Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Jeanne Barseghian veut internaliser les repas scolaires et atteindre 75 % de bio

Jeanne Barseghian veut internaliser les repas scolaires et atteindre 75 % de bio
Jeanne Barseghian, lors de la conférence sur l’alimentation, le 30 janvier.

Réinternalisation des repas scolaires, 75 % de bio dans les cantines et développement de cantines solidaires : au marché-gare, la maire sortante de Strasbourg, Jeanne Barseghian, a détaillé, vendredi 30 janvier, ses priorités alimentaires pour un second mandat.

La municipalité écologiste veut reprendre la main sur la fabrication des repas servis dans les cantines de la Ville de Strasbourg. C’est l’annonce principale formulée par Jeanne Barseghian lors d’une conférence de presse organisée au marché-gare, chez Solibio, une SCIC (société coopérative d’intérêt collectif) réunissant producteurs bio alsaciens et acteurs de la filière locale, choisie comme décor symbolique pour défendre une alimentation plus locale et maîtrisée par la collectivité. La Ville de Strasbourg travaille avec deux prestataires privés ; en 2026, si la maire est réélue, elle souhaite réinternaliser progressivement la production.

« Les villes doivent reprendre la main la fabrication des repas », affirme Jeanne Barseghian, entourée d’Antoine Neumann, conseiller municipal délégué à l’agriculture et à l’alimentation, et d’Aurélien Bonnarel, conseiller municipal (PCF) délégué à la santé. Le projet prévoit la poursuite de cuisines intégrées dans les nouvelles écoles, comme dans les nouveaux groupes scolaires Krimmeri ou Jean-Mentelin, et la création de trois ou quatre cuisines centrales pour alimenter le reste des établissements.

Un projet pour dans dix ans

La municipalité évoque une implantation possible de ce type de cuisines dans le nord de Strasbourg, ou à la Meinau. Quant à la rentabilité, « a priori, à moyen ou long terme, oui, ça le sera », estime Antoine Neumann. Toutefois, même en cas de réélection, le projet ne sera pas effectif avant 2036. Et ne se fera pas seul. La municipalité aimerait coopérer avec la Collectivité européenne d’Alsace, qui a la charge des collèges. Et avec les collectivités voisines. « Il y a un enjeu à travailler avec les villes environnantes », souligne l’élu. Toutefois, aucune discussion n’a été débutée à l’approche des élections municipales.

Mais à plus court terme, la municipalité espère atteindre au moins 75 % de produits issus de l’agriculture biologique. « La Ville est à 50 % en 2025. C’était 17-18 % sous Roland Ries », détaille Jeanne Barseghian. Elle souhaite également maintenir un quota de deux tiers de produits locaux dans les cantines, tout en réduisant la part de viande pour « suivre les recommandations des nutritionnistes, qui expliquent que les enfants manquent de vitamines et de fibres. Mais certainement pas de viande », précise Antoine Neumann.

Continuer les fermes urbaines

 Autre priorité soulignée : le développement d’épiceries solidaires, sous forme de coopératives et des cantines de quartier à prix modéré, en s’appuyant sur les associations et des acteurs de la solidarité plutôt qu’en créant de nouvelles structures municipales. « 37 % des Français disent souffrir de précarité alimentaire », rappelle Aurélien Bonnarel, qui défend des lieux ouverts à tous, favorisant la mixité sociale. Le projet de cantines de quartier repose aussi sur un constat : « 50 % des Strasbourgeois vivent seuls et 40 % prennent au moins un repas par jour en dehors du domicile », souligne-t-il.

En outre, la maire-candidate souhaite poursuivre le développement de fermes urbaines, sur le modèle de celles déjà implantées à l’Elsau, au Neuhof ou à la cité de l’Ill. Un levier supplémentaire, selon elle, pour renforcer l’agriculture locale et rapprocher les habitants de leur alimentation.

« En 2020, il n’y avait aucune stratégie globale »

Antoine Neumann, élu en charge de l’alimentation et de l’agriculture

Jeanne Barseghian en a profité pour rappeler qu’elle est la seule, selon elle, à s’intéresser à l’alimentation dans le débat des élections municipales. « C’est pourtant un sujet essentiel. Trop de familles renoncent à bien manger pour des raisons financières. Et trop d’agriculteurs ne vivent pas de leurs productions », insiste-t-elle.

Filière légumineuse et ordonnance verte

Sur les aspects plus techniques, Antoine Neumann a estimé « qu’en 2020, que ce soit à la Ville ou à l’Eurométropole, il n’y avait aucune stratégie globale sur l’agriculture et l’alimentation ». Le premier mandat des Écologistes a permis, selon lui, à remettre l’ensemble des acteurs autour de la table, y compris dans le monde agricole.

Parmi les actions mises en avant figure la création d’une filière légumineuse, passée de zéro à 150 hectares cultivés à l’échelle de l’Eurométropole depuis 2020, selon l’élu. Antoine Neumann cite également l’ordonnance verte destinée aux femmes enceintes, qui permet, sur prescription médicale, de bénéficier de paniers de légumes bio et locaux pendant la grossesse.

19 personnes hébergées au foyer Jean Jaurès depuis janvier

19 personnes hébergées au foyer Jean Jaurès depuis janvier
Une personne logée dans un bâtiment de la Ville de Strasbourg depuis décembre 2025.

La Ville de Strasbourg héberge cinq familles dans le foyer Jean Jaurès au Neudorf avec l’aide de l’association Les petites roues. Elle a créé 60 nouvelles places après la fermeture du gymnase Menora début janvier. Au total, la Ville assure l’hébergement d’urgence de 1 150 personnes.

Face aux nombreuses familles à la rue à Strasbourg, la municipalité écologiste a mis à disposition le foyer Jean Jaurès au début de l’hiver. La rénovation de ce petit immeuble de Neudorf appartenant à la Ville de Strasbourg venait d’être terminée. Le 8 décembre, Les Écologistes ont donc voté en urgence une subvention de 65 000 euros pour l’association Les petites roues, en charge de la gestion du lieu. Le 12 janvier, cinq familles, soit 19 personnes, investissaient les lieux. La mise à disposition durera au minimum jusqu’en mars 2027.

