Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Usine d’incinération : l’Eurométropole prévoit un arrêt complet de plus de 2 ans

Usine d’incinération : l’Eurométropole prévoit un arrêt complet de plus de 2 ans

Dans une délibération du conseil de l’Eurométropole de juin, les élus devront approuver l’arrêt pendant deux ans et demi de l’usine d’incinération de Strasbourg, opérée par Sénerval. Cette suspension est nécessaire pour procéder au désamiantage complet de l’usine, qui nécessite la déconstruction des quatre lignes existantes de traitement des déchets et devrait coûter 15 millions d’euros.

Les élus du conseil de l’Eurométropole ont reçu une délibération de 70 pages particulièrement indigeste vendredi. Intitulée « avenant n°6 à la convention de délégation pour l’usine d’incinération de Strasbourg », elle prévoit d’arrêter l’incinérateur au plus tard le 30 septembre 2016, pour procéder au désamiantage complet des installations. Une opération dont la durée estimée est de deux ans et demi, pendant laquelle les quatre lignes de traitement des déchets de l’agglomération seront à l’arrêt complet.

Dans cette délibération, dont Rue89 Strasbourg a obtenu une copie, la collectivité précise qu’elle ne peut plus procéder à des travaux partiels tout en maintenant en activité une partie des installations. Car de l’amiante en suspension a été détecté, « avec des pics non corrélables à des événements identifiables » dans le hall chaudière. Les niveaux mesurés ne dépassent toutefois pas les seuils du code de la santé publique, faute de quoi la collectivité aurait dû procéder à l’arrêt immédiat de l’usine.

L'usine d'incinération des ordures ménagères du Rohrschollen est à l'arrêt depuis le 15 octobre. (Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc)
L’usine d’incinération des ordures ménagères du Rohrschollen plombe l’Eurométropole depuis 2014. (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)

De l’amiante partout, 15 millions d’euros à trouver

En outre, les diagnostics effectués ont révélé la présence d’amiante « sur une grande partie des surfaces internes et externes », une présence qu’il faut « traiter rapidement » indique la délibération. Des travaux qui s’ajoutent aux colmatages sur les lignes 1 et 2, rendus délicats et longs en raison des nombreuses mesures de confinement obligatoires, compte tenu justement de la présence d’amiante. Les fuites occasionnent des retards de traitement et une augmentation du détournement des déchets de l’agglomération de Strasbourg vers d’autres usines.

Le texte qui sera voté en conseil de l’Eurométropole le 3 juin rappelle aux élus qu’un incendie est intervenu en septembre 2015 sur les chaudières 3 et 4, qui a entraîné l’arrêt de ces installations pendant cinq mois.

Au final, l’Eurométropole, en sa qualité de propriétaire de l’équipement, prendra « en charge les travaux de désamiantage ». Le montant de ces travaux est estimé à 15 millions d’euros.

Entre 23 et 27 millions d’euros pour 2016

La délibération propose aux élus de régler les relations passées et futures entre la collectivité et le délégataire, Senerval, filiale du groupe Séché Environnement. Pour le détournement et le traitement des déchets de 2015, l’Eurométropole paiera à Séché 1 604 000€, plus 395 000€ de pénalités et coûts annexes et encore 3 676 000€ de compensation pour les pertes d’exploitation et abandons de facturation par Senerval à ses clients en énergie vapeur et chaleur, soit 5,745 millions d’euros.

Pour le premier semestre 2016, les détournements de déchets devraient coûter à l’Eurométropole 3,8 millions d’euros. Quant aux compensations, la collectivité estime qu’elles pourraient atteindre 4,04 M€ et 1,7 M€ de coûts annexes, si la disponibilité des fours se maintient autour de 40%. Au second semestre, si le processus de désamiantage peut être amorcé en juillet, le coût des détournements devrait alors atteindre 5,1 M€, la compensation pour perte d’exploitation 6,9 M€ et toujours 1,7 M€ de coûts annexes.

Pour 2016, l’addition de ces dépenses et de ces estimations atteindra entre 23 et 27 millions d’euros. Chiffre auquel il faudra donc ajouter les 15 M€, estimés, pour le désamiantage de l’usine. L’Eurométropole réserve ses commentaires pour une conférence de presse ultérieure.

Législative partielle : le vote Elkouby (PS) de dimanche divise les écolos

Législative partielle : le vote Elkouby (PS) de dimanche divise les écolos

Le parti écologiste n’a pas appelé à soutenir le PS au second tour de la législative partielle de Strasbourg ce dimanche 29 mai, contrairement à ce qui se pratiquait jusqu’à présent. Un lâchage qui divise le parti écologiste et pourrait porter préjudice au PS s’il se répète… en 2017.

Les écologistes, alliés au Parti socialiste au sein de la municipalité strasbourgeoise, n’appellent pas à voter pour Éric Elkouby (PS) au second tour de l’élection législative partielle, ce dimanche. C’est le principal fait politique de l’entre-deux-tours de la campagne éclair strasbourgeoise. Pour Europe Ecologie – Les Verts (EELV), les deux candidats présents au second tour ont les mêmes positions sur les sujets qui leur semblent prioritaires et ils n’ont de ce fait donné aucune consigne de vote.

Comme nous l’indiquait le candidat Simon Baumert (EELV) au soir du premier tour, ce non-soutien est justifié par des raisons de politiques nationales. Il cite les désaccords sur les lois El Khomri, Loi renseignement, sur la transition écologique, la loi biodiversité, la mise en œuvre des engagements de la COP21, et au niveau local, sur des dossiers comme Fessenheim, la taxe poids lourds ou le GCO.

En Loire Atlantique, un bon report malgré l’absence de consigne

Pourtant, cette prise de position ne risque pas de faire basculer l’élection. Dimanche soir, les élus socialistes Philippe Bies, député de la 2ème circonscription du Bas-Rhin, et Mathieu Cahn, adjoint au maire, ne voyaient pas de « scénario catastrophe » où le candidat de droite (LR) pourrait combler l’écart de 1 615 voix. En effet, même avec un report sur la candidature de Jean-Emmanuel Robert de 100% des votes du FN, d’Unser Land, de l’UDI et de Guillaume d’Andlau (sans étiquette, mais au profil centriste), les 50% des voix du premier tour ne seraient pas atteintes par la droite (47% seulement). S’il veut créer une surprise, Jean-Emmanuel Robert doit mobiliser des abstentionnistes du premier tour (l’écart correspond à 2,5% du corps électoral).

Certes, les écologistes n’appellent à soutenir aucun candidat, mais on imagine mal que tous ses électeurs ne votent plus au second tour. S’il fallait un exemple récent, la législative partielle de Loire-Atlantique en avril a vu la candidate socialiste Karine Daniel passer de 6 573 à 11 142 voix, alors que les écologistes (fort d’un score de 17% et 3 686 voix au premier tour) ou les formations de gauche radicale avaient adopté un comportement similaire. « Et les relations là-bas étaient plus tendues », ajoute le député Philippe Bies (PS). La circonscription est à proximité de l’aéroport de Notre-Dame des Landes.

Sur le plateau de radio RBS, Eric Elkouby ne s’est pas ému du comportement des alliés locaux :

« Je ne parle pas aux formations, je parle aux personnes. Je pense que quand on réussit dans son camp, on peut réunir au-delà. »

En guise d’appel du pied aux électeurs, il a notamment mis en avant le fait qu’il soutient la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim, travaille pour la mise en place du Parc naturel urbain (PNU) à Strasbourg ou encore qu’il a milité contre la chasse dans les forêts de l’Eurométropole.

Score EELV de 9,6% au 1er tour : un ancrage fort au centre-ville

Avec les déboires nationaux que connaît EELV (affaire de harcèlement de Denis Baupin, divisions qui ont menées à la dissolution du groupe écologiste à l’Assemblée), le score de dimanche (9,6%, quatrième) a réconforté les écologistes strasbourgeois. D’après eux, il témoigne d’un ancrage local, particulièrement au centre-ville.

Anne-Pernelle Richardot, première secrétaire fédérale du PS 67, et Philippe Bies n’ont pas été surpris de la position de Simon Baumert dimanche soir. L’élue au conseil régional explique :

« Le parti EELV, que je distingue des écologistes, est dans une sortie de cohérence, comme à Nantes. [Or] il y a un temps pour la confrontation et faire avancer des idées… Là, l’enjeu du parti, c’est de savoir qui ils vont envoyer à l’Assemblée. Nous renvoyer dos à dos [avec la droite] est facile. Quoiqu’on veuille nous faire croire, on n’est pas pareil. Nous on aurait pas hésité à les soutenir. »

Aux départementales en mars, EELV avait déjà pris ses distances, mais la formation avait tout de même appelé à « faire barrage au Front national » et d’empêcher qu’il n’y ait que des élus de droite dans les deux assemblées, sous-entendu, de voter PS à Strasbourg.

Fin de meeting mercredi 13 à la Salle du Cercle de Bischheim (Photo David Rodrigues)
EELV et PS à un meeting commun pour les législatives. C’était en 2012 (Photo David Rodrigues)

Au sein d’EELV, la position a fait débat. Une pré-position avait été actée au niveau régional avant l’élection et suivie par une majorité des militants, soit environ 70%. Elle a été validée après les résultats. On imagine que si le FN avait été présent au second tour, l’attitude aurait été différente. Pour le député et président du groupe socialiste à la ville de Strasbourg, Philippe Bies, les écologistes sont incohérents :

« Ils sont à la fois un pied dedans, un pied dehors. Ce n’est pas une question de donner des gages, mais d’approche. D’être dans le consensus ou non, d’être pragmatique… Il y a deux lignes, mais une clarification sera nécessaire avant 2017. La difficulté est qu’il y a une recomposition politique, alors que la gauche est au pouvoir. »

Soutien des adjoints EELV à Elkouby

Comme ses collègues PS, il se réjouit aussi de quelques expressions publiques légèrement discordantes. Elles viennent des élus « aux responsabilités », qui occupent des postes d’adjoints dans la municipalité socialiste, et se retrouvent en décalage avec leur base. Un fossé est désormais creusé entre Alain Jund et Marie-Dominique Dreyssé, respectivement adjoints à l’urbanisme et aux affaires sociales, pour ne citer qu’eux, et des jeunes arrivés avec la vague Europe Écologie de 2009.

