Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

La salle de consommation à moindre risque de Strasbourg prolongée pour deux ans

La salle de consommation à moindre risque de Strasbourg prolongée pour deux ans
Entrée de la salle de consommation à moindre risque Argos et de l’hébergement pour 20 personnes, deux structures gérées par l’association Ithaque.

La salle de consommation à moindre risque de Strasbourg, portée par l’association Ithaque, voit son expérimentation prolongée jusqu’au 31 décembre 2027. Elle accompagne les usagers et usagères de drogues en soins, hébergement et réduction des risques.

Plusieurs fois menacée, une nouvelle fois prolongée. La salle de consommation à moindre risque de Strasbourg, aussi appelée halte soins addictions (HSA), poursuivra ses activités au moins jusqu’au 31 décembre 2027, a annoncé la Ville de Strasbourg dans un communiqué.

En France, seules deux haltes soins addictions existent. La seconde se trouve à Paris. Et depuis leur création en 2016, force est de constater qu’elles ne parviennent ni à se développer ailleurs sur le territoire ni à s’inscrire durablement dans le droit. À l’été 2025, plusieurs ONG identifiaient un risque de fermeture de la HSA. Médecins du Monde et la Fédération Addiction, avaient ainsi attaqué le ministère de la Santé en justice pour dénoncer son inaction en matière de réduction des risques liée à la consommation de drogue et protéger la halte soins addictions.

Les HSA constituent souvent un point d’entrée vers un parcours de soin pour des personnes en grande précarité selon un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas). À Strasbourg, l’association Ithaque multiplie les actions pour réduire les risques face aux addictions. Dans l’équipe accompagnante : des infirmiers, travailleurs sociaux, médecins, psychiatre, psychologue ou agent de médiation. « Depuis son ouverture, plus de 2 633 personnes ont été rencontrées », appuie la Ville dans un communiqué. Et « près de 173 000 seringues stériles ont été délivrées en 2025 ».

Rôle de vigies

« Les HSA assurent le rôle de vigies des habitudes de consommation et des nouvelles tendances, comme la montée en puissance du fentanyl observée grâce à la HSA de Strasbourg », relève l’Igas. Une évaluation de la HSA souligne le rôle crucial du dispositif :

« De manière singulière en France, la salle de Strasbourg a constaté en 2022 et 2023 une poussée du fentanyl (3e produit consommé en 2023 à la HSA), opioïde de synthèse responsable de dizaines de milliers de morts par surdose en Amérique du Nord, mais dont la pénétration sur le territoire national n’avait, jusque-là, été signalée que de manière très limitée. »

Citant un nouveau rapport de l’Igas de janvier 2026, la Ville insiste sur « la pertinence des haltes soins addictions pour réduire les risques et dommages sanitaires, améliorer la santé publique, assurer le rôle de vigies des habitudes et nouvelles tendances de consommation de drogues et améliorer la tranquillité publique en diminuant les consommations de rue ».

Au conseil de l’Eurométropole : une nouvelle maison de santé, le marché-gare et des rénovations

Au conseil de l’Eurométropole : une nouvelle maison de santé, le marché-gare et des rénovations
Syamak Agha Babaei et Pia Imbs, lors du conseil de l’Eurométropole du 3 février 2023.

Après le dernier conseil municipal de Strasbourg, lundi 2 février, c’est au tour de l’Eurométropole de tenir son ultime session vendredi 6 février avant le renouvellement de ses instances. Retour sur les dossiers à suivre, à découvrir en direct.

Le dernier conseil de l’Eurométropole de Strasbourg (EMS) avant les élections municipales se tient vendredi 6 février 2026. Cette séance marquera la fin du mandat de Pia Imbs, présidente sortante, qui ne se représente ni à la tête de l’EMS ni comme maire d’Holtzheim. Au total, 84 points sont à l’ordre du jour, mais rien n’indique que la session sera particulièrement longue. Aucun grand projet emblématique n’est prévu. Plusieurs délibérations attendent toutefois les élus, notamment sur le marché-gare, la lutte contre l’habitat indigne à Koenigshoffen ou encore la création d’une nouvelle maison urbaine de santé. Le reste des délibérations est largement consacré à des questions techniques avec, pêle-mêle, des versements de subventions aux associations et différentes instances (points 11, 15, 16, 18, 20, 25, 29, 33, 44, 46, 50, 52, 53, 57, 62, 63, 67, 69, 70, 73).

Encore une délibération autour du marché-gare

L’Eurométropole doit aborder la modification du pacte d’actionnaires de la Samins (point 9), gestionnaire du marché d’intérêt national (MIN) de Cronenbourg, plus connu sous le nom de marché-gare. Cette nouvelle délibération doit donner corps au nouveau projet adopté par la métropole en novembre 2025, avec l’entrée de la Sers au capital (lire notre article). Concrètement, l’entreprise Sers va entrer au capital de la Samins, devenant actionnaire minoritaire. Mais surtout, la société va changer de statut et devenir une « entreprise à mission« . Dit plus simplement, elle se donne officiellement des objectifs sociaux et environnementaux, en plus de son activité économique.

Lundi 2 février, le point a été voté au conseil municipal et a donné lieu à des débats animés, notamment entre Anne-Pernelle Richardot, du Parti socialiste, et l’exécutif écologiste. L’élue d’opposition siège également au conseil de l’Eurométropole, ce qui laisse présager de nouvelles discussions lors de la prochaine séance.

Une nouvelle maison urbaine de santé

Autre projet important pour le quotidien des habitants (point 60) : la création d’une maison urbaine de santé dans le quartier Gare-Laiterie. Les élus doivent approuver la mise à disposition d’une parcelle située à l’angle des rues de Rothau et du Ban de la Roche.

Ce futur équipement regroupera plusieurs professionnels de santé : médecins généralistes, infirmiers, kinésithérapeutes, orthophonistes et dentistes. Il comprendra huit bureaux pour médecins, cinq pour orthophonistes, un local mutualisé pour infirmiers et un espace de kinésithérapie de 100 m².

L’investissement prévu s’élève à près de 2,7 millions d’euros pour un bâtiment de 841 m² sur quatre niveaux. Le projet s’inscrit également dans la requalification du quartier, avec la végétalisation du square Semencerie et la mise en valeur du parc du Glacis à proximité.

Rénovations à Koenigshoffen

Plusieurs délibérations (points 61, 63, 70, 71) concernent le quartier de Koenigshoffen, où l’Eurométropole mène depuis plusieurs années une politique de lutte contre l’habitat dégradé. Les élus doivent d’abord valider le versement de subventions à des propriétaires et des copropriétés qui engagent des travaux de rénovation, pour un montant total 15 690 euros. Ces aides visent notamment à améliorer l’isolation des bâtiments, à mettre les logements aux normes, à lutter contre l’habitat indigne et à prévenir la vacance.

Dans le même quartier, l’Eurométropole prévoit de poursuivre son soutien à l’association Par Enchantement, qui intervient au sein de la copropriété Spender. L’association « accompagne les habitants, facilite la résidentialisation et la scission de la copropriété, aide à apaiser les conflits et améliore le cadre de vie« . Deux subventions de 44 000 euros en 2026 et 22 000 euros en 2027 permettront de maintenir son travail de terrain.

En parallèle, l’Eurométropole va lancer une première enquête parcellaire sur sept immeubles particulièrement dégradés. Cette démarche permettra d’identifier précisément les propriétaires et de leur imposer un calendrier de travaux. L’expropriation ne sera envisagée qu’en cas de refus persistant de réaliser les travaux, avec un déclenchement possible à partir de 2028, annonce l’EMS.

Partenariat avec Ebra

Les élus métropolitains devront également se prononcer sur un partenariat avec le groupe de presse Ebra, propriétaire des DNA, qui organise les 16 et 17 juin 2026 le forum « Ici on agit ! » au Palais de la musique et des congrès. Pendant deux jours, l’événement doit mettre en lumière des initiatives locales liées à la transition écologique, énergétique et aux changements de modes de vie.

L’Eurométropole prévoit de soutenir le forum à hauteur de 10 000 euros. En contrepartie, elle pourra valoriser ses actions en faveur de l’environnement et promouvoir les politiques menées sur son territoire, notamment celles de l’Agence du climat. L’objectif est de toucher un public plus large et de rendre les enjeux écologiques plus accessibles aux habitants.

Développement d’une filière chanvre

Enfin, les élus métropolitains doivent se prononcer sur un engagement en faveur du développement d’une filière chanvre locale (point 40). L’Eurométropole souhaite signer une charte avec le syndicat des eaux d’Alsace-Moselle et une soixantaine de partenaires dont des agriculteurs, industriels et bailleurs sociaux plusieurs partenaires agricoles.

