Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

À Strasbourg, de graves défaillances dans la protection des femmes victimes de violences

À Strasbourg, de graves défaillances dans la protection des femmes victimes de violences
Solidarité femmes 67 a produit un rapport accablant sur l’état du systême de mise à l’abri des femmes victimes de violences.

Dans un rapport rendu public le 21 janvier, l’association Solidarité femmes 67 pointe de multiples faiblesses du système d’hébergement d’urgence des femmes victimes de violences dans le Bas-Rhin.

Des photos de jambes piquées par des punaises de lit. Des descriptions de portes qui ne ferment pas à clé. Des récits d’intrusions nocturnes dans les chambres pourtant dédiées aux femmes violentées et à leurs enfants. Publié le 21 janvier, le rapport de l’association Solidarité femmes 67 dénonce plusieurs défaillances dans l’accueil des femmes victimes de violences dans le Bas-Rhin. Et avec elles, une première conséquence : ces femmes rentrent auprès de leur agresseur, faute de prise en charge adaptée.

Abonnez-vous

Cet article fait partie de l’édition abonnés. Pour lire la suite, profitez d’une offre découverte à 1€.

Contribuez à consolider un média indépendant à Strasbourg, en capacité d’enquêter sur les enjeux locaux.

    Paiement sécurisé
    Sans engagement
Abonnez-vous maintenant pour suivre l’actualité locale.

Déjà abonné⋅e ?

Connectez-vous

Rima Hassan à nouveau privée de salle pour une conférence à l’Université de Strasbourg

Rima Hassan à nouveau privée de salle pour une conférence à l’Université de Strasbourg
Rima Hassan au Parlement européen en octobre 2024.

L’eurodéputée Rima Hassan a été invitée à donner une conférence sur « La question palestinienne au sein de l’Union européenne » dans un bâtiment de l’Université de Strasbourg jeudi 13 février. Mais cette conférence n’aura pas lieu, l’université estimant que les conditions de sécurité ne sont pas remplies.

L’eurodéputée Rima Hassan devait donner une conférence jeudi 13 février dans un bâtiment du campus de l’Esplanade à l’invitation du Comité Palestine Unistras. Programmée à 18h, cette conférence portait sur « La question palestinienne au sein de l’Union européenne ».

Mais cette conférence ne devrait pas pouvoir se tenir. L’Université de Strasbourg a indiqué lundi soir à Rue89 Strasbourg que la réservation de la salle avait été annulée par l’administration, restée sans réponse de la part du Comité Palestine Unistras après des exigences formulées sur les conditions d’accueil et de sécurité. L’Université considère donc cette réservation de salle comme caduque.

Contacté, le Comité Palestine Unistras n’a pas répondu aux sollicitations de Rue89 Strasbourg. Après avoir essuyé un premier refus en novembre, il s’était cette fois associé au syndicat d’étudiants Alternative étudiante Strasbourg (AES), pour sécuriser la rencontre et endosser la responsabilité de l’événement pour l’administration.

Un rassemblement protestataire annoncé

Mais la venue de Rima Hassan, qui défend la cause palestinienne à chacune de ses interventions, semble déclencher à chaque fois l’ire de certains collectifs, associations ou d’élus, de droite généralement puisque l’eurodéputée est membre de La France insoumise (LFI). Pour cette conférence, Rima Hassan devait d’ailleurs être accueillie par un rassemblement de protestation organisé par le Comité représentatif des institutions juives (Crif) d’Alsace.

Dans un communiqué publié vendredi, le Crif Alsace indique que les propos de l’eurodéputée sont des « discours idéologiques, haineux et menaçants [qui] n’ont pas leur place dans l’enceinte d’une université ». Le Crif Alsace, qui a invité en juin la chercheuse Florence Bergeaud-Blackler à Strasbourg pour évoquer l’entrisme de l’islamisme, estime que Rima Hassan flirte avec « l’apologie du terrorisme » et l’antisémitisme. Le Crif Alsace a donc demandé à l’université de ne pas recevoir Rima Hassan.

Une responsabilité à établir

De son côté, Rima Hassan dénonce à Rue89 Strasbourg « les pressions du Crif Alsace » sur la présidence de l’université :

« L’objectif est de provoquer de l’insécurité pour empêcher la tenue de mes conférences, et de me faire porter la responsabilité de ces troubles. Sauf que ce n’est pas moi qui les provoque. Quand je suis interdite de conférence, je saisis le tribunal administratif qui me donne raison. Je constate que malgré ça, l’université refuse de dialoguer de la situation en Palestine au sein de son propre campus. »

Selon Rima Hassan, les étudiants organisateurs avaient jusqu’à mercredi 12 février à 16h pour envoyer à l’administration de l’université les modalités de la conférence et la liste des personnes inscrites. Dans une décision du 30 janvier de Michel Deneken, président de l’Unistra, que Rue89 Strasbourg a pu consulter, la tenue de cette conférence avait effectivement été accordée par la présidence « sous réserve des obligations fixées ». L’université assure de son côté avoir relancé trois fois les étudiants organisateurs sans obtenir de réponse.

La décision de l’Unistra

La brigade financière enquête sur le centre socio-culturel de l’Elsau, empêtré dans des conflits d’intérêts

La brigade financière enquête sur le centre socio-culturel de l’Elsau, empêtré dans des conflits d’intérêts
Fin novembre, le salle de street workout était fermée suite à des dégradations commises dans le csc.

La police judiciaire de Strasbourg enquête sur les conflits d’intérêts et d’autres potentielles malversations au sein du centre socio-culturel de l’Elsau. Plusieurs voix s’élèvent pour que la gestion du centre soit confiée à une nouvelle association.

