Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Tuiles blanches, jeux d’échecs et ruines au FRAC Lorraine

Tuiles blanches, jeux d’échecs et ruines au FRAC Lorraine
Vue de la série Lot’s wife, 2025

Au 49 Nord 6 Est – dans les locaux du Fonds régional d’art contemporain (FRAC) de Metz – trois artistes aux pratiques distinctes sont exposés. Le travail sur paraffine de la strasbourgeoise Élise Grenois côtoie une collection de Takato Saito et des toiles de Hamishi Farah.

Petroleum, paraffine et bois pour Élise Grenois

L’espace « Degrés Est » situé au rez-de-chaussée des locaux du Fonds régional d’art contemporain, appelé 49 Nord 6 Est à Metz, est dédié aux artistes actifs sur le territoire du Grand Est. Au bout d’un couloir étroit, le visiteur est accueilli par trois empilements de tuiles blanches, portés par des palettes en bois disposées à même le sol. Les structures tiennent grâce à la régularité de la forme des tuiles. Il s’agit de l’œuvre intitulée Petroleum (2025)

Détail des tuiles en paraffinePhoto : Mathilde Schissele / Rue89 Strasbourg

C’est un dispositif imaginé par Élise Grenois, artiste strasbourgeoise qui travaille sur le réemploi de techniques liées au moulage, couramment mobilisé lors de la reproduction d’un modèle. Le but du moulage est de créer une reproduction fidèle à la matrice. Ici pourtant, les erreurs ou accidents font partie du processus de création de l’artiste. C’est ce qui lui permet de rendre compte des multiples essais mais aussi et surtout des rencontres avec les artisans ayant partagé leur savoir-faire avec elle.

Avec Petroleum, la couleur blanche des tuiles provient de la paraffine, une matière sensible aux variations des températures et donc périssable. L’expérience de la matière est intime, sensible et permet de mieux comprendre ses propriétés et limites. Les tuiles, et leur présentation sur palette évoque l’image d’un chantier en suspens. Cela donne à voir un objet mouvant, voué à fondre et changer de forme – voire redevenir une matière première pour une autre œuvre.

Vue de l’installationPhoto : Mathilde Schissele / Rue89 Strasbourg

Loin des rythmes imposés par les chaînes de production de masse, chaque objet est confectionné à la main, l’un après l’autre. Pour son exposition au FRAC Lorraine, plus de 720 tuiles ont été réalisées, une quantité qui coïncide exactement avec le nombre de tuiles nécessaires pour recouvrir la toiture de l’espace Degrés Est.

Tout se joue de Takako Saito

En poursuivant le parcours d’exposition, à l’étage, le visiteur se retrouve face à une épicerie collaborative, puis à plusieurs échiquiers aux plateaux éclatés, et de longues échelles en bois, ou encore des chaises miniatures : l’univers de Takako Saito s’installe dans les recoins du premier étage. Pour l’artiste japonaise, qui a été proche des artistes du mouvement Fluxus dans les années 1960 l’art, sa pratique, la vie quotidienne et le jeu sont des choses indissociables.

Branches, végétaux, tissus, peinture : l’univers minutieusement conçu par l’artiste déborde sur nos espaces quotidiens sous forme de scènes miniatures, qui nous rappellent les univers de l’enfance. La sculpture Extra You and Me Shop 1:10 (1995) témoigne d’un travail d’orfèvre de l’artiste,en collaboration avec le public qui contribue à l’élaboration du magasin. Les livres, affiches, sacs, bouteilles et autres pièces transforment l’espace en cabinet de curiosités.

Derrière le magasin, des photos des vues de son atelier, entre logement et laboratoire de création, accompagné des échanges épistolaires entre l’artiste et les équipes du FRAC Lorraine, lors de l’élaboration de cette exposition et témoigne d’une collaboration qui a été brusquement interrompue par sa disparition deux semaines avant le vernissage.

Les autres œuvres exposées ici, Freedom (1993) et Do it yourself #6 (Portrait of Fluxus) (1993) sont ainsi ré-agencées chaque semaine par un médiateur et un groupe de visiteurs, puis capturées par une photographie instantanée afin de rendre compte des modifications effectuées au fil des semaines.

D’autres séries présentées sont achevées, comme Silent music : les graines ou les plumes récoltées par l’artiste sont rassemblées dans des boîtes. Les indications sur chaque boîte laissent imaginer une performance possible : présentées ainsi, elles sont des images-partitions, des reliquats de performances sonores passées.

Devant la douleur des autres par Hamishi Farah

Puis, c’est brusquement le vide et l’épure qui prédominent. Hamishi Farah fait d’abord réfléchir à l’espace d’exposition lui-même au travers du dispositif créé autour du vide dans la première salle consacrée à son œuvre. Dans la deuxième salle, un étage plus haut, six tableaux à distance égale le long d’un même pan de mur sont déployés. Les différentes textures proposent de faire voir des formations rocheuses, sous des angles multiples.

Vue de la série Lot’s wife, 2025Photo : Mathilde Schissele / Rue89 Strasbourg

Ces paysages, dans leur variété, remettent en question le principe de neutralité des représentations, particulièrement lorsqu’ils renvoient à des enjeux territoriaux actuels. Pour cela, le spectateur doit accepter de prendre le temps de regarder attentivement les éléments exposés : Hamishi Farah représente ici en réalité deux piliers de sel, l’un situé en Jordanie, l’autre en territoire israélien. Proches de la Mer Morte, les piliers sont également désignés comme représentations de la « femme de Loth », qui, dans le récit religieux, a été transformée en statue de sel pour avoir refusé de fuir sa ville en destruction, et donc punie pour avoir vu. L’appellation « femme de Loth » donne son titre à la série de l’artiste et renvoie par là à de multiples situations géographiques contemporaines, et particulièrement la destruction récente de la ville de Gaza.

L’artiste pose la question de l’art et de l’artiste comme témoins : les liens tissés par l’artiste entre références historiques, religieuses, populaires et contemporaines lui permettent de fonder un discours qui dépasse le médium de la peinture. Notre rapport à l’environnement, au paysage, n’est qu’un reflet de notre relation avec autrui. En pleine ère de surabondance et de surconsommation picturale, Hamishi Farah choisit de confronter le visiteur à sa capacité à déterminer qui est humain et qui ne l’est pas, ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas.

Où est passé l’aqueduc romain de Strasbourg ?

Où est passé l’aqueduc romain de Strasbourg ?
L’aqueduc de Strasbourg était quelques centimètres sous les terres agricoles du Kochersberg

Peu après la fondation de Strasbourg, les Romains ont construit un aqueduc pour alimenter les fontaines et impressionner les barbares. Cet aqueduc a disparu sous les champs du Kochersberg pour réapparaître à l’occasion de fouilles archéologiques avant la construction de l’autoroute de contournement.

Strasbourg a été fondé par les Romains au premier siècle avant Jésus Christ sous le nom d’Argentoratum. À son apogée, la cité antique comptait environ 30 000 habitants, disposait de thermes, d’ateliers industriels, de fontaines publiques et surtout d’un aqueduc pour alimenter ces établissements en eau. 

Mais où est passé cet aqueduc ? Une chose est sûre : il faisait au minimum 19 kilomètres, car c’est la distance à vol d’oiseaux qui sépare sa prise d’eau à Kuttolsheim, de son arrivée au castelum divisorium qui se situait à l’emplacement des actuelles Galeries Lafayette place Kléber. La différence d’altitude entre ces deux endroits est de 60 mètres. La pente moyenne de l’aqueduc était donc d’environ 3 mètres par kilomètre.

Ce faible dénivelé peut paraitre d’une grande difficulté technique mais les ingénieurs romains disposaient de ce savoir-faire. L’aqueduc de Nîmes par exemple, dont faisait partie le pont du Gard, mesurait 50 kilomètres pour 12 mètres de différence d’altitude, soit seulement 24 centimètres de dénivelé par kilomètre. 

La longueur exacte de l’aqueduc n’est en revanche pas connue. Car le tracé précis de tous les embranchements reste à découvrir. Un tracé probable de ces embranchements a été cartographié par l’archéologue Brahim M’Barek qui a participé aux fouilles préventives du Grand contournement ouest.

Carte du tracé probable de l’aqueduc de Strasbourg

Une branche de l’aqueduc se dirigeait probablement vers Kirchheim, où se trouvait la villa du légat romain. Une autre branche devait se diriger vers le faubourg de Koenigshoffen où se trouvait des industries nécessitant une forte quantité d’eau. 

Deux conduites parallèles

L’aqueduc était presque entièrement souterrain et composé de deux conduites parallèles posées au fond d’une tranchée.

Les deux conduites de l’aqueduc parfaitement conservées et retrouvées lors de fouilles en 1954 à Hurtigheim.

L’aqueduc était composé de 86 000 tuyaux de terre cuite. Ils ont tous été fabriqués dans le faubourg de Koenigshoffen. Leur ajustement et leur collage de mastic permettait de résister à des pressions allant jusqu’à 2 bars. 

