Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Pour Nouvel An, la CGT menace de perturber la vidéosurveillance

Pour Nouvel An, la CGT menace de perturber la vidéosurveillance

Au service vidéosurveillance de l’Eurométropole, la prime des agents stagne depuis dix ans, selon la CGT. En guise de protestation, le syndicat a déposé un préavis de grève. Elle concerne les journées du 31 décembre et du 1er janvier. Un service minimum sera mis en place, assure le président de l’Eurométropole.

L’ultimatum est proche. Le 27 décembre, la CGT Eurométropole a remis sur la table un préavis de grève déposé douze jours plus tôt. Il prévoit une grève de 48 heures le 31 décembre et le 1er janvier au sein du service vidéosurveillance de Strasbourg. En plein Nouvel An, n’y aura-t-il personne pour scruter les images des quelques 400 caméras installées à Strasbourg ? Pas du tout, selon Robert Herrmann, président de l’Eurométropole :

« Dans les hôpitaux, certaines personnes sont en grève et continuent de travailler. D’autres ont le devoir de travailler. Ca peut être le cas dans la vidéoprotection surtout lors d’une soirée aussi sensible que le Nouvel An. Dans tous les cas, les caméras fonctionneront à Strasbourg entre le 31 décembre et le 1er janvier. Il en va de la sécurité des individus, mais aussi des policiers et des pompiers. »

Pour Karim Hadi, secrétaire général de la CGT Eurométropole de Strasbourg, la perturbation du service vidéosurveillance pourrait être importante :

« Tous les agents sont prêts à participer à cette grève. Nous avons déposé le préavis de grève il y a quinze jours déjà. Nous le maintenons à la sortie d’une réunion avec les responsables de l’Eurométropole le 20 décembre. Ils ont refusé d’ouvrir des négociations sur la hausse de notre prime spécifique, gelée depuis 2009. Dans la même période, les 21 agents de vidéosurveillance ont vu leurs responsabilités fortement augmenter avec l’état d’urgence puis son intégration partielle dans le droit commun. A cela il faut ajouter des effectifs stables alors que la charge de travail est de plus en plus grande : nous sommes passés de 150 caméras à la fin des années 2000 à près de 400 caméras aujourd’hui… »

Selon le président de l’Eurométropole, la direction n’a jamais rejeté les revendications salariales des agents du service vidéosurveillance :

« Je sais à quel point ce petit groupe d’agents, en service 24 heures sur 24 et sept jours sur sept, a un travail pénible. Mais nous ne pouvons pas accorder des primes comme ça. Il y a un cadre légal à respecter. »

Des négociations sont toujours en cours. Le préavis de grève pourrait être levé à la dernière minute.

Au 1er janvier, les règles de stationnement vont encore changer

Au 1er janvier, les règles de stationnement vont encore changer

Les règles du stationnement changent à partir du 1er janvier 2018. À Strasbourg, si les voitures pourront rester garées plus longtemps, une mesure se trouve sous le feu des critiques : le forfait journalier ne sera accordé qu’aux métiers de bouche, aux artisans et à certaines professions médicales. Tour d’horizon des changements.

À Strasbourg, le stationnement est un sujet qui fâche. La pétition de Thierry Roos, intitulée « Le racket du stationnement strasbourgeois », a recueilli plus de 2300 signatures depuis la mi-décembre. Le conseiller municipal du groupe d’opposition LR-MoDem-Société civile y dénonce des « nouveaux tarifs prohibitifs ».

Le forfait journalier limité à quelques professions

Passé le 1er janvier 2018, la plupart des travailleurs résidant hors de Strasbourg ne pourront plus acheter le forfait journalier. L’offre leur permettait de garer leur véhicule pour trois euros par jour dans la zone Verte ou pour huit euros dans les zones Orange et Verte (voir la carte ci-dessous). Désormais, seules « les activités qui nécessitent de stationner bénéficieront de ce tarif », assure le service stationnement de la Ville de Strasbourg.

Carte des zones tarifaires à Strasbourg (Document remis / Strasbourg.eu)

Négociations toujours en cours

Seuls les métiers de bouche, l’artisanat et certaines professions médicales sont concernées. À quelques jour de l’entrée en vigueur du dispositif, des négociations sont en cours pour déterminer précisément qui aura droit à la gratuité et qui bénéficiera du tarif réduit permis par ce forfait journalier. Les autres travailleurs devront se satisfaire des 10 000 places en parking public et des 3 100 places en parking relais, qui permettent aux automobilistes de prendre le tram ou le bus.

Thierry Roos dénonce cette réduction du nombre de bénéficiaires du tarif journalier. Selon l’élu d’opposition, la Ville de Strasbourg n’a prévu aucune compensation pour les personnes affectées par cette décision :

« Lorsque je demande aux élus les mesures de compensation prévues, on évoque juste une centaine de places supplémentaires dans le parking relais Robertsau-Boecklin. En réalité, il n’y a aucun projet officiel pour offrir des alternatives à ceux qui ne bénéficieront plus du forfait journalier. »

Pour Pernelle Richardot (PS), adjointe au maire en charge du stationnement, la Ville de Strasbourg ne fait qu’appliquer le règlement du forfait journalier :

« Dès le départ, il n’était proposé qu’à certains corps de métier. Mais des malins ont remarqué qu’on ne demandait pas de justificatifs pour l’accorder. Dès lors, on a vu toute une série de salariés prendre ce forfait et stationner toute la journée pour trois euros en zone verte. Cela ne pouvait plus durer. De mon côté aussi, j’ai des pétitions de résidents qui se plaignent de ne plus pouvoir se garer dans leur quartier. »

La durée de stationnement allongée… et les prix dopés

Sur le site de la ville, une brochure intitulée « Mieux stationner c’est ça l’idée » commence par rassurer : « Tarifs inchangés pour 2 heures de stationnement en 2018 ». Le service stationnement insiste : « Les tarifications ne changent pas. C’est la durée de stationnement autorisé qui a augmenté dans chaque zone et l’heure supplémentaire est plus chère que les précédentes. »

Dès 2018, il sera possible de stationner une heure supplémentaire en zone rouge et deux heures de plus en zones orange et verte. Encore faut-il en avoir les moyens : une voiture garée trois heures en zone rouge, quatre heures en zone orange ou cinq heures en zone verte coûtera 35 euros, soit.. le prix d’une amende si elle n’est pas réglées sous 3 jours.

La Ville de Strasbourg a allongé les durées de stationnement pour se conformer à la loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles (MAPTAM), adoptée le 27 janvier 2014. Parallèlement, la tarification des heures supplémentaires décourage fortement l’automobiliste à en profiter. Entre 3 heures et 3 heures 40 de stationnement en zone orange, la facture augmente de 1 euro 60 toutes les dix minutes.

Amende : le nom et le délai de paiement changent

Une autre réforme crispe de nombreux automobilistes : celle de l’amende. Cette dernière change de nom et devient un « forfait post-stationnement » (FPS). La Ville de Strasbourg, comme toutes les communes, a désormais le pouvoir en la matière depuis la même loi Maptam.

Dans la capitale alsacienne, le montant d’une prune reste inchangé : 17 euros. C’est le temps accordé pour payer le FPS qui est fortement réduit. « Avant, le délai de paiement autorisé était d’un mois, s’insurge Thierry Roos, aujourd’hui il faut verser la somme sous 3 jours, sinon la sanction passe à 35 euros. »

Peu dissert sur ce changement de délai, la brochure de la municipalité insiste sur une autre nouveauté : « Le forfait post-stationnement sera diminué de la somme déjà réglée en cas de dépassement et dans la limite de la durée de stationnement autorisée. » Autrement dit : si l’automobiliste a payé 2 euros 10 et laisse sa voiture en zone rouge pendant deux heures (au lieu d’une seule), il paiera non pas 17 euros d’amende mais 14 euros 90 (17 – 2,10).

La ville a l’obligation d’utiliser la somme récoltée par ces paiements pour développer les transports publics et les modes de déplacement doux (marche à pied, vélo, rollers, skate…). En pratique, la somme récoltée sera reversée à la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS), dont la dotation est amputée d’autant.

Des contrôles plus fréquents

Ces forfaits post-stationnement risquent d’être distribués plus souvent que les amendes. C’est l’entreprise privée Indigo qui gérera le contrôle des véhicules stationnés. La firme a été expressément mandatée pour vérifier davantage si les automobilistes ont payé leur dû, explique Pernelle Richardot :

« Bien sûr, nous n’avons donné aucun objectif chiffré de verbalisation à Indigo, mais nous nous devons de lutter contre un taux de non-paiement des places en centre-ville qui était de 77% en 2016. Nous savons qu’une zone mieux contrôlée favorise la rotation des véhicules. »

En incitant fortement à se garer le moins longtemps possible, la Ville de Strasbourg espère réduire la pollution de l’air liée aux automobilistes cherchant à se garer. Au niveau national, 30% des trajets dans le centre-ville sont liés à la recherche d’un espace libre pour y laisser son véhicule. Selon le dépliant « Mieux stationner c’est ça l’idée », un stationnement « payant et bien contrôlé » permettrait à chaque place d’être occupée par 4 à 8 voitures par jour, contre deux véhicules lorsque le stationnement est gratuit.

