Vous avez raté la Zombie Walk ? Pas grave, voici la vidéo qui vous met au centre de la marche des morts-vivants, sans avoir à frissonner.
Grâce à un financement Tango & Scan de la Ville de Strasbourg, le Festival européen du film fantastique (FEFFS) a pu financer la réalisation d’une vidéo à 360° de la Zombie Walk, qui a réuni 5 000 morts-vivants samedi. Elle a été réalisée par les Editions du Bout des Doigts et sera bientôt disponible pour les casques de réalité virtuelle.
Pour voir la vidéo, cliquez sur l’icône « play » puis déplacer l’angle de la caméra en utilisant le pointeur de la souris. Les vidéos 360 sur Facebook ne peuvent pas être regardées sur Safari ou sur Internet Explorer.
Le ciel un jour de pic de pollution à Strasbourg. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
À deux mois de la Conférence Internationale sur le Climat à Paris, la COP21, Strasbourg, alertée sur la pollution de son air, organise une conférence avec plusieurs spécialistes jeudi 1er octobre, dans l’objectif de poser un diagnostic. De son côté, le collectif Strasbourg Respire appelle à un rassemblement place Kléber, vendredi 25 septembre à 18h, pour que les mesures qu’il propose soient mises en oeuvre.
Sera-t-il possible de faire de Strasbourg une « ville respirable » en cinq ans, comme la métropole s’y est engagée dans le cadre d’un appel à projet du ministère de l’Environnement ? Pour y parvenir, il faut débuter par un diagnostic. Et c’est le sujet d’une première conférence, organisée par l’Eurométropole avec plusieurs spécialistes de la qualité de l’air dans le bassin rhénan, jeudi 1er octobre à l’ENA.
L’Alsace concentre deux caractéristiques aux fortes conséquences de pollution, d’après l’Association prospective rhénane (APR) : l’importante densité d’activité humaine et sa particularité géographique, la plaine du Rhin étant bordée par deux massifs montagneux, provoque une canalisation des vents. Par ailleurs, 70% de la pollution est lié au trafic interurbain, toujours d’après l’association. La solution, d’après l’APR, serait de limiter la périurbanisation et de densifier les villes, ce qui limiterait les déplacements et donc la pollution.
Bientôt le prochain pic…
Cette proposition sera peut-être débattue jeudi. L’Association pour la Surveillance et l’étude de la Pollution Atmosphérique en Alsace (ASPA) et l’Institut de Veille Sanitaire participeront au débat, avec en outre Robert Herrmann (président (PS) de l’Eurométropole), Alain Jund(vice-président (EELV) en charge de la transition énergétique et du développement durable), Françoise Schaetzel,(conseillère eurométropolitaine en charge du suivi de la qualité de l’air) et le Dr Alexandre Feltz(adjoint au maire de Strasbourg en charge de la santé publique).
Le collectif Strasbourg Respire n’attend pas la semaine prochaine. Il appelle à une manifestation vendredi 25 septembre à 18h place Kléber, dans le but de faire connaitre ses idées pour l’amélioration de l’air à Strasbourg (lire la tribune). Strasbourg Respire propose, entre autres, d’interdire les bus et poids lourds polluants dans le centre ville et de progressivement, d’interdire le diesel.
L’association précise, dans un communiqué de presse, que la pollution de l’air coûte chaque année 100 milliards à l’Etat. Dans le communiqué, le collectif explique de l’OMS considère, au même titre que le tabac ou l’amiante, la pollution de l’air comme cancérigène.
Y aller
Manifestation pour l’amélioration de l’air, vendredi 25 septembre à 18h, place Kléber à Strasbourg.
Conférence sur les défis atmosphériques, jeudi 1er octobre de 9h à 13h, auditorium de l’École nationale d’administration, 1 rue Sainte Marguerite à Strasbourg.
Diplômée d’école de journalisme depuis juin. Effectue un stage de fin d’études avec Rue89 Strasbourg. Passionnée par les thèmes de société, environnement et culture.
Le scène du REV à la Coop, donnait une coloration particulière à l’Ososphère (Photo Dédale Sonore)
Que s’est-il vraiment passé pour que l’Ososphère, qui se déroulait depuis trois ans à la Coop, soit subitement replié à la Laiterie cette année ? On vous raconte tous les détails, vraiment tous.
« Ososphère must be built », c’est le credo de l’association Quatre 4.0, organisatrice du festival. On serait tenté de rajouter « but where » ? Car après être parvenu à coloniser tout le quartier Laiterie, le festival des musiques électroniques a migré dans les entrepôts Seegmuller sur les docks Malraux en 2011 puis à la Coop, au Port du Rhin en 2012, 2013 et 2014.
Là, le festival semblait avoir trouvé sa place en installant deux énormes scènes, le SUB dans l’ancienne cave à vins de Coop Alsace et le REV, sous un immense chapiteau sur le parking extérieur. Redécoré du sol au plafond, en passant par les murs, le site peut accueillir jusqu’à 5 000 festivaliers (voir nos compte-rendus en direct des années précédentes ici et ici).
Stupeur générale en juillet
Jusqu’à cette année. Car début juillet, Quatre 4.0 et la Ville de Strasbourg ont provoqué une stupeur générale en annonçant qu’en raison d’une nouvelle politique de la sous-commission de sécurité du Bas-Rhin, les conditions n’étaient plus réunies pour maintenir Ososphère à la Coop. Les nuits électroniques de vendredi 25 et samedi 26 septembre sont repliées en catastrophe à la Laiterie, le festival est maintenu, mais il perd les 4/5e de son audience potentielle.
Pour les festivaliers comme pour les élus et les organisateurs, c’est l’incompréhension. Comment un festival qui se tenait régulièrement depuis trois ans a pu être pris en défaut de sécurité ? En fait, le dossier de l’Ososphère n’a pas été instruit par la sous-commission de sécurité (SCDS) puisqu’elle n’a jamais reçu le dossier de l’édition 2015 du festival.
C’est à cette instance, chapeautée par le préfet, que revient la délicate charge d’émettre un avis, favorable ou défavorable, à la tenue d’une manifestation publique, au regard des mesures de sécurité prévues. Le « secrétariat » de cette sous-commission est assurée par le SDIS (service départemental d’incendie et de secours). Une quinzaine de pompiers reçoivent les dossiers, instruisent et se déplacent pour vérifier les conditions de sécurité de chaque manifestation dans le Bas-Rhin.
À l’issue de son instruction, le préventionniste propose un avis à la sous-commission, qui peut le suivre ou non, lequel est ensuite transmis aux maires. Ces derniers peuvent autoriser ou non la manifestation, quelle que soit l’avis de la SCDS.
Deux courriers aux messages cachés
Or en avril, le service prévention du SDIS envoie à la Ville un courrier indiquant ses réserves sur la convention de tatouage Tattoo World, qui a choisi la Coop pour sa troisième édition. Tattoo World craint pour son autorisation, mais la manifestation se tient quand même, au prix d’importantes concessions à la sécurité (dont le maintien des portes ouvertes en permanence, malgré une température extérieure un brin fraîche).
Puis en mai, le SDIS envoie un nouveau courrier, à propos de deux manifestations prévues à la Coop à la fin du mois, en indiquant cette fois que la sous-commission de sécurité « n’a pas vocation à se prononcer sur l’utilisation de friches industrielles » et que pour envisager des manifestations dans ces locaux, il faut à la sous-commission « un dossier complet de classement de ces bâtiments en établissements recevant du public (ERP) ».
« En l’absence d’un dossier complet », conclut le courrier du SDIS, « la sous-commission ne peut examiner le projet ».
Problème : le classement d’un bâtiment comme la Coop en ERP suppose d’importants travaux, des études de solidité et de résistance au feu, ainsi que des moyens humains en prévention. La Ville comprend alors qu’il ne sert à rien de déposer un dossier à la SCDS pour l’Ososphère et alerte Quatre 4.0 pour que soit trouvée une solution de repli.
Qui est à l’origine de l’annulation ? Personne
Aujourd’hui, le SDIS et la Ville se renvoient la responsabilité de cette annulation. Pour la Ville, le SDIS a refusé, de fait, d’instruire le dossier. Mais le SDIS n’en a pas le droit, la SCDS doit se prononcer sur tous les dossiers qui lui sont soumis. Le SDIS indique donc qu’un dossier pour l’Ososphère aurait tout à fait été instruit s’il avait été déposé !
