Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

« Être un zombie, c’est mon truc »

« Être un zombie, c’est mon truc »
Un passionné de zombies, de jeux de rôle, peut parfois passer jusqu'à une semaine à incarner son personnage (doc remis)
Un passionné de zombies, de jeux de rôle, peut parfois passer jusqu’à une semaine à incarner son personnage (doc remis)

Au lancement du Festival européen du film fantastique de Strasbourg, des milliers de personnes participent à la Zombie Walk ce samedi, déambulant hagards et ensanglantés dans les rues. D’où viennent-ils ? De Zombie Land, un univers qui a ses codes, relayés par des films, des bande dessinées et des séries télévisées comme The Walking Dead. Rencontre avec celle qui était Caroline, avant sa transformation.

Qu’est ce qu’un zombie ? Les définitions varient, mais depuis L’invasion des Morts Vivants, film de 1966, ces créatures « mortes » restent animées, capables de marcher avec des mouvements saccadés et lents, mus par le seul désir de mordre ceux qui sont encore vivants, ce qui les transforme à leur tour en zombies… C’est l’ennui avec les zombies, ils ont tendance à se propager.

Jusqu’à Caroline, Strasbourgeoise de 25 ans, bien mordue depuis qu’elle a vu La Nuit des morts-vivants, un film de 1968 de George A. Romero :

« Quand mes collègues se rendent compte que je suis passionnée de zombies, ils me jettent un regard ahuri. Être zombie, ce n’est pas seulement gore, c’est aussi extrêmement divertissant. Quand je suis déguisée, je piège les gens comme avec une caméra cachée. Pour Halloween, à Strasbourg, je n’étais pas simplement fardée en zombie, j’incarnais totalement mon personnage ; je déambulais, le regard vide, à la recherche de chair fraîche. Les passants avaient peur, ils me fuyaient. Par passion, une fois, j’ai voyagé de Strasbourg à Marseille pour participer à une Zombie Run. »

Mais les zombies sont partout. À la télévision, The Walking Dead de Robert Kirkman est l’une des séries télévisées les plus regardées à travers le monde. Adaptée d’une BD, la série a tellement de succès qu’une seconde série dans le même univers débute, appelée Fear of the Walking Dead. 

Comment expliquer cette invasion ? Caroline a son idée :

« C’est un univers fun et bon enfant, être un zombie, c’est un jeu de rôle. Ça me permet de combattre ma timidité et de me dépasser. Et puis derrière la culture zombie se cache tout l’univers geek, où l’on se retrouve et on se rencontre comme lors du Festival du film fantastique. »

Zombies des villes, zombies des champs

D’autres comme Caroline participent à la Zombie Walk samedi à Strasbourg pour le lancement du Festival de films fantastiques, cette marche a réuni près de 4 000 personnes dans les rues de Strasbourg l’an dernier. Mais avec son association Bloodline, Caroline participe également au Survival Day. Dans ce jeu de rôles grandeur nature, les zombies sont pourchassés par des « miliciens » tandis que des survivants évoluent au milieu. La deuxième édition a réuni plus de 140 personnes au parcours de santé du Grubfeld à Sélestat fin août.

Ces manifestations de zombies existent en France depuis 2008. La première Zombi Walk de France s’est déroulée à Lyon. C’est l’association AoA Production qui en est l’instigateur et qui continue d’organiser la marche chaque année courant octobre. La toute première Zombie Walk au monde à vu le jour en 2003, à Toronto. Elle avait réuni 7 zombies mais plus de 15 000 en 2014.

La prochaine étape pour Caroline, c’est la Zomb’in the Dark : une course d’orientation où le but est de valider un maximum de balises en évitant les attaques. En juin, plus de 200 personnes se sont retrouvées ainsi piégées dans la forêt de Fontainebleau.

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Au Ceaac, on puise des idées à l’open source

Au Ceaac, on puise des idées à l’open source
Le Crassier - Viridis, la ferme à spiruline - Art Act (doc. remis - CEAAC)
Le Crassier – Viridis, la ferme à spiruline – Art Act (doc. remis)

Pour tous ceux qui se demandent à quoi sert l’art contemporain, Open Source interpelle avec sept positions critiques sur le monde actuel. Que leurs auteurs jouent sur l’ironie, la contestation ou la proposition de solutions concrètes, les œuvres apportent chacune leur pierre à l’édifice de la pensée d’un possible futur.

BlogThink global, act local – savez-vous d’où vient cette maxime désormais répandue ? Elle est attribuée à René Dubos qui l’a prononcée en 1972 lors de la première conférence des Nations Unies sur l’environnement – oui oui, le même rassemblement qui aura lieu pour la 21e fois à Paris en décembre. Avons-nous vraiment évolué dans ce sens depuis 40 ans ? Les mentalités semblent bouger lentement, mais le productivisme ne semble pas encore détrôné de son statut de modèle dominant.

Cependant, des procédés alternatifs sont nés au sein même de ce système. L’open source, qui a joué un grand rôle dans le développement de l’informatique, s’applique aujourd’hui à tous les domaines. Ce principe qui consiste à partager gratuitement un produit et à ouvrir sa conception et sa modification à tous, est né avec la conception des tous premiers logiciels. Il s’inscrit dans la mouvance générale vers une société plus collaborative et permet de contourner ou devancer les façons de penser et de consommer classiques.

Au CEAAC, les deux commissaires d’exposition regroupées sous le nom de COAL (Coalition poour l’art et le développement durable) en ont fait le dénominateur commun d’oeuvres qui s’approprient la production de nourriture, la pollution atmosphérique ou encore la colonisation de l’Arctique. Mais que peuvent apporter des artistes à ces sujets ? Lauranne Germond, l’une des membres de COAL, répond :

« Bien souvent, les nouveaux modèles et les initiatives sociales et militantes (par exemple ce qui relève de l’économie circulaire, de la re-création de lien social, de l’agriculture urbaine, … – ndlr) qui sont très répandues aujourd’hui ont été inventées ou inspirées par des artistes et des designers. L’approche artistique permet de prendre une distance critique,de pratiques et de confronter ces sujets à d’autres systèmes sur le plan esthétique et conceptuel. Ces projets ne visent pas forcément l’efficacité ou la reproductibilité, mais plutôt à isoler des phénomènes, à en étudier les formes et les modes de dissémination dans l’imaginaire collectif. »

Siren Shields - Hehe (doc. remis, CEAAC)
Siren Shields – Hehe (doc. remis)

Jouons aux flics et à l’apocalypse

Le hacking humoristique est l’une des portes d’entrées de l’exposition – d’ailleurs, on est accueilli dans la première salle par un énorme réflecteur de gyrophare bleu. C’est le duo d’artistes Hehe qui propose une parodie d’un logiciel de surveillance : un enregistreur se déclenche à chaque fois qu’une sirène se fait entendre. Au passage, cela souligne l’omniprésence des flics à la télé, comme en témoigne la riche récolte d’extraits obtenus en surveillant D8 ou TF1 (le logiciel est disponible gratuitement sur le site de Hehe).

Le Carassier - Viridis, la ferme à spiruline - Art Act (doc. remis)
Le Crassier – Viridis, la ferme à spiruline – installation vidéo interactive et objets, Art Act (doc. remis)

Si vous aimez les jeux vidéo, Viridis vous apprendra à survivre dans un monde post-apocalyptique où la spiruline est le « contre-poison vert » tout-puissant – en réalité, cette micro-algue a effectivement des propriétés nutritives et thérapeutiques étonnantes. Le jeu a d’abord été testé pendant une saison de culture, où les artistes se sont faits fermiers, connectés en permanence à une communauté de joueurs.

Un système de vote permettait de participer aux décisions de la ferme, et un flux Twitter informait de l’évolution des algues, des conditions climatiques, … Aujourd’hui, le jeu existe pour le plaisir et la pédagogie, puisqu’il est effectivement possible d’y apprendre la culture de la spiruline. Certains joueurs se sont même constitués en groupes indépendants, animant des forums et partageant des documents sur le sujet.

The Sea, Ice and Tundra Papers & Circumpolar Phoenix - Arctic Perspective Initiative (photo CM - Rue89Strasbourg)
The Sea, Ice and Tundra Papers & Circumpolar Phoenix – Arctic Perspective Initiative (photo CM – Rue89Strasbourg)

Des aspects méconnus de la géopolitique

La grande salle du CEAAC est comme en habit de parade avec ses 33 drapeaux suspendus en rangs serrés. Ils représentent les peuples de la région circumpolaire qui, s’ils ne totalisent que 4 millions de personnes, occupent la région depuis des millénaires et se battent pour leur survie, directement confrontés aux effets du réchauffement climatique. L’Arctic Perspective Initiative, qui présente cette installation, intervient sur place de façon concrète, en commençant par consulter les populations (une logique pas toujours respectée par les politiques).

Il en ressort des moyens de communication pour relier les habitants entre eux, des plans gratuits pour fabriquer des générateurs solaires ou des serres de culture hydroponique : par le partage des savoir-faire et des initiatives, la région peut espérer un dynamisme et une reconnaissance de sa valeur culturelle. On s’arrêtera d’ailleurs sur la très instructive carte du cercle polaire où se confrontent les toponymes pré-coloniaux inuits et les lignes d’avancée des compagnies pétrolières, gazières, minières.

Public Smog - lettres, images et démarches, Amy Balkin (doc. remis)
Public Smog – lettres, images et démarches, Amy Balkin (doc. remis)

L’artiste Amy Balkin s’intéresse à l’air que nous respirons tous et au système des crédits carbone, qui permet aux industries d’acheter leur droit à polluer. Source d’injustices entre les pays, ce système est inévitablement relié à leur situation économique et politique. Et il sous-entend que l’air est privatisable. Public Smog propose aux particuliers de racheter ces crédits afin de les sortir du marché, dans l’idée de préserver l’air comme le bien commun qu’il doit rester.

En réalité, peu de crédits carbone ont été rachetés, et les démarches de l’artiste auprès de l’UNESCO pour faire classer l’atmosphère au Patrimoine de l’humanité n’ont pas abouti. Peu importe : elle a le mérite de poser des questions qui dérangent, et de préparer le terrain pour une nouvelle pensée.

Embankment - Rachel Whiteread, l'une des oeuvres qui sera exposée dans le cadre d'ArtCop21 (doc. remis)
Embankment – Rachel Whiteread, l’une des oeuvres qui sera exposée dans le cadre d’ArtCop21 (doc. remis)

ArtCop21 : le pendant artistique de la COP21

Dans le même esprit qu’Open Source, COAL travaille actuellement sur un projet de grande envergure : l’ArtCop21 regroupera toute une série de manifestations artistiques, de rencontres et de débats autour de la COP21, en décembre à Paris. En partant du constat que le grand public avait difficilement accès à la COP, exclusivement relayée par des discours économiques, politiques et scientifiques pas très attractifs, COAL a entrepris de donner la parole aux artistes. Lauranne Germond explique :

« Il y aujourd’hui une scène qui allie transformation sociétale et acte créatif qui émerge partout dans le monde mais qui manque trop souvent de visibilité.  Nous sentons les gens prêts au changement, mais ces nouvelles propositions ne bénéficient pas de la portée marketing des modèles traditionnels qui ont une force de frappe nettement supérieure. »

Car ces « modèles traditionnels » ne commencent-ils pas à sérieusement fatiguer ? Ils sont ancrés mais ne font plus rêver ni espérer… Les formes d’art promues par COAL nous proposent des projections plus intéressantes, elles racontent l’avenir. L’écologie sans représentations, sans images et sans récits, ressemble àune recommandation de principe un peu embêtante, alors que c’est aussi une question de culture : quelque chose qu’on peut partager entre humains, au-delà de la politique et de l’économie.

