Les mercredi 24 et jeudi 25 septembre, Mohamed Zahi a été placé en garde à vue. Des saisies révèlent la fortune réalisée grâce au tiers-lieu festif.
« Je me doutais qu’une partie importante de l’argent liquide n’allait pas sur le compte de l’association… » Maxime (le prénom a été modifié) n’est pas étonné quand il apprend les motifs de la garde à vue du gérant du Wagon Souk : abus de confiance, travail dissimulé et blanchiment. Aujourd’hui en conflit avec Mohamed Zahi, plus connu sous le nom de Zaï Mo, le jeune homme se souvient des alertes émises en interne : « Il fallait juste se calmer un peu et mettre fin à tout ce qu’il y avait d’illégal. Mais il ne voulait rien entendre. Il disait qu’il prenait les risques lui-même. » Mohamed Zahi a fini en garde à vue les mercredi et jeudi 24 et 25 septembre. Une interpellation qui a permis de saisir le trésor amassé par le gérant du Wagon Souk.
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Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Manifestation contre le racisme et les violences policières en juin 2020, suite à la mort de Georges Floyd aux Etats-Unis.Photo : Clara Depoers
Samedi 25 octobre, place de la République, une quinzaine de collectifs strasbourgeois appelaient à manifester contre les violences policières. Déclaré hors délai à la préfecture, le rassemblement a été annulé par les organisateurs.
« Si tu leur réponds, il y a outrage. Si tu résistes, il y a rébellion. Si tu prends la foule à témoin, il y a incitation à l’émeute. » La phrase de Maurice Rajsfus, rescapé de la rafle du Vel’ d’Hiv et historien de la répression, sert de mot d’ordre pour l’appel à manifester. Porté par une quinzaine de collectifs locaux, un rassemblement contre les violences policières est organisé samedi 25 octobre à 17h, place de la République, à Strasbourg. L’événement, ponctué de prises de parole et de musique, se veut « un moment d’organisation politique ». Les collectifs soulignent qu’il intervient dans un contexte local où ils constatent, depuis le mois de mai, un durcissement de la répression à Strasbourg.
« C’est une réaction au poids de la répression qui pèse sur les manifestations et aux débordements policiers trop réguliers. Nous souhaitons mettre le doigt sur le caractère systémique du problème. »
Dans un contexte de luttes sociales durement réprimées dans de nombreux pays, de Madagascar au Pérou, l’objectif est de « demander justice pour les manifestants tabassés en France et ailleurs ».
Au lycée Couffignal, trente caméras de vidéosurveillance ont été installées à la rentrée 2025.Photo : Dorian Mao / Rue89 Strasbourg
Depuis septembre 2025, trente caméras de vidéosurveillance équipent plusieurs couloirs et extérieurs du lycée Couffignal à Strasbourg. Une mesure soutenue par la majorité des professeurs et des élèves, même si des voix dénoncent la mise en place d’une « surveillance permanente ».
« C’est révoltant, on a vraiment l’impression de se faire fliquer », peste une lycéenne du groupe des lycéen·nes autonomes de Strasbourg contre l’autorité répressive (Lascar), né dans le sillage du mouvement Bloquons tout. La colère de cette militante de terminale concerne des caméras de surveillance présentes dans l’enceinte du lycée Couffignal, à l’extérieur et à l’intérieur de certains bâtiments depuis la rentrée 2025 :
« Les caméras sont apparues comme par magie pendant l’été. Nous n’avons eu aucune information de la part des profs ni de l’administration à ce sujet. On devine que c’est pour renforcer la sécurité, mais on ne nous a rien expliqué du tout alors que nous sommes sur ces images… »
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Journaliste indépendant basé en Alsace, je m’intéresse de près à l’écologie et aux entreprises du territoire alsacien. Membre du collectif Enketo depuis mai 2025, j’enquête sur les pollutions chimiques des industries.
Le siège de l’Agence régionale de santé du Grand Est à Nancy.Photo : Google Maps
Près d’une semaine après nos informations, l’Agence régionale de santé prend acte de la réorganisation des soins en Alsace du nord et en profite pour adresser une pique à la direction de la clinique Saint-François.
L’Agence régionale de santé (ARS) a réagi à la fermeture de l’oncologie par la clinique Saint-François à Haguenau, dévoilée sur Rue89 Strasbourg jeudi 16 octobre. Dans un communiqué diffusé mardi 21 octobre, l’ARS semble découvrir le problème et indique y être étrangère :
« L’ARS Grand Est a été informée de la fin du partenariat entre la clinique Saint-François et le Groupe hospitalier Saint Vincent (GHSV), qui assurait jusqu’à présent une activité d’oncologie au sein de la clinique. Cette décision résulte d’un différend entre deux établissements privés, auquel l’ARS n’est pas partie prenante. »
Puis l’ARS indique que « les 30 patients suivis en oncologie à la clinique Saint-François » seront transférés à la clinique Sainte-Anne à Strasbourg ou au centre hospitalier de Haguenau « qui disposent des capacités médicales et matérielles nécessaires pour accueillir ces patients en toute sécurité ».
Critique de la gestion de la clinique
Quant à son soutien financier à la clinique Saint-François, L’ARS rappelle qu’elle a versé « environ 2 millions d’euros depuis 2020, comprenant 171 000 € par an pour le financement de son centre de soins non programmés, et une aide exceptionnelle de 900 000 € en 2024 pour stabiliser son activité, notamment en oncologie ». C’est raté.
Dans son communiqué, l’ARS se fait plus critique et estime que ses « demandes de réorganisation structurelle pour assurer la viabilité économique de l’établissement » n’ont pas été suivies :
« À ce jour, le plan de performance transmis ne comporte pas de mesures suffisantes pour redresser durablement la situation. L’ARS invite une nouvelle fois la direction de la clinique Saint François à présenter un plan d’action crédible et durable, en cohérence avec les engagements précédemment pris. »
Quant à la fermeture des centres de soins infirmiers de Hochfelden et de Lembach, l’ARS en « prend acte » tout en se rassurant en affirmant que « l’offre de soins infirmiers libéraux sur ces secteurs reste assurée ».
