très grande quantité de plastique. À l’époque, Vittel n’appartenait pas encore à Nestlé (le groupe était actionnaire minoritaire avec 31% des parts, NDLR).
Votre enquête a également révélé des collusions avec les collectivités locales ?
La responsable du projet de pipe-line, c’est la présidente de la commission locale de l’eau, Claudie Pruvost, qui est mariée à un cadre de Nestlé. Elle a été condamnée pour prise illégale d’intérêt. Une association, la Vigie de l’eau, financée par la multinationale suisse a également influencé les stratégies locales sur l’eau de Vittel. Elle publiait des études réalisées par un chercheur reconnu mais mis au service de Nestlé. La Vigie de l’eau avait tout de suite écarté l’arrêt du pompage de Nestlé Waters pour préserver la nappe. C’est surprenant comme position !
Quel a été l’impact de ces révélations ?
Suite à un reportage allemand relayant les critiques, une ONG a poussé pour le boycott de Vittel en Allemagne. La marque a perdu 40% de son chiffre d’affaires sur le marché allemand et 10% au niveau mondial. Lidl a retiré les bouteilles Vittel de ses rayons alors qu’il était le premier client de la marque. Maintenant, Vittel n’est plus exporté en Allemagne ni en Autriche. Nos recherches ont également été reprises par une commission parlementaire sur l’eau avec laquelle nous avons discuté de manière informelle. L’enquête a eu un vrai impact, on en est fiers.
Sur le territoire de l’Eurométropole de Strasbourg, la pollution au dioxyde d’azote est passée, en 2023, sous la limite réglementaire pour l’établissement des ZFE.
En roulant, les voitures à moteur thermique émettent du dioxyde d’azote, un gaz dangereux pour la santé humaine. L’Union européenne a établi qu’une agglomération devenait une Zone à faibles émissions (ZFE) lorsque le seuil de 40 microgrammes de dioxyde d’azote par mètre cube (μg/m3) d’air était dépassé. C’était le cas depuis longtemps à Strasbourg.
Selon un article paru dans les DNA, jeudi 1er février, les six stations de mesures d’Atmo Grand Est placées dans l’Eurométropole de Strasbourg ont enregistré des concentrations inférieures à ce seuil sur l’année 2023. Un capteur situé boulevard Clémenceau a mesuré une concentration moyenne de dioxyde d’azote de 28 μg/m3. Le dernier capteur dans le rouge en 2022 était situé à côté de l’autoroute M35, et il est passé à 36 μg/m3 en 2023.
Les aides au changement de véhicules maintenues
Un phénomène attribué notamment à la baisse du nombre de véhicules immatriculés (et donc probablement en circulation) à Strasbourg, et à l’augmentation de la proportion de véhicules crit’Air 0 et 1. Atmo Grand Est souligne aussi que les conditions météorologiques étaient favorables avec beaucoup de précipitations.
Interrogée par les DNA, la présidente de l’Eurométropole Pia Imbs (sans étiquette) a indiqué que le budget de 50 millions d’euros pour soutenir financièrement les aides au changement de véhicule est maintenu. Elle entend donc continuer à encourager les propriétaires de voitures polluantes à renouveler leur véhicule. L’Union Européenne envisage de baisser les valeurs limites des ZFE et passera probablement à 20 μg/m3 d’ici 2030.
Fanny Groll, la mère de Lina, et son avocat Matthieu Airoldi, ont organisé une conférence de presse vendredi 2 février à Strasbourg.Photo : Maud de Carpentier / Rue89 Strasbourg
Plus de quatre mois après la disparition de sa fille de 15 ans dans la vallée de la Bruche, Fanny Groll s’est exprimée aux côtés de son avocat vendredi 2 février, lors d’une conférence de presse. Ils restent frustrés de ne pas avoir accès au dossier.
C’était le 23 septembre. Le temps de quelques minutes. À 11h20, Lina, 15 ans, envoie un message vidéo à son petit ami, Tao, alors qu’elle se rend à pied à la gare de Saint-Blaise-la-Roche, près de chez elle dans la vallée de la Bruche. Elle est habituée à emprunter cette route de 2,9 km. Elle est censée retrouver Tao à Strasbourg vers midi. À 11h22, son téléphone cesse d’émettre et ne borne plus. Depuis, Lina reste introuvable.
Une enquête préliminaire a immédiatement été ouverte par le parquet de Saverne, puis le 1er octobre deux juges d’instruction de Strasbourg ont été saisies du dossier et le parquet de Saverne dessaisi au profit du parquet de Strasbourg. La section de recherches de Strasbourg et le groupement de gendarmerie du Bas-Rhin sont en charge de l’enquête.