Floriane Varieras, adjointe à la maire en charge de la Solidarité, présente le foyer Jean Jaurès.Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg

Vendredi 30 janvier, les familles sont installées et forment une grande colocation. Une cuisine a été aménagée au rez-de-chaussée. Le bâtiment compte trois salles de bain. Il s’agit de la stratégie de la Ville de Strasbourg qui « pousse les murs au maximum », selon les mots de Floriane Varieras, adjointe à la maire en charge de la Solidarité : « Dès qu’on en a la possibilité, on met à disposition des locaux. » Ainsi, la Ville loge 120 personnes en partenariat avec Les petites roues, dans ce type de logements.

Personnes malades, enfants en bas-âge…

D’autres familles sont encore à la rue dans la capitale alsacienne en ce mois de janvier. « Ça a été très dur de savoir lesquelles allaient pourvoir être logées ici, regrette Sabine Carriou, présidente de Les petites roues :

« Ça s’est fait avec la Ville, on a choisi des familles avec des enfants en bas-âge, des personnes avec des problèmes médicaux ou des handicaps. »

Sabine Carriou plaide pour systématiser ce type de dispositif, notamment avec des logements vides du parc privé. « Depuis 2017, on intervient sur des camps à côté desquels il y a des logements vides », souffle t-elle. Ainsi, en plus des 120 personnes abritées avec la Ville, Les petites roues hébergent également 40 personnes dans des appartements de propriétaires particuliers.

Sabine Carriou, présidente de l’association Les petites roues.Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg

Environ 1 200 personnes logées par la Ville de Strasbourg

Parallèlement, fin décembre, la Ville avait ouvert le gymnase Menora pour y abriter 80 personnes. À la fermeture de la salle de sport le 16 janvier, l’État n’a pris en charge que 20 sans-abris. Les 60 autres sont désormais hébergés par la Ville de Strasbourg : 23 dans des dispositifs comme le foyer Jean Jaurès, principalement avec Les Petites roues, et 37 via la Maison des loges, un opérateur immobilier.

Le foyer Jean Jaurès à Neudorf.Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg

Ainsi, la municipalité de Strasbourg s’apprête à voter une subvention de 165 000 euros lundi 2 février, pour l’hébergement de ces personnes. Au total, l’exécutif écologiste finance la mise à l’abri d’environ 1 150 personnes d’après Floriane Varieras, alors que c’est l’État qui a la compétence et le budget dédié à l’hébergement des sans-abris.

Floriane Varieras rappelle que la Ville de Strasbourg a engagé un recours auprès du tribunal administratif contre l’État pour que sa carence soit reconnue : « Les communes de Bordeaux et Grenoble ont fait la même chose et elles ont déjà gagné. Cela permet de montrer, par la justice, que c’est bien l’État qui se désengage, » assure-t-elle.

Manifestation samedi 31 janvier à Strasbourg en soutien aux Kurdes du Rojava

Manifestation samedi 31 janvier à Strasbourg en soutien aux Kurdes du Rojava
Manifestation de soutien au Rojava à Strasbourg, le 24 janvier 2026.

Samedi 31 janvier, le Centre démocratique du peuple kurde de Strasbourg appelle à une nouvelle manifestation en soutien aux Kurdes du Rojava, en Syrie. Cette mobilisation intervient alors que les populations kurdes sont toujours menacées par la reprise des combats avec l’armée gouvernementale.

Comme le samedi 24 janvier, les manifestants se rassembleront à 15 h place Dauphine avant de marcher jusqu’à la place Kléber. Les organisateurs insistent sur le caractère durable de cette mobilisation : « Tant que ce sera nécessaire, nous allons continuer à manifester. Nos familles, nos amis et les espoirs de l’humanité sont menacés d’extinction », souligne dans un communiqué le Centre démocratique du peuple kurde.

Cette nouvelle mobilisation s’inscrit dans un contexte de tensions persistantes dans la région. Pour rappel, un accord de trêve a été signé lundi 19 janvier entre le chef des forces kurdes de Syrie, Mazloum Abdi, et le président syrien, Ahmed Al-Charaa. Mais dès le lendemain, des combats ont éclaté entre les deux camps, mettant en danger les civils pris dans cet étau, notamment la population kurde. Hélène Dersin, chargée des relations extérieures du Centre démocratique du peuple kurde de Strasbourg expliquait que l’accord a été perçu comme un ultimatum par les Kurdes, soulignant qu’il n’y avait pas « de véritable reconnaissance de l’identité des Kurdes dans ce texte, qui n’est pas démocratique. »

Manifestation de soutien au Rojava à Strasbourg, le 24 janvier 2026.Photo : PF // Rue89 Strasbourg // cc

L’accord prévoit notamment l’intégration des Forces démocratiques syriennes (FDS), groupe armé à majorité kurde, à l’armée régulière syrienne, ainsi que la reprise par Damas de l’administration de certaines provinces arabes sous contrôle kurde, comme Deir ez-Zor et Raqqa, et bientôt Hassaké. Une partie du Rojava reste toutefois sous influence kurde.

« Catastrophe humanitaire »

Contactée pour faire un point sur la situation actuelle, Hélène Dersin explique que la situation humanitaire est de plus en plus difficile :

« Il y a un cessez-le-feu mais les bombardements continuent. Les États-Unis et la France tournent le regard car les intérêts économiques prennent le dessus. Les bombardements n’ont jamais cessé. La population manque de tout : d’eau, d’électricité, de médicaments. C’est une catastrophe humanitaire. »

Depuis le début du conflit, chaque jour, le Centre démocratique du peuple kurde est dans la rue à Strasbourg. Ils étaient par exemple mardi 27 janvier place de la République et se sont rendus jusqu’au Conseil de l’Europe. Jeudi 29 janvier, ils ont tenu un stand d’information place Kléber. Vendredi 30 janvier, ils seront à la gare.

