Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Des avocats et des magistrats contre un durcissement de la justice des enfants

Des avocats et des magistrats contre un durcissement de la justice des enfants
Le texte de Gabriel Attal veut mettre plus systématiquement les mineurs délinquants en prison

Mardi 6 mai, le Parlement doit examiner une proposition de loi qui veut durcir la justice des enfants. Des avocats et des magistrats dénoncent cette proposition, arguant que la justice dispose déjà des bons outils pour juger les mineurs, mais qu’ils ne sont pas mis en œuvre faute de moyens.

Une trentaine d’avocats et une dizaine de magistrats étaient réunis dans le hall d’accueil du palais de justice de Strasbourg, lundi 5 mai vers midi. Ils dénoncent la proposition de loi portée par Gabriel Attal, éphémère Premier ministre (Renaissance) qui vise à « restaurer l’autorité de la justice » en matière de délinquance des mineurs. Ses mesures, qui incluent l’instauration des comparutions immédiates dès 15 ans et la suppression de « l’excuse de minorité », doivent être examinées en commission mixte paritaire de l’Assemblée nationale et du Sénat mardi 6 mai.

Présent lors du rassemblement, le Syndicat des avocats de France (SAF) souligne dans un communiqué que la proposition de loi est « unanimement dénoncée par les professionnels de l’enfance » :

« Cette proposition de loi nie le principe constitutionnel qui commande d’atténuer la responsabilité pénale des mineurs en fonction de l’âge et exige de rechercher le relèvement éducatif et moral des enfants délinquants par des mesures adaptées à leur âge et à leur personnalité. Un ou une mineure qui commet un acte de délinquance est avant tout un enfant en danger. »

« Les mineurs sont des enfants en construction, pas des adultes en réduction », explique Sendegül Aras, vice-bâtonnière de l’ordre des avocats de Strasbourg :

« Ce texte a été imaginé dans l’agitation, sous le coup de l’émotion collective des émeutes urbaines de l’été 2023. Il voudrait faire croire que la justice n’a plus d’autorité sur les mineurs et leurs parents, ce qui est faux. La dernière réforme de la justice des mineurs date de 2021 et ses effets n’ont même pas encore été évalués. »

Des avocats et quelques magistrats se sont rassemblés symboliquement quelques minutes dans le hall du palais de justice de Strasbourg.

Juge des enfants et vice-présidente du tribunal de Strasbourg, Anne Le Gunehec trouve que cette loi est inutile et contre-productive :

« Les juges peuvent déjà annuler l’excuse de minorité, s’ils estiment que le mineur est suffisamment mûr pour son âge. Il n’y a pas “d’autorité de la justice” à rétablir : les mineurs délinquants peuvent déjà être placés en détention dès l’issue de leur garde à vue. Et là, soit un “choc carcéral” opère et on a le temps avant l’audience, un mois plus tard, de le sortir de ce chemin, soit il est persuadé d’être un caïd et il restera en prison comme les majeurs. »

Anne Le Gunehec estime qu’en instaurant des comparutions immédiates pour les mineurs, la justice n’aura plus le temps d’affiner sa réponse après la répression :

« La justice a déjà bien du mal à mettre en œuvre les mesures permettant d’analyser et d’enrayer les comportements des jeunes délinquants. Elles sont prononcées mais pas toujours exécutées, faute de moyens. Ce dont on a besoin, ce sont des ressources pour les dispositifs existants, pas de nouvelles mesures qui seront inapplicables faute de moyens ! »

Beaucoup de professionnels estiment que cette loi sera de toutes façons censurée par le Conseil constitutionnel, en raison de ses dispositions contre les droits fondamentaux des enfants. La mobilisation contre ce texte ne fait que débuter et la vice-bâtonnière Sendegül Aras se dit prête à soulever son inconstitutionnalité à chaque plaidoirie en défense de mineurs mis en cause.

À Strasbourg, l’État va mettre à la rue ou renvoyer des centaines d’étrangers en 2025

À Strasbourg, l’État va mettre à la rue ou renvoyer des centaines d’étrangers en 2025
La préfecture du Bas-Rhin a fortement durci sa politique vis à vis des étrangers n’ayant pas de papiers.

Selon des documents que Rue89 Strasbourg s’est procuré, la préfecture du Bas-Rhin demande aux associations de supprimer 700 places d’hébergement pour les personnes sans titre de séjour en 2025.

« L’État nous délègue de mettre des familles dehors, déplore un responsable associatif strasbourgeois. C’est vraiment difficile de dire aux bénéficiaires de sortir, ça va à l’encontre de nos pratiques et de nos valeurs. Les travailleurs sociaux le vivent mal. » Depuis l’été 2024, la préfecture du Bas-Rhin intensifie une politique visant à cesser d’héberger les migrants à qui elle n’a pas donné une autorisation de séjour.

