Plusieurs formes d’hypnose existent, dans la rue méthode flash est la plus couramment utilisée. (Photo CF / Rue89 Strasbourg)
L’hypnose est utilisée en thérapie, en anesthésie mais aussi dans la rue, pour le spectacle. Entre médecins et hypnotiseurs de rue, on s’accuse mutuellement de détourner l’usage de cette forme extrême de contrôle mental.
Rue des Grandes Arcades à Strasbourg, un samedi après midi, un amas de passants encercle un personnage étrange aux lunettes vertes dont les branches sont posées sur ses tempes. Il manie comme des marionnettes des passants après les avoir « hypnotisés ». Une jeune fille d’une vingtaine d’années s’approche de lui, elle veut tenter l’expérience.
Nicolas Wolff, passionné de neurosciences et de lectures philosophiques, plonge grâce à quelques mots cette jeune fille dans un état de léthargie. La jeune fille, les bras ballants et la tête baissée, ressemble à un zombie. Elle restera dans cette position tant que Nicolas Wolff ne lui aura pas demandé de reprendre possession de son esprit. Il explique :
« L’ hypnose n’endort pas, au contraire : l’attention est décuplée. La sensation de détente est amplifiée. C’est comme rentrer en transe avec de la musique ou de la danse. Milton Erickson, psychiatre fondateur de l’hypnose, disait que 99,9% des gens sont hypnotisables. Pour divertir, dans la rue, pendant la phase d’hypnotique, je demande aux gens de caresser un chat imaginaire, par exemple, c’est mignon et pas dégradant. Ils peuvent rester dans cet état de conscience 2, 10, 30 minutes ».
L’hypnose de rue condamnée par les professionnels
Une pratique qui révolte le Dr Daniel Quin, médecin généraliste pratiquant l’hypnose et vice-président de l’institut Milton Erickson de Strasbourg (IMHESA) :
« C’est un viol, un retournement des personnes, un état sans dessus dessous. L’hypnotiseur de rue s’approche de son sujet, il rompt la distance sociale, la pénètre violemment. La personne est en état de choc. Sidérée, elle ne peut plus s’échapper. Tétanisé, le volontaire peut accepter n’importe quelle suggestion. Il se met dans un état dissociatif pour échapper à la violence. Il faut s’imaginer que ces personnes ressentent quelque chose de comparable à ce que les animaux vivent lorsqu’ils se retrouvent face aux phares d’une voiture en pleine nuit. »
Pour le Dr Quin, l’hypnose est un sujet trop sérieux pour être pratiqué en dehors de la médecine :
« C’est comme donner un pistolet à un tueur. Ce n’est pas le pistolet qui tue. Il faut suivre les règles avec prudence. Nous refusons d’utiliser ces méthodes d’hypnose dites “d’induction flash”. Un dépistage, un diagnostic psychologique est essentiel avant une phase d’hypnose. Sans présélection et sans préparation, les risques de dérapages, avec un client à la psychologie fragile, ne peuvent pas être évités dans la rue. »
Le médecin a vécu un de ces dérapages lors d’un séminaire psychiatrique en Allemagne. Une femme, volontaire pour une expérience d’hypnose, est restée bloquée dans un état de régression à l’âge 5/6 ans durant tout le séminaire. Puis elle a dû être hospitalisée dans un établissement psychiatrique.
Questions sur la méthode « induction flash »
Pour Nicolas Wolff, effectivement l’induction flash est dangereuse dans la rue, mais il assure ne l’utiliser, site rarement et après avoir vérifié l’état émotionnel du sujet avec une méthode « éricksonienne ».
Il dénonce les pratiques non encadrées et refuse d’être associé à une communauté, comme celle de Street Hypnose par exemple. Pour lui, les médecins devraient plutôt s’intéresser aux « jeunes sans expérience qui utilisent l’hypnose flash ».
Chez Street Hypnose Strasbourg, on réfute ces accusations. Pour l’un des membres de cette communauté, contacté via Facebook et qui reste anonyme, l’hypnose de rue et l’hypnose thérapeutique ne sont pas des pratiques opposées mais complémentaires. Il soutient que l’induction hypnotique ne peut être dangereuse puisque l’hypnose est un état naturel, que tout le monde expérimente à longueur de journée.
Numérique et interruptions cognitives
Pour Nicolas Wolff, l’hypnose concerne tout le monde :
« Dans la rue, je n’insiste pas avec les gens qui veulent me prouver que l’hypnose ne marche pas. En revanche, pour les patients qui viennent dans mon cabinet, je trouve toujours un moyen de les faire participer. Derrière le jeu, je veux réveiller les foules, prouver qu’être hypnotisé n’est pas un signe de faiblesse, c’est un dialogue avec l’inconscient qui permet de de réapprendre à utiliser son cerveau. »
D’après Nicolas Wolff, et l’ouvrage de Michel Desmurget, TV Lobotomie, dont il s’inspire, le numérique serait responsable d’interruptions cognitives : le langage, la mémoire, le raisonnement, l’attention, l’apprentissage, le sommeil, toutes ces fonctions, orchestrées par le cerveau, sont altérées par les smartphones, les télévisions et les écrans d’une manière générale.
Nicolas Wolff a découvert l’hypnose à la suite d’une grave maladie neurologique, qui l’a contraint à abandonner ses études de médecine à la sixième année. Aujourd’hui, il ne prend plus de médicaments et se soigne « en méditant et en écoutant son corps ». Pour lui, l’hypnose ne doit pas être l’apanage du corps médical :
« Pourquoi le diplôme universitaire de méditation pleine conscience est réservé aux médecins à la faculté de Strasbourg ? Plutôt que d’interdire la pratique de l’hypnose, il faut apprendre aux jeunes à utiliser leurs cerveaux. Le but n’est pas de manipuler les gens dans la rue, mais de faire prendre conscience à quel point ils le sont déjà ! L’induction flash est présente quotidiennement dans nos vies : dans les pubs, les films violents, les notifications dans les smartphones, etc. C’est un vrai problème de santé publique ».
Un état de conscience modifié
Sous hypnose, le cerveau se met en état de veille et des régions habituellement inactives sont stimulées. Comparable à un sommeil paradoxal, l’état de conscience est modifié, d’où l’effet d’immobilité et de non-réactivité physique. Selon le Dr Quin, l’hypnose est un art de la communication :
« C’est une focalisation interne sur soit, une connexion entre la personne et son imaginaire. L’accès aux souvenirs et aux émotions est étendu, une personne peut se remémorer un souvenir avec un nombre de détails tel qu’elle aura l’impression de le vivre à nouveau. Elle pourra sentir le sable sous ses pieds si son souvenir se déroulait en bord de mer par exemple. L’hypnose fait appel aux aptitudes de chacun, elle développe les compétences et les capacités de réponses. »
Mais l’hypnose peut être déstabilisante pour des personnes ayant eu des antécédents psychologiques. Les messages ancrés peuvent faire resurgir des émotions inattendues chez des personnes dont les comportements ont nécessité une prise en charge médicale ou qui ont des prédispositions pour des épisodes délirants. Dans le jargon, ce sont des personnes aux « terrains fragiles ».
L’hypnose pour traiter les cancers
D’après Nicolas Wolff, la France est en retard sur l’utilisation thérapeutique de l’hypnose. D’autres pays comme la Finlande, l’Angleterre ou l’Irlande soignent des psychoses grâce à des états de conscience qui permettent de comprendre l’origine de certains problèmes.
Pour le Dr Daniel Quin, l’utilisation de l’hypnose devrait être développée dans les traitements du cancer notamment comme méthode anesthésique pour des opérations chirurgicales du sein. La pratique a été également utilisée pour lutter contre la douleur en remplacement de la morphine au centre hospitalier universitaire de Lyon. À Strasbourg, sur les Pages jaunes, l’activité d’hypnotiseur apparaît 390 fois.
Diplômée d’école de journalisme depuis juin. Effectue un stage de fin d’études avec Rue89 Strasbourg. Passionnée par les thèmes de société, environnement et culture.
Le Consulat de Turquie à Strasbourg, équipé pour les élections en juin 2015 (Photo: Rue89Strasbourg/MG)
Depuis le 8 octobre et jusqu’au 25 octobre, les Turcs et Franco-turcs du Grand-Est sont rappelés aux urnes à Strasbourg pour les élections législatives anticipées en Turquie. Le Consulat de Turquie attend le défilé de milliers de personnes. Plus de 75 000 électeurs sont inscrits auprès de l’institution. Environ 35 000 d’entre elles avaient pris part au précédent scrutin législatif, en juin.
Pour gérer l’afflux des votants, le consulat a installé des barrières de sécurité devant ses bâtiments à l’intersection de la rue Auguste Lamey et de l’avenue des Vosges. Il a aussi disposé des tentes et des toilettes de chantier.
15 bus ont fait le déplacement dimanche
En semaine, trois bureaux de votes sont ouverts de 10h à 19h. Un bureau supplémentaire est ajouté le week-end. Dimanche, quinze bus et 2 500 votants se sont présentés au consulat. Les votes des turcs de l’étranger seront dépouillés à Ankara le 1er novembre, date à laquelle la Turquie doit tenir ses élections sur le territoire national.
Les votants ont le choix entre 16 listes. Lors du précédent scrutin en juin, l’AKP, le parti de la justice et du développement au pouvoir depuis 2002, avait remporté 57 % des voix du Grand-Est de la France (contre 40,8% des voix pour toute la Turquie). Le parti d’opposition pro-kurde HDP y avait quant à lui obtenu 18,1 % des voix, (contre 13% au niveau national).
Ces élections se présentent sous fond de tensions, alors que les violences entre les forces gouvernementales turques et le PKK ont repris depuis l’été dans le sud-est du pays et qu’un attentat sanglant s’est produit à Ankara samedi 10 octobre.
Les coureurs français s’élancent vers l’Allemagne lors du marathon de Strasbourg. L’inverse est moins vrai (Photo Office des Sports de Strasbourg)
13 des 42,195 kilomètres du marathon de l’Ortenau se courent en Allemagne. Mais seulement 6% des coureurs étaient allemands en 2014. Comment l’expliquer ? Le certificat médical, exigé en France, est un document inconnu outre-Rhin. Le ministère des Sports reste inflexible.
Le marathon de l’Eurodistrict, souvent appelé marathon de Strasbourg, permet une expérience unique. Partir de la rue des grandes Arcades, traverser la passerelle Mimram, longer le Rhin côté allemand vers le sud pendant 13 kilomètres, avant de traverser le pont Pfimlin et retourner place Kléber en passant par la forêt d’Illkirch-Graffenstaden puis Ostwald. 42,195 kilomètres à courir seul, en relais à deux, voire à six (Ekkiden).