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Mosquée de la Meinau : Eyyub Sultan 2 – Forum d’Alsace 0

Mosquée de la Meinau : Eyyub Sultan 2 – Forum d’Alsace 0
La mosquée a été confiée à l’architecte turc Muharrem Hilmi Senlap, déjà auteur des plans de la mosquée centrale de Tokyo. (doc remis)
La mosquée a été confiée à l’architecte turc Muharrem Hilmi Senlap, déjà auteur des plans de la mosquée centrale de Tokyo. (doc remis)

Deuxième manche judiciaire remportée pour les porteurs du projet de mosquée Eyyub Sultan à Strasbourg. Le tribunal administratif a rejeté le recours de ses opposants contre son permis de construire.

Les riverains regroupés autour de Jacques Cordonnier, fondateur d’Alsace d’abord, pour s’opposer au permis de construire de la future mosquée Eyyub Sultan à la Meinau n’ont « pas d’intérêt à agir », a estimé le tribunal administratif de Strasbourg dans une ordonnance du 10 septembre. Un motif d’ « irrecevabilité manifeste ».

Le groupe d’opposants avait déposé son recours en novembre 2014, après que le projet de construction d’une mosquée-monument à la place de l’actuelle mosquée de la Meinau ait fuité dans la presse. En février, le juge administratif avait déjà rejeté leur demande de référé en suspension, car il ne leur reconnaissait déjà pas d’intérêt à agir en urgence pour empêcher les travaux.

La justice s’est cette fois penchée sur le fond du recours, qui dénonçait notamment les deux minarets prévus et leur proximité avec les usines Junckers, classées aux Monuments historiques.

Passer au concret

Cette deuxième victoire ne surprend pas Ertugrul Güler, secrétaire général de l’association de la mosquée Eyyub Sultan :

« Nous sommes contents évidemment. Mais nous avons tout fait dans les règles donc ce n’est pas une surprise. »

L’association va désormais pouvoir passer au concret :

« Nous avions convenu d’attendre que les choses s’éclaircissent juridiquement pour pouvoir commencer à travailler sérieusement sur le projet. »

Les nouvelles étapes administratives du projet devront attendre que passent les fêtes de l’Aïd. L’association promet une réunion publique d’information « d’ici la fin de l’année ».

Deux pourvois au Conseil d’État

Du côté des opposants au projet, on ne s’avoue pas vaincus. Jacques Cordonnier prévient que son groupe va faire appel de la nouvelle décision, tout comme il a déjà fait appel de celle de février :

« C’est le Conseil d’État qui va trancher. Par ailleurs nous avons aussi déposé un recours contre le permis modificatif du mois de juin. »

#Alsace d'abord

Enserré à la Laiterie, l’Ososphère reste stratosphérique

Enserré à la Laiterie, l’Ososphère reste stratosphérique
Chris Liebing
Chris Liebing, l’une des têtes d’affiche d’Ososphère 2015 (Doc. remis)

Ancré dans l’univers culturel strasbourgeois depuis la fin du siècle dernier, Ososphère marque la rentrée musicale. Mais après trois éditions passées à la Coop, le festival revient en son berceau de la Laiterie après des péripéties estivales. La programmation reste quasiment identique.

C’est la signature de l’événement, comme un leitmotiv et une marque de fabrique afin de faire savoir que rien n’est figé : « L’Ososphère must be built ! » Les éditions 2012, 2013 et 2014 dans le quartier du port du Rhin, sur le site de la Coop, s’inscrivaient parfaitement dans cet esprit mouvant et cette envie de mutation.

Idem, en 2010/2011, lorsque les Nuits électroniques étaient devenues itinérantes durant toute une saison entre Laiterie, Aubette et frîche du môle Seegmuller. Le retour imprévu à la Laiterie en ce mois de septembre 2015 (après que des impératifs de sécurité, au mois de juillet, invalident la tenue du festival à la Coop) incarne aussi, de fait, cette évolution permanente du festival.

Ososphère 2014
Ososphère à la Coop en 2014 (Doc. remis)

Cinq fois moins de festivaliers

Toujours est-il qu’avec cette 18e édition « réinventée », Ososphère retombe en enfance et revient s’amuser dans le quartier de ses premiers émois avec un public toujours resté fidèle. Ce cru 2015, toutefois, sera cantonné aux deux salles de la Laiterie et non aux rues adjacentes, bloquées à la grande époque pour permettre la circulation des festivaliers.

Et, surtout, la jauge de public sera divisée par cinq ! De 5 000 spectateurs à la Coop, on passe à un millier à la Laiterie. Au total, au lieu de 10 000 personnes attendues en deux soirées à la Coop (en plus de la traditionnelle soirée de lancement d’Ososphère à la Laiterie qui fait généralement le plein), 4 000 amateurs de musique électro au maximum pourront entrer à la Laiterie le samedi 19 septembre pour la Hungry Party, le jeudi 24 septembre pour le concert de The Shoes ainsi que pour les deux « nuits électroniques » des 25 et 26 septembre.

Une affiche quasiment identique

Ososphère 2015
Ososphère 2015

Fort heureusement, l’affiche d’Ososphère 2015, finalisée au mois de juin, reste quasi-identique (avec 19 groupes et artistes à l’affiche) à l’exception de deux défections dont une de taille : celle de Maceo Plex. Le DJ américain d’origine cubaine était initialement la tête de pont de la soirée du samedi 26 septembre à la Coop. Il ne viendra finalement pas.

De son côté, l’équipe de la Laiterie a légèrement baissé le tarif de ses tickets en prévente, passant de 30 euros pour chacune des deux soirées à la Coop à 28 euros la soirée pour la Laiterie. A noter que les Rémois The Shoes, programmés le vendredi 25 septembre, joueront le jeudi 24 à la Laiterie (avec Big Oh en première partie). Prix d’entrée : 15 euros.

Mise en bouche avec la Hungry Party du 19 septembre

Ouverture des portes à 23h30 et quatre sets entre minuit et 5h. A commencer par le jeune français Efix qui propose sur ses machines un mélange de jazz, musiques balkaniques, électro douce et mélodies efficaces. Il doit sa cote exponentielle et sa réputation en pleine croissance à quelques illustres reprises qui ont fait mouche sur la planète électro : Happy de Pharrell Williams et Road to Zion de Damian Marley.

Place ensuite au trio fondateur du label Hungry Music : le Versaillais Joaquim Pastor, tout d’abord, qui distillera sa pop mélodique teintée de beats colorés, le Marseillais N’to, ensuite, petit prince de la minimale progressive et chantre d’un son déstructuré à la confluence du rock seventies, du trip hop, du hip hop, du swing et de la musique classique, et, enfin, le jeune prodige parisien Worakls :

Soirée The Shoes le 24 septembre

En tournée depuis quelques mois, à l’affiche de nombreux festivals d’été (dont les Eurockéennes de Belfort avec une carte blanche sur la scène de la Plage), les Rémois Guillaume Brière et Benjamin Lebeau reviennent sur le devant de la scène et sous les feux de l’actualité discographique avec la sortie prochaine de leur troisième et nouvel album, Chemicals, prévue pour le 2 octobre.

Et avant de découvrir quelques-unes des nouvelles pépites en live le jeudi 24 septembre sur la grande scène de la Laiterie, voici The Shoes dans ses œuvres : Stay the Same, extrait de l’album Crack My Bones, Wastin’ Time, issu du même disque, et bien sûr l’excellent clip de l’ébouriffant single Time to Dance avec Jake Gyllenhaal himself :

Trance, tech, house, acid et consorts les 25 et 26 septembre

Il y en aura pour tous les goûts et les chapelles de l’électro à l’occasion du dernier week-end du mois avec une affiche regroupant pas moins de 14 noms en deux nuits qui s’annoncent d’ores et déjà furieuses.

De prime abord, la programmation du vendredi 25 septembre apparaît plus alléchante que celle du lendemain avec une carte alignant les inclassables mais indispensables Vandal (et son raggatek) et Barnt, figure emblématique du label de Cologne Kompakt, des pointures historiques (les virevoltants Israéliens Infected Mushroom, le tandem berlinois Modeselektor associé au comparse producteur Siriusmo) ainsi que des figures électro bien ancrées depuis plusieurs années tels Brodinski qui présente sur cette tournée son album Brava, le caravansérail Acid Arab et son électro orientalisante diabolique et la techno « clubbesque » de Boris Brejcha :

Quant au samedi 26 septembre, en l’absence de Maceo Plex, il faudra notamment s’en laisser conter par d’autres monuments de l’électro que sont notamment Chris Liebing …

… et les Milanais de Tale of Us :

Tous deux programmés en têtes d’affiche de la grande salle, ils succéderont au super-trio Apollonia ainsi qu’au projet house The Mekanism tandis que Jacques, Max Cooper et Torb enflammeront l’espace plus intime mais non moins incandescent de la petite salle.

8e Festival du film fantastique : 10 jours pour perdre pied

8e Festival du film fantastique : 10 jours pour perdre pied
Deathgasm, un groupe de rock qui monte... et démonte (doc remis)
Deathgasm, un groupe de rock qui monte… et démonte (doc remis)

Du 18 au 27 septembre, c’est le retour du Festival du film fantastique européen à Strasbourg, avec sa zombie walk, sa projection en plein air, ses invités mystères, sa compétition officielle, ses soirées spéciales, son concours de jeux vidéos, ses conférences… Oui, le programme est chargé pendant ces 10 jours mais heureusement, Rue89 Strasbourg vous aide à faire le point.

Ils sont petits, ils sont mignons, ils chantent mais voilà, l’humanité n’est pas prête à les adopter car il ne faut jamais, jamais, jamais jamais jamais, leur donner à manger après minuit. Ce pitch de Chris Colombus évoque-t-il quelque chose pour vous ? Dans l’affirmative, alors félicitations, vous avez survécu aux années 80.

Et l’homme qui a réalisé Gremlins en 1984, Joe Dante, sera présent, à Strasbourg, devant vous, là, alors que vous regarderez le film pour la 25e fois en compagnie de milliers d’autres Strasbourgeois place du Château mardi 22 septembre.

Et c’est un peu ça la magie du Festival européen du film fantastique (FEFFS) : se retrouver entre amateurs de films inavouables et découvrir qu’on n’est pas seul. La Zombie Walk par exemple, rassemble à elle seule 4 000 personnes. Elle aura lieu samedi 19 septembre à partir de 14h, de la place Broglie à la place de la Bourse (Maréchal de Tassigny) et, nouveauté, elle sera filmée grâce à une caméra à 360° avec l’objectif de produire le film dans la journée !

Et si finalement vous vous retrouvez seul avec vos fausses dents de vampire, sachez que vos amis seront place Saint-Thomas, où sera installé « le village fantastique » qui bénéficiera donc cette année d’une bien meilleure visibilité que lorsqu’il était place des Meuniers.