Un morceau de l’aqueduc romain, exposé dans Un passé incontournable au musée Rohan jusqu’en juin 2026.Photo : Musées de la ville de Strasbourg

À sa fondation en -12 avant J-C par le général Nero Claudius Drusus, Argentoratum n’est qu’un petit camp militaire tout en bois perdu à la frontière de l’empire romain avec la Germanie. Mais la situation évolue à l’installation en 90 après J-C de la Légion VIII Augusta, envoyée par l’empereur Domitien pour protéger la frontière du Rhin et y établir une cité. Elle y restera jusqu’à l’effondrement de l’empire trois siècles plus tard.

Lorsque les 5 000 fantassins et les 300 cavaliers qui composait une légion romaine se sont installés à Argentoratum, ils ont exigé le même confort que dans la péninsule italienne, c’est à dire des thermes, des fontaines publiques et l’eau courante pour les citoyens les plus riches. 

L’emblème de la Légion VIII Augusta (un taureau) a été retrouvé sur plusieurs tuyaux de l’aqueduc, ce qui semble indiquer que ce sont les ingénieurs, les soldats et probablement les esclaves de cette légion qui l’ont construit. 

Une architecture pour la frime

Cet aqueduc n’a pas été construit pour approvisionner en eau potable Strasbourg, car la ville, entourée de rivières et située sur une nappe phréatique, n’a jamais manqué d’eau. L’aqueduc n’a été construit que pour acheminer une eau sous pression jusqu’à Argentoratum pour le prestige du limes romain et le fonctionnement des services publics.

Ce mode de vie urbain, avec les thermes, les fontaines et l’eau courante pour l’artisanat, devait séduire la population locale et les romaniser. L’aqueduc avait donc un but économique et politique. Inauguré au Ier siècle, l’aqueduc a participé à la croissance d’Argentoratum qui se poursuivra jusqu’à l’effondrement de l’Empire romain.

Plan schématique de l’occupation romaine au IIe siècle à Strasbourg. Photo : Archéologie Alsace

Quels vestiges ?

Après la chute de l’empire, les vestiges devaient être nombreux dans le paysage car tous les 10 mètres environ, des éléments en pierre taillée que l’on appelait columnaria était installées pour maintenir la déclivité progressive et assurer une sortie d’air en cas de surpression. 

De plus, selon Vitruve, les Romains avaient l’habitude d’intercaler des réservoirs tous les 7 kilomètres environ pour que toute la longueur de la conduite ne soit pas rendue inutilisable en cas de travaux. Mais ces réservoirs et tout ce qui était construit en brique ont disparu. 

Le tracé de l’aqueduc contemporain

La prise d’eau de l’aqueduc existe toujours. Il s’agit de la source de la Souffel à Kuttolsheim. L’eau y jaillit de façon légèrement sulfurée dans le fond d’une petite mare. Les Romains ont dû bâtir un bassin de décantation pour purifier l’eau avant qu’elle ne s’engouffre dans l’aqueduc, un vestige antique toujours observable. 

L’aqueduc continue ensuite en ligne droite jusqu’à ce qu’il bifurque de Hurtigheim vers Oberhausbergen pour éviter un relief puis il suit le ruisseau du Musaubach à travers les champs de Dingsheim. C’est ici que des vestiges ont été découverts en 1967 par les frères Albert et Bernard Debès et Ervin Kern, archéologue du service archéologique d’Alsace.

Dans le rapport de leur découverte, les archéologues ont consigné :

« (…) près de 15 mètres dans les champs de Dingsheim au lieu-dit Dielenwand. [L’aqueduc] longe le ruisseau du Musaubach en direction d’Oberhausbergen. Cette crête domine ainsi assez largement les parcelles voisines, ce qui pose un problème pour l’aménagement de la conduite dans les champs situés plus bas en provenance de Kuttolsheim. (…) Le tronçon découvert était très peu profondément enfoui ; à peine 15 à 20 cm de terre recouvrait la partie supérieure des tuyaux. La conduite était constituée de deux rangées de tuyaux en terre cuite, encore parfaitement joints à l’aide d’un mastic composé de chaux détrempé dans l’huile chaude. »

Ensuite, l’aqueduc arrive à Oberhausbergen, où il doit passer au-dessus du ruisseau du Musaubach.
C’est à cette endroit précis que se trouvait le seul pont du tracé. Ces dimensions ne sont pas connues mais d’après l’archéologue Brahim M’Barek, il devait faire entre un et deux mètres de hauteur et quatre ou cinq mètres de long maximum.

Une fois le col des hauteurs d’Oberhausbergen passé, l’aqueduc file en ligne droite à travers Cronenbourg jusqu’au centre de Strasbourg via l’actuelle route d’Oberhausbergen. 

L’aqueduc romain terminait son parcours au bord du camp de la legion VIII dans un réservoir que les romains nommaient castelum divisorium. Celui de Strasbourg se trouvait à l’emplacement des Galeries Lafayette. 

Une fois sorti du Castelum Divisorium, des tuyaux de plomb prenait le relai jusqu’aux fontaines, villas et les thermes. À Argentoratum, ils étaient à l’intérieur du camp de la légion VIII Augusta, sous l’actuelle rue du Dôme au niveau de l’Hôtel Livio, qui abrite des écoles privées et une agence de la Société Générale.

On ne connait pas la date précise de l’assèchement de l’aqueduc d’Argentoratum mais s’il fonctionnait peut-être encore partiellement après l’arrêt de son entretien, il fut détruit avec toute la ville lors du passage d’Attila à Strasbourg en 451.

« Écoles mortes » à Koenigshoffen mardi 27 janvier : des parents réclament d’urgence des AESH

« Écoles mortes » à Koenigshoffen mardi 27 janvier : des parents réclament d’urgence des AESH

Mardi 27 janvier, des parents d’élèves du quartier de Koenigshoffen organisent une opération « écoles-collège morts ». Ils déplorent l’impossibilité d’assurer les besoins des élèves en situation de handicap au sein du réseau du collège Jacques Twinger.

Salles de classe trop petites, environnement bruyant, accompagnants épuisés… Dans un communiqué, des parents élus des écoles élémentaires du Hohberg, Stoskopf, Jean Mentelin et du collège Twinger à Koenigshoffen, exigent de l’État qu’il « respecte ses engagements moraux et réglementaires concernant le financement de l’école inclusive » (l’accueil en milieu ordinaire d’élèves en situation de handicap, NDLR).

Ils exprimeront ces revendications mardi 27 janvier 2026 à 8h30, place des Romains. La manifestation sera doublée d’une journée « écoles-collège morts » : les parents sont encouragés à ne pas déposer leurs enfants dans les établissements ce jour-là.

Ce n’est pas la première fois que des parents d’élèves du réseau d’éducation prioritaire (REP) Twinger – dans lequel sont scolarisés plus de 3 000 enfants à Koenigshoffen – se mobilisent. Déjà, en septembre 2025, enseignants et parents du groupe scolaire du Hohberg, inclus dans le REP Twinger, prévenaient que la rentrée serait « catastrophique ».

Des AESH largement en sous-effectif

Loïc Teyssier, représentant des parents d’élèves au collège Jacques Twinger, en contact avec les professeurs des écoles du REP Twinger, détaille :

« Il manquerait une douzaine d’accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH) sur l’ensemble du réseau d’éducation prioritaire du collège pour couvrir les besoins des élèves concernés. »

Le collège Jacques Twinger, dans le quartier de Koenigshoffen à Strasbourg.Photo : Carl Lefebvre / Rue89 Strasbourg

Il dénonce une « violence supplémentaire » exercée à l’égard de ces enfants :

« L’État ne respecte pas ses propres lois et règlements, c’est ce qui est au cœur de notre mobilisation et qui nous attriste. À la fin, c’est surtout beaucoup de souffrance pour les enfants. Notre volonté, c’est qu’ils soient accueillis convenablement dans l’école de la République. »

Lorsqu’un enfant reçoit une notification de la commission des droits et de l’autonomie des personnes handicapées (CDAPH), par le biais des maisons départementales du handicap, il obtient le droit d’être accompagné à temps partiel ou plein par un·e AESH. L’obligation d’affecter ces accompagnants aux élèves revient ensuite au rectorat, et en particulier, aux inspecteurs d’académie.

Une situation intenable à l’école du Hohberg

Mais Anne-Sophie a vu l’accompagnement de son fils, porteur d’un trouble du spectre autistique (TSA) et scolarisé à l’école élémentaire du Hohberg, diminuer au fil des années :

« Mon fils est en CE2 dans une classe ordinaire, il a une AESH depuis la grande section de maternelle. Au début c’était 12 heures, puis 10 heures en CP et en CE1… Et aujourd’hui, elle vient par quart d’heures. C’est difficile de construire quelque chose avec un enfant dans ces conditions. »

À cause du manque d’AESH, elle a été obligée de suivre son fils à la piscine pendant le cycle obligatoire : « Il a quelques problèmes de coordination et surtout très peur de l’eau. L’année dernière, son AESH pouvait l’accompagner deux fois par semaine. Cette année, j’ai dû le faire en prenant des congés car ce n’était plus possible. » Une tâche supplémentaire qui s’ajoute à un emploi du temps déjà bien chargé de parente, de salariée et d’aidante.