Le capitaine Rémy Percq, responsable de la sous-direction de prévention au SDIS, précise :
« On a reçu les agents de la Ville et on leur a expliqué que la Coop était un bâtiment désaffecté depuis plusieurs années, ce qui faisait apparaître des problèmes de sécurité et qu’il n’était pas souhaitable d’y organiser des événements toutes les semaines. Et que pour l’Ososphère, on se retrouvait tous les ans pour cette évaluation de sécurité et qu’on n’était plus vraiment dans le cadre d’une manifestation exceptionnelle. »
Les précédents Ososphère ont eu chaud
En clair, allez faire la fête ailleurs qu’à la Coop ou transformez la Coop en salle de spectacle. Comment expliquer dès lors que ce soient tenues les trois précédentes éditions d’Ososphère à la Coop ? Rémy Percq a une réponse étonnante :
« Peut-être que les éditions précédentes n’auraient pas dû se tenir. Quand on a instruit le dossier Tattoo World, on s’est aperçu qu’il y avait plusieurs risques qu’on avait peut-être sous-estimés pour les Ososphères. Nos conclusions pour les éditions précédentes n’étaient d’ailleurs pas sans réserves, on a répété des prescriptions années après années… Au bout d’un moment, ça ne passe plus. »
En filigrane, le capitaine Percq pointe les questions d’argent qui sous-tendent ces rapports entre le SDIS et les organisateurs de festivals : louer un bâtiment labellisé ERP est souvent ruineux, tandis que saisir ses services est gratuit. Autrement dit, les organisateurs d’événements seraient souvent tentés d’économiser sur la sécurité en faisant appel au SDIS plutôt qu’en louant une salle adaptée.
« La sécurité, un des budget les plus importants d’Ososphère »
Thierry Danet, responsable de l’Ososphère, réfute cette accusation :
« Le volet sécurité est l’un des budgets les plus importants de l’Ososphère. On rédige un dossier extrêmement détaillé à l’attention de la SCDS, cette mission est confiée à un prestataire spécialiste de ces questions : désenfumage, rampes d’accès, extinction du son, sirènes, signalétique… Rien ne manque. Un bureau de contrôle rédige le cahier des charges et vérifie que toutes les mesures de sécurité ont bien été appliquées. Et seulement après on fait venir la SCDS sur le site. »
Pour le capitaine Percq, il aurait été possible de sauver Ososphère à la Coop en déposant un dossier « complet ». Le SDIS l’acceptait jusqu’à la mi-août, une date limite atteignable grâce aux relais auprès des bureaux d’études de la Ville selon lui. Mais il faut croire que ces relais ne sont pas si efficaces que ça, puisque la Ville et Quatre 4.0 ne se sont pas lancés dans cette course.
À la préfecture du Bas-Rhin, on avoue qu’une « réflexion est en cours » sur les manifestations prévues dans des friches industrielles. Yves Bossuyt, directeur de la sécurité civile, précise :
« On a de plus de plus de sollicitations pour des événements publics dans des friches industrielles. Or ces bâtiments ne sont pas prévus pour ça. On ne ferme pas la porte à l’étude des dossiers mais on réfléchit à formaliser la procédure, peut-être en demandant plus de pièces, ou des études plus complètes. Et en tout état de cause, ces demandes doivent rester exceptionnelles. »
Les cinémas Star et Rue89 Strasbourg vous invitent à une soirée exceptionnelle avec la projection du film Le Fils de Saul », Grand Prix du Festival de Cannes, en présence de son réalisateur, Laszlo Nemes, lundi 28 septembre au cinémas Star St-Ex.
La rédaction de Rue89 Strasbourg est composée de journalistes toutes et tous prêts à écouter les Strasbourgeoises et les Strasbourgeois pour parler des sujets qui les intéressent. Notre existence et notre moral dépendent du nombre d’abonnements pris pour nous soutenir. 🙏⤵
Les agences économiques servent de relais entre les pouvoirs publics et les acteurs économiques (capture d’écran Adira)
Les agences économiques du Bas-Rhin et du Haut-Rhin vont être fusionnées. La fin d’un long feuilleton entamé au moment du conseil unique d’Alsace, début 2013. L’annonce doit intervenir lors de la réunion des conseils départementaux vendredi.
Après bien des tractations (racontées ici), c’est fait ! Les agences économiques du Haut-Rhin (Cahr) et du Bas-Rhin (Adira) vont être fusionnées en une seule et ce sera… l’Adira puisque l’acronyme correspond déjà à « Association de développement et d’industrialisation de la région Alsace ». Son directeur général sera Vincent Froehlicher, actuel patron de l’Adira du Bas-Rhin. Dans ces conditions, peut-on vraiment parler de fusion ?
Les apparences sont sauvées par l’établissement du siège social à Mulhouse et par l’instauration d’une présidence tournante entre des élus des conseils départementaux du Haut-Rhin et du Bas-Rhin. Mais il n’est pas question de déplacer les employés, une trentaine, ce qui fait que l’agence de Strasbourg avec sa vingtaine de salariés, restera le siège administratif et le site le plus important de la future Adira.
Une vidéo de présentation à mettre à jour…
Cette fusion était rendue nécessaire par la réforme territoriale menée par le gouvernement. Les Départements ont perdu leur clause de compétence générale et ne peuvent plus financer d’agences économiques, sauf dans des cadres restreints parmi lesquels, des accords de délégation avec les régions et les métropoles. Et c’est précisément ce qui s’est passé : l’Eurométropole ne voulait pas d’une agence bas-rhinoise, mais bien d’un relais économique à l’échelle de l’Alsace.
« Une petite musique dans la tête »
L’actuel président, le sénateur (LR) Guy-Dominique Kennel était volontaire pour continuer. Mais il a trouvé sur sa route le président (PS) de l’Eurométropole, Robert Herrmann, lequel a déclaré devant le Club de la presse de Strasbourg le 10 septembre :
« M. Kennel a une petite musique dans la tête qui est celle d’un village de 200 habitants. Il faut prendre en compte le fait métropolitain, notre service de développement économique, c’est 50 personnes. »
Robert Herrmann était également opposé au déménagement du siège à Mulhouse, mais il a dû céder sur ce point. La fusion bénéficie en outre de la bienveillance de Philippe Richert, actuel président (LR) de la Région Alsace et candidat à la présidence de la future grande région ALCA. Il aurait bien aimé que « son » agence, l’agence d’attractivité de l’Alsace (AAA) absorbe le tout mais il a dû, lui aussi, lâcher du lest.
La gouvernance future de cette agence n’a pas encore été arrêtée mais il est question d’y incorporer les autres pôles urbains d’Alsace, comme Haguenau, Colmar et Saint-Louis.
L’annonce officielle de cette fusion devrait intervenir lors de la réunion conjointe des deux conseils départementaux alsaciens, vendredi 25 septembre à Colmar.
La vie est un grand théâtre où la dissonance des mensonges ne s’entend plus (Photo Concorde Filmverleih GmbH)
Inspiré d’une histoire vraie qui se trame dans l’air du temps des années 20, le dernier film de Giannoli raconte la vie rêvée de Marguerite, cette baronne riche et mal aimée qui aurait voulu être cantatrice. Amour, « chantage » et trahisons sont au menu de ce récit qui déploie la façon dont un mensonge gigantesque se construit et finit par se maintenir comme une évidence, au point de se transformer en délire. Une intrigue à la fois tragique et comique, haute en sons et riche en couleurs.
Le Truman Show nous l’avait déjà démontré avec force : la vie est un théâtre, une mise en scène où tout est calculé, et nos pensées et nos émotions sans cesse en quête de représentation, ne nous appartiennent que très rarement. Il y a toujours quelque chose ou quelqu’un qui pousse à ce que nous sommes, le plus souvent à notre corps défendant.
Pour illustrer cette réalité Xavier Giannoli installe avec virtuosité dans son dernier film, Marguerite, un décor très élaboré et parfaitement fidèle aux années folles, cette période étrange et pleine de créativité qui oscille entre kitch, dadaïsme et surréalisme. Étoffes et accessoires, parades, figurants et mises en scènes factices, les coulisses d’une fausse vie sont en place et le rideau s’ouvre sur un drame peu commun qui voit peu à peu une riche baronne s’enfoncer dans le néant d’une vie imaginaire.
Show must Go on! Le spectacle de notre vie manifeste toujours la vérité d’un désir profond (Photo Concorde Filmverleih GmbH)
Beaucoup de costumes, de décors et de personnages secondaires meublent l’histoire de Marguerite, qui chantait si faux que personne n’avait jamais osé le lui dire. Souvent succulents, comme celui du maître de chant, ces seconds rôles sont censés offrir le contrepoint, l’angle de vue extérieur, mais leur pertinence reste parfois discutable.
Le journaliste et la jeune soprano virtuose jouent leur partition sans lien véritable avec la fausse ascension de cette vraie baronne qui chante son désespoir, et leurs différentes apparitions loin de donner de l’intensité au scénario, l’alourdissent le plus souvent.
Du manque d’amour à la construction d’un succès qui sonne faux
Cette obsession qui consiste à persister dans nos symptômes, à vouloir nous maintenir dans tout ce qui nous fait souffrir, trouve en Marguerite une illustration paradigmatique. « J’ai consacré toute ma vie à la musique », affirme-t-elle, alors qu’elle est dans l’impossibilité de prendre du plaisir à cette passion. C’est dans la solitude la plus totale vis-à-vis de tous ceux qui la fuient, et dans un sentiment permanent de ne jamais pouvoir parvenir à ses fins, qu’elle fait du chant son sacerdoce.