Rue89 Strasbourg a pu consulter des documents produits par les services de l’État qui montrent que l’administration refuse désormais de loger les « ménages à droits incomplets » (MDI). Même si elle utilise encore cette appellation dans ses dossiers internes, la préfecture du Bas-Rhin déclare à Rue89 Strasbourg que « ce concept n’existe pas : les personnes bénéficient d’un droit au séjour sur le territoire français ou n’en bénéficient pas ». C’est pourtant elle qui avait créé cette catégorie pour désigner les étrangers qui contestent les refus de titre de séjour, ou tentent d’autres démarches pour se régulariser… Ils se retrouvent dans une position juridique floue, qui peut durer des années.

Nouvelles places pour inciter à quitter la France

En coulisses donc, les associations locales sont sommées de diminuer drastiquement les places d’hébergement prévues pour les MDI. En janvier 2025, elles logeaient 1 626 personnes dans cette exacte situation. Elles devront faire baisser ce chiffre jusqu’à atteindre 922 places MDI en décembre 2025, soit 704 places en moins.

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À la paroisse Saint-Guillaume, « être queer et croyant n’est pas antinomique »

À la paroisse Saint-Guillaume, « être queer et croyant n’est pas antinomique »
Un culte festif est inclusif a été organisé par la paroisse protestante Saint-Guillaume dans le cadre de la semaine de la visibilité lesbienne.

La paroisse protestante Saint-Guillaume, connue pour son engagement auprès de la communauté LGBTQ+, a organisé un culte inclusif et festif dans le cadre de la semaine de la visibilité lesbienne. Un moment de communion pour exercer sa foi « sans crainte d’être rejetée ».

« L’amour de Dieu est pour tous, quel que soit son genre ou son absence de genre », affirme une fidèle dimanche 27 avril, lors d’un culte festif et inclusif à l’église Saint-Guillaume dans le cadre de la semaine de la visibilité lesbienne. La cérémonie religieuse, organisée par l’antenne inclusive de la paroisse protestante du centre-ville de Strasbourg, a réuni une quarantaine de croyants, toutes orientations sexuelles confondues. « On se sent chez nous ici, c’est un lieu où l’on se sent en sécurité et où on peut exercer notre foi sans avoir peur d’être jugée », témoigne Clémence, une jeune croyante protestante. 

Un espace d’acceptation

C’est dans cet esprit que l’antenne inclusive a été fondée en 2013 au sein de la paroisse, en réaction aux manifestations contre la loi Taubira autorisant en France le mariage aux couples gays et lesbiens. Un combat notamment porté par « La Manif pour tous », un mouvement opposé au mariage gay qui a largement mobilisé la communauté catholique. L’antenne compte une trentaine de membres de confession protestante et catholique et propose des accompagnements pastoraux. « C’est un lieu ouvert à tous, une manière de témoigner et d’agir en tant que personnes queers et alliés dans le christianisme », abonde le pasteur Daniel Boessenbacher. 

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L’hôtel abandonné place de Bordeaux bientôt remplacé par un projet immobilier

L’hôtel abandonné place de Bordeaux bientôt remplacé par un projet immobilier
Le bâtiment de l’ancien hôtel Mercure est resté vide pendant plusieurs années.

Un important propriétaire strasbourgeois a racheté l’ancien hôtel Mercure de la place de Bordeaux à Strasbourg. Il s’apprête à démolir le bâtiment et demande l’autorisation de lancer un vaste projet immobilier.

Place de Bordeaux, mai 2025. Une muraille de tôle entoure le rez-de-chaussée d’un bâtiment massif, construit dans les années 70. L’ancien hôtel Mercure est vide depuis 2020. Avant sa fermeture, l’établissement proposait 174 chambres, 600 mètres carrés de salles de conférence, un centre de remise en forme avec piscine sauna et hammam, un « lounge bar » et un restaurant. Des locaux devenus vacants, parmi les milliers de surfaces non occupées à Strasbourg, alors que des dizaines de familles dorment à la rue.

Les propriétaires ont fait installer de la taule pour empêcher les intrusions.Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg

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#place de Bordeaux

Soupçonnés de trafic d’êtres humains, 24 hommes interpellés

Soupçonnés de trafic d’êtres humains, 24 hommes interpellés
Le tribunal judiciaire de Strasbourg.

Mardi 1er avril, les gendarmes de la section de recherches de Strasbourg ont démantelé en Alsace un réseau de trafic de migrants. 24 individus ont été interpellés dans la région de Strasbourg et en Île-de-France.

Mardi 1er avril 2025, 24 individus ont été interpellés à leurs domiciles à 6 heures du matin, en Alsace et en Île-de-France, lors d’une opération coordonnée par la section de recherches de la gendarmerie de Strasbourg. Tous sont soupçonnés d’avoir organisé un réseau de trafic de personnes migrantes.

