Bientôt des puits de pétrole dans la plaine d’Alsace ? (Photo Gradualepiphany / Flickr / cc)
Le gouvernement vient d’autoriser trois entreprises à rechercher des hydrocarbures dans le sol, dans la Seine-et-Marne, la Marne et le Bas-Rhin. Un arrêté du ministère de l’environnement autorise la société Bluebach Ressources à prospecter plus de 506 km² dans la plaine d’Alsace, au sud de Strasbourg jusqu’à Sélestat. Cinq arrêtés similaires ont été publiés le 21 septembre, ce qui provoque de nombreuses réactions dans les milieux écologistes, alors qu’approche la conférence mondiale sur le climat COP21.
Mais pour Stéphane Touche, directeur général de Bluebach Ressources, une filiale du groupe norvégien Moore Energy, il était temps que ce texte sorte :
« Notre demande d’exploration date de 2011… Depuis 2010, tous les permis de recherche dans le sous-sol ont été bloqués à cause des controverses sur les gaz de schistes et sur les effets de la fracturation hydraulique. Mais nous ne sommes pas là dedans, nous nous proposons de trouver des poches de pétrole brut liquide, laissées de côté par les grands groupes car de moindre importance. Donc il était temps qu’on nous réponde ».
Carte de la zone accordée à Bluebach pour ses recherches
Pas de forage avant au moins trois ans
Le permis prononcé le 21 septembre n’autorise pas Bluebach Ressources à forer, mais simplement à conduire des études. Stéphane Touche insiste :
« On va réutiliser des études sismiques réalisées dans les années 80 pour nos travaux de prospection. On sait que la plaine d’Alsace est riche en hydrocarbures, il y a d’ailleurs des gisements en exploitation à Pechelbronn et Eschau, mais il faut localiser les poches de pétrole s’il y en a. Et réaliser des études d’impacts environnementaux. Tout ça nous prendra entre deux et trois ans, avant qu’on ne puisse construire le moindre puits. Et d’ailleurs, si on débute un forage, il y aura une enquête publique et nous aurons besoin d’une nouvelle autorisation. »
L’entreprise prévoit d’investir environ 300 000€ dans la réalisation de ces études. De son côté, l’association Alsace Nature va étudier les possibilités de recours, dans la mesure où la zone concernée comprend des réserves naturelles de la plaine alluviale d’Alsace et le champ captant d’eau douce de Plobsheim.
En février 2013, l’équipe de Ditib Strasbourg rencontrait le président turc Recep Tayyip Erdogan à Ankara pour faire avancer le projet de Faculté islamique, notamment son financement et la reconnaissance de son diplôme en Turquie. (Photo publiée sur Facebook)
En quatre ans, la Ditib Strasbourg, l’union turco-islamique des affaires religieuses du Grand-Est, s’est imposée au premier plan du paysage musulman strasbourgeois. Elle porte l’ambitieux projet de campus islamique à Hautepierre. Rue89 Strasbourg fait le point sur l’influence de cette organisation qui émane directement de l’État turc.
En quatre ans, la Ditib Strasbourg, l’union turco-islamique des affaires religieuses du Grand-est, s’est imposée au premier plan du paysage musulman strasbourgeois. Longtemps la Ditib est restée cantonnée aux zones rurales et aux villes moyennes d’Alsace, tandis que Strasbourg était le terrain du Millî Görüs côté turc (Mosquée Eyyub Sultan de la Meinau) et du Rassemblement des musulmans de France côté marocain. En 2012, alors que les musulmans d’origine marocaine inauguraient enfin la Grande Mosquée de Strasbourg, le journal Le Monde créait la surprise et dévoilait l’entrée subite de la Ditib sur la scène locale : absente à Strasbourg jusqu’alors, on découvrait son ambitieux projet de faculté privée islamique à Hautepierre.
Trois ans plus tard, son chargé de projet Murat Ercan a pris la tête du Conseil régional du culte musulman (CRCM). En tout, l’association emploie déjà 10 personnes grâce à un budget annuel d’environ 500 000€. La structure est hybride. Sous statut d’association de droit local alsacien-mosellan, l’organisation est sous la tutelle directe d’Ankara : le réseau des Ditib maille l’Europe et représente auprès de la diaspora la Direction turque des affaires religieuses, la Diyanet, rattachée directement au Premier ministre turc. À ce titre, c’est un fonctionnaire de la Diyanet, Fevzi Hamurcu, qui préside le Ditib Strasbourg.
62 mosquées dans le Grand-Est
La Diyanet est garante en Turquie d’un islam sunnite officiel, dont elle organise le culte et le clergé. Après le coup d’Etat militaire de 1980, elle a ouvert son champ d’action aux Turcs expatriés et à leurs descendants établis en Europe en initiant les Ditib. L’objectif était de contrer l’influence de la gauche turque et du mouvement Millî Görüs, partisan d’un islam politique. En France, on compte trois fédérations Ditib, les premières à Paris et à Lyon ont ouvert dès les années 1980, celle de Strasbourg, qui couvre le Grand-Est a ouvert en 1997. Elle regroupe aujourd’hui 62 mosquées.
Cliquez sur l’image pour la voir plus grande. (Infographie Claire Gandanger)
L’affiliation à la Ditib permet avant tout aux associations musulmanes de recevoir les services d’imams fonctionnaires envoyés de Turquie. Les Ditib gèrent aussi des fonds d’obsèques pour les funérailles religieuses de ses membres et le rapatriement des corps en Turquie. Au-delà des services purement religieux, les Ditib ont développé ces dernières années des services culturels et sociaux, à destination notamment des femmes et des enfants. Ditib Strasbourg organise depuis cette année des colonies de vacances. Pour l’Aïd, elle a poussé les murs de ses nouveaux locaux de Hautepierre et accueilli quelque 1 500 fidèles.
Mais au-delà de ces activités associatives, maintenant qu’elle a déménagé de Schiltigheim à Hautepierre, Ditib Strasbourg est surtout à la tête d’un ambitieux projet de campus islamique : mosquée, faculté, lycée, centre des arts de l’islam, commerces. La faculté, le projet phare, est encore en suspens. Mais l’organisation va ouvrir dans quelques jours son lycée privé musulman, le premier du genre en Alsace.
15 millions d’euros en 4 ans
En quatre ans, Ditib Strasbourg a déjà réussi à débloquer 15 millions d’euros pour l’achat de cinq immeubles et des travaux de mise en conformité. Pour financer ces opérations, l’association a monté un fonds de dotation dédié au projet de campus. Ses ressources viennent des réseaux turcs. Dans un premier temps, c’est la fondation civile adossée à la Diyanet qui l’a alimenté, puis les associations Ditib en Allemagne, en Hollande ou encore en Belgique. Ditib Strasbourg s’est aussi tourné vers les réseaux économiques turcs.
À Strasbourg, elle a pu s’appuyer sur la bienveillance de la Ville, mais pas sur ses subventions. La municipalité socialiste a modifié en 2012 le plan d’occupation des sols pour permettre l’activité cultuelle dans la partie de Hautepierre où Ditib Strasbourg a élu domicile. En 2013, c’est aussi elle qui a trouvé une porte de sortie au conflit qui couvait entre le projet musulman et l’hôtel de standing Athéna, alors voisin direct des immeubles du Ditib.
Gêné par la nouvelle fréquentation des lieux, le directeur de l’hôtel s’était opposé à la transformation de l’ancien centre de formation de la Poste en lycée musulman. Pour résoudre le problème, Ditib a alors tout simplement proposé de racheter l’hôtel. La Ville de son côté lui a trouvé un terrain de substitution : Athena a rouvert en 2014 dans des locaux flambant neuf.
Une économie de la formation
Dans cet immeuble supplémentaire, inattendu, Ditib a ouvert en 2015 la Strasbourg Diyanet Akademi, un centre d’hébergement destiné à accueillir les assemblées et séminaires de travail des organisations Ditib d’Europe. Cette activité commerciale doit servir de source d’autofinancement au Ditib Strasbourg pour la suite de ses investissements dans le projet de campus islamique.
À l’origine, depuis Schiltigheim, Ditib Strasbourg s’occupait simplement de ses affiliés dans le Grand-Est. Ditib régnait à Mulhouse, à Haguenau ou à Bischwiller tandis que l’agglomération strasbourgeoise, où la communauté d’origine turque est estimée à 25 000 personnes, était le fief du mouvement Millî Görüs. Les deux organisations musulmanes étaient rivales mais respectaient tacitement le territoire de chacune. La stratégie de la Diyanet à Strasbourg a changé au tournant de la décennie 2010. A travers le consulat turc elle a cherché à implanter le Ditib dans la métropole.
Strasbourg apparaît comme un lieu d’importance pour assoir une présence en France et en Europe : la communauté turque y est nombreuse, les acteurs publics accordent une place importante aux questions religieuses et à l’intégration de l’islam, la ville a une stature européenne. Par ailleurs la Turquie a voulu exister dans l’offre d’islam à Strasbourg, alors que le Maroc y a assis son implantation en concrétisant l’ouverture de la grande mosquée.
Relais local de l’AKP
Pour ancrer Ditib à Strasbourg, le consulat a puisé dans les forces vives de la communauté d’origine turque locale. Jusque-là, le Ditib apparaissait plutôt neutre politiquement, porté par exemple par le syndicaliste CFDT de Haguenau Omer Yildizim. Dès lors, les réseaux conservateurs strasbourgeois de Millî Görüs et de l’association Cojep, fidèle à l’action d’Erdogan jusque dans sa répression des manifestations de la place Taksim en 2013, se sont imposés au sein de l’institution. Le Ditib a même créé des postes pour plusieurs de ses figures : parmi elles l’ancien élu municipal socialiste évincé de la liste de Roland Ries en 2014 pour sa proximité avec l’AKP et ancien vice-président de la Cojep Saban Kiper et l’entrepreneur Murat Ercan, ancien président de la Cojep.
Les détracteurs de la nouvelle version du Ditib Strasbourg lui reprochent d’être devenu le relais local de l’AKP au pouvoir en Turquie et du président Tayyip Erdogan. L’inflexion de l’association suit en effet l’arrivée au pouvoir dans les années 2000 de l’AKP, parti islamiste – au sens de partisan d’un islam politique – issu lui-même du Millî Görüs.
