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Éclairage urbain : Illkirch s’éteint la nuit, Strasbourg n’ose pas

Éclairage urbain : Illkirch s’éteint la nuit, Strasbourg n’ose pas

Pour baisser les dépenses d’éclairage public et réduire la pollution lumineuse, Illkirch-Graffenstaden a décidé de tenter la nuit noire dans ses rues. De son côté, Strasbourg ne franchit pas le pas, et préfère miser sur la technologie LED pour éclairer moins cher.

La ville d’Illkirch-Graffenstaden, au sud de Strasbourg, veut réduire son budget de consommation électrique annuel de 250 000€ à 210 000€. La solution choisie est radicale : « et si on éteignait tout ? » Enfin quasiment tout, puisque la ville expérimente depuis juillet et jusqu’à la fin de l’année une extinction de son éclairage public entre 1h30 et 4h30 du matin. Seuls les axes principaux (rue du 23 Novembre, route de Lyon, route Burkel, rue des Vignes, rue des Roseaux et avenue Messmer) sont gardés éclairés (voir ci-dessous).

Seuls quelques axes illuminent encore la ville d'Illkirch la nuit (Document remis/Mairie d'Illkirch-Graffenstaden)
Seuls quelques axes illuminent encore la ville d’Illkirch la nuit (Document remis / Ville d’Illkirch-Graffenstaden)

Mathématiquement, la consommation est effectivement en baisse, surtout que cela fait longtemps que la ville se targue d’être sur tous les fronts en matière d’économies d’énergie (voir encadré ci-contre). Et en cette période qui précède Noël, on assure aussi faire des efforts, d’après Marc Hoffsess, du service développement durable :

« On fait moins d’illuminations de Noël, et on est passé aux LED pour celles qui restent. »

La « reconquête de la nuit »

L’avantage, quand on a décidé de faire des économies d’énergie, c’est qu’on peut aussi surfer sur les arguments écologistes, comme le rappelle Marc Hoffsess :

« La loi biodiversité de cet été prévoit la protection de l’environnement nocturne. Tous les spécialistes disent que le jour permanent a des répercussions importantes, perturbe la faune et la flore, et surtout, l’homme, qui subit stress et troubles du sommeil. Il y a une dimension santé à la nuit. On est vraiment dans une dynamique générale de réduction de la lumière et de reconquête de la nuit. »

Marie Boehm était chargée de mission plan climat à l’association du Pays de Bruche Mossig Piémont, et elle confirme :

« Il faut que les communes se posent la question de l’extinction la nuit car l’éclairage à un impact sur la biodiversité. Certains arbres qui sont illuminés toute la nuit par exemple gardent leurs feuilles tout l’hiver. Leur cycle biologique est perturbé. »

En plus, agir sur l’éclairage, c’est diminuer la pollution : Illkirch compte réduire ses rejets de CO2 de 44,1 tonnes par an.

A Illkirch-Graffenstaden, la municipalité actionne tous les leviers pour faire des économies d'éclairage (Photo wikimedia commons/cc)
A Illkirch-Graffenstaden, la municipalité actionne tous les leviers pour faire des économies d’éclairage (Photo wikimedia commons/cc)

Un habitant : « c’est plus calme, ça fait du bien »

Pour l’instant, l’action de la municipalité est saluée par ses habitants. La Ville a lancé une consultation publique en septembre et les résultats ont été présentés fin octobre lors d’une réunion publique. Selon cette étude, 68% des participants sont favorables au principe d’extinction tel qu’il est mis en place aujourd’hui, principalement parce qu’ils approuvent la volonté de faire des économies d’énergie. 35% des personnes favorables proposent même d’étendre l’extinction géographiquement ou sur les horaires. Ils disent aussi ressentir des effets bénéfiques sur leur organisme.

Mathieu habite la ville depuis dix ans et ne pourrait être plus satisfait :

« On a enfin une action concrète pour baisser les consommations d’énergie. On dit toujours qu’il n’y a plus d’argent, alors voilà, il suffisait de couper l’éclairage quand on n’en a plus besoin. Et ce n’est pas plus mal pour l’environnement. Ça fait du bien, ça calme je trouve. »

Les femmes, premières victimes de l’obscurité

Alors on éteint les rues et tout le monde est content, le comptable de la Ville, les fleurs, les lapins, les résidents ? Oui et non, car comme toujours il y a des réticences : 32% des personnes consultées restent contre l’extinction, et invoquent en grande majorité un « sentiment d’insécurité ». Plusieurs fois, ils ont cité des cambriolages et une fois des rumeurs de meurtre…

Ils ont aussi des suggestions : certains souhaiteraient des exceptions à l’extinction, comme par exemple le cours de l’Illiade, la salle de spectacles, ou le long des pistes cyclables et des itinéraires très fréquentés par les piétons.

Tous les citoyens ne sont pas touchés de la même manière. Travaillant à Illkirch, Stéphanie a été étonnée qu’on parle d’espace public et de luminosité nocturne sans soulever les conséquences possibles pour les femmes :

« La question d’une femme seule la nuit devrait être posée quand on parle de dispositifs d’éclairage public. De nombreuses recherches le montrent, des femmes qui doivent aller d’un point A à un point B feront des détours pas possibles si le trajet direct n’est pas éclairé. »

Difficile d’articuler les objectifs de développement durable et de sécurité, en particulier de la population féminine, selon Stéphanie :

« ll faut bien sûr une action soutenable pour l’environnement. Mais quid des sujets qui l’habitent ? Il y a maintenant une recommandation européenne qui engage à intégrer une analyse genrée des politiques publiques. Ici, rien n’a été dit là-dessus. »

Pas d’impact sur la délinquance

Qu’importe, la Ville défend son expérimentation, à travers l’adjoint au développement durable Emmanuel Bachmann, qui botte en touche sur la question de la place particulière des femmes, et veut rassurer sur la sécurité en général :

« Ces horaires correspondent aux horaires de tram, ce qui permet aux gens qui arrivent à Illkirch de rentrer en sécurité. Il peut y avoir un sentiment d’insécurité, mais en réalité, si on regarde les chiffres de la délinquance, les incendies de voitures ou agressions surviennent le plus souvent avant minuit. Donc l’extinction de l’éclairage aux horaires choisis n’a pas d’impact là-dessus. »

Et lors de la réunion publique, un policier a montré que dans des expériences similaires d’autres villes françaises, la délinquance n’a pas augmenté. L’élu fait un bilan positif de l’expérimentation, qui remplit ses objectifs en permettant à Illkirch de baisser les factures tout en laissant respirer son environnement. En décembre, le conseil municipal a transformé l’expérimentation en politique permanente.

A Illkirch-Graffenstaden, on a choisi les heures d'extinction en fonction des horaires de tram (Photo wikimedia commons/cc)
A Illkirch-Graffenstaden, on a choisi les heures d’extinction en fonction des horaires de tram (Photo wikimedia commons/cc)

Plus timide, Strasbourg veut « éclairer juste »

À Strasbourg, avec 28 000 points lumineux et 230 bâtiments publics, la municipalité dit vouloir agir sur la qualité plutôt que la quantité. Malgré de nombreux parcs et zones calmes, pas question de nuit noire à Strasbourg qui veut seulement « éclairer juste » et atteindre une baisse de 25% de sa consommation électrique entre 2010 et 2020. Pour mettre cela en œuvre, la Ville rappelle qu’elle a signé la charte d’engagement volontaire de l’Association Nationale pour la Protection du Ciel et de l’Environnement Nocturne (ANPCEN).

Pierre Albrecht dirige le département éclairage public et explique comment la Ville s’y prend :

« Le maître-mot c’est l’écoconception, c’est-à-dire éclairer uniquement là où la lumière est nécessaire. Ensuite, il y a la maîtrise du temps d’allumage. Tous les bâtiments gérés par la Ville sont éteints à partir de minuit, à part la Cathédrale. Certains parcs aussi, comme celui de l’Orangerie, sont complètement éteints la nuit. On module aussi en fonction de l’heure, l’éclairage n’est pas à puissance constante entre 22h et 6h du matin. »

La cathédrale s'est parée d'un nouvel éclairage à l'automne 2016 (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)
La cathédrale s’est parée d’un nouvel éclairage à l’automne 2016 (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)

Les LED pour baisser la facture

Surtout, on mise concrètement sur un changement de technologie : passer aux LED (Diodes Electro Luminescentes) doit permettre un éclairage suffisant mais à moindre consommation comme l’explique Pierre Albrecht :

« Avant nous avions des ampoules à 100 watts (W), puis on est passé à du 60 W, et aujourd’hui, nos dispositifs LED sont à 30 W pour une même intensité lumineuse. »

Résultat, des factures en baisse :

« En 2010, on consommait 17 Giga Wattheures (GWh) par an, et en 2015, 13,5 GWh. On est sur une bonne lancée pour l’objectif de 25% d’économies. Sur les grands axes on fait entre 30 et 50% d’économies d’énergie. »

La Ville étend le concept au-delà des simples lampadaires. Ainsi, les illuminations du barrage Vauban sont à présent à 100% dotées de lampe LED, tout comme les Illuminations de Noël.

Réduire l'éclairage permet à la faune et à la flore de retrouver un cycle normal de vie (Photo François Reiniche / FlickR / cc)
Réduire l’éclairage permet à la faune et à la flore de retrouver un cycle normal de vie (Photo François Reiniche / FlickR / cc)

La techno LED encore mal maîtrisée

Certaines voix sceptiques alertent sur les faux gains en termes d’économies et d’écologie. Pour Guillaume, auto-entrepreneur qui travaille dans l’éclairage public depuis plus de dix ans, aucune amélioration n’est à prévoir sur tous ces points, et les dispositifs de la ville seront inefficaces :

« Remplacer tout un dispositif en LED ne permet pas de faire d’économies, au contraire. Il faut compter les coûts de fonctionnement, mais aussi l’investissement et la maintenance. Une ampoule LED peut arriver en fin de vie au bout de 5 ans, ce n’est pas si long. En plus, un dispositif LED à réparer, c’est 150€ pour la lampe et 150€ pour le module d’alimentation qui va avec. La plupart du temps ils sont encastrés l’un dans l’autre et si l’un casse, il faut tout changer. Il y a des garanties mais souvent pas très longues et qui ne recouvrent pas la main-d’œuvre. »

Marie Boehm soulève, elle, les inconnues du système LED :

« Des communes partent de plus en plus sur de la LED car c’est efficace techniquement mais on ne connaît pas encore les conséquences sur les animaux et l’humain. »

Pierre Albrecht garde un volontarisme optimiste, et rappelle que chaque projet de la Ville raisonne en coût global de fonctionnement et d’entretien :

« Le prix de la LED baisse de plus en plus, alors que ses performances ne vont faire qu’augmenter. De plus, les coûts d’investissement sont directement compensés car la LED permet de diminuer et de mieux répartir le nombre de points lumineux. Pour l’entretien, il faut certes une très bonne connaissance de la technologie LED, mais nos agents sont actuellement en train d’être formés pour gérer au mieux les réparations. Sur les points LED que nous avons déjà, les taux de pannes ne sont pas très importants. »

Un peu de greenwashing ?

Tout de même, Guillaume pense que l’engagement écologique et économique de la Ville de Strasbourg serait une illusion. Il en veut pour preuve les 100 encastrés au sol en ampoules LED qu’on trouve place du Château, concept auquel l’ANPCEN est opposée en raison de son efficacité limitée et sa courte durée de vie mais pour lesquels Strasbourg a reçu le « Prix Lumière durable ». Pure accointance pour Guillaume :

« C’est Philipps qui remet ce prix, et il est le principal fournisseur de LED. L’entreprise récompense juste ceux qui ont le plus utilisé ses produits. Strasbourg n’a que faire de la charte de l’ANPCEN. Elle met en place ces dispositifs absurdes et contradictoires avec son engagement. »

Tous les soirs, la Ville éclaire la Place du Château avec des encastrés au sol (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)
Tous les soirs, la Ville éclaire la Place du Château avec des encastrés au sol (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)

Si on supprimait simplement des lampadaires?