À Éguelshardt, dans le pays de Bitche, l’usine de recyclage Cyclamen émet des particules dans l’air et sur les sols. Des riverains craignent un lien entre cette poussière blanchâtre et l’apparition de symptômes physiques chez eux ou leurs enfants.
« Nous allons déménager, souffle une mère de famille. Nos enfants sont malades, on ne peut pas prendre le risque d’attendre que ça aille mieux. » Elle habite à 500 mètres de l’entreprise Cyclamen, dans le petit village d’Éguelshardt, près de Bitche. Cette infirmière installée dans le parc naturel régional des Vosges du nord ne pensait pas subir un jour une pollution industrielle. Mais c’est là qu’Adrien Antenen, un homme d’affaires suisse, a choisi d’implanter en 2019 son entreprise de recyclage de métaux issus des mâchefers. Ces résidus d’incinération des ordures se présentent sous forme de poussières et de fragments solides. Cyclamen parvient à en extraire de l’aluminium, un élément habituellement recherché dans des mines.
« Le procédé laisse s’échapper énormément de poussières, observe Delphine, une autre habitante d’Éguelshardt. Ce sont des particules blanches ou grises qui se déposent partout. On est très inquiets parce qu’on ne sait pas quelle est leur composition ni leur toxicité. Nous n’avons aucune information là-dessus. »
Une vue des poussières observées par les riverains de l’usine Cyclamen.
Poussières partout
Rue89 Strasbourg a pu visionner 91 photos et vidéos prises par des habitants du village entre septembre 2024 et octobre 2025. Elles présentent des poussières venant, sans aucun doute pour les riverains, de Cyclamen. Les particules s’accumulent sur les voitures, les mobiliers d’extérieur, les arbres ou la surface de l’eau. « Je dois même les nettoyer dans ma maison », affirme Carole, voisine directe de l’usine. On peut aussi voir des nuages de cette poudre blanchâtre s’échappant lors de transferts vers des camions ou émanant de sacs entreposés dehors. Un big-bag apparait troué sur des photos.
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Engagée contre les atteintes à l’environnement, la rédaction suit de près les enjeux écologiques et travaille sur les alertes qui lui sont transmises. Sans Rue89 Strasbourg, la pollution de l’eau potable par les pesticides et des projets comme un stade de biathlon dans les Vosges, ou une route sur la colline de Lorentzen seraient bien moins connus des Alsaciens.
Thibault Vetter suit les collectifs militants et les associations qui se mobilisent partout dans la région face aux projets écocides, comme de nouvelles zones d’activités sur des terres cultivables. Il enquête sur diverses sources de pollution, les pesticides, les usines, et leurs impacts sur la santé publique. Un travail de l’ombre, qui nécessite beaucoup de contacts et le décorticage de nombreuses alertes.
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Minuscule logement visé par un arrêté d’insalubrité à Koenigshoffen, en octobre 2024.Photo : TV / Rue89 Strasbourg
Les pouvoirs publics s’organisent pour lutter plus efficacement contre l’habitat indigne. Le nombre de signalements a augmenté entre 2023 et 2024.
Pompiers, policiers, procureurs, communes, associations de locataires… L’État a rassemblé de nombreux acteurs pour renforcer un plan de lutte contre l’habitat indigne, présenté lundi 20 octobre à la presse. La préfecture estime à 9 200 le nombre de logements potentiellement indignes dans le Bas-Rhin.
Les autorités ont recensé 863 nouveaux signalements en 2024 dans le département, notamment grâce à la plateforme Signal logement (cliquez ici pour signaler un logement insalubre sur cette plateforme). Ce chiffre était de 748 en 2024 et de 630 en 2022. La capitale alsacienne concentre plus de 40% des signalements. Les pouvoirs publics prévoient cinq opérations de rénovation de l’habitat (OPAH-RU), à Sélestat, Saverne, Haguenau, Bischwiller et Koenigshoffen à Strasbourg. Dans ces zones où les cas de mal logement s’accumulent, des plans d’accompagnement financier et administratif sont imposés aux propriétaires pour la mise en œuvre des travaux.
Maryline Poulain, préfète déléguée pour l’égalité des chances dans le Bas-Rhin.Photo : TV / Rue89 Strasbourg
Coopération avec les procureurs
Lorsqu’un logement insalubre est repéré, le préfet signe un arrêté qui peut mettre en demeure le propriétaire de réaliser des travaux, ou interdire la mise en location du bien. 27 arrêtés d’insalubrité ont été signés en 2024 dans le Bas-Rhin. Dans les situations les plus graves, où le propriétaire ne respecte pas les mesures, le parquet peut se saisir de l’affaire et engager des poursuites pénales. Ce 20 octobre, les procureurs de la République de Strasbourg, Saverne et Colmar annoncent améliorer la coopération avec les services de l’État pour systématiser les procédures.
Un propriétaire avait réussi à proposer dix logements dans de petites chambres au 22 rue de la Tour à Strasbourg, avant d’être visé par un arrêté d’insalubrité en 2024.Photo : TV / Rue89 Strasbourg
« Nous avons sept procédures ouvertes à ce jour, précise Clarisse Taron, procureure de la République de Strasbourg. C’est vrai que les affaires peuvent mettre du temps à aboutir mais avant ce n’était même pas un sujet… » Policiers et pompiers ont également été impliqués, en tant que premiers maillons de la chaîne. « Ça arrive qu’on constate une situation d’insalubrité en rentrant dans un appartement », explique Jean Hayet, directeur interdépartemental de la police nationale du Bas-Rhin (DIPN 67). Les policiers et les pompiers pourront désormais remplir un formulaire s’ils remarquent un logement indigne et faire remonter l’information.
Une dizaine d’agents pour les contrôles de tout le Bas-Rhin
« Cela peut nous permettre de toucher les personnes les plus vulnérables, qui n’osent pas faire de signalements, par exemple parce qu’elles n’ont pas de titre de séjour », précise Maryline Poulain, préfète déléguée à l’égalité des chances. Une fois le signalement réalisé, trois employés de l’Agence régionale de santé (ARS) et huit fonctionnaires de la municipalité à Strasbourg, sont chargés de l’instruire.
Les communes doivent aussi s’impliquer en participant au repérage et en mettant un œuvre des mesures de sécurité si nécessaire. « Nous allons créer trois équivalents temps pleins supplémentaire avec l’expérimentation du permis de louer dans le quartier gare », affirme Aurélien Bonnarel, conseiller municipal (Parti communiste) de la Ville de Strasbourg, délégué au mal logement.