Considéré infréquentable sous la gauche kémaliste, le Millî Görüs, très implanté dans la diaspora turque, a gagné en reconnaissance au fur et à mesure que l’AKP a pris le contrôle de l’Etat. Les consulats ont reconnu ses mosquées. De rivale, il est devenu partenaire de la Diyanet, avec, au-delà de la question religieuse, un objectif commun : maintenir la diaspora dans une identité turque. L’ouverture du droit de vote aux élections nationales pour les Turcs de l’étranger, effectif depuis les élections présidentielles de 2014, a aussi rehaussé l’intérêt de l’Etat turc pour sa diaspora. Dans la circonscription consulaire du Grand-Est, 57,2% des électeurs turcs ont voté pour l’AKP aux législatives de juin. En 2014, 75% avait soutenu la présidence de Tayyip Erdogan.
Pour la venue d’Erdogan au Zénith de Strasbourg samedi 4 octobre, Ditib Strasbourg a distribué des billets d’entrée à ses membres. Son logo figurera sur la scène du meeting, comme celui du Millî Görüs. A un mois des élections législatives anticipées turques, Ditib prétend ne pas faire de politique : officiellement le président Tayyip Erdogan n’est pas en campagne mais vient communiquer sur l’action antiterroriste qu’il entend mener contre les Kurdes du PKK, et qui place le sud-est de la Turquie au bord de la guerre civile.
Partenaire de l’islam de France
L’achat de l’ancien centre de formation de la Poste en 2011 répondait selon Murat Ercan au simple besoin de déménager à Strasbourg. Pour le chef de projet, la suite n’a été qu’une question d’opportunités, plusieurs bâtiments vides étant disponibles à l’achat autour du premier. Selon Murat Ercan, en plein débat sur l’islam de France, et sans option publique possible pour la formation en théologie, le bureau central des cultes, rattaché au ministère de l’Intérieur français, aurait poussé Ditib Strasbourg à profiter de son agrandissement pour initier une solution privée de formation des imams.
L’association se lance alors dans la création de la Faculté libre de théologie islamique. Pour l’heure, un accord bilatéral entre la France et la Turquie permet l’activité en France de 150 imams détachés turcs, payés par la Diyanet. Des bacheliers français formés en dans les universités publiques de théologie en Turquie doivent progressivement s’y substituer, toujours rémunérés par la Diyanet. A l’heure actuelle, cinq sont de retour en France. A terme, les futures générations d’imams doivent être formées en France. Le projet de Hautepierre pourrait permettre d’arriver à cette dernière étape.
Allers-retours des imams en formation
Avant l’ouverture de sa faculté, Ditib Strasbourg a laissé miroiter un partenariat avec l’Université de Strasbourg, mais sur place le lien ne s’est pas fait. À Strasbourg, le projet a pris les universitaires de court quand il a été dévoilé dans la presse en septembre 2012. L’établissement a finalement ouvert début 2013 avec un accord oral d’une université d’Istanbul pour reconnaître son cursus côté turc. Mais la promesse ne s’est pas concrétisée. En juin 2014, Ditib a dû faire machine arrière et a envoyé ses 170 étudiants reprendre leurs études de théologie en Turquie.
Ditib Strasbourg assure être en contact régulier avec les autorités turques et françaises pour rouvrir son établissement au plus vite. Au bureau central des cultes, on confirme travailler activement pour permettre la réouverture de la faculté.
En attendant, après un an de battement, le lycée musulman Yunus Emre du Ditib doit faire sa rentrée d’ici quelques jours, après un aller-retour plus long qu’escompté avec le Rectorat. Une trentaine d’élèves sont inscrits pour la première promotion. A terme Ditib Strasbourg espère que l’établissement passera sous contrat avec l’État. Après les déconvenues de la faculté, la réussite du lycée pourrait être déterminante pour convaincre les donateurs de continuer à soutenir le projet de campus.
Le 15 septembre 2015, Fevzi Hamurcu (centre) et Murat Ercan (à sa droite) recevait la visite de Frédéric Lallier et Katia Mebtouche (à gauche), du Bureau central des cultes, rattaché au Ministère de l’Intérieur. (Photo Ditib Strasbourg)
Si le Ditib admet être en contact régulier avec les acteurs turcs pour faire avancer son projet, il se veut un partenaire de l’islam de France. Murat Ercan affirme que l’association prend ses soutiens là où elle les trouve :
« Bien sûr que nous avons un soutien politique en France comme en Turquie. Nous avons rencontré beaucoup plus les responsables français que les responsables turcs sur ce projet de faculté. Si la France acceptait de former les imams avec ses moyens, nous serions prêts à le faire avec elle. »
Manifestation à Vienne contre la venue de Recep Tayyip Erdogan en juin 2013 (capture d’écran Euronews)
Opposée à la venue, à Strasbourg, du président turc Recep Tayyip Erdogan, la Fédération de l’Union des Alévis en France (FUAF) appelle à manifester dimanche, à midi place Kléber. Le président turc doit tenir un meeting au Zénith ce même dimanche à 12h30. Le thème de son intervention est « consolider l’unité nationale, contre le terrorisme », mais pour la FUAF, c’est un thème de campagne à destination des électeurs de la communauté turque en France, appelés à s’exprimer lors des élections législatives anticipées prévues le 1er novembre.
Rejointe par plusieurs organisations de gauche, la FUAF entend protester contre l’autoritarisme de l’AKP, le parti d’origine du président turc. Pour la FUAF, la politique d’Erdogan est anti-démocratique et répressive contre les Alévis, les Kurdes et les autres minorités ethniques et religieuses. Le 7 juin, lors des dernières élections, le parti islamo-conservateur n’avait pas obtenu la majorité absolue, alors qu’il gouvernait depuis 2002, seul.
Soutien de l’État islamique en Syrie
Dans un communiqué, la FUAF accuse Erdogan d’aider l’État islamique :
« La ville de Strasbourg, capitale européenne, qui dit défendre la démocratie et la liberté et abrite en son sein la Cour européenne des Droits de l’Homme et le Conseil de l’Europe ne peut rester silencieuse face à la venue du Président Turc. La majorité, aux dernières élections lui aurait permis de modifier la Constitution en sa faveur. C’est donc dans le cadre de sa campagne électorale qu’il vient aujourd’hui à Strasbourg pour mobiliser ses troupes. Erdogan rêve d’être un nouveau sultan au Moyen-Orient. Pour réaliser son rêve, il a aidé, sur le plan logistique, l’organisation terroriste Daech ».
Une accusation que l’organisation alévie n’est pas la seule à formuler, rejointe en cela par la presse indépendante turque notamment, durement réprimée depuis l’arrivée au pouvoir de Recep Tayyip Erdogan.
La FUAF espère plusieurs centaines de manifestants, tandis que 30 000 personnes sont attendues au Zénith de Strasbourg.
Y aller
Manifestation contre la venue du président turc à Strasbourg, dimanche 4 octobre à 12h, place Kléber à Strasbourg. Page Facebook de l’événement.
Diplômée d’école de journalisme depuis juin. Effectue un stage de fin d’études avec Rue89 Strasbourg. Passionnée par les thèmes de société, environnement et culture.
Fin XIXème, le Jardin Haemmerlé est un parc aux portes de Strasbourg, qui longe le Petit Rhin (Krimmeri) et accueille dès les années 1900 des activités sportives (DR)
Au bout de la rue, la ville. – Stade, pont Suchard, École normale d’instituteurs. Du quartier de la Meinau, c’est ce secteur nord qu’en bons usagers du tram ou habitués des matchs de foot, l’on identifie souvent le mieux. Mais en connaît-on vraiment l’histoire et les contours ? Balade rue de l’Extenwoertfeld et alentours, au fil du Rhin Tortu, entre terrains de sport, jardins et villas.
C’est un petit périmètre situé à l’extrême nord-ouest du quartier de la Meinau, bordé à l’ouest par l’avenue de Colmar, dans la continuité de la route de l’Hôpital précédemment décrite, au nord par la voie ferrée Strasbourg-Kehl, à l’Est par le Rhin Tortu (ou Krimmeri), les rues des Vanneaux et Ciriers, et au sud par la rue du Général-Offenstein – du nom d’un baron d’Empire, général de la Grande armée de Napoléon 1er.
Là, se côtoient le stade de football et les installations nécessaires au fonctionnement du club, (ré)aménagés entre 1906 et 1984, l’École supérieure du professorat et de l’éducation (ex-IUFM), construite en 1871-77 et 2006, un parc et des jardins familiaux, ainsi qu’un morceau du « quartier des villas » édifié dans l’Entre-deux-guerres et jusque dans les années 1970.
Plan du secteur autour du stade de la Meinau (Google maps)
Un bout de ville plus récent que d’autres secteurs de la Meinau, telle, à l’ouest, la plaine des Bouchers (Metzgerau), occupée depuis 1321, d’abord pour faire pâturer le bétail avant l’abattoir, puis par des usines. Ou à l’Est, le domaine Schulmeister, édifié en 1807 autour d’un lac artificiel et d’un somptueux château (aujourd’hui détruit), et baptisé Mein Aue (ou « Ma prairie »), appellation dont le quartier a tiré son nom.
Poste d’aiguillage et voie ferrée datent de 1905 – Le pont prend le nom de l’usine de sucreries rachetée par Suchard en 1965 – La ligne A du tram est mise en service en 1994 (Doc Archi-Strasbourg – Photos Quentin Bonvalot et MM)
A la place du Mac Do, une auberge ouvrant sur un parc
Là, l’auberge « Zur Oberburg » (voir photo plus haut) est installée vers 1850 sur le lieu-dit Extenwurths Feld (jusqu’en 1921). Situé au pied du pont Suchard, à l’emplacement de l’actuel Mac Donald, ce restaurant est à la porte d’un parc, le Haemmerle’s Garten ou Jardin Haemmerlé, où les Strasbourgeois viennent se promener le week-end et canoter sur le Krimmeri.
