Retour sur la visite du Secrétaire d’État à la transition énergétique pour préparer l’après-Fessenheim. Où quand les ambitions énergétiques d’un pays percutent la vie d’hommes et de femmes que l’on a davantage entendus que par le passé.
C’est l’histoire d’un choix de société. Tourner la page de l’énergie nucléaire. Ce fleuron français développé dans les années 1950 qui produit environ 75% de l’énergie dans l’Hexagone. Deux raisons principales : le risque d’un accident majeur et surtout le . . .
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Les collectifs antifascistes et les élus du conseil municipal strasbourgeois souhaitent fermer L’Arcadia et dissoudre le Bastion Social de Strasbourg. Mais la liberté d’association fait partie des principes fondamentaux de la République, il faut plus qu’une unanimité d’élus pour la remettre en cause. À Pierre-Étienne Rosenstiehl, avocat strasbourgeois spécialiste en droit public, Rue89 Strasbourg a demandé les voies légales pour fermer un local et dissoudre une association. Selon des sources proches du dossier, un décret de dissolution en conseil des ministres est à l’étude.
À l’unanimité, le conseil municipal de Strasbourg du lundi 22 janvier a voté pour la dissolution du Bastion Social Strasbourg et la fermeture de son local rue Vauban, L’Arcadia. Les deux élus du Front national n’ont participé ni au débat, ni au vote alors qu’un de leur anciens colistiers fait partie des membres fondateurs. Jean-Luc Schaffhauser était une nouvelle fois absent et Julia Abraham avait quitté la séance avant ce point.
Mais ce vote des élus, qui a engendré nombre de réactions, est avant tout symbolique, comme le rappelle Me Pierre-Etienne Rosenstiehl, avocat au barreau de Strasbourg et spécialiste de droit public :
« Le conseil municipal n’a aucune compétence en la matière. Ce n’est qu’un vœu politique d’une assemblée délibérante. Les associations sont libres. Depuis 1971, le Conseil Constitutionnel a érigé la liberté d’association en liberté fondamentale. »
Quelles sont dès lors les voies légales pour fermer l’établissement ? Pierre-Etienne Rosenstiehl distingue le cas du bar associatif et la dissolution du groupuscule identitaire. Une procédure permet d’arrêter les activités du local, deux autres peuvent aboutir à la dissolution du Bastion Social Strasbourg, officiellement nommé Solidarité Argentoratum.
Les règles du bar associatif
L’Arcadia est un bar associatif réservé aux adhérents. Il ne peut avoir comme objectif de réaliser des bénéfices. Les breuvages vendus doivent appartenir aux groupes 1 à 3 de la classification officielle des boissons. Il y est donc interdit de consommer des alcools plus forts que le vin, la bière, le cidre et les liqueurs de plus de 18 degrés d’alcool pur.
D’autres règles sont à respecter du point de vue de la sécurité et de l’hygiène. Mais il y a peu de chance que la préfecture s’engage sur cette voie. Pierre-Etienne Rosenstiehl explique :
« Chercher des poux au niveau de l’habitat, du sanitaire ou du débit de boissons, c’est un échec annoncé. À moins qu’il y ait des rats partout et des gros problèmes d’hygiène, L’Arcadia ne sera pas fermé parce que les gérants contreviennent aux règles sur l’hygiène ou sur l’alcool vendu. Ce serait un détournement de procédure. »
Le 4 janvier, le président du Bastion Social Strasbourg accordait un entretien à Rue89 Strasbourg. Il avait alors montré son attention aux règles qui régissent la tenue d’un bar associatif :
« L’entrée est réservée aux adhérents et aux sympathisants qui sont amenés à prendre leur carte. On est un bar associatif, on joue gros s’il y a un contrôle. Donc les personnes dans le bar sont celles qui ont le droit de consommer parce qu’elles sont membres. […] On est très vigilant sur absolument tout. »
La procédure au tribunal de grande instance
Autre voie à envisager, le tribunal de grande instance de Strasbourg peut prononcer la dissolution d’une association. Dans le cas du Bastion social Strasbourg, cela entraînerait automatiquement la fermeture du local. La procédure peut être initiée « à la demande de toute personne y ayant un intérêt direct et personnel ou du Procureur de la République lorsqu’elle est fondée sur une cause ou en vue d’un objet illicite, contraire aux lois ».
Selon Pierre-Étienne Rosenstiehl, la saisine du tribunal de grande instance semble être la procédure la plus simple. Néanmoins, les cas sont très rares :
« Toute personne intéressée peut saisir le tribunal de grande instance. Je pense à la Ligue des Droits de l’Homme ou à la Ligue Internationale Contre le Racisme et l’Antisémitisme (Licra). Mais il faut monter un dossier solide pour parvenir à ses fins. De plus, depuis deux ou trois ans, il n’y a pas eu de jurisprudence à Strasbourg sur ce point. Difficile d’anticiper ce que le tribunal peut décider face à la situation actuelle. »
Le tribunal de grande instance de Nice a dû se prononcer sur le sort de l’association « Roya Citoyenne » en novembre 2017. Olivier Bettati, un élu proche de Marion Maréchal-Le Pen, avait demandé la dissolution du groupe venant en aide aux migrants dans la vallée entre la France et l’Italie. Le tribunal niçois avait refusé de dissoudre l’association. Dans la décision du tribunal, on trouve l’argument suivant :
« L’association défenderesse n’ayant fait l’objet d’aucun condamnation et ne pouvant, en l’état des pièces produites, être considérée comme étant à l’origine de déclarations ou d’actes illégaux, voir séditieux, en prétendant porter assistance, à titre humanitaire, à des migrants en détresse, parmi lesquels se trouvent des mineurs non accompagnés. »
Même voie légale, différent demandeur : le préfet du Bas-Rhin, Jean-Luc Marx, peut aussi saisir le tribunal lui-même pour demander la dissolution du Bastion Social Strasbourg. Mais les services de l’État observent une prudence fort pratique sur ce dossier et se bornent à produire cette réponse, qui force le respect, lorsqu’ils sont sollicités :
« La situation et les activités de leur local associatif sont suivies avec attention. Dès lors que des irrégularités ou infractions seraient constatées, l’ensemble des voies et moyens juridiques à la disposition des différentes autorités serait mis en œuvre. »
Le décret du conseil des ministres
La seule autre solution consiste à passer par le conseil des ministres, qui peut dissoudre une association par décret. Le gouvernement doit alors justifier que le groupe incite « à la discrimination, à la haine ou à la violence […] à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion déterminée ». Six autres motifs de dissolution, autour des groupes de combat et des milices privées, existent.
D’après une information confiée à Rue89 Strasbourg, le député de la circonscription Thierry Michels (LREM) constitue actuellement un dossier étudiant toutes les solutions pour fermer L’Arcadia. Le décret du conseil des ministres en fait partie. « Mais ce n’est pas la procédure que nous privilégions », précise Nicolas Fuks, collaborateur parlementaire du député. Me Rosenstiehl commente cette voie :
« L’article L212-1 du code de la sécurité intérieure permet bien de dissoudre une association par décret du Conseil des Ministres mais c’est une procédure très lourde. »
Sous le quinquennat de François Hollande, cette voie avait été utilisée pour dissoudre plusieurs associations, dont « Retour aux sources », « Le retour aux sources musulmanes » et « Association des musulmans de Lagny-sur-Marne ». Le motif invoqué dans le décret du 14 janvier 2016 était la promotion d’une « une idéologie radicale, provoquant au jihad, et à organiser le départ de combattants en zone irako-syrienne. »
En 2012, le gouvernement français a étudié la possibilité de dissoudre Génération Identitaire. La procédure juridique, au tribunal de grande instance, n’était pas exclue. Depuis, le groupuscule d’extrême-droite est toujours actif. Le 15 juin 2017, plusieurs eurodéputés socialistes et radicaux ont demandé au ministre de l’Intérieur de dissoudre ce groupuscule. Une demande restée lettre morte.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Dans un décret paru le 29 décembre 2017, les deux départements d’Alsace, Haut-Rhin et Bas-Rhin, sont cités comme participants à une « expérimentation territoriale ». Leurs préfets peuvent prendre « des décisions dérogeant à la réglementation », notamment « dans le but d’alléger les démarches administratives ».
Les départements des régions Pays de la Loire, Bourgogne-Franche-Comté et de Mayotte, les collectivités d . . .
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Les auberges Toms’ Fair House, c’est terminé. L’association de Thomas Fritz et de sa famille a fermé le dernier appartement qu’elle gérait fin 2017.
Les auberges Toms’ Fair House, c’est terminé. L’association de Thomas Fritz et de sa famille a fermé le dernier appartement qu’elle gérait fin 2017. Il y a un an, Rue89 Strasbourg avait suivi cette auberge espagnole, qui mêlait hébergement touristique et social. Thomas Fritz impute la fermeture des auberges aux refus des propriétaires des appartements d’accepter de les déclarer en lieux d’hébergement de touristes, comme l’exige une réglementation municipale. Mais le concept n’aurait de toute façon pas convaincu la famille Fritz. Thomas Fritz explique :
« En 2017, on a fait beaucoup de social, ce qui nous a mis en déficit. C’est une expérience en permanente évolution. Nos appartements étaient de petites tailles, l’interconnexion entre eux ne se faisait pas. On préférerait avoir plusieurs appartements dans le même immeuble, avec un dédié aux touristes, un autre au coworking et un dernier pour de l’hébergement social et d’urgence. »
A l’intérieur d’un appartement de Tom’s Fair House Photo : Tom’s Fair House / Facebook
Départ aux Canaries
Devant le manque d’intérêt de la Ville pour cette idée, Thomas Fritz annonce vouloir désormais passer sous le statut d’une société coopérative d’intérêt collectif. S’il ne change pas d’idée d’ici là. Il nous a été impossible de consulter un rapport d’activité détaillé de l’association. Mais Thomas Fritz ne cache pas que celle-ci lui aurait permis en 2017 de financer à hauteur de 4 000 euros un nouveau projet d’énergies renouvelables aux Canaries, où il s’est installé depuis.