Plus de quatre mois après cette disparition, la mère de Lina, Fanny Groll, a décidé de communiquer, lors d’une conférence de presse dirigée par son avocat, Me Matthieu Airoldi. À leur demande, ils ont été reçus jeudi 1er février par les juges d’instruction en charge du dossier, Sophie Thomann et Valérie Iltis.
La plainte pour viol classée : « Je me suis sentie trahie »
Si Fanny Groll et son avocat espéraient avoir accès au dossier de l’enquête préliminaire après ce rendez-vous, c’est un échec. Les deux juges ont été « dans l’empathie » mais elles sont restées inflexibles. « Je ne suis pas naïf, je sais que derrière, il y a la volonté de protéger le secret de l’instruction dans un dossier important », analyse Matthieu Airoldi. Décision qu’il regrette. « Je réplique juste que les juges pourraient nous faire un peu plus confiance. »« C’est terrible au quotidien de ne pas savoir », a ajouté Fanny Groll. « Je cogite tout le temps, j’analyse, je fais des hypothèses. »
« Je me suis sentie trahie. Nous faisions confiance à la justice, on nous avait parlé d’une confrontation, pour moi c’était normal que les choses prennent du temps. Je parle au nom de Lina, en agissant ainsi, la justice ne l’a pas protégée. Alors qu’à 13 ans et demi, on a besoin d’être protégée. »
Matthieu Airoldi a glissé qu’il avait à plusieurs reprises tenté de contacter la procureure de Saverne depuis, sans succès. La mère de Lina n’a jamais été informée non plus. L’avocat va donc porter plainte dans cette affaire, en se constituant partie civile au nom de sa cliente. « Ainsi, un juge d’instruction sera saisi et pourra contrôler le travail du parquet. »
« Son consentement a été abusé »
L’avocat, qui a précisé qu’il ne rentrerait pas dans les détails de cette affaire, a tout de même voulu préciser certains points. Les faits se seraient déroulés en mai 2022, et « il ne s’agissait pas d’une soirée, mais d’une activité de fin d’après-midi, avec deux ou trois amis. Lina s’est faite abuser. Son consentement a été abusé ». Il a rappelé qu’il existe depuis le 21 avril 2021 une loi qui protège les mineurs et qui institue que tout acte sexuel commis avec un mineur de moins de 15 ans est considéré comme un viol.
« Je ne comprends pas la façon dont ce dossier a été traité. Ma cliente n’a pas été informée. Et j’apprends par des journalistes, que finalement le parquet de Saverne étudierait la possibilité de revoir ce classement sans suite, et qu’une nouvelle décision sera prise ? En 20 ans de métier, je n’ai jamais vu ça. Nous estimons que cette procédure a été mal menée. »
Depuis l’information sur cette plainte pour viol, les commentaires et les réseaux sociaux se sont enflammés, répandant des rumeurs et des fausses informations sur la vie que menait la jeune adolescente. « J’appelle à la réserve et à ne pas faire de conclusion hâtive », a martelé l’avocat. La mère de Lina, visage fermé, a rajouté :
« Je traverse déjà l’enfer. Et ce qu’on raconte est tellement énorme, tellement faux, tellement blessant. Ce n’est pas possible. Je ne peux pas rester silencieuse. »
Matthieu Airoldi a ainsi déclaré que sa cliente avait déposé plainte auprès du parquet de Saverne pour diffamation contre un youtubeur qui diffuse et divulgue de fausses informations sur Lina. L’enquête a été confiée à une section spécialisée de la gendarmerie de Metz.
Aucune piste n’est écartée
Si Fanny Groll et son avocat n’ont toujours pas accès au dossier, ils ont semblé satisfaits de certaines réponses qui leur ont été apportées lors de leur rendez-vous avec les juges d’instruction :
« Elles nous ont assuré que toutes les pistes étaient vérifiées, que ce soit les pistes farfelues, les médiums qui déclarent savoir où est le corps de Lina, ou encore des désignations anonymes. Elles nous ont également dit que tous les moyens de la justice étaient déployés pour que la vérité soit faite. »
Les juges ont également assuré que « dès qu’un élément important nouveau apparaîtra, c’est Fanny Groll qui sera prévenue la première ». Mais en attendant, il faudra s’armer de patience. Au moins jusqu’à mi-mars, date à laquelle les juges ont affirmé que le dossier serait accessible à la mère de l’adolescente.
Interrogée sur son état d’esprit, et si elle gardait l’espoir, Fanny Groll a déclaré : « Toujours. C’est ce qui fait que je me lève tous les matins. Je n’ai pas d’autre choix que de garder espoir ».
