Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Rue89 Strasbourg va se connecter à Hautepierre, l’Elsau et au quartier Gare

Rue89 Strasbourg va se connecter à Hautepierre, l’Elsau et au quartier Gare

Dans un environnement de fake news, rumeurs et autres informations bidons, quelle est la place des journalistes locaux ? Avec le soutien du ministère de la Culture, Rue89 Strasbourg va à la rencontre des habitants de l’Elsau, d’Hautepierre et de la Gare, pendant un an afin de mieux traiter des enjeux et des problématiques de ces quartiers.

En 2016, Rue89 Strasbourg s’était installé pendant un mois dans le quartier de Hautepierre, à l’ouest de Strasbourg. Ce qui nous avait frappé pendant cette délocalisation, c’est à quel point un territoire pourtant si important, par sa population et ses problématiques, pouvait échapper aux journalistes locaux que nous sommes. Certes, nous ne sommes que 2,5 journalistes. Pour proposer une actualité de Strasbourg et de son agglomération, c’est peu. Mais quand même, les enjeux d’Hautepierre, les problèmes et les réussites des habitants échappent largement à notre radar. Le constat peut être fait avec tous les autres quartiers périphériques de Strasbourg et ce n’est pas une situation satisfaisante.

D’un autre côté, nous constatons aussi le désamour, pour rester poli, qui vise les journalistes. Accusés d’être des relais des pouvoirs publics, des « alliés du système », les journalistes sont parfois vus comme faisant partie des institutions. Bien des gens préfèrent envoyer une info vers une page Facebook qu’appeler un journaliste. Même gérée anonymement, la page Facebook est jugée plus fiable qu’un média comme le nôtre. Ce n’est pas non plus une situation satisfaisante, surtout quand ces pages relaient des rumeurs et surfent sur des indignations sélectives.

Le quartier de Hautepierre ne reçoit pas la visite de journalistes locaux aussi souvent qu'il faudrait (Photo Hiwelo / FlickR / cc)
Le quartier de Hautepierre ne reçoit pas la visite de journalistes locaux aussi souvent qu’il faudrait (Photo Hiwelo / FlickR / cc)

Des conférences de rédaction ouvertes

Alors nous allons essayer de réduire ce fossé, de se connecter avec les quartiers de Strasbourg aussi solidement que nous le sommes avec notre réseau de sources habituelles, étape par étape. D’abord, nous dressons un réseau de partenaires, avec des structures installées depuis longtemps auprès des habitants. Après leur avoir présenté notre démarche, nous nous insérons dans leurs programmes et nous suivons leurs recommandations.

Ensuite, nous organisons des « conférences de rédaction délocalisées, » auxquelles nous invitons les habitants à venir nous rencontrer et proposer des sujets d’articles. Nous pensons que l’exercice d’un échange sur chaque sujet proposé permettra :

    à nous de détecter de nouveaux sujets auxquels nous n’aurions pas pensé, aux habitants de comprendre quels sont nos objectifs, nos moyens et nos contraintes.

Se rendre disponibles et accessibles

Idéalement, ces conférences de rédaction délocalisées permettront d’une part de produire des articles directement inspirés par les habitants de ces quartiers, des sujets trop rares sur Rue89 Strasbourg, et d’autre part, la publication de ces articles permettra – peut-être – de montrer aux habitants que les journalistes locaux que nous sommes avons vocation à traiter de leurs sujets et que nous sommes disponibles pour eux.

logo ministère de la Culture

Et la bonne nouvelle, c’est que nous bénéficions pour cette démarche d’une aide du ministère de la Culture, via le fonds de soutien aux médias de proximité. Cette subvention de 18 700€, la première pour Rue89 Strasbourg en six ans existence, va nous permettre de nous impliquer dans cette démarche sans mettre en péril le toujours très fragile équilibre économique de notre média local (rappel : Rue89 Strasbourg est une entreprise strasbourgeoise entièrement indépendante).

Nous avons ciblé trois quartiers pour la première année. La Gare-sud (secteur QPV) parce que nous y sommes installés depuis l’été, Hautepierre parce que nous y avons nos habitudes et que nous serons heureux de revoir tous nos contacts, et l’Elsau, un quartier qui n’a pas vu un journaliste de Rue89 Strasbourg depuis plus d’un an. Nos premiers partenaires sont le CSC du Fossé-des-Treize et Porte Ouverte pour le quartier Gare, le CSC de l’Elsau, le CSC d’Hautepierre et le collège Érasme.

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Les deux « Franky’s Diner » fermés définitivement… place à « La Peau de vache » et à « Le Cul Terreux »

Les deux « Franky’s Diner » fermés définitivement… place à « La Peau de vache » et à « Le Cul Terreux »

Le groupe FHB a annoncé mercredi 10 janvier la fermeture des deux restaurants Franky’s Diner, situés dans le quartier Gare et au Neudorf à Strasbourg. Les deux établissements seront réaménagés et laisseront la place à deux nouveaux restaurants, « La Peau de vache » et « Le Cul Terreux ».

Plus d’un amateur de burgers et d’ambiance retro à Strasbourg sera déçu. La fermeture définitive des deux restaurants Franky’s Diner, bars et restaurants « américains », a été annoncée sur Facebook, mercredi 10 janvier.

Annonce de la fermeture des deux Franky's Diner
Annonce de la fermeture des deux Franky’s Diner (capture d’écran Facebook)

« Pas prioritaire »

Le directeur du groupe FHB Franck Meunier a expliqué « ne plus vouloir investir dans le projet, la marque « Franky’s Diner » n’étant pas prioritaire » par rapport aux autres projets de l’entreprise. Celle-ci compte une douzaine d’enseignes à Strasbourg et elle a repris en mars les anciens locaux d’Intersport, rue du 22 novembre.

Toujours selon Franck Meunier, ce n’est pas un manque de clientèle qui aurait motivé la fermeture des deux restaurants, mais un simple « arbitrage ». Franck Meunier a cédé les fonds de commerce mais est resté propriétaire de la marque « Franky’s Diner. » Sur Facebook en tout cas, la surprise était totale parmi les habitués des restaurants :

Réactions des habitués des Franky's Diner
Réactions des habitués des Franky’s Diner (capture d’écran)

La boutique e-shop de la marque, qui proposait divers goodies dans l’ambiance retro-années 50 des restaurants, a également été fermée.

Les Franky’s Diner avaient été ouverts en avril et novembre 2012, à une époque où les burgers étaient moins fréquents dans les menus des restaurants. Les Franky’s avaient été les premiers restaurants à importer le concept américain des « diners« , le groupe FHB avait même dû importer les banquettes des États-Unis.

Les deux Franky's Diner (ici rue de Molsheim) resteront des restaurants... pour une autre ambiance. (Photo EB / Rue89 Strasbourg)
Les deux Franky’s Diner (ici rue de Molsheim) resteront des restaurants… pour une autre ambiance. (Photo EB / Rue89 Strasbourg)

De nouveaux propriétaires… et de nouveaux restaurants

Les deux restaurants ont été revendus, « début janvier » à trois associés : Julien Brand, propriétaire des bars L’Intenable à Obernai et Haguenau, et du bar Notre Idée Fixe à Molsheim, Sébastien Harrel, propriétaire du bar Le Grincheux et du Café Grognon, et Agathe Diebold, gérante du même café.

Appelés La Peau de Vache au Neudorf et Le Cul Terreux à la gare, les nouveaux restaurants seront complètement réaménagés vers une ambiance « rustique, » selon Julien Brand :

« On veut donner une ambiance ferme, campagne, boisée, tout en proposant une carte basée sur des produits de qualité et entièrement faits maison. Même si les restaurants sont un peu excentrés par rapport au centre-ville, on pense vraiment que l’esprit bar-restaurant de quartier va marcher. »

Les deux établissements proposeront également une carte fournie d’une vingtaine de bières pression et de vins – et des burgers. Les anciens habitués des Franky’s Diner ne seront donc pas complètement perdus. Les travaux ont déjà commencé et devraient être terminés fin février.