Anne-Sophie représente les parents d’élèves dans les écoles maternelle et primaire du Hohberg, dont elle connait les carences :

« En élémentaire, quatre enfants ont reçu des notifications pour aller en unité d’enseignement spécialisée pour enfants autistes. Ce dont ils bénéficiaient en maternelle. Comme aucun n’a eu de place, ils sont en classe Ulis. Les AESH leur donnent logiquement la priorité mais ça ne fait qu’accentuer encore la tension, au détriment des enfants scolarisés en milieu ordinaire. »

En maternelle, la parente élue estime qu’il « manque l’équivalent de trois postes à temps plein ». Une situation qu’elle juge dramatique pour tous les parents : « C’est déjà un parcours du combattant, ne serait-ce que pour avoir cette notification. Mais quand vous l’avez, vous devez encore vous battre pour que votre enfant ait accès à ce dont il a droit ».

L’école élémentaire du Hohberg, dans le quartier de Koenigshoffen à Strasbourg.Photo : Carl Lefebvre / Rue89 Strasbourg

Des alertes ignorées

Les alertes répétées des parents et enseignants, démunis face au manque d’effectifs, ne reçoivent aucune réponse. Dans un courriel du 25 novembre 2025 adressé à l’inspection d’académie par les enseignants des écoles du Hohberg et que Rue89 Strasbourg a pu consulter, le corps enseignant exprime sa détresse en ces termes :

« Nous sommes aujourd’hui confrontés à des situations qui dépassent nos compétences et les moyens dont nous disposons, en cela qu’elles relèvent d’un accompagnement médico-social intensif, et non d’une prise en charge scolaire. »

Avant de dérouler une série de profils que l’enseignante en Ulis TFC (troubles des fonctions cognitives, NDLR) n’a pas la capacité de prendre en charge : « non-verbaux », « présente des comportements violents », « requiert une surveillance permanente ». Détresse partagée, selon ce courriel, par les familles dont les enfants n’ont pas été orientés correctement.

Deux mois auparavant, le 18 septembre 2025, une journée de mobilisation avait déjà été organisée au sein du groupe scolaire du Hohberg, pour les mêmes raisons. « À la suite de cela, on avait récupéré une AESH en maternelle pour combler un arrêt maladie. Mais quand la titulaire est revenue, la remplaçante est partie. Il n’y a eu aucune nouvelle affectation », regrette Anne-Sophie.

Loïc Teyssier et Anne-Sophie préfèrent que les parents, plutôt que les professeurs, portent le mouvement. Il est arrivé que des enseignants mobilisés pour améliorer les conditions d’enseignement dans leurs classes ou pour l’hébergement d’élèves sans-abris se fassent reprocher un manque de loyauté par l’académie de Strasbourg.

Interrogé sur la situation des deux établissements du Hohberg, le rectorat de l’académie de Strasbourg a seulement répondu, par écrit, à propos de l’école maternelle :

« Trois AESH accompagnent les cinq élèves notifiés à l’école maternelle du Hohberg. En raison de congés temporaires, les services académiques ont renforcé l’équipe en mobilisant un poste provisoire afin d’assurer la continuité de l’accompagnement. Deux AESH sont donc actuellement présentes sur site. Le retour prochain des personnels absents permettra de consolider l’organisation mise en place et d’assurer une couverture complète des besoins. » 

Média indépendant du Sud Alsace, L’Alterpresse 68 appelle à l’aide

Média indépendant du Sud Alsace, L’Alterpresse 68 appelle à l’aide
Une partie de l’équipe de L’Alterpresse 68 en plein travail.

Faute de trésorerie, L’Alterpresse 68 pourrait cesser de paraître en mars. Après avoir renoncé à l’abonnement, le média indépendant du Sud Alsace lance un appel aux dons.

Il faut au minimum 30 000€ par an à la rédaction de L’Alterpresse 68 pour fonctionner. Ce média en ligne hebdomadaire qui traite de l’actualité politique, sociale et environnementale à Mulhouse et alentours fonctionne avec un rédacteur en chef à plein temps, Mario Di Stefano, ainsi qu’avec une série de journalistes indépendants dont un photographe et un dessinateur, Véesse. « Et 30 000€, c’est un minimum, précise Mario Di Stefano. En fait, il faudrait le double. »

Depuis 2015, L’Alterpresse 68 a publié plus de 1 500 articles engagés, ainsi que des vidéos, des podcasts et des livres dont le dernier était titré Stocamine, un avenir empoisonné. Le média qui revendique 60 000 visiteurs par mois, 500 inscrits à sa « niouzlettre », était payant sur abonnement (3 euros par mois) jusqu’en 2026. « Mais l’abonnement, c’était trop compliqué », avoue Mario Di Stefano :

« Nos lecteurs sont habitués à accéder aux contenus qui les intéressent directement. Nous avons eu jusqu’à 150 abonnés mais ce n’était pas suffisant. En optant pour un accès libre contre un don, nous espérons au moins tripler notre fréquentation et mettre le modèle économique de L’Alterpresse 68 en cohérence avec les valeurs et les pratiques de notre audience. »

Mais le pari est risqué. Contrairement à l’abonnement, le don nécessite une action volontaire et désintéressée de la part des internautes, même s’il est défiscalisé aux deux tiers. Si l’internaute ne laisse pas quelques euros après avoir lu un article, aucun revenu ne parvient jusqu’à la rédaction… La situation du média est critique : « si la campagne de dons est un échec, nous serons à court de trésorerie en mars », prévient Mario Di Stefano.

D’autres revenus à trouver

« On va essayer de coupler les dons avec des publicités et du mécénat », prévoit Mario Di Stefano. Mais là encore, il faudra trouver des annonceurs prêts à dépenser pour une communication désintéressée. La majeure partie des investissements publicitaires ne vont qu’aux médias qui peuvent se prévaloir d’audiences très importantes et dont la ligne éditoriale est garantie sans aspérité…

Mario Di Stefano fait valoir que L’Alterpresse 68, avec ses maigres moyens, permet tout de même de faire vivre la pluralité de la presse en Sud Alsace, où le quotidien local, L’Alsace du groupe Ebra (Crédit Mutuel), est ultra-dominant.

#indépendance

À la Meinau, Jean-Philippe Vetter dénonce la saleté et promet encore des sanctions

À la Meinau, Jean-Philippe Vetter dénonce la saleté et promet encore des sanctions
Jean-Philippe Vetter, à la Meinau le 23 janvier.

En choisissant la Meinau pour dénoncer l’état de saleté de certains quartiers, le candidat LR aux municipales de Strasbourg a présenté, vendredi 23 janvier, une série de mesures largement inspirées du modèle messin, fondées sur la sanction.

Dans l’herbe humide de la Meinau, un bâtiment partiellement calciné en arrière-plan et des déchets éparpillés autour, Jean-Philippe Vetter ajuste sa posture. Le matin du 23 janvier, le candidat LR aux élections municipales strasbourgeoises a choisi ce décor, juste derrière le PMU de la Canardière, à dessein. « Personne ne passe pour nettoyer », souffle Jean-Philippe Maurer (Les Républicains), présent à ses côtés. Loin de l’Aubette et de son premier meeting très chorégraphié, la scène est un brin bricolée. Autour d’eux, des soutiens brandissent un vieux balai.

Ce balai, Jean-Philippe Vetter l’a déjà mis en scène quelques heures plus tôt sur ses réseaux sociaux. Dans une vidéo publiée jeudi 22 janvier, on le voit à Metz, aux côtés du maire LR François Grosdidier. Celui-ci lui remet l’objet comme on passe un témoin. À Metz, affirme le candidat strasbourgeois, l’alternance politique a tout changé. En succédant au socialiste Dominique Gros, François Grosdidier aurait fait de la ville « la 5e ville la plus propre de France« . Avant, « c’était le règne du laisser-faire ». À Strasbourg, Jean-Philippe Vetter promet de faire pareil. « La situation est désespérante pour les habitants. »

Il balaie du regard la Meinau, et le bâtiment noirci derrière lui, qu’il érige en symbole. « Ceci est le stigmate d’un incendie. C’est un signal. » Pour lui, ce quartier reflète « la situation de nombreux autres quartiers ». Et le message est clair : « Les Strasbourgeois et Strasbourgeoises ont le droit à une ville belle et propre. »

Renforcer les sanctions

Le modèle messin repose, selon lui, sur un principe simple : sanctionner. « Jusqu’ici, les règles ne sont jamais appliquées. Combien de sanctions ont été très clairement prises ? Tout cela pour ne pas être impopulaire. » Il rappelle les montants existants : 135 euros pour un mégot jeté, 450 euros pour un tag. Pas question d’augmenter les amendes, mais de les faire appliquer « systématiquement ». « Il faut accepter l’impopularité pour lutter contre l’incivilité. Il faut une tolérance zéro. »

Autour de cette ligne dure, Jean-Philippe Vetter déroule un ensemble de mesures plus concrètes. Davantage de points propreté « bien identifiés », avec deux poubelles systématiquement, des sacs pour les déjections canines et des cendriers, mais aussi plus de toilettes publiques.