Ainsi, c’est par cet effort d’exister dans la dissonance qu’elle s’approprie une vie fausse, creuse et ratée. Le ridicule de sa misère psychologique -enfermée dans la cage dorée du rang qu’un homme sans fortune lui a donné par le mariage-, devient la véritable passion à laquelle elle s’accroche. Pour ce faire, elle se maintient dans une naïveté enfantine, fait mine de ne pas saisir que son mari se moque d’elle, et combien son entourage n’est là que pour profiter de sa fortune.
Entre deux hommes et deux mensonges qui s’opposent
Au fondement de toute cette supercherie, l’immense capacité que nous avons tous à nous mentir, à ne pas voir nos limites et nos failles, à ne pas reconnaître nos erreurs quand bien même elles seraient aussi stridentes dans nos existences que la voix de Marguerite.
Dans la course aux vanités, le champion n’est pas celui qui arrive le premier (Photo Concorde Filmverleih GmbH)
C’est bien à partir de ce manque de conscience de soi patent (qui vire au pathologique), qu’une telle entreprise de fausse-réalité peut s’ériger. La structure de cet édifice tient sur le mépris et l’absence -même si parfois un peu coupable- de toute considération de la part de celui qui profite d’elle sans vergogne: son époux. Il ne peut la supporter sans la dénigrer.
Il déplace tout le rejet qu’il a de la situation dans laquelle il s’est mise sur le dégout qu’il a du numéro de cirque que lui inflige cette femme qui déraille. On comprend assez vite que la voix de casserole de son épouse est le cadet de ses soucis. Il ne l’aime pas, il ne l’a jamais aimée, et c’est par-delà tout ce qui l’affecte dans le ridicule spectaculaire qu’elle produit.
Un majordome respectueux et dévoué
Et puis il y a ce majordome qui la contemple à travers l’objectif de son appareil photo, et qui caresse sa peau dans le bain de développement ou apparaissent tous ces clichés qu’il prend avec amour. Le domestique en question est noir, il travaille chez des bourgeois français dans années 20, il a toute la sensibilité requise et l’empathie nécessaire pour comprendre ce que signifie dissoner dans le monde.
Mentir par respect, par souci de protéger, est-ce de l’amour? (Photo Concorde Filmverleih GmbH)
Il la protège de son malheur en lui mentant à son tour, mais par affection, par tendresse, par envie de l’épargner de cette réalité humiliante qui fait d’elle une femme délaissée et rabaissée par un mari qui se joue d’elle. Personnage à la fois secondaire mais complètement central du point de vue de l’intensité qu’il confère à tant de scènes, il parle peu et son regard en dit long.
Son mensonge se fait dans le silence et dans l’organisation très discrète de toutes les conditions de possibilité d’une supercherie à si grande échelle. Il impose subrepticement aux autres de participer à cette vaste entreprise de faussaires, chacune de ses apparitions préfigure un tournant de ce drame, une étape supplémentaire franchie dans l’enlisement.
Mensonges, vie sociale, représentation de soi et mondanités ne font qu’un (Photo Concorde Filmverleih GmbH)
Peut-on sortir de l’enfermement d’une vie inventée de toutes pièces ?
Un mensonge se maintient-il du fait d’un engrenage, ou tout simplement du fait qu’il a engagé l’existence sur une certaine voie qui n’en admet plus d’autre? Marguerite a-t-elle mieux à faire qu’à être une chanteuse ratée dont tout le monde se moque ? Ce n’est pas si sûr… et c’est pour cela qu’elle persiste avec tant d’acharnement dans sa condition de femme grugée.
Est-elle capable de développer autre chose d’elle-même que de jouer ce personnage crédule dont tout le monde tente de profiter? La seule promotion pour laquelle elle serait encore prête à sacrifier tout le théâtre, les costumes et les figurants (tous grassement payés) avec lesquels elle joue la représentation grinçante d’une vie ratée, serait l’amour de son mari. Elle le cherche et l’attend encore, mais plus elle le demande, plus il a honte d’en être incapable. Ce cercle vicieux devient pathétique au point d’éveiller en lui une certaine pitié par delà tout le mépris que le délire de Marguerite lui inspire.
La Bande-Annonce
Cette «vie-rtuelle» complètement inventée de toute pièce, se réifie par des images, les objets et les photos que La Baronne collectionne… Instagram et Snapchat n’ont finalement rien inventé de bien nouveau. La construction de vies imaginaire a depuis toujours les moyens de se développer, même sans internet et les réseaux.
Les salons, les œuvres de bienfaisance, les salles de théâtres et les dîners ennuyeux où l’on recevait pour devenir « famous » ou influent, avaient déjà un rôle prépondérant dans la vie sociale des années 20. Il existait déjà de nombreuses formes de rassemblements où tout le monde savait que mentir et divertir la galerie est un des meilleur moyen de se donner le sentiment -tout illusoire qu’il fût-, d’avoir de la valeur.
Une vraie vie qui aurait lieu en dehors de celle que nous avons imaginée, existe-elle? (Photo Concorde Filmverleih GmbH)
La vie est aussi vécue sous forme de jeux, de compositions et de postures qui concentrent beaucoup d’efforts de la part de ceux qui les déploient, et énormément d’attention de la part de tous les spectateurs qui s’y attachent. Ces multiples représentations de ce que nous ne sommes pas, n’ont au final pas moins de réalité dans notre équilibre psychique que la vraie vie. La real life aurait-elle lieu sans toutes les constructions imaginaires qui la soutiennent ?
A voir à Strasbourg, dans les cinémas UGC Ciné-Cité et Star Saint-Exupéry
Mordue de ciné, de rock et d’expos peinture, passionnée de cuisine et pâtisserie, gourmande de BD, réseaux-sociaux-addicted, adepte croyante mais non pratiquante de la psychanalyse. Sinon, je déteste le fenouil, les piscines, discuter politique et les promenades dans la nature.
Les cabinets Oslo et AEA ont été choisis pour réaliser les premiers bâtiments (doc remis)
Selon nos informations, le siège d’Adidas France, actuellement localisé à Landersheim près de Saverne, va s’implanter dans le quartier d’affaires du Wacken à Strasbourg. C’était ça ou Paris, l’Eurométropole est ravie. Plus de 200 emplois sont concernés.
Au printemps, le conseil d’administration d’Adidas était une nouvelle fois saisi de la délicate question de son siège français, à Landersheim près de Saverne.
D’abord, les locaux construits en 1967 par Horst Dassler souffrent d’une certaine vétusté et sont surdimensionnés. Après avoir abrité jusqu’à mille employés, ils ne sont plus que 200. Ensuite, les équipes de direction sont réparties entre l’Alsace et la région parisienne, où Adidas dispose de bureaux depuis le rachat de Reebok en 2005, ce qui n’est guère pratique. Mais surtout, Landersheim, personne ne sait où c’est et ça ne véhicule pas une image très positive pour un groupe qui fait de la qualité de vie sur le lieu de travail l’un de ses atouts.
Adidas emploie environ 800 personnes en France mais les implantations historiques alsaciennes ont subi des reculs successifs à Steinbourg et Dettwiller. À Landersheim, la réduction des effectifs est constante malgré les bons résultats du groupe, surtout depuis le départ de la logistique en 2000 avec 139 employés.
Le spectre d’en finir avec l’Alsace
Le conseil d’administration propose donc d’en finir avec l’Alsace et de tout regrouper à Paris, ça claque quand même plus que Landersheim. Panique à la direction alsacienne, qui pense que la majorité des employés ne suivront pas le déménagement : trop de salaires d’appoint, trop de personnes plutôt en fin de carrière… On se dirigeait tout droit vers un plan social déguisé. Les cadres demandent aux dirigeants du groupe un délai pour faire une contre-proposition.
Et c’est le branle-bas de combat. Le directeur du site, Guillaume de Montplanet, alerte les élus, les agences économiques et tout ce que l’Alsace compte comme forces vives pour trouver une solution.
Après les péripéties qui ont vu, en juillet 2012, la municipalité reprendre à zéro l’aménagement de ce quartier, les travaux ont débuté à la fin de l’hiver et deux lots devraient être livrés fin 2017. Dans le premier lot, un immeuble de bureaux (6 800 m² de surface de plancher) est prévu ainsi qu’un autre de 35 logements (2 700 m²) et dans le second lot, encore des bureaux (9 660 m²) avec des commerces en rez-de-chaussée (820 m²) et 88 logements (6 200 m²). Et avec tout ça, le tramway, des stations vélhop, des parkings mutualisés sur deux niveaux (336 places), des normes environnementales ultra-pointues, etc.
Les bâtiments du cabinet EGA se dresseront face à la cité Ungemach. (doc remis)
Une aubaine pour le quartier d’affaires Wacken-Europe
Oui mais voilà, personne n’était volontaire pour occuper ces futurs magnifiques bureaux, en tout cas rien de concret et c’est d’ailleurs ce qui a planté le premier montage du projet en 2012. Strasbourg, c’est bien, mais ce n’est pas Paris et la métropole perd plus de sièges sociaux qu’elle n’en attire.