La police judiciaire de Strasbourg enquête sur la gestion du centre socioculturel (CSC) de l’Elsau. Depuis juin 2024, plusieurs anciens salariés de cette association pivot de ce quartier populaire de Strasbourg ont passé une demi-journée dans les locaux de la PJ. Ces investigations font suite au signalement auprès du procureur de l’association « Centre social et culturel de l’Elsau » par ses principaux financeurs (Ville de Strasbourg, Caisse d’allocations familiales, Collectivité d’Alsace et préfecture du Bas-Rhin).

L’enquête en cours s’appuie notamment sur les deux audits menés en 2023 par des cabinets indépendants. Leurs conclusions ont été relayées par Rue89 Strasbourg : dépenses et décisions intraçables, déclarations invérifiables… Le tout dans une structure empêtrée dans les conflits d’intérêts. Depuis la fin des années 90, l’ancienne directrice du centre Pierrette Schmitt a installé une gestion clanique du CSC avec l’appui de la famille Yahyaoui. Cette dernière avait plusieurs représentants au sein du centre, dont Badr Yahyaoui en tant que travailleur social et salarié, et son épouse Soumia Yahyaoui, membre du conseil d’administration et aujourd’hui présidente de l’association « Centre social et culturel de l’Elsau ». Ces conflits d’intérêts sont au cœur des pistes qu’explore la brigade financière au fil de ses auditions.

Le parachute doré de Pierrette Schmitt

Cet article fait partie de l’édition abonnés. | Déjà abonné ? Connectez-vous

Abonnez-vous maintenant pour poursuivre votre lecture

Abonnez-vous

Abonnez-vous maintenant pour suivre l’actualité locale.

Déjà abonné⋅e ?

Connectez-vous
,

En Allemagne, l’alliance improbable entre une activiste climatique et une policière

En Allemagne, l’alliance improbable entre une activiste climatique et une policière
À 24 ans, Hannah est « activiste climatique à temps plein ». Malgré son aversion pour la police, elle s’est liée d’amitié et a écrit un livre avec une policière.

Lisez la suite pour 1€ seulement

    Jouez un rôle actif dans la préservation de la pluralité médiatique Plongez en illimité dans nos articles et enquêtes exclusives Participez librement à la discussion grâce aux « identités multiples »

Je m’abonne 

Abonnez-vous maintenant pour suivre l’actualité locale.

Déjà abonné⋅e ?

Connectez-vous

L’exposition Mésotopies à Apollonia : une immersion dans l’entre-deux

L’exposition Mésotopies à Apollonia : une immersion dans l’entre-deux
Photographie argentique issue de la série « Fugue »

À partir de vendredi 8 février jusqu’au dimanche 2 mars, l’Espace Apollonia accueille l’exposition Mésotopies et se transforme en lieu de passage immersif et introspectif. Le public est plongé dans une dimension suspendue qui questionne ses propres états émotionnels et existentiels.

Dans un monde où les repères vacillent et se redessinent, où les jours filent à toute allure, chaque instant s’échappe et la vie bascule sans cesse dans des périodes de doutes et de changements. Toujours situés entre hier et demain, nous sommes tous et toutes confrontées – consciemment ou non – à des étapes éphémères et flottantes. 

Appelées Mésotopies – du grec mesos (milieu) et topos (lieu) – ces interstices suspendent le temps dans le présent et ouvrent un champ d’introspection. Le mot, spécialement inventé pour l’exposition, sert de clé de lecture : il désigne un espace intermédiaire physique, symbolique ou imaginaire, qui interroge les conditions personnelles, les périodes passagères et les rapports au monde.

Les artistes exposés – Pablo Airut, Feuille Bauer, Pierre Gabriel Bibal-Sobeaux, Ugo Caquais, Manon Chanthavong, Camille Chavent, Julie Delepine, Ambre Hanesse, Salim Hilali, Flora Le Pipec, Mélanie Taffin et Ariane Vercueil – explorent cette notion avec une approche sensible et intime à travers divers médias, comme la peinture, la photographie, l’écriture ou l’installation. Leurs œuvres traduisent cette zone floue et mouvante où les repères et les sens se brouillent.

Pensée comme un parcours sensoriel, la scénographie invite les visiteurs et les visiteuses à errer dans ce lieu d’exploration et à habiter l’incertitude. Apollonia devient alors un refuge et une œuvre à part entière où chacun·e est acteur·rice de son voyage intérieur par le biais des œuvres conçues comme des fragments de vie. Visible sur une courte durée, l’exposition Mésotopies propose de se pencher sur ses propres passages et d’y marquer une pause.

Le député PS Thierry Sother conspué par sa base après son refus de la censure

Le député PS Thierry Sother conspué par sa base après son refus de la censure
Le député PS de la 3ème circonscription du Bas-Rhin, Thierry Sother.

Depuis son refus de voter la censure du gouvernement, le député socialiste strasbourgeois, Thierry Sother, essuie de nombreuses critiques venant du comité Nouveau Front populaire de sa circonscription.

« J’ai été viré de la boucle de messagerie du NFP (Nouveau Front populaire, NDLR) dans ma circonscription… Ce sont des pratiques regrettables. » À part un léger soupir, le socialiste Thierry Sother ne laissera paraître aucun autre signe de lassitude. Depuis son refus de voter la première motion de censure contre le gouvernement de François Bayrou, le 16 janvier, le député de la 3ème circonscription du Bas-Rhin encaisse pourtant des salves de critiques nourries.

Sur les boucles de conversation de ses militants, des dizaines de messages dénonçant le choix du socialiste se suivent, usant de l’ensemble du champ lexical de la trahison. Plusieurs évoquent la « déception » vécue, demandent au député de se raviser. Ce dernier répond par un long message, pour justifier sa position et apaiser les tensions. En vain.

« Oui, mon choix m’a valu un certain nombre de commentaires, plus ou moins agressifs et haineux », reprend l’élu socialiste, qui revendique un « acte de responsabilité » en évoquant sa décision. « On n’a pas transformé ce budget de droite en un budget progressiste, mais on a essayé de diminuer les impacts. Et il y avait une nécessité de disposer d’un budget. »

Abonnez-vous

Cet article fait partie de l’édition abonnés. Pour lire la suite, profitez d’une offre découverte à 1€.