Diplômée à Lille en 2012. Après Paris et Marseille, je me suis installée à Strasbourg en 2020. Je suis aujourd'hui indépendante en radio et web, pour Rue89 Strasbourg, Mediapart, Louie Media et France Culture. J'aime les reportages et les enquêtes au long cours, sur les sujets de société et sur notamment sur les violences sexistes et sexuelles.
Trois étudiants juifs affirment avoir été victimes d’une agression aux abords de la faculté de droit de Strasbourg, dans la nuit du dimanche 28 janvier. Ils collaient des affiches appelant à la libération des otages du Hamas et contre l’antisémitisme.
Deux étudiantes et un étudiant juifs ont été victimes d’une agression près de la faculté de droit de Strasbourg, dans la nuit du dimanche au lundi 29 janvier, selon les éléments d’une plainte pour « violence aggravée suivi d’incapacité n’excédant pas 8 jours » et « injure publique envers un particulier en raison de sa race, de sa religion ou de son origine », que Rue89 Strasbourg a pu consulter.
Alors qu’ils collaient des affiches appelant à la libération des otages du Hamas à Gaza et dénonçant l’antisémitisme, les trois étudiants juifs ont d’abord été interpellés par deux femmes, dénonçant une « provocation » et leur intimant l’ordre d’arrêter, selon les déclarations d’un des étudiants juifs. Devant leur refus, les deux femmes ont appelé quatre personnes en renfort, qui se sont mises à intimider les étudiants juifs.
« Sur un campus, c’est le cas le plus grave qu’on ait vu depuis le 7 octobre »
Samuel Lejoyeux, président de l’UEJF
Toujours d’après les éléments fournis à la police, le groupe hostile aurait intimé l’ordre de « dégager » du campus aux trois étudiants juifs, les accusant à plusieurs reprises d’être des « fascistes sionistes » dans un discours teinté d’antisémitisme. Puis les quatre individus auraient frappé l’étudiant membre de l’Union des étudiants juifs de France (UEJF), de plusieurs coups de poings et de pieds. Tombé au sol, il déclare avoir reçu une autre salve de coups avant de réussir à s’enfuir. Le lendemain, un médecin constate plusieurs contusions sur son corps. Quant aux deux autres étudiantes juives, elles auraient été bousculées, sans subir de coups. Elles pourraient également porter plainte.
L’Union des étudiants juifs de France a condamné l’agression dans un communiqué publié jeudi 1er février sur le réseau social X. « Sur un campus, c’est le cas le plus grave qu’on ai vu depuis le 7 octobre (date de l’attaque du Hamas contre des civils israéliens, provoquant une réplique de l’armée isrélienne à Gaza depuis cette date, NDLR) », commente le président du syndicat, Samuel Lejoyeux. Il s’alarme d’une aggravation des attaques antisémites :
« C’est des méthodes de néo-nazis. On va appeler des copains, pour venir tabasser des cibles tout en étant en supériorité numérique. Avec derrière, une volonté d’intimidation extrêmement grave. C’est une preuve que les discours de diabolisation d’Israël, même quand ils ne sont pas antisémites, engendrent de la violence antisémite. »
Michel Deneken, président de l’Université de Strasbourg, a « condamné avec fermeté les violences antisémites » dans un communiqué publié vendredi :
« Depuis quelques jours, on constate chaque matin de nouveaux tags sur les murs de l’université. Si l’université est par nature le lieu de liberté d’expression, campus ouvert sur la ville et les échanges d’idées, cela implique que cette liberté s’exerce dans le respect des opinions et ne saurait en aucun cas conduire à des intimidations, agressions verbales ou physiques, ou à des dégradations. »
L’Université promet « se tenir à disposition » des services de police, indique encore le communiqué. De son côté, l’UEJF a annoncé qu’elle se joignait aux victimes en tant que partie civile.
Lors de l'affrontement provoqué par les hooligans néonazis de Strasbourg Offender, samedi 28 novembre 2020.Photo : Photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Pour restreindre la liberté de déplacement des supporters parisiens, la préfecture invoque, sans les nommer, les violences des hooligans néonazis de Strasbourg Offender. Selon nos informations, un affrontement en dehors de l’enceinte du stade de la Meinau est en préparation.