Après des formules de félicitations adressées à Simon Baumert et de distanciation avec certains aspects de la politique menée par le PS, ces adjoints expliquent néanmoins entre les lignes qu’ils voteront (ou voteraient s’ils habitaient le secteur) pour Éric Elkouby. Pour eux, il apparaît impossible de se désolidariser de leurs collègues, comme le font savoir Marie-Dominique Dreyssé et Alain Jund dans une déclaration commune :

« Nous ne pouvons nous résoudre et permettre dimanche prochain l’entrée à l’Assemblée Nationale du représentant de la droite la plus conservatrice, un militant actif de la « Manif pour tous » qui n’a pas hésité à défiler avec le Front National. C’est à l’inverse des valeurs qui sont les nôtres, celles de la solidarité, de l’égalité, du vivre ensemble, de la justice sociale et environnementale. »

En avril, Alain Jund promettait au contraire de ne plus voter socialiste aux prochaines élections.

De son côté, Jean Werlen, co-président du groupe écologistes au conseil municipal et proche d’Alain Jund, a indiqué sur Facebook qu’il ne pouvait « cautionner le slogan UMPS, amalgame si cher à l’extrême droite » :

« Je voterai pour éviter que le Bas-Rhin soit représenté par un député de droite supplémentaire. Parce que l’écologie ne peut se réaliser dans l’inégalité, ne peut se mesurer uniquement par l’argent, ne peut exister sans vivre ensemble, sans solidarité. Parce que je crois que l’intérêt public doit être prioritaire, que l’éducation est indispensable, que la valeur de l’humain est supérieure à l’argent. Que ni la haine ni le mépris ne font la société. »

Le rejet du candidat de droite, c’est aussi la raison invoquée par Éric Schultz, qui a rendu sa carte EELV, et pourtant connu pour avoir une ligne plus dure que ses homologues adjoints. Il a même reconnu les qualités « d’écoute » et « de terrains ». Aux départementales, il n’avait pas clairement appelé à voter pour le candidat PS Mathieu Cahn sur son canton (le 1).

Circonscriptions Strasbourg-2 et 3 : plus tendu pour 2017

Ces postures, illisibles à l’extérieur du microcosme, n’auraient que peu d’importance si les socialistes n’avaient les yeux rivés sur 2017. Car si la première circonscription est bien « tenue » par Armand Jung et Éric Elkouby, qui ratissent le terrain à longueur d’année, les deux autres circonscriptions strasbourgeoises ne sont pas acquises au PS, loin s’en faut.

Celle de Strasbourg-sud-Illkirch avait basculé à gauche, suite à l’élection de François Hollande en 2012, au profit de Philippe Bies. Dans la troisième circonscription, Strasbourg-nord-Schiltigheim-Bischeim, André Schneider (LR) avait sauvé son mandat (le quatrième) avec moins de 700 voix d’écart face à un ticket EELV-PS. Dans ces conditions, des soutiens plus explicites seront nécessaires en 2017.

« On fera les calculs plus tard », répondent en cœur Philippe Bies et Pernelle Richardot. Selon la conseillère régionale, la question de mieux considérer l’allié écologiste à Strasbourg ne fait pas encore débat dans ses rangs :

« Les socialistes débattent en leur sein, pour préparer 2017 sans hystérie. »

Une redistribution des postes d’adjoints en ligne de mire

Surtout que se profile une redistribution des postes d’adjoints. Éric Elkouby a promis qu’il se mettrait en conformité avec la loi sur le cumul de mandats (que la droite combat) et donc démissionnerait de son poste d’adjoint au maire (en charge du tourisme et des parcs naturels urbains) s’il est élu député. De plus, il faut réattribuer les compétences de Souad El-Maysour et de Mine Gunbay (lecture publique et démocratie locale), démissionnaires en avril.

La secrétaire régionale EELV, Patricia Guéguen, espère que la municipalité saura distinguer le local du national :

« Si notre décision [de ne pas donner de consigne de vote] devait influer sur la redistribution des postes d’adjoints, je trouverais ça politiquement en-dessous de l’intérêt général. Les thématiques à reprendre nous intéressent. Cela serait regrettable pour l’intérêt collectif. »

Questionné, le maire Roland Ries a simplement insisté sur la solidarité au sein de l’exécutif strasbourgeois :

« J’ai souhaité que la discipline républicaine puisse d’appliquer. Moi, je préfère Éric Elkouby à son adversaire. Nous avons eu un débat difficile lundi en réunion d’adjoints, c’est vrai. La prise de position de Marie-Dominique Dreyssé et Alain Jund constitue un appel indirect. Même Éric Schultz a été plus clair. »

Soutien tiède à la droite de l’UDI

L’ambiance n’est cependant pas plus chaleureuse à droite. L’UDI du Bas-Rhin, alliée aux Républicains à la Région et au Département, a pudiquement appelé « à faire barrage au candidat de François Hollande », sans mentionner le nom du candidat de la droite. L’utilisation de son logo sans autorisation lors du meeting LR du mardi 24 mai a ajouté une couche d’exaspération chez les centristes. Les autres partis présents au premier tour n’ont quant à eux donné aucune consigne de vote.

Amiante au Parlement : l’institution savait-elle ou aurait-elle dû savoir ?

Amiante au Parlement : l’institution savait-elle ou aurait-elle dû savoir ?

Jeudi, quatre témoins, intervenus sur le chantier du « bar des chauffeurs » dans l’affaire de l’amiante au Parlement européen, ont été entendus par le tribunal correctionnel de Strasbourg.

« Est-ce que vous trouvez juste que ce soit ces personnes qui comparaissent devant le tribunal ? », a demandé jeudi Me Renaud Bettcher, avocat de l’architecte d’intérieur, maître d’oeuvre du chantier à M. Houzel, gestionnaire de contrat parlementaire, venu témoigner à la barre devant le tribunal correctionnel de Strasbourg. Trois personnes sont prévenues de « mise en danger d’autrui par violation d’une obligation de prudence et de sécurité imposée par la loi ou le règlement, » après que de l’amiante ait été libérée lors d’un chantier en février 2013.

Me Bettcher, avocat de Marie-Delphine Dochain, maître d'oeuvre du chantier, peu avant l'audience de jeudi 26 mai 2016. (photo Auriane Poillet / Rue89 Strasbourg)
Me Bettcher, avocat de Marie-Delphine Dochain, maître d’oeuvre du chantier, peu avant l’audience de jeudi 26 mai 2016. (photo Auriane Poillet / Rue89 Strasbourg)

Le sous-entendu est clair. Comme la veille, Me Bettcher montre qu’il pense que le Parlement européen devrait être sur le banc des prévenus. À l’une de ses questions, M. Houzel qui a joué le rôle de l’intermédiaire entre le Parlement et l’entreprise Habitat et Santé qui s’est chargée d’analyser les matériaux contenus dans les poteaux répond :

« Non, il n’y a pas de personne habilitée à repérer de l’amiante dans des matériaux au sein du Parlement européen. Ce ne sont que des personnes extérieures. La règle de base concernant l’amiante c’est : « pas formé, pas toucher ». Cette règle est censée être connue de tout le monde dans le bâtiment. »

On était bien formé au risque amiante au Parlement

Mais quelques heures ensuite, M. Alouahabi, assistant de Mme Giani, chargée d’opérations immobilières au Parlement européen, explique qu’il a été formé en 2012 au risque amiante, soit un an avant l’accident.

Les avocats de la défense, Me Bettcher, représentant de Marie-Delphine Bodain, maître d’oeuvre du chantier et Me Alonso, avocat de Patrick K., coordinateur sécurité, ne s’arrêtent pas là. Ils surnomment le substitut du procureur « l’avocat du Parlement européen. »

Me Frédéric Brunn, avocat de Stenger plâtres & Staff, en présence de Patrick K., coordinateur sécurité sur le chantier, peu avant l'audience de jeudi 26 mai 2016. (photo Auriane Poillet / Rue89 Strasbourg)
Me Frédéric Brunn, avocat de Stenger plâtres & Staff, en présence de Patrick K., coordinateur sécurité sur le chantier, peu avant l’audience de jeudi 26 mai 2016. (photo Auriane Poillet / Rue89 Strasbourg)

« Il n’était pas imaginable que ces poteaux soient déshabillés »

Deuxième témoin appelé par le tribunal, Mme Giani, architecte de formation et chargée d’affaire au Parlement européen, confirme que le risque amiante n’avait pas été envisagé lorsque l’ouvrier de Stenger plâtres & Staff avait amené un échantillon de matériaux de deux centimètres sur trois lors d’une réunion de chantier, en demandant si c’était bien un matériau coupe-feu. Elle n’était pas non plus au courant qu’un poteau avait été déshabillé :

« On a souvent des modifications qui peuvent arriver en cours de chantier. Mais on n’engage pas de travaux tant que l’avenant n’a pas été signé par l’entreprise. Au moment de la réunion de chantier du 12 février, il n’était pas imaginable que ces poteaux soient déshabillés. »

Le problème, c’est que l’ouvrier qui a déshabillé ce poteau n’a pas demandé d’autorisation, selon Caroline Decleir, inspectrice du travail :

« Quand on fait des travaux, on fait un repérage amiante avant travaux (RAT) de ce qui n’est pas directement accessible. Si on décide d’intervenir sur le matériau amianté, soit on désamiante, soit on fait un percement en prenant un certain nombre de précautions et dans ce cas-là le matériau amianté n’est pas retiré. »

« Il voulait gagner du temps »

Dans ce cas-là, les deux ouvriers présents sur le chantier n’étaient pas formés au risque amiante, même si Joël Jund, représentant de l’entreprise Stenger Plâtres & Staff, une large partie des employés ont pu suivre la formation, comme le chef du chantier du « bar des chauffeurs. »

Lorsque le procureur demande à Joël Jund pourquoi son employé a déshabillé le poteau, celui-ci répond : « je suppose qu’il voulait gagner du temps ».

