Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

« Un coup de poing, monsieur, ça peut être mortel »

« Un coup de poing, monsieur, ça peut être mortel »

À la barre. – Il y a les petites affaires et les très petites affaires. Celles qui n’ont pas les honneurs de la correctionnelle et sont jugées au tribunal de police, dans les locaux gris et impersonnels du tribunal d’instance de Strasbourg. Excès de vitesse, dégradations et violences légères sont le quotidien de ce tribunal de la vie de tous les jours, celle des « pétages de plombs » dont on ne sort pas complètement indemnes. Récit.

Ce jeudi matin, devant le tribunal de police de Strasbourg il y a cet homme de Geispolsheim, installateur sanitaire de 34 ans, fraîchement divorcé et jugé pour excès de vitesse rue du Rhin-Napoléon. C’était en 2014, il se rendait à son travail, un matin à 7h30, et avait « un besoin pressant » – la diarrhée, laisse entendre le président du tribunal de police, en ce matin froid de décembre, deux ans après les faits.

« Les sous, c’est déjà dur tous les mois… »

Après un retrait de permis de 3 mois et 6 points en moins, l’homme doit encore 630€ d’amende pour avoir dépassé de plus de 50 km/h la limite autorisée à 50 km/h sur ce tronçon. Il se défend, dépité :

« Je ne suis pas coutumier du fait. J’ai rien eu depuis deux ans… Mais, les sous, c’est déjà très dur tous les mois maintenant que je suis seul, avec la pension et tout… Du coup, je suis prêt à faire un travail d’intérêt général. »

« Un problème gastrique ne justifie pas qu’on appuie sur le champignon, il faut assumer ses actes », embraie le procureur. « En plus, monsieur a été entendu par les policiers dès qu’il a été arrêté, or rien n’indique qu’il ait été souffrant ou qu’il ait dû s’absenter. » Pour aller se soulager, comprend-t-on. Condamné finalement à 400€ d’amende au lieu de 630€, l’homme signe son jugement et part la tête basse, en se frottant nerveusement les yeux sous ses lunettes.

Magistrat au tribunal (Photo Pascal Bastien)
Magistrat au tribunal (Photo Pascal Bastien)

Des coups de poing donnés « sur un coup de sang »

Il y a les prestations de serment des policiers et de divers fonctionnaires, qui jurent devant le tribunal « de ne rien révéler ou utiliser de ce qui sera porté à [leur] connaissance » dans l’exercice de leurs fonctions. Il y a les affaires renvoyées pour une histoire de convocation signée par la mauvaise personne, ou parce que l’avocat(e) n’a pas reçu à temps les documents. Et puis, ce matin-là, il y a les coups de poing. Beaucoup de coups de poing, donnés par des hommes à des hommes, inconnus ou pas, sur un « coup de sang », parce que la coupe est pleine ou parce que c’est leur façon de se faire justice.

Quatre histoires de castagnes se succèdent à la barre. Celle d’abord de deux hommes d’origine turque, qui ont un cousin en commun, lequel tient un kebab. L’un des deux, un informaticien, a acheté en 2015 une voiture BMW au second, plâtrier – accompagné d’une interprète. Le premier se plaint pendant des mois auprès du second pour récupérer le carnet d’entretien de la voiture, en vain.

Des « douleurs dentaires par effleurement »

Quand ils se croisent au kebab du cousin le 29 juin dernier, « l’engueulade » éclate. Et l’informaticien écrase son poing sur la figure du plâtrier. Ce dernier assure qu’il n’a pas menacé le premier. Le second évoque des insultes, plaide la légitime défense, assure que le coup du plâtrier l’a « effleuré », lui occasionnant « des douleurs dentaires ». Lui-même semble ne pas trop y croire… Il lance son va-tout :

« On est de la même famille, j’ai essayé de régler les choses à l’amiable… Et puis, je me suis marié en octobre et sa maman était là. Si c’était aussi grave entre nous, elle ne serait pas venue, si ? »

Mais la rupture est consommée. Faute de preuves en faveur de la thèse des violences réciproques, l’informaticien est condamné à verser 200€ au titre du préjudice corporel, 300€ pour le préjudice moral et 200€ pour les frais d’avocat. Le condamné a 10 jours pour faire appel. Accompagnés chacun de leur épouse, l’une voilée, l’autre non, les deux hommes quittent la salle, sans un regard. L’histoire ne dit pas si la BMW est garée dehors, rue du Fossé-des-Treize.

L’ivrogne et le jeune délinquant

Une autre affaire de coups de poing fait suite à celle des cousins. Portés sur un homme alcoolisé par l’un de ses voisins de la cité Spach, à l’Esplanade, ces coups sont à mettre au débit d’un jeune prévenu au casier judiciaire déjà bien épais. Un témoin a vu la scène, mais, de peur d’être frappé à son tour par le jeune et ses copains, est « parti faire un tour ». « Un grand courage, ce monsieur… », déplore le président, avant de condamner l’agresseur, absent à l’audience, à 600€ d’amende.

Troisième histoire, celle de ce jeune homme de 25 ans au look de hipster, jeans gris moulants et sweat-shirt de même couleur, baskets Nike rouges et barbe taillée de frais. Il comparaît pour avoir cogné volontairement un copain de sa petite amie qui la raccompagnait après une soirée dans un bar. Le prévenu les attendaient avec son chien, dans la rue. Il a frappé le copain encore dans sa voiture, en attrapant sa copine et en la jetant par terre.

« Il aurait dû assumer ses actes et ne pas porter plainte »

Une « crise de jalousie » et une attitude générale du jeune homme qui fait sortir le juge de ses gonds – à moins que la scène soit jouée, pour impressionner le garçon :

« Vous n’avez pas pu vous contrôler, monsieur ? Mais vous savez qu’avec un coup de poing, on peut tuer quelqu’un ? Et même si c’était votre copine, pas votre ex-copine, quand bien même ? Si vous réagissez comme ça, vous avez un problème, monsieur ! Votre échelle de valeurs est mal réglée, monsieur ! Votre positionnement ironique me pose problème ! Et pire, vous avez dit aux policiers : « Il aurait dû assumer ses actes et ne pas porter plainte, ça doit se régler dans la rue ». Non, non, monsieur, avec cette attitude, un jour, c’est à la maison d’arrêt que vous allez vous retrouver ! »

« Dans la toute puissance », « lâche », « gratuitement violent »… Procureur et avocate de la victime – absente au tribunal – en remettent une couche. Le jeune homme repart sa condamnation en poche : 105 heures de travaux d’intérêt général à effectuer auprès d’une collectivité ou d’une association dans les 18 prochains mois, mais également 500€ d’amende pour préjudice physique, 75€ pour dégâts matériels et 450€ pour les frais d’avocat de la victime.

L’avocat s’en prend à un ado dans la rue

A la maison d’arrêt de l’Elsau, le dernier prévenu de la matinée s’y rend souvent, mais pas les menottes au poignet. Ce matin-là, un avocat pénaliste strasbourgeois se retrouve à la barre, accompagné de l’un de ses « collègues et amis » venu le défendre.

L’histoire est banale, comme toutes celles qui précèdent : il y a un an, l’avocat est au volant de la voiture de son beau-père, lui-même avocat. Dans une ruelle perpendiculaire à la rue de la Mésange, au centre-ville, le feu passe deux fois au rouge sans que l’homme ait le temps de s’engager. Au troisième feu vert, il démarre en trombe et frôle un couple d’adolescents bien décidé aussi à passer. Le jeune homme, effrayé et énervé, met un coup de pied dans la voiture de l’avocat, qui voit rouge et sort de son véhicule. Les versions divergent à la marge, mais le résultat est là : l’ado se prend un coup de poing dans le visage qui lui brise le nez.

« Je suis content que mon gamin ne soit pas là pour voir ça »

Tandis que l’avocat reprend le volant et va déposer illico une main courante au commissariat, comprenant qu’il « a fait une connerie », le garçon rentre à Mulhouse, le nez en sang. Ses parents portent plainte et, à l’audience, angoissent de voir le cas de leur fils traité différemment des autres, au prétexte que l’agresseur est un homme du sérail. Le père prend timidement la parole, dépité :

« Je suis content que mon gamin ne soit pas là pour voir ça, à l’âge où il a besoin de comprendre ce que c’est la justice. Pour moi, c’est compliqué d’entendre quelqu’un comme monsieur se défausser… J’ai vraiment du mal. »

« La victime était mineure, vous étiez l’adulte »

Le président, un peu mal à l’aise, tente de rester ferme en s’adressant à l’avocat :

« La victime était mineure, vous étiez l’adulte. Je ne vais pas vous faire l’injure… la litanie sur ce à quoi peut conduire un coup de poing. C’est votre métier. Mais alors, pourquoi vous avez perdu votre sang froid ? »

L’avocat de répondre, sur un ton qu’il veut le plus humble possible :

« Il a commencé à m’insulter, je n’avais rien fait à ce monsieur. C’était un samedi, après une semaine harassante… Il m’a mis vraiment en colère. Je passe mon temps à dire aux autres que ça ne se fait pas… Je ne sais vraiment pas pourquoi j’ai fait ça. »

« Parce qu’on a 16 ans et qu’on se croit le roi du monde »

« Parce qu’on a 16 ans et qu’on se croit le roi du monde, on a la réaction disproportionnée d’un gamin vexé qui donne un coup de pied dans la voiture » et l’on partage la responsabilité de l’acte qui fait de soi une victime par la suite, tente de relativiser l’avocat de l’avocat. Mais le juge ne peut se permettre deux poids – deux mesures. Le pénaliste est reconnu « entièrement responsable » et condamné à 800€ d’amende. Privilège de caste peut-être, le juge accorde au condamné une dispense d’inscription au casier judiciaire.