Aux ateliers-logements du parc Gruber, des vies suspendues à un imbroglio administratif

Aux ateliers-logements du parc Gruber, des vies suspendues à un imbroglio administratif
Vincent Malarte, peintre, est l’un des premiers arrivés au parc Gruber.

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Les policiers d’Alliance appellent à une manifestation publique samedi 31 janvier

Les policiers d’Alliance appellent à une manifestation publique samedi 31 janvier
L’accueil de l’hôtel de police à Strasbourg.

Alliance appelle à un rassemblement public de soutien à la police nationale samedi 31 janvier. Ce syndicat majoritaire parmi les policiers se radicalise de plus en plus à l’extrême droite. Les autres syndicats de policiers restent à distance de l’initiative.

Appeler la population à manifester, c’est une première pour la police nationale. Mais pour le syndicat Alliance, l’heure est à la mobilisation « citoyenne, républicaine et strictement légale » selon un communiqué. L’organisation majoritaire parmi les policiers appelle à des rassemblements et organise des cortèges samedi 31 janvier à 11h dans une vingtaine de villes. À Strasbourg, un rassemblement statique est prévu devant l’hôtel de police.

« La sécurité est une préoccupation majeure des citoyens et nous manquons de moyens et d’effectifs », détaille Christophe Rouyer, secrétaire régional d’Alliance pour le Grand Est :

« Après une réforme et des annonces pour l’investigation, nous sommes toujours dans l’attente des mesures concrètes… En raison des multiples changements de gouvernement, nous sommes face à une succession de renoncements politiques. Mais d’une manière générale, tous les services sont touchés par des moyens insuffisants et des missions en hausse. »

Strasbourg en sous-effectifs

À Strasbourg, la police nationale est correctement équipée en raison du statut de métropole nuance Christophe Rouyer :

« Sur les véhicules par exemple, nous avons de quoi fonctionner mais nous sommes solidaires avec les plus petits commissariats qui manquent de tout. Ceci dit nous ne sommes pas à l’abri : j’ai appris qu’un collègue motard fraîchement nommé doit partager son casque de service avec un autre collègue depuis plusieurs semaines… »

Côté personnels en revanche, la situation est critique à Strasbourg selon Christophe Rouyer :

« Les moyens manquent partout, mais rien qu’à la sûreté publique, il manque 80 fonctionnaires sur les 450 prévus à Strasbourg ! Et il y a à craindre que ces postes non pourvus finissent par complètement disparaître dans les années qui viennent… Les conséquence sont très directes : des unités de recherche et d’appui judiciaire sont détournées pour assurer des missions d’urgence et de maintien de l’ordre. »

Pour l’heure, les autres syndicats de policiers restent à l’écart de l’appel formulé par Alliance. À Strasbourg, Un1té et l’Unsa-Police pourtant membre du « bloc syndical » avec Alliance, ne participeront pas.

Déclaration raciste

Alors que des élections professionnelles sont prévues le 10 décembre 2026, la radicalisation d’Alliance empêche une démonstration de l’ensemble des policiers. Le syndicat avait appelé à voter Emmanuel Macron face à Marine Le Pen en 2017. Mais le secrétaire général d’Alliance depuis 2019, Fabien Vanhemelryck, estime lui que le Rassemblement national « n’est pas une menace ».

Lors d’une interview à Mediapart en 2024, il a déclaré que le front républicain contre l’extrême droite était « une connerie » et en avoir « marre des raclures, des nuisibles et des jeunes d’origine étrangère ». Outre cette sortie raciste, il a en outre ciblé une partie de ses attaques contre la justice, qu’il a accusé en 2021 d’être « le principal problème de la police ».

« Nous sommes un syndicat apolitique », tient à rappeler Christophe Rouyer, qui assure qu’il y a parmi les adhérents d’Alliance « des collègues de différentes convictions politiques. Et d’ailleurs, nous serons vigilants à ce que les candidats et les élus ne récupèrent pas cette manifestation ».

#Hôtel de police

Investis dans la démocratie participative, les Écologistes ont quand même déçu

Investis dans la démocratie participative, les Écologistes ont quand même déçu
Réunion publique sur le tram Nord à Schiltigheim en janvier 2024.

Présentée comme un axe majeur du mandat écologiste, la démocratie participative devait transformer la manière de gouverner à Strasbourg. Mais les nouveaux outils n’ont pas empêché que des habitants se sentent exclus des décisions, que ce soit sur les extensions du tramway ou sur le stationnement payant.

En juin 2020, Strasbourg bascule. Dans une campagne municipale hachée par la crise sanitaire, la liste écologiste menée par Jeanne Barseghian met fin à douze années de pouvoir socialiste incarnées par Roland Ries. Dans la promesse de rupture portée par la nouvelle majorité, la démocratie locale est brandie comme un marqueur politique à part entière, au même titre que l’écologie et le social. Six ans plus tard, à l’heure du bilan, le tableau impose une lecture en deux temps : ce que la Ville a essayé de faire, et ce à quoi cette ambition s’est heurtée.

Nombreux investissements pour la démocratie participative

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Mobilisation des travailleurs sociaux oubliés de la prime Ségur jeudi 29 janvier

Mobilisation des travailleurs sociaux oubliés de la prime Ségur jeudi 29 janvier
Manifestation de travailleurs sociaux en février 2022 à Strasbourg.

Trois collectifs nationaux de travailleurs sociaux des caisses de sécurité sociale appellent à la grève jeudi 29 janvier. Ils réclament de ne plus être exclus de la prime Ségur, dont la plupart des travailleurs sociaux bénéficient. Un rassemblement aura lieu à Strasbourg devant la préfecture.