Un premier bilan fin 2018

Un objectif louable, selon Thierry Roos, qui demande néanmoins à la Ville de « mettre en place une vraie politique alternative pour la mobilité : parkings en ouvrage, parkings relais plus nombreux. » Sur ce point, l’adjointe chargée du stationnement concède : « Il manque un parking en ouvrage à l’Est de Strasbourg. Le maire pousse à l’étude d’un projet dans ce sens. » Et Pernelle Richardot d’ajouter :

« Je comprends le mécontentement de certains automobilistes. Mais je tiens à rappeler que les chefs d’entreprises doivent payer 50% de l’abonnement au tram de leurs salariés. Sur le sujet du transport, chacun doit être responsable. »

Les conséquences de ces changements seront analysées par l’« Observatoire du stationnement », mis en place avec l’agence de développement d’urbanisme et de l’agglomération strasbourgeoise (l’Adeus) et la société publique Parcus. Pernelle Richardot s’est engagée à faire un premier bilan auprès des commerçants et des résidents à la fin de l’année 2018.

Revoir toute l’actualité de 2017 à Strasbourg en dessins

Revoir toute l’actualité de 2017 à Strasbourg en dessins

Parce qu’un bon dessin vaut parfois mieux qu’un long article, Rue89 Strasbourg vous propose de revivre quelques moments marquants de l’actualité à Strasbourg de 2017 en illustrations.

Une bière de Noël, s’il vous plaît. – Oui mais laquelle ?

Une bière de Noël, s’il vous plaît. – Oui mais laquelle ?

À côté du vin chaud, rouge ou blanc, il y a fort heureusement la bière de Noël. Aujourd’hui, on compte une cinquantaine de brasseries en Alsace, sur plus de 600 en France. Et chacune a sa propre interprétation de ce que doit être une bière de Noël. Il convient donc de parler des bières de Noël…

Pour se réchauffer pendant les fêtes de fin d’année, les bières de Noël ont du succès, peut-être autant que le vin chaud. Alors que plus de la moitié de la production de bière française est brassée en Alsace, la région dénombre une quarantaine de brasseries artisanales et chacune propose sa version de la bière de Noël. Alors quelle est la meilleure ? Les palais devront être aiguisés pour reconnaître leurs arômes.

Pour trouver des bières artisanales locales et internationales, un magasin est devenu spécialiste à Strasbourg. (Photo CM / Rue89 Strasbourg / cc)

Orange, épice, coriandre, il y a tout de même une recette universelle de la bière de Noël selon le site des brasseurs de France : « Pour un litre de bière, il faut : 150 g de malt, 1 g de houblon, 1 cl de levure, de l’eau pure ». Mais de nombreuses variétés naissent selon les particularités régionales de chaque brasserie.

« La bière ne doit plus être perçue comme la troisième mi-temps d’un match de foot »

Pour la bière de Noël, tout commence au XVIIe siècle. Pour vider les réserves d’orge et de houblon en automne et ainsi laisser place aux récoltes estivales, les brasseurs ont créé un nouveau brassin, indiquent les brasseurs de France. Cette bière unique et de saison était destinée à être partagée avec les employés ou les clients privilégiés. Elle était l’étrenne des brasseurs. Pour Éric Trossat, directeur de la brasserie Uberach, président des brasseurs d’Alsace, l’histoire de la bière de Noël fait partie du patrimoine alsacien :

« Elle s’était perdue avec l’évolution technique du brassage. C’est la brasserie Schutzenberger qui a relancé la bière de Noël en Alsace, il y a de cela une trentaine d’année ; Albert Gass en était le brasseur à l’époque. Il s’agissait de rendre à la bière de Noël ses lettres de noblesse. Nous ne voulions plus qu’elle soit perçue comme la troisième mi-temps d’un match de football. Dans les années 90, les autres brasseries ont suivi et chacune a commencé à réaliser sa propre bière de Noël. Nous souhaitons en tant que brasseur, qu’une bière puisse accompagner chaque mets à chaque période de l’année. »

En 2015, une nette augmentation a été constatée dans la consommation de bière. Le commerce de la bière devient de plus en plus lucratif, c’est même le sujet principale de visites de ville comme Lille, Paris Bruxelles ou Strasbourg. L’Échappée Bière, propose de découvrir la ville autour de dégustation de bières, un jeu de piste et des énigmes à résoudre.

Des bières de Noël, il y en a pour tous les goûts

Pour une brasserie de taille moyenne comme Meteor, la recette de la bière de Noël est la même chaque année, bien qu’elle puisse subir de légères variations. Avec 5,8% d’alcool, c’est une bière ambrée, avec des saveurs d’orange, d’écorce, et de fruits macérés. Elle arbore même le certificat d’excellence du Brussels Beer Challenge 2017. Selon les indications du site de Meteor cette bière pourrait très bien accompagner du foie gras.

Selon Éric Trossat, la bière c’est comme le vin. Il faut trouver la bonne pour accompagner les plats et chez lui aussi, la bière de Noël ne varie que très peu depuis 3-4 ans :

« Elle est ambrée et douce. Il y a un soupçon de cannelle et des écorces d’orange amère, ça s’accorde bien avec nos petits gâteaux de Noël. J’aime les bières légères, c’est pour ça que j’ai voulu que cette bière le soit également. Tous les ans, on attend les bières de Noël des brasseurs avec impatience. C’est convivial, les consommateurs sont curieux. Il y a toujours des surprises, de nouveaux goûts. »

Au village de la bière à Strasbourg, la bière de Noël Uberach est aussi représentée. (Photo CM / Rue89 Strasbourg / cc)

Il faut un mois environ pour brasser une bière de Noël. Elle est sensée être forte en bouche, chargée en épices et lourde en alcool. Des bières qui réchauffent en somme. Le packaging est également bien en phase avec les fêtes. Elles se divisent en deux ensembles : les bières de grande consommation, souvent douces et sucrées et les bières de brasseries, plus artisanales et souvent plus typées.

Aujourd’hui, avec les gammes d’hiver des bières alsaciennes, le choix est large. À Strasbourg, le Village de la bière propose un large panel de bières alsaciennes mais aussi internationales. Alain Pesez est le gérant du magasin :

« Des bières de Noël, nous en avons en nombre. Les microbrasseries alsaciennes sont largement représentées : la Bendorf, la Blessing, l’Uberach, 3 Mâts, la Perle, la Mercière, la brasserie du Ried, etc. Il y en a vraiment pour tous les goûts, c’est très varié. La 3 Mâts de Noël par exemple est faite avec du cacao, de la vanille, de la cannelle. La bière de Noël n’existe pas en blonde, elle sera soit ambrée, soit brune. Souvent, les bières de Noël sont plus alcoolisées. La grosse majorité tourne autour de 7% d’alcool mais ça peut aller jusqu’à 10, 12 degrés. C’est une des bières de saison la plus vendue, loin devant la bière de mars par exemple. Elle est considérée parmi les meilleurs bières de l’année. »

Une bière de saison au-dessus des autres

Il existe plusieurs bières de saisons. La bière de mai est une tradition allemande, la bière de mars ou bière de printemps est bien connue en France. Il peut aussi y avoir une bière d’été. Plus légère en alcool, elle avoisine souvent les 3%. Pour Alain Pesez, il y a un mouvement perpétuel des bières :

« En Alsace, nous avons une quarantaine de micro brasseries mais en France, on doit être autour de 800 microbrasseries. Il y a une explosion incroyable. Des régions qui n’étaient pas du tout bière d’ordinaire en font maintenant, notamment dans le sud de la France… Rien qu’avec les bières de Noël françaises, je pourrais remplir le magasin ! Ce qui est sûr, c’est que c’est une bière qui transporte la magie des fêtes. »

Selon Boursorama-Lifestyle, pour la Leffe de Noël en 2016, « il s’en est vendu 1 435,2 milliers de litres, soit une augmentation de 40,2% par rapport à la fin d’année 2015. » Dans le magasin strasbourgeois, c’est en période de fêtes que se réalise le plus gros chiffre d’affaires.

Normalement, la bière de Noël devrait rester un plaisir de saison. Une bière de novembre jusqu’à décembre. Mais pour Alain Pesez, la saison, on ne la distingue plus tellement :

« Le problème avec la bière de Noël, c’est qu’elle est commercialisée dans les grandes surfaces de plus en plus tôt, dès le début du mois d’octobre. Si bien que je rencontre des personnes qui me disent mi novembre qu’ils n’en peuvent plus de la bière de Noël ! De plus en plus, ce sont aussi les microbrasseries qui décalent le lancement de leur bière de Noël pour coller aux opérations en grandes surfaces. Nous aimerions qu’il y ait un lancement national, comme le Beaujolais nouveau pas exemple. Chaque année, la bière de Noël sort 15 jours plus tôt, c’est du grand n’importe quoi. »

La bière de Noël au village de la bière à Strasbourg, il y en a pour tous les goûts. (Photo CM / Rue89 Strasbourg / cc)

À Strasbourg, il y a également la bière Perle à la Meinau. Christian Artzner en est le brasseur et chaque année, il y une nouvelle subtilité dans sa bière de Noël :

« La bière de Noël, c’est l’occasion pour un brasseur de proposer une bière plus riche, plus gourmande. On la brasse en septembre pour qu’elle soit prête fin octobre. On part avec la même base chaque année mais il y a toujours des améliorations. C’est une bière ambrée, malteuse à 6,6% d’alcool et un mélange de 6 épices. C’est une bière importante pour nous, puisqu’elle représente 10% de notre production. »

La bière Perle propose elle aussi sa bière de Noël, un mélange de 6 épices. (Photo CM / Rue89 Strasbourg / cc)

Avec un groupe « En Marche » à l’Eurométropole, voici la nouvelle composition de l’hémicycle

Avec un groupe « En Marche » à l’Eurométropole, voici la nouvelle composition de l’hémicycle

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Une filiale vidéo d’Europa-Park s’installe à Plobsheim

Une filiale vidéo d’Europa-Park s’installe à Plobsheim

Le journal économique La Tribune lâche un scoop juste avant Noël. Le parc d’attractions allemand Europa-Park va installer sa filiale Mack Media dans la petite ville de Plobsheim, en périphérie de Strasbourg. Cette société conçoit des films promotionnels et depuis peu des attractions, à l’image de son simulateur de vol au-dessus de l’Europe, le Voletarium.