Un festival autofinancé à 50%

Ce déménagement n’implique pas que le FEFFS ait soudainement reçu plus de moyens. Son budget reste à peu près identique à celui de l’an dernier, soit environ 300 000€, actions des quelques 50 bénévoles compris. Le FEFFS est majoritairement financé par la Ville de Strasbourg, qui octroie une subvention de 125 000€. Les autres collectivités contribuent à hauteur de 23 000€. Pour le reste, c’est les entrées et la débrouille comme l’explique Daniel Cohen, directeur du festival :

« Compte-tenu de notre envergure, notre budget de fonctionnement est très serré. Et ça ne serait pas tenable sans les innombrables coups de mains, à la régie comme à la programmation, et l’aide des bénévoles. Tout ça va bien un moment, mais il faudra entrer dans des logiques plus professionnelles. On bénéficie de contrats aidés pour nos deux salariés, mais ils arrivent à terme. L’an dernier, on a compté 10 000 entrées en salles et 10 000 participations aux événements. »

Joe Dante sera présent lors de la projection de Gremlins en plein air (doc remis)
Joe Dante sera présent lors de la projection de Gremlins en plein air (doc remis)

Joe Dante n’est pas mort

En tant qu’invité d’honneur, Joe Dante, sera présent lors de la projection en plein air et le réalisateur animera une Master Class le 20 septembre suivie de son dernier film sorti l’an dernier, Burying The Ex. Une rétrospective de ses films lui est également consacrée sur l’ensemble du festival, ce sera l’occasion de revoir Gremlins 2, tout aussi bon que le premier.

Comme lors des années précédentes, le FEFFS propose des films en avant-premières lors des séances de clôture et d’ouverture. Notons par exemple Knock Knock vendredi 18, un film où Keanu Reeves se retrouve coincé entre deux filles superbes. Dit comme ça, ça ressemble à un autre genre de film, alors il faut voir la bande annonce :

Et évidemment, plus de 30 longs métrages vraiment fantastiques, sélectionnés avec soin, sont projetés soit dans la compétition officielle, soit dans les rétrospectives et les séances spéciales, 23 films de rétrospective et 21 courts métrages. Dans ce programme très dense, 138 séances à Strasbourg pendant dix jours, voici ce qu’on relève.

Ni le ciel ni la terre, savoir qui est son pire ennemi

Et pour la compétition officielle, n’ayons pas peurs d’être chauvins et soutenons le film du Strasbourgeois Clément Cogitore, Ni le ciel ni la terre et qui se place en Afghanistan, peu avant le retrait de l’armée française. Des soldats disparaissent ce qui a le don d’agacer un tout petit peu le capitaine Bonnassieu (Jérémie Rénier), surtout que ces disparitions sont inexpliquées…

Cop Car : l’enfance à 100 à l’heure

Signalons aussi l’intriguant Cop Car de Jon Watts, où deux kids du midwest tombent sur un rêve de mômes : une voiture de police. Malheureusement, ils n’ont pas vérifié le coffre avant de partir pour leur virée initiatique… Ils auraient dû.

Deathgasm : métal, sexe, démons et hémoglobine

Et puis le Festival ne serait pas fantastique s’il n’accueillait pas des films capables de projeter sur l’écran des hectolitres d’hémoglobine synthétique. Cette année, citons le merveilleux Deathgasm dans cette catégorie, qui réussit l’exploit d’accoler ces mots-clés : hard métal, sexe et démons, le tout à Ploucland. La bande son est signée Skull Fist, Nunslaughter et Lair of the Minotaur. Attention la vidéo ci-dessus est NSFW.

Dans Catatonic, le joueur est cloué à un fauteuil roulant. Flippant (doc remis)
Dans Catatonic, le joueur est cloué à un fauteuil roulant. Flippant (doc remis)

Jeux vidéos à gogo au Shadok

Le FEFFS intègre depuis quatre ans une composante « jeux vidéos », avec un concours : l’Indie game contest, qui permet à une vingtaine d’équipes de confronter et faire découvrir leurs créations. C’est le Shadok qui accueille l’ensemble des manifestations liées aux jeux vidéos, dont plusieurs conférences et tables rondes comme celle sur le genre, objet d’une récente polémique dans cet univers un brin machiste, dimanche à 15h30. Les jeux pourront être testés sur des bornes d’arcade accessibles à tous.

Mais surtout, le Shadok accueille une expérience unique avec Catatonic : ce jeu tout en réalité virtuelle, avec casque intégral sur la tête, met le joueur dans un fauteuil roulant. À lui de survivre dans un hôpital psychiatrique où tous les intervenants ne lui veulent pas que du bien… Âmes sensibles et fragiles du coeur, s’abstenir (ça doit rester virtuel l’hospitalisation).

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Des maires dans la rue contre la baisse des dotations de l’État samedi

Des maires dans la rue contre la baisse des dotations de l’État samedi
Jean Rottner et Philippe Richert lors de la manifestation du 25 novembre devant l'Assemblée Nationale à Paris.
La dernière fois que la droite alsacienne a manifesté, c’était contre la fusion des régions en novembre 2014. (photo Facebook / Jean Rottner)

L’association des maires de France appelle à une mobilisation nationale, ce samedi 19 septembre. Les élus protestent contre la décision du gouvernement de baisser de 30% les dotations aux communes et intercommunalités. Des maires du Bas-Rhin défileront à Strasbourg en essayant de récupérer le soutien des habitants.

Les maires sont en colère. En quatre ans, la dotation de l’État aux communes et intercommunalité baissera d’environ 30%. À Strasbourg, la DGF (dotation générale de fonctionnement) représente environ 10% du budget total. L‘Association des maires de France (AMF), présidée par le maire de Troyes François Baroin (« Les Républicains ») appelle les élus à manifester et à rencontrer les citoyens, ce samedi 19 septembre de 10h à 12h. Le rendez-vous est, en théorie, fixé à l’intérieur, devant les mairies où à tout endroit propice à la discussion. Une pétition en ligne « l’appel du 19 septembre pour les communes de france » a réuni plus de 23 000 signatures.

L’association des maires du Bas-Rhin, a, elle, choisi de manifester dans les rues de Strasbourg. L’organisation est composée en majorité d’élus droite depuis les élections municipales de mars 2014. La droite alsacienne a beau réclamer des économies au niveau local comme national, elle estime être trop concernée par ces efforts.

Le maire de Strasbourg, Roland Ries (PS) ne battra pas le pavé avec ses homologues du département, mais présentera la politique qu’il mène dans ce contexte au centre administratif à 10h :

« Je ne suis pas dans l’opposition frontale sur ce dossier, car cela ne sert à rien. Le gouvernement ne reviendra pas là-dessus. En revanche, cette baisse pourrait être plus étalée dans le temps et c’est ce que nous allons demander, si c’est possible. »

Les services de proximité affectés

Dans un communiqué qui n’a rien à envier à ceux de la gauche de la gauche, l’association des maires du Bas-Rhin défend fermement le service public et craint que le manque de financement influera sur la qualité des services de proximité comme les écoles, crèches et cantines, mais aussi sur les transports en commun et  l’entretien des espaces verts.

La baisse des dotations aux collectivités se chiffre à 3,67 milliards d’euros en 2015, dont 2,076 milliards pour les communes et les intercommunalités. Cette journée est organisée symboliquement pendant les journées des patrimoine car  » la commune est une richesse irremplaçable ». Une campagne de communication est lancée avec clip explicatifs et un site internet. Un « kit de mobilisation est disponible sur le amf.asso.fr. D’après le journal La Croix, 1 500 communes sont en difficultés budgétaires.

Avec Jean-François Gérard

Y aller

Manifestation contre la baisse des dotations, samedi 19 septembre à 11h, place Kléber à Strasbourg.
Rencontre pour expliquer la politique locale de Roland Ries, samedi 19 septembre, au centre administratif place de l’Étoile à Strasbourg

Filière bilingue : recherche profs en langue allemande désespérément

Filière bilingue : recherche profs en langue allemande désespérément
L'école du Neufeld à Strasbourg (Photo AF / Rue89 Strasbourg)
L’école du Neufeld à Strasbourg (Photo AF / Rue89 Strasbourg)

Deux semaines après la rentrée, plusieurs classes bilingues d’écoles primaires de Strasbourg sont toujours sans professeur en langue allemande. Ce problème génère quelques situations ubuesques dans les écoles et remet le dispositif en question.

Deux professeurs en langue française pour une classe bilingue, il y a de quoi être déçu. Pourtant, les 26 CE2-CM1 de l’école du Neufeld à Strasbourg doivent s’y faire. Depuis mercredi 9 septembre, ils n’ont plus de professeur en langue allemande. Elle a démissionné, après avoir été recrutée par l’inspection académique début juillet. Contractuelle, elle était à l’origine professeur… des religions. C’est donc un instituteur de la « voie normale » qui assure, en français, les heures en principe enseignées en allemand.

Dans ces classes primaires bilingues, dites « paritaires », la moitié de la semaine est consacrée à des matières enseignées en langue française (histoire, instruction civique) et l’autre en allemand (mathématiques, géographie, sciences). Mais pour ça, il faut des enseignants capables de soutenir un cours en allemand.

L’inspection académique en est à sa troisième session de recrutement en une semaine, mais elle n’a toujours pas réussi à trouver de candidats adéquats. Pour les parents d’élèves de l’école du Neufeld, cette situation est devenue absurde. La professeur d’allemand titulaire est en congé maternité depuis Pâques, l’inspection savait donc très bien qu’elle ne reviendrait pas en septembre. Sophie Curtius, dont le fils vient d’entrer en CE2, s’étonne que personne n’ait anticipé:

« Au moins de juin, on nous avait promis que chaque classe bilingue de l’académie aurait un professeur en langue allemande, or là, nos élèves se sont retrouvés devant quelqu’un sans formation spécifique, qui donnait les mêmes devoirs à tout le monde ou des textes à traduire du niveau secondaire. »

Des parents bientôt professeurs ?

La déraison a atteint son comble quand les parents d’élèves ont rencontré l’inspectrice du secteur jeudi dernier :

« Elle nous a même demandé si certains d’entre nous étaient prêts à occuper le poste ou si nous ne comptions pas parmi nos amis, des bonnes volontés pour venir enseigner. On en est à ce point-là ! »

Le cas du Neufeld n’est pas unique, des écoles de Reischtett et de Bischheim sont également concernées par l’absence de professeur en langue allemande. Le 2 septembre, jour de la rentrée, il en manquait déjà 13 dans le Bas-Rhin. Une pénurie qui ne risque pas de s’atténuer au fil des années puisqu’en septembre une soixantaine de classes bilingues ont ouvert, avec comme première conséquence : 777 élèves en plus dans la filière.

Or sur les 50 postes proposés en 2015 au concours de professeurs des écoles « voie régionale », censée couronner les futurs enseignants de disciplines en allemand, seuls 32 ont été pourvus. Les candidats n’étaient guère plus nombreux.

Mieux payés en Allemagne

À cette insuffisance s’ajoutent les professeurs qui ont décidé de finalement partir enseigner en Allemagne parce que c’est mieux payé, ou qui conditionnent leur affectation à la distance kilométrique depuis leur domicile, ou encore ceux qui se sentent plus à l’aise en maternelle.