Si les auberges Tom’s Fair House ont bien répondu présentes aux travailleurs sociaux qui leur envoyaient des personnes à la rue l’hiver 2016, Thomas Fritz a dû mettre fin à ce système d’hébergement suite à l’irruption d’une série de problèmes de collaboration et de défaut d’accompagnement dans la petite communauté.
Rue89 Strasbourg a eu accès aux dessous du dossier d’instruction du Conseil national de protection de la nature (CNPN) sur le Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg. L’avis est une deuxième fois négatif, mais moins sévère. Le ministre de la transition écologique Nicolas Hulot a choisi de passer outre.
Le gouvernement a précédé in-extremis l’avis du Conseil national de protection de la nature (CNPN) concernant le Grand contournement ouest de Strasbourg. Le ministre de la transition écologique Nicolas Hulot a donné son feu-vert pour les travaux à la rocade payante de 24 kilomètres en anticipant d’un jour un deuxième avis défavorable, comme le laissaient entendre les échos.
En octobre, il avait pourtant affirmé l’inverse, en suspendant les travaux préparatoires « tant qu’un nouvel avis du CNPN n’aura pas été rendu ». Le gouvernement voulait « permettre la réalisation de ce projet attendu localement, et s’assurer qu’il apporte les meilleures garanties en matière environnementale. »
En fixant lui-même cette règle, Nicolas Hulot a accru l’attention sur ce deuxième passage, facultatif. La plupart des parties prenantes avaient alors compris qu’il faudrait un avis positif pour reprendre les travaux préparatoires en forêt et lancer une enquête publique de trois mois préalable aux « vrais travaux ».
En visite à Strasbourg à l’automne, la ministre des Transport Elisabeth Borne assurait confiante aux DNA : « Ils l’auront [l’avis positif]. Ils savent très bien faire un bon dossier et ils vont nous faire un bon dossier. » Mais lorsque les ministres se sont rendus compte que le second avis serait négatif, les deux ministres ont indiqué qu’ils délivreraient les autorisations pour débuter tout de même les travaux à l’été.
« réduire, éviter, compenser »… ou pas
Le principe, c’est qu’une autoroute doit limiter son impact sur les champs et la nature. Mais comme le goudronnage est indispensable, on essaie de recréer d’autres zones naturelles ailleurs. On appelle cette démarche REC : « réduire, éviter, compenser ».
Le 15 décembre, les concepteurs de Vinci et du Département du Bas-Rhin en charge de l’aménagement foncier agricole ont été auditionnés à Paris par 20 scientifiques indépendants qui composent le CNPN.
Le CNPN relève des progrès. En particulier, « l’effet barrière » est limité de manière satisfaisante. « Sur ce point il y a eu beaucoup d’efforts entre les deux versions et c’est quelque chose d’assez exemplaire », remarque d’ailleurs un membre de la commission. Au total, 104 passages à faune sont installés le long des 24 kilomètres, notamment sous l’autoroute.
De 20 votes négatifs à 2 favorables
Mais pour autant, l’objectif « d’absence de perte nette de biodiversité », consacré par la loi de biodiversité n’est pas atteint, contrairement à ce qui était soutenu lors de l’examen. Le vote final au sein du CNPN s’est soldé par 2 avis favorables, 12 abstentions et 8 votes défavorables. Lors du premier examen le 11 juillet, les 20 votes étaient négatifs. Le CNPN pouvait donner un avis positif, négatif, mais aussi « positif sous conditions ».
Avec les années, le retour sur expérience de « mesures compensatoires » qui n’étaient jamais mises en œuvre et/ou que l’Etat ne pouvait pas contrôler a incité l’instance à être un peu plus sévère dans ses avis.
Un déboisement non-compensé
Au total, 26 hectares vont être déboisés pour construire le GCO, dont 17 de manière définitive. Et seuls 4 hectares seront replantés. Les autres hectares sont « compensés » par 76 hectares de forêts dont on s’assure simplement qu’ils ne soient pas coupés. Or, « d’habitude, ces améliorations de gestion viennent en plus des hectares reboisés, car un jeune arbre planté n’est pas équivalent à un arbre de plusieurs décennies », explique un connaisseur du dossier.
Plusieurs zones de compensations se situent au bord de l’autoroute, ce qui n’est guère comparable pour les oiseaux ou d’autres animaux en raison des nuisances qu’elle génère.
Carte du GCO (document Arcos)
Pas de rachat de la base aérienne
Au gré de l’examen du dossier, on apprend que le projet de renaturation de l’ancienne base militaire près de l’aéroport d’Entzheim est abandonné. Le ministère de la Défense et de l’aviation civile ont estimé qu’avoir une zone avec des espèces protégées à proximité de l’aéroport pouvait perturber les plans de vol.
À la place, plusieurs prairies vont être davantage humidifiées (on dit « étréper« ), mais le gain est minime et difficile à quantifier, selon le CNPN. Pas le moindre centimètre carré ne sera déminéralisé. Ainsi, ces mesures sont sous-dimensionnées selon les scientifiques.
Erreurs et légèretés
Dans le détail, les scientifiques indépendants relèvent plusieurs erreurs (confusion entre « restauration » et « création » de zones humides) ou légèretés dans le dossier. Exemple, « le crapaud vert, espèce identifiée à « fort enjeu » dans l’état initial apparaît à enjeu « modérés » dans l’évaluation des impacts résiduels. »
Le CNPN justifie son avis négatif par « l’absence de calendrier des travaux » pour les mesures de réduction. Il regrette que seuls les impacts de l’aménagement foncier sur le hamster sont étudiés, alors que « tous les autres groupes d’espèces protégées sont susceptibles d’être fortement impactés par ces travaux. » Dans les champs, « aucune compensation n’est proposée pour les 15 espèces d’oiseaux nicheurs ».
« Il y a un travail intéressant sur le grand hamster, mais en même temps certains oiseaux également en danger d’extinction critique comme le pic cendré ou le bruant des roseaux ne sont pas pris en compte », résume un participant.
Le GCO traverse plusieurs cours d’eau (Visualisation XO3D pour Arcos)
Autre souci, « la difficulté de s’engager sur le long terme avec des particuliers comme les agriculteurs. » Au-delà de 10 ans, le CNPN n’est pas sûr que les compensations aujourd’hui négociées soient pérennes.
Comme lors de son premier avis, le CNPN estime que, malgré certains efforts, les franchissements de cours d’eau pourraient être plus modernes et avoir moins d’impacts négatifs.
Enfin, aucune étude d’impact du vaste remembrement agricole (environ 11 000 hectares) qui découle de la construction de l’autoroute n’a été transmis. Or, il est recommandé de joindre les incidences des projets connexes.
Au tour de la Sanef pour l’échangeur
En début d’année, le président de l’Eurométropole Robert Herrmann (PS) avait notamment avancé que par leur position, les scientifiques du CNPN ne prennent en compte que les impacts sur la nature, en occultant les autres aspects du projets. Les défenseurs du GCO, dont il fait partie, arguent que près d’un camion sur quatre qui traverse Strasbourg sera détournés sur le GCO, selon une étude de 2013. La pollution qu’ils génèrent sera déplacée de Strasbourg, zone critique, vers la campagne. Même si le but est aussi de capter une part supplémentaire du trafic européen de poids lourds.
Le président du Grand Est Jean Rottner ou même Nicolas Hulot ont affirmé qu’il faudrait néanmoins tenir compte des remarques du CNPN, pour à nouveau améliorer le projet. Mais difficile de voir ce qui garantit des évolutions…
En juillet, Arcos et La Sanef – qui prend en charge l’échangeur au nord avec l’A35 et l’A4 qu’elle gère au quotidien – avaient présenté un dossier commun. Cette fois-ci. La Sanef présentera un deuxième dossier au CNPN au printemps. L’exercice s’annonce difficile car la société autoroutière intervient uniquement dans une partie boisée, la forêt du Krittwald à Vendenheim.
L’autonomisme alsacien s’affirme suite à l’annexion de l’Alsace par l’Empire allemand en 1871. Cent ans plus tard, ce mouvement proche du régionalisme refait surface. Journaux, partis politiques et associations sont lancés pour défendre la culture locale et vitupérer l’État centralisé à Paris.
En 1977, l’émission d’Antenne 2 « Un sur cinq » se penche sur l’autonomisme et les jeunes en Alsace. Les extraits de cette enquête, disponibles ci-dessus, témoignent d’un regain d’intérêt pour la défense de la culture locale et le rejet du pouvoir centralisé à Paris. Le régionalisme, terme plus consensuel que celui d’autonomisme, est de retour dès la fin des années 60. Des journaux sont créés pour publier des articles en alsacien. Des groupes politiques se présentent aux élections locales et législatives. Une association défend l’enseignement de l’allemand et de l’alsacien à l’école. Avec l’historien Alfred Wahl et le politologue Bernard Schwengler, Rue89 Strasbourg retrace cette période où Paris était honni et l’Alsace, c’était la classe.
Bernard Schwengler a publié plusieurs articles sur l’autonomisme alsacien sur le site de l’Observatoire de la vie politique en Alsace.
Alfred Wahl vient de terminer un ouvrage sur l’autonomisme alsacien entre 1870 et 1945. Sa parution est prévue pour octobre 2018.