Pour faire de réelles économies, pourquoi ne pas mettre fin à l’éclairage superflu ? Guillaume pointe la nouvelle mise en lumière de la Cathédrale, mise en avant par la Ville, qu’il trouve disproportionnée avec ses 600 points LED. Ces mises en lumière de la cathédrale et de la place du Château, ajoutées à celle des berges de l’Ill constituent une enveloppe budgétaire de 5 millions d’euros.

Pierre Albrecht précise qu’à partir de minuit, seul le clocher de la cathédrale reste éclairé et que tous les autres édifices sont éteints.

600 points LED pour éclairer Notre-Dame, c'est trop pour certains. (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)
600 points LED pour éclairer Notre-Dame, c’est trop pour certains. (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)

Des points incongrus : vous ne verrez plus jamais Strasbourg comme avant

Mais malgré l’engagement affiché de la Ville, un petit tour dans Strasbourg (voir galerie ci-dessous) et on se rend rapidement compte que la disposition de l’éclairage est parfois absurde.

Une fois qu’on y fait attention, impossible de ne plus voir des surplus de lumière. Par exemple, place de la République, une vingtaine de double lampadaires entourent la place, tous les 10 mètres environ. Le petit parc en lui-même est également éclairé par plusieurs lampadaires. Devant la préfecture, quatre grandes lampes encastrés au sol illuminent l’entrée de dessous.

Sur le campus, des points lumineux utilisent jusqu’à 5 ampoules, et les lampadaires sont parfois placés à moins d’un mètre l’un de l’autre. Plage Gutenberg, les points lumineux se comptent par grappes de 5, tous les 10 mètres. Place du Château, de nouveaux lampadaires accumulent les ampoules à forte intensité.

Mais qu’on se rassure, Pierre Albrecht affirme que c’est aussi la volonté de la ville de diminuer les points d’éclairage :

« Il y a eu une tendance globale nationale d’augmenter le nombre de points lumineux. Maintenant, à Strasbourg, on revient vers un objectif de maintien voire de réduction des coûts d’exploitation, et une baisse du nombre de luminaires, ce qu’on peut faire grâce aux LED. On est engagé dans cette démarche depuis 2005. »

Bon, disons qu’il y a encore une marge de progression alors.

Avec Premier Contact, Denis Villeneuve démontre sa maîtrise de la narration

Avec Premier Contact, Denis Villeneuve démontre sa maîtrise de la narration

Entre le film de la consécration critique, Sicario, et une suite très attendue du phénomène culte Blade Runner, le réalisateur canadien Denis Villeneuve livre avec Premier Contact un film fantastique qui fera office de trait d’union dans sa filmographie.

De l’internationalisation à la collaboration avec des comédiens phares en passant par le changement de genre, la carrière du cinéaste Denis Villeneuve pourrait faire office de chemin tracé vers le succès, vers les sommets du box-office et, peut-être, vers une déferlante de récompenses.

Premier contact, incursion nette dans le domaine de la science-fiction, s’attache à une linguiste experte, chargée de communiquer avec des extra-terrestres venus sur terre dans de gigantesques monolithes. Le personnage, interprété avec intensité par Amy Adams, s’avère être également une mère éplorée par le décès de sa fille. Et son drame personnel sera forcément mis en perspective par sa rencontre avec les aliens.

La comédienne, parfaite dans un rôle sous-écrit (Copyright Sony Pictures Releasing France)
La comédienne, parfaite dans un rôle sous-écrit (Photo Sony Pictures Releasing)

La méthode Villeneuve

Pour qu’il y ait une identité de cinéaste et une cohésion dans son œuvre, il importe que celui-ci ait une patte, quelque part reconnaissable d’une œuvre à l’autre. Chez le réalisateur canadien, cette marque de fabrique ne tient pas forcément à un style très défini mais plutôt au choix, particulièrement avisé, de collaborateurs prestigieux.

Le cinéma est un art choral. Après avoir demandé à Roger Deakins de traduire en image la sécheresse du désert mexicain dans Sicarios, il opte pour la photographie opaque, sombre, anxiogène de Bradford Young. Le Montana n’a ainsi jamais semblé si terne. Pour la musique, il poursuit sa collaboration avec l’islandais Johan Johansson, qui nuance là, avec des sons hypnotiques, une partition qui pouvait potentiellement surligner le mélodrame.

Avec des apports pertinents, Villeneuve crée des univers froids dans lesquels évoluent des personnages esseulés, dépassés par des circonstances exceptionnelles.

La rencontre avec les aliens (Copyright 2016 Sony Pictures Releasing GmbH)
La rencontre avec les aliens (Photo Sony Pictures Releasing)

Et ses limites…

Dans ce processus narratif, tous les éléments sont inféodés à la mécanique du scénario. Premier contact est un plaisir de spectateur, puisqu’il promène habilement son audience, ménage ses revirements, monnaye efficacement l’émotion.

Mais la mécanique Villeneuve a ses limites. Ce cinéma-là respire peu et pour parvenir à ses fins, il se résout à sacrifier ses personnages à son propos. La protagoniste interprétée par Amy Adams est un archétype de scientifique éplorée et ébahie. Le personnage de Jeremy Renner est proprement inintéressant et creux, réduit au rang d’utilité. Il permettra simplement, à un instant précis, de faire avancer l’histoire, de lui permettre de trouver sa conclusion.

Villeneuve déplace, habilement, des pions sur ce « long-métrage échiquier ». Il propose un cinéma dense, maîtrisé, habile. Premier contact est ainsi une œuvre convaincante, dévolue à susciter une certaine admiration pour son auteur. C’est aussi une oeuvre distante et procédurière, dans laquelle l’émotion parait elle-même calculée.

Il y a quelques années, ces mêmes reproches pouvaient être faits à David Fincher, un autre stupéfiant formaliste. Avec L’Etrange histoire de Benjamin Button, il était parvenu à rompre cette spirale clinique. Espérons donc que la mécanique Villeneuve se brise sur le monument Blade Runner.

#Denis Villeneuve

C’est le Refugee Food Festival à Strasbourg : business, engagement et gourmandise

C’est le Refugee Food Festival à Strasbourg : business, engagement et gourmandise

Strasbourg accueille la seconde édition du Refugee Food Festival, du 19 au 23 décembre. Cette initiative soutenue par le Haut Commissariat aux Réfugiés (HCR) permet de mettre en lien des chefs cuisiniers réfugiés avec des chefs « locaux », pour le plus grand plaisir des papilles des Strasbourgeois.

Avis aux gourmets, le Refugee Food Festival, c’est du 19 au 23 décembre et c’est déjà pris d’assaut. Le principe : un chef réfugié installé à Strasbourg rencontre, le temps d’une soirée ou d’une série de menus, des restaurants locaux. Au-delà de l’intérêt gustatif qui mêle les saveurs les plus diverses, de l’Italie sarde au Tibet en passant par l’Alsace et l’Afghanistan, le but est de présenter les réfugiés autrement, par leurs compétences et leur savoir-faire. Et d’œuvrer, par ce biais, à leur insertion professionnelle.

Un avant-goût du Refugee Food Festival au Village du Partage avec l'équipe du Mandala (Document remis / Mandala)
Un avant-goût du Refugee Food Festival au Village du Partage avec l’équipe du Mandala (Document remis / Mandala)

Un programme d’expériences culinaires uniques

Chaque soirée du Refugee Food Festival offre une couleur différente. Le 20 décembre le Mandala, qui associe déjà des saveurs alsaciennes et vietnamiennes dans une carte inventive, invitera Ahmadzai, un chef afghan, en mode fusion. C’est le 21 décembre que Dorjee Ringchen concoctera avec Massimo au Monteleone un menu tibétano-sarde. Pour la soirée du 22 décembre, la Ruche aux deux Reines donne les rênes de sa cuisine à un couple de chefs syriens, Iman Rahal et Mohamed Salloum. Enfin le chef syrien Hussam Khodary sera invité à la Graffeteria le 23 décembre. Il travaillera aussi sur des gourmandises syriennes du 19 au 23 décembre avec PUR Etc et Café Con Leche.

Un conseil : réservez dès que possible auprès des restaurants concernés, car les places se font rares.

Être solidaire, curieux et gourmand en même temps

Si elle éclaire les réfugiés sous une lumière plus positive, l’opération est aussi bonne pour le business des restaurants. Présenté sur un chalet du Village du Partage les 5 et 6 décembre avec dégustation à l’appui, le Refugee Food Festival est déjà sur toutes les langues. La communication répond à cette question que beaucoup se posent sans trouver de réponse : que peut-on faire pour soutenir des réfugiés à Strasbourg ? Le Refugee Food Festival est né de l’initiative citoyenne de deux jeunes gens, Marine Mandrila et Louis Martin, créateurs de Food Sweet Food, que leur amour de la cuisine a poussé de table en table à travers le monde.

Nawel Rafik Elmrini, adjointe au maire de Strasbourg, fait partie de ceux qui ont soutenu l’initiative du festival. Celui-ci est en cohérence, selon elle, avec l’action de la Ville, qui avait lancé un numéro vert à l’attention des Strasbourgeois pour souhaitent s’engager pour les réfugiés. La Ville de Strasbourg a notamment mis à disposition du festival le chalet du Marché de Noël les 5 et 6 décembre. Il est à noter que les revenus générés par les ventes faites sur le chalet du Village du Partage doivent être reversées à l’association Casas à Strasbourg – cette action a donc des bénéfices au-delà des quelques chefs et restaurants concernés.

Alain Fontanel et Marie-Dominique Dreyssé en pleine dégustation de momos tibétains (Document remis / Mandala)
Alain Fontanel et Marie-Dominique Dreyssé en pleine dégustation de momos tibétains (Document remis / Mandala)

Une opération tirée d’une expérience personnelle

L’organisation du Refugee Food Festival à Strasbourg a été facilitée par Frédéric Muller et Nicole Tu, du restaurant le Mandala. Frédéric Muller revient sur cette démarche :

« C’est notre credo au Mandala d’accueillir des réunions associatives, des projets artistiques, de faire un relais de citoyenneté au niveau local. Et puis les parents de Nicole sont d’anciens réfugiés, arrivés du Vietnam en France en 1982. L’expression du savoir-faire culinaire de ma belle-mère a été le vecteur de son intégration en France, professionnellement mais aussi socialement. C’est ce qui nous a inspiré ici. »

Cinq chefs cuisiniers réfugiés sont concernés par le Refugee Food Festival. C’est peu, bien sûr. Six lieux des restauration les accueillent du 19 au 23 décembre : le Mandala, le Monteleone, la Ruche aux deux Reines, Café Con Leche, PUR Etc et la Graffeteria du Graffalgar. Ce sont dans l’ensemble des restaurants relativement récents et dynamiques, à quelques encablures de la gare.

« L’esprit du quartier gare »

Nicole Tu croit que ce dynamisme du quartier gare n’est pas un hasard :

« C’est l’esprit du quartier gare, qui est un carrefour de rencontres. On y croise des femmes et des hommes d’affaires, mais aussi un fantastique brassage social. »

Les 5 chefs cuisiniers du Tibet, de Syrie et d’Afghanistan sont accueillis par les restaurants comme une chance de se distinguer et de faire parler des lieux autrement. Ils ont été repérés par des associations locales contactées via le HCR, comme Alsace-Syrie et le Foyer Notre Dame, et ont été sélectionnés sur CV.

Massimo, créateur et chef du Monteleone, se prête au jeu du Refugee Food Festival (Photo SD / Rue89 Strasbourg)
Massimo, créateur et chef du Monteleone, se prête au jeu du Refugee Food Festival (Photo SD / Rue89 Strasbourg)

La restauration reste un secteur qui emploie

Si l’obtention d’un emploi n’est pas garantie à l’issue des quelques jours de festival, la première édition de Paris semble prouver que le Refugee Food Festival va vraiment dans le bon sens. Lorraine Niss, coordinatrice du festival pour Food Sweet Food à Strasbourg, est affirmative.

