Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Après la fermeture de Fessenheim, le gouvernement mise sur le vent

Après la fermeture de Fessenheim, le gouvernement mise sur le vent

Le secrétaire d’État à la transition écologique Sébastien Lecornu était cette semaine en Alsace pour évoquer la fermeture de la centrale de Fessenheim.

Après le renoncement à l’aéroport de Notre Dame des Landes, c’est un nouveau dossier sensible qui est mis sur la table par le gouvernement. Sébastien Lecornu a annoncé la création d’un comité de pilotage, et des appels d’offres pour des projets liés aux énergies renouvelables. Mais le Président du Grand Est, Jean Rottner, s’est dit « satisfait, mais pas complètement rassuré ».

Alors qu’une fermeture de la centrale est prévue pour fin 2018 ou début 2019, les emplois de 750 salariés EDF, 330 sous-traitants et 1 000 emplois indirects sont en jeu.

 

500 manifestants et de nouveaux soutiens à la lutte contre le Bastion Social Strasbourg

500 manifestants et de nouveaux soutiens à la lutte contre le Bastion Social Strasbourg

Samedi 20 janvier, parents d’élèves, étudiants strasbourgeois et militants antifascistes lyonnais et allemands sont venus grossir les rangs de la manifestation contre l’implantation du Bastion Social à Strasbourg. Environ 500 personnes ont répondu à l’appel du collectif « Fermons L’Arcadia, local fasciste à Strasbourg ». La marche, surveillée de près par un important dispositif policier, s’est déroulée sans incident.

De la place de Zürich à l’Orangerie, des slogans antifascistes allemands, italiens et français ont résonné dans l’après-midi du 20 janvier à Strasbourg. Environ 500 personnes ont répondu à l’appel du collectif « Fermons L’Arcadia, local fasciste à Strasbourg ». Malgré une pluie continue, les opposants au local identitaire ont réussi à mobiliser une centaine de personnes supplémentaires par rapport à la première manifestation, le 9 décembre 2017. Autre objet de satisfaction pour les organisateurs : la protestation s’est diversifiée grâce à la présence de parents d’élèves, de militants venus de Lyon et d’Allemagne et de nouveaux étudiants strasbourgeois. (voir ici une vidéo de la manifestation)

La tête du cortège manifestant pour la fermeture de L’Arcadia. (Photo GK / Rue89 Strasbourg)

Des membres de l’administration scolaire présents pour défendre le vivre-ensemble

Vers 14h20, les manifestants quittent la place de Zurich pour se diriger vers le quai des Bateliers. Une dizaine de membres de la Ligue des droits de l’Homme (LDH) s’activent. C’est la première fois que l’association participe à une action contre l’implantation du Bastion Social à Strasbourg. Etienne Champion en fait partie. Il est venu s’opposer à l’idéologie de rejet à la base du groupuscule identitaire :

« Les actions caritatives de ce groupe ne doivent pas faire oublier que l’objectif est de déstabiliser le tissu social en opposant des personnes catégorisées comme « vrais Français » aux autres. Nous sommes là en soutien aux personnes issues de l’immigration qui habitent dans le quartier de l’Esplanade. »

À quelques dizaines de mètres des drapeaux du Nouveau Parti Anticapitaliste, des Jeunesses Communistes et de la CGT, des manifestants moins bruyants suivent le cortège. Xavier Schneider se trouve parmi eux. Le président de la Fédération des Conseils de Parents d’Elèves (FCPE) du Bas-Rhin ne s’est pas contenté de signer l’appel à manifester du collectif « Fermons L’Arcadia, local fasciste à Strasbourg ». Pour lui, défiler aujourd’hui fait partie de son rôle de représentant :

« C’est la première fois que nous soutenons officiellement une telle manifestation pour la fermeture d’un local d’extrême-droite. Je ne fais que représenter les parents d’élèves qui m’ont fait remonter leurs inquiétudes sur la proximité d’un groupuscule identitaire avec des établissements scolaires. Ils sont nombreux à craindre des violences contre les élèves issus de l’immigration. »

Une conseillère principale d’éducation (CPE) se trouve aussi à l’arrière de la manifestation. Elle travaille dans un établissement à proximité de L’Arcadia. La CPE accepte de témoigner sur les raisons de son engagement pour la fermeture du local identitaire, à condition de rester anonyme :

« Nous ne pouvons tolérer la présence d’une idéologie du rejet à proximité d’écoles où l’on enseigne le vivre-ensemble. »

La manifestation est partie de la place de Zürich vers le quai des Bateliers puis le Palais Universitaire. Les opposants à L’Arcadia ont ensuite gagné le parc de l’Orangerie en passant par l’Avenue des Vosges et le Boulevard de la Marne. (Photo GK / Rue89 Strasbourg)

Des parents d’élèves inquiets

Après avoir défilé sur l’avenue d’Alsace, puis celle des Vosges, les manifestants se dirigent vers le parc de l’Orangerie. En fin de cortège, on trouve un couple de parents d’élèves. Le père porte son enfant sur les épaules. Il accepte de témoigner :

« Nous sommes venus pour la première fois ici parce que nous avons un fils à l’école internationale Robert Schumann. Nous avons choisi cette école en raison de la mixité qu’on peut y trouver. Alors avoir un bar identitaire dans le quartier de l’Esplanade, ça nous dérange. Depuis que l’on sait que le trésorier de l’association identitaire figure parmi les coupables de l’agression xénophobe du 9 décembre, nous sommes inquiets des éventuels faits de violence qui peuvent encore avoir lieu. »

Pour Eric Schultz, adjoint au maire de Strasbourg (La Coopérative) et signataire d’une tribune pour la fermeture de L’Arcadia, le mouvement gagne en diversité :

« J’ai l’impression que cette manifestation a mobilisé au-delà du cercle militant habituel. Il faut continuer d’exprimer notre opposition à ce groupuscule. Je suis sûr que l’État n’a pas tout fait pour mettre la pression sur le Bastion Social Strasbourg. »

Des militants antifascistes venus d’Allemagne et de Lyon

Parmi les nouveaux soutiens au collectif « Fermons L’Arcadia », il y a aussi des militants lyonnais. Ils sont cinq du Groupe Antifasciste Lyon et Environs. Lakdar en fait partie. Il décrit les liens entre les activistes antifascistes de Strasbourg et de Lyon :

« Nous sommes venus en solidarité avec les camarades strasbourgeois. Ils s’étaient rendus à Lyon quand le Bastion Social tentait d’y ouvrir un squat. Alors, aujourd’hui, nous sommes là afin d’empêcher ce groupuscule identitaire d’avoir un local. L’idéologie néofasciste ne peut pas s’implanter durablement à Strasbourg. »

Des militants antifascistes de Karlsruhe, Fribourg et Offenbourg sont venus grossir les rangs de la manifestation. (Photo GK / Rue89 Strasbourg)

Au milieu du cortège de tête, un militant venu de Fribourg porte le drapeau du réseau antifasciste allemand « Antifaschistische Aktion ». Selon le jeune, il serait impensable qu’un tel local s’implante dans sa ville :

« Heureusement, il n’y a pas de mouvement comparable au Bastion Social à Fribourg. Mais je viens ici parce qu’il est inacceptable de laisser un groupe identitaire s’installer à Strasbourg. Il faut les empêcher de s’organiser car leur seul objectif est de diviser la société pour promouvoir les idées xénophobes de l’extrême-droite. »

Un « week-end antifasciste » prévu le 3 et 4 mars

Vers 16h30, la manifestation touche à sa fin dans le jardin de l’Orangerie. Sous un kiosque de marbre, surnommé « Temple d’Amour », les organisateurs distribuent du thé, de la soupe et du pain. Alexandre, étudiant en design à Strasbourg, est sur le point de partir. Il confie ses craintes face à l’installation d’un groupuscule d’extrême-droite dans le quartier de l’Esplanade :

« J’ai toujours trouvé que Strasbourg était une ville tranquille. Depuis l’agression du 9 décembre, je suis inquiet lorsque je passe à proximité du local… »

La manifestation s’est terminée dans le parc de l’Orangerie, où les organisateurs ont distribué du thé, de la soupe et du pain. (Photo GK / Rue89 Strasbourg)

À 17 heures, il ne reste plus qu’une cinquantaine de manifestants dans le jardin de l’Orangerie. Lola est encore là. Elle fait partie du collectif à l’origine de la manifestation. Cette membre des Jeunesses Communistes demande à tout le monde de rentrer par petits groupes. Chez les militants antifascistes, la crainte des représailles n’est jamais loin.

