Jazzdor propose 37 concerts et rendez-vous du 4 au 18 novembre, dans onze lieux à Strasbourg et alentour, mais aussi à Mulhouse et en Allemagne voisine. La programmation, toujours pointue, s’appuie sur des stars internationales, présentes en nombre pour cette 37e édition, mais aussi sur des talents locaux.
Les 162 musiciens et musiciennes programmés à Jazzdor proviennent des États-Unis, du Bénin, d’Allemagne, du Royaume-Uni, de Norvège, de Serbie, de Finlande, de Lituanie, de Suisse, de Belgique, de Pologne, du Japon, d’Inde et de France, parfois lointaine comme la Réunion et la Martinique. C’est l’âme du festival : offrir aux Strasbourgeois l’opportunité de voir en concert des artistes rares, mais aussi aux Mulhousiens et aux Offenbourgeois puisque Jazzdor essaime dans sept villes. Le festival donne cependant le plus souvent rendez-vous à la galerie Apollonia à la Robertsau, et au Fossé-des-Treize, quartier Tribunal.
Directeur de Jazzdor, Philippe Ochem détaille son ambition pour le festival :
« C’est une combinaison hétéroclite de styles, d’univers et de publics, mais avec en commun une forme d’exigence et un certain rapport à la musique et au jazz. Mis à part les concerts d’ouverture et de clôture, pour lesquels nous profitons de tournées, les artistes programmés se déplacent sur nos scènes partenaires à l’invitation expresse du festival. Certains concerts sont des créations qui seront présentées pour la première fois au public, d’autres sont des pièces existantes que nous essayons de programmer depuis plusieurs années. »
Parmi ces derniers, Philippe Ochem est heureux d’afficher cette année Lady M, l’opéra de chambre de Marc Ducret, qu’il essaie de programmer depuis trois ans. Cette pièce pour soprano, contre-ténor et petit orchestre, « raffinée, cérébrale et profondément sensuelle » est proposée dans l’écrin de la Cité de la musique, place de l’Étoile à Strasbourg, avec Kuu !, un quartet berlinois « post-moderne, détonant et provocateur. »
Marc Ducret sur scène et jamais loin
Marc Ducret est très présent dans cette 37e édition du festival, dont il a accompagné nombre d’artistes installés ou émergents. Il sera d’ailleurs à l’affiche la veille au même endroit, en invité avec Claudia Solal d’une première française de The Killing Popes. Ce groupe berlinois de free jazz organisé autour du batteur et compositeur Oliver Steidle, et du claviériste Dan Nicholls, oscille entre bruitisme et punk rock.
Chris Potter, Dave Holland, Eric Harland et Lionel Loueke Photo : Govert Driessen
À noter également, le concert d’ouverture vendredi 4 novembre, qui en mettant sur la même scène le contrebassiste Dave Holland, le saxophoniste Chris Potter, le guitariste Lionel Loueke et le batteur Eric Harland, réalise une sorte de fantasme pour de nombreux amateurs de jazz. L’unique album de cette formation anglo-saxonne, nommé Aziza et sorti en 2016, est une démonstration de générosité, entre classicisme des formes et contemporanéité des sonorités, dans une enveloppe funk.
Même explosion de générosité et d’artistes pour le concert de clôture vendredi 18 novembre, avec Black Lives – from Generation to Generation. Une formation avec quinze musiciens noirs sur scène, américains, martiniquais, sud-africains ou haïtiens, aux influences très diverses (musique africaine, hip-hop, jazz, funk, rock, jungle, blues…) mais tous unis dans ce projet démonstratif de l’éclectisme de la communauté afro-diasporique contemporaine.
Les surdoués de la scène locale
Comme à chaque édition, Jazzdor programme aux côtés de ces talents internationaux, des talents strasbourgeois. Cette année, le pianiste Matthieu Mazué sera en quartet avec le saxophoniste new-yorkais Michael Attias mercredi 9 novembre. Le lendemain, c’est le pianiste Erwin Siffer qui présentera une création, le « Projet Bartok » avec Gaspard Beck. Ce dernier est reprogrammé en duo avec la saxophoniste Laure Fischer le samedi 12 novembre.
La préfecture du Bas-Rhin a interdit aux supporters de l’Olympique de Marseille d’être présents samedi au centre-ville de Strasbourg. Ils doivent se regrouper avant d’être escortés au stade de la Meinau par la police.
Le football n’est pas vraiment une fête pour la préfecture du Bas-Rhin ! Craignant des débordements violents à l’occasion du match de l’Olympique de Marseille (OM) contre le Racing club de Strasbourg (RCSA) samedi 29 octobre, la préfète du Bas-Rhin a pris un arrêté excluant les supporters marseillais ou s’affichant comme tels du centre-ville.
Dans cet arrêté daté du mercredi 26 octobre, Josiane Chevalier n’entend pas « détourner de ses missions prioritaires [les policiers] pour répondre à des débordements liés au comportement de supporters dans le cadre de rencontres sportives ou à gérer une foule d’individus prompts à l’affrontement avec des supporters adverses ».
En décembre 2021, l’OM l’avait emporté 2 à 0 contre le RCS – Les supporters Marseillais avaient été interdits de stade et des Strasbourgeois avaient pu occuper le virage « visiteurs ». Photo : JFG / Rue89 Strasbourg / cc
Historique de confrontations
La préfète rappelle les précédents : des rixes aux abords de la Meinau avant la rencontre du 15 octobre 2017, l’escorte des supporters strasbourgeois hors du Vélodrome par des policiers parce qu’ils étaient pris pour cibles en janvier 2018…
Pour la préfecture du Bas-Rhin, chaque rencontre OM – RCS présente un risque élevé de troubles à l’ordre public. La préfète a donc interdit les supporters de l’OM, ou toute personne « se comportant comme tel, de circuler ou stationner sur la voie publique » à la gare centrale et autour, dans le périmètre de la Grande-Île ainsi qu’à la Krutenau, et aux abords du stade de la Meinau.
Entre outre, 600 supporters maximum de l’OM sont autorisés à gagner la Meinau mais après avoir été regroupés avant d’être convoyés et escortés par les forces de l’ordre jusqu’au stade. Le regroupement des bus de supporters est prévu sur l’aire de services du Haut-Koenigsbourg de l’A35. Les supporters marseillais devront en outre quitter Strasbourg directement après la rencontre.