C’est donc une rentrée particulièrement difficile pour l’inspection académique, réduite au « système D », comme l’admet Anita Marchal, responsable de la mission langues vivantes. Car les annonces postées sur le site de l’académie, ou encore sur celui de Pole emploi ne suffisent pas :

« Nous sommes obligés de faire appel à des contractuels, des professeurs monolingues ou des remplaçants. Dans ce cas, nous les recevons quelques heures en commission d’entretien pour tester leur niveau de langue, et pour répondre à leurs éventuelles questions. Enfin, nous essayons autant que faire se peut de leur donner une semaine d’observation dans une classe déjà en place. »

Pour arriver à cette formation express, « l’administration doit vraiment être désespérée », analyse Anne-Marie Haller, secrétaire départementale du syndicat UNSA :

« Nous avons eu vent de cas où l’entretien se résumait à un simple appel téléphonique. Un remplaçant intervenant en Zone d’intervention localisée (ZIL) nous a aussi alertés car on lui avait attribué d’office le poste en allemand, alors que ce n’était pas du tout sa spécialité. C’est sûr qu’il va falloir remettre les pendules à l’heure, surtout que les parents des enfants en classe bilingue sont souvent exigeants. »

L'école du Neufeld à Strasbourg (Photo AF / Rue89 Strasbourg)
Toute la filière est censée se développer, mais à marche forcée (Photo AF / Rue89 Strasbourg)

Des enfants qui décrochent

Le système déçoit de plus en plus de parents d’élèves justement. Patrick Bataillard, dont la fille est en CM1 à l’école du Neufeld, ne fait plus confiance aux promesses de l’Education nationale :

« Déjà l’année dernière, l’enseignement a été chaotique. Une fois que l’institutrice est partie en congé maternité, nous avons eu trois remplaçants, dont une, venue d’Allemagne, qui avait toujours eu affaire à un public adulte et n’a pas su s’adapter aux petits. C’est ridicule et malheureux pour les enfants. Je le vois bien, ma fille ne s’intéresse plus trop à l’allemand. »

Ce manque d’organisation et par ricochet d’appétence parmi les élèves a d’autres conséquences. Patrick Bataillard a pu remarquer que sur les 27 CM2 en classe bilingue sortis cette année de l’école du Neufeld, seuls 3 ont intégré une 6e bilingue. Son fils, issu de cette première promo, n’en faisait pas partie, il n’avait pas le niveau nécessaire.

Tous ces déboires confortent Anne-Marie Haller dans l’idée qu’il faut repenser le dispositif, et surtout l’évaluer, car depuis l’implantation des premières classes à la fin des années 90, cela n’a pas eu lieu :

« La filière attire de moins en moins. Les professeurs doivent inventer leurs propres outils, il n’existe par exemple pas de manuels pour enseigner la géographie en allemand. En plus, la personne doit avoir un très bon niveau en langue. »

Un affichage difficile à maintenir

Pourquoi le rectorat s’entête-il alors à ouvrir des classes s’il n’arrive pas à garantir la formation d’un nombre conséquent d’enseignants ? La syndicaliste se pose souvent la question, mais n’a toujours pas de réponse :

« C’est sûr que l’objectif est d’amener le maximum d’élèves à l’abiBac (délivrance simultanée du baccalauréat français et de la version allemande, l’Abitur), mais c’est avant tout une volonté politique. Tous les élus sont favorables à l’allemand. Mais est-ce que ça doit être une obsession pour autant ? Le bilinguisme c’est aussi une façon de faire du tri dans les écoles, ça reste une section étiquetée élitiste, je ne suis pas sûre que ce soit la meilleure façon d’aller vers l’apprentissage de l’autre. »

En attendant qu’une solution globale soit apportée, chacun essaie de combler les trous à sa façon. Sophie Curtius, Patrick Bataillard et les autres parents d’élèves de classe CE2-CM1, de plus en plus remontés, ont adressé une lettre aux responsables de l’académie, les sommant de ne pas négliger ni abandonner leurs enfants inscrits en bilingue depuis la maternelle.

À l’inspection, on espère que des professeurs allemands, rentrés ce lundi, auront envie de franchir le Rhin pour transmettre leur langue à nos petits. Ils n’auront pas suivi la formation « voie régionale », tant pis, mais ils parleront allemand, il faudra peut-être s’en contenter !

Trois choses à savoir sur la première réunion sur les Bains municipaux

Trois choses à savoir sur la première réunion sur les Bains municipaux
L'adjoint Olivier Bitz sommé de trouver la bonne formule pour la rénovation des bains municipaux là où un partenariat public privé avait échoué le mandat précédent. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
L’adjoint Olivier Bitz sommé de trouver la bonne formule pour la rénovation des bains municipaux là où un partenariat public privé avait échoué le mandat précédent. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Une soixantaine de personnes ont assisté à la première réunion publique sur l’avenir des Bains municipaux, encore maigre en enseignements.

On pouvait s’en douter à l’intitulé, la première des trois conférences sur l’avenir des bains municipaux de Strasbourg devait faire « consensus ». Consacrée au « patrimoine » du lieu, elle n’a pas apporté d’annonces ou de débats véhéments, mais quelques indices pour la suite. Dans l’assemblée était composée d’une soixantaine de personnes, pour beaucoup de membres d’associations.

On a aperçu le directeur de la Société publique locale des Deux-Rives (en charge de l’étude de faisabilité à remettre d’ici la fin de l’année), l’architecte Éric Bazard ou le conseiller municipal d’opposition Jean-Philippe Vetter (« Les Républicains »). L’adjoint au maire en charge du dossier, Olivier Bitz comme l’architecte Antoine Oziol ont affirmé que rien n’était décidé pour l’avenir du site.

Olivier Bitz a renvoyé à la charte adoptée au conseil municipal en juin qui stipule qu’il y aura toujours une piscine au prix des autres bassins de l’Eurométropole, des douches publiques et des activités de soins et de bien-être. La piscine de 24 mètres (donc trop petite pour un club) doit être l’un des lieux du développement du programme Sport – santé, qui comprend le sport sur ordonnance.

1 – Un timide début de débat

Trois intervenants avaient la parole : Marie Pottecher, conservatrice du patrimoine à la Région Alsace, Antoine Oziol, architecte en charge d’évaluer ce qui peut être modifié ou non, et Alexandre Kostka, universitaire en histoire de l’art du XIX siècle. S’ils ont présenté de manière très documentée plusieurs aspects du lieu (sa création, son état actuel et une présentation avec les autres établissement en Europe), avec des photos (voir notre diaporama des parties utilisées et abandonnées) et des plans à l’appui, cela n’a laissé qu’une trentaine de minutes pour le public.

Même s’il devait s’agir de questions, plusieurs participants ont simplement souhaité donner leur avis et notamment réaffirmé leur attachement au lieu et l’importance qu’il soit accessible pour des soins et de l’hygiène. La réunion suivante le 16 octobre autour de « l’évolution du service public » (le maire Roland Ries a affirmé à plusieurs reprises que l’activité de bains romains n’en faisait plus partie) avec un seul intervenant et surtout la dernière sur « les enjeux de la rénovation avec Roland Ries (PS) devrait laisser plus de place à la contradiction et aux propositions de la salle.

Seule Liane Zoppas du collectif « la Victoire pour tous » (très présent lors des questions) a un peu électrisé la salle en demandant pourquoi le bâtiment était inscrit mais pas classé à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques (une décision qui revient au maire) ou pourquoi la rénovation n’était plus dans le « plan piscine » comme l’indiquait le point 41 du programme de Roland Ries. Antoine Oziol a répondu que l’inscription simple permettait plus de souplesse pour la rénovation et Olivier Bitz que la rénovation de l’ensemble du bâtiment n’était pas dans le plan piscine.

2 – Le patrimoine de l’UNESCO en ligne de mire

La Grande-île de Strasbourg est classée au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1988. Mais le maire souhaiterait que la Neustadt, la ville allemande, en fasse partie. Les Bains municipaux étant l’un des monuments emblématiques (avec le Palais Universitaire, l’Observatoire et les bâtiments de la place de la République), difficile de l’imaginer avec sa façade délabrée. Cet argument est mis en avant à la fois pour la nécessité d’agir et pour rassurer ceux qui craignent que l’édifice soit défiguré. Mais ce dossier devant être déposé en 2015 et examiné en 2017, la rénovation des Bains peut-elle en faire partie ? Rappelons aussi que l’intérieur n’est pas aux normes de sécurité (comme la cathédrale de Strasbourg) et que la commission de sécurité avait émis un avis défavorable dès 1997.

3 – La piscine de Gotha comme modèle ?

L’universitaire Alexandre Kostka, peut-être pour préparer les consciences, a expliqué que tous les établissements publics en Europe avec des bains ont été fermés, souvent pour des raisons de coûts. Comme l’architecte ou Olivier Bitz au mois de juin, il a insisté sur le fait que la cour arrière pouvait être utilisée pour de nouvelles activités. Il a ensuite présenté de nombreux exemples « à ne peut-être pas reproduire », notamment des reconversions de piscines en projets immobiliers.

Il a en revanche conseillé de s’inspirer de la piscine de Gotha en Allemagne, où deux extensions extérieures ont été ajoutées et où l’intérieur, était plus endommagé qu’à Strasbourg. Les travaux s’étaient chiffrés à 19,5 millions d’euros. Pour la piscine de la Victoire les coûts avancés ont toujours été de 30 à 40 millions d’euros, bien que les études citées, vieilles de 2009, ne sont toujours pas publiques.

Il est aussi possible de donner son avis sur le site de la Ville de Strasbourg (cliquez ici)

Journées du patrimoine : trois circuits à Strasbourg

Journées du patrimoine : trois circuits à Strasbourg
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Troisième édition pour le Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg, consacré à l’horreur et à la science-fiction notamment.

Cette année, les Journées du Patrimoine ont lieu samedi 19 et dimanche 20 septembre, avec pour thème « Patrimoine du XXIe siècle, une histoire d’avenir ». Du coup, les organisateurs s’intéressent aux bâtiments récents mais à Rue89 Strasbourg, on a l’esprit de contradiction et on a d’autres propositions.

Comment faire du neuf avec du vieux ? Comment faire participer les jeunes aux Journées européennes du Patrimoine ? Pour répondre à ces rudes questions, le ministère de la Culture a choisi de dépoussiérer l’événement pour mettre en valeur ce qui est tout neuf, une gageure pour ces journées habituellement réservées aux vieilles pierres et aux musées. Voici une sélection pour ce week-end du 19 au 20 septembre, parmi les milliers disponibles.

1. Les visites dans le thème

Évidemment, la Ville de Strasbourg profite de l’occasion pour mettre en avant le Shadok, « fabrique des arts numériques » sur les docks Malraux et inauguré en mars. Il ne s’y passe rien de spécial sur le patrimoine, mais le lieu accueillera des expositions et des événements liés au Festival européen du film fantastique (FEFFS) qui débute le même week-end.
• Le Shadok – 25 Presqu’île André Malraux à Strasbourg – Ouvert de 10h à 19h. 03 68 98 70 35

Le campus de l’Université accueillera une structure artistique éphémère, la Pergola,  du 17 au 20 septembre, sur le campus de l’Esplanade. Il s’agit d’une performance artistique du collectif belge LAB[au], « entre créations musicales de Jean-François Laporte et lecture de manifestes architecturaux proposées par Christophe Greilsammer (Cie L’Astrolabe) ». Là encore, ça n’a rien à voir avec les Journées du Patrimoine, puisqu’il s’agit d’une partie du festival Ososphère, qui n’a pu se tenir à la Coop comme prévu.
• Pergola, rue Blaise Pascal, campus de l’Esplanade à Strasbourg. Samedi et dimanche, 14h – 16h – 18h.