« Il s’agit de la première journée de grève nationale jamais organisée par les travailleurs sociaux des caisses de sécurité sociale. » Dans leur communiqué, les trois collectifs de professionnels de la Caisse d’allocations familiales (CAF), la Mutuelle sociale agricole (MSA) et la Caisse d’assurance retraite (Carsat) donnent un objectif clair pour la mobilisation de ce jeudi 29 janvier : « Obtenir la prime Ségur, dont nous sommes les rares travailleurs sociaux à avoir été exclus. » Cette prime avait été octroyée suite à la pandémie de Covid-19 pour augmenter les revenus des employés du secteur médico-social. À Strasbourg, un rassemblement est fixé à 14h devant le bâtiment de la préfecture du Bas-Rhin.

Des professionnels au contact de situations d’urgence

Les collectifs dénoncent une « injustice incompréhensible » :

« L’État a choisi de retenir la majorité des travailleurs sociaux, en excluant ceux qui exercent au sein des organismes de sécurité sociale. Cette décision est incohérente au regard de nos missions. Nous intervenons, chaque jour, auprès de publics fragilisés […] dans des situations urgentes, délicates et émotionnellement lourdes […] : maladie, handicap, séparation, deuil. »

Ainsi, ces travailleurs sociaux exigent « l’attribution mensuelle de points supplémentaires équivalents à la prime Ségur (183 euros nets) avec rétroactivité au 1er décembre 2022 et la reconnaissance des diplômes de travail social au niveau Bac+3. »

Edwy Plenel : « L’élection ne suffit pas à faire la démocratie »

Edwy Plenel : « L’élection ne suffit pas à faire la démocratie »
Edwy Plenel, en 2017, à la Bourse du Travail à Paris.

Invité des Bibliothèques idéales à Strasbourg, vendredi 30 janvier, Edwy Plenel présente son essai à paraître : « La démocratie n’est pas l’élection ». Le cofondateur de Mediapart alerte sur les impasses d’une démocratie réduite au seul vote.

Rue89 Strasbourg : Dans votre essai, à paraître au mois de mars, vous écrivez que l’élection seule ne suffit pas à faire la démocratie et que le vote peut même légitimer des pouvoirs anti-démocratiques. Pouvez-vous expliquer ce point central de votre livre ?

Edwy Plenel : Ce petit livre se place du point de vue de ce que j’appelle le camp de l’émancipation. L’idéal démocratique, c’est la conquête de l’égalité des droits : sociaux, écologiques, pour les minorités, pour les femmes. On peut décliner tout cela mais la promesse est la même : l’égalité des droits sans distinction d’origine, de sexe ou de genre. Or, à l’échelle du monde, quel que soit le contexte, c’est précisément cela qui est aujourd’hui en péril.

Avec Trump, Poutine, Orbán ou Netanyahou, on voit des forces politiques qui s’attaquent frontalement à cette idée d’égalité. Elles considèrent que certaines nations, certaines identités, auraient plus de droits que d’autres. Si l’on partage ce diagnostic – et la chronique trumpiste l’aggrave chaque jour –, il faut alors se demander comment y faire face.

Quand vient le moment de voter, on se dit souvent que ce sera le moyen de faire barrage à un danger. Nous l’avons vécu à plusieurs reprises en France. Mais le résultat est là : cela n’a pas fonctionné. La présidence d’Emmanuel Macron en est un exemple frappant. Élu deux fois contre l’extrême droite, il n’en a pas tenu compte. La répression des mouvements populaires, notamment, a servi de courte échelle à cette extrême droite. Aujourd’hui, comme lors des élections législatives de 2024, elle est aux portes du pouvoir.

J’ai écrit ce texte pour dire que, bien sûr, le bulletin de vote est nécessaire mais qu’il ne suffira pas. Quel que soit le résultat de l’élection présidentielle, il ne suffira pas à lui seul et peut même menacer ce que nous avons en commun comme combat démocratique depuis deux siècles.

« Cette primauté de l’élection ruine l’idéal démocratique, l’appauvrit et le corrompt. »

Extrait de l’essai « La démocratie n’est pas l’élection »

Vous montrez que la démocratie ne peut se réduire au choix de représentants, mais qu’elle repose sur un équilibre fragile de contre-pouvoirs. Quels sont, selon vous, ceux qui sont aujourd’hui les plus menacés ?

La démocratie est un système complexe. Elle repose sur des contre-pouvoirs essentiels. J’en vois au moins quatre. Le premier, c’est une justice indépendante. Elle est devenue une cible, y compris en France. De la part de Nicolas Sarkozy à droite, de Jean-Luc Mélenchon quand il est concerné par des enquêtes, et évidemment de Marine Le Pen et de l’extrême droite, on voit une contestation systématique de l’autorité judiciaire.

Le deuxième pilier, c’est la presse libre. Une presse qui dérange, qui bouscule, qui oblige à regarder ce que l’on n’a pas envie de voir, et qui surveille celles et ceux qui nous gouvernent. Mediapart a souvent été très seul à porter des affaires majeures depuis vingt ans, dont celle des financements libyens de Nicolas Sarkozy. Le monde politique, dans son ensemble, ne soutient pas la presse indépendante ; il la perçoit comme un danger, y compris à gauche. Nicolas Sarkozy comme Jean-Luc Mélenchon ont qualifié Mediapart de « torchon ».

Le troisième point, c’est le droit à la protestation. Depuis les quinquennats Sarkozy, Hollande et Macron, on assiste à une dérive répressive. Les Gilets jaunes, Sainte-Soline, ou ce que l’on observe aux États-Unis avec la police de l’immigration montrent qu’on a laissé s’installer une répression politique autour d’un droit fondamental : celui de manifester. Les élus n’ont pas pris la mesure de ce danger.

Enfin, le quatrième pilier, c’est l’auto-organisation des premiers concernés. On a oublié que l’assise démocratique repose sur la capacité de la société à s’organiser elle-même. Les syndicats, les associations, les collectifs sont des garanties démocratiques essentielles. Il y a un million d’élus du personnel et deux millions de syndicalistes dans ce pays : aucune force politique ne peut rivaliser avec cela. C’est là que se construit la digue.