L’Université ferme ses portes à une conférence sur le Levothyrox

L’Université ferme ses portes à une conférence sur le Levothyrox

La faculté de médecine n’accueillera pas la conférence sur la procédure collective en cours contre le laboratoire Merck, qui commercialise le Levothyrox. Nicolas Clausmann, avocat et organisateur de l’événement, dénonce un revirement de dernière minute. Jean Sibilia, doyen de la faculté de médecine, affirme qu’aucun contrat de location n’a jamais été signé.

« Notre unique solution de repli, c’est le MacCarthy. » Nicolas Clausmann est avocat. Il organise avec son confrère Christophe Leguevaques, une conférence intitulée : « La crise du Levothryox, où en est-on de la procédure collective en cours ? » Mais lundi 15 janvier vers midi, il reçoit un e-mail lui signifiant que l’événement prévu pour le lendemain à 20 heures ne pourra se faire dans l’enceinte de l’université de Strasbourg.

« Nous avons été pris au dépourvu par la faculté de médecine de Strasbourg », lâche l’organisateur de cette soirée d’information. Elle se tiendra finalement dans le restaurant Au Bercail, situé au 43 rue Finkwiller, à Strasbourg. Mardi 16 janvier, le pub MacCarthy a été contraint d’annuler l’accueil de la conférence sur le Levothyrox, pour des raisons indépendantes de sa volonté.

Nouvelle formule et effets indésirables

Le Levothyrox est un médicament au coeur d’une polémique depuis plusieurs mois. Il permet de lutter contre une trop faible production d’hormones par la glande thyroïde. Au printemps 2017, une nouvelle formule du comprimé a été mise en place par le laboratoire Merck.

Les malades, souvent des femmes âgées de plus de 50 ans, se sont plaints d’effets indésirables comme une fatigue importante, des ballonnements, des crampes, voire des vertiges. En France, trois millions de personnes prennent régulièrement ce médicament. Le directeur de Merck, Thierry Hulot, accuse les associations de patients de vouloir faire le « buzz médiatique ».

Me Christophe Leguevaques, soutenu en Alsace par Nicolas Clausman, est l’avocat qui défend plusieurs centaines de plaignants contre le laboratoire Merck. La procédure a pour but d’obtenir une indemnisation de 10 000 euros par personne pour préjudice d’angoisse et défaut d’information. La date limite pour rejoindre la procédure collective a été fixée au 15 février 2018. Le procès devrait se tenir devant le tribunal d’instance de Lyon le 1er octobre 2018.

Un problème de forme… et de fond, selon le doyen de la faculté de médecine

Du côté de l’Université de Strasbourg, on se défend de toute censure et on parle d’une « demande de salle trop tardive ». Même son de cloche du côté du Pr Jean Sibilia, doyen de la faculté de médecine :

« La demande de salle des organisateurs de cette conférence n’a jamais abouti à la signature d’un contrat de location. J’ai appris hier qu’un tel événement était annoncé dans notre enceinte. Un débat interne à la faculté de médecine doit avoir lieu sur le contenu de la conférence pour pouvoir accepter de l’accueillir. Nous n’avons pas eu l’occasion d’une telle discussion. »

Pour Jean Sibilia, c’est avant tout un problème de forme qui empêche la conférence de se tenir à la faculté de médecine. Le petit amphithéâtre de l’institution n’est pas utilisé le mardi 16 janvier au soir. Mais l’institution n’a pas eu le temps d’organiser un tel événement : « il faut faire venir des appariteurs, assurer une sécurité renforcée puisque c’est un événement public », explique-t-il.

Le doyen de la faculté s’exprime aussi sur le fond de l’événement :

« Je dois garantir le respect de l’éthique universitaire. J’accepterais une conférence sur le Levothyrox si des endocrinologues, des pharmacologues, des patients et d’autres experts étaient invités. Notre institution doit assurer la représentation d’avis scientifiques, de points de vue contradictoires… Cet événement ne satisfait pas à ces critères : ce sont deux avocats qui incitent à porter plainte contre le laboratoire Merck. »

La prochaine conférence à la faculté de médecine de Nantes

Me Christophe Leguevaques n’a pas tardé à dénoncer une « censure de la fac de médecine » sur la page Facebook « Levothyrox : action collective – au civil ». Il organise des réunions similaires à Toulouse, Rennes ou Bordeaux pour grossir les rangs de l’action collective. À Nantes, une conférence est prévue le 18 janvier. Elle doit se tenir dans les locaux de la faculté de médecine. Sauf si l’université nantaise suit l’exemple de Strasbourg…

#action collective#lévothyrox

L’effectif du Racing sur les rotules pour le déplacement à Marseille

L’effectif du Racing sur les rotules pour le déplacement à Marseille

Le Racing club de Strasbourg doit composer avec un effectif réduit et convalescent à l’heure d’aller se déplacer à Marseille. La faute à pas de chance ou à un groupe en surrégime ?

Le Racing Club de Strasbourg se déplace ce mardi à Marseille pour la 21ème journée de Ligue 1 de football. Après avoir tenu en échec les olympiens lors d’un match aller épique en octobre (3-3), les Alsaciens présentent cette fois-ci un effectif diminué.

Trois cadres, le gardien titulaire Bingourou Kamara, le milieu Dimitri Liénard, ainsi que le défenseur et capitaine Kader Mangane ne font pas le déplacement au Vélodrome pour cause de blessure. À cela, s’ajoutent les blessures de longue date du milieu offensif Benjamin Corgnet (7 titularisations jusqu’à octobre) et des jeunes joueurs absents depuis le début de l’année, Abdallah Ndour et Duplexe Tchamba.

Des retours de blessure attendus

Dans le groupe de 19 joueurs, l’attaquant Martin Terrier, le milieu récupérateur Jean-Eudes Aholou reviennent tout juste de convalescence. Tout comme Dimitri Foulquier, défenseur entré en jeu face à Guingamp vendredi 12 janvier après de longs mois d’absence (1 match en août jusque-là). Il n’est pas sûr que ces trois joueurs soient titulaires.

Petit motif de soulagement pour le promu, les Marseillais comptent aussi plusieurs absents : Jordan Amavi (déchirure musculaire), Maxime Lopez et Rolando (suspendus). Hiroki Sakai et l’international français Dimitri Payet sont incertains.

Il faut dire que les organismes des Strasbourgeois ont été soumis à rude épreuve. Le Racing Club de Strasbourg a passé un tour de Coupe de la Ligue en octobre, avant d’être éliminé par le Paris Saint-Germain (2-4) en décembre. Les Bleus et Blancs ont fait durer le plaisir 30 minutes de plus pour leur match de reprise le 7 janvier en Coupe de France, la faute à des prolongations pour se qualifier face à Dijon (3-2).

« Dès qu’il manque quelques cadres l’équilibre est rompu »

Pour le supporter et blogueur JP Darky, la séquence montre la fragilité de l’effectif bâti pour la Ligue 1 :

« Lors du recrutement, tous les postes étaient doublés, malgré des moyens limités. Mais certains remplaçants sont loin du niveau des titulaires. Parmi les supporters, certains remettent en cause la préparation physique. D’autres s’interrogent sur la coupure hivernale en Espagne et cette alternance chaud-froid pour les organismes. On a vu qu’au complet, l’effectif fonctionne bien. On a fini l’année en trombe, peut-être à 110% ou 120% de nos capacités, sauf le dernier match à Metz (perdu 3-0) où inexplicablement il y avait peu d’envie. Mais dès qu’il manque quelques cadres l’équilibre est rompu. Vendredi face à Guingamp (défaite 0-2), les joueurs semblaient se chercher sur le terrain. Depuis que je vais au Racing, les mois de janvier-février ont toujours été compliqués, avec beaucoup de blessés. »

Par le passé, l’entraîneur Thierry Laurey a rappelé que le retour de joueur blessés (Dimitri Foulquier, Pablo Martinez, Abdallah Ndour, Benjamin Corgnet) pouvait s’apparenter à des renforts nécessaires, à l’heure où le club a des moyens limités pour un recrutement. Même si le président Marc Keller ne ferme pas complètement la porte, notamment en cas de départ.