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L’année dernière, l’artiste Kashink à réalisé la fresque. Son signe particulier, elle se dessine toujours une moustache pour « casser les codes ». (photo Vincent Kessler / cc)

Autre rendez-vous étonnant pour des journées du patrimoine, une performance de graff, sur un mur de béton rue de Sarrelouis. La surface a été confiée à VILX MU qui s’y attaquera samedi à 14h. L’artiste s’inspirera de la thématique nationale, rappelons qu’il s’agit de « patrimoine du XXIe siècle, une histoire d’avenir ». La performance sera suivie d’un vernissage de l’œuvre sur la terrasse du Camionneur.
Le MUR, rue de Sarrelouis à Strasbourg, samedi à partir de 14h. Contact : 07 86 26 88 59

À Stimultania, trois photographes, lauréats d’une commande de la Ville de Strasbourg, ont réalisé une série de photographies autour de la cathédrale, dans le cadre du millénaire des fondations. Stimultania propose de rencontrer ces photographes en résidence, découvrir les productions réalisées, mais aussi s’interroger et amener les visiteurs à prendre position dans l’art.
• Stimultania, 33 rue Kageneck à Strasbourg. 03 88 23 63 11. Ouverture samedi et dimanche à partir de 14h, rencontres samedi de 16h à 18h30.

2. Les visites natures, en famille

Plus proche du patrimoine, la Région Alsace propose un jeu de piste pour découvrir la Neustadt de Strasbourg, cet ensemble architectural datant de l’Empire Allemand. Le jeu « Le faussaire de l’Orangerie » est accessible via l’application pour smartphones (Appstore, Google Play Store). Dans cette enquête qui s’installe en 1912, il s’agit de retrouver le collier d’honneur offert par le Kaiser au maire de Strasbourg et mystérieusement disparu, en répondant à quelques énigmes. Les trois équipes gagnantes seront récompensées par différents lots, dont des livres édités par le service de l’inventaire de la Neustadt.
• « Le faussaire de l’Orangerie », autour du parc de l’Orangerie à Strasbourg. Samedi et dimanche de 10h à 18h. Informations détaillées et carte à télécharger.

Toujours dans la Neustadt, une visite commentée et au fil de l’eau est prévue dimanche. C’est Marie Pottecher, conservatrice du service de l’inventaire du patrimoine de la Région Alsace, qui sera au micro, un moment rare. Départ de l’Axe impérial à la Place de Kehl en remontant l’Ill, le Canal de la Marne au Rhin puis le Bassin des Remparts.
• La Neustadt au fil de l’eau, départ embarcadère Rohan derrière le palais, Strasbourg, dimanche à 16h30. Payant, et mieux vaut réserver sur batoramashop.com.

3. Les visites… après 19h

Le festival Musica (festival international des musiques d’aujourd’hui) qui se tient du 17 septembre au 3 octobre à Strasbourg, s’allie avec l’orchestre philharmonique pour offrir un concert en plein air place du Château : le Fun de Ouf. À l’occasion du weekend de clôture du Millénaire des fondations de la cathédrale de Strasbourg, le compositeur et pianiste de jazz Andy Emler et plus de 200 musiciens amateurs, souffleurs et percussionnistes venus d’Alsace associent leur art et occuperont la scène, au flanc sud de la cathédrale. En cas d’intempérie, le concert sera présenté à l’Aula du Palais Universitaire, place de l’Université, pour une unique représentation à 16h30.
• Concert Le fun des oufs- 3 place du Château à Strasbourg, samedi de 15h à 17h. 03 88 52 50 00

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Une carte nocturne de Strasbourg recense tous les services publics ou privés, souvent méconnus, ouverts entre minuit et 5 heures du matin.

Le veilleur de nuit, c’est une promenade nocturne d’une heure et demie de 12 étapes à la découverte des quartiers de la Grand’Rue, la Petite-France, l’église Saint-Thomas et l’Ancienne Douane. Une balade qui permet de découvrir le patrimoine avec la magie des illuminations. Organisée par l’université populaire de la Krutenau, la visite est payante : 2 euros et 1 euro pour les moins de 16 ans. Le départ se fera place du château, devant le musée de l’oeuvre de Notre-Dame à 21h.
• Le veilleur de nuit – départ place du château à Strasbourg à 21h –  – www.up-krutenau.com – 06 72 15 04 07

Les lendemains pas faciles du centre de formation du Racing, redevenu amateur

Les lendemains pas faciles du centre de formation du Racing, redevenu amateur
Une saison compliquée, que le Racing veut mettre derrière elle avec un nouveau projet. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Une saison compliquée, que le Racing veut mettre derrière elle avec un nouveau projet. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Depuis 2011 et la rétrogradation du Racing Club de Strasbourg à l’échelon amateur, le centre de formation est redevenu une association aux moyens plus limités, malgré le soutien des collectivités. L’année 2014/2015 a été agitée avec un accident qui aurait pu être grave. Plusieurs parents d’anciens joueurs témoignent et accusent. Autour du club, les changements du nouveau directeur François Keller sont pourtant jugés efficaces.

Le 8 décembre 2014, un élève de troisième du centre de formation de Racing Club de Strasbourg Alsace (on parle plus exactement « d’association du Racing Club de Strasbourg Alsace » car il n’ y a plus l’agrément qui correspond à un club professionnel) se tape la tête contre un mur d’un terrain couvert lors d’un entrainement entre midi et deux. Un accident. Bien que sonné, le jeune homme dit que « ça va » et retourne en classe. La mère de l’adolescent garde un souvenir amer de cette journée :

« Je l’ai emmené le soir aux urgences. L’infirmière a tout de suite vu qu’il avait un traumatisme, notamment car il avait perdu connaissance et s’était uriné dessus. Il n’aurait pas dû retourner en classe. Ensuite, le Racing ne m’a transmis les papiers pour l’assurance que 15 jours après – avec des fausses dates – alors que la loi prévoit un maximum de deux jours. Le club a aussi minimisé sa responsabilité. S’il y a avait eu des séquelles j’aurais porté plainte. »

L’incident s’est déroulé lors d’un cours de la section sport-études du collège-lycée Jean Monnet. L’ancienne proviseur Amina Ajbali (elle a été promue à Rabat au Maroc durant l’été) se souvient avoir agi dès qu’elle a eu connaissance de l’incident :

« Le directeur du centre, François Keller, a tout de suite reconnu qu’il y avait eu une faute grave ce jour là et qu’au total deux encadrants étaient manifestement incompétents. L’un n’est plus au Racing et l’autre a été déplacé sur une autre mission de recruteur. À partir du moment où j’estime qu’il n’y a plus de danger pour mes élèves, je n’ai pas à intervenir davantage dans les affaires du club. »

Aujourd’hui, le directeur François Keller (ancien entraîneur de la réserve entre 2003 et 2011, puis de l’équipe première en CFA 2 et CFA, et frère du président du club Marc Keller) minimise l’impact de l’incident dans ses décisions vis-à-vis du personnel :

« Le jeune a dit que ça allait, peut-être pour faire le dur devant les copains, et l’encadrant (23 ans), pourtant diplômé, a fait une erreur qui aurait pu être grave. Il ne le refera plus jamais de sa vie c’est sûr et continue à exercer ailleurs. Il y a eu deux autres changements sur 11 entraîneurs, mais qui n’ont rien à voir avec l’incident. Une personne est allée sur un poste de recruteur, car je pense qu’il est plus doué pour cela, et une autre dont je n’étais pas satisfait pour des questions de football. »

Les reproches de parents

C’est la deuxième fois qu’un accident grave est évité. En 2013, un élève de 15 ans était aussi rentré chez lui en train après s’être assommé contre un poteau. Pour quelques parents d’anciens joueurs, la légèreté dans la gestion de cet incident est le témoin d’une dégradation de l’encadrement depuis le retour au statut d’amateur. Tous ont requis l’anonymat, leurs reproches sont nombreux : dérapages dans le vocabulaire, manque de suivi médical et passe-droits… Informée, l’inspection académique a répondu qu’elle n’agirait qu’en cas de plainte.

Pourtant, plusieurs personnes internes et externes à l’organisation pensent que c’est au contraire sous l’impulsion de François Keller, l’un des trois formateurs alsaciens les plus diplômés, que le centre va désormais dans la bonne direction depuis son arrivée en mai 2014. Les reproches des parents ne seraient motivés que par des rancœurs, voire une une nostalgie des années professionnelles, lorsque le budget était deux fois plus important.

Insultes au bord du terrain

Pendant ces dernières saisons quelques mots doux sont remontés aux oreilles des jeunes joueurs du Racing. Exemples : « va te noyer », « la prochaine fois on prendra un vrai Alsacien », « pourquoi tu tends les fesses, tu veux te faire enculer ? »… Une mère reste marquée par ces années :

« Autant sur les choix de football je suis incapable d’avoir un avis, mais sur les mots employés, ça s’est dégradé après 2011. Ça criait et insultait tout le temps. J’ai été choquée et même mes enfants, qui pourtant sont loin d’être des saints, l’ont été. »

François Keller prend ses distances et veut se porter garant du respect des adolescents :

« Je ne peux pas avoir les oreilles partout. Si ces propos ont été prononcés, je les condamne, mais il faudrait savoir par qui et quand. Si j’entends quoi que ce soit de ce genre, c’est dehors. On est une école de la vie, on se doit d’être exemplaire. »

Pourtant, l’ancienne directrice du lycée Jean Monnet Amina Ajbali, en termes diplomatiques, fait aussi part de ce reproche :

« J’ai été étonnée de la manière dont parlaient certains éducateurs. Nous avons mis en place un accompagnement sur le langage et les façons de faire. Cela a été pointé justement par des parents, mais dès qu’on avançait sur quelque chose, ils revenaient à la charge comme si rien n’avait été fait et voulaient juste “couper de têtes”. Il faut y travailler, mais ça ne sera pas résolu du jour au lendemain. »

L’encadrement médical renforcé

Quelques parents reprochent que le nombre de professeurs d’éducation physique est passé de 8 à 2 lors de la liquidation du Racing de 2011. Les encadrants trouvés ensuite, souvent moins expérimentés et désormais bénévoles, seraient moins pédagogues et compréhensifs des adolescents.

Mais Pierre Jacky, directeur technique régional à la Ligue d’Alsace de Football amateur (LAFA), c’est-à-dire en charge de délivrer les diplômes d’entraîneurs, lui, n’a rien à redire sur le niveau des encadrants bénévoles ces dernières années. Mais il salue, l’arrivée de François Keller par rapport au passé :

« Tous les encadrants ont des diplômes et le niveau moyen augmente progressivement. Des postes d’entraîneurs ont été doublés pour certaines équipes cette année. »

Il rejoint la direction, en souhaitant « un juste équilibre » entre prof d’EPS et personnes d’autres horizons. François Keller ajoute « qu’il serait faux faire croire qu’il n’y avait jamais de problèmes avant ». En plus de doubler des postes d’entraîneur pour les équipes de jeunes, les joueurs-étudiants qui suivent une formation en STAPS sont désormais chargés du suivi médical.