« La restauration en France reste un secteur qui recrute énormément, où des emplois sont vacants. Suite à l’édition du festival à Paris, 6 chefs réfugiés sur les 8 participants ont trouvé un emploi sur place, dans le secteur de la restauration. »

Les 5 chefs à Strasbourg sont bien entendu rémunérés pour leur travail à l’occasion du festival, mais cette expérience leur permet aussi de se frotter aux normes et aux façons des cuisines françaises et de se faire connaître. On peut regretter qu’il n’y ait qu’une seule femme sur les 5 chefs réfugiés de l’édition de Strasbourg. Elles étaient plus nombreuses à Paris.

Momos tibétains à Strasbourg

Celui qui bénéficiera sans doute le plus immédiatement de l’écho du festival est Dorjee Ringchen, tibétain et roi du momo – sorte de ravioli savoureux fourré à la viande ou aux légumes. Il vient en effet d’ouvrir sa toute petite fabrique à momos dans la grand rue à Strasbourg, à déguster sur place et à emporter. Strasbourg est pour Dorjee Ringchen une ville d’élection :

« J’ai vécu à Paris pendant 8 mois. ça m’a beaucoup fatigué. J’ai pensé à mes enfants, à leur éducation, je me suis dit que si je n’arrivais pas à vivre une vie intéressante avec eux, ce n’était pas la peine d’être venu en France. Puis j’ai habité à Chalons en Champagne dans un foyer grâce à France Terre d’Asile, et là j’ai commencé à réfléchir à la ville où je voulais construire notre avenir. J’ai emprunté de l’argent pour voyager, j’ai visité Lille, Dunkerque, Marseille, Lyon, Carcassonne et Reims. Je n’étais pas convaincu. Et puis j’ai entendu parler de l’Alsace à la télé. J’ai vu qu’il y avait beaucoup de forêts, parfois aussi de la neige [étoiles pétillantes dans les yeux à l’évocation de la neige]… Alors je suis venu visiter Strasbourg pendant le marché de Noël en 2012. Et là, d’un coup, j’ai été bien. »

Dorjee Ringchen échangera son savoir-faire à quatre mains avec Massimo, le chef sarde du Monteleone, pour la soirée du 21 décembre. Si la soirée est déjà complète ou presque, rien ne vous empêche d’aller découvrir sa cuisine dans son petit espace aussi chaleureux que chatoyant. Vous aurez peut-être la chance d’accompagner vos momos d’un thé tibétain au beurre de yack, douceur exotique et réconfortante en cette période hivernale. Et puisqu’il fait froid dehors, n’hésitez pas à vous serrer un peu sur les quelques places disponibles !

Dorjee Ringchen vous attends grand rue, avec des momos sur place ou à emporter (Photo SD / Rue89 Strasbourg)
Dorjee Ringchen vous attends grand rue, avec des momos sur place ou à emporter (Photo SD / Rue89 Strasbourg)

Le professionnalisme en commun

Pas d’obligation dans la manière de faire pour le festival : certains cuisinent ensemble, à quatre mains, d’autres invitent les chefs à cuisiner leur propres spécialités selon leurs envies. Pour certains l’expérience en elle-même est déjà fascinante et promets quelques surprises, en termes d’épices mais aussi de procédés. Si l’amour de la cuisine peut revêtir une forme d’universalité, la façon de faire les choses varie grandement d’une personne et d’un pays à l’autre.

C’est le professionnalisme des chefs réfugiés qui a décidé Massimo, du Monteleone, à participer à l’opération. Il sait qu’entre praticiens accomplis de la cuisine, fins connaisseurs des gestes et des produits, il y aura toujours moyen de créer quelque chose d’intéressant. Et d’apprendre des choses au passage. Le festival réserve son lot de surprises.

Et le long terme alors?

Étant donné le succès que le festival rencontre à Strasbourg, on ne peut qu’espérer que cette initiative se pérennisera. Si les voyageurs gastronomes de Food Sweet Food ont lancé le mouvement, qui doit prendre en juin 2017 une ampleur européenne, ils espèrent aussi que d’autres citoyens auront, localement, envie de s’en emparer, en mode open source. Ils ont créé dans ce but, toujours avec le soutien du HCR, un kit pédagogique qui permet à chacun d’organiser son propre Refugee Food Festival.

Céline Schmitt, partenaire du Refugee Food Festival pour le HCR, explique que pour aller plus loin, le HCR et Food Sweet Food créent ensemble une « innovation : une plateforme de mise en contact de profils de chefs cuisiniers réfugiés avec des restaurants, en France mais aussi ailleurs en Europe ». La cuisine, surtout en France, comme le fait remarquer Céline Schmitt, est un vecteur évident d’échange et de partage.

Lorraine Niss, coordinatrice du Refugee Food Festival sur Strasbourg pour Food Sweet Food (Photo MB / Rue89 Strasbourg)
Lorraine Niss, coordinatrice du Refugee Food Festival sur Strasbourg pour Food Sweet Food (Photo MB / Rue89 Strasbourg)

L’accès au travail est une nécessité vitale, mais aussi un outil fort d’inclusion dans la société. Nul besoin d’être réfugié pour s’en rendre compte, même si l’urgence de l’inclusion est criante chez ceux qui cherchent à reconstruire un vie loin d’un pays aimé qu’ils ont quitté. Alors bien sur le Refugee Food Festival est un événement éphémère, qui ne résoudra pas tout, et concerne au final peu de réfugiés. Mais il ouvre une porte sur une autre de manière de voir et d’agir, accessible et à portée de main. Ce changement de perspective en plein marché de Noël a quelque chose de salutaire, pour l’esprit comme pour les papilles.

Ancrée dans les fifties, la rock’n’roll attitude de Three Devils Production fait tourner Strasbourg

Ancrée dans les fifties, la rock’n’roll attitude de Three Devils Production fait tourner Strasbourg

L’autre soir je suis allée au Mudd, pour voir un concert de swing / rythm’n’blues, celui de Nico Duportal and his rythm dudes. Il était organisé par l’association des Three Devils Production. J’en ai profité pour discuter avec leur président, Benoît Zoller, un acteur phare du rock’n’roll à Strasbourg depuis plus de 25 ans.

Dans le caveau du Mudd, les gens sont tous souriants, heureux et beaux. Si tu n’es pas encore allé à un concert de rock’n’roll de Three Devils Production, tu ne peux pas t’imaginer l’ambiance qui y règne.

Plein de pin-up, plus belles les unes que les autres, avec des bandanas ou des rolls dans les cheveux, les lèvres rouges, et les robes qui s’envolent et tournoient tandis qu’elles balancent leurs hanches. Les hommes ne passent pas à côté des exigences esthétiques : jeans retournés, chemise repassée et cheveux gominés.

Tout le monde danse au rythme de la contrebasse avec un bonheur et une liberté qui fait plaisir à voir. Ils rient avec le chanteur, sifflent et poussent des cris de joie.

Quand le rétro n’est pas une mode, mais un art de vivre

C’est ça, le rock’n’roll à Strasbourg. Un joli groupe de personnes qui vivent le rock à fond. Le rétro n’est pas une mode pour eux, mais une façon de vivre, un état d’esprit, qui fait battre leur cœur depuis longtemps déjà. Et ils se connaissent tous très bien.

Parmi eux, Benoît Zoller salue tout le monde, papote avec ses amis, danse avec plusieurs copines. Il s’éclate. Bel homme toujours bien habillé, Benoît est à fond dans le rock’n’roll depuis son adolescence. La musique du diable, les années 50, c’est toute sa vie. Président des Three Devils Production, cette association est pour lui le moyen de vivre pleinement sa passion, d’organiser des concerts, de faire la fête avec ses amis et, surtout, de faire vibrer le rock’n’roll à Strasbourg.

Three Devils Production
Benoît Zoller, président des Three Devils Production (Photo Lulu)

Une motivation sans borne et de très belles dates à venir

Petite structure underground, qui ne bénéficie d’aucune subvention, l’association compte actuellement trois membres : Benoît, Romain et Nina. Mais ces trois amis ne manquent jamais de bras car, depuis presque deux ans que les Three Devils existent, ils ont toujours pu faire appel à leurs potes qui sont nombreux à leur filer un coup de main.

Depuis leur tout premier concert organisé en juillet 2015, quand ils ont fait venir Pat Capocci, ils ont réalisé un beau parcours, multipliant les dates. Psycho, punk, garage, rockab, blues… Leur motivation sans borne les pousse à se battre pour faire venir les meilleurs groupes comme l’explique Benoît :

« Ce n’est pas toujours facile de convaincre les groupes de venir, mais la plupart joue le jeu. Et c’est vrai que, étant bien inséré dans le milieu, je profite d’un beau réseau qui facilite bien les choses. Et puis, dans le rock’n’roll, on s’entraide beaucoup. C’est quelque chose que tu ne retrouveras pas ailleurs. »

Ils ont notamment réalisé en septembre de cette année leur tout premier festival, le Rockin’Rumble, qui a rencontré un énorme succès.

Three Devils Production
L’affiche du concert de décembre (doc remis)

En 2017, un nouveau Rockin’ Rumble à Illkirch

Je demande alors à Ben ce que les Three Devils nous préparent de beau pour les prochains temps :

« On a beaucoup de grandes idées… On a décidé de faire une nouvelle édition du Rockin’Rumble en septembre 2017, qui se tiendra à Illkirch. Ils ont une grande salle des fêtes, avec un parquet, ce qui est pratique pour danser… Le line-up n’est pas encore tout à fait prêt, alors je ne peux pas en dire plus pour le moment mais… il va y avoir de beaux noms ! On tient vraiment à cet événement car, en plus d’avoir été une grande satisfaction, il permet à notre association de s’élargir et de fédérer d’autres personnes qui sont aussi dans le rock’n’roll, comme les Boogie Spirit. Et pour 2017 on refera un market vintage qui sera plus orienté vers un côté artistique cette fois-ci. »

Quand Benoît évoque leurs différents projets, il le fait avec un sourire plein de malice et un enthousiasme vibrant de joie. Rien ne le passionne plus que la musique et il met toute son énergie dans l’organisation des concerts, à l’image des trois autres membres des Three Devils Production :

« On a vraiment plein de projets. On va évidemment refaire des concerts au Mudd Club. Le prochain sera le 14 février, une belle date, dirty blues, avec les américains King Mud et les Wooden Shields. On a aussi un projet plus blues, assez original, qui aura lieu fin mai. Là aussi, on va faire venir des groupes de bonne facture. On aimerait aussi organiser des soirées dans d’autres lieux, dans l’optique de soutenir ceux qui les tiennent, de leur amener du monde. C’est quelque chose de vraiment important pour nous. »

Un public strasbourgeois pas toujours au rendez-vous

Je le questionne alors sur le public qu’on retrouve à leurs soirées :

« On retrouve des habitués, en fonction du style qu’on propose, et puis nos potes évidemment. Mais il y a aussi des nouvelles têtes à chaque fois. On peut dire que le rock’n’roll ne date pas d’hier ! Alors, pour l’âge, il varie entre 25 et 77 ans ! C’est clair qu’on ne fait pas de l’electro, alors il n’y a pas beaucoup de jeunes qui viennent. C’est dommage, car le rock, à ses débuts, c’était ça, le public teenage ! »

Si on trouve toujours à Strasbourg des personnes pour se plaindre que « rien ne se passe ici », les Three Devils Production regrettent de leur côté que, malgré les bons groupes qu’ils font venir des quatre continents, le public n’est pas toujours au rendez-vous :

« Je remarque que lors des concerts qu’on organise au Mudd Club, la fréquentation est très variable. Ça dépend de la notoriété des groupes, certes, mais du public aussi. On ne maîtrise pas toujours tout. Il y a des périodes où le public répond moins bien, sans qu’on sache vraiment pourquoi. Pour tout te dire, à chaque fois qu’on prépare une date, on se demande si les gens seront motivés pour bouger ou non. Mais cela ne nous freine pas pour autant ! On se motive nous-mêmes ! Et on le fera tant qu’on peut, parce qu’on aime ça, et on est là pour le rock’n’roll ! »

Le logo de Three Devils Production (doc remis)
Le logo de Three Devils Production (doc remis)

Les années 80, un âge d’or pour le rock’n’roll strasbourgeois ?