Contribuez à consolider un média indépendant à Strasbourg, en capacité d’enquêter sur les enjeux locaux.

    Paiement sécurisé
    Sans engagement
Abonnez-vous maintenant pour suivre l’actualité locale.

Déjà abonné⋅e ?

Connectez-vous

Élections agricoles : la FNSEA confirme son règne sur l’Alsace

Élections agricoles : la FNSEA confirme son règne sur l’Alsace
Près de 600 tracteurs avaient bloqué la M35 à l’appel de la FNSEA mardi 30 janvier 2024.

Le syndicat historiquement majoritaire remporte les élections de la Chambre d’agriculture en Alsace, avec même une progression dans le Bas-Rhin. La Coordination rurale a régressé dans le Bas-Rhin et progressé dans le Haut-Rhin, mais reste loin derrière.

Avec son opposition à la FNSEA, historiquement majoritaire, la Coordination rurale réalise une percée en remportant les élections à la Chambre d’agriculture dans 14 départements français ce 6 février. Le syndicat, parfois en lien avec le Rassemblement national, a été particulièrement exposé suite à l’organisation de blocages de routes dans le sud-ouest. Mais l’Alsace est loin d’être concernée par le phénomène, avec une très nette victoire de l’alliance FNSEA-Jeunes Agriculteurs (JA), selon les résultats publié sur le site des Chambres d’agriculture.

La FNSEA arrive largement en tête dans le Bas-Rhin, devant la Coordination rurale et la Confédération paysanne.

Dans le Bas-Rhin, le syndicat majoritaire, connu pour ses positions productivistes, a recueilli 69,16% des voix des agriculteurs, contre 63,54% en 2019. Il enregistre donc une progression par rapport au dernier scrutin. Environ 61% des inscrits ont voté, le même taux de participation qu’en 2019.

Légère baisse de la FNSEA dans le Haut-Rhin

Dans le Haut-Rhin, la liste FNSEA-JA recule un peu. Elle passe de 67,39% des voix en 2019 à 61,02% en 2025, avec un taux de participation de 50%. Les deux autres syndicats restent loin derrière. À l’inverse de la dynamique nationale, la Coordination rurale, a régressé dans le Bas-Rhin : 18,03% en 2025 contre 23,92% en 2019. Dans le Haut-Rhin, son score augmente de 15,17% en 2019 à 20,23% en 2025.

La Coordination rurale a enregistré une petite progression dans le Haut-Rhin, mais reste loin derrière la FNSEA.Photo : Capture d’écran / site des Chambres d’agriculture France

La Confédération paysanne, syndicat de gauche et écologiste, augmente très légèrement ses voix. Elle passe de 12,55% des suffrages en 2019 à 12,81% en 2025 dans le Bas-Rhin, et de 17,44% à 18,75% des voix dans le Haut-Rhin.

Des actions qui payent pour la FNSEA

Dans le Bas-Rhin, la liste FNSEA-JA obtient 15 sièges sur 18. La Coordination rurale aura 2 sièges, et la Confédération paysanne n’en aura qu’un seul. Dans le Bas-Rhin, 14 membres de la liste FNSEA-JA pourront siéger, contre 2 pour la Confédération paysanne et 2 pour la Coordination rurale. Ils pourront par exemple donner leur avis dans des commissions sur des démarches foncières ou sur des contrôles d’exploitations, notamment en cas d’agrandissement.

Localement, la stratégie de la FNSEA semble avoir payé. Le syndicat avait organisé des manifestations particulièrement impressionnantes au début de l’année 2024, pendant la mobilisation des agriculteurs, comme le blocage total de l’autoroute M35 par presque 600 tracteurs à Strasbourg. Avec des effectifs plus réduits, la Coordination rurale a fait quelques actions visibles, notamment en se rapprochant du Parlement européen en novembre 2024.

La Confédération paysanne est restée modeste, avec des rassemblements à Sélestat ou à Weinbourg. Elle a fait le choix de ne rien bloquer, et d’axer sa campagne sur des propositions concrètes, comme celle de la Sécurité sociale alimentaire.

Élections à l’Université de Strasbourg : une longueur d’avance pour Frédérique Berrod

Élections à l’Université de Strasbourg : une longueur d’avance pour Frédérique Berrod

La candidate proposée pour la succession de l’actuelle présidence de l’Université de Strasbourg obtient neuf sièges au conseil d’administration. Une avance confortable pour prendre la succession de Michel Deneken.

Les résultats définitifs seront annoncés par l’Université de Strasbourg (Unistra) dans la journée du vendredi 7 février. La veille au soir, les candidats des différentes listes avaient déjà réceptionné des résultats provisoires. Rapportés par les Dernières Nouvelles d’Alsace, ils donnent neuf sièges à la liste Inspire !, menée par l’actuelle vice-présidente en charge des Finances Frédérique Berrod. Arrivée en tête du scrutin qui s’est déroulé entre le 4 et le 6 février, la candidate et son équipe ont obtenu cinq sièges et une prime majoritaire de quatre sièges.

« Une majorité des électeurs souhaitent un changement »

La liste Au Pluriel a remporté quatre sièges au conseil d’administration de l’Unistra. Un résultat « un peu décevant » pour la tête de liste Mathieu Schneider, qui positive : « Sur les 1 856 voix exprimées, il y en a 1 050 pour Refonder et Au pluriel. Ceci signifie qu’une majorité des électeurs souhaitent un changement », analyse le vice-président Culture de l’Université. Mathieu Schneider veut rassembler autour de sa candidature :

« Il nous faut 19 sièges pour obtenir une majorité au conseil d’administration. Nous arriverons fort probablement à nous allier avec la liste Refonder (qui a remporté trois sièges, NDLR). Il faut maintenant trouver des voix parmi les organisations syndicales et étudiantes et faire élire nos personnalités extérieures. »

Concernant les organisations étudiantes, le syndicat étudiant AES est arrivé en tête du scrutin et obtient trois sièges. L’Afges arrive en deuxième position et prend deux sièges du conseil d’administration de l’Unistra. Le syndicat d’extrême-droite UNI récolte un siège.