Vu le grand nombre de signalements et le peu d’agents dédiés, les procédures s’éternisent souvent, lorsque la situation n’est pas suffisamment grave pour un arrêté d’insalubrité. Et les propriétaires peuvent engager des procédures contre les services qui réalisent les contrôles ou temporiser lorsqu’ils sont visés par ces arrêtés d’insalubrité. La famille Benamran, qui possède via diverses sociétés un empire immobilier à Strasbourg dans lequel les plaintes des locataires sont innombrables, fait perdurer des situations de mal logement pourtant bien connues des autorités depuis plusieurs années.
Fuites d’eau dans un appartement appartenant à la famille Benamran rue de la Broque.Photo : TV / Rue89 Strasbourg
Propriétaires récalcitrants
Ainsi la famille Benamran a contesté un arrêté d’insalubrité devant le tribunal administratif en 2024, concernant le bâtiment au 6 place Sainte-Aurélie. Le tribunal a rejeté la demande mais des locataires continuent de vivre dans des conditions d’insalubrité en attendant une décision d’appel… Les leviers les plus efficaces de l’État face à de tels propriétaires récalcitrants sont la possibilité de leur imposer des travaux avec des astreintes financières, de leur interdire de percevoir des loyers, ou encore l’arrêt des versements des allocations logement par la CAF. Une mesure prononcée 31 fois dans le Bas-Rhin en 2024.
La Collectivité européenne d’Alsace doit voter lundi 20 octobre la mise en place d’une taxe poids lourds. Décrié par le monde économique local, le tarif du R-Pass est aussi jugé insuffisant pour réduire le trafic de camions en Alsace.
Un serpent de mer aussi long qu’un embouteillage sur la A35 aux heures de pointe. Avec deux ans de retard, la taxe poids lourds alsacienne devrait entrer en application à partir du 1er janvier 2027. C’est le sens de la délibération qui sera votée en séance plénière de la Collectivité européenne d’Alsace (CEA) lundi 20 octobre à partir de 9h30. Au niveau national, cet impôt sur la circulation des camions avait entrainé la mobilisation des camionneurs bretons et la destruction des portiques prévus pour les compter en 2013. Alors ministre de l’Environnement, Ségolène Royal avait abandonné le projet. Mais le président de la CEA, Frédéric Bierry (Les Républicains) reste déterminé à faire voter cette taxe, nommée R-Pass.
Un an après avoir annoncé le projet, des échanges ont eu lieu, avec les acteurs économiques surtout, mais aussi avec les associations d’usagers des transports et autres militant·es pour la qualité de l’air. Mais au terme de ces discussions, la première version de la taxe poids lourds alsacienne risque bien de mécontenter tout le monde.
Cibler les transports internationaux
La taxe poids lourds proposée s’élève à une moyenne de 16,7 centimes par kilomètre. Le montant varie selon le poids et le niveau de pollution atmosphérique du camion de plus de 3,5 tonnes. Ainsi les « véhicules à émission nulle, dont notamment les véhicules électriques » n’auront pas de taxe à payer. Les poids lourds utilisés par les agriculteurs et les sylviculteurs pour transporter leurs récoltes et le bois sont exonérés de taxe. D’autres exonérations sont prévues, pour préserver « les secteurs du bâtiment, de l’artisanat, ainsi que les forains et les services d’urgence ». L’objectif du R-Pass est surtout de cibler les transports internationaux, mais qui alimentent également les industries et les distributeurs alsaciens.
Le R-Pass s’imposera sur un réseau qui inclut l’A35 et l’A36 « pour leurs parties non concédées et situées hors du territoire de l’Eurométropole de Strasbourg ». Les routes départementales 83 – entre Colmar et Sélestat – ainsi que les RD 1363, 502 et 504 font aussi partie du réseau soumis à taxation. Ces axes ont été choisis pour « limiter les comportements d’évitement de la taxe allemande », la LKW-Maut.
Pour l’opposition écologiste et communiste, le conseiller d’Alsace Damien Fremont (Les Écologistes) exprime sa satisfaction face à la mise en application future de la taxe poids lourds. Mais l’élu du canton de l’ouest strasbourgeois critique ensuite le montant de la taxe alsacienne :
« Il y a une frustration de ne pas aller assez loin. Les Alsaciens sont favorables à la taxe et veulent une amélioration de l’environnement et de la qualité de vie. Mais si le taux kilométrique n’est pas aligné sur le taux allemand, les transporteurs européens qui doivent faire la traversée nord sud de la région rhénane continueront de passer par l’Alsace. »
L’opposition à l’exécutif de droite à la CeA a déposé un amendement proposant un calendrier de croissance progressive du montant de la taxe.
Une « connerie monumentale » pour le Medef
Administrateur du Medef Alsace, Arnaud Philibert roule à fond contre le R-Pass. En charge de l’animation du Collectif pour la compétitivité des entreprises alsaciennes (CCEA), ce chef d’entreprise a le monologue facile pour dénoncer le projet de Frédéric Bierry. En résumé : « Notre position : cette taxe est une connerie monumentale. » En détail :
« À quoi sert cette taxe si elle ne repousse pas les camions vers l’Allemagne ? Elle va taxer l’économie alsacienne sans repousser le trafic vers l’Allemagne… En plus, il y aura des stratégies d’évitement de poids lourds qui rouleront sur les routes départementales. C’est dangereux et ça consommera plus de carburant, donc d’un point de vue écologique, ça ne fait pas de sens… »
Défaillance de sociétés alsaciennes de transport, inflation de 5% des tartes flambées produites en Alsace, baisse des investissements et donc des emplois… Arnaud Philibert prédit un funeste avenir à l’économie alsacienne. Puisqu’il sait que la taxe poids lourds n’est plus qu’une question de temps, l’entrepreneur promet désormais de « marquer à la culotte » le président de la CeA sur les recettes de la taxe :
« Frédéric Bierry a indiqué que 100% de ce qui est pris aux entreprises alsaciennes serait reversé aux entreprises alsaciennes. On attend maintenant que ces millions d’euros de taxation nous reviennent par le biais des aides de la Région Grand Est pour la mobilité décarbonée, la décarbonation et la sobriété hydrique des entreprises. »
Une attente qui supposerait que Frédéric Bierry serait d’accord pour que la collectivité qu’il dirige taxe, et que la collectivité qui donne soit la Région Grand Est, la même dont Frédéric Bierry essaie de s’émanciper. Ce sera délicat.