L’arrêté du 26 octobre de la préfecture du Bas-Rhin
Après deux ans de fermeture, 40 millions d’euros de travaux de désamiantage et 160 de surcoûts, les responsables syndicaux de l’incinérateur ont appris début octobre qu’il restait encore de l’amiante dans l’un des fours de l’installation.
De septembre 2016 à juin 2019, le groupe Séché a dû cesser l’activité de l’incinérateur de l’Eurométropole de Strasbourg pour procéder au désamiantage de l’installation. Travaux de désamiantage (40 millions d’euros), détournement des déchets ailleurs (110 millions) et indemnisation d’entreprises chauffées par la vapeur produite par l’usine (53 millions)… L’opération a coûté près de 200 millions d’euros à l’Eurométropole de Strasbourg.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Pour la deuxième édition dont elle gère l’organisation, la municipalité écologiste tente de rendre le Marché de Noël un peu plus compatible avec les défis environnementaux. Crise énergétique oblige, elle installera moins d’illuminations pour l’édition 2022. Des commerçants auront la possibilité de faire collecter leurs biodéchets à destination du compostage ou de la méthanisation.
Après une édition 2020 avortée pour cause de Covid, l’édition 2022 du Marché de Noël n’est que la deuxième portée par la municipalité écologiste. À partir du vendredi 25 novembre 2022 ce sera « l’an 2 de la réinvention de cet événement qui accueille 2,5 millions de visiteurs », selon la maire Jeanne Barseghian (EE-LV), lors d’une conférence de presse ce jeudi 27 octobre. Entendre, une réinvention écologiste bien sûr. Les trois leviers d’action principaux pour réaliser cette transformation sont les produits commercialisés (provenance, mode de production, etc.), la consommation d’énergie et les déchets.
20% d’illuminations en moins pour la Ville
Son adjoint Pierre Ozenne (EE-LV), en charge de l’espace public et notamment de l’éclairage, explique que la municipalité installera « 20% de dispositifs d’illumination en moins, pour une consommation énergétique qui baissera de 10% » sur les espaces dont elle a la charge.
Mais cette mesure n’impactera pas l’association de commerçants des Vitrines de Strasbourg, qui gère une grande partie des illuminations des rues du centre-ville. Pierre Ozenne précise pour la partie Ville :
« Nous allons surtout enlever de petits équipements d’éclairage sur des façades et des lampadaires qui teintent l’ambiance lumineuse, par exemple au quai des Bateliers. L’illumination du sapin de Noël deviendra plus sobre de 23h à 1h et s’éteindra de 1h à 5h. Les autres illuminations de la Ville s’éteindront à 23h. Une partie du matériel restera en place toute l’année pour éviter la mobilisation de moyens humains et d’engins dans les processus de désinstallation et d’installation. Si on se rend compte que les dispositifs se dégradent plus vite, on reviendra dessus. »
La consommation énergétique des illuminations devrait diminuer de 10% pour l’édition 2022. Photo : TV / Rue89 Strasbourg
Autre nouveauté teintée d’écologisme, une expérimentation sur la collecte des déchets alimentaires place Broglie et place de la Cathédrale, à destination du compostage ou de la méthanisation. Les exposants vendant de la nourriture à consommer sur place disposeront, s’ils le veulent, de contenants pour les biodéchets. Des vélos cargo collecteront les aliments jetés quatre fois par semaine, « ou plus si nécessaire ».
Pas d’interdiction de produit en 2022, une réglementation pour 2023
L’adjoint à la maire en charge de la coordination du Marché de Noël, Guillaume Libsig (Labo citoyen, divers gauche), rappelle que, « comme l’année dernière », les visiteurs pourront transformer leurs gobelets en dons pour des associations : plutôt que de récupérer leur consigne, ils pourront déposer les verres dans dix bornes de collecte, ce qui constituera un don de un euros pour chaque gobelet déposé. Certains gobelets connaîtront aussi une petite transformation écolo :
« Pour le Marché OFF, place Grimmeissen et au village du partage, place Kléber, les gobelets seront biodégradables et en matériaux bio-sourcés comme le maïs, pour éviter les perturbateurs endocriniens. »
Pour la règlementation tant décriée des produits, il faudra attendre 2023. D’après l’adjoint à la maire, « la Ville ne formulera pas d’interdictions en 2022 à quelques semaines de l’ouverture du marché, alors que les stocks des commerçants sont déjà constitués ». Jeanne Barseghian appuie que ces évolutions sont demandées :
« 400 Strasbourgeois ont participé à une consultation sur le Marché de Noël. Ce qui revient en premier, c’est la nécessité de revoir le type de produits proposés, pour qu’ils soient plus artisanaux, locaux et qualitatifs. Cette année, une commission passera voir chaque commerçant pour discuter avec eux et faire l’inventaire de ce qu’ils vendent, pour voir comment ils peuvent se renouveler si nécessaire. Un jury citoyen de 50 personnes est aussi associé à la réflexion et livrera ses conclusions au printemps 2023. C’est suite à tout ce travail que nous tirerons la nouvelle réglementation pour les produits de l’édition 2023. »
De gauche à droite, les élus Guillaume Libsig, Jeanne Barseghian et Pierre Ozenne ont annoncé les nouveautés de l’édition 2022 du Marché de Noël de Strasbourg ce 27 octobre. Photo : TV / Rue89 Strasbourg
Un agencement similaire à l’édition 2021
Dans la disposition des chalets, l’édition sera similaire à celle de l’année précédente, à savoir une répartition sur 14 places. « Les retours ont été très bons concernant la fluidité que nous avons apporté avec les chalets plus espacés, la dédensification de certaines places, l’élargissement des allées de circulation piétonnes », explique la maire. Guillaume Libsig ajoute : « Nous allons continuer sur ce modèle, et déployer une trentaine de zones de convivialité, notamment pour manger ou boire plus facilement. »
Autre changement notable : les squares Louise Weiss et Suzanne Lacore accueilleront le « Village de l’Avent » où se tiendront des ateliers de création de décorations, des spectacles de théâtre, des concerts ou encore des lectures de contes.
Le dispositif de sécurité n’est pas encore clairement établi avec la préfète du Bas-Rhin. Jeanne Barseghian souhaite aussi une organisation semblable à l’édition 2021, qui marquait la fin des checkpoint sur les ponts et des fouilles systématiques.
Alors que le bureau de poste face à la Cathédrale doit fermer à la fin de l’année, un service de conciergerie avec des services postaux va ouvrir de l’autre côté de la place, dans la petite boutique rue Mercière.