Les organisations représentants le personnel auront aussi un rôle à jouer. Le syndicat SNPTES obtient deux sièges tandis que la CGT, l’Unsa, Précaires-Sud et la CFDT prennent un siège chacun au conseil d’administration.

L'Université de Strasbourg a publié le calendrier suivant pour l'élection de l'équipe présidentielle à la tête de l'Unistra :

"Le conseil d’administration se réunira le mardi 4 mars pour élire les personnalités extérieures membres du conseil d’administration, puis le mardi 18 mars pour élire le président ou la présidente de l'université. Le congrès se réunira le mardi 1er avril pour élire les vice-présidents et vice-présidentes de l’établissement." 

Le Club de la presse attribue à Thibault Vetter le prix pour un monde plus égalitaire

Le Club de la presse attribue à Thibault Vetter le prix pour un monde plus égalitaire
Thibault Vetter après avoir reçu le prix du club de la presse pour un monde plus égalitaire.

Une enquête sur l’exposition aux pesticides dans 30 communes alsaciennes a permis à Thibault Vetter de remporter le prix 2025 du Club de la presse pour un monde plus égalitaire.

« Je suis parti d’une question simple : est-ce que l’air des Alsaciens est contaminé aux pesticides ? » Jeudi 6 février, à l’hôtel de la Collectivité européenne d’Alsace, Thibault Vetter retraçait l’origine de l’article récompensé par le Club de la presse de Strasbourg : « Près de 30 communes alsaciennes fortement exposées aux pesticides ». Interrogé par Marie Zinck, lauréate du prix pour un monde plus égalitaire en 2024, notre journaliste spécialiste des thématiques environnementales a souligné la valeur de l’investigation à Rue89 Strasbourg :

« J’ai le luxe de travailler pour Rue89 Strasbourg qui est un journal taillé pour l’investigation. J’ai pu interroger un ensemble d’experts, d’associations… De fil en aiguille, je suis tombé sur l’association Solagro et sa carte de l’exposition aux pesticides. C’est ce temps long qui nous permet de sortir des enquêtes inédites, qui mettent en exergue des informations essentielles. »

Redoutable enquêteur, infatigable reporter

Diplômé d’une licence en biologie et d’un master en communication et journalisme scientifique de l’Université de Strasbourg, Thibault Vetter enquête depuis plusieurs années sur les effets néfastes de l’agriculture intensive sur l’environnement et la santé. Une curiosité qui puise aussi sa source à Schnersheim, son village d’origine, où l’on s’inquiète du lien potentiel entre cancer et agriculture. Il a ainsi consacré de nombreux articles aux conséquences de l’utilisation des pesticides sur la santé des habitants et des agriculteurs. Dans cet article, notre journaliste a ainsi révélé les chiffres sur le nombre de cancers dans la population d’agriculteurs en Alsace.

Infatigable reporter, Thibault Vetter publie aussi régulièrement des articles liés au logement et au sans-abrisme. Auteur de remarquables reportages qui donnent la parole à celles et ceux qui vivent dans des camps à Strasbourg, il enquête aussi avec détermination sur le mal-logement dans la capitale alsacienne et plus généralement sur la façon dont l’hébergement des plus fragiles peut être un business lucratif.

Dans un communiqué, le Club de la presse décrit ainsi la récompense attribuée à Thibault Vetter :

« Depuis trois ans, notre Prix pour un monde plus égalitaire récompense de jeunes journalistes pour le traitement d’un sujet lié aux inégalités, que celles-ci soient économique, sociale, géographique, environnementale, liées à l’âge, au genre, ou tout autre type d’inégalité. L’ambition est aussi d’encourager un traitement plus fréquent, plus pédagogique et plus original de ces sujets. Le prix est doté de 1 000€ grâce au parrainage de la Caisse d’Épargne Grand Est Europe. »

Au conseil de l’Eurométropole : budget, santé et tram nord

Au conseil de l’Eurométropole : budget, santé et tram nord
Avant l'examen des motions, une "communication" sera ouverte concernant le tram nord.

Le conseil de l’Eurométropole du 7 février démarre par un débat sur les finances de l’agglomération, marqué par un contexte national difficile. Par la suite, l’exécutif présentera sa nouvelle stratégie en matière de santé.

Après la chute d’un gouvernement, quelques renversements d’alliances et à grand renfort d’article 49.3, le projet de loi Finances (PLF) a fini par être bouclé dans la douleur. Définitivement adopté par le Sénat ce jeudi 6 février, le budget de l’État pourra permettre à l’Eurométropole (EMS) d’examiner le sien, dont le débat d’orientation budgétaire se déroule… le lendemain, au conseil de l’EMS du 7 février.

En plus d’un débat d’orientation budgétaire inédit, la vice-présidente en charge de la Santé, Françoise Schaetzel, exposera la nouvelle feuille de route de l’EMS en matière de santé, intitulé sobrement « Une seule santé ». En fin de conseil, la présidente de l’EMS Pia Imbs ouvrira également un temps d’échange sur le tram nord, plus d’un mois après que la commission d’enquête publique ait rendu un avis défavorable enterrant le projet pour un moment.

10 millions d’euros d’économie

« Pour la première fois dans l’histoire de la Vème République, ce PLF n’était pas disponible plus tôt pour nous permettre en amont d’intégrer les grands éléments », lance Pia Imbs en préambule, lors d’une conférence de presse organisée au Centre administratif, jeudi 6 février. Avec l’adoption définitive du PLF dans la matinée, l’horizon s’éclaircit tout de même et s’annonce difficile pour la collectivité.