Le chanvre est présenté comme une « culture intéressante » car elle nécessite peu de produits chimiques et protège mieux la qualité de l’eau. Elle peut aussi être utilisée dans le bâtiment, notamment pour l’isolation et pour l’alimentation. Ce projet, cofinancé par l’Agence de l’eau Rhin-Meuse et la Région Grand Est, ne comporte pas d’engagement financier direct de l’Eurométropole.

À la centrale de Fessenheim, la crainte d’une contamination radioactive de la nappe phréatique

À la centrale de Fessenheim, la crainte d’une contamination radioactive de la nappe phréatique
Des employés d’EDF retirent une barre de combustible nucléaire de la piscine de stockage de la centrale nucléaire de Fessenheim, le 21 juin 2021, à Fessenheim, dans l’est de la France.

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Jean-Philippe Vetter promet d’intégrer l’opposition dans sa majorité

Jean-Philippe Vetter promet d’intégrer l’opposition dans sa majorité
Jean-Philippe Vetter, entouré de ses soutiens, quartier de l’Esplanade jeudi 5 février.

Adjoints de quartiers dotés de budgets, dialogue chaque mois avec 100 habitantes et habitants tirés au sort, intégration d’un membre de l’opposition dans l’exécutif… Jean-Philippe Vetter, le candidat de la droite aux élections municipales, a présenté sa méthode pour être dans « l’hyper-proximité ».

Grand soleil sur le patio du centre commercial de l’Esplanade, jeudi 5 février en début d’après-midi. Le décor n’a rien d’un hasard. Jean-Philippe Vetter, candidat aux élections municipales de Strasbourg, a choisi ce lieu en face de l’ancienne mairie de quartier pour parler de proximité. Autour de lui, ses proches soutiens forment un petit cercle : parmi lesquels Jean-Philippe Maurer (LR), Nicolas Matt, élu centriste à la Collectivité européenne d’Alsace (CeA) et élu d’opposition à la Ville, ou encore Laurine Roux, du Parti radical.

Depuis plusieurs semaines, le candidat Les Républicains semble engagé dans une course à l’occupation du terrain avec Jeanne Barseghian, la maire écologiste sortante. À celui qui multipliera les annonces et les conférences de presse. Plusieurs propositions ont déjà été entendues lors de précédents rendez-vous, meetings ou d’appels, mais l’exercice permet de marteler une ligne : remettre Strasbourg « à hauteur d’habitants ».

Le constat est posé par Nicolas Matt, qui a rejoint le candidat Jean-Philippe Vetter en septembre 2025. Il rappelle que Jeanne Barseghian a été élue « sur un contrat moral, celui de la démocratie locale réenchantée ». Avant d’enchaîner, sans détour : « Le quartier de l’Esplanade résume la faillite de la démocratie locale. »

Selon lui, les outils participatifs existent – assemblées de quartier, ateliers, comités – mais sont mal utilisés. Il cite un exemple devenu récurrent dans les rangs de l’opposition : le droit de préemption voté par la municipalité et l’Eurométropole sur une partie de l’Esplanade. Le dispositif permet à la collectivité de se substituer à un acheteur privé lors de la vente d’un bien immobilier ou d’un local commercial, afin d’en maîtriser la destination. « Pour l’avenue du Général de Gaulle, il n’y a eu ni ateliers, ni assemblées, ni comités associés à cette décision », affirme-t-il. Même reproche pour le projet de skatepark de la Citadelle, régulièrement évoqué. « Les habitants se sentent méprisés », poursuit-il. Et selon lui, les élus aussi, citant la démission de Patrice Schoepff, élu référent de quartier à l’Esplanade.

Retour des conseils de quartier

Face à ce diagnostic, Jean-Philippe Vetter déroule sa méthode. « Être un maire de terrain et de proximité », résume-t-il. Une formule utilisée ad nauseam par la majorité des candidates et candidats. Mais il l’assure, avec lui, c’est différent. Car il a commencé avant les autres. En 2025, il avait lancé des printemps strasbourgeois pour discuter avec les habitantes et habitants. Voilà pour la preuve. Dès février, il relance dix dates. Pour lui, les attentes sont claires : « Les gens veulent parler d’hyper-proximité. De leurs problématiques du coin de la rue. » Il décrit une mairie actuelle trop centralisée, et plaide pour un retour des conseils de quartier dotés de véritables moyens. Des élus de terrain avec un budget dédié, capables de répondre immédiatement aux demandes, sans passer systématiquement par l’Hôtel de Ville. Quel budget dédié ? Pour le moment, il ne sait pas. « Si quelqu’un sait vous répondre, ce sera au doigt mouillé », se défend-il.

« Il faut faire confiance à l’adjoint de quartier. Je ne veux plus qu’il soit juste un relais vers le maire, mais qu’il ait une part de liberté et de décision », insiste-t-il. Un élu capable aussi de dialoguer avec les bailleurs, ajoute Jean-Philippe Maurer. À l’Esplanade, « le quartier commence à sombrer », tranche Nicolas Matt, estimant qu’il manque aujourd’hui une présence politique identifiable.

Un poste d’adjoint pour l’opposition

Moins de centralisation, c’est aussi, selon Jean-Philippe Vetter, un maire moins isolé. Il annonce alors ce qu’il présente comme une proposition « inédite » : recevoir chaque mois une centaine de citoyennes et citoyens tirés au sort pour échanger pendant deux heures, voire deux heures trente. « Un dialogue sans filtre », promet-il.

Lui qui dit s’être souvent senti peu entendu dans son rôle d’élu d’opposition veut aussi changer les règles du jeu institutionnel. S’il est élu, il promet de confier un poste d’adjoint au maire à un membre de l’opposition au nom de la confiance démocratique. Une façon, dit-il, de montrer que le pouvoir municipal ne doit pas être verrouillé.

Le candidat dessine également une ville accessible en un quart d’heure, où commerces, travail et culture restent à portée de pas. Là encore, ce sont les élus de quartier qui devront faire remonter les besoins du terrain. D’autres idées émaillent son discours, comme la création d’une académie de la citoyenneté pour permettre aux habitants de mieux comprendre le rôle des différentes institutions et « savoir qui fait quoi ». En recevant les citoyens, il espère aussi mieux faire circuler les problématiques entre les échelons. Il glisse enfin une mesure très concrète : un tarif unique de stationnement résident à 15 euros.

Sous le soleil de l’Esplanade, loin des déchets de la Meinau du 23 janvier, Jean-Philippe Vetter soigne donc encore son message. Faire de la proximité une méthode. Et du « coin de la rue », l’échelle politique à laquelle les Strasbourgeois pourraient, selon lui, reprendre la main sur leur ville.

Rassemblement pour une famille à la rue samedi 7 février

Rassemblement pour une famille à la rue samedi 7 février
Après le démantèlement du camp Krimmeri en janvier, des familles y sont retournées pour récupérer une partie de leurs affaires.

Pour exiger de la Ville qu’elle porte secours à une famille vivant à la rue, le collectif « Enfants à la rue, État hors-la-loi » appelle à un rassemblement samedi 7 février devant le centre administratif de l’Eurométropole de Strasbourg.

Le collectif « Enfants à la rue, État hors-la-loi » dénonce la situation d’une famille composée d’un couple et de quatre enfants de 6 à 15 ans et appelle à un rassemblement de soutien samedi 7 février à 11h sur le parvis du centre administratif de l’Eurométropole de Strasbourg.

Installée à Strasbourg depuis le printemps 2025, cette famille vivait sous une tente du camp du Heyritz, jusqu’à son démantèlement fin août. Les six personnes ont ensuite trouvé refuge dans le camp de Krimmeri jusqu’à ce qu’il soit lui aussi démantelé le 8 janvier. Le collectif constate que depuis ce jour, cette famille réinstallée sous une tente à proximité mais sans accès à l’eau potable.

Alertes sans réponse

Dans un communiqué, le collectif indique avoir « à plusieurs reprises, alerté les pouvoirs publics au sujet de cette famille (et d’autres), avant et après le démantèlement du campement, par des courriels, des
invitations à deux goûters partagés qui auraient permis aux élu·es de la Ville de Strasbourg et aux représentants de l’État de prendre en personne la mesure de la situation. Les invitations ont été déclinées et les courriels n’ont obtenu aucune réponse concrète. »

Selon le collectif, cette famille « survit en grande partie grâce aux gestes de solidarité de citoyens et de citoyennes qui ne peuvent qu’apporter une présence ponctuelle à la vie sous plusieurs petites tentes, sur un parking, loin de toute arrivée d’eau, dans une situation d’isolement et d’insécurité totale ».