Créer ce type de film soi-même revient moins cher que de le confier à un grand studio comme Dreamworks, détaille le parc. D’autres pistes de développement sont les applications, la réalité augmentée dans les manèges, les jeux et des contenus vidéo pour des sociétés et chaînes étrangères.

50 emplois en jeu

Cette filiale qui compte 12 salariés à ce jour indique vouloir créer 50 emplois d’ici 2020. Comme le retrace l’article, la filière image a jusqu’ici eu du mal à se structurer à Strasbourg, à l’image de l’échec d’Iconoval. Le directeur Michael Mack estime qu’il ne sera pas difficile d’attirer des talents près de Strasbourg.

Le simulateur Voletarium est un exemple de création des services multimédias d’Europapark Photo : Europapark

Le lieux choisi est un terrain agricole près du golf du Kempferhof ce qui nécessitera que l’Eurométropole trouve d’autres terrains à transformer en champ, pour compenser la construction de bureaux et studios neufs.

#attractivité économique

Pour que leurs élèves ne dorment pas dehors, des professeurs se mobilisent à la Meinau

Pour que leurs élèves ne dorment pas dehors, des professeurs se mobilisent à la Meinau

À Strasbourg, trois collégiens dormaient dans une voiture et ont trouvé un logement grâce à une mobilisation de leurs professeurs et citoyenne. Mais cette situation d’extrême précarité touche au moins encore cinq familles d’origine arménienne, toujours à la rue.

Début décembre, des professeurs d’un collège de la Meinau à Strasbourg lancent une alerte sur les réseaux sociaux. Trois élèves, deux en troisième et l’un en quatrième, ont changé de comportement : bons élèves, ils s’absentent ou apparaissent très fatigués. Et pour cause, ces enfants dorment avec leurs familles depuis des mois dans des voitures, une solution de fortune qui ne fonctionnait plus quand les températures nocturnes ont baissé.

Deux jours plus tard, ils alertent les médias pour relayer l’information, ce qui provoque la mobilisation des pouvoirs publics. Mercredi 6 décembre, Mathieu Cahn, adjoint au maire (PS) en charge du quartier et Marie-Dominique Dreyssé, adjointe au maire (EELV) en charge des affaires sociales, rencontrent les professeurs et les familles. Le même jour, l’une d’elles trouve une solution. Elle est logée dans une chambre d’hôtel est cela jusqu’au 22 janvier 2018, date anniversaire du petit dernier qui aura 3 ans. Le lendemain, l’association du Foyer Notre-Dame trouve une chambre dans un centre d’hébergement au Neuhof pour les deux autres familles. Elles se retrouvent à 9 dans une pièce. La situation de ces familles reste très précaire. Deux d’entre elles détiennent un titre de séjour toujours valable, la troisième au revanche n’aurait pas de procédure possible pour le moment. Cependant, aucune des trois familles n’a reçu d’ordre de quitter le territoire français.

Une mobilisation du corps professoral

Au collège, la mobilisation continue mais seuls les professeurs connaissent l’identité de ces collégiens. Arméniens originaires d’Arménie, de Russie ou d’Azerbaïdjan, ils ne souhaitent pas que leurs camarades soient au courant de leur situation. Les trois collégiens vont tous à la cantine. Leurs repas sont financés autrement que par les familles. Il semblerait que ces déjeuners soient pris en charge par le fonds social du collège. Les professeurs rassemblent du matériel pour aider ces familles en dehors de l’établissement.

L’une des enseignantes du lycée est professeure en histoire-géographie :

« Quand nous avons constaté la situation, nous avons contacté l’assistante sociale qui nous a répondu qu’il n’y avait de place nulle part. À partir de la Toussaint, ces familles ont été logées par ci par là. Un soir, ils étaient 11 chez un collègue. Deux des familles sont arrivées en France en 2014. Les deux élèves sont en troisième et ils sont vraiment excellents ! Pour la troisième famille, ils sont arrivés en 2011. Ces élèves, je ne les voyais qu’en classe, je les attrapais donc à la fin des cours pour savoir comment ça se passait pour eux. »

À Strasbourg, les collégiens sont présents, certains dorment dans la rue. (Photo CM / Rue89 Strasbourg / cc)

En parallèle, les enseignants se mobilisent pour collecter des vêtements, de la nourriture, des fournitures scolaires… Parfois, ils passent par des associations. Ils sont une dizaine d’enseignants à être plus impliqués mais tous participent. Des communiqués et des lettres doivent être envoyés à l’Académie de Strasbourg, au préfet du Bas-Rhin et même au président de la République :

« Nous savons bien que nous avons peu de chance d’avoir des réponses à nos lettres, mais nous voulons dire ce que l’on fait. »

La professeur d’histoire-géographie est émue par cette mobilisation citoyenne mais elle relativise :

« C’est un peu égoïste, nous ne venons en aide qu’à ces enfants parce que nous les côtoyons. Il y aurait encore beaucoup à faire. »

Des logements souvent insalubres

Une autre enseignante est largement impliquée dans cette mobilisation, professeur de langue au collège de la Meinau, elle a déjà hébergé l’une des familles :

« Ils sont à l’abri mais leurs conditions de vie ne sont pas faciles. À leur arrivée, il y avait des problèmes de chauffage, il n’y avait que des lits de camp. Nous avons réussi à leur fournir plusieurs matelas. Il y a peu de toilettes pour les quelques 120 personnes qui sont logées dans le centre. Mais les élèves s’accrochent : les deux troisièmes étaient en stage, ils se sont impliqués tous les jours. Quant au collégien de quatrième, il vit aujourd’hui à Eckbolsheim. Dans un hôtel avec deux chambres, mais ils ont un énorme souci de punaises de lit. Si bien que pour l’une des sœurs de la famille, un médecin a même établi un certificat médical en faisant la demande d’attribution d’un logement salubre d’urgence. Deux traitements auraient été faits dans cet hôtel mais j’ai pu voir que l’élève de quatrième commençait également à avoir d’innombrables piqûres. »

Dans la pièce où sont réunis les deux familles, les professeurs ont installé une cloison selon l’enseignante d’histoire-géographie :

« La vétusté des lieux nous désole. Bien sûr, les élèves de ces familles me disaient que leur situation est bien meilleure que lorsqu’ils étaient à la rue. Ils resteront dans ces locaux jusqu’au 30 avril, trêve hivernale oblige. »

Une cagnotte en ligne a été mise en place par des professeurs de l’établissement fréquenté par les élèves. Au moment d’écrire ces lignes, plus de 3 500€ avaient été récoltés par 81 participants. Cet argent devrait permettre de louer un ou deux logements décents, ou encore de payer des chambres d’hôtel.

Des familles arméniennes et bien d’autres restent encore dans la rue

Valérie Suzan, présidente de l’association Strasbourg Action Solidarité, suit ces familles et bien d’autres qui restent chaque nuit dehors. Selon elle, sur une dizaine de familles arméniennes présentes à Strasbourg, au moins cinq ne sont pas encore mises à l’abri :

« Les enfants, souvent très jeunes sont régulièrement malades. C’est inadmissible qu’on n’arrive pas à les loger. De la place, je pense qu’il y en a. Roland Ries a affirmé qu’il trouverait des hébergements pour tout le monde, mais il faut agir maintenant, ne pas les laisser dehors pendant tout l’hiver. Il y a des personnes qui sont à Strasbourg depuis plusieurs années, certains de ces enfants sont même nés en France. Il est impensable qu’on ne puisse pas prendre en charge des personnes qui souhaitent s’insérer, travailler mais aussi trouver un logement. »

Sollicités constamment sur ces situations, les élus commencent à se mobiliser. Le maire de Strasbourg a interpellé le Gouvernement sur les insuffisances de l’hébergement d’urgence. Valérie Suzan est sensible à la mobilisation faite par ces professeurs et à la prise de conscience qu’elle ressent :

« L’élan citoyen est très important. Que ces professeurs dans ce collège se soient mobilisés, ça montre que ce sujet touche tout le monde. Il ne faut pas attendre d’avoir des températures avoisinants les -10° pour réagir. Ça vaut pour ces familles arméniennes comme pour toutes les personnes dans la rue, il y a même des femmes enceintes qui dorment dehors, l’une est à 8 mois de grossesse. Ils dorment à la gare, qui reste ouverte de 4h45 à 1h du matin en semaine et de 5h à 1h les weekends et jours fériés. Il faut trouver une solution. »

Et maintenant des « certificats de contre-indication à dormir dehors »…

Et maintenant des « certificats de contre-indication à dormir dehors »…

Juliette Chambe, médecin à la maison de santé du Neuhof à Strasbourg, a eu la surprise d’avoir à rédiger un document d’un nouveau genre. Jeudi matin, elle voit arriver dans son cabinet une famille de déboutés du droit d’asile, probablement albanais, qu’elle connaît bien pour avoir reçu déjà deux fois l’aîné de 2 ans pour une otite.
N’étant plus autorisés à rester dans le centre d’accueil Lyautey en raison de leur situation administrative, la famille se retrouve à la rue, contrainte de dormir avec leur fille de 7 mois . . .
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Le lobbying pour passer aux gobelets réutilisables à la Laiterie relancé

Le lobbying pour passer aux gobelets réutilisables à la Laiterie relancé

Le collectif Zéro Déchet Strasbourg propose de mettre fin aux gobelets plastiques jetables à la salle de concert de la Laiterie pour les remplacer par des verres réutilisables comme dans de nombreuses institutions de la ville.