Pour Lola, cette manifestation n’est que le début de la mobilisation contre le Bastion Social Strasbourg :

« Nous continuerons de lutter tant que L’Arcadia restera ouvert. Nous souhaitons aussi prendre de l’ampleur pour notre prochaine action. Le week-end du 3-4 mars, nous organiserons un week-end antifasciste avec des concerts, des conférences et une nouvelle manifestation. »

Ballerine invite Rye Whisky pour une soirée colorée au Camionneur mercredi

Ballerine invite Rye Whisky pour une soirée colorée au Camionneur mercredi

Il est temps de se relancer dans les concerts en cette année 2018. Au Camionneur mercredi, deux ambiances pour une soirée haute en couleurs, entre la pop de Ballerine et le bluegrass de Rye Whisky.

Ballerine, c’est Melody Meyer Di Rosa en solo. Derrière ses claviers, à sa guitare et avec son micro, elle construit de A à Z ses titres depuis presque deux ans maintenant sur les scènes strasbourgeoises. Bien connue par les afficionados du milieu (elle interviewait les artistes pour Alsace 20, était membre de The International Unplugged Rock’n’Roll Society et a aidé bon nombre de musiciens strasbourgeois dans leurs projets), c’est toute seule qu’elle évolue à présent.

De la pop au trip-hop

Musicalement, difficile de ranger cette Ballerine dans une case bien précise. Aussi douée pour les adages que pour les pirouettes, ses titres se font tour à tour lents et sensuels, ou pop et brillants. Une ligne directrice pourtant : faire la lumière sur elle, ses pensées, ses émotions, et ses questions. Du premier rencard (« First Date ») à l’envol vers la liberté (« Freedom »), elle parle de la vie de femme, tout simplement.

Une femme qui refuse de rogner sur ses préférences éclectiques et de faire des choix tranchés. Les accompagnements peuvent sonner trip-hop et emmener bien haut, comme sur « Disappear », l’un des titres de son EP First Date ?, qui n’est pas sans rappeler des influences trip-hop, du type d’Archive. Mais ils peuvent tout aussi bien virevolter sur des cordes de guitares sans prévenir. Il faut savoir s’attendre à tout avec Ballerine.

Ambiance bluegrass et country

Et pour ce mercredi au Camionneur, c’est le groupe Rye Whisky qu’elle invite sur scène avec elle. Dans un style complètement différent, les 6 musiciens de ce groupe donnent dans la musique plus traditionnelle. Leur répertoire est essentiellement composé de reprises de grands standards de la musique cajun et de la musique irlandaise. Banjo, violon, contrebasse, nul doute que le concert sera enjoué et dansant. En tout cas ce soir-là, on se voit déjà taper du pied frénétiquement et transformer le lieu en pub celtique.

Une grande place pour les énergies renouvelables, après la fin de Fessenheim

Une grande place pour les énergies renouvelables, après la fin de Fessenheim

« L’après-Fessenheim », prévu pour la fin 2018 ou début 2019, se précise à l’occasion d’une visite ministérielle. L’État va notamment tenter de développer les énergies renouvelables via un appel à projet.

Le secrétaire d’État à la Transition écologique Sebastien Lecornu n’est venu « ni avec un chèque, ni les mains vides » mettre en place un « comité de pilotage » majoritairement hostile à la fermeture de la plus vieille centrale nucléaire de France.

Ce comité finalement élargi à 93 personnes (la liste complète ici) va néanmoins plancher sur l’avenir de la plus vieille usine nucléaire de France, régulièrement à l’arrêt. Au programme, quelles conséquences sociales, comment compenser les pertes fiscales locales et quelle stratégie foncière pour les industries remplaçantes espérées.

Un appel à projet et un appel d’offres

Principal enseignement lors d’une conférence de presse consécutive à cette rencontre : un appel à projets localisé entre Colmar Fribourg et Mulhouse (un triangle où se situe Fessenheim) concernant les énergies renouvelables (solaire, éolien, bio-méthane) sera lancé. Il inclura un appel d’offre spécifique sur le photovoltaïque, même si tout ceci ne prendra pas forcément place sur le site de l’actuelle centrale. L’État estime donc apporter une forme de soutien avec les prix de rachat qu’il garantit. Avec les années, ces énergies tendent à devenir compétitives par rapport au nucléaire.

Des représentants allemands (élus locaux et milieux économiques) sont associés aux discussions pour faire de ce secteur un futur pôle de référence des énergies vertes, avec des filières d’emploi à structurer. Ce secteur à définir dans le détail devrait bénéficier d’une fiscalité spécifique avec « une attractivité et une visibilité ». Vraisemblablement, on se dirige vers une harmonisation franco-allemande.

La direction de la politique prise pour l'avenir de Fessenheim n'est pas aussi claire... (Photo Till Westermayer / FlickR / cc)
La direction de la politique prise pour l’avenir de Fessenheim n’est pas aussi claire… (Photo Till Westermayer / FlickR / cc)

L’épineux sort des salariés

La fermeture pour « fin 2018 ou début 2019 » ne mettra pas tous les salariés à la porte immédiatement. Il restera des combustibles à gérer et surveiller jusqu’au démantèlement complet. La question du reclassement ou départ des 750 agents EDF salariés devra être gérée par EDF, sous validation de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

Pour les 330 sous-traitants, la suite s’annonce plus compliquée et fera l’objet d’un suivi spécifique. Il est par ailleurs estimé que l’activité de la centrale génère environ 1 000 emplois indirects (commerce, immobilier, restauration) dans la commune et ses environs.

Sebastien Lecornu reviendra dans le Haut-Rhin pour une deuxième session avec le même comité de pilotage les 12 et 13 avril. À l’issue d’un point presse, le président de la Région Grand Est, Jean Rottner (LR) s’est dit « satisfait, mais pas complètement rassuré » par cette rencontre où les antis-fermeture se sont « fait une raison ». L’ancien maire de Mulhouse se dit prêt à aider à faire du Haut-Rhin « un département de référence dans les énergies renouvelables », en accompagnant le projet. Le conseil régional peut aussi améliorer l’accessibilité via une ligne de train Colmar-Fribourg.