Élevé à l’ombre de la scène underground, Benoît regrette un certain âge d’or strasbourgeois, d’avant la construction de la Laiterie :

« Ça fait bien 25 ans que je suis dans le milieu. A la fin des années 80, on traînait avec mes potes dans Strasbourg, on écoutait du wild rockabilly, on allait à pas mal de concerts, dans différents bars. À cette époque, il y avait plein de concerts un peu partout, dans chaque troquet. Il faut dire qu’il y avait beaucoup moins de restriction au niveau du bruit, ce qui est un réel problème actuellement. La municipalité nous laissait bien plus de libertés. Et il n’y avait pas de salles de musiques actuelles, alors les groupes jouaient dans plein de salles différentes… Oui, il y avait vraiment plus de libertés alors. Et ce moment-là, pour moi, c’était l’âge d’or du rock’n’roll à Strasbourg. »

Qu’en est-il du rock’n’roll actuellement ?

« Aujourd’hui, il y a quelques salles où le rock’n’roll vit encore. Il y a le Mudd bien sûr, le Molodoï, le Kawati… Peut-être le Snooker aussi. Mais je n’en vois pas beaucoup d’autres. Alors oui, on souffre du déficit de lieux, mais ce n’est pas nouveau. »

Benoît n’hésite pas à faire de longs trajets pour voir les groupes qui lui tiennent à cœur. Il se déplace régulièrement aussi bien dans d’autres régions de France, qu’en Suisse et, surtout, en Allemagne :

« En Allemagne, c’est tout à fait différent, il y a d’autres structures. Rien qu’à Fribourg, on trouve une bonne dizaine de bars où il se passe des choses toute la semaine ! »

Three Devils Production
King Mud, qui sera en concert le 14 février à Strasbourg. (Doc remis)

À la recherche du vrai rock’n’roll

Il est assez étonnant de constater que le rock’n’roll ne rencontre pas toujours le succès escompté, alors que le rétro est sur toutes les lèvres. Il s’est vraiment popularisé ces dernières années et on le retrouve absolument partout. Je le sens, quand je me promène dans les rues de ma ville. Entre les robes à pois, les grandes lunettes vintage, tout le monde a son accessoire… Même mon médecin de famille à dans sa salle d’attente des chaises inspirées des fifties ! J’en parle à Benoît :

« Tout est vintage aujourd’hui. Ce mot est un peu galvaudé. On trouve plein d’événements vintage, alors c’est bien, certes, mais beaucoup ont un côté très farce-et-attrape aussi. Je me méfie un peu de tout ça. Avec les Three Devils Production, on veut préserver une culture authentique et la recherche. On ne veut pas d’une pâle copie des années 30 ou 50. On ne veut pas d’un vintage façon Ikéa, ce qu’on veut, c’est l’original ! Et ce côté-là se perd… Et puis, quand on parle de mode, on en revient toujours à la même question : qu’en sera-t-il dans six mois ? Rencontrera-t-elle toujours le même succès ? »

Mais qu’en est-il alors de l’effet de la mode du vintage sur les concerts ?

« Selon moi, cette mode n’a aucune incidence côté musique. Les personnes qui vont aller à ces événements ne vont pas forcément écouter la musique qui va avec. Et puis ils ne vivent pas le rétro au quotidien. Ils s’habillent façon fifties le temps d’une soirée, ou d’un week-end, puis ils remettent leurs tenues normales. Regarde comme je suis habillé aujourd’hui, quand je vais au travail, j’ai exactement le même look. »

Je lui propose alors de m’expliquer ce qu’est le rock’n’roll pour lui. Entre nous, je crois qu’il a dû me maudire pour cette question difficile, mais je savais qu’il allait jouer le jeu ! Il répond :

« Le rock’n’roll, c’est de la musique afro-américaine influencée par le jazz, la soul, le blues, … Et il y a toute une palette de nuances à découvrir ! C’est quelque chose qu’on aime d’ailleurs chez les Three Devils Production, découvrir de nouvelles personnes, de nouveaux sons … Et puis faire la fête avec nos potes ! Le rock’n’roll, c’est une musique, et puis tout un état d’esprit aussi. C’est la bière, les potes, la fête ! Et puis le rock’n’roll, pour moi, se trouve pour une grande partie dans un livre que je te conseille vraiment, tu ne le regretteras pas, c’est Les héros oubliés du rock’n’roll de Nick Tosches. Mon livre de chevet quotidien ! »

Pour finir en beauté, je ne peux pas m’empêcher de lui demander ce qu’il aurait à dire aux personnes qui estiment que le rock’n’roll, c’est Johnny et Elvis. Il éclate alors de rire en me disant :

« S’ils pensent ça, c’est qu’ils ne méritent pas mieux. Qu’ils continuent de les écouter, tant pis pour eux. »

#Three Devils Production

Ososphère revient à la Coop fin avril, avec concerts et expos

Ososphère revient à la Coop fin avril, avec concerts et expos

Le festival des cultures électroniques Ososphère sera de retour à la Coop du 28 avril au 7 mai, avec deux nuits électroniques et des expositions concomitantes. Aucun artiste n’a encore été annoncé mais l’idée est d’accompagner le lancement du tramway transfrontalier avant une pause de deux ans.

On se souvient que l’Ososphère, festival des cultures électroniques de Strasbourg, était devenu SDF. Après avoir colonisé le quartier Laiterie et inscrit des souvenirs inaltérables dans les mémoires de nombre de Strasbourgeois, le rendez-vous mythique des amateurs de musique électronique, avait essaimé au Môle Seegmuller en 2011 puis dans les bâtiments désaffectés de la Coop au Port du Rhin l’année suivante.

Et là, c’était l’explosion : deux grandes scènes, des expositions dans tous les coins, un bar gigantesque et suffisamment de mètres carrés pour accueillir plus de 5 000 personnes. Et cerise : ça ne dérangeait pas le voisinage.

Las, en 2015, la commission de sécurité, pilotés par les pompiers, refuse d’instruire le 4e dossier de conversion d’une friche industrielle en établissement de nuit. Le festival se réduit à ses Nuits électroniques et se replie en catastrophe à la Laiterie. Le volet artistique trouvera asile à l’Esplanade.

Personne ne croyait à un retour avant 2018

Parallèlement, le réseau de distribution Coop a vécu ses dernières heures. Les bâtiments sont rachetés par la Ville en vue d’y installer un nouveau pôle culturel pour le quartier du Port du Rhin, en pleine urbanisation. Mais ils sont dans un tel état que le retour d’Ososphère à la Coop semblait compromis pour les organisateurs et la Ville. En mai 2016, Rue89 Strasbourg titrait « pas d’Ososphère à la Coop avant 2018. »

Eh bien nous sommes heureux de nous être trompés ! Lors d’une conférence de presse vendredi, Alain Fontanel, adjoint au maire de Strasbourg en charge de la culture et Thierry Danet, directeur du festival, ont annoncé que l’Ososphère, concerts et exposition, aurait lieu du 28 avril au 7 mai 2017 à la Coop. Les Nuits Électroniques auront lieu les 28 et 29 avril.

Dans la chaleur de la cave à vins de la Coop... (Photo Rue89 Strasbourg / cc)
Dans la chaleur de la cave à vins de la Coop… (Photo Rue89 Strasbourg / cc)

Temps forts en biennale et itinérance

Ce tour de force a été rendu possible grâce à la mobilisation de tous les acteurs impliqués, aussi bien à la Ville qu’au Département qui assure la tutelle des pompiers, et à la production de nombreuses études qui ont ausculté le site de la Coop dans tous les sens en vue de sa reconversion finale. Les travaux débuteront d’ailleurs à l’été 2017 et devraient durer deux ans, soit juste le temps pour Ososphère de revenir puisque le festival se vit désormais en biennale.

Aucune programmation n’a pu encore être dévoilée car les organisateurs d’Ososphère débutent tout juste leur travail d’approche des artistes. Mais Thierry Danet n’est pas inquiet :

« Ososphère, c’est une marque, un marqueur même… Pour de nombreux artistes et partenaires, c’est un festival auquel ils sont attachés et c’est vrai que quand on va les appeler pour leur demander s’ils peuvent venir dans quatre mois, ils vont nous prendre pour des fous. Mais c’est ainsi, on sait que s’ils peuvent se mobiliser, ils le feront. Dès qu’on aura des groupes signés, on l’annoncera et les billets seront mis en vente. »

La Ville de Strasbourg va signer une convention de cinq ans pour subventionner Ososphère, à hauteur de 540 000€ par an. Le festival sera décliné ailleurs qu’à la Coop, comme un « label » qui pourra exister par exemple à l’Université ou à la Haute école des arts du Rhin (HEAR).

Journée aux jardins du château de Kolbsheim dimanche, menacés par le GCO

Journée aux jardins du château de Kolbsheim dimanche, menacés par le GCO

Nouvelle journée de mobilisation contre le Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg, avec une marche des cabanes, puis des moments festifs et d’information dans les jardins du château de Kolbsheim, dimanche 18 décembre.

L’hiver ne décourage pas les opposants au Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg. Les travaux de cette autoroute payante de 24 kilomètres doivent débuter à l’automne 2017 (voir tous nos articles).  Les citoyens opposés à ce projet proposent une nouvelle journée de mobilisation ce dimanche 18 décembre.

Elle commencera par une marche entre les cabanes construites sur le tracé depuis 2014. Le cortège reliera celle de Dutlenheim à celle entre Breuschwickersheim et Ergersheim sur la D45, à proximité du château de Kolbsheim. Le départ est fixé à 9h pour une arrivée vers 11h.

La Ministre interpellée et « attentive »

À l’automne, des personnalités politiques mais aussi médiatiques (Stéphane Bern ou Charlotte de Turckheim) ont interpellé la Ministre de la Culture sur l’avenir de ce site ouvert au public plusieurs mois dans l’année et qui doit être traversé par un viaduc.

Les jardins du château de Kolbsheim (Photo Château de Kolbsheim)
Les jardins du château de Kolbsheim (Photo Château de Kolbsheim)

Audrey Azoulay, de passage en Alsace, avait répondu que c’est « un patrimoine remarquable » et qu’elle serait « très attentive » à l’avis des architectes des Bâtiment de France qui doit émettre un avis sur l’ouvrage d’art. Son ministère pourra alors donner des préconisations et rendre un avis « conforme », c’est-à-dire de nature à autoriser, modifier ou interdire la construction d’un édifice.

Des animations l’après-midi

Ensuite, plusieurs animations se tiendront dans les jardins du château :

    Visites historiques commentées du parc et jardin (11h30 et 14h30) Sorties natures guidées par des animateurs de la Ligue de Protection des Oiseaux (13h30) Un moment d’échange et de partage (15h) Lectures publiques du livre L’Alsace nature, de Gérard Freitag, mais aussi de textes d’Albert Schweitzer, par l’association A Livre Ouvert / Wie ein offenes Buch. Petit marché de noël artisanal et stands associatifs

Toutes ces activités gratuites sont proposées avec le soutien des propriétaires du lieu. Une petite restauration (tartines paysannes, crêpes, vin chaud, jus de pomme chaud, etc) sera proposée, ainsi que des navettes pour ramener les marcheurs vers le point de départ.

Avec le vote du PLU, l’Eurométropole s’engage dans la densification pour 15 ans

Avec le vote du PLU, l’Eurométropole s’engage dans la densification pour 15 ans

Le dernier conseil de l’Eurométropole de l’année 2016 va voter le plan local d’urbanisme (PLU), qui fixe les choix d’urbanisme pour les 28 communes de la collectivité. À suivre en direct dès 8h30.