Le doute sur la présence éventuelle d’amiante dans l’habillage des poteaux existait lors de l’élaboration du rapport avant travaux, réalisé par M. Hirtz, de la société Habitat et Santé bien avant le début du chantier. Dans ce document, celui-ci avait indiqué que de l’amiante était susceptible d’être présente dans ces poteaux. Il avait également écrit dans ce rapport : « il est conseillé de procéder à des investigations complémentaires après mis à nues des parois verticales. »

Le doute n’a été levé par aucun des intervenants sur le site, ni par le Parlement européen lui-même. Le tribunal correctionnel de Strasbourg continuera à questionner prévenus, témoins et victimes potentielles vendredi pour la troisième et dernière journée de ce procès.

Le port aux pétroles brièvement bloqué par une trentaine de manifestants

Le port aux pétroles brièvement bloqué par une trentaine de manifestants

Il faisait chaud jeudi après-midi au port aux pétroles à Strasbourg. Des manifestants ont bloqué l’accès aux camions citernes, qui desservent les stations services alsaciennes, en allumant plusieurs feux. Ils ont été promptement délogés par la police.

feu
Le barrage enflammé a bloqué l’accès au port aux pétroles deux heures durant. (Photo PD/ Rue89 Strasbourg / cc)

Une trentaine de manifestants, dont certains arboraient des sigles de Sud-Rail, Solidaires et de la CGT, ont bloqué l’accès au port aux pétroles au nord de Strasbourg jeudi après-midi, aux alentours de 14 heures.

Cagettes et pneus de poids-lourds ont été disposés sur la chaussée avant d’être brûlés. Un épais panache de fumée était visible à plusieurs centaines de mètres du barrage.

pompiers
En plus des forces de l’ordre, les pompiers étaient eux aussi présents pour éteindre les feux allumés par les manifestants. (Photo PD/ Rue89 Strasbourg / cc)

Sur place, les pompiers ont œuvré pour éteindre les trois feux allumés par les manifestants. Ces derniers se sont dispersés dans les environs à l’arrivée d’une unité de la BAC (Brigade anti-criminalité) de la police.

Le dépôt de carburants a été bloqué moins de deux heures. Vers 16 heures, les manifestants ont quitté les lieux et les camions citernes ont pu accéder aux hydrocarbures avant de partir les livrer dans les stations services alsaciennes.

Après deux heures d'attente, les camions citernes ont pu se réapprovisionner en carburant avant de livrer les stations service de la région.
Après deux heures d’attente, les camions citernes ont pu se réapprovisionner en carburant avant de livrer les stations-service de la région. (Photo PD / Rue89 Strasbourg / cc)

Ailleurs en France, les blocages de raffineries et dépôts de carburant ont entraîné des situations de pénurie dans plusieurs stations-service du territoire. Jusqu’à présent, l’Alsace n’est pas concernée par ces conséquences car le carburant provient des Pays-Bas et de l’Allemagne.

Entre 2 000 et 3 000 personnes à la 8e manifestation contre la « loi travail » à Strasbourg

Entre 2 000 et 3 000 personnes à la 8e manifestation contre la « loi travail » à Strasbourg

Par beau temps, il est plus facile de manifester. Aussi la CGT avait sorti le grand jeu pour cette 8e manifestation contre la « loi travail » à Strasbourg, avec camion sono et employés en grève en provenance de nombreuses entreprises du Bas-Rhin. Entre 2 et 3 000 personnes ont participé au cortège, également composé par des manifestants de FO, de la FSU ou du PCF.

Le trajet de la manifestation de jeudi 26 mai a été modifié le matin même mais cette fois, la CGT ne s’est pas contentée d’un petit tour en ville. Elle a opté pour la grande boucle, départ place Kléber puis les quais sud de la grande île et les avenues de la Liberté et des Vosges et retour par les quais nord. Et bien lui en a pris puisque 2 à 3 000 manifestants (1 400 selon la police) se sont déplacés pour dire leur opposition à la loi présentée par la ministre Myriam El Khomri pour réformer le code du travail.

Un bon score pour Strasbourg, qui plus est sous un soleil généreux, une rareté bienvenue à Strasbourg où l’on commençait à se demander si la météo n’était pas contre le mouvement social.

D’autres formations avaient aussi appeler à manifester, dont FO, la FSU, le PCF et Solidaires. Aucun incident n’est à déplorer. Le cortège s’est dispersé dans le calme place Kléber vers 16h30. Au port aux pétroles, quelques militants de Sud-Rail et Solidaires ont tenté de bloquer les dépôts de carburant et d’ériger des barricades. Ils ont été promptement délogés par la police (lire notre article).

Pour Jacky Wagner, secrétaire départemental de la CGT, les grèves et les manifestations répondent au blocage du gouvernement :

« En utilisant l’article 49-3 de la constitution, le gouvernement a mis fin au débat. Il ne nous laisse par d’autre choix que de bloquer tout ce qu’on peut bloquer jusqu’à ce qu’il nous entende. Certains peuvent trouver ça violent, mais c’est notre réponse à la violence gouvernementale antidémocratique. »

Voir en vidéo un compte-rendu de la manifestation

Les syndicats ont annoncé vouloir mettre en place un barrage filtrant vendredi 27 mai à partir de 7h sur le rond-point de l’Europe, à l’Espace européen de l’entreprise à Schiltigheim. D’autres actions sont prévues au port du Rhin.

Amiante au Parlement européen : l’architecte d’intérieur mise en cause

Amiante au Parlement européen : l’architecte d’intérieur mise en cause

Mercredi s’est déroulé la première journée du procès de l’exposition à l’amiante d’une annexe du Parlement européen. Marie-Delphine Dochain, architecte et maître d’oeuvre des travaux, a été directement mise en cause par le procureur de la République.

« Je ne suis pas compétente en matière d’amiante », ne cesse de clamer Marie-Delphine Dochain devant le tribunal correctionnel de Strasbourg mercredi. L’architecte en charge des travaux d’intérieur dans le bâtiment Winston Churchill du Parlement européen de Strasbourg en février 2013 est poursuivie pour « mise en danger d’autrui par violation d’une obligation de prudence et de sécurité imposée par la loi ou le règlement ». Elle s’en défend :

« Il faut bien comprendre ce qu’est la mission d’architecte d’intérieur. Si vous voulez, je suis un chef d’orchestre. Je ne sais pas jouer de tous les instruments, mais je connais la musique. On a un coordinateur sécurité et santé qui a ces compétences. »

Mais pour le substitut du procureur de la République, Sébastien Hauger, la mission de l’architecte, même s’il est d’intérieur, est également de veiller à la sécurité du chantier. Dans le rapport établi par la direction régionale du travail (Direccte), il est indiqué que l’architecte est en charge du « suivi général du chantier. »

Marie-Delphine Dochain, l'architecte et maître d'oeuvre des travaux, peu avant le lancement du procès de la pollution à l'amiante au Parlement européen, le 25 mai 2016 à 14h. (photo Auriane Poillet / Rue89 Strasbourg)
Marie-Delphine Dochain, l’architecte et maître d’oeuvre des travaux, peu avant le lancement du procès de la pollution à l’amiante au Parlement européen, le 25 mai 2016 à 14h. (photo Auriane Poillet / Rue89 Strasbourg)

Le procureur demande alors : « en votre qualité de maître d’oeuvre, n’est-ce pas votre rôle de veiller à la sécurité de toutes les personnes intervenant sur un chantier ? »

« Le rôle de l’architecte d’intérieur, c’est l’esthétique »

Marie-Delphine Dochain, son long manteau blanc sur les épaules, répond : « il existe plusieurs types de maîtres d’oeuvre. Moi, je vérifie ce qui est conforme à notre plan. Chacun a son rôle. » Son avocat renchérit : « celui de Mme Dochain, c’est l’esthétique ».

Le ton est monté entre Me Renaud Bettcher et Sébastien Hauger. Le procureur somme l’avocat de laisser parler sa cliente avant de lui demander de définir des termes professionnels : « pour vous, qu’est-ce que le dossier technique amiante ? Qu’est-ce que le repérage amiante avant travaux ? »

Ces deux documents sont établis par une entreprise extérieure, mandatée par le Parlement européen et qui peuvent être consultés par tout intervenant effectuant de la maintenance ou des travaux au sein de l’institution. Celui-ci avait été établi en novembre 2010, peu après la mise en forme du projet de transformer l’ancien « bar des chauffeurs » en bureaux dans le bâtiment Winston Churchill.

La salle d'audience des procès d'assises, place d'Islande, avant l'ouverture du procès de la pollution à l'amiante du Parlement européen le 25 mai 2016. (photo Auriane Poillet / Rue89 Strasbourg)
La salle d’audience des procès d’assises, place d’Islande, avant l’ouverture du procès de la pollution à l’amiante du Parlement européen le 25 mai 2016. (photo Auriane Poillet / Rue89 Strasbourg)

Le responsable de l’entreprise en charge des analyses des matériaux et témoin dans cette affaire, s’exprime à son tour à la barre :

« Pour effectuer des prélèvements sur les poteaux mis en cause dans cette affaire, il aurait fallu que je sache qu’ils feraient l’objet de travaux. Je serais allé plus loin si j’avais su. Le seul plan en notre possession était le plan général de ce bar. On n’a pas eu plus de renseignements. »

Dans le dossier technique amiante, le Strasbourgeois avait tout de même indiqué qu’il existait certaines interrogations sur la nature du coffrage de ces poteaux, mais le Parlement européen n’aurait pas demandé d’enquête complémentaire.