Ce seul marathon binational au monde est la meilleure vitrine de l’Eurodistrict, un groupement de 107 communes autour de Strasbourg et de Kehl, créé en 2005, puis renforcé en 2010, mais dont les attributions restent obscures.
Mais voilà, il s’agit de la quatrième édition et l’organisateur, l’association des courses de Strasbourg-Europe (ASCE), peine toujours à convaincre les voisins allemands d’enfiler shorts et baskets le dernier dimanche d’octobre. En 2014, 1 038 courageux ont participé au marathon et un peu plus aux relais en Duo et en Ekkiden. Au marathon, seule une soixantaine de participants étaient allemands. Cette année, l’organisation table sur une augmentation de 15 à 20%, vu le nombre d’inscriptions enregistrées au 13 octobre. Mais la proportion de coureurs d’outre-Rhin devrait être identique.
Le marathon de l’Eurodistrict 2014 filmé avec un drone
39% de coureurs non-alsaciens, 5% d’étrangers mais seulement 60 Allemands
Pourtant, la grande course attire 39% d’athlètes hors d’Alsace, dont 12% d’étrangers en 2014, avec davantage de Belges et de Luxembourgeois, que d’Allemands. L’essor nouveau du « tourisme sportif » réjouit d’ailleurs les hôteliers strasbourgeois. Les vacances de la Toussaint étant une période creuse.
La raison de ce désintérêt est plus simple. En Allemagne, les participants à un événement sportif s’engagent à concourir « à leurs risques et périls ». Alors quand ils veulent s’inscrire à Strasbourg et qu’on leur demande un certificat médical obligatoire daté d’il y a moins d’un an, c’est un peu ein Kulturschock comme on dirait de l’autre côté du Rhin.
Quand bien même l’organisation a mis sur son site un formulaire type, la démarche surprend le coureur non-averti, qui n’a pas l’habitude de demander à son médecin s’il est capable de courir, marathon on pas, compétition ou non. Un organisateur explique aussi la situation par des médecins allemands un peu réticents à signer un tel document :
« Si malgré le certificat, un coureur a un accident, l’athlète pourrait très bien se retourner contre son médecin. C’est aussi culturel. »
En France, la signature d’un certificat est rarement accompagné d’un test médical approfondi. Valable un an, un accident après sa signature ne remet pas en cause sa validité. Mais cela permet aux organisateurs de se décharger de poursuites, quand bien même les accidents sérieux sont rarissimes.
A quelques rues près, le parcours du marathon est identique à 2014 : 13 kilomètres en Allemagne et 29 en France, toujours dans l’Eurodistrict. (doc remis)
Moins de supporteurs et bénévoles
Sur le bord de la route, moins de participants allemands se traduit par moins de supporters et de bénévoles allemands. À deux semaines de l’épreuve, l’organisation cherche encore une quarantaine de bénévoles sur 80 pour la partie allemande (400 au total). Côté média, on ne compte qu’une radio allemande partenaire, contre une télévision, une radio et un journal en France.
Malgré des législations différentes, les secours se sont, eux, répartis les kilomètres sans problème : la Croix Rouge et la Croix Blanche assurent les kilomètres français, quand la Bergwacht Schwarzwald s’occupe du tronçon allemand. Pour l’ASCE, tous leurs interlocuteurs allemands pour l’organisation sont « très sérieux et efficaces ».
Au mois de mai, la course des trois pays dont le semi-marathon se court entre la Suisse, la France et l’Allemagne ne connait pas cette barrière à l’entrée du certificat médical. L’arrivée et le départ comme les organisateurs sont suisses et les nationalités des participants plus équilibrées. « La France est un peu une exception culturelle », soupire Claude Schneider, président de l’ASCE, qui aimerait une dérogation pour cette course. En 2014, le maire de Strasbourg Roland Ries (PS) avait envoyé une lettre dans ce sens au Ministère de la Jeunesse et des Sports. En vain.
La lettre de Roland Ries au ministère des Sports en 2014
Pour le Ministère de la Jeunesse et des Sports, il n’a pas été possible de donner suite à cette demande, marathon binational ou pas, la règle est la règle :
« Le point de départ et l’arrivée étant à Strasbourg, cette course est considérée comme une manifestation se déroulant sur le sol français. De ce fait, elle est soumise aux dispositions du code du sport. Cependant, le certificat peut être délivré par un médecin étranger notamment dans sa langue d’origine à la condition que sur celui-ci figure clairement les nom, prénom et adresse professionnelle du médecin. »
Pour les allemands traduisez : Papier und Ordnung bitte ! Pas de dérogation à l’horizon.
Le départ et l’arrivée se déroulent rue des Grandes Arcades à Strasbourg. La course est donc considérée de droit français, ce qui pose des soucis aux Allemands pour s’inscrire (Photo Office des sports de Strasbourg)
Vers un certificat médical universel
Le ministère ajoute que pour aller vers un assouplissement, le Sénat a voté un amendement le 6 octobre pour que les certificats soient universels, autrement dit qu’un même certificat puisse servir à l’ensemble des disciplines sportives. L’allongement de sa validité avait aussi fait débat. Reste que pour les Allemands, il faudra toujours faire un papier, ce qui ne devrait pas beaucoup changer la proportions d’inscrits au marathon de l’Ortenau.
Les journalistes allemands semblent un peu étonnés. La situation est connue depuis la première édition et les progrès prennent du temps. « C’est le rôle d’une collectivité comme l’Eurodistrict de faire remonter ce type d’information, mais changer les lois prend du temps », répond la nouvelle secrétaire générale Anika Klaffke.
Pour renforcer la dimension franco-allemande de l’événement, souhait partagé des organisateurs et sponsors, Joachim Parthon, directeur de la Sparkasse, devenu un sponsor principal avec la Caisse d’Épargne, propose d’un peu modifier l’organisation à l’avenir :
« Peut-être faudrait-il faire le départ en Allemagne une année sur deux. »
D’autres pistes sont à l’étude pour rééquilibrer les nationalités comme d’organiser les inscriptions par le biais d’un club sportif de Kehl. Quelques jours après un discours commun d’Angela Merkel et de François Hollande au Parlement européen, la construction européenne se heurte encore à beaucoup de détails administratifs sur le terrain.
Les bons vieux Corails Intercités n’ont pas dit leur dernier mot ! (Photo Patrick Janicek / FlickR / cc)
La SNCF commence à comprendre que 80€ pour un aller simple vers Paris depuis Strasbourg, c’est cher et la compagnie ferroviaire nationale constate qu’une partie de son public se tourne vers le covoiturage et s’apprête à remplir les cars, depuis la libéralisation des trajets nationaux routiers à l’automne.
Dans un surprenant mouvement, après avoir laissé entrevoir leur quasi-disparition, la SNCF annonce une nouvelle offre sur ses trains Intercités entre Paris et Strasbourg. À partir du 12 décembre, sur certains trajets les samedis et dimanches, les places seront vendues aux tarifs de 15 à 35€ en seconde classe et de 22 à 44€ en première classe. Cette offre, déjà disponible sur les lignes Paris – Toulouse et Paris – Bordeaux, s’appelle 100% Éco, histoire de bien mettre en valeur que si ces prix sont comparables à ceux constatés dans le covoiturage ou via les cars, elle est plus économique.
Trajets de quatre heures
C’est son seul avantage, car les trajets, eux, dureront plus de quatre heures et toujours sans prise de courant ni Internet sans fils (WiFi). Les petits groupes pourront disposer de tarifs dégressifs, de 11 à 33€ en seconde classe et de 18 à 42€ en première classe. Les billets ne seront disponibles qu’en ligne, sur le site de la SNCF ou sur Captain Train. Mais surtout, ils seront très rares : un aller-retour les samedis et les dimanches !
Les horaires des Intercités 100% Éco (doc SNCF)
Selon la SNCF, cette « nouvelle offre, qui s’inscrit dans la gamme longue distance de SNCF, propose une offre de mobilité moyenne et longue distance accessible à tous, dans un contexte où le prix est devenu l’un des principaux leviers du voyage, et pour une clientèle prête à faire quelques concessions sur ses horaires ou la durée de son voyage ».
Qualité ne rime pas forcément avec quantité. Backyard Folk Club le démontre une fois de plus avec son très bel et émouvant premier album à sortir samedi 17 octobre à l’occasion d’une soirée spéciale à La Cabane de Jeanne à Schiltigheim. Écoute en avant-première et présentation du tout nouveau clip.
Comme dans l’aventure Grand March (qui a déjà réuni par le passé les quatre acteurs de Backyard Folk Club), c’est le travail d’orfèvre qui prime chez Backyard Folk Club, BFC pour les intimes. En atteste l’éloquent sous-titre du premier disque du groupe, Arts & CraftsSongs : Arts et artisanat, en écho, peut-être aussi, à ce mouvement anglais qui révolutionna la création artistique à la fin de l’époque victorienne.
On s’affranchit alors du poids de la rigidité pour laisser libre cours à son expressivité et devenir artisan avant de se revendiquer artiste. Le travail fait main exalte la créativité, la tradition supplante l’excès de modernité sans pour autant en nier les avantages.
Le premier album de Backyard Folk Club (illustration Tino)
Un premier disque après de nombreux concerts
Sans verser dans le passéisme ni la nostalgie, Backyard Folk Club (que Rue89 Strasbourg vous avait déjà présenté) laisse donc avant tout parler sa sincérité via la spontanéité de ses compositions enregistrées sur bandes analogiques. À l’ancienne, mais avec le bénéfice d’une atmosphère bien plus chaude et chaleureuse que le travail en numérique.
The Broken Spoon, publié sur le label strasbourgeois #14 Records et réalisé notamment grâce à une campagne de financement participatif, s’inscrit dans la continuité d’une aventure artistique et scénique bien solide puisque Backyard Folk Club (dont on peut avoir ici un aperçu de l’univers musical) s’est déjà produit pour une vingtaine de concerts, recueillant à la fois l’adhésion du public et des professionnels avec, notamment, une date (le 12 juillet) au dernier festival Décibulles de Neuve-Eglise après avoir remporté le tremplin Découvertes 2015.
Le groupe a aussi joué la semaine dernière dans le cadre du festival C’est dans la Vallée à Sainte-Marie-aux-Mines. Et mercredi 17 octobre, à Schiltigheim, il dévoilera des compositions inédites, en plus de celles du mini-album, ainsi qu’un tout nouveau clip qui sera diffusé en avant-première et dont nous vous dévoilons ici un premier extrait dans un cadre à la O’Brother des frères Coen :
Le décor bucolique de The Broken Spoon
En cinq titres, Hélène Brauener et Magali Martin (chant) ainsi que Fred Lichtenberger (guitare) et Cyrille Martin (banjo et guitare) posent le cadre d’un décor bucolique propice à l’évasion spontanée, sans direction. Un seul mot d’ordre : lâcher prise et se laisser mener par les sentiments que procure cette musique folk teintée d’influences diverses. Le morceau éponyme de l’album, The Broken Spoon, débute ainsi par quelques accords de guitare bien bluesy, porté ensuite par la ritournelle entêtante des deux chanteuses dont l’énergie vocale contribue à rendre l’ensemble encore plus lumineux qu’il ne l’est déjà.