Ils auraient permis l’entrée illégale sur le territoire européen de citoyens d’Afghanistan, de Syrie, de Libye, d’Irak et d’Iran, notamment des femmes et des enfants. Ils auraient dissimulé ces exilés dans des camions, à travers l’Europe de l’Est – Croatie, Grèce, Autriche, Hongrie ou Bulgarie.

Comme l’indique la procureure de Strasbourg dans un communiqué de presse daté du 7 avril :

« Cette opération s’inscrit dans le cadre d’une instruction ouverte par le parquet de Strasbourg pour des faits d’association de malfaiteurs, aide à l’entrée ou au séjour irrégulier d’étrangers en bande organisée et blanchiment. »

Après 96 heures de garde à vue, 12 des 24 individus ont été déférés à la justice, puis mis en examen. Dix d’entre eux sont en détention provisoire.

Une enquête de deux ans

L’enquête a débuté le 30 décembre 2022 avec l’interpellation d’un individu à la frontière austro-hongroise. L’homme arrêté est strasbourgeois. Il conduisait une camionnette de modèle Renault Master, à l’arrière de laquelle étaient entassés 43 migrants. Jugé en Hongrie, il a été condamné pour « aide au transport et au séjour irréguliers d’étrangers ».

Depuis l’arrestation, près de 300 gendarmes du Grand Est, d’Île-de-France et de Savoie ont été mobilisés pour remonter jusqu’aux têtes du réseau, à l’aide de mises sur écoute et de moyens géolocalisation. Les investigations ont nécessité une collaboration avec la police de Turin et de Bologne, ainsi qu’avec Europol.

L’intervention de la Squadra Mobile (police italienne) a été essentielle, car les commanditaires du réseau sont encore libres, sur le territoire italien. Aucune interpellation n’a eu lieu en talie, précise le colonel de Becker, responsable de la section de recherches à Strasbourg.

Les interpellations du 1er avril se sont déroulées exclusivement en Île-de-France et en Alsace. En France, les prévenus sont soupçonnés d’avoir conduit les véhicules transportant des personnes migrantes, ou d’avoir joué le rôle de logisticiens (recrutement des chauffeurs, coordination de la planification des déplacements).

Les camions en question étaient loués dans différents pays d’Europe. Les membres du réseau rentraient en contact avec d’autres passeurs afin d’acheminer sur le territoire européen les femmes, hommes et enfants migrants.

Un des hommes interpellé à son domicile strasbourgeois a entre 40 et 50 ans. Il est accusé d’être un logisticien et ne reconnait pas les faits qui lui sont imputés. Selon l’enquête, il posséderait par ailleurs une société qui aurait les moyens de blanchir l’argent du trafic.

Un trafic lucratif

Tous les logisticiens arrêtés début avril vivent dans la région Grand-Est. Les chauffeurs quant à eux « sont originaires d’Alsace et d’Île-de-France, plutôt jeunes et en situation régulière », indique le colonel De Becker. « Attirés par l’appât du gain, ils pouvaient entasser jusqu’à 40 personnes pour les faire passer dans l’espace européen » continue-t-il.

Les chauffeurs pouvaient gagner jusqu’à 25 000 euros par trajet, indique le parquet de Strasbourg. Entre logisticiens, chauffeurs et passeurs, la communication était établie via le réseau social Snapchat.

Depuis les interpellations, « des saisies et perquisitions effectuées au domicile des prévenus ont permis de confirmer les éléments de l’enquête et de tracer l’historique du trafic, affirme le colonel, mais les investigations se poursuivent ». Certains points doivent être précisés, comme le blanchiment d’argent. Suite aux perquisitions, « des biens et du numéraire ont été saisis pour une valeur estimée à 130 000 euros », déclare le communiqué de presse de la procureure.

Extinction Rébellion revendique des actions contre trois stations Total de Strasbourg

Extinction Rébellion revendique des actions contre trois stations Total de Strasbourg
Une station-service TotalEnergies de Strasbourg

Dans un communiqué, Extinction Rébellion indique avoir bloqué des pompes dans trois stations-services Total de Strasbourg. Le mouvement écologiste entend ainsi protester contre la multinationale pétrolière avant son assemblée générale.

Dans un communiqué diffusé auprès des médias vendredi 2 mai, le groupe strasbourgeois d’Extinction Rébellion indique avoir « désarmé » trois stations-services de TotalEnergies, l’une des principales entreprises multinationales exploitantes du pétrole et du gaz de la planète.

Concrètement, des militants d’Extinction Rébellion Strasbourg sont allés dans trois stations-services Total de Strasbourg et ont cadenassé des poignées de pompes ensemble, rendant impossible leur utilisation. Des autocollants ont été apposés sur les équipements, rappelant le rôle de TotalEnergie dans le dérèglement climatique.

Extinction Rébellion entend avec cette action protester contre « les bénéfices accumulés sur l’exploitation des humains et de la nature » par « TotalEnergies et ses actionnaires », avant l’assemblée générale du groupe prévue vendredi 23 mai.