Lundi en conférence de presse, le coach minimise l’hécatombe :

« On a perdu beaucoup de force dans le match contre Dijon. Dans le meilleur des cas, certains joueurs ont accumulé de la fatigue. Dans le pire des cas, ils se sont blessés. Mais pour le match de demain, on retrouve Jean-Eudes Aholu et Martin Terrier. On est plus que le nombre de joueurs nécessaires. »

Le stage hivernal pendant la coupure en Espagne devait permettre de jouer sur des terrains moins froids. Plusieurs clubs français ont fait ce choix car les pelouses sont ainsi sensées être moins traumatisantes pour les organismes.

Incertitudes en attaque

À l’heure d’entamer les matches retours, l’état de l’attaque demeure fragile. La recrue estivale en pointe Idriss Saadi n’est plus titulaire depuis des mois. Joueur musclé, technique et peu mobile, il ne correspond guère au profil de l’équipe, plutôt axé sur les courses et les relances. Un autre joueur offensif, Ihsan Sacko (20 ans) a été sorti avant la mi-temps face à Guingamp, fait rarissime, en raison de sa contre-performance.

Quant à Martin Terrier (20 ans, 4 buts) il fait l’objet de rumeurs insistantes de transfert de la part de Lille, le club qui l’a prêté pour une saison. Encore quelques blessures ou des suspensions et la situation à l’avant pourrait se compliquer, après un début d’année en fanfare (24 buts lors des 19 matches aller).

La 11ème place à l’entame Strasbourg de la 21ème journée reste un temps de passage meilleur que ce que beaucoup de supporter espéraient pour ce retour dans l’élite. À cela s’ajoute s’ajoute une victoire de prestige face au Paris Saint-Germain (2-1) à la Meinau le 2 décembre. Mais le Racing avait le même bilan à la 21ème journée en 2007-2008. À la fin de la saison, Strasbourg descendait en Ligue 2.

Gagnez deux places pour l’avant-première de « Une saison en France » au cinéma

Gagnez deux places pour l’avant-première de « Une saison en France » au cinéma

Le cinéma Star Saint-Exupéry et Rue89 Strasbourg vous proposent de gagner 30 invitations pour deux personnes pour l’avant-première du film « Une saison en France ». Le film de Mahamat-Saleh Haroun sera diffusé lundi 22 janvier à 20h15 au cinéma Star Saint-Exupéry.

Le pitch

En plein débat autour de la loi sur l’asile et l’immigration, « Une saison en France » est un film qui vient à point nommé. Le long-métrage de Mahamat-Saleh Haroun raconte l’histoire d’Abbas, un professeur de français centrafricain. L’homme a fui la guerre en Centrafique et espère pouvoir bâtir une nouvelle vie en France.

Ses enfants vont à l’école. Le père travaille sur un marché, où il rencontre Carole. Une histoire d’amour naît entre les deux. Mais les incertitudes pèsent lourd sur le quotidien d’Abbas et de ses proches. Et si l’Etat français lui refusait le droit d’asile?

La soirée

La projection du film aura lieu le 22 janvier à 20 heures 15 au cinéma Star Saint-Exupéry. Elle sera suivie d’une rencontre avec le réalisateur Mahamat-Saleh Haroun et la comédienne Sandrine Bonnaire.

La projection du film « Une saison en France » sera suivie d’une rencontre avec le réalisateur Mahamat-Saleh Haroun et la comédienne Sandrine Bonnaire (Document Remis – Ad Vitam Distribution)

Le concours

Les fils prodigues de Jean-Yves Ruf ou l’impossible retour au père

Les fils prodigues de Jean-Yves Ruf ou l’impossible retour au père

Les 17, 18 et 19 janvier, Jean-Yves Ruf, en résidence au Maillon, présentera sa nouvelle création « Les Fils Prodigues », un diptyque de deux textes peu connus : Plus qu’un jour de Joseph Conrad et La Corde d’Eugène O’Neill. Deux courtes pièces qui mettent en miroir l’échec de la transmission, et ce au travers de la relation père/fils.

La création des Fils Prodigues débute par une curieuse histoire, celle d’une rencontre entre un metteur en scène et un texte glissé dans sa poche. Jean-Yves Ruf raconte :

« Un jour, alors que je suivais les représentations de Comme il vous plaira au Théâtre National de Toulouse, un des vieux comédiens de la troupe me glissa dans la poche une petite pièce de Conrad, dans les petites éditions Bon Chameau. Je fus très étonné, Conrad est un de mes auteurs de chevet, et je n’avais pas connaissance qu’il ait écrit pour la scène. Et pourtant oui, une pièce courte, adaptée de sa nouvelle Tomorrow, et intitulée One day more. C’est cette pièce que j’avais dans la poche. Je la lus et eut immédiatement envie de la porter à la scène. »

(Photo: Rodolphe Gonzalez)

Cette pièce relate le départ d’un fils qui, après s’être brouillé avec son père, s’en va en mer. Lorsqu’il revient quelques années plus tard, celui-ci ne le reconnait pas. Séduit par ce texte trop court pour être joué seul sur scène, Jean-Yves Ruf attendit de rencontrer un « texte miroir », ce qui arriva avec La Corde du dramaturge américain Eugène O’Neill. Cette fois, il est question du départ d’un fils qui prend la mer après avoir volé son père, ce dernier lui promet la corde s’il ose revenir. Lorsqu’il réapparaît, la corde et la haine du père sont toujours présentes.

Ces textes comprennent des similitudes tout à fait frappantes, malgré des écarts importants. D’après le metteur en scène :

« Chez O’Neill, on a affaire à une sorte de thriller, les objectifs pour les comédiens sont assez clairs : tout le monde veut savoir où est l’argent, et à cela s’ajoute la dimension de vengeance. L’argent n’est pas central chez Conrad, et le temps semble étiré. Ce dernier se rapprocherait de Debussy tandis que chez O’Neill on serait plus proches de Stravinsky. »

« Les fils veulent savoir ce qu’ils sont devenus dans la famille »

Le retour des fils prodigues ? Pas vraiment. Les fils reviennent certes, « ils prennent l’argent comme excuse pour revenir, mais ils recherchent autre chose, ils veulent savoir ce qu’ils sont devenus dans la structure familiale, » explique Jean-Yves Ruf, mais ce retour est de courte durée. S’il fait référence au récit de la parabole du fils prodigue – dite également du père miséricordieux – présente chez Luc, les deux textes se concluent par l’impossible retour du fils ou l’incapacité du père à pardonner (chez O’Neill, le père cite d’ailleurs ce passage du Nouveau Testament, puis agit en sens contraire). Un des principaux obstacles à ce retour est à chercher dans la dichotomie entre les pères, sédentaires, et les fils, nomades. Ces derniers ont une grande résistance au foyer qui régit également leur rapport à l’argent.

À père avare, fils prodigue

Présent dans les deux oeuvres, ce thème est surtout développé chez O’Neill, où il devient absolument central. En effet, là où le fils, dans un rapport nomade à l’argent, considère qu’il doit être dépensé, son père accumule les biens de façon maladive. Il devient alors un empêchement à voir l’autre, et pourtant c’est la seule valeur qu’il reste à transmettre :

« Ces deux courtes pièces nous parlent d’un danger larvé, qui pèse sur nos sociétés contemporaines : au-delà de la relation du père et du fils, il s’agit pour ces deux auteurs de décrire l’échec de la transmission. Les pères se recroquevillent sur leurs obsessions et leurs certitudes, les fils fuient, refusent toute filiation. L’argent devient alors la seule valeur concrète et transmissible, même et surtout à contre-gré. Molière déjà l’avait si bien dépeint dans L’Avare. Mais chez Conrad et O’Neill les fils ne désirent pas dépasser les pères, de réinventer un microcosme différemment, de refaire famille, aucune tentative de réinventer quelque utopie sociale que ce soit, mais une aspiration à la fuite, au nomadisme, à la solitude. Du côté des pères, idées fixes, crispation, recroquevillement sur les biens matériels. L’accumulation contre la transmission. »

Chez Conrad, le père échoue car il tend à plaquer sur son fils ce qu’il est lui, « il cherche à lui transmettre l’amour du foyer, mais il lui est impossible de le considérer comme un être à part », précise Jean-Yves Ruf. Sa pièce fonctionne comme une sorte de parabole; le père fantasme son fils et attend qu’il revienne, pourtant à son retour il ne le reconnaît pas :

« Le père imagine tellement son fils revenir, « il va revenir demain », que quand il a son fils en face de lui, il ne le reconnaît pas, ce n’est pas du tout l’image qu’il s’était faite… Et puis c’est aujourd’hui, c’est pas demain, et lui avait prévu le lendemain ! »

Comme une sorte de blague, le fantasme empêche les personnages de se connecter : non seulement le père et le fils, mais aussi le fils et la voisine, tombée amoureuse de lui à travers les récits de son père.