Lorsque ces contre-pouvoirs s’affaiblissent, les dérives que vous décrivez, avec des élus qui s’affranchissent des règles démocratiques, apparaissent-elles à l’échelle locale ? À l’approche des élections municipales de mars 2026, voyez-vous les mêmes risques dans les communes ?

Oui. Et un exemple m’a profondément sidéré : celui de Saint-Étienne, avec Gaël Perdriau. Un maire issu d’une tradition populaire, plutôt apprécié, et même considéré comme plus ouvert que d’autres à droite sur certaines questions. Nos révélations ont mis au jour une histoire sidérante que j’aurai trouvé peu crédible dans une fiction : l’organisation d’un système de chantage sexuel contre un rival politique, au sein même de son camp.

Tout a été documenté, des protagonistes ont même témoigné dans Mediapart avant d’aller en prison. Et pourtant, la majorité municipale a accepté qu’il reste maire. Cela montre une culture de l’impunité liée à l’élection. En France, nous vivons dans une monarchie élective, avec un président hors d’atteinte, qui ne respecte pas le mandat qui lui est donné. Après la dissolution, alors que le Nouveau Front populaire arrive en tête, Emmanuel Macron refuse de tirer les conséquences du scrutin.

Cette culture de l’impunité, issue des dérives de la Ve République, a été aggravée par la conversion de la gauche à ce modèle sous François Mitterrand. Et elle ruisselle jusqu’au niveau local.

« Une fois passée la légitimation par les urnes, tout devient possible, même l’impensable. »

Extrait de l’essai « La démocratie n’est pas l’élection »

Quel rôle les communes peuvent-elles jouer face à ces dérives ?

L’enjeu municipal, c’est de faire des communes des lieux de construction du commun. Pas d’avoir un ou une maire toute-puissante mais des municipalités qui soient des lieux de résistance démocratique : où l’on crée du lien, des solidarités, de la sociabilité, de l’éducation populaire, de l’entraide.

Aujourd’hui, en local, les cultures partisanes collent avec des logiques de parti. Mais il est irresponsable de faire résonner les municipales avec la logique présidentielle. Les communes doivent être des espaces de dynamiques collectives, pas des annexes de stratégies partisanes obsédées par la conquête du pouvoir national.

Vous appelez à une démocratie « vivante et radicale ». Concrètement, qu’est-ce que cela signifie pour les citoyennes et citoyens ?

C’est dans la société que se construit le barrage contre les vents mauvais : le capitalisme du désastre, la catastrophe écologique, l’explosion des inégalités. Ma boussole, c’est cette phrase : agir en son lieu et penser avec le monde. C’est ce que nous avons fait avec Mediapart il y a vingt ans, quand nous avons anticipé les enjeux de l’indépendance du journalisme. Il n’y a pas de fatalité. On peut créer des outils, des collectifs, des espaces de confiance.

Le syndicalisme, les associations, les ONG, les mobilisations citoyennes sont des réponses concrètes. Quand on s’obsède uniquement sur la réponse électorale, on devient désespéré, amer, sectaire. Il faut retrouver le chemin des réponses collectives, celles qui créent du commun. Le Fonds pour une presse libre, dont Rue89 Strasbourg fait partie, en est un exemple : on construit du collectif, de la solidarité, une exemplarité qui donne envie de résister.

Même s’il y avait une surprise électorale en 2027 avec un candidat rassembleur à gauche contre l’extrême droite, la mobilisation de la société resterait indispensable. On ne résistera pas aux vents mauvais en confiant notre avenir à un ou une présidente et à sa majorité. Mon message n’est pas un appel au dédain du vote mais un appel à la mobilisation. Car la catastrophe est déjà là. Le livre est un appel à choisir le bon chemin de la riposte : ne pas avoir les yeux rivés sur 2027 mais organiser dès maintenant la mobilisation de la société.

L’alimentation en débat avec les candidats aux municipales

L’alimentation en débat avec les candidats aux municipales
Huit associations strasbourgeoises organisent une table-ronde autour de l’alimentation le 30 janvier.

Huit associations organisent un débat avec les candidats aux élections municipales autour de l’alimentation vendredi 30 janvier à Strasbourg.

Quand est-ce qu’on mange ? La question, ou un de ses dérivés, devrait animer les discussions vendredi 30 janvier. De 18 h à 20 h, le centre socioculturel du Fossé-des-Treize accueillera un débat consacré aux enjeux alimentaires qui réunira les principaux candidats aux élections municipales.

La soirée est organisée par huit associations engagées dans les questions d’accès à une alimentation de qualité et de proximité. Parmi elles figurent Vrac, qui développe des groupements d’achats dans les quartiers populaires, Les petites cantines qui apprend à cuisiner dans la joie au quartier Gare, ou les Marmites du turfu, qui militent pour l’alimentation végétale.

Ces associations rappellent que « l’accès à une alimentation de qualité est difficile », surtout pour les 26% des habitants de Strasbourg qui vivent sous le seuil de pauvreté :

« L’aide alimentaire traite l’urgence mais n’est pas une solution durable. Les produits sont peu qualitatifs et ne permettent pas aux bénéficiaires d’avoir le choix de leur alimentation. Elle sert surtout à écouler les surplus agro-alimentaires et aux entreprises à défiscaliser leurs invendus. »

Ces structures prévoient donc d’interroger les candidats et les candidates aux élections municipales sur :

    L’alimentation dans la restauration scolaire et collective, et la petite enfance, La relocalisation de la production et le soutien à ses acteurs, La garantie d’un accès à une alimentation de qualité malgré les contraintes budgétaires, Le développement de l’accès à une alimentation davantage végétale…

La rencontre prendra la forme d’une table ronde, avec un temps de parole réservé aux personnes accompagnées par ces associations.

Services publics de proximité et logements abordables : le plan de Mohamed Sylla pour Strasbourg

Services publics de proximité et logements abordables : le plan de Mohamed Sylla pour Strasbourg
Mohamed Sylla, candidat aux élections municipales.