La présence d’amiante révélée par un plâtrier

Lors d’une réunion de chantier en octobre 2013, un ouvrier de l’entreprise Stenger Plâtres & Staff soumet une première fois la question de la présence d’amiante dans les coffrages des poteaux. Le président de l’assemblée, Jérôme Lizet, raconte :

« Il indique que personne n’a su lui répondre. A l’aide d’un tournevis, il écarte les cloisons du poteaux pour vérifier s’il est bien coupe-feu. Il explique que ces ouvriers ont écarté les tôles avant d’évacuer la garniture. Lors d’une nouvelle réunion, les ouvriers sont autorisés par la maître d’ouvrage à monter et habiller ces poteaux. »

Il se tourne alors vers Marie-Delphine Dochain. Lors de cette réunion, l’ouvrier lui aurait apporté un morceau du coffrage qu’elle nie avoir vu, mais de toute manière :

« Je ne peux pas donner un avis sur quelque chose que je ne connais pas. En dehors du Parlement européen, je pose la question à des personnes compétentes. Dans ce cadre-ci, j’étais entourée de toutes les personnes qu’il fallait, donc je ne me suis pas posé la question. »

Selon Me Renaud Bettcher, le Parlement européen devrait être sur le banc des prévenus, alors qu’il s’est constitué partie civile dans cette affaire. L’institution, représentée par Me Jean-Paul Teissonière, s’en défend :

« Dans ce débat, on constate qu’on a tendance à rejeter la responsabilité sur le voisin. La seule obligation de départ d’un propriétaire de bâtiment c’est le diagnostic amiante. Le document technique ne vise que l’approche visuelle du risque de pollution à l’amiante. Ce repérage doit être exhaustif, seulement lorsque l’on envisage des travaux de démolition. »

7,09 fibres d’amiante par litre d’air sur la zone des travaux

Le démontage du coffrage des poteaux n’était pas prévu lors des travaux. Les cloisons devaient être fixées sur ces poteaux, mais la manière de procéder n’était pas indiquée dans le cahier des charges. Finalement, les poteaux devaient être percés de six trous pour y insérer des chevilles.

Le simple fait de percer aurait pu exposer les ouvriers à des poussières d’amiante. Dans la zone des travaux, le prélèvement de matériaux avait révélé la présence de 7,09 fibres par litre d’air. Le seuil sanitaire est de 5 f / litre et de 100 f / litre pour des ouvriers.

Jeudi, le tribunal correctionnel de Strasbourg entendra certaines parties civiles. Celles-ci demandent à être reconnues en tant que victimes, en cas de l’apparition future d’une maladie liée à l’inhalation de poussières d’amiante.

#Jerome Lizet#Marie-Delphine Bouchain#Sebastien Hauger

Sur les champs de captage de l’Eurométropole, les pesticides ne sont pas interdits

Sur les champs de captage de l’Eurométropole, les pesticides ne sont pas interdits

Peut-on répandre des herbicides sur les champs qui alimentent les points de captage d’eau potable de l’Eurométropole ? Eh bien oui, la réglementation, qui date de 1978, permet l’emploi de tous les produits phytosanitaires autorisés ailleurs. Sur les futurs champs qui entoureront le point de captage de Plobsheim en revanche, l’Eurométropole espère pouvoir les confier à des agriculteurs qui ne traitent pas.

L’image a de quoi interloquer. Passant à quelques mètres des installations de pompage d’eau potable d’Oberhausbergen, à l’ouest de l’agglomération de Strasbourg, un agriculteur répand un produit phytosanitaire sur des champs situés dans le périmètre de protection (voir la photo ci-dessous). Habitant la commune, Julien s’approche de l’exploitant :

– « Qu’est ce que vous mettez comme produit, pour savoir si c’est dangereux pour mon chien et moi  ?
– C’est du désherbant, faut faire gaffe oui, surtout pour les animaux !
– Ha bon c’est costaud alors ?
– C’est plus aussi costaud qu’il y a 30 ans, mais faut quand même faire attention…
– Ha oui quand même donc c’est dangereux pour nous aussi ?
– Oui un peu, mais ça dépend des personnes et des sensibilités. »

Peut-on répandre des produits phytosanitaires si près des installations de captage d'eau potable ? Oui. (Doc remis)
Peut-on répandre des produits phytosanitaires si près des installations de captage d’eau potable ? Oui. (Doc remis)

Mais si c’est dangereux, ce produit ne devrait-il pas être interdit sur un champ qui alimente directement une partie de l’eau potable consommée dans l’Eurométropole ? Eh bien non. Dans la réglementation des périmètres de protection des zones de captage autour de Strasbourg, qui date de 1978 (voir ici), il est précisé (point 2.5) que l’épandage ou le stockage de tout produit fertilisant ou destiné à la « lutte contre les ennemis des cultures » est autorisé, dans la mesure où ces produits sont homologués par le ministère de l’Agriculture.

Une qualité de l’eau irréprochable…

Contactée, l’Eurométropole indique qu’il n’y a aucun souci à se faire sur l’eau potable consommée à Strasbourg et que les analyses effectuées autour du point de captage d’Oberhausbergen sont excellentes. Jean-Marc Weber, responsable qualité au service de l’eau, précise :

« Chaque mois, une analyse fine de l’eau captée est effectuée et celle qui sort d’Oberhausbergen est l’une des meilleures qu’on ait. Elle contient environ 15 mg de nitrates par litre, une valeur proche de la teneur naturelle de l’eau. Par ailleurs, les terres du périmètres de captage sont régulièrement contrôlées aussi, par l’intermédiaire de piézomètres qui nous alertent si des concentrations de produits phytosanitaires dépassent les valeurs autorisées à différentes profondeurs. »

Fertilisants employés sur les champs entourant le point de captage d'Oberhausbergen (doc remis)
Fertilisants employés sur les champs entourant le point de captage d’Oberhausbergen (doc remis)

… mais une volonté de sortir des pesticides quand même

Pour autant, les temps changent et Françoise Buffet, conseillère de l’Eurométropole en charge des relations avec la chambre d’agriculture, rappelle que sur le nouveau champ de captage de Plobsheim, la collectivité va ajouter une « clause environnementale » :

« Dans le cadre de notre convention avec la Chambre d’agriculture, les exploitants qui interviendront dans le périmètre du point de captage de Plobsheim seront soumis à une clause environnementale. C’est à dire qu’ils seront incités à mener une agriculture biologique. Il s’agit là de notre premier critère de choix de l’exploitant. »

Quant aux exploitations en cours, Françoise Buffet précise :

« On ne peut pas changer les baux d’exploitation du jour au lendemain. Les agriculteurs ont besoin de visibilité sur les terres qu’ils exploitent. Mais on a triplé les surfaces exploitées en bio depuis que nous sommes en charge de ces questions à l’Eurométropole. »

Pour l’instant, la Chambre d’agriculture ne peut que « déconseiller » aux agriculteurs d’utiliser certains produits. Mais s’ils sont autorisés par la réglementation, ni l’Agence régionale de santé, ni la Chambre d’agriculture n’ont les moyens d’intervenir. De son côté, l’agriculteur qui cultive une partie des champs près du point de captage d’Oberhausbergen, André Roth, indique :

« On est dans la réglementation, on ne nous vend rien d’autre de toutes façons. Chaque année, des produits sont retirés de la liste autorisée. Il n’y a pas d’autres restrictions liées au point de captage. Tout le monde veut commander les agriculteurs, tout le monde a son idée sur la façon dont il faut cultiver. Mais est-ce que tous ces gens sont prêts à venir lorsqu’il faut biner les betteraves ? »

Selon l’Agence de l’eau Rhin Meuse, 35% des points de surveillance de la qualité des eaux superficielles présentent au moins un pesticide en concentration excessive. Les indicateurs de suivi dans les eaux ne montrent « aucune baisse de leur présence ».

Législative partielle : réécoutez l’interview radio d’Éric Elkouby

Législative partielle : réécoutez l’interview radio d’Éric Elkouby

En partenariat avec Radio Bienvenue Strasbourg (RBS – 91.9 FM), Rue89 Strasbourg vous propose de suivre en direct les interviews des deux candidats au deuxième tour de l’élection législative partielle de Strasbourg : Éric Elkouby (PS) et Jean-Emmanuel Robert (LR). On poursuit jeudi 25 mai à 10h30 avec le candidat de gauche.

Dimanche 22 mai, la première secrétaire du Parti socialiste (PS) bas-rhinois Anne-Pernelle Richardot tweetait que le PS « n’a jamais fui le débat démocratique », pour réagir aux dégradations de ses locaux. Lundi 23 mai, le candidat de son parti, Éric Elkouby, a quelque peu contredit ces propos, puisqu’il n’a pas souhaité débattre sur radio RBS avec son adversaire au second tour de la législative partielle de Strasbourg, Jean-Emmanuel Robert (« Les Républicains »).

Éric Elkouby, candidat Ps à la législative partielle de Strasbourg (photo Stéphane Bossler)
Éric Elkouby, candidat Ps à la législative partielle de Strasbourg (photo Stéphane Bossler)

30 minutes de discussion

À défaut d’un débat, les auditeurs auront le droit à deux interviews séparées de 30 minutes. Après Jean-Emmanuel Robert, c’est au tour d’Éric Elkouby de répondre aux questions de Stéphane Bossler, Julie Helwing et Jean-François Gérard, jeudi 26 mai à 10h30.

Au premier tour, le candidat de gauche est arrivé en tête avec 30.48% des votes, soit 4 288 voix et seulement 6,66% des inscrits (l’abstention a atteint 77,71%). Son concurrent a réuni 19% des suffrages exprimés, soit 2 672 voix pour 4,15% des inscrits.

Réécouter l’interview d’Éric Elkouby

Le second tour aura lieu dimanche 29 mai. Le résultat déterminera le nouveau député de la première circonscription du Bas-Rhin, qui sera élu pour 378 jours. Son siège sera remis en jeu lors des élections législatives générales en juin 2017.

Les interviews de Jean-Emmanuel Robert (LR) et Éric Elkouby (PS) , à suivre en direct sur RBS (91.9 FM) à 10h30. (photo Dave Kleinschmidt / Flickr / cc)
Les interviews de Jean-Emmanuel Robert (LR) et Éric Elkouby (PS) , à suivre en direct sur RBS (91.9 FM) à 10h30. (photo Dave Kleinschmidt / Flickr / cc)

« Clowns & Queens » au Maillon : le jonglage au service de la poésie

« Clowns & Queens » au Maillon : le jonglage au service de la poésie

La compagnie Gandini Juggling présente son spectacle Clowns & Queens au Maillon jusqu’au samedi 28 mai. Accueilli avec la participation des Migrateurs, Clowns & Queens aborde, à travers le langage spécifique du jonglage, les questions du pouvoir et de l’humiliation. Du jonglage pour adultes, plus burlesque et maladroit qu’érotique, en quête de sa propre langue.