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L’autonomisme alsacien contre l’annexion par l’Empire allemand
L’autonomisme alsacien est né lors de l’annexion de l’Alsace par l’Empire allemand en 1871. Alfred Wahl, historien spécialiste du sujet, explique comment ce mouvement politique est apparu :
« Le Reich met en place l’école obligatoire en allemand dès l’annexion de l’Alsace, en 1871. C’est une première source de protestation. Puis il y a le choix allemand de la modernisation à travers l’urbanisation et le contrôle administratif des citoyens… Ceci contrevient aussi aux habitudes locales. Enfin, Bismarck a mis en place un droit du travail bien plus progressiste que les textes en vigueur en Alsace. Cela a suscité le mécontentement, des patrons de Mulhouse en particulier. »
La collaboration des autonomistes avec le régime nazi
Au cours de l’entre-deux-guerres, l’autonomisme alsacien dénonce le pouvoir central français. En 1924, le président du Conseil des Ministres, Edouard Herriot, annonce la fin du régime concordataire en Alsace-Moselle. La mobilisation contre ce projet est très forte en Alsace. Les autonomistes sont au premier rang de la contestation. L’idée est finalement abandonnée l’année suivante.
À la fin de la seconde guerre mondiale, les autonomistes sont accusés de collaboration avec le régime nazi. La plupart des ex-dirigeants du mouvement sont arrêtés et condamnés en 1947. Certains sont envoyés en prison, d’autres seront condamnés à mort.
La langue : fer de lance des revendications autonomistes
Il faut donc attendre plus de vingt ans pour que l’autonomisme alsacien refasse surface. Pour Bernard Schwengler, auteur de plusieurs publications sur le sujet, ce n’est pas seulement le temps qui a fait son oeuvre :
« Bien sûr, la plus grande distance avec la deuxième Guerre Mondiale a rendu l’autonomisme alsacien plus acceptable dans les années 70. Mais les mouvements régionalistes en Bretagne et en Occitanie ont aussi accru la légitimité des demandes alsaciennes. »
Les revendications culturelles et linguistiques sont portées par le cercle René Schickele, fondé en 1968. On demande alors de réintroduire trois heures de cours d’allemand par semaine en école primaire. Cette partie de l’enseignement avait été interdite en 1945. En général, on évitait les références à l’autonomisme chez la plupart des militants du mouvement culturel. Tout au plus se dira-t-on « régionaliste ».
« Le prolétariat alsacien est exploité par la bourgeoisie française et allemande »
Des journaux sont aussi lancés pour mettre en avant les particularités régionales. Alfred Wahl cite le magazine D’Budderfladà [tartine au beurre], créé dans les années 70 :
« Le journal a été créé par un activiste autonomiste du nom d’Armand Peter. On y trouvait des articles et de la poésie en allemand et en alsacien. Mais dans cette revue, les sujets étaient plus culturels que politiques. »
Dans les pages de l’Alsace rouge, on trouve un mélange de marxisme et de régionalisme. Bernard Schwenger résume une thèse relayée dans ce journal diffusé au courant des années 70 :
« Pour reprendre leur vocabulaire, les auteurs de cette revue considéraient que le prolétariat alsacien était exploité par les bourgeoisies française et allemande, à travers le phénomène des travailleurs frontaliers par exemple. Toujours selon les auteurs, la non-reconnaissance de l’alsacien correspondait à une aliénation culturelle qui contribuait à l’exploitation économique et sociale dont souffrait le prolétariat alsacien. Ils constataient par exemple que les alsaciens occupaient rarement des postes de direction). »
En février 1975, la revue Rot un Wiss (Rouge et blanc, couleurs du drapeau historique alsacien) commence à paraître. Le « mensuel fédéraliste bilingue pour l’Alsace et la Lorraine thioise » soutient un propos dont la tendance autonomiste est plus claire. La rédaction du papier est constituée de futurs membres de l’Union du peuple alsacien, parti autonomiste alsacien créé en 1988.
« Paris étouffe les provinces »
Les autonomistes se lancent aussi dans l’aventure politique dans les années 70. Dès 1968, l’Union pour une Constitution fédéraliste participe aux élections législatives. La liste ne récolte que 3% des voix malgré un discours vindicatif :
« Depuis des siècles, Paris étouffe les provinces, détruit systématiquement leurs libertés politiques, économiques et culturelles et fait d’elles des quasi-colonies. […] Nous réclamons, comme à Bordeaux, comme à Saint-Etienne, un enseignement bilingue rationnel et moderne, réclamé par 85% des parents d’élèves, en raison des nécessités économiques qui s’imposent à l’Alsace. »
Pour le Parti fédéraliste Alsace-Lorraine, le score est aussi de 3% aux élections législatives de 1973. L’année suivante, un nouveau parti régionaliste est créé : le Front Culturel Alsacien (Elsassischi Frunt). Il est responsable de la publication du magazine D’Budderfladà. Pour Alfred Wahl, l’initiative était condamnée à l’échec :
« Avec le Front Culturel Alsacien, l’idée était de créer un mouvement régionaliste de gauche post-68. Il s’agissait principalement de favoriser les initiatives culturelles locales. Les membres du parti s’inspiraient du philosophe Antonio Gramsci, qui accordait une grande importance au combat culturel contre la classe dirigeante. »
Ferdinand Moschenross (visible dans les extraits ci-dessus) fonde le Front autonomiste de libération en 1975. Il récolte 11% des voix en 1976 et 14% en 1979 lors d’élections cantonales. Bernard Schwenger s’en souvient comme d’un « agitateur ». Il a notamment troublé une séance plénière du Conseil général du Bas-Rhin le 6 janvier 1981. On organisait alors les cérémonies pour fêter les 300 ans du rattachement de Strasbourg à la couronne de France. L’autonomiste avait alors lancé une poignée de tracts en guise de protestation. Le journal Le Monde s’en était fait l’écho.
« On ne fait pas un parti avec une nébuleuse »
Dans les années 80, le mouvement autonomiste perd son dynamisme. Pour Bernard Schwenger, l’arrivée au pouvoir de François Mitterrand explique en partie cette baisse d’activité :
« Les régionalistes de gauche avaient mis beaucoup d’espoir dans l’alternance de 1981 et celle-ci a provoqué un effet de démobilisation. Les lois de décentralisation votées en 1982 ont temporairement réduit les revendications autonomistes. Mais au bout du compte ils ont été déçus. Au niveau de l’enseignement, les autorités scolaires rectorales ont adopté à partir de 1981 un discours favorable à la prise en compte de la culture régionale et au bilinguisme mais les réalisations ont été très peu nombreuses. »
Pour Alfred Wahl, les échecs successifs des autonomistes sont aisément explicables. De son étude du mouvement entre 1870 et 1945, il a tiré la conclusion suivante :
« Ma grande thèse est la suivante : les autonomistes cherchent à créer un parti politique mais ils ne parviennent jamais à conquérir le pouvoir parce que leurs revendications ne forment pas un programme de parti. Leurs demandes ne touchent pas à tous les problèmes de la société. L’autonomisme alsacien ne produit pas de conception du monde. Il n’a pas son idéologie exclusive. Dès lors, quand ils tentent de créer un parti, ils ont du mal à durer parce les sensibilités politiques sont trop diverses. L’autonomisme alsacien est bien trop vaste. On ne fait pas un parti avec une nébuleuse. »
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Le véganisme est un mode de vie qui refuse l’exploitation des animaux. Les végans ont banni la viande de leur nourriture mais également le cuir de leurs vêtements et refusent tout produit testé sur des animaux. Pour survivre dans ces conditions, il vaut mieux connaître les bonnes adresses, voici le guide pratique à Strasbourg.
Exclure et rejeter toute forme d’exploitation des animaux, voilà le maître mot de la pensée végane. Et cela vaut autant pour la nourriture, que pour les vêtements, les cosmétiques ou les produits d’entretien. En conséquence, être végan, c’est compliqué. Les produits sont souvent plus chers et difficiles à trouver. À Strasbourg, quelques enseignes proposent des produits alimentaires, textiles ou autres pour les végans. Petit aperçu des bonnes adresses avec les recommandations de trois Strasbourgeois végans.
Emilie François a 23 ans, cela fait deux ans et demi qu’elle est devenue végane. Après s’être documentée, c’est à Londres lorsqu’elle était en Erasmus qu’elle a changé de mode de vie. Yoga, méditation, récup, recyclage font partie de son quotidien. Louis Lambrecht a 22 ans. C’est après une soirée tartes flambées à volonté qu’il a ressenti l’envie et le besoin de revoir radicalement son alimentation. Après plusieurs recherches sur la nutrition à aborder afin d’éviter les carences, il se lance dans l’aventure végane. Quant à Simon Duboué, 23 ans, petit-fils de boucher, grand carnivore il y a encore deux ans, a changé sa manière de s’alimenter. Pour lui, tout est une question d’habitude, et l’habitude ça se change.
Où trouver des aliments végans ?
En premier lieu, l’alimentation végane se trouve dans les épiceries spécialisées.
L’épicerie 100% végane à Strasbourg : l’Ère Végane
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L’Ère Végane est une épicerie spécialisée en produits alimentaires végans mais aussi en cosmétiques. Elle a ouvert en juillet 2017, rue de l’Elbe, entre l’UGC et le Vaisseau. Le but est de montrer que lorsqu’on est végan, cela ne veut pas dire qu’on ne peut que manger des carottes. L’endroit proposer des pâtisseries, graines, couscous, légumineux, laits végétaux… Depuis son ouverture, 80% de la clientèle n’est pas végane. L’associé de Camille Lamotte, la co-fondatrice de cette épicerie, présente avec enthousiasme :
« Ici à l’Ère Végane, on ne fait rien de nouveau. Au contraire, on essaie de revenir à une cuisine d’antant où manger de la viande était un luxe. C’est de la vraie cuisine, avec des aliments simples, naturels, sains. »
À midi, les clients peuvent déguster un plat du jour autour d’une grande table. Et bientôt, le magasin proposera même des vêtements garantis végans. Les animaux sont admis dans la boutique, les enfants ont leur espace de jeux, tout y est recyclé, les emballages sont compostables.