C’est donc peu dire que lorsque le dossier Adidas est arrivé sur le bureau des élus strasbourgeois, la nouvelle fût bien accueillie ! Strasbourg tient enfin son entreprise phare, locomotive espère-t-elle, pour ce projet pharaonique de bureaux de prestige à proximité du Parlement européen. Les élus et la direction d’Adidas se rendent compte ensuite que ces bureaux seront juste à côté de nombreux terrains de sports, c’est presque trop beau.
Le déménagement vers Paris est stoppé en juin, le conseil d’administration accepte que des négociations soient entamées avec Cirmad. Les équipes de l’Eurométropole sont sollicitées pour « faciliter » l’implantation, ce dont elles se sont acquittées bien volontiers.
Résignation à Saverne
À Saverne en revanche, on fait grise mine car même si le site de Landersheim n’était plus que l’ombre de lui-même, Adidas est une implantation historique dans la vallée et ce déménagement est un coup dur, un nouveau signe de la concurrence des métropoles sur leurs territoires. Stéphane Leyenberger, le maire de Saverne, soupire :
« La famille fondatrice d’Adidas, les Dassler, ont habité à Saverne et ils ont toujours une maison dans la ville. C’est un emblème industriel dans la région, le coup est rude. Néanmoins, on peut se féliciter que les tractations entre les élus et Adidas aient permis de garder l’activité en Alsace. »
Bien que les bruits de couloirs sur ce déménagement soient devenus récurrents à Landersheim depuis quelques jours, surtout depuis le dernier comité d’entreprise, l’ensemble des salariés doit être informé officiellement de cette décision ce jeudi par Adidas.
Le magazine collector des trois ans de Rue89 Strasbourg a été tiré à 2000 exemplaires (Photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Après l’opération de refinancement et un été passé à concocter les contreparties, Rue89 Strasbourg est engagé dans la production d’un nouveau site web, plus clair, plus adapté aux petits écrans, et qui permettra d’échanger et de commenter plus sereinement. Il sera aussi possible de soutenir financièrement la production d’une information locale indépendante à Strasbourg.
Ouf ! Envoyer des contreparties différentes aux quelques 800 contributeurs de notre campagne Ulule aura été plus compliqué que nous le pensions ! Nous nous sommes découvert des compétences logistiques et des alliés à La Poste que nous ne soupçonnions pas. Mais voilà, c’est fait : les badges, les t-shirts, les autocollants, les tote-bags et les magazines collectors ont tous été envoyés !
Les t-shirts Rue89 Strasbourg, la classe à l’état brut ! (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
Certains privilégiés ont même pu participer à des stages en simplicité volontaire avec Marie Marty ou à une visite historique du Port du Rhin :
(Vidéo Emmanuel Jacob)
Environ 2 000 magazines, qui reprennent une sélection d’articles parus sur le site dans une mise en page soignée de Thomas Lafont, sont déposés dans divers endroits de la Ville : bars du centre-ville, institutions culturelles et médiathèques.
Tout reste à faire
Évidemment, ce n’est que le début du chantier qu’il nous reste à mener pour Rue89 Strasbourg, et notamment la refonte du site web de votre média préféré. Nous sommes en train de rédiger le projet. Pour ça, nous consultons les lecteurs qui ont contribué lors de la campagne, notamment sur ce qu’ils attendent en termes de fonctionnalités et d’interactivité.
Parmi les questions posées, on a notamment demandé si les contributeurs seraient prêts à payer pour Rue89 Strasbourg. La proportion de « oui » nous a surpris :
Bien sûr, il ne s’agit que d’intentions et sur un échantillon particulier qui plus est, puisque ce sont les lecteurs ayant déjà participé financièrement à notre média local qui ont été interrogés. Mais tout de même, c’est encourageant pour la production d’une information locale indépendante à Strasbourg. Sortir les difficultés du centre de formation du Racing alors qu’aucun autre média n’a accepté d’en parler, décortiquer le montage financier de la MUI et ses conséquences, c’est notre raison d’exister.
On s’est aussi intéressé à l’évolution des commentaires et de l’interactivité. Il apparaît clairement selon les contributeurs qu’il faut augmenter en qualité dans cette partie du site, si on en croit les personnes qui ont répondu.
Désormais, notre objectif est de trouver les moyens d’évoluer avec vos envies. Le chiffre d’affaire publicitaire progresse, nous devrions boucler l’année 2015 avec un résultat supérieur de 20% à celui de 2013 et 2014. Mais ce ne sera pas suffisant, pas pour sortir tous les jours des enquêtes qui prennent des semaines.
Alors nous allons réfléchir à un système pour que Rue89 Strasbourg ne soit plus tributaire d’une seule source de revenus, un système qui permettra de garder l’ensemble du site gratuit et accessible à tous, tout en fournissant à ceux qui accepteront de nous soutenir un contenu exclusif et des options, comme par exemple la possibilité d’enlever la publicité. Ce n’est pas encore finalisé, loin de là, mais nous n’inventons rien, nous nous inspirons des modèles de médias web numériques qui ont su tirer des revenus de leur activité.
Et nous avons encore plein d’autres projets dans les cartons, dont il est encore trop tôt pour parler. Et encore une fois, merci pour votre fidélité, merci pour votre soutien.
Le succès de SaxOpen fait réfléchir la municipalité (Photo SaxOpen)
Le succès du festival SaxOpen a réactivé la volonté de la majorité municipale de doter Strasbourg d’un festival suffisamment fort pour animer la torpeur estivale. Un volontaire pour l’organiser ?
Le désir de créer un événement estival et récurrent est ardent de longue date au sein de la majorité municipale de Strasbourg. En juillet, le président (PS) de l’Eurométropole, Robert Herrmann, le rappelait encore sur la radio Accent 4 :
« Le succès de SaxOpen met en lumière le fait qu’il manque quelque chose depuis la disparition du Festival de musique de Strasbourg. Il faut se demander comment à partir de SaxOpen, on peut créer quelque chose. »
Plus que de satisfaire le besoin des mélomanes strasbourgeois – déjà comblés par pas moins de onze festivals subventionnés par an -, l’idée est de créer à moindre coût un événement qui, dans l’idéal, deviendrait le pendant estival du marché de Noël, en termes des retombées économiques et d’attractivité touristique.
Comme la cathédrale ne fêtera pas de nouveau millénaire avant longtemps, deux options sont envisagées par les pouvoirs publics pour animer l’été prochain. La première serait de donner plus d’importance à la Symphonie des Deux-Rives. En multipliant les concerts, les animations et en l’étalant sur plusieurs jours comme cela a déjà été fait cette année. Contactée, la direction de l’orchestre, organisatrice de l’évènement, a reconnu « des discussions » en ce sens mais n’a pas souhaité commenter outre mesure.
SaxOpen : 35 000 festivaliers, ça fait rêver
La deuxième option est de demander à Philippe Geiss, organisateur en chef du festival SaxOpen, d’imaginer un événement similaire en 2016. Fort du succès de SaxOpen, qui a su attirer 35 000 spectateurs en six jours, en plus de 2 800 artistes originaires de cinquante pays, le saxophoniste souhaiterait, dans l’idéal, instituer un festival musical, pas nécessairement marqué par un genre précis mais « inter-culturel » et se déroulant dans plusieurs points de la ville.
Mais Philippe Geiss de préciser :
« Pour convaincre les pouvoirs publics, le problème n’est pas vraiment celui de la thématique du festival, mais bien celui de son financement. »
En la matière, Philippe Geiss a des arguments à faire valoir. En effet, chose rare pour un festival français, un cinquième du budget (deux millions d’euros au total) de SaxOpen a été apporté par des sponsors et des mécènes privés que sont allés convaincre Philippe Geiss et son équipe. De quoi se faire apprécier des collectivités à l’heure où les subventions se réduisent comme peau de chagrin.
Néanmoins, sans intervention publique rien n’aurait été possible. En plus de la mise à disposition de la logistique et des lieux de concerts, la municipalité et l’Eurométropole ont respectivement alloué 340 000 euros et 150 000 euros à l’événement. Pour comparaison, la Ville a investi 451 250 euros dans l’édition 2015 du Festival Musica.
Remplir les hôtels et les restaurants
Autre argument de poids avancé par Philippe Geiss pour convaincre les pouvoirs publics de l’intérêt de son projet :
« En se déroulant en ville et sur plusieurs jours, la fréquentation et les retombées économiques sont bien plus importantes. Les hôtels et les restaurants sont remplis. Alors qu’au jardin des Deux-Rives, cet aspect là des choses est bien plus marginal. »
Malgré tout, réitérer le succès de SaxOpen s’annonce compliqué. D’abord parce que le festival était adossé à un congrès itinérant de professionnels. Une source de recettes propres puisque chaque exposant a payé son ticket d’entrée, ce qui a en partie financé la partie publique du festival. De plus, c’est la perspective du congrès – autant de rencontres et d’opportunités pour les artistes – qui a permis de convaincre les musiciens de se produire sur scène sans être rémunérés. Il est peu probable que ces mêmes artistes acceptent ces conditions dans le cadre d’un festival seul. Enfin, il semble difficile d’organiser en dix mois à peine un événement aussi ambitieux quand on sait que SaxOpen a nécessité trois années de préparation.