L’Eurométropole va ainsi être « ponctionnée », d’une somme de « près de 10 millions d’euros », au nom d’un fond de résilience, ainsi que 5 millions d’euros pour la caisse nationale des retraites des agents des collectivités territoriales, explique le vice-président en charge des finances, Syamak Agha Babaei. Ce dernier ne précise pas encore la manière dont ces coupes budgétaires se feront sentir sur le budget. Il laisse tout de même comprendre que la politique évènementielle pourrait en pâtir et que des provisions budgétaires de 40 millions d’euros pourront être en partie mises à contribution.

Au niveau énergétique, les dépenses de l’EMS baissent de 22% pour s’établir à 15 millions d’euros. Même moindre, l’addition reste sensiblement supérieure aux dépenses énergétiques pour l’année 2019, chiffrées à 9 millions d’euros. Au-delà d’un contexte favorable pour les coûts de l’énergie, Syamak Agha Babaei met également en avant une stratégie d’achat plus flexible « au fur et à mesure, là où le marché est le meilleur », une diminution de la consommation d’énergie et le lancement d’une société publique locale d’énergie renouvelable. « Les variations du coût de l’énergie nous impacteront moins que d’autres collectivités. »

Pour la santé, une approche globale

Après cette présentation servant d’introduction au débat d’orientation budgétaire du lendemain, la conférence de presse bascule sur un autre sujet : la santé. À travers sa délibération « Une seule santé », présentée en début de conseil, l’exécutif veut prôner une approche holistique de la santé : il ne s’agit plus uniquement de santé humaine, mais aussi animale et environnementale.

Françoise Schaetzel résume ça d’une phrase : « Nous sommes malades parce que notre environnement est malade. » Au-delà des exemples évidents, comme le lien entre maladie respiratoire et pollution, la vice-présidente en charge de la qualité de vie et de l’air souligne par exemple l’incidence du bruit urbain, du chant des oiseaux ou du son des fontaines, sur la santé mentale ou les maladies cardiaques.

Avant d’être élue, Françoise Schaetzel est docteure et spécialiste de la qualité de l’air.Photo : Abdesslam Mirdass / Rue89 Strasbourg

Concrètement, en quoi consiste cette délibération ? Il s’agira essentiellement pour l’EMS d’adopter une nouvelle feuille de route, « d’intégrer » ses objectifs aux futurs projets de l’EMS et d’associer ensemble des services, des agents et des chercheurs sur ces thématiques.

Tram nord, toujours en débat

Cinq jours après leurs homologues du conseil municipal de Strasbourg, les élus de l’EMS auront également le loisir de s’écharper publiquement au sujet du tram nord. Encore. Après l’avis défavorable rendu par la commission d’enquête publique, Pia Imbs abordera l’avenir du projet, qui n’est pas enterré pour autant. L’exécutif défendra la mise en place d’une future convention citoyenne avec des participants tirés au sort.

Dans les rangs de l’opposition, on s’est déjà déclaré fermement hostile au projet, estimant qu’il s’agira d’un simple outil aux mains de l’exécutif.

Soupçonnée de pollution à l’amiante, Ritleng sous pression judiciaire

Soupçonnée de pollution à l’amiante, Ritleng sous pression judiciaire

Plusieurs salariés de Ritleng Revalorisations ont été sanctionnés après avoir dénoncé des risques au travail liés à l’amiante. La mairie de Rohr a porté plainte contre X pour mise en danger de la vie d’autrui début février.

Le 23 décembre 2024, la CGT de Saverne manifestait devant le site de l’entreprise Ritleng Revalorisations dans la commune de Rohr. L’objectif du syndicat était de soutenir trois employés convoqués à des entretiens préalables au licenciement. Ces derniers ont fait usage de leur droit de retrait après avoir découvert la présence d’amiante et de staphylocoques dans des déchets qu’ils trient et valorisent. La société est spécialisée dans le recyclage du gypse pour produire de nouvelles plaques de plâtre. Suite à la mobilisation de l’organisation syndicale, la direction de l’entreprise a maintenu sa gestion offensive de la problématique. Les salariés inquiets pour leur santé ont été sanctionnés, soit par des licenciements, soit par des mises à pied.

Rassemblement initié par la CGT pour soutenir les salariés de Ritleng Revalorisations, sous pression après avoir dénoncé leur exposition à l’amiante. Photo : Dorian Mao / Rue89 Strasbourg

Quatre salariés sanctionnés

Les trois salariés convoqués le 23 décembre étaient Baptiste Bell, chef d’équipe, Alexis Giteau, agent de la table de tri et Atef Labben, directeur des opérations et représentant du personnel CGT. Face à eux, la direction de Ritleng Revalorisations a nié tout danger lié à l’amiante pour les salariés de l’entreprise. Les convocations ont mené au licenciement de Alexis Giteau et à la mise à pied non rémunérée de Baptiste Bell et Atef Labben.

Le 16 janvier, Manal Bouranna, ingénieure au sein de l’entreprise, était convoquée pour un entretien préalable au licenciement. Elle avait révélé la présence de staphylocoques dans un fertilisant qui devait bientôt recevoir une autorisation de commercialisation. Elle n’avait pas fait usage de son droit de retrait mais avait été placée en arrêt maladie. En tant que travailleuse étrangère, cette fin de contrat met en péril le renouvellement de son titre de séjour. Un courrier reçu le 20 janvier confirme son licenciement pour faute grave.

Contactée, l’entreprise Ritleng Revalorsations n’a pas souhaité commenter les situations individuelles de salariés ou d’anciens salariés.