• L‘Ère Végane, 20/22 Rue de l’Elbe, Strasbourg ouvert du mardi au samedi de 10h à 20h. Tel: 03 90 67 80 92.
Les épiceries bio: Naturalia, Biocoop, Vivre Bio, panier AMAP, le petit local
Même si être végan ne veut pas forcément dire consommer bio, de nombreuses enseignes spécialisées proposent également des produits végans. Des magasins Naturalia, il y en a cinq à Strasbourg. L’un d’eux se trouve proche du centre universitaire. Pour Simon Duboué c’est une aubaine :
« Il m’arrive d’y aller après les cours. Ça reste cher alors c’est plutôt pour des petites courses, des petits plaisirs, quand j’en ai les moyens. »
Pour Louis, c’est pareil. Naturalia, biocoop, panier AMAP… Voilà ses fournisseurs alimentaires :
« Au début, en devenant végan, j’avais peur de manger tout le temps la même chose. j’avais peur de ne plus prendre plaisir à manger. Mais finalement c’est très facile de se faire de bons petits plats, sains et équilibrés. »
Le petit local permet de découvrir le bio autrement. Produits locaux et de saison, cette épicerie permet de trouver des fruits et légumes, des légumineuses, des produits sans lactose, etc.
• Naturalia, cinq enseignes à Strasbourg. (Austerlitz, Marché aux grains, Victoire, Finkmatt, Rotterdam). Mais aussi à Schiltigheim et Illkirsch • Biocoop, Le quai des halles, 6 rue Sébastopol, Strasbourg, 03 88 36 52 68 • Vivre bio, 2 rue Adolphe-Seyboth à Strasbourg (Petite France). Tel : 03 88 32 68 53. Mais aussi à Dorlisheim, Vendenheim et Marlenheim. • Acheter son panier de fruits AMAP à Strasbourg à Cronenbourg ou boulevard d’Anvers les jours de distribution à retrouver ici. • Le petit local, 10 Place Broglie, Strasbourg, ouvert le Lundi : 7h45 à 19h, du Mardi au vendredi de 7h30 à 19h et le Samedi de 7h45 à 19h. Tél. : 03 88 32 39 09
Les restaurants strasbourgeois végans
Velicious affiche une carte 100% végane
Velicious Burger, le premier fast food strasbourgois totalement végan (Photo CM / Rue89 Strasbourg / cc)
En octobre 2015 Cédric Mincato et Elena Reckewell ouvrent le premier restaurant entièrement végan de la capitale alsacienne. Après avoir bénéficié d’un financement participatif, ils ont ouvert leur premier restaurant.
« Le Velicious rue Geiler est vraiment un restaurant familial. Ce qui nous manquait, c’est quelque chose pour attirer les jeunes. Qu’est ce qui marche le mieux pour cette tranche d’âge, ce sont les burgers. Nous avons donc ouvert le Velicious Burger le 31 juillet 2017. »
Velicious Burger, le premier fast food strasbourgois totalement végan (Photo CM / Rue89 Strasbourg / cc)
Deux univers. Au Velicious côté Orangerie, il est possible de manger un repas complet pour une vingtaine d’euros. Pour un burger Grand Rue il faut compter 13,50€ pour la formule, ou 10€ sur présentation d’une carte étudiante. La plupart des clients sont des omnivores curieux et les végans répondent également présents. Un peu traiteur, restaurant et fast food, le Velicious décline plusieurs gamme de produits. Aujourd’hui leur volonté est de créer une franchise pour Velicious Burger et de l’exporter dans toute la France. Auprès de nos trois végans interrogés, il fait l’unanimité.
• Velicious: 43 rue Geiler à Strasbourg. Du lundi au samedi de midi à 22h, 09 72 53 07 35 • Velicious Burger: 20 Grand’Rue à Strasbourg. Du lundi au samedi de midi à 22h, 09 72 62 60 76
What the cake ?
Ce salon de thé est réputé pour ses pâtisseries véganes. Un cheescake sans beurre ou fromage blanc, ils l’ont fait. Un brunch est proposé dans sa version végane et carnivore. Un lieu de rendez-vous qui pourra ravir Simon. Il le confesse, la seule chose non végane qui lui manque, ce sont les viennoiseries.
• What the cake? 51 rue du Fossé des Tanneurs, du Mardi au samedi de 11h à 20h. Tel: 03 69 08 21 41.
Bistrot & Chocolat
Cet établissement végétarien ouvert en 2007, propose de plus en plus de plats végans, comme son brunch par exemple. Toutes les semaines, les plats du jour et le menu varient, mais très souvent, la carte affiche comme plat du jour du végan.
• Bistrot & Chocolat: 8, rue de la Râpe à Strasbourg, ouvert du lundi au jeudi de 11h à 19h, le vendredi de 11h à 21h, le amedi de 10h à 21h et le dimanche de 10h à 19h. Tel: 03 88 36 39 60.
Chez Veg’Anne
Anne Bavay est à la tête d’un food truck à la nourriture bio et 100% végan. Dans les villages bas-rhinois tels que Souffelweyersheim, Oberhaslach, Lutzelhouse, Dorlisheim, elle fait découvrir sa gamme de burgers sans viande. Parfois présente rue Lazaret au Neudorf ou encore au 13 rue de l’industrie à à Illkirch-Graffenstaden.
• Chez Veg’anne (Page Facebook à consulter pour les horaires et emplacements).
Eden sans Gluten
Sur la carte de l’Eden sans Gluten, du salé comme du sucré, garanti 100% végan et sans gluten. (Photo: L’Eden sans gluten)
Ce restaurant propose non seulement une carte 100% végane mais également sans gluten : falafels, burgers, wok et paëlla ou encore pizzas…
• L’Eden sans Gluten, 6 place Arnold à Strabourg. Du lundi au samedi 11h30-15h et 19h-22h. Le dimanche de 19h à 22h. Tel: 03 88 84 56 37.
Simon recommande les restaurants: le Çigkoftem et le Habibi
Le Çigkoftem est une chaine de fast-food végan. Cette cuisine turque a comme marque de fabrique d’être totalement végétarienne. Le Habibi quant à lui est un restaurant de cuisine syrienne tout droit venu de Damas. Falafels, hoummous, kébé, moutabel (caviar d’aubergines), taboulés… pour ravir les palais végétaliens.
• Çigkoftem, 20 Rue du Vieux-Marché-aux-Vins, ouvert du lundi au dimanche de 11h à 23h. Tel: 09 82 46 99 40 • Habibi, 8 Rue de Leicester, Ouvert du lundi au samedi de 11h30 à 22h. Tel: 03 88 45 21 37
Pizz’arÔme
Une pizza sans lardon, ni pepperoni ça existe. Les pizzas de Pizz’arôme sont 100% végétariennes et plusieurs d’entre elles sont également végétaliennes. Une pizza sucrée est même proposée en dessert.
• Pizz’arÔme, 15 rue de la Croix à Strasbourg, ouvert du lundi au mercedi de 12h à 16h, et du jeudi au samedi de 12h à 21h. Tel: 09 52 45 01 23
De plus en plus de restaurants traditionnels proposent également des plats végans. Voici une liste non exhaustive de quelques restaurants végan ou végétalien testés par nos Strasbourgeois :
Fio di Pizza, 2 Grand Rue, Strasbourg; ouvert du mardi au vendredi de 11h30 à 14h30 et de 18h30 à 22h. Le samedi de 11h30 à 15h00 et de 18h30 à 22h et le dimanche de 18h30à 22h. Tel: 03 88 32 18 91 (consulter le chef pour avoir une pizza végane)La Pause quinoa, 33 rue du Jeu Des Enfants, Strasbourg; ouvert Lundi : de 11h30 à 15h30, Mardi à samedi : de 11h30 à 15h30 et de 18h00 à 21h00. Tel: 09 50 66 20 64 (cuisine végétarienne, végétalienne et sans gluten.)Chez Victor, 19 rue de Frères, Strasbourg, ouvert Lundi 11h – 15h, Mardi – Vendredi 11h – 15h & 18h – 21h, Samedi 11h – 17h. Tel: 09 82 48 56 88Streaat, 10A rue Sébastopol, Strasbourg, ouvert du lundi au vendredi de 11h30 à 14h30. Tel: 03 88 23 17 10Vert ici: Centre Commercial l’Aubette, 31 Place Kléber, à Strasbourg, ouvert du Lundi – Samedi 10h – 20h. Tel: 03 88 24 05 15. Tel: 03 90 23 60 60Momos 12 Grand’rue, Strasbourg, ouvert 7j/7 11h30 – 14h00 / 19h00 – 22h00. Tel: 06 05 63 48 39. (restaurant tibétain)Snack Vegi, 10 Grand Rue, Strasbourg, ouvert du lundi au vendredi de 11h à 19h. Tel: 09 80 87 29 78Krüt’Herbes, 68 rue de Zurich, Strasbourg, ouvert lundi et du mercredi au vendredi de 9h à 18h et le mardi de 9h à 21h. Tel: 03 88 38 87 60.La fabrique à Miam, 10 rue Gloxin, Strasbourg, ouvert du lundi au jeudi et le samedi de 12h à 14h et de 19h à 22h, Tel: 03 88 24 01 10.Au Potiron, 24 rue Sainte-Madeleine, Strasbourg, ouvert du lundi au samedi de 12h00 à 14h00 et de 19h00 à 22h00. Tel: 03 88 35 49 86.Pur ETC. , 15 Place Saint-Étienne, Strasbourg, ouvert Lundi – Vendredi 11h30 – 23h, Samedi 12h – 15h. Tel: 09 81 02 33 37.