Prévue pour la fin juin 2022, la fermeture du bureau de Poste place de la Cathédrale révélée par Rue89 Strasbourg a entraîné une réaction aux sommets de la Ville de Strasbourg et du groupe La Poste.
Après discussion et négociations, un service de conciergerie avec la plupart des services postaux s’implantera dans la boutique située à l’angle de la rue Mercière et de la place de la Cathédrale, ont annoncé la Ville de Strasbourg et le groupe La Poste jeudi matin. Propriété de la Ville de Strasbourg depuis le début des années 2000, ce local de 57 m², a d’abord hébergé la boutique Culture, puis des boutiques éphémères (Alsatrucs, puis Marmelade). Il est actuellement inoccupé.
Services postaux, réparation, aide aux personnes
Quels seront les services proposés ? La Ville a lancé un marché public désormais clos et procède à l’examen des dossiers. Parmi les certitudes, il y aura les services habituels de La Poste pour l’affranchissement, la dépose et le retrait de colis. L’élu en charge du quartier de la Grande-Île, Salem Drici (Place publique), évoque aussi la mise en relation pour des services de réparation de matériel électronique et électroménagers, ou encore avec des professionnels des services à la personne.
Dans le but de « créer du lien », les usages pourraient évoluer au cours du temps, avec la possibilité d’y implanter des « livraisons de paniers de fruits et légumes » ou de la « location de matériel ». En revanche, il ne devrait plus y avoir de distributeur de billets de banque, le secteur du centre-ville étant encore suffisamment pourvu en banques. Parmi les candidats, le groupe La Poste a postulé pour exploiter ce nouveau lieu. Il fera l’objet d’une aide de la collectivité, via un loyer modéré ou une subvention.
Après quelques mois de sursis, le bureau de poste fermera définitivement en fin d’année. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Ce type d’établissement s’inspire de la « conciergerie solidaire » ouverte fin 2021 au quartier Ampère au Neuhof. L’ouverture du lieu, dont le nom dépendra des propositions des candidats, est prévue en fin d’année 2022 ou début 2023, au moment de la fermeture du bureau historique.
Vers un retour place du Château
Cette évolution s’inscrit dans la stratégie du groupe La Poste, à savoir fermer les bureaux classiques et multiplier les « points de contact » (31 à Strasbourg), dans des enseignes qui proposent « des plages horaires que La Poste n’est pas capable d’assurer », détaille Dominique Adrian, délégué régional du groupe La Poste. En centre-ville, le bureau de poste de la rue du 22 Novembre fait l’objet d’une rénovation et deviendra le « bureau amiral » de Strasbourg, avec un « concept modernisé et épuré, » assure-t-il. L’inauguration est prévue le 22 novembre.
Ce sera un peu plus étroit dans la nouvelle conciergerie qui fera office de Poste. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Le contrat d’exploitation de la conciergerie sera de deux ans, extensible jusqu’à trois ans. À moyen terme, l’idée serait de faire retourner ces services postaux dans le bâtiment place du Château. « Plusieurs projets sont à l’étude » pour cet immeuble également détenu par la municipalité, explique Syamak Agha Babaei, premier adjoint en charge des Finances. Parmi ceux-ci, y déménager l’Office de tourisme, qui cherche aussi à évoluer. Un nouveau lieu d’accueil pour les visiteurs trouverait place au rez-de-chaussée. Et la conciergerie de la rue Mercière intègrerait alors le bâtiment place du Château.
La Ville de Strasbourg a réalisé, non sans peine, un « diagnostic médico-social » des personnes sans-abris vivant place de l’Étoile. Près de 200 personnes s’abritent sous des tentes et 43 enfants ont été dénombrés.
Dans un communiqué publié mercredi 26 octobre, la Ville de Strasbourg fait état des résultats d’un « diagnostic médico-social » du campement place de l’Étoile que la collectivité a réalisé jeudi 20 octobre avec Médecins du Monde, Agissons 67, Les Petites Roues et le Secours populaire.
Premier résultat : le campement compte au moins 193 personnes et ce, alors que la municipalité a transformé le gymnase du Heyritz en centre d’hébergement temporaire avec 100 places. Un dispositif qui, précise le communiqué, est « complet toutes les nuits. » Les services de la Ville ont reçu 111 personnes du camp de l’Étoile en entretien avec parmi eux, 43 enfants. Selon cette évaluation, « 31 ménages sur 47 rencontrent des problèmes de santé et 22 ménages sont sans couverture médicale ».
Le camp de l’Étoile le 14 septembre 2022 Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc
Sans nommer la préfecture ni l’État, en charge de l’hébergement d’urgence, le communiqué de la Ville de Strasbourg considère comme « inadmissibles ces situations de précarité et de vulnérabilité, encore plus déshonorantes dans la Capitale européenne des Droits de l’Homme » et rappelle « l’impérieuse nécessité de mettre les personnes à l’abri dans les meilleurs délais et de leur proposer des solutions d’hébergement adaptées à leurs besoins. »
Le camp de l’Étoile est l’un des endroits les plus visibles qui accueille des personnes vivant sans-abris, mais d’autres campements se sont créés à Strasbourg, notamment près des canaux, à Cronenbourg ou à l’entrée de Hautepierre.
Le centre pénitentiaire de Mulhouse Lutterbach avait été inauguré en grande pompe en avril 2021. Vanté et mis en avant comme établissement « pilote », car « favorisant la réinsertion des détenus », il s’avère dysfonctionnel un an après sa mise en service et sur-occupé à 170%. Bien au-delà des taux nationaux.
C’était une inauguration très médiatique. Lorsque le 20 avril 2021 le Premier ministre de l’époque, Jean Castex, et le Garde des Sceaux Éric Dupont-Moretti se déplacent sur le site de Mulhouse-Lutterbach, les surveillants pénitentiaires de la Maison d’arrêt de Mulhouse pensent alors que les choses vont peut-être, enfin, changer. Près d’un an après l’ouverture de ce nouveau centre pénitentiaire, force est de constater que les conditions sont pires qu’avant. Pour les détenus, comme pour le personnel.
Une prison prévue pour 520 places… avec près de 700 détenus
Sur le site de la préfecture du Haut Rhin en 2021, on peut lire que ce centre flambant neuf de 30 500 mètres carrés devait proposer « 520 places » et remplacer les vieillissantes maisons d’arrêt de Mulhouse et de Colmar.
Le Centre pénitentiaire de Mulhouse Lutterbach, mis en service le 11 novembre 2021, explose déjà avec plus de 170% d’occupation, et des surveillants en sous-effectifs (document remis).