Le spectacle Clowns & Queens a été créé en 2013 à Cherbourg-Octeville par le britannique Sean Gandini et sa compagnie Gandini Juggling, co-fondée avec la danseuse, gymnaste et jongleuse Kati Ylä-Hokkala en 1992. Selon un article de Edouard Launat pour Libération en 2013, Sean Gandini veut faire « du jonglage comme une extension de la vie. C’est un langage qui l’habite, la grammaire à travers laquelle il a choisi de s’exprimer. »

Pas simple pour autant de construire un spectacle total à partir de cette grammaire, si inventive et variée soit-elle. Les tableaux se succèdent, et si certains brillent par des trésors de poésie et d’inventivité, l’absence de fil narratif se fait parfois sentir. Un spectacle d’un grand intérêt pour les amateurs de jonglage, qui y verront des figures originales et frappantes.

La lumière et la folie des costumes de "Clowns and Queens" (Photo Jacques Langlois)
Les costumes de « Clowns and Queens », baroques et barrés (Photo Jacques Langlois)

Cirque or not cirque ?

Malgré son classement en « cirque » par le Maillon, il semble que la compagnie Gandini Juggling développe une « volonté farouche de s’éloigner de l’image du cirque traditionnel ». C’est pourtant autour des figures du cirque, et particulièrement de celle du clown, que le spectacle tourne. Le clown est maltraité, humilié, torturé par une reine assez proche de celle des cartes d’Alice au Pays des Merveilles – à la fois très autoritaire et un peu ridicule. Le clown est celui que l’on désire humilier, celui qui, par sa mise au banc, est au centre de l’attention.

Le cirque, que l’on veut éloigner à toute force, reste un point de mire central. Par la figure du clown, par les costumes flamboyants, par la virtuosité des acrobates, par la série des numéros sans fil narratif, le cirque n’en finit plus de s’inviter dans Clowns & Queens.

L’on se surprend donc à penser que, peut-être, c’est le cirque lui-même que l’on cherche à humilier, à éradiquer, à abattre, – et qui ne se laisse pas faire. Et que la quête d’amour maladroite que l’on retrouve d’un numéro à l’autre est peut-être la déclaration, délicate et fragile, d’un jongleur d’aujourd’hui à un cirque révolu. Sean Gandini l’affirme :

Ce spectacle, c’est peut-être le côté sombre du cirque.

Une esthétique soignée

Sean Gandini lui-même dit qu’avec le recul, on retrouve dans Clowns & Queens des influences esthétique de « Peter Greenaway, de Kubrick ou de Romeo Castellucci« . L’image, sa lumière, son atmosphère travaillée sont au cœur de l’esthétique de Clowns & Queens. Les numéros se succèdent comme des tableaux vivants, et Sean Gandini – travaillant aussi à partir des idées du finlandais Sakari Männistö, prouve comme personne que le jonglage apporte un charme inédit à la composition. Les lumières de Jean-Ba Laude ne sont pas en reste, et apportent aux tableaux de Clowns & Queens une précision diabolique, tout en finesse et en discrétion – sauf lorsque les stroboscopes prennent la scène d’assaut.

La musique, créée à partir de Cantates de Bach, de musique baroque, d’électro et de musique concrète, est elle aussi un ingrédient essentiel de ces tableaux sensibles. La bande originale du spectacle va plus loin que le fait de rythmer les effets de balles, elle pose le décor au même titre que la lumière. Elle amène au spectacle une profondeur et une amplitude fondatrices.

Jonglage sur tables d'autopsie pour "Clowns and Queens" (Photo Ludovic des Cognet)
Jonglage sur tables d’autopsie pour « Clowns and Queens » (Photo Ludovic des Cognet)

Sur le fil, entre virtuosité et maladresse

Difficile, lorsque l’on voit le spectacle Clowns & Queens, de faire la part des choses entre les maladresses intentionnelles et celles qui le sont moins. Les balles tombent, car le spectacle, c’est aussi cela, surtout lorsque le jonglage prends une forme burlesque. Le regard s’y attache. Il capte les balles qui tombent presque autant que les prouesses virtuoses, qui sont pourtant nombreuses. Une scène de cerceau de hula-hoop, utilisé comme l’extension magique d’un corps contorsionné, prends une force poétique inouïe, « un art préraphaélite » selon Sean Gandini. Mais la balle qui tombe et que l’on ramasse, plus ou moins discrètement, juste après, donne à l’ensemble un goût étrange.

D’autres moments de jonglage sont sublimes de poésie, comme les couples qui jonglent dans le dos de l’autre à quatre mains et une danse à trois, – donc à six mains pour jongler-, qui s’accorde à merveille avec la musique baroque. L’aspect décousu de ces numéros qui se succèdent empêche le maintien du climax poétique d’un bout à l’autre du spectacle. Ainsi la promenade au pays du jonglage à laquelle nous convie la compagnie Gandini Juggling est-elle faite de creux et de bosses, de vallées et de sommets. Nulle doute cependant que certaines images vont imprimer notre rétine pour un moment encore.

Pour aller plus loin autour du jonglage

La représentation de Clowns & Queens du mercredi 25 mai sera bordée, en amont, de « préliminaires » gratuits et ouverts à tous sur réservation conçus et animés par les stagiaires  du BPJEPS des CEMEA (Brevet Professionnel de la Jeunesse, de l’Éducation Populaire et du Sport), et en aval d’une rencontre avec Sean Gandini à l’issue de la représentation. Pour les jongleurs de niveau confirmé, un atelier de pratique avec Sean Gandini se tiendra samedi 28 mai dans l’après-midi au Maillon-Wacken. Tous les renseignements pour s’inscrire à ces différentes activités sont sur le site du Maillon.

Jeudi, huitième manifestation contre la « loi travail » à Strasbourg

Jeudi, huitième manifestation contre la « loi travail » à Strasbourg

Ce jeudi 26 mai, les syndicats appellent une nouvelle fois à manifester contre le projet de loi de la ministre (PS) du Travail, Myriam El Khomri. Il s’agit de la huitième mobilisation des syndicats contre ce texte qui prévoit de réformer le Code du travail.

Depuis l’utilisation par le gouvernement de l’article 49-3 de la constitution, permettant de court-circuiter les débats parlementaires, les syndicats opposés à cette loi (CGT, FO en tête) ont indiqué qu’ils appelleraient à manifester chaque semaine jusqu’au retrait de cette loi, ou a minima, une suppression des dispositions les plus contestées de cette loi.

Le départ de la manifestation strasbourgeoise est prévu à 14h, place Kléber, à l’initiative de la CGT.

Le trajet de la manifestation

La mobilisation prend de l’ampleur

Depuis la semaine dernière, la mobilisation contre la « loi travail » prend de l’ampleur, notamment avec des grèves dans les raffineries ainsi que des blocages des dépôts de carburants et dans les ports industriels. En Alsace cependant, il n’y avait mardi soir aucune station service à court d’essence.

Parallèlement, des grèves sont prévues à la SNCF mercredi et jeudi. La compagnie ferroviaire prévoit une circulation assurée à 70% du trafic régional. Les lignes transversales du TER Alsace sont les plus impactées. Quand aux grandes lignes, le trafic vers Paris est prévu comme « normal » tandis que celui vers le sud-est est attendu « perturbé ».

Ça débraye à Peugeot Mulhouse

Sur Facebook, la CGT a publié une vidéo montrant des ouvriers qui cessent le travail à l’usine Peugeot-Citroën de Mulhouse.

Amiante au Parlement européen : début du procès mercredi

Amiante au Parlement européen : début du procès mercredi

Après avoir été repoussé à deux reprises, le procès de la pollution à l’amiante au Parlement européen commence mercredi. Des centaines de personnes qui auraient pu être exposées au dangereux isolant sont attendues devant le tribunal de Strasbourg.

Les faits remontent à février 2013. Le Parlement européen engage des travaux dans le plus vieux de ses deux bâtiments de Strasbourg, le Winston Churchill, pour transformer l’ancien « bar des chauffeurs » en bureaux. Sur place, les ouvriers décident de démonter le coffrage d’un poteau porteur, ce qui n’était initialement pas prévu.

Le Parlement européen de Strasbourg, avec à gauche le bâtiment Winston Churchill construit dans les années 1980 et à droite le bâtiment Louise Weiss, construit dans les années 1990. (Photo European Union 2015 - European Parliament / cc)
Le Parlement européen de Strasbourg, avec à gauche le bâtiment Winston Churchill construit dans les années 1980 et à droite le bâtiment Louise Weiss, construit dans les années 1990. (Photo European Union 2015 – European Parliament / cc)

Seulement, en effectuant cette manœuvre, les ouvriers ont libéré des poussières d’amiante potentiellement cancérigènes contenues dans l’isolation du poteau. Le chantier est stoppé jusqu’aux résultats des analyses, qui confirment la présence du dangereux isolant deux semaines après l’accident. La zone est décontaminée avant que les travaux ne puissent reprendre.

Plus de 300 parties civiles devraient être entendues durant trois jours

Plus de 1 600 victimes potentielles ont été invitées à s’exprimer à la barre en octobre 2015. Environ 300 personnes s’étaient constituées parties civiles dont une centaine sans avocat. Faute de place et de temps pour toutes les écouter, le tribunal correctionnel de Strasbourg avait décidé de renvoyer une première fois le procès à janvier.

La salle des procès d'Assises peu avant l'ouverture du procès en correctionnelle de l'amiante au Parlement européen, le 7 janvier 2015. Photo : CG / Rue89 Strasbourg / cc)
La salle des procès d’Assises peu avant le renvoi du procès en correctionnelle de l’amiante au Parlement européen, le 7 janvier 2015. (Photo CG / Rue89 Strasbourg / cc)

Le 7 janvier 2016, le procès est à nouveau reporté à la demande des avocats de la défense qui avaient reçu les conclusions des avocats de la partie civile trop tard et n’avaient pas eu le temps de les étudier.