Et pour Emilie François, outre ses bienfaits écologiques, la cuisine végane a une autre propriété méconnue :
« Pour moi la cuisine végane est la plus démocratique au monde, c’est elle qui peut mettre tout le monde d’accord, ceux qui mange halal, casher, végétarien, végétalien, etc. »
Les grandes surfaces s’en mêlent
Innovations à base de soja ou de protéines de lupin, toutes destinées à remplacer ou imiter la viande, les fromages ou bien encore les œufs, sont déjà sur les étals des magasins.
Fin 2015, Carrefour a lancé sa gamme de produit Carrefour Veggie. À l’affiche : 16 produits végétariens et 11 végans. Garantis sans huile de palme, sans colorant ni arôme artificiel et sans graisse animale. La même année, c’est la marque Céréal qui lance également sa gamme : Grill Végétal. Des substituts de viande au soja et aux blés. En 2015, Ikea lance ses boulettes végans nommées Grönsaksbullar. La marque Sojasun propose des produits alternatifs à la viande.
En avril 2016, Vegan Deli se rend présent dans les supermarchés, notamment les Monoprix. Cette gamme de produits proposent des alternatives à la viande mais aussi aux fromages. La société italienne Corte del Gusto a lancé début 2017 sa gamme de produits Very Veg, du fromage végan. Louis Lambrecht a été particulièrement bluffé par le fromage Vegusto :
« C’est une marque suisse. Et il n’y a rien à dire, ils savent vraiment y faire en fromage même s’il est fait de lait végétal. »
Mais du fromage végétal, il y en a aussi du français. Nature & Moi propose ses produits créés en Bretagne.
Aujourd’hui même McDonald propose un burger végan, le Veggie. Le comble. Alors même si elle n’irait pas manger là bas par souci éthique, Emilie François l’affirme avec enthousiasme :
« C’est drôle d’être végan ! Il y a de grandes enseignes comme Herta ou McDo qui proposent des choses végétaliennes voire végans. Alors bien sûr, ces enseignes sont loin d’être véganes dans leur éthique, leur impact environnemental, social, etc. Mais il font des aliments pour tout type de public. C’est important d’avoir le choix. »
Pour Louis, c’est un peu la même chose. Il voit le côté positif :
« C’est bien parce que ça montre que les mentalités évoluent, que les végétariens et végétaliens prennent de plus en plus de place. Après, McDo reste une grande chaîne de fastfood qui j’en suis sûre n’est pas éthique sur tous les points qui me sont chers. »
Contrairement à Louis, Simon ne va que très rarement acheter des produits végans dans les supermarchés français. Le jeune homme se rend régulièrement en Allemagne qu’il estime être beaucoup plus avancé que la France en terme de véganisme, et selon lui, les produits y sont vendus deux à trois fois moins chers qu’en France.
Vêtements, chaussures…
Les végans refusent de porter des vêtements faits de matières premières provenant d’animaux. Pas de fourrure évidemment mais pas de cuir, de laine ou de soie non plus, pas de colorants testés sur animaux, etc. Les filières s’organisent pour répondre à ces critères. À Strasbourg, quelques enseignes se placent sur ce créneau.
Dogo
Perrine Leiser a installé Dogo à Strasbourg, une boutique de chaussures véganes et éthiques, en novembre 2016.
Grand Rue, le Dogo magasin de chaussures véganes fête ses un an (Photo CM / Rue89 Strasbourg / cc)
« J’ai découvert la marque en Turquie, c’était un coup de cœur. Pour moi c’était un produit à faire découvrir. Ces produits sont créés dans le respect du commerce équitable, tout est fait main. Le but n’est pas d’attirer seulement une clientèle végane. Il s’agit de sensibiliser tout type de public. »
La matière première ressemble à du cuir mais il n’en n’est rien. Les chaussures sont réalisées à partir de produits recyclés et coûtent entre 70 et 110€. Des sacs sont également proposés ainsi que des t-shirts.
• Dogo, 117 Grand Rue à Strasbourg, ouvert le lundi de 14h à 19h et du mardi au samedi de 10h à 19h
Bionat
Dans le magasin Bionat de Strasbourg, certains produits sont végans (Photo CM / Rue89 Strasbourg / cc)
Le siège social de cette entreprise 100% alsacienne est à Châtenois. Maintenant des magasins Bionat se trouvent à Montreuil, Toulouse, Strasbourg et Colmar. Des vêtements en coton bio, des chaussures véganes. Dans le magasin de Strasbourg, il y a une vingtaine d’articles végans.
• Bionat- 100 Grand Rue à Strasbourg. Ouvert mardi et jeudi de 10h30 à 13h00 et de 13h30 à 19h00 Mercredi. Vendredi et samedi ouverture en continu de 10h30 à 19h00. Tél : 03 88 16 15 95.
Concept fibres et formes
Ces vêtements bio sont garantis « respect de l’éthique et des règles du commerce équitable ». Les vêtements sont faits en matières naturelles, non traitées comme le coton bio, le chanvre, le lin, le tencel qui provient de l’eucalypus ainsi que le bambou. Une boutique adjacente s’est mise en place pour parents et enfants en 2014. C’est la Boutique Green Circus.
• Concept Fibres et Formes et Boutique Green Circus : 15 rue Sainte Madeleine – 67000 Strasbourg, Du mardi au jeudi de 10h à 12h30 et de 14h à 19h et Vendredi et samedi de 10 à 19h. Tél. : 09 51 32 64 01.
Emilie conseille le magasin Ekyog
La marque garantit des produits « respectueux de la Nature mais également des Hommes ». En matières naturelles, biologiques ou recyclées, la seule chose que regrette Emilie, c’est le prix des vêtements.
• Ekyog, 2 Rue des Juifs, Strasbourg, ouvert Lundi de 13h à 19h et du mardi au samedi de 10h à 19h. Tel: 03 88 32 61 27
Cosmétique et produits d’entretien
Le magasin l’Ère Végane propose quelques produits cosmétiques : gel douche, shampoing, etc. Mais Louis achète souvent en Allemagne. Au DM, il assure trouver tout ce dont il a besoin. Sa marque de prédilection, c’est Alverde. La plupart de leurs produits sont végans mais il ne les trouve pas en France.
Emilie se confectionne tous ses produits autant cosmétique que d’entretien (Photo CM / Rue89 Strasbourg / cc)
Emilie François achète rarement des produits végans complètement prêts à l’emploi. C’est elle qui réalise elle-même ses produits d’entretiens. Tout ce qu’elle utilise c’est du bicarbonate de soude, du citron et du vinaigre. Elle arrange ses produits avec des agrumes par exemple.
« Pour ce qui est cosmétique, je n’achète plus rien. Avec des huiles essentielles, des poudres ayurvédiques je réalise mes shampoing, gel douche etc. Et tout cela je l’achète sur internet en particulier le site Aroma-Zone. »
Simon aussi réalise ses propres produits. Les lessives, il a tendance à les faire à la main, car beaucoup de produits ont été testés sur des animaux.
Et vous, quelles sont vos bonnes adresses véganes et vos plans ? Signalez les en commentaires et nous mettrons à jour cet article le cas échéant.
La Tribune consacre un long article sur l’aéroport de Strasbourg, dix ans après « le choc de la concurrence de la ligne TGV-Est, qui entraîna la perte de près de la moitié de sa clientèle. » La Tribune note que l’aéroport a atteint 1,207 million de passagers en 2017, ce qui le place au dessus de son seuil minimal de rentabilité, estimé à un million de passagers. Le nouveau positionnement de la plate-forme, fondé sur les compagnies low-cost et les vols vacances, a permis de faire croître le trafic de 12,7 % en 2017.
Le quotidien économique note que l’aéroport de Strasbourg a réussi à s’affranchir d’une sorte de tutelle d’Air France, dont la part de trafic s’établit désormais à 46,9%. Volotea a pris le relais et assure l’essentiel de la croissance locale, indique le quotidien, qui précise : avec 387 000 passagers et 16 villes desservies depuis Strasbourg en 2017, la compagnie espagnole a assuré à elle seule les trois quarts de la progression du trafic régulier.
Ces progressions ont été rendues possibles par une politique de baisse des taxes, décidée par l’État et les collectivités locales. De son côté, l’aéroport a été restructuré et assure en interne les prestations d’assistance aéroportuaire, avec un objectif de réduction des coûts de 50%.
Reste que les compagnies aériennes rechignent à relier Strasbourg, coincé entre Francfort et Bâle-Mulhouse. Seules Madrid, Amsterdam et Prague sont desservies en vols réguliers toute l’année, pointe La Tribune qui ajoute : pour la capitale parlementaire de l’Union européenne, c’est un problème.
Trois jeunes Strasbourgeois ont créé Yo News, une plateforme d’envois d’informations thématiques par la messagerie de Facebook. Des jeux vidéos, du rap et du foot par petits messages à intervalles réguliers pour débuter mais Jonathan, Dylan et Alban voient loin !
Jonathan, Dylan et Alban sont des millenials de Strasbourg. Pour s’informer, ils utilisent Facebook depuis longtemps. C’est donc tout naturellement qu’ils ont choisi de lancer un média utilisant en utilisant les services automatiques de Messenger, la messagerie du réseau social mondial. Le principe de « Yo News » est simple : les informations sont découpées en phrases courtes, bardées d’émoticônes et de GIF animés, et envoyées directement aux utilisateurs via la messagerie à intervalles réguliers.
