Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Au bout d’une vie de violences et d’appels à l’aide, les coups de couteau de Nicolas

Au bout d’une vie de violences et d’appels à l’aide, les coups de couteau de Nicolas

Dimanche 28 septembre, Nicolas est mort des blessures qu’il s’est infligées après avoir agressé au couteau une professeure du collège de Benfeld. C’est l’issue dramatique d’une vie faite de violences et de prises en charge défaillantes par les institutions de l’État.

« Nicolas, c’est l’un des parcours les plus difficiles que j’ai pu connaître. » Cet éducateur a bien connu le garçon de 14 ans qui a porté plusieurs coups de couteau au visage d’une enseignante du collège de Benfeld. Employé de la protection de l’enfance, il sait les souffrances endurées par l’adolescent. Cette violence subie, le collégien la reproduisait contre lui-même et contre les autres. Régulièrement. Jusqu’au drame du mercredi 24 septembre. Après avoir agressé une professeure de musique, Nicolas s’est porté plusieurs coups de couteau au cou. Il est mort dans la soirée du dimanche 28 septembre. Pour l’éducateur, « l’histoire de Nicolas, c’est surtout un échec pour l’État, l’aide sociale à l’enfance, l’Éducation nationale et la société française en général. »

« Nicolas ne dormait que quelques heures par nuit. Tout habillé. Souvent, la lumière allumée et les baskets au pied du lit »

Nicolas Schwob, ancien veilleur de nuit

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Face à une agression au couteau commise par un collégien, Rue89 Strasbourg refuse de ne voir qu’un fait divers. Suite au décès du garçon de 14 ans, nous avons entrepris un long travail d’enquête. Loin d’excuser la terrible agression d’une enseignante, il s’agissait de reconstituer le parcours de Nicolas jusqu’à ce mercredi 24 septembre et ce moment où il porte des coups de couteau à une professeure de musique avant de retourner l’arme blanche contre lui. Cette investigation a duré près de trois semaines. Elle a mobilisé deux journalistes pour parvenir à ce portrait. Nous estimons qu’il interroge utilement le fonctionnement des institutions face au mal-être d’un enfant traumatisé par les violences et l’abandon.

Si une telle démarche vous paraît d’utilité publique, n’hésitez pas à rendre d’autres enquêtes possibles en vous abonnant à Rue89 Strasbourg. C’est d’autant plus le moment qu’une promotion commence ce mercredi 14 octobre.

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Florian Kobryn et Halima Meneceur en tête de la liste de La France insoumise à Strasbourg

Florian Kobryn et Halima Meneceur en tête de la liste de La France insoumise à Strasbourg
Emmanuel Fernandes, Lisa Farrault, Florian Kobryn et Halima Meneceur chantent le refrain de l’Internationale.

L’assemblée communale de La France insoumise à Strasbourg a désigné Florian Kobryn et Halima Meneceur pour conduire la liste du mouvement de gauche radicale aux élections municipales. Le premier est conseiller départemental tandis que la seconde est engagée dans l’éducation populaire.

Une centaine de militantes et de militants de La France insoumise (LFI) ont annoncé mardi 14 octobre au Foyer de l’étudiant catholique avoir désigné un binôme de candidats aux élections municipales de Strasbourg. Il s’agit de Florian Kobryn, 36 ans, conseiller d’Alsace d’opposition, et de Halima Meneceur, 43 ans.

Ils ont été choisis par « l’assemblée communale » du mouvement au terme d’un processus de désignation au cours duquel le nombre de candidats n’a pas été rendu public. Emmanuel Fernandes, député LFI de la 2e circonscription du Bas-Rhin et un temps pressenti pour être candidat, s’est affiché comme « le premier soutien » de Florian Kobryn qu’il a qualifié « d’exemple chimiquement pur de l’insoumission » et de Halima Meneceur. En marge de l’annonce, Emmanuel Fernandes a indiqué être « pleinement investi dans [son] mandat de député ».