Ce moment où tu partages tes chips avec la chanteuse et vingt inconnus

Ce moment où tu partages tes chips avec la chanteuse et vingt inconnus

AROS Production, label qui gère des groupes folk et rock de Strabsourg, a organisé son tout premier festival de concerts… dans des appartements de Strasbourg. C’était complet mais j’y étais.

Ce festival nommé « Comme Chez Watt » accueillait aussi bien des artistes du label, à l’image d’Oscar On the Lawn, que d’autres extérieurs, comme le duo X-TV ou le groupe The One Armed Man. Cette première édition a rencontré un vif succès, la vingtaine de places disponibles pour chaque soirée ont rapidement été réservées.

Heureusement, j’ai réussi à dégoter une place pour l’ouverture avec Oscar On the Lawn et Claire Faravarjoo, un lancement féminin tout en douceur. Ce sont des membres du label ou leurs amis qui ont accepté d’ouvrir leurs portes aux artistes et à leur public. Entretenant le mystère, ce n’est qu’une semaine avant la date qu’on recevait un message nous indiquant le lieu du rendez-vous.
Pour jeudi, c’était place de Zurich que ça se passait.

À côté du festival Paye ton Noël qui montait son stand, un petit groupe d’une dizaine de personnes attendait, autour de la sémillante Marie Furlan d’AROS Production. Elle tenait une pancarte « Comme chez Watt » habilement scotchée sur un sabre en plastique. Le ton de la soirée était donné. Pas de place au trop sérieux ou au guindé, ce qui est proposé c’est de la bonne musique, de la détente et de l’amitié !

On a parlé études, concerts et chats

On se faisait tous la bise et on discutait. Ça parlait concert, études et chats. Trois formidables sujets de conversation, crois-moi.

Une fois que tout le monde était réuni, on s’est dirigé vers l’appartement où le concert se tenait. Certains avaient amené de la bière, d’autres du cidre ou des chips. On était là, dans la cuisine d’un inconnu, en compagnie d’inconnus, à boire, grignoter et rigoler comme on aurait pu le faire chez soi, avec des amis.

À un détail près : on n’a pas tous la chance d’avoir une Oscar On the Lawn qui prépare sa guitare dans son salon.

Une fois l’artiste prête, on s’est donc tous retrouvés dans la pièce principale, nous asseyant sur le canapé ou les gros coussins posés au sol, sur une couverture toute douce. La petite guirlande lumineuse du plafond complétait parfaitement la convivialité de ce salon. C’est Alan Ros, chanteur et créateur du label AROS production, qui nous a souhaité la bienvenue avant de laisser la place à la jolie Oscar On the Lawn.

Festival Comme Chez Watt
Oscar On The Lawn, dans l’intimité d’un salon de la Krutenau (Photo Lulu / Rue89 Strasbourg)

Une tatoueuse à la voix douce

Seule avec sa guitare, elle a enchanté la quinzaine de spectateurs avec ses chansons lumineuses et guillerettes qui ont le don de donner le sourire. Cette jeune tatoueuse passionnée de musique réussit parfaitement à exprimer tout son enthousiasme et la beauté de sa sensibilité à travers ses morceaux si doux et la grâce de sa voix. Certains sirotaient leur bière en silence, les yeux émerveillés, d’autres tapaient du pied ou secouaient la tête en rythme. On se sentait proche des autres, proche de la chanteuse, on était à l’aise, heureux, comme chez soi.

Entre les chansons, comme à son accoutumée, elle faisait quelques blagues, papotait avec nous ou vérifiait que le chat de la maison n’allait pas lui sauter dessus.

Après son set, retour à la cuisine où l’on a repris un petit verre en papotant. Oscar On The Lawn s’est joint à nous. C’était chouette, vraiment. Il faut dire qu’on n’a pas souvent l’occasion de complimenter l’artiste qu’on vient d’admirer tout en lui passant le paquet de chips. Et à ce stade, tous les spectateurs avaient eu l’occasion d’échanger quelques mots. On est loin de l’anonymat d’un Zénith, c’est évident, et on était tous séduits, que ce soit ou non une première expérience pour nous.

Claire Faravarjoo nous a ensuite appelés au salon. Elle était accompagnée de son frère, bassiste du groupe, qui a exceptionnellement tenu le rôle de second guitariste. Je ne connaissais pas encore cette artiste, qui a pourtant participé à The Voice, rien que ça … Mais bon, TF1 et moi, ce n’est pas l’amour fou.

Festival Comme Chez Watt
Claire Faravarjoo a mobilisé son frère pour la seconde guitare. (Photo Lulu / Rue89 Strasbourg)

Un talent de malade

Cette petite nana super drôle a juste un talent de malade. Sa voix est incroyable, si claire, troublante. J’aurais aimé qu’elle ne s’arrête jamais de chanter. On peut bien sûr également saluer son talent de guitariste, tout comme celui de son frère qui s’est notamment permis une petite impro très fun avec un bottleneck. Les paroles de ses chansons étaient très belles, pleines d’émotions et toujours assorties de quelques phrases d’explications.

Bercée par la voix de Claire, dans l’intimité de ce petit salon entourée de gens souriants, je me sentais bien, heureuse, amoureuse. Un petit moment de joie, tout en musique, voilà ce qu’était ce concert. Après le rappel que la chanteuse a fait allongée au sol – il fallait être présent pour comprendre la private joke -, on a encore papoté un peu, autour d’une dernière bière, dans la cuisine, avec Oscar On the Lawn, Claire Faravarjoo et son frère.

Ces petites soirées se sont enchaînées jusqu’à dimanche à Strasbourg avec Foes, The One Armed Man, Petseleh, Geraint John Jones, X-TV et Joy and Glory. Vivement le prochain festival en appartement.

Bonus : les photos des soirées

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Pour ses 10 ans, Pelpass paie son Noël un peu partout

Pour ses 10 ans, Pelpass paie son Noël un peu partout

On vous en parle chaque année, le festival Paye ton Noël de Pelpass, c’est un peu comme une thérapie de choc contre la Noëlite aïgue qui frappe chaque Strasbourgeois au mois de décembre. Et cette fois, cette cure de bons sons et d’ambiances décadentes va durer deux semaines. Oui, c’est Noël.

C’est (déjà) la 10e édition du festival Paye ton Noël de l’association Pelpass. Pendant toutes ces années, 23  783 personnes sont venus écouter 179 groupes à chaque fois pendant les week-end de décembre au Molodoï le plus souvent. Mais cette année, c’est spécial, c’est fête, puisque le festival investit non pas une seule salle, non pas deux lieux mais 9 endroits différents dans Strasbourg, du 2 au 17 décembre !

Pas moins de 28 groupes sont programmés, 8 DJ’s et 7 compagnies qui doivent tous composer avec le thème de « L’espace ». Cette programmation sera en partie intégrée dans celle du marché « off » de Noël, avec des ateliers, un concours de courts-métrages et un barathon.

Tranquilles débuts place de Zurich…

Des ateliers DIY (« Do It Yourself ») auront lieu sur les trois premiers jours : construction de fusées, gravure, confection de combinaison spatiale, radio ainsi que des jeux seront mis à disposition. Et le soir, c’est petits concerts gratuits et spectacles de rue, aussi gratuits, parce que c’est Noël (voir ici le programme complet).

À noter dimanche soir, le premier épisode des « Chevaliers de l’Espace Temps » par la compagnie Spectralex. Ce spectacle raconte la geste de l’équipage du vaisseau interplanétaire Tempête en 2753, lorsqu’il s’écarte du système solaire afin de tenter pour la première fois un bon interstellaire… Il y a huit épisodes répartis sur toute la semaine qui suit.

A partir de lundi 5 décembre, le festival rejoint le Marché « off » de Noël, place Grimmeissen (voir ici notre article dédié) près de la Petite-France. De 14h à 19h, Pelpass propose des ateliers jeux et à 20h, la suite de l’odyssée du Tempête.

… et soirées infinies au Molodoï

Le lundi 12, Pelpass propose un barathon pour les motivés en occupant successivement le Kitsch n’bar, le bar de l’Odyssée, le Fat Black Pussycat  et le Mudd Club ! Une sacrée soirée qui commencera avec la techno-médiévale (?) de Bal’us’trad jusqu’au hip-hop de Art District. Et à partir de jeudi, l’association occupe le Molodoï avec trois soirées (hip hop, électro rock et « festif ») à la programmation bien bien chargée.