Cofondateur de Yo News et responsable technique de la plate-forme, Jonathan Giamporcaro, 26 ans, détaille :
« On avait tous des groupes d’amis de 30 ou 40 personnes sur Facebook, où on s’échangeait les infos. Et on s’est aperçus que c’était notre première source et celle qu’on appréciait le plus. Donc on a décidé de professionnaliser la démarche. Yo News, c’est un peu comme si ton pote t’envoyait des infos par messagerie, sur le mode de la confidence, du conseil ou du bon plan. »
Une fois par jour, six jours sur sept, les trois cofondateurs envoient leurs infos sur trois thèmes : les jeux vidéos, le rap et le foot, leurs trois passions respectives. Le ton est volontairement décalé, confident avec un tutoiement de rigueur. La start-up espère rapidement pouvoir être en mesure de proposer d’autres thématiques, avec toujours le même principe : des relais, des conseils, des bons plans et jamais rien de négatif.
Des news gaming, tu kiffes ou pas ? (capture d’écran)
Pas de politique
Car Jonathan trace une ligne infranchissable entre Yo News et l’actualité générale et politique :
« L’actualité politique, économique ou les enquêtes de société, c’est trop sérieux, trop complexe et ça ne colle pas avec notre style. Donc pour l’instant, on ne le propose pas. On préfère se développer autour des passions, des loisirs et du sport. On veut que nos lecteurs puissent se sentir en confiance et en affinité avec les rédacteurs. »
L’objectif de Yo News est de créer des communautés de lecteurs fidèles et nombreux, afin de proposer cette audience à des annonceurs. Pour Alban Fauchon, 21 ans, en charge du développement commercial, Yo News n’aura pas les mêmes problèmes que les autres médias pour trouver des annonceurs et subsister avec ce modèle économique :
« Nous sommes les seuls à proposer un accès direct aux internautes, puisqu’ils accordent à Yo News la possibilité d’envoyer des messages privés. Ce qu’on proposera aux marques, ce sera des “partenariats intelligents” qui ne seront pas perçus par nos lecteurs comme de la publicité. Seules les personnes directement concernées recevront ces propositions, qui seront filtrées grâce aux grilles âge, sexe, préférences, etc. de Facebook. »
De g. à d., Dylan et Jonathan Giamporcaro et Alban Fauchon, les trois cofondateurs de Yo News (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
Le modèle économique est encore un peu brumeux. Pour l’instant, les trois cofondateurs sont surtout animés par une féroce envie de proposer un service cool et branché à un maximum d’abonnés à leurs services de messageries. Fin janvier, Yo News s’adressait à 667 abonnés. Les cofondateurs prévoient de créer une société, une SAS à parts égales entre eux. Les premières embauches sont prévues avant l’été pour une levée de fonds en 2019.
Jonathan s’enthousiasme :
« Nos chiffres sont excellents et notre progression constante. Plus de 84% de nos titres sont vus et la moitié sont cliqués, alors que dans les newsletters, les titres ne sont lus que par 30% des destinataires, au mieux, et cliqués par 5% ! En outre, Messenger est une application très largement installée dans les téléphones portables, il n’y a pas besoin d’en installer une autre… Tous nos messages ont la même force que les messages privés, c’est un sacré avantage par rapport aux autres médias ! »
En fait, Yo News veut être le média de la passion, un shoot quotidien sur une thématique qui plaît tellement à ses destinataires qu’ils acceptent de recevoir ces informations invasives et tonitruantes, à un moment où les propriétaires de smartphones cherchent plutôt à réduire les notifications et les injonctions de ces appareils.
La saga du sapin de Noël de Strasbourg a inspiré Nicolas Rietter, un jeune réalisateur strasbourgeois. Cassé, fendu… la crise a ébranlé la municipalité !
Le Marché de Noël de Strasbourg a connu un petit suspense fin novembre : la place Kléber allait-elle pouvoir être ornée d’un grand et majestueux sapin ? Un premier conifère vosgien n’a pas résisté à son chargement, un second s’est avéré fissuré… Il aura fallu faire appel à un troisième arbre pour accueillir les guirlandes et les lumières de Noël (voir tous nos articles)…
Du côté de la municipalité, on a tenté de faire diversion en blâmant les créatures des légendes nordiques. Mais pour Nicolas Rietter, étudiant à l’école MJM Graphic Design en montage vidéo, la véritable histoire est plus banale…
Dans un communiqué publié mardi matin, le gouvernement indique qu’il a prorogé la déclaration d’utilité publique du Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg de huit années supplémentaires, comme prévu dans le contrat de concession. Surtout, il a en outre a l’intention de délivrer l’autorisation unique environnementale, permettant la reprise des travaux préparatoires et l’enquête publique de trois mois préalable aux « vrais travaux ».
Autrement dit, le gouvernement n’attend pas le deuxième avis du Conseil National de Protection de la Nature (CNPN) pour autoriser Vinci (via sa filiale Arcos) à reprendre les sondages archéologiques et géotechniques en forêt. Il serait une nouvelle fois défavorable selon plusieurs sources et comme le laisse entendre le communiqué.
Enquête publique pour les « vrais » travaux
Ces travaux préparatoires avaient été stoppés net il y a quatre mois, suite à un premier avis défavorable du CNPN. Pour ce dernier, les mesures de compensation en faveur de la nature promises par Vinci étaient insuffisantes. Une médiation de la députée (LREM) Martine Wonner auprès du ministère des Transports avait abouti à une suspension des opérations sur le terrain.
Les travaux en forêt ne pourront se dérouler qu’entre le 1er septembre et le 15 octobre. La « tentative de déboisement » fait d’ailleurs l’objet d’un recours d’Alsace Nature, car l’association estime qu’Arcos n’a pas effectué les repérages nécessaires, comme le demandait l’arrêté préfectoral dérogatoire.
L’autorisation unique environnementale est une étape indispensable pour lancer l’enquête publique de trois mois, avant les chantiers définitifs prévus désormais vers l’été 2018. Avec un calendrier remanié, Arcos compte toujours sur une mise en service au 30 septembre 2020.
Une esquisse du GCO (Vinci / doc remis)
Le communiqué du ministère des transports
Le contournement ouest de Strasbourg a été engagé par la signature du contrat de concession publié au JO le 31 janvier 2016, faisant suite à la déclaration d’utilité publique publiée le 24 janvier 2008, pour désengorger les axes routiers de l’agglomération de Strasbourg. Lors de plusieurs délibérations en 2017, le Conseil National de Protection de la Nature (CNPN) a émis un avis défavorable sur le dossier de compensation préparé par le maître d’ouvrage, et demandé des précisions relatives à la protection de la biodiversité lors du chantier, mais aussi pour compenser les impacts de l’infrastructure sur des espèces protégées et les écosystèmes locaux.
En octobre 2017, Nicolas Hulot, ministre d’État, ministre de la Transition écologique et solidaire, et Élisabeth Borne, ministre chargée des Transports, ont pris la décision de suspendre les travaux de déboisement nécessaires aux travaux préparatoires, en raison d’imperfections dans le dossier de compensation proposé par le maître d’ouvrage.
L’État, sur la base de l’avis du CNPN, des nouveaux correctifs proposés par le maître d’ouvrage ainsi que de l’analyse de ses services, délivrera l’autorisation unique environnementale pour permettre la réalisation de l’autoroute en y intégrant l’ensemble des prescriptions complémentaires nécessaires. Cela comprend un renforcement et une pérennité assurée des mesures compensatoires par le porteur de projet, notamment pour les zones humides. Par ailleurs, l’impact environnemental de l’aménagement foncier agricole devra être maîtrisé et limité au maximum pour la biodiversité présente dans ces espaces.
Dans ces conditions, la déclaration d’utilité publique a été prorogée de 8 ans et les travaux nécessaires à la conduite du chantier préparatoire sur le tracé de l’autoroute rendus possibles.
La vérification du bon respect par le concessionnaire des engagements pris sera faite régulièrement par un comité de suivi, présidé par le préfet. L’avancement des travaux de l’infrastructure en cours fera l’objet d’une présentation de suivi au CNPN sous un an.
Manif express
Cette annonce intervient quelque jours après l’abandon du projet d’aéroport du grand ouest, à Notre-Dame-des-Landes. Une concession qui était également dévolue à… Vinci et alors que le gouvernement mène des négociations avec l’opérateur pour minimiser les indemnités prévues pour la rupture du contrat d’aménagement de l’aéroport.
Des opposants à l’autoroute ont annoncé à la mi-journée se rassembler dès 16h devant la Préfecture pour protester contre cette décision.
Plusieurs départements d’universités françaises se sont opposés au projet de réforme de l’orientation post-bac. A Strasbourg, on l’applique avec assiduité. Plusieurs syndicats, d’enseignants au lycée ou à l’université, dénoncent une sélection déguisée des futurs bacheliers.
« Sélection déguisée » ou « meilleure orientation des bacheliers »? Face à la réforme de l’orientation des lycéens, l’Université de Strasbourg opte pour la seconde réponse. Depuis le 22 janvier, les futurs bacheliers doivent renseigner dix vœux sur la plateforme Parcoursup. Ce nouveau dispositif remplace Admission Post Bac (APB), notamment critiqué pour le tirage au sort utilisé dans les filières en tension. Mais la nouvelle procédure suscite aussi la controverse.
Une nouveauté introduite par le projet de loi : la possibilité pour les universités de répondre « Oui si » au candidat. Le bachelier pourra être amené à faire une année préparatoire, un semestre de remise à niveau ou des modules de renforcement pédagogique. (CC / Quentin Verwaerde / Flickr)
Les contours imprécis des « attendus »
Le projet de loi relatif à l’orientation et à la réussite des étudiants crispe autour de la notion des « attendus », terme plus consensuel que les « pré-requis ». Pour chaque filière d’étude, plusieurs compétences sont attendues chez le candidat. Une liste au niveau national est disponible depuis la mi-décembre. On peut y trouver : « savoir mobiliser des compétences en matière d’expression écrite et orale » ou « pouvoir travailler de façon autonome ».