À l’heure où la conscience écologique infuse timidement dans la société, La Laiterie va-t-elle passer des verres plastiques jetables à ceux réutilisables ? Le marché de Noël, des festivals culinaires type Streetbouche, les courses de Strasbourg, le Racing club de Strasbourg ou la Sig y sont passés. Mais pas encore la salle de concert strasbourgeoise. À l’occasion du concert de Catherine Ringer, complet, mardi 19 décembre, 7 membres du collectif Zéro Déchet Strasbourg sont allés à la rencontre des spectateurs. L’objectif, leur demander s’ils soutiennent le remplacement des verres jetables actuels, par des « ecocup » lavables, plus respectueuses de la planète.

Une pétition qui tourne

Après une demi-heure à interpeller les spectateurs et plusieurs de dizaines de signataires recueillies, « aucune écocup n’a été blessée pendant l’opération », assurent les organisateurs. Mais ils ont tout de même été priés de s’éloigner au bout d’un moment. Une pétition en ligne avait été lancée en mars 2017. Mais après deux entrevues constructives avec la municipalité et la Laiterie en mai puis en septembre, rien n’a bougé depuis. C’est pour cela, que Zéro Déchet relance son manifeste, explique Benoît Écosse, un habitué du lieu, à l’origine de l’idée :
« Nous avons obtenu une petite avancée puisque la Laiterie s’est dite d’accord pour servir les clients qui viennent avec leur propre verre alors que jusque là il fallait être insistant pour y parvenir. C’est pour cela que nous en avons distribué quelques verres lavables aux spectateurs qui sont plutôt réceptifs et pas toujours au fait de ces enjeux. Les dirigeants restent frileux alors que l’association Eco-Manifestation Alsace serait prête à accompagner la Laiterie pour ce passage et l’Eurométropole à payer une formation. »

Les déchets, toujours un coût

La pétition a dépassé les mille signatures numériques. Environ 100 000 gobelets en provenance de la Laiterie seraient envoyés dans les camions-poubelles, puis dans des incinérateurs voire enfouis chaque année. Sachant qu’en l’absence d’incinérateur à Strasbourg, les détournements actuels des poubelles se chiffrent en dizaine de millions d’euros de surcoût pour la collectivité. Le traitement des déchets en provenance de la Laiterie représentent 15 000 euros selon les services de l’Eurométropole, même s’il est difficile de savoir quelle part correspond précisément à ces fameux gobelets. Ces verres siglés Heineken sont offerts à la salle de musiques actuelles dans le cadre de son marché avec le distributeur de boissons.
(photo ZD Strasbourg)

La Ville pourrait se bouger

Ces usagers pointent que la Ville et l’Eurométropole de Strasbourg, qui se targuent de devenir un « territoire Zéro Déchets Zéro Gaspillage » pourraient agir dans le cadre de son importante subvention municipale. Même s’il nécessite un peu d’eau pour être lavé, le gobelet lavable est plus écologique à partir de la septième utilisation que son alter ego à usage unique, non recyclé. La communication n’a pas été rétablie avec l’Eurométropole et La Laiterie après l’action de mardi. L’idée n’est pas de s’en prendre à La Laiterie, mais simplement de changer une pratique plus très moderne, s’empresse de préciser Simon Baumert l’un des co-fondateurs de l’association :
« Les signataires sont des amoureux de la Laiterie et n’attaquent pas l’établissement. Ce n’est pas du tout comme une association végan qui milite pour la fermeture d’un abattoir…. »
Les voyants sont au vert pour un tel changement. Les locaux sont fermés ce qui permet de facilement récupérer les verres et le personnel est une équipe fixe, qui pourrait facilement être formée à cette nouvelle pratique. Maintenant, y a plus qu’à…  

Les éditorialistes pêchus d’Osons Causer, jeudi soir au Marché Off

Les éditorialistes pêchus d’Osons Causer, jeudi soir au Marché Off

Éditorialistes d’un nouveau genre, les youtubeurs d’Osons Causer interviendront jeudi 21 décembre à 18h, au Marché Off de Noël de Strasbourg, sur l’agroalimentaire. C’était l’occasion de faire connaissance avec Ludovic, le visage d’Osons Causer, « born and raised » à la Meinau, trois ans après le lancement de leur émission.

Osons Causer, ce sont des vidéos suivies par 640 000 personnes sur Facebook et 185 000 sur YouTube. Cette émission politique à la tonalité affirmée est née de la collaboration de trois colocataires, étudiants en errances en 2015. L’un d’eux, Ludovic Torbey, visage d’Osons Causer, est né à Strasbourg et a grandi à la Meinau. Il revient pour Rue89 Strasbourg sur la genèse de cette aventure et les objectifs de ce média très indépendant et qui tient à le rester.

Rue89 Strasbourg : Ludo, racontez-nous comment est né Osons Causer…

Ludo : On a produit notre première vidéo en juin 2015, pour répondre à une énième instrumentalisation des Arabes par le gouvernement de Manuel Valls. Avec mes colocataires, l’idée nous est venue assez naturellement. Moi j’étais étudiants en philosophie et sciences économiques, Xavier (Cheung) envisageait des études de journalisme et Stéphane (Lambert) était très branché YouTube, il suivait des émissions aux États-Unis où des personnes prenaient position tout en livrant des informations solides, face caméra. On s’est dit qu’il faudrait faire la même chose en France, des vidéos pêchues de 5-10 minutes, à mi-chemin entre un édito et ton pote qui te parle de politique.

On a été assez surpris de la viralité des vidéos, qui sont longues, et c’est vrai qu’on a été portés par les conflits sociaux de cette époque, notamment contre la « Loi Travail ». Devant le succès, et nos situations instables dans le champ universitaire, on s’est mis sur Osons Causer dès septembre 2016 à plein temps. On a publié nos vidéos également sur Facebook et on s’est aperçu qu’en les faisant plus courtes et en les sous-titrant, elles étaient très très partagées. Une vidéo sur l’utilisation de l’article 49-3 de la constitution pour faire voter la Loi Travail a fait 5 millions de vues…

Rue89 Strasbourg : on a l’impression que vos vidéos sont produites très rapidement…

Ce n’est qu’une impression ! Parce qu’en fait, chaque phrase, chaque information qu’on donne est sourcée, il y a un gros travail journalistique derrière. Avant de produire une vidéo, le ton qu’on emploie, l’idée qu’on défend, elle est nourrie par une phase de documentation assez énorme. Et puis il y a le montage, qui donne une certaine tonicité au propos mais qui prend beaucoup de temps aussi. Donc pour chaque vidéo de quelques minutes, on y travaille pendant des jours.

Et on cherche à traiter de tous les sujets, on a été étiquetés « gauche radicale » par certains parce qu’avant l’élection présidentielle, on a dit que nous allions voter Mélenchon. Mais nous n’avons aucun lien avec les partis politiques. Ce qui nous intéresse, c’est penser l’intérêt général. Nous sommes des citoyens exigeants, bien formés par l’université. On se sert de ce bagage culturel pour mettre des situations et des informations en perspective, c’est tout. Bon, c’est vrai aussi qu’on aime bien se moquer des puissants, des communicants et des personnes qui sont au pouvoir en général.

Rue89 Strasbourg : est-ce que vous arrivez à monétiser ce nouveau média ?

On cherche encore… C’est un aspect qu’on découvre peu à peu, nous sommes en train de créer une société à parts égales entre nous trois pour pouvoir se rémunérer. Pour l’instant, on se paie peu, grâce aux dons qui nous sont envoyés via Teepee. Chaque mois, entre 400 et 800 personnes donnent quelques euros, parce qu’ils considèrent qu’on fait du bon boulot ou qu’ils estiment que notre travail est important… Chacun a sa raison mais au final, ça permet de se payer un peu et de continuer à produire des vidéos tout en les gardant accessibles au plus grand nombre. On est vraiment indépendants grâce à ce système qui apporte la grosse majorité de nos recettes. On est vraiment libres, avec un lien organique avec notre audience. C’est précieux dans le paysage médiatique actuel…

On pense à développer les partenariats. De septembre 2016 à mai 2017, Médiapart nous avait commandé des vidéos sur la campagne électorale et ça avait bien fonctionné. On pense à réitérer ce genre de collaboration entre des médias et nous, à animer des conférences, à participer à des événements comme jeudi au Marché de Noël Off sur l’agro-alimentaire, etc. On peut aussi envisager d’accompagner des structures si elles veulent communiquer avec des vidéos courtes et anglées parce que maintenant, on a développé un certain savoir-faire.

On a bien l’intention d’en vivre et on a plein d’idées pour la suite, on veut produire plus de vidéos et sur des thèmes plus variés. On a plein de trucs à transmettre et de projets pour la suite. Mais chez nous, personne n’est un grand professionnel du business, alors évidemment, ça prend un peu de temps (rires).

L’Eurométropole vote son premier budget sans hausse d’impôts

L’Eurométropole vote son premier budget sans hausse d’impôts

Le quatrième budget de la coalition droite-gauche de l’Eurométropole de Strasbourg est sur la table. Malgré une mauvaise nouvelle à 1,2 million d’euros, il n’y aura pas de hausse d’impôts. Une première en quatre ans. Ensuite, il sera question de la nouvelle version du parc des expositions au Wacken. À suivre en direct vendredi 22 décembre dès 9h.

La reprise des chantiers du Paps-PCPI ? La médiathèque nord à Schiltigheim ? Les extensions de tram vers Koenigshoffen et la Robertsau ? Les puits de géothermie ? La galère de l’usine d’incinération ? Ou de manière moins visible, les routes, l’eau, le ramassage des ordures. Toutes ces politiques à Strasbourg et les 32 communes qui l’entourent sont transformées en euros et compilées dans le budget. C’est dire si son vote est chaque année un cap important.