Dans son communiqué, Extinction Rébellion exige que « TotalEnergies reconnaisse son rôle ainsi que sa responsabilité passée et présente dans le changement climatique, et participe à des discussions constructives pour y mettre fin » et demande que « l’entreprise abandonne tout nouveau projet d’exploration et d’exploitation d’énergies fossiles dans le monde ».

Au CRA de Geispolsheim, un détenu paraplégique privé de son fauteuil roulant

Au CRA de Geispolsheim, un détenu paraplégique privé de son fauteuil roulant
Les personnes visées par une obligation de quitter le territoire français peuvent se retrouver en centre de rétention administrative (ici, centre de rétention de Geispolsheim).

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Discussion publique sur les polluants éternels lundi 5 mai au FEC

Discussion publique sur les polluants éternels lundi 5 mai au FEC

Lundi 5 mai, le sénateur écologiste Jacques Fernique organise une discussion au Foyer de l’étudiant catholique de Strasbourg sur les polluants éternels, avec une eurodéputée, un juriste, un scientifique et deux représentants d’associations.

Dans la salle du Foyer de l’étudiant catholique (FEC), place Saint-Étienne à Strasbourg, le sénateur écologiste Jacques Fernique organise une discussion publique autour des polluants éternels, lundi 5 mai à 19h. Aussi appelées PFAS, ces particules sont des composés chimiques très résistants, présents dans de nombreux produits industriels. Ils sont massivement détectés dans l’air, le sol et l’eau et présentent des risques graves pour la santé humaine.

La soirée s’articule autour d’une question : Polluants éternels, problème éternel ? Car en Alsace par exemple, toute la nappe phréatique est polluée par ces molécules persistantes. Une loi votée en janvier 2025 prévoit de réduire la présence des PFAS en France dans certains produits d’ici 2026 et 2030 et l’Union Européenne régule à son niveau leur présence via sa législation sur les produits chimiques.

Pour informer les Strasbourgeois et Strasbourgeoises, le sénateur invite cinq personnalités qualifiées à répondre aux questions liées aux PFAS à différents niveaux : juridique, politique, scientifique.

En janvier 2025, l’association de consommateurs UFC-Que Choisir notait la présence de huit PFAS dans des relevés d’eau du robinet sur le territoire alsacien.

Cem Yoldas : « Si aujourd’hui la Jeune Garde tombe, demain ils s’attaqueront à la CGT »

Cem Yoldas : « Si aujourd’hui la Jeune Garde tombe, demain ils s’attaqueront à la CGT »
Cem Yoldas, Strasbourgeois et porte-parole de la Jeune Garde.

Mardi 29 avril, le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau a annoncé une procédure de dissolution contre l’organisation antifasciste de la Jeune Garde. Son porte-parole Cem Yoldas réagit aux accusations portées par le ministère de l’Intérieur.

Convoqué au commissariat de Strasbourg mardi 29 avril en milieu d’après-midi, Cem Yoldas a reçu la notification de dissolution de la Jeune Garde. Quelques heures plus tôt à l’Assemblée Nationale, le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau répondait au député Rassemblement National (RN) Sébastien Chenu et confirmait une « procédure contradictoire contre la Jeune Garde qui doit amener, je l’espère, à cette dissolution ».

La notification de dissolution fait quatre pages. Elle s’appuie notamment sur des publications au sein du groupe Telegram « Antifasquad » où des membres de la Jeune Garde sont mis en avant pour des agressions sur des militants d’extrême-droite. Porte-parole de la Jeune Garde, Cem Yoldas balaye ces accusations contre l’organisation antifasciste qui revendique plus d’une centaine de membres dans sept villes en France. Dans un entretien accordé à Rue89 Strasbourg, il martèle l’absence de condamnations de militants de la Jeune Garde à l’appui de cette procédure. Il appelle aussi à « faire front » contre la nouvelle offensive du ministre de l’Intérieur visant la gauche. Entretien.

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Les dirigeants alsaciens de Schroll revendent 80% de leurs parts à une multinationale

Les dirigeants alsaciens de Schroll revendent 80% de leurs parts à une multinationale
Schroll offre ses services à des collectivités pour ramasser les déchets. Un incendie s’était déclaré sur un site de l’entreprise à Colmar en 2020.

L’entreprise allemande Remondis a acquis 80% des parts de la société alsacienne Schroll. Les deux sociétés spécialisées dans la gestion des déchets ont officialisé cet accord ce mercredi 30 avril.

Le groupe Schroll est une société familiale alsacienne créée en 1892, dont le siège social se trouve à Strasbourg. Spécialisée dans la collecte et la valorisation des déchets, elle s’est implantée sur 21 sites en Alsace, en Lorraine et dans le Territoire de Belfort. Elle agit en tant que prestataire auprès des collectivités ou des industriels, avec une flotte de 250 véhicules au total.