C’est l’heure de vérité du Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi) au Conseil de l’Eurométropole ce vendredi 16 décembre. Ce document de 3 000 pages indique la destination de chaque parcelle des 28 communes : logements, administration, économie, transports… C’est le résultat de deux ans et demi de travail de la coalition formée formée après les élections de 2014 par les Socialistes, des maire de droite et indépendants et les écologistes.

Ce vote survient alors que cette coalition est mise à rude épreuve à la suite de changements dans les équilibres entre les socialistes élus au conseil communautaires et les maires des communes alentours. L’orientation principale est de densifier les espaces vides avec de nouveaux bâtiments plus hauts, plus ramassés, aux surfaces parfois plus petites. Cette manière de construire la ville évite de trop s’étendre sur les terres naturelles et agricoles.

Objectif 45 000 logements dans 15 à 20 ans

L’objectif fixé est de 45 000 logements pour l’horizon 2030, « voire 2035 », tempère même Yves Bur, maire de Lingolsheim et vice-président de droite chargé du dossier. « Il y a parfois eu de l’incompréhension sur ce chiffre. Ce n’est pas tout de suite, d’un coup », abonde le président Robert Herrmann (PS). Ces objectifs se traduisent parfois par de nouveaux quartiers, comme les Deux-Rives vers le Rhin ou celui de la ZAC Baggersee dont nous vous parlions en début de semaine.

Est-ce trop pour Strasbourg ? C’est ce que pense la droite strasbourgeoise qui redoute une dégradation de la qualité de vie. Plusieurs associations ou collectifs hyper-locaux se sont aussi créés dans ce sens aux quatre coins de l’agglomération. Dans son avis, l’autorité environnementale souligne que le potentiel de l’agglomération est en fait supérieur à 68 000 logements, si l’on compte les habitations qui vont être reconstruites.

« On n’a pas perdu de vue l’image d’une métropole à visage humain, avec le respect d’un environnement fragile », estime Yves Bur. La grande nouveauté par rapport au passé est que l’objectif, également en termes de logements sociaux, est réparti sur l’ensemble des communes.

Objectif plus d’emplois aussi

Cette augmentation de la population doit être couplée de créations d’emplois espérées du côté du quartier d’affaires du Wacken, de la reconversion de la raffinerie de Reichstett, du parc d’innovation d’Illkirch-Graffenstaden et par le développement du campus des technologies médicales près de l’hôpital civil, tout en espérant que l’existant ne subisse pas de pertes.

Les tractations n’ont en tout cas pas réussi à convaincre le maire de Niederhausbergen Jean-Luc Herzog, de lever une réserve communale sur un terrain familial qui permettrait le développement de la brasserie artisanale La Mercière. Cette dernière s’apprête à quitter l’Eurométropole. Un « regret » selon Yves Bur, qui n’a cependant pas voulu intervenir dans « une affaire communale » bien qu’il y était autorisé, et même encouragé par les commissaires enquêteurs. Mardi, il laissait entendre que des propositions pouvaient encore être formulées d’ici le vote.

Les transports, sujet à améliorer

Le PLUi a été bouclé plus tôt que prévu, car avec l’entrée de cinq nouvelles communes dans l’agglomération le 1er janvier 2017 (Achenheim, Osthoffen, Breuschwickersheim, Hangenbieten, Kolbsheim et Osthoffen), il aurait fallu tout recommencer.

Dès 2017, des concertations reprendront pour les intégrer dans une première révision qui doit être terminée en 2019, afin de ne pas interférer avec les élections municipales de 2020. Les cinq communes, qui représentent environ 6 500 habitants, prendront leur part dans l’objectif de construction de logements, même si elle devrait être minime vue leur population.

Strasbourg et son agglomération compte construire sur les espaces creux pour gagner des dizaines de milliers d'habitants (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Strasbourg et son agglomération compte construire sur les espaces creux pour gagner des dizaines de milliers d’habitants (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

À écouter le tandem à la tête de l’Eurométropole, c’est davantage la question des transports que celle des logements qui a été difficile. Robert Herrmann et Yves Bur ont indiqué que la collectivité « peut mieux faire pour les transports de la deuxième couronne » à l’avenir. Peut-être aussi un message à destination des maires de ces communes à l’heure où la coalition doit être reconduite ou non par un vote début janvier.

Quatre compétences du Département transférées

Autre gros dossier de ce conseil de l’Eurométropole, celui des transferts des compétences en provenance du Département du Bas-Rhin. Un temps envisagé, il n’y aura pas de scénario « à la lyonnaise » où Département du Rhône et Métropole sont complètement séparés.

La loi fixait que les métropoles s’occupent forcément des routes sur leur territoire. Trois autres compétences devaient être négociées. Ces négociations n’ont pas fait particulièrement de remous, alors que les relations avec le Département se sont tendues pendant l’année, autour de son engagement à Strasbourg et du sort de l’agence économique régionale, l’Adira.

À partir de 2017, l’Eurométropole s’occupera donc de la prévention spécialisée, du Fonds d’aide aux jeunes et du Fonds de solidarité logement. Des sujets important, mais qui représentent de petits périmètres par rapport aux missions du Département.

Le Conseil départemental continuera de s’occuper entre autres des collèges, des minima sociaux (RSA, allocation handicapés, etc.), de protection de l’enfance, de santé, de sport, de culture, des projets au Port autonome ou NextMed sur le territoire des 33 communes. Dans un premier temps, seuls des agents (34,8 équivalents temps plein) passeront d’un employeur à l’autre. C’est au bout d’un an ou deux qu’il sera possible d’estimer l’impact de ces changements.

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Rassemblement en solidarité avec le peuple syrien samedi

Rassemblement en solidarité avec le peuple syrien samedi

Deux associations appellent à un rassemblement de soutien au peuple syrien, alors que le gouvernement de Bachar El-Assad reprend le contrôle de la ville d’Alep avec le soutien de l’armée russe.

Les opinions publiques peuvent-elles influencer la géopolitique mondiale ? C’est en tout cas l’espoir de l’association Alsace – Syrie et celle des travailleurs maghrébins de France (Atmf, section du Bas-Rhin), qui appellent au rassemblement en solidarité avec le peuple syrien ce samedi 17 décembre.

Le rendez-vous est fixé à 15h30 place de la gare, à l’écart de la grande-île bouclée et dont la place Kléber, souvent utilisée pour ce type de manifestation, doit être libre pour faire affluer des secours en cas d’attaque au marché de Noël. Les organisateurs suggèrent de venir avec des bougies, lampes torches, torches et panneaux blancs avec inscrit « stop ».

Meurtrière contre-attaque sur Alep

Le conflit syrien a commencé en mars 2011 et la bataille d’Alep à l’été 2012. Mais la contre-attaque et les bombardements du gouvernement syrien et de l’armée russe sur l’est d’Alep en ce mois de décembre ont déclenché un regain de réactions en France. Néanmoins, elles ne se sont pas traduites par des actes diplomatiques et les combats continuent. La capitale économique du pays était en partie tenue par les rebelles, opposés au gouvernement et parfois alliés aux djihadistes. Le nombre de morts, civils comme combattants, est très difficile à estimer.

Vue aérienne de la ville d'Alep qui doit être évacuée. (photo Aleppo Media Center)
Vue aérienne de la ville d’Alep qui doit être évacuée. (photo Aleppo Media Center)

Étant donné qu’il n’y a presque plus de journalistes sur place, les principales sources sont des médecins, des combattants, des militaires ou des organisations humanitaires. Selon un médecin interrogé par le Parisien, des armes chimiques auraient de nouveau été employées sur les civils par l’armée du dictateur syrien Bachar El-Assad.

Après un cessez-le feu rompu mercredi 14 décembre, la ville est en train d’être évacuée ce jeudi 15 décembre. Selon un responsable militaire syrien, 951 rebelles et civils ont été pu quitter la ville. Des milliers de personnes en faire de même les prochains jours. Mais comme depuis plusieurs jours, les convois se sont fait tirer dessus, ce qui place la population en étau. Les rebelles n’occuperaient qu’une petite poche de 5 kilomètres-carrés, où 100 000 personnes seraient amassées.

Que reste-t-il de la rébellion syrienne ?

Drapeaux en berne

Mercredi 14 décembre, le maire de Strasbourg a de son côté décidé de mettre en berne les drapeaux à l’hôtel de Ville, place Broglie.

Bains Municipaux : Olivier Bitz chargé de maintenir la paix avec les Strasbourgeois

Bains Municipaux : Olivier Bitz chargé de maintenir la paix avec les Strasbourgeois

En attendant que la rénovation des Bains municipaux de Strasbourg débute en 2018, l’adjoint au maire en charge du dossier, Olivier Bitz (PS), va rencontrer les associations mobilisées sur le sujet pour les tenir informées et éviter qu’ils ne s’inquiètent trop en l’absence de nouvelles. Le projet de Sport-Santé dans l’actuelle chaufferie se précise également.

À partir du 1er janvier 2017, les Bains municipaux seront gérés par la Ville de Strasbourg, et non plus par l’Eurométropole (ex-CUS). À court terme, cela ne change rien pour les Strasbourgeois. Mais cela donne les mains libres à la municipalité pour décider de l’organisation de l’établissement, puis de la rénovation qui sera confiée à la société publique locale (SPL) des Deux-Rives.

Pour rappel, il est prévu que la rénovation soit portée par des fonds publics, avant de laisser la gestion à une société privée. Cette dernière aura l’obligation de maintenir le prix d’entrée des deux piscines (grand et petit bain) au même prix qu’ailleurs à Strasbourg, ainsi que de quelques douches et baignoires pour les plus démunis.

En revanche, les conditions d’accès aux bains romains (sauna, hammam) ne sont pas tranchées. Lors du conseil municipal en juin 2016, un nouveau bassin extérieur dans la cour, accessible avec le même ticket d’entrée, était annoncé.

Deux comités, dont un pour informer

Mais comme les travaux ne doivent pas commencer avant l’été 2018, soit la date de la réouverture programmée de la piscine de Hautepierre dont les travaux ont pris d’importants retards, l’adjoint en charge du dossier Olivier Bitz (PS) considère qu’il faudra informer la population régulièrement :

« Le dossier a un passif, issu d’une précédente tentative de rénovation. Dès que l’on n’informe pas, de vieilles inquiétudes, évidemment légitimes, ressuscitent. »

Depuis l’automne 2015, quatre réunions publiques ont été organisées, mais la dernière remonte au printemps. Désormais, deux comités vont être mis sur pied. Un comité de liaison invitera les « forces vives » du débat, à savoir des représentants du conseil de quartier Krutenau-Esplanade-Bourse, les associations de résidents et le collectif fondé en 2015, La Victoire pour tous. L’adjoint estime qu’un bon rythme de rencontres serait « environ trois fois par an ».

La rénovation des Bains municipaux doit commencer à l'été 2018 (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
La rénovation des Bains municipaux doit commencer à l’été 2018 (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Des nouvelles parties du bâtiment à préserver

Le second comité est patrimonial et a déjà commencé à travailler. Il doit décider de quelles parties de l’établissement Art Déco du début du XXe siècle doivent être inscrites (et non classées, ce qui est plus restrictif) à l’inventaire des Monuments historiques.

Il est composé de membres de la Ville de Strasbourg, de la SPL des Deux-Rives, de la direction régionale de l’action culturelle (la DRAC, l’État) et de l’architecte Antoine Oziol, qui avait déjà réalisé un diagnostic sur l’état du bâtiment. Une telle inscription permet de protéger l’ensemble d’une éventuelle défiguration ou destruction future. Reste à savoir quelles parties seront choisies pour cette inscription.