En 1906, le restaurant décide de louer une prairie du Jardin au Fussball Club Frankonia, fondé en 1900 par des Allemands venus à Strasbourg après l’annexion de 1871. Le club transforme progressivement le pré en terrain de football, en nivelant le sol et en installant des « poteaux de but noir et blanc ». Le FC Frankonia compte sur les promeneurs du dimanche pour s’attirer des spectateurs et installe une main courante autour de l’aire de jeu.
1919 : le FC Neudorf devient le RC Strasbourg
Après un âpre combat juridique, c’est un autre club, le Fussball Club Neudorf, renommé Racing Club de Strasbourg en 1919, qui signe, un peu avant la déclaration de guerre de 1914, un bail pour l’utilisation de cette prairie entourée de jardins familiaux. A cause de la guerre, il faut attendre 1921 pour que la première tribune en bois, avec places assises, soit construite. En 1930, en face, une deuxième tribune permet d’accueillir des supporteurs debout – c’est là désormais que bat le cœur de ce que l’on commence à appeler « le stade de la Meinau ».
La « tribune assise », construire en 1921, est d’abord un support publicitaire pour les automobiles Mathis, sponsor du RCS, avant de faire la promotion des Chaussures Lienhardt – A noter : les gradins en terre battue ! (DR)
Tandis qu’en 1933, le RCS passe professionnel, en 1938, la Meinau accueille son premier grand évènement international : les huitièmes de finale de la Coupe du monde, opposant la Pologne au Brésil : 13 452 spectateurs payants, pour 20 000 personnes au total (voir photos ci-dessous).
La « tribune assise » (1921) et la « tribune debout » (1930) permettent d’accueillir jusqu’à 18 000 spectateurs par match (DR)
À la fin des années 1940, la municipalité, propriétaire des lieux depuis 1927, décide de rénover le stade. Une nouvelle tribune d’honneur couverte en béton armé de 2 500 places et des nouveaux gradins sont inaugurés en 1951. Le stade, dédié jusqu’alors exclusivement au football, est doté d’une piste d’athlétisme comportant six couloirs. D’autres équipements sont créés, comme une salle d’éducation physique, une infirmerie et sept logements. Coût total de l’opération : 40 millions de francs.
Les nouveaux équipements inaugurés en 1951 (Doc. Racingstub)
En 1978, rebelote : la municipalité décide de reconstruire le stade en vue du Championnat d’Europe de football de 1984 organisé en France. Les tribunes sont démolies et reconstruites une à une pendant cinq ans. Le tout, pour 117 millions de francs.
Pas de Coupe du monde 1998, par d’Euro 2016
En 1992, l’organisation de la Coupe du monde 1998 est confiée à la France. Un an plus tard, Michel Platini, coprésident du Comité français d’organisation, propose à la ville de Strasbourg d’agrandir la Meinau pour pouvoir y participer. Le coût de la remise à niveau s’élève à 200 millions de francs. Rédhibitoire pour la Ville, qui refuse finalement de rénover l’enceinte.
Plusieurs projets de rénovation ou reconstruction se succèdent ensuite. L’ancien joueur du club Marc Keller, devenu manager général en 2001 (et actuel président du RCSA !), prépare une possible extension de l’enceinte à 35 000 places, en augmentant la capacité des tribunes nord et Est. Ce projet, encore en discussion en 2006 sous la présidence de Philippe Ginestet, n’aboutit pas.
Exit l’Eurostadium, le stade restera à la Meinau
En 2008, émerge le projet de construction d’un stade multifonctionnel, baptisé Eurostadium. En ligne de mire : l’Euro 2016. Il est prévu que le stade soit financé sur fonds privés (groupe Hammerson) et que le RC Strasbourg en soit le « concessionnaire exploitant ». Doté d’une capacité de 42 700 places, le projet de nouveau stade (250M€) comprend également 90 000 mètres carrés de surface commerciale. Le tout, hors de la Meinau, à proximité de l’aéroport d’Entzheim. En 2009, le projet tombe à l’eau. Suit un autre montage de reconstruction sur site pour 85M€ porté par la Ville, mort-né lui aussi.
En haut, le projet d’Eurostadium, porté par le groupe Hammerson, en bas, le projet de la Ville (DR)
Tandis que l’intérieur du stade vit au rythme des montées et descentes du RCS dans les tableaux nationaux, le voisinage, lui, est d’un calme olympien. Ainsi, entre le stade et le Krimmeri, est établie depuis 1871 l’École normale d’instituteurs, aujourd’hui École supérieure du professorat et de l’éducation, où sont formés les enseignants du primaire et du secondaire.
École d’instituteurs, avec vue sur le stade
De l’entrée, à hauteur de la station Krimmeri-Meinau, le visiteur a du mal à imaginer l’écrin de verdure incroyable dans lequel s’épanouissent bâtiments ancien (1871-77) et moderne (2006). La nature est présente partout, dans un parc, un petit jardin partagé, un friche épineuse. Le tout, avec vue sur les arcs en béton du stade.
Ancien et nouveau bâtiments de l’Ecole d’instituteurs, avec vue sur les arcs stade et jardin partagé (Photos Quentin Bonvalot)
En revanche, là où s’étendaient depuis 1703 le parc, les champs et la ferme de la famille Leitserberger, rebaptisés domaine de la Flachenbourg au tournant du XIXème siècle, il n’y a plus que du béton : le parking du stade, les rues de l’Extenwœrth, de Leitersberger et de la Flechenbourg (justement), où la municipalité à fait construire après 1934 un lotissement de villas et d’immeubles collectifs (ci-dessous).
A l’emplacement de la Flachenbourg, un parking et des immeubles (Photos Quentin Bonvalot)
Au sud du Jardin Haemmerlé, la ferme Flachenbourg voit progressivement ses activités disparaître vers 1930 (Doc. « La Flachenbourg »)
Quartier résidentiel des villas, dès les années 1930
Un peu plus à l’Est de notre secteur, la partie nord du « quartier des villas » profite à plein de la coulée verte aménagée autour du Krimmeri. Les rues Erard, Pleyer et Staedel font référence à des artistes, musiciens ou orfèvres, tandis que l’avenue Christian-Pfister doit son nom à un universitaire strasbourgeois des années 1920. A noter que ce secteur résidentiel, à l’urbanisme très homogène (1930-1970), est aménagé selon un quadrillage qui exclut toute centralité. Dès l’origine, les commerces sont implantés le long de la route de Colmar et sont rassemblés désormais plus au sud, autour de la Canardière et de l’Ile-de-France.
Coulée verte autour du Krimmeri, au nord du « quartier des villas » (Photos Quentin Bonvalot)
Curiosité enfin, découverte dans cette partie nord de la Meinau : l’espace mixte et incertain autour de la rue des Vanneaux, entrelacs de chemins non-carrossables, d’allées de jardins familiaux aux palissades hérissées de piques et de clous, de rues en cul-de-sacs et d’innombrables terrains de sport. Là, un ensemble de petits immeubles a été construit en 1995 et baptisé « Clos des Vanneaux », sur des terrains occupés auparavant par une fabrique de bougies.
Carte du secteur Meinau / nord-Est (Google maps)Jardin le long de la rue Stedael – Jardins familiaux imprenables (Photos Quentin Bonvalot)
A grands frais, la liaison vers Paris durera moins de deux heures en avril 2016 (-)
À partir du 3 avril 2016, la SNCF proposera davantage de trains et de destinations sur la LGV-Est. Bruxelles, Luxembourg et l’Allemagne bénéficieront d’allers-retours supplémentaires tandis que les trajets raccourcissent d’une demi-heure. Cependant, la baisse des prix du billet n’est pas à l’ordre du jour.
Relier Strasbourg – Paris en 1h50 sera possible à partir du 3 avril 2016, grâce aux 106 kilomètres du 2e tronçon de la ligne à grande vitesse de l’Est (LGV-Est). La SNCF a précisé mercredi matin les horaires sur la future ligne. Au départ de Strasbourg, les trains partiront plus tard le matin pour arriver à la même heure à Paris. En revanche, les trains de l’après-midi partiront à la même heure, pour arriver plus tôt. Cet arbitrage a été pris à la suite des résultats d’une enquête menée auprès des voyageurs dans les trains concernés.
Les dessertes de la LGV Est-européenne (document SNCF)
Les lignes européennes sont développées entre la Belgique, le Luxembourg et l’Allemagne : la capitale Belge est reliée à Strasbourg deux fois par jour, en passant par Lille qui sera accessible en 2h44, le Luxembourg est relié par deux allers-retours quotidiens en 1h36, via Metz. Les trajets vers l’Allemagne, Stuttgart et Francfort, sont également développés.
Cependant, la SNCF n’a pas communiqué d’informations à propos des futurs tarifs, ni de projet de baisse des prix des billets. Un aller-retour pour un weekend de 4 jours à Paris coûte entre 146 et 381 euros, sur le site voyages-sncf.com.
1h50 pour un trajet Strasbourg / Paris
Départ 6h15 – arrivée 8h05 (lundi au jeudi)
Départ 6h47 – arrivée 8h35 (lundi au vendredi)
Départ 7h47 – arrivée 9h35 (lundi au vendredi)
5h pour un trajet Strasbourg / Rennes (contre 5h26 actuellement)
Les liaisons vers l’Atlantique gagnent aussi 30 minutes de voyage. Les TGV au départ de Bordeaux , Nantes ou Rennes conservent leurs horaires de départ mais gagnent 30 minutes à l’arrivée en Alsace.
Départ 7h31 – arrivée 12h28 (toute la semaine)
6h pour Strasbourg / Bordeaux (contre 6h36 actuellement)
Diplômée d’école de journalisme depuis juin. Effectue un stage de fin d’études avec Rue89 Strasbourg. Passionnée par les thèmes de société, environnement et culture.