Quartier de la Meinau, derrière la rue de la Canardière. Photo : Eva Chibane / Rue89 Strasbourg / cc

Cellule d’interventions rapides

Sur le terrain, le candidat estime qu’il n’y aura pas à augmenter les effectifs des agents de propreté. Jeudi 22 janvier, encore, une autre vidéo montrait Jean-Philippe Vetter et son équipe aux côtés des agents, en pleine nuit, dans le froid. Applaudissements, poignées de main, remerciements appuyés. « Nous sommes allés voir les agents hier très tôt pour les remercier. Pour leur apporter un message de confiance et de soutien. Mais ils ont besoin de mesures claires et d’orientations. »

Ces orientations passeraient par la création de cellules d’intervention rapide, couplées à une application citoyenne permettant de signaler, photo et localisation à l’appui, un lieu sale. À Metz, affirme-t-il, « les agents interviennent dans les 48h maximum ». Une rapidité essentielle, selon lui, pour enclencher un cercle vertueux. « Là où c’est propre, les gens prendront plus soin, assure-t-il, avant de désigner les détritus à ses pieds. Dans ce cadre, c’est plus facile de jeter un papier. »

Le candidat veut aussi multiplier les opérations « villes propres », associant commerçants et habitants, quartier par quartier. Objectif affiché : rendre visible le travail des agents. « Il faudra le faire dans chaque quartier pour aussi mieux connaître les agents, qu’ils soient connus et reconnus. »

Jean-Philippe Vetter était accompagné de sa co-directrice de campagne Irène Weiss, de Calvin Moluh, Jean-Philippe Maurer et Anne Reymann, conseillère d’Alsace. Photo : Eva Chibane / Rue89 Strasbourg / cc

« Grand plan poubelles »

Dernier volet de cette conférence de presse : les rats. Jean-Philippe Vetter raille la majorité municipale, qui parle à leur sujet « d’animaux liminaires ». « Je peux vous dire que quand on vit avec eux, ce sont bien des nuisibles. » Il promet un « grand plan poubelles » pour « faire de Strasbourg une ville belle ». Les détails ne sont pas encore communiqués, mis à part… le déploiement de plus de poubelles dans la ville. « Les familles ont peur de laisser jouer leurs enfants dehors », ajoute Jean-Philippe Maurer. Les agents aussi, « ont peur de rentrer dans certains locaux à poubelles ». Et d’oser : « Les gens ont honte de recevoir. »

Pour Jean-Philippe Vetter, la responsabilité incombe aussi aux bailleurs sociaux, sur lesquels il souhaite « mettre plus de pression » pour lutter contre la présence des rats. « Ce n’est pas un petit sujet », insiste son homologue LR, Jean-Philippe Maurer.

Manifestation samedi 24 janvier en soutien aux Kurdes du Rojava

Manifestation samedi 24 janvier en soutien aux Kurdes du Rojava
Manifestation pour le Rojava à Madrid en octobre 2019.

Samedi 24 janvier, le Centre démocratique du peuple kurde de Strasbourg appelle à une manifestation en soutien aux Kurdes du Rojava, en Syrie, menacés par la reprise des combats avec l’armée gouvernementale.

Un accord de trêve a été signé lundi 19 janvier entre le chef des forces kurdes de Syrie, Mazloum Abdi, et le président syrien, Ahmed Al-Charaa. Mais dès le lendemain, des combats ont éclaté entre les deux camps, mettant en danger les civils pris dans cet étau, dont la population kurde.

La manifestation en soutien au Rojava, prévue samedi 24 janvier, rassemblera « des personnes des quatre morceaux du Kurdistan unifié », d’après Hélène Dersin. Elle est chargée des relations extérieures au Centre démocratique du peuple kurde de Strasbourg, association à l’initiative de la manifestation. Il s’agit d’une antenne locale du Conseil démocratique kurde en France (CDK-F).

La responsable assure que cette mobilisation est appelée à durer :

« Depuis l’attaque, on est tous les jours dans la rue. Ce soir, on est sur la place de la gare, hier aussi. Mardi [20 janvier], il y avait des gens qui s’étaient organisés sur Internet. Ils sont arrivés de l’ensemble du Grand Est ».

Selon Hélène Dersin, l’accord a été perçu par les Kurdes comme un ultimatum adressé à leur égard : « Le gouvernement syrien veut nous prendre en otage. Il n’y a pas de véritable reconnaissance de l’identité des Kurdes dans ce texte, qui n’est pas démocratique. On ne peut pas l’accepter. » Elle juge que les Kurdes du Rojava ont été mis au pied du mur :

« J’ai la majorité de la famille de mon mari sur place, certains ont été assassinés. Ceux qui restent aujourd’hui ont repris les armes pour défendre leur région. On a tout fait pour éviter la guerre : on voulait résoudre les problèmes démocratiquement. »

L’absorption d’une partie du Rojava

L’accord signé lundi, et déjà fragilisé, prévoit notamment l’intégration des Forces démocratiques syriennes (FDS), groupe armé à majorité kurde, à l’armée régulière syrienne. Le gouvernement syrien a également exigé de récupérer l’administration totale de deux provinces arabes sous contrôle kurde : Deir ez-Zor et Raqqa. La province d’Hassaké devrait connaître le même sort. Au nord, une grande partie de cette région est intégrée au Rojava autonome, tandis que le reste de la zone demeure tout de même sous influence kurde.

Enfin, la centralisation entreprise par le pouvoir syrien lui permettrait également de reprendre le contrôle des ressources de ces différents territoires. Du pétrole et du gaz naturel y sont notamment présents en quantité importante. Or, la vente d’hydrocarbures constitue d’importantes recettes pour l’administration kurde. En l’état, il s’agit d’une absorption partielle du Rojava, signant la fragilisation de l’autonomie de ces territoires du Nord-Est de la Syrie.

Cette situation suscite l’incompréhension d’Hélène Dersin, qui perçoit la mainmise du pouvoir syrien comme une régression sur le plan sociétal. « Pendant la guerre civile syrienne, les Kurdes ont réussi à construire le Rojava, une structure autonome qui se base sur l’égalité des sexes, l’écologie et les droits des minorités. Ils ont évité le radicalisme et ont construit des villages, des hôpitaux, des universités ! », s’indigne-t-elle.

Le Rojava est la région gouvernée par l’Administration autonome du Nord et de l’Est de la Syrie (AANES) et protégée par un corps militaire, les Forces démocratiques syriennes (FDS). Ce territoire, autonome de facto, est administré par les forces kurdes depuis 2012.

En Alsace, l’exploitation du sous-sol s’invite dans la campagne des élections municipales

En Alsace, l’exploitation du sous-sol s’invite dans la campagne des élections municipales
La centrale géothermique de Rittershoffen est à l’arrêt depuis le 4 décembre, suite à des séismes répétés.

Les projets de forages se multiplient en Alsace, suscitant l’inquiétude de certains riverains. À l’approche des élections municipales de 2026, plusieurs collectifs citoyens voient dans ce scrutin un moyen de freiner l’essor de ces projets et de pousser les industriels à plus de transparence.

« Pour nous, il y a eu en Alsace du Nord trop d’acceptation sans conditions de la géothermie et de l’extraction du lithium », entame Marie Walter, présidente de l’Association de défense de l’environnement et de la qualité de vie (Adeq). À Rittershoffen, son collectif a annoncé soutenir les candidats opposés à la multiplication des projets de géothermie « On profite des élections pour essayer de faire parler les prétendants », glisse-t-elle.

Cet article fait partie de l’édition abonnés. | Déjà abonné ? Connectez-vous

Abonnez-vous maintenant pour poursuivre votre lecture

Abonnez-vous
Abonnez-vous maintenant pour suivre l’actualité locale.

Déjà abonné⋅e ?

Connectez-vous

La Région Grand Est ne supprimera finalement pas de places en formation infirmière

La Région Grand Est ne supprimera finalement pas de places en formation infirmière

Faute de financements de l’État, la Région Grand Est comptait supprimer 652 places dans les formations d’infirmières. Avec l’adoption du budget de l’État le 20 janvier, la collectivité est revenue sur sa décision.

Mardi 13 janvier. Face au financement incertain de l’État, la Région Grand Est annonçait aux écoles d’infirmières la suppression de 829 places pour la rentrée 2026. Sur tout le territoire, le nombre de candidates retenues allait passer de 3 544 places à 2 892, soit une baisse de près de 20 %. La collectivité n’était plus sûre, à ce moment-là, de recevoir 24 millions d’euros de l’État pour assurer ces formations.