Vis ma vie de député, mes 24 heures entre Strasbourg et Paris avec Bruno Studer

Vis ma vie de député, mes 24 heures entre Strasbourg et Paris avec Bruno Studer

Le néo-député « En Marche » Bruno Studer a invité de Blog de la Robertsau à le suivre pendant 24 heures entre Schiltigheim et Paris. En vidéo, voici les moments forts, ainsi qu’une interview du député de Strasbourg-nord et des communes environnantes.

partenaire blog de la RobertsauQuand j’ai reçu de la part du nouveau député de la 3ème circonscription Bruno Studer un SMS m’invitant à l’Assemblée nationale, je n’ai pas hésité. Bien sûr, je ne suis pas dupe, il s’agit pour le nouveau député de se faire connaitre, et c’est une manière d’avoir de l’image. Mais je n’étais jamais allé à l’Assemblée nationale ; et de pouvoir aller et filmer relativement librement le lieu où se concocte la loi, je ne pouvais pas refuser. Ne serait-ce que pour humer l’ambiance. J’ai payé mon billet de train mais le le repas m’a été offert par le député.

En raison de la nouvelle règle sur le non-cumul des mandats, un député doit repenser sa présence locale, tout en montrant aux électeurs son travail à Paris. Et c’est là tout le dilemme : comment envisager d’être un bon député de terrain alors que l’essentiel du travail d’un député se fait à Paris ?

Bruno Studer dans son bureau de président de commission, à l’Assemblée nationale (Photo EJ / Blog Robertsau)

À Schiltigheim, débat entre pros de la création audiovisuelle

Rendez-vous est donc pris pour le 6 et le 7 novembre 2017 : le lundi en Alsace et le mardi à Paris à l’Assemblée. Suite à des changements d’agenda de dernière minute, on débute par une soirée-débat sur l’état de la création audiovisuelle régionale à sa permanence, rue du Brochet à Schiltigheim.

Une soirée pour laquelle il avait lancé beaucoup d’invitations, mais malgré son statut prestigieux de président de la commission des affaires culturelles et de l’éducation, moins d’une dizaine de personnes ont répondu présent. La soirée se déroulera avec la projection du film Un petit tour en vélo. Son réalisateur, Jean-Cyrille Muzelet, vient défendre la production associative. S’en suit un débat hétéroclite où chacun porte ses revendications.

Paris : 1ère classe et moto-taxi aux oubliettes… pour la caméra

On passera rapidement sur les pudeurs de gazelle à voyager en TGV 1ère classe et à prendre une moto-taxi à son arrivée à la gare de l’Est (8h42) pour être à l’heure à l’Assemblée nationale où se déroulait une réunion importante à 9h. Devant moi, le député a choisi de prendre sa place en seconde classe puis le métro, quitte à arriver légèrement en retard à sa réunion.

Arrivé à l’Assemblée, je prends place dans les gradins d’une salle de réunion où se tient la commission élargie de l’examen de la loi de finance du budget de la culture. Bruno Studer co-préside avec Éric Woerth (président « Les Républicains » de la commission des finances) en présence de Françoise Nyssen, ministre de la Culture. Après l’exposé des rapporteurs, très techniques, la Ministre répond rapidement aux questions des députés. En fait, elle lit rapidement les éléments que lui transmet son directeur de cabinet et en oublie certaines questions… Les députés ne relancent pas. On ne peut pas vraiment appeler ceci un débat.

Long travail en commission le matin

La commission va ensuite voter les amendements présentés par les députés. Les débats sont techniques et l’on peut ici mesurer que le travail des députés nécessite de solides connaissances. De temps en temps, il y a des questions ou des amendements exotiques voués à l’échec, histoire de pouvoir dire, de retour en circonscription ou sur son site, que l’on a défendu tel ou tel sujet.

Malgré la longueur (3 heures) et la technicité du débat de la commission, j’ai bien accroché. Le travail de fond est fait, souvent par les rapporteurs ; et quand quelqu’un maîtrise son sujet, c’est encore plus passionnant.

Je me suis amusé à repérer les têtes d’affiche présentes comme Marie-Georges Buffet, Gilles Carrez… ou à tenter de découvrir l’orientation politique de ceux qui m’étaient inconnus en fonction de leur intervention. Une expérience à vivre.

À midi, je suis allé déjeuner avec Bruno Studer dans l’un des restaurants de l’Assemblée. Vue exceptionnelle sur Paris. Service rapide, belle cuisine… mais goût de IVè République. C’est l’endroit où les députés reçoivent et se rencontrent.

Le vue depuis le restaurant de l’Assemblée. Cool non ?

L’après-midi, on prend le temps d’une interview dans son immense bureau. Les députés n’ont pas de lieu de travail aussi imposant, mais en tant que président de la commission il y a droit, ainsi qu’un secrétariat et une voiture de fonction.

Bruno Studer : « Je n’ai pas peur »

Je devais rester encore l’après-midi pour assister à un débat en séance dans l’hémicycle, mais il est interdit de filmer depuis les tribunes. Donc j’ai décidé de reprendre le train plus tôt pour rentrer à Strasbourg après un dernier passage dans les jardins et la fameuse salle des Colonnes. Lors de ces 24 heures, j’ai pu aller là où je voulais, et tourner ce qui me plaisait ou non.

Les jardins de l’Assemblée nationale (photo EJ / Blog de la Robertsau)

Une réforme urgente de l’Assemblée

Les institutions mettent le député dans d’excellentes conditions pour effectuer son travail, qui n’est pas toujours facile. Il faut tenir les journées à rallonge, la fatigue des déplacements et les sollicitations permanentes, la technicité de certains dossiers, tout cela ne se voit pas forcement.

Mais cela n’est pas si différent du travail de tout le monde. Qui se préoccupe de savoir comment je vais au travail ou si mes journées sont longues ? Il faudrait abolir les derniers privilèges pour que le député puisse être un « Français comme les autres » ni plus, ni moins. Il y a un vrai risque que les petits privilèges n’engourdissent nos députés ou en fassent un citoyen mollement en prise avec le réel.

Se faire connaître localement

La réforme du non-cumul des mandats provoque un inconfort local, et oblige les nouveaux députés portés par la vague présidentielle à réinventer leur rôle ou la manière d’être des parlementaires de terrain. Si pour l’instant, leur devoir de vigilance (à défaut d’opposition aux projets du gouvernement) est plutôt discret, ils cherchent tous à se trouver une place au niveau local, un échelon où Bruno Studer n’a jamais été élu.

C’est d’ailleurs pourquoi le député vient de publier un site Internet. Dans le même ordre d’idée, l’ancien référent bas-rhinois du mouvement présidentiel lance une série de rencontres publiques (« des auditions ») dans sa circonscription, fin janvier, pour un premier bilan.

Le rôle d’un député est de faire la loi pour l’ensemble de la nation. Mais la tentation est forte, pour montrer aux électeurs qu’il les représente activement, d’en faire un peu trop localement, quitte à faire de la pure communication. Il s’agit bien d’une relation à réinventer et à reconstruire dans la circonscription. Y arrivera-t-il ? Réponse dans 4 ans.

Dans une église de Strasbourg, les migrants, l’eurodéputé et la pizza

Dans une église de Strasbourg, les migrants, l’eurodéputé et la pizza

Alors que l’accueil sommaire des mineurs non accompagnés par l’aumônerie étudiante catholique de Strasbourg perdure, l’eurodéputé belge Philippe Lamberts a passé la soirée de mercredi avec eux, autour d’une pizza. Pour mettre des visages, sur des chiffres.

Mercredi soir, il est quasiment 20h et près d’une cinquantaine de personnes commencent à se rassembler dans la grande salle à manger du centre Bernanos, l’aumônerie universitaire catholique de Strasbourg. Dans un coin de la pièce, une vingtaine de jeunes réfugiés attendent. Dans l’autre coin se massent . . .