Nadine Morano a confirmé ses propos sur la « race blanche » de la France mercredi matin (capture d’écran)
Nadine Morano, député européenne « Les Républicains », a confirmé ses propos sur la « race blanche » de la France, ce mercredi matin sur Europe 1, qu’elle avait tenu sur France 2 samedi soir pour détailler sa position sur l’immigration. Cette fois, c’en est trop pour Philippe Richert, tête de liste « Les Républicains » aux élections régionales Alsace – Lorraine – Champagne – Ardenne (ALCA), qui après avoir publié un communiqué de « recadrage » lundi en a publié un autre ce mercredi, en des termes nettement plus clairs :
« Nos valeurs constituent un socle qui rassemble les membres de la liste de la droite et du centre que je mène, et sur lequel nous ne souhaitons pas transiger. Nous présenterons d’ailleurs dans les jours qui viennent une charte de l’élu qui rappelle les engagements que nous prenons à cet égard. (…) L’union de la droite et du centre s’établit autour d’un projet commun, de propositions pour le territoire, mais surtout d’une conception républicaine et digne de l’engagement public. Les positions de Nadine Morano ne sont, aujourd’hui, pas compatibles avec cette approche partagée par les membres de notre équipe. »
Autrement dit, Philippe Richert demande au parti « Les Républicains » de trancher, et d’exclure Nadine Morano des listes aux élections régionales. Elle est actuellement tête de la liste « Unissons nos énergies » dans le département de Meurthe-et-Moselle, une liste de rassemblement des partis Les Républicains, UDI et Modem et qu’elle n’a pas l’intention de quitter, a-t-elle déclaré sur Europe 1.
La campagne à droite plombée
Philippe Richert espère que les instances du parti le libéreront du fardeau qu’est devenue Nadine Morano, qu’il pense peu concernée par les enjeux régionaux :
« J’ai bien compris que Mme Morano est aujourd’hui avant toute chose dans une démarche de candidature à la primaire de la droite pour les élections présidentielles. À ce titre, elle cherche à se positionner de manière à se distinguer d’autres candidats et à créer un mouvement spécifique en sa faveur. Le fait d’être candidate aux primaires de la droite pour l’élection présidentielle n’exonère pas d’une solidarité effective avec le message collectif et les orientations communes de notre liste ».
Car les critiques sur cette position sont venues de la gauche évidemment, mais aussi de la droite et pas de ses moindres représentants :
Un signe d'amitié ce matin à nos compatriotes d'Outre-Mer qui ne sont pas tous de "race" blanche" mais qui sont tous Français à part entière
Pôle Sud recevra de nouveaux fauteuils pour sa salle de spectacle, dédiée à la danse contemporaine (Photo Rue89 Strasbourg)
Premier adjoint au maire de Strasbourg, en charge de la culture, Alain Fontanel entend secouer cet univers un brin figé. Pour ça, les budgets des structures sont maintenus « sous pression » tandis que la municipalité cherche de nouveaux publics et de nouvelles formes d’expressions artistiques.
Dans le petit univers de la culture institutionnelle strasbourgeois, c’est un peu le branle bas de combat depuis quelques mois. Avec les changements de direction au TNS, au Maillon, à l’Orchestre philarmonique (OPS) et l’an prochain à l’Opéra du Rhin et à Musica, une époque se termine. Et pour Alain Fontanel, premier adjoint (PS) au maire de Strasbourg, en charge de la culture, c’est l’occasion de faire pivoter ce petit monde.
Il a dévoilé les axes de sa politique mardi matin devant quelques journalistes réunis au Ceaac :
« La mécanique des budgets fait que le monde culturel peut apparaître figé. Or la culture, c’est le bouillonnement. Il faut réinterroger l’offre, pour répondre aux nouvelles demandes des Strasbourgeois, chaque structure doit trouver des marges d’évolution dans son fonctionnement ».
Comment atteindre ceux qui ne sortent pas ?
Mais ces nouvelle demandes, encore faut-il les connaître. C’est pourquoi deux études sur les publics et les modes de consommation de la culture vont être lancées à Strasbourg, pour comprendre qui va où, pour quel prix et surtout, pourquoi tant de monde ne se déplace pas, malgré des tarifs largement pris en charge par les collectivités, voire gratuits. Les acteurs culturels ont été conviés à une journée d’étude sur ce thème, mercredi 30 septembre. Stanislas Nordey pour le TNS et Frédéric Simon pour le Maillon ont tous les deux mis en place des stratégies pour évoluer.
Pour Alain Fontanel, réconcilier l’offre culturelle avec les publics est un « impératif démocratique », carrément :
Le budget de la culture est le premier de la Ville, il représente un quart des dépenses de fonctionnement. Parmi les premières mesures annoncées, des concerts de l’OPS les samedis soir, et dans les théâtres de la ville, des spectacles débutant à 19h, pour diminuer les frais de garde des enfants ou venir avec eux.
Alain Fontanel aimerait que la rentrée culturelle soit également plus lisible, à l’image de la « Folle journée » à Nantes. Pour ça, une réflexion est en cours avec l’implication de toutes les structures de la ville mais dès la rentrée prochaine, il espère emmener les Strasbourgeois à la découverte de la Coop au Port du Rhin, qui a vocation à devenir une espèce de QG de la création, en draisines à pédales, en profitant des rails du tramway qui seront tout juste posés…
L’avenir assuré de la Coop, incertain de l’Opéra du Rhin
Alain Fontanel espère d’ailleurs que l’Ososphère 2016 aura bien lieu à la Coop, au Port du Rhin contrairement au repli à la Laiterie de cette année. Mais la sécurisation du bâtiment, qui n’a pas été conçu pour accueillir des milliers de personnes et dont l’état général s’est considérablement dégradé, va prendre plus de temps que prévu. Coop Alsace n’a pas transmis de documents listant les parcours des réseaux électriques, d’eau, etc. En attendant, la Laiterie est priée de continuer à accueillir les musiques actuelles à Strasbourg.
Et quand la Coop sera opérationnelle, il sera alors temps de réfléchir au devenir de la Laiterie. En tout état de cause, Alain Fontanel ne veut pas de deux sites concurrents subventionnés.
Quant à l’Opéra du Rhin, Alain Fontanel a fait état d’une étude de l’inspection des affaires culturelles (Igac), selon laquelle rénover le bâtiment existant, place Broglie, coûterait environ 50 millions d’euros et réduirait la jauge maximale de 10 à 15%. Les inspecteurs recommandent d’en construire un nouveau. Pour le premier adjoint, c’est difficilement envisageable :
« On a le choix entre dépenser 50 millions pour ce bâtiment sans régler la question du modèle économique de l’Opéra, qui aurait besoin de plus de places, ou de 150 à 200 millions d’euros pour construire un nouvel opéra, qui nécessiterait de toutes façons qu’on rénove l’ancien. Compte-tenu des efforts demandés partout et des projets engagés, ce n’est absolument pas à l’ordre du jour. »
Qu’en sera-t-il alors de l’opéra ? Mystère. Le premier adjoint a réservé sa réponse après la publication définitive de l’étude de l’Igac. De toutes façons, pour atteindre de nouveaux publics, il faut parfois produire les spectacles « hors les murs », une tendance à laquelle croit beaucoup Alain Fontanel. Alors finalement, les bâtiments, ce n’est peut être pas si important.
Face à la demande des Strasbourgeois de vouloir utiliser les bus aussi la nuit, la CTS lance une nouvelle offre : Hibus. Les services de nuit existent déjà, mais les horaires sont simplifiés. La ligne 3 est renforcée, de quatre nouveaux arrêts, pour les nuits de jeudi à samedi. Le lancement est prévu jeudi 1er octobre.
La Compagnie des transports strasbourgeois (CTS) développe et simplifie son offre de transports en commun nocturnes. Elle a annoncé mercredi soir que son service de nuit s’appellerait désormais Hibus, pour le « hibou transporteur » : trois lignes avec des bus qui circulent de 23h30 à 5h30, à une heure d’intervalle, du jeudi au samedi. Tous partent de l’arrêt Corbeau (place du Corbeau) à chaque heure pile : minuit, 1h00, 2h00, 3h00, 4h00 et 5h00.
Le logo Hibus (doc CTS)
Pas seulement pour les fêtards
La CTS a étoffé la desserte de la Montagne Verte, avec les arrêts Laiterie, Camping et Nid de Cigognes. Alain Fontanel, premier adjoint (PS) au maire de Strasbourg et président de la CTS détaille :
« Nous avons réfléchi à la problématique de la vie nocturne. Il n’y a pas seulement des voyageurs festifs, le public est différent. Nous pensons la nuit dans sa globalité. Ses usages et déplacements impliquent de prendre en compte que la ville ne fonctionne pas de la même façon le jour et la nuit. »
Avec plus de 90 000 voyageurs nocturnes à l’année, la CTS pense éventuellement à élargir l’offre et à sortir du centre ville. L’idée est de proposer une offre plus complète, pour toute sorte de publics comme les salariés en horaires décalés qui utilisent le service de transport nocturne et qui pourraient en avoir besoin en début de semaine.
Diplômée d’école de journalisme depuis juin. Effectue un stage de fin d’études avec Rue89 Strasbourg. Passionnée par les thèmes de société, environnement et culture.
Hervé Bride et le Racing : 40 ans d’amour (document remis)
Ceux qui remplissent aujourd’hui les kop de la Meinau ont souvent vibré avec l’oreille accolée à un poste de radio. Et à l’autre bout, il y avait Hervé Bride. C’était avant l’omniprésence de la télévision. Rencontre avec ce journaliste d’un autre temps, toujours amoureux du Racing.
Pour tout footeux ayant connu les années 90, Hervé Bride est un pilier de ces moments de magie qu’étaient les multiplex radiophoniques. Il n’y avait pas encore d’offre foot télévisée pléthorique et le samedi soir concentrait la très grande majorité des matchs de D1 et de D2. Pour tout suivre, il n’y avait rien de mieux que la radio.
Parmi les voix mythiques de cette époque, Hervé Bride tient une place à part pour les supporters du Racing, puisqu’il a couvert de très nombreux matchs de notre club. Journaliste radio au profil atypique (il a démarré comme prof de sciences éco), Hervé Bride c’est 40 ans de radio à lui tout seul.
Nous avons eu la chance de pouvoir discuter longtemps avec lui. C’est l’occasion de parcourir une vie qui tourne essentiellement autour du sport en général, et du football en particulier, avec une tendresse particulière pour notre Racing. Merci à Hervé Bride pour sa disponibilité et le discours sans langue de bois !
Fièvre Bleue : Vous êtes né à Grenoble en 1947. Quand êtes vous arrivé en Alsace ?