Cette fois-ci, le procès devrait se dérouler sur trois jours à partir de mercredi, pendant lesquels la vingtaine d’avocats représentant plus de 300 victimes potentielles pourront exposer leurs arguments.

Face à ce groupe important, dont le nombre exact n’est pas communiqué, trois personnes seront assises sur le banc des prévenus : l’architecte en charge des travaux, Marie-Delphine Dochain, la société qui a effectué ces travaux, Stenger Plâtres & Staff et le coordinateur sécurité et prévention du chantier, Patrick K..

L’avocat de l’architecte, Me Renaud Bettcher, explique que sa cliente ne pouvait faire que le constat de l’accident et arrêter le chantier. En janvier déjà, l’avocat estimait que le Parlement européen devait être sur le banc des prévenus alors que l’institution s’est constituée partie civile.

Les parties civiles demandent à être reconnus en tant que victimes

Pour les parties civiles, l’enjeu est de pouvoir faire reconnaître en tant que maladie professionnelle une pathologie qui serait liée à l’exposition à l’amiante et qui pourrait survenir bien après l’inhalation des poussières, selon Me Carine Cohen Solal, qui représente environ 90 personnes :

« Le point le plus difficile dans ce dossier c’est de pouvoir justifier l’exposition de ces personnes, surtout sur le temps qui s’est écoulé. La majorité des personnes que je représente ont fait un plan pour indiquer leurs allées et venues dans le Parlement. Il y a des agents du Parlement qui ont leurs bureaux à proximité de la zone, des agents du Conseil de l’Europe, puisque certains passent par une passerelle à proximité de la zone pour aller manger à midi ; et il y a aussi des agents de sécurité qui font des rondes dans le bâtiment. Chacun a son explication. »

C’était aussi le point fort des conclusions du cabinet d’avocat Welsch & Kessler, représentant de la société en charge des travaux en janvier. Ils demandaient alors la preuve du passage des parties civiles à proximité de la zone de chantier. Dans ce document, le cabinet mettait aussi en avant le fait que l’amiante ne provoque des maladies que lorsqu’une personne a été exposée plusieurs fois à des poussières d’amiante.

Le procès doit se tenir mercredi, jeudi et vendredi dans la salle des procès d’assises, place d’Islande à Strasbourg. À l’issue de chaque journée, Rue89 Strasbourg vous proposera un compte-rendu d’audience.

Blocage des raffineries : pas de panique à avoir en Alsace

Blocage des raffineries : pas de panique à avoir en Alsace

En France, plusieurs raffineries et dépôts de carburant sont bloqués par des travailleurs en grève, suite à l’appel de la CGT et de FO. Si des stations essence du nord-ouest du territoire connaissent des difficultés d’approvisionnement, celles d’Alsace ne sont victimes que de la panique des automobilistes voulant faire des réserves.

Nombreux sont les médias à avoir diffusé des cartes comme celle de Mon-Essence.fr permettant de vérifier en temps réel, si une station essence est ouverte, si elle a en stock tous les carburants disponibles ou encore si le débit autorisé est limité ou non. Mais l’information en temps réel à base d’applications et de retours des utilisateurs n’est pas toujours très fiable.

Contactées mardi soir, toutes les stations service indiquées comme fermées ou en rupture partielle de carburant sur Mon-Essence.fr, démentent ces indications et affirment être ouvertes et ravitaillées.

Sur internet, de nombreuses cartes sont actualisées en temps réel par des consommateurs.
Sur internet, de nombreuses cartes sont actualisées en temps réel par des consommateurs (capture d’écran)

Carburants en provenance des Pays-Bas

En Alsace, les hydrocarbures sont importés par voie fluviale et viennent des Pays-Bas ou d’Allemagne. La pénurie d’essence n’est donc pas à craindre dans les deux départements.

Si certaines stations service ont pu être en rupture de stock ces dernières heures, c’était principalement dû à une demande inhabituelle des automobilistes qui, craignant d’être à court de carburant, font des réserves supplémentaires malgré les recommandations. Mais à leur décharge, il faut reconnaître que certaines autorités diffusent des messages un brin angoissant, comme la gendarmerie du Bas-Rhin sur Facebook (voir ci-dessous).

Hier, la gendarmerie bas-rhinoise communiquait sur la situation, de manière légèrement alarmiste.
Hier, la gendarmerie bas-rhinoise communiquait sur la situation, de manière légèrement alarmiste (capture d’écran / Facebook)

Législative partielle : réécoutez l’interview radio de Jean-Emmanuel Robert

Législative partielle : réécoutez l’interview radio de Jean-Emmanuel Robert

En partenariat avec Radio Bienvenue Strasbourg (RBS – 91.9 FM), Rue89 Strasbourg vous propose de suivre en direct les interviews des deux candidats au deuxième tour de l’élection législative partielle de Strasbourg : Éric Elkouby (PS) et Jean-Emmanuel Robert (LR). On commence mercredi 25 mai à 10h30 avec le candidat de droite.

Dimanche 22 mai, la première secrétaire du Parti socialiste (PS) bas-rhinois Anne-Pernelle Richardot tweetait que le PS « n’a jamais fui le débat démocratique », pour réagir aux dégradations de ses locaux. Lundi 23 mai, le candidat de son parti, Éric Elkouby, a quelque peu contredit ces propos, puisqu’il n’a pas souhaité débattre sur radio RBS avec son adversaire au second tour de la législative partielle de Strasbourg, Jean-Emmanuel Robert (« Les Républicains »).

Jean-Emmanuel Robert sur le plateau de RBS (Photo Stéphane Bossler)
Jean-Emmanuel Robert sur le plateau de RBS (Photo Stéphane Bossler)

30 minutes de discussion

À défaut d’un débat, les auditeurs auront le droit à deux interviews séparées de 30 minutes. Le premier à se prêter au jeu des questions de Stéphane Bossler, Julie Helwing et Jean-François Gérard sera Jean-Emmanuel Robert, mercredi 25 mai à 10h30. Rendez-vous le lendemain à la même heure pour Éric Elkouby.

Au premier tour, le candidat de droite s’est classé deuxième avec 19% des votes, soit 2 672 voix et seulement 4,15% des inscrits (l’abstention a atteint 77,71%). Son concurrent a réuni 30,48% des suffrages exprimés, soit 4 288 voix pour 6,66% des inscrits.

Réécouter l’interview de Jean-Emmanuel Robert

Le second tour aura lieu dimanche 29 mai. Le résultat déterminera le nouveau député de la première circonscription du Bas-Rhin, qui sera élu pour 378 jours. Son siège sera remis en jeu lors des élections législatives générales en juin 2017.

Les interviews de Jean-Emmanuel Robert (LR) et Éric Elkouby (PS) , à suivre en direct sur RBS (91.9 FM) à 10h30. (photo Dave Kleinschmidt / Flickr / cc)
Les interviews de Jean-Emmanuel Robert (LR) et Éric Elkouby (PS) , à suivre en direct sur RBS (91.9 FM) à 10h30. (photo Dave Kleinschmidt / Flickr / cc)

Après l’alerte sur un pylône d’un résident, que se passe-t-il au village des Berges de l’Ain ?

Après l’alerte sur un pylône d’un résident, que se passe-t-il au village des Berges de l’Ain ?

« Grand Fred » a vécu au centre d’hébergement des Berges de l’Ain durant trois ans. Le 10 mai, il est monté sur un pylône très haute tension pour alerter et dénoncer des cas de pressions, d’humiliations, de chantages qui seraient devenus monnaie courante depuis le changement de direction en septembre 2015.

À bout, Grand Fred (de son vrai nom Frédéric Malaczynski) a grimpé mardi 10 mai sur un pylône très haute tension et s’est mis une corde au cou. Menaçant de sauter, il a demandé à rencontrer le préfet du Bas-Rhin pour l’informer de « la situation » au village de chalets des Berges de l’Ain à Strasbourg où il était hébergé. Emmené par les secours après deux heures de négociations, Grand Fred ne pourra pas parler au préfet mais il lui enverra quelques jours plus tard une lettre que Rue89 Strasbourg s’est procurée et dans laquelle il dénonce des problèmes de chantage, d’humiliations et de pressions suite à un changement à la direction du centre d’hébergement en septembre 2015.

Le village des Berges de l’Ain a vu le jour en 2010, après plusieurs années de combats acharnés menés par les Enfants de Don Quichotte pour l’hébergement des personnes sans domicile. Un terrain rue de l’Ain a été dépollué par la Ville avant d’être confié en gestion à Adoma. Rue89 Strasbourg y a déjà consacré un reportage. Durant ses cinq premières années d’existence, ce centre, une exception en son genre, était en quelque sorte une expérience sociale dirigée par Patrick Kientz, travailleur social détaché par la Ville.

Un très haut seuil de tolérance

Exception car les Berges de l’Ain ont vocation à accueillir des personnes dans le besoin, refusées dans les autres structures d’accueil. On y rencontre des personnes qui ont passé plusieurs années à la rue et y ont, pour la plupart, développé différentes addictions.

Ce très haut seuil de tolérance s’exprimait, entre autres, par le respect de la vie privée des villageois : ces derniers pouvant faire ce qu’ils voulaient au sein de leur logement. Autre particularité, les animaux de compagnie sont acceptés. Pour ces personnes, c’est important car bien souvent, leur animal les a aidées à tenir. 

Le village des Berges de l’Ain a donc accueilli plusieurs dizaines de personnes sur des durées plus ou moins longues. Plus quelqu’un était vulnérable, plus il avait ses chances d’intégrer le centre. L’objectif était alors, en deux ou trois ans, d’aider ces personnes à retrouver une stabilité, puis un travail et ensuite un logement.

C’est ainsi que « Grand Fred » s’y est installé en 2013, après des années de rue. Là-bas il avait trouvé le calme qu’il recherchait, un soutien.