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Pour un Strasbourg « sans perturbateur endocrinien », un « vœu » au conseil municipal

Pour un Strasbourg « sans perturbateur endocrinien », un « vœu » au conseil municipal

Ne dites plus motion (qui fait parfois pschitt), dites « vœu ». Les élus écologistes vont proposer lors du conseil municipal du 22 janvier que la municipalité signe la charte Réseau Environnement Santé (RES).
Après la disparition progressive des barquettes en plastique dans les cantines scolaires, Europe Écologie Les Verts veut surfer . . .

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Aux classes théâtre de l’Elsau, « j’aime refaire des scènes de films »

Aux classes théâtre de l’Elsau, « j’aime refaire des scènes de films »

Dans le quartier de l’Elsau à Strasbourg, des élèves du collège et d’une école ont la possibilité de faire et découvrir le théâtre dans le cadre scolaire grâce à des horaires aménagés. Une formation qui s’installe dans leur quotidien et change, peu à peu, leur manière d’appréhender le monde.

Au conservatoire de Strasbourg, douze adolescents préparent, par groupes, des saynètes autour de La Belle et la Bête. Ces jeunes ne sont pas issus de familles aisées du centre-ville. Ils font partie des 80 élèves du collège Hans Arp et de l’école Martin Schongauer, deux établissements du quartier de l’Elsau à Strasbourg. Ce territoire de 8 000 habitants fait partie des 13 « quartiers politique de la ville » (QPV) car le revenu médian de ses habitants se situe autour de 8 000€ par an. Mais là, ces enfants âgés de 10 à 14 ans ne pensent pas aux galères du quotidien, aux problèmes de logement et d’argent. Ils doivent s’imaginer traverser une forêt de nuit. Ils tâtonnent. Certains sont encore très timides, d’autres osent déjà des propositions, immédiatement saluées par leurs camarades. Dans les deux cas, la forêt devient pour leurs personnages un lieu effrayant ou comique. Le jeu, c’est ce que beaucoup préfèrent, et l’ambiance lors de ces exercices est souvent très bon enfant. Inès raconte : « ce qui me plait le plus c’est être dans le rôle d’un personnage », Waïl « depuis longtemps j’aime refaire des scènes de films quand je suis à la maison », et Amine « j’aime jouer pour faire rire les autres. » Ils se débloquent. Petit à petit, ils se déverrouillent. Au fur et à mesure des séances et des années de pratique, ils sont de plus en plus confiants sur scène comme à l’oral. Salma : « quand j’ai commencé, je faisais du théâtre juste pour m’amuser. On fait des exercices pour occuper l’espace, nous aider à rester concentrés, parler plus fort, je suis moins timide qu’au début. »
Le groupe de 4ème lors d’un atelier de pratique théâtrale au conservatoire (Photo Florence Vaira / TJP)

« Les classes théâtre c’est ce qui m’a donné envie d’aller dans ce collège »

Comme Inès, Dounia et Salma une partie de la classe de 6ème a déjà débuté le théâtre dès le CM1/CM2 à l’école Martin Schongauer, mais la majorité d’entre eux découvre le théâtre cette année. La plupart des élèves viennent du quartier de l’Elsau, et ont l’établissement Hans Arp comme collège de rattachement. Mais pas Wail par exemple, qui a choisi de poursuivre sa scolarité au collège Hans Arp précisément pour cet enseignement. D’autres se sont inscrits après avoir vu leur grand frère ou leur grande soeur sur scène, comme Thalya qui raconte : « j’ai vu le spectacle de ma sœur qui a commencé le théâtre l’an dernier » et Amine « j’aime bien lire des pièces avec ma sœur et quand on fait des scènes ensemble. » Au conservatoire, les 6èmes ont commencé les cours de pratique en novembre. Dans ces séances au volume sonore souvent élevé, l’ambiance oscille entre enthousiasme et éparpillement, c’est pourquoi une grande partie du travail concerne leur application. Ils y apprennent à développer l’écoute de leurs camarades et à être plus attentifs à travers différents exercices. L’un d’entre eux a lieu au conservatoire le 16 novembre, en milieu de séance. Il consiste à s’allonger au sol, yeux fermés, et essayer de réciter l’alphabet en disant tour à tour une lettre, la complication étant que si plusieurs donnent une lettre au même moment, ils doivent recommencer au début ! Pendant quinze minutes, les élèves se montrent d’abord pressés, puis se calment, sont plus à l’écoute… jusqu’à ce que plusieurs d’entre eux gaffent et déclenchent un rire général. Si pour le moment ils ne sont pas allés au bout de l’alphabet, essai après essai, on les sent plus concentrés, plus patients aussi.
Le groupe de 4èmes lors d’un atelier de pratique théâtrale au conservatoire (Photo Florence Vaira / TJP)

Bientôt sur scène, L’Ogrelet, de Suzanne Lebeau

Ils ont pu commencer à travailler sur le texte qu’ils représenteront lors du spectacle de fin d’année: L’Ogrelet de Suzanne Lebeau,un conte sur l’altérité d’un enfant mi-homme mi-ogre qui découvre sa différence et son histoire, mais aussi sur l’intolérance et le courage. Après « Chantier un, deux, trois… Hue Dada » (2015/2016) et « Ça me dépasse… C’est géant » (2016/2017), cette année le thème est « Conter pour l’autre, conter sur soi », sous la coordination artistique de Sophie Nehama. Intervante, la comédienne Emma Massaux détaille le travail parallèle entre la classe et la scène :
« Les élèves vont réfléchir sur la figure de L’Ogre dans l’art et la littérature, puis sur les thématiques et les enjeux de la pièce. Ils aborderont le vocabulaire théâtral et devront peu à peu imaginer et s’approprier cette histoire. Dans un dernier temps, nous introduirons la notion de choeur (comment raconter une histoire ensemble, à plusieurs voix…), puis apporterons le texte de Suzanne Lebeau sur le plateau afin d’amener les élèves, chargés par leur vision de cette histoire, vers une interprétation sensible d’un extrait ou d’un montage de L’Ogrelet.« 
Le groupe d’élèves est scindé en deux : une moitié, encadrée par Marie Wacker (du TJP) et Emma Massaux (du Conservatoire), commence par lire et mimer la didascalie initiale : la mère de l’ogrelet le prépare à son premier jour d’école. Après un temps de discussion où ils partagent des expériences et anecdotes à ce sujet, en remarquant avec humour à quel point leurs mères sont attachées à ce qu’ils soient particulièrement bien préparés pour leur rentrée, ils élaborent et présentent par deux une petite scène à leurs camarades. Beaucoup sont encore très timides, regardent le sol et esquissent seulement les gestes. A ce moment de l’année peu sont déjà suffisamment à l’aise pour aller au bout de leurs propositions, malgré les encouragements du reste de la classe. Les spectateurs, eux, n’hésitent pas à s’exprimer sur ce qu’ils croient avoir saisi ou ce qu’ils n’ont pas compris. C’est un moment d’échange enrichissant, il leur permet d’appréhender ce qu’ils communiquent par leurs gestes et leurs attitudes sur scène. L’autre moitié part dans la salle voisine, à la découverte de la pièce, de la table des matières, d’affiches en lien avec le texte, cette fois guidée par leur professeure de français, Laurence Guillemaut. Cette dernière les avertit : « ce que je ne veux pas voir, c’est “moi je sais !”, ici on se pose des questions. » Il ne s’agit pas de poser des affirmations, mais des hypothèses, qui, comme des mystères, seront levées au fur et à mesure de l’année. A chaque question les mains se lèvent, les 6èmes s’empressent de répondre, de livrer leur interprétation, de partager leur avis… Même au bout de trois heures d’atelier, ils ne manquent ni d’énergie, ni de choses à dire!