Vient alors un sifflement « morriconien » doublé d’un banjo alerte que rejoindront un peu plus tard de légères percussions ainsi qu’un harmonica digne des meilleurs films d’aventure ou westerns spaghetti. My King (premier extrait du disque à écouter ci-dessous) invite donc à l’évasion joyeuse et libérée de toute contrainte.
Avec Summer Heat, en revanche, c’est le poids d’une chaleur accablante qui s’impose : mouvements ralentis, moment grave, accords lancinants. Mais aussi un océan de sensualité, une électricité palpable dans les membres et les regards de braise éloquents de « smoky eyes » très expressifs.
Introspection, légèreté et grand air
C’est peut-être là que peuvent s’exprimer sans crainte nos voix intérieures. My Soul libère cette parole inaudible mais ô combien sensible. Un orgue solennel, de la réverb’, un écho grandiloquent et des choeurs qui donnent toute sa mesure à l’harmonie des deux chanteuses. Entre negro spiritual et gospel, on chemine vers le cœur et l’âme, dans une promesse de s’élever vers la perfection.
Et une fois parvenu au faîte de cette espérance (Dear), le ton se fait plus léger, la joie est simple et pure, la gaieté décomplexée dans un sentiment de plénitude absolue. La vie peut commencer. Ou recommencer. À l’infini.
Y aller
Backyard Folk Club en concert le 17 octobre à partir de 19h30 à la Cabane de Jeanne, 152 route de Bischwiller à Schiltigheim. Prix libre. BFC sera aussi à l’affiche du Camionneur à Strasbourg le 3 novembre.
Le traumatisme de la guerre est particulièrement dur à surmonter chez les enfants. (Photo Aline Fontaine)
Depuis le début de la guerre en Syrie en mars 2011, 221 Syriens isolés ou en famille ont demandé l’asile dans le Bas-Rhin. Alors que la Ville de Strasbourg s’apprête à accueillir de nouveaux réfugiés, quelques-unes des personnes déjà arrivées par leurs propres moyens nous ont confié le récit de leur lutte pour se recréer une vie en France.
Amin touche sa couette, rempli d’émotions. « Regardez, c’est mon lit », clame-t-il, si fier de faire visiter son tout premier appartement, avec vue sur les toits des quartiers sud de Strasbourg. L’odeur de cardamome du café syrien embaume le deux-pièces. A l’entrée de sa chambre, un narguilé trône telle une couronne. Dans un autre coin, une commode révèle quelques tasses en porcelaine bleue. La décoration est minimaliste. Qu’importe, après une année passée à surmonter les obstacles, à 31 ans, Amin se sent enfin soulagé et surtout indépendant.
Ce Syrien est arrivé à Strasbourg en juillet 2014, seul. Une vieille connaissance lui avait proposé de l’aide pour effectuer toutes les démarches administratives, alors il est venu ici.
Amin a rejoint la France avec un laissez-passer, preuve qu’il avait obtenu un visa auprès du Consulat français au Liban. Un papier plus que précieux puisque c’est alors sa seule preuve d’identité. Quand il s’est retrouvé emprisonné pour avoir déserté l’armée syrienne, ses geôliers lui ont confisqué tout le reste. Cependant, lorsqu’il foule le tarmac parisien, la police des frontières récupère le sésame. Amin se retrouve sans rien et doit repartir à zéro.
Comme le veut la procédure, il dépose une demande d’asile à la préfecture du Bas-Rhin. Normalement, en attendant la réponse, Amin aurait pu bénéficier d’un logement rapidement grâce à son visa, mais sans papier, ce fut beaucoup plus compliqué. N’ayant pas de famille sur place, Amin sollicite les services d’hébergement d’urgence, sans grand succès.
« J’ai pu dormir 4 ou 5 nuits consécutives au 115. Autrement, je dormais chez mon ami. Heureusement qu’il était là, je ne sais pas comment j’aurais fait sinon. Mais au bout d’un mois, ça devenait compliqué car il a des enfants en bas âge. Je ne voulais plus le déranger. »
Un hiver à dormir dehors
Amin se retrouve à dormir dans la rue, au parc de l’Orangerie ou à la gare. « Tous les jours, j’appelais le 115, mais on me disait qu’il n’y avait pas de place », se souvient-il. Puis l’hiver est arrivé. Pour se protéger du froid, Amin passe ses journées dans le tram entre Baggersee et à la Robertsau.
« Un jour que je dormais sur mon sac à l’arrêt Krimmeri, un homme m’a interpellé. Il m’a demandé d’où je venais. Il ne me connaissait pas, pourtant il m’a emmené chez lui et m’a laissé les clefs. Ça faisait trois mois que je n’avais pas d’argent, pas de toit, j’étais tellement fatigué. »
Amin multiplie les visites à la préfecture, recevant récépissé sur récépissé mais toujours pas de réponse définitive. Au bout d’un an, il apprend qu’il a désormais le statut de réfugié. Une première victoire, reste à résoudre le problème du logement.
« C’était compliqué parce que les propriétaires étaient très réticents pour loger un réfugié, mais mon nouvel ami a réussi à me trouver cet appartement. »
L’apprentissage du français est le premier pas vers l’intégration, mais certains ne trouvent pas de cours. (AF)
Aujourd’hui, Amin a sa petite autonomie. Chaque mois, il touche 270 € de la CAF qui l’aident à payer son loyer de 450 €. Il reçoit aussi 450 € de RSA et se débrouille donc avec quelques 200 € pour le quotidien. Amin ne rêve que d’une chose : reprendre son métier de professeur des écoles.
Pour cela, il suit des cours de français intensément dans l’espoir de rejoindre l’université le plus vite possible. De quoi reléguer aux oubliettes les déboires qu’il a connus jusqu’à présent.
« Moi, je remercie beaucoup la France. Oui, j’ai eu beaucoup de problèmes en arrivant ici, mais ils sont tellement inférieurs à ceux que j’aurais pu rencontrer si j’étais resté en Syrie ou au Liban. A Beyrouth, où je m’étais enfui quand je suis sorti de prison, j’étais inquiété par le Hezbollah, proche du régime de Bachar al-Hassad. Ici, je me sens en sécurité, et c’est le plus important. »
Dur de se déculpabiliser
Dina, ses deux enfants, Faez et Hala, et sa mère sont aussi venus en France avec un visa, mais, s’ils n’avaient pas eu de parents à Strasbourg, ils auraient peut-être fini par dormir dehors comme Amin. Leur chance : être une famille avec des enfants mineurs. Faez vient d’avoir 3 ans et Hala, 16. Alors, au bout d’un mois et demi, ils ont tous pu emménager dans un appartement temporaire, mis à leur disposition par le Centre d’accueil pour les demandeurs d’asile (Cada).
Tout était installé pour eux, four, réfrigérateur, table, et, en quatre exemplaires : chaises, lits, oreillers, couettes, couverts. Ce qui réjouit Dina, d’après sa sœur venue aider à la traduction :
« C’est bien parce qu’en Allemagne, par exemple, pendant la procédure, les demandeurs d’asile n’ont rien. On sait que les Etats sont très sollicités, mais ici, on respecte la condition humaine. On n’a pas à se plaindre. »
Quand cette maman de 37 ans a atterri à Mulhouse depuis Istanbul le 23 juillet, elle s’est sentie comme sur une autre planète.
« À Alep, chaque jour on croyait que c’était le dernier. Nous étions encerclés par les forces du régime, Daech et les rebelles du Front al-Nosra. C’est comme si on m’avait sorti d’un endroit jonché par les bombes, la mort pour me mettre dans un endroit trop calme. »
Si Dina est ici rassurée, elle craint de bientôt payer son départ.
« En ce moment, beaucoup de réfugiés pensent que Bachar al-Hassad va décider de priver les Syriens exilés de leur nationalité. »
Hala passe son temps à dessiner et poste tous ses croquis sur facebook pour les autres enfants restés en Syrie. (Photo AF / Rue89 Strasbourg)
Hier, une roquette est tombée sur l’école
Néanmoins, il est hors de question de penser au retour aujourd’hui, la situation est trop dangereuse. L’intégration de sa fille reste la préoccupation première de Dina. Hala, frêle adolescente aux longs cheveux bruns ondulés, passe son temps à dessiner sur la table du salon. Parmi ses croquis : un homme dont le visage est vide, une femme qui pleure. Hala se sent lâche, coupable d’être à l’abri alors que beaucoup d’enfants de son âge sont restés. Dina précise :
« Elle demande toujours quand la guerre va cesser, quand on va pouvoir rentrer. Elle a laissé tous ses souvenirs en Syrie. Hier encore, une roquette est tombée sur son école, et bien sûr elle connaissait certaines des victimes. »
Elle espère que sa fille va pouvoir rejoindre le lycée international des Pontonniers.
« Il y a quelques jours, Hala a passé des tests au Conseil d’information et d’orientation. Pourvu qu’ils soient concluants. C’est important qu’elle retourne à l’école, elle veut devenir ingénieure. Au brevet en Syrie, elle a obtenu 299 sur 310. »
Dina s’inquiète moins pour son petit garçon, qui devrait vite apprendre le français à l’école. Quant à elle, grâce à son visa, elle a le droit de travailler. Avant tout, elle voudrait apprendre le français.
Mais ce désir reste difficile à concrétiser en ce moment, car les cours proposés aux réfugiés par les associations sont complets, et elle peine à trouver un professeur bénévole. Alors, elle va devoir attendre son tour. Après, elle se verrait bien renouer avec son activité d’esthéticienne, comme auto-entrepreneur par exemple. Elle plaisante :
« Je sais que le maquillage arabe est un peu exhibitionniste, mais je devrais vite m’adapter au style d’ici ! »
Même depuis la France, Ahmed ne veut pas abandonner le peuple syrien. (Photo AF / Rue89 Strasbourg)
Pas le droit de travailler pour les clandestins
Le frère de Dina, quant à lui, ne peut pas travailler, ça lui est pour l’instant interdit. En Syrie, Ahmed était footballeur professionnel. Du haut de son mètre quatre-vingt-dix, il jouait au poste de défenseur. Aujourd’hui, sa passion se résume à la tire-lire en forme de ballon rond posée sur sa tablette à manger, dans laquelle il range la moindre économie.