Pour 2018, l’Eurométropole devrait voter vendredi 22 décembre un budget sans augmentation des taux d’impôts. C’est une première pour la coalition droite-gauche formée en 2014 qui avait pourtant fait de « la stabilité fiscale », un des axes de son « pacte de gouvernance. » Les deux premières années, des hausses moyennes de 3%, puis de 1,5% pour 2017 ont été votées par les conseillers eurométropolitains.

La tuile à 1,2 million d’euros

Pas d’augmentation, vraiment ? L’Eurométropole s’apprêtait à « perdre » 1,5 million d’euros de recettes par rapport à 2017, suite à la réforme de la taxe professionnelle (DCRTP) menée par le Gouvernement. Mais la collectivité a appris qu’un amendement adopté le 15 décembre portait ce manque à gagner à 2,7 millions d’euros. Dans le nouveau calcul, Nantes, Rennes, Toulouse et donc Strasbourg se voient amputées de ressources supplémentaires. D’autres villes sont mieux dotées par ce rééquilibrage comme Aix-Marseille, Dunkerque et… Le Havre, la ville du Premier ministre Edouard Philippe.

De quoi énerver le président de l’Eurométropole, Robert Herrmann (PS), qui estime dans un communiqué que « la loyauté de l’État » n’est pas au rendez-vous, à l’heure où ce dernier souhaite établir des contrats avec les métropoles. Robert Herrmann espère encore pouvoir faire annuler cet amendement avant le vote final fin décembre en écrivant aux parlementaires, au gouvernement et même directement au Président de la République (voir ci-dessous).

S’il devait être maintenu, il faudra trouver d’autres ressources, « non prévues » à ce jour, à l’occasion d’un budget rectificatif en cours d’année. Ces 1,2 millions supplémentaires correspondent à 1 point de fiscalité. Oups.

Le courrier de Robert Herrmann au Président et au Premier ministre

Des bonnes nouvelles sur d’autres fronts

En dehors de cette épine dans le pied, l’Eurométropole peut composer avec une dotation de l’État stable, alors qu’elle devait être amputée de 6 millions d’euros. Comme indiqué lors du débat d’orientations budgétaires, les dépenses en personnel sont stables suite à des non-emplacements (274 suppressions nettes ; 64% étant remplacé par des entreprises privées).

La dette augmente moins vite que par le passé (de 579 à 591 millions d’euros), mais les investissements reculent légèrement (de 209 à 199 millions d’euros).

Les principales dépenses en travaux concerneront l’aménagement et l’habitat (72,8 millions), ainsi que les transports (48,3 millions).

L’Eurométropole pourra tout de même compter sur l’augmentation des bases d’imposition, de 1 à 1,2%. Enfin, la collectivité va réduire pour la première fois sa contribution à la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS – de 23,71 à 21,4 millions puis 13,5 en 2019), sommée de faire des économies. Ce retrait sera compensé pour la CTS par les recettes des « forfaits post-stationnement », les nouvelles amendes des automobilistes pris sans ticket sur la voie publique.

La création d’emploi comme thermomètre

C’est aussi la première fois que l’Eurométropole vote un budget avec les mêmes compétences que l’année précédente, après les multiples transferts, conséquences de plusieurs lois. Le total est de 1,029 milliard et même 1,4 milliard avec les budgets annexes (eau, assainissement).

Comme juge de paix de tous ces chiffres, Robert Herrmann regarde la croissance nette d’emplois dans l’Eurométropole, qui perdure selon lui. Sans en dire plus, il promet plusieurs « bonnes nouvelles » sur ce front pour le début 2018, notamment du côté du port de Strasbourg.

Un exemple récent ? L’inauguration d’une éolienne de toit sur la chocolaterie Suchard à la Meinau. « Pour la première fois depuis des années on parlait de Suchard pour un autre raison qu’une éventuelle fin d’activité ». Premier employeur privé de l’agglomération, Punch Powerglide a annoncé l’embauche de 50 personnes.

En 2018, l’Eurométropole va se dispenser d’une hausse des taux d’impôts. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Deux nouveaux groupes à scruter

Depuis le dernier budget, deux groupes politiques se sont formés au sein du conseil de l’Eurométropole : « La Coopérative » est composée de six élus strasbourgeois, issus du PS ou d’Europe Écologies Les Verts, « Pour une Eurométropole équilibrée » rassemble à contrario 7 maires de la deuxième couronne (Breuschwickersheim, Holtzheim, Kolbsheim, Lampertheim, Mittelhausbergen, Oberhausbergen et La Wantzenau), qui ne s’estiment pas toujours bien servi par les politiques actuelles, en particulier pour les transports et l’habitat.

Voir si ces deux groupes votent pour, contre ou s’abstiennent permettra de mieux les situer par rapport à la coalition en place. Ils ne comptent pas de vice-président pour les représenter au sein de l’exécutif.

Les élus de droite restés dans l’opposition insisteront sûrement de leur côté sur les coûts liés aux travaux de désamiantage de l’usine d’incinération (11 millions d’euros pour 2018), en particulier les 34 millions d’euros de détournements des déchets vers d’autres sites pendant deux ans et demi.

Le parc expo new look pour finir

Ensuite, il sera longuement question du parc des expositions. Maintenu au Wacken, l’équipement aura finalement une taille comparables aux vieux halls bientôt détruits pour faire place au quartier d’affaires Archipel.

Plan de masse du futur parc des expositions au Wacken, revu à la baisse. (doc Eurométropole)

Le nouveau projet, prévu pour 2021, est réduit de moitié par rapport à celui présenté en 2013, lorsque la gauche et les écologistes étaient seuls aux manettes. Il sera intéressant de voir la position des élus des communes autour de Strasbourg. Une partie était critique de l’équipement pensé à l’origine, lorsqu’ils étaient dans l’opposition.

Tous les jours entre 11h et 20h, Strasbourg a peur

Tous les jours entre 11h et 20h, Strasbourg a peur

Strasbourgeois, Martin Kuppe s’interroge sur l’utilité des mesures de sécurité du Marché de Noël. À quoi servent des barrages filtrants très contraignants lorsqu’ils ne sont actifs qu’aux heures d’ouverture des marchés ? Qui est visé dans ce cas ? Quel est l’objectif ?

Comme toutes les années, nous assistons au « Grand Spectacle de Sécurité » du Marché de noël de Strasbourg : tous les jours entre 11h et 20h, les ponts sont bloqués par des barrières, l’armée patrouille en ville et chaque piéton souhaitant entrer dans cette forteresse urbaine qu’est devenu le centre-ville sera sujet aux contrôles des sacs et des manteaux. État d’urgence exceptionnel mais permanent oblige. Et personne n’ose dire quelque chose, parce qu’il y a des terroristes, parce que la sécurité est importante, parce qu’on a peur.

Quand les forces de l’ordre demandent à voir ce que j’ai dans mon sac, ça me rappelle un peu les fois où j’ai visité la RDA comme ado. On se demande si c’est bien constitutionnel tout ça. Certaines mauvaises langues diront que là, on échange une partie des libertés citoyennes contre la sécurité. Mais voyons, ce n’est pas tout à fait ça : faire des contrôles entre 11h et 20h, ça ne réduit pas le risque d’attentats – sauf peut-être de la part des fanatiques de l’Église de la Sainte Grasse Matinée, qui sait. Cela ferait bien rire les flics de la Volkspolizei en RDA. Donc, là on n’échange point les libertés individuelles contre la sécurité mais contre un semblant de sécurité. De la poudre aux yeux, pour rassurer les Français et les touristes, tous les jours entre 11h et 20 heures.

À quoi et à qui servent ces mesures de sécurité (Photo originale / Helmut J. Wolf / Bundesarchiv / cc)
Ben quoi c’est pas la fête ? (Photo originale / Helmut J. Wolf / Bundesarchiv / cc)

Mais que veulent-ils, les terroristes, au juste ? Tuer tous les Français ? Je ne pense pas. Ils savent qu’ils ne peuvent pas tuer tout le monde – mais ce qu’ils peuvent, c’est en tuer quelques-uns pour faire peur au reste. La peur est une arme puissante. Elle peut raviver un conflit, elle peut mener à une escalade de la violence, escalade dont ils espèrent qu’elle débouchera par une victoire de leur vision radicale de l’Islam. On peut toujours imaginer plein de choses mais en attendant, on se contente de faire peur.

Les contrôleurs de sac, eux, n’y sont pour rien. Tous ces braves agents dans le froid sur les ponts me rappellent un peu l’allumeur de réverbère dans le Petit Prince : il fait son boulot, insensé qu’il soit, suivant un rythme quotidien qui défie toute logique, parce que c’est son devoir, parce que c’est la consigne. Peut-être qu’ils se consolent que les barrières en béton, au moins, ont un certain sens. Peut-être qu’ils se disent qu’ils choperont possiblement un terroriste qui a eu une panne de réveil. Peut-être qu’ils pensent rassurer les gens. Je ne sais pas.

« Toutes ces mesures ne me rassurent pas vraiment »

Personnellement, cela ne me rassure pas vraiment. Tout au contraire, chaque fois que je passe un pont, on me rappelle qu’il y a des méchants terroristes qui veulent nous tuer, et qui le font, parfois. On me rappelle qu’ils existent et qu’on ne peut pas vraiment les empêcher d’agir. Tout ce qu’on peut, c’est faire semblant. Ça ne me rassure pas. Mais peut-être que là n’est pas l’objectif, que c’est plutôt pour rassurer les responsables, les élus et les autorités. Dans le cas d’un attentat, on ne veut surtout pas être le gars qui aurait pu, qui aurait dû, faire plus.