Autre aspect mis en avant par les services de l’État : le nouvel établissement comptera sept quartiers, « dont un dédié aux femmes détenues, un autre aux mineurs incarcérés, et un ”quartier de confiance”, au sein duquel les détenus bénéficient d’une plus grande autonomie ».
Les premières images, publiées dans un article de L’Alsace en avril 2021, font apparaitre des cellules, colorées et propres. Un lit, une douche, un évier, un bureau, une télé. Tout ça, dans 9 mètres carrés. Sauf qu’après l’ouverture du nouveau centre, dès le 11 novembre 2021, les lits simples se sont transformés… en lits superposés comme l’indiquent à Rue89 Strasbourg des surveillants. Et au lieu des 520 détenus annoncés, ils sont à ce jour près de 700 dans le centre pénitentiaire.
« Des petites lampes en hauteur sur les murs, on s’était dit : c’est bizarre »
Les cellules individuelles des deux maisons d’arrêt ont en effet été doublées, immédiatement après l’ouverture. Au lieu des 100 détenus prévus par maison d’arrêt, ils sont 173 dans l’une, et 174 dans l’autre. Soit un taux de sur-occupation de 173 et 174%, bien supérieur au taux moyen d’occupation dans ces établissements qui est de 120%, selon l’Observatoire international des prisons.
Jean-Claude Roussy est le secrétaire général le syndicat Ufap Justice pour la région Grand Est :
« En visitant le centre au début, on a tout de suite vu qu’il y avait une deuxième lampe mise en hauteur, sur les murs dans les cellules. Évidemment, le dédoublement des cellules était déjà prévu… »
Des matelas au sol, « comme au camping ou lors d’une soirée pyjama »
Jean-Claude Roussy raconte qu’à ce jour, dans certaines cellules, les détenus sont même parfois trois. « On a des détenus qui dorment par terre. Ils sont onze, sur les deux centres de détention, à n’avoir qu’un matelas au sol », explique Jean-Claude Roussy.
Dans l’un des tracts du syndicat, diffusé le 10 octobre 2022, on peut lire :
« Bravo en tout cas pour ce bel outil qui devait lutter contre des conditions d’incarcération indignes, là pour le coup c’est réussi… Désormais, avec l’accord de la personne détenue (qui le croira vraiment ?), elle dort au sol sur un matelas, un peu comme au camping ou lors d’une soirée pyjama… »
Outre les conditions de vie pour les détenus, les syndicats dénoncent les conséquences pour la sécurité de tous :
« Derrière tous ces chiffres, il y a de l’humain. Cette proximité, entre trois détenus serrés dans une cellule de 9 m², forcément, ça implique des problèmes de violence. Entre détenus, et avec les surveillants. »
Jean-Claude Roussy, secrétaire général de la région Grand Est pour le syndicat UFAP Justice.
Une surpopulation carcérale invivable pour les surveillants
Car si le nombre de détenus a quasi doublé dans les centres de détention, celui des surveillants, lui, est resté stable :
« Il y a entre 35 et 40 agents qui travaillent chaque jour à Lutterbach. Si on fait un décompte rapide : il en faut déjà six, dans chacun des six bâtiments, pour gérer les postes d’information et de contrôle. Ensuite, il y a deux ou trois portiers par bâtiment, deux agents dans le véhicule d’intervention, un au parloir, un dans l’unité sanitaire, et un qui distribue les repas. Après ça, il en reste environ une vingtaine, pour gérer une population pénale de 700 détenus ! »
Un sous effectif problématique et dangereux pour Jean-Claude Roussy, qui explique selon lui le turn-over important parmi les agents affectés à l’établissement :
« Les demandes de mutation sont trop nombreuses : nous n’arrivons pas à garder le personnel sur cet établissement. Les gens qui avaient espéré un nouveau souffle en quittant les maisons d’arrêt de Colmar et Mulhouse, sont très déçus. À peine arrivés, ils demandent à repartir. »
Car une fois dans le bain du centre pénitentiaire de Lutterbach, les surveillants réalisent les impacts concrets de leur sous-effectif. En dehors des risques d’agressions multipliés et croissants (une agression en moyenne tous les cinq jours), il y a aussi des choix de poste, souvent impossibles à faire.
Un véhicule d’intervention… sans personnel pour le conduire
Dans cette prison ultra moderne, et construite avec l’idée de mieux réinsérer les détenus, exit le mirador à l’ancienne, et les filins anti-hélicoptère. À la place, un véhicule d’intervention pour faire des rondes, et pour intervenir en cas d’évasion, ou de bagarres entre détenus. Le problème ? « Techniquement, on n’est pas assez pour assurer la conduite de ce véhicule », souffle Sébastien Viol-Garayt. Il arrive parfois que ce véhicule soit vide.
Si les surveillants qui ont accepté de parler ont hésité à mentionner ce détail pour des raisons de sécurité, ils ont tout de même décidé de pointer du doigt cette conséquence qui pourrait avoir des effets gravissimes en cas d’incident sérieux.
Pour Sébastien Viol-Garayt, surveillant pénitentiaire depuis 2006, c’est du jamais vu :
« On préfère dépoiler un poste qui est pour nous important – un véhicule d’intervention, c’est important quand même ! – plutôt que de recruter. On vide des postes de sécurité ! Moi, je n’ai jamais vu ça, et pourtant j’ai travaillé dans des énormes prisons, comme à Clairvaux ou même Ensisheim ! »
Pas de cellule anti-suicide les six premiers mois
Quatre décès en un an. Dont deux suicides, survenus dans les six premiers mois. Ce sont les chiffres de Lutterbach. Là encore, pour le délégué local Ufap Justice, c’est la preuve d’un dysfonctionnement du centre pénitentiaire, qui a ouvert avant d’être prêt à accueillir autant de détenus.
« Normalement, lorsqu’on pressent un risque suicidaire chez un nouveau détenu, on le met dans une cellule spéciale, où ils ne peuvent pas se faire mal, avec un matériel pensé pour ça (matelas anti feu, pyjama en papier, draps et couverture indéchirables, NDLR). Mais là, nous n’en n’avions pas au début. Pourtant, l’administration a voulu qu’on entre tout de suite, avec tous les détenus ».