Ahmed n’a pas eu de visa pour venir en France. Il a choisi la clandestinité. Comme tous ceux que l’on voit traverser les frontières de l’Europe aujourd’hui. Néanmoins, quand Ahmed a emprunté la route des migrants il y a plus d’un an et demi, ils étaient moins nombreux et les politiques d’accueil plus strictes. En Hongrie, ce grand gaillard de 29 ans a dû enregistrer ses empreintes digitales, sauf qu’il a refusé de demander l’asile là-bas, ce qui lui a valu deux séjours en prison. Il voulait absolument rejoindre Strasbourg, où une autre de ses soeurs habite depuis longtemps.
Une fois sa destination atteinte en septembre 2014, Ahmed s’est rendu à la préfecture du Bas-Rhin. Mais là, on lui a rappelé que selon la Convention de Dublin, il devait effectuer sa demande en Hongrie. Ahmed a donc sollicité les services d’un avocat pour défendre son cas. Au bout de quatre mois, il a pu faire accepter sa demande d’asile.
« La réponse à l’asile ? Ça fait six mois que je l’attends »
Depuis, il s’est rendu plusieurs fois à l’OFPRA (l’Office français de protection des réfugiés et apatrides), à Paris, pour raconter son histoire. La première fois en janvier, où il a parlé 1h30.
« J’avais tellement de choses à dire qu’ils ont dû m’interrompre et me redonner un rendez-vous en mars. Ils m’ont alors dit que j’aurais la réponse deux semaines plus tard, ça fait six mois que je l’attends. »
En mars 2015, beaucoup de Syriens sont arrivés avec un visa et ont vu leur demande passer en priorité. Pourquoi autant de temps pour son cas, Ahmed se pose la question en permanence. Il a surtout peur de recevoir un beau matin, un courrier lui annonçant finalement que l’État français ne lui accorde qu’une protection subsidiaire, et non le statut de réfugié. Ce qui restreindrait son droit de séjourner ici à un an. Pourtant, son cas n’est pas négligeable. Dans son pays, il est maintenant menacé de mort :
« Dès 2012, quand l’armée syrienne est entrée dans Deir ez-Zor (près de la frontière est avec l’Irak), et a mené ses bombardements, je me suis impliqué auprès de la population. Je filmais les massacres et postais les vidéos sur facebook parce que la ville était isolée, et peu de personnes en dehors avaient connaissance de la situation. J’allais aussi chercher les corps dans les décombres. Au moment où le blocus a commencé à fortement peser sur la ville, j’allais porter des vivres aux personnes qui n’osaient plus sortir de chez elles. »
Ahmed, l’activiste civil, n’avait pas l’intention de partir, mais deux jours avant que Daech entre dans sa ville natale, il n’a plus eu le choix : il était sur la liste des 152 personnes recherchées par les islamistes pour son engagement humanitaire et surtout médiatique sur Internet.
Tous ces souvenirs hantent Ahmed. Il n’arrive jamais à s’endormir avant 4h du matin. Il s’est mis à fumer aussi, beaucoup. Ça l’occupe, dit-il. Il s’approvisionne en Allemagne, où il achète des grands paquets de tabac, moins chers là-bas :
« Je touche une aide mensuelle de subsistance de 192 € (versée par le Cada, ndlr). Là-dessus je donne 15€ pour le logement, donc il faut compter chaque petite pièce. »
Avant de pouvoir rejoindre ce logement Cada, Ahmed a dû passer six mois chez une de ses soeurs présente à Strasbourg depuis 2009. (AF)
Un défenseur pour le Racing ?
Ahmed n’en peut plus. Il voudrait être fixé sur son sort.
« C’est injuste car on m’a déjà proposé de travailler dans un restaurant, mais j’ai dû refuser comme que je n’ai pas encore eu de nouvelles de l’OFPRA. C’est dommage de passer à côté de telles opportunités. »
Un boulot lui permettrait surtout de tourner la page. Bien sûr, il n’oubliera pas son pays, le drapeau de l’opposition syrienne punaisé sur le mur de son 9m², en témoigne. Mais aujourd’hui, il passe encore beaucoup trop de temps à relayer des vidéos sur sa page Facebook. En guise de photo de profil, il a d’ailleurs mis le visage d’un enfant retrouvé noyé, comme le petit Aylan, mais dont aucun média n’a parlé cette fois.
Ahmed a mis du temps à rompre avec la solitude. « Au début, je préférais rester seul, j’en avais marre de rencontrer des gens qui me racontaient toujours leurs problèmes, j’avais assez des miens », ironise-t-il, en préparant une cigarette dans sa machine à rouler. Depuis peu, il s’est remis à jouer au foot, avec des jeunes du quartier de Hautepierre où le Cada lui a trouvé cette chambre.
S’il obtient le statut de réfugié, il compte bien postuler au Racing de Strasbourg. Il lance en rigolant :
« Je suis allé les voir jouer en match, et franchement, ils gagneraient à m’avoir dans leur équipe. »
L’humour, Ahmed n’en manque pas malgré ses difficultés. D’ailleurs, il reconnaît que son arrivée en France lui a au moins permis d’apprendre une chose : cuisiner !
Du faux transit à l’asile
Amin, Dina, Ahmed ont fui la Syrie en guerre. La famille de Mohammed, quant à elle, vivait à Dubai. Mais en mars 2011, le père de famille se fait limoger de son poste d’ingénieur mécanique. Il travaillait pourtant aux Emirats Arabes Unies depuis près de 20 ans. Du jour au lendemain, il se retrouve contraint de rentrer chez lui, à Homs, où le peuple syrien vient d’entamer sa révolte.
Dès qu’il voit l’armée entrer dans la ville, il s’enfuit en Jordanie et réussit à repartir pour Dubaï avec un visa touristique pour une durée limitée. Aussitôt, il décide d’embarquer pour la France. Il explique, en croisant ses poignets pour mimer le signe de reddition :
« J’avais en fait pris un vol pour Alger, je ne devais que transiter par Paris, mais une fois à l’aéroport, je me suis rendu à la police et j’ai demandé l’asile. »
C’était le 28 février 2012. Strasbourg, il ne connaissait pas. Mais son fils aîné étudiait déjà en Allemagne à Francfort. En choisissant la capitale alsacienne, il savait juste qu’il se rapprocherait de lui.
Plus un sou en poche
Là aussi, le logement a été difficile d’accès, d’autant qu’à l’époque, Mohammed était l’un des premiers Syriens à rejoindre Strasbourg. Une dizaine de personnes seulement avaient lancé la procédure en 2011, leurs cas n’étaient pas traités plus en priorité que celui des autres. Le souci majeur est que Mohammed n’avait pas grand sou en poche. Juste avant que la guerre n’éclate, il avait acheté une maison pour y passer ses vieux jours avec sa famille. Elle a été bombardée depuis. Au début, lui aussi doit donc compter sur la générosité des Syriens d’Alsace, car les places au centre d’hébergement d’urgence sont restreintes.
Avec ses dernières économies, il parvient à faire venir sa femme et ses deux autres enfants restés à Dubaï. « C’était alors la seule possibilité si je voulais revivre avec eux un jour, l’esprit tranquille », confesse Mohammed. Une fois la famille réunie, elle est accueillie par de nouveaux amis à Haguenau, puis se voit attribuer une chambre d’hôtel pendant un mois. Puis, les quatre membres reçoivent un logement du Cada à Hautepierre, avant d’intégrer un appartement HLM dans le quartier de la Montagne Verte.
Ce passeport donne le droit aux réfugiés syriens de voyager, mais ils ne sont pas accepter dans tous les pays. (AF)
Pour Mohammed aussi le temps d’attente a été long : 1 an et 6 mois pendant lesquels il n’a pu travailler, et le Syrien ne voulait pas céder à la tentation du travail clandestin. Depuis qu’il a obtenu son statut de réfugié politique, il frappe à toutes les portes des entreprises. Mais à 58 ans, la quête se complique :
« J’ai suivi une formation de mécanicien à l’AFPA (l’Association nationale pour la formation professionnelle des adultes) puis un stage dans un garage. Ça n’a rien donné. Comme à Dubaï, j’avais obtenu le permis poids lourds, j’ai également cherché dans ce domaine. J’ai réussi à faire un stage de deux mois à la Banque alimentaire pour transporter les marchandises, mais là non plus ça n’a débouché sur rien. »
Mohammed est rempli de ressources. Son dernier projet : vendre des légumes sur le marché. « Ce serait mieux que rien », lâche-t-il pour rassurer sa fille sceptique. Mi-septembre, il a déposé sa demande à la Chambre de commerce et de l’industrie, affaire à suivre. Bien déterminé, il est déjà en train de prospecter pour acheter une camionnette.
Budget mensuel pour quatre : 800€
La fille de Mohammed est la plus intégrée de la famille. Le grand frère a raté sa première année d’économie à la faculté, et va finalement se rabattre sur une licence d’anglais. La maman parle peu le français et a du mal à sortir de l’appartement. « C’est dur, car à Dubaï, nous avions tout à foison, mais ici, c’est le contraire. » Le budget mensuel des quatre syriens se limite à un peu moins de 800€.
Haya, qui traduit les propos de sa maman, est quant à elle, toute pétillante. À la rentrée, elle est entrée en Terminale STL. « Je voulais aller en S, mais mon niveau de français était trop juste. » Pourtant, son accent trahit à peine son origine. La situation de cette brunette est un peu particulière. Finalement, pendant 17 ans, elle n’a jamais vécu en Syrie, mais ses dernières vacances passées là-bas pendant l’été 2011 ont été très périlleuses, et le racisme de plus en plus prégnant envers les Syriens à Dubaï l’a convaincue qu’il fallait trouver refuge ailleurs, surtout pour vivre avec ses parents réunis.
« C’est quoi la liberté ? »
Après une 2nde FLE, Haya a intégré un cursus général dans un lycée strasbourgeois. Certes elle a perdu trois ans par rapport à sa scolarité à Dubaï, mais elle ne le regrette pas vraiment. L’année dernière, elle a obtenu 10/20 aux épreuves du bac de français. En revanche, elle ne veut pas dévoiler sa note d’histoire…
En ce début d’année, une matière la turlupine : la philo. Ses premiers cours portent sur la « liberté ». Elle s’interroge :
« C’est quoi la liberté ? Je ne sais pas trop, moi. C’est un mot trop grand, ça regroupe tellement de choses. C’est pour ça que les Syriens ont manifesté, pour la liberté, mais ils n’ont pas réussi à l’avoir. Ça fait 50 ans qu’ils en sont privés. »
Aujourd’hui, avec son passeport syrien Haya ne peut pas rentrer à Dubaï par exemple. Dans un peu plus d’un an, la jeune fille aura séjourné cinq années en France. Elle a déjà en tête de demander la nationalité française, persuadée qu’ici, elle va apprendre ce qu’est la liberté.