Il n’y a aucune volonté maléfique du côté des autorités. On n’est pas dans un État totalitaire, pas encore. Mais il y en a qui veulent établir un tel État, à droite, à gauche ou d’ailleurs souvent de nulle part, et toutes ces mesures, les contrôles de sac, la surveillance gouvernementale, les restrictions des libertés au nom de la sécurité, l’État d’urgence permanent, cela prépare le terrain. Le jour où un disciple de Hitler ou de Robespierre arrivera au pouvoir, il sera bien content de voir que les Français ont déjà l’habitude de voir l’armée en ville, se sont habitués aux restrictions de leurs libertés, à l’État d’urgence perpétuel, aux rappels constants de menaces sourdes et diffuses… Il ne faut pas qu’on oublie d’avoir peur.

Quand je regarde ce Grand Spectacle de la Sécurité de Noël, je me demande si ces franges autoritaires ne sont pas en train de gagner du terrain, centimètre par centimètre, chaque jour un peu plus. Chaque contrôle de sac fait un peu moins mal que le précédent. Quant aux terroristes, eux, ils ont déjà atteint leur objectif : on a peur. J’ai peur, vous avez peur, les hommes politiques ont peur, tout le monde a peur. La France a peur. Entre 11 et 20 heures.

Un parc des expositions réduit de moitié verra le jour au Wacken vers 2021

Un parc des expositions réduit de moitié verra le jour au Wacken vers 2021

Après plusieurs années d’impasse, une nouvelle mouture du futur parc des expositions de Strasbourg sera soumis au vote au conseil de l’Eurométropole. Le projet est toujours prévu au Wacken, mais il est plus sobre que ce qui avait été présenté en 2013. Objectif, inauguration en 2021.

À l’été 2013, Rue89 Strasbourg se demandait si le futur Parc des expositions (PEX) n’était pas « le mastodonte de trop au Wacken ? ». Reporté en 2014 faute de financements suffisants, le projet revient mais réduit de moitié.

Cette fois-ci, les dirigeants strasbourgeois mettent en avant un équipement mieux adapté aux « besoins actuels ». L’Eurométropole lance en cette fin d’année 2017 une consultation pour recevoir des propositions d’architectes.

Déménagements en cascade

L’emplacement du PEX n’a pas changé, il s’agit de l’ancien stade du Strasbourg universitaire club (SUC), à côté de la chaufferie du Wacken et derrière le lycée Kléber. L’hôtel Hilton se trouverait au milieu de ce complexe avec le nouveau Palais de la Musique et des Congrès (PMC).

Au Wacken, les halls vieillots des années 1920 vont être détruits, remplacés par le quartier d’affaires Archipel. Le club de sport du SUC a quant à lui déménagé du côté de l’Île-aux-Sports, entre le Parlement européen et la Robertsau, comme prévu.

La même taille qu’aujourd’hui

Les belles images et vidéos du Pex de 2013 sont donc à jeter aux oubliettes de l’urbanisme (le concours a d’ailleurs été annulé par le tribunal administratif en 2016). Des 50 000 m² carrés prévus, on passe ainsi à 25 000 m², soit à peine 1 000 m² de plus que les bâtiments actuels. Le coût prévisionnel fond de 180 à 86 millions d’euros. La surface au sol est en revanche à peu près similaire.

Pour Catherine Trautmann (PS), vice-présidente en charge du développement économique, le projet a été revu pour être plus économique et aussi pouvoir laisser moins de temps de battement entre deux événements :

« On est passé à un projet à plat plutôt qu’en hauteur. Avant, il aurait fallu que les camions montent dans les halls dans les étages, ce qui prend du temps et coûte plus cher. Il y aura entre un et trois halls qui pourront être modulés selon la taille de l’événement, ainsi qu’un petit hall complémentaire, qu’on appelle le PMC 4, pour de plus petits congrès. Enfin, le site plus compact devrait permettre des économies d’énergie. »

Le terrain étant dégagé et le réseau de chaleur déjà installé, Catherine Trautmann espère qu’il n’y aura plus de retard et table sur une inauguration en 2021. Un concertation de trois semaines avec les résidents du quartier Wacken-Tivoli est prévue début 2018.

Un espace en plein air, des fonctions en rade

Devant les halls, un espace dégagé en plein air permettra soit de garer des véhicules ou d’installer des stands, par exemple lors de la Foire européenne. Un programmiste a déjà été désigné, le cabinet Aubry.

Par rapport à 2013, exit la passerelle transparente au-dessus de l’avenue Herrenschmidt qui devait relier ce PEX au PMC et son hall complémentaire. Le restaurant au dernier étage avec une vue panoramique sur Strasbourg n’est plus d’actualité non plus. Il fut aussi un temps question d’un passage souterrain.

Le nouveau parc des expositions (doc Eurométropole)

En débat depuis des années

Depuis des années, tout le monde s’accorde sur le fait qu’il faut remplacer le parc des expositions actuel du Wacken, devenu trop vétuste. D’autres sites avaient été imaginés par la droite strasbourgeoise entre 2001 et 2008, celui de Starlette dans le secteur Deux-Rives (où les architectes sont choisis pour les premiers immeubles) ou à côté du Zénith.

Les dirigeants strasbourgeois estiment de leur côté qu’il faut une complémentarité avec le PMC et le centre-ville.

Classe ? Oui, mais c’était le projet de 2013… (Crédit Dietmar Feitinger)

Lors du conseil municipal du lundi 18 septembre, les élus de l’opposition ont déjà pointé un manque d’ambition, après des chères études (7 millions d’euros selon Fabienne Keller (LR)). Avec un budget rogné de moitié, elle s’inquiète de l’esthétique future des bâtiments.

Une route déjà en travaux

L’ancienne maire de Strasbourg questionne aussi l’accessibilité de ce site, déjà saturé aux heures de pointe, où le trafic doit s’accroître avec l’installation du quartier d’affaires. Elle regrette que les arrêts de tram (Rives de l’Aar, Wacken, Lycée Kléber) ne sont pas juste devant les portes mais à quelques centaines de mètres.

Une mini-sortie d’autoroute (appelée barreau routier) est déjà en cours de travaux le long de l’avenue Pierre Mendès France, à la sortie de l’A35. Elle vient couper la ceinture verte et son panneau indique déjà « parc des expositions ». À côté de la chaufferie du Wacken, un parking en étages (« moins cher » qu’en sous-sol, indique-t-on) permettra de garer 900 voitures.

Dans le top 5 des congrès ?

Soulagé que le projet se débloque, le président de l’Eurométropole, Robert Herrmann (PS), estime qu’il faut discuter de l’emplacement d’accueil du public, si possible à proximité des stations de tram. Il ajoute que l’investissement doit permettre à Strasbourg d’être « dans le top 5 français des villes de congrès professionnels ». Un domaine prisé, car les participants dépensent souvent beaucoup lors de leurs passages (200 à 400 euros par jour, avançait l’Eurométropole en 2013).

Un financement entièrement public

Le financement du nouveau PEX devrait être entièrement public. L’Eurométropole attend que la Ville de Strasbourg participe (comme pour le PMC, 13 millions d’euros sur 97), mais aussi l’État, le Département du Bas-Rhin et la Région Grand Est pourraient être présents dans le tour de table à travers le contrat triennal 2018-2020 qui vise à améliorer le rayonnement européen de Strasbourg. Le projet a été listé lors des négociations, qui attendent encore les arbitrages des élus. La signature est imminente.

Cette nouvelle mouture fera l’objet d’un débat, puis d’un vote, au conseil de l’Eurométropole du vendredi 22 décembre.

Le tribunal administratif annule les autorisations d’ouverture de la clinique Rhéna

Le tribunal administratif annule les autorisations d’ouverture de la clinique Rhéna

Nouvel épisode dans la guerre que se livrent les cliniques strasbourgeoises : le groupe Elsan a obtenu l’annulation par le tribunal administratif des autorisations de transfert d’implantation des cardiologues de la clinique de l’Orangerie vers la clinique Rhéna.

Depuis mardi 19 décembre, la clinique Rhéna, installée au Port-du-Rhin à Strasbourg, est dans une situation kafkaïenne. Le tribunal administratif a annulé trois décisions de l’Agence régionale de santé (ARS), qui avait permis l’ouverture de l’établissement en février 2017. Selon le tribunal, « il n’est pas établi que l’Agence régionale de santé ait respecté l’étendue de ses obligations et vérifié la conformité des projets de cession et de regroupement des cliniques aux conditions d’implantation des activités de soins et à leurs conditions techniques de fonctionnement. »

Autrement dit, l’ARS n’a pas clairement écrit qu’elle avait bien vérifié la conformité des nouveaux locaux, donc dans le doute, le tribunal annule ces autorisations. Mais pas de panique, conscient des « impératifs de santé publique et de continuité des soins », le tribunal administratif donne à l’ARS et à la clinique Rhéna jusqu’à juillet pour retrouver la voie de la légalité. Pour le directeur général de Rhéna, Guillaume Lohr, il ne s’agit que d’une question de procédure :

« Il n’y a aucun changement dans notre quotidien, la clinique reste ouverte. La conformité de nos installations a été confirmée par une visite de l’ARS en avril 2017, alors que la clinique était opérationnelle. Le tribunal a jugé que cette déclaration de conformité devait être présente également dans le premier dossier. Dont acte, on va refaire ce dossier avec l’ARS. »

18 procédures en cours

C’est le groupe Elsan, propriétaire de la clinique de l’Orangerie depuis 2015, qui attaque ces décisions. Le groupe de santé privé n’a pas apprécié de perdre les cardiologues qui opèrent actuellement dans sa clinique à la faveur de l’Institut de cardiologie de Strasbourg (ICS), un projet de Rhéna. Et plus gênant pour Rhéna, le tribunal administratif a également annulé lundi la décision autorisant le changement d’implantation du GERC (Groupement d’Explorations Radiologiques et Cardiovasculaires) de la clinique de l’Orangerie vers la clinique Rhéna.