Le temps qui file vite n’inquiète pas outre-mesure la Ville pour qui, à dix mois de l’échéance (été 2016), nous sommes encore « très en amont ». Reste que les délais relativement courts pourraient obliger Alain Fontanel, premier adjoint au maire (PS) et en charge de la culture, à choisir une troisième option.
La solution, c’est la fusion ?
À savoir, fusionner les deux premières : un grand concert au jardin, plusieurs petits en ville, organisés conjointement par l’Orchestre philarmonique de Strasbourg et Philippe Geiss. La récente rencontre entre Patrick Minard, ancien directeur de l’orchestre aujourd’hui à la Ville, et Philippe Geiss plaide en ce sens. Le fait que Philippe Geiss ait été partie prenante de l’édition 2015 de la Symphonie des Deux-Rives, également.
Ces consultations et ces hésitations illustrent une fois encore le caractère éminemment politique de la question des festivals à Strasbourg. Aujourd’hui, elle est au centre de la bataille d’influence que se livrent Alain Fontanel et Mathieu Cahn. En effet, ce dernier devrait théoriquement avoir son mot à dire en vertu de son poste d’adjoint au maire, chargé de l’animation et de la politique événementielle.
Hier déjà, feu le Festival de Musique de Strasbourg était dirigé par Harry Lapp, ancien député, conseiller municipal et général. Tandis qu’une des premières décisions du tandem Fabienne Keller-Robert Grosmann en 2001 est d’avoir sucré les subventions du festival Babel, fondé par Roger Siffer.
Des choix qui tardent à être faits
Pourtant, si elle fait l’objet de toutes les attentions et ambitions, la question des grands événements populaires n’est pas vraiment essentielle, tacle Thierry Baechtel, responsable du master Politique et gestion de la culture à l’IEP de Strasbourg :
« Si c’est pour donner l’image d’une ville plus éveillée, pourquoi pas la création d’un grand événement ? Mais ce n’est pas un festival de plus qui constituera une véritable politique culturelle se préoccupant de tous les publics, luttant contre la désocialisation et pour la démocratisation de l’accès à la culture. »
Signe de ces tergiversations au sein de l’équipe municipale, Ali Salmi, l’organisateur du Farse – le Festival des arts de la rue (Farse) qui dépend de Mathieu Cahn – n’a pas non plus de nouvelles de la municipalité. Tandis que la Ville a dépensé 150 000 euros pour le Farse cette année, le conseiller artistique ne sait toujours pas si cette dépense sera reconduite l’an prochain et si oui à quelle hauteur. Un poil excédé par la « frilosité » des pouvoirs publics, Ali Salmi a fixé un ultimatum au 29 septembre.
S’il n’a pas de réponse avant, il assure qu’il n’organisera pas de nouvelle édition en 2016. Philippe Geiss aussi aimerait que la décision tombe rapidement. Si l’attente devait se prolonger, il sera difficile d’organiser un événement qui soit à la hauteur des ambitions proclamées, assure-t-il.
La tour domine la presqu’île Malraux et dispose d’un point de vue exceptionnel sur Strasbourg (Photo JFG / Rue89 Strasbourg)
La reconversion de la tour Seegmuller en une résidence universitaire haut de gamme a nécessité un montage financier complexe, qui s’inscrit dans le programme d’urbanisation de Strasbourg vers le Rhin. Onéreuse, cette opération portée par des financeurs publics se répercute dans le prix des studios. Le loyer de certains équivaut celui d’appartements 2 ou 3 pièces.
En l’an 2000, les armements Seegmuller de la presqu’île Malraux sont abandonnés. Se pose alors la question : que faire de ces grands entrepôts désaffectés ? La municipalité de Fabienne Keller et de Robert Grossmann (UMP à l’époque) réalise dans un premier temps la médiathèque Malraux, inaugurée en 2008 par… Roland Ries (PS), tout juste élu. Le nouveau maire et son équipe poursuivent le vaste programme de construction en direction du Rhin. Il était impératif que ces bâtiments abandonnés cessent de faire tache dans le paysage. Mais que faire d’anciens silos à grains à deux pas de l’université, à l’heure où l’on construit des logements et des bureaux ?
C’est alors que germe l’idée d’insérer une grande résidence universitaire. Comme les acteurs privés préfèrent des réalisations plus simples, les financeurs publics sont mis à contribution avec la Caisse des Dépôts comme facilitateur. Comme les constructions dans ce nouveau quartier, que l’on appelle « les fronts de Neudorf », sont haut de gamme, la résidence doit s’accorder. Il faut « une vitrine » comme répètent les nombreux porteurs du projet, que la bâtiment contribue au « rayonnement » de Strasbourg, capitale européenne.
À côté de la résidence, l’ancien entrepôt commercial Seegmuller, devenu les Docks, abrite des appartements de haut standing. Certains se sont monnayés autour de 5 000 euros le mètre-carré, soit environ le double du prix moyen à l’intersection de la Krutenau, Neudorf et de l’Esplanade. Les trois futures tours Black Swan ou l’écoquartier Danube s’inscrivent dans ce plan d’urbanisme prestigieux.
169 appartements de 19 à 28m²
Partiellement ouverte depuis le 1er septembre pour ne pas rater la rentrée, la maison universitaire internationale (MUI) propose 169 appartements neufs et meublés de 19 à 28 m². Dans les parties communes : une petite salle de sport, une laverie, une salle de musique et bientôt un réfectoire. Quelques locaux au rez-de-chaussée et à l’entresol sont réservés à l’université, qui déménagera une quinzaine d’agents pour le nouvel emplacement des services de la vie internationale. Au sous-sol, un garage à vélos.
Au sommet des treize étages, deux appartements « VIP » de deux-pièces et 28 m² jouissent d’une vue imprenable sur Strasbourg et d’une terrasse pour tous les résidents. Pour habiter à la MUI, il faut être jeune travailleur, apprenti, stagiaire, doctorant, étudiant en Master ou étranger, et avoir moins de 30 ans.
Une société immobilière a spécialement été créée pour l’occasion : la SCI MUI détenue par la caisse des dépôts (40%) et la SERS (60%). Ces deux financeurs seront sûrs de rentabiliser leur investissement puisque le gestionnaire versera un loyer de 600 000 euros par an, assorti d’un bail de 50 ans. Ces trois dernières années, la SERS a pu redistribuer 2,6 millions d’euros à ses actionnaires.
La gestion de cet équipement est confiée à l’association strasbourgeoise Amitel, présidée par Jean Werlen, architecte et nouvel élu EELV au conseil municipal de Strasbourg sur la liste d’Alain Jund, adjoint au maire à… l’urbanisme, qui a supervisé le dossier. Amitel a par ailleurs dépensé environ un million d’euros pour les parties intérieures. Autant de coûts qui se répercutent dans les prix des loyers.
Jusqu’à 825€ de loyer
Condition lors de l’attribution de la gestion, il faut que 128 logements bénéficient d’un loyer modéré, pour ceux dont les revenus sont inférieurs à 26 000 euros par an. Mais leur prix varie de 452 à 525 euros par mois. Et pour les 41 logements restants, le prix grimpe entre 660 et 825 euros par mois.
Les travaux ont été portés par des financeurs publics et non le gestionnaire, tandis qu’une association ne peut faire de bénéfices. Malgré ces deux originalités, Joseph Durr, président de la fédération nationale des agences immobilières (FNAIM) du Bas-Rhin estime que les loyers « à prix réduits » des studios sont les mêmes que le parc privé strasbourgeois, où il n’est pas question de tarif sur critères sociaux. Quant aux autres biens, le même budget permettrait de voir plus grand ailleurs :
« Dans le parc locatif privé, un studio dans ce secteur peut se trouver entre 450 euros et 500 euros charges comprises, selon l’état du bien. Pour une colocation, on tombe plutôt à 350€, avec le confort d’une pièce en plus. En revanche avec 660 à 825 euros, là on peut trouver des deux-pièces voire des trois-pièces sans problème. Quand on sait qu’il faut gagner 3 fois le prix du loyer pour pouvoir y habiter, on voit mal comment un jeune pourrait se payer ce logement par lui-même. »
Les nouveaux arrivants sur Strasbourg peu avertis des prix de l’immobilier strasbourgeois risquent de déchanter en se comparant à leurs homologues logés ailleurs. Mais la directrice d’Amitel, Nathalie Texier, estime qu’il est possible de se loger à la MUI pour pas cher :
« D’après nos simulations, il est possible d’avoir jusqu’à 220 euros d’Aide prioritaire au logement (APL) par mois. Donc pour les appartements les moins chers, le loyer reviendra à 230 euros par mois. »
Un prix auquel il faudra rajouter quelques prestations utiles, mais onéreuses : des frais de dossier (150€), la connexion internet (15€/mois), l’accès à la buanderie (3€) ou des places de de parking (15€ par jour). Les prix sont en tout cas plus élevés que dans les autres résidences d’Amitel, pourtant à deux pas de là, dans le quartier de la Krutenau. On y loge entre 453 et 583€ par mois, quelques soient les conditions de ressources, et avec jusqu’à 370€ d’APL. La MUI trouve néanmoins son public puisque qu’elle affiche déjà complet. Plus de 40 nationalités peuplent la tour.