Le CDI se transforme en salle de répétition…

En classe, la semaine suivante, les élèves se rendent au CDI afin de préparer collectivement des exposés sur le théâtre grec antique qu’ils présenteront deux semaines plus tard à leurs camarades de 4ème sous des formes originales. Dans un coin du CDI, deux élèves s’entraînent, plus ou moins sérieusement, à leur présentation derrière un castellet (petit théâtre de marionnettes) devant le regard amusé de quelques camarades. Dans une autre partie de la salle, un groupe de trois élèves a construit la maquette d’un édifice théâtral antique et révisent à l’aide des livres à disposition leurs connaissances sur le sujet. Pendant ce temps, autour d’une table, un autre groupe ouvre un livre qu’ils ont fabriqué pour l’occasion. Un exercice qui conjugue histoire et créativité, et dont Lucie est ravie : « je suis contente de faire un exposé parce que j’apprends beaucoup, surtout en histoire du théâtre ! »
Suite à la représentation de Wa Wilder Man au TJP, les élèves rencontrent les trois interprètes (Photo Florence Vaira / TJP)

Voir des spectacles, c’est bien. Les voir et les analyser, c’est mieux

Une autre partie du cours est consacrée à la préparation du spectacle auquel ils vont assister la semaine suivante : Wa Wilder Man de la Compagnie Barbarie. Le but de cette « école du spectateur » est d’amener les élèves à dépasser le « j’aime / je n’aime pas » pour être plus attentifs à la scénographie, aux costumes, à l’éclairage… Ils assistent au spectacle au TJP le 30 novembre, en compagnie de classes d’autres écoles. Il s’agit d’une pièce qui invite à interroger notre rapport à l’autre, celui qui est différent : trois personnages accoutrés étrangement, dévisagent les jeunes spectateurs, ils s’exclament que « Cet endroit est à nous ! C’est ici, nous sommes d’ici, vous êtes de là-bas ! Retournez donc là-bas ! » Dans ce spectacle, les comédiennes jouent et dialoguent avec le public, et nombreuses sont les interactions. À l’issue de la représentation, les artistes sortent de leurs rôles et la salle s’illumine, mais la scène conserve ses éclairages et ses décors. Elles rencontrent la classe, c’est l’occasion d’un échange particulièrement vivant. Les questions fusent, les jeunes veulent d’abord résoudre l’énigme du titre : « ça veut dire quoi Wa Wilder Man ? », puis ils enchaînent sur des interrogations variées : « comment vous faites pour respirer avec le masque ? », « quand les spectateurs vous posent des questions, vous improvisez ? », « c’est fait exprès que les rideaux ressemblent à des arbres ? » ou encore « à quoi servent les croix au sol ? » Une série de questions auxquelles les comédiennes belges répondent avec entrain en ajoutant parfois quelques anecdotes sur d’autres représentations de la pièce.
Une des interprètes de Wa Wilder Man présente une partie des costumes aux élèves, intrigués (Photo: Florence Vaira/TJP).

« Avant les classes théâtre, on ne se parlait pas »

Certains élèves mettent en avant l’intérêt des études théâtrales pour leur compréhension des autres disciplines scolaires, d’autres pour leur timidité, d’autres encore pour l’entente de classe comme Dounia : « avant le spectacle, on est tous soudés, on communique. Avant on ne parlait pas. » Laurence Guillemaut constate de son côté que :
« Les élèves gagnent en confiance et en aisance à l’oral. Ils développent également un imaginaire plus vaste que les élèves non scolarisés en CHAM. Ce sont des classes soudées, curieuses et enthousiastes. Trop parfois ! »
#école Martin Schongauer

Roland Ries pour un allègement de « la bulle » de sécurité du Marché de Noël

Roland Ries pour un allègement de « la bulle » de sécurité du Marché de Noël

En marge d’une conférence de presse sur le prochain conseil municipal, le maire de Strasbourg Roland Ries (PS) a indiqué vouloir plaider pour un allègement du dispositif « lourd » de sécurité lors du Marché de Noël.

Il estime que ces mesures demandés depuis trois ans par la Préfecture du Bas-Rhin « découragent des Strasbourgeois » :

« Je ne suis pas sûr que la bulle, soi-disant étanche mais qui ne l’est pas vraiment, doit être pérennisée. Il ne faudrait pas créer un divorce entre les Strasbourgeois et le Marché de Noël. Dès les semaines qui viennent, j’aurais un contact avec le préfet qui n’est pas hostile à la chose. »

Facile à contourner

En effet, comme chaque année depuis 2015, il était possible de s’introduire dans le périmètre de la Grand-Île soit entre 20h et 11h, soit via le tram, en évitant les fameux checkpoint sur tous les ponts. Ainsi les palpations et inspections de valises ont un côté grotesque, arbitraire et guère accueillant pour les touristes.

Le maire remarque aussi que les autres marchés de Noël alsaciens (dont celui de Colmar qui est passé devant Strasbourg dans un classement assez prestigieux) n’ont pas de mesures similaires.

Le maire de Strasbourg Roland Ries trouve les mesures de sécurité excessives dans sa ville lors du Marché de Noël (Photo Pascal Bastien / Rue89 Strasbourg)

Début de grogne strasbourgeoise

C’est la première fois qu’un dirigeant strasbourgeois exprime des réticences sur ces mesures. Jusqu’ici, elles étaient présentées comme le seul moyen de maintenir l’événement.

Mais les Strasbourgeois ont semblé davantage s’exprimer en 2017 (comme dans cette tribune) face à un dispositif d’abord exceptionnel, qui tend à devenir la norme.

Un dimanche de compensation refusé

Cette annonce intervient aussi après l’interdiction d’ouvrir les magasins un dimanche en janvier. Cette journée à la demande l’association des commerçants Les Vitrines de Strasbourg, appuyée par la mairie et accordée par la Préfecture, visait à récupérer une potentielle perte de chiffre d’affaires suite… aux mesures de sécurité lors du Marché de Noël.

Deux syndicats, la CGT et la CFTC y voyaient au contraire un début de remise en cause du repos dominical et du droit local, sans que les prétendues pertes soient documentées, ni surtout qu’un « besoin de la population » soit exprimé. Le tribunal administratif avait déjà jugé cette ouverture illégale en 2017, mais plusieurs mois après la journée de janvier.

Roland Ries souhaiterait plutôt qu’un quatrième dimanche d’ouverture soit accordé en décembre, comme cela se fait dans le Haut-Rhin.

Pourquoi il n’est pas possible de tirer des conclusions pour le GCO de l’abandon de Notre-Dame-des-Landes

Pourquoi il n’est pas possible de tirer des conclusions pour le GCO de l’abandon de Notre-Dame-des-Landes

L’aéroport de Notre-Dame-des-Landes est annulé. Bon ou mauvais signal pour le projet également contesté du Grand contournement ouest de Strasbourg ? Les deux dossiers diffèrent.

Fin du suspense, le gouvernement a décidé de ne pas construire l’aéroport de Notre-Dame-des-Landes, au nord de Nantes . . .

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Les escalators de la gare centrale bientôt réparés

Les escalators de la gare centrale bientôt réparés

Six escalators de la station de tram Gare Centrale sont à l’arrêt depuis l’inondation du 10 août 2017. Les dégâts des eaux ont contraint la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS) à procéder au remplacement des pièces principales des escaliers mécaniques. Fin mars, les passagers du tram devraient pouvoir à nouveau monter sans effort les trois étages menant à la gare SNCF.