Hervé Bride : C’était en 1951. J’étais tout gamin, j’avais 4 ans. J’ai fait mes études à Colmar jusqu’au bac et je suis ensuite parti à la fac à Strasbourg. J’ai été professeur de sciences et techniques économiques, avant d’abandonner le métier d’enseignant pour créer ma propre radio locale, à Colmar en 1983 : Radio 100. Je n’ai pas suivi d’école de journalisme et je suis totalement autodidacte !
Radio 100 était votre premier contact avec la radio ?
Entre 1974 et 1976, j’avais déjà eu une petite expérience sur Europe 1. En 1986, j’ai été repéré par Didier Beaune de RMC et j’ai saisi l’opportunité d’une expérience nationale : à Paris, puis à Monaco. Après, je suis parti comme chef des sports à Sud Radio, à Toulouse. Finalement en 1991, Eugène Saccomano – mon père spirituel – m’a récupéré pour Europe 1. Et depuis j’y suis toujours !
« La Meinau, c’est chez moi »
À l’époque de Radio 100, vous commentiez déjà les matchs du Racing ?
Oui. Il faut savoir qu’une radio locale qui suivait comme ça une équipe pro, il n’y en avait pas beaucoup. On avait des partenaires, notamment le journal L’Alsace, et du coup le Racing m’emmenait dans ses bagages. Sur Colmar on était très écoutés : parfois 30 à 40 000 auditeurs, ce qui était énorme à l’époque. Les multiplex n’existaient pas encore, ils ne sont arrivés qu’à la fin des années 80.
Depuis quand vous intéressez-vous au Racing ?
Je suis le Racing depuis les années 70. J’ai fait mon premier match pour le journal L’Alsace, ça devait être en 1974. À partir de là j’ai suivi le Racing et j’ai notamment vécu l’épopée du Titre. Puis à Radio 100 entre 1983 et 1986, je commentais les matches en intégralité : trois saisons pleines ! Ensuite, j’ai couvert le Racing sur Europe 1 de 1991 aux années 2000. J’ai calculé : j’ai dû commenter 500 ou 600 matches du Racing depuis 1983 ! Le stade de la Meinau, c’est chez moi.
Avez-vous noué des liens au Racing au fil des années ? Avec les présidents par exemple ?
Avec les présidents (pas tous), de très bons liens en général. J’ai de très bons souvenirs de Jacky Kientz, entre 90 et 92. Je pense que ça a été le président le plus crédible qu’on ait eu. C’est dommage qu’il ait eu ses problèmes judiciaires et qu’il ait laissé sa place contraint et forcé. Je crois que le Racing y a beaucoup perdu le jour où Jacky a quitté le club sur cette mésaventure. Je peux citer aussi Roland Weller, un grand président. Il y a mis tout son cœur et disait : « J’y mets mon pantalon et si je dois y mettre mon caleçon et la petite culotte de ma femme je le ferai aussi ; parce que j’aime le Racing !»
Et les entraîneurs ?
J’aurais pu avoir de bonnes relations avec Gilbert Gress. J’ai essayé de m’approcher de lui, j’avais passé une journée avec lui à Neuchâtel quand il était au Xamax, il avait été très gentil, mais quand on s’est revu quelques temps après il m’a tout juste dit bonjour. Je ne sais pas pourquoi parce que mon papier lui avait plu m’avait-il dit. Mais bon, c’est Gilbert Gress, un personnage compliqué, même s’il a sans doute été un très bon entraîneur. Sinon, il y a Jacky Duguépéroux, avec qui ce n’est pas facile non plus, mais avec lequel j’ai toujours eu de très bonnes relations, même si on s’est engueulé quelques fois.
Le Racing, c’est le merdier en permanence
Hormis quelques saisons d’exception, le RCS a toujours eu des résultats décevants. À votre avis, pourquoi ça ne marche pas au Racing ?
On est passé à côté de tout au Racing. Et encore aujourd’hui il passe à côté de tout. Il faut se poser des questions. Dans les années 2000, un tournant a été raté : c’est lorsqu’au dernier moment on soufflé la présidence à Alain Afflelou. S’il était venu, il aurait ramené avec lui tout un réseau. Et puis l’homme avait beaucoup de charisme, de personnalité et aurait mis le Racing dans le grand bain. Mais quand M. Ginestet, funeste nom pour moi au Racing, est arrivé, il a plombé complètement le truc et a monté une cabale épouvantable contre Afflelou. Je pense qu’à ce moment-là on a raté quelque chose d’important. Mais on a manqué un tournant crucial aussi lorsqu’on a viré Gress, sous la présidence d’André Bord. On a raté plein de trucs à Strasbourg.
Que vous inspire la situation actuelle du club ?
Comment expliquer qu’un club comme Strasbourg, avec un tel public et le plus gros budget du National, ne soit pas foutu de mettre des raclées à tout le monde et de caracoler en tête pour remonter en Ligue 2 ? Ce n’est pas possible ! Mon copain Marco me fait de la peine parce qu’il a les moyens de bien faire. Toutefois, on peut se poser des questions… Pourquoi a-t-il échoué à Monaco ? Pourquoi échoue-t-il au Racing ? C’est un garçon adorable et il est intelligent, mais il lui manque quelque chose.
Mais au-delà de Marc Keller, le problème ne provient-il pas plutôt des gens qui l’entourent ? On a l’impression que ce sont toujours les mêmes personnes qui gravitent autour et au sein du club…
Le problème du Racing, c’est son environnement. Personnellement, je mettrais bien un grand coup de pied dans cette fourmilière. À Strasbourg, tout le monde veut toujours être calife à la place du calife. Du coup, c’est le merdier au club en permanence ! Quant au microcosme… Ça se retrouve au Pont des Vosges autour d’une bonne table et de quelques bons verres de pinot gris ou bien au bar du Sofitel. Je sais comment ça se passe, à l’époque je les voyais à 5-6 se réunir pour monter je ne sais quelle petite cabale. Des putschs, il y en a eu au Racing !
Avez-vous enquêté à ce sujet au-delà de votre rôle de commentateur ?
Pendant les années 90, j’étais responsable de la rédaction de Sport Alsace Foot et je pénétrais régulièrement les coulisses. Je ne disais pas tout parce qu’autrement j’aurais fait exploser la boutique. J’aurais peut-être dû d’ailleurs. La grande histoire du Racing c’est une série de petites histoires qui ont plombé le club dans les grandes largeurs. Que Marc Keller aille se chercher un grand repreneur, il en connaît du monde Marco !
S’il a un carnet d’adresses, pourquoi Marc Keller ne s’en sert-il pas ?
Je commente Guingamp depuis 2011, je me suis éloigné et donc je ne sais pas exactement. J’en ai parlé un peu avec un grand ami de Marc, Pierre Ménès, et Pierrot me disait : « J’ai envie de dire à Marco ce que je pense de lui car il rate tout ce qu’il entreprend, même si c’est un pote merveilleux ». Je dirais la même chose. Marc, je l’ai vu en culottes courtes arriver aux SR Colmar, je l’ai vu grandir et je ne peux qu’être désolé que ça ne marche pas.
« Je mourrai sans avoir revu ce que le Racing devrait être »
On vous sent vraiment attaché au Racing. Jusqu’au point de vous en revendiquer supporter ?
Bien-sûr. J’ai grandi à Colmar, j’ai été dirigeant aux SRC, mais si je dois choisir entre le SRC et le Racing, c’est mon Racing. J’ai grandi avec ce club, j’ai vécu dans ce club, commenté ce club, aimé ce club. J’aimerais tellement pouvoir l’aimer encore mais je crois que je mourrai sans avoir revu ce qu’il devrait être. Rien que l’époque Sauzée, Mostovoï, Leboeuf ; c’était quelque chose. Ça avait de la gueule !
À cette époque justement, dans les années 90, avez-vous connu Eric Sold ? Une grande voix du Racing…
Il était dans la cabine à côté de moi au stade, presque épaule contre épaule. On était très copains. Je l’ai bien connu, j’ai beaucoup regretté son départ rapide et inattendu en 2000. C’était un personnage, pas journaliste en plus.
En effet, il était prof de sciences naturelles…
Oui, c’était dur de le faire rentrer au stade parce qu’il n’avait pas la carte de presse, bien que légitime car il présentait Sport Show sur France 3. C’est un personnage dont le nom restera accolé à celui du Racing de façon indélébile. Ce n’était pas mon style de commentateur, mais il connaissait merveilleusement bien le Racing et était aimé du public, des auditeurs.
Avez-vous un souvenir particulier à nous raconter sur le Racing ?
Un soir, au cours des années 90, le Racing rencontre Bordeaux – il me semble – à la Meinau. Mostovoï est titulaire, mais erre comme une âme en peine toute la première mi-temps en marchant. Avant le match, je l’avais vu discuter longuement avec Roland Weller sur le bord de la pelouse. La discussion semblait animée. À la mi-temps, je descends aux toilettes et là, dans le couloir près des vestiaires, je surprends à nouveau Mostovoï et Weller en train de discuter.
Mostovoï disait à Weller (il le tutoyait, il était russe et ne parlait pas très bien français) : « Président, tu me donnes telle somme, j’ai besoin de cet argent, si tu me le donnes, on gagne le match; je t’ai demandé avant le match, tu n’as pas voulu, t’as vu la première mi-temps… ». Malheureusement, je n’entends pas la fin du dialogue et du coup je remonte en tribune. Le match recommence et je dis à l’antenne : « j’ai l’impression que Mostovoï a subitement retrouvé l’envie de jouer, il a dû se passer quelque chose… » Résultat : il marque deux buts, en donne un et le Racing gagne, avant de finir dans les bras du président.
En fait, Mostovoï avait toujours besoin d’argent car il était racketté et poursuivi par la mafia russe. Un jour, j’ai appris que c’était parce qu’il avait exfiltré une fille de la mafia. En tous cas sur le terrain, Mostovoï était génial, un des tous meilleurs qu’on ait eu en milieu de terrain. Quel joueur ! Par ailleurs, je voudrais aussi volontiers citer Ivica Osim, resté dans ma mémoire comme un énorme joueur.
« Pour la nourriture, le pire endroit, c’est Metz »
Au stade, comment étiez-vous accueilli en tant que journaliste ?