Samedi soir, il y aura notamment la fanfare Rillettes de Belleville :

Mais surtout, celui que les Inrocks appellent « le fils prodigue », El Hijo De La Cumbia :

Avec un « Off », Strasbourg tente de réconcilier ses habitants avec le Marché de Noël

Avec un « Off », Strasbourg tente de réconcilier ses habitants avec le Marché de Noël

L’idée d’un marché de Noël alternatif n’avait pas résisté aux mesures de sécurité décrétées en urgence fin 2015. Cette année, un « Off » a enfin pu être mis sur pied. Pas au quartier gare comme prévu, mais dans la grande-île, checkpoints obligent, sur la place du Grimmeissen vidée de ses voitures.

Une semaine après le lancement du Marché de Noël de Strasbourg, c’est au tour du « Off » d’ouvrir depuis le 1er décembre. Direction la place du Grimmeissen près de la Petite-France, où le parking à ciel ouvert est remplacé, non pas par des chalets en bois, mais des containers, qui rappellent plutôt le Port-du-Rhin et la Coop, que se partagent 24 exposants pour un peu plus de trois semaines.

Prévu l’an dernier place Hans Harp devant le musée d’art moderne, ce marché de Noël alternatif avait été annulé moins d’un mois avant son lancement à cause des contrôles aux abords de la grande-île décidés fin 2015. Cette première édition est organisée par la Chambre régionale de l’économie sociale et solidaire d’Alsace (CRESS).

Exit les chalets, place aux containers (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Exit les chalets, place aux containers (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Les seules tireuses à bière du marché de Noël

Que trouve-t-on sur cette place davantage à destination des Strasbourgeois que des touristes ? « Les seules tireuses à bières du marché de Noël », pointe Paul Meyer, adjoint au maire (PS) en charge de l’économie sociale et solidaire à l’initiative de l’événement, des tables de brasserie au milieu, jugées plus conviviales que les aménagements du marché classique.

Dans les stands, plusieurs associations ou entreprises locales, par exemple Envie, basé à Koenigshoffen, qui propose depuis 1984 la rénovation et réparation d’appareil électroménager, parfois « vintage » ou plus modernes et essaime dans toute la France, les Jardins de la Montagne Verte, association d’insertion habituée à la collecte de légumes bio route des romains, les ventes de paniers de fruits et légumes et la transformation. Leur large stand propose de la petite restauration.

Le petit dôme d'envie et ses produits réparés vintage ou moderne (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Le petit dôme d’envie et ses produits réparés vintage ou moderne (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Des appareils vintage ou moderne du côté de chez Envie (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Des appareils vintage ou moderne du côté de chez Envie (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Rencontres sérieuses et moins sérieuses

Sous le grand dôme, plusieurs rencontres et débats sont prévus. Pour les moments sérieux, on retrouvera par exemple le fondateur du site d’informations écologiques Reporterre, Hervé Kempf, un dialogue entre les sociétés Uber et Citiz sur la place de la voiture en ville, des explications sur le Stück, la monnaie locale strasbourgeoise. Pour les moments plus légers, place aux lettres au Père Noël, des contes, des massages ou concerts…

(photo JFG / Rue89 Strasbourg)
L’intérieur du dôme, aménagé par AV-LAB (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
L'intérieur du dôme sera aménagé différemment pour les rencontres et conférences (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
L’intérieur du dôme sera aménagé différemment pour les rencontres et conférences (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Un parcours d’art urbain (ou street art) de 34 œuvres est lui bien prévu quartier gare.

Le drapeau qui flotte sur tous les stands (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Le drapeau qui flotte sur tous les stands (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Petite vidéo de présentation

150 000 euros de budget

Lors du discours inaugural, Marc Brignon, délégué général à la chambre régionale à l’Economie sociale et solidaire (CRESS), a fait la promotion de ce modèle économique encore mal connu :

« Un des principes de l’ESS est de réinjecter les profits dans l’entreprise et non pour des actionnaires qui sont parfois trop gourmands. L’économie sociale et solidaire continue de créer des emplois, alors que le reste de l’économie en détruit. »

Exit les chalets, place aux containers (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Marc Brignon de la chambre régionale de l’économie sociale et solidaire (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Après le discours, il détaille l’organisation de cette première édition :

« Tout le monde a joué le jeu avec une mutualisation des structures. Chaque exposant a participé selon ses capacités pour en faire profiter les autres. Et puis on va jouer la transparence sur les chiffres d’affaires, pour qu’à terme ce soient les exposants qui financent majoritairement l’événement. »

Le budget prévisionnel est de 150 000 euros, dont un soutien de la Ville de Strasbourg de 68 000 euros, 10 000 euros de la Région Grand Est et des fonds européens.

Les discours inauguraux
Les soutiens de l’économie sociale et solidaire lors des discours inauguraux (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
(photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Pour le café, on rentre dans les container (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Réconcilier les Strasbourgeois avec le Marché de Noël

L’idée de Paul Meyer ne semble pas s’être imposée puisque « lorsqu’il a présenté ce projet, tout le monde ne l’a pas écouté de bonne foi », a souligné Alain Fontanel, premier adjoint au maire (PS) de Strasbourg lors des discours inauguraux. Mais pour Alain Fontanel, cet événement peut permettre de « réconcilier les Strasbourgeois avec le Marché de Noël » dans ce contexte hyper-sécuritaire :

« Le marché de Noël, c’est parfois beaucoup de contraintes, beaucoup de consommation… »

Le Bar chez Leon, en dehors et sous le dôme tentera d'animer la place (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Le Bar chez Leon, en dehors et sous le dôme tentera d’animer la place (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

L’adjoint du quartier gare, Paul Meyer, était en tout cas fier de pouvoir enfin concrétiser cette idée :

« C’était un besoin. L’économie sociale et solidaire n’était pas assez visible à l’heure où le commerce bat son plein. »

D’autres événements estampillés « Off » se déroulent dans une quinzaine d’adresses du quartier gare (au Troc’afé, au Camionneur, à Stimultania, au Mandala, au Graffalgar, etc.)

Le dôme central, au milieu de la place (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Le dôme central, au milieu de la place (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Manifestation d’habitants d’Hautepierre samedi contre la surfacturation des charges

Manifestation d’habitants d’Hautepierre samedi contre la surfacturation des charges

La rénovation urbaine a considérablement amélioré la qualité des logements du quartier de Hautepierre à Strasbourg, mais aussi leurs coûts ! Loyers et charges ont augmenté dans l’ensemble des immeubles HLM. Des habitants réunis en amicale dénoncent des surfacturations et appellent à une manifestation publique samedi.

Ils ont fait leurs calculs. Et selon l’amicale des habitants de Hautepierre, quartier en pleine rénovation urbaine à l’ouest de Strasbourg, les charges qui sont demandées aux locataires du parc social de CUS Habitat sont trop élevées.

Dans un communiqué, l’amicale explique :

« Nous avons collecté les montants des charges payées par les locataires depuis plusieurs années. Ce qui nous a permis de comparer les factures des mètres-cubes d’eau chaude et d’unité de chauffage payées aux sous-traitants par CUS Habitat à celles payées par les locataires de CUS Habitat. La conclusion de ce travail est une surfacturation de 600€ de charges d’eau chaude et de chauffage sur les trois années 2013 à 2015 par les locataire des HLM CUS Habitat à Hautepierre. »

La place Karine de Hautepierre (Photo Damien Senger / FlickR / cc)
La place Karine de Hautepierre (Photo Damien Senger / FlickR / cc)

L’amicale a rencontré la direction de CUS Habitat à plusieurs reprises, notamment pour l’alerter sur des malfaçons lors de travaux d’entretien. Mais les changements au sommet de CUS Habitat rendent les relations compliquées avec l’amicale, qui voit les délais de prise en compte de ses demandes s’allonger. Les premiers contacts datent de 2011 et, indique le communiqué, « nous n’avons aucune réponse sur le trop-perçu de charges et beaucoup reste à faire sur les travaux mal faits, notamment ceux des parties collectives des immeubles. »

Du coup, l’amicale a l’intention de porter l’affaire sur la place publique, littéralement, en organisation un rassemblement samedi 3 décembre à 16h30, place André Maurois, devant la mairie de quartier d’Hautepierre.

Rencontre et débat avec les 5 finalistes de La primaire.org

Rencontre et débat avec les 5 finalistes de La primaire.org

Alors que le deuxième tour de la primaire citoyenne « La primaire.org » approche, les organisateurs proposent de rencontrer les cinq finalistes à Strasbourg à la Maison des associations jeudi 8 décembre à 19h.

L’aventure démocratique de la primaire.org, qui vise à investir un candidat à l’élection présidentielle de 2017 en dehors d’un parti politique, poursuit son chemin. Le site internet a dépassé les 100 000 inscrits, son objectif minimal, avec une forte vague d’inscriptions lors du premier tour. Cette démarche s’appuie sur le constat que les Français ne se sentent plus représentés par les partis politiques.

Après un premier tour qui a réuni 11 304 votants, il reste 5 candidats :

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Les cinq candidats restant et leur ordre d’arrivée au premier tour (capture d’écran, la primaire.org)

Rencontre et débat

À cette occasion, les organisateurs proposent aux candidats de se rendre dans plusieurs villes pour confronter leurs idées et rencontrer les électeurs autrement que derrière une caméra. Ce tour de France fait étape à Strasbourg le jeudi 8 décembre à la maison des associations à 19h, comme pour la première présentation que nous vous racontions en février.