(Photo: Rodolphe Gonzalez)

Absence de la mère, présence de la mer

Les deux pièces ont en commun l’absence du personnage de la mère ; elles se concentrent sur ce que les pères projettent sur leurs fils et sur le rejet qu’ils subissent en retour. La mer, elle, est primordiale chez ces deux auteurs : Joseph Conrad est demeuré plus de seize ans dans la marine marchande britannique tandis qu’Eugène O’Neill a vécu en mer pendant deux ans. Aussi, leurs oeuvres sont-elles hantées par la mer :

« La mer telle qu’elle est présente dans Plus qu’un jour, est plutôt une mer de rivage, liée au désir de disparition. Dans La Corde, elle est plus furieuse. J’aime l’entendre comme : ils se battent tous, mais la mer s’en fout complétement, elle fait partie de cette nature qui nous dépasse. À la fin, la petite fille y jette finalement une à une les pièces du trésor amassé par son grand-père »

Concernant la scénographie, la mer sera un des éléments qui permettra de tisser ces deux oeuvres ensemble. En effet, il n’est pas question de présenter deux pièces l’une après l’autre mais bien de créer un diptyque. Pour cela, le metteur en scène recourt à un espace qui est le même : l’ouverture du décor et le changement des comédiens d’une pièce à l’autre se fera à vue. Quant au support vidéo, il permettra de créer des ponts entre les deux pièces :

« Le travail du vidéaste sera de créer des harmoniques, des parenthèses, des temps de décantation. Et de mettre en lumière ce thème de la transmission, de former contrepoint avec Conrad et O’Neill, d’enrichir la compréhension des textes en passant par le regard de l’enfant. Celui qui a été l’enfant de la maison et revient avec tous ses espoirs et sa rage d’adulte, celui qui grandit encore là et n’a pour se construire que des contre-modèles. »

Travailler la langue et sa musicalité

Pour ce spectacle, les textes ont été retraduits par Françoise Morvan, qui avait notamment travaillé avec Jean-Yves Ruf pour la traduction des Trois Soeurs de Tchekhov en 2015. Contrairement à la langue de Conrad, dont l’anglais n’est pas la langue maternelle, O’Neill écrit dans ce qu’elle nomme un sociolecte, qu’elle a rapproché du breton. Cette langue crée une sorte de poésie, de rythmique, à laquelle le metteur en scène est particulièrement sensible, ayant une double formation littéraire et musicale. Il est à noter que les questions liées à la musicalité de la langue forment aussi l’un des axes de travail principaux de sa compagnie Chat Borgne.

Cette saison, ils ont créé le spectacle Les fils prodigues lors d’une résidence au Maillon, qui sera le premier théâtre à l’accueillir sur scène.

#Jean-Yves Ruf

« Le glyphosate ? Impossible de s’en passer ! »

« Le glyphosate ? Impossible de s’en passer ! »

Ils sont les premiers concernés par le glyphosate, l’utilisent de manière régulière, l’achètent, le stockent, le manipulent, l’épandent. Mais les agriculteurs apparaissent pourtant comme les grands absents des débats qui ont entouré la ré-autorisation dans l’Union européenne de cette substance qualifiée de « probablement cancérigène » par l’OMS. Reportage en Alsace, auprès de paysans qui ont la désagréable sensation de voir leur avenir tracé à l’aveugle par des experts bruxellois déconnectés de leurs réalités.

« Accès interdit aux personnes non autorisées. » Dans leur ferme à Meistratzheim, au sud de Strasbourg, Marius, 60 ans, et ses fils Kevin, 27 ans, et Tanguy, 22 ans, ont soigneusement apposé cette pancarte rouge en lettres capitales sur la porte de leur « local phyto » – qui contient leurs intrants chimiques. À l’intérieur dorment des flacons, bouteilles et bidons, tous ou presque flanqués d’un logo en forme de tête de mort assorti d’explications : « Produit qui, par inhalation, ingestion ou pénétration cutanée, peut entraîner des risques extrêmement graves, aigus ou chroniques et même la mort. » Le glyphosate fait partie de ceux-là.

Marius Goettelmann referme la porte du cabanon et soupire : « que voulez-vous, ça fait partie du métier… » Ce métier, justement, consiste à produire – sur quelque 170 hectares – blé, maïs, choux et betteraves. Le glyphosate, notamment commercialisé par Monsanto sous la marque « RoundUp », est épandu après la récolte, en août ou en septembre, une fois que les « mauvaises herbes » ont commencé à pousser. Et Kevin Goettelmann de témoigner, sous le regard approbateur de son père et de son frère :

« Techniquement, ce glyphosate, il est impossible de s’en passer ! S’il y a du liseron au sol au moment de la récolte des choux, il s’enroule autour des deux rouleaux qui ramassent les légumes et bloque totalement la machine. Faire sans, c’est juste pas possible. À moins peut-être que l’on nous trouve un remplaçant au même prix, mais franchement, ça n’a pas l’air gagné. »

Si la mauvaise herbe s'enroule autour des rouleaux de cette machine, elle bloque la récolte des légumes. Le glyphosate sert notamment à éviter ce genre de désagréments. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)
Si la mauvaise herbe s’enroule autour des rouleaux de cette machine, elle bloque la récolte des choux. Le glyphosate sert notamment à éviter ce genre de désagréments. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Ce constat est partagé par Christophe Haas, installé à Reimerswiller. À la différence de l’agriculture conventionnelle pratiquée par la famille Goettelmann, lui travaille en semi-direct, c’est-à-dire qu’il couvre ses sols de végétation toute l’année et ne laboure pas sa terre, afin de conserver autant que possible sa fertilité. L’agriculteur de 31 ans explique :

« Le glyphosate est un désherbant non sélectif. Il tue tout, aussi bien les mauvaises herbes vivaces (dont les racines sont ancrées dans le sol et qui repoussent alors qu’on a beau les couper, re-couper et re-re-couper), les graminées (comme l’herbe) et les dicotylédones (qui sont des plantes à fleurs). Par contre, il ne faut pas utiliser le glyphosate sur des cultures en place, sinon… c’est très simple… il les flingue ! »

Droit dans le mur

Mais le glyphosate est dénoncé par des mouvements écologistes qui accusent cet herbicide d’avoir des effets nocifs à plus long terme sur la fertilité des sols ou la pollution des nappes phréatiques. Le produit est aussi soupçonné de contenir des perturbateurs endocriniens tandis que le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), qui dépend de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) le classe « cancérogène probable ».

Herbicide total et systémique, le glyphosate est, à la différence d'une substance sélective, capable de détruire efficacement toutes les plantes. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)
Herbicide total et systémique, le glyphosate est, à la différence d’une substance sélective, capable de détruire efficacement toutes les plantes. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Mais les agences européennes – l’Autorité européenne de sécurité des aliments (l’EFSA) et celle des produits chimiques (l’ECHA) – parviennent à la conclusion inverse : « Il est improbable que le glyphosate présente un danger cancérogène pour l’homme. » Une ONG autrichienne, Global 2000, a prouvé que le rapport européen concernant le glyphosate n’est qu’un « copié-collé » du dossier déposé par Monsanto pour solliciter le renouvellement de son produit auprès des autorités communautaires.