Mardi 20 janvier. Le budget de l’État est adopté via l’article 49-3 de la Constitution. « Avec cette assurance, on peut maintenir les places finalement. Il n’y aura aucune baisse », déclare désormais la Région Grand Est à Rue89 Strasbourg. Au total, ce sont donc 652 places sauvées, dont environ 200 en Alsace. La délégation du Grand Est de la Fédération hospitalière de France craignait une suppression de 859 places.

La collectivité a déploré auprès de France 3 Grand Est être obligée d’avoir dû rappeler à l’État cette promesse de financement, dans un contexte où le personnel manque dans la santé, d’autant plus que les besoins augmentent avec le vieillissement de la population. Le même combat va-t-il se jouer pour l’année prochaine ? Réponse fin 2026.

Planter des arbres et étendre le réseau de chaleur, les deux chantiers majeurs des Écologistes face au climat

Planter des arbres et étendre le réseau de chaleur, les deux chantiers majeurs des Écologistes face au climat
La maire, Jeanne Barseghian (à gauche), et son adjointe, Suzanne Brolly (à droite), devant le siège de l’Eurométropole lors de l’aménagement du parc de l’Étoile.

En 2020, Jeanne Barseghian promettait d’adapter la ville au changement climatique et de limiter son impact environnemental. Rue89 Strasbourg analyse les deux principales actions du mandat sur ce thème : les plantations d’arbres et le réseau de chaleur.

Juillet 2020. Tout juste élue maire, Jeanne Barseghian (Les Écologistes), déclarait « l’état d’urgence climatique » à Strasbourg. Météo France prévoit une augmentation de la température estivale comprise entre 1°C et 2,9°C dans la capitale alsacienne d’ici 2050. Des écarts de température allant jusqu’à 7,5°C ont été mesurés entre l’aéroport d’Entzheim et le centre-ville de Strasbourg.

La municipalité a agi sur de nombreux thèmes comme la rénovation thermique des bâtiments ou l’extension du réseau de transports en commun et sa gratuité pour les mineurs, l’aménagement de nombreux itinéraires cyclables… Mais les deux chantiers majeurs spécifiquement liés au climat sont le réseau de chaleur et la plantation d’arbres. L’une des priorités affichée du mandat était la lutte contre les îlots de chaleur urbains. Pour cela, le principal levier réside dans la végétalisation de l’espace public.

Cet article fait partie de l’édition abonnés. | Déjà abonné ? Connectez-vous

Abonnez-vous maintenant pour poursuivre votre lecture

Abonnez-vous

Abonnez-vous maintenant pour suivre l’actualité locale.

Déjà abonné⋅e ?

Connectez-vous

Les agriculteurs stoppent leur action au Parlement européen après une victoire partielle

Les agriculteurs stoppent leur action au Parlement européen après une victoire partielle
Sur le boulevard de Dresde, des dizaines de tracteurs attendent encore de pouvoir repartir ce 21 janvier.

Après deux jours d’occupation des alentours du Parlement européen par les agriculteurs, les eurodéputés ont approuvé la saisine de la Cour de justice de l’Union européenne concernant le traité de libre-échange avec les pays du Mercosur ce 21 janvier.

Place de Bordeaux, d’immenses lignes de tracteurs défilent avant de regagner leur exploitation en cet après-midi du mardi 21 janvier. Un peu plus tôt, ces agriculteurs et agricultrices étaient encore rassemblées devant le Parlement européen. Ils attendaient, depuis la veille, pour maintenir la pression avant le vote des eurodéputés sur la saisine de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). Aux alentours de 13h, les parlementaires ont approuvé la motion à l’issue d’un vote très serré : 334 voix pour, 324 contre et 11 abstentions. Dominique Daul, vice-président de la FDSEA du Bas-Rhin, s’en félicite :

« À l’annonce du résultat, c’était un véritable moment de joie collective. On se mobilise depuis un certain temps contre ce traité. Alors on se dit qu’il y a tout de même des parlementaires qui nous écoutent et qui sont sensibles à la souveraineté alimentaire. »

Le responsable syndical ajoute que cette décision « va permettre [aux agriculteurs] de retarder le vote de l’accord », le temps de son examen par les juges européens. La durée moyenne des procédures de la CJUE s’élevait à près de 18 mois en 2024.

Les tracteurs paradent autour de la place de Bordeaux, à Strasbourg.

« On a quasiment pas dormi de la nuit »

Pour fêter cette victoire partielle, dans l’après-midi, les klaxons des engins fusent sur les avenues. Certains conducteurs les ont personnalisés pour égayer la mobilisation : un incontournable rap américain produit par Dr.Dre et Snoop Dogg retentit d’un côté. De l’autre, c’est la chanson traditionnelle espagnole La cucaracha qui fait office d’avertisseur sonore.

Sur le boulevard de Dresde, deux jeunes agriculteurs se réchauffent autour d’un brasero improvisé, non loin de leur tracteur. Ils attendent de rentrer. « On a quasiment pas dormi de la nuit : un peu devant le fût, un peu dans la bétaillère… Mais on est soulagé, c’est une fierté », se réjouit Maxime Henselmaezen. Ce jeune homme de 19 ans est apprenti dans une exploitation en polyculture-élevage à Imbsheim, dans le Bas-Rhin. Alexis Klein, son ami et collègue de 17 ans, acquiesce : « Personnellement, j’ai juste pu somnoler dans le tracteur avec des couettes. »

Alexis Klein (à gauche) et Maxime Henselmaezen (à droite), devant leur tracteur sur le boulevard de Dresde, à Strasbourg.

Un policier gravement blessé

La mobilisation s’est globalement déroulée dans la bonne humeur, mais les forces de l’ordre ont tout de même usé de gaz lacrymogène mardi 20 janvier après qu’un groupe ait tenté de forcer un barrage au pied du Parlement. Lors de l’affrontement, un policier a été grièvement blessé à l’œil par un tir de mortier. Une situation que regrette Dominique Daul : « On a insisté sur le fait qu’il fallait manifester dans le respect. Et lui [l’agriculteur présumé auteur du tir, NDLR], il a fait une connerie. Aujourd’hui, il y a un paysan qui risque la taule, et un policier, père de famille, certainement désormais handicapé. »

Un important dispositif de forces de l’ordre encadrait le départ des quelques 700 véhicules. Rien qu’au pied du Parlement européen, une trentaine de camions de CRS étaient stationnés, prêts à être déployés. Les derniers tracteurs ont repris la route en direction de leurs communes respectives en milieu d’après-midi.

Au Port-du-Rhin, La France insoumise ouvre le feu sur le Parti socialiste dès le premier meeting

Au Port-du-Rhin, La France insoumise ouvre le feu sur le Parti socialiste dès le premier meeting
Florian Kobryn était accompagné de Rima Hassan, Manon Aubry, Halima Meneceur et Emmanuel Fernandes pour ce premier meeting.

Salle trop petite, public jeune et attaques frontales contre le Parti socialiste. Mardi 20 janvier, La France insoumise a lancé à Strasbourg la campagne municipale de Florian Kobryn en liant l’actualité nationale à la situation locale.

Le lieu était peut-être un peu sous-dimensionné. Dès 18h, bien avant l’horaire annoncé, une file compacte s’étire devant le Kaleidoscoop, tiers-lieu du quartier Port-du-Rhin à Strasbourg. Peut-être aussi parce que deux cheffes de files de La France insoumise ont été annoncées : les euro-députées Manon Aubry et Rima Hassan. Les gens patientent dans le froid, se reconnaissent, discutent politique à voix basse. À l’intérieur, la petite salle choisie pour accueillir ce premier meeting de campagne paraît vite étroite. Quelques affiches aux murs, des chaises d’écoliers alignées à la hâte, une scène minimale.

Très vite, elle est pleine. Trop pleine. Le temps s’étire. Dans les enceintes, Theodora passe en boucle. Le public tranche avec celui d’autres rendez-vous politiques récents, comme le meeting de Jean-Philippe Vetter : ici, les visages sont plus jeunes, les discussions plus animées. « Attendez, camarades », lance un organisateur à ceux qui veulent encore entrer.

Le dispositif, lui, est bien installé. Des caméras partout, des téléphones levés, des équipes qui filment les échanges, les regards, les accolades. Une deuxième salle est prévue en renfort si la jauge dépasse les 300 personnes. Elle le sera. Quand le rendez-vous démarre enfin, la salle se lève presque d’un seul mouvement. Le chant populaire « On est là » est repris en chœur. Les drapeaux de La France insoumise se dressent au-dessus des têtes. La soirée peut commencer.

Nécessité d’une « gauche radicale »

C’est Halima Meneceur, binôme de la tête de liste Florian Kobryn, qui ouvre la séquence. Le génocide à Gaza surgit dès les premières phrases. « Chez LFI, nous sommes fiers de l’avoir toujours dénoncé. Le monde d’aujourd’hui est hypocrite, ethno-centré. On continue d’exécuter froidement des Palestiniens. » Dans la salle, les applaudissements sont nourris. Ils résonnent d’ailleurs presque à chaque phrase.