« Dès qu’il y avait une inspection, on recevait l’ordre de la direction, via nos talkies-walkies, d’arrêter toutes les installations. »

Atef Labben, représentant du personnel CGT chez Ritleng Revalorisations

Les inquiétudes des salariés de Ritleng Revalorisations paraissent légitimes tant les irrégularités constatées ces dernières années par l’inspection du travail sont nombreuses. Dans un rapport daté de septembre 2024, une inspectrice note tout d’abord la difficulté à effectuer un contrôle dans les conditions d’activité classiques de l’entreprise : « L’ensemble de la production était à l’arrêt pendant le contrôle ce qui ne nous a pas permis d’avoir une vision réelle des conditions de travail. » Un arrêt de l’activité qu’explique le délégué du personnel CGT Atef Labben : « Dès qu’il y avait quelqu’un de l’inspection qui entrait sur site, on recevait l’ordre de la direction, via nos talkies-walkies, d’arrêter toutes les installations. »

Des salariés sans formation

L’entreprise de recyclage a été rappelée à l’ordre à plusieurs reprises sur les risques liés à l’amiante. Fin 2019, l’inspection du travail a constaté la présence de déchets amiantés dans des prélèvements du 13 et 14 novembre 2019. Cette détection oblige l’employeur à organiser « l’information et la formation à la sécurité des travailleurs susceptibles d’être exposés à l’action d’agents cancérogènes », selon l’article R4412-87 du Code du travail. Une obligation que ne respectait pas Ritleng Revalorisation au moment de cette inspection. Sur ordre de l’inspectrice du travail en charge du dossier, la direction de l’entreprise avait mis en place une formation au risque amiante en 2020.

Fin 2024, les salariés mobilisés soulignaient à nouveau ce manque de formation au risque d’amiante. Selon Atef Labben, « entre 2020 et 2025, de nouvelles personnes sont arrivées et elles n’ont pas été formées ». Un rapport de l’inspection du travail daté d’octobre 2024 évoque des salariés formés au risque amiante dans la section production de l’entreprise. Mais les chauffeurs de Ritleng Revalorisations, qui réceptionnent les matériaux, manquaient toujours de cette formation obligatoire.

La société nous indique, par communiqué écrit, qu’une « nouvelle vague de formations a été mise en œuvre en décembre 2024, notamment pour les salariés dont la formation n’était plus à jour, ou pour qui elle n’avait pas encore été dispensée ».

Un manque de protection

Suite au contrôle mené fin 2019, l’inspection du travail souligne aussi la dangerosité du fort taux d’empoussièrement présent au sein de l’entreprise : « Il est manifeste au regard des dépôts de poussières dans l’usine que le risque lié à l’inhalation de poussières est un risque majeur à maîtriser. »

Pourtant, des photos datées de décembre 2024 montrent des employés qui travaillent autour d’une table de tri, toujours sans équipement de protection individuelle. Et la dangerosité liée à l’empoussièrement est encore décrite dans un rapport établi par l’inspection du travail en octobre 2024. Ce dernier évoque un système d’aspiration des poussières défectueux. Interrogé sur ce point, Ritleng Revalorisations assure :

« L’exposition à la poussière fait également l’objet d’une amélioration continue des moyens de protection collectifs (MPC) au niveau de la cabine de tri, en complément du système d’aspiration déjà en place et en état de fonctionnement : ajout de purificateurs d’air, travaux en cours pour la mise en place d’un système de ventilation tempérée pour plaquer au sol les poussières résiduelles. »

Les rapports de l’inspection du travail en 2019 et 2024 demandent enfin à l’employeur d’établir une « fiche d’exposition » à l’amiante pour chacun de ses salariés. Selon le délégué du personnel CGT Atef Labben, cette mesure n’a pas été mise en place.

Un contrôle défaillant des déchets

Dans des articles publiés suite à la mobilisation de la CGT, Ritleng Revalorisations explique que « l’amiante qui peut, par accident, arriver dans l’entreprise avec des débris de fibrociment, est gérée et traitée avec la plus grande vigilance et selon des process bien définis ». Or, selon un rapport de la Direction régional de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal), daté du 5 novembre 2024, la procédure de détection des déchets amiantés est inefficace :

« L’inspection a assisté à la réception d’un chargement de déchets de plâtre en mélange. En cas d’arrivée d’un déchet non admissible, la personne présente dans la chargeuse regarde rapidement le déchargement du camion, mais il ne s’agit pas clairement d’une opération d’admission des déchets. »

L’inspecteur de la Dreal a constaté 15 irrégularités au cours de sa visite de l’entreprise fin 2024. Au-delà de l’inefficacité du processus d’admission des déchets, Ritleng Revalorisations ne respecte pas plusieurs arrêtés préfectoraux : la société de traitement de déchets n’a pas suivi la mise en demeure préfectorale d’octobre 2023 concernant les limites cadastrales de son activité. La gestion des poussières reste aussi problématique puisque l’agent de la Dreal a constaté d’importantes traces de plâtre sur la route de sortie du site.

La rivière Rohrbach polluée

Cet article fait partie de l'édition abonnés. | Déjà abonné ? Connectez-vous

Abonnez-vous maintenant pour poursuivre votre lecture

Abonnez-vous
Abonnez-vous maintenant pour suivre l’actualité locale.

Déjà abonné⋅e ?

Connectez-vous

Horizon Amitié condamnée trois fois pour harcèlement moral

Horizon Amitié condamnée trois fois pour harcèlement moral
Depuis plusieurs années, la direction d'Horizon Amitié est souvent mise en cause par les salariés pour son management.

Dans trois affaires, Horizon Amitié a été condamnée pour harcèlement moral ce 14 janvier. La cour d’appel de Colmar a aussi estimé que les trois employées plaignantes ont été licenciées sans justifications objectives.

En novembre 2024, Rue89 Strasbourg publiait un article sur la détresse psychique des salariés d’Horizon Amitié, prestataire majeur de l’aide sociale à Strasbourg. Quelques jours plus tard, la direction de l’association faisait parvenir un droit de réponse dénonçant un acharnement de notre journal (voir tous nos articles et enquêtes sur le sujet). Elle se défendait en arguant que toutes les accusations de « management violent et contestations de licenciements auprès des Prud’hommes et de la cour d’appel ont été rejetées ».