Des allégations de collusion entre « Bruxelles » et l’industrie chimique qui ont été reprises et complétées dans une enquête parue dans le journal Le Monde. Malgré tout, Christophe Haas ne se sent pas en danger en utilisant du glyphosate (dans son cas, environ 80 litres par an) :

« Evidemment, ce produit pose question, un risque existe peut-être, mais il n’est certainement pas supérieur à celui qu’on prend si on se balade dehors en été sans crème solaire ou que l’on mange des produits qui regorgent de sel et d’additifs ! Et puis, pour utiliser le glyphosate, on a des équipements de protection, des gants, des masques, des cabines climatisées et filtrées pour ne pas respirer ses vapeurs… »

Avec quelque 720 000 tonnes écoulées par an, le glyphosate est le désherbant le plus vendu au monde. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)
Avec quelque 720 000 tonnes écoulées par an, le glyphosate est le désherbant le plus vendu au monde. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Toutefois, face aux doutes qui pèsent tant sur l’intégrité des agences officielles chargées d’évaluer la potentielle dangerosité du glyphosate que sur la substance elle-même, certains agriculteurs préfèrent faire sans. Paul Fritsch est de ceux-là. Installé lui aussi à Meistreitzheim, l’agriculteur de 60 ans tonne :

« À quoi bon s’empoisonner avec du glyphosate ? Enrichir Monsanto et Bayer ? Moi, sur mon sol, je ne mets rien. Rien du tout. Zéro. Enfin si, de l’engrais vert. Il y a un principe de précaution que l’on se doit d’appliquer. Franchement, le glyphosate, on n’en a pas besoin. Ce modèle d’agriculture-là va droit dans le mur. »

Glypho-dépendants

Ce cultivateur de pommes de terre, de blé, d’orge et de luzerne, est aussi président de la section Grand Est du syndicat Coordination rurale (CR). Il explique que « son coeur est au bio », mais qu’il n’a jamais sauté le pas vers ce type d’agriculture car si ses parcelles (130 hectares au total) sont malades, il veut pouvoir les soigner. À Valff, un village voisin, Maurice Meyer gère quant à lui la Ferme Saint-Blaise et produit des pommes de terre, de la luzerne, des légumes (carottes, courges, céleris-raves, radis noirs, betteraves rouges, etc.) et des céréales, en agriculture biologique. Il témoigne :

« Il y a dix ans, les gens utilisaient moins de glyphosate. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé, sont-ils devenus paresseux ? Moi, tout ce que je vois, c’est que quand ils récoltent leur blé, ils ne font rien avec la parcelle. Nada ! Ils ne déchaument même pas. Et en septembre, tout d’un coup, ça les prend et bim, ils balancent du glyphosate ! Et voilà que toutes les terres sont cramées. Bref, ceux-là sont totalement glypho-dépendants. »

Marius, Kevin et Tanguy Goettelmann n'envisage pas le futur de leur exploitation agricole sans glyphosate. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)
Marius, Kevin et Tanguy Goettelmann n’envisagent pas le futur de leur exploitation agricole sans glyphosate. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Au total en Alsace, l’agriculture biologique est passée d’un peu plus de 2 000 hectares en 1995 à quelque 25 000 hectares aujourd’hui (soit 7% de la surface agricole de la région). La filière a accueilli avec déception et amertume la décision européenne du 27 novembre de renouveler, au terme d’une interminable série de réunions, la licence de l’herbicide. Maurice Meyer explique :

« C’est vraiment dommage, on a loupé le coche. En fait, la solution serait d’interdire le glyphosate au niveau mondial. Car si un pays l’interdit et pas les autres, la compétitivité est faussée. Idem si l’Europe l’interdit mais pas le reste du monde. Il y a toujours un décalage. L’autre problème, c’est qu’en Europe, les agriculteurs ont l’impression que tout leur échappe, qu’ils ne contrôlent rien. Et cela est très, très mal vécu. »

Des agriculteurs sous pression

En effet, la ré-autorisation du glyphosate pour cinq ans a été décidée en « comitologie » à Bruxelles, en d’autres termes, pendant des réunions en comités où siègent des experts envoyés par les Etats membres de l’Union européenne. « Ce qui me dérange, c’est qu’on ne nous demande jamais notre avis ; les décisions sont prises par des gens qui sont déconnectés de la réalité du terrain, qui ne s’appuient pas sur du concret », tempête encore le jeune agriculteur Christophe Haas. Qui plus est, ces rendez-vous sont particulièrement opaques, comme en témoigne Natacha Cingotti, chargée de campagne « santé et produits chimiques » au sein du réseau Heal :

« Ces réunions en comitologie sont tout sauf transparentes. Personne n’a accès au nom des participants, les compte-rendus sont aussi vagues que possible. Ainsi, il y a d’un côté, à Bruxelles, des experts qui statuent de manière décorrelée de la réalité des producteurs. Et de l’autre, sur le terrain, des agriculteurs sous pression. Ils font leur boulot, ont du mal à s’y retrouver et sont la cible des lobbys des pesticides qui maintiennent que s’ils n’utilisent pas leurs produits, ils vont couler. Seule certitude : c’est dur d’être agriculteur en France aujourd’hui. »

Cette difficulté ne provient pas seulement de l’impression de ne jamais être écouté ni entendu, mais aussi de celle d’être sans cesse pointé du doigt. Marius Goettelmann ne le cache pas :

« On en a marre d’être des boucs émissaires. Tout le monde nous regarde de travers dès qu’on nous voit sortir dans les champs avec les « pulvés » [les pulvérisateurs, engins agricoles qui servent à désherber, ndlr.]. C’est encore plus vrai maintenant que le glyphosate est devenu un sujet très médiatique. Mais parallèlement, les gens sont bien contents d’avoir nos produits dans leurs assiettes, et pour pas trop cher, s’il vous plaît ! »

A Meistratzheim, Marius Goettelmann trie ses factures. A environ 10 euros le litre, le glyphosate est l'un des herbicides les plus bon marché. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)
A Meistratzheim, Marius Goettelmann trie ses factures. A environ 10 euros le litre, le glyphosate est l’un des herbicides les moins chers. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Les récentes prises de position du président de la République, Emmanuel Macron, en faveur d’une sortie du glyphosate, en France, dans les trois ans, ont relancé le débat. Les agriculteurs craignent l’émergence d’une Europe à plusieurs vitesses – si certains pays sont privés de glyphosate tandis que d’autres peuvent continuer à l’utiliser sans contraintes. Et Eric Andrieu, député européen français socialiste, qui réclame un recours en annulation devant la Cour de justice de l’UE du renouvellement pour cinq ans de l’autorisation du produit, de conclure : « L’Europe ne sort pas grandie de cette saga du glyphosate… »

Mon royaume pour une place de parking !

Mon royaume pour une place de parking !

Alors que le stationnement en centre-ville fait toujours débat, un conseiller municipal d’opposition, Thierry Roos, a lancé une pétition contre « le racket » de la Ville de Strasbourg…

Thierry Roos n’est pas content. Début décembre, le dentiste de la Robertsau et conseiller municipal d’opposition (LR) a lancé une pétition contre les nouveaux tarifs de stationnement. Il faut dire que ceux-ci ont augmenté depuis la réforme du stationnement en voirie du 1er janvier 2018. Exit le forfait journalier à 3 euros, seules quelques professions pourront en bénéficier. Pour les autres, il faudra compter 35 euros pour stationner entre 3 et 5 heures dans le centre de Strasbourg, selon la zone. Le délai de paiement des amendes a également été revu à la baisse. Il est passé d’un mois à 3 jours, sous peine d’une majoration à 35 euros.

Robert Herrmann en a marre qu’on nomme le président de l’Eurométropole pour « résoudre des conflits politiques »

Robert Herrmann en a marre qu’on nomme le président de l’Eurométropole pour « résoudre des conflits politiques »

Dans la perspective des élections municipales de 2020, Robert Herrmann, président (PS) de l’Eurométropole de Strasbourg, a indiqué qu’il était préférable de cumuler les mandats de maire d’une ville centrale et de président de l’agglomération.

Il est bien tôt pour avoir toutes les cartes pour les élections municipales de 2020. Mais 2018, année libérée de toute élection, va permettre à chacun de se positionner, ou non, dans cette perspective.
Comme dans d’autres . . .

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Le Pass Culture sera testé dans le Bas-Rhin mi-mars

Le Pass Culture sera testé dans le Bas-Rhin mi-mars

Dès la mi-mars, les jeunes bas-rhinois atteignant la majorité en 2018 vont pouvoir tester une première version du « Pass Culture », une promesse de campagne d’Emmanuel Macron.