En Alsace, près d’un millier d’entreprises sont inscrites au registre du commerce dans le domaine du transport routier. Ces sociétés représentent 20 000 emplois au total selon la Fédération nationale des transporteurs routiers. La secrétaire générale de la branche alsacienne de cette fédération, Martine Bensa, espère désormais obtenir le vote d’une « loi de répercussion » :
« On est sur un marché tendu niveau des transporteurs. Quand vous êtes en face d’acheteurs de grands groupes, nous ne pouvons pas négocier le tarif, d’autant que des transporteurs étrangers peuvent faire le travail… Il nous faut donc une loi qui dise que les transporteurs doivent répercuter l’impôt de la CeA dans ses prix. »
Une « augmentation indirecte des impôts »
Du côté de la Fédération nationale des associations d’usagers des transports, la position globale est bien plus favorable au principe de la taxe poids lourds. « Les véhicules qui abiment les routes doivent contribuer à leur réparation », explique le président de la branche Grand Est de la Fnaut, André Lott. Mais ce dernier se dit « réaliste » sur les conséquences financières du R-Pass : « Des prix vont augmenter, la taxe poids lourds est une augmentation indirecte des impôts. »
André Lott se montre ainsi peu critique du montant de la taxe : « L’idée de la taxe c’est de générer une recette. Il ne faut donc pas détourner tout le trafic. » Mais la voix du représentant de la Fnaut s’élève quand il apprend que la délibération votée par le CeA prévoit le financement d’un élargissement de la A35 entre Sélestat et Colmar : « Là c’est clairement non non et non ! On le voit partout : l’augmentation de la largeur des voies provoque une augmentation du trafic automobile et poids lourds. »
Sans doute conscient des critiques de toutes parts que suscitera la taxe poids lourd dans sa première version, le texte de la délibération prévoit « une concertation élargie à la société civile qui se renforcera en 2026 ». De même, un observatoire de la taxe sera mis en place au 1er janvier 2026. L’objectif sera notamment d’évaluer le report de trafic généré par la taxe, suivre les recettes du R-Pass et mesurer la pollution atmosphérique et sonore post-taxe poids lourd.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Idéalement placée au cœur de l’Europe, l’Alsace attire le géant du commerce en ligne Amazon. Les manifestations, ici devant la préfecture de Colmar, s’enchaînent depuis ces révélations au printemps. Si le projet à Dambach-la-Ville semble bel et bien abandonné, un entrepôt géant sur-mesure pour les besoins d’Amazon a été validé à Ensisheim, construit par une société prête-nom appelée Eurovia 16. Officiellement. Amazon assure ne pas avoir de projet en Alsace. Puis a précisé « pas avant 5 ans ». Photo : Jean-François Gérard / Rue89 Strasbourg
La cour administrative d’appel de Nancy a validé l’autorisation de permis de construire du projet Eurovia 16 à Ensisheim. Pour Alsace Nature et les collectifs de défense de l’environnement, la décision signe la fin d’une mobilisation qui aura duré plus de cinq ans.
C’est la fin d’une mobilisation de cinq ans pour les associations de défense de l’environnement qui se battaient contre l’entrepôt logistique d’Ensisheim. Jeudi 11 septembre 2025, la cour administrative d’appel de Nancy a débouté de leurs demandes les associations Alsace Nature et les Amis de la Terre. Ces dernières contestaient la légalité du permis de construire de l’entrepôt logistique géant Eurovia 16. « Nous n’iront pas devant de Conseil d’État », annonce Michelle Grosjean, la présidente d’Alsace nature. Le premier recours, contre l’autorisation préfectorale d’exploitation, s’était soldé par un rejet du tribunal administratif de Strasbourg en février 2025. Alsace Nature et les Amis de la Terre n’avaient pas fait appel.
Projet cadré
Adhérent d’Alsace Nature, Joseph Baumann a suivi le projet d’entrepôt destiné au e-commerce depuis 2019. Il évoque une décision « crève-cœur » pour « toutes les personnes qui [l’ont] accompagné dans la lutte« . Après avoir « épuisé toutes les voies de recours raisonnables », Joseph Baumann regrette :
« L’excès de consommation foncière aurait dû être contesté au moment du SCOT (Le schéma de cohérence territoriale- ndlr) ou du Plan local d’urbanisme. Car en l’état, le projet était administrativement bien cadré. »
L’entrepôt de 189 000 mètres carrés doit s’implanter sur « une zone déjà particulièrement artificialisée », relève Michelle Grosjean, celle du Parc d’activités de la plaine d’Alsace (PAPA). À ce titre, plusieurs aménagements ont été réalisés. « La desserte a été favorisée par la Communauté européenne d’Alsace », tacle Alain Diot, président de l’antenne locale d’Alternatiba à Soultz et membre du RUCCSA, le réseau urgence climatique et sociale sud Alsace. Et de poursuivre :
« Le terrain était déjà prêt. Nos impôts ont payé des aménagements au profit de ces entreprises ».
Volonté ferme
Pour Maître François Zind, conseil d’Alsace Nature, « l’enjeu des recours était plus une volonté de pression qu’une réelle possibilité d’annulation. Mais il reste difficile de faire perdre pied aux grosses sociétés sur le temps long. »
En novembre 2025, le permis de construire sera purgé de tout recours et les travaux pourront commencer. « Si nous n’avions pas la ferme volonté de réussir, nous aurions déjà jeté l’éponge », glisse Emmanuel Mercier, directeur de construction et développement chez Logistics Capital Partners (LCP), confirmant la ferme intention d’Eurovia 16 de voir sa plateforme sortir de terre. D’ici là, le futur exploitant de l’entrepôt logistique tient à rester discret.
Margaux Delanys est journaliste à Rue89 Strasbourg depuis octobre 2025. Originaire du Grand Ouest, elle est diplômée de l’École supérieure de journalisme de Lille et s’intéresse aux enjeux sociaux, notamment les questions de santé au travail.