La plupart du temps je suis derrière une caméra, et parfois je la troque contre un stylo pour écrire sur des sujets de société qui ont trait au Moyen-Orient ou à la Roumanie.
Le référendum « pour l’unité de la gauche aux régionales » est contesté. Il se déroulera les 16, 17 et 18 octobre dans le Bas-Rhin (photo PS)
La section bas-rhinoise du parti socialiste organise le référendum critiqué pour « l’union de la gauche aux régionales ». Il est possible de voter dans 36 points de vote dans le département les 16, 17 et 18 octobre.
Face aux divisions à gauche à l’approche des élections régionales, le premier secrétaire du parti socialiste Jean-Christophe Cambadélis a eu l’idée d’organiser un référendum pour répondre à la question :
« Face à la droite et à l’extrême droite, souhaitez-vous l’unité de la gauche et des écologistes aux élections régionales ? »
Ce vote symbolique se déroule les 16, 17 et 18 octobre dans toute la France. La démarche est aussi critiquée, car jugée stratégique et pas sur les questions de fond. En effet, difficile d’être contre l’union, reste à se mettre d’accord sur quelle type d’alliance. Il n’est pas clair si l’union est prônée avant le premier tour ou entre les deux tours du scrutin de décembre.
La section bas-rhinoise organise le référendum dans 36 points de vote, tenus par des militants. Le vote est gratuit et il n’est pas nécessaire d’être membre d’un parti politique. Il suffit d’adhérer à une charte sur les valeurs de gauche et s’engager à ne voter qu’une fois. Il sera aussi possible de voter sur internet.
« Un aspect tactique » pour Jean-Pierre Masseret
Cette initiative est aussi soutenue par, le Front démocrate, Génération écologie, l’Union des Démocrates et Ecologistes et Ecologistes (le nouveau parti de Jean-Vincent Placé et François de Rugy). Les principaux partis de gauche, Europe Écologie Les Verts, Le Front de gauche (qui réunit parti communiste, parti de gauche et gauche unitaire) ou d’autres forces plus à gauche (Nouveau parti anticapitaliste ou Lutte ouvrière) n’y sont pas associés.
Lors de sa venue à Strasbourg, Jean-Pierre Masseret (PS), président de Lorraine et candidat à la grande région ALCA aux régionales avait soutenu la démarche :
« Il y a un aspect tactique dans cette proposition. Avec la division, aucun parti de gauche ne peut l’emporter tout seul aux régionales. Je ne comprends qu’un parti comme le Front de gauche parte seuls aux élections, alors que dans certaines régions comme en Lorraine, ils ont porté l’action politique avec la majorité socialiste. »
L’opposition en train d’interpeller la majorité (photo PF / Rue89 Strasbourg)
En direct – Beaucoup d’affaires courantes lors du conseil municipal du lundi 12 octobre. Tourisme, culture, double des papiers d’identité des sans abris, mais aussi éducation et quartier d’affaires du Wacken seront débattus.
Après les 57 points du 21 septembre, l’ordre du jour est plus léger avec 17 sujets. Aucun gros dossier ne se dégage et les points soumis au vote relèvent surtout des affaires courantes. Comme souvent, la culture et le tourisme prennent une part importante dans les débats, les gros dossiers économiques étant de plus en plus du ressort des 28 communes de l’Eurométropole.
Concernant le futur quartier d’affaires du Wacken, on notera le lancement des offres pour la réalisation des lots 3 et 4 (un bâtiment de logements et un de bureaux à chaque fois). Une étude sur la faisabilité d’un parking à étages sur l’actuel parking de la piscine du Wacken sera ajouté.
La plateforme de la cathédrale réaménagée, les prix en augmentation
Pour la cathédrale de Strasbourg, un projet de réaménagement pour 1,5 millions d’euros est soumis au vote. Cet investissement a pour but d’augmenter la fréquentation de 30% et les prix pour passer de 600 000 euros à 900 000 euros de revenus annuels pour la fondation de l’Œuvre Notre-Dame. Il est aussi question de demander le renouvellement du classement de Strasbourg comme commune touristique.
Dans le domaine des solidarités, le financement d’une expérimentation de numérisation des documents des sans-abris, opérée par l’association Le Relais, sera proposée. D’après l’adjointe aux solidarité, Marie-Dominique Dreyssée (EELV), ce système permettra aux plus démunis d’avoir une copie numérique de leurs papiers pour faciliter leur réinsertion.
Sorties scolaires : le désengagement du Bas-Rhin non compensé
En terme d’éducation, la Ville augmente légèrement sa participation aux classes vertes dans les départements frontaliers du Bas-Rhin (de 7 à 8€ par enfant), mais cela sera loin de compenser la désengagement total du Département du Bas Rhin (300 000 euros) du mois d’avril, puisque cette collectivité versait 7€ aussi par enfant jusqu’à cette année. Par ailleurs, une subvention à plusieurs associations pour des projets menés durant le temps scolaire et périscolaire de 61 000 euros est aussi soumis au vote.
Que se cachent derrière ces statues multicolores ? (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
140 statues multicolores d’animaux ont pris possession de la place de l’Étoile à Strasbourg pour interpeller sur la situation climatique, à deux mois du sommet international de Paris. Opération nécessaire ou simple artifice pour se donner bonne conscience tout en polluant ? Rue89 Strasbourg fait le tri (écologique) avec l’artiste Gad Weill.
Ces animaux c’est quoi ? Une expo itinérante avant la COP 21
Une exposition temporaire du nom de l’Arche de Noé Climat. Itinérante, elle a débuté à Paris en septembre. Les animaux sont tous des espèces menacées à cause du changement climatique. Il s’agit d’une idée de Ségolène Royal, ministre (PS) de l’environnement pour mobiliser la société civile sur les questions climatiques avant la conférence des nations unies sur le climat (dit COP 21) qui se tient au Bourget du 30 novembre au 11 décembre.
Qui paie ? Surtout six entreprises
Le ministère de l’Environnement coordonne l’opération, mais ne la finance pas directement. Il a fait appel au mécénat culturel, c’est-à-dire à des entreprises qui peuvent apposer leur logo à l’exposition. La Fondation Schneider Electric, l’Oréal, Arkema (chimiste), EDF, Fleury Michon et CFT (transport fluvial) ont financé le projet.
Les Ports de Paris sont aussi partenaires en laissant un entrepôt à Genevilliers à l’artiste Gad Weil, avant que les 140 statues rejoignent la capitale par barges. Le mécénat culturel permet de déduire 60% du don des impôts sur les sociétés dans la limite de 0,5% du chiffre d’affaires hors taxe.
Comme 8 autres villes françaises, Strasbourg a accepté d’accueillir cette exposition, jusqu’au 14 octobre. La municipalité a mobilisé un agent pour l’installation, ainsi qu’un gardien. La nuit, il n’y a pas d’éclairage supplémentaire à celui de la place de l’Étoile.
Elles sont faites en quoi ces bé-bêtes ? En PMMA
Ils sont fait en polyméthacrylate de méthyle, souvent abrégé PMMA, créé suite à une transformation chimique. C’est ce que l’on appelle souvent le Plexiglas (qui est une marque déposée), mais il s’agit plus précisément d’Altuglas (une autre marque, produite par le chimiste français Arkema) ou verre acrylique.
Cette matière est recyclable à l’infini à condition de la faire fondre. Les morceaux des statues viennent de l’usine lorraine du chimiste français, qui a donné des blocs de 3 mètres par 2, des 7 couleurs de l’arc en ciel. La découpe s’est faite ensuite au laser, les stries ont été peintes. Une centaine de seringues de colle ont été nécessaires pour fixer les pièces.
Malgré une production locale, la France est importatrice de PMMA. Les morceaux viennent surtout d’Italie (3/4 des imports), d’Allemagne, mais aussi d’Asie (Taïwan, Japon, Corée). Cette importation diminue (20 460 tonnes en 2013, 16 754 en 2014 et 12 856 sur les 12 derniers mois). Le socle démontable des statues est en acier.
Recyclables d’accord mais recyclés ? Euh…
Gad Weil justifie le choix de l’Altuglas car il laisse passer la lumière, mieux que le verre et parce qu’il s’agit d’une matière recyclable. Mais encore faut-il qu’ils soient recyclés un jour. Pour l’artiste, c’est possible, mais pas vraiment d’actualité :
« Si dans 10 ans on ne veut plus de mes statues, ils deviendront des phares de voitures, ou des meubles. »
Pour l’instant ce n’est pas prévu. Après leur 8 destinations, les animaux iront à Paris, puis au Bourget pendant le sommet. Après la COP 21, les pièces seront donnés aux ministères, des mairies ou des parcs pour continuer à sensibiliser le public. L’expo doit aussi aller à Nantes en décembre 2016.
Bref le recyclage n’est pas pour demain. Quand bien même un recyclage est plus écologique qu’une incinération, faire fondre la matière n’est pas neutre en carbone.
Comment les animaux sont transportés dans les 8 villes ? En camion
C’est aussi Gad Weil qui a réfléchi à la manière de transporter les pièces. Pour lui, avoir le coût écologique « le plus bas possible » faisait partie de la démarche :
« Le format a été spécialement pensé pour n’utiliser que 6 camions, dont un de logistique. Le socle est démontable Les pièces sont empilées à l’horizontale et légères, 70 kilos, pour que les camions consomment le moins possible. Et c’est un transporteur français, qui suit les normes écologiques les plus élevées. »
D’après les organisateurs les camions roulent à l’éthanol. Mais cela n’empêche d’avoir recours à beaucoup de plastique pour les emballer.
Les statues sont empilées pour gagner de la place dans le camion, mais emballées avec du plastique. (photo Facebook Christel Kohler)
Quelqu’un va-t-il lire les contributions des spectateurs ? Pas sûr
Une fois les spectateurs attirés, souvent grâce à leurs enfants, le second objectif est de les faire poster leurs photos et idées avec le hashtag (ou mot dièse) #ADNClimat sur les réseaux sociaux Facebook, Twitter, Youtube ou Instagram. Pour ceux qui n’ont pas de smartphone ou qui ne sont pas inscrits sur ces sites, une adresse mail est disponible.
De là à ce que ça se concrétise par un accord plus ambitieux, il y a encore un monde. Pas sûr que Barack Obama ou Vladimir Poutine, en voyant défiler un tweet sur leur smartphone, change de position. La démarche de l’artiste ne s’inscrit pas dans un rapport de force avec les États :
« L’important c’est de donner à tous le sentiment qu’ils ont quelque chose à dire. C’est comme signer la pétition sur le blogueur saoudien emprisonné, ça ne l’a pas empêché de se prendre des coups de fouets, mais l’important c’est le geste citoyen. »
Des couleurs flashy, c’est un bon message pour l’écologie ?