Interdits de porter les couleurs de leur club à Strasbourg, limités en nombre, contraints dans leurs déplacements… Une fois de plus, vendredi 2 février, les supporters d’un adversaire du Racing Club de Strasbourg (RCSA) subissent des restrictions de liberté décidées par la préfecture du Bas-Rhin. Cette dernière a décidé d’autoriser un maximum de 800 supporters visiteurs pour la rencontre Strasbourg – PSG. Les ultras parisiens sont interdits de « se prévaloir de la qualité de supporter du Paris Saint-Germain » dans le centre-ville de Strasbourg jusqu’aux abords du stade de la Meinau vendredi. Dans ses motivations, l’arrêté préfectoral publié le vendredi 19 janvier se fonde, sans les nommer, sur les violences des hooligans néonazis de Strasbourg Offender.
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Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l'extrême-droite à l'hôpital public en passant par la maison d'arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l'expertise-psychiatrique.
Mercredi 31 janvier, une cinquantaine de locataires d'Alsace Habitat se sont réunis pour créer le collectif des locataires en colère.Photo : Raphaël Rodrigues
Depuis le 31 janvier 2024, des locataires d’Alsace Habitat se sont regroupés en collectif pour faire entendre leurs revendications au bailleur social.
Environ 50 locataires d’Alsace Habitat, le bailleur social de la Collectivité d’Alsace, se sont réunis mercredi 31 janvier à la Maison des sociétés de Schiltigheim. Tous sont venus pour la même raison : contester la hausse de leurs charges locatives en 2022. Reçue presque un an plus tard, le 30 novembre 2023, elle varie entre « 200 et 3 000 euros » par an pour un logement, selon Miloud Bellahcene, président du collectif, élu lors de cette réunion.
Une pétition avec 150 signatures
Le groupe veut « faire entendre » ses revendications face à leur bailleur social, Alsace Habitat, qui ne leur apporte pas satisfaction. « On ne veut pas attaquer, juste se défendre », indique le président du collectif, locataire depuis douze ans à Schiltigheim :
« Le loyer augmente déjà de 3,5% cette année. Ce sont des logements sociaux, on n’a pas beaucoup de moyens. Parmi nous, il y a des personnes âgées, handicapées, c’est encore plus dur pour elles que pour nous, les actifs, qui avons un salaire. »
Miloud Bellahcene
Pour faire connaître le collectif, il multiplie les moments d’échanges avec les locataires, organise du porte-à-porte et fait circuler une pétition sur la hausse des charges :
« J’ai toqué à 150 logements et tout le monde a signé. J’ai envoyé cette pétition au bailleur. Par téléphone, il m’a dit qu’il fallait payer, qu’il allait envoyer les huissiers… Le bailleur est dépassé par la situation. »
70 personnes devant la mairie de Schiltigheim
Dès l’annonce de la hausse des charges, Miloud Bellahcene a contacté Raphaël Rodrigues, élu d’opposition à Schiltigheim. Selon ce dernier, « les élus n’en ont rien à faire des quartiers. Moi, je ne peux qu’aider ces habitants à se regrouper et à médiatiser leurs revendications ». Le conseiller municipal était également présent mercredi 17 janvier sur le parvis de la mairie de Schiltigheim, où 70 locataires s’y étaient réunis pour protester contre la hausse des charges.
Des cafards, des moisissures et des logements mal isolés
La mobilisation est partie d’un groupe Facebook intitulé « Collectif des locataires Alsace Habitat en colère ». Créé en décembre 2023, il comptait 213 personnes au moment de la rédaction de cet article. En plus de la hausse des charges, ces locataires échangent sur les problèmes dans leurs logements. Punaises de lit, cafards, fenêtre voilée, moisissures…
La liste est longue pour Olivia Puits-Marchal, animatrice du groupe et locataire à Bischheim depuis treize ans :
« Cette insalubrité nous met en danger. Des enfants sont asthmatiques et tombent malades à cause de l’humidité et des moisissures. Depuis plusieurs années, on avertit le bailleur par téléphone, par courrier recommandé en citant des textes de lois, mais rien. »
Selon certaines discussions en cours dans le groupe Facebook, ses membres espèrent éviter une « récupération politique » de leur mouvement et prennent leurs distances avec le collectif formalisé à Schiltigheim. Ce dernier demande que soit créé un fonds de solidarité d’urgence, alimenté par les communes et le bailleur, pour aider les locataires d’Alsace Habitat à payer ces augmentations de charges.
À Strasbourg ce jeudi, les enseignants se sont rassemblés à 14h sur la place Kléber, répondant à l'appel national à la grève dans l'Éducation nationale. Plus d'un millier ont rapidement rejoint la manifestation dans le centre-ville peu après 14h30.Photo : Abdesslam Mirdass / Rue89 Strasbourg
Environ un millier d’enseignants et personnels de l’Éducation nationale ont défilé dans les rues de Strasbourg jeudi 1er février. Ils dénoncent des conditions de travail dégradées, des effectifs surchargés et une mission toujours plus difficile pour transmettre aux élèves les enseignements dont ils ont la charge.