Dans un communiqué envoyé ce 30 avril, l’entreprise annonce que la famille Schroll a revendu 80% de ses parts à la société allemande Remondis. Le groupe assure que l’accord permettra de conserver l’intégralité des 800 emplois, « de poursuivre les activités existantes et d’étendre l’offre de services ». Philippe Girard, directeur général de Remondis, dirigera l’entreprise avec Pascal et Édouard Schroll, ainsi que l’équipe de direction existante.

Selon ses propres termes, Remondis est l’une des principales entreprises privées de valorisation de déchets dans le monde. Elle compte 46 000 collaborateurs et collaboratrices dans 30 pays, et a réalisé un chiffre d’affaires de 13,2 milliards d’euros en 2024. La famille de Pascal Schroll reste actionnaire avec une participation de 20%.

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Bundschuh : Cinq rendez-vous en mai pour les 500 ans de la révolution des paysans alsaciens

Bundschuh : Cinq rendez-vous en mai pour les 500 ans de la révolution des paysans alsaciens
Première page du Récit de la guerre des paysans, 1525.

Du 1er au 4 puis du 8 au 11 mai, cinq célébrations des 500 ans du Bundschuh, révolution des Paysans alsaciens en 1525, sont prévues dans le Bas-Rhin.

En 1525, les paysans alsaciens entament une révolution. Alors sous l’autorité du Saint-Empire romain germanique, ils contestent les taxes qui les écrasent et demandent plus de justice à travers 12 doléances. Le terme « Bundschuh » désigne les chaussures à lacets des paysans révoltés et s’oppose à celles des seigneurs qui ne se nouent pas. En deux mois, 35 000 personnes meurent au cours d’une lutte fortement réprimée à laquelle les seigneurs de l’époque ne répondront par aucune réforme à leur égard.

500 ans plus tard, cinq événements célèbrent cette « révolution des gens ordinaires » dans le Bas-Rhin. Le jeudi 1er mai, un cortège spécifique est prévu au sein de la manifestation. À 13h, un repas à prix libre aura lieu au Molodoï, au 19 rue du Ban-de-la-Roche dans le quartier gare, suivi d’un exposé sur « la révolution des gens ordinaires à Strasbourg » à 15h.

Le lendemain, vendredi 2 mai, la ferme de Truttenhausen à Heiligenstein accueille une conférence de l’historien Georges Bischoff à 16h sur le thème « Pourquoi on a oublié la guerre des paysans ». Une randonnée à vélo pour se rendre à la ferme partira du Molodoï à 8h30 le matin même (40 km soit environ cinq heures de trajet). Un marché à la ferme se tiendra dès 14h et des tartes flambées seront proposées à 19h30.

Randonnées à vélo et discussions

Une nouvelle randonnée à vélo est organisée samedi 3 mai au départ de la ferme de Truttenhausen à 10h30, afin de se rendre à Sélestat, au foyer Notre-Dame de la Paix (25km). Là-bas, la Fête des alternatives organisée par le Chaudron des alternatives propose une discussion à 16h10 avec Yvette Beck Hartweg sur le thème « La révolution des paysans en 1525 à Dambach : une tentative de changer la société ». Un stand Bundschuh sera à disposition des festivalières et festivaliers sur place.

Jeudi 8 mai à 17h, à Haguenau, dans la chapelle des Annonciades, place du docteur Albert-Schweitzer, l’historienne Laurence de Cock et son collègue Georges Bischoff discuteront autour du thème « 1525-2025, 500 ans de lutte sociale en Alsace ».

Samedi 10 mai à 14h à Melsheim rue du Stade, entre le restaurant et le stade de tir, différent événements viendront clôturer les festivités. L’arboriculteur Florian Hurtig viendra présenter son livre sur les 500 ans de la guerre des paysans, une écoute radiophonique autour du Mouvement des Sans Terre du Brésil sera proposée ainsi que la présentation d’un travail en cours sur un spectacle de marionnettes. Une discussion est proposée autour du thème de l’accaparement des terres à travers l’exemple en Kanakie (Nouvelle-Calédonie) et la journée se clôturera par un concert du trio polyphonique strasbourgeois La Paloma à 20h30.

Clarisse Taron, procureure : « Le parquet de Strasbourg est sous-dimensionné »

Clarisse Taron, procureure : « Le parquet de Strasbourg est sous-dimensionné »
Clarisse Taron, procureure de la République de Strasbourg.
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Contre les violences dans le football amateur, une nouvelle grève des arbitres alsaciens

Contre les violences dans le football amateur, une nouvelle grève des arbitres alsaciens

Après un premier mouvement de contestation début avril, plus de 450 arbitres s’apprêtent à entrer en grève en Alsace le 1er mai. Ces derniers veulent ainsi dénoncer la hausse des violences verbales et physiques à leur encontre et un soutien insuffisant du District.