À elles seules, Priscille Cazaux et Pauline Guillaume forment le pôle régional de l’environnement (PRE) du parquet de Strasbourg.Photo : Margaux Delanys / Rue89 Strasbourg
Substitute du procureur à Strasbourg, Priscille Cazaux dirige depuis 2024 le pôle régional spécialisé dans les atteintes à l’environnement. Un contentieux encore jeune, qui se heurte au manque de moyens de l’institution.
L’explosion sur le site de Butachimie à Chalampé, la pollution liée au stockage de coke de pétrole de la Société anti-pollution et protection de l’environnement (Sappe) ou le trafic de mygales rapportées de Guyane. Depuis sa création en 2021, le Pôle régional de l’environnement (PRE) du parquet de Strasbourg a traité une vingtaine de procédures, dont deux sont en cours d’instruction. En septembre 2024, Priscille Cazaux, substitute du procureur de la république, en a pris la direction. Épaulée par une attachée de justice, la magistrate initie et coordonne des enquêtes complexes, en dépit d’un temps contraint et du manque de moyens du ministère public.
Rue89 Strasbourg : Quelle était la situation du pôle régional de l’environnement quand vous en avez pris la direction en septembre 2024 ?
Priscille Cazaux : Entre la création des PRE en 2020 et leur mise en place effective, il y a eu un temps de latence. Il a fallu attendre 2023 pour que le premier comité opérationnel de lutte contre la délinquance environnementale (Colden) soit tenu. J’ai choisi de reprendre sa présidence en septembre 2024, intéressée par la richesse de ce contentieux et la diversité des partenaires.
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Margaux Delanys est journaliste à Rue89 Strasbourg depuis octobre 2025. Originaire du Grand Ouest, elle est diplômée de l’École supérieure de journalisme de Lille et s’intéresse aux enjeux sociaux, notamment les questions de santé au travail.
Naïm, 10 ans, atteint de la myopathie de Duchêne, est transporté dans le véhicule que sa mère a acheté.Photo : Ophélie Gobinet / Rue89 Strasbourg
La rentrée a eu lieu sans eux. En Alsace, des enfants en situation de handicap attendent toujours un transport scolaire adapté, supprimé ou retardé par la Collectivité européenne d’Alsace. Trois élus d’opposition lancent un appel pour soutenir la mobilisation des familles révoltées.
Naïm a fait sa rentrée en sixième lundi 13 octobre 2025. Un mois et demi après ses camarades de classe. Atteint d’une myopathie de Duchenne (une maladie dégénérative qui entraîne un affaiblissement progressif des muscles et une fatigue extrême), le jeune garçon attendait un transport scolaire adapté à son handicap pour aller au collège. Sa mère, Nassera, s’est battue pendant des mois pour obtenir cette autorisation de la Collectivité européenne Alsacienne (CeA).
« Nous lançons un appel pour le respect du droit à l’éducation des enfants en situation de handicap. La CeA se désengage de ses obligations de leur fournir un transport scolaire adapté », commence Fleur Laronze, élue communiste d’opposition, lors d’une conférence de presse organisée vendredi 17 octobre. Autour de la table, trois mères de famille sont venues témoigner du combat qu’elles mènent contre le barrage administratif érigé par la Collectivité d’Alsace. L’appel à soutenir la mobilisation de ces familles a recueilli 323 signatures d’élus, d’enseignants, de représentants associatifs et syndicaux ou bien de transporteurs.
La charge du transport laissée parents
La Collectivité d’Alsace a voté un nouveau règlement sur le transport scolaire des enfants handicapés, entré en vigueur le 1er septembre 2025. L’administration a décidé de prioriser le remboursement des frais kilométriques des trajets plutôt que le transport individualisé des enfants avec taxi et chauffeur. Considérant ainsi que la charge du transport repose sur les parents. Une décision qui révolte Ludivine Quintallet, élue écologiste d’opposition :
« La CeA fragilise volontairement les familles déjà fragiles ce qui provoque des situations de perte d’emploi, de dépression et de déscolarisation des enfants. Pourquoi quand vous êtes mère d’un enfant handicapé, vous devriez l’emmener tous les jours à l’école alors que les autres familles utilisent les transports scolaires ? C’est la compétence sociale de la CeA, c’est elle qui en a la responsabilité. »
En 2024, en Alsace, 1 780 jeunes étaient concernés par le dispositif. Parmi eux, 1 300 disposaient de transports individualisés. À la rentrée 2025, ils ne sont plus que 350 à avoir accès à un taxi et un chauffeur.
« Autonomie dans les transports en commun », voilà la justification donnée par la CeA pour le refus de transport scolaire pour Youssef, le fils d’Imanne.
Imanne habite à Ostwald et a dû scolariser son fils au collège privé Notre-Dame de Sion à l’Orangerie puisqu’aucun autre établissement ne pouvait lui fournir d’enseignement adapté. À 14 ans, Youssef est atteint de dysphasie sévère. Il connaît des difficultés pour se repérer dans l’espace, pour écrire ou pour lire les panneaux. Prendre les transports en commun pour aller en cours est donc impensable. Mais la CeA n’a pas accepté sa demande de transport individualisé. Imanne a dû quitter son travail d’assistante administrative pour emmener son fils au collège. Les larmes aux yeux elle raconte son quotidien :
« Je dépose Youssef à 6h40 le matin et je viens le chercher à 16h30. La journée est trop longue pour lui, il est rapidement fatigué. Mais je ne peux pas venir le chercher pendant la journée, j’ai un petit de 4 ans dont je dois aussi m’occuper. Je ne travaille plus et j’ai été obligée de payer un collège privé donc financièrement, ça devient très difficile. Avant, on partait en vacances chaque année mais là ça fait 4 ans qu’on n’est pas partis. »
« Faire baisser la facture »
Pour les trois élus d’opposition à la CeA à l’origine de l’appel à soutenir la mobilisation des familles, le nouveau dispositif mis en place par l’administration a pour objectif de « faire baisser la facture ». Pour faire des économies, la CeA fait désormais appel à des sociétés de transport moins coûteuses. « La plupart sont parisiennes et ne connaissent ni la géographie alsacienne, ni les familles contrairement aux transporteurs locaux », explique l’élue communiste Fleur Laronze. Deux chaises plus loin, Nassera ne cache pas sa colère : « Faire des économies sur le dos des enfants en situation de handicap ça me dégoûte. »
La priorisation de sociétés de transport nationales précarise les salariés des sociétés locales comme Christophe Mouaki.