« L’hiver n’est pas fini. Les températures nocturnes sont encore très basses. Les pluies de ces derniers jours ont trempé l’intérieur des tentes qui ne sont pas destinées à rester montées des mois durant. Les enfants et les parents sont dans un état de fatigue extrême », poursuit le communiqué du collectif « Enfants à la rue, État hors-la-loi » qui demande que la Ville de Strasbourg « porte secours à cette famille en danger ».

À Strasbourg, une famille dévastée par une interpellation policière violente et inexpliquée

À Strasbourg, une famille dévastée par une interpellation policière violente et inexpliquée
Lors d’un contrôle de police à Marseille le 28 janvier 2026.

Après un contrôle qui s’est très mal passé, une famille est sortie traumatisée de sa première interaction avec la police nationale à Strasbourg. Une plainte pour violences aggravées ainsi qu’un signalement auprès de l’inspection générale de la police nationale ont été déposés.

D’une main posée sur sa cuisse, Éric tente de calmer son fils. À quelques heures de Nouvel an, Tom essaye de raconter une interpellation qui l’a traumatisé. Mais le jeune homme a le souffle court. Sa jambe ne cesse de s’agiter, comme si son pied se trouvait sur un ressort. Mercredi 20 décembre, en fin d’après-midi à Strasbourg, ses parents venaient le chercher avec sa sœur de 13 ans pour rentrer au Luxembourg. Mais au moment où la petite famille s’apprêtait à quitter la résidence Twenty Campus, où vit Tom, un policier somme le père de sortir du véhicule : « Ils ont été immédiatement agressifs, rapporte Tom, j’ai vu mon père être plaqué contre la voiture avant qu’on lui passe les menottes. Ils ne voulaient pas nous dire pourquoi ils l’arrêtaient. »

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La vie de Mister Skyman, le dernier nain volant sur grand écran au Cosmos

La vie de Mister Skyman, le dernier nain volant sur grand écran au Cosmos
En 1991, Manuel Wackenheim était Mister Skyman.

C’est un film improbable qui est projeté en avant-première vendredi 6 février au Cosmos : l’histoire d’un homme de 1m20, empêché il y a 30 ans d’être un nain volant dans les boites de nuit. Cette histoire, c’est celle de Manuel Wackenheim, racontée avec finesse et proximité par la Strasbourgeoise Noémie Rousseau.

Trente ans après un arrêt du Conseil d’État interdisant le lancer de nains pour atteinte à la dignité humaine, Le Cosmos et France 3 Alsace diffusent un film retraçant la vie du dernier nain volant : Manuel Wackenheim alias Mister Skyman. C’est la Strasbourgeoise Noémie Rousseau qui raconte cette vie en y mêlant la sienne et en profitant de l’occasion pour évoquer le rapport au corps, au handicap et le regard du public.

Parole au premier concerné

Rédactrice pour la maire de Strasbourg et ancienne journaliste à Rue89 Strasbourg, Noémie Rousseau s’est retrouvée presque par accident à réaliser ce film. Elle rencontre Manuel Wackenheim par l’intermédiaire du photographe Pascal Bastien, également collaborateur de Rue89 Strasbourg. Elle-même transportée par les questions de consentement, elle décrit :

« Le tournage était une aventure. J’ai suivi Manu à sa hauteur, nous sommes devenus amis. Qu’est-ce qui est si intolérable dans le lancer de nain ? Est-ce la figure de l’homme-objet alors que la femme-objet est un motif habituel ? Il m’a fait voir la dignité comme une boule à facettes, à géométrie variable. »

Le film part des archives du début des années 90, lorsque Manuel Wackenheim se produisait dans les boites de nuit de la Côte d’Azur. Une époque qu’il regrette, lui qui se voyait comme un comédien et qui avait trouvé dans cette activité une manière de vivre et de dépasser son handicap. Dans tout le débat public qui a suivi sur la dignité humaine, jamais l’avis de Manuel Wackenheim n’a été sollicité. Avec ce film, Noémie Rousseau lui redonne la parole et elle manquait.

Biodiversité, vie sociale, démocratie locale… Le réveil des élus du Kochersberg

Biodiversité, vie sociale, démocratie locale… Le réveil des élus du Kochersberg
Des maires du Kochersberg en pleine sortie nature le 1er juin 2025.

Les maires étaient historiquement conservateurs dans le Kochersberg. La campagne des municipales 2026 illustre la montée des promesses progressistes sur la démocratie participative, l’environnement ou la vie sociale.

« Le Kochersberg a toujours été plutôt axé sur le centre droit. Mais les candidats m’envoient leurs tracts en ce moment, et c’est vrai qu’il y a une grande tendance progressiste aujourd’hui. » Justin Vogel connait bien le contexte politique local. Il est maire de Truchtersheim depuis 1995. À 72 ans, il se présente aux élections municipales de 2026 pour un sixième mandat. « Beaucoup de listes mettent en avant la biodiversité par exemple », observe t-il.

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#Truchtersheim

Olivier Klein, recteur d’Alsace, se représente aux élections municipales de Clichy-sous-Bois

Olivier Klein, recteur d’Alsace, se représente aux élections municipales de Clichy-sous-Bois
Olivier Klein, recteur de l’Académie de Strasbourg.

Olivier Klein a officialisé sa candidature aux élections municipales de Clichy-sous-Bois vendredi 30 janvier. Une décision étonnante puisqu’il est aussi recteur de l’Académie de Strasbourg depuis juin 2024.

Peut-on être recteur de l’académie de Strasbourg et maire de Clichy-sous-Bois en même temps ? Olivier Klein assure que c’est possible. Depuis sa nomination en juin 2024, il cumule cette haute fonction publique en Alsace à son mandat en région parisienne. Et il en redemande puisqu’il se représente aux élections municipales de 2026.

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Brigade cynophile, théâtre, soutien aux médias indés… Les points votés lors du conseil municipal de février 2026

Brigade cynophile, théâtre, soutien aux médias indés… Les points votés lors du conseil municipal de février 2026
Le conseil du 2 février était le dernier de ce mandat.

Le dernier conseil municipal avant les élections de mars 2026 a surtout été une succession de petits débats : maître-chien mal indemnisé, aînés délaissés, entrée de théâtre mal placée… Mais les élus désormais en campagne ont tenu à marquer leurs différences.

Le dernier conseil municipal avant les élections municipales de mars 2026 a tenu ses promesses. Les trois principaux groupes d’opposition, tenus par trois candidats — Jean-Philippe Vetter (Les Républicains), Catherine Trautmann (Parti socialiste) et Pierre Jakubowicz (Horizons) —, ont réussi à susciter de grands débats sur de petits points à l’ordre du jour. Et pour le faire les chiens, le théâtre amateur ou encore les personnes âgées ont été mobilisés. Sur les 59 points à l’ordre du jour, une quinzaine ont été retenus. Moins d’une dizaine ont concentré l’essentiel des échanges. Lumière sur ce qui a été voté, avec ou sans polémique.

Écoles, La Poste et soutien

Comme annoncé lors de la présentation du conseil, plusieurs points ont été adoptés, sans débat, en début de séance. L’aide pour maintenir ouvert un bureau de poste à l’Elsau, à hauteur de 100 000 euros, permettra de proposer un nouveau local à La Poste et de la faire rester. Depuis 2024, celui-ci faisait l’objet d’un projet de fermeture, dans un contexte de réduction du réseau des agences postales. Une perspective inquiétante pour les habitantes et habitants de ce quartier prioritaire de la politique de la ville, qui ont vu les services déserter leurs rues.

Les élus ont aussi voté pour des projets d’écoles à Cronenbourg et Koenigshoffen, afin de rénover l’école de Cronenbourg et d’en ouvrir une nouvelle à Koenigshoffen (voir notre article), dans un contexte de hausse démographique. Vote unanime également pour renouveler l’aide aux victimes pour le procès en appel de l’attentat du 11 décembre 2018, qui se tiendra à Paris du 23 mars au 17 avril 2026. via le dispositif municipal d’aide à la participation des victimes parties civiles. Lors du premier procès, tenu à Paris du 29 février au 5 avril 2024, la Ville avait accordé une subvention de 33 810 euros à l’association SOS France Victimes 67. Cette aide avait permis de couvrir des frais non pris en charge par le dispositif national d’indemnisation, comme la présence d’un accompagnant, la garde d’enfants ou des déplacements décalés.