« Les plus anciens sont devant, en train de chanter. » Avec un sourire, Marie-Laure Friot, conseillère syndicale FSU 67, désigne du regard ses collègues enseignants. Armés de gilets blancs et de carnets de chansons très fournis, ils entonnent des vers invitant Emmanuel Macron et Amélie Oudéa-Castera, ministre de l’Éducation nationale, à prendre leurs retraites alors que le cortège, débuté place Kléber en début d’après-midi du jeudi 1er février, dépasse la cathédrale.
Plus d’un millier de personnes se sont déplacées pour demander de meilleures conditions de travail dans l’Éducation nationale, à l’appel de cinq syndicats. Une participation importante pour une mobilisation catégorielle. La grève a été suivie par plus de 15% des enseignants dans l’Académie de Strasbourg (Bas-Rhin et Haut-Rhin) selon les chiffres fournis par le Rectorat.
Inclusion ratée
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Pour protester contre la loi sur l’immigration, une manifestation est organisée samedi 3 février à Strasbourg, démarrant place Kléber à 14h30.
Plus d’un mois après son adoption chaotique, l’opposition à la loi sur l’immigration continue de se mobiliser. Alors que le Conseil constitutionnel a censuré près d’un tiers des 86 articles du texte jeudi 25 janvier, une dizaine d’organisations appellent à ne pas relâcher l’opposition publique contre une loi revendiquée comme une victoire idéologique par l’extrême droite.
Malgré les censures effectués par le Conseil constitutionnel, qui confirment les atteintes de cette loi à plusieurs droits constitutionnels, les premiers signataires (Solidaires étudiant.e.s Strasbourg, NPA 67, Attac Strasbourg, LFI 67…) estiment dans un manifeste commun que « ce qui reste » du texte « demeure l’une des pires lois de la Ve République, une loi anti immigrés et anti ouvrière ».
Dans leur texte, ces organisations appellent à poursuivre la mobilisation jusqu’à l’abrogation de la loi, à multiplier les « actions de solidarité, de grèves, de refus » contre son application, et à soutenir toutes les luttes pour la défense des sans-papiers.
"Vivants" nous plonge dans la petite équipe d'une émission de grand reportage.Photo : Document remis / Pyramide Films
Dans son troisième long-métrage, la réalisatrice Alix Delaporte propose une immersion au sein d’une équipe de grand reportage qui subit des coupes budgétaires et une pression sur les chiffres d’audience. Un bel hommage à une profession en difficulté.
Un pied dans la porte et beaucoup de détermination. C’est ce qu’il faut à Gabrielle, jeune journaliste, pour intégrer une prestigieuse équipe de réalisation de reportages télévisés. Avec elle, le spectateur du film Vivants observe une rédaction bouillonnante, pleine de caractères forts mais en proie aux maux de l’époque – des coupes budgétaires et un patron qui s’intéresse moins au métier de ses salariés qu’aux chiffres d’audience des émissions produites. À travers ce long-métrage qui plonge les spectateurs au sein d’une équipe aux airs de petite famille, la réalisatrice Alix Delaporte nous ouvre les yeux sur la réalité d’un métier en pleine mutation.
Rue89 Strasbourg : On sent votre attachement au journalisme dans ce film. C’est une profession qui est plutôt malmenée en France. Est-ce que vous souhaitiez réparer le lien entre les Français et les journalistes ?
Alix Delaporte : Pendant l’écriture du film, j’ai enquêté dans les rédactions, sur les chaînes d’infos ou en école de journalisme. J’ai alors constaté que l’ADN commun de tous ces journalistes, c’est la quête de la vérité. Ce ne sont pas les journalistes qui donnent une sensation de travail mal fait. Ce sont les conditions de travail qu’on leur impose. Tout le monde essaye de se démerder avec des budgets en baisse pour fournir aux Français la meilleure quête de la vérité. Ce ne sont pas les journalistes qui vont trop vite. C’est ce qu’on leur demande. Le problème, c’est la rentabilité exigée par les groupes propriétaires de médias.
« De l’espoir dans un monde en désenchantement »
Alix Delaporte, réalisatrice
Est-ce que le personnage de Gabrielle est inspiré de votre propre expérience ?