Nécessaire, quand on sait qu’avant, les joueurs blessés se retrouvaient seuls en salle de musculation, avec le risque de réaliser des mauvais gestes ou d’aggraver leur blessure. Dans le domaine médical, François Keller met en avant les efforts mis en place :

« Certes il n’y a plus de médecin à temps complet comme à l’époque du statut professionnel, mais on travaille avec un médecin généraliste du quartier et un kiné qui est là deux fois par semaine. Ce n’est pas parfait, mais on fait au mieux avec les moyens que l’on a. »

Depuis la liquidation, trois directeurs au centre

Avec la liquidation du club pour problèmes financiers en CFA 2 (le cinquième échelon du football français) en 2011, les évolutions ont été drastiques : le centre est géré par une association, le budget de 2,5 millions d’euros a été revu à 1,2 million d’euros. Le nombre de salariés est passé à 2 et demi, contre 15 du temps des années professionnelles et tous les entraîneurs sauf deux sont partis.

Le budget de la société du Racing tombe alors à 4 millions d’euros, bien loin des 20 millions de 2008-2009. Mais maintenir cette activité, devenue facultative, permet aussi au club de ne pas complètement disparaître en 2011.

L’association est financée en grande partie par la Région Alsace (400 000€ par an au total pour le club dont 300 000€ pour le centre) et la Ville de Strasbourg et Eurométropole (650 000€ en 2014/2015, bien qu’une légère baisse soit attendue) et quelques recettes propres (buvette, adhésions), la société du RCSA s’assure de combler un éventuel déficit budgétaire.

Depuis la liquidation, un observateur extérieur, qui a aussi souhaité rester anonyme, dégage trois périodes :

« Il y a d’abord eu la reprise en 2011 avec Jean-Marc Kuentz, qui a dû bricoler avec trois bouts de ficelle, puisque des dizaines de joueurs sont partis, parmi lesquels certains sont professionnels aujourd’hui (Dicko à Wolverampton, Gouaida à Hambourg, Mfulu à Reims…). La première année, une équipe de moins de 19 ans a ainsi été alignée “à l’arrache”, faute de monde.

Mais surtout, le passage de Philippe Chauveau, le cost-killer de Frédéric Sitterlé (éphémère propriétaire du Racing entre octobre et décembre 2011, ndlr) qui a tout fait pour réduire les dépenses – même sur les repas ! – a sans doute provoqué le départ de Kuentz et a laissé des traces.

Puis, une période intermédiaire avec Thierry Brand à la direction, durant laquelle le centre vivotait. Il y a tout de même eu une montée des moins de 19 ans en championnat national, ce qui est un atout pour le niveau sportif.

Et enfin, le retour de François Keller en 2014, date depuis laquelle un gros boulot a été abattu au niveau de la structuration et du recrutement. Depuis la montée de la réserve, celui-ci est axé sur de la post-formation, ce qui permet d’assurer la transition jusqu’à l’obtention de l’agrément. Chez les plus jeunes aussi, le recrutement semble plutôt prometteur, le RCS parvient à chercher les meilleurs éléments, parfois au nez et à la barbe de Nancy ou Metz. »

La fin des passe-droit

La première année, François Keller dit avoir a observé l’équipe en place, avant de faire valoir ses premiers choix, dont un recrutement de joueurs plus large géographiquement pour augmenter le niveau sportif, bien que le directeur rappelle que 21 des 32 pensionnaires du centre de formation sont Alsaciens.

Ces choix ne semblent pas avoir été toujours compris, une dizaine de joueurs ayant quitté le club en cours de saison. Certains se sont étonnés que deux joueurs, dont le fils de l’entraîneur de l’équipe première Jacky Duguépéroux, ont pu s’entraîner au centre fédéral de Nancy une structure qui forme les 14-15 ans dans le but d’intégrer un centre de formation professionnel. Une pratique jusque-là interdite pour les licenciés du Racing.

François Keller reconnait que l’an dernier était une exception, mais que la règle est la même pour tous depuis cette année :

« On l’avait juste autorisé à deux enfants c’est vrai, mais maintenant tous les licenciés ont le droit d’aller à Nancy s’ils le veulent, car certains ne voulaient pas venir pour cette raison. Mais si on devient pro on supprimera de nouveau cette possibilité, puisque le but est de garder les meilleurs joueurs et pas qu’ils aillent ailleurs, puisque nous serons nous aussi un centre professionnel. »

On comprend qu’une remontée en Ligue 2, ratée de peu l’an dernier, était attendue la saison dernière et que cette situation ne devait pas durer. Bloqué entre la souplesse que permet une structure professionnelle et des barèmes moins exigeants dont profitent les clubs alsaciens moins côtés, le centre mise en effet sur un retour rapide du club à l’échelon supérieur, en rapprochant ses pratiques de celle des clubs professionnels. Pour cela, il faudra que l’équipe première augmente son niveau de jeu car le début de saison est en deçà des attentes (11ème sur 18 après 6 journées).

Le centre très lié au destin de l’équipe première

Pour François Keller, entre le niveau de 2011 et celui des années pro, le centre a fait la moitié du chemin :

« Si on était monté en Ligue 2, les résultats auraient été plus spectaculaires dès cette année. Un entraîneur m’avait donné son accord à cette condition. On reste très tributaire du statut de l’équipe première. Par exemple, des joueurs qu’un club professionnel pourrait garder avec un contrat stagiaire à 1 000€, ici on ne peut que lui faire un contrat pour l’équipe première de niveau national soit 1 800€ brut. Pour des jeunes de l’équipe réserve (CFA2), ça fait parfois beaucoup et on ne peut que leur proposer 80€ de prime de match, alors ils partent dans d’autres clubs régionaux où ils sont mieux payés. »

C’est en partie pour cela que l’équipe réserve, pourtant promue de Division d’honneur (DH) à CFA2 (du sixième au cinquième niveau), n’a conservé que 5 joueurs d’une année sur l’autre, ce qui a aussi été critiqué. Enfin d’un point de vue scolaire, François Keller estime que les dispositifs sont « dans le top 5 en France pour allier sport de haut niveau et études » :

« Les 4 élèves en STAPS ont tous validé leur première année, tout comme celui en deuxième année. Un a réussi médecine. Il y un partenariat avec l’ISEG (école de commerce post-bac) et un diplôme universitaire à Colmar en management du sport. Le bac, 7 sur 8 l’ont réussi en bac pro commerce et 5 sur 6 pour le bac général. Il y a plus de choix en bac pro car on est associé à 3 lycées contre un seul avant. Ce sont des choses que nous sommes pas obligées de faire. Les jeunes vont désormais au lycée Jean Monnet ce qui les sort du centre où ils étaient un peu coupés du monde, même si c’est vrai que si on redevient professionnel, on fera une formule mixte, car pour les meilleurs éléments, les cours sur place en petits groupes sont un moyen de les faire venir. »

9 joueurs dans l’équipe première, mais un titulaire

Dans ce conflit qui ne semble pas prêt de s’apaiser, c’est un supporter de toutes les équipes du Racing qui synthétise au mieux la situation :

« Les parents s’imaginent que le Racing propose des conditions similaires à un club pro, mais ce n’est pas le cas. »

Ainsi, les déclarations en 2013 d’un entraîneur expliquant que le centre visait à « former des joueurs de Ligue 1 » a pu susciter des espoirs déçus. L’onglet « que sont-ils devenus ? » du site internet joue aussi un peu sur l’ambiguïté puisqu’il mentionne des joueurs non-conservés lors de l’époque professionnelle. Pour ce supporter et observateur, difficile de déterminer le niveau sportif du centre :

« Dès qu’un joueur est au-dessus, il est tout de suite happé par un club pro. Depuis 2011, on peut citer Nicolas Delion, parti à Valenciennes, Bouzenna, parti à Bâle ou Decker, parti à Colmar. Donc, il est difficile de savoir si le club a raté ou non des bons joueurs. »

François Keller met lui en avant que 9 joueurs sur 25 dans l’équipe première sont issus du centre, bien qu’un seul soit titulaire. Motif de satisfaction pour les joueurs qui ont quitté la Meinau, ils seraient « biens mieux maintenant », d’après leurs parents. Certains ont continué le foot, mais pas tous.

La chorale syrienne obtient finalement son visa

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Le salaire des vendangeurs sera plus léger, dès cette année

Le salaire des vendangeurs sera plus léger, dès cette année
Travail manuel dans les vignes en Bourgogne, côte de Beaune.
Travail manuel dans les vignes en Bourgogne, sur les côtes de Beaune.

Le contrat vendanges vient de perdre son principal avantage : l’exonération de cotisations salariales. Les vendangeurs sont désormais payés comme les saisonniers, ils reçoivent environ 30 euros de moins par semaine.

Bientôt la fin des vendanges, l’heure pour les 19 000 vendangeurs d’Alsace de jeter un coup d’œil à leur fiche de salaire. Et là, c’est souvent la surprise : l’exonération de la part salariale des cotisations d’assurances sociales, une disposition phare de ce type de contrat qui permettait aux vendangeurs payés au Smic d’être un peu mieux payés, a été supprimée par l’Assemblée nationale lors du vote en décembre de la loi de finances 2015.

Depuis 10 ans, le « contrat vendanges » bénéficiait d’un d’abattement de 7,80% sur les charges salariales d’assurances maladie et de vieillesse. Simone Kieffer, chargée de mission à l’association des viticulteurs d’Alsace (AVA) ne comprend pas cette décision :

« L’exonération de charges venait compenser le fait que ce CDD d’un mois maximum n’ouvre pas de droits au chômage. L’idée était d’offrir, sous forme de salaire, le montant des cotisations, qui aujourd’hui sont payées par les vendangeurs à fonds perdus. La situation est comparable à celle des retraités qui paient des cotisations chômage auxquelles ils n’auront plus jamais droit. Les fiches de salaires sont tellement compliquées que la plupart des vendangeurs ne verront pas la différence. Pour les autres, les patrons vont sûrement devoir s’expliquer à la fin des vendanges. »

Plus 30 euros de charges par semaine par rapport à 2014

En 2014, un vendangeur empochait pour 35 heures de travail 366,80 euros brut, soit 307,88 euros net. L’augmentation des cotisations, qui passent de 16% à 24% contraint les vendangeurs à ne toucher plus que 281,15 euros nets pour le même temps de travail en 2015.

Le montant des charges sociales passent de 58,92 euros à 85,65 euros, toujours sur une base de 35 heures à un taux horaire brut de 10,57 euros (le Smic avec les indemnités dues aux contrats à durée déterminée). Avec la fin de cette exonération, l’État n’aura plus à compenser le manque à gagner pour la Sécurité sociale, soit autour de 17 millions d’euros, d’après Le Revenu. Chaque année, environ 315 000 contrats vendanges sont conclus.