Gouvernance du marché-gare

Le calme a été de courte durée. Au point 16, le conseil a abordé la modification du pacte d’actionnaires de la Samins, gestionnaire du marché d’intérêt national (MIN) de Cronenbourg, plus connu sous le nom de marché-gare, dont l’objectif est de donner corps au nouveau projet adopté par la métropole en novembre dernier, avec l’entrée de la Sers au capital (lire notre article). Anne-Pernelle Richardot (PS), élue d’opposition, a retenu le point pour exprimer ses inquiétudes sur un projet qu’elle juge flou, avec une « direction muette », un « agenda caché » et des opérateurs « exclus du conseil d’administration ». En effet, certains opérateurs ne feront plus partie du conseil afin de répondre à des « exigences de légalité », selon l’exécutif.

Invectives en série en découlent. Pierre Jakubowicz (Horizons), candidat aux élections municipales, a dénoncé à son tour un projet pensé comme une « vitrine idéologique » plutôt que comme un outil économique, estimant que la décision de reconduire la Samins et le projet qu’elle porte, déjà en gestion depuis 60 ans, mettait en danger « l’approvisionnement alimentaire du territoire et fragilisait les entreprises locales ».

Syamak Agha Babaei, premier adjoint aux finances, a vivement réagi, dénonçant des « contre-vérités »et des accusations d’agenda caché, qu’il a qualifiées de « fake news ». Il a rappelé que la modification de la composition du conseil visait à limiter les conflits d’intérêt, tout en maintenant une représentation des opérateurs via les chambres consulaires. Après des échanges houleux et une minute de suspension demandée par Anne-Pernelle Richardot, la délibération a finalement été adoptée avec 33 voix pour et 10 contre, scellant la nouvelle gouvernance de la Samins.

Chien, policiers municipaux et sécurité

La salle désormais bien chauffée, on ne s’attendait toutefois pas à la polémique sur le point suivant, le point 18 : « pérennisation de l’unité cynophile de la police municipale ». Cette délibération vise à consolider la brigade canine et à mettre en place un système d’indemnisation pour le chien déjà présent depuis plus d’un an et demi à Strasbourg aux côtés de policiers municipaux. Une indemnisation qui arrive beaucoup trop tard, pour les autres oppositions, qui regrettent que l’agent qui s’occupe du malinois Sacha n’ait pas été indemnisé plus tôt pour les frais vétérinaires ou pour l’alimentation.

Pour aller encore plus loin dans la critique, Jean-Philippe Vetter a profité du point pour dénoncer le « manque de considération pour la sécurité », selon lui représenté par les conditions réservées à Sacha. « Il y a un manque de considération pour les questions de sécurité et un message négatif envoyé à nos policiers », fustige-t-il. Il rappelle que la maire ne s’est pas rendue à la « manifestation avec les policiers samedi »… Il a omis de préciser qu’il s’agissait de policiers nationaux et non municipaux et que l’appel était à l’origine d’un seul syndicat, Alliance, proche de l’extrême droite… Mais passons. Il a aussi expliqué que, selon lui, cette mauvaise image contribue au manque d’effectifs de policiers municipaux.

Nadia Zourgui, adjointe à la tranquilité publique et Syamak Agha Babaei, premier adjoint, ont rappelé les « améliorations apportées aux locaux, aux équipements et au recrutement », soulignant l’importance de cette unité, qui a réalisé 500 interventions en 2025. La maire Jeanne Barseghian a conclu en rappelant la création d’une direction de la sécurité. Encore une fois, la délibération a été adoptée à l’unanimité avec 62 voix pour.

Acquisition du Cube noir

Le conseil municipal a longuement débattu du Cube noir, théâtre situé au centre régional d’expertise sportive (Creps) de Koenigshoffen et jusqu’ici propriété de la Région Grand Est, que la Ville va désormais acquérir. Catherine Trautmann (PS) a pointé le transfert de la charge des travaux et de l’entretien sur la collectivité et regretté une concertation jugée insuffisante avec les riverains. L’élue d’opposition, Rebecca Breitman (MoDem), aux côtés de Pierre Jakubowicz pour les élections municipales, a alerté sur la rue de la Garance, qui doit subir des travaux pour permettre de créer une nouvelle entrée, jugée trop étroite pour accueillir le flux de spectateurs et de logistique lié au théâtre.

Pour Pierre Ozenne, en charge de l’occupation du domaine public, des voiries, foires et marchés, ces critiques sont excessives. Il rétorque, excédé : « L’équipement existe depuis des décennies, on améliore simplement les accès et la logistique. L’essentiel des spectateurs vient de la métropole, il ne s’agit pas de créer un nouvel équipement. Et ce ne sont que 16 000 personnes ! ». Le point a été adopté avec 44 voix pour et 10 abstentions.

Soutien aux médias indépendants

Le conseil a ensuite examiné l’entrée de la Ville au sociétariat de Coop-Médias, une société coopérative créée en 2024 pour soutenir les médias indépendants et dont Rue89 Strasbourg est membre fondateur. La Ville prévoit l’acquisition de 50 parts sociales, pour un montant de 5 000 euros. Cette participation permet à la Ville de rejoindre les 4 200 sociétaires de Coop-Médias qui ont permis de lever 1,8 million d’euros de capital social, mobilisé pour soutenir les projets des médias indépendants.

Jeanne Barseghian a défendu l’opération comme un geste politique essentiel : « Dans une époque où prospère la désinformation, soutenir des médias libres et pluriels est un enjeu de démocratie. » Joris Castiglione (PCF) a insisté quant à lui sur le rôle des médias indépendants face à la concentration aux mains de milliardaires, tout comme Carole Zielinski, adjointe à la démocratie locale.

Jean-Philippe Vetter s’est interrogé : « Y aura-t-il une pluralité d’opinions ? Les citoyens pourront-ils faire confiance ? ». Drôle de manière de dire que, selon lui, il n’y a pas assez de places pour la droite. Soraya Oudji, ancienne élue de la majorité désormais non-inscrite, et Caroline Zorn, conseillère municipale du Parti pirate, se sont abstenus évoquant des risques d’instrumentalisation à long terme et pour l’indépendance des médias. La maire a dû rappeler que la participation de la Ville ne lui donne qu’une voix à l’assemblée générale, sur 4 200, et que la Ville « ne sera pas dans le conseil d’administration d’un média en particulier. » « C’est seulement un signal politique pour la liberté de la presse » a-t-elle rappelé. Un signal qu’ont refusé d’envoyer Jean-Philippe Maurer (Les Républicains), Thomas Rémond (Modem) et Gabrielle Rosner Bloch (Les Républicains) ainsi que 16 autres conseillers qui se sont abstenus.

Feuille de route pour les aînés

Le conseil municipal a ensuite examiné la feuille de route « Ville amie des aînés », point 46 de l’ordre du jour. Pierre Jakubowicz (Horizons) a dénoncé « l’énième opération de communication » d’une municipalité qui, selon lui, a trop souvent ignoré les seniors : « Tout au long de ce mandat, nous n’avons rencontré que trop d’aînés qui ont le sentiment d’être méprisés. Plus rien n’est pensé pour eux. Il est grand temps que Strasbourg redevienne une ville pour les quatre générations ». Il rapporte le témoignage d’une personne âgée : « J’ai l’impression d’être à peine tolérée dans la ville où j’ai pourtant grandi ».

Jean-Philippe Vetter a abondé :

« Les personnes âgées se sentent peu prises en compte dans les politiques publiques. Les villes deviennent de moins en moins intergénérationnelles. Il suffit d’aller au centre-ville pour le voir. L’espace public n’est pas apaisé. Avec le stationnement payant au Neudorf : les enfants ne viennent plus. Venir voir ses parents, c’est un budget. En luttant contre la voiture, vous luttez aussi contre nos aînés. »

Désabusée, Floriane Varieras, de la majorité a insisté : « Les personnes âgées ne veulent pas être instrumentalisées ou infantilisées. Elles sont une force vive dans nos associations, dans la cité, dans la démocratie locale. Elles n’ont pas besoin qu’on parle à leur place ». Syamak Agha Babaei a souligné que « parler des personnes âgées uniquement sous l’angle de la voiture est terriblement réducteur », et a mis en avant la nécessité d’« adapter les logements et créer une maison urbaine de santé ». Quant à Jeanne Barseghian, elle rappelle qu’un nombre important d’événements a eu lieu pour les seniors.