J’ai démarré comme journaliste au sein de l’agence Capa. J’y ai pris la caméra et je suis devenu journaliste reporter d’images (JRI). Moi aussi, en arrivant chez Capa, j’ai eu l’impression de venir d’un autre univers. Le personnage de Gabrielle est guide de montagne et ne vient pas des écoles de journalisme. Elle a d’autres connaissances. Elle sait réparer les machines. Elle est capable d’observer et d’entrer dans un défilé de mode. Rien ne lui fait peur. Elle n’a pas les codes. De la même manière, j’avais l’impression de venir sans connaître les règles, mais avec d’autres capacités. J’avais 20 ans, je voulais faire du journalisme et il y avait chez moi une fraîcheur en regardant ces gens qui faisaient ce métier depuis très longtemps. C’est pareil pour Gabrielle. Elle est toute en fougue et en vitalité. Elle met de l’espoir dans ce monde en désenchantement.
Gabrielle, jeune journaliste, observe d’un œil nouveau ce journalisme en pleine mutation. Photo : Document remis / Pyramide Films
Qu’avez-vous voulu dire de la profession dans ce film ?
En tant que metteure en scène, j’ai envie de montrer un moment où l’on peut perdre quelque chose. Ici, c’est le temps consacré au reportage. J’ai voulu filmer ce moment où les choses peuvent basculer, pour montrer que ce journalisme est précieux. Si on n’a plus de temps pour l’investigation, on perd quelque chose de fondamental dans la quête de la vérité.
« Le patron de média veut du rêve, pas du terrain »
Alix Delaporte, réalisatrice
Au-delà du temps, ce que je raconte, c’est la difficulté des reporters à aller sur le terrain. Parce que les gens qui contrôlent les rédactions estiment que c’est un luxe inutile. Aujourd’hui le patron de média veut du rêve, pas du terrain. Mais en remettant en question le temps et l’accès au terrain, il crée un plus grand danger pour les gens qui y vont. Car les journalistes ont de moins en moins de temps pour appréhender les risques du terrain.
Contraint par des coupes budgétaires, l’équipe cherche à se réinventer. Photo : Document remis / Pyramide Films
Pourquoi avoir choisi ce nom de film, Vivants, c’est le sentiment qui vous semble le mieux décrire ce métier ?
Le journalisme est une vocation. On ne peut pas empêcher celles et ceux qui ont une vocation. Quand on les empêche, ils trouveront toujours un autre moyen d’exprimer cette pulsion. De la même manière, une infirmière empêchée de faire son métier trouve toujours comment soigner, d’une manière ou d’une autre. De même, enlevez-moi mes moyens de faire un film conventionnel, j’en ferai avec un portable.
« Le métier de journaliste est en danger »
Alix Delaporte, réalisatrice
Pourquoi avoir choisi de raconter la fin d’un programme d’enquête et de grand reportage ?
Je me sens comme une lanceuse d’alerte. Le métier de journaliste est en danger. J’ai voulu pointer quelque chose du journalisme en disant : « Attention c’est précieux ». Pour ça, j’attache les spectateurs à des gens, ici une petite équipe de rédaction qui se débrouille assez bien. J’ai vraiment voulu qu’on voie leur quotidien, comment ils se battent, comment ils rient souvent, comment ils font famille. En les lâchant au moment où la direction décide de mettre fin au programme, sans savoir ce qui attend les personnages pour la suite de leurs carrières, les spectateurs ressentent bien mieux le précieux de ce journalisme en disparition.
Y aura-t-il une suite ?
Ce qui m’intéresse aujourd’hui, c’est comment les jeunes réinventent le métier. J’aimerais raconter ce qu’ils inventeraient comme type d’émission. Il faudrait un format original, qui ne serait pas une émission de reportage ni un projet sur les réseaux sociaux.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l'extrême-droite à l'hôpital public en passant par la maison d'arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l'expertise-psychiatrique.
La Cour européenne des droits de l'homme est situés à Strasbourg, dans le quartier du Wacken.Photo : Camille Balzinger / Rue89 Strasbourg
La Cour européenne des droits de l’Homme a estimé que la condamnation pour diffamation d’une secrétaire ayant accusé un supérieur hiérarchique de harcèlement sexuel et d’agression sexuelle, mais sans apporter de preuve ni déposer plainte, constitue une violation de sa liberté d’expression.
La Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH) a jugé, dans un arrêt rendu jeudi 18 janvier, que la France avait porté atteinte à la liberté d’expression d’une femme condamnée pour diffamation après avoir accusé de harcèlement et d’agression sexuelle un supérieur hiérarchique, et ce sans disposer de témoin ni avoir porté plainte.