Jean-Claude Roussy, revient sur ce chiffre :
« Quatre morts en moins d’un an (les chiffres se sont arrêtés au 31 août 2022 NDLR), c’est énorme. En France, il y a 187 centres pénitentiaires. Imaginez, s’il y avait quatre morts par établissement chaque année, on serait à 748 décès dans les prisons françaises ! »
Enfin, les deux surveillants dénoncent des dysfonctionnements matériels graves, notamment au niveau des fenêtres. « On a fait l’expérience nous mêmes, il y a quelques mois, elles se démontent en 1 minute 30 avec un coupe-ongles et une fourchette ! », s’insurge Sébastien Viol-Garayt. Pour le surveillant, les conséquences seront, un jour, dramatiques.
« C’est censé être un établissement à sécurité adaptée. Ok, on ne met pas de barreaux aux fenêtres, parce qu’on fait confiance aux détenus. Sauf que dans ces cellules, on met des hommes qui n’ont pas le profil adéquat. Il y a notamment un détenu dangereux, qui purge une peine d’au moins dix ans de détention pour des faits graves, et il se retrouve dans un établissement comme celui-là, au rez de chaussée, avec des fenêtres sans barreaux et qui se démontent super facilement ! »
Réponse de l’administration pénitentiaire : « les conditions sont objectivement meilleures » qu’ailleurs
Contactée, la Direction interrégionale des services pénitentiaires (DISP) a répondu par écrit sur la suroccupation de Mulhouse-Lutterbach :
« Concernant la surpopulation, le surencombrement concerne surtout le quartier maison d’arrêt hommes. Il faut rappeler que l’administration pénitentiaire n’est pas à l’origine des peines prononcées. Nous sensibilisons régulièrement les autorités judiciaires sur cette situation. À notre niveau, nous orientons régulièrement les personnes condamnées vers les centres de détention de la région pour lutter contre ce surencombrement. »
Interrogée également sur les conséquences de cette surpopulation carcérale, la DISP répond :
« Il y a des incidents comme au sein de tout établissement pénitentiaire accueillant des publics parfois compliqués et difficiles. Les conditions de détention pour les détenus et de travail pour les personnels y sont objectivement meilleures que dans d’autres structures plus vétustes ; même si des marges d’amélioration existent. »
Enfin, sur le sous-effectif des surveillants pénitentiaires, ou encore les dysfonctionnements techniques et matériels, l’administration explique que ces problématiques « sont prises en compte, et que des solutions sont apportées, au fur et à mesure. »
Diplômée à Lille en 2012. Après Paris et Marseille, je me suis installée à Strasbourg en 2020. Je suis aujourd’hui indépendante en radio et web, pour Rue89 Strasbourg, Mediapart, Louie Media et France Culture. J’aime les reportages et les enquêtes au long cours, sur les sujets de société et sur notamment sur les violences sexistes et sexuelles.
Le collectif strasbourgeois de soutien aux Iraniennes et aux Iraniens en révolte organise une chaîne humaine dimanche, alors que la répression est toujours féroce en Iran.
Partout en France, des manifestations auront lieu samedi en soutien au peuple iranien en lutte. Partout, sauf à Strasbourg parce que le soir, le Racing club de Strasbourg reçoit l’Olympique de Marseille. Les militantes du collectif dont le slogan est « Femme, vie, liberté », ont choisi de ménager les forces de l’ordre et de décaler leur manifestation au lendemain.
Les Strasbourgeois sont donc appelés à afficher leur solidarité avec peuple iranien en participant à une chaîne humaine dimanche 30 octobre à 15h, quai des Bateliers à la Krutenau. De petits groupes devraient cependant se joindre, samedi, au mouvement national de soutien, par quelques performances place de la Cathédrale, devant le Parlement européen, etc.
Le collectif espère que le mouvement d’émancipation de la tutelle religieuse en Iran, débuté mi-septembre suite au meurtre par la police des mœurs d’une jeune fille qui refusait d’ajuster son voile, ne tombe pas dans l’oubli. Des voix s’élèvent face au silence qui menace cette mobilisation populaire spontanée, très durement réprimée par le régime des mollahs. Dans ce contexte, le fait qu’à Strasbourg la manifestation doive céder la place publique à un match de foot est un mauvais signal.
Le collectif de soutien strasbourgeois rappelle que la révolte compte de « nouvelles victimes parmi ses rangs chaque jour » et qu’à Strasbourg « des manifestations silencieuses ont lieu » avec « parfois la participation de citoyens et de citoyennes aux performances, ce qui les rendent encore plus belles ».
Résultat d’un appel d’offres et de la fusion de deux réseaux de chaleur, le nouveau réseau « Strasbourg Centre Énergie » démarre sa vie sans une partie de ses clients. Alors que le changement de délégataire impose de signer de nouveaux contrats, l’importante association des propriétaires du quartier de l’Esplanade s’estime lésée par la hausse du prix de l’abonnement et voudrait renégocier certaines dispositions contractuelles.
Depuis le 1er octobre, la chaleur continue d’arriver dans les appartements de l’Esplanade. Seul changement, invisible à l’œil nu, ce n’est plus la même société qui est chargée de fournir l’énergie. Un bouleversement peu fréquent puisque depuis 24 ans, c’est la Sete (Société nouvelle d’exploitation thermique de l’Esplanade) qui s’occupait de cette tâche. Place donc, et pour 20 ans, à un nouvel exploitant : Strasbourg Centre Énergies.
Mais à l’heure de recevoir les nouveaux contrats, l’association syndicale libre de l’ensemble résidentiel de l’Esplanade (Asere) est échaudée par certaines nouvelles conditions. L’association historique, qui gère les espaces verts, l’éclairage privé et les parkings du quartier, a donné pour consigne à toutes les copropriétés de ne pas s’engager immédiatement, pour mieux se faire entendre, craignant notamment des augmentations jugées injustes pour les Esplanadiens.
Strasbourg Centre Énergies est une société d’économie mixte (publique / privée), opérée par Réseau de chaleur urbain d’Alsace (RCU-A), une filiale du distributeur local de gaz R-GDS, associée à un énergéticien suisse. RCU-A s’est également vu attribuer en 2016 le réseau de chaleur du Wacken et sa centrale biomasse. Mais contrairement à la Sete, l’Eurométropole est désormais co-actionnaire (à hauteur de 34%), et assure la présidence de la société. La Banque des territoires complète le tour de table (15%).
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Dans un communiqué, le groupe strasbourgeois d’Extinction Rébellion revendique avoir retiré 200 publicités des panneaux dispersés un peu partout en ville. Cette opération, selon le groupe militant écologiste, vise à « sensibiliser le public à l’impact environnemental et énergétique de la publicité ».