La majorité a aussi pointé l’instrumentalisation, déjà au mois de septembre, du label « ville amie des aînés ». En effet, en septembre 2025, Nacera, femme voilée, a participé à une campagne de communication de la Ville. Elle a fait l’objet d’une campagne de haine sur les réseaux sociaux et par des médias d’extrême droite. Campagne notamment relayée par une élue de gauche, Pernelle Richardot. Syamak Agha Babaei a dit ce qu’il avait sur le coeur à ce sujet : « Plus jamais ça, plus de haine, plus de discrimination en raison de l’appartenance religieuse ou de la manière dont on s’habille », a averti le premier adjoint. Malgré plus d’une heure de débats et sept interventions au second tour de parole, le point a finalement été adopté à l’unanimité…

Motion pour l’Iran et les enfants victimes de violences

Les élu·es ont aussi voté à l’unanimité une motion de Soraya Ouldji pour prévenir les violences faites aux enfants et pour la promotion de leurs droits. Ils ont aussi travaillé ensemble sur une motion sur l’Iran, en vue du contexte actuel. « Il était essentiel que notre conseil municipal vote d’une voix unique et unanime sur ces fondamentaux. Nous sommes bien impuissants pour apporter plus », souligne l’élu d’opposition Pierre Jakubowicz. Aussi, une motion pour soutenir les agriculteurs et les agricultrices a trouvé grâce aux yeux de tous, notamment sur la question d’un salaire digne.

Une enquête administrative sur l’affaire Polesi

Sur l’affaire Polesi, Carole Santamaria (Parti pirate) a déposé une motion pour demander à ce qu’une enquête administrative soit ordonnée : « faisons confiance aux victimes et diligentons une enquête ». Caroline Zorn, à ses côtés, en a profité pour expliquer que cet épisode, particulièrement difficile, avait renforcé son choix de ne plus repartir en 2026 « ni après », affirmant que dans l’hémicycle, tout le monde était coupable car connaissait le personnage.

Soraya Ouldji, embraie : « C’est une plaie dans la vie politique. Ça m’a profondément touché », presque en larmes. « Cette histoire Polesi a été plus que le début de la fin. » Accusée de s’y opposer, la maire de Strasbourg a demandé à son exécutif de voter à l’unanimité en faveur de cette motion. « Je rappelle qu’un dispositif va voir le jour d’ici quelques jours pour permettre le signalement lié aux élus. » La motion a été adoptée à l’unanimité.

Où est passée l’adaptation au réchauffement climatique dans la campagne électorale ?

Où est passée l’adaptation au réchauffement climatique dans la campagne électorale ?
Manifestation pour le climat avant l’élection présidentielle de 2022 à Strasbourg.

Moins de deux mois avant les élections municipales à Strasbourg, aucun candidat, de la droite à la gauche radicale, n’a fait de la transition écologique un axe structurant de son discours de campagne. Un contraste édifiant avec les élections de 2020 alors que l’urgence climatique est toujours d’actualité.

Les candidat·es strasbourgeois·es aux élections municipales de 2026 considèrent-ils encore l’adaptation au réchauffement climatique comme une préoccupation majeure ? En écoutant leurs discours, difficile d’affirmer que c’est le cas. À moins de deux mois du premier tour, Jean-Philippe Vetter (Les Républicains), Pierre Jakubowicz (Horizons) et Catherine Trautmann (Parti Socialiste) ont présenté des axes programmatiques autour de la sécurité, de l’ordre et de la propreté de la ville. Mais sur l’écologie urbaine et la crise climatique, c’est le néant.

À droite, l’écologie stigmatisée

Les rares mentions du terme « écologie » dans les discours des candidats sont presque toujours accompagnées de termes dévalorisants comme « punitive ». Jean-Philippe Vetter (Les Républicains) et Pierre Jakubowicz (Horizons) ont parlé « d’écologie dogmatique ». La maire sortante Jeanne Barseghian étant membre du parti Les Écologistes, il s’agit d’abord pour ses opposants de se saisir de l’écologie pour critiquer l’action de la municipalité.

Cette expression « d’écologie punitive » est née dans les discours de la droite et de l’extrême droite au courant des années 2000 pour freiner l’adaptation et les changements liés au climat et à la préservation de l’environnement et elle est toujours utilisée dans les discours de 2026.

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Subventions, Cube Noir, hébergement d’urgence au programme du conseil municipal

Subventions, Cube Noir, hébergement d’urgence au programme du conseil municipal
Le conseil municipal de Strasbourg se réunit lundi 3 février pour sa dernière séance dans sa composition actuelle.

Le conseil municipal de Strasbourg se réunit lundi 2 février pour sa dernière séance dans sa composition actuelle. 59 points à l’ordre du jour, parmi lesquels le soutien financier pour maintenir La Poste à l’Elsau et le rachat du théâtre du Cube Noir.

Combien de temps va durer ce dernier conseil municipal du mandat ? Les paris sont lancés car la séance n’est pas particulièrement chargée et les sujets n’ont guère vocation à servir d’accroches aux polémiques. Mais avec trois présidents de groupe d’opposition candidats aux élections municipales de mars 2026 — Jean-Philippe Vetter (Les Républicains), Catherine Trautmann (Parti socialiste) et Pierre Jakubowicz (Horizons) —, quelques surprises sont possibles. Aucun grand projet n’est toutefois à l’agenda, ce qui est normal en cette période de réserve précédant la fin du mandat.

Près de 20 points portent sur des attributions de subventions (points 4, 22, 25, 26, 28, 29, 32, 33, 34, 35, 40, 42, 45, 47, 48, 54, 57, 58 et 59). Elles visent principalement à permettre aux associations de disposer de trésorerie au premier trimestre, avant le prochain conseil municipal, qui ne se tiendra pas avant fin mars ou début avril, le temps que s’installe la prochaine équipe municipale. Tour d’horizon des dossiers qui méritent que l’on s’y attarde.

Maintien de La Poste à l’Elsau

Le sixième point à l’ordre du jour concerne la relocalisation d’un bureau de poste à l’Elsau. Depuis 2024, celui-ci faisait l’objet d’un projet de fermeture par La Poste, dans un contexte de réduction du réseau des agences postales. Une perspective inquiétante pour les habitantes et habitants de ce quartier prioritaire de la politique de la ville, qui ont vu les services déserter leurs rues.

En proposant une installation dans un local neuf de 95 mètres carrés (m²), livré par le bailleur social Ophéa au 2 rue Mathias Grünewald, la Ville est parvenue à obtenir un accord de principe de La Poste, « qui envisage d’y aménager un espace étape numérique pour compléter son offre ». La société désormais privée s’est engagée à ouvrir ce nouveau bureau au plus tard le 1er janvier 2027. La délibération porte sur le versement d’une aide exceptionnelle à Ophéa afin de réaliser les travaux en 2026 : 100 000 euros pour la Ville et 312 000 euros pour le bailleur.

Rénovation et construction d’écoles côté Ouest

Deux points à l’ordre du jour concernent des établissements scolaires à l’ouest de Strasbourg. Dans un contexte de croissance démographique à Cronenbourg et à Koenigshoffen, la capacité d’accueil des écoles existantes est jugée insuffisante.

Le point 8 évoque l’école maternelle de Cronenbourg, pour laquelle la Ville prévoit une extension de 800 m², ainsi qu’une mise aux normes et une rénovation thermique. Le projet inclut l’amélioration de l’isolation, l’adaptation aux normes de sécurité et d’accessibilité, et l’augmentation des capacités d’accueil. Le coût de l’opération est estimé à 13,6 millions d’euros, dont 2,4 millions d’euros de la Région Grand Est, de l’État et de l’Union européenne.

Le point 9 porte sur l’acquisition de parcelles foncières à Koenigshoffen Est en vue de la construction d’un nouveau groupe scolaire. Aujourd’hui, le quartier ne compte que deux établissements — l’école maternelle Camille Claus et l’école élémentaire des Romains —, « en sureffectif et manquant de locaux adaptés », selon la délibération. Le futur groupe scolaire doit accueillir 19 classes en configuration REP, avec une cantine intégrée. Les terrains, situés rue Spender et appartenant à la société Envie 2E, seront acquis pour 731 500 euros. Le montant global du projet est estimé à 24 millions d’euros, même si aucun travaux n’est prévu avant le troisième trimestre 2028.

Dispositif d’aide aux victimes de l’attentat de Strasbourg

Le point 17 vise à reconduire, pour le procès en appel de l’attentat du 11 décembre 2018, le dispositif municipal d’aide à la participation des victimes parties civiles. Lors du premier procès, tenu à Paris du 29 février au 5 avril 2024, la Ville avait accordé une subvention de 33 810 euros à l’association SOS France Victimes 67. Cette aide avait permis de couvrir des frais non pris en charge par le dispositif national d’indemnisation, comme la présence d’un accompagnant, la garde d’enfants ou des déplacements décalés.