Gad Weil s’explique :
« Je souscris au discours de la ministre, l’écologie ne doit pas être punitive. Ceux qui ont un message de grisaille n’auront jamais l’adhésion de la population. J’ai horreur des discours sur la décroissance. Les « sachants » deviennent arrogants. L’espace public doit être un lieu d’expression des artistes. Moi, je m’adresse aux 85% de Français qui ne vont pas dans les lieux culturels, à la classe populaire. Les animaux ne doivent pas être tristes, ils sont flamboyants, surtout quand il y a du soleil. Ils n’ont pas de visage. Les striures doivent représenter l’adversité, qu’ils doivent lutter pour avancer. »
Des idées contre la pollution plus novatrices que le plan « ville respirable » (dessin Laurent Salles)
Lauréate du projet « ville respirable », Strasbourg a ressorti des idées dans les cartons depuis des années pour lutter contre la pollution de l’air. La municipalité recevra 1 million d’euros pour les mettre en œuvre. L’occasion de soumettre quelques nouvelles mesures.
De l’ombre surgira la lumière. C’est sous ce titre en clair-obscur que l’on pourrait réunir Jeanne Added et Holy Two qui se produiront tous deux le 14 octobre sur la grande scène de la Laiterie. Présentation de l’affiche.
On ne la présente presque déjà plus, Jeanne Added, son look punk, son côté chic et arty, sa timidité évidente compensée par une rage musicale et vocale, son premier album à l’éclat ténébreux et cette incantation guerrière doublée d’une vision apocalyptique de l’époque :
War is coming / And we’re stuck here / Here with the many pains / With the little tears. Une gradation dans l’angoisse, un ton péremptoire, une basse frénétique qui devient sismique tant la saturation contribue à marteler ce message peu réjouissant. Voilà qui va de pair avec le parcours de cette trentenaire rémoise, dévolue depuis toujours au service musical des autres avant, enfin, de pouvoir exprimer ses créations, avancer avec sa propre voix et sur sa propre voie.
Formée au conservatoire national supérieur de Paris, en classe de jazz et musique afro-américaine, cette violoncelliste classique devenue ensuite vocaliste travaille avec les grands noms du jazz contemporain (Vincent Courtois, Baptiste Trotignon, Riccardo Del Fra) ou du rock expérimental actuel (John Greaves). Elle est interprète, reconnue certes, mais elle se fait uniquement la porte-voix de pièces qui ne viennent pas d’elles. Et donne même la réplique à cet autre grand anti-conformiste à l’esprit punk toujours bien chevillé au cœur et au corps :
Après cette pépite pop-rock-chaâbi en 2013, c’est le déclic de la confiance pour Jeanne Added. Et l’envie de modeler son univers. Son premier album Be Sensational est sorti en juin dernier, six mois après une performance qui résonne encore aux Trans Musicales de Rennes et a fait de la Rémoise une petite bombe à fragmentation qui n’a pas encore fini d’exploser.
Holy Two, la magie du lâcher prise
Holy Two (Doc. remis)
En première partie de Jeanne Added, ce 14 octobre, il faudra compter avec un tandem lyonnais pris sous son aile par les grands frères de Last Train. Les rockeurs mulhousiens qui ne cessent d’enflammer la France de la musique et des festivals produisent en effet Holy Two sur leur label Cold Fame Records : un garçon et une fille, des images et des sons, de la douceur mélodique et des beats plus nerveux et une discographie qui va bientôt s’enrichir d’un nouvel EP de 4 titres, A Lover’s Complaint, porté par cette envoûtante composition au clip bien percutant :
On pense pêle-mêle à Alt-J, The XX, Foals, Woodkid, London Grammar et même Phoenix. Holy Two diffuse un son aérien qui transcende et envoûte, tant dans ses reprises de Kavinsky, des Strokes ou de Phoenix déposées çà et là sur internet que dans ses morceaux au minimalisme électro assumé et revendiqué. Avec Holy Two, il faut savoir apprécier la lenteur, accepter l’emballement, se donner tout entier à la magie du moment jusqu’à l’abandon, jusqu’au lâcher prise. À découvrir et expérimenter de toute urgence !
[affiche_event id=88577]
Le centre démocratique du peuple kurde ainsi que des organisations de la gauche turque appellent à un rassemblement à 13h place Kléber à Strasbourg en réaction à l’attentat sanglant qui s’est produit à Ankara, en Turquie, ce samedi matin.
Peu après 10h, deux bombes ont explosé à Ankara au point de rassemblement d’une « marche pour la paix » organisée par l’opposition de gauche. La manifestation entendait dénoncer la reprise des violences dans le Sud-est du pays. Le bilan provisoire de l’attentat fait état d’au moins 20 morts et d’une centaine de blessés.
Le centre démocratique du peuple kurde est une organisation proche du parti d’opposition pro-kurdes HDP. Son appel à manifester était relayé ce midi dans d’autres milieux d’opposition turque à Strasbourg et notamment dans la communauté alévie.
Solidarité et dénonciation
Pour Hélène Erin, sa porte-parole du centre démocratique des peuples, la manifestation doit défendre deux messages :
« Nous voulons montrer notre solidarité à l’égard des proches des victimes et des organisateurs de la marche pour la paix. Nous entendons aussi dénoncer les crimes commis par l’Etat turc et les groupes terroristes en Turquie. »
L’appel intervient moins d’une semaine après la venue au Zénith de Strasbourg du président turc Tayyip Erdogan. Une contre-manifestation à l’appel de l’Union française des Alévis avait rassemblé 1 400 personnes place Kléber dimanche 4 octobre.
La diaspora turque est appelé à voter pour les élections législatives anticipées turques depuis le 6 octobre. Le consulat de Turquie à Strasbourg compte 75 000 électeurs turcs enregistrés dans le Grand-Est.
À 23 ans, Larouci Didi est à l’affiche d’Asphalte, sorti en salles le 7 octobre (Photo: Bartosch Salmanski/M4tik)
À l’affiche d’ Asphalte, le nouveau film de Samuel Benchetrit, Larouci Didi n’en n’est pas à son premier coup d’essai. À 23 ans, le jeune homme, originaire du Neuhof, a tenu l’un des rôles principaux dans le film d’Abd Al Malik Qu’Allah bénisse la France sorti l’an dernier et a déjà une petite carrière dans le rap. Pour Rue89 Strasbourg il parle de cinéma, de musique mais aussi de chômage et de son quartier, le Neuhof.
S’il y a une chose qui étonne Larouci Didi aujourd’hui, c’est d’être reconnu dans les rues de Strasbourg quand il se balade. Être arrêté par les passants qui lui demandent de poser pour une photo n’est pas vraiment son truc.
Pourtant le jeune homme n’est plus un inconnu depuis qu’il a participé en 2014 au film d’Abd Al Malik tourné dans le quartier du Neuhof, au sud de Strasbourg. Aujourd’hui, il figure au casting d’ Asphalte de Samuel Benchetrit, filmé dans une cité désaffectée de Colmar et sorti sur les écrans le 7 octobre.
Arrivé au cinéma par hasard
Dans Qu’Allah bénisse la France, Larouci Didi est Samir, l’ami de Régis, alias Abd Al Malik, avant sa conversion à l’islam. C’est par hasard que le cinéma a débarqué dans le vie du jeune homme, Abd Al Malik avait repéré ses clips de rap sur internet :
« Un pote est venu me voir en me disant qu’une équipe était venue faire un casting dans le quartier et que le responsable cherchait un rappeur du quartier. En fait, c’était moi qu’il cherchait. Je croyais qu’il se fichait de moi ! Abd Al Malik leur avait parlé de moi. On m’a dit d’apprendre le rôle et de repasser le lendemain pour faire des tests. J’ai appris mon rôle par coeur, j’y suis retourné le lendemain et deux jours plus tard, c’était plié ».
Une aisance devant la caméra qui étonne les professionnels
Son aisance et son jeu d’acteur étonne l’équipe qui lui demande s’il n’a pas déjà suivi des cours de théâtre. Lui, qui a d’abord fait ses armes dans des clips se dit être à l’aise devant la caméra :
« Ça ne me dérange pas. En même temps, on me demande de jouer un mec de la rue, c’est ce que je suis. Si on m’avait demandé d’incarner le rôle d’un petit bourgeois du XVIe arrondissement de Paris ça aurait été plus dur ! »
Avant le tournage du film, il n’avait jamais rencontré Abd Al Malik, lui-même originaire du Neuhof. Comme tout son quartier, Larouci Didi a été bercé aux sons des NAP, le groupe de rap dans lequel a débuté Abd Al Malik avant qu’il ne démarre une carrière solo :
«Quand je l’ai rencontré, j’ai eu du mal à réaliser qu’il avait gagné une Victoire de la musique. Il est humble et simple. Il était habillé comme moi, casquette américaine et Jordan aux pieds. Il discutait avec tout le monde de manière très ouverte ».
Dans Asphalte, Larouci est une « silhouette parlante »
Quand Samuel Benchetrit démarre le tournage d’Asphalteà Colmar en décembre, Larouci Didi postule pour un rôle. Une démarche bien accueillie par la production, qui avait remarqué sa précédente prestation.
Dans ce film tourné dans la cité Bel Air, Larouci Didi est une « silhouette parlante ». Autrement dit, un figurant, qui squatte le bitume, l’asphalte du quartier, au milieu des vies d’Isabelle Huppert, Gustave de Kerven et Valeria Bruni Tedeschi.
Loin d’être perçu comme une star dans son quartier, le jeune homme raconte que même ses parents n’ont pas vu ses films :
« Ils savent que je fais du cinéma mais ils sont loin de ce monde-là. Tant que tu mène ta vie normalement, ça leur va. »
« Quand tu vois ma tête, mon accent alsacien ça fait bizarre ! »
Lui qui vit toujours chez ses parents du côté de la rue Lyautey, à l’entrée nord du Neuhof, parle de son quartier avec une pointe d’accent alsacien. Une manière de s’exprimer qui l’a étonné lorsqu’il s’est découvert à l’écran :
« Quand j’ai vu le film (d’Abd Al Malik), j’étais choqué de m’entendre. Quand tu vois un Arabe comme moi, tu te dis que c’est bizarre cet accent ! Je me suis demandé d’où ça sortait et en fait… Ça vient typiquement du Neuhof.»
Avant le cinéma, Larouci Didi s’est fait connaître dans le rap sous le nom de L.A.R (Photo: Bartosch Salmanski/M4tik)
Au départ, c’est en tant que rappeur, sous le nom de L.A.R, que Larouci s’est fait connaître. Plus jeune, il fréquente les ateliers d’écriture du centre socio-culturel Ziegelwasser et forme un groupe de rap, Espoir de l’Est. De la bande, il est le seul à avoir continué la musique et a même sorti un album. Mais frustré par les refus de distribution, la difficulté de pouvoir faire des scènes à Strasbourg et le manque d’inspiration, il a décidé de mettre la musique entre parenthèses.