Contre les violences dans le football amateur, la mobilisation des arbitres alsaciens continue. 78% des professionnels du District d’Alsace de Football, soit plus de 460 sur 598, se sont déclarés indisponibles pour les rencontres du jeudi 1er mai, date à laquelle le District a reporté les matchs initialement prévus le week-end du 4 avril. Des reports qui ont été mal perçus par les arbitres alsaciens. Nombre d’entre eux estimaient que le District les empêchait ainsi de faire grève et d’exprimer ainsi leur colère après les menaces de mort subie par l’un des leurs lors d’un match entre l’AS Strasbourg et le Joie et Santé Koenigshoffen le dimanche 24 mars. L’agression verbale avait d’autant plus ému dans le milieu qu’Anthony avait démissionné de ses fonctions dans la foulée.

« C’est un manque de respect »

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Voile et délit de faciès au rassemblement contre l’islamophobie à Strasbourg

Voile et délit de faciès au rassemblement contre l’islamophobie à Strasbourg
Les manifestants étaient moins nombreux ce lundi 28 avril qu’ils ne l’étaient la veille lors du premier appel du dimanche 27. Environ 150 manifestants avaient été comptabilisés contre une centaine ce lundi.

Une centaine de personnes se sont rendues lundi 28 avril à un rassemblement contre l’islamophobie à Strasbourg. À la suite de l’assassinat d’un fidèle dans le Gard, les participants ont dénoncé des actes qui les ont visés en tant que musulmans en France.

Lundi 28 avril, moins d’une centaine de personnes se sont regroupées place Kléber à Strasbourg, devant la statue du général. Elles ont répondu à un appel à se rassembler contre l’islamophobie, relayé par plusieurs organisations comme l’Association des travailleurs maghrébins ou le Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples (Mrap). Le rassemblement visait à répondre à l’émotion suscitée après l’assassinat d’un fidèle dans une mosquée du Gard, vendredi 25 avril.

« L’islamophobie est de plus en plus banalisée », s’inquiète Fahad, président de l’Association des étudiants musulmans de France :  « Lorsqu’un représentant de l’État se permet de déclarer “À bas le voile” (lors d’un colloque sur l’islamisme le 26 mars, NDLR), c’est violent pour toute la communauté musulmane ».

Délit de faciès

Fahad, président de l’association des étudiants musulmans de France.
(suite…)

Manifestation et barbecues solidaires jeudi 1er mai

Manifestation et barbecues solidaires jeudi 1er mai
Lors du cortège du 1er mai 2024.

À l’occasion de la journée internationale des travailleurs, les syndicats appellent à une manifestation pour la paix, la justice sociale, les retraites et les salaires.

Pour le cortège de la journée internationale de lutte des travailleurs et des travailleuses, les syndicats qui appellent à défiler jeudi 1er mai à 10h, depuis la place Kléber à Strasbourg ont adopté un mot d’ordre un peu particulier cette année :

« Alors que les guerres se propagent pour les profits de quelques-uns, les syndicats appellent partout sur la planète les salarié·es à manifester pour défendre la paix juste et durable, les libertés démocratiques et la justice sociale. »

Après des années de baisses d’impôts, le gouvernement s’est rendu compte que la dette de la France a augmenté de mille milliards d’euros depuis 2017, pour atteindre 3 300 milliards d’euros en 2024. Une progression record, inégalée dans l’histoire de la République. Mais alors que de nouvelles dépenses se profilent face aux replis et aux menaces des gouvernements fascisants en Russie, en Chine et aux États-Unis, le gouvernement de François Bayrou n’entend pas changer de stratégie et prévoit plutôt de réduire les dépenses de l’État : 50 milliards d’économies en 2025, 40 milliards en 2026.

Pour les syndicats, ces mesures d’austérité vont frapper les services publics. Ils appellent à manifester contre cette politique et pour la défense de la Sécurité sociale. Ils demandent aussi une paix juste et durable et le respect du droit international, en référence aux guerres en Palestine et en Ukraine notamment. Les syndicats demandent en outre l’abrogation de la dernière réforme des retraites, l’augmentation des salaires, des pensions et des minimas sociaux.

Le grand tour

Après la place Kléber, le cortège prendra la rue des Francs-Bourgeois, puis la rue de la Division-Leclerc, rue de la Douane, place du Corbeau, le quai des Bateliers et tournera à gauche avenue de la Liberté pour passer place de la République, place Broglie et se disperser place Kléber.

D’autres appels à participer au cortège peuvent exister, comme celui qui invite tous les assistés et les improductifs, toutes les chômeuses et les retraitées à venir « revendiquer [leur] existence » (voir ci-contre).

D’autres rendez-vous

Après le défilé, le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) invite à une « Fête anticapitaliste contre Trump et son monde » à midi, place des Orphelins à la Krutenau. Ce repas militant est organisé autour du traditionnel barbecue mais « avec une option vegan ».