Le principal accusé ayant fait appel, le procès se tiendra à Paris du 23 mars au 17 avril 2026. La Ville propose de reconduire le dispositif dans les mêmes conditions. La délibération autorise également SOS France Victimes 67 à utiliser le reliquat de la subvention déjà versée afin de financer les déplacements des professionnels des associations strasbourgeoises d’aide aux victimes, SOS France Victimes 67 et Viaduq France Victimes 67, souhaitant accompagner les victimes pendant le procès.

La Ville acquiert le Cube Noir

Le conseil municipal devra également se prononcer sur le transfert à la Ville de Strasbourg du bâtiment du Cube Noir, situé au sein du Centre d’expertise sportive de Koenigshoffen et jusqu’ici propriété de la Région Grand Est. Ce théâtre est mis à la disposition de l’association Trois.14 dans le cadre d’une convention entre la Ville et la Région, accueille 32 compagnies, près de 400 artistes amateurs et plus de 15 000 spectateurs chaque saison.

Alors que la Région a engagé une restructuration du site du Creps et souhaite se désengager du bâtiment, la municipalité veut maintenir les artistes sur place et même essayer de développer l’activité de théâtre qui s’y déroule. La délibération prévoit également l’acquisition, à l’euro symbolique, d’une parcelle attenante afin de créer un accès autonome au théâtre, depuis la rue de la Garance.

Aide exceptionnelle pour les familles à la rue

Le point 47 porte sur l’attribution d’une subvention exceptionnelle de 125 000 euros au centre communal d’action sociale de la Ville de Strasbourg (CCAS) afin de financer un dispositif de mise à l’abri hivernale des familles et des enfants à la rue. À la suite d’un nombre élevé d’enfants sans solution d’hébergement et en l’absence de déclenchement d’un plan « grand froid », la Ville a ouvert le gymnase Ménora le 19 décembre 2025 pour accueillir des familles particulièrement vulnérables, dont les enfants étaient scolarisés à Strasbourg et restées sans réponse après des appels au 115.

À la fermeture du gymnase, le 16 janvier 2026, l’ensemble des familles accueillies ont été mises à l’abri : 20 personnes ont été prises en charge par l’État, 23 orientées vers le dispositif municipal « Bulles d’air » et 37 prises en charge par le CCAS pour la période hivernale. La subvention vise à couvrir les frais exceptionnels engagés par le CCAS pour la mise en œuvre de ces dispositifs, en lien avec son réseau de partenaires et à permettre, si nécessaire, le renouvellement du dispositif.

Mieux gérer la forêt communale

Point plus anecdotique, la Ville de Strasbourg est propriétaire d’une forêt communale de l’Oedenwald, un massif de mille hectares réparti en 71 parcelles, situé sur le ban communal de Cosswiller. Un projet de « démocratie participative » engagé entre mars et novembre 2025 a associé collectivités, Office national des forêts, associations naturalistes, représentants des chasseurs, acteurs du tourisme de nature et usagers. Avec pour but de faire évoluer la gestion de la forêt communale.

Les délibérations (point 1, 2 et 3) soumises au vote font évoluer cette gestion : le projet prévoit une gradation des modes de gestion forestière, allant du maintien de la gestion actuelle à des zones de libre évolution sans exploitation sylvicole (voir notre article dédié). Concrètement, une partie des espaces concernés serait laissée à la nature sans intervention humaine, avec 118 hectares placés en libre évolution immédiate et 59 hectares appelés à l’être progressivement à moyen terme. Sur 20 hectares, la collectivité prévoit au contraire des actions de restauration écologique afin de réparer des milieux dégradés. Enfin, sur 149 hectares, la gestion des sites évoluerait vers des pratiques plus favorables à la biodiversité, avec une présence humaine maintenue mais moins intensive.

Fanfares, expos, théâtre, ciné-concert… Nos recos culturelles de février

Fanfares, expos, théâtre, ciné-concert… Nos recos culturelles de février

En ce mois de février 2026 à Strasbourg, vous pourrez croiser pêle-mêle : des femmes en colère sur grand écran, des Innues du Canada sur papier glacé, des animaux sauvages en sculptures, des fanfares… Et aussi converser avec le futur et découvrir le pays de l’autre.

Female rage au Cosmos

Le Cosmos réhabilite la colère au féminin, cette émotion trop souvent réservée aux hommes. Les femmes qui s’emportent sont vite étiquetées hystériques, excessives voire dangereuses. Les films du cycle Female rage expriment tous une colère profondément sociale, dirigée contre les assignations et les violences du patriarcat. Mélos, films de genre, films d’animation, documentaires ou courts-métrages : ces œuvres montrent des corps qui débordent, des révoltes intimes ou des vengeances spectaculaires.

Au programme : la jeune Ada McGrath de La Leçon de piano, la Carrie télékinétique de De Palma, Catherine Deneuve dans Tristana de Buñuel, les trois motardes de Faster, Pussycat ! Kill ! Kill !, la sorcière de Kirikou, ou encore l’écoféministe Françoise d’Eaubonne… Une sélection tellement bien vue qu’on aurait envie de poser deux semaines de congés pour tout voir.

Le Cosmos présente deux rétrospectives en parallèle de ce cycle : l’une consacrée à Isabelle Huppert, le summum de la colère sourde ; et l’autre à Carole Roussoupolos qui n’a pas sa pareille pour filmer l’action directe.

Immersion chez les Innus au Canada

Nitassinan (notre terre), c’est le nom que donnent les Innus à un territoire ancestral, habité depuis plus de 10 000 ans, et qui s’étend des rives du fleuve Saint-Laurent aux confins des régions boréales de l’Est canadien. C’est aussi le titre qu’a choisi le photographe français Yann Datessen pour sa nouvelle exposition à découvrir ce mois-ci à Stimultania. Ce projet photographique, mené de 2022 à 2025, explore sept réserves innues au Canada. Le photographe, passionné par l’autogestion et les micro-communautés, a procédé à une immersion prolongée au sein des communautés afin d’en documenter le quotidien, les coutumes, les habitats, les tenues… Conçu en collaboration avec le Musée ilnu de Mashteuiatsh — où seront conservées les archives du projet — Nitassinan participe à une réflexion sur les formes de représentation des peuples autochtones et sur les conditions d’une mémoire visuelle partagée, entre histoire, identité et souveraineté narrative.

Itassinan, Eva, Uashat, décembre 2023Photo : Yann Datessen / ADAGP

Fanfares en festival

Février c’est le mois un peu déprimant : les fêtes sont passées, les galettes des rois sont digérées mais c’est pas encore le printemps, il fait encore tout gris dehors. Heureusement, le festival Fanfarodoï organisé par l’association Pelpass & Cie déboule et ambiancera aussi les rues avec des fanfares venues de plusieurs coins de France. Ça commence jeudi 5 février avec la fameuse fanfare FEIS qu’on ne présente presque plus, vous les avez sûrement déjà croisés à Strasbourg avec leurs salopettes jaunes. Ils partageront l’affiche avec Ultraviolettes, Splash et Los Teoporos. Cette dernière, venue de Bordeaux, a remporté le concours international de fanfares de médecine en 2009, la classe.

À noter : le samedi soir se terminera par un DJ set spécial fanfares et le dimanche, rendez-vous dès 15h pour finir le week-end en douceur avec une journée et soirée jeux de sociétés.

Envisager de passer la nuit au TNS

Résumé vidéo de l’édition 2024 d’Envisager la nuit.

Le Théâtre national de Strasbourg (TNS) ouvre ses portes durant la nuit du vendredi 6 au samedi 7 février pour des spectacles, des rencontres mais surtout des débats. Après avoir exploré les langues sur scène en 2024, la « cancel culture » en 2025, il s’agira cette fois d’interroger les « limites de la performance ». Les étudiant·es de l’école du TNS sont à la manœuvre même si la direction du TNS n’est pas très loin puisque Caroline Nguyen est l’invitée d’une table-ronde. Premier DJ set à minuit, second DJ set à 5h du matin… et tout un programme entre les deux pour une nuit très longue mais probablement passionnante. Les moins fatigués pourront même enchaîner avec le spectacle Seppuku, El funeral de Mishima, d’Angélica Liddell.