Monter un escalator à l’arrêt est toujours désagréable… en particulier les premières marches. À Strasbourg, les habitués de la station de tram Gare Centrale en font l’amère expérience depuis… le 10 août 2017. Une inondation de la gare de Strasbourg avait provoqué l’arrêt de six escaliers mécaniques reliant les quais du tram à la gare SNCF en surface. La Compagnie des Transports Strasbourgeoise (CTS) assure que le service normal des escalators reprendra à partir de la fin du mois de mars, soit huit mois après les dégâts des eaux.

Deux voyageurs sur le point de faire cette expérience déstabilisante : les premiers pas sur un escalator à l’arrêt Photo : GK / Rue89 Strasbourg

Pour Amandine Carré Charter, directrice de la communication de la CTS, ces délais s’expliquent par l’étendue des dégâts causés par l’inondation :

« Dans un escalator, toutes les parties de commandes se trouvent au pied (moteur, commande électronique et commande électrique du système d’entraînement ainsi que les capteurs de sécurité). C’est tout cela qui s’est retrouvé intégralement noyé dans l’eau et la boue suite à l’inondation du 10 août. Ces pièces doivent être remplacées. Les chaînes ont également été atteintes et sont aussi à changer. »

Lenteur chez les assureurs

Les assurances ont mis un mois et demi pour distinguer les pièces réparables des parties à remplacer. Elles doivent couvrir la totalité des frais de réparation, une somme proche du million d’euros. Le 7 novembre, soit près de trois mois après l’inondation, la CTS commande à l’entreprise ThyssenKrupp les pièces à installer. Amandine Carré Charter admet que le processus a été trop lent :

« Cette étape a fait intervenir les compagnies d’assurance des différents protagonistes impliqués. Elle a fait l’objet de débats entre les experts. Ce sinistre a des implications financières très élevées. Le coût final n’est pas encore fixé mais il avoisine le million d’euros. Les accords entre compagnies d’assurance ont donc mis un certain temps avant d’être conclus. Finalement, on a pris la décision de remplacer à neuf les mécanismes intérieurs et les organes électriques défectueux. »

Trois semaines pour transmettre une commande

a firme ThyssenKrupp est chargée de la maintenance des escalators. Elle a passé la commande strasbourgeoise à son usine de production d’escaliers mécaniques à la fin du mois de novembre, soit trois semaines après avoir reçu la demande de la CTS. Un élu syndical de la Compagnie des transports strasbourgeois estime que la société allemande a aussi fait preuve d’une certaine inertie. Alexandre Ruinart, responsable communication du groupe, assure que ces délais sont tout à fait normaux :

« Trois mois pour produire les pièces et les installer, c’est un délai tout à fait raisonnable. Nous avons prévu de démarrer les travaux à la gare à partir du 12 février. Si tout se passe bien, les escalators pourront redémarrer fin mars. »

 Ouf.

« Tous ensemble, nous serons plus forts contre le laboratoire Merck »

« Tous ensemble, nous serons plus forts contre le laboratoire Merck »

Une réunion d’information sur la procédure collective contre le laboratoire Merck, distributeur du Levothyrox, a eu lieu mardi soir à Strasbourg, dans un restaurant. Près de 80 personnes, souvent victimes des effets secondaires du médicament, ont écouté la présentation de l’avocat Christophe Leguevaques. Beaucoup se joindront à son action en justice pour défaut d’information et préjudice d’angoisse.

Du bruit, du monde et de la buée sur les vitres. Dans une salle du restaurant Au Bercail à Strasbourg, environ 80 personnes occupent mardi soir le moindre espace disponible pour écouter Me  Christophe Leguevaques. Le Toulousain est venu à Strasbourg pour présenter l’action collective qu’il a lancée contre le laboratoire Merck, devant le tribunal d’instance de Lyon où le groupe pharmaceutique allemand a son siège en France. L’audience est prévue pour le 1er octobre 2018.

Dans le restaurant, l’auditoire est attentif, presque tendu : la plupart des personnes présentes se disent victimes des effets secondaires du Levothyrox. Ce soir, elles aimeraient avoir enfin des réponses.

Vertiges, fatigue, perte de mémoire…

Une nouvelle formule de ce médicament contre l’hypothyroïdie a été commercialisée à partir de mars 2017. Suite au changement de formule, Ghislaine Muller, retraité de 61 ans, se sent de moins en moins bien :

« J’ai commencé à avoir des vertiges. Puis j’ai eu de plus en plus de mal à me concentrer, j’étais épuisée. Je faisais n’importe quoi : j’oubliais mes sacs de course dans le garage, je me trompais dans les dépôts à la banque… J’ai aussi souffert de crampes… Heureusement, ma médecin m’a prescrit un autre médicament que je cherche en Allemagne. Depuis, je n’ai plus les effet secondaires. »

Autour d’une table, quatre femmes attendent impatiemment le début de la présentation. Maïté Collet décrit un quotidien rendu plus difficile par le changement de formule de son médicament :

« J’étais très fatiguée et je mangeais beaucoup moins. Donc je sortais moins et j’étais souvent de mauvaise humeur. Ça, mes collègues l’ont subi… Je manquais d’énergie au travail. Je suis chimiste d’exploitation sur une plateforme de déchets, je porte régulièrement des charges lourdes. J’étais donc beaucoup moins performante. Et puis il y a eu les pertes de mémoire. C’était handicapant au niveau professionnel et au niveau personnel. »

L’objectif de la procédure collective : 10 000 euros par plaignant

Pour participer à l’action collective menée par Me Leguevaques, il faudra débourser 96 euros de frais de dossiers. Un honoraire de résultat de 10 % Hors Taxes est aussi exigé sur les sommes récupérées.
(Photo GK / Rue89 Strasbourg)

Vers 20h15, la présentation commence. Nicolas Clausmann, avocat strasbourgeois, détaille la procédure judiciaire en cours et son objectif :

« L’action collective a pour but de faire reconnaître un défaut d’information et un préjudice d’angoisse dont le laboratoire Merck est coupable. Notre objectif est d’obtenir une indemnisation de 10 000 euros pour chaque plaignant. »

Puis Me Christophe Leguevaques prend le relais, pendant près d’une heure. Il présente les autres procédures en cours mais donne aussi quelques informations qui choquent l’auditoire :

« Je pense que le laboratoire Merck a changé la formule pour pouvoir lancer son médicament sur le marché chinois. L’excipient mannitol a remplacé le lactose parce que 45% de la population chinoise est intolérante au lactose. »

L’avocat s’est aussi renseigné sur le brevet déposé par le laboratoire Merck sur le Levothyrox. Il détaille une découverte qu’il trouve dérangeante :

« La nouvelle formule comprend aussi du BHT (hydroxytoluène butylé ou E321), qui est un perturbateur endocrinien de la thyroïde du rat. Le BHT a déjà fait l’objet d’une alerte de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses). »

Michèle Rivasi, députée EELV au Parlement européen, fait son entrée dans la salle vers 21 heures. La biologiste de formation suit de près le dossier Levothyrox. Elle intervient pour critiquer les tests réalisés avant la mise sur le marché du médicament :

« Les essais de bioéquivalence, qui doivent prouver que l’ancienne et la nouvelle formule n’ont pas des effets différents sur les patients, ne sont pas concluants. Ils ont été réalisés sur des hommes sains, alors que 80% des victimes des effets secondaires du Levothyrox sont des femmes atteintes d’hypothyroïdie! »

Un public conquis

La réunion se termine par de nombreux témoignages suivis de questions pleines d’inquiétudes. L’avocat tente d’y répondre en rassurant le public :

« Ces histoires vécues dont vous êtes les victimes, il faut me les transmettre et rejoindre l’action collective. Tous ensemble, nous serons plus forts contre le laboratoire Merck. »