La bourse erasmus pour payer le loyer
Yves Larmet, vice-président de l’Université en charge du patrimoine met en avant la complémentarité qu’offre la MUI pour l’Unistra :
« C’est un outil complémentaire de ce qui existe déjà. Elle s’adresse à des chercheurs, des étudiants en Master ou des étudiants étrangers qui ont davantage les moyens et cherchent plus de confort. Les étrangers ont souvent une bourse Erasmus pour leur permettre de payer ce type de loyer (elle est de 150 à 250 euros par mois, ndlr). La prestation n’est pas celle d’une chambre au Crous de 9 m². »
Les étudiants internationaux qui aiment habituellement utiliser une partie de leur bourse pour davantage voyager pendant cette année particulière seront inspirés de loger ailleurs, quitte à profiter d’une vue moins spectaculaire au réveil.
Enfin des locations courtes durée dans « le gîte de la Presqu’île » permettront bientôt d’assurer « davantage de rentabilité » à l’association gestionnaire. Elles s’adressent à des chercheurs en déplacement à Strasbourg pour des travaux ou un colloque, une demande de l’Université. Leur prix est similaire à nombre de chambres d’hôtel, en dehors des sessions parlementaires et du marché de Noël, puisqu’elles se monnayent 95€ la nuit. La proximité du campus ou l’esprit plus convivial pourraient convaincre les universitaires de dépenser un peu plus. Les plus économes prendront le temps de regarder ailleurs ou de louer sur AirBnB.
Jérémie Rénier ne sera pas là, mais Swann Arlaud, Marc Robert et Clément Bresson oui, avec Clément Cogitore (Photo Diaphana)
Concours flash ! Gagnez des places pour l’avant-première de « Ni le ciel, ni la terre », film du strasbourgeois Clément Cogitore, ce lundi soir au cinéma Star Saint-Exupéry dans le cadre du Festival européen du film fantastique.
Le pitch
Afghanistan, 2014. Une section militaire effectue une mission de surveillance dans la vallée reculée du Wakhan. Soudain, des soldats commencent à disparaître. L’absence d’explication « rationnelle » à ce phénomène obsède le capitaine, totalement désorienté. Il perd peu à peu son autorité, et ses hommes cèdent à la peur.
Clément Cogitore décrit la perte de repères d’hommes confrontés à des faits que ni leurs croyances, ni la science ou les technologies modernes ne sauraient expliquer. Dans ce film complexe et intense, qui se déroule dans une vallée où les armes côtoient le mystique et le sacré, l’ennemi, au fond, ne se cache pas chez les talibans. Il surgit de l’intérieur, au moment où nos profondes convictions occidentales volent en éclat.
La soirée
Clément Cogitore sera présent lors de cette soirée, avec les acteurs Swann Arlaud, Marc Robert et Clément Bresson.
Sur les 36 élèves recrutés sur d’excellents dossiers scolaires, 12 viennent de ZEP. (Photo BC / Rue89 Strasbourg)
Depuis quatre ans, le lycée Jean Rostand à Strasbourg accueille les meilleurs élèves issus des quartiers populaires dans des « classes expérimentales », composées exclusivement de très bons éléments. Une manière de les pousser vers les filières d’excellence. Et ça marche. Témoignages.
Pour leur premier cours de français de la rentrée, les 36 élèves de la première B du lycée Jean Rostand à Strasbourg sont plongés dans l’analyse de textes de théâtre. Face à leur professeur, les réponses fusent, dans une ambiance de grande concentration.
Le ticket d’entrée : 17/20 de moyenne
Il faut dire qu’on n’entre ici qu’après une étude approfondie du dossier scolaire par une « commission de sélection », dont l’un des critères est un minimum de 17/20 de moyenne dans son collège d’origine. Ce dispositif élitaire a été mis en place par le gouvernement Fillon au sein du « plan Espoir Banlieues » de 2008, qui avait lancé les « internats d’excellence », en annonçant créer 4 000 places en cinq ans pour des internes au très bon niveau scolaire, afin de les plonger dans un environnement favorable à leur réussite.
La terminologie a changé avec les gouvernements successifs : on parle désormais d’un dispositif « de l’éducation prioritaire à la classe préparatoire ». Ces « classes d’excellence » existent dans plusieurs lycées strasbourgeois. Particularité des classes expérimentales du lycée Jean Rostand : une forte présence d’élèves issus des Réseaux d’Éducation Prioritaire (REP), réunis dans une classe par niveau. Dans ces groupes, un élève sur trois vient des collèges recrutant sur des quartiers populaires et souvent périphériques, avec des parcours scolaires parfois mouvementés.
Sofia, 17 ans, veut devenir pédiatre. Elle est arrivée du collège François-Truffaut à la rentrée 2014. (Photo BC / Rue89 Strasbourg)
Quatre mois pour apprendre le français
C’est le cas de Sofia et Hamosa, deux Afghanes de 17 et 16 ans, qui veulent « faire médecine » après leur terminale et la mention « très bien » qu’elles espèrent obtenir au bac. La première est née à Strasbourg. La seconde n’y est arrivée qu’en 2012, après avoir fui Kaboul avec sa mère et ses cinq frères et sœurs.
Hamosa a dû apprendre le français en quatre mois, en intégrant une classe de troisième du collège François Truffaut, à Hautepierre. Un établissement classé REP+. À la fin de l’année, Hamosa a entendu parler de la classe expérimentale par une copine, qui l’a poussée à postuler avec elle et Sofia. Toutes les trois ont intégré le dispositif l’an dernier, en entrant en seconde. Dans un français parfait, Hamosa revient sur ce parcours tumultueux :
« Ce fut une année particulièrement difficile. Pour moi, le plus dur, c’était d’apprendre tout le vocabulaire qui me manquait pour les dissertations, les analyses de texte et l’argumentation. En troisième, on faisait surtout de la grammaire et j’étais plutôt bonne. Mais en seconde, j’avais beaucoup de lacunes à rattraper. En plus des cours de soutien, mes copines m’aident à améliorer mon français en corrigeant spontanément mes fautes à l’oral ».
Hamosa est née à Kaboul. Elle est arrivée à Strasbourg en 2012 et a appris le français en quatre mois. Elle souhaite intégrer la classe préparatoire du lycée après le bac. (Photo BC / Rue89 Strasbourg)
Entraide et solidarité
Ces excellents élèves, habitués à être premiers de leur classe au collège, arrivent au lycée et se confrontent à un niveau général très élevé. Ils apprennent à ne plus être le meilleur des meilleurs, tout en travaillant pour faire mieux. Et en apprenant à s’entraider. Gaël, passé tour à tour d’un établissement privé du centre-ville au collège du Stockfeld (REP), a appris à relativiser :
« Avant, j’aidais mes copains de classe. Maintenant, c’est souvent moi qui ai besoin d’aide. Je me souviens du premier contrôle de maths : j’étais habitué à avoir plutôt de bonnes notes, et là, je me suis tapé un 9/20. Ça a fait mal, surtout quand j’ai entendu que d’autres avaient trouvé ça facile. En fait, j’ai appris à mettre mes notes en perspective, à organiser mon travail et à chercher de l’aide auprès des autres ».
La solidarité, l’entraide et l’intégration des plus faibles parmi les forts, c’est exactement le sens de la pédagogie du lycée, et en particulier de cette classe, explique le proviseur, Rémy Sublon :
« Chaque année, nous recrutons en seconde 36 élèves dont 12 issus des REP. À ma connaissance, nous sommes la seule classe de l’Académie à avoir un quota aussi élevé « d’élèves REP » dans une classe. L’originalité de cette démarche réside dans le fait que plus qu’ailleurs, nous les poussons à se soutenir les uns les autres. Nous faisons en sorte que les élèves restent ensemble pendant tout leur lycée et acquièrent une ambition légitime, qu’ils soient enfants de profs, de médecins ou d’ouvriers. Cette classe est à la fois un vecteur de réussite et d’ascension sociale. »
Gaël est passé du collège de Stockfeld au lycée Rostand. Il a dû « corriger de mauvaises habitudes de travail » et apprendre à se faire aider. Il aimerait devenir architecte. (Photo BC / Rue89 Strasbourg)
Une attractivité du lycée renforcée
Le lycée Jean Rostand est spécialisé dans les filières scientifiques, en particulier en médecine et dans les techniques de laboratoires. Ce qui lui permet de recruter des élèves de tous les secteurs du département. L’attractivité est d’ailleurs de plus en plus forte : seuls 350 élèves sur les 700 candidats ont été retenus en seconde pour la rentrée 2015. Et la classe expérimentale ne compte que 36 places : une seule de plus que les autres.