Assis aux côtés des mères de famille, Christophe Mouaki apporte son témoignage en tant que transporteur. Lui qui a noué des liens avec ces enfants en situation de handicap, regrette cette nouvelle prise en charge du transport :
« Le règlement d’avant était humain : les rotations méridiennes étaient possibles, on s’adaptait au planning de l’enfant et ça soulageait les parents. Désormais, ce sont aux familles de s’habituer aux transporteurs. Le taxi vient les chercher à 8h et les ramène à 17h alors que certains jeunes n’assistent parfois qu’à deux heures de cours en raison de leur handicap et devraient pouvoir rentrer chez eux dès 10h. Ils errent dans l’établissement en attendant qu’on vienne les chercher. Ça n’a plus aucun sens. »
Nassera, la mère du jeune Naïm regrette la situation de l’année passée : « On avait des transporteurs et ça marchait très bien. Ils m’aidaient au quotidien et mon fils appelait son chauffeur tonton. Il y avait un lien humain et la CeA nous a retiré ce lien », s’exclame-t-elle. Si la mère du jeune Naïm a finalement obtenu un taxi pour son fils, de nombreuses familles luttent encore.
L’élue communiste Fleur Laronze et les élus écologistes Ludivine Quintallet et Damien Fremont accusent l’exécutif de la CeA de fuir ses responsabilités auprès des enfants handicapés.
Un barrage administratif
Afin d’obtenir une autorisation de transport, les familles doivent faire un recours auprès de la Collectivité d’Alsace. Une charge administrative importante, difficilement surmontable pour certains parents, qui ne parlent ou n’écrivent pas toujours très bien le français. Nassera explique avoir reçu des appels de mères de famille désemparées devant la paperasse à remplir. Pour l’élue communiste Fleur Laronze, ce barrage administratif est volontaire de la part de l’exécutif de la CeA :
« Les familles ont été mises devant le fait accompli, le nouveau règlement a été pensé sans concertations avec les familles. Plusieurs d’entre elles ne sont toujours pas au courant qu’elles doivent faire un recours pour espérer obtenir un transport pour leurs enfants. La CeA compte sur le fait que les familles ne fassent pas les démarches administratives pour obtenir un transport ou un remboursement et faire des économies. Ils ont volontairement rendu la demande de transport plus contraignante. »
Aino Väänänen et Kemijoen jäällä sur la rivière KemijokiPhoto : Aino Väänänen, Vanishing Point, 2020
La galerie La Chambre expose trois jeunes photographes finlandais, qui emmènent le public dans ce pays nordique « sur le fil » des enjeux géopolitiques entre l’Europe et la Russie.
La Chambre a réuni trois jeunes photographes finlandais pour la première exposition de la saison 2025 – 2026, intitulée Sur le fil – Reunalla, visible jusqu’au dimanche 16 novembre. Leurs images forment un récit personnel et singulier de leur pays avec des langages visuels différents. En partant des terres boisées, le public s’acclimate à l’austérité des lieux mais également à la communion de leurs histoires. Tour à tour, les artistes révèlent une Finlande différente, construite tel un puzzle dont les pièces sont assemblées les unes aux autres au moyen des photographies de Venla Kaasinen, Aino Väänänen et Henri Airo.
Venla Kaasinen – Récits enchantés
Le long d’un cours d’eau, à l’orée d’un bois, dans les herbes hautes d’une prairie – un à un, ces milieux deviennent les gardiens des récits intimes d’inconnus, dont Venla Kaasinen s’inspire. La série photo This place is many, murmure les souvenirs partagés de leurs hôtes. L’artiste ne les soustrait pas de ces précieux moments, elle redonne vie à leurs histoires en les ramenant dans l’environnement qui les a vu naître.
Dès l’entrée dans la première salle, la douceur des images ralentit les mouvements, entraînant dans une lente déambulation. Le rationnel se mêle au mystique dans une agitation sans pareille, transformant les espaces capturés par l’objectif en refuges d’instants secrets. Lors du tirage, les prises de vue sont altérées par l’usage d’éléments végétaux prélevés dans les zones photographiées. L’eau et la matière organique récoltées se changent en support d’impression faisant émaner des couleurs dissous, un nouvel écosystème. Ainsi, les œuvres de Venla Kaasinen deviennent les vestiges de poésies tant physiques que psychiques, et diffusent la présence de leurs orateurs au sein de la galerie.
Kätkössä, Tässä paikassa on monia, 2023.Photo : Venla Kaasinen, série This place is many
Aino Väänänen – Pour une double temporalité
L’île d’Hailuoto, située au nord de la Finlande, modèle les paysages d’enfance d’Aino Väänänen. In Shallow Waters I Walked est un retour à son histoire personnelle dans laquelle la décomposition des décors présentés fait frémir. Dans cette série photographique, l’artiste se confronte aux rapports de coexistence entre les habitants et la nature environnante. Scindés en deux formats de présentation, les tirages noir et blanc se dispersent sur les panoramas aux couleurs ternes, nous laissant seuls face à la rudesse de ces prises de vues.
Tantôt, à la verticale, tantôt à l’horizontale, les cadres s’intervertissent et créent un mouvement decrescendo de par ces orientations variées. L’angle adopté par la photographe procure un balancement entre les souvenirs féeriques qu’elle gardait et ce qu’elle tente de nous montrer maintenant : la persistance de relations ténues entre les insulaires et le caractère impétueux d’une nature aride.
Sur les murs, se poursuit la seconde série intitulée Vanishing Point. Dans une exploration du grand Nord, Aino Vänäänen se rend au cercle polaire arctique afin de sauvegarder les changements drastiques d’un écosystème fragile. Baignés d’une lumière évanescente, les paysages s’harmonisent sous les tonalités d’une palette chromatique aux tons pastels. Derrière ce semblant de prospérité, se dissimule l’épuisement des trois aspects de la vie : humaine, industrielle et naturelle. Armée de son appareil comme unique compagnon de route, l’artiste tente de faire perdurer les instants éphémères d’une région en péril.