Très vite, Halima Meneceur relie l’international au local. Elle alerte sur l’extrême droite à Strasbourg, citant la candidature de Virginie Joron, « qui pourrait obtenir des sièges au conseil municipal ». La réponse, selon elle, ne peut être que politique. « Il faut une gauche radicale, qui n’emploie pas un vocabulaire islamophobe. »

Ce vocabulaire, Halima Meneceur l’attribue directement à Anne-Pernelle Richardot, élue socialiste d’opposition à la Ville et à l’Eurométropole, dans le même groupe que Catherine Trautmann, candidate aux élections municipales. En toile de fond, la polémique née à Strasbourg après la diffusion d’une affiche montrant une femme voilée, Nacera. Anne-Pernelle Richardot avait dénoncé une « instrumentalisation du fait religieux », déclenchant de vives réactions et des accusations de stigmatisation.

Halima Meneceur, binôme de Florian Kobryn. Photo : Dorian Mao / Rue89 Strasbourg / cc

La salle écoute, tendue. Puis la charge s’intensifie. Pour LFI, une partie de la gauche est « moralisatrice et raciste », aveugle à ses propres angles morts. « Je nomme le PS, le parti qui a trahi en étant au pouvoir et qui le sauve aujourd’hui. » À Strasbourg, poursuit-elle, cette gauche serait incarnée par Catherine Trautmann. « Elle alimente l’islamophobie. » La réaction est immédiate. Bronca générale. « Catherine Trautmann et Anne-Pernelle Richardot sont coincées dans les années 90. Elles sont cette gauche appréciée par les bourgeois qui ne réfléchit qu’à l’aune de ses intérêts. » Dans la salle, une voix s’élève : « Les Verts, c’est la même chose. » Halima Meneceur ne répond pas. Le silence dure une seconde.

« Elle s’acoquine avec la droite »

Emmanuel Fernandes, député LFI de la 2ᵉ circonscription de Strasbourg, enchaîne. Le ton est plus posé, mais la charge est méthodique. Il élargit l’attaque au niveau national. « Le PS disait que le centre pouvait gouverner s’il n’utilisait pas le 49.3. Et maintenant qu’il est utilisé, les Socialistes se félicitent des miettes. » Pendant de longues minutes, il déroule, point par point, ce qu’il considère comme une suite de renoncements.

La focale revient sur Strasbourg. « Le parti socialiste ne sert à rien à part trahir. Ici, c’est pareil avec Trautmann. Elle s’acoquine avec la droite. C’est l’opposante la plus virulente du conseil municipal. Sa pente préférentielle : c’est la droite. » La salle gronde. Puis scande : « Macron, démission ! » Phénomène d’association ? Thierry Sother, député socialiste de la 3ᵉ circonscription du Bas-Rhin, élu sur l’union des forces de gauche, est à son tour ciblé. Pour Emmanuel Fernandes, l’accord électoral de 2024 n’a pas été respecté. Les huées montent à nouveau.

Emmanuel Fernandes lors du meeting. Photo : Dorian Mao / Rue89 Strasbourg / cc

À l’inverse, il prend soin de souligner un point d’appui. Il se félicite que Sandra Regol, députée écologiste de la 1ère circonscription du Bas-Rhin, cosigne avec lui la motion de censure. Un signal discret mais assumé : la citadelle insoumise a encore une porte entrouverte.

Florian Kobryn, la stratégie de la rupture

Quand Florian Kobryn monte à la tribune, il se fait déjà tard, après un discours très axé sur la politique nationale de Manon Aubry. Rima Hassan n’est toujours pas arrivée. Catherine Trautmann pour Florian Kobryn ? « Ses thématiques sont la sécurité, l’ordre et la propreté. » Il ironise sur la mise en scène de la candidate, convoquant l’histoire et le général de Gaulle, à qui elle se compare, selon lui. « Catherine Trautmann, on la réclamerait, on l’ovationnerait. Ce serait la femme providentielle au dessus des partis… Mais 42 ans au PS, ça ne s’efface pas si facilement, même si elle a gommé le logo de ses affiches de campagne », glisse-t-il, sous les rires et les applaudissements. « Le général de Gaulle, au moins, avait su tirer sa révérence. »

Le candidat élargit ensuite son propos. Il appelle à la vigilance face à toutes les expressions de l’extrême droite à Strasbourg. Il revient sur la polémique autour du voile de Nacera, la banderole du collectif Némésis, Virginie Joron qui utilise l’IA, « obsédée par le nettoyage des rues »… Il égratigne aussi Jean-Philippe Vetter (Les Républicains), « qui n’a toujours pas de programme ». Quant aux critiques contre la majorité municipale sortante, elles restent comparativement… très mesurées.

Florian Kobryn, candidat LFI aux municipales à Strasbourg.Photo : Dorian Mao / Rue89 Strasbourg / cc

Union impossible, appel persistant

On l’attendait, qu’il en parle. Quid des relations avec les Écologistes ? En toute fin de discours, il pointe des désaccords : aux élections européennes, leur refus de s’unir a conduit à un score de 21% pour Manon Aubry contre 9% pour les Écologistes à Strasbourg. Il regrette aussi que, lors des négociations de juillet, Jeanne Barseghian se soit déclarée seule.

Mais l’appel du pied est explicite. « Le tournant populaire, aujourd’hui, c’est nous. Oui, nous avons des désaccords avec les écolos mais ils ne seront jamais aussi grands qu’en tenant en échec les partis fascistes et ses alliés. » Convaincu que la gauche arrivera en tête au premier tour, il appelle « toutes les forces de gauche à le rejoindre pour combattre la droite, l’extrême-droite et le centre ».

« Gang de vieux mâles » et promesses locales

Pourquoi est-il convaincu d’arriver en tête ? Car La France insoumise se présente aussi comme la seule force dotée d’un programme abouti. Début novembre, la section locale a dévoilé 400 mesures, parmi lesquelles l’encadrement des loyers, la gratuité des 30 premiers mètres cubes d’eau ou celle des transports pour les moins de 25 ans.

À la tribune, Florian Kobryn insiste sur la portée symbolique de Strasbourg. La ville doit, selon lui, « délivrer un message clair » face à un « gang de vieux mâles autoritaires qui tyrannisent la population », citant Vladimir Poutine, Donald Trump, Viktor Orban ou Benyamin Netanyahou. « Nous serons une ville libre, indépendante, cosmopolite, une capitale de la démocratie et des droits humains. »

Il réaffirme sa volonté de « taxer les riches », localement, en ciblant par exemple « les propriétaires de gros SUV, les croisiéristes qui se déversent à Strasbourg ». Et sa volonté de faire payer l’accès au marché de Noël pour les non-Strasbourgeois, afin de financer des logements pour les enfants à la rue. « On ira chercher de l’argent là où il se trouve. » Une annonce conclut la séquence programmatique : la création d’un tiers-lieu queer à Strasbourg, « un lieu ressource pour les personnes LGBT ».

Rima Hassan arrive finalement avec près de trois heures de retard. Peu concernée par les enjeux strictement locaux, elle conclut la soirée en revenant sur la situation à Gaza, où le cessez-le-feu n’est guère respecté. Halima Meneceur avait ouvert le meeting sur ce sujet, il en constitue aussi la dernière image.



À Strasbourg, avec les agriculteurs dans le flou face aux effets du traité avec le Mercosur

À Strasbourg, avec les agriculteurs dans le flou face aux effets du traité avec le Mercosur
Un millier de tracteurs se sont massés près du Parlement européen le 20 janvier.

Près de 5 000 agriculteurs se sont rassemblés devant le Parlement européen à Strasbourg mardi 20 janvier. Ils ont tenu à montrer leur opposition au traité de libre échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur, craignant les effets de cette nouvelle concurrence sur leur activité.

« Quand je me suis installé, en 2021, j’ai dû acheter un tracteur, des parts sociales…Sur une exploitation de 30 hectares, ça commence déjà à faire cher. J’ai encore 250 000 euros à rembourser », soupire Geoffrey Fikuart, éleveur à Lorquin, dans le département de la Moselle. Cet agriculteur de 38 ans, syndiqué à la Coordination rurale, possède 22 vaches destinées à l’élevage de veaux, 60 brebis et 7 truies. Il fait partie des quelques 5 000 agriculteurs venus de plusieurs pays d’Europe pour manifester devant le Parlement européen contre le traité de libre échange avec les pays du Mercosur mardi 20 janvier.

L’éleveur s’inquiète de l’arrivée de produits agricoles à bas coûts sur le marché français. Les bovins produits en Amérique du sud pourraient faire chuter les cours de la coopérative Lorca, qui lui achète tous ses veaux. Seul sur son exploitation, Geoffrey Fikuart est contraint de produire du biogaz en parallèle de son activité d’élevage pour s’en sortir financièrement tandis qu’existent en Amérique latine des conditions d’élevage intensif interdites en France.