Chaque année, la commission de recrutement composée de professeurs du lycée sélectionne une cinquantaine de dossiers avant de s’entretenir avec les parents des élèves. Patricia Kleindienst, professeur de lettres modernes, indique qu’ils cherchent des jeunes qui ne soient pas seulement « scolaires » :
« On étudie les remarques, l’attitude face aux autres et face au monde. On insiste auprès des parents sur la démarche humaniste de l’éducation : on parle de valeurs, pas simplement de bonnes notes ».
Pas de distinction en fonction des origines
À la fin, c’est le proviseur qui tranche, après consultation des professeurs. Et le rendez-vous est pris pour la pré-rentrée pour les candidats retenus : trois jours d’évasion au vert pour la nouvelle classe expérimentale, afin que les élèves fassent connaissance dans un environnement différent du lycée. « En fait, il n’y a aucun clan », conviennent unanimement les élèves interrogés. Gaël, qui veut devenir architecte, détaille :
« On ne fait pas de distinction entre ceux qui viennent de ZEP et les autres. Comme on arrive, tous de collèges différents, les amitiés se font par affinité, et certainement pas par catégorie sociale ».
Pour lui comme pour les autres, il n’y a pas vraiment de compétition pour décrocher la première place au classement :
« En revanche, au collège du Stockfeld, nous étions plusieurs à postuler pour cette classe de seconde, et là, il a fallu s’imposer pour avoir le meilleur résultat ».
De son côté, Rémy Sublon admet :
« Il est vrai qu’on protège un peu nos « élèves REP », mais je ne veux pas transformer cette classe en “prépa” avant l’heure.. Il ne s’agit pas du tout de pousser à la compétitivité des élèves ou à la concurrence acharnée. Le risque est fort, pour des lycées qui mettent en place des classes d’excellence, de déséquilibrer tout l’établissement : les autres classes finissent parfois par pâtir de la réputation des meilleurs ».
Patricia Kleindienst est professeur de français de la première B. Elle a enseigné pendant quatorze ans en ZEP, au Neuhof. (Photo BC / Rue89 Strasbourg)
Des « quartiers » au centre-ville : la barrière de la langue
Patricia Kleindienst a enseigné pendant quatorze ans dans l’un des établissements les plus difficiles de Strasbourg : le collège Solignac, au Neuhof. Dans la première classe expérimentale où elle a travaillé à Jean Rostand, quelques bons élèves venaient de ce que d’aucuns appellent le « ghetto » de l’Académie de Strasbourg. Quand les vœux d’orientation furent connus, certains furent traités de « bouffons » pour vouloir partir étudier « chez les bourges ».
Patricia Kleindienst analyse cette dualité chez ses élèves :
« Au début, j’avoue que l’idée de réunir les meilleurs élèves des collèges des REP dans une classe spéciale ne m’a pas vraiment enchantée. J’avais peur de l’élitisme, mais j’avoue avoir été agréablement surprise. Au début, beaucoup étaient perdus. Encore aujourd’hui, je les sens encore parfois flattés mais perdus. Certains vivent entre deux mondes : entre la honte de venir des « quartiers » et le doute de pouvoir réussir à ce niveau. Mais cette année, je les sens plus à l’aise. La mixité sociale et culturelle n’apporte vraiment que du bon et crée une émulation positive. Ça ne veut pas dire que tout fonctionne parfaitement, notamment pour des élèves issus des REP qui ont parfois des difficultés à s’exprimer, mais l’ambiance de travail et l’ouverture à l’autre sont là. »
Sofia, venue de Hautepierre et encouragée par ses camarades et ses professeurs à rejoindre la filière exigeante, avoue qu’elle avait « beaucoup de mal à m’exprimer normalement ». Elle se sent aujourd’hui parfaitement intégrée au groupe et plaisante avec son amie Karina, une jeune fille née à Grozny, en Tchétchénie, et arrivée en France en 2005 :
« Ta manière de parler est très influencée par les gens que tu fréquentes. En cours, je mélangeais les registres. Mais en arrivant en seconde, comme j’étais entourée de gens qui s’exprimaient correctement, les mots que j’utilise ont changé. »
Sofia aimerait devenir pédiatre et envisage de poursuivre en classe préparatoire, à Jean Rostand ou ailleurs, pour entrer à la fac de médecine. Karina la suivrait en médecine, mais peut-être dans une autre spécialisation.
Le risque de rendre la situation plus difficile dans les quartiers
Mais attirer les meilleurs éléments, n’est-ce pas priver d’autres lycées de bons élèves qui pourraient en aider d’autres à apprendre ? Rémy Sublon s’en défend :
« Notre offre de spécialisation nous permet de recruter des collégiens de troisième dans tout le département. Pour leurs études, ils doivent bien souvent quitter leur secteur d’origine. Donc de toutes façons, ils n’iraient pas forcément dans le lycée de leur secteur. L’enjeu n’est pas seulement celui d’une classe : il s’agit d’améliorer la mixité sociale dans tous les lycées, afin que la géographie des établissements de secteur et leurs milieux culturels ne déterminent pas l’avenir des jeunes. Trop de lycées manquent encore de mixité, d’hétérogénéité. Cet équilibre social et culturel est un garant de réussite. »
Quant à Patricia Kleindienst, elle estime que « de bons élèves ne sont pas seulement les élèves qui ont les meilleures notes » :
« Nous passons à côté de beaucoup d’entre eux qui réussiront dans d’autres lycées. Donc penser que nous captons les meilleurs élèves des REP en privant leurs lycées de secteur n’a pas vraiment de sens. La plupart des élèves qui ont eu leur bac en 2015 voulaient tous aller en classe prépa en arrivant en terminale. Finalement, des vocations sont nées et il y a eu pas mal de changement dans l’orientation des élèves. Certains sont partis vers le design, par exemple. Et d’autres, vers des voies moins élitistes. L’important, c’est de rester à l’écoute des élèves et de leur ouverture sur leur propre vie professionnelle. »
Les profils varient mais les ambitions se ressemblent : parmi les élèves, beaucoup veulent devenir médecins ou vétérinaires. (Photo BC / Rue89 Strasbourg)
Vers plus d’expérimentation ?
Et si la classe expérimentale devenait encore plus expérimentale ? « J’aimerais un jour voir une classe constituée pour moitié d’élèves des REP. Faut-il parler de “discrimination positive” ? Oui, pourquoi pas ? Je dirais plutôt ambition pour tous, quel que soit le milieu d’origine », glisse Patricia Kleindienst, qui aimerait voir le quota des élèves des REP arriver à 50%, pour une vraie parité sociale.
Réalisateur de films documentaires, journaliste rapporteur d’images. Éditeur à ses heures. (Cette photo a 10 ans, c’est dingue comme le temps passe vite)
Le maire Roland Ries (à droite), proposera un débat sur l’accueil de réfugiés à Strasbourg (photo PF /Rue89 Strasbourg)
En direct – C’est la rentrée pour le conseil municipal de Strasbourg. Les élus doivent notamment se prononcer sur la hausse de la taxe sur l’électricité, deux dossiers portés auprès de l’Unesco, les subventions aux clubs professionnels avant de conclure par un débat sur l’accueil de réfugiés à Strasbourg.
Après l’été, les élus reviennent dans l’hémicycle du conseil municipal ce lundi à partir de 15 heures avec pas moins de 57 points à l’ordre du jour, suivis d’un débat et de trois interpellations. L’un des sujets qui devrait être soulevé par l’opposition est l’augmentation de la taxe communale sur la consommation finale d’électricité (TCCFE). Elle n’existait pas il y a deux ans, car Électricité de Strasbourg s’en acquittait à travers une redevance.
De 6% de la facture, elle passe à 8% (soit 33% d’augmentation). Mais elle pourra difficilement augmenter davantage à l’avenir, car ce taux est plafonné à 8,5%. Toujours en électricité, la Ville de Strasbourg décide d’alimenter des locaux (gymnases et clubs sportifs) à la future chaufferie à bois du Wacken. Les raccordements débuteront en septembre 2016. D’autres bâtiments pourraient suivre.
La Ville attend principalement davantage de retombées touristiques grâce à ce label mondial, ainsi qu’un peu d’aide financière pour la préservation des bâtiments. Autre projet de plus long terme, le classement de manière « immatérielle » de l’œuvre notre Dame, qui vise à conserver l’édifice en utilisant des techniques de l’époque. Objectif, un dépôt de dossier pour 2020. À noter que la grande-île est déjà classée depuis 1988, ce qui peut atténuer les retombées espérées. En France, 41 sites sont classés à l’Unesco.
SIG, Racing et réfugiés
Également à l’ordre du jour, les subventions aux clubs de la SIG Basket (finaliste du championnat l’an dernier) et du Racing Club de Strasbourg Alsace (candidat à la remontée en deuxième division) qui vaut traditionnellement l’abstention des écologistes, mais l’aval de la droite. Les subventions directes sont stables, mais les contrats passés en achat de places et d’espaces publicitaires en légère baisse (-3%) soit environ 13 000€ de moins pour le basket et 5 000€ pour le foot. Le total se chiffre à 1,167 millions d’euros pour la SIG et de 767 000 euros pour le Racing, un soutien que complétera l’Eurométropole.