La clinique Rhéna a ouvert début 2017… mais quelqu’un n’a pas correctement ficelé la paperasse… C’est ballot. (Photo Guillaume Satre / AIA / doc remis)

Dans un communiqué bisounours diffusé lundi, l’ARS aimerait bien que :

« Dans ce contexte de tension, la solution doit avant tout reposer sur un accord entre les principaux acteurs concernés, à savoir la clinique de l’Orangerie et la clinique Rhéna. Ils seront saisis très prochainement pour qu’ils proposent un scénario dans un cadre fixé par l’ARS, garantissant l’accès aux soins et leur continuité sur le territoire alsacien. »

Mais on n’en est plus aux amabilités dans cette guerre des cliniques strasbourgeoises, comme l’explique Guillaume Lohr :

« Le groupe Elsan a attaqué 18 décisions de l’ARS, de la Ville de Strasbourg, de l’Eurométropole ou du ministère de la Santé concernant Rhéna. Certaines procédures contestent les subventions, d’autres les conditions d’obtention du terrain, les constructions, etc. Nous ne sommes jamais assignés directement mais nous sommes en présence d’un pilonnement judiciaire. Aucune conciliation n’est possible, on a bien tenté quelques approches mais le groupe Elsan veut l’arrêt de notre projet de plate-forme d’accueil des cardiologues. »

Pour son futur parc expo, Strasbourg a refusé un PPP avec GL Events

Pour son futur parc expo, Strasbourg a refusé un PPP avec GL Events

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À Strasbourg, l’Église se redécouvre terre d’asile pour les jeunes migrants

À Strasbourg, l’Église se redécouvre terre d’asile pour les jeunes migrants

L’hébergement public est parfois refusé aux réfugiés mineurs par l’aide sociale à l’enfance, car l’institution ne croit pas à leur minorité. N’ayant nulle part où aller, une quinzaine d’entre eux a trouvé refuge à l’aumônerie universitaire catholique, où seule l’action d’associations et de particuliers leur permet de survivre.

Ils ont entre 15 et 20 ans et viennent d’Afrique pour la plupart, ou du Bangladesh ou encore d’Afghanistan. Leurs discours se ressemblent : ils ont fui la misère, la guerre, des situations familiales étouffantes, souvent les trois à la fois. Au centre Bernanos, l’aumônerie universitaire catholique de Strasbourg, le père Thomas Wender, directeur du centre, a commencé à accueillir un jeune réfugié sans toit il y a un an, adressé par l’association Caritas. Aujourd’hui, ils sont 19 dans son église, dont une quinzaine de mineurs à dormir à tour de rôle dans un dortoir de 4 lits, ou sur le sol de la chapelle. Parfois, leur appel quotidien au 115 leur permet de disposer d’une place en hébergement d’urgence, pour une nuit. Ce mardi matin à 9h, où qu’ils aient dormi, ils reviennent au centre Bernanos où des étudiantes en éducation spécialisée, bénévoles de l’association Caritas, les rencontrent pour les accompagner au niveau administratif, mais aussi pour parler loisirs et éducation. Leur cas est particulier car ce sont des mineurs non accompagnés (MNA), entrés en France sans parent ou représentant légal identifié. En France, ces mineurs sont censés être pris en charge de manière inconditionnelle par l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE). Le problème, c’est quand le Département, qui finance l’ASE, doute de leur minorité. Dans ce cas, ces jeunes n’ont nulle part où aller. Ils ne lancent pas de démarche de demande d’asile, car elle est réservée aux adultes.

Des histoires semblables, marquées par des problèmes familiaux

Aucun des jeunes actuellement hébergés à Bernanos n’a été reconnu comme tel, explique le père Thomas. Il est indigné par la situation :
« Ce sont des jeunes qui ont tous quitté leur pays, sont tous passés par la Libye et la Méditerranée, dans des situations de désespoir extrême. Pour certains, on peut douter de leur minorité, mais même dans ce cas, il faut se rappeler que c’est un mensonge qui leur permet de quitter la misère. Pour d’autres, comme Ibrahima et Amadou (tous les prénoms ont été changés), deux jeunes guinéens, on était sûr qu’ils seraient reconnus, mais ça n’a pas été le cas. Les réponses du Département aux différents jeunes sont toutes des copiés-collés : il est dit que leurs papiers semblent faux et que leur histoire ne tient pas la route. »
Il en a été de même pour Christian, 17 ans, dont l’histoire, comme beaucoup d’autres, est marquée par des problèmes familiaux. Il a fui le Cameroun il y a trois ans déjà, car, dit-il, son oncle voulait le convertir à l’Islam :
« Je suis parti à 14 ans avec mon grand frère. On est passé par le Nigéria et le Niger. Là, il y a eu l’intervention d’hommes armés et j’ai été séparé de mon frère. J’ai continué vers l’Algérie, le Maroc, l’Espagne, puis la France. J’ai dormi dans la rue pendant plusieurs mois. Je suis allé me faire un passeport à l’ambassade à Paris, je suis allé voir plusieurs fois le Département. Un jour je leur ai dit que je ne bougerai pas tant qu’ils ne me donneraient pas un endroit où dormir, car avec ce froid, je n’en pouvais plus. Ils ont appelé la police. Mais moi je ne suis pas un brigand. J’ai fini par partir. Un monsieur m’a hébergé pendant un temps, puis je suis venu ici. Ce qui me tracasse le plus, c’est de n’avoir aucune nouvelle de mon frère et de me sentir perdu. Avec tout ce chemin, j’ai compris que peu importe si on a les bons papiers ou pas, quand on va dans un autre pays, on est juste un étranger. »
Les jeunes passent le plus clair de leurs journées à attendre. Ce qu'ils souhaitent le plus : aller à l'école. (Photo DL / Rue 89 Strasbourg / cc)
Les jeunes passent le plus clair de leurs journées à attendre. Ce qu’ils souhaitent le plus : aller à l’école. (Photo DL / Rue 89 Strasbourg / cc)

Revenir à la mission d’accueil de l’Eglise… tant bien que mal

Pour le père Thomas, il était évident que l’aumônerie catholique répondrait présente dès qu’elle a été sollicitée, revenant ainsi à un des premiers rôles de l’Eglise, l’asile :
« Cela me tenait à cœur, on n’a que peu de place, ce n’est pas comme si je les mettais tous dans mon appartement. Cela demande un peu de flexibilité aux étudiants qui habitent ici en revanche, car les réfugiés utilisent les douches, la machine à laver… »
Ce qui devait être provisoire commence à durer, et il devient difficile pour les structures associatives et l’aumônerie de prendre en charge les jeunes réfugiés de manière convenable, comme le raconte Père Thomas :
« On n’a pas de fonds, on se débrouille. C’est moi qui vais faire des courses en Allemagne au Aldi… Là, vu que ça dure, on va installer une douche dans un petit local et on a acheté une nouvelle machine à laver… »
Nombreux sont ceux qui se sont mobilisés pour donner des vêtements aux réfugiés de Bernanos (Photo DL / Rue 89 Strasbourg / cc)
Nombreux sont ceux qui se sont mobilisés pour donner des vêtements aux réfugiés de Bernanos (Photo DL / Rue 89 Strasbourg / cc)

Quand la solidarité individuelle pallie les carences des institutions

Les seules choses qui rythment les journées des jeunes : les moments d’accompagnement des associations, les déjeuners à l’Étage, un restaurant solidaire, et les dîners qu’ils se préparent à la cuisine du centre le soir, grâce à la nourriture achetée par le père Thomas. Car c’est tout un système de solidarité qui s’est enclenché autour de ces mineurs. Le père Thomas fait régulièrement appel aux étudiants sur la page Facebook de l’université et se réjouit de constater qu’ils répondent présents :
« C’est beau. Au-delà de la question religieuse, les gens se posent des questions sur le sens de la vie, de l’engagement, aider son prochain… Des étudiants donnent des cours de français, apportent des habits, etc. Il y a les directeurs de lycées qui prennent les jeunes. Et il y a bien sûr Caritas qui fait énormément dans l’accompagnement de ces jeunes. »
Les jeunes peuvent se faire à manger à la petite cuisine du centre, grâce à la nourriture achetée par le père Thomas (Photo DL / Rue 89 Strasbourg / cc)
Les jeunes peuvent se faire à manger à la petite cuisine du centre, grâce à la nourriture achetée par le père Thomas (Photo DL / Rue 89 Strasbourg / cc)

Un chemin de croix administratif

Comme tous les autres accueillis à Bernanos, les deux jeunes guinéens Ibrahima et Amadou ont été accompagnés par l’association Thémis pour la défense de leurs droits. Leur avocate, Séverine Rudloff, raconte leur chemin de croix administratif. Ils affirment avoir 15 et 16 ans et avoir fui une situation familiale complexe, en passant par la Libye, Lampedusa, Milan, avant d’arriver à la gare de Strasbourg :
« Là, la police leur a indiqué la plateforme d’accueil des demandeurs d’asile, qui les a dirigés vers les services de protection de l’enfance. C’est là qu’ils ont fait leur récit (ils n’avaient pas d’extraits d’acte de naissance) et au bout d’une heure d’entretien chacun, on leur a signifié qu’ils ne pouvaient pas être pris en charge, sans réelle justification. »
Ils sont alors dirigés vers Caritas et Thémis. Séverine Rudloff prend en charge leur cas et décide d’entamer des recours :
« Nous avons saisi le tribunal administratif en référé-liberté, une procédure où le juge doit statuer en 48h. Nous voulions suspendre la décision du Département de ne pas mettre ces jeunes à l’abri pour ensuite faire une évaluation plus poussée, en soulevant que c’était une atteinte à leur dignité et à la protection de l’enfance. Le tribunal a repris ce que le Département avait plaidé, à savoir que les jeunes ne sont pas vulnérables vu le parcours migratoire qu’ils ont réussi à accomplir “sans trop de difficultés”, et qu’ils avaient eu un abri en Italie et ont quand même continué vers la France. C’est juste incroyable. »
S’ensuit alors une audience auprès du juge des enfants, qui peut décider du placement des mineurs. Cette fois, l’un d’eux a pu montrer un acte de naissance envoyé par un ami en Guinée. Là encore, la requête est rejetée : le récit ne serait pas cohérent, la véracité des documents est douteuse.