Cadre syndicaliste, Mohamed Sylla a mis en ligne le programme qu’il se propose de suivre pour Strasbourg s’il est élu maire en mars 2026. Un projet construit à partir de contributions laissées dans des « cahiers de doléances » et soutenu par la formation centriste Utiles.

Juriste et syndicaliste, président du parti « ultra-centriste » Utiles 67, Mohamed Sylla a engagé dès juin 2025 une phase de concertation, à travers des « cahiers de doléances citoyens ». Avec ses soutiens, il affirme avoir rencontré « plus de 1 200 citoyennes et citoyens » et recueilli près de 300 contributions. De cette démarche est né un projet structuré autour de douze priorités, avec l’ambition de remettre les quartiers populaires et les habitants au cœur de l’action municipale. « Le vrai problème, ce n’est pas la diversité. Le vrai problème, c’est l’abandon », martèle-t-il.

Le logement figure en tête des préoccupations identifiées par Utiles. Mohamed Sylla plaide pour un logement « digne et abordable », articulé à ce qu’il appelle une « écologie de la santé ». Derrière cette formule, plusieurs propositions concrètes : l’extension du permis de louer pour garantir la décence des logements, une lutte renforcée contre les marchands de sommeil, un contrôle accru de l’habitat via les commissions d’urbanisme ou encore la reconversion de friches industrielles en logements. Le programme prévoit aussi de renforcer la rénovation énergétique, afin d’améliorer le confort des habitants tout en réduisant les charges. « Respirer, se loger, se nourrir correctement ne doit jamais être un privilège », insiste le candidat.

Bertrand Pancher et Mohamed Sylla, lors du lancement des cahiers de doléances.Photo : Rue89 Strasbourg // cc

Bus-mairie itinérant, permanences délocalisées

Autre pilier du projet : les services publics de proximité. Plusieurs dispositifs sont avancés, comme un bus-mairie itinérant pour aller à la rencontre des habitants dans les quartiers périphériques, des permanences administratives délocalisées dans les centres socioculturels ou encore des « référents administratifs de proximité » identifiés par quartier.

Mohamed Sylla propose de renforcer les budgets participatifs et de leur donner un périmètre plus important. Pour appuyer cette démarche en amont de l’élection, le candidat s’appuie aussi sur un outil numérique : le site utiles67.fr, récemment mis en ligne. Conçu comme une interface de smartphone, il permet de naviguer facilement entre les constats, les propositions et les outils de mise en œuvre. L’ensemble du projet y est détaillé, avec la possibilité pour les citoyennes et citoyens de consulter les mesures, d’y contribuer et d’en suivre l’application.

Mentorat municipal et microfinancement

Sur le terrain économique et social, Mohamed Sylla met en avant deux dispositifs. Trace, d’abord, vise la jeunesse, avec un programme de mentorat municipal de proximité mobilisant professionnels en activité ou retraités. Stras’Impact, ensuite, proposerait des microfinancements de 3 000 à 15 000 euros pour soutenir des projets locaux, assortis d’un accompagnement obligatoire.

La question des finances municipales est également abordée. Le candidat promet un redressement des comptes publics « sans augmenter les impôts », après un audit indépendant. Une « plateforme citoyenne de transparence budgétaire » doit permettre aux habitants de suivre l’utilisation de l’argent public. « Quand les citoyens voient où va l’argent public, le gaspillage recule », assure Mohamed Sylla.

Sécurité de proximité, médiation, prévention « sans stigmatisation », accès à la culture et au sport complètent enfin un projet particulièrement détaillé sur son site. Sécurité de proximité, médiation, prévention « sans stigmatisation » et accès à la culture et au sport complètent un programme que Mohamed Sylla veut à rebours des discours de division.

#Mohamed Sylla

Construire sur la M35, une idée « à 30 ans » proposée par Pierre Jakubowicz

Construire sur la M35, une idée « à 30 ans » proposée par Pierre Jakubowicz
Pierre Jakubowicz estime qu’il faut lancer ce grand projet dès 2026.

Le candidat macroniste aux élections municipales de Strasbourg, Pierre Jakubowicz, propose d’enterrer la M35 ou de la recouvrir pour construire par dessus des parcs, des logements ou installer des entreprises. Mais aucune construction n’est à prévoir avant 2032, même s’il est élu.

Et si la M35 disparaissait ? Depuis la mise en service du Grand contournement ouest en 2021, l’utilité de cette autoroute héritée des années 60 fait débat à Strasbourg. En 2019, un aréopage d’experts avait jugé que la M35 pourrait être transformée en boulevard urbain à peu de frais.

Photo : doc remis / campagne Pierre Jakubowicz

En campagne pour les élections municipales, Pierre Jakubowicz (Horizons) propose de carrément enterrer l’autoroute, pour faire disparaître cette balafre qui sépare la ville de ses quartiers ouest :

« Les quartiers de l’Elsau, Montagne Verte, Koenigshoffen, Hautepierre, Poteries et Cronenbourg, soit environ 77 000 personnes, sont coupés du reste de la ville à cause de la M35. Strasbourg doit se reconnecter à elle-même. Il n’y a rien d’impossible, quand on a démoli le viaduc Churchill en 2005, on a reconnecté la ville à ses quartiers sud donc on peut le faire pour les quartiers ouest. »

Au dessus de la M35 enfouie ou recouverte, Pierre Jakubowicz estime qu’il serait possible d’y construire des parcs, des logements et d’y installer des entreprises :

« Les espaces verts qui longent les voies de la M35 sont stériles. L’idée est de reconnecter tous ces espaces pour permettre aux habitants et aux animaux de les utiliser. Selon nos projections, il devrait être possible de récupérer 32 hectares avec cette opération, ça représente autant de surface que le parc de l’Orangerie ou l’emprise de l’Hôpital civil. La moitié de ces nouveaux hectares pourraient être des espaces verts. »

Photo : doc remis / campagne Pierre Jakubowicz

Seulement des études de faisabilité pour l’instant

Pierre Jakubowicz propose un calendrier « à 30 ans » pour ce projet. Même s’il est élu, seules des études de faisabilité sont prévues durant le mandat 2026-2032. Un investissement limité à 500 000 euros. Et selon leurs conclusions, un référendum local sera organisé sur l’avenir de la M35 avec une garantie : que l’accessibilité à Strasbourg ne soit pas perturbée pendant les travaux.