Difficile d’évaluer si, oui ou non, l’élève répond à ces critères. Xavier Schneider, président de la Fédération des Conseils de Parents d’élèves du Bas-Rhin, craint que ce flou n’affecte l’orientation des lycéens :
« Nous sommes dans le flou le plus total par rapport aux attendus. Dans les lycées, les conseillers d’orientation en savent encore moins que nous, qui critiquons la réforme. Si les professeurs principaux ne connaissent pas bien la filière qui intéresse un élève, il risque d’être mal orienté… »
Jean-Louis Hamm, co-secrétaire académique du Syndicat National des Enseignements de Second degré (SNES-FSU), témoigne du même manque d’information :
« Notre responsable de l’orientation académique reçoit les questions des parents d’élèves sur ces attendus. Pour l’instant, il ne sait pas du tout comment les conseiller. »
« L’enseignement supérieur va être réservée à une élite »
À Strasbourg, ce sont pour l’instant des syndicats qui contestent l’application de la loi Orientation et réussite des étudiants. Selon Pascal Maillard, secrétaire académique du Syndicat national de l’enseignement supérieur (SNESUP-FSU), les attendus ne visent pas seulement à mieux orienter les lycéens :
« Ces attendus sont des critères d’évaluation pour pouvoir définir qui sont les meilleurs candidats. Prenons une composante qui a des capacités d’accueil de 300 étudiants. Il y a 600 demandes. Les 300 étudiants qui ne peuvent pas être acceptés seront sur liste d’attente et finiront par aller dans les universités les moins cotées. La sélection à venir va ainsi affecter la fonction d’ascenseur social de l’université. L’enseignement supérieur va être réservé à une élite. L’université va s’enfermer sur elle-même et elle ne permettra plus de participer à notre pacte républicain : la démocratisation de l’enseignement supérieur. »
« Aucun bachelier ne sera refusé sur la base des attendus »
Le vice-président de l’Université de Strasbourg et chargé de la formation, Benoît Tock, rejette l’idée que la sélection guette les futurs bacheliers. L’objectif est tout autre selon lui :
« Le véritable enjeu, c’est de diminuer le taux d’échec en première année de Licence, autour de 60% au niveau national [un chiffre contesté, ndlr] comme au sein de l’Université de Strasbourg. Le gouvernement a décidé de ne plus utiliser le terme de « pré-requis » car les attendus n’ont rien d’obligatoires pour les candidats. Aucun bachelier ou étudiant en réorientation ne sera refusé sur la base de ces attendus. »
Les étudiants dont les critères ne répondent pas aux attendus seront néanmoins dirigés vers des cours de remises à niveau. Les critiques du projet de réforme portent aussi sur les moyens de sa mise en oeuvre. Les syndicats d’enseignants demandent la création de postes supplémentaires pour étudier les dossiers des élèves. Là encore, le vice-président Benoît Tock se dit confiant :
« Le ministère de l’Enseignement supérieur a annoncé des moyens supplémentaires, qui figurent au budget 2018. Nous n’avons pas encore reçu de notifications concernant les moyens supplémentaires qui seront accordés à notre université mais je n’ai aucun doute sur la distribution de cette somme pour appliquer la réforme. »
Seule l’Assemblée Nationale a voté le projet de loi du gouvernement en première lecture. Le Sénat n’a pas encore donné son approbation à ce texte qui sera débattu le 7 et 8 février. Le chargé de la formation de l’Université de Strasbourg justifie aussi la vitesse à laquelle la réforme est mise en place :
« Le rythme de la réforme est très soutenu. D’un autre côté, le peu d’expérience que j’ai en gestion de projets me laisse penser que des projets de cette ampleur sont condamnés à s’enliser s’ils ne sont pas mis en oeuvre rapidement. »
Une contestation encore embryonnaire
Pascal Maillard le concède : son point de vue reste minoritaire au sein de l’Université de Strasbourg. Selon lui, de nombreux professeurs seraient favorables à une forme de sélection des futurs étudiants. Des enseignants espèrent que les conditions de travail seront améliorées grâce à une réduction du nombre d’élèves par classe.
Le 16 janvier, plusieurs organismes, dont la FCPE 67, Solidaires Etudiant.es et la CGT Educ’Action, ont appelé à « refuser la logique de la sélection en mettant des avis positifs sur tous les vœux des lycéens ». A l’échelle nationale, le SNESUP-FSU appelle à la grève le 1er février.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
« Les touristes ne connaissent pas de frontières, les grandes entreprises non plus. Les apprentis si ! Que voulez-vous qu’ils votent s’ils n’ont pas une expérience enthousiasmante de l’Europe ? »
Peter Cleiss, directeur de l’Ecole professionnelle de Kehl, a de grands projets pour ses apprentis comme l’indiquent Les Échos. Son établissement, qui forme aujourd’hui 1 500 élèves dans la vente, les métiers de bouche, ou encore la mécanique, aimerait attirer davantage de Français. Mais ceux-ci ne sont actuellement qu’une cinquantaine à fréquenter l’établissement.
Pas assez pour le directeur, qui voudrait faire de l’école un véritable centre de formation transfrontalier, ouvert aux apprentis des deux côtés du Rhin.
Un projet sous l’égide de l’eurodistrict Strasbourg-Ortenau ?
D’où les discussions ouvertes avec l’eurodistrict Strasbourg-Ortenau ; Peter Cleiss aimerait en effet bénéficier du soutien de ce Groupement européen de coopération territoriale (GECT), qui regroupe 107 communes des deux côtés du Rhin et entend promouvoir la coopération transfrontalière.
Des GECT que le Bundestag et l’Assemblée nationale soutiennent cette année particulièrement : les deux assemblées profitent en effet du 55e anniversaire de la signature du Traité de l’Elysée, lundi 22 janvier 2018, pour inciter les gouvernements français et allemand à déléguer aux eurodistricts « des compétences autonomes, et à introduire des clauses d’exception et d’expérimentation dans chacune des législations nationales. » En clair, à soutenir des projets qui dépassent les frontières.
Pour Andreas Jung, député du Parti chrétien-démocrate (CDU) et Président du groupe d’amitié franco-allemand au Bundestag cité par Les Échos, ce projet de formation transfrontalière serait en outre bénéfique pour tous :
« En Alsace, le chômage des jeunes dépasse 30%, et dans le Rhin supérieur, on souffre d’une pénurie de main-d’oeuvre. Souvent [ces projets] échouent pour des raisons purement pratiques. Les eurodistricts peuvent améliorer le quotidien des transfrontaliers. »
Un saut dans le vide
Claire Demesmay, de l’Institut allemand de politique étrangère (DGAP), pointe cependant les nombreux défis auxquels ces nouvelles entités politiques devront faire face :
« Ces régions n’auraient plus les mêmes règles que l’Etat dans lequel elles se trouvent, y compris fiscales. On n’a jamais vu cela. »
Les Groupements européens de coopération territoriale (GECT), dont l’Eurodistrict Strasbourg-Ortenau fait partie, sont nés en juillet 2006 de la volonté du Parlement européen et du Conseil européen, dans le but de promouvoir la coopération entre pays européens. Ils sont aujourd’hui au nombre de 29.
Le conseil municipal de lundi 22 janvier va traiter de la sécurité dans les écoles de Strasbourg. Il y sera aussi question du stationnement payant et peut-être du bar identitaire l’Arcadia. À suivre en direct et avec nos commentaires à partir de 15h.
Vos questions
Bonne nouvelle pour la majorité strasbourgeoise, aucun des 24 points à l’ordre du jour de ce conseil municipal du lundi 22 janvier ne traite des chiroptères ! C’est en effet sur cette délibération a priori anodine relative aux chauves-souris et à la place de l’arbre en ville que les alliés strasbourgeois se sont très violemment écharpés lors de la dernière séance en décembre.
Les anciens amis s’étaient mutuellement accusés de mal travailler et chaque groupe s’est senti obligé de mettre un peu d’huile sur le feu. La d’habitude discrète élue d’opposition Catherine Zuber (LR) avait ensuite grondé le maire Roland Ries, coupable à ses yeux de « ne pas savoir tenir son assemblée », en regrettant des attaques personnelles.
Cette séance improvisée de « tir au pigeon », dixit un élu sous couvert d’anonymat est révélatrice de nuances, parfois secondaires mais tenaces, entre plusieurs franges de la majorité. Auxquelles s’ajoutent des réflexes d’auto-défense en raison des tensions passées. Roland Ries (détaché de tout groupe) avait pris la défense de son adjoint de quartier Mathieu Cahn (PS) face aux reproches de La Coopérative, sur la coupe d’arbres avenue de Normandie à la Meinau.
La sécurité des écoles au menu
Parmi les principales délibérations de ce lundi, l’une concerne la sécurisation des écoles suite aux attentats sur le sol français. Après un test sur 10 écoles, la municipalité va dépenser 3 millions d’euros pour équiper les 102 établissements restants.
Une « alarme attentat » et des visiophones vont ainsi être installés dans les établissements scolaires. Certaines clôtures basses, construites à l’époque où l’on faisait des écoles « ouvertes » sur leur quartier vont être rehaussées, mais pas toutes, car cela commençait à revenir cher.
Les écoles de Strasbourg vont avoir des alarmes attentat différentes et des portails plus haut pour décourager les terroristes (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Le tourisme et l’Arcadia ?
La mairie va aussi abonder au budget de l’opération touristique « Strasbourg mon Amour », ce qu’elle n’avait jamais fait en 5 éditions. Ainsi, 60 000 euros vont être versés à l’office du tourisme, en plus des 30 000 euros « en nature » de la part des budgets de la Culture, et les crédits de l’Eurométropole.