Halima Meneceur a fondé le « groupe d’action » de LFI à Hautepierre et elle a travaillé comme animatrice ou coordinatrice dans les centres socio-culturels de Hautepierre, Port du Rhin, Meinau, Neuhof et Robertsau. Directrice de projets à la coopérative d’éducation populaire Cab4n, elle a indiqué dans son discours de désignation vouloir « lutter contre les discriminations » et s’investir « pour améliorer le cadre de vie » des habitants de Strasbourg :

« Une mairie insoumise sera une mairie engagée sur le plan international, en lutte contre le génocide palestinien et pour le respect du droit international. Cette boussole, si nous la perdons, nous risquons de perdre notre humanité. »

Origine polonaise et homosexualité

Halima Meneceur dit vouloir agir « à notre échelle avec une écologie populaire et non punitive », reprenant ainsi un vocable utilisé à droite pour discréditer l’action des élus écologistes. « La justice sociale est au cœur de notre programme », a-t-elle indiqué. Puis elle a prévenu : « L’union ne se fera jamais au détriment des plus vulnérables. »

De son côté, Florian Kobryn est revenu sur ses origines polonaises pour rappeler que c’est grâce à l’école de la République qu’il avait pu devenir « ingénieur des ponts et chaussées ». Aujourd’hui, Florian Kobryn est responsable des décors du Théâtre national de Strasbourg. Conseiller d’opposition à la Collectivité européenne d’Alsace, Florian Kobryn a mentionné son homosexualité pour rappeler « à quel point il est nécessaire pour les personnes concernées de s’organiser pour défendre leurs droits » :

« Plus qu’aucune autre ville, Strasbourg doit incarner la devise européenne : unie dans la diversité. La mobilisation populaire permettra la redistribution des richesses, la planification écologique et le développement des services publics. »

Les premiers éléments du programme pour Strasbourg de La France insoumise, construit par les militants depuis plusieurs années, seront communiqués plus tard.

À Schiltigheim, des parents d’élèves mobilisées pour deux enfants de 2 et 4 ans à la rue

À Schiltigheim, des parents d’élèves mobilisées pour deux enfants de 2 et 4 ans à la rue
Elles sont une petite dizaine réunies devant la grille de l’école pour alerter les parents sur cette situation dramatique.

Des parents d’élèves ont organisé une collecte ce 13 octobre devant une école de Schiltigheim pour une famille dont deux enfants dorment à la rue. Entre cagnotte et alertes aux autorités, elles veulent obtenir une mise à l’abri rapide et durable.

« Dans cette école, des enfants sont SDF ». Lundi 13 octobre, 16h15, la banderole s’étire devant l’école maternelle Joséphine Baker à Schiltigheim. Sur une table, des gâteaux à prix libre pour remplir une cagnotte. Elle est destinée à loger temporairement la famille de deux élèves de deux et quatre ans vivant à la rue.

La famille ne souhaite pas s’exposer. « Par pudeur et par crainte, expliquent les mères mobilisées. Mais avec leur accord, on agit. Ils nous remercient beaucoup. » Après avoir appris que ces enfants étaient à la rue, un groupe de parents d’élèves s’est constitué en quelques jours. Majoritairement des mères, elles sont une dizaine présentes pour alerter les autres parents qui viennent chercher leurs enfants. Samira Talbi, tête de liste aux élections des parents d’élèves, raconte :

« On a contacté la mairie de Schiltigheim, la préfecture, la Collectivité européenne d’Alsace. Pour l’instant, chacun renvoie vers l’autre et nous n’avons pas eu de réponse satisfaisante. La Ville de Schiltigheim s’est dite ouverte à la discussion. Nous avons rendez-vous mercredi 15 octobre avec la maire, Danielle Dambach, et la direction de l’école. On espère un déclic. »

« Loger les familles à la rue, c’est d’abord la responsabilité de l’État. Les mairies sont souvent démunies », analyse Christelle, une enseignante. En effet, l’État a le budget et théoriquement l’obligation légale d’héberger les personnes vulnérables quelle que soit leur situation administrative. En attendant, le collectif a créé une cagnotte en ligne pour financer un logement d’urgence afin de mettre la famille à l’abri alors que le froid arrive.