Geoffrey Fikuart, éleveur à Lorquin, dans le département de la Moselle. Photo : Carl Lefebvre / Rue89 Strasbourg

Peur de transmettre un fardeau aux enfants

L’agriculteur souhaiterait transmettre son exploitation à son fils mais il n’a guère confiance en l’avenir. « Pour l’instant, il n’a que 5 ans. Mais si je ne me bats pas pour l’agriculture aujourd’hui, je ne pourrai rien lui laisser », souffle t-il. Depuis le boulevard de Dresde, qui longe le Parlement européen, les agriculteurs nichés dans leurs tracteurs défilent sans discontinuer, les mains vissées sur leurs klaxons. Des pétards explosent régulièrement et en font sursauter certains, tandis que les autres s’esclaffent. Les jeunes sont nombreux à s’être mobilisés, on les repère dans quelques cabines de conduite.

Dès midi, les tracteurs ont défilé depuis le boulevard de Dresde, près du Parlement européen. Photo : Carl Lefebvre / Rue89 Strasbourg

La question de l’héritage ne fait pas l’unanimité parmi les professionnels. Gilles Mertz (FDSEA 67), agriculteur à Elsenheim, dans le Bas-Rhin, aimerait dissuader ses enfants de prendre la relève :

« Moi j’ai repris l’exploitation en 2013, je suis de la quatrième génération. Nos filles de 5 et 12 ans sont déjà à fond là-dedans, la grande prévoit même d’aller en lycée agricole. Si elles avaient pu venir aujourd’hui, elles l’auraient fait. On se bat pour qu’elles aient quelque chose mais on en vient à se demander si ce ne sera pas plutôt un fardeau pour elles. »

Gilles Mertz, agriculteur à Elsenheim, dans le département du Bas-Rhin.Photo : Carl Lefebvre / Rue89 Strasbourg

Cet exploitant produit du lait, de l’orge, du maïs, du tournesol et du soja à destination de négociants, dépendant des cours mondiaux pour ses revenus. Il écoule également des pommes de terre en vente directe. « On n’arrive plus à joindre les deux bouts. Le prix des intrants (pesticides et fertilisants, NDLR) explose et celui des céréales ne fait que diminuer. À côté, je suis obligé de faire des prestations pour d’autres agriculteurs, comme du battage ou des semis », déplore Gilles Mertz.

Une activité salariée en plus

Pourtant, ses charges salariales sont réduites à son revenu et à celui d’un apprenti. Son épouse, Catherine Mertz, assure bénévolement le travail administratif :

« Je n’ai pas eu le choix que de retrouver un emploi pour compléter nos revenus. Et l’endettement, il vaut mieux ne pas en parler. On ne pourra bientôt plus investir dans du matériel parce qu’on n’y arrivera plus. Aujourd’hui, on ne sait pas si la banque va nous suivre. »

Quelques mètres plus loin, un autre agriculteur alsacien, qui a souhaité taire son prénom, exprime ses doutes : « Ça fait seulement 10 ans que j’ai repris l’exploitation familiale et je commence vraiment à me poser des questions. En 2025, j’ai travaillé pour zéro euro. Je suis obligé de faire du service après-vente d’installations de chauffage en parallèle. Des polyactifs chez les agriculteurs, il y en a plein. » Basé à Andolsheim dans le Haut-Rhin, il cultive 55 hectares de soja, vendus à la filière de produits végétaux Alpro.

Cette plante figure aussi parmi les denrées dont l’import depuis l’Amérique du Sud sera facilité. L’exploitant voit plusieurs problèmes à ce traité :

« Pour tenir une qualité suffisante pour l’industrie, il faut que le soja soit propre. Mes produits de désherbage sont ultra-sélectifs mais ils coûtent dix fois plus cher qu’au Brésil ou en Argentine. Et le pire c’est qu’on va importer du soja modifié pour nourrir les bêtes [l’Union européenne l’autorise exclusivement pour le bétail, NDLR]. On ne pourra plus se placer [sur le marché] pour nourrir nos propres animaux. »

Multiplier les cultures ne suffit pas

Marion Ketterer, syndiquée chez les Jeunes agriculteurs du Haut-Rhin, travaille avec ses parents et sa sœur dans une exploitation familiale à Ostheim. Elle aussi produit du soja. « On est vraiment dans le flou avec ce genre de cultures qui sont beaucoup produites en Amérique du sud, s’inquiète-t-elle. On a peur que les prix ou la demande baissent parce qu’il y aura plus et moins cher. » La jeune femme travaille environ 70 heures par semaine, ses journées commencent à 6 ou 7h et finissent à 20 ou 21h. Elle parvient à se dégager un revenu d’environ 1 500 euros par mois :

« Pour se sécuriser, on multiplie les activités. Donc on a aussi des poules pondeuses, plusieurs sortes de céréales… Mais finalement, nous sommes exposés sur presque tout ce qu’on produit. On vend nos œufs à une coopérative à destination de l’industrie pour les produits transformés. Mais si ça se trouve, les entreprises préféreront acheter des œufs moins chers venus d’Amérique du sud… »

Marion Ketterer et sa famille diversifient leurs activités pour mieux résister aux variations des prix.Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg

Les producteurs et productrices locales peinent à savoir à l’avance ce que le traité avec le Mercosur provoquera précisément. L’Union européenne n’a guère brillé par sa pédagogie. Mais globalement, les exploitants savent qu’une mise en concurrence à l’échelle mondiale des produits agricoles ne favorise pas une agriculture de proximité. C’est un thème qui revient dans toutes les discussions, bien que la majorité des agriculteurs présents suivent la FNSEA qui défend des schémas productivistes.

« Une bonne partie des normes européennes, c’est juste du bon sens, estime Johanna Trau, éleveuse de bovins à Ebersheim, près de Sélestat. Nous on veut respecter le bien-être animal mais on ne peut pas accepter d’être en concurrence avec des produits importés qui ne respectent pas ça, c’est normal. »

Quel prix pour une viande en circuit court ?

Elle élève ses vaches pour leur viande qu’elle vend ensuite directement aux particuliers dans sa ferme. « On est à 17 euros le kilo. Si les supermarchés vendent des produits qui semblent équivalents mais qui sont beaucoup moins chers, forcément ça me pénalisera », analyse t-elle :

« J’ai déjà des gens qui entrent dans la boutique et qui me disent que c’est cher. Tout le monde déclare vouloir de la production locale mais je vois bien que la plupart ne veulent pas mettre le prix. Moi je me dégage très peu de revenus pour l’instant et ce traité Mercosur risque de me compliquer la tâche. »

Johanna Trau, syndiquée à la FDSEA du Bas-Rhin, craint les répercussions du traité avec le Mercosur sur le marché de la viande bovine.Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg

Inès Lochert a 18 ans. Elle est venue avec la Coordination rurale, tenue à distance du rassemblement de la FNSEA par un cordon de policiers. Tout juste majeure, elle aide dès qu’elle peut dans l’élevage bovin de sa belle famille à Stosswihr. « L’objectif c’est qu’on reprenne l’exploitation avec mon copain », explique t-elle. Encore en formation au lycée agricole d’Obernai, elle reste motivée à s’engager dans cette voie malgré les menaces. « Je ne me pose pas la question, c’est comme ça ce métier, c’est une passion. Mais c’est sûr que ça fait peur le contexte. »

Inès Lochert (à gauche), 18 ans, est déjà passionnée par l’élevage. Elle se lance dans cette voie malgré le contexte politique.Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg

À la FNSEA comme à la Coordination rurale, les jeunes sont présents en nombre aux abords du Parlement. Ils revendiquent un cadre sécurisant pour se lancer, l’inverse du modèle mondialisé pourtant prôné par l’Union européenne, les gouvernements français depuis 70 ans et la FNSEA justement.

Une bonne partie d’entre eux s’apprête à faire la fête pour tenir jusqu’au lendemain. L’idée est de maintenir la pression sur les eurodéputés jusqu’au vote visant à renvoyer l’accord avec les pays du Mercosur devant la Cour de justice de l’Union européenne.

Démonstration des agriculteurs de plusieurs pays d’Europe contre le traité avec le Mercosur au Parlement européen

Démonstration des agriculteurs de plusieurs pays d’Europe contre le traité avec le Mercosur au Parlement européen
Des agriculteurs affiliés à la FNSEA prennent position devant le Parlement européen.

Des milliers d’agriculteurs venus de plusieurs pays d’Europe sont allés protester avec des tracteurs autour du Parlement européen de Strasbourg. Ils veulent faire pression sur les eurodéputé·es pour qu’ils saisissent la Cour de justice de l’Union européenne sur l’accord de libre-échange avec les pays du Mercosur en Amérique latine.