L’équilibre économique de cette vaste transformation serait assurée par des droits à construire accordés aux promoteurs, délivrés par l’Eurométropole, propriétaire du terrain, sur le modèle de la SPL Deux-Rives. Pierre Jakubowicz estime que ce chantier est nécessaire au titre de l’échelle des besoins :

« On peut végétaliser les cours d’écoles, c’est très bien, on peut transformer une maison individuelle en plusieurs logements… Mais à Strasbourg, nous avons besoin de dizaines d’hectares pour respirer et de dizaines de milliers de logements supplémentaires, donc il faut changer d’échelle. »

De telles transformations urbaines ont existé. Pierre Jakubowicz a cité le cas des berges de Dusseldörf. La ville allemande a transformé une autoroute en un parc et une esplanade piétonne sur le Rhin en 2019. Et elle a créé une autre route enterrée. Mais le candidat macroniste n’a pas mentionné le cas de Strasbourg. Par exemple lorsque la municipalité écologiste sortante voulait profiter du tram nord pour supprimer le rond-point et le viaduc de la place de Haguenau, et transformer ces espaces avec un parc qui aurait reconnecté cette partie de Strasbourg avec Schiltigheim… C’était durant ce mandat, et Pierre Jakubowicz s’est opposé à l’ensemble du projet.

Un colloque contre « l’effondrement » écologique et politique

Un colloque contre « l’effondrement » écologique et politique
Jacob Rogozinski, Agnès Antoine, Stefan Kristensen et Dorothée Legrand.

L’Association pour les rencontres philosophie-psychanalyse de Strasbourg appelle le grand public à venir échanger vendredi 30 et samedi 31 janvier à la Haute école des arts du Rhin sur la question de l’effondrement, qu’il soit clinique mais aussi écologique ou politique.

Celles et ceux qui s’informent ailleurs que sur CNews doivent gérer l’angoisse que provoque l’actualité depuis quelques temps. Ce phénomène s’appelle la « fatigue informationnelle » et pose la question de l’information du public dans un monde où, d’une part les nouvelles ne sont pas bonnes et d’autre part, l’avenir n’offre pas espoir d’amélioration.

C’est aussi ce qui touche de nombreuses personnes conscientes des enjeux écologiques. Elles doivent gérer leur éco-anxiété et craquent parfois face aux menaces qui pèsent sur l’environnement et à l’inaction des pouvoirs publics.

Ces « effondrements cliniques » ont pour origine l’effondrement écologique, avec la perte de biodiversité, la disparition de milieux naturels, de climats ancestraux, de paysages, etc., ou l’effondrement politique, lorsque disparaissent des sociétés multipolaires et démocratiques au profit de régimes autoritaires voire fascistes.

Qui ou quoi s’effondre ?

Pour en discuter, et s’armer contre cette situation, l’Association pour les rencontres philosophie-psychanalyse de Strasbourg (ARPPS) a organisé un colloque titré Devant l’effondrement. Une série d’intervenant·es sont attendu·es à la Haute école des arts du Rhin vendredi 30 et samedi 31 janvier. À la manœuvre, le philosophe strasbourgeois Jacob Rogozinski détaille :

« Qu’est-ce qu’un “effondrement”? Y en a-t-il des formes différentes ? Qui ou quoi s’effondre ? L’humanité et / ou son monde ? Le sujet et / ou son milieu ? Les uns et les autres, ou les uns parce que les autres ? Quelles sont les différentes formes d’angoisse qui peuvent se manifester face à l’effondrement et que peuvent-elles nous apprendre de la nature même de l’effondrement ? »

#Jacob Rogozinski

Souffrances aux Jardins de la Montagne Verte, l’inspection du travail alertée

Souffrances aux Jardins de la Montagne Verte, l’inspection du travail alertée
L’inspection du travail a remarqué un manque de matériel.

Le syndicat Asso a rencontré une dizaine d’employés des Jardins de la Montagne Verte en souffrance. L’inspection du travail s’est rendue sur plusieurs sites de cette structure d’insertion fin 2025 et début 2026.

« Nous cultivons bien plus que des légumes. Nous tentons de cultiver des liens. » La communication des Jardins de la Montagne Verte est peaufinée sur ses réseaux sociaux. L’association exploite plus de 15 hectares à Strasbourg et aux alentours grâce à environ 120 salariés. Parmi eux, une centaine sont en contrat d’insertion. Il s’agit de profils éloignés de l’emploi pour différentes raisons, des réfugiés, des personnes malades… Elles font pousser des légumes et des plantes aromatiques sans pesticides. D’autres postes consistent à assurer la logistique, ou la vente en magasin. Mais depuis octobre 2025, l’image des Jardins de la Montagne Verte est quelque peu écornée par la mise en ligne d’une pétition dénonçant de mauvaises conditions de travail.

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Manifestation des agriculteurs : la Ville porte plainte après l’abattage d’arbres

Manifestation des agriculteurs : la Ville porte plainte après l’abattage d’arbres
Plusieurs arbres ont été coupés à leur base, le constat a été réalisé après la manifestation des agriculteurs.

La Ville de Strasbourg a annoncé lundi 26 janvier avoir déposé plainte à la suite des dégradations survenues en marge de la manifestation des agriculteurs contre l’accord avec le Mercosur.

Le long du parcours de la manifestation des agriculteurs près du Parlement européen les mardi 20 et mercredi 21 janvier, huit arbres ont été tronçonnés. La Ville de Strasbourg déplore « la dégradation des biens communs » et annonce, lundi 26 janvier, avoir déposé plainte. Dans un communiqué, la collectivité évoque « des frais de remise en état conséquents » et indique qu’elle demandera des réparations, selon un barème adopté en conseil municipal en 2024.