Le potager du centre n'est plus utilisé par les "villageois" à cause de la pollution. (Photo Rue89 Strasbourg)
Le potager du centre n’est plus utilisé par les « villageois » à cause de la pollution. (Photo Tania Gisselbrecht / Rue89 Strasbourg)

Les ateliers collectifs supprimés pour des raisons budgétaires

Durant l’ère Kientz, si tout n’était pas parfait, « globalement tout allait bien » selon Grand Fred. Des activités étaient organisées, tous les mois un conseil du village avait lieu, les « villageois » pouvaient s’exprimer. Dans sa lettre au préfet, Grand Fred évoque :

« En effet, conformément au projet social tel que nous l’avions imaginé, en arrivant j’y ai trouvé un marché (en partenariat avec la Croix Rouge), des ateliers cuisines, des ateliers bois, un potager, et même un poulailler. »

Mais depuis l’été tout a changé selon Grand Fred. Le contrat de Patrick Kientz n’a pas été reconduit. En septembre, il a été remplacé à la direction des Berges de l’Ain par Laila Tenenbaum et c’est là que les ennuis ont commencé. Dans sa lettre au préfet, Grand Fred poursuit :

« Les ateliers collectifs tels que l’atelier cuisine et bois ont été supprimés pour des questions de réduction budgétaires, alors que dans le même temps la tonte du gazon que nous faisons nous même a été sous-traitée à une entreprise… Au printemps, nous n’avons plus eu non plus la possibilité de cultiver le potager soit disant car la terre était polluée (alors qu’à plusieurs reprises des camions de terreaux propre avaient été livrés pour pouvoir cultiver cet espace pendant 5 ans). La dimension de vie de village s’est ainsi progressivement éteinte, le village est devenu un “village fantôme” où les hébergés ne sortent plus de leurs chalets et l’équipe d’encadrement des bureaux de l’administration. »

Les Berges de l'Ain face à la hauteur de ses ambitions dans l'insertion des SDF
Dans le village des Berges de l’Ain, la vie privée des résidents est respectée grâce aux chalets (Photo Franck Brucker / Rue89 Strasbourg)

Ambiance « Guerre Froide »

André (le prénom a été modifié), a travaillé plusieurs années au centre des Berges de l’Ain et y a côtoyé les deux directeurs. Il est conscient que la structure commençait à s’essouffler, que le personnel fatiguait. « Les gens aspiraient à quelque chose de plus structuré » explique-t-il :

« En arrivant ici, j’ai découvert une nouvelle facette du travail social : l’égalité entre les personnes. Le revers de cette manière de fonctionner, c’est que des fois ça partait dans tous les sens. C’est un public difficile, qui a des problèmes de dépendance et demande beaucoup d’attention, d’investissement. Mais chacun a des compétences et on pouvait avancer en commun grâce aux différentes activités proposées, en participant à la vie du village. On accueillait ces personnes avec les difficultés qui en découlent. A partir de septembre, j’ai remarqué un changement. Les activités ont été supprimées pour des raisons budgétaires alors qu’il n’en avait jamais été question. Les cahiers de liaison que nous utilisions pour communiquer et assurer un relais entre les membres du personnels ont été retirés. »

À l’arrivée de Laila Tenenbaum, André était séduit par son projet pour le centre d’hébergement. Mais rapidement, il s’aperçoit que les changements visent à remettre la « structure à flots » et regrette ce qu’il voit se profiler :

« L’équipe d’encadrement s’est scindée en deux groupes. D’un côté, ceux qui suivaient la directrice et estimaient travailler avec des délinquants. Pour eux, il était nécessaire de durcir les méthodes de travail. De l’autre côté, les anciens à qui étaient reprochées leurs méthodes de travail, soit disant obsolètes. Suspicions, délations… C’est une ambiance de Guerre Froide. Mais tout cela n’aurait été qu’anecdotique si, parallèlement, la manière de traiter les villageois n’avait pas évolué, tout d’abord vers un manque de respect des personnes, ensuite vers de la maltraitance institutionnelle et pour finir vers de la maltraitance pure : insulter les villageois en leur tenant des propos du genre “il est con lui…” ou le faire devant d’autres villageois par des “elle est où l’autre tafiole…” Ou encore passer une heure, en conseil de village, à hurler sur les gens des choses du genre “y en a marre des grattes-systèmes qui voient Mickey toute la journée et nous prennent pour des cons. Et maintenant ça va changer parce que sinon je prendrais les mesures qui s’imposent…” »

« Une situation extrêmement préoccupante »

Marie-Dominique Dreyssé, adjointe au maire de Strasbourg (EELV) en charge de l’action sociale territoriale connaît Grand Fred depuis 2007. Sollicitée par ce dernier, elle explique que la Ville suit de près ce dossier :

« Visiblement, il y aurait un problème de gestion. La collectivité a pris la mesure de la gravité des plaintes exprimées par plusieurs hébergés. C’est une situation extrêmement préoccupante. Nous verrons les salariés et la direction pour faire un état des lieux complet de la situation. »

De son côté, Laila Tenenbaum réfute tout problème et se dit « vraiment étonnée de découvrir » ce qui lui est reproché. Pour elle, il n’y a pas de changement majeur dans la vocation du centre :

« Ce centre a vocation à accueillir les personnes qui sont dans une grande précarité, ça l’a toujours été et ça ne changera pas. On est là pour aider les gens à aller mieux, dans leur corps et dans leur tête. Le conseil du village existe toujours, les activités aussi. Il n’y a jamais eu de chantage, les personnes font ce qu’elles veulent en dehors du centre, on ne peut pas leur interdire de mendier, encore moins les exclure pour cette raison. Monsieur Malaczynski a été exclu suite à une altercation avec un employé, conformément au réglement. »

Aujourd’hui, Grand Fred dort où il le peut. Dans sa lettre, il a demandé au préfet un audit externe des Berges de l’Ain. Le préfet n’a pas encore répondu.

#Berges de l'Ain

Percustra : la musique au corps des élèves de Hautepierre, en concert mercredi

Percustra : la musique au corps des élèves de Hautepierre, en concert mercredi

Les participants des ateliers Percustra présentent un concert le mercredi 25 mai à 20h au Théâtre de Hautepierre, ouvert à tous. Un temps fort, tant pour la qualité musicale de la représentation encadrée par les Percussions de Strasbourg que pour l’aboutissement d’ateliers à haute teneur créative.

Quatre ateliers Percustra se sont tenus sur l’année scolaire 2015-2016 : un à l’École Jacqueline, un au Collège Érasme et deux ateliers « tout public » rassemblant des jeunes, des adultes et des familles.

Menés par quatre musiciens des Percussions de Strasbourg, mais aussi par un compositeur et un ingénieur du son, ces ateliers trouvent leur ancrage dans une méthode créée par les Percussions de Strasbourg avec Pierre Boulez dans les années 70 : la méthode Percustra. Plus accessible que le solfège, plus créative et plus intuitive, cette méthode permet à tout un chacun de libérer le percussionniste qui sommeille en lui. Et de révéler ses talents, à tout âge, du Théâtre de Hautepierre au Festival Musica.

Les Percussions de Strasbourg en concert avec leurs très nombreux instruments (Photo Keuj)
Les Percussions de Strasbourg en concert avec leurs très nombreux instruments (Photo Keuj)

Une méthode à part, made in Strasbourg

Née des mouvements de réflexions des pédagogies actives, post-68, la méthode Percustra mise au point par Pierre Boulez et l’Ensemble des Percussions de Strasbourg est basée sur une écriture simple et graphique. François Papirer, musicien, membre des Percussions de Strasbourg et intervenant pour la classe de 5ème B du Collège Érasme, explique :

« L’écriture Percustra ne demande aucun pré-requis, aucune formation musicale. Lorsque l’on voit un losange, on identifie très vite que ce losange va représenter une action, un coup, un chant – c’est spécifié en dessous. Cela permet à quelqu’un qui n’a aucune notion de solfège de noter des choses, de fixer les enchainements de sons pour pouvoir mieux les retrouver après. Cela permet de penser la musique. À partir du moment où on a compris qu’un temps commence à un point A et termine à un point B, on arrive à placer le son au bon endroit. Cela passe par une compréhension de la notion du temps. La musique, c’est l’art du temps. »

Pour lui l’intérêt des ateliers proposés aujourd’hui réside encore dans les principes fondateurs de la méthode Percustra :

« Très tôt, dans les années 70, les musiciens de l’Ensemble ont voulu partager leur manière de faire. Les gens se demandaient si la musique pour percussions pouvait s’écrire, comment il était possible de jouer ensemble. Les percussions étaient vraiment le parent pauvre des familles instrumentales. Les musiciens des Percussions de Strasbourg ont commencé à écrire, à fixer certaines choses en travaillant avec des compositeurs. L’idée était de pouvoir partager et expliquer tous ces effets sur le son, pour faire en sorte que le public comprenne les enjeux de ce qui est fait sur le plateau. »

Un exemple de partition de la méthode Percustra (Photo Marie Bohner / Rue89 Strasbourg)
Un exemple de partition de la méthode Percustra (Photo Marie Bohner / Rue89 Strasbourg)

Si la méthode est née là, elle n’est en rien figée, et évolue avec le temps et avec les goûts musicaux. Elle a la souplesse nécessaire pour s’adapter sans cesse à de nouvelles manières d’envisager la création musicale, et les instruments. Il est à noter d’ailleurs que les Percussions de Strasbourg possèdent un instrumentarium hors normes, avec plus de 500 instruments, ce qui en soi est déjà une découverte incroyable pour les participants aux ateliers, pointe François Papirer :

« Les préoccupations des compositeurs d’aujourd’hui ne sont pas les mêmes que celles d’il y a 30 ans. L’important pour nous c’est de coller aux préoccupations d’aujourd’hui : ne pas faire ce qui a déjà été fait. Dans le concert de mercredi, on distille des notions d’électro-acoustique, avec des traitements en temps réel. C’est le compositeur, Aurélien Marion-Gallois, qui a pensé la musique. Dans l’atelier tout public chapeauté par Tam [Minh-Tam Nguyen], les musiciens jouent avec un RIM : un réalisateur d’informatique musicale, Olivier Pfeiffer. »

Les collégiens engagés dans un processus créatif

Le but de la méthode Percustra est aussi d’être un outil de créativité pour les utilisateurs : ils sont invités, dans les ateliers, à suggérer des modifications dans la partition et sont engagés dans ce processus créatif. Cela semble efficace, au moins pour certains des élèves du collège Érasme, puisque Aminat déclare :

« J’ai toujours aimé la musique, donc là ça me donne encore plus envie. En ce moment je créée même mes propres musiques. »

Il paraîtrait même qu’elle créée les chorégraphies qui vont avec ! Affaire à suivre.