Ça dépend des stades. J’ai de très mauvais souvenirs de l’époque Claude Bez à Bordeaux où on était très mal reçus, il m’a même interdit l’entrée une fois et je n’ai pu émettre qu’à la mi-temps parce qu’il m’avait fermé la cabine à double tour. Sans raison apparente, je n’ai jamais su pourquoi, mais Bez était un personnage complètement imbuvable.
Par contre, sur la qualité de ce qu’on mange, le pire endroit c’est Metz. Un bout de pain et un bout de sauciflard, une canette de bière ou une bouteille de flotte : franchement, c’était nul. Après c’était à l’époque, ça a peut-être changé depuis. Amiens c’était pareil.
Là où on mangeait le mieux c’était Monaco, le buffet était luxueux. Après l’accueil au stade ce n’était pas particulièrement chaleureux non plus. Personnellement j’aimais bien aller à Marseille car il y a une ambiance extraordinaire dans ce stade (le nouveau je ne l’ai pas encore vu).
Actuellement je dirais que Guingamp a le meilleur buffet de France, mais je ne vais pas m’en attribuer le mérite parce que c’est moi qui gère avec le club en tant que responsable presse. On a trouvé un bon traiteur et les collègues se réjouissent déjà de manger avant de voir le match !
Fidèle supporter du Racing depuis l’âge de 8 ans, je suis également un grand amateur de football allemand et italien. Mon regard se veut avant tout critique : Strasbourg mérite un grand club et ses fans doivent être respectés. Le lundi de 20h à 22h, je suis à l’antenne sur RBS (91.9 FM) pour le Mojito Football Club, une émission consacrée au foot étranger.
Jean-Claude Bournez (au centre) expliquant que certains Roms pouvaient être relogés, d’autres non (capture vidéo Rue89 Strasbourg)
Jean-Claude Meyer, le directeur de publication du blog strasbourgeois La Feuille de Chou est poursuivi en diffamation par la Ville de Strasbourg. Mis en examen le 10 juillet pour des propos prêtés au responsable de la Mission Roms, le blogueur risque un procès, qui pourrait se tenir d’ici la fin de l’année, et une lourde condamnation.
Le sort des Roms est l’une des préoccupations majeures de Jean-Claude Meyer, issu d’une famille juive décimée par le génocide nazi et militant de nombreuses causes et combats. Enseignant à la retraite, il anime depuis onze ans un blog sur « l’actualité des mouvements sociaux, des luttes syndicales et écologistes » appelé La Feuille de Chou, « presse quotidienne radicale au capital illimité d’indignation ». Mais aujourd’hui, la Ville de Strasbourg a décidé de poursuivre le blogueur en diffamation pour défendre l’action de son directeur de la Mission Roms, Jean-Claude Bournez.
Une semaine plus tard, un second article insiste, Jean-Claude Meyer a retrouvé l’une des familles : Une femme et ses neuf enfants vivent toujours dans leur caravane de 5 m2, déplacés dans un lieu encore plus isolé. Une situation découlant selon l’auteur de « l’ordre (…) donné à cette famille par le chef de la mission Roms » de quitter le terrain précédent.
Jean-Claude Bournez dément avoir laissé ces familles livrées à elles-mêmes :
« Nous sommes dix à travailler à l’insertion des Roms et le résultat est là. Nous avons fait le nécessaire pour ces familles qui ont été relogées. L’une bien avant Noël, pour l’autre ça a pris plus de temps. La famille [du second article] est d’ailleurs toujours en appartement à ce jour. Pourquoi ne pas dire que cette famille a été relogée ? Par ailleurs l’auteur des articles me met nommément en cause en tant que fonctionnaire sans jamais m’avoir contacté. »
Jean-Claude Bournez a porté plainte contre X avec l’assistance de l’administration municipale en janvier. La Ville le représente au titre de la protection fonctionnelle dont peut bénéficier tout fonctionnaire lorsqu’il est visé dans le cadre de sa mission de service public.
La délicate question des Roms relogés… ou non
Rue89 Strasbourg avait interviewé Jean-Claude Bournez au moment d’un déménagement de familles Roms. Il explique la délicate question des familles qui sont relogées par la Ville et d’autres qui ne le sont pas dans cette vidéo :
Procès en correctionnelle en vue
Jean-Claude Meyer a été interrogé une première fois par la police au printemps avant d’être mis en examen pour diffamation publique par un juge d’instruction le 10 juillet. Selon les délais légaux, il pourrait être convoqué devant le tribunal correctionnel dès octobre.
Que risque Jean-Claude Meyer s’il est condamné ? Le délit de diffamation publique est régi par la loi du 29 juillet 1981 sur la liberté de la presse. Le fait d’imputer un fait non avéré à un détenteur de l’autorité publique expose l’auteur du délit à une peine maximale de 45 000 euros d’amende. Mais dans les faits, les peines prononcées sont plus faibles, explique l’avocat spécialiste du droit de la presse Arnaud Dupuy :
« Le plaignant peut surtout contraindre le média a insérer une copie du jugement pour une durée d’un mois ou deux sur son site, voire à le faire publier à ses frais dans d’autres journaux locaux. »
Jean-Claude Meyer et son avocat n’ont à ce jour reçu aucune notification précise sur la plainte qui vise le blogueur. En attendant la suite de la procédure, ils préparent leur offre de preuves et ont mis en ligne une pétition pour demander à la Ville le retrait des poursuites.
Jean-Claude Meyer (Photo La Feuille de Chou)
« Troubler la communication officielle de la Ville »
Depuis les premières évacuations de terrains occupés par des Roms à Strasbourg en 2012, le retraité et son équipe critiquent régulièrement l’action de la Mission Roms de la Ville, s’appuyant sur de nombreux reportages sur le terrain. Jean-Claude Meyer a milité en faveur de la minorité au sein de l’association Latcho Rom. Une position qui dérange selon lui :
« Je suis bien conscient qu’au-dessus de Jean-Claude Bournez, il y a l’élue aux solidarités Marie-Dominique Dreyssé (EELV) et puis le maire, Roland Ries (PS). On est poursuivis pour ce qu’on dit sur la politique parfois brutale de la Ville et de la mission Roms. La Ville n’est pas très contente que nos articles troublent sa communication officielle selon laquelle elle a pris en charge ses Roms et fait une politique d’insertion. A Strasbourg contrairement à d’autres villes en France, il n’y a certes pas d’interventions brutales de la police pour les éloigner. Mais la Ville s’y prend autrement. »
Pour le blogueur, la mesure de rétorsion est évidente :
« On est un média indépendant, financé par nos propres fonds. On ne peut pas nous faire de chantage à la subvention contrairement à d’autres associations. La seule façon de nous faire taire, c’est donc la voie judiciaire. Une plainte émanant du chef de la Mission Roms de la Ville de Strasbourg, chargé de mettre en oeuvre la politique municipale que nous dénonçons depuis plusieurs années, est une attaque contre la liberté de la presse et d’informer ».
D’après Jean-Claude Meyer, la pétition rassemblerait au moment de la publication de cet article 600 signatures. Un comité de soutien a aussi été constitué, qui rassemble une vingtaine d’organisations de gauche dont l’Union départementale CGT, le Parti communiste et le Parti de gauche.
Philippe Richert, candidat « Les Républicains » à la présidence de la future grande région Alsace – Lorraine – Champagne – Ardennes (ALCA), s’est fendu d’un texte pour prendre ses distances d’avec sa colistière Nadine Morano, après ses propos sur la « race blanche » majoritaire en France sur France 2. Jusqu’à la prochaine sortie ?
C’est quand même pas de chance. Dimanche, Philippe Richert, président de la Région Alsace et candidat « Les Républicains » à la présidence de la future grande région Alsace – Lorraine – Champagne – Ardennes (ALCA), avait tenté de prendre de la hauteur en signant un texte titré « Accueillir les réfugiés en prenant nos responsabilités » : « devoir d’humanité », « réponse globale », l’Europe, l’ONU, raccourcir les procédures, donner des moyens aux villes, etc.
Après les 200 000€ débloqués par son concurrent de gauche en Lorraine, Jean-Pierre Masseret (PS), il fallait bien ça.
Explosion en vol
Et puis paf, tout ça a explosé en vol, enterré sous les torrents d’indignations venus de tous les horizons après la sortie de Nadine Morano, tête de liste « Les Républicains » en Meurthe-et-Moselle, qui sur le plateau de « On n’est pas Couché » sur France 2 ne craint pas de qualifier la France comme un « pays de race blanche » :
Évidemment, c’est bien pour Nadine Morano, qui se soucie de sa candidature aux régionales comme d’une guigne et qui vise une partie de l’électorat de droite dans le cadre des primaires du mouvement « Les Républicains ». Mais c’est moins bien pour Philippe Richert, dont le positionnement centriste le rend de toutes façons infréquentable aux yeux de cette frange de la droite. Du coup, terminé les grandes idées sur la place de la grande région dans l’Europe et sur son rôle dans la crise migratoire.
L’héritage du Général, passage obligé à droite
Dans un communiqué publié lundi, le président de l’Alsace, recadre sévèrement sa colistière. Il commence par reprendre l’héritage du Général de Gaulle, un peu trop vite récupéré par Nadine Morano à son goût (une figure de joute classique à droite) :
« Mes valeurs sont aussi celles du Gaullisme parce que ce sont celles du rassemblement. À cet égard, les propos attribués au Général de Gaulle par Alain Peyrefitte il y a plus de 50 ans ne peuvent pas être utilisés en-dehors du contexte historique qui était celui de l’époque. La connotation et la charge des mots ont considérablement changé en un demi-siècle. En vérité, la politique constante et l’action du Général se situent à l’opposé des propos qu’on lui prête. De Gaulle, c’est le discours de Brazzaville et celui de Phnom Pen. C’est la pensée d’un homme qui ne regarde pas la couleur des hommes, mais uniquement leur mérite propre et leur aspiration légitime à la liberté.
Lorsque le Général de Gaulle décora, à titre posthume, Félix Eboué du titre de Compagnon de la Libération, il le décrivit comme « un de ces noirs ardemment français ». Lorsqu’en 1958, le Général revint aux affaires, son gouvernement comptait des hommes aussi admirables que Félix Houphouët-Boigny, Philibert Tsiranana ou encore Léopold Sedar-Senghor. Bien singulier aurait donc été le Général de Gaulle à considérer que la France était « blanche » quand il lui donnait, en réalité, autant de ministres noirs ! »
Jusqu’à la prochaine fois ?