La chaufferie, repaire du Sport-Santé

L’adjoint au maire à la Santé, Alexandre Feltz (sans étiquette), a de son côté précisé l’utilisation du bâtiment de la chaufferie, autour du sport sur ordonnance, après la rénovation :

« Il y aura deux structures. L’une en lien avec l’économie sociale et solidaire qui sera un institut national du Sport-Santé. On y fera de la recherche, du développement et de la formation. L’autre permettra un suivi des personnes qui font du sport sur ordonnance, car aucun lieu n’y est dédié. L’équipe municipale (5,5 agents, ndlr), aujourd’hui rattachée à la direction des sports à la Meinau s’y installera. Une petite piste pourra par exemple permettre de faire marcher les patients pour les évaluer. »

De plus, les créneaux de Sport-Santé dans le petit bain passeront de deux à quatre heures par semaine dès 2017, avec comme objectif de les augmenter par la suite. Selon Alexandre Feltz, par ailleurs médecin généraliste, environ 70% des 1 500 personnes suivies par le dispositif ne savent pas ou plus nager.

Ouverture gratuite le 1er janvier

En attendant, pour « fêter » le retour des Bains dans le giron de la Ville de Strasbourg, une ouverture gratuite des deux piscines est programmée le 1er janvier. L’ouverture se fera de 14h à 20h ce qui laisse un peu de temps de récupérer à tous ceux qui seraient intéressés par une petite trempette pour débuter l’année.

 

Dans la capitale de Noël, des centaines de personnes dorment dehors

Dans la capitale de Noël, des centaines de personnes dorment dehors

Malgré des crédits en hausse pour l’hébergement d’urgence, plusieurs centaines de personnes, étrangers et sans titre de séjour pour la majorité d’entre eux, dorment dehors tous les soirs à Strasbourg, en plein Marché de Noël.

C’est une petite soirée ce mercredi soir place de la Bourse à Strasbourg. Dans le bus aux vitres opaques ou aux alentours, plusieurs dizaines de personnes profitent de la purée et des steaks hachés servis par les Restos du Cœur du Bas-Rhin. Ils lèvent le pouce pour signifier que c’est bon. Quelques uns restent pour une deuxième tournée. On est le 7 décembre, les minimas sociaux ont été versés la veille. Ils seront sûrement plus nombreux à la fin du mois. Mais vers 21h certains repartent et dormiront dehors.

Jean-Luc Bailly, responsable des bus pour les Restos du cœur, a l’habitude d’appeler les centres d’hébergements d’urgence, souvent en vain :

« Quand j’appelle le 115 pour un de nos bénéficiaires, car tous n’ont pas de téléphone, une fois sur cinq ça répond, mais le reste du temps, il n’y a pas de place disponible. S’il y a une disponibilité, la personne le bénéficiaire a une heure pour s’y rendre. Toutes les places ne sont pas mises en disponibilité en même temps pour espacer les appels. »

Son impression est confirmée par les chiffres. Le 6 décembre par exemple, sur les 273 demandes d’hébergement, seules 61 ont reçu une réponse favorable. Parmi les demandes, 26 familles soit 85 personnes n’ont pas trouvé de place, malgré des températures négatives cette nuit-là à Strasbourg. En octobre, il y avait parfois plus de 300 personnes dehors, car des places supplémentaires dans les hôtels ne sont ouvertes qu’à partir du 1er novembre.

Lors de la tournée, un bénévole nous fait remarquer qu’il faudrait aussi que nous venions l’été, « c’est parfois plus difficile, car beaucoup d’associations ne circulent pas toute l’année ». Il est vrai que davantage de sans-abris décèdent pendant l’été. La raison est parfois un « relâchement » du corps, une fois qu’on pense avoir franchi l’hiver, explique Jean-Luc Bailly.

(photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Place de la bourse à Strasbourg. (Photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Et ceux qui n’appellent pas

Face à une situation qui semble se banaliser, le collectif « sans dents mais pas sans droits », fondé fin novembre, a voulu rassembler des initiatives de particuliers et lutter contre la lassitude des professionnels. Ses pancartes place Kléber lors de l’inauguration du Marché de Noël ont affiché le nombre de personnes à la rue le même soir (476 adultes, 63 enfants). Un contraste forcément saisissant avec les fastes et les importantes dépenses, de sécurité comme d’animation, liées aux festivités de Noël à Strasbourg.

Porte parole du collectif SDF Alsace, et membre de ce nouveau collectif, Monique Maitte, voulait que cet événement attire aussi l’attention sur ceux qui n’appellent plus les services d’aide :

« C’étaient les vrais chiffres, ceux de la veille, pas seulement ceux qui appellent le 115 et ne trouvent pas de place. Car le nombre de personnes sans solution est parfois supérieur ! »

Le 25 novembre, le collectif "sans dents mais pas sans droits" avait tenu à rappeler que ce n'était pas Noël pour tout le monde (Photo collectif / Facebook)
Le 25 novembre, le collectif « sans dents mais pas sans droits » avait tenu à rappeler que ce n’était pas Noël pour tout le monde (Photo collectif sans dents mais pas sans droits / Facebook)

Également à l’origine du collectif, la présidente d’Action Solidarité à Strasbourg, Valérie Suzan, en est arrivée cette année à accueillir des sans abris chez elle :

« J’ai hébergé un couple pendant une semaine, qui avait un bébé de 22 mois. Ma fille est venue dormir dans mon lit et a laissé le sien. Mais on ne peut pas faire cela tous les soirs. Dans les services d’aides sociales, les personnes qui voient que les obligations d’hébergement et de mise à l’abri ne sont plus remplies ne peuvent pas s’exprimer. »

Le Département a obligation de prendre en charge les enfants de moins de 3 ans. Mais aussi incroyable que cela puisse paraître, si un des enfants de la famille est plus âgé, cette obligation disparaît. Parmi les raisons du refus d’appeler le 115 : l’impossibilité d’amener un chien, le découragement face aux refus à répétition, les vols ou les agressions dans les centres ou encore la peur de perdre « une bonne place » dans la rue.

Un nombre de places difficile à estimer

Le nombre exact de places disponibles chaque soir à Strasbourg n’est pas rendu public. Des structures d’accueil adaptées doivent remplacer les nuitées en chambres d’hôtel, une politique d’urgence très critiquée, car à la fois coûteuse, sans accompagnement social et ne permettant pas à une famille de se retrouver. Mais alors que ce chiffre avait été abaissé de 1 200 à 800 nuitées par soir il y a quelques années, il est remonté autour de 1 370 cet hiver.

Syamak Agha Babaei, vice-président de l’Eurométropole (non-encarté, ex-PS) en charge de l’habitat, souligne que des efforts ont été faits, mais il reconnaît qu’ils « restent insuffisants » :

« On a construit 400 appartements pour réduire les places d’hôtels. On a aussi construit 450 logements à destination des familles et on a trouvé 400 places dans des appartement existants pour réduire les nuitées à l’hôtel. »

(photo JFG / Rue89 Strasbourg)
A l’arrière du bus les bénévoles (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Bénévoles sous tensions

S’il y a un mot qui revient souvent dans la bouche des professionnels ou des bénévoles, c’est celui de tensions. Aux Restos du cœur, les bénévoles ont utilisé leur droit de retrait au restaurant La Fringale pour rappeler qu’ils n’étaient pas salariés ni employés par l’association caritative, après des violences verbales et physiques en novembre. Un mois après, le message semble avoir été entendu, selon Jean-Luc Bailly :

« La France est parfois présentée à l’étranger comme un pays où tout est fait pour ceux qui arrivent, avec des fonctionnaires pour tout et que l’on peut maltraiter. La notion de bénévolat existe très peu voire pas du tout dans certains pays, ce qui nécessite d’expliquer ce qu’on fait. »

Le responsable des bus des Restos du cœur constate que le nombre de personnes qui se présentent aux distributions continue d’augmenter, certes un peu moins qu’il y a quelques années. Dans les nouvelles populations accueillies, des retraités (3 à 4% du public), des étudiants ou des travailleurs précaires.

Pour ajouter de la nervosité, plusieurs SDF de nationalité française nous parlent spontanément de leur ressenti envers les personnes étrangères, qui auraient plus de droits qu’eux. C’est pourtant l’inverse rappelle Syamak Agha Babaei :

« Les déboutés du droit d’asile ne peuvent prétendre au logement social et n’ont pas de ressource pour le logement privé. L’hébergement d’urgence est la seule chose dont ils peuvent bénéficier. Un SDF français a le droit au RSA ou à la Sécurité sociale, même s’il est parfois difficile d’activer les procédures. »

(photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Les vitres de cet ancien bus de la CTS cédé aux Restos du cœur sont teintées pour préserver un peu l’anonymat des bénéficiaires (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Une grande partie des personnes qui dorment dehors à Strasbourg, environ 70% selon plusieurs sources, est étrangère. Ils sont souvent issus des Balkans, d’Arménie, de Géorgie et aussi du Maghreb. Carrefour d’immigration, Strasbourg est en revanche peu concernée par les migrants qui fuient les conflits au Darfour ou en Syrie.

Un des rares motifs de satisfaction dans cet hiver triste, l’application de l’état d’urgence dans la grande-île hyper sécurisée ne serait plus utilisé comme prétexte pour déloger des SDF comme l’an dernier. « Quelqu’un a trouvé une bonne place dans le passage du Monoprix et n’est pas embêté », souligne Monique Maitte

150 à 200 déboutés du droit d’asile supplémentaires tous les mois

Pour Syamak Agha Babaei, le problème est structurel :

« Environ 30% des demandeurs d’asile sont acceptés. Notre politique migratoire crée donc entre 150 et 200 nouveaux déboutés tous les mois à Strasbourg. Tous ne restent pas, mais cela augmente les besoins. Et dans le même temps, des étrangers qui étudient en France partent travailler ailleurs, après avoir bénéficié d’une scolarité à peu de frais. Il faut revoir toute notre politique pour qu’elle soit volontariste. Quel modèle de civilisation met une vingtaine de familles à la rue ? »

Si les élus en charge de ces thématiques, comme Marie-Dominique Dreyssé, s’expriment régulièrement sur la situation et avancent des propositions, comme davantage accompagner les initiatives locales, le sujet ne semble pas provoquer beaucoup d’émoi chez les autres élus locaux, ou plus haut dans l’organigramme municipal.

Adelheid Tufuor, déléguée régionale de la FNARS (Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale) Alsace, il faut surtout une politique globale :

« On ne peut pas dire qu’il n’y a pas d’efforts. Il n’y a jamais eu autant de budget de l’État dédié à l’hébergement d’urgence. Des enveloppes complémentaires sont versées tous les ans par la Préfecture. S’il y a des blocages à l’entrée du dispositif, c’est parce que la sortie est bouchée : l’hébergement temporaire est lui aussi insuffisant. La mise à l’abri ne peut être que provisoire, il faut des réponses pérennes. »

Première année depuis les désengagements du Bas-Rhin

Adelheid Tufuor est en revanche plus critique sur la décision du Département du Bas-Rhin. En février, la collectivité avait brutalement coupé toutes les aides à l’hébergement d’urgence, à la grande surprise des associations, car ce n’était plus une compétence départementale. Alors que c’est la premier hiver où les effets peuvent s’apprécier, son président Frédéric Bierry (LR) a fait valoir qu’aucune place n’avait était supprimée. « Il y a eu des licenciements, donc moins de moyens humains, ce qui aura un impact au long cours », pointe Adelheid Tufuor.

Notre article montrait ainsi que la reprise de Regain par le Home Protestant est très fragile. Surtout, après une réunion de « raclage de fond de tiroir », dixit un responsable à la Préfecture l’an dernier, 400 000 euros sur les 640 000 euros manquants avaient été réunis avec l’Eurométropole et le Département pour atténuer la violence du désengagement. Il n’y a pas de garantie que ces besoins soient de nouveau assurés.

Adelheid Tufuor s’inquiète aussi que la situation se banalise dans « la conscience sociale ». Le terme d’hébergement d’urgence a en tout cas perdu son sens. Cette politique ne devrait servir qu’à pallier des situations temporaires, comme une femme qui fuit les coups de son mari, un jeune chassé par ses parents, etc. Or, elle est devenue un moyen pérenne d’héberger plusieurs milliers de personnes à Strasbourg.

Deux jours de débats pour le premier budget de la Région Grand Est

Deux jours de débats pour le premier budget de la Région Grand Est

Le conseil régional du Grand Est doit voter son budget pour 2017 après deux jours de débats, en séance plénière à Metz. Ce sera le premier budget taillé par l’exécutif de la nouvelle grande région. À suivre en direct vidéo dès 10h.