Frédéric Geschickt, du domaine éponyme à Ammerschwihr, réagit :

« Avec l’augmentation du Smic, il y a déjà un surcoût pour l’entreprise en 2015. Mais le travail est là, je ne peux donc pas employer moins de personnes. Cette loi pénalise tout le monde. Pour autant, cette augmentation des charges ne devrait pas se ressentir sur le prix des bouteilles. La colère pourrait venir du côté des vendangeurs qui eux, touchent 6,14 euros de moins sur une journée de travail dans mon domaine. »

Pas d’effet attendu sur le travail clandestin

D’après la mutuelle sociale agricole (MSA) ce contrat spécifique visait à lutter contre le travail dissimulé tout en augmentant la rémunération des vendangeurs. Mais selon les associations de viticulteurs, c’est plutôt le titre d’emplois simplifié (TESA) qui a eu ce rôle. Bernard Jantet, directeur des syndicats des vignerons indépendants d’Alsace (SYNVIRA), ne croit pas au retour du travail clandestin dans les vignes :

« Ces contrats allaient dans le sens du salarié, mais aujourd’hui il y a des besoins de financements dans les caisses de la Sécurité sociale. Je crois à l’honnêteté et à la rigueur des vignerons Alsaciens. Ici, nous déclarons nos vendangeurs. »

D’après Simone Kieffer, les exploitations viticoles sont de toutes façons soumises à de nombreux contrôles.

« Le travail au noir dans les vignes c’est d’une autre époque. De plus, les risques d’accidents sont bien trop élevés. »

Employés avec des contrats de 35 heures, les vendangeurs travaillent souvent entre 40 et 45 heures par semaine, dont une partie est rémunérée en heures supplémentaires. Les vendangeurs peuvent cumuler jusqu’à deux mois de ces contrats spécifiques par an.

#vendanges

« J’ai été passeur entre le Maroc et l’Espagne »

« J’ai été passeur entre le Maroc et l’Espagne »
Légende (Photo CF / Rue89 Strasbourg)
Rencontré à Strasbourg, Malik a passé plus de deux ans derrière les barreaux pour avoir fait traverser illégalement la frontière européenne à des Africains (Photo CF / Rue89 Strasbourg)

« Passeur » payé 1 000 euros par tête passée en Europe, il camouflait des Africains près du moteur de sa voiture. Rencontre avec Malik, dont la technique consistait à se fondre dans la multitude à la douane espagnole de Melilla.

Malik, le prénom à été changé, est un marocain de 50 ans. Rencontré à Strasbourg, il a été condamné à 5 ans d’emprisonnement pour trafic d’êtres humains en Espagne. Récemment sorti de prison, il témoigne de l’engrenage qui l’a amené à transporter des Africains du Maroc vers l’Espagne. Sa spécialité : cacher des clandestins dans une voiture, dans des compartiments près du moteur et sous les banquettes.

Enfant d’une famille aisée de Nador, dans le nord du Maroc, à 30 kilomètres de l’enclave espagnole de Melilla, Malik grandit avec ses 10 frères et sœurs, suit des études, aide son père dans l’entreprise familiale et cultive ses terrains agricoles, des champs d’olives. Il se souvient de ses débuts comme « passeur » :

« J’avais 32 ans quand un “patron” africain est venu me demander si je voulais “combiner” avec lui. Il me proposait 1 000 euros par tête passée du côté de Melilla. Eux demandent 5 000 aux clandestins, 1 000 pour traverser par la mer. J’ai alors acheté une première voiture, une Mercedes 250 noire, dont les papiers n’étaient pas à mon nom. La première fois, ils étaient deux, j’ai pris 2 000. J’avais les jambes qui tremblaient, mais c’est comme tout, on s’habitue. J’ai chargé les deux personnes à Nador, ils se sont allongés sur la banquette à l’arrière. Il ne fallait pas qu’on les remarque. Ici, des Noirs avec des Marocains c’est louche. Près de la frontière, j’ai garé la voiture dans une forêt et les ai laissés seuls avec leur bouteille d’eau, le temps que je jette un œil. Je les ai camouflés, et je suis passé tranquille. »

Malik délaisse alors son salaire mensuel de 300 euros et mène ce que l’on appelle « la grande vie » : voitures, sorties, cocaïne et Nike aux pieds. Il propose un service “luxe”, ou le pire qui puisse arriver est de se faire prendre, contrairement aux chaloupes qui traversent la Méditerranée au péril de la vie des migrants. Les familles les plus aisées financent ces voyages.

Dissimulés dans les banquettes et le réservoir

Allongés « comme dans un tombeau », les clandestins sont cachés sous les banquettes quand il s’agit de fourgonnettes, à coté du moteur dans les Mercedes et Renault 11 par exemple. Ils peuvent être aussi dissimulés dans une partie du réservoir d’essence du véhicule. Malik assure n’avoir jamais eu recours à cette méthode. Les plastiques servant pour les cachettes sont conçus par des garages au Maroc.

« Les Peugeot 405 sont parfaites pour dissimuler les clandestins dans le réservoir d’essence. Il faut toutefois percer la cuve pour qu’ils puissent respirer. Moi ma spécialité, c’était le moteur. Les jours de queue au poste de frontière, je coupais le contact et poussais la voiture, pour limiter la chaleur. Je pensais toujours à eux. J’ai parfois camouflé jusqu’à 3 personnes. »

Le moment de soulagement : « pasa jéfé »

« Je savais que ce n’était pas normal de cacher des gens dans le moteur d’une voiture, mais je ne voyais pas le mal. Je faisais ça pour les aider. »

Quelques dizaines minutes suffisent pour accéder à Beni Ansar, poste de contrôle de la frontière entre le Maroc et l’Espagne. Le passeur doit être attentif aux douanes qui tiennent la garde, car selon Malik certains guardia civil (gendarmes espagnols) fouillent et utilisent des appareils de détection, d’autres laissent passer.

« Beaucoup de monde traverse chaque jour, les douanes ne peuvent pas fouiller tout le monde. À la frontière, c’est chaotique, les gens râlent, klaxonnent, ils veulent tous rentrer. Moi, je connaissais les visages des douaniers qui laissent passer facilement. Entre ceux qui reviennent de Melilla et les patrons qui rôdent, nous avions la possibilité de savoir si le passage était risqué ou pas. Moi, je jetais un coup d’œil, à pied, avant chaque périple. Il m’est aussi arrivé plusieurs fois de faire demi-tour devant le poste de frontière. Un endroit est d’ailleurs prévu pour ça, pour les gens qui ont oublié les papiers de leur voiture par exemple. Le moment de soulagement, c’est quand le douanier te dit pasa jéfé (tu peux passer, chef). »

Une fois de l’autre coté de la frontière, Malik dépose rapidement les Africains dans un garage ou à l’arrière d’un bâtiment. Systématiquement, le migrant équipé d’un portable prévenait le “patron” de son arrivée. Malik confie qu’il est important qu’ils arrivent sains et saufs :

« Un jour, une jeune fille était dissimulée dans mon moteur. Arrivé au poste de frontière, elle a paniqué et s’est mis à frapper le double fond avec ses poings. J’ai fait demi-tour, en appuyant l’accélérateur pour faire du bruit pour que personne ne l’entende. Je l’ai ramené au patron. Je lui ai dit que je ne voulais plus jamais faire passer de fille comme elle. »

Malik percevait son argent à chaque retour de Melilla. Ils se rencontraient, avec son “patron”, dans un café. Parfois même, ils déjeunaient ensemble. Malik a toujours été payé, sauf pour le dernier.

Un à deux passage par semaine pendant 10 ans

Pendant plus de dix ans, le marocain a alterné entre des périodes de « travail », où il passait 1 à 2 fois par semaine le poste de contrôle « comme un chat » et des « vacances » pendant lesquelles il dépensait tout son argent en soirées et cocaïne.

Mais au printemps 2013, « un mauvais douanier » décide de pousser le contrôle : Malik effectue, sans le savoir, son dernier voyage au bord d’une Renault 11 grise, avec Mamadou, 19 ans. Pour la première fois, un appareil de détection de pulsations cardiaques, qui repère la présence de personnes malgré les cloisons, est utilisé.

Mamadou est décelé. Malik est conduit au poste de la Guardia Civil de Melilla, où il passe la nuit. Directement traduit devant le tribunal, il passe 3 mois en détention provisoire dans la prison Melilla. Il est ensuite condamné à quatre ans de prison ferme, et envoyé purger sa peine en Espagne, à Coruña.

Après un peu plus de deux années à Coruña, il est relâché devant le centre pénitencier ou un ami l’attend. Il décide de rejoindre la France et son frère à Strasbourg. Recommencer le trafic ? Malik assure que non, et accuse ceux qui entassent 71 personnes dans un camion, comme la police autrichienne l’a découvert récemment, d’être des « assassins ».

Aujourd’hui, son objectif est de régler sa situation et de travailler légalement :

« Je ne récidiverai pas. Si un gars meurt, je peux prendre 20 ans. Maintenant, je veux reprendre une vie normale. J’ai mon permis poids lourds, je vais travailler comme tout le monde. »

Des Subsahariens à la tête des réseaux

D’après Malik, ce sont des Africains qui contrôlent la plaque tournante du trafic dans le nord du Maroc : des “patrons” subsahariens, venus des mêmes régions que ceux qu’ils extorquent. À Melilla, quelque 10 000 personnes transitent chaque jour entre le Maroc et l’Espagne. Autant de véhicules susceptibles de contenir du tabac, de la drogue… ou des êtres humains.

À quelques kilomètres de Nador, la forêt de Gourourou est l’un des lieux ou les candidats à l’immigration élisent quartiers, certains squattent là-bas depuis plusieurs années déjà.

Éric Elkouby, un élu impliqué, très impliqué…

Éric Elkouby, un élu impliqué, très impliqué…
(Dessin Laurent Salles)
(Dessin Laurent Salles)

Le supermarché de l’Elsau est désespérément vide depuis avril. Adjoint au maire de Strasbourg pour le quartier, Éric Elkouby s’est « personnellement impliqué » pour qu’il rouvre ses portes. Avant l’été. À l’automne. Avant la fin de l’année ?

Réfugiés : 50 logements recensés à Strasbourg

Réfugiés : 50 logements recensés à Strasbourg
Les premiers réfugiés pourraient arriver à Strasbourg d'ici quelques semaines.
Les premiers réfugiés pourraient arriver à Strasbourg d’ici quelques semaines. (Photo Baptiste Cogitore / Rue89 Strasbourg)

Après la réunion à Paris des maires volontaires, la situation se précise doucement sur l’accueil imminent de réfugiés à Strasbourg.

Les quelques 600 maires de droite et de gauche volontaires pour participer à l’accueil des 24 000 réfugiés durant 2 ans sur le territoire français étaient réunis ce samedi 12 décembre par le ministère de l’Intérieur. Principale annonce, les communes, par l’intermédiaire des bailleurs sociaux, recevront 1 000 euros du gouvernement par logement mis à disposition. À Strasbourg, cela pourrait signifier 50 000 euros, puisqu’à ce jour 50 logements vacants ont été recensés.

Le dispositif se déploie pour toute nouvelle place créée d’ici 2017. À cela s’ajoute un « fonds de soutien au financement de l’investissement » pour les opérations lourdes de création de locaux d’hébergement ou de logements. Une aubaine pour l’Eurométropole qui a lancé un vaste programme de construction de logements sociaux.

Nombre de réfugiés encore inconnu

Quant à la répartition du nombre de réfugiés accueillis par chaque ville, elle n’est pas encore connue. Plusieurs chiffres ont été évoqués dans la presse (variants du simple au quintuple) pour Strasbourg, mais aucun décompte précis n’est encore disponible. Metz de son côté accueillera environ 200 réfugiés.