Les juges de Strasbourg ont estimé que l’article 10 de la Convention européenne des droits de l’Homme, qui protège la liberté d’expression, impliquait d’accorder « une protection appropriée aux personnes dénonçant les faits de harcèlement moral ou sexuel dont elles s’estiment les victimes ».
Et cette protection doit amener les juges nationaux à « adapter aux circonstances de l’espèce » leur interprétation des faits, et donc, dans le cas dont la CEDH était saisie, à considérer que le délit de diffamation n’était pas constitué.
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L’Association des usagers des transports urbains de l’agglomération strasbourgeoise (Astus) soutient le tracé du tram nord par l’avenue des Vosges. L’association estime que ce choix permettra de réduire la pollution dans le secteur, mais que la Ville de Strasbourg n’a pas suffisamment communiqué sur les alternatives proposées aux riverains.
Le tram nord cristallise de fortes contestations, notamment parce qu’il doit passer sur une partie de l’avenue des Vosges. Les élus de l’opposition municipale prédisent la fuite des commerçants et des professionnels médicaux de cet axe, de peur que les clients et les patients ne puissent plus se garer.
Mais pour l’Association des usagers des transports urbains de l’agglomération strasbourgeoise (Astus), ce tracé est plutôt un bon choix. Son président, François Giordani, y voit un aménagement « dans la continuité de ce qui se fait depuis 30 ans à Strasbourg ». Selon lui, le tram par l’avenue des Vosges répondra non seulement à un besoin de la population mais il permettra également de réduire l’utilisation de la voiture en ville, une condition nécessaire pour lutter contre la pollution de l’air.
Rue89 Strasbourg : En quoi la réalisation du tram nord est-elle nécessaire selon vous ?
François Giordani : C’est la principale ligne de tram qui doit encore être construite dans l’Eurométropole de Strasbourg pour que tous les secteurs soient desservis. Après cela, il n’y aura plus que des extensions à réaliser dans les périphéries. Le nord de l’agglomération représente un grand bassin de population. Le potentiel est de 40 à 45 000 usagers quotidiens de cette ligne d’après les données de la Ville. À Schiltigheim, Hœnheim et Bischheim, il y a un public qui a particulièrement besoin d’un transport en commun pour aller en ville ou à la gare. Dans la cité des Écrivains, à Schiltigheim, 40% des personnes n’ont pas de voiture.
« Dans la Grande Île, les commerçants ne demandent pas qu’on fasse revenir les voitures. »
François Giordani
Pensez-vous que l’itinéraire passant par l’avenue des Vosges est adapté ?
Il nous convient parfaitement, car il s’agit d’une réduction de la place de la voiture, au bénéfice des transports en commun. On construit des lignes de tram sur des axes routiers depuis 1989 à Strasbourg, surtout dans l’ellipse insulaire. Mais il n’y a pas que l’hypercentre, il faut aussi améliorer le cadre de vie autour, en diminuant la circulation et la pollution, notamment dans la Neustadt. Le tram nord et ses aménagements connexes vont dans ce sens. La place de Haguenau est l’un des endroits les plus pollués de Strasbourg : le projet améliorera considérablement la situation, avec en plus l’agrandissement du parc et la création de zones piétonnes.
L’opposition et le collectif Neustadt Apaisée estime que ce tracé impliquera des embouteillages et des problèmes d’accès à certaines zones du centre-ville. Qu’en pensez vous ?
Quand des grands axes du centre-ville, comme la rue du Vieux-Marché-aux-Vins, ont été fermés à la circulation automobile, on nous disait la même chose. Mais aujourd’hui, dans la Grande Île, les commerçants ne demandent pas qu’on fasse revenir les voitures ! L’exemple le plus récent est celui du quai des Bateliers, où les opposants annonçaient aussi que sa piétonisation allait créer un report catastrophique de la circulation automobile dans les petites rues environnantes. Ce n’est pas du tout ce qu’il s’est passé. Finalement, les gens utilisent des alternatives comme les parking relais, les transports en commun, le vélo ou la rocade M35. C’est l’effet recherché.
« Il faut aussi inciter les gens à prendre les transports en commun. »
François Giordani
Pour le cas de l’avenue des Vosges, il est faux de dire qu’il n’y aura pas de solution alternative pour les automobilistes. Des plans de circulation ont été établis et ils sont accessibles au public. L’accès en voiture au quartier des XV et des Contades se fera par le boulevard Clémenceau. La place de Bordeaux sera connectée à l’autoroute grâce à un nouveau carrefour près de la déchèterie du Wacken. La zone du tribunal sera toujours accessible via la rue du Faubourg-de-Pierre. Les personnes qui veulent aller à la gare pourront y aller directement en passant par de nouvelles bretelles de la M35.