Qui doit prouver l’âge des jeunes ? Les jeunes.

Pour Séverine Rudloff, le problème est que le Département ne suit plus les procédures prévues pour évaluer l’âge des jeunes mineurs isolés :
“Normalement, il faut donner un toit aux jeunes puis les observer pendant 5 jours, avec un faisceau d’indices : il faut juger de leur attitude, de leur maturité, de leur vulnérabilité, de leur apparence physique aussi. La réalité, c’est qu’il y a de plus en plus de demandes et qu’ils n’arrivent pas à suivre. Depuis un peu plus de six mois, les évaluations sont expéditives et non conformes à la réglementation.”
Pour elle, ce qui est le plus désolant dans ces affaires est qu’il incombe aux jeunes de prouver qu’ils sont mineurs pour avoir droit à protection, alors que normalement « le grand principe est la présomption de minorité. »
La quinzaine de jeunes alterne pour dormir dans ce dortoir de 4. (Photo DL / Rue 89 Strasbourg /cc)
La quinzaine de jeunes alterne pour dormir dans ce dortoir de 4. (Photo DL / Rue 89 Strasbourg /cc)

Le Département : « quand il y a un doute, on les garde »

Les représentants du Département disent faire tout leur possible pour qu’aucun mineur ne « passe entre les mailles du filet. » Philippe Meyer, vice-président du Conseil Départemental en charge de la protection de l’enfance (LR), soutient que le Département assume ses responsabilités :
« Quand un jeune se présente à nous, une évaluation est faite pour s’assurer qu’il est mineur et puisse être accompagné. Il arrive effectivement qu’un certain nombre d’entre eux ne le soit pas. On a quand même eu des “mineurs” de 28 ou 30 ans. On ne peut pas accueillir tout le monde, pour les majeurs cela relève de la politique migratoire de l’Etat. Mais quand il y a un doute, on les garde. »
Selon lui, les erreurs sont marginales, et la preuve en est que la justice entérine les décisions du Département :
« Sur 529 personnes qui se sont présentées à nous en tant que mineurs, seulement 6 ont fait l’objet d’un recours. Et le juge a reconnu à chaque fois que nous faisions du bon travail. Moi je suis très heureux de ce qu’on fait. Je ne peux pas dire qu’il n’y a pas eu d’erreurs, mais cela m’étonne, les évaluations sont faites par des gens très humains qui font un travail très correct. »

Des difficultés administratives qui s’ajoutent aux traumatismes

En attendant, difficile pour Ibrahima et Amadou, et leurs camarades Aboubacar, Christian ou Ismaël, d’entrevoir une éclaircie, enfermés qu’ils sont dans cet entre-deux administratif. Les seules perspectives sont les recours, et quand ils sont épuisés, de se lancer dans une chimérique demande d’asile quand ils seront majeurs. En attendant, ils ont du mal à surmonter les traumatismes, comme l’explique Ibrahima :
« On pense tout le temps à notre situation, on n’arrive pas à dormir, on en discute entre nous. Moi j’ai pu commencer à faire du foot à l’Elsau, et quand je suis avec les copains j’oublie parfois pendant 5 minutes, mais après ça revient tout de suite. Et surtout, ce froid, ça nous tue. »
C’est grâce à Caritas qu’il a maintenant des crampons pour aller jouer au foot. L’action de l’association est fondamentale pour ces jeunes à qui elle permet de manger le midi, de réfléchir à un projet professionnel, ou même de payer des trajets pour aller aux ambassades à Paris.
La réponse du Département à une demande de prise en charge d'un des jeunes. Toutes des "copié-collé", d'après le père Thomas. (Photo DL / Rue 89 Strasbourg / cc)
La réponse du Département à une demande de prise en charge d’un des jeunes. Toutes des « copié-collé », d’après le père Thomas. (Photo DL / Rue89 Strasbourg / cc)

Aller à l’école avant tout

C’est par le bouche à oreille que de plus en plus de jeunes comme Ibrahima ont entendu parler de Thémis et de Bernanos. Accueilli depuis deux mois, il n’en peut plus de ces journées qui se répètent. Mais il pourra sûrement bientôt aller au lycée. Ce qui n’est pas le cas de Christian qui n’a pour l’instant pas trouvé d’établissement. Alors que l’école, c’est tout ce qu’il souhaite, avec un peu de loisirs. Leurs journées sont surtout marquées par l’ennui :
« J’attends des nouvelles de mon recours, je ne sais pas si ce sera positif. Je ne sais pas si c’est un problème de nationalité ou de couleur. Je ne vais pas à l’école, je ne fais rien. On est là, on ne comprend pas notre situation, et la solution ne vient pas. On vit au jour le jour. On ne sait pas ce qu’il se passera demain. Ils pourraient au moins nous envoyer à l’école, on ne demande pas autre chose. Moi j’ai envie de bien écrire et de bien parler. »
Les jeunes se sentent surtout très seuls, d’autant plus qu’ils n’ont plus de contact avec leur famille. Aboubacar est venu avec sa mère, dont il a été séparé au cours de son parcours. Il lui reste une sœur, en Côte-d’Ivoire, dont il n’a pas de nouvelles non plus. Ce jeune de 16 ans a bon espoir d’être bientôt scolarisé, depuis que Caritas l’a accompagné au centre d’orientation, qui recherche un établissement. Il « veut vraiment y aller », car « tout doit commencer par l’école. »
Comme les autres, Ibrahima ne souhaite pas qu'on voit son visage. Pour lui, le plus dur est l'ennui et le froid qui le "tue" (Photo DL / Rue 89 Strasbourg / cc)
Comme les autres, Ibrahima ne souhaite pas qu’on voit son visage. Pour lui, le plus dur est l’ennui et le froid qui le « tue » (Photo DL / Rue 89 Strasbourg / cc)

Quand l’aumônerie devient hébergeur « officiel »

Le Père Thomas Wender trouve rocambolesque que les autorités se reposent sur des structures comme le Centre Bernanos pour faire leur travail :
« J’ai eu le cas de deux petites filles que l’ASE m’a demandé d’héberger ! J’ai fait en sorte de les mettre dans une chambre d’étudiant et ce sont des étudiantes qui venaient s’occuper d’elles à tour de rôle ! Cela a duré une semaine puis elles ont pu intégrer un foyer. Quand j’ai demandé une fois si je pouvais leur rendre visite, on m’a rétorqué que c’était une demande à adresser au juge. Voilà où on en est. »
Par la force ds choses, il raconte que le centre s’est découvert une fonction de prise en charge de la précarité, de manière plus engagée que ce pour quoi il était prévu au départ :
« Tout cela n’est pas la vocation du centre à la base, mais on commence à connaître la problématique. Je crois qu’on est les seuls sur Strasbourg à héberger des mineurs isolés, même si certains trouvent refuge chez des compatriotes, des particuliers… On héberge aussi quelques majeurs, dont certains sont théoriquement expulsés. On a aussi le cas d’un jeune qui a fui son pays en raison de son homosexualité… On lui paye une chambre dans un hôtel.”
En fait, le Département a lancé un « Réseau d’accueil solidaire », un appel à des familles pour accueillir des mineurs étrangers non-accompagnés. Déjà 80 familles environ se sont inscrites. Cela soulage le Département et lui revient moins cher : le défraiement des familles est moins coûteux qu’une prise en charge totale en foyer par exemple. Pourtant, Philippe Meyer l’assure :
« Il n’y a pas de refus de prise en charge pour des histoires d’économies, ce n’est pas ça du tout. Je suis prêt à dialoguer avec les associations qui ont cette impression. »

Aider en « se mettant à plusieurs »

En attendant, le Père Thomas explique que les particuliers et les associations peuvent aider de plusieurs manières :
« L’idéal serait que des gens se mettent à plusieurs. Pour l’hébergement, d’abord, si des paroisses ou associations ont un local, elles pourraient offrir de quoi dormir et se laver, les nourrir… Ensuite, s’il y a des gens capables de faire de l’assistance administrative, nous sommes preneurs même si Thémis fait déjà le gros du travail… Sinon, il est toujours utile d’amener de la nourriture. Aussi, si des personnes veulent organiser des sorties, un week-end, ce serait bienvenu, car les jeunes sont très isolés. Enfin, il faut sensibiliser les écoles, car elles ont le droit de scolariser des jeunes sans-papiers et ne le savent pas toujours. »
Peu à peu, la société se structure pour pallier les carences des institutions, ce qui offre un peu d’espoir à Ibrahima, Ismaël et les autres, comme Aboubacar qui conclut à la fin de son témoignage :
« J’espère juste que la situation va changer. »
#mineurs non accompagnés