Une école solidaire face à l’urgence

Les parents présents décrivent le même scénario. La famille a tenté des appels au 115, le numéro pour demander un hébergement d’urgence. Mais systématiquement elle a subi des refus pour manque de place, malgré deux enfants en bas âge. Christelle s’indigne :

« Face au manque de moyens, la seule “solution” qui leur est proposée c’est finalement un retour dans leur pays d’origine. Mais s’ils sont venus jusqu’ici, c’est qu’ils ont de bonnes raisons de ne pas vouloir y retourner. »

À l’heure du goûter, les élèves s’amassent autour du stand de gâteaux et glissent un billet dans la cagnotte pour soutenir leurs camarades.

Céline Iltis, directrice de l’établissement, soutient l’initiative des parents d’élèves. Elle est présente à la sortie de l’école « en tant que citoyenne et en dehors des heures d’ouverture », pour respecter la neutralité institutionnelle. Elle rappelle néanmoins que l’école a un devoir d’alerte :

« Notre premier rôle, c’est la protection de l’enfant. Nous garantissons sa sécurité sur le temps scolaire, mais nous ne pouvons pas rester indifférents à ce qui les met en danger hors de l’école. Quand une famille nous fait confiance et met des mots sur ses difficultés, c’est aussi à nous d’alerter. »

Certains parents évoquent, en dernier recours, l’occupation de l’école pour loger en urgence la famille si la situation n’évolue pas. Dans l’Eurométropole, de nombreux établissements ont été occupés lors de l’année scolaire 2024-2025, ce qui a permis l’hébergement de familles.

Une crise qui dépasse la grille de l’école

À Schiltigheim, des parents de l’école Exen Schweitzer s’étaient par exemple mobilisés pour loger deux familles sans-abri. Par ailleurs, en juin 2025, la commune a été marquée par la mort de Spartaki Zurasdzma, 52 ans, décédé dans sa tente à l’entrée de la ville. « Des familles à la rue, il y en a des dizaines et des dizaines à Schiltigheim et à Strasbourg, affirme la directrice. Mais ça ne se voit pas toujours, ce n’est pas écrit sur leur front. »

« On n’a pas la prétention de résoudre la crise du logement, rappelle une mère d’élève en coupant des parts de gâteau. Mais on refuse l’idée que des élèves de notre école dorment dehors sans que rien ne bouge. »

Retrouvez nos meilleures enquêtes en librairie

Retrouvez nos meilleures enquêtes en librairie

Trois enquêtes majeures de Rue89 Strasbourg sont désormais disponibles en livrets, à retrouver dans les principales librairies de Strasbourg.

Média d’enquêtes et d’actualités, Rue89 Strasbourg publie chaque jour des informations pour permettre aux Strasbourgeois et aux Strasbourgeoises de se former sur les enjeux locaux. Mais des grands feuilletons qui se déclinent sur des années, comme l’enfouissement des déchets ultimes à Stocamine, peuvent être difficiles à suivre, voire rebuter les néo-strasbourgeois.

C’est pourquoi nous avons retravaillé trois dossiers majeurs de ces dernières années, pour proposer un socle à celles et ceux qui ont suivi de loin ces actualités et voudraient disposer de l’essentiel, dans des livrets qui se lisent en une quinzaine de minutes. Nous avons confié nos enquêtes à un journaliste-éditeur, Baptiste Cogitore, qui a travaillé sur les textes pour en supprimer les éléments éphémères et mettre en évidence les éléments structurants. La mise en page a été confiée à Tanguy Chêne, qui a développé un déroulé des contenus engageant et confortable.