À 22 heures passées, de nombreuses femmes se pressent auprès de Me Leguevaques pour le remercier. Elles se renseignent aussi sur la procédure à suivre pour rejoindre l’action collective. Ghislaine Muller projette déjà d’appeler son médecin pour réunir les documents nécessaires au dépôt de la plainte. Contactée par téléphone au lendemain de la réunion, Maïté Collet explique comment l’avocat l’a convaincue :

« C’était ma première réunion sur le sujet. Je ne partais pas au front, je voulais juste des explications. Au début j’avais même un peu peur de l’avocat en me disant qu’il cherchait sûrement à se faire de l’argent avec nos plaintes. Mais en fait non, la député européenne est aussi venue pour apporter des réponses, et M. Leguevaques connaissait bien le dossier. Je vais me lancer dans l’action collective. Et je suis loin d’être la seule. Rien qu’à ma table, la personne à côté de moi m’a dit qu’elle allait aussi porter plainte. »

À Nantes, la faculté de médecine annule aussi la réunion

Selon les personnes interrogées par Rue89 Strasbourg, cet événement a été la première réunion des victimes du Levothyrox dans une salle strasbourgeoise. Elles regrettent la décision de la faculté de médecine, qui a refusé d’accueillir l’événement. Me Leguevaques surfe sur cette « censure ». Dès le début de la conférence, il invite l’auditoire à se plaindre auprès du doyen de la fac, Jean Sibilia. L’avocat fera sans doute la même invitation lors de sa prochaine réunion, le 18 janvier, à Nantes, où la faculté de médecine a aussi annulé l’événement sur l’action collective contre le laboratoire Merck.

#lévothyrox

À l’Esplanade, une première édition du « Forum social du Bas-Rhin » ce week-end

À l’Esplanade, une première édition du « Forum social du Bas-Rhin » ce week-end

Le collectif « FS67 » organise samedi 20 et dimanche 21 janvier un « Forum social » à l’ARES, le centre socio-culturel de l’Esplanade à Strasbourg. Cet évènement veut « regrouper des initiatives d’éducation populaire et d’alternatives sociales. »

Pour la première édition du « Forum social du Bas-Rhin », le programme est chargé : débats, conférences, ateliers pratiques, spectacles… Le collectif FS 67 occupe l’ensemble de l’ARES, le centre socio-culturel de l’Esplanade à Strasbourg, samedi 20 et dimanche 21 janvier, de 10h à 20h.

L’objectif du collectif FS67, pas encore structuré en association, est de donner la parole aux Strasbourgeois, simples curieux ou citoyens engagés. Les thèmes proposés donnent le ton : « Le Grand Contournement Ouest, fausse solution à un vrai problème ? » (avec l’éclairage d’un Zadiste du Moulin), « L’islamophobie, racisme d’Etat » avec la participation du Collectif contre l’islamophobie en France, ou encore « L’évasion fiscale ».

Parmi les intervenants annoncés, Guillaume Suing pour la conférence « Cuba écosocialisme », Mustafa El Hamdani qui évoquera la situation des Chibanis (dont nous avions déjà parlé), mais aussi Laure Haag d’Ozetik.

Des ateliers pratiques sont également proposés aux participants : atelier d’écriture, fabrication de produits ménagers « maison », formation à la « non-violence »…

Spectacles en soirée

Les deux journées se clôtureront par des spectacles, un concert de musique kurde le samedi soir (à partir de 21 heures), et un spectacle de marionnettes et de « théâtre d’objet » le dimanche (à partir de 18 heures).

Ce « Forum social », selon David Junger, l’un des organisateurs, doit remplir un espace laissé vide par les associations strasbourgeoises existantes :

« On s’est aperçu qu’il n’existait pas à Strasbourg d’évènement de ce genre, qui regroupe tous ces sujets sociétaux. Nous avons tous un engagement associatif personnel, mais nous avons décidé de monter cela de notre côté, en toute indépendance. Nous avons contacté l’ARES, qui nous fournit les locaux gratuitement et nous a laissé une grande marge de manoeuvre dans les sujets abordés. »

Si les Strasbourgeois sont au rendez-vous de ce « Forum social », les organisateurs n’excluent pas de se regrouper en association afin de renouveler l’expérience l’année prochaine. Entre 400 et 500 personnes sont d’ores et déjà attendues par les organisateurs ce week-end.

#FS67

Six domaines dans lesquels l’Alsace va investir pour attirer des touristes

Six domaines dans lesquels l’Alsace va investir pour attirer des touristes

Fin 2015, les deux départements alsaciens ont fusionné leurs agences de tourisme pour former Alsace Destination Tourisme (ADT). En toile de fond politique se joue aussi la fusion d’institutions qui pourraient préfigurer d’une collectivité alsacienne, sortie ou intégrée au Grand Est. Les agences économiques avaient été fusionnées de la même mani . . .

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Deuxième manifestation samedi pour la fermeture de l’Arcadia à Strasbourg

Deuxième manifestation samedi pour la fermeture de l’Arcadia à Strasbourg

Le collectif « Fermons l’Arcadia, local fasciste à Strasbourg » organise une deuxième manifestation samedi 20 janvier. Les opposants au groupe local du Bastion Social se retrouveront à 14 heures place de Zurich à Strasbourg. Une journée tendue s’annonce : les soutiens de l’association d’extrême-droite manifesteront eux devant leur local.

Samedi 20 janvier, les forces de l’ordre auront fort à faire. Deux manifestations sont organisées par deux groupes radicalement opposés. Le collectif « Fermons l’Arcadia, local fasciste à Strasbourg » appelle à défiler à partir de la place de Zurich à 14 heures. Le Bastion Social, installé depuis le 9 décembre à Strasbourg, donne rendez-vous devant l’Arcadia dès 12 heures pour « défendre » le QG du groupuscule d’extrême-droite, dont le trésorier de l’association a été condamné à huit mois de prison ferme pour l’agression d’un jeune d’origine algérienne, comme Rue89 Strasbourg l’a révélé.

Un trajet tenu secret

Par mesure de précaution, les organisateurs ont préféré garder secret le trajet de la manifestation. Gabriel, membre du collectif antifasciste, espère qu’aucune violence n’entachera la mobilisation contre l’Arcadia :
« Notre objectif, c’est clairement de mobiliser le plus largement possible pour cette manifestation antifasciste et non-violente. Grâce à notre campagne de sensibilisation dans le quartier de l’Esplanade et à l’Université de Strasbourg, des étudiants, des retraités, des parents d’élèves vont se joindre à nous. Il n’est pas question de donner une mauvaise image du mouvement à ces précieux soutiens. »
Des collectifs antifascistes, syndicats, antennes locales de partis politiques ainsi que la Fédération des Conseils de Parents d’Elèves du Bas-Rhin ont signé l’appel à manifester. Le président de la FCPE du département explique son soutien à la manifestation :
« Nous avons été alertés par des parents d’élèves au sujet de la présence d’un local d’extrême-droite à proximité de plusieurs établissements scolaires : écoles élémentaires, collèges et lycées. Les échauffourées liées à l’ouverture du bâtiment nous laissent penser qu’il peut y avoir un danger pour les enfants à la sortie des écoles. Nous n’avons jamais été dans une telle situation : c’est la première fois que nous signons un tel appel à manifester. »
Une pétition pour la fermeture de L’Arcadia circule aussi dans plusieurs établissements du quartier, dont l’école internationale Robert Schumann et le bistro Le BarÔmètre. Le gérant du bar avait accueilli la réunion d’inauguration du bastion social strasbourg, présentée par les organisateurs comme une rencontre d’agents immobiliers. Lorsqu’il comprend l’orientation politique de l’événement, c’est une « véritable claque dans la figure ». Depuis, il travaille avec les collectifs antifascistes. Dans son restaurant, il a déjà recueilli une centaine de signatures. En réponse à cette mobilisation du quartier, les organisateurs de la manifestation espèrent pouvoir défiler devant l’Arcadia. Gabriel explique cette volonté :
« Nous voulons montrer aux membres du Bastion Social de Strasbourg le nombre de personnes prêtes à manifester contre leur idéologie. Il s’agit aussi de montrer notre soutien aux habitants et aux commerçants du quartier. »
En décembre, environ 300 personnes avaient défilé, sans heurts. Le départ rue du Faubourg national était bien plus éloigné. Pour la manifestation de samedi, la préfecture a choisi de ne pas laisser le cortège passer devant L’Arcadia. Les opposants au Bastion Social Strasbourg se dirigeront vers le quartier de l’Orangerie sans pouvoir traverser le zone universitaire de l’Esplanade.