Mardi 14 janvier, cette stratégie de communication d’Horizon Amitié a essuyé un sérieux revers. La cour d’appel de Colmar a condamné l’association pour harcèlement moral dans trois affaires différentes. Les trois employées concernées avaient été licenciées entre octobre et décembre 2019. Céline, Marie et Louise (leurs prénoms ont été modifiés) étaient travailleuses sociales dans un centre d’hébergement situé à Lingolsheim. Les conclusions des magistrats sont accablantes pour la direction d’Horizon Amitié.

Menaces de licenciements

Abonnez-vous

Cet article fait partie de l'édition abonnés. Pour lire la suite, profitez d'une offre découverte à 1€.

Contribuez à consolider un média indépendant à Strasbourg, en capacité d'enquêter sur les enjeux locaux.

    Paiement sécurisé
    Sans engagement
Abonnez-vous maintenant pour suivre l’actualité locale.

Déjà abonné⋅e ?

Connectez-vous
,

Rassemblement jeudi 6 février pour loger des élèves sans-abri du collège Kléber

Rassemblement jeudi 6 février pour loger des élèves sans-abri du collège Kléber
La famille sans-abri concernée a vécu au camp Krimmeri jusqu'à son démantèlement.

Un collectif de parents d’élèves appelle à manifester devant le collège Kléber pour alerter sur la situation d’une famille à la rue. Le rassemblement a lieu jeudi 6 février à 7h30.

Collège Lezay Marnesia, école Saint-Jean ou Albert Le Grand… Les mobilisations se suivent et se ressemblent. Pour pallier la défaillance de l’État en matière d’hébergement d’urgence, des parents d’élèves et des enseignants se mobilisent pour loger des enfants et leurs parents sans-abri. Ce jeudi 6 février, à 7h30, c’est devant le collège Kléber que le collectif Parents Indépendants Kléber et la FCPE appellent à manifester, afin de trouver un toit pour deux collégiennes de 13 et 15 ans, leur sœur de deux ans et demi et leurs parents.

Le collectif Parents Indépendants Kléber a créé une cagnotte fin janvier. 75 personnes ont participé pour réunir une somme totale de 3 530 euros. L’argent récolté a permis de loger la famille du 22 janvier à la mi-février. La mobilisation devant le collège Kléber vise à trouver une « solution plus pérenne ». Angélique, représentante des parents d’élèves du collectif, précise :

« La collégienne la plus âgée a alerté plusieurs professeurs sur le fait qu’elle dort dans une voiture avec sa famille. Ils vivaient au camp Krimmeri. Suite à l’évacuation, l’État les a orientés vers un centre d’aide pour le retour à Metz. Mais pour eux, le retour en Géorgie est impossible car ils sont en danger là-bas. Vu les températures qu’il faisait fin janvier, on les a mis à l’abri en urgence. On cherche à alimenter la cagnotte et on espère que quelqu’un va proposer son logement en location, avec l’association Les petites roues comme intermédiaire. »

,

Des néonazis alsaciens jugés pour un projet d’attentat contre une loge maçonnique

Des néonazis alsaciens jugés pour un projet d’attentat contre une loge maçonnique
Thibaud R. et Kévin C. se sont rencontrés au sein du groupuscule néonazi Division Nationaliste Révolutionnaire.

Huit personnes dont trois Alsaciens comparaissent devant le tribunal correctionnel de Paris depuis le 4 février. En 2021, ils préparaient l’attaque d’une loge maçonnique.

Mardi 4 mai 2021, 6h du matin. Le Raid, unité d’élite de la police nationale, mène une opération d’envergure dans une petite rue de la périphérie de Haguenau. Le but : interpeller Denis L. et son gendre, Thibaud R. Les deux sont surveillés par les services de renseignement du fait de leur appartenance à l’association Honneur et Nation, créée en 2019. Ils sont alors en train de préparer le « projet Alsace », nom de code d’un plan d’attentat contre une loge maçonnique à Thionville en Moselle.

Avec six autres personnes, ces deux Alsaciens comparaissent pour « association de malfaiteurs terroristes » devant la 16ème chambre du tribunal correctionnel de Paris depuis le 4 février. Le procès devrait durer jusqu’au 14 février. Au moment de leur interpellation, Denis L. et Thibaud R. n’avaient pas encore d’armes à leur domicile. Ils n’en étaient qu’au repérage et avaient activement cherché des armes et des explosifs.

Antisémitisme virulent

Peu avant son interpellation, Denis L. fait acheter des percuteurs pour MG42, des mitrailleuses allemandes de la seconde guerre mondiale. C’est un autre participant au « projet Alsace », basé aux États-Unis, qui se charge de l’acquisition.

Denis L. semble avoir fait du repérage près de la loge maçonnique visée d’après les enquêteurs. Ces derniers remarquent aussi chez lui un antisémitisme à peine dissimulé. Ils trouvent de nombreux symboles nazis dans sa maison. Selon Le Monde, les écoutes téléphoniques dévoilent des propos violents : « Ces putains de juifs tiennent le pays (…), j’aimerais bien me battre contre ces juifs, les détruire, passer les gazer », déclare-t-il par exemple.

Denis L. est en lien avec Rémy Daillet, célèbre complotiste et militant d’extrême droite, impliqué dans l’affaire Mia, où une jeune fille avait été kidnappée pour la rendre à sa mère qui en avait perdu la garde.