Agriculture alsacienne et pesticides : une histoire d’amour empoisonnée

L’eau, l’air et les sols d’Alsace sont largement contaminés aux pesticides et aux molécules issues de leur dégradation : les métabolites. Les habitants d’une trentaine de communes sont particulièrement exposés à ces substances toxiques qui se déposent partout dans l’environnement. De l’Alsace à la Meuse, plus de 250 captages d’eau potable sont déjà dégradés par l’agriculture intensive. Comment en sommes-nous arrivés là ? Comment nous alimenter localement tout en préservant notre eau potable ?

Par Guillaume Krempp et Thibault Vetter

Incinérateur des déchets de Strasbourg : le dossier toxique de l’Eurométropole

L’incinérateur de l’Eurométropole de Strasbourg, géré par l’entreprise
Sénerval, brûle en moyenne 300 000 tonnes d’ordures ménagères chaque année. Mais depuis 2015, les problèmes s’accumulent : exposition des ouvriers à l’amiante et à des cendres cancérigènes, vétusté des installations, émissions polluantes excessives… À l’abri des regards, au fond du Port du Rhin, la gestion de l’usine d’incinération pose question, tant sur le plan sanitaire qu’environnemental.

Par Guillaume Krempp

De la rue à la rue : la galère sans fin des sans-abris strasbourgeois

À Strasbourg, les campements sauvages des personnes sans-abris sont souvent bien visibles. Après chaque démantèlement, ils finissent par réapparaître, ailleurs ou au même endroit. Au rythme des expulsions successives, on retrouve parfois les mêmes visages sous de nouvelles tentes. L’État est censé fournir un hébergement à toutes les personnes qui le demandent. Mais de plus en plus, il assume renoncer à cette obligation légale, laissant des familles, des malades, des personnes isolées, en errance dans la rue.

Par Camille Balzinger et Thibault Vetter

Une dizaine de librairies partenaires

Une dizaine de librairies strasbourgeoises ont accepté de mettre ces livrets en rayons, que nous remercions pour leur confiance. Les livrets sont disponibles aux adresses ci-dessous, au prix de 7 euros.

L’ensemble de cette production, écriture, édition, relectures, graphisme et impression, a été réalisée à Strasbourg.

Les succès d’une mobilisation contre l’insalubrité de deux tours à Lingolsheim

Les succès d’une mobilisation contre l’insalubrité de deux tours à Lingolsheim
Dans deux tours du bailleur Batigère à Lingolsheim, de nombreux habitants devaient vivre avec d’impressionnantes moisissures dans leur logement.

La Confédération syndicale des familles a visité les 120 logements de deux tours particulièrement délabrées à Lingolsheim en février. Face aux constats irréfutables d’insalubrité et l’exposition médiatique, le bailleur Batigère a commencé un plan d’actions qui suit son cours cet automne.

Moisissures imposantes, chauffages défectueux, fuites d’eau régulières. La Confédération syndicale des familles (CSF) avait répertorié, pendant l’hiver 2025, une impressionnante liste de troubles dans plusieurs dizaines d’appartements de deux tours au 11 rue du Général-de-Gaulle, à Lingolsheim. Le bailleur social, Batigère, avait expliqué ne pas avoir connaissance de ces situations, notamment parce que les locataires ne les lui signalaient pas et qu’ils ne lui ouvraient pas la porte.

Le syndicat avait prouvé le contraire en entrant dans tous les appartements, et avait permis une libération de la parole des habitants sur leurs conditions de vie dans des logements parfois insalubres. Comme d’autres médias locaux, Rue89 Strasbourg avait réalisé un reportage sur cette opération et avait pu entrer dans des appartements, exposant au grand public des éléments non réglementaires. Beaucoup de personnes rencontrées sur place rapportaient qu’elles tentaient souvent d’alerter leur bailleur sans qu’il y ait de suites.