Le Bastion Social, prêt à « défendre le local »

Le responsable du Bastion Social Strasbourg n’a pas souhaité communiquer sur le nombre de soutiens attendus devant le local de L’Arcadia samedi 20 janvier. Il décrit l’objectif de l’appel à la « mobilisation générale » publiée sur Facebook :
« Il n’y aura pas de manifestation, à proprement parler. Mais par contre on sera présent devant le local, prêt à le défendre. C’est une certitude. Rien de bien folichon mais on sera là pour accueillir les casseurs en cas d’attaque. »
Le collectif antifasciste a déposé sa déclaration de manifestation dans la matinée du 16 janvier. La préfecture pourrait modifier le trajet proposé par les organisateurs et éviter le passage devant le local de L’Arcadia. Du côté du Bastion Social Strasbourg, aucune déclaration en préfecture n’a été déposée à l’heure de ces lignes mardi 16 janvier.

« Femmes, hommes, assez parlé, ouvrir les bras »

« Femmes, hommes, assez parlé, ouvrir les bras »

Anne-Sophie Tschiegg, peintre strasbourgeoise, apporte sa voix au débat sur le féminisme et les relations entre les femmes et les hommes après l’affaire Weinstein.

Encore une qui a envie de dire son truc sur le sujet (il est vrai qu’on en manque).

D’où ça parle. Je préfère les dames, ça se sait, ça se voit ou ça se devine. Ça fait dès le départ une petite différence. Bien sûr, je me suis fait emmerder, parce que par définition, une lesbienne ça donne droit à « tu attendais un vrai mec : me voilà ! », « je peux vous regarder toutes les deux ? Je peux vous regarder ? Je peux vous regarder ? » « Elle te plaît pas ma femme ? Vas-y, vas-y, je reste là… » Ça a été parfois agressif, le plus souvent juste lourd, mon rire suffisait à y mettre un terme.

Donc non, je n’ai pas eu de porc à balancer et il y a quelques semaines, la femme qui n’avait pas de porc à balancer n’en menait pas large (la moche, l’imbaisable). Nous avons donc vu la surenchère au porc, il y a eu le porc-blason comme le porc-tendance, le porc-stigmate, le porc-partout, pas une-sans-son-porc, ce qui très vite risquait de devenir pas-un-sans-sa-proie.

Mais il y a avant tout les vraies victimes, celles qui n’ont pas forcément été trop faibles ou trop jeunes ou trop démunies, pas besoin d’être un tanagra fragile pour se faire violer, agresser. Les femmes qui meurent sous les coups (oui, j’amalgame parce que pour moi ça relève exactement du même usage de la force, de l’impulsion abjecte, de la proie comme objet, toutes ces merdes perpétuées depuis les siècles de gloire) ne sont pas forcément des créatures soumises et faibles. Je ne comprends même pas qu’une seule femme au monde puisse ne pas se sentir solidaire de ces femmes-là, puisse ne pas être ravie que quelque chose de l’infernale machine se casse la gueule. Que ça puisse ne pas être sa cause, son combat. Ça m’échappe.

(Photo Ars Electronica / FlickR / cc)
(Photo Ars Electronica / FlickR / cc)

« Haro sur le kiki »

En revanche je partage ô combien, l’effroi devant cette terrifiante chasse au suspect, chasse à la testo, haro sur le kiki, pas bander, pas bander, vilain, pas touche, tous des salauds, même mon père. Et tous les registres suivent : on traque le tétin et puis Balthus pédophile, et puis Carmen qu’il faut remanier, et Shakespeare misogyne, et Schiele pornographe, ce combat-là vaut l’autre parce que la femme y finit lapidée pour un genou découvert et l’homme n’a plus que ses mains pour pleurer.

Alors la revendication de certaines qui disent s’inquiéter de tout cela, oui. Leur insistance à ne pas se reconnaître dans les femmes victimes, pourquoi pas (je ne m’y « reconnais » pas mais leur lutte sera toujours la mienne, je n’ai pas envie de m’en défendre), celles qui veulent absolument rester copines avec les mecs, qui espèrent pécho fois dix parce qu’elles ont le badge « je veux bien », qui voient dans toute cette tempête une véritable aubaine pour être la dernière à bord avec tout l’équipage, bon, ok.

Oui, on peut adorer être sifflée dans la rue et souffrir de, tout à coup, ne plus l’être parce qu’on est passé du côté des transparentes, des trop vieilles, bien sûr ça peut manquer. Mais bon. Quand Catherine Millet, signataire, regrette de ne pas s’être fait violer pour prouver que c’est pas grand-chose, quand on lit « je ne suis pas une proie, moi » comme s’il s’agissait d’une simple faute de goût, quand une fois de plus tout se mélange dans ce sens comme dans l’autre, on ne s’y reconnait plus. On tremble de mal poser son like, on se tait.

Que dire d’ailleurs ? Que dire à tous ces jeunes mecs qui ont vu des films de cul à neuf ans et qui sont terrifiés d’en avoir une trop petite, de ne pas tenir leur gaule deux heures, de ne pas avoir envie d’attraper forcément la meuf par les cheveux et peut-être pas forcément de lui claquer le cul, qui se demandent comment ne pas avoir l’air d’un con devant tout ça ?

Que dire aux très jeunes filles qui se demandent si il est : A – recommandé, B – indispensable, C – incontournable de passer par enchaînement codifié des actes qui s’imposent dans tout porno au risque de passer pour la coincée de service ?

« Le mot consentir s’articule joliment »

Et oui, les femmes peuvent aimer être attrapées par les cheveux et qu’on leur claque le cul et qu’on les encule et oui, C’EST SAIN. Et elles peuvent aussi NE PAS. Et c’est SAIN aussi puisque ça semble être le mot du jour.

Je ne sais pas, vraiment, s’il est plus facile aujourd’hui d’être un adolescent qu’une adolescente. Je parle isolément, il arrive que le groupe fortifie même s’il rend souvent idiot.

Le mot consentir, qui s’articule si joliment, c’est celui-ci qu’il faut apprendre et conjuguer. Apprendre que l’Autre existe, que ça se danse à deux, deux qui se sont entendus. Et qu’on peut dire non aussi simplement que oui.

Il y a mille batailles à mener, mais il faut avant tout faire taire les culs-bénits de tout poil et surtout, surtout, que chaque homme qui maltraite une femme soit dénoncé, empêché et puni. Et arrêtons avec ce faux débat sur la limite, tout le monde sait très bien où elle est, la limite.

Alors vive le cul, vive l’amour, vive les femmes, vive les mecs ! Assez flirté, baisser culotte !