La fin d’année est propice au bouclage des budgets pour l’année à venir. Après la Ville de Strasbourg en début de semaine, c’est au tour de la Région Grand Est, avec des débats programmés sur deux jours en séance plénière à Metz.

Ce budget est en quelque sorte le premier sur lequel la majorité élue l’année dernière et conduite par Philippe Richert (LR) a imprimé sa marque. Celui de 2016 était peu ou prou la somme de celui des trois anciennes régions Alsace, Lorraine et Champagne-Ardenne. Si certaines politiques sont harmonisées, cela ne se traduit pas par de grands changements dans les équilibres financiers.

Total en augmentation

Le total du budget est en nette augmentation puisque de 2,5 milliards d’euros en 2016, on est passé à 2,8 milliards. Mais la nouvelle région s’occupe désormais du transport scolaire et interurbain en autocars, qu’assuraient avant les 10 départements, soit 247 millions d’euros.

En dehors de cette somme, les coûts de fonctionnement envisagés baissent de 0,5%. Néanmoins, on remarque une baisse de l’investissement, de 848 millions d’euros à 800 millions, soit peu ou prou ce que donne l’État en moins (40 millions d’euros).

Deux tiers des dépenses concernent les transports, ainsi que les lycées et la formation.

Douze agences territoriales

Sur les autres postes budgétaires, les variations portent sur quelques millions d’euros, à la hausse ou à la baisse. Dans ces conditions, l’opposition de gauche et du FN risquent de soulever leurs critiques habituelles, à savoir qu’il est assez difficile de dégager un cap ou des priorités.

La principale impulsion dans la réorganisation des services concerne l’ouverture de « 12 agences territoriales », réparties sur cette vaste région (voir le dossier plus bas). Les élus craignent visiblement d’être déconnectés des problématiques locales dans ce vaste ensemble. Elles doivent aussi rassurer quant à l’éloignement supposé ou reproché de cette nouvelle administration avec ses habitants.

Le budget va être étudié en 15 points successifs, soit autant que de commissions. Un mode d’examen qui permet aussi de soulever les détails et pas seulement d’évoquer une opinion générale sur les grands ensembles.

La présentation détaillée du budget

Maladie de Lyme : la condamnation de Viviane Schaller confirmée en appel

Maladie de Lyme : la condamnation de Viviane Schaller confirmée en appel

Mercredi, la Cour d’appel de Colmar a reconnu Viviane Schaller coupable d’escroquerie à l’assurance maladie. Cette ancienne biologiste de Strasbourg devra rembourser 280 000€ à la Sécurité sociale après avoir systématiquement réalisé deux tests au lieu d’un pour détecter la maladie de Lyme.

Viviane Schaller, pharmacienne biologiste de Strasbourg qui réalisait systématiquement deux tests de détection de la maladie de Lyme au lieu d’un (voir nos précédents articles), a été reconnue coupable mercredi d’escroquerie par la Cour d’appel de Colmar, au préjudice de l’assurance maladie. La Cour l’a condamnée à neuf mois de prison avec sursis, ainsi qu’au remboursement de 280 000€, injustement perçus pendant son activité.

En première instance à Strasbourg, Viviane Schaller, 68 ans, avait été condamnée à une peine similaire. Son avocat, Me Julien Fouray, a annoncé son intention de se pourvoir en cassation mais cette dernière condamnation est exécutoire, autrement dit, l’ancienne biologiste va devoir rembourser la Sécurité sociale.

Les deux prévenus lors de la suspension d'audience (Photo PF / Rue89 Strasbourg)
Viviane Schaller et Bernard Christophe, lors de l’audience de première instance à Strasbourg (Photo PF / Rue89 Strasbourg)

Bernard Christophe décédé

Elle avait comparu aux côtés de Bernard Christophe, qui commercialisait le « Tic Tox », censé soulager les patients atteints de la maladie de Lyme, une infection virale transmise par les tiques. Bernard Christophe avait aussi été condamné en première instance pour exercice illégal de la profession de pharmacien. Mais il a été victime à 67 ans d’une crise cardiaque samedi.

Viviane Schaller et Bernard Christophe ont toujours nié avoir profité de la détresse des victimes de la maladie de Lyme. Cette affection est souvent mal diagnostiquée, peu connue des médecins et peut mener à des errances thérapeutiques dramatiques en raison de signes multiples, diffus et mal documentés. Plusieurs médecins reconnaissent un défaut dans la prise en charge de la maladie de Lyme, ce qui a fini par alerter le ministère de la Santé qui a lancé un plan national.

Cependant, la justice n’a pas reconnu à Viviane Schaller et Bernard Christophe de rôle de lanceurs d’alerte, comme l’ont réclamé leurs avocats lors des deux procès.

 

Non, l’arche du Christkindelsmärik n’a pas été retirée pour des motifs religieux

Non, l’arche du Christkindelsmärik n’a pas été retirée pour des motifs religieux

Le Marché de Noël de Strasbourg est victime d’une de ces campagnes de désinformation et de haine menée par la fachosphère sur les réseaux sociaux. Car cette année, pour faire de la place, la municipalité a supprimé l’arche mentionnant « Christkindelmärik » de l’entrée de la place Broglie. La disparition de cet écriteau traditionnel, rappelant que les festivités de Noël sont liées à la célébration chrétienne de la naissance de Jésus, n’a pas manqué d’être remarquée par les habitués.

Il n’en fallait pas plus pour les conspirationnistes identitaires, qui accusent un peu partout la municipalité d’avoir enlevé ce panneau pour « ne pas choquer une certaine communauté », comprenez : les Musulmans. L’émoi a également suscité de nombreux courriers à destination de la municipalité et de la presse locale, car évidemment, beaucoup sont passés très vite d’une accusation à une certitude…

L'arche Christkindelsmärik a été retirée pour être rénovée et faire de la place (Photo LenDog64 / FlickR / cc)
L’arche Christkindelsmärik a été retirée pour être rénovée et faire de la place (Photo LenDog64 / FlickR / cc)

L’arche de retour l’an prochain

Sauf que non, l’arche mentionnant Jésus a été retirée uniquement pour des raisons de sécurité, comme vient de l’indiquer le maire de Strasbourg, Roland Ries, au site « Questionnez vos élus » :

« Dans le cadre des mesures de sécurité prises à la suite des attentats, il a fallu créer deux nouveaux accès perpendiculaires aux allées traditionnelles du marché place Broglie, et repousser les chalets de part et d’autre de la place. Dans ces conditions, l’arche « Christkindelsmärik » ne pouvait pas rester à sa place. Nous profitons d’ailleurs de ce temps de pause pour la réhabiliter, dans le but de la remettre dans un lieu compatible avec les impératifs de sécurité lors des prochaines éditions. »

La municipalité rappelle d’ailleurs que la Ville soutient également les concerts de l’avent dans les églises de Strasbourg, qu’elle a organisé à nouveau la fête de la Saint-Nicolas après son annulation l’an dernier et qu’elle a ajouté cette année la fête des lumières, aussi appelée fête de la Sainte-Lucie, le 13 décembre. Quant à la crèche en bois qui trônait place Kléber, elle a été déplacée place des Tripiers pour laisser la place, là encore, à un impératif de sécurité : l’installation d’un poste médical avancé en cas de problème.

#désinformation

L’avocat André Kornmann condamné pour sa haine viscérale des notaires

L’avocat André Kornmann condamné pour sa haine viscérale des notaires

André Kornmann, avocat un temps candidat du Front national à Strasbourg, était devant le tribunal correctionnel mardi. Son délit : avoir insulté et harcelé des notaires, sur la base de vieilles rancoeurs contre la profession.

« On m’accuse de violences psychologiques, c’est comme recevoir un coup de massue ». Mardi avant l’audience, et malgré une nervosité visible faite de tics au bras et de soupirs, André Kornmann, avocat strasbourgeois de 53 ans, un temps candidat du Front National aux élections municipales, feint de ne pas comprendre les accusations du tribunal correctionnel de Strasbourg qui pèsent contre lui.

Pourtant, à l’énumération des faits qui lui sont reprochés, il y a de quoi être surpris. Mises en demeures à répétition exigeant réparation de préjudices fantasques, lettres injurieuses et appels téléphoniques malveillants de 2013 à 2016. Ses cibles : des notaires, actifs ou retraités. Les principales victimes sont âgées de 70 à 93 ans et décrites par le président du tribunal comme fragiles.

29 ans de rancune

Dans le cas de Me Pierre Krantz, 93 ans, par exemple, la rancoeur de Me Kornmann remonte à… 1987 ! À cette époque, André Kornmann, « brillant étudiant », comme le décrit son avocat Me Begeot, souhaite effectuer un stage au sein de l’étude de Me Krantz. Ce dernier déclinera sa demande. Rien d’autre, sans aucun contact entre les deux hommes depuis vingt ans.

« Pourquoi  agir comme cela ? », interroge le président du tribunal. Ne pas faire ce stage aurait « changé complètement la suite de mon existence », répond André Kornmann. Une raison qu’il estime suffisante pour, 29 ans après, inonder sa victime nonagénaire de courriers au langage fleuri, remplis de « gros plein de graisse » et d’autres jurons, allant même jusqu’à parler de « justice » en évoquant son fils, actuellement dans le coma après un accident de moto.

Même mode opératoire pour Me Marie Osolla (70 ans), ou Me Gaspard Hauth (89 ans) à qui il reproche des malfaçons dans un contrat ou trop d’argent perçu lors d’un acte notarial. Et même incompréhension, de la part des victimes comme du tribunal.

Me André Kornmann, ancien centriste, affirme pourtant avoir toujours été proche du FN (Photo PF / Rue89 Strasbourg)
Me André Kornmann dans son étude au printemps 2014, alors qu’il était candidat à la mairie de Strasbourg pour le FN (Photo PF / Rue89 Strasbourg)

« La haine et le mal »

En invoquant son histoire personnelle complexe, nourrie de nombreux détails, André Kornmann a tenté de se justifier à la barre. Mais le président du tribunal, excédé, y a coupé court, mentionnant « un ressentiment depuis un quart de siècle contre la profession des notaires », depuis qu’il « a échoué au concours de droit local en 1991 ». Et de poursuivre avec une lecture du rapport d’expertise psychiatrique, dont les conclusions étaient déjà pressenties depuis le début de l’audience : « parle de manière logorrhéique, est très fier d’avoir une centaine de notaires à son tableau de chasse. Risque élevé de récidive. »

« Je ne me reconnais pas du tout », remarque André Kornmann. Un déni dans lequel il s’enfonce davantage à l’écoute du réquisitoire. Avant de prendre la parole, le procureur de la République Gueorgi Varbanov marque un moment de silence. Puis, il soupire :

« C’est du délire complet. Malgré vos diplômes, vous avez résumé l’intégralité de votre vie en une dizaine de pages. Votre dossier transpire la haine et le mal. Vous utilisez votre profession comme une arme que vous pointez vers des personnes de 70, 80, 90 ans en les harcelant, les persécutant, les menaçant. »

Les réquisitions sont à la hauteur de l’agacement qui règne dans la salle d’audience : 6 mois de prison avec sursis mais surtout une interdiction définitive d’exercer la profession d’avocat.

Hochement négatif de la tête chez le prévenu, qui semble jouer un rôle de victime, concédant à peine avoir manqué de retenue dans ses lettres. Une stratégie de minimisation développée par son avocat, qui pointe « l’absence de violences physiques » et remet en cause la vulnérabilité des victimes. Il invoque le décès du père de Me Kornmann il y a quelques années et dénonce « la mise à mort sociale » de son client, « prisonnier de sa frustration », dont l’existence « ne peut pas se résumer à ces courriers malheureux. »

André Kornmann se verra finalement condamné à trois mois de prison avec sursis, six mois d’interdiction d’exercice et 3 000 euros d’amende. Il a dix jours pour faire appel de ce jugement.