Plusieurs partis de gauche (LFI, Les écolos, PCF, Place publique, Générations) organisent de leur côté une « kermesse de la solidarité et des luttes », place de l’Université dans la Neustadt à partir de midi. Il y sera également question de la paix mais aussi de la préservation de l’État de droit, et les participants seront invités à réfléchir à l’argent public comme « un bien commun au service des peuples et de la planète ».

Rue du Faubourg-National, des habitants du quartier occupent les rails du tramway pour y installer de 11h30 à 19h une petite guinguette avec des concerts, des jeux, un atelier maquillage et de la petite restauration.

Novembre 1918 : quand des révolutionnaires strasbourgeois faisaient plier l’Empire allemand

Novembre 1918 : quand des révolutionnaires strasbourgeois faisaient plier l’Empire allemand
Le rassemblement des soldats le 10 novembre 1918 sur la place Kléber.

À la fin de la Première Guerre mondiale, l’Empire allemand s’effondre sous la pression d’un mouvement révolutionnaire. Jusqu’à l’arrivée des troupes françaises le 22 novembre, le drapeau rouge flotte sur la cathédrale et Strasbourg vit au rythme des conseils d’ouvriers et de soldats.

À l’automne 1918, après quatre années de guerre, la défaite de l’Empire allemand semble inéluctable. Ses armées reculent. Les désertions se multiplient. La population manque de tout. Reste à savoir quels sacrifices seront encore demandés aux civils et aux soldats pour défendre l’honneur des chefs de l’armée allemande. En Alsace et en Moselle, la situation est particulièrement critique. « Les villes sont au bord de la famine. Il y a une multiplication des vols alimentaires. On assiste même à des émeutes de la faim dans la région », explique Jean-Claude Richez, historien, auteur de l’ouvrage historique : « Une révolution oubliée, novembre 1918 la révolution des conseils ouvriers et de soldats en Alsace-Lorraine« .

Strasbourg à l’heure révolutionnaire

En dehors des industries nécessaires à l’armée, l’économie tourne au ralenti. Le chômage est important et les structures sociales se délitent. Sur le plan politique, la dictature militaire mise en place en 1914 pèse durement sur la population alsacienne. « Depuis 1870, l’Empire allait vers une plus grande libéralisation politique », explique l’historien. Dans les années 1890, la Sécurité sociale est mise en place. En 1912, les sociaux-démocrates remportent les élections législatives. Mais « la mise en place d’un pouvoir d’exception pendant la guerre et la restriction des libertés est ressenti durement en Alsace. » Malgré la hausse du mécontentement social, c’est un événement militaire qui va mettre le feu aux poudres.

Manifestation le 4 novembre 1918 à Kiel, port allemand sur la mer Baltique.Photo : Bundesarchiv

Le 29 octobre 1918, les marins de Kiel, un important port militaire sur la mer Baltique, se mutinent. Ils refusent de mener une dernière bataille « pour l’honneur » contre la marine britannique. Malgré la répression des autorités militaires, le mouvement gagne les autres bases navales du nord de l’Allemagne. Ils sont rejoints par les ouvriers et forment des conseils d’ouvriers et de soldats. Le 5 novembre un appel à la grève générale est lancé. La révolte devient révolution à mesure qu’elle gagne l’ensemble des armées allemandes et des centres industriels. Dès le 8 novembre, la foule s’empare de la rue à Strasbourg. Le lendemain, des marins révolutionnaires arrivent en ville et dans la nuit, l’empereur Guillaume II abdique.

La révolution, peinture de l’artiste strasbourgeois René Beeh en 1919.Photo : Musée d’art moderne et contemporain de la ville de Strasbourg

« Désormais le pouvoir se trouve aux mains des travailleurs. »

Johannes Rebholz, syndicaliste

« Les marins qui arrivent à Strasbourg se rendent chez le gouverneur militaire et le somment de mettre en place un conseil de soldats », explique Jean-Claude Richez. Le gouverneur n’a pas le choix. Les marins sont armés et la situation en ville est explosive. Dans la soirée du 9 novembre, un petit groupe de dirigeants sociaux-démocrates forment un conseil de soldats. Des militants syndicaux s’attachent, eux, à former un conseil d’ouvriers. Le 10 au matin, Jacques Peirotes, un social-démocrate, est élu maire de Strasbourg. Devant une foule rassemblée place Kléber, le syndicaliste Johannes Rebholz, président du conseil des soldats, déclare que « désormais le pouvoir se trouve aux mains des travailleurs. » Le nouveau maire de Strasbourg, lui, proclame « la république sociale. »

Jacques Peirotes, maire de Strasbourg, proclame la « république sociale » devant la statue du général Kléber, le 10 novembre 1918.Photo : Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg

Le drapeau rouge flotte sur la cathédrale

Au même moment, dans toutes les villes de garnison et centres industriels du Reichsland Elsäss-Lothringen, des événements similaires se déroulent. L’ordre militaire et civil de l’Empire allemand s’effondre, laissant la région se couvrir de drapeaux rouges. Le 12 novembre, les couleurs révolutionnaires sont hissées sur la cathédrale. Dans les usines, les ouvriers contraignent les industriels à d’importantes concessions sur les salaires et les conditions de travail. Le 15 novembre, une bonne nouvelle arrive de Berlin. Le patronat et les dirigeants de gauche viennent de signer un accord historique qui fonde la démocratie sociale allemande.