Puis Philippe Richert, toujours en exégète es-général, précise quelle est selon lui l’identité de la France :
« Pour le Général de Gaulle, la France fut toujours une civilisation, c’est-à-dire un effort constant de l’esprit à lutter contre ce qui abaisse la dignité de chaque homme. La France est – et a toujours été – celle de tous ceux qui savent l’aimer, la porter et la défendre dans le respect des valeurs de la République. »
Bon. Voilà pour la distance prise avec Nadine Morano. Pas sûr que ça suffise à calmer les observateurs et les adversaires de Philippe Richert, qui agitent les réseaux sociaux.
.@nadine__morano s'en prend aux valeurs républicaines #RaceBlanche Inadmissible d'un resp politique.Pas d'excuse possible @Richert2015 #ACAL
Philippe Richert a encore plus de deux mois à tenir avec la tonitruante députée européenne sur sa liste avant le scrutin des 6 et 13 décembre. Quand elle a composé ses listes, l’équipe de campagne de Philippe Richert savait bien que la personnalité de l’ancienne ministre de Nicolas Sarkozy allait lui causer quelques soucis en cours de route, elle pensait simplement qu’elle aurait plus de temps pour s’y préparer…
Yannick Jost, occupé à bidouiller le robot baptisé Docteur d’Enfer (Photo : OG/Rue89 Strasbourg)
Il est tombé dans la marmite du bricolage et de la retape tout petit. À 34 ans, le Strasbourgeois Yannick Jost est un « maker », comprenez un concepteur et fabricant en une seule personne. Entre robots et lampe à vélo connectée, rencontre avec un bidouilleur hyperactif.
Il arrive un peu en retard et s’excuse dans un grand sourire. Le pas pressé, il porte deux lourdes caisses en bois de estampillées « BH Team », du nom de l’équipe avec laquelle il concourt depuis neuf ans à la coupe de France de robotique.
Très vite, on imagine Yannick Jost passer des heures enfermé avec ses potes à concevoir de petits humanoïdes mécaniques. On aurait tort car le Strasbourgeois nous a prévenu d’emblée : les robots ne sont qu’une partie de ses activités.
Il faut dire qu’à 34 ans, il n’a guère le temps de s’ennuyer. Développeur informaticien à temps partiel pour une société qui conçoit des applications pour le tourisme, il travaille actuellement avec un ami sur un projet d’objets connectés et reliés en réseau, et gratte un peu de la guitare dans un groupe de musique. « Il y a tant de choses intéressantes à faire », dit-il, car Yannick est un « maker » : un touche à tout, débrouillard qui repousse sans cesse les limites de la curiosité.
Six « labs » à Strasbourg
Issue du mouvement DIY – Do it yourself (faire soi-même) né aux États-Unis à la fin des années 60, la culture « maker » promeut des valeurs de partage et de collaboration dans tous les domaines. Le sociologue Michel Lallement qui est allé jusqu’à étudier le mouvement dans la Silicon Valley considère que les « makers » ont pour ambition de « révolutionner le travail« .
Comprenez : venez comme vous êtes, toutes les compétences sont bonnes à prendre. En France, le mouvement a fait des émules : la deuxième édition de la « Maker Faire » à Paris en juin a attiré 35 000 visiteurs. On compte un peu moins d’une centaine de « FabLabs », contractions de « fabrication laboratories », ces lieux dédiés à la conception et à la création, répartis sur tout le territoire. Dans l’agglomération strasbourgeoise, ils sont six comme La Fabrique à Koenigshoffen, fondée par François Kormann, un ancien de Delphi.
Yannick Jost, évidemment un membre actif, détaille ce nouveau lieu :
« C’est un atelier partagé, une sorte de boîte à outils pour “makers”. Soit on sait utiliser les machines soit on fait appel à un “coach” qui va montrer comment les utiliser. Un peu comme dans une salle de sport. Aujourd’hui, même des grandes entreprises créent des fablabs en interne. C’est une toute nouvelle manière de travailler en communauté ».
Des robots et des hommes
On ne saura jamais ce que « BH Team » veut dire, « c’est secret » paraît-il. On en saura beaucoup plus en revanche sur les deux robots enfermés dans les fameuses caisses en bois. Car quand il s’agit de parler des automates, Yannick Jost est intarissable. Chaque robot a une histoire et à la manière d’un artiste qui parle de son oeuvre ou d’un prof qui fait une leçon, il parle avec les mains, pousse loin les détails dans les explications.
Les robots sont en composé d’éléments fabriqués en usine mais aussi réalisés à la main (Photo OG / Rue89 Strasbourg)
Depuis 2007 qu’ils participent à la coupe de France de robotique, les sept membres de la BH Team -que des hommes- n’ont jamais remporté la compétition, même s’ils sont allés une fois en finale. Quand d’autres se retrouvent autour d’un ballon, Yannick Jost et ses amis se voient trois à quatre fois par an pour concevoir les robots inscrits dans cette compétition un peu particulière.
Chaque équipe qui s’affronte dispose de deux robots et de 90 secondes, sur un terrain de 3 mètres sur 2 pour réaliser des missions bien précises. Les robots sont programmés à l’avance et doivent communiquer entre eux pour ne pas se rentrer dedans. Quoi qu’il arrive, l’équipe ne peut pas intervenir.
À chaque édition, les règles de la compétition changent, cette année le thème était le cinéma. Affublés des noms de Docteur d’Enfer et Mini-Moi (inspiré du film Austin Powers), les deux robots devaient construire des spots de cinéma et fermer des claps.
Et pour voir Docteur d’Enfer et Mini-Moi en action :
« C’est une saine compétition »
Les composants des robots de l’année précédente sont réutilisés pour les machines des années suivantes. Une forme d’économie même si l’équipe investit en moyenne chaque année un budget global de 4 500 euros qui comprend les deux robots, la participation à la compétition, et la communication autour de l’événement avec affiches, stickers et t-shirts. Mais certaines équipes dépensent bien plus encore.
Dans la plus pure tradition « maker », les robots combinent technique industrielle avec des découpes au jet d’eau pour certaines parties d’aluminium alors que la tôle est pliée à la main. Et dans la BH Team, chaque membre a sa spécialité : codage, design, etc. Un partage des compétences qui représente pour Yannick Jost l’essence même de l’esprit « maker » :
« Tout est une question de respect mutuel. J’essaie de faire transparaître ça dans ma vie : chacun fait du mieux qu’il peut. Avec toujours, beaucoup de bienveillance. Si une personne a fait une connerie, ça n’est pas grave car dans l’équipe tout le monde est bénévole. On a même déjà eu un robot qui a pris feu ! Tout est réalisé dans une bonne ambiance tout comme la compétition: le code de nos robots est en open source, tout le monde y a accès pour comprendre comment nous les avons réalisés. C’est une saine compétition. »
« J’étais le geek de service du village »
Chez Yannick Jost, la manie du bricolage est une affaire de famille. Son père, technicien de maintenance, ne jette aucun objet si tout n’a pas été tenté pour le réparer. C’est à Rosenwiller, d’où il est originaire, que Yannick Jost a eu son premier contact avec les machines :
« Il y avait cet ordinateur, un Thomson TO-7 qui trônait au fond de la classe. Ma curiosité m’a poussé à l’allumer. Je trouvais incroyable une machine qui faisait ce qu’on lui disait. En grandissant, j’ai fais des jobs d’été pour me payer du matériel et mes abonnements à des revues. J’y ai laissé toutes mes économies de jeunesse. Du coup, j’étais un peu le geek de service du village. »
« Même les cylindres de bois qui servent à matérialiser le spot de cinéma, je les ai réalisés avec mon grand-père. » (Photo : OG/Rue89 Strasbourg)
Il passe ensuite un DUT informatique à Saint-Dié puis découvre la robotique à l’Université de technologie de Belfort-Montbéliard (UTBM). Il y rencontre les membres de la future BH Team et se confronte pour la première fois à la 3D. Une dizaine d’années plus tard, l’équipe, répartie entre Strasbourg, Belfort et Lyon, est toujours soudée.
Être « maker », un mode de vie
Être maker ne se limite plus à bidouiller des composants ou plier de la tôle, c’est devenu un mode de vie. Dépassée l’image du geek à lunettes solitaire uniquement passionné par son écran : démonter les machines pour décortiquer leur fonctionnement s’assimilerait presque à une initiative citoyenne :
Aujourd’hui, Yannick répartit son temps entre son travail, ses robots et de multiples ateliers où il rencontre d’autres bidouilleurs qui n’hésitent pas à démonter leurs calculatrices et autres circuits imprimés. Ces rencontres s’appellent souvent « hack quelque chose », et pour savoir à quoi ça ressemble, c’est… Yannick qui en parle le mieux :
Avec son collaborateur Manuel Yguel, il a remporté le prix du maire de la Ville de Strasbourg pour une lampe à vélo connectée au concours Lépine de la Foire européenne. Ils vont prochainement lancer une campagne de financement participatif pour financer le développement de leur système de réseau d’objets connectés.
Son prochain rendez-vous ? Le Hacking Industry Camp début octobre, où des développeurs sont invités à résoudre les problèmes de l’industrie, avec quelques bidouilles.
Y Aller
Hacking Industry Camp, du 9 au 11 octobre à l’Insa, 28 boulevard de la Victoire à Strasbourg
Journaliste indépendante et professeur d’éducation aux médias. Sujets société, inégalités, éducation, police-justice. J’aime aussi écrire sur le rap et la culture hip hop de Strasbourg et d’ailleurs.
Avec leur succès croissant et des louanges à n’en plus finir, Last Train se poserait presque en locomotive du rock français actuel. Mais les quatre Alsaciens ne roulent pas à tombeau ouvert, professionnels et terre-à-terre avant tout. Ils seront à l’affiche du Club Laiterie le 2 octobre prochain. Rencontre.