Le maire a également demandé la fermeture du lieu au préfet qui rétorque que l’association agit dans un cadre légal, ce qui n’était pas le cas des squats à Lyon. Un « débat », où la plupart des élus devraient être d’accord, mais qui pourrait susciter l’intérêt des deux élus Front national, absents à plusieurs séances depuis septembre.
Et le stationnement
En fin de conseil, il sera question du stationnement payant. La loi a obligé d’étendre la possibilité de se garer de 3 à 5 heures, mais Strasbourg a décidé d’y appliquer des tarifs élevés (35€ pour 5 heures, le prix d’une amende non-minorée).
Chercheur à l’Inria, Nazim Fates se désole du débat sur l’intelligence artificielle (IA). Il est « mal posé » selon lui. Il prône un retour aux fondamentaux, une explication des fondements de ces techniques, qui permettront de comprendre ce qu’il est possible de faire avec l’IA et jusqu’où ces technologies peuvent aller.
Demain, serez-vous remplacé par une intelligence artificielle (IA) ? Oui, comme tout le monde, non, aucune chance, c’est probable, comment savoir ? L’intelligence artificielle fascine ou inquiète mais en tout cas, elle fait débat. Jeudi 25 janvier à 19h, le Shadok et Rue89 Strasbourg proposent une soirée « L’intelligence artificielle est-elle vraiment maligne ? » pour se faire une idée… Nous avons invité Isabelle Galy, membre fondateur du Hub France Intelligence Artificielle, et Nazim Fatès, chercheur de l’Inria à Nancy. Pour ce dernier, qui étudie les systèmes complexes, le débat, nécessaire, sur l’intelligence artificielle, s’engage mal.
Rue89 Strasbourg : qu’est-ce qui vous gêne dans le débat public actuel sur l’intelligence artificielle ?
Nazim Fates : Quand on écoute la radio, les médias en général… L’intelligence artificielle est une machine à fantasmes ! Au delà de l’aspect spectaculaire de la suprématie récente des algorithmes dans le jeu de go par exemple, il faut se rendre compte que les mécanismes reposant sur de l’intelligence artificielle existent depuis fort longtemps. Les adresses écrites sur les lettres sont lues par des robots depuis des dizaines d’années et ces robots se sont améliorés avec le temps. Ces technologies sont aujourd’hui présentes dans notre quotidien, dans nos smartphones, elles nous aident à choisir notre musique ou notre itinéraire. Il est donc essentiel d’en comprendre le fonctionnement. Et pour ça, je préconise un retour aux sources, l’étude des textes des premiers cybernéticiens, Alan Turing, John Von Neumann, Nobert Wiener… S’il y a une « singularité », elle arrive en 1936 avec Turing, voire avant avec Descartes. Le progrès scientifique ne peut être canalisé ou maîtrisé facilement. Il est donc urgent de comprendre le mouvement de la science.
Nazim Fatès revient sur la méthode d’Alan Turing et comment il a conçu sa machine (vidéo Inria)
Est-ce qu’il ne faut pas malgré tout questionner ce qui existe aujourd’hui ?
Si bien sûr, la rapidité avec laquelle ces technologies progressent, et qui me surprend moi-même, nécessite une vigilance décuplée. Comme c’est le cas d’ailleurs avec toutes les nouvelles technologies. Mais dans le cas de l’IA, plutôt que poser la question purement technologique, il faut surtout poser la question de qui la programme et pourquoi ? Et c’est là où des réponses non seulement techniques sont nécessaires et encore rares je trouve. L’IA est présente dans les ordinateurs et sur Internet bien sûr mais également dans l’agriculture, l’urbanisme ou l’éducation… Dans ces conditions, que va-t-il se passer si on n’interroge pas la conception de ces outils ? On prend le risque d’une colonisation idéologique en provenance des grandes firmes transnationales qui dominent le paysage économique.
Où en est cette réflexion transdisciplinaire ?
La spécialisation de chacun étant aujourd’hui devenue une nécessité, le monde de la recherche scientifique est mal armé pour répondre à ces questions… Depuis Leibnitz ou Auguste Comte, il n’existe plus de scientifique pluri-disciplinaire. Toute pensée universitaire est une pensée technique, spécialisée, pointue et dans la communauté scientifique, ce qui compte, ce sont les résultats. Cette fragmentation du savoir est un désastre pour la pensée. Car il faut questionner les usages : les technologies s’imposent et se superposent avant qu’on ait eu le temps de les tester… Y résister est très difficile, voire excluant et pour l’instant, la réflexion globale est absente de la préoccupation des scientifiques. Les bases du monde cybernétique ont pourtant été posées dans les années 1930, 40, 50… Il n’y pourtant rien d’inéluctable dans le développement que nous allons suivre. Même si certains acteurs, tels que Facebook, qui dispose de plus un milliard de photos postées chaque jour, ont un avantage considérable, l’orientation que nous suivons peut changer pour autant que nous nous puissions enfin nous mettre en route sur d’autres chemins de pensée…
Aller plus loin
Nazim Fatès a été l’invité d’une émission de France Culture sur l’intelligence artificielle. Il détaille ci-dessous son travail à Nancy :
Les 24, 25 et 26 janvier, le Maillon accueillera la jeune compagnie El Conde de Torrefiel qui présentera La Possibilidad que desaparece frente al paisaje (« La possibilité qui disparaît face au paysage »), un voyage décapant à travers l’Europe d’aujourd’hui.
Cette saison, les spectacles du Maillon ne cessent de nous faire voyager : entre un arrêt à Zvizdal (décembre) et une halte à Siena (mars), la jeune compagnie catalane El Conde de Torrefiel nous propose un itinéraire en Europe avec La Possibilidad que desaparece frente al paisaje (« La possibilité qui disparaît face au paysage »), probablement une des expériences théâtrales les plus étonnantes de cette saison.
Teaser de la Possibilidad que desaparece frente al paisaje (vidéo Maillon)
Et si vous vous laissiez entraîner dans un tour d’Europe?
La pièce emmène ses spectateurs dans dix villes européennes, qui forment les dix tableaux structurant la mise en scène. Tour à tour s’affichent à l’écran Madrid, Berlin, Marseille, Lisbonne, Kiev, Bruxelles, Thessalonique, Varsovie, Lanzarote et Florence. Des destinations où une voix off convoque des figures intellectuelles contemporaines dont les écrits ont motivé la création de ce spectacle. Nous retrouvons entre autres comme des « stations de pensées » sur la société actuelle : Michel Houellebecq (sur l’art), Zygmunt Bauman (sur le divertissement), Spencer Tunick (sur l’Holocauste) ou Blixa Bargeld (sur l’information totale).
Le spectacle s’ouvre. Une femme, dos au public, regarde défiler le texte surtitré (Photo: Hervé Veronese).
Voir l’autre pour se regarder soi
LaPossibilidad… dépeint sur le mode tragicomique le naufrage de l’humanité en interrogeant notre rapport à la culture, à l’art, mais aussi au temps et aux différentes strates du passé. La compagnie explique :
« Lors de la Shoah, des scènes qui dépeignent l’immobilité infinie de certains paysages bucoliques se répètent ; des bois et des champs qui, quelques années auparavant, étaient la scène de tortures et de meurtres d’ampleur industrielle : des fosses communes qui, dans un état naturel et paisible, cachent maintenant un génocide humain. Une réalité cachée sous une autre réalité. Ainsi, la séquence de couches sont capables de cacher mais pas d’effacer ce sur quoi elles sont construites. Des personnes muettes, des villes en silence, des pays qui oublient. »
Le passage par l’histoire permet de remettre en question notre prospérité actuelle : qu’est ce qui se cache sous la beauté et la quiétude ? Chaque escale nous amène à nous confronter à nous-même, à notre mode de vie et de consommation. Certaines scènes mettent mal à l’aise et c’est volontaire, on provoque le spectateur pour l’inciter à s’interroger.
Les quatre interprètes exécutent une série de figures collectives (Photo: Claudia Pajewski).
Une expérience théâtrale aux esthétiques multiples
La compagnie, créée en 2009 par la suisse Tanya Beyeler et l’espagnol Pablo Gisbert, regroupe des dramaturges, vidéastes, musiciens et danseurs (notons qu’ils collaborent aussi parfois avec la compagnie La Veronal) et se caractérise par une esthétique mêlant théâtre, chorégraphie, littérature et arts-plastiques.
Pour La Possibilidad… la compagnie mêle une fois encore les genres en les démarquant les uns par rapport aux autres. Sur cette cartographie de l’Europe d’aujourd’hui viennent se greffer une voix off, féminine, et quatre acteurs, muets. Les quatre comédiens évoluent sur une scène quasiment vide où seuls quelques objets sont disposés pour les divertir : sacs plastiques, gong, château gonflable, etc. Leurs actions paisibles semblent en complet décalage avec le texte récité par la voix-off. Ainsi, la scène fonctionne en autonomie du texte: les acteurs restent muets aux paroles qui se déroulent, leur expression livide. Le spectateur, lui, doit sonder ce vide entre texte, corps et image, confronter ces éléments pour trouver du sens. Selon la compagnie :
« La possibilité qui disparaît face au paysage est, en définitive, organisé comme une maquette inoffensive et propre, un salon de jeux où quatre personnes sont capables de transcender le sens de leurs actions. Le travail brouille la cartographie du comportement et déplace les pratiques humaines vers un état presque embryonnaire. Une carte composée par des images de nature esthétique, grâce à laquelle se cache le territoire sauvage de l’esprit, menacé par la perversion, la peur et la faiblesse des lois morales. »
A Athènes, un château s’élève et se dégonfle (Photo: Claudia Pajewski).
El Conde de Torrefiel est à compter parmi les jeunes compagnies dont le travail promet d’être à suivre ces prochaines années. Un aperçu dès mercredi au Maillon.