PF

Hélène Lacoste dans « Le pays des autres » d’après le roman de Leïla Slimani.Photo : Compagnie Plus d’une voix

Le pays des autres

Une jeune alsacienne, Mathilde, tombe amoureuse d’un soldat marocain pendant la Seconde guerre mondiale et le suit au Maroc. C’est le point de départ de cette pièce mise en scène et jouée par Hélène Lacoste d’après le roman de Leïla Slimani Le pays des autres. Entre rêve d’émancipation et réalité de l’exil, elle découvre la dépendance conjugale et doit se battre pour exister. Ce seule en scène explore la « migration intérieure » : Mathilde apprend l’arabe, se transforme au contact d’une autre culture… au point de devenir étrangère à sa propre famille. Au-delà des différences culturelles, c’est l’universalité des désirs qui touche : liberté, aventure, quête de soi… Une histoire de résistance féminine ancrée dans les années 40 étonnamment actuelle. Ce spectacle a été créé dans le cadre de Strasbourg Capitale mondiale du livre en avril 2024.

La brit pop de Ditter pour évacuer l’hiver

Qui n’a pas besoin d’un peu de britpop là ? Personne parce que le glucose de la britpop, on n’a encore pas trouvé mieux pour évacuer la grisaille et la mauvaise énergie accumulée de l’hiver. Alors ok Ditter, c’est un trio français mais promis, ils jouent très très bien de la britpop. Et d’ailleurs, après avoir lancé quelques titres sur Youtube, l’algorithme a proposé du Lola Young ensuite… Et il s’y connait l’algorithme de Youtube ! Donc, je suis pas en train de vous dire qu’il faut écouter de la musique sur Youtube, je suis en train de vous dire qu’il faut aller écouter Ditter à l’Espace Django parce que ça vous fera du bien. Et d’ailleurs, Rue89 Strasbourg, c’est un peu votre source de conseils santé désormais.

PF

Le ciné-concert « Nuages » jouera à la salle du Cercle de Bischheim en février.Photo : Chato’do

La tête dans les nuages

Un oiseau qui danse avec une tortue, un renard aventureux, un petit garçon chasseur de nuages, un berger qui transforme la laine en nuages pour créer de la pluie… Ce ciné-concert de la compagnie SZ propose cinq courts-métrages poétiques pour partir à la conquête du ciel. Deux multi-instrumentistes accompagnent les dessins animés au son de la guitare, de la basse, batterie mais aussi octapad, senza, mélodica et d’autres instruments bricolés ou détournés. Le tout enveloppé dans une ingénieuse scénographie de nuages lumineux. Un spectacle accessible dès trois ans et qui plaira sûrement aussi aux plus grands, mélomanes et/ou rêveurs habitués à avoir la tête dans les nuages.

Le musée d’art moderne à l’état sauvage

Rembrandt Bugatti, Mes antilopes, 1909. Plâtre. Strasbourg, Musée d’Art moderne et contemporain. Photo : M. Bertola / Musées de Strasbourg

À l’occasion de la réouverture du musée zoologique de Strasbourg, cette exposition fait dialoguer des animaux issus des collections naturalistes avec des œuvres du musée d’art moderne qui explorent la figure de l’animal. Source d’inspiration depuis les peintures rupestres, les animaux traversent l’histoire de l’art en révélant nos rapports ambigus avec les autres espèces : entre fascination et distance, domestication et altérité. Ce basculement commence avec les Lumières et la naissance de la zoologie au XVIIIe siècle. Aujourd’hui, avec l’éthologie, l’éthique animale et les animal studies, on regarde enfin la faune autrement. Les artistes captent cette évolution et témoignent de la richesse de la biodiversité. Le musée d’art moderne met la faune à l’honneur, dépasse la traditionnelle opposition homme-animal et célèbre ainsi ce qui nous lie.

L’Ososphère inaugure La Laiterie

L’Osophère est de retour avec deux soirées électro dans le hall central de la gare de Strasbourg. Si vous n’avez pas pris vos billets, c’est râpé car c’est déjà complet depuis des semaines. En revanche, pour l’expo qui aura lieu dans le quartier de la Laiterie, c’est tout bon ! Au riche programme de cet événement nommé Ohm Sweet Ohm pour une Conversation avec Le Futur ! : plus de 40 œuvres (souvent numériques et parfois interactives), des « labs participatifs », des expériences et performances. Ça se passera de jour comme de nuit dans trois lieux : la Fabrique et la Laiterie accueilleront l’exposition. Ce sera d’ailleurs l’occasion de découvrir la toute nouvelle salle de concert de la Laiterie. Après 18 mois de travaux, le lieu rouvre pour la première fois au public avec une expo musicale. Le Molodoï, quant à lui, deviendra durant quelques jours l’UltraLab-Café de L’Ososphère, un lieu convivial et participatif où l’on nous promet des « DJ sets conversatoires », un « Carnabal », un « juke box dérivatif »…

L’Ososphère s’expose au quartier Laiterie durant deux semaines.Photo : Bartosch Salmanski



Au CEAAC, des images, lettres et les héritages de Milena Jesenská, intellectuelle invisibilisée

Au CEAAC, des images, lettres et les héritages de Milena Jesenská, intellectuelle invisibilisée
Image tirée de Milena Jesenská, La Voie de la Simplicité, Kévin Blinderman et Flora Citroën, 2026.

Les artistes Kévin Blinderman et Flora Citroën proposent de revenir en images sur l’histoire occultée de Milena Jesenská, intellectuelle tchécoslovaque du XXe siècle invisibilisée de son vivant et morte dans un camp nazi.

Féministe, résistante, communiste, Milena Jesenská incarnait une jeunesse slave insoumise et révoltée contre le régime fasciste de son temps. Née en 1896 à Prague, elle s’illustre comme écrivaine et traductrice, et devient, dans les années 1920, l’une des figures majeures du journalisme tchèque. Pourtant, son nom n’est resté dans les mémoires que comme celui de la correspondante dont était épris l’écrivain Franz Kafka, avec lequel elle entretenait une liaison épistolaire dévorante. Un statut qui a éclipsé la reconnaissance de son œuvre propre et son engagement politique.

Arrêtée en 1939, elle est déportée en Allemagne et meurt cinq ans plus tard dans le camp de concentration de Ravensbrück. C’est à rebours de cet effacement politique que se positionnent Kévin Blinderman et Flora Citroën. En rendant sa voix à Milena Jesenská, dont la plupart des écrits ont été dispersés ou perdus, les deux artistes tentent de reconstituer l’œuvre fragmentée de l’écrivaine.

Le projet exposé au Centre européen d’actions artistiques contemporaines (CEAAC) prend forme en 2023 à l’occasion du programme d’échanges entre le CEAAC, MeetFactory, un centre d’art à Prague, et l’Institut français de Prague. L’idée avait germé quelques mois plus tôt, dans le cadre d’une résidence artistique au sein du Centre d’art contemporain de la synagogue de Delme, au cours de laquelle Kévin Blinderman et Flora Citroën ont ressenti la nécessité de mettre en perspective leur attention commune pour les récits et les histoires de celles et ceux qui ont été minorés, voire totalement oubliés, de l’histoire littéraire et artistique du XXe siècle.

Redonner la parole

Ce dessein prend forme par l’adaptation en long-métrage du premier recueil de textes de Milena Jesenská, La Voie de la Simplicité (1926), dont le temps de lecture équivaut à la durée du film éponyme. Cette mise en abyme du geste de transposition et de traduction se poursuit par la publication de la première traduction française du recueil, réalisée par Barbora Faure, pour Mater Editions –, maison d’édition fondée par Flora Citroën.

Les deux premiers niveaux du CEAAC étant toujours occupés par Hope for Change. Hackney Flashers, de Londres à Strasbourg, c’est au dernier étage du centre d’art que se révèle Milena Jesenská, dans l’épaisseur de ses espoirs, de ses déboires et de son histoire.

Portrait de Kévin Blinderman et Flora Citroën.Photo : Rob Kulisek

Kévin Blinderman est artiste et commissaire d’exposition, il est diplômé de l’École nationale d’art de Paris-Cergy et son travail a déjà été exposé à Berlin, Cologne, Berne, et Paris, où il a récemment fondé la galerie Good or Trash. Sa pratique artistique oscille entre l’image, le texte et l’objet ordinaire, avec lesquels il s’emploie à (re)présenter ce que l’on a trop peu, ou mal vu en jouant d’une esthétique volontairement sobre et dépouillée.

Le travail de Flora Citroën a été présenté à Paris et en région parisienne, mais aussi en Suisse, en Italie, au Mexique et aux États-Unis. Dans son parcours d’études, elle a rejoint Paris-Cergy, après l’obtention d’un diplôme à l’University of the Arts de Londres. Artiste, chercheuse et éditrice, Flora Citroën fonde Mater Editions en 2024, avec laquelle elle entend redonner la voix aux femmes privées de parole, comme ce fut le cas de Milena Jesenská. Son travail se construit principalement au fil d’échanges et d’événements quotidiens qui peuvent paraître anodins, et que l’artiste s’emploie à traduire, principalement sous forme de textes et de vidéos.