Par ailleurs, les moyens dévolus aux administrations de l’OFII (Office français de l’immigration et de l’intégration) et de l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et des apatrides) seront augmentés, tout comme le nombre de places en Centre d’accueil de demandeurs d’asile (CADA). Les délais pour les demandes d’asile devraient être raccourcis.

Situation en logements tendue et banque alimentaire déjà très sollicitée

L’adjointe au maire en charge des relations internationales Nawel Rafik Elmrini (sans étiquette), seule membre de l’exécutif à accompagner le maire de Strasbourg Roland Ries (PS), accueille favorablement ces annonces et indique la suite des opérations :

« Notre rôle est désormais de décliner ces annonces à Strasbourg et d’être l’intermédiaire entre le préfet coordinateur Kléber Arhoul et les 34 associations prêtes à aider. Lorsque nous aurons recensé le nombre exact de logements disponibles, nous pourrons savoir combien de réfugiés nous pourront accueillir. Ils pourraient arriver dans quelques semaines. »

Reste que deux problèmes ont été soulevés à la réunion avec les associations strasbourgeoises jeudi 10 septembre. D’une part la situation des logements dans l’Euromémotropole est déjà tendue et les réfugiés pourraient être disséminés sur l’ensemble du territoire, voire au-delà de l’agglomération. D’autre part la banque alimentaire s’attendait déjà à une année difficile et ses besoins risquent désormais d’exploser. C’est tout l’enjeu de ne pas « opposer les solidarités », c’est-à-dire de ne pas délaisser les SDF ou autres populations en difficulté. Le Premier ministre Manuel Valls a en tout cas annoncé que les moyens  mis en œuvre résultent d’efforts supplémentaires pour 2015 et le 1er trimestre de 2016 et ne viendraient pas diminuer les actions déjà engagées par ailleurs.

L’accueil des réfugiés, le premier thème de la campagne des régionales

L’accueil des réfugiés, le premier thème de la campagne des régionales
Le sujet de l'accueil des réfugiés a poussé les candidats aux régionales à se positionner (photo Irish Defence Forces / Flickr / cc)
Le sujet de l’accueil des réfugiés a poussé les candidats aux régionales à se positionner (photo Irish Defence Forces / Flickr / cc)

Subitement, l’accueil de réfugiés en France est devenu un sujet qui a animé la campagne des élections régionales en Alsace, Lorraine, Champagne – Ardenne (ALCA). Avec de nombreuses contradictions ou dépenses de fin de mandat.

La campagne des élections régionales de décembre était jusqu’à ces jours-ci un peu morne. Mais l’accueil de réfugiés en France a poussé les partis politiques à se positionner, révélant des positions diamétralement opposées selon les camps. Et pour les présidents de région, il est parfois difficile de distinguer ce qui relève de la gestion des affaires courantes de la fin de mandat ou des signaux politiques pour la campagne à venir. D’autant qu’il n’y a pas de budget à boucler dès décembre et que la nouvelle région Alsace – Lorraine – Champagne – Ardenne (ALCA) devra se mettre d’accord sur le sien entre janvier et mai 2016.

En Lorraine, Jean-Pierre Masseret débloque 200 000€

En Alsace et en Lorraine, les deux présidents Jean-Pierre Masseret (PS en Lorraine) et Philippe Richert (« Les Républicains », ex-UMP, en Alsace), tous deux candidats, ont pris des décisions opposées. Jean-Pierre Masseret a débloqué 200 000 euros pour aider les communes et associations lorraines :

« Il est indispensable de se mobiliser collectivement pour répondre à la détresse de nombreuses familles déracinées, fuyant les conflits qui règnent dans leur pays. Ce sujet doit tous nous rassembler, au-delà des échéances électorales à venir et des prises de positions tactiques et politiciennes flattant les plus bas instincts. »

D’autres régions PS ont pris des décisions similaires (les deux régions de Normandie, Midi-Pyrénées, Languedoc-Roussillon). Mais la Région Champagne-Ardenne dont le président PS n’est pas candidat ne l’a pas fait.

Comme l’explique un article du Monde, le discours du PS, jusque-là tétanisé par le FN, a très vite évolué sous impulsion de l’Allemagne (dirigée par la droite). Le sujet est presque consensuel dans les rangs socialistes et le parti a trouvé une cause commune qui lui a manqué depuis le début du quinquennat de François Hollande. Au passage, c’est aussi l’occasion de capitaliser pour les futures élections. Les conflits qui amènent des réfugiés en Europe étant amenés à durer, les solutions devront être de long terme.

Remobiliser les franges déçues du PS

Cette soudaine prise de conscience suffira-t-elle pour (re)mobiliser les militants et les sympathisants du PS qui ont été déçus par le gouvernement ? Rappelons que cet été encore, le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve se targuait devant l’Assemblée nationale de réaliser plus d’expulsions que la droite, au grand désespoir d’une partie des électeurs de gauche. « Au moins maintenant on débat de ce sujet. Avant ce n’était même pas le cas », raconte un militant socialiste alsacien.

À Strasbourg, les membres les plus à gauche de la majorité socialiste, parfois critiques envers le gouvernement comme Mine Gunbay (sans étiquette), Syamak Agha Babaei (PS) ou l’écologiste Marie-Dominique Dreyssé, se sont montrés actifs aux côté de Nawel Rafik Elmrini, adjointe au maire en charge des relations internationales. Ils ont essayé de coordonner l’embryon d’action avec les associations strasbourgeoises, en attendant que le nombre de personnes accueillies soit connu ce samedi 12 septembre et que des mesures concrètes soient pilotées par la préfecture.

À l’appel de son premier secrétaire, le PS a intensément communiqué sur le sujet avec notamment des photos et des pancartes, « l’accueil, pour moi c’est oui ». Les différentes fédérations, dont celle du Bas-Rhin, se sont pliées à l’exercice sans que l’on sache si le slogan engage le pays, la commune, le parti voire directement les porteurs de l’affichette, ni dans quelle mesure.

Philippe Richert : « ce n’est pas la compétence d’une région »

Plus tôt dans la semaine, lundi 7 septembre, lors d’un déjeuner de presse, le président de la Région Alsace, Philippe Richert avait expliqué que l’aide aux réfugiés n’est pas une compétence des régions :

« Bien sûr, je suis sensible comme tout citoyen aux images et au sort de des réfugiés. On ne peut pas laisser des personnes mourir et ne rien faire. Mais les solidarités sont une compétence des départements. »

La loi NOTRe entrée en vigueur le 7 août supprime en effet la clause de compétence générale, qui permettait à toutes les collectivités d’intervenir sur tous les sujets (seules les communes gardent cette prérogative désormais). Mais les interprétations sur les marges de manœuvre des régions divergent. Pour un attaché parlementaire alsacien, cela dépend à quoi cet argent est alloué.

Par exemple, s’il finance des cours de Français, cela tombe dans le domaine de l’Éducation, qui relève entre autres des Régions. Le conseil régional lorrain nous a répondu que l’argent serait dépensé sous forme d’une dotation directe d’aide aux communes et aux associations et que « étant donné l’urgence il était parfois nécessaires d’outrepasser ses fonctions ».

Avec sa position Philippe Richert tente, lui, de parler à un électorat de droite et de centre-droit sensible à cette actualité, notamment dans les milieux chrétiens-démocrates, c’est-à-dire ses racines politiques, sans pour autant hérisser une autre frange de la droite bien moins disposée à l’accueil de réfugiés (68% des sympathisants de droite y seraient défavorables selon un sondage Odoxa pour Paris Match et iTélé).

À Rixheim, un maire sarkozyste met des logements à disposition

Le week-end précédent, sa colistière Nadine Morano a regretté lors d’un meeting que la France soit « à la remorque de l’Allemagne », mais être contre l’idée de quotas (proposition pourtant de l’Allemagne) et que « la seule solution » était de régler le conflit syrien. L’ancienne ministre s’est dit pour une intervention militaire en Syrie.

En revanche, Philipe Richert a débloqué 480 000 euros pour l’abattoir de Holtzheim – en soutien à l’agriculture régionale – auxquels s’ajoutent 150 000€ pour l’irrigation des cultures spécialisées. Là aussi, le président d’Alsace s’adresse à une frange de la population qui correspond à son électorat. Ces conventions avec l’actuelle Région Alsace courent sur 3 ans. À charge pour la future grande région de tenir cet engagement.

Inquiètes pour leur avenir, d’autres associations alsaciennes ont essayé de négocier une disposition similaire avant la fusion, mais Philippe Richert dit avoir refusé ou réduit sur un an pour ne pas trop contraindre le budget de la future région. Toujours dans l’article du Monde, le porte parole de « Les Républicains » Sébastien Huyghe explique qu’en attendant la position commune du parti le 16 septembre « le cas par cas » domine. Exemple en Alsace, le sarkozyste maire de Rixheim (Haut-Rhin) Olivier Becht a par exemple décidé d’accueillir deux familles de réfugiés dans des logements sociaux vacants de la commune.

L’extrême-droite, plus à droite que dans le passé

L’occasion était trop belle pour le Front national et, un peu plus étonnant, pour le parti souverainiste Debout la France (DLF), de s’insurger contre la décision de Jean-Pierre Masseret et de parler de son sujet favori, l’immigration, là aussi au prix de contradictions.

La tête de liste de DLF Laurent Jacobelli a dénoncé sans nuance une opération « pour aider ceux qui entrent clandestinement dans notre pays », alors même que le chef de son parti Nicolas Dupont-Aignan avait pris position pour que la France s’occupe dignement des migrants à leur arrivée en France, notamment pour se distancier du FN, par exemple lors d’une interview sur Europe 1 en février. Difficile désormais de voir la différence.

Dans un communiqué, Florian Philippot a, lui, mélangé les concepts de réfugiés, migrants et d’immigration ou s’est lancé dans des doubles suppositions (« gageons que si des travaux  sont effectués, ils le seront par des travailleurs détachés comme à l’université d’été du PS »). Pourtant le 15 août, le même Florian Philippot, comme l’ensemble du FN, avait manifesté son soutien et ses « pensées » pour les chrétiens d’Orient, eux aussi victimes de Daech en Syrie et parfois membres des délégations actuelles de migrants. En 2014, son collègue Louis Alliot était favorable à ce que le droit d’asile leur soit appliqué, mais de manière « restreinte » à ces derniers. Cette fois-ci il n’y a même plus de compassion ou de « pensées » pour les victimes de Daech qui ne sont pas toutes chrétiennes.

Les autres partis ont été plus discrets. Avant la manifestation du samedi 5 septembre, les écologistes en Alsace ont appelé à ce que Strasbourg et l’Alsace participent à l’accueil des réfugiés, mais ne se sont pas agités ensuite sur la question. Le Front de gauche a toujours défendu une politique plus souple que les actions mises en place en ce moment en Europe. Mais l’institution garante de l’accueil de migrants est l’État à travers la préfecture, moins politique et plus discrète. Pour l’instant les dispositifs d’accueil en dehors de la région parisienne ne sont pas encore connues. La réunion du ministre de l’Intérieur avec les maires concernés samedi 12 septembre devrait nous en apprendre davantage.