Batigère face à des éléments nombreux et concrets

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« Je suis coincé derrière ma fenêtre à rêver », Ryad raconte l’isolement des personnes handicapées

« Je suis coincé derrière ma fenêtre à rêver », Ryad raconte l’isolement des personnes handicapées
Passionné de théâtre et de cinéma, Ryad espère un jour réaliser un film sur le quotidien des personnes en situation de handicap.

À 22 ans, Ryad Besseghir a quitté le domicile familial pour vivre dans un studio adapté à son handicap à Strasbourg. Une étape vers l’indépendance, qui ne suffit pas à combler le vide laissé par l’absence d’activités et de vie sociale.

Installé dans son fauteuil roulant qu’il dirige de sa main droite, Ryad Besseghir se déplace de la chambre à la cuisine de son appartement. En emménageant dans ce studio adapté à son handicap, le jeune homme de 22 ans a gagné en indépendance. Mais entre ces murs, il habite seul, tributaire de l’aide d’auxiliaires de vie, sans travail ni projet d’avenir.

Comme Ryad, en France, plus d’un million de personnes en situation de handicap souffrent de solitude. « Habiter dans cet appartement, n’est qu’une illusion de la normalité », constate sa mère, Dalila Besseghir.

Ryad est né avec une infirmité motrice cérébrale. Son cerveau a manqué d’oxygène pendant la grossesse de sa mère, affectant certaines de ses fonctionnalités. Le raidissement de ses muscles l’empêche de marcher, d’utiliser son bras et sa main gauche et provoque des difficultés d’élocution. « Il ne peut ni se doucher, ni aller aux toilettes, ni préparer un repas seul », précise Dalila.

Prendre son indépendance

En 2023, le jeune homme s’installe dans un Habitat adapté inclusif (HAI) dans le quartier de Koenigshoffen à Strasbourg. Géré par l’association Arasc, l’immeuble dispose de studios adaptés aux personnes en situation de handicap. Ryad y habite quatre jours par semaine et rentre chez ses parents à Illkirch-Graffenstaden pour le week-end.

La Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) l’orientait davantage vers un Foyer d’accueil médicalisé (FAM), au vu de son handicap. Mais pour sa mère, il en était hors de question :

« Ces foyers sont des établissements fermés où tout tourne autour du handicap. Il n’y a aucune ouverture sur l’extérieur, aucune mixité, aucune inclusion dans la société. Ils restent entre eux. »

Le retour à domicile permanent n’était pas non plus une option. Dalila aurait dû quitter son travail de responsable de formation auprès de jeunes en alternance. « De toute façon, au quotidien, on ne se serait pas supportés », plaisante Dalila, en lançant un regard complice à son fils. Pour elle, l’HAI était la meilleure alternative :

« Cet habitat lui donne de la liberté. Il peut décider d’entrer et de sortir quand il veut, il peut faire ses courses et choisir ce qu’il veut manger. Il est accompagné par des auxiliaires de vie, mais il reste plus indépendant que dans un foyer d’accueil médicalisé. C’était important pour Ryad d’avoir son propre studio, mais ça ne suffit pas encore pour avoir une vie équilibrée. »

Ryad vit seul dans son appartement mais bénéficie de l’aide d’auxiliaires de vie pour se doucher ou cuisiner.

Ennui et solitude

Ne disposant pas d’une mobilité suffisante pour travailler en Établissement et service d’accompagnement par le travail (ESAT) comme d’autres personnes en situation de handicap, Ryad n’a pas d’activité pour occuper ses journées. Concentré sur l’articulation de chaque mot, le jeune homme détaille lentement à quoi ressemble son quotidien. Assise à ses côtés, sa mère intervient ponctuellement pour expliciter certaines phrases parfois difficilement compréhensibles :

« Le lundi matin, je vais chez le kiné. L’après-midi, je fais les courses et je prends une douche. Le mardi je n’ai rien de prévu. Je regarde la télé et je réfléchis à ma vie mais moralement c’est compliqué de rester seul sans aucune perspective ou objectif concret. »

Même ennui le mercredi. Dans cet appartement spacieux, pensé pour laisser au fauteuil roulant la place de manœuvrer, c’est surtout le poids de la solitude qui résonne.