Le vote pour le deuxième tour est prévu sur le site du 15 au 30 décembre, avec la méthode du jugement majoritaire. La primaire.org devra ensuite aider le candidat choisi à obtenir 500 parrainages d’élus pour participer à l’élection présidentielle. Deux autres tentatives de primaire citoyenne en dehors des partis politiques, « La primaire des français » et « La vraie primaire », n’ont pas réussi à aller à leur terme.

Samedi, soupe solidaire pour alerter sur l’état de l’accueil d’urgence

Samedi, soupe solidaire pour alerter sur l’état de l’accueil d’urgence

Le collectif « sans dents mais pas sans droits », composé de bénévoles, salariés ou de citoyens engagés au sein d’associations luttant contre la précarité, organise une « soupe solidaire », samedi 3 décembre à la gare de Strasbourg, pour alerter sur l’augmentation des personnes restant sans hébergement. Le collectif avait déjà manifesté pendant l’inauguration du Marché de Noël, place Kléber, avec des pancartes rappelant que, selon eux, « 476 adultes et 63 enfants » allaient passer cette nuit dehors.

Le 25 novembre, le collectif "sans dents mais pas sans droits" avait tenu à rappeler que ce n'était pas Noël pour tout le monde (Photo collectif / Facebook)
Le 25 novembre, le collectif « sans dents mais pas sans droits » avait tenu à rappeler que ce n’était pas Noël pour tout le monde (Photo collectif / Facebook)

Dans un communiqué, le collectif dit « s’insurger contre la situation actuelle » :

« Le nombre des personnes à la rue ne fait qu’augmenter. Dans nos permanences, durant nos maraudes, les tensions sont de plus en plus vives. Ce constat relayé dans la presse ne trouve pas d’écho auprès des pouvoirs publics dont le service stagne ou régresse. Face à ce contexte dramatique, nous dénonçons : la non-écoute des institutions publiques, l’abandon par l’État et le Conseil départemental du Bas-Rhin des plus pauvres, la baisse significative des subventions qui met en péril plusieurs structures contraintes de licencier leurs salariés et de réduire leurs aides, l’absurdité du plan hivernal qui ne répond pas à ses ambitions et se limite à une vision à court terme et l’inefficience du 115 liée au manque de places d’hébergement d’urgence, le recours majeur aux hôtels pour ne pas inscrire dans les budgets un investissement pour des foyers pérennes ! »

Les membres du collectif poursuivent :

« Nous demandons la mise à l’abri rapide de chaque personne, une politique publique sur le long terme, une priorisation affichée des budgets (Etat, Conseil départemental du Bas-Rhin, Eurométropole de Strasbourg) vers les actions au service des plus démunis, un renforcement de la présence du Conseil communal de l’action sociale et un dialogue constructif avec les pouvoirs publics. »

Le communiqué termine en promettant « d’autres actions pour diffuser ces constats, dénoncer ces manquements et changer la situation des plus démunis à Strasbourg. »

À 25 ans, le Syndicat potentiel pourrait se retrouver à la rue à la Saint-Valentin

À 25 ans, le Syndicat potentiel pourrait se retrouver à la rue à la Saint-Valentin

Un compromis de vente a été signé pour l’immeuble rue des couples à Strasbourg qui héberge la galerie alternative du Syndicat potentiel. La municipalité réaffirme son soutien pour conserver ce lieu culturel emblématique de la Krutenau, mais le temps presse désormais.

En mai 2016, l’association le Faubourg apprenait que son bail de neuf ans ne serait pas renouvelé en février 2017 suite à la mise en vente de l’immeuble où son local, le Syndicat potentiel, occupe le rez-de-chaussée. Six mois plus tard, une promesse de vente précise cette menace de déménagement.

L’identité de l’acquéreur n’est pas encore connue de l’association, ni de la municipalité, mais compte tenu de la hausse des loyers dans le quartier, il n’est pas sûr qu’il maintienne le prix de 580 euros par mois. Compte tenu de son petit budget (un salarié), une augmentation substantielle forcerait l’association locataire depuis 1992 à aller voir ailleurs.

Jean-François Mugnier, Coordinateur du Syndicat Jacques Ringele Président de l'association, artiste et technicien d’enseignement artistique à la HEAR Françoise Vincent-Feria Membre active, artiste (Collectif Vincent+Feria) et Enseignante-chercheur à l’université de Strasbourg (Faculté d’arts plastiques) Souad El-Maysour Membre active, artiste et Déléguée Grand-Est du CAAP ( Comité des Artistes Auteurs Plasticiens ), ancienne présidente de la HEAR, etc. Invités : Jean-Claude Luttmann artiste, Enseignant à la HEAR retraité
Jean-François Mugnier, Souad El-Maysour, Jacques Ringele, Françoise Vincent-Feria et Jean-Claude Luttmann, membres et soutiens du syndicat potentiel. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Un lieu unique

Lors d’une conférence de presse jeudi, cinq membres et soutiens de l’association ont tenu à rappeler les actions du Syndicat potentiel, qui va fêter ses 25 ans. Fondé par des anciens élèves des écoles d’art strasbourgeoises, le lieu accueille 15 à 20 expositions chaque année.

Parmi ces membres, l’ancienne adjointe au maire Souad El-Maysour, démissionnaire en avril, membre active, artiste et déléguée Grand-Est du Comité des Artistes Auteurs Plasticiens (CAAP) :

« Les arts visuels ont toujours été les parents pauvres par rapport aux arts vivants et du spectacle à Strasbourg, qui a un budget annuel pour la culture de 79 millions d’euros. La Ville peut encore préempter, on croyait même qu’une solution avait été trouvée. C’est un lieu de recherche pour les artistes, de foisonnement avec une identité particulière. »

La subvention annuelle de l’association par la Ville est de 15 000 euros. Le bailleur social, Habitat de l’Ill, aurait pu se porter acquéreur des lieux, mais les négociations n’ont pas abouties avant qu’une autre offre privée soit formulée.

Pour une autre membre, Françoise Vincent-Feria, enseignante-chercheur à la faculté d’arts plastiques, ce lieu a un aspect unique, par sa programmation et son côté moins institutionnel que les écoles d’art, mais qui propose tout de même un accompagnement juridique et financier des jeunes artistes. Avec ses élèves, elle a pu organiser un séminaire d’une semaine où le public était amené à participer.

« On ne les laissera pas tomber »

Tous les regards se tournent vers la municipalité qui pourrait utiliser son droit de préemption, c’est-à-dire passer avant l’acheteur pour prendre possession des lieux. Le premier adjoint au maire Alain Fontanel (PS), en charge de la Culture, réaffirme le soutien du printemps dernier :

« Il y a un enjeu pour le syndicat potentiel, mais aussi pour le quartier. On regrette la vente, car il y avait des discussions avec un bailleur social et elle va accélérer les choses. Mais on ne laissera pas tomber l’association. La préemption est une procédure assez complexe et chère, d’autres options sont également à l’étude. »

Même si « dans l’idéal » elle aimerait rester rue des couples, l’association s’est dite ouverte à d’autres propositions de relogement à condition que ce soit dans un lieu « central ». Elle fait partie du collectif « l’autre Manufacture », qui vise à répondre à l’appel à projet pour la manufacture des Tabacs. Autre possibilité, le premier étage de l’Ancienne Douane ou l’idée d’un lieu de restauration autour de stands de producteurs locaux a été abandonnée et pour lequel aucun autre projet est encore défini.

En attendant, le syndicat potentiel continue de rassembler ses soutiens (80 collectifs et artistes, plus de 2 000 signataires) avec une pétition en ligne et un appel aux dons.

Claude Froehly, futur maire d’Illkirch-Graffenstaden suite au départ de Jacques Bigot

Claude Froehly, futur maire d’Illkirch-Graffenstaden suite au départ de Jacques Bigot

Une page se tourne à Illkirch-Graffenstaden, au sud de Strasbourg, où le sénateur-maire Jacques Bigot (PS), élu depuis 1995, va céder sa place. Son premier adjoint Claude Froehly assurera la deuxième moitié du mandat.

Un premier adjoint est fait pour suppléer le maire lorsqu’il s’absente. Et à Illkirch-Graffenstaden cela tombe bien car le maire Jacques Bigot (PS), devenu sénateur en 2014, sera confronté à la loi contre le cumul des mandats en 2017 et va laisser sa place. Pas de révolution de palais dans cette commune au sud de Strasbourg, puisqu’on va miser sur la continuité.

L’information d’une démission imminente avait été confirmée ces derniers jours, mais les DNA connaissent la date. C’est à partir du conseil municipal de ce jeudi 1er décembre que Claude Froehly assurera l’intérim, puis sera le seul candidat PS à une élection par le conseil municipal. Sauf rebondissement, il aura pour mission de terminer le mandat qui s’achève en mars 2020. Et plus si affinités.