« Trop de quartier tue le quartier»
Surtout, il souhaitait se consacrer davantage à son travail de chauffeur routier, pour lequel il a eu quelques difficultés à trouver des contrats :
« Là ça va mieux, mais c’était pas gagné. C’est déjà arrivé que sur mon CV, je mette l’adresse de ma soeur parce que 67100 Neuhof, d’office, c’est mort, ça te bloque. T’es recalé direct. Le travail c’est aussi un bon moyen de s’évader du quartier : t’es dans un cocon, tu pars le matin, tu bosse, tu rentre le soir et basta. »
Pour changer de décor, il traîne souvent ses baskets du côté de l’Esplanade ou du Rivétoile, histoire de profiter d’une terrasse et voir « de beaux bâtiments ». Larouci Didi le répète à plusieurs reprises: « trop de quartier tue le quartier. »
Après dix ans de rénovation urbaine au Neuhof, il admet que le secteur a bien changé même s’il considère que derrière la peinture, rien n’a vraiment évolué. En montrant du doigt les appartements situés au dessus du Rivétoile, il explique :
« Chez nous à la Lyautey, de nouveaux immeubles ont été construits. Mais le loyer est plus élevé : entre 800 ou 900 euros. Mais qui va payer cette somme pour venir dans le quartier ? Faut vraiment être fou ! Moi, cet argent, je le prends et je vais vivre là-bas ! »
Larouci Didi se présentera samedi au casting d’une série pour France 3 (Photo: Bartosch Salmanski/M4tik)
« De l’avenue des Vosges au Neuhof, c’est passer de Londres à Sarajevo »
Au moment de la polémique née du clip d’Abdelos, dont il est proche, il est contacté par une journaliste d’iTélé qui le présente comme le réalisateur de la vidéo, ce qu’il n’est pas. Lui aurait préféré qu’on s’attarde davantage sur le chômage qui selon lui, tue les cités : au Neuhof, il atteint 40% des moins de 25 ans. Invité de l’émission « La Voix est libre » sur France 3 Alsace, il avait d’ailleurs interpellé Roland Ries sur la question :
« T’a beau mettre quelqu’un dans un “building” mais s’il n’a pas de travail, ça va changer quoi à sa vie ? Je l’avais interrogé là-dessus, mais bon… Il y a deux mondes entre le centre-ville et le reste. Tu vas à l’avenue des Vosges, tu y reste une journée, je te bande les yeux et le lendemain je t’emmène au Neuhof, je t’y laisse une journée : t’as l’impression que t’es passé de Londres à Sarajevo ! »
Désormais, Larouci Didi continue son chemin : lui qui dit aimer jouer la comédie mais ne pas se voir sur l’écran se présentera quand même samedi à Strasbourg, au casting pour une série de France 3.
Journaliste indépendante et professeur d'éducation aux médias. Sujets société, inégalités, éducation, police-justice. J'aime aussi écrire sur le rap et la culture hip hop de Strasbourg et d'ailleurs.
La majorité des gels douches contient des ingrédients toxiques et polluants (Photo LH)
Quand on parle de l’écologie appliquée à la salle de bain, on pense souvent à la consommation d’eau. Et pourtant, le souci majeur n’est pas le nombre de litres d’eau écoulés, mais surtout leur pollution. Une contamination qui s’entretient notamment à cause des savons utilisés. Voici comment l’éviter.
La composition de la majorité des gels douches et des savons industriels est nocive pour la peau et pour l’environnement. On y retrouve des sulfates qui sont très irritants pour la peau (Sodium Laureth Sulfate et Sodium Lauryl Sulfate), des produits chimiques toxiques potentiellement cancérigènes (Quaternium 15, Diazolidinyl uurea, Methylisothiazolinone), et des perturbateurs endocriniens (parabens, triclosan, phénoxyéthanol, BHA), des substances en partie responsables de la baisse de la fertilité masculine, et de l’augmentation du nombre de cancers du sein, de la prostate ou des testicules.
Des ingrédients problématiques pour l’environnement
Le pétrole, raffiné en huile minérale, est un ingrédient souvent présent dans les savons et gels douches traditionnels. Ainsi que l’huile de palme, dénoncée pour son rôle dans la déforestation massive de forêt primaire en Asie du Sud-Est, qui s’accompagne d’une perte importante de la biodiversité.
Par ailleurs, les microbilles de plastiques (polyéthylène) et les silicones (ingrédients terminant en « -one » ou en « -ane ») présents dans nos flacons passent tous les filets des stations d’épuration et se retrouvent tels quels dans nos océans.
Un marketing mensonger quant à l’environnement et la santé
On retrouve souvent la motion « Sans paraben » sur les flacons. Les parabenes ont été reconnus comme perturbateurs endocriniens et, de ce fait, supprimés de nombreuses compositions. Ce serait une vraie amélioration si ceux-ci n’avaient pas été remplacés par d’autres conservateurs tout aussi dangereux (comme les EDTA, le Triclosan, ou les libérateurs de formaldéhyde). Par ailleurs, beaucoup d’appellations ne sont pas contrôlées, comme « naturel », et « écologique » que tout le monde peut utiliser.
Deux alternatives 100% biodégradables, bonnes pour la santé et zéro déchet
Mon premier choix se porte sur les savons en pain biologiques et 100% biodégradables de la savonnerie artisanale Argasol, située à Sainte-Marie-Aux-Mines.
Les savons 100% biologiques Argasol se déclinent en nombreux parfums originaux (Photo LH)
Cette savonnerie n’utilise que trois ingrédients qui, mélangés savamment permettent la réalisation de savons : de l’huile biologique, de la soude et de l’eau. Par ailleurs, les savons sont saponifiés à froid, ce qui signifie que l’huile est très peu chauffée lors de la réalisation du savon (à l’inverse des savons industriels), ce qui lui permet d’être très hydratant. Et cerise sur le savon, ils ont des parfums pour tous les goûts, doux à la violette ou à la rose, corsé avec la menthe, estival avec la carotte ou retro avec le patchouli.
Les savons sont vendus au tarif de 3,80€ sur leur site internet (www.argasol.fr) ou à 10€ les 3. On peut aussi visiter leur savonnerie et faire des emplettes sur place. Que du positif, pour l’emploi en Alsace, pour la santé et pour l’environnement.
Garder le conteneur, remplacer par du savon local
Le seul petit hic, le savon fond vite. Ma solution ? Le couper en morceaux et le mélanger à de l’eau chaude. Puis je verse cette eau savonneuse dans un pousse-mousse, et je l’utilise pour me laver. ça marche très bien et ça se garde très longtemps !
Ma deuxième option : Le savon d’Alep de la boutique « L’Âme du Savon d’Alep« , rue de l’épine, à Strasbourg.
Les savons d’Alep sont un peu plus chers, mais ils sont vraiment très bons (Photo Âme des Savons d’Alep)
Cette boutique est tenue par un Syrien producteur de savon qui a fui le conflit et s’est installé en plein centre de Strasbourg. Ses savons sont d’une excellente qualité. Tous les savons sont à base d’huile d’olive, et contiennent jusqu’à 35% d’huile de baies de Laurier, qui possède de nombreuses vertus notamment pour les peaux à eczema. Les savons sont un peu plus onéreux (à partir de 5€) mais durent longtemps et vous feront voyager chaque matin en Orient !
Mompreneur écolo convaincue, j'ai fondé Ozetik dans le but de favoriser les pratiques écologiques et éthiques dans la vie quotidienne en proposant des alternatives aux produits de grande consommation qui peuvent être toxiques, polluants et fabriqués dans des conditions peu éthiques.
Au centre de tri des déchets de Strasbourg (Photo CF / Rue89 Strasbourg)
Les canettes, les boites de conserve doivent désormais aller avec les cartons, plastiques et autres journaux dans les poubelles jaunes, c’est à dire celles destinées à recevoir les emballages recyclables dans l’Eurométropole.Les déchets doivent être déposés non souillés dans les bacs. Par ailleurs, bien que métalliques, les capsules à café de Nespresso doivent être rapportés au magasin ou dans un point relais de la marque.
Christophe Neumann, directeur régional d’Éco-emballages, la société qui collecte la taxe prélevée sur les emballages, aimerait progresser :
« Il est plus difficile de trier en ville. Les hypers centres sont mal aménagés et les contraintes liées aux bâtiments historiques compliquent la mise en place de conteneurs. Il faut sensibiliser les gens pour apprendre à trier mieux, et changer ce que l’on appelle “les mauvais trieurs de bonne foi”, ceux qui font des erreurs de tri et souillent les conteneurs avec des matières non recyclables. Aujourd’hui, seuls 44%% des gens trient systématiquement ».
Éco-emballage à lancé, l’année dernière, un plan de relance du recyclage afin de faciliter les gestes et la qualité du tri. L’Eurométropole espère augmenter son recyclage de 7,25% d’ici 2018, soit 1 168 tonnes supplémentaires.
50 conteneurs à verre supplémentaires
Le second objectif de l’Eurométropole et d’Éco-Emballage est d’accélérer le recyclage du verre.Trop de verre serait jeté dans les poubelles classiques. Selon les calculs d’Éco-Emballages, entre 7 et 9 tonnes pourraient être récupérées. La société prévoit d’ajouter 50 conteneurs supplémentaires aux 166 existants d’ici 2016 dans les zones urbaines, financés à 75% par l’entreprise et à 25% par la collectivité.
L’année dernière, en Alsace, chaque habitant a trié 54 kg d’emballages ménagers, dont 36 kg de verre. L’Eurométropole voudrait s’associer avec des artistes de street-art, pour mettre en valeur les poubelles dans le paysage urbain, à l’instar de Vienne ou de Berlin.Un appel à projet va être lancé d’ici janvier.
Y aller
Journées portes ouvertes au centre de tri des déchets ménagers Altem, samedi 10 octobre de 9h30 à 16h, 10 rue du Rorhschollen à Strasbourg, port-du-Rhin.
Diplômée d'école de journalisme depuis juin. Effectue un stage de fin d'études avec Rue89 Strasbourg. Passionnée par les thèmes de société, environnement et culture.
Le projet de TSPO a beaucoup évolué depuis le concept d’origine. Il prépare la venue du GCO (document de l’enquête publique)
Dans la plus grande discrétion, le projet de transport en car « en site propre » jusqu’à Wasselonne est soumis à l’enquête publique. L’aménagement a dévié de l’ambition initiale et devrait à terme créer des voies pour… voitures. Et deuxième surprise dans les documents : avec le GCO, l’État pense qu’il y aura finalement davantage de voitures en direction de Strasbourg.