Mardi 20 janvier, près de 5 000 agriculteurs étaient rassemblés devant le Parlement européen de Strasbourg pour dénoncer la signature du traité de libre-échange avec les pays du Mercosur. Jeanne Barseghian les avait rejoints pour leur apporter son soutien et rappeler « l’importance de politiques publiques fortes en faveur de la production locale, nourricière et de qualité ».

Au quartier Ampère, beaucoup de promesses et beaucoup d’attentes

Au quartier Ampère, beaucoup de promesses et beaucoup d’attentes
La cité Ampère, à la Musau.

En 2027, le quartier Ampère à Strasbourg devrait compter une boulangerie, une permanence médicale et peut-être à partir de 2028 des bus plus fréquents. Face aux attentes des habitants du quartier le plus pauvre du Bas-Rhin, ville, préfecture et bailleur ont multiplié les annonces.

Benjamin Soulet, adjoint à la maire de Strasbourg en charge de l’équité territoriale, le reconnaît : « Ces dernières années, la ville a mis le paquet sur certains quartiers populaires comme l’Elsau et s’est moins investie à Ampère. » Mais il se veut rassurant : « Ampère, c’est notre prochaine priorité ! »

Difficile d’y installer des commerces, la cité ne comptant que 1 400 habitants, dont plus de la moitié vivant sous le seuil de pauvreté. Aucun commerçant ne prend ce risque, malgré les efforts de la Locusem, la société mixte de la Ville de Strasbourg pour louer des espaces à des prix attractifs.

Deux projets sont cependant en préparation. Une boulangerie pourrait ouvrir au croisement des rues de Wattwiller et de Soulz selon Julien Mattei, directeur général d’Ophéa. « C’est un lieu plus passant », note-t-il. Le dirigeant du bailleur social prévoit aussi 120 mètres-carrés au rez-de-chaussé d’un immeuble à construire rue Ampère, réservés pour un projet commercial. Mais « ce sera pour dans deux ans, et on ne connait les locataires des baux commerciaux que six mois avant en général. »

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#Cité Ampère

À la cité Ampère, quartier le plus pauvre du Bas-Rhin, des habitants résignés face à l’oubli

À la cité Ampère, quartier le plus pauvre du Bas-Rhin, des habitants résignés face à l’oubli

Enclavée aux confins de Strasbourg, la cité Ampère manque de tout : commerces, transports, loisirs. Ses habitants composent avec l’abandon des pouvoirs publics et attendent des jours meilleurs.

C’est une cité de 1 336 habitants, dans un écrin de verdure et qui semble perdue au bout de Strasbourg. Ici, le tram ne passe pas et les derniers commerces sont partis en 2019. Peu de gens le savent mais Ampère fait partie de Neudorf, et plus précisément de la Musau. Il correspond à la limite la plus à l’Est du quartier, juste avant le Port du Rhin. La cité composée de onze immeubles et de nombreux espaces verts est entièrement gérée par le bailleur social Ophéa, et ce depuis sa construction en 1976.

Classée quartier prioritaire de la ville, tous les appartements sont des logements sociaux. Avec un taux de pauvreté de 54%, la cité Ampère est le secteur le plus pauvre de tout le Bas-Rhin. 42% de la population a moins de 25 ans, 34% est sans-emploi et une famille sur deux est monoparentale.

Le bus 30 dans la rue de Wattwiller en travaux.Photo : Mathilde Cybulski / Rue89 Strasbourg

Le bout du monde

Ce qui frappe au premier abord, quand on se rend à la cité Ampère, c’est l’enclavement de ce mini-quartier, coincé entre un puits de captage, un bout de réserve naturelle, une voie ferrée et les installations du port autonome. « Ce quartier, on n’y vient pas si on n’y connaît pas quelqu’un », affirme une habitante.

La préfète déléguée pour l’égalité des chances, Marilyne Poulain, a découvert Ampère à sa prise de poste en 2023 : « Lors de ma première semaine à Strasbourg, les policiers de la BAC m’avaient proposé un tour des quartiers prioritaires de nuit et m’ont emmenée à Ampère en m’annonçant qu’on arrivait “au bout du monde” ». Depuis, elle a pris le temps d’y revenir. « C’est un quartier qui m’a touchée. J’ai grandi en ruralité et on peut avoir les mêmes sentiments d’abandon. »

L’antenne de la Musau du centre socioculturel de Neudorf.Photo : Mathilde Cybulski / Rue89 Strasbourg

Un manque de commerces

Annie Munsch, 75 ans, habite à Ampère depuis la création de la cité. « En 1977, je suis arrivée enceinte, il n’y avait rien au début, même pas de cabine téléphonique ! Puis, des commerces se sont installés, une épicerie, la pharmacie… C’était pratique et les gens étaient super sympas ! » se remémore-t-elle. D’abord locataire d’un logement social dans la cité, elle habite aujourd’hui à deux pas. Annie a choisi de s’impliquer dans un collectif d’habitants créé à l’occasion de la mise en place du dispositif Droits devant (impulsé par l’État et la ville pour faire diminuer le non-recours aux droits sociaux). Le groupe se réunit une fois par mois pour discuter des améliorations possibles. Tous les habitants rencontrés regrettent la fermeture de l’épicerie et le départ de la pharmacie. Magaly Rogelle, 45 ans dont 44 ans dans le quartier, nuance : « C’était toujours le point de deal, les jeunes squattaient devant, les gens n’osaient plus rentrer dedans. » Cette épicerie a été incendiée en 2015 et n’a jamais rouvert. La pharmacie voisine a déménagé dans un autre quartier en 2017.

Liliane Carrère, présidente de l’association gérant les centres socioculturels du Neudorf.Photo : Mathilde Cybulski / Rue89 Strasbourg

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