21 ans en tant que maire

Claude Froehly, nouveau maire d'Illkirch-Graffenstaden (photo ville de Strasbourg)
Claude Froehly, nouveau maire d’Illkirch-Graffenstaden (photo ville de Strasbourg)

Une page politique se tourne dans cette commune de 27 000 habitants. Jacques Bigot est entré dans l’opposition en 1983 et a été maire depuis 1995, dans une ville où la droite réalise pourtant de bons scores aux autres élections. Les dernières réalisations ont été le prolongement du tramway A jusqu’au centre et la salle culturelle la Vill’a. Son mandat de sénateur court jusqu’à 2020. Il a notamment travaillé sur des lois contre le terrorisme et en ce moment sur la loi « Justice du XXIè siècle ». Autre indicateur de cette fin de cycle illkirchois, le directeur des services à la mairie est promu dans une autre collectivité territoriale le 1er janvier.

« Une machine à perdre »

D’autres noms avaient circulé pour prendre les commandes de la Ville, comme ceux de Séverine Magdelaine ou Emmanuel Bachmann. Alors que la campagne de l’élection législative partielle commençait à Strasbourg en mars 2016, Claude Froehly s’était fendu d’une tribune où il estimait que le PS devenait une « machine à perdre » avec son système d’investiture des candidats, par les militants : « Celui qui contrôle les adhérents est automatiquement désigné candidat », avait notamment fait valoir l’élu. En parlant de défaite, Claude Froehly et sa binôme avaient été éjectés dès le premier tour des élections départementales en mars 2015 sur le canton d’Illkirch-Graffenstaden au détriment de la droite et du Front national.

Certains observateurs y voyaient une stratégie de menace de « bordelisation » de la circonscription où le strasbourgeois Philippe Bies (PS), ancien élu d’Illkrich est député et aura fort affaire pour être réélu en 2017.  Le texte était une allusion à peine voilée aux cadres du PS local, plutôt proches de Philippe Bies ou Séverine Magdelaine.

Il avait aussi ajouté qu’il avait refusé un soutien public de Philippe Bies, trop occupé à défendre le bilan de François Hollande à ses yeux, tandis qu’il préférait les actions d’Emmanuel Macron, Manuel Valls et défendre un bilan local. Tout ce beau monde semble rabiboché, puisque Philippe Bies a fait valoir que « L’équipe municipale [d’Illkirch] désormais dirigée par Claude Froehly saura relever le défi de cette transition tranquille. » Claude Froelhy n’était, lui, pas joignable ces derniers jours.

En charge du Sport à l’Eurométropole

À l’Eurométropole, Claude Froehly s’occupe de la politique du Sport. Jacques Bigot y est également président du groupe PS, un mandat non-exécutif qu’il est autorisé à conserver s’il choisit de rester à l’assemblée des 28 – bientôt 33 – communes, sachant qu’Illkirch va perdre un de ses représentants avec l’arrivée de cinq nouvelles communes. Les DNA indiquent qu’il restera au moins au conseil municipal d’Illkirch.

Jacques Bigot a lancé sa campagne le 21 janvier 2014, entouré de plusieurs adjoints dont Claude Frœhly, conseiller général et communautaire (Photo MM / Rue89 Strasbourg)
Après 21 ans en tant que maire, Jacques Bigot (au centre) va laisser sa place à son premier adjoint Claude Frœhly (à gauche) (Photo MM / Rue89 Strasbourg)

Où est passée la piscine de Hautepierre ?

Où est passée la piscine de Hautepierre ?

Après démolition, les travaux de reconstruction de la piscine de Hautepierre ont enfin commencé. La réouverture est prévue pour l’été 2018, sans bassin petite enfance.

Depuis ce mois de novembre, les travaux de gros-œuvre de la future piscine de Hautepierre au nord-ouest de Strasbourg ont enfin commencé. Le rez-de-chaussé des bâtiments de l’ancienne piscine, à la station de tram Parc des Sports, a été démoli. Ne restent plus que les sous-sols.

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Un nouveau bassin nordique

L’ancien bassin en carrelage doit être rénové avec un fond inox et diminué de profondeur. Dans la nouvelle version de la piscine, dont l’ouverture est prévue pour l’été 2018, il servira pour l’apprentissage de la natation et les activités des associations.

Un nouveau bassin nordique, c’est-à-dire non couvert comme à la piscine du Wacken, sera mis à disposition du grand public. Il comptera 10 lignes d’eau de 25 mètres. La nouvelle piscine aura des vestiaires intérieurs et extérieurs. Comme l’ancienne, elle disposera d’un toboggan, assure la Ville.

Vue extérieure de la future piscine de Hautepierre (Doc remis - Thierry Nabert Architecture)
Vue extérieure de la future piscine de Hautepierre (Doc remis – Thierry Nabert Architecture)
Vue extérieure de la future piscine de Hautepierre (Doc remis - Thierry Nabert Architecture)
Vue extérieure de la future piscine de Hautepierre (Doc remis – Thierry Nabert Architecture)

La piscine de Hautepierre est fermée depuis août 2015. Son chantier est le plus long des chantiers de rénovation des piscines de l’agglomération. Dans le cadre du « plan piscines » de 100 millions d’euros de l’Eurométropole, il s’agit de la sixième rénovation de piscine depuis 2010. La reconstruction de la piscine de l’ouest strasbourgeois va coûter 15,3 millions d’euros à la collectivité.

Des projets en suspens

Le « plan piscines » prévoyait aussi pour Hautepierre un projet de bassin annexe pour les familles et les jeunes enfants. Mais pour l’heure, l’Eurométropole laisse ce volet en attente et n’avance aucun agenda pour sa concrétisation.

La collectivité dispose encore, en théorie, de 30 millions d’euros pour boucler son « plan ». Avec cette somme, elle doit s’occuper des bassins d’Illkirch-Graffenstaden et de la Robertsau. Mais le devenir de ces deux équipements n’est pas tranché. Une fois les travaux de la piscine de Hautepierre terminés, ce sera d’abord au tour des Bains municipaux de fermer pour travaux. La rénovation des Bains fait l’objet d’un programme budgétaire à part, distinct du « plan piscines ».

Milo Rau assène son théâtre du réel au Maillon

Milo Rau assène son théâtre du réel au Maillon

Le Maillon accueille les 2 et 3 décembre Mitleid – Die Geschichte des Maschinengewehrs, autrement dit Compassion – L’histoire de la mitraillette, du metteur en scène suisse Milo Rau. Créée en janvier 2016 à la Schaubühne de Berlin, la pièce met les Européens que nous sommes face à leurs contradictions – et leurs responsabilités – en ce qui concerne le sort des réfugiés et la guerre civile au Congo. Entretien avec un homme qui nourrit le théâtre de son indignation.

C’est bientôt Noël. Novembre a été rude. Le froid est mordant et la tentation grande de se laisser aller à fermer les yeux pour oublier un peu la fureur du monde. Avec Mitleid – Die Geschichte des Maschinengewehrs, Milo Rau ne nous fera pas ce plaisir. Son théâtre ne parle que de cela : les conflits, les rapports de pouvoir, la haine dans les grandes arènes géo-politiques. Ici deux femmes prennent la parole pour mettre en lumière le lien complexe des Européens à la compassion.

Ce n’est pas vraiment des réfugiés ou des victimes de la guerre civile congolaise dont on nous parle ici, mais bien de nous. Une pièce à mi-chemin entre la psychanalyse et le manifeste, qui pose la question : que peut le théâtre ? Et que pouvons-nous ? Rue89 Strasbourg a interrogé Milo Rau sur sa démarche théâtrale, son militantisme et sa façon de s’adresser aux spectateurs.

Milo Rau (Photo Thomas Müller / Document remis)
Milo Rau (Photo Thomas Müller / Document remis)

Rue89 Strasbourg : D’où viennent le titre et le sous-titre de la pièce ?

Milo Rau : La compassion est peut-être la question la plus anciennement traitée au théâtre, celle de la catharsis. Comment peut-on être touché par le destin d’un autre, qu’on le voie sur scène, dans les médias ou ailleurs? C’est une question politique et esthétique. Elle est incarnée dans la pièce par une grande actrice, Ursina Lardi. Elle parle de la compassion, mais aussi de son impossibilité à la ressentir. C’est lorsque l’histoire de la pièce part vers le Congo qu’on va comprendre d’où vient son traumatisme, son manque de sentiment.

« C’est toujours celui qui a les mitraillettes qui gagne. »

Le sous-titre, L’histoire de la mitraillette, fait référence à Dogville de Lars Von Trier. On y explique que c’est toujours celui qui a les mitraillettes qui gagne. L’histoire de la pièce commence en 1994 avec le génocide au Rwanda, puis l’armée Tutsie entre au Congo pour rechercher la vengeance. Le côté qui a les mitraillettes change. C’est un point de vue très pessimiste sur l’histoire humaine.

La situation au Congo semble capitale pour vous. Comment l’avez-vous découverte ?

La première fois c’était quand j’ai commencé à travailler sur ma pièce Hate Radio, en 2010. J’ai alors passé quelques mois au Rwanda. J’ai fait une reconstitution d’une radio génocidaire où les génocidaires étaient joués par des survivants du génocide. Ce renversement de la situation était extrêmement intéressant. Hate Radio a beaucoup tourné en France – mais pas à Strasbourg je crois.