Aminat et Giveline, de la classe 5ème B du Collège Erasme, se produisent mercredi 25 mai pour le concert Percustra (Photo MB / Rue89 Strasbourg)
Aminat et Giveline, de la classe 5ème B du Collège Érasme, se produisent mercredi 25 mai pour le concert Percustra (Photo MB / Rue89 Strasbourg)

« Il y a du bruit, c’est bien pour détendre le corps »

Les percussions ont peut-être été considérées comme le parent pauvre des familles musicales pendant un temps, mais il semble que celui soit révolu. Au-delà de la diversité des instruments, il y a quelque chose d’évident et de fonctionnel lorsque l’on commence à considérer les sons qui nous entourent comme des matières musicales. Le fait d’aborder les percussions amène une certaine vision du monde : un reflet des sons du quotidien, mais aussi une organisation du groupe, du collectif – faire ensemble pour faire société. François Papirer explique cette démarche :

« La percussion nous entoure, on en joue au quotidien même sans le savoir. En plus du rythme, nous utilisons beaucoup le bruit. C’est intéressant de parler du bruit à des participants qui ont des complexes du type : «mais moi je ne suis pas musicien». Nous utilisons des objets du quotidien mêlés à des instruments, on joue de ces instruments comme on utiliserait des objets usuels. Il y a quelque chose de très facile d’accès. »

Walid, un autre élève de la classe 5ème B du Collège Érasme, valide ce ressenti. Ce qu’il aime dans la musique qu’il découvre avec les Percussions de Strasbourg, c’est « qu’il y a du bruit. C’est bien pour détendre le corps. »

Walid, lui aussi participant au concert Percustra avec la classe de 5ème B du Collège Erasme (Photo MB / Rue89 Strasbourg)
Walid, lui aussi participant au concert Percustra avec la classe de 5ème B du Collège Érasme (Photo MB / Rue89 Strasbourg)

Cet effet corporel revient régulièrement dans les témoignages des élèves : il semble qu’en plus du bruit qu’il génère, le travail des percussions amène aussi une prise de conscience du corps de chacun, et sans doute une possibilité d’adopter mieux celui-ci, – une problématique essentielle à tout âge, mais particulièrement à l’adolescence. Walid ajoutera d’ailleurs que cet atelier lui a appris à « s’exprimer avec son corps », même si cela lui a causé des efforts un peu douloureux en terme de concentration, qu’il reconnaît volontiers.

Le fait de jouer en groupe fait partie du parcours pédagogique, comme le souligne Christophe Leicht, professeur de la 5ème B du Collège Érasme :

« Ils apprennent aussi le fait d’être en groupe : ne pas juste s’écouter soi mais être attentif au voisin. Cette interaction entre oreille, vue et lecture est forcément formatrice. »

Impossible de jouer sans faire attention aux autres, les participants aux ateliers sont mis en situation de responsabilité les uns par rapport aux autres, particulièrement dans la perspective du concert de vendredi. François Papirer explique le fonctionnement du groupe :

« Chacun a un rôle important, c’est un processus complexe. Je ne suis pas là pour diriger, ils sont autonomes, sur le plateau ils seront livrés à eux-mêmes. Ils sont tous interdépendants. Tant que l’un ou l’une n’aura pas donné son signal, les autres ne pourront pas avancer dans la partition. C’est les responsabiliser, et on se rend compte qu’ils sont très demandeurs de ça. Ça leur donne une solidarité, et le sens des responsabilités. »

Le concert : un moment de fierté

La fierté, c’est le mot qui revient dans toutes les bouches, de Walid à Giveline, à deux jours du concert public du 25 mai au Théâtre de Hautepierre. Tous les acteurs des ateliers, participants, intervenants et professeurs, s’accordent à dire que les choses n’ont pas été faciles : la demande en terme de concentration et de discipline a été exigeante, et la route a été longue. Giveline parle de la « patience » comme étant la principale chose qu’elle aie apprise de ces ateliers, et Aminat détaille le processus d’apprentissage :

« Certains apprennent beaucoup plus vite que d’autres. Moi, par exemple, quand on me parle je comprends tout de suite, ce n’est pas forcément le cas pour tout le monde. Il faut savoir être patient, le temps que tout le monde comprenne et qu’on puisse se synchroniser. Avant c’était chacun pour soi, quand quelqu’un faisait une erreur on lui disait : « débrouille-toi ! ». Maintenant on explique, on s’entraide beaucoup plus. »

François Papirer en concert avec les Percussions de Strasbourg, à droite sur la photo (Photo Keuj)
François Papirer en concert avec les Percussions de Strasbourg, à droite sur la photo (Photo Keuj)

Du collège Érasme à Musica

Christophe Leicht et François Papirer se rejoignent autour de l’idée que cet atelier prend vraiment tout son sens au moment du concert public, consécration d’un travail en profondeur, sur la durée. Le fait de faire ce premier concert au Théâtre de Hautepierre et de rejouer ensuite au Festival Musica est une gageure qui, pour l’instant, paraît plus impressionnante à François Papirer qu’aux élèves du collège Érasme, qui ne connaissent pas l’événement.

François Papirer, même s’il est conscient des enjeux, est confiant :

« Cela n’a pas été facile au début. Il y a eut beaucoup de dispersions, un manque d’attention… Mais plus l’échéance arrive, plus les élèves se mettent en condition de donner leur meilleur d’eux-mêmes. C’est très gratifiant ! Cette notion de fierté est essentielle. Je pense qu’ils entendent souvent qu’ils sont bons à rien, qu’à l’école les résultats sont médiocres… Là on sort du champs scolaire et on se rend compte qu’ils ont tous des compétences. J’espère qu’ils seront fiers d’eux parce que moi je le suis ! »

En attendant, le concert est au Théâtre de Hautepierre, mercredi 25 mai à 20h. En plus des élèves du Collège Érasme, il y aura des très jeunes musiciens des classes de CE1 et de CE2 de l’école Jacqueline, mais aussi les groupes tout public rassemblant jeunes, adultes et familles. Le concert est ouvert à tous ceux qui s’intéressent aux percussions, à la musique contemporaine et aux démarches pédagogiques innovantes. Et Aminat de conclure : « Venez nombreux au concert, on vous attend ! »

Le Haut-Rhin demande à son tour les comptes bancaires des bénéficiaires du RSA

Le Haut-Rhin demande à son tour les comptes bancaires des bénéficiaires du RSA

La radio France Inter révèle que le département du Haut-Rhin demande, comme dans le Bas-Rhin, des extraits de comptes bancaires aux bénéficiaires du revenu de solidarité active (RSA). Le but et la légalité de la manœuvre ne sont pas clairs.

À LIRE SUR

FRANCE INTER

Le département du Haut-Rhin imite son homologue du Bas-Rhin en demandant des extraits de comptes bancaires aux bénéficiaires du revenu de solidarité active (RSA), c’est-à-dire les personnes de plus de 25 ans sans activité professionnelle ou très faible. Cette allocation est au maximum de 524,68 euros par mois pour une personne seule (944,43 euros pour une personne seule avec deux enfants à charge).

Un but pas clair

Une pratique qui existe déjà dans le département du Bas-Rhin, sans qu’elle soit systématique, ni que son but soit bien clair. Le président du Bas-Rhin, Frédéric Biérry (LR), déclarait au Monde :

« Il nous arrive de demander aux bénéficiaires du RSA de fournir des relevés de leur compte courant. Mais ils ne sont pas obligés de le donner. »

Le courrier qu’ont reçu les Haut-rhinois, n’indique pas « où iront ces données » dixit un des destinataire, ni quelle dépense serait jugée acceptable ou non par les services du département. L’équipe du défenseur des droits affirme être saisi d’une plainte, sans être certain qu’une telle demande soit légale ou non. Mais elle dit veiller à ce qu’il n’y ait pas de « dérive ». La collectivité haut-rhinoise demande les six derniers relevés bancaires.

En février, le bénévolat contre le RSA

Le candidat à la primaire de la droite Bruno Le Maire, soutenu par Frédéric Biérry, a aussi proposé de contrôler les comptes courants des bénéficiaires du RSA en avril. Le député de l’Eure a alors été rallié pour proposer une mesure qui existe déjà et taxé de « démagogie ». Il n’a promis rien de tel pour les comptes des élus ou des indemnités parlementaires, lui qui fait campagne sur la transparence dans la vie publique, du « bas jusqu’en haut ».

Ce n’est pas la première fois que le nouveau président du Haut-Rhin, Éric Straumann (LR), change les dispositions concernant le RSA. En février, il faisait adopter une délibération qui obligera ses bénéficiaires à effectuer sept heures par semaine de « bénévolat ». Un processus auquel les associations n’avaient pas été associées. Le gouvernement a saisi le juge administratif. À ses yeux, ce texte est illégal, une prestation est un droit.

Des montants risibles par rapport à la fraude fiscale

Le montant de la fraude aux prestations familiales (RSA et logement cumulés) est estimée 134,42 millions d’euros par an. Le budget annuel du RSA seul est de 9,3 milliards d’euros. Un rapport du Sénat de 2012 évalue de son côté le « manque à gagner » de la fraude fiscale entre 30 et 36 milliards d’euros, dont 14 milliards rien que pour la TVA (selon le ministère de l’Économie qui reprend la Commission européenne). Il y a donc plus d’argent à récolter dans ce domaine. Encore faut-il en avoir le courage politique.

Lire l’article sur le site de France Inter