Photo : Aino Väänänen, Vanishing Point, 2020
Henri Airo – Archivage coloré
La traversée de la galerie s’achève auprès d’Henri Airo et de son ensemble War is a disaster. Par le médium photographique, l’artiste dresse des portraits, des paysages et des intérieurs qu’il accompagne de textes dans une composition murale diffractée. La mise en scène nous rappelle les installations sophistiquées des institutions culturelles, notamment par la présence de vitrines suspendues et d’écrits tapuscrits. De cela découle un accrochage aux allures d’inventaire au sein duquel l’artiste met en relation son expérience militaire personnelle avec les mémoires collectives finlandaises.
Auparavant habitué à une sobriété des affichages, le public se retrouve face à une source d’informations dense tant par l’éclatement des tirages dans l’espace que par leurs encadrements colorés. L’artiste dévoile une Finlande attachée à la forte présence militaire sur son territoire, coutume partagée et transmise de génération en génération. Lui-même engagé dans un service obligatoire durant sa jeunesse, Henri Airo montre la persistance de ces images de guerre dans un environnement cérémonial et intime. Le jaune, le vert, le rouge, le bleu s’organisent dans un mélange ordonné, désorientant notre contemplation habituellement linéaire des photographies. Le travail de l’artiste permet au regard de serpenter entre les lignes écrites et les surfaces imprimées dans un geste frénétique auquel nous prenons goût.
Étudiante en Master 2 d’Écritures Critiques et Curatoriales de l’Art et des Cultures Visuelles au sein de l’Université de Strasbourg et chargée de médiation pour le dispositif Carte Culture. Je m’intéresse aux stratégies développées par des démarches de co-création, relevant des arts-communautaires, mises en place par des artistes auprès de jeunes en difficulté sociale.
L’entrée de la cour administrative d’appel à Nancy.Photo : Google street view
La cour administrative d’appel de Nancy a confirmé la suspension du congé gynécologique de la Ville de Strasbourg. Une décision au fond est toujours attendue mais les agentes victimes de règles douloureuses ne peuvent plus en bénéficier.
La Ville et l’Eurométropole de Strasbourg avaient demandé un sursis à exécution, afin de permettre aux agentes victimes de règles douloureuses de continuer de bénéficier d’autorisations spéciales d’absence. Mais la cour administrative d’appel estime qu’il n’y a pas lieu de douter des jugements du tribunal administratif en l’état de l’instruction. « Ces deux arrêts présentent un caractère provisoire », précise la cour dans son communiqué, « la cour se prononcera ultérieurement au fond sur les appels de la Ville de Strasbourg et de l’Eurométropole ».
Ils ne sont qu’une vingtaine devant le Auchan d’Illkirch pour dénoncer des conditions de travail de plus en plus difficiles.Photo : Nicolas Thomas / Rue89 Strasbourg
Jeudi 16 octobre, une vingtaine de salariés d’Auchan Illkirch ont débrayé deux heures pour dénoncer la dégradation de leurs conditions de travail. Ils décrivent un quotidien sous pression, la santé qui lâche et des fins de mois difficiles.
Il est 10h, une vingtaine de salariés en grève se tiennent au pied de la façade vitrée d’Auchan d’Illkirch. Les caddies des clients défilent devant les drapeaux de la CGT. Cette grève, ou plutôt ce débrayage, ne dure que deux heures, pas plus. Pour ces employés, chaque heure payée compte à la fin du mois.
« On se mobilise contre les licenciements, les salaires toujours en berne et une pression systématique exercée sur les salariés », résume Frédéric, délégué syndical CGT et gestionnaire du rayon vin depuis 27 ans. Sur le site d’Illkirch, 5 000 m² vont disparaître avec les travaux en cours, passant de 14 000 à 9 000 m². « Qui dit surface en moins dit salariés en moins. Par exemple, le rayon hi-fi sera supprimé et une partie des salariés ne sera pas remplacée », explique Frédéric.
Frédéric : « Avant, chacun avait son poste, maintenant tout le monde doit savoir tout faire. C’est un vrai stress en plus pour les salariés. »
Alors que des dizaines d’employés travaillent de l’autre côté des portes automatiques, ils sont bien peu à dénoncer la dégradation de leurs conditions de travail et le climat délétère qui s’est installé au sein du magasin. À quelques dizaines de mètres du rassemblement, la direction est elle aussi de sortie. Elle scrute la scène sans un mot.
2 389 licenciements
S’ils se sont réunis le jeudi 16 octobre, c’est aussi pour dénoncer le plan de sauvegarde de l’emploi (PSE) lancé depuis quelques mois par Auchan, menaçant les emplois de 2 389 salariés à travers le pays. Si le tribunal administratif de Lille a rejeté le PSE le 23 septembre 2025, après un recours de la CGT, le groupe Auchan a fait appel.
À cette incertitude s’ajoute la volonté de l’entreprise de franchiser ses magasins. Une perte de pouvoir supplémentaire pour les salariés, comme l’explique Christophe, élu CGT et employé de l’hypermarché depuis 30 ans :
« Les accords de travail seront alors faits magasin par magasin, selon le bon vouloir des nouveaux propriétaires. Ce fonctionnement isole les salariés des magasins les uns des autres. Tout cela réduit la force syndicale. »
En deux ans, le regroupement Auchan Strasbourg sud est passé de 504 à 437 salariés.
Quelques collègues profitent de leur pause pour apporter un bref soutien au groupe. Ils n’ont le droit qu’à 3 minutes de pause par heure travaillée, soit 21 minutes pour souffler dans leur journée de sept heures.