« J’ai vu beaucoup de choses »

Plus tard je suis revenu au Congo de l’Est pour Le Tribunal sur le Congo. J’y ai passé beaucoup de temps en 2014 et 2015. C’est une région totalement déstabilisée depuis 20 ans, juste après le génocide. Il y a une guerre civile, une guerre économique aussi. Six millions de morts. C’est une situation qui m’a beaucoup touché, qu’on retrouve dans MitleidCompassion. J’ai été témoin d’un grand massacre, par hasard, de déportations de masse par les grandes entreprises de coltan et d’or. J’ai vu beaucoup de choses. C’est pour ça que j’ai voulu créer Le Grand Tribunal sur le Congo au Congo, et ensuite à Berlin.

"Mitleid - Die Geschichte des Maschinengewehrs" (Photo Daniel Seiffert)
« Mitleid – Die Geschichte des Maschinengewehrs » (Photo Daniel Seiffert)

Qu’est-ce que la situation au Congo raconte de la société occidentale ?

Il y a une très belle citation de Karl Marx qui dit que si on veut connaître la vérité au sujet de notre société bourgeoise en Occident, il faut aller dans les colonies. C’est ça que le Congo est pour l’Europe. Le livre Congo, une histoire de David Van Reybrouck montre bien cette histoire parallèle de l’Europe à travers le Congo.

« Le problème des Congolais, c’est qu’ils ont toujours eu ce dont nous avions besoin »

Le problème des Congolais, c’est qu’ils ont toujours eu ce dont nous avions besoin : des esclaves, du caoutchouc, du coton, de l’or, même de l’uranium. Ils ont tout ! C’est leur richesse qui fait le côté sombre de notre propre histoire. Le Congo est complètement influencé par les besoins économiques de l’Europe -qui est un continent très pauvre en matières premières. C’est ça qui fait du Congo un pays tellement important, et tellement dans la merde depuis plus de 100 ans maintenant.

Votre théâtre est-il militant ? Un appel à l’action ?

Certaines pièces sont des appels à l’action, d’autres, comme Civil Wars, sont plutôt des descriptions déprimantes… [rires] Dans CompassionMitleid, il y a un appel à l’action mais aussi quelque chose de sinistre, de très dur, qui glace les gens. L’activisme dans le théâtre est plutôt quelque chose d’indirect. C’est par l’émotion et par l’histoire que quelque chose, peut-être, se déclenchera chez le spectateur.

Consolate Sipérius dans "Mitleid - Die Geschichte des Maschinengewehrs" (Photo Daniel Seiffert)
Consolate Sipérius dans « Mitleid – Die Geschichte des Maschinengewehrs » (Photo Daniel Seiffert)

« Une zone post-conflit », vraiment ?

Le théâtre est-il politique ?

Oui, si l’on regarde la politique comme le fait de montrer des antagonismes qui ne sont pas visibles dans le vie quotidienne. Si tu vas au Congo de l’Est, par exemple, même si tu es témoin de massacres et de déportations, tout le monde va te dire : « c’est une zone post-conflit. » Une pièce de théâtre, ou un film, ou un tribunal, doit montrer que la guerre existe, pourquoi elle existe et comment. Montrer ces antagonismes c’est peut-être aussi montrer notre culpabilité à nous.

En quoi vos études de sociologie influencent-elles votre théâtre ?

Il y a beaucoup de façons d’être sociologue. Ce que j’ai appris, par exemple avec Bourdieu, c’est de rentrer dans les situations desquelles on parle. Ce n’est pas une sociologie théorique, comme le marxisme par exemple, c’est une sociologie où l’on essaie de vivre aux côtés de ceux dont on parle. C’est presque de l’ethnographie en fait, au sens politique du mot. Cela veut dire que si tu veux être boxeur tu dois apprendre à boxer. C’est pour ça que pour moi la recherche a toujours sa place dans la mise en scène.

« Le besoin du réel est crucial pour mon travail »

Je développe cette recherche avec les acteurs, on y travaille ensemble, comme pour le texte. On voyage. Si on parle du Congo, on y va, si on parle de la route des réfugiés, on suit cette route. Il y a bien sur aussi beaucoup d’autres choses de l’ordre fantasmagorique qui apportent d’autres dimensions dans la mise en scène. Mais en terme de méthodologie, le besoin du réel est crucial pour mon travail.

Vous êtes pessimiste ?

Je dis souvent que je n’ai pas d’illusions mais que j’ai de l’espoir. Je suis un pessimiste stratégique. [rires] C’est peut-être une façon d’arriver quand même à un autre endroit qui est mieux que celui de départ. L’optimisme et les illusions ne donnent pas beaucoup de sens à l’art. D’ailleurs quand on regarde l’histoire du théâtre la plupart des sujets sont tout à fait sinistres. Le conflit est à la source de la création dramatique.

Que diriez-vous à des spectateurs pour les convaincre de venir voir votre spectacle ?

Je dois avouer que je n’y ai jamais pensé ! CompassionMitleid est une pièce impressionnante. Avec des actrices formidables. C’est la raison pour laquelle moi je vais au théâtre, pour faire une expérience. Je vous invite à venir la faire avec nous.

L’exposition Regionale investit Aedaen, nouveau lieu d’art à Strasbourg

L’exposition Regionale investit Aedaen, nouveau lieu d’art à Strasbourg

Ça bouge rue des Aveugles à Strasbourg, où depuis  septembre un nouvel établissement de restauration a ouvert. Sous le nom d’Aedaen Place, l’endroit est la première moitié d’un complexe dont le volet consacré à l’art se développe en face, au numéro 6. Le chantier de réhabilitation n’a pas encore commencé que l’espace accueille une première exposition, façon page blanche.

Entre la Grand Rue et la rue du 22 Novembre, c’est dans un ancien magasin de salles de bain que se prépare un nouveau lieu d’art au concept inédit à Strasbourg. Investi par Franck Meunier et Patrick Adler en même temps que les locaux du restaurant en face, l’espace révèle un volume et un charme industriel insoupçonnables depuis la rue. J’y retrouve Raphaël Charpentié qui y officie en tant que directeur artistique et consultant.

l'une des salles arrière, où l'on aperçoit les oeuvres de Daniela Caderas et de Jisook Min (photo David Betziznger)
L’une des salles arrière de Aedaen, où l’on aperçoit les oeuvres de Daniela Caderas et de Jisook Min (photo David Betzinger)

Ce plasticien strasbourgeois a rencontré Patrick Adler lors des Ateliers Ouverts 2016, où le projet d’Aedaen (acronyme pour Art Every Day And Every Night) a fait écho à sa vocation de conseiller, comme il l’explique :

« Patrick et Franck m’ont parlé de leur envie de faire revivre l’ambiance des cafés littéraires de la Belle Epoque, avec une symbiose entre un bar-restaurant et un espace d’exposition, mais leur discours sur l’art avait besoin de s’accorder avec celui des structures prescriptrices en la matière. Les codes de la grande distribution et de la décoration ne sont pas les mêmes que ceux de l’art contemporain. Ayant toujours été à la marge de plusieurs groupes, de plusieurs réseaux, j’ai souhaité mettre mon expérience à leur disposition. J’aime mettre les gens, les idées, les envies, en relation et essayer de les faire fonctionner ensemble. »

le lieu en cours d'aménagement pour l'expo Regionale (photo CM/Rue89Strasbourg)
Le lieu en cours d’aménagement pour l’expo Regionale (photo CM/Rue89Strasbourg)

Dépasser la frontière entre logiques publiques et privées

A ce premier défi de susciter une reconnaissance par le milieu de l’art contemporain, s’ajoute celui d’un modèle économique atypique : restaurant et galerie doivent fonctionner en vases communicants. Hormis les galeries classiques, les lieux d’art privés sont rares, et de nos jours l’expérience vaut la peine d’être tentée selon Raphaël :

« On sait que les subventions à la culture se tarissent, et il faut aller au delà de cette schizophrénie dont font souvent preuve les artistes en France face à l’argent du privé. En Allemagne, en Angleterre par exemple, il y a moins de réticences à « vendre » son travail. Cela participe aussi à rendre sensibles les acteurs de l’économie de l’art à des formes plus radicales. J’ai l’impression que les lieux et les époques qui ont vu s’épanouir des mouvements artistiques ont en commun une économie qui s’adapte aux pratiques des artistes, et non l’inverse. C’est dans cette direction que nous allons travailler avec Aedaen. »

Pour créer un point de rencontre entre les artistes et les acheteurs potentiels, un grand travail de médiation sera donc entrepris : d’un côté, la valorisation et la découverte du travail des artistes, de l’autre, l’encouragement en partie au moins d’une production « vendable » : éditions d’artistes, peinture, œuvres sur papier etc. Ce qui n’empêchera pas la présentation d’œuvres plus difficilement commercialisables, installations, vidéos ou performances par exemple.