Il répond à l’acronyme de TSPO, pour Transport en site propre de l’ouest strasbourgeois. Comprenez une route où seuls les cars peuvent circuler pour se déplacer plus vite et garantir le temps de trajet, la version campagnarde des bus à haut niveau de service (BHNS) comme la ligne G qui dessert l’espace européen de l’entreprise à Schiltigheim.
Ce projet se situe sur l’actuelle ligne 230 des autocars du Réseau 67 (la plus utilisée avec 480 592 voyageurs en 2014), qui part de la place des Halles et circule jusqu’à Wasselonne. La fin du trajet compte déjà des aménagements pour permettre aux cars d’aller plus vite dans la partie entre Ittenheim et Wasselonne (voir vidéo).
Ce tronçon correspond aux routes entretenues par le conseil départemental du Bas-Rhin. Il est désormais question d’aménager la section entre Ittenheim et la fin de l’autoroute A351, qui passe par Hautepierre et arrive à Strasbourg porte Blanche. Un secteur que gère l’État. Objectif, réduire le temps de trajet total à 40 minutes (contre 45 à 65 minutes aujourd’hui selon les moments de la journée) et surtout le garantir quelles que soient les conditions de circulation.
Le tracé du TSPO
En rouge la partie déjà réalisée par le Département, en bleu la partie de l’État – soumis à l’enquête publique – et en jaune les aménagements qui dépendent de l’Eurométropole. (document de l’enquête publique)
Sauf qu’entre le projet initial et celui soumis à l’enquête publique, les plans ont beaucoup changé. À tel point que l’Autorité environnementale (Ae) ne semble pas avoir été avertie et le fait savoir dans son avis :
« Les dernières évolutions n’ont pas été systématiquement prises en compte dans l’étude d’impact. L’Ae recommande de reprendre l’étude d’impact, afin qu’elle porte sur l’ensemble des évolutions prévues, en veillant à ce que les hypothèses les plus défavorables soient systématiquement analysées. »
Principal changement, les voies des autocars qui devaient être physiquement séparées de celles des voitures ne le sont plus. Et pour la première fois, l’État affirme qu’il y aura davantage de véhicules en direction de Strasbourg après la construction du Grand contournement ouest de Strasbourg (GCO) pour justifier la création – et le financement – de deux voies supplémentaires. Un argument qu’il avait toujours balayé jusqu’ici.
Présentation du projet en 2013
Une discrète enquête publique
L’enquête publique – du 22 septembre au 23 octobre – se déroule dans la plus grande discrétion. Il n’y a aucune réunion publique pour la présentation du projet à la population. Dans chaque commune, une seule permanence de l’enquêteur, Valérie Trommetter, est prévue pour recueillir les remarques. À Strasbourg, elle se tient ce samedi 10 octobre entre 8h30 et 11h30. Pour les personnes non disponibles, il faudra envoyer les contributions par email, par courrier ou les consigner dans un cahier en mairie.
La Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal), a répondu qu’organiser une réunion d’information est du ressort du commissaire enquêteur, qui n’a pas répondu à nos sollicitations. Elle met en avant les six panneaux de 3×4 mètres le long de l’axe et les brochures distribuées dans les lignes du réseau 67. À l’issue de l’enquête, le commissaire donne un avis négatif ou positif (assorti ou non de réserves), que le préfet est libre de suivre ou non pour la déclaration d’utilité publique, ce qui permet l’engagement de fonds publics.
Les cars n’auront plus leur voie physiquement séparée
Comme le montre la vidéo de 2013, le TSPO proposait une voie physiquement séparée de la route pour éviter que des voitures circulent dans la voie réservée. Cette option n’est plus dans les trois variantes présentées dans l’enquête publique.
La DREAL affirme que la variante 1 est la plus avantageuse mais aussi la plus chère. Si le choix officiel est la version 1, le texte dans le résumé de « la variante choisie » est plutôt à mi-chemin entre la variante 1 et la variante 3. Elle propose :
Sur la RN4, passage de 1 x 2 voies à 2 x 2 voies, la nouvelle voie étant réservée dans un premier temps aux transports collectifs, mais avec une « évolution possible en 2×2 voies classique en cas de réalisation du GCO si l’évolution des conditions de trafic le nécessite. »
Sur la A351, les cars circuleront sur l’actuelle bande d’arrêt d’urgence qui sera agrandie, avec ajout de deux nouvelles stations à portique : Éluard et VLIO au bout de l’A351
Les critères de choix entre les variantes
L’État a choisi la variante 1. (document de l’enquête publique)
Le prix de cette solution est de 43 millions d’euros. Celui des variantes 2 et 3 n’est pas mentionné. Mais ce montant ne tient pas compte de la construction des deux nouvelles stations le long de l’A351, ni même des frais de fonctionnement, qui seront à la charge du conseil départemental du Bas-Rhin ou de la grande région ALCA une fois le service en place. La loi NOTRe prévoit que les collectivités pourront négocier qui s’occupe des transports en car à l’avenir.
Plus de voitures avec le GCO et un rapprochement de la variante 3
De plus l’enquête anticipe une importante augmentation de trafic avec l’arrivée du futur Grand contournement ouest (GCO), qui dans les faits risquent de faire ressembler la solution choisie à la variante 3. Le point de péage (pour les véhicules qui contournent Strasbourg, mais qui ne concerne pas ceux qui vont ou partent de Strasbourg par l’ouest) du futur GCO se situe entre Ittenheim et Oberschaeffolsheim. La fin des travaux de la nouvelle route pour le TSPO est prévu en 2020, quand la mise en service du GCO est annoncée pour « l’horizon 2020 ».
L’échangeur et péage au milieu du GCO est sur le trajet du TSPO. L’enquête publique prévoit une augmentation de trafic sur cet axe vers Strasbourg. (Doc CCI)
Quelques pages plus haut, l’enquête prévoit en effet – plutôt pour 2025 que 2020 – que le trafic augmentera de 50% à 70% suite à la construction du GCO (point 2.2.2.1 de la notice explicative p.13) sur la RN4. Dès lors, il faudra laisser les voitures circuler sur la voie de bus, qui perdront l’avantage de pouvoir esquiver les embouteillages :
« Les congestions actuellement constatées sur l’axe A351 – RN4 vont se poursuivre. […] La mise en service du GCO rendra nécessaire la mise à 2 × 2 voies de la RN4, qui redeviendra alors fluide. »
À la lecture de ces lignes, un membre du collectif GCO Non merci s’étrangle :
« Toutes les études indépendantes disaient qu’il y aurait davantage de voitures vers Strasbourg avec le GCO. Cet argument était toujours balayé par les porteurs du projet. Aujourd’hui, il est utilisé pour financer, avec l’argent prévu aux transports en commun, des voies qui seront utilisées par des voitures suite à l’augmentation de trafic engendrée. »
Sur l’axe Ittenheim – Strasbourg, l’État envisage qu’il y aura plus de voitures vers Strasbourg (document de l’enquête publique)
Sur l’A351, les bus circuleront sur la bande d’arrêt d’urgence
Concernant l’aménagement sur l’A351, l’autoroute le long d’Hautepierre, la DREAL prévoit que les cars circuleront sur l’actuelle bande d’arrêt d’urgence qui sera agrandie de 1 mètre à 3,5 mètres. La vitesse sera abaissé à 70 km/h contre 90 km/h aujourd’hui. Quand la bande d’arrêt d’urgence sera utilisée en cas d’accident, mais aussi d’entretien de la route ou de taille des abords, les cars retourneront dans la file de voitures. Au total, 5 lignes de car se partageront cet itinéraire à un rythme d’un toutes les deux minutes aux heures de pointes.
La bande d’arrêt d’urgence de l’A351 sera agrandie (document de l’enquête publique)
Le long de l’autoroute, deux stations seront ajoutées (Éluard et VLIO voir annexe D pour les travaux). Elles seront équipées de portes automatiques et de barrières pour éviter que des passagers se retrouvent sur l’autoroute. Le tout sera supervisé par caméras de surveillance depuis le centre d’ingénierie, de sécurité et de gestion du trafic (CISGT) de Strasbourg de la DIR-Est, qui sera chargé d’avertir les chauffeurs quand il faudra aller dans la file avec les autres voitures. Le plan indique aussi qu’il n’y aura pas une voie dédiée sur l’ensemble de l’A351.
Aménagements prévus de la bande d’arrêt d’urgence sur l’A351
Aménagements d’une partie de la bande d’arrêt d’urgence sur l’A351 (document l’enquête)
Pour Simon Baumert, co-animateur d’Europe Écologie Les Verts à Strasbourg, la réduction du temps de trajet semble difficilement réalisable dans ces conditions :
« Il y a eu beaucoup de surprises à la lecture du dossier. La baisse de la vitesse ou les stations supplémentaires ne semblent pas prises en compte, ni combien de temps la bande d’arrêt d’urgence sera utilisée pour les cas d’entretien de la route et des abords, ce qui s’ajoute aux accidents (le temps d’occupation pour cause d’accident est estimé de 1,1 à 2,5% du temps dans l’enquête, ndlr). On dirait que le projet prépare surtout la venue du GCO, plutôt que de favoriser le transport en commun, puisque le temps de trajet sera peu fiable. Entre les discours du gouvernement pour l’Écologie et la réalisation sur le terrain, il y a tromperie sur la marchandise. Alors que les tronçons déjà faits par le Département, il y a une meilleure prise en compte des transports en commun. »
Ces investissements sont en effet financés à travers le contrat plan État-Région (CPER) 2015-2020 et les dotations alloués aux transports en commun ne peuvent être transférées à un autre poste de dépenses, comme les aménagements pour les véhicules particuliers.
Les futures stations automatiques le long de l’autouroute
Des stations à portiques pour monter et descendre des cars (document enquête publique)
La Ville de Strasbourg demande des précisions
Amenée à donner un avis, la Ville de Strasbourg, par son premier adjoint Alain Fontanel (PS), se dit favorable au projet de TSPO dans sa version initiale et plus circonspect sur la nouvelle variante :
« Pour qu’un transport public soit efficace, il faut une offre crédible et que la régularité soit assurée. La mixité ne s’y oppose pas, mais il faut qu’elle soit gérée et pensée. L’État devra apporter des précisions et garanties sur ce point. »
L’enquête évoque aussi que des aménagements au niveau de la Porte blanche devront être portés par l’Eurométropole. Mais ceux de l’État étant attendus pour 2018-2020 si l’enquête se déroule au rythme prévu, le détail de ces travaux n’est pas encore à l’ordre du jour. Sollicitée pour plus de détails sur le projet, ses choix et ses conséquences, la Dreal n’a pas trouvé le temps de répondre et renvoyé vers les documents de l’enquête publique existants.
Article mis à jour à 13h pour rectifier le choix de la variante