Les Bas-Rhinois nés en 2000 vont être gâtés cette année. En plus du droit de vote, ils bénéficieront en avant-première du « Pass Culture ». Le Bas-Rhin a été sélectionné pour expérimenter cette promesse de campagne d’Emmanuel Macron. L’idée etait de proposer aux jeunes, pour leurs 18 ans, un crédit d’une valeur . . .

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L’usine Blue Paper en lice pour doubler ses capacités

L’usine Blue Paper en lice pour doubler ses capacités

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OPnGO, une deuxième application pour payer le stationnement à Strasbourg

OPnGO, une deuxième application pour payer le stationnement à Strasbourg

Après Woosh, une deuxième application similaire, OPnGO, permet de régler son stationnement à Strasbourg. OPnGO propose aussi de payer dans les parkings Indigo, détenus par le même fonds d’investissement.

Depuis le 1er janvier 2018, l’application OPnGO permet de régler son stationnement dans la rue à Strasbourg, comme dans d’autres villes en France. Une fois la plaque d’immatriculation associée à son compte, il suffit de géolocaliser sa position et de créditer le temps de stationnement souhaité. Il est possible de rajouter du temps (c’est-à-dire de l’argent) à distance de son véhicule. Si malgré cela, l’utilisateur n’alimente pas assez son compte et se prend une amende (appelée désormais Forfait Post Stationnement – FPS), l’application redirige vers le site de la Ville de Strasbourg pour payer rapidement. Pratique car désormais, passé 72h, la prune passe à 35 euros. OPnGO est une start up développée par Infra Park, une société gérée par fonds d’investissement partagé entre le Crédit agricole et Ardian (49,2% chacun), et détient de la même manière Indigo, la société qui gère depuis le 1er janvier le stationnement en voirie à Strasbourg (et ses nouveaux tarifs).

6 parkings en ouvrage dans l’appli

En outre, OPnGO permet aussi de payer son dû dans 5 parkings publics gérés par Indigo : celui place Kléber, des Tanneurs, de l’hôpital d’Hautepierre, Wodli et celui de courte durée sous la place de la gare, en plus du parking privé de l’hotel Ibis de la Meinau. Cette offre peut éventuellement s’étendre à l’avenir. Dans ces parkings, plus besoin d’aller à la machine récupérer un ticket si on est utilisateur de l’application. En lisant la plaque d’immatriculation ou par bluetooth, la barrière se lève à distance et laisse le véhicule repartir, tout en facturant l’utilisateur après coup. La vidéo de présentation promet qu’en réservant en avance, il est possible d’avoir des prix minorés.

OPnGO comment ça marche ?

Tout comme Woosh, déjà en fonctionnement

Ce service est donc similaire à Woosh, une application de paiement du stationnement lancée à Strasbourg fin 2016 avec le soutien de municipalité. Mais Whoosh ne concerne que le stationnement en voirie et ne peut pas gérer les parkings privés ou en ouvrage. Autre différence de taille : en tant qu’intermédiaire, Whoosh se rémunère avec une commission de 7 centimes sur chaque transation, là où l’argent récolté par OPnGO reste dans le giron d’Infra Park. Woosh est une technologie du groupe international Yellowbrick International BV, basé aux Pays-Bas, exploité par la société française Parkeon. Le marché strasbourgeois des solutions de paiement en voirie est ouvert à la concurrence pour favoriser « des offres plus globales et alternatives », explique Paul Meyer (La Coopérative) adjoint au maire en charge du numérique. Ce dernier veut à l’avenir développer « le AirBnB du parking » privé à Strasbourg. D’autres applications peuvent donc proposer leurs services à Strasbourg à l’avenir. Mais tout le monde ne bénéficiera pas de la force de frappe d’Indigo qui détient aussi des parkings privés. Il s’agit des anciens ouvrages de la société Vinci Park, devenue Indigo puis revendue en grande majorité par le groupe Vinci à Infra Park.

Ne jetez plus vos livres qui prennent la poussière, RecycLivre les récupère

Ne jetez plus vos livres qui prennent la poussière, RecycLivre les récupère

De vieux livres encombrent vos étagères ? Pas le cœur de les jeter ? Les membres de RecycLivre se déplacent à Strasbourg pour récupérer ces livres qui prennent la poussière. Les ouvrages ainsi récoltés sont proposés à la vente sur internet ou recyclés.

Depuis 2017 à Strasbourg, la start-up Recyclivre propose aux associations, aux collectivités, aux entreprises et aux particuliers un service gratuit de récupération de livres afin de leur donner une seconde vie. Une fois collectés, les ouvrages sont triés et s’ils sont encore en bon état, ils sont envoyés à Paris et revendus sur Internet.

Deux employés font fonctionner la start-up dans la capitale alsacienne, installée dans la pépinière d’entreprises à Hautepierre, Boris Jouanne et Charlie Carle :

« J’ai toujours travaillé dans des structures d’économie sociale et solidaire. J’ai trouvé le concept de RecycLivre génial. Moi même les bouquins ça me parle, j’en ai écrit un publié en 2013. J’ai découvert que nous jetions énormément de livres souvent en lien avec un déménagement, un décès, ou les personnes ne savent pas où les donner. Des organismes caritatifs peuvent les récupérer, mais ils sont souvent inondés de livres, trop par rapport à ce qu’ils peuvent revendre. Je travaille donc en partenariat avec eux. Les bibliothèques aussi jettent. Notre objectif c’est d’apporter une solution à tout ce gâchis. »

Les livres donnés à RecycLivre viennent en grande majorité des associations et des entreprises. Les particuliers donnent peu. (Photo CM / Rue89 Strasbourg / cc)

La collecte est gratuite et quasiment tous les livres sont acceptés :

« Si tu demandes à un bouquiniste de venir chez toi, il va te prendre 3 bouquins et t’en laisser 97. Nous c’est l’inverse, on va plutôt en prendre 97. »

Recyclivre ne reprend pas les dictionnaires ni les encyclopédies, ni les livres de clubs (France Loisirs, Grand Livre du mois, etc), ni les livres scolaires. Mais les livres en langues étrangères peuvent être acceptés.

Des livres divisés en deux groupes avec un algorithme

Une fois récoltés, Charlie et Boris vérifient la date de parution. Si le livre a été publié il y a plus de 20 ans, il a peu de chance d’être vendu. Ensuite, un algorithme est appelé à l’aide, comme le présente Charlie :

« Boris va scanner les codes barres des livres. L’algorithme permet de savoir si ce livre a plus de 90% de chance d’être vendu, s’il est recherché ou non. À RecycLivre, nous avons un historique de vente de 2 millions de livres. Si l’ordinateur ne connaît pas un livre, on cherche des informations sur internet pour savoir s’il se vend encore. En fait, on détecte le potentiel du livre. Mais ce n’est pas parce que le livre a du potentiel, qu’on va forcément le mettre à la vente. Par exemple, Rhinocéros de Ionesco. Tout le monde l’a lu et il se vend encore. Le problème, c’est justement que tout le monde l’a lu, donc il a été édité en des millions et des millions d’exemplaires. Nous, on en a surement déjà 40 dans nos stocks et le 41ème ne nous sert à rien. »

Après avoir scanné le code barre du livre, l’algorithme affiche un message vert s’il est bon à être mis en vente, rouge s’il est refusé. À ce moment là, le livre est donné ou envoyé au recyclage.