Un prolongement sur internet et un ancrage dans la vie artistique locale

Le complexe Aedaen continue jusque sur le web avec Aedaen.com, un site de vente d’œuvres d’art en ligne. Raphaël y pré-sélectionne les artistes avant que leurs candidatures soient validées par le comité artistique composé de personnalités du monde de l’art. Quel sera le lien entre le site et la programmation du lieu ? Raphaël précise :

« Le site de vente est une entité à part entière, tout comme le restaurant. Ces trois entités s’alimenteront les unes et les autres, pas forcément de manière exclusive. J’ai aussi envie de créer des événements, de faire venir d’autres artistes et d’associer les structures culturelles existantes de la ville. »

Pour l’instant, la nébuleuse est donc en voie d’organisation. Des rencontres avec auteurs, artistes et galeriste ont déjà eu lieu dans la partie café littéraire, et Aedaen a présenté un stand à Str’Off – la foire off de St-art. En attendant son ouverture officielle après travaux vers mai 2017, l’espace d’art prépare sa première manifestation en accueillant Accélérateur de Particules qui y présente l’une des expositions de la manifestation transfrontalière Regionale.

 Kathrin Borer, Don’t Sell Me Fear (photo Andreas Hagenbach)
Dans l’une des salles arrière, Don’t Sell Me Fear de Kathrin Borer (photo Andreas Hagenbach)

Des artistes allemands, suisses et français dans toute la ville

Accélérateur de Particules aime à organiser des expositions dans des lieux atypiques, en devenir : on se souvient notamment de Thrill qui a occupé en 2012 les locaux de l’ancienne Douane avant qu’ils ne soient partiellement réhabilités en épicerie bio. L’association sert de relais strasbourgeois à Regionale, une coopération transfrontalière entre 19 lieux d’art français, suisses et allemands. Avec un système de sélection des artistes sur dossier, puis de répartition géographique par les différents commissaires d’exposition, Regionale crée la circulation et le dialogue. A Strasbourg, pas moins de cinq lieux exposent dans ce cadre.

Les pièces des 17 artistes invités à Aedaen s’articulent autour de la notion d’opportunisme. Connoté plutôt négativement dans son usage courant, ce terme évoque aussi la capacité à se saisir des circonstances pour les tourner à son avantage : en biologie, les espèces dites « opportunistes » s’adaptent mieux à leur environnement et assurent donc leur survie. En réagissant à l’actualité, en interprétant la société sous forme de productions, les artistes obéissent ainsi à ce principe d’opportunisme, parfois de façon ironique ou transgressive.

 Rona Kobel, Nechbet (photo Andreas Hagenbach)
Rona Kobel, Nechbet (photo Andreas Hagenbach)

Daniela Caderas se joue des procédés de séduction visuelle omniprésents dans nos vies avec un hameçon géant – et tranchant – orné de matériaux brillants, qui attrape à coup sûr le regard sans forcément transmettre de message profond. Marine Dominiczak monte en bijou des formes moulées sur des « déchets » corporels : lors d’un séjour en Corée du Sud, elle y a découvert la pratique de diminution maxillaire largement pratiquée par les femmes.

L’étrange statuette de Rona Kobel fusionne l’enfant africain affamé et le vautour de la célèbre photo de Kevin Carter. Cible de nombreuses accusations de non-assistance, le photographe s’est suicidé trois mois après le cliché. Rona Kobel transforme son image en statuette de la déesse égyptienne Nechbet, protectrice des voyageurs du désert, comme pour essayer de soulager notre impuissance à aider.

Regionale se déploie sur toute la ville, avec une soirée-marathon de vernissages échelonnés entre Artothèque, Chaufferie, Ceaac, Aedaen et Stimultania le samedi 3 décembre. L’expositions à Aedaen est visible jusqu’au 8 janvier, une bonne façon de se changer le regard au milieu des décorations de Noël.

Wacken : les projets de la deuxième tranche du quartier d’affaires dévoilés

Wacken : les projets de la deuxième tranche du quartier d’affaires dévoilés

À l’occasion du Salon international de l’immobilier d’entreprises, du 30 novembre au 2 décembre à Paris, l’Eurométropole de Strasbourg, a choisi et dévoilé les projets architecturaux de la deuxième tranche du Quartier d’Affaires International du Wacken.

Selon un communiqué de l’Eurométropole de Strasbourg, les tandems Hubert Godet Architecte (Paris) / DeA Architectes (Mulhouse) d’une part, et Erik Giudice Architects (Paris) / 120 GR (Strasbourg) d’autre part, ont été choisis pour la réalisation architecturale de la deuxième tranche du Quartier d’Affaires International du Wacken.

La deuxième tranche correspond aux lots 3 et 4 du Quartier d’Affaires International (QAI), qui en comporte 5. La construction des tranches 1 et 2 a démarré, avec de nouveaux bureaux pour le Crédit Mutuel et le futur siège d’Adidas France.

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Le lot 3 à vocation mixte, mis en œuvre par Nexity (voir ci-dessus), sera signé pour la partie bureaux (4 700 m² – R+7 bis avec mezzanine) et commerces ou services (400 m²) par Hubert Godet Architecte et pour la partie logements (5 200 m² – R+15) par DeA Architectes. Selon le communiqué, le projet architectural introduit « une belle continuité avec les 2 précédents lots conçus par les cabinets OSLO et AEA. »

Selon l’Eurométropole, le jury a été séduit par « le jeu des volumes apporte de la dynamique et des aérations à l’ensemble du projet. Sa fonctionnalité et la distance « respectueuse » maintenue entre les logements et les bureaux ont été appréciés comme gages d’une cohabitation harmonieuse, de même que les nombreux espaces de convivialité envisagés (terrasses pour les commerces, terrasses privatives, vergers, aires de jeux, jardin commun en hauteur, réseau de placettes et surfaces extérieures généreuses). »

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Bouygues choisi pour la construction du lot 4

Le communiqué détaille ensuite le lot 4 à vocation mixte lui aussi, dont la réalisation est pilotée par le groupement Lazard group / Bouygues Immobilier. Il sera conçu par Erik Giudice Architects pour les bureaux (5 750 m² – R+8 bis avec mezzanine) et commerces ou services (550 m²), et par 120 GR pour ce qui sera des logements (3 870 m² – un plot à R+5 et une tour à R+15).

Le jury a cette été conquis par « le travail fin réalisé sur les volumétries des deux bâtiments, leur fonctionnalité, leur organisation et leur intégration urbaine, tout comme les ambitions énergétiques que porte le projet (un immeuble en énergie positive). Élégant avec ses étages décalés, l’immeuble de bureaux offre une façade verrière dynamique, jouant sur la transparence. Il sera raccordé au bâtiment de logements, agrémenté de loggias et de terrasses spacieuses, par un îlot central, paysager et ouvert, qui réserve lui aussi de beaux espaces de convivialité. »

Le lot 5 (8 900 m² de bureaux et commerces ; 11 000 m² d’infrastructures hôtelières) fera l’objet quant à lui d’un appel à candidature qui sera lancé dès janvier 2017 pour une désignation des promoteurs prévue à la mi-avril. Le Quartier d’Affaires International est doté d’une superficie globale de 4 hectares.

 

J’ai testé le Marché de Noël hyper-sécurisé

J’ai testé le Marché de Noël hyper-sécurisé

On nous a promis un coffre-fort à ciel ouvert, l’opération de sécurité la plus importante de France… Au Marché de Noël de Strasbourg, j’ai vu des CRS détendus, des vendeurs confiants et des touristes rassurés. Et je n’ai pas été fouillé.

Des camions sanitaires en travers de la chaussée, des blocs de béton maladroitement recouverts de branches de sapins, des trous dans les pavés du tram et des barrières, beaucoup de barrières, c’est la première image qu’ont de nombreux touristes lorsqu’ils arrivent au centre-ville de Strasbourg pour se rendre au Marché de Noël.

Il faut reconnaître que ce n’est pas très glorieux mais le check-point festif est un concept encore à inventer, peut-être qu’il a de l’avenir. Juché sur mon vélo, je me suis demandé si les contrôles et les palpations promis lors des multiples conférences de presse seraient de nature à casser l’ambiance. Mardi en milieu d’après-midi, j’approche du point de contrôle pont du Corbeau, deux vigiles en gilets jaune fluo me regardent du coin de l’oeil mais ils me laissent passer sans me fouiller.

Un peu frustré, et vexé, je ressors. Je longe la Grande Île par le sud pour retenter ma chance par le pont Saint-Nicolas. Je prends mon meilleur air conspirateur et là, une paire similaire de vigiles m’arrête. L’un d’entre eux regarde rapidement dans mon sac : un carnet de notes, un stylo… Ça va, je ne suis pas une menace contre la sécurité nationale. Je passe en notant que ce contrôle a eu lieu sous le regard de deux policiers. Malgré l’exiguïté du point de passage, aucun d’entre eux ne m’a demandé de descendre de mon vélo.

Les très seyants camions du service de la propreté de la Ville pour boucher les entrées (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
Les très seyants camions du service de la propreté de la Ville pour boucher les entrées (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)

Mousqueton et calissons

Me voilà place Saint-Thomas où quelques touristes flânent entre les chalets illuminés. Il n’y a pas foule mais la première semaine du Marché de Noël est connue pour être la plus calme. Je ne vois aucun policier à l’horizon. Les commerçants sont détendus, et les litres de vin chaud partent bien alors que la température flirte avec le zéro degré. Je croise une patrouille de trois CRS. L’un d’entre eux porte un mousqueton en bandoulière. La vue du fusil d’assaut pourrait impressionner mais le policier est plutôt occupé à négocier des boules de Noël. L’histoire ne dit pas s’il a eu un bon prix grâce à son armement…

Est-ce qu’ils font partie de ces policiers qui défilent à la nuit tombée pour protester contre leurs conditions de travail ? Mystère mais ils admettent qu’après des mois de castagne autour de la « Loi Travail », patrouiller en calot dans les rues illuminées du centre-ville de Strasbourg n’est pas la plus désagréable des missions.