Une réunion du conseil des soldats au tribunal le 15 novembre 1918.Photo : Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg

L’heure n’est pourtant pas à la fête chez les révolutionnaires strasbourgeois. Deux priorités s’imposent à eux avant même de penser aux lendemains qui chantent : maintenir l’ordre et assurer le ravitaillement. L’armistice a jeté sur les routes des millions de soldats qui espèrent bien rentrer chez eux. Ils sont si nombreux à Strasbourg, qu’il devient difficile de nourrir tout le monde. Dans le chaos du retrait des troupes, les autorités s’efforcent aussi d’empêcher les pillages. 

Une affiche des conseils d’ouvriers et de soldats pour appeler à l’ordre. Photo : Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg

La question nationale alsacienne

L’effondrement de l’empire allemand ouvre la question du retour de l’Alsace à la France. Si les industriels et la bourgeoisie espèrent l’arrivée rapide des troupes françaises pour mettre fin à la révolution, les révolutionnaires se divisent sur la question nationale alsacienne. L’historien Jean-Claude Richez détaille ces divisions :

« Il y a une partie des sociaux-démocrates qui attendent le retour des français. Il y a aussi un courant internationaliste inspiré par l’exemple russe. Pour eux, il s’agit de dépasser le cadre des nations. Dans l’aile droite du parti social-démocrate, on trouve aussi un courant nationaliste allemand. Enfin, il y a une 4ᵉ tendance dans les conseils de soldats avec un courant francophile et bourgeois. »

La statue de l’empereur Guillaume 1er sur la Kaiserplatz (place de la république) est déboulonnée le 21 novembre 1918.Photo : Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg

Dès le 12 novembre, le parlement régional d’Alsace-Lorraine (Landtag) se constitue en Conseil National d’Alsace-Lorraine et déclare son indépendance vis-à-vis de l’Empire. Francophiles, ses élus espèrent accueillir les Français en tant que représentants du pouvoir civil et négocier le cadre du retour à la République. Dans tout Strasbourg, les sympathies francophiles s’affichent ouvertement. Après le départ des troupes allemandes, de nombreux symboles impériaux sont détruits lors de manifestations. Le 20 novembre, à l’approche des Français, le drapeau rouge est enlevé de la cathédrale. Le 22, les troupes entrent dans la capitale alsacienne dans une débauche de joie et de drapeaux tricolores.

Le défilé des troupes françaises sur la Kaiserplatz le 22 novembre 1918.Photo : Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg

Deux années rouges en Alsace et en Moselle

« Quand les Français arrivent, c’est le couperet », explique Jean-Claude Richez. Le tribunal où siège encore le conseil des ouvriers est occupé par la troupe pour couper court à l’existence de ce « soviet ». Le Conseil national d’Alsace-Lorraine n’est plus reconnu comme organe du pouvoir civil. Plutôt que de s’appuyer sur des institutions déjà existantes, l’administration française préfère envoyer des fonctionnaires de Paris pour organiser le retour de l’Alsace à la France. L’armée est déployée dans les bassins ouvriers et les avancées sociales obtenues pendant la révolution sont déclarées nulles dans la nouvelle Alsace. Les ouvriers des entreprises alsaciennes perdent ainsi toutes les augmentations qui avaient été négociées avec leurs patrons, les réformes sociales décidées à Berlin ne seront pas non plus appliquées en Alsace. Pour l’historien, « c’est une véritable guillotine politique et sociale. »

La foule rassemblée sur la place Kléber le 10 novembre 1918.Photo : Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg

« Les aspirations, les rêves, les espoirs d’une part significative de la population reçoivent une fin de non-recevoir, mais le mouvement social n’est pas brisé. » En 1919, les effectifs syndicaux explosent : la CGT compte 140 000 adhérents dans les trois départements de l’ancien Reichsland. À compter de mars 1919, commence une succession ininterrompue de grèves qui dureront jusqu’à l’année suivante. Celles-ci culminent fin avril 1920 avec la grève générale pour la défense des « heimatrechte », les avantages acquis par les travailleurs du secteur privé et les fonctionnaires avant 1914. Pour l’historien Jean-Claude Richez, le maintien des droits sociaux spécifiques, comme le régime local d’assurance maladie, doit beaucoup à ces mouvements : « Novembre 1918 se prolonge jusqu’en mai 1920. Pour les ouvriers, les questions posées lors de la révolution étaient toujours là. D’une certaine façon, ils ont continué la lutte. »