L’algorithme de RecycLivre, une révolution pour trier les livres de seconde main. (Photo CM / Rue89 Strasbourg / cc)

Avec l’aide de l’algorithme et de leur expérience, les deux hommes gardent un livre sur deux. Ça peut paraître peu mais pour Charlie Carle, c’est déjà pas mal :

« On arrive en fin de chaîne. C’est le livre que les gens ne voulaient plus, alors ils l’ont donné à Emmaüs, Emmaüs n’arrive pas à le vendre, il n’en veut plus, on le récupère juste avant la benne. Nous ne vendons que sur Internet, car ça nous permet de trouver le dernier acheteur d’un livre, qui peut être à l’autre bout de la France. »

À Strasbourg, les deux hommes récoltent 3 000 livres par semaine. Mais Charlie Carle espère en récolter 200 000 pour 2018, soit 25% de plus. Cette année, ce sont les partenaires (associations, entreprises, bibliothèques) qui ont été plus généreux que les particuliers. Pourtant, des livres à revendre, il y en a partout. Charlie Carle pensait qu’une majorité de personnes âgées donnerait des livres, mais les profils sont plus variés :

« Nous sommes allés chez un étudiant qui déménageait. Ses livres d’étude étaient de trop, il nous a appelé, on est venu. Les particuliers chez qui nous allons ont différents profils. C’est comme pour les livres, il y a de tout aussi. Parfois on est vraiment surpris, ça va du livre rare pour lequel on fait venir un bouquiniste, au livre, disons… coquin. »

4€ la seconde vie du livre

La vente de livre débute à 4€ frais de port inclus, le prix de vente moyen est entre 6 et 7€ selon Charlie Carle :

« Chez Recyclivre, 10% de la vente revient à des projets solidaires. Si c’est une bibliothèque ou une entreprise qui nous donne ses bouquins, ils vont pouvoir choisir une association bénéficiaire. Quand c’est des particuliers, les 10% vont à l’association Lire et faire lire, qui promeut la lecture auprès des jeunes. Nous donnons à l’antenne du Bas-Rhin. Et quand c’est une association qui nous fait un don de livres, les 10% lui reviendront. Avec Emmaüs Haguenau, ça va faire un an qu’on récupère des livres. On verse les cagnotte aux partenaires en fin d’année. Eux leur cagnotte s’élève à 940 euros. Sur les 5 627 livres mis en vente, 2 925 ont été vendus. »

Et selon les calculs de Charlie Carle, 2 925 livres vendus, c’est environ 22 arbres sauvés, 892 125 litres d’eau économisés et 1 264 kg de gaz carbonique non rejetés.

Charlie Carle de l’équipe de RecycLivre à Strasbourg. (Photo CM / Rue89 Strasbourg / cc)

Quant aux livres orientés vers la destruction, ils sont amenés à Elise, une entreprise d’Illkirch-Graffenstaden de l’économie sociale et solidaire et qui propose un travail à des personnes en difficulté d’insertion ou en situation de handicap. Les livres récupérés produisent du papier recyclé. Un camion passe toutes les semaines chez Recyclivre à Strasbourg.

La Cour de cassation du Luxembourg annule une condamnation d’Antoine Deltour

La Cour de cassation du Luxembourg annule une condamnation d’Antoine Deltour

Le vosgien Antoine Deltour, ancien salarié de PriceWaterHouse Cooper (PwC), s’est vu reconnaître le statut de lanceur d’alerte par la Cour de cassation du Luxembourg, ce qui invalide sa condamnation en appel. En revanche, la Cour n’a pas reconnu ce statut à son collègue, le luxembourgeois Raphaël Halet.

Dans un communiqué publié jeudi 11 janvier, la Cour de cassation du Luxembourg indique qu’elle annule la condamnation à une peine de prison avec sursis d’Antoine Deltour. Ce Vosgien de 31 ans avait été à l’origine des fuites permettant de comprendre l’ampleur et les mécanismes d’évasion fiscale des firmes internationales au sein de l’Europe via le Grand-Duché (#Luxleaks). Rue89 Strasbourg lui avait consacré un portrait.

En mars 2017, la cour d’appel du Luxembourg l’avait condamné à six mois d’emprisonnement avec sursis et à 1 500 euros d’amende pour le vol et la transmission de documents confidentiels de son employeur, le cabinet PriceWaterHouse Cooper (PwC). Son ancien collègue, Raphaël Halet, 40 ans, avait écopé d’une amende de 1 000 euros. Le journaliste qui avait révélé l’affaire, Edouard Perrin, avait été acquitté.

Aux lanceurs d’alerte de vérifier l’info…

Selon la Cour de cassation luxembourgeoise, la « reconnaissance du statut du lanceur d’alerte doit s’appliquer en principe à toutes les infractions du chef desquelles une personne est poursuivie ». La Cour remarque qu’en transmettant les documents à Edouard Perrin, Antoine Deltour « remplissait les critères élaborés par la jurisprudence de la Cour européenne des droits de l’Homme en matière de lanceur d’alerte » et qu’en conséquence, il ne pouvait pas être condamné pour se les avoir appropriés.

En revanche, la Cour de cassation a rejeté le pourvoir de Raphaël Halet, car selon les juges d’appel, « la divulgation des déclarations fiscales ne fournissait en l’espèce aucune information jusqu’alors inconnue pouvant relancer ou nourrir le débat sur l’évasion fiscale. » Pour les magistrats luxembourgeois, il semble donc que ce soit aux lanceurs d’alerte de bien vérifier si une information est nouvelle ou pas…

L’arrêt de la Cour de cassation va renvoyer Antoine Deltour devant une Cour d’appel « autrement composée », et dont l’attention ne sera portée que sur les documents de formation interne pris à PwC.

#LuxLeaks

Violences, hooliganisme et FN au coeur du Bastion Social Strasbourg

Violences, hooliganisme et FN au coeur du Bastion Social Strasbourg

De jeunes étudiants, sans passé militant, ont adhéré au mouvement Bastion Social de Strasbourg. Mais ce ne sont pas les seuls membres du mouvement identitaire. Un soutien affiché du hooliganisme strasbourgeois, un ancien membre du GUD, un ex-colistier frontiste et une personne condamnée pour « violence aggravée » forment le noyau dur de cette association récemment implantée à Strasbourg.

Une fine pluie s’abat sur l’Arcadia ce jeudi 4 janvier. Le local du Bastion Social Strasbourg (BSS), inauguré le 9 décembre 2017, est fermé. Le lieu de réunion de la mouvance identitaire strasbourgeoise abrite une affiche provocatrice, derrière une vitrine vandalisée : « Il y a des Français qui ne se rendent pas ! » Vers 19 heures 30, six personnes sortent de l’immeuble situé au 29 rue Vauban. Tous portent de la nourriture. Des autocollants du groupuscule « nationaliste révolutionnaire » figurent sur des sacs de papier blanc.

Derrière l’une des vitres vandalisées de l’Arcadia, une affiche du Bastion Social. (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

Un président ancien militant du GUD

Valentin, le président de l’association, fait partie du petit groupe sur le départ. Les denrées alimentaires seront distribuées aux précaires et aux SDF, à condition qu’ils soient Français, voire Européens. Le responsable du Bastion Social Strasbourg accepte de répondre à Rue89 Strasbourg, tout en interdisant à ses camarades de faire de même. Ils chargent une vieille camionnette Renault bleue et s’en vont.

À 23 ans, Valentin est l’homme à tout faire de l’association. Depuis l’ouverture de l’Arcadia, le local et le Bastion social lui prennent quasiment tout son temps libre. Le porte-parole du mouvement identitaire travaille « dans le domaine de la santé ». Sur sa famille et son métier, il préfère rester évasif.

Pour cet ancien militant du GUD Alsace, un mouvement étudiant d’extrême-droite et violent, le Bastion Social Strasbourg n’a rien à voir avec un repère de néonazis. Valentin préfère mettre en avant la diversité des membres de l’association :

« Parmi nos adhérents, nous avons des chômeurs, des étudiants, des cadres, un assureur… La semaine dernière, il y a une femme de 78 ans qui s’est encartée chez nous. »

Trois étudiants, séduits par l’action sociale

Malgré diverses sollicitations, Rue89 Strasbourg n’a pas pu s’entretenir directement avec d’autres membres du Bastion Social Strasbourg. Le président du BSS a néanmoins accepté de transmettre des questions écrites à quatre adhérents, dont trois sont étudiants.