Direction la Cathédrale. En passant par le village du Portugal, place Gutenberg, je croise une autre patrouille de CRS. Les forces de l’ordre sur le parcours sont très présentes mais pour autant, pas envahissantes. De nombreux policiers sont en fait en attente dans leurs camionnettes stationnées un peu partout aux abords des marchés, plus ou moins discrètement. Je croise aussi plusieurs patrouilles de militaires de l’opération Sentinelle, alors que le préfet avait pourtant indiqué qu’ils seraient confinés à l’extérieur du périmètre.

Au pied de la cathédrale, les forces de sécurité sont les plus visibles (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
Au pied de la cathédrale, les forces de sécurité sont les plus visibles (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)

La bonne opération du marché des délices

Place de la Cathédrale, une rangée de chalets tourne le dos à Notre-Dame. Ce n’est pas du meilleur effet mais le nombre de chalets a été réduit pour permettre les manœuvres des véhicules… de policiers. Là, leur présence est nettement plus visible. Deux camionnettes stationnent devant la Poste, une demi-douzaine de policiers municipaux et nationaux devisent des avantages comparés de leurs fonctions. Un vigile avec une thermos de café leur en propose. Refus poli. Je croise à nouveau deux policiers, mais d’un autre genre cette fois, avec une arme longue portée, des casques et des gilets pare-balles.

Toujours à vélo, je me rends sans problème place du Château. Les commerçants du marché des délices de Noël, auparavant installés place d’Austerlitz, apprécient leur nouvel emplacement. Ils ne sont plus « trop tôt ou trop tard » dans le cheminement des touristes. En voilà qui ne voient que du positif dans les contraintes de sécurité ! On entend toutes les langues du monde parmi les amateurs des délices, mais surtout de l’allemand et des pays de l’Est.

10h par jour dans le frois, au smic (Photo PF / Rue89 Strasbourg)
10h par jour dans le froid, au smic (Photo PF / Rue89 Strasbourg)

Vigiles, 10 heures dans le froid

Place Broglie, deux vigiles en gilets jaunes regardent passer les touristes nonchalamment. Il faudrait vraiment avoir l’air belliqueux pour que ceux-là prennent l’initiative de vous arrêter. C’est qu’ils entament leur huitième heure de veille statique, transis par le froid. Salariés intérimaires de GVS (Groupe Valliance sécurité) payés au smic, ils doivent assurer leur mission de 10h30 à 20h, avec 2 pauses royales de 30 minutes. Plus de 150 vigiles sont mobilisés pour cette 446ème édition du Marché de Noël.

Aksil n’en peut déjà plus de ce boulot, c’est, dit-il, « le métier le plus difficile que j’ai fait jusqu’à présent. Et ça ne vaut pas le coup à la fin du mois ». Son bonnet enfiché, il passe son temps à renseigner les touristes en fait. La Cathédrale, c’est tout droit, la Petite-France, sur votre droite, les toilettes ? Vous en avez un peu plus loin… Depuis le début du Marché de Noël, Aksil n’a fouillé que trois personnes. Ses cibles, ce sont surtout les « bandes de jeunes » et les pickpockets.

Deux grand-mères belges arpentent le Christkindelsmärik. Les mesures de sécurité ? Quelles mesures ? « Oh oui, on voit beaucoup de gendarmes », répond l’une d’elle. « On se sent vraiment en sécurité. » C’est l’essentiel.

Frédéric Simon débarqué de la direction du Maillon

Frédéric Simon débarqué de la direction du Maillon

Un bout de saison et puis s’en va. La collaboration entre le théâtre du Maillon à Strasbourg et Frédéric Simon se termine de manière précipitée.

L’expérience Frédéric Simon au théâtre du Maillon a été de courte durée. Arrivé du théâtre de Forbach en juillet 2015, le programmateur n’a présenté qu’une seule saison, celle qui se joue depuis septembre, après un an d’observation. Son mandat devait durer au moins jusqu’à 2018, date prévue du déménagement vers une salle toute neuve de l’autre côté de la place Adrien Zeller au Wacken. Il se terminera en décembre de manière anticipée.

Frédéric Simon, nouveau directeur du Maillon (Photo MB / Rue89 Strasbourg)
Frédéric Simon, nouveau directeur du Maillon (Photo MB / Rue89 Strasbourg)

Un communiqué du théâtre se contente de faire état de « profondes divergences » entre Frédéric Simon et l’association sur le projet de l’établissement. L’intéressé convient d’un « gros malentendu » :

« J’ai dirigé une scène nationale avant de venir à Strasbourg, je suis dans ce processus de développement. J’avais l’objectif d’emmener le Maillon vers la labellisation comme scène nationale en trois ans. Ça me parait une juste reconnaissance pour la qualité du travail qui est effectué au Maillon et en cohérence avec le futur théâtre qui doit être construit au Wacken. C’était dans le projet que j’avais présenté lors de mon recrutement, avec les budgets prévisionnels correspondants. On m’indique aujourd’hui qu’il ne faut pas changer le moteur mais qu’il faut néanmoins proposer plus… Je ne suis pas magicien. »

Régulièrement, la Ville indique qu’il n’était pas question pour elle d’augmenter ses financements culturels. Pour Frédéric Simon, cette affirmation était un encouragement à chercher des recettes ailleurs :

« Ce quartier du Wacken va avoir besoin d’un tiers-lieu, un endroit agréable et ouvert où les gens seront en contact avec l’expression culturelle, un peu comme le 104 à Paris. Mais pour qu’un tel lieu soit fonctionnel, le Maillon devra recruter plus de personnel. C’est pour ça qu’un label national aurait permis de décrocher des financements supplémentaires de l’État. »

Frédéric Simon aurait préféré partir à la fin de la saison

Les tensions entre la vision de Frédéric Simon et celle de l’association, financée à 85% par la Ville de Strasbourg, sont allés crescendo jusqu’à la dernière assemblée générale, où a été acté le divorce. Frédéric Simon aurait bien aimé rester jusqu’à la fin de la saison, « pour avoir au moins un bilan à présenter », dit-il. Mais le président de l’association, Michel Reinhardt, a préféré accélérer la séparation :

« C’est une rupture conventionnelle. On a fait le constat d’un désaccord, il n’était pas sain de continuer ainsi jusqu’en juin. Nous avons préféré nous concerter pour assurer l’avenir et la future saison, qui est presque entièrement bouclée. Un recrutement sera rapidement mis en place, avec des précisions sur l’objectif à atteindre pour le Maillon. C’est un échec collectif. »

Les deux parties assurent qu’il n’y avait pas de désaccord sur la programmation culturelle.

#Michel Reinhardt

Soirée autour des barquettes en plastique dans les cantines

Soirée autour des barquettes en plastique dans les cantines

Enjeux pour la santé des enfants, production des déchets… Une soirée est organisée à la maison des associations mercredi 30 novembre pour tout savoir sur la restauration scolaire alors que la Ville de Strasbourg va renouveler son marché en 2017.

Les parents d’élèves restent mobilisés pour la fin des barquettes en plastique jetables dans les écoles. Alors que le cahier des charges du nouveau marché public de la restauration scolaire est en cours de rédaction, le collectif « Projet cantines Strasbourg » continue d’informer sur le sujet avec une grande soirée à la maison des associations ce mercredi 30 novembre à 19h.

Les parents mettent en avant deux enjeux : un risque potentiel pour la santé des enfants à cause des molécules dégagées par le plastique chauffé (via les perturbateurs endocriniens) et la production de déchets évitables, à l’heure où Strasbourg n’a plus d’incinérateur. Une délibération de principe, votée à l’unanimité, a soulevé 36 minutes de débats lors du conseil municipal du lundi 21 novembre.

Les barquettes plastiques dans le viseur de parents d'élèves (Photo : Jeppestown via Visual hunt / CC BY-SA)
Les barquettes plastiques dans le viseur de parents d’élèves (Photo : Jeppestown via Visual hunt / CC BY-SA)

L’espoir d’une clause pour faire disparaître le plastique

Les parents espèrent désormais qu’une clause spécifiera que seules les entreprises qui proposent des contenants réutilisables, comme l’inox, seront acceptées. La publication est prévue pour la mi-décembre. Les changements (ou non) entreront en vigueur à la rentrée 2017.

Lors de la soirée du 30 novembre, cinq intervenants parleront du sujet :

    Professeur Pierre Souvet, Médecin, Président et co-fondateur de l’Association Santé Environnement France (ASEF) Jérôme Hannecart, Ingénieur sécurité alimentaire Simon Baumert, Co-fondateur du collectif Zero Waste Strasbourg, association de lutte contre les déchets Ludivine Quintallet et Fanny Taulou, représentantes de parents d’élèves, co-fondatrices du collectif Projet Cantines Strasbourg

Revoir les débats au conseil municipal du 21 novembre