« C’est la pression sur le long terme qui fait craquer »
Chez Auchan, un bon salarié doit être « polycompétent », rappelle Christophe :
« Les salariés doivent être en mesure de tout faire. Avant, on avait le temps de bosser et d’entretenir correctement notre poste. Maintenant on court partout. Par exemple, moi qui bosse au rayon liquides, je dois parfois aller bosser une heure au rayon droguerie pour dépanner. »
Une grande source de stress pour ces travailleurs qui sont à bout. Au rayon crèmerie, Maxime travaille depuis bientôt deux ans sous pression :
« Les managers poussent constamment pour accélérer la cadence, mais on ne peut pas faire plus. Eux-mêmes sont poussés par la direction. C’est une pyramide qui part de tout en haut. Moi, je ne me laisse pas faire, mais certains se font constamment surcharger. J’ai une collègue sous antidépresseurs. On ne nous crie pas dessus, mais c’est la pression sur le long terme qui fait craquer. »
Maxime : « On est motivé pour travailler. Mais on ne peut pas faire le boulot de trois personnes tout seul. »
Santé mentale mise à mal
Derrière Maxime, un petit groupe liste les « erreurs impardonnables » aux yeux de leurs supérieurs. « Quand on fait bien notre boulot, on n’a le droit à rien. Mais à la moindre erreur, on en prend plein la gueule », lâche Pauline, pleine de colère.
L’une de ses missions est de mettre en rayon les marchandises avant l’ouverture, entre 4h et 8h. Selon ses calculs, elle déplace parfois jusqu’à deux tonnes de produits dans la matinée. À 27 ans, elle a déjà des problèmes de dos récurrents. Sa santé mentale est elle aussi affectée :
« J’ai retapé une dépression récemment. J’en ai parlé à la direction, mais la santé mentale ce n’est pas leur problème visiblement. On m’a répondu qu’il fallait bien du monde pour travailler. Ils tirent sur la corde, à un moment ça pète. »
Les salariés regrettent d’être un si petit nombre à défendre leurs conditions de travail.
Des primes dérisoires
Au rayon boulangerie, Virginie, ex-hôtesse de caisse, témoigne de ses difficultés financières. « Les salaires, c’est le Smic. Personnellement, j’ai du mal à payer le loyer. Après ça, le compte est vide à la fin du mois. » Ce qui l’exaspère le plus, c’est la « prime de progrès » versée tous les trois mois aux salariés. « La dernière reçue était de 11€ », soupire-t-elle. « 12€ pour moi, renchérit Maxime. Ils peuvent se la garder leur prime. »
Lorsqu’elle était hôtesse de caisse, les horaires irréguliers de Virginie l’ont fatiguée. En première ligne face à l’irrespect des clients, les insultes répétées l’ont conduite au burn-out. Elle travaille désormais en tant que conseillère de vente au rayon boulangerie. Ce changement de poste lui permet d’être plus sereine.
Virginie : « Je me suis déjà faite insulter de “pute” et de “connasse” par des clients parce que je ne pouvais pas leur appliquer une promotion. »
À l’origine de cette pression et de ces primes dérisoires, un chiffre d’affaires en baisse pour Auchan. Un « management toxique » selon Frédéric, délégué syndical :
« C’est sournois parce que le plan de licenciement se fait aussi de manière discrète. La moindre petite faute amène à un licenciement. Un climat anxiogène terrible s’est installé, avec du management toxique. Les gens ont peur de mal faire, et à force de stress, ils finissent par faire mal. Derrière, le couperet tombe directement. »
À midi, les drapeaux se replient. Les salariés s’apprêtent à regagner leurs postes. La direction est toujours là, impassible, à quelques mètres.
Le personnel du bloc opératoire de l’hôpital de Sélestat a fait grève pendant une heure pour ne pas perturber la permanence des soins.Photo : Line Baudriller / Rue89 Strasbourg
À travail égal, les infirmières du bloc opératoire de l’hôpital de Sélestat sont moins payées que leurs collègues de Colmar. Mardi 14 octobre, elles ont fait grève pour demander une revalorisation salariale et dénoncer un manque de reconnaissance de leur direction.
Blouses nouées dans le dos, masques sur le nez et charlottes serrées sur les cheveux, une vingtaine de silhouettes bleues se sont réunies mardi 14 octobre devant les bureaux de la direction du Groupe hospitalier Sélestat-Obernai (GHSO). Les deux tiers des infirmières du bloc opératoire sont en grève, soutenues par le syndicat Force ouvrière. Et la dizaine d’autres infirmières absentes du rassemblent assurent la permanence des soins, mais elles soutiennent aussi le mouvement selon les militantes. Toutes dénoncent les promesses non tenues d’une direction frileuse de revalorisations salariales.
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Lors d’une manifestation en hommage aux victimes de la police française le 17 octobre 1961 à Paris.Photo : Paola Breizh
64 ans après la sanglante répression des manifestations du 17 octobre 1961, une commémoration est organisée à Strasbourg. Les organisateurs souhaitent rappeler l’importance de la lutte contre le racisme et le colonialisme.
« Un crime d’État qu’on n’oublie pas ! » Vendredi 17 octobre, à 17h30, une commémoration du massacre du 17 octobre 1961 est organisée à Strasbourg, au pont du Corbeau, à l’appel du collectif D’Ailleurs nous sommes d’ici (DNSI 67) et d’une trentaine d’organisations locales. Après un lancer de fleurs à la mémoire des victimes et des prises de parole, le cortège rejoindra la place du 17 octobre 1961, située au croisement de la rue de la Douane et de la rue de la Division Leclerc.
Pour les organisateurs, il s’agit de rappeler qu’il y a 64 ans, la police parisienne, placée sous l’autorité du préfet Maurice Papon, a réprimé une manifestation d’Algériens pour l’indépendance, dans un contexte de couvre-feu racialisé. Le nombre exact de morts demeure discuté par les historiens, les estimations les plus hautes allant jusqu’à 200 morts. Mais les témoignages convergent sur la brutalité de la répression policière, de nombreux manifestants ayant été jetés dans la Seine.
Contre l’oubli d’un crime colonial
Le rendez-vous strasbourgeois emprunte un parcours chargé de symboles, rappelle Tonio Gomez, porte-parole du collectif DNSI 67 :
« La place du 17 octobre 1961 a une importance toute particulière pour nous. Nous l’avons obtenue après un an de discussions avec la Ville, sous Roland Ries (PS), qui a finalement donné son accord pour nommer la place. Un pas important dans la reconnaissance publique de cette répression sanglante. »
Pour les organisateurs, il est nécessaire de demander à la France de rendre des comptes sur un « crime colonial d’État » qui n’est toujours pas reconnu comme tel. « Maintenir la mémoire est indispensable dans le combat contre le racisme et le fascisme », rappelle Tonio Gomez.
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Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.