Quant au gendre de Denis L., Thibaud R., il arbore un tatouage nazi, et commence ses conversations sur les réseaux sociaux en écrivant SH, pour « Sieg Heil », le salut nazi. Un jour, il affirme à un interlocuteur : « S’il faut aller au cachot, autant y aller pour avoir fumé des youtres [qualificatif injurieux pour désigner les juifs] ou des FM [francs-maçons], pas pour avoir tapé un “Sieg”. » Comme nous le révélions en 2021, Thibaud R. a figuré sur la liste Front national pour les élections municipales de Haguenau en 2014. Il était membre par le passé du groupuscule néonazi Division nationaliste révolutionnaire.

Des prévenus avouent

Un troisième Alsacien, Jérôme G., couvreur à Mulhouse, est prévenu dans cette affaire. Denis L., Thibaud R. et le prévenu basé aux États-Unis, Robert K., nient tout projet d’action violente. Ils reconnaissent cependant le caractère excessif de leurs propos. Les cinq autres accusés ont avoué, en garde-à-vue, le projet d’assaut contre une loge maçonnique. L’association Honneur et Nation a été dissoute à l’été 2020.

La vie en suspens de Reyhan, artiste à Strasbourg et menacée d’expulsion vers l’Iran

La vie en suspens de Reyhan, artiste à Strasbourg et menacée d’expulsion vers l’Iran
Reyhan, actrice iranienne dans l'incertitude de son statut.

Alors que les procédures concernant le droit au séjour des étrangers se durcissent de plus en plus, le cas de Reyhan, artiste iranienne, prouve qu’intégration ne rime pas avec régularisation.

Depuis fin janvier, la vie de Reyhan est engagée sur un fil. Des deux côtés de l’abîme, il y a le départ de la France – contraint ou forcé – avec un aller-simple vers son pays de naissance, l’Iran, et l’incertitude sur un possible retour. Pour cette jeune femme de 30 ans qui a été plusieurs années à l’école en France, puis y a fait ses études supérieures et travaillé dans le domaine de la culture, la dernière visite à la préfecture ce 29 janvier a été un choc.

Elle devait demander un nouveau titre de séjour en vertu de son PACS avec son copain. Son interlocutrice a refusé sa démarche en lui disant qu’elle ne l’obtiendrait pas, parce qu’elle aurait dû le demander avant l’expiration de son précédent titre, le 24 janvier, ce qu’elle ignorait tant le droit des étrangers est complexe et changeant :

« Depuis, je sors et j’ai peur de me faire arrêter. Je n’ose plus aller en Allemagne et passer la frontière. J’ai vraiment tout fait pour m’intégrer, mais là je suis dans une situation que je ne pouvais imaginer dans mes pires cauchemars. »

Évoluer dans la ville en ayant peur de se faire arrêter, c’est un sentiment chevillé au corps de nombreux étrangers suspendus à des décisions de l’administration, parfois depuis de nombreuses années, parfois au gré des aléas des changements de loi.

Ancrage à Strasbourg

Le 23 janvier, la circulaire Retailleau, a encore restreint les critères d’admission exceptionnelle au séjour. Elle exige par exemple que les personnes soient présentes sur le territoire depuis sept ans au lieu de cinq. Elles doivent aussi être embauchées dans un « métier en tension », c’est à dire dont le secteur manque de professionnels disponibles.

Reyhan connaît bien Strasbourg. Elle y a ses habitudes. Mais elle doit désormais l’arpenter avec la peur au ventre. Peu importe qu’elle y possède un appartement, que sa sœur et ses neveux y vivent, sa maîtrise du français comme si c’était sa langue maternelle, son master, ses expériences professionnelles et ses engagements associatifs. Son cas illustre à lui seul l’hypocrisie des discours sur l’intégration, concept flou régulièrement mis en avant par les autorités pour conditionner la régularisation des étrangers.

Pour Reyhan, 30 ans, la dernière visite à la préfecture le 29 janvier a été un choc.Photo : Mathilde Cybulski / Rue89 Strasbourg

Avant de se retrouver dans cette situation, la jeune femme avait décidé de rejoindre une formation d’actrice, qu’elle suit actuellement. Au départ, elle a préféré taire sa situation, mais ça n’a pas été possible :

« Pour un exercice, il fallait se regarder dans les yeux avec un binôme et imaginer quel pouvait être le métier de l’autre. J’ai éclaté en sanglot, alors qu’il n’y avait rien de triste. J’ai raconté au groupe ce qu’il m’arrivait. Ils ont été très bienveillants et sympas. J’essaye de profiter à fond de ma formation depuis. »

Une enfance française

Abonnez-vous

Cet article fait partie de l'édition abonnés. Pour lire la suite, profitez d'une offre découverte à 1€.

Contribuez à consolider un média indépendant à Strasbourg, en capacité d'enquêter sur les enjeux locaux.

    Paiement sécurisé
    Sans engagement
Abonnez-vous maintenant pour suivre l’actualité locale.

Déjà abonné⋅e ?

Connectez-vous

Derrière la querelle sur les futures tours au Neudorf et à la Meinau, le procès de la verticalité

Derrière la querelle sur les futures tours au Neudorf et à la Meinau, le procès de la verticalité
Un chantier pour des logements à Koenigshoffen.

Au conseil municipal du lundi 3 février, deux délibérations évoquaient la construction de nouveaux ensembles de logements, dans les quartiers Neudorf et Meinau. La forme des futurs habitats nourrissent un vif débat sur la vision de la municipalité écologiste en matière d’urbanisme.

Dans le ciel bleu du Schluthfeld plane une menace couleur béton. À en croire le conseiller municipal d’opposition Pierre Jakubowicz (Horizons), le décor de ce bout de quartier pavillonnaire est en péril, avec l’émergence de nouveaux ensembles d’habitation démesurés sur une zone pourtant étroite.

Cet article fait partie de l'édition abonnés. | Déjà abonné ? Connectez-vous

Abonnez-vous maintenant pour poursuivre votre lecture

Abonnez-vous
Abonnez-vous maintenant pour suivre l’actualité locale.

Déjà abonné⋅e ?

Connectez-vous