Comment l’Eurométropole de Strasbourg pourrait basculer à droite en janvier

Comment l’Eurométropole de Strasbourg pourrait basculer à droite en janvier

À deux sièges près, la droite et les maires des communes autour de Strasbourg pourraient prendre le contrôle politique de l’Eurométropole, avec l’arrivée de 5 nouvelles communes en janvier. Mais l’existence d’une majorité à droite reste à prouver.

À deux sièges près, la droite, le centre et des maires indépendants pourraient prendre le contrôle de l’Eurométropole (EMS) de Strasbourg en janvier. Une majorité certes très fragile car elle suppose que tout le monde s’accorde, du centre (UDI, Modem, société civile) à la droite, en incluant les nombreux maires « sans étiquette » de l’agglomération. Et surtout que les élus « Les Républicains » de Strasbourg s’entendent avec Yves Bur, maire de Lingolsheim et actuel chef du groupe des maires qui participent à la coalition droite-gauche à la tête de l’Eurométropole depuis 2014.

Cette situation est le résultat d’une surprise, lors du vote de nouveaux élus de la Ville de Strasbourg au conseil de l’EMS, à l’occasion du conseil municipal de lundi 13 décembre. Avec le passage de 28 à 33 communes dans l’intercommunalité au 1er janvier, Strasbourg passe de 47 à 50 représentants, tandis que l’assemblée passe de 95 à 100 élus, puisque chaque commune y envoie un élu. Autre conséquence, il faut revoter pour le président et sa vingtaine de vice-présidents début janvier.

EELV fait les frais d’abstentions PS à Strasbourg

Alors que tout le monde pensait que trois élus de la majorité PS et EELV de Strasbourg rejoindraient l’assemblée métropolitaine, ce sont finalement deux socialistes, mais aussi Éric Senet, élu non-encarté mais du groupe de droite « Les Républicains » qui ont été élus.

Le vote était secret, mais la liste d’opposition a reçu 17 votes – correspondant aux 15 voix du groupe de droite et de l’UDI, et vraisemblablement aux voix des deux élus du Front national, qui ne se sont pas exprimés sur le sujet. Mais surtout, quatre votants se sont abstenus, ce qui a sapé la possibilité que l’écologiste Jean Werlen, troisième sur la liste, entre au conseil communautaire. Un mauvais coup qui a fait fulminer les écologistes, qui ne peuvent s’en prendre qu’à eux-mêmes : s’ils avaient proposé une femme, elle aurait à coup sûr été élue en deuxième position, alternance paritaire oblige.

D’après nos informations, les abstentions proviennent de conseillers municipaux dépités de ne pas avoir été sur cette fameuse liste. Dans le même temps, trois élus de gauche ou d’EELV d’Illkrich-Graffenstaden, Bischheim et Schiltigheim vont céder leur place, en raison du rééquilibrage du poids démographique de leurs communes. En janvier, on comptera donc 51 élus de droite, du centre ou maires de communes, contre 48 du PS, d’EELV et autres alliés et encore 1 élu du Front national (Jean-Luc Schaffhauser), peu susceptible de se rattacher à un camp ou un autre.


Avant, une majorité de gauche et d’écologistes existaient, même si le président Robert-Herrmann (PS) avait choisi d’intégrer les maires des autres communes, de droite pour la plupart, à la direction de l’Eurométropole, pour former une coalition étendue.

Un scénario à la mulhousienne ?

Les maires des petites communes ayant pour habitude de rester en groupe pour peser le plus possible, il n’en faut pas plus pour que certains imaginent déjà un renversement de la table. C’est ce qui s’est passé à Mulhouse la semaine dernière où le maire Jean Rottner et ses soutiens ont été évincés de la présidence de l’agglomération par les maires des communes voisines qui ont installé leur propre candidat.

L’actuel président Robert Herrmann, et candidat à sa succession, espère ne pas subir le même sort :

« On a un projet pour la friche de Reichstett, on a lancé deux extensions du tram, mis fin aux procédures avec les pompiers du SDIS, négocié les compétences avec le Département, un projet pour la zone commerciale nord, lancé la transition énergétique, les travaux sont repartis au PAPS-PCPI, l’abonnement unique CTS/TER, les budgets ont été adoptés, etc. Je regarde ce que cette alliance a apporté aux concitoyens. J’ai toujours dit qu’une agglomération, c’est la diversité. Je regarde ce qui se fait à Mulhouse et je ne pense pas qu’une agglomération puisse se passer de sa ville-centre. Je n’entends pas que ce soit le souhait des maires ici. »

Les regards se tournent vers Yves Bur (LR), maire et ancien député de Lingolsheim, qui mène ce groupe de maires. Lui non plus n’envisage pas de remettre en cause cette alliance :

« Je souhaite que cette gouvernance continue. Je ne veux pas qu’on revienne au modèle ancien avec des débauchages pour des hochets politiques. Je réunis mon groupe ce mercredi soir pour en discuter. »

S’exposer au lâchage des alliés

Il est vrai qu’une majorité à deux sièges près, c’est s’exposer au blocage des projets par deux ou trois élus. Pour autant, Yves Bur ne ferme pas complètement la porte à une candidature à la présidence dans le cadre d’une gouvernance droite-gauche. Et dans ce cas, une alliance avec le PS pourrait marginaliser encore plus les 7 écologistes, voire l’aile gauche du PS.

Mais dans ce cas de figure, c’est pour Robert Herrmann et les socialistes strasbourgeois que l’avenir s’assombrirait. Abandonner l’alliance avec les écologistes compliquerait la future campagne de 2020 pour la mairie.

La co-gestion entre Yves Bur et Robert Herrmann s'est jusqu'ici passée sans désaccord majeur (photo Pascal Bastien)
La co-gestion entre Yves Bur et Robert Herrmann s’est jusqu’ici passée sans désaccord majeur (photo Pascal Bastien)

Le pouvoir aux maires

C’est donc les maires des communes voisines de Strasbourg qui auront le pouvoir de décider. Et à écouter certains d’entre eux, changer de président, ou du moins de « gouvernance » n’est pas la priorité. Comme par exemple Pierre Perrin, maire de Souffelweyersheim et président de groupe, qui « espère » que les maires des cinq nouvelles communes rejoindront son groupe (ils sont invités ce mercredi soir) pour améliorer le rapport de force :

« La démarche du groupe est de représenter nos collectivités, au delà des étiquettes. On est un groupe écouté et stable. »

Prudence habituelle des maires avant les négociations internes ? Même son de cloche chez Théo Klumpp d’Oberhausbergen et Pia Imbs à Holtzheim qui se disent « écoutés », même si la question de savoir s’ils sont « entendus » est parfois un peu plus épineuse. Enfin, « il faut un candidat qui fasse l’unanimité », souligne Théo Klumpp.

Les vice-présidences en jeu

Certes un « putsch » qui éliminerait les socialistes demanderait beaucoup de bonnes volontés à droite. Mais un chamboulement des 20 vices-présidences est plus probable. Le groupe des maires en possède 7, quand les socialistes et apparentés en tiennent 12 (en plus du président), et une pour les écologistes (Alain Jund).

Jusqu’à hier, le plan était de garder la même équipe, sauf peut-être le vice-président à l’artisanat Jean-Luc Herzog dont l’entêtement risque de faire perdre la brasserie artisanale de La Mercière au territoire de l’Eurométropole. Il ne fait pas l’unanimité dans l’assemblée, ni même au sein de son groupe.

Yves Bur : « Je sais quand même compter »

Mardi 13 décembre, les discours semblaient un peu évoluer, à l’image de cette déclaration d’Yves Bur en conférence de presse :

« À la fin, je sais quand même compter et l’exécutif doit se faire avec les communes. Il y a les principes, mais aussi l’arithmétique. Le vote d’hier à Strasbourg, je n’en suis pas responsable. »

Le président du groupe d’opposition « Les Républicains » Georges Schuler, maire de Reichstett, le seul à ne pas avoir rejoint le groupe des maires en 2014, réitère sa proposition du mois de septembre :

« Ce n’est pas une question de parti politique et c’est aux maires de décider. J’ai déjà exprimé des critiques sur la gouvernance qui prévoyait une stabilité fiscale qui n’a pas été tenue. S’ils veulent un programme différent, ils auront le soutien de notre groupe. Il ne serait pas question de revenir sur les engagements passés : je vais par exemple voter le Plan d’urbanisme qui est un bon outil, même s’il n’est pas parfait. Mais il faut revoir certaines orientations en urbanisme et en transports. Et je précise que je ne suis candidat à rien. »

Les fêtes pour négocier

Le maire de Reichstett est en fait candidat aux élections législatives, en juin 2017, à Strasbourg et dans les communes du nord (circonscription 3) et ne pourrait cumuler une vice-présidence, ou son mandat actuel de maire, s’il est élu. Quant aux possibles divisions de la droite strasbourgeoise et des rapports avec Yves Bur, il pense qu’il est possible de les surmonter :

« Si on arrive à être intelligents et mettre les égos à leur place, je ne vois pas les élus de droite strasbourgeois ne pas soutenir un programme qui leur correspond. »

Ce n’est pas l’analyse de tout le monde. Certains se demandent comment Fabienne Keller par exemple pourrait siéger dans l’opposition à Strasbourg et dans la majorité à l’Eurométropole. En raison de son statut de sénatrice, elle ne pourrait pas non plus occuper de vice-présidence. Un questionnement dont fait part Pascale Jurdant-Pfeiffer, élue UDI de Strasbourg, qui compte deux élus, soit assez pour faire et défaire une majorité :

« En 2014, on avait toqué à la porte et on n’a pas voulu de nous. On reste à l’écoute des propositions, mais on se pose la question de la cohérence entre être dans la majorité à l’Eurométropole et dans l’opposition à la Ville. »

Les candidatures pour la présidence et les vice-présidences sont ouvertes jusqu’au jour du vote. Les fêtes s’annoncent donc comme une période d’intenses tractations politiques, non-prévues il y a quelques jours encore.

Michel Deneken, élu président de l’Université de Strasbourg

Michel Deneken, élu président de l’Université de Strasbourg

Michel Deneken, 59 ans, a été élu par le nouveau conseil d’administration de l’Université de Strasbourg. L’ancien premier vice-président pendant 8 ans, et président par interim depuis septembre a recueilli 26 voix contre 9 pour sa concurrente Hélène Michel (1 abstention). Son mandat est d’une durée de 4 ans, renouvelable une fois. Il devient le 37è membre et président du Conseil d’administration.

Soutien de l’AFGES

Sa liste « l’Université pour réussir » avait obtenu 9 élus contre 7 pour Alternatives 2017 lors de l’élection des professeurs et maîtres de conférence. Puis l’Association fédérative générale des étudiants de Strasbourg (Afges), soit 4 élus étudiants sur 6 ainsi qu’un ancien élève en tant que personnalité extérieure, a apporté son soutien au professeur de la faculté de théologie catholique.

L’AFGES s’est dite davantage convaincue par ses propositions en termes de « formation, de recherche, de vie étudiante, en particulier dans des problématiques de la santé », tout en précisant que ce soutien n’est pas « un blanc-seing » à toutes les futures décisions. Michel Deneken a donc convaincu 12 autres personnes parmi les syndicats du personnel administratif et les personnalités extérieures (le vote est secret).

Michel Deneken (Photos Claude Truong-Ngoc / Wikimedia
Michel Deneken (Photo Claude Truong-Ngoc / Wikimedia)

Un mandat scruté

Cette élection met fin à une campagne tendue, où les deux listes ont seulement pu échanger de manière interposée (dans la presse comme dans un de nos articles, par des réunions publiques, ou des communiqués), aucun débat n’ayant été organisé contrairement à 2012.

Dans la communauté universitaire, plusieurs interrogations ont pu naître sur la compatibilité du statut de prêtre de Michel Deneken (il a officié entre 1985 à 2000) et celui de président d’université. Les décisions de la nouvelle équipe dirigeante devraient en tout cas être particulièrement scrutées par les différents élus.