À Aubure, scientifiques et habitants débutent une étude coopérative sur l’avenir de la forêt

À Aubure, scientifiques et habitants débutent une étude coopérative sur l’avenir de la forêt
Aubure va repenser la gestion de sa forêt communale et associer les citoyens.

Qui doit décider de l’avenir de la forêt ? Les forestiers qui l’exploitent, les chasseurs qui payent leur droit de chasse, les habitants qui la fréquentent… Des scientifiques de l’Université de Strasbourg sont venus poser cette question à Aubure et proposent de mettre en place un laboratoire citoyen.

C’est à la salle citoyenne d’Aubure, près de Sainte-Marie-aux-Mines, que se sont donné rendez-vous au soir du jeudi 29 janvier des bucherons, des chasseurs, des habitants, des agriculteurs et des agents de l’Office national des forêt (ONF). « On est tous là pour regarder la forêt, mais on y voit pas la même chose » lance un garde forestier d’Aubure à l’assemblée en guise d’avertissement.

Au milieu de la quarantaine de personnes présentes, quatre scientifiques venues de l’Université de Strasbourg pour lancer la première expérimentation d’un « laboratoire citoyen » de la forêt vosgienne.

Ce n’est pas la première fois que les 353 habitants d’Aubure voient débarquer ces universitaires strasbourgeoises. Elles travaillent à l’Observatoire hydro-géochimique de l’environnement (OHGE) présent à Aubure depuis 1986. Leur dizaines d’instruments de mesures sont répartis sur 80 hectares de la forêt communale qui en compte 325. Aux sources du Strenbach, c’est l’un des plus ancien observatoire au monde d’un bassin versant, qui a constaté conséquences des pluies acides dans les années 80 et produit des données pour le CNRS, l’Université de Strasbourg et l’École du génie de l’eau et de l’environnement de Strasbourg.

Les humains font partie de la forêt

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Engagée contre les atteintes à l’environnement, la rédaction suit de près les enjeux écologiques et travaille sur les alertes qui lui sont transmises. Sans Rue89 Strasbourg, la pollution de l’eau potable par les pesticides et des projets comme un stade de biathlon dans les Vosges, ou une route sur la colline de Lorentzen seraient bien moins connus des Alsaciens.

Thibault Vetter suit les collectifs militants et les associations qui se mobilisent partout dans la région face aux projets écocides, comme de nouvelles zones d’activités sur des terres cultivables. Il enquête sur diverses sources de pollution, les pesticides, les usines, et leurs impacts sur la santé publique. Un travail de l’ombre, qui nécessite beaucoup de contacts et le décorticage de nombreuses alertes.

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« Guerrières », portraits de femmes fières et en lutte à la médiathèque Olympe de Gouges

« Guerrières », portraits de femmes fières et en lutte à la médiathèque Olympe de Gouges
Portrait d’une guerrière

Géraldine Joët présente Guerrières, une série photographique qui installe une fierté féministe dans l’espace public. L’exploration de la rue et de la nuit s’enrichit de la création d’une mythologie contemporaine pour rompre les visions sexistes.

À l’origine de Guerrières, il y a une confrontation entre un imaginaire et ses effets réels. Géraldine Joët, artiste plasticienne et photographe de Strasbourg, s’est régulièrement retrouvée à arpenter en soirée la gare de Lingolsheim. Un lieu désert, avec un seul quai, isolé, qui nourrit immédiatement un sentiment d’insécurité chez l’artiste. Géraldine Joët se rappelle que les violences sexistes et sexuelles ont majoritairement lieu dans un environnement domestique ou familier. Et pourtant, à l’extérieur, toute femme fait cet apprentissage d’un « risque d’être femme dans l’espace public » et de surcroît de nuit. Le quai de gare, faiblement éclairé par un lampadaire, fait alors naître une image dans l’esprit de l’artiste, celle d’une guerrière dans un environnement hostile.

Un travail de recherche photographique et un travail sur soi

Pour explorer un tel sujet et réaliser une série de portraits la plus large possible, Géraldine Joët s’est lancée alors dans un processus de recherche de volontaires qui accepteraient de poser devant son objectif. Elle s’adresse pour cela d’abord à ses proches pour tester son idée puis elle étend le processus pour diversifier les profils de femmes représentés. Un procédé qui implique parfois de se confronter aux blessures personnelles des femmes rencontrées. Elle ne cherche pas à les convaincre de poser comme modèle et les laisse libre de renoncer.

Ce processus de recherche de modèles est accompagné de discussions, parfois longues, autour de la difficulté que les femmes peuvent ressentir face à leur propre image. L’artiste raconte les hésitations de ses interlocutrices : mal à l’aise face à l’appareil photo, sentiment de ne pas être assez photogénique, gérer sa corporalité dans la rue, sous le regard des autres, au moment de la prise de vue…

« Les discussions, c’est toujours ce rapport à soi, mais surtout de l’image qu’on renvoie aux autres dans l’espace public. »

Géraldine Joët

L’enjeu pour les femmes photographiées est de se montrer aux autres et donc de savoir comment se montrer. Chaque candidate choisit son lieu de photographie, sa tenue ainsi que son « arme symbolique ». Là encore l’artiste travaille au cas par cas, consciente que pour certains modèles faire le choix de sa tenue, et de ses « armes » ne dure que le temps d’une discussion, dans d’autres il est le fruit de plusieurs mois de réflexion. À la fin le résultat aboutit systématiquement à des portraits de femmes fières.

Pour un nouvel imaginaire de la femme la nuit

L’expression de « mythologie contemporaine », revendiquée dans le texte présentant l’exposition, témoigne de la volonté qu’a l’artiste de se réapproprier l’imaginaire collectif qui entoure les femmes. Des mythologies antiques représentant les femmes en guerrières à la représentation plus récente de la femme douce, fragile et dépendante. Ces imaginaires sont essentiellement masculins et l’artiste s’attache à les défaire et à les reconstruire à partir des femmes. La nuit devient alors un temps singulier, riche des possibilités et chaque femme photographiée devient une apparition puissante, surréaliste et intemporelle.

Aperçu de l’exposition depuis la rue KuhnPhoto : Charles Le Divenach / Rue89 Strasbourg

Géraldine Joët explore le concept de géographie androcentrée, conçue par et pour les hommes, pour y photographier des femmes qui la combattent tous les jours. De ces songes surgissent aussi des lieux, placés dans un clair-obscur déroutant le premier regard, la lumière éclairant tout d’abord la personnalité qui se tient dans l’espace. Mais les lieux et espaces se révèlent progressivement, dévoilant à tous ceux et toutes celles qui fréquentent la ville de Strasbourg des environnements connus, voire familiers.

L’imaginaire exploré par l’artiste est traversé de violences, du nom de la série jusqu’aux différentes armes symboliques que les modèles sont invitées à arborer sur les portraits. Guerrières n’est alors pas une revendication mais un constat, la société patriarcale est en guerre contre les femmes, les viols et les violences en sont les armes utilisées contre elles. L’artiste revendique, visibilise et valorise alors la récupération de l’espace public par des femmes, sans en demander la permission, ni l’autorisation à y exister par elles-mêmes.

Un portrait de guerrièrePhoto : Géraldine Joët / Rue89 Strasbourg

Rendre visible ces femmes fières

Collage d’une partie de l’expositionPhoto : Géraldine Joët / Rue89 Strasbourg

Le choix du lieu d’exposition, la Médiathèque Olympe de Gouges à Strasbourg et notamment la salle Égalité de genre, permet de parachever le geste artistique. Géraldine Joët précise ainsi qu’elle n’aurait pas exposé cette série photographique dans des galeries d’art, des lieux qu’elle estime trop élitistes. Ces portraits nécessitent d’être vus par tous et toutes, c’est pourquoi l’exposition s’installe directement dans la rue par le collage de plusieurs clichés sur la façade même de la médiathèque. Un geste qui rappelle évidemment la pratique du mouvement des colleuses féministes, qui donne une visibilité aux féminicides et aux violences patriarcales d’une manière générale, dans un objectif de réappropriation de l’espace public.

« Voir ces femmes fières collées dans la rue, voir cette fierté qu’elles ont, ça m’a fait un bien fou. »

Géraldine Joët

Le projet est toujours en cours et les spectatrices de l’exposition sont invitées à contacter l’artiste si elles-mêmes sont intéressées pour en faire partie (geraldinejoet3@gmail.com).

#médiathèque Olympe de Gouges