La question de la consommation énergétique de la publicité est ressortie en écho au débat sur la sobriété énergétique, alors qu’une partie des panneaux publicitaires sont devenus des écrans, allumés constamment. Les panneaux ciblés par Extinction rébellion sont des affichages classiques, mais rétro-éclairés avec des néons.
Exemple d’un panneau démonté Photo : JFG / Rue89 Strasbourg / cc Exemple d’un panneau démonté Photo : JFG / Rue89 Strasbourg / cc Exemple d’un panneau démonté Photo : JFG / Rue89 Strasbourg / cc
Selon l’association, s’en prendre à la publicité en ville répond à plusieurs revendications :
« La publicité avec ces panneaux et écrans vidéo illuminés accaparent de l’énergie et des ressources précieuses dont les stocks s’amenuisent. Dans le contexte de restriction de consommation de l’énergie, leur extinction devrait être la priorité du gouvernement face aux besoins des personnes (chauffage, usages domestiques, etc.). La publicité entraine la destruction du monde vivant car elle incite à la surconsommation pour écouler des produits dont nous n’avons pas besoin et dont la production est coûteuse écologiquement. En outre, la publicité en ville nous est imposée : on ne peut pas y échapper alors qu’on ne l’a pas choisie. »
Lors du week-end du 22 octobre, Extinction rébellion Strasbourg a remplacé certaines annonces par des panneaux sur la coupe du monde de foot au Qatar, « afin de sensibiliser le public aux dégâts environnementaux et sociaux qu’a provoqué l’organisation de cet événement ».
Dans certains cas, des slogans rappelant les scandales liés à la coupe du monde de foot au Qatar ont été apposés Photo : XR / doc remis Dans certains cas, des slogans rappelant les scandales liés à la coupe du monde de foot au Qatar ont été apposés Photo : XR / doc remis Dans certains cas, des slogans rappelant les scandales liés à la coupe du monde de foot au Qatar ont été apposés Photo : XR / doc remis
Elles ont vécu l’enfer migratoire, puis le cauchemar de la traite prostitutionnelle. Ont été vendues et forcées à se prostituer pour rembourser des dettes fictives à des proxénètes Nigérians. Quand enfin ces femmes trouvent la force de sortir de ces réseaux, et demandent l’asile en France, elles ne l’obtiennent pas. Dans plus de 80% des cas.
Mary se souvient encore des juges de la Cour nationale du droit d’asile devant lesquels elle est passée en mai 2022. « Il y en avait une qui avait l’air de comprendre ce que j’avais vécu, et qui était dans la compassion. Les deux autres, pas du tout. » La jeune Nigériane de 28 ans est arrivée en France en 2018, après avoir été victime de traite prostitutionnelle en Italie pendant six longs mois, et un parcours migratoire traumatisant.
« Propos flous », « incohérence du récit », « peu convaincante »
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Diplômée à Lille en 2012. Après Paris et Marseille, je me suis installée à Strasbourg en 2020. Je suis aujourd’hui indépendante en radio et web, pour Rue89 Strasbourg, Mediapart, Louie Media et France Culture. J’aime les reportages et les enquêtes au long cours, sur les sujets de société et sur notamment sur les violences sexistes et sexuelles.
Ce sont des jeunes femmes qui pensaient venir en Europe pour étudier, travailler comme vendeuse ou coiffeuse. Mais à l’arrivée, elles se sont retrouvées prisonnières de réseaux de proxénétisme et ont mis des mois, voire des années, avant d’en sortir.
Winnel (tous les prénoms ont été modifiés) a 25 ans et de longs cils noirs. Cheveux longs et lissés, elle parle doucement, très bas, dans un anglais approximatif. « It’s broken english », explique-t-elle. Celui qu’on parle au Nigeria. La jeune femme vient de l’État d’Eddo. Tout comme Mary, 28 ans. Ces deux femmes ont accepté de témoigner. Raconter ce qu’elles ont vécu. De leurs parcours de migrantes, à leur exploitation par des réseaux de proxénétisme en Europe.
Si elles veulent parler aujourd’hui, c’est parce qu’elles essaient de s’en sortir, en demandant l’asile. Seule façon pour elles de recommencer une nouvelle vie. Sans danger de mort, ni menace pour elle ou leur famille.
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Diplômée à Lille en 2012. Après Paris et Marseille, je me suis installée à Strasbourg en 2020. Je suis aujourd’hui indépendante en radio et web, pour Rue89 Strasbourg, Mediapart, Louie Media et France Culture. J’aime les reportages et les enquêtes au long cours, sur les sujets de société et sur notamment sur les violences sexistes et sexuelles.
Alors qu’il venait observer la mobilisation lors d’une manifestation samedi, notre journaliste Guillaume Krempp a été menacé par des membres de Strasbourg offender, un groupuscule de hooligans néonazi et violent. Ces intimidations visent à faire taire notre travail sur l’extrême-droite et sa violence.
Après avoir rappelé que la manifestation de samedi 22 octobre en hommage à Lola, une adolescente tuée dans des circonstances horribles, était organisée par une faction de l’extrême-droite alsacienne, notre journaliste Guillaume Krempp s’y est rendu afin d’évaluer la mobilisation et de prendre quelques photos.
Sur place, des membres de Strasbourg offender, un groupuscule de hooligans néonazi et violent évoluant en marge du Racing Club de Strasbourg Alsace (RCSA), étaient présents et ont reconnu Guillaume. Ils l’ont immédiatement entouré pour l’intimider avant de le menacer. « Tu as de la chance qu’il y ait du monde, sinon on t’aurait déjà cassé les dents », lui a soufflé l’un d’entre eux tandis qu’un autre lui reprochait d’avoir fait un article sur son frère, arrêté dans le cadre d’une enquête pour trafic d’armes, et menaçait de le frapper immédiatement.
La peur et les pressions, techniques des groupes fascistes
L’échange a duré de longues minutes, alors que le rassemblement d’environ 80 personnes en hommage à Lola se déroulait avec notamment une prière. Guillaume doit son salut au caractère public de la manifestation et à la présence de confrères, dont notamment le reporter de France 3 Alsace. Mais que ce serait-il passé si notre journaliste avait été mis à l’écart ou s’il avait rencontré ces nervis d’extrême-droite seul ? Nous préférons ne pas y penser.