Dès 9h mardi matin, des agriculteurs français et européens se sont rassemblés place de Bordeaux à Strasbourg. À l’appel de leurs syndicats, principalement les syndicats productivistes FNSEA et Jeunes agriculteurs en France, ils se sont massés autour du Parlement européen. Près de 5000 manifestants ont participé à cette démonstration du monde agricole, appuyée par environ 1000 tracteurs qui stationnent dans les rues autour du bâtiment abritant l’hémicycle du Parlement jusqu’à l’après-midi du mercredi 21 janvier.

Les agriculteurs s’opposent au traité de libre-échange, conclu entre l’Union européenne (UE) et les pays du Mercosur (Amérique latine). L’accord a été ratifié après plus de 25 années de négociations mais les eurodéputés doivent s’exprimer mercredi sur une saisine de la Cour de justice de l’Union européenne (CJUE). En cas de vote positif, la CJUE étudiera la compatibilité de l’accord avec les traités. Et si l’avis de la cour est négatif, l’accord ne pourra entrer en vigueur que s’il est modifié.

C’est à cet ultime espoir que s’accrochent les syndicats d’agriculteurs, qui reprochent principalement au traité d’accepter que des produits cultivés avec des pesticides interdits en Europe puissent être commercialisés et concurrencer leurs propres productions.

Le cortège a pris la direction du Parlement européen vers 10h40. Photo : Carl Lefebvre / Rue89 Strasbourg / cc

Exercice d’équilibriste de la FNSEA

Devant le bâtiment Louise Weiss, plusieurs responsables des syndicats agricoles européens ont pris la parole, dont Arnaud Rousseau le président de la FNSEA depuis avril 2023. L’homme qui cumule 22 mandats et dont le syndicat a mis en œuvre en France la mondialisation des échanges agricoles s’est fait le porte-parole d’agriculteurs – entrepreneurs malmenés par les directives européennes. Il a appelé les députés européens à voter en faveur de la saisine de la Cour de justice européenne, mettant en doute la légitimité de la « clause de rééquilibrage ». Puis il a fustigé la Commission européenne et particulièrement sa présidente Ursula Von Der Leyen qu’il a laissée se faire huer par les agriculteurs présents.

Après une série de discours et de prises de parole, l’ambiance est vite retombée dans les rues autour du Parlement européen. Les agriculteurs de la Coordination rurale, un syndicat tout autant productiviste que la FNSEA et dont les dirigeants ne craignent pas de s’afficher aux côtés du Rassemblement national et d’appeler à « faire la peau aux écolos », ont tenté de rejoindre le cortège principal mais ont été empêchés par un barrage de policiers.

Vers 15h, des manifestants ont tenté de forcer le barrage de policiers vers le Parlement européen et ont été repoussés à coups de gaz lacrymogène. Les policiers ont procédé à deux interpellations, pour des jets de canettes dans leur direction.

Une partie des agriculteurs alsaciens prévoit de passer la nuit devant le Parlement européen. Le vote qui les intéresse doit avoir lieu mercredi 21 janvier.

La plupart des manifestants venus d’Europe sont repartis vers 16h. Des agriculteurs alsaciens maintiennent leur présence et leurs tracteurs et prévoient de passer la nuit devant le Parlement européen.

Municipales à Haguenau : un vent de contestation contre la bétonisation

Municipales à Haguenau : un vent de contestation contre la bétonisation
Trois collectifs font campagne à Haguenau, face au maire sortant.

Au moins trois mouvements d’alternance montent des listes pour les élections municipales à Haguenau. Indétrônable depuis 2008, le maire de droite Claude Sturni suscite de plus en plus d’oppositions à cause de sa politique de densification urbaine.

« Il faut être réaliste, l’équipe en place est très installée, confiait Armand Marx, élu à Haguenau. Interrogé en novembre, il hésitait encore à candidater pour les élections municipales de 2026. Si c’est juste pour faire six ans d’opposition au conseil sans être écouté, ça ne sert pas à grand chose. » Il a finalement pris la décision de se représenter fin décembre, avec sa liste centriste « Ensemble pour Haguenau ».

Au moins deux autres collectifs tentent de réunir les 39 personnes requises pour l’établissement d’une liste. Isabelle Stehli-Juchs, qui mène la liste « Haguenau Avenir », affiche surtout des propositions écologistes et sociales, sans revendiquer d’ancrage à gauche ni à droite. Le groupe « Haguenau en commun » se revendique clairement de gauche mais n’a pas encore désigné une tête de liste.

Armand Marx sent « une atmosphère de contestation » du règne de Claude Sturni. Ce baron de la politique locale est maire de Haguenau depuis 2008. Il s’agit de la quatrième ville d’Alsace avec 35 000 habitants. « Quand je discute avec des habitants, beaucoup me disent “Sturni on l’a assez vu maintenant”. Ma liste de 39 personnes est complète, il y a même des gens qui se proposent spontanément », ajoute celui qui est le mieux parti pour inquiéter le maire sortant. Sa campagne est déjà bien lancée, avec une forte activité sur les réseaux sociaux et de nombreuses opérations de porte-à-porte.

Lisez la suite pour 1€ seulement

    Accédez à nos enquêtes et révélations exclusives Soutenez une rédaction locale qui appartient à ses journalistes Maintenez une vigie citoyenne sur les pouvoirs locaux

Je m’abonne 

Abonnez-vous maintenant pour suivre l’actualité locale.

Déjà abonné⋅e ?

Connectez-vous

Collectivité d’une région riche, la CeA dépense moins pour chaque Alsacien

Collectivité d’une région riche, la CeA dépense moins pour chaque Alsacien
Le siège de la Collectivité européenne d’Alsace.

La Collectivité européenne d’Alsace dépense moins pour chaque habitant de son territoire que la moyenne des autres départements comparables. L’opposition dénonce une politique d’austérité malgré des besoins sociaux en hausse. L’exécutif rétorque que des mesures d’économies sont nécessaires pour faire face à l’augmentation des dépenses sociales.

Dans un document transmis aux élus de la commission du budget, la Collectivité européenne d’Alsace se félicite de ses indicateurs internes : un encours de la dette inférieur à celui des départements comparables, tout comme la masse salariale rapportée au nombre d’habitants et les effectifs. Au final résume le document, la CeA dépense 894€ par Alsacien quand les départements comparables dépensent en moyenne 1 009€ par habitant.

Document de la CeA sur sa gestion budgétaire. Photo : DR

« En clair, la collectivité se félicite de tourner en sous-régime », résume le conseiller d’Alsace d’opposition Florian Kobryn (La France insoumise).

Cette situation n’est pas un bon indicateur pour la population, selon l’analyse de Ludivine Quintallet, conseillère d’Alsace d’opposition (Les Écologiste). « Cette collectivité fait le choix d’une dette sociale et environnementale plutôt que d’une dette envers les banques », dénonce-t-elle. Selon elle, « cet argent qui dort dans les caisses, c’est autant de moyens publics non mobilisés pour réduire les inégalités, protéger la population et agir contre le réchauffement climatique ».

Lisez la suite pour 1€ seulement

    Accédez à nos enquêtes et révélations exclusives Soutenez une rédaction locale qui appartient à ses journalistes Maintenez une vigie citoyenne sur les pouvoirs locaux

Je m’abonne 

Abonnez-vous maintenant pour suivre l’actualité locale.

Déjà abonné⋅e ?

Connectez-vous

Yogesh Sidaya, futur médecin au Port du Rhin : « Je me sens plus utile dans ces quartiers »

Yogesh Sidaya, futur médecin au Port du Rhin : « Je me sens plus utile dans ces quartiers »
Yogesh Sidaya commencera ses consultations à la maison urbaine de Santé en février 2026.

Yogesh Sidaya espère débuter ses consultations à la maison urbaine de Santé du Port du Rhin en février 2026. Il raconte son engagement pour les populations des quartiers populaires qui souffrent d’un déficit d’accès aux soins.

Six ans de retard. La Maison Urbaine de Santé (MUS) du Port du Rhin à Strasbourg illustre bien le casse-tête que constitue l’installation d’un médecin dans un désert médical. Selon la communication de la Ville, prudente, l’installation de l’équipe sera « effective, a priori à compter du 1er février ». Jeudi 15 janvier, le médecin Yogesh Sidaya pose devant l’entrée, encore fermée, de l’établissement récemment rénové. Ce médecin généraliste de 35 ans consultera aux côtés de sa consœur, Nabila Hamza, et de sept autres professionnels de santé (trois sages-femmes, deux infirmiers libéraux et deux orthophonistes). Yogesh Sidaya est impatient de soigner les habitants et habitantes du quartier : « J’ai eu la chance de ne pas avoir à payer mes études. Je veux maintenant rendre service en retour. »

Inégalité d’accès aux soins

Lisez la suite pour 1€ seulement

    Jouez un rôle actif dans la préservation de la pluralité médiatique Plongez en illimité dans nos articles et enquêtes exclusives Participez librement à la discussion grâce aux « identités multiples »

Je m’abonne 

Abonnez-vous maintenant pour suivre l’actualité locale.

Déjà abonné⋅e ?

Connectez-vous
,