Il y a Constance*, 18 ans. La jeune femme réside dans un village à une vingtaine de minutes de Strasbourg. Cette adhérente du Bastion social étudie dans la capitale alsacienne après avoir obtenu un baccalauréat professionnel en accompagnement, soins et services à la personne. Elle explique son engagement militant :

« J’ai découvert le mouvement sur les réseaux sociaux. Je me suis sentie concernée par les actions de maraude et de relogement des personnes dans le besoin. »

Ludovic* habite à Strasbourg. À 18 ans, il étudie en classe préparatoire aux grandes écoles. L’enfant d’une famille d’ouvriers a aussi été touché par l’action sociale du Bastion :

« Cela m’a tout de suite plu d’aider des Français et des Européens dans le besoin, délaissés par l’État. Quel mal peut-il y avoir dans le fait d’aider des gens de son peuple ? J’ai donc décidé de rejoindre le mouvement strasbourgeois. Je n’avais jamais milité ni appartenu à un quelconque parti politique auparavant. »

Fabien* est un autre jeune membre du Bastion social. À 25 ans, il étudie en médecine à Strasbourg, où il réside. Comme Ludovic, il a découvert ce mouvement identitaire lors de l’occupation d’un bâtiment à Lyon en mai 2017:

« Cette action a été un véritable tsunami dans le milieu patriote, avec, enfin, une action fédératrice et concrète. J’ai, sans hésiter, pris contact avec les cadres locaux strasbourgeois pour leur faire part de mon désir de m’investir pleinement au sein du mouvement. »

Olivier : « Je souhaitais intégrer le GUD »

Il y a enfin un tatoueur, Olivier. L’homme de 46 ans vit dans le Haut-Rhin. Là encore, c’est l’action lyonnaise du Bastion Social qui attire son attention en mai 2017. À ce moment, il cherchait à s’engager politiquement :

« À l’époque, je souhaitais intégrer le GUD pour lutter contre la politique menée contre les peuples européens par l’Union Européenne. J’ai décidé de m’engager au Bastion pour deux raisons : je partage la remise en question du modèle de société consumériste actuel et j’adhère aux modes d’action de mouvements radicaux, comme Casapound en Italie. Il faut s’opposer à la politique politicienne et privilégier l’action à destination des Français et des Européens. »

Les actions caritatives, relayées sur Facebook

Chaque semaine, l’association publie sur sa page Facebook une photo d’une action caritative. On y voit six personnes récoltant de la nourriture devant un supermarché. Sur un autre cliché, trois activistes prennent la pose aux côtés d’un SDF. L’un d’eux tend un sandwich à l’homme, assis en tailleur sur un matelas à même le sol.

Le 19 décembre, le Bastion Social Strasbourg publie une photo de leur action auprès des SDF. (Photo Facebook Bastion Social Strasbourg)

La communication du Bastion Social semble fonctionner. L’antenne strasbourgeoise affirme disposer d’une soixantaine d’adhérents. Environ 1 600 personnes suivent la page Facebook. Pour continuer de recruter, Valentin veut mettre fin à l’idée que son association serait violente. Un objectif difficile à atteindre depuis une agression xénophobe survenue le 9 décembre à Strasbourg.

Une agression raciste en marge de l’inauguration de l’Arcadia…

Les médias locaux ont largement relayé la présence des agresseurs du 9 décembre à la soirée d’inauguration du local. Valentin, lui, parle d’un acte perpétré par des individus « isolés », sans lien avec son association :

« Nous condamnons l’agression xénophobe qui a eu lieu en marge de notre soirée d’inauguration. Les coupables ne sont pas membres du Bastion. Ils étaient à notre réunion d’ouverture, publique et ouverte à tous. Il y avait des personnes qui étaient juste curieuses de voir ce que nous faisions. À la réunion, nous avons dit plusieurs fois : après la conférence, tout le monde va au local. Ces mecs-là ne nous ont pas écoutés. Nous ne sommes pas responsables de leurs actes. »

Et le responsable du BSS d’ajouter :

« Après effectivement, si un jour il y a une violence au nom du Bastion, vous le saurez, ce sera réfléchi et ça ne se fera pas comme ça dans la rue. »

… dont le coupable est trésorier du Bastion Social Strasbourg

Mais les statuts déposés de l’association présidée par Valentin contredisent ses propos. L’association encadrant le Bastion Social Strasbourg est « Solidarité Argentoratum » (le nom antique de Strasbourg) dont l’objet est de « promouvoir les traditions locales ». L’un des agresseurs du 9 décembre, Thomas, a été condamné trois jours plus tard par le tribunal correctionnel à huit mois de prison ferme, avec maintien en détention pour violence aggravée. Ce Thomas figure parmi les sept membres fondateurs et exerce même la fonction de trésorier.

Aucun des membres fondateurs de « Solidarité Argentoratum » n’a répondu au questionnaire envoyé par Rue89 Strasbourg et relayé par le président de l’association. Le vice-président, aurait pu, par exemple, indiquer qu’il a fait partie de la liste du Front National lors des élections municipales de 2014. Cet ancien colistier de Jean-Luc Schaffhauser s’est aussi fait remarquer sur Twitter en octobre 2012. Il réagissait alors à la volonté d’Harlem Désir de dissoudre les Jeunesses identitaires : « Pendons-le », avait-il publié.

Deux activistes, proches des hooligans de « Strasbourg Offender »

Valentin a aussi choisi de ne pas parler du secrétaire de l’association. Philippe, un ouvrier de 29 ans, était derrière le bar le soir de l’inauguration de l’Arcadia. Ce résident d’Illkirch-Graffenstaden a été condamné à 16 mois de prison ferme en juin 2010 pour des faits de violences contre un ancien amour de sa compagne. Sur sa page Facebook, l’homme affiche en photo de couverture un cliché du groupe de supporters de foot « Strasbourg Offender ».

Le secrétaire du Bastion Social Strasbourg affiche cette image en photo de couverture. Sur tous les clichés du groupuscule, les visages sont floutés. (Photo Facebook)

Ce groupuscule a récemment suscité le débat parmi des supporters strasbourgeois sur le forum internet racingstub.com. En novembre 2016, des habitués du stade de la Meinau ont dénoncé des saluts nazis du petit groupe lors du déplacement à Sochaux le 31 octobre 2016.

Un autre utilisateur du forum a aussi signalé l’agressivité des membres de Strasbourg Offender à l’égard des CRS :

« Ils sont à l’origine d’un mouvement visant clairement à des affrontements avec les CRS dix minutes avant le match, fort heureusement non suivis… Il faut suivre cela de très près… »

Sur le forum de la page Racingstub.com, une long débat a eu lieu en novembre 2016. Une des questions posées : l’association UB90 doit-elle publiquement dénoncer les actes de « Strasbourg Offender »? (capture d’écran)

Sur l’une de ses photos de profil, le secrétaire de « Solidarité Argentoratum » met en scène sa détestation des forces de l’ordre. Accoudé à une voiture de police italienne, il montre une partie de son avant-bras où le sigle « ACAB » est tatoué. L’acronyme signifie « All Cops Are Bastards », qu’on peut traduire en français par « Tous les flics sont des bâtards ».

D’autres activistes du Bastion Social ont affiché leur proximité avec Strasbourg Offender sur les réseaux sociaux. Le président lui-même, ainsi qu’Arnaud*, un adhérent présent lors de nombreuses maraudes médiatisées, ont mis en avant le groupuscule via Facebook. En décembre 2017, Arnaud avait pour photo de profil une prise de vue de la banderole de « Strasbourg Offender ». Lors d’une fête, il a aussi été photographié vêtu d’un t-shirt du groupuscule. Dans le stade de la Meinau, ces hooligans se réunissent dans la tribune basse ouest. Leurs visages sont souvent couverts d’une capuche et d’une écharpe noires.

Les trois derniers signataires des statuts de l’association ne semblent pas avoir de passé militant. Ce sont deux étudiants, de 18 et 19 ans, et un demandeur d’emploi, de 22 ans. Ces résidents de Mittelchaeffolsheim, Bischheim et Pfaffenhoffen ont été désignés assesseurs.

Samedi 13 janvier, le Bastion Social de Strasbourg prévoit d’accueillir à l’Arcadia Gabriele Adinolfi, l’un des fondateurs du mouvement néo-fasciste italien, et interdit, Terza Posizione. Il est l’un des maîtres à penser du mouvement identitaire et nationaliste italien, CasaPound, dont s’inspire le Bastion Social.

* Le prénom a été modifié

Le puits de géothermie de Reichstett proche du but, à plus de 5 000 mètres

Le puits de géothermie de Reichstett proche du but, à plus de 5 000 mètres

Les travaux sur le puits de géothermie à Vendenheim, sur l’ancien site de la raffinerie de Reichstett, avancent. L’instant de vérité est prévu pour le mois de février.

Depuis le mois de juin 2017, les machines de Fonroche creusent le sol de l’ancienne raffinerie de Reichstett, plus . . .

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