2015 est assurément l’année de la révélation pour Last Train et son rock à la fois fiévreux et puissant, porté par le chant écorché de Jean-Noël Scherrer mais aussi les guitares, basse et batterie magnétiques et addictives des trois autres acolytes Julien Peultier, Tim Gerard et Antoine Baschung.
Printemps de Bourges, Rock en Seine et une tournée sans fin
Âgés de 21 ans en moyenne, les quatre Haut-Rhinois se sont connus au collège à Altkirch. Une route commune déjà bien longue pour ces amis qui parcourent aujourd’hui l’Europe avec plus de 150 dates de concerts au compteur, des premières parties prestigieuses (Band of Skulls, Triggerfinger, Datsuns, Raveonettes, Birth of Joy, Rival Sons, The Stranglers en novembre, etc), une victoire au tremplin des Inouïs du dernier Printemps de Bourges et, cerise sur le gâteau pour clore l’été en beauté, un concert magistral et ensoleillé à Rock en Seine le 30 août :
Du rock passionné qui vient des tripes
Jean-Noël Scherrer, chanteur et guitariste de Last Train (photo Bastien Brun)
Du gros et du bon son, de la maîtrise et de la passion mélangées et du rock qui vient des tripes (écouter leur maxi deux titres publié en 2014) sans dévier de cette ligne musicale inspirée pèle-mêle de Black Rebel Motorcycle Club, Queens of the Stone Age, The Strokes, The Subways ou Led Zeppelin. De nobles filiations et comparaisons qui font évidemment plaisir à Jean-Noël Scherrer, chanteur et guitariste de Last Train :
« C’est super touchant et ça met la pression aussi (rires) ! En fait, quand on est tous les quatre sur scène, ce qu’on recherche avant tout, c’est l’alchimie, une certaine électricité entre nous, un courant pour qu’il se passe quelque chose. Il n’y a rien de pire qu’un groupe qui joue pour jouer, sans âme. Parce que c’est sur une scène que tu lâches tout, que tu peux délivrer le plus de choses, que tu peux créer un contact avec le public, montrer ce que tu as en toi et le partager.
C’est vachement physique ! Et Led Zeppelin ça me fait penser à ça, Black Rebel aussi, même si on est bien loin de ce qu’ils ont fait ou savent faire. Pour moi, la référence en terme d’engagement, de sincérité, c’est Wu Lyf. C’est ça un vrai collectif et c’est ce que doit être un groupe qui fait de la musique »
« Garder les pieds sur terre et rester maîtres du projet »
Julien Peultier guitariste de Last Train (photo Bastien Brun)
« Notre manager et plusieurs personnes qui nous entourent nous ont dit : « C’est cool ce qui vous arrive mais faut garder les pieds sur terre, les gars ! » Et ça, on en est conscient. C’est pour ça qu’on essaie toujours de se mettre en danger, qu’on veut mener notre projet dans un esprit DIY (Do It Yourself, ndlr), en faisant aussi du booking, en ayant notre propre label (Cold Fame Records, ndlr), en produisant aussi un autre groupe, Holy Two (duo lyonnais à découvrir ici).
Et puis quand on a commencé, on se trouvait les dates de concerts nous-mêmes, on a monté une tournée au printemps (une trentaine de dates en France, après des scènes en Allemagne, en Suisse, au Luxembourg, en Angleterre, en République Tchèque, en Espagne, en Italie), ça permet de rester en phase avec la réalité. Alors bien sûr, remporter les Inouïs du Printemps de Bourges, c’est une reconnaissance nationale, ça nous a permis d’aller jouer au Québec et de faire une autre tournée cet automne dans quelques SMAC en France et ça crée un buzz, donc ça fait super plaisir ! »
Un album long en 2016
Avec une vingtaine de dates l’été dernier, une quarantaine prévues pour l’automne (notamment le MaMa à Paris le 14 octobre et le festival Les InRocks Philips et un concert le 11 novembre prochain au Casino de Paris avec Alabama Shakes, Algiers et The Prettiots) et aussi son nouvel EP Holy Family, Last Train n’a pas fini de mettre le feu :
Un premier album long de Last Train est prévu en principe pour l’automne 2016, il faudra donc encore patienter et se nourrir des compositions déjà existantes des quatre rockeurs alsaciens. Tout en allant les voir en live puisque de nombreuses dates se profilent déjà pour l’année prochaine dont, sans nul doute, de gros rendez-vous estivaux en festivals.
Fin 2017, les salariés du siège d’Adidas France vont quitter leurs locaux historiques à Landersheim pour s’installer à Strasbourg, dans ce qui sera le flambant neuf quartier d’affaires Wacken – Europe.
Dans le monde plus de 5 000 monnaies alternatives circulent dont une trentaine en France (doc remis)
Une nouvelle monnaie sera en circulation à Strasbourg, à partir du samedi 3 octobre : le Stück. L’objectif de ce moyen de paiement alternatif est de favoriser les échanges locaux et d’alerter sur les conséquences de la consommation. L’association éponyme, en partenariat avec la NEF et le Crédit Municipal, ont mis sur le marché strasbourgeois 100 000 Stück, l’équivalent de 100 000 euros.
Le Stück, morceau en alsacien, est la monnaie locale complémentaire de Strasbourg. L’association éponyme, en partenariat avec la banque NEF (Nouvelle économie fraternelle) et le Crédit Municipal ont concrétisé ce projet né d’une initiative citoyenne en juin 2012. Le Stück n’a pas vocation à remplacer l’euro. Son objectif est de favoriser les échanges locaux, grâce à cette monnaie qui n’a pas cours au delà des frontières de l’Alsace. Selon les porteurs du Stück, elle a « été créée pour circuler, l’euro pour s’accumuler ».
Lancement samedi 3 octobre, 1 Stück = 1 euro
Le Stück fait son apparition sur le marché strasbourgeois, samedi 3 octobre, à midi place Saint Thomas à Strasbourg. L’utilisation de la monnaie est ouverte à tous, à une seule condition, d’avoir conscience que consommer n’est pas un geste anodin. L’association espère que la monnaie sera rapidement valorisée dans les sites culturels, par exemple. Pour l’instant, environ 50 commerces dans un rayon de 50 km autour de Strasbourg acceptent les Stücks comme moyen de paiement.
Le taux de change est simple : 1 Stück = 1 euro. Le Crédit municipal sert de bureau de change.
Il faut être membre de l’association Le Stück, pour prétendre à l’utilisation de cette monnaie locale complémentaire (MLC). L’inscription coûte de 5 à 20 euros pour les usagers et de 20 à 200 euros pour les professionnels.
Une monnaie qui perd de sa valeur
L’objectif est de dynamiser les échanges locaux et de refuser les accumulations. Les billets doivent sans cesse circuler. L’indice de circulation des monnaies alternatives est 4 à 10 fois plus élevé que les monnaies aux cours légaux. Pour inciter les usagers à ne pas stocker les billets, la monnaie perd 2% de sa valeur tous les 9 mois. Des « vignettes de fontes » seront a coller (tous les 9 mois) sur une face du billet, dans un des cinq cercles prévus à cet effet. Ce sont les usagers qui devront acheter les vignettes, au prix de 2% de la valeur du billet.
Au lancement du Stück, une première vignette est déjà collée. Une date d’expiration est inscrite dessus. Rendez-vous dans 9 mois. Si le billet ne comporte pas de vignette, le commerçant peut le refuser. Les vignettes seront à acheter au bureau de change du Crédit Municipal.
Comme un ticket restaurant
Pour comprendre le Stück, il faut le comparer à un ticket restaurant. L’euro peut être changé en Stück, mais pas l’inverse. Pour un paiement en euro, la monnaie peut être rendue en Stück. Mais pour un paiement en Stück, la monnaie ne peut pas être rendue en euro. Le Stück, monnaie complémentaire, devra être parfois complétée, par l’euro. Les professionnels pourront convertir leurs Stück en euros, contre une taxe de 2 % du montant total. Ce prélèvement n’ira pas dans les caisses de l’association, mais servira à financer des projets locaux.
Les fonds de garantie sont placés pour une moitié à la NEF et l’autre au Crédit Municipal. Au total, 25 000 billets, d’une valeur de 100 000 euros, ont été édités. Les coupures sont de 1, 5, 20 ou 50 Stücks. Il n’y a pas de pièces. Un code à bulle, avec un numéro de série unique, se trouve en bas à gauche des billets. Certifiés par la Banque de France, ils sont filigranés, réagissent à la lumière ultra-violette et difficiles à reproduire.
Former un réseau de consommation raisonnée
L’intérêt, pour les professionnels et les usagers, est de former « un réseau d’acteurs au service de la consommation raisonnée et raisonnable ». Christelle Lux, du restaurant « La Ruche Aux Deux Reines » dans le quartier gare, travaille déjà, dans son restaurant, dans cet esprit :
« Pour lutter contre le gaspillage, j’utilise une application anti-gâchis, Optimiam, qui m’informe, en temps-réel des promotions sur les excédents alimentaires des commerçants autour de moi. Je permets aussi à mes clients de partir avec un doggy bag, moyen encore trop peu utilisé en France. Je travaille un maximum avec des produits frais et de saison. Avec le Stück, je cherche à augmenter mes liens avec les producteurs locaux. »
Stephane Fery, de la P’tite boulangerie, minimise son utilisation d’électricité. Il travaille avec un four a bois, construit lui aussi en matériaux écologiques. Il utilise de la farine biologique et travaille sur la réduction de ses déchets. Intégrer le Stück dans sa boulangerie va de soi pour lui. Il fait partie de cette chaîne d’achats journaliers. D’après lui, ses clients sont « impatients d’avoir à payer en Stücks ».
Pour arriver au bout de ce projet, l’association Le Stück a bénéficié d’aides publiques :
Ville de Strasbourg : 25 000 euros
Fondation de France : 15 000 euros
Fonds social européen : 17 000 euros
Région Alsace : 2 000 euros
Journée de lancement du Stück : présentation, conférences et petite restauration, en présence de Pierre Rabhi, samedi 3 octobre à partir de 10h, place Saint Thomas à Strasbourg. Programme complet.
Diplômée d’école de journalisme depuis juin. Effectue un stage de fin d’études avec Rue89 Strasbourg. Passionnée par les thèmes de société, environnement et culture.