Comment expliquer les oppositions à ce tracé alors ?
Les gens qui ont l’habitude de se garer devant chez eux avenue des Vosges devront s’adapter, c’est sûr. Il y aura un parking en silo au niveau de l’ancienne Maison du bâtiment, rue Jacques-Kablé. Il faut assumer la volonté de changer les pratiques et c’est une bonne chose que la municipalité prenne cette direction.
C’est un autre secteur, mais nous avons réalisé des comptages le matin sur le pont des Trois-Épis à Schiltigheim. Il y avait 90% d’autosolistes (personnes seules en voiture, NDLR) en direction de l’Espace européen de l’entreprise. Pourtant, ils pourraient prendre le bus G, à haut niveau de service (BHNS, NDLR), qui va dans la même direction. Cela illustre bien qu’il faut aussi inciter les gens à prendre les transports en commun. Ils peuvent s’y retrouver avec le prix de l’essence : les abonnements CTS peuvent être remboursés à 50% par l’employeur.
L’opposition municipale a plébiscité un tracé alternatif passant par les quais Jacques-Sturm, Finkmatt et Kléber, avant de tourner aux Halles vers la rue du Travail, et la place de Haguenau. Est-ce également une bonne solution pour l’Astus ?
L’emprise des quais n’est pas assez grande pour insérer le tram et surtout, il y a un risque d’effondrement. La solution de l’avenue des Vosges nous paraît meilleure puisqu’elle permet d’installer des pistes cyclables, des trottoirs, des terrasses, des arbres, les places pour les livraisons des commerces et les rails du tram. En outre, le bénéfice sur le cadre de vie dans toute la Neustadt sera plus important avec le tracé par l’avenue des Vosges.
L’avenue des Vosges pourra à la fois accueillir des pistes cyclables et le tram, séparées par des arbres.Photo : Modélisation / Alfred Peter
Avez-vous tout de même des critiques à émettre concernant ce projet de tram nord ?
Sur le tracé et les aménagements, nous sommes d’accord avec la Ville et l’Eurométropole. Mais il aurait fallu davantage communiquer avec les personnes qui devront modifier leur quotidien. L’idéal pour nous, serait de créer une Maison du tram, où les riverains et les commerçants peuvent poser leurs questions sur les solutions qu’elles auront, avec un contact humain, une fois que les rails seront posés. L’opposition vient en grande partie d’un manque d’informations.
« Dire que les personnes à mobilité réduite ou aveugles sont plus en difficulté quand on enlève les voitures, c’est faux. Souvent, elles ne peuvent pas conduire de toutes façons. »
François Giordani
Dans le même ordre d’idée, on pourrait imaginer du porte-à-porte chez les habitants concernés, avec des plans pour leur montrer comment accéder et où stationner. Par exemple, les personnes âgées pourront être cherchées devant chez elles grâce à des niches de stationnement temporaire dédiées. Et elles bénéficieront de la proximité des arrêts de tram. Pour les autres, il y aura des solutions de stationnement. Ils devront surement marcher un peu plus, mais est-ce que c’est vraiment grave vu les enjeux ? Il faut expliquer aux habitants de l’avenue des Vosges que diminuer la circulation devant leurs fenêtres, c’est lutter contre de potentiels cancers. On ne peut pas ne rien faire juste parce que certains veulent stationner en bas de chez eux…
François Giordani est président de l’Astus depuis 2009.Photo : TV / Rue89 Strasbourg
Les personnes à mobilité réduite, ou celles touchées par d’autres formes de handicap, auront-elles des solutions alternatives ?
Nous travaillons avec des associations de malvoyants (comme C’Cité ou apiDV) et d’autres luttant pour les droits des personnes handicapées physiquement (GIHP). Il est faux de dire que les personnes à mobilité réduite ou aveugles sont plus en difficulté quand on enlève les voitures. Souvent, elles ne peuvent pas conduire de toutes façons. Au contraire, beaucoup se déplacent de manière autonome grâce aux transports en commun et sont plus à l’aise sur les zones piétonnes. Si nécessaire, le service Mobistras (pour les personnes dans l’incapacité de prendre les transports en commun, NDLR) couvrira l’avenue des Vosges.
D’une manière générale, le tram nord est une pièce du puzzle, avec les pistes cyclables, les trains régionaux, les bus, les cars interurbains… Il faut continuer de développer le réseau, la fréquence et l’amplitude de toutes ces alternatives à la voiture, qui offrent des solutions souvent moins chères et plus accessibles aux personnes à mobilité réduite.