Après ce copieux menu, un débat à l’initiative du maire sur la décision d’accueillir des réfugiés à Strasbourg est programmé. À ce jour, ne sont connus ni le nombre de personnes – bien qu’un objectif d’environ 500 a souvent été évoqué – ni la date et la modalité de leur arrivée. Une cinquantaine de logements a été recensée auprès des bailleurs sociaux. Le FN ne manquera pas d’affirmer son opposition (une interpellation sur ce point était déjà prévue), ce qui permettra au PS local de prendre la droite en étau.
Suivre le conseil municipal en direct à partir de 15h
La Ville de Strasbourg propose trois rendez-vous pour proposer une concertation autour de la rénovation des Bains Municipaux, boulevard de la Victoire.
Pour Doc Arnica, l’argent est un parasite dans la relation entre le soignant et le patient (Photo Kiki99 / FlickR / cc)
23 euros, c’est le tarif conventionnel d’une consultation chez un médecin généraliste. Que l’on ait un petit rhume ou un diabète déséquilibré… Et c’est bien ce qui dérange Doc Arnica.
Blandine a 11 ans elle vient avec son papa pour se faire vacciner. Je l’examine, la pèse la mesure et la vaccine, prix de la consultation : 23 euros.
Ismail a 50 ans, il vient pour le contrôle de son diabète, il est déséquilibré, il prend déjà deux médicaments et les consultations précédentes ont déjà pris du temps pour réexpliquer le régime à suivre. Il a perdu 4 kg ces six derniers mois et malgré tout, son HbA1C (le mouchard du diabète) est à 9,1. Il est temps de rajouter de l’insuline à son traitement. La consultation va être longue : explication du principe, démonstration du stylo à insuline et réexplication du contrôle du dextro (glycémie au doigt) . Consultation : 23 euros.
Myriam a 15 ans, elle vient pour un certificat sportif, elle fait du handball en club depuis 3 ans. Je l’examine, la pèse, la mesure, fais un examen orthopédique, prends sa tension. Consultation : 23 euros.
Élodie vient pour un retard de règles, elle a fait un test urinaire : positif. Je ne l’ai vue qu’une seule fois en consultation et pas pour sa contraception. Elle prend la pilule et l’oublie quelques fois comme beaucoup de femmes. Elle ne veut pas du tout de cette grossesse. On prend du temps, l’IVG est la solution qu’elle choisit, je téléphone pour un rendez-vous, et lui fait un courrier. Elle demande à me revoir après l’IVG pour la pose d’un implant. « La pilule c’est pas pour elle ». Consultation : 23 euros.
Inès a un rhume avec un peu de fièvre, je l’examine et lui prescris de quoi supporter ces quelques jours d’inconfort. Consultation : 23 euros.
Isabelle vient me voir avec son enfant de 2 ans parce qu’elle n’en peut plus. Il déménage tout dans sa maison en permanence, jette les objets, n’arrive pas à se concentrer. C’est devenu insupportable. J’ai déjà vu son fils plusieurs fois en consultation et observé son comportement. Il ne sait pas du tout jouer comme les autres enfants de son âge et ne fait que jeter tout ce qu’il prend en main. Il n’obéit à aucune consigne simple ou ne les comprend pas. Je parle longuement à la maman pour finalement qu’elle accepte une orientation en consultation pédo-psychiatrique. Consultation : 26 euros (tarif de la consultation pour les enfants entre 2 et 6 ans ).
Anaïs est un beau bébé de 6 mois que les parents amènent en consultation de suivi de nourrisson. Je vais examiner l’enfant en le mesurant, pesant, contrôlant son périmètre crânien certes, mais aussi en vérifiant son bon développement neurologique par un ensemble de tests, vérifier ses hanches , sa vue , son audition et finir par des conseils aux parents pour la diversification alimentaire qui commence. Consultation du bébé de moins de 2 ans : 28 euros.
Un système de rémunération absurde
Le système de rémunération des médecins généralistes en France me semble très simpliste, voire archaïque. Et le paiement à l’acte totalement déconnecté de la réalité de terrain. Un spécialiste d’organe va avoir une rémunération qui souvent va correspondre à l’examen complémentaire qu’il va réaliser, alors que la plupart du temps si je ne fais pas un acte technique comme une pose de DIU (stérilet), un frottis ou une petite intervention sur un abcès, il ne sera tenu aucun compte du type de travail que je vais effectuer.
Une consultation d’annonce de cancer par exemple qui va être longue et pas évidente sera rémunérée de la même façon qu’un vaccin ou un examen d’aptitude au sport. Une consultation de suivi de grossesse de la même manière sera facturée 23€.
Mes internes sont en général étonnés de me voir facturer presque toujours la même somme quelle que soit la prestation effectuée. Je me fais cette réflexion depuis des années.
Généraliste, une spécialité qui attire de moins en moins
L’absence de revalorisation des actes en médecine générale entraîne un très nette baisse de l’attractivité de notre métier de médecin généraliste en libéral et dans les statistiques récentes, 10% à peine des diplômés de médecine générale vont choisir de s’installer. Ils préfèrent nettement le salariat et je les comprends. Le début de carrière d’un médecin généraliste salarié dépasse presque toujours 4 000 euros par mois, alors qu’une installation ne va pas sans risque selon l’endroit et les frais engagés pour la location ou l’achat d’un local ainsi que son équipement. Le rachat d’une clientèle à un médecin en fin de carrière est devenu peu intéressant et souvent cher, ainsi que l’entrée dans une association existante.
Je vois de nombreux jeunes installés déplaquer (se désinstaller) au bout de quelques années de libéral, en raison des difficultés financières ou du nombre d’heures de travail épuisantes effectuées par semaine. Une autre raison de cette désinstallation semble être aussi le manque de reconnaissance de la profession de médecin généraliste en France en raison de cette rémunération qui est la plus basse d’Europe actuellement. Gagner bien sa vie maintenant est au prix du sacrifice de sa vie privée et quelques fois de sa santé mentale. Ils estiment que cela n’en vaut plus la chandelle au bout de 5 à 6 ans d’essai.
Dans mon quartier de plus de 40 000 habitants, je n’ai vu aucune nouvelle installation depuis au moins 7 ans et la plupart des médecins qui sont partis à la retraite n’ont eu aucun successeur ( 3 médecins dans les rues juste adjacentes à mon cabinet cette dernière année).
Pourtant je n’ai pas eu un seul interne en stage à mon cabinet qui n’ait apprécié cette pratique des soins de premier recours et la possibilité de faire sa démarche diagnostique, de suivre le patient , d’administrer un traitement et d’en apprécier les effets. La relation avec chaque patient différent est aussi un gage de grande variété de façons d’aborder la démarche de soin.
Soigner des patients, pas des clients
Ce qui m’a fait choisir le libéral est vraiment important à mes yeux . Le fait d’être son propre patron, de ne rendre des comptes (médicaux) qu’à ses patients est un des éléments qui compte. Il peut peser, évidemment, lorsqu’il s’agit de s’occuper de sa comptabilité ou des choix d’investissement, mais j’avoue qu’il ne s’agit pas (plus) d’un aspect qui me rebutte et que de maîtriser sa situation comptable est même souvent satisfaisant.
Par contre le paiement à l’acte ne m’a jamais emballée, au point que depuis le début de mon installation, j’ai choisi de pratiquer le tiers payant, voire le tiers payant généralisé (quand il est possible sur la carte Vitale), sur toutes les consultations ou presque. Le rapport à l’argent directement avec le patient n’a pour moi que peu de sens dans la mesure où le payeur réel est en dehors de cette relation patient-médecin, et que l’argent peut même la parasiter. Je ne veux pas de relation de clientèle, je ne me sens pas l’âme d’une prestataire de service, mais bien soigner des patients.
J’ai réfléchi dans mon petit coin et en dehors de toute appartenance à un syndicat (j’ai sûrement tort), et je n’ai pas de solution idéale, mais il me semble que le principe de la rémunération au type de pathologie plus ou moins lourde suivie est une piste. Bien sûr, il faudra tenir compte de l’activité de chaque médecin, mais ne pas accepter l’abattage que pratiquent certains confrères qui est la source probable de la faible rémunération à l’acte. Quand je vois des journées de plus de 60 consultations chez certains, je reste comme deux ronds de flan. Il me semble aussi que l’on devrait ne pas voir plus de 25 à 30 patients par jour pour pouvoir prendre du temps avec chacun.
Je vais encore travailler entre 13 et 15 ans selon toute probabilité et j’aimerais voir à nouveau de jeunes médecins heureux de travailler en libéral dans des conditions correctes (avec une secrétaire par exemple que je n’ai jamais eue), être respectés par les autorités de ce pays et rémunérés correctement pour leur travail. Il n’y a que comme cela que les patients pourront garder une médecine de proximité de qualité.
Je suis Doc Arnica , docteure généraliste de quartier à Strasbourg, installée depuis 20 ans déjà . Le temps file... Je dis souvent que je suis une médecin de famille. J'adore ma ville, ma cathédrale, la cuisine, la bonne bouffe. Bref tout ce qui fait plaisir.