Des membres de Strasbourg offender en novembre 2020 lors d’une manifestation contre la loi Sécurité globale Photo : GK / Rue89 Strasbourg
Ces menaces et ces intimidations visent à faire taire Guillaume, dont le travail sur les hooligans en Alsace, et leurs ramifications avec le grand banditisme, est unique en Alsace. Les membres de Strasbourg offender s’imaginent sans doute que tout peut se résoudre avec des coups de pression et par la peur, c’est la stratégie bien connue des groupes fascistes. Déjà en 2017, notre confrère de Rue89Lyon, Laurent Burlet, avait été menacé par l’extrême-droite lyonnaise, qui était allée porter ces menaces à son domicile. L’extrême-droite n’aime pas la lumière sur ses agissements, ses militants savent très bien que c’est dans l’ombre qu’ils progressent.
Cette tentative de pression ne fonctionnera pas. D’abord parce que toute la rédaction de Rue89 Strasbourg est solidaire avec Guillaume, ensuite parce qu’il est plus que jamais déterminé à continuer son travail, qui démontre une nouvelle fois l’acuité de son utilité publique. Une plainte contre ces menaces a été déposée dès ce lundi auprès de l’Hôtel de police de Strasbourg.
Fruit d’un partenariat entre le Centre Paul Strauss et les Hôpitaux universitaires de Strasbourg, l’Institut de cancérologie de Strasbourg (Icans) réalise des bénéfices tout en faisant perdre près de neuf millions d’euros par an à l’hôpital public strasbourgeois.
Le partenariat entre le Centre Paul Strass et les Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS) pour créer l’Institut de cancérologie Strasbourg Europe (Icans) ressemble de plus en plus à un mariage forcé. En 2021, l’Icans était excédentaire de 1,17 million d’euros mais son fonctionnement provoque chaque année des pertes de plusieurs millions d’euros aux HUS.
Alors qu’une évaluation de l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) est en cours à l’Icans depuis le mois de septembre, le président de la communauté médicale des HUS, le professeur Emmanuel Andrès, a été interdit d’assister à une réunion avec les inspecteurs de l’Igas par le cancérologue et directeur de l’Icans Xavier Pivot, dont le salaire de 300 000 euros nets par an avait été révélé par le Canard Enchainé.
« Un partenariat déséquilibré qui porte en germe la discorde »
Jouez un rôle actif dans la préservation de la pluralité médiatiquePlongez en illimité dans nos articles et enquêtes exclusivesParticipez librement à la discussion grâce aux « identités multiples »
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Connue pour son utilisation de gigantesques pinceaux, Fabienne Verdier accroche ses toiles au musée Unterlinden de Colmar jusqu’au 27 mars. Retour sur Le chant des étoiles, une expérience visuelle et émotionnelle hors du commun.
En ce début d’automne, le musée Unterlinden invite à une balade étonnement méditative. À l’aube d’Halloween et des défilés de squelettes, fantômes et autres créatures macabres, Fabienne Verdier libère des craintes obsédantes de la mort.
Le chant des étoiles est l’aboutissement de trois ans de travail entre la commissaire de l’exposition Frédérique Goerig-Hergott et l’artiste peintre Fabienne Verdier. Destinée à prendre vie dans la salle de l’Ackerhof, avant d’être déployée dans l’entièreté de l’ancien couvent des Dominicaines, cette exposition est l’occasion de découvrir ou redécouvrir les toiles de la peintre française, entremêlées des chefs d’œuvres de l’Histoire de l’art. On ne sort pas indifférent de ce voyageentre terre et ciel.
Déstabiliser les représentations traditionnelles
Le Chant des étoiles est un cheminement spirituel où dialoguent les toiles de la peintre contemporaine avec les collections permanentes du musée Unterlinden, une grande majorité des œuvres datant des XVe et XVIe siècles.
Vue d’exposition, Rainbows et Grand Vortex d’Unterlinden Photo : Lucile Pabois
Formée à l’école des Beaux-Arts de Toulouse, puis, durant une dizaine d’années installée en Chine, Fabienne Verdier a retranscrit son apprentissage dans son ouvrage autobiographique, La Passagère du silence.Un récit qui permet de comprendre pleinement son travail. Cette initiation à l’art traditionnel chinois l’a amené à solliciter la force gravitationnelle, en quittant la peinture sur chevalet pour peindre debout, la toile posée au sol. Réalisées à l’horizontale et à l’aide d’incomparables pinceaux, ses œuvres abstraites et bicolores sont, pour la plupart, de tailles conséquentes. Le geste déployé est énergique, vivant, et n’hésite pas à déborder du cadre.
Adieu aux danses macabres et faucheuses
Par ce croisement temporel des représentations et des pratiques, Fabienne Verdier interroge le monde dans sa réalité mouvante et changeante. Un croisement, mais aussi un échange. L’artiste française puise notamment son inspiration dans les productions des grands maîtres du passé. Parmi eux, le Christ de douleur (vers 1480) de Simon Marmion, une peinture qui représente le Christ souffrant de ses blessures. À cela, Fabienne Verdier répond : Petit sang du Christ (2011), un petit tableau marqué d’un coup de pinceau rouge vif sur fond doré. Le supplice laisse place à la vitalité. Le sang qui coule n’est plus une annonce de mort, mais un symbole de vie. Adieu aux danses macabres, faucheuses, et autres représentations obscures qui mènent l’être humain à l’inanimé. On se sent vivant en parcourant Le chant des étoiles, une exposition qui questionne la perception occidentale de la mort.
Fabienne Verdier dans son atelier à Chambly Photo : Laura Stevens
La mort à travers le spectre lumineux
Très vite, Fabienne Verdier se passionne pour le panneau Transfiguration / Résurrection / Ascension de Grünewald sur le Retable d’Issenheim. Happée par l’auréole solaire déployée autour de la figure centrale, la lumière devient son terrain d’expérimentation pour Rainbows. Mais comment saisir les subtilités, la vérité énergétique de ces ondes colorées ?La réponse à ses interrogations réside dans son « choc du jardin ». Un jour, alors qu’elle arrose ce dernier, l’artiste fait face à un merveilleux spectacle. Le soleil derrière elle embrasse l’eau qui s’échappe du tuyau. De cette rencontre naît un arc-en-ciel. Dès lors, Fabienne Verdier se captive pour la composition de la lumière. Son ambition? Travailler les pigments cyan, magenta et jaune comme le spectre lumineux en optique.
Planche de carnet d’atelier 2021-2022, technique mixte sur papier, 30 x 46 cm, Fonds de l’artiste.