Un projet ou une activité, aussi minime soit-elle, pourrait faire basculer cette routine monotone. « Dès qu’il doit s’organiser autrement, une activité imprévue ou un rendez-vous décalé, ça casse la routine. C’est dans ces moments-là qu’il se sent vraiment vivre », décrit Dalila.

Manque de mixité

Totalement conscient de son état, Ryad est un garçon « exigent et ambitieux », décrit sa mère. « J’en veux toujours plus », confirme-t-il. Passionné de théâtre, le jeune garçon a rejoint une troupe composée d’autres personnes en situation de handicap. « Ça me permet de m’exprimer autrement et d’extérioriser, mais ça manque encore de mixité », regrette Ryad qui aimerait côtoyer des gens extérieurs au handicap.

Ce n’est qu’à la mosquée, une fois par semaine, que le jeune retrouve un semblant de vie sociale. Il y retrouve Yacine, un étudiant en médecine et ami de la famille. À la mention de ce nom, un large sourire illumine le visage de Ryad. « Quand il vient me voir, je sais qu’il n’est pas là pour faire du social », explique-t-il.

Dalila, 58 ans, a réduit son temps de travail pour trouver de quoi occuper le quotidien de son fils. Photo : Line Baudriller / Rue89 Strasbourg

Depuis près d’un an, ce grand amateur de cinéma s’est lancé sur les réseaux sociaux. De son pseudo, « rymob6713 », il partage sur TikTok et Instagram des vidéos qui expliquent son quotidien pour sensibiliser à l’isolement des personnes handicapées. Son rêve ultime : faire un film à partir de son histoire.

En attendant, avec l’aide de sa mère, il tente de proposer ses services à la mairie pour tester les aménagements pour personnes handicapées dans l’espace public et faire en sorte qu’ils soient plus adaptés aux besoins réels. « J’aimerais bien aussi faire un partenariat avec des marques de vêtements qui proposent des collections adaptées aux handicaps moteurs comme Jules ou Kiabi », continue Ryad qui ne manque pas d’idées.

Mais comme celles-ci ne se concrétisent pas, le jeune homme a du mal à se projeter :

« Je déteste mon anniversaire : ce jour-là, je fais le bilan de ma vie et je pense à tout ce que je voudrais faire. Mais je suis coincé, derrière ma fenêtre à rêver. » 

Difficile pour une mère d’entendre son fils regretter le jour de sa naissance. Dalila ne peut retenir ses larmes. « Je n’arrêterai pas de me battre pour qu’il trouve une occupation et un sens à sa vie », confie-t-elle, la gorge nouée par l’émotion. C’est le combat de toute une famille.

À Neudorf, la librairie l’Indépendante appelle à l’aide pour éviter la fermeture

À Neudorf, la librairie l’Indépendante appelle à l’aide pour éviter la fermeture
Carole Benelhocine compte bien résister pour sauver sa librairie l’Indépendante, en difficultés financières.

Après l’Oiseau rare ou la Tache Noire, c’est désormais la librairie l’Indépendante à Neudorf qui lance un appel à l’aide. Carole Benelhocine, la gérante, a lancé une cagnotte en ligne pour tenter de rembourser une partie de ses dettes.

« Tout a changé ici », s’exclame un client en entrant dans les nouveaux locaux de la librairie l’Indépendante. Acculée par le poids du loyer dans le quartier de Neudorf, au sud-est de Strasbourg, la gérante Carole Benelhocine a dû réduire son espace de vente. Depuis 2023, la librairie l’Indépendante bénéficiait d’un espace de 230 mètres carrés pour exposer ses livres. « On payait 4 800€ par mois. C’était devenu ingérable. Il fallait soit déménager soit fermer », se souvient Carole Benelhocine. En juillet 2025, le bailleur, Habitation Moderne, a accepté de diviser le local en deux