Dans la nef contemporaine des architectes Herzog & de Meuron siège Rainbows, une œuvre immersive composée de 76 tableaux. Sur chaque toile, une aura circulaire colorée accompagnée de projections énergiques blanches. Produits à partir de couches successives de peinture acrylique et de glacis, les cercles pigmentés engendrent des « accidents colorés », proches des effets de la persistance rétinienne (illusion du mouvement en regardant un enchaînement d’images non animées). La mise en espace de ces œuvres immobiles à l’apparence mobile ne laisse pas de marbre, capable de procurerune secousse émotionnelle. Un sentiment de submersion surgit, les dents se serrent. On se sent minuscule face à l’univers qui se dresse tout autour.
Vue d’exposition, au premier plan Don Coucoubazar de Jean Dubuffet, au second plan Vide vibration de Fabienne Verdier Photo : Lucile Pabois
« Il n’y a pas de mort réelle des étoiles »
Fabienne Verdier
À travers ses Rainbows, Fabienne Verdier aborde la mort de façon universelle, parle au plus grand nombre. Par l’évaporation symbolique de la lumière, les Rainbows représentent visuellement des étoiles mourantes, allégorie de la mort humaine. Tel l’ADN de l’être humain, les iris circulaires de couleur, différentes de toile en toile, rendent chaque tableau unique. En nommant ses peintures stellaires par des prénoms du monde entier et en lien avec le cosmos (Clara, Layla, Celestino, etc.), l’artiste renforce la personnification.
Et, en associant la fin de vie à celle d’une étoile, Fabienne Verdier s’émancipe des représentations religieuses de la mort souvent violentes, s’affranchit des croyances théologiques. Le recours à ce procédé anthropomorphique lui permet de représenter le passage vers l’au-delà sous un regard nouveau, plus sensible et scintillant, moins lugubre. Sans conteste, cette incomparable production est la plus lumineuse que la peintre ait créée.
Vue d’exposition, pièces de la série Rainbows Photo : Lucile Pabois
Du corps mourant au corps mouvant
Fabienne Verdier imagine le passage de la vie à la mort par le biais du mouvement.
À la mort d’une étoile, des débris jaillissent et flottent, avant d’engendrer un nouvel être.Ces particules d’âmes meurent et renaissent dans un mouvement constant renforcé par le Grand Vortex d’Unterlinden, un polyptyque d’où s’élève une impressionnante spirale bleue. Pour produire cette œuvre, Fabienne Verdier défie les lois de la gravité à l’aide d’un système de travelling érigé aux côtés de ses assistants, et permettant de déplacer les toiles au sol.
Debout, son imposantpinceau suspendu entre les mains, l’artiste peintre mobilise l’entièreté de son corps pour former des mouvements circulaires tourbillonnants. Le Grand Vortex d’Unterlinden est un combat gagné contre la force gravitationnelle. Il s’érige, telle la vague finale du tsunami affectif qui vient de vous frapper, avant que l’apaisement ne revienne. Positionnée en écho des Rainbows, cette ultime ascension vertigineuse mène les âmes dans l’obscurité finale, pour les faire renaître. La boucle est bouclée. Le cycle spirituel de la vie et de la mort danse autour de nous. Le Grand Vortex d’Unterlinden matérialise le mouvement circulaire entre la vie et la mort. Le passage à l’au-delà est sublimé. Cette production apaise le cœur, bouleverse l’esprit et le corps.
« Nous avions besoin d’offrir ça à la communauté des Hommes. »
Fabienne Verdier
Fabienne Verdier dans son atelier à Chambly Photo : Laura Stevens
Avec Le chant des étoiles, Fabienne Verdier fait preuve d’une grande justesse intuitive dans sa sublimation des énergies. Son travail réconcilie les croyances et les a priori angoissants de la mort. Par l’intermédiaire de Frédérique Goerig-Hergott, le musée Unterlinden redynamise la lecture de ses collections. Une nouvelle raison de s’y rendre, pour apprécier ce subtil mélange des époques.
Critique d’art contemporain en formation à l’Université de Strasbourg. Ses champs d’étude résident principalement dans la cartographie alternative et expérimentale.
Une partie des salariés de la Société générale ont cessé le travail pendant une heure ce vendredi matin, pour exiger de meilleures rémunérations. À Strasbourg, une cinquantaine de personnes se sont retrouvées au pied du centre de services de la banque, situé à Cronenbourg.
Les syndicats de salariés et la direction de la banque Société générale sont engagés depuis septembre dans des négociations pour revaloriser les salaires. Vendredi, après des semaines sans avancée et un ultimatum, l’intersyndicale CFDT – CFTC et SNB (Syndicat national de la banque, Unsa) ont appelé les salariés de la Société générale où qu’ils soient à cesser de travailler pendant une heure. À Strasbourg, une cinquantaine de personnes se sont retrouvées au pied du centre de services de Cronenbourg sur les 170 que compte le site. Selon Muriel Dorffer, déléguée syndicale CFDT à Strasbourg, une centaine de salariés ont fait grève en comptant ceux en télétravail :
« On n’a pas une forte tradition de grève dans la banque… La dernière fois, c’était au moment de l’annonce de la fusion de la Société générale avec le Crédit du Nord fin 2020. On avait aussi débrayé une heure. Mais ça a suffit à alerter la direction ! Là par exemple, la direction a accepté de reprendre les négociations alors qu’elle nous avait indiqué que sa dernière proposition était à prendre ou à laisser… »
Débrayage d’une heure à la Société générale Photo : doc remis
Les syndicats de la Société générale réclament le versement de la prime de partage de valeur, un dispositif exonéré d’impôt mis en place par le gouvernement pour les entreprises excédentaires. Les syndicats demandent 2 000€ pour 2022. Ils réclament également une augmentation générale des salaires de 3%, pour suivre l’inflation a minima.
+54% pour le président, +0,7% pour les salariés
Muriel Dorffer détaille :
« Pendant dix ans, les salaires n’ont pas été revalorisés. Puis l’année dernière, ils n’ont été augmentés que de 0,7% ! La direction nous propose des augmentations de 2 ou 3% selon les tranches et en 2023 seulement ! Notre président, Frédéric Oudéa, s’est lui augmenté de 54% donc il ne devrait pas y avoir de problème ! »
Débrayage d’une heure à la Société générale Photo : doc remis
Muriel Dorffer s’avoue agréablement surprise par l’ampleur de la mobilisation. Elle se dit déterminée à obtenir cette augmentation et cette prime pour 2022, à coup de négociations successives. En cas d’échec de ce nouveau round des négociations, elle donne rendez-vous aux salariés le 10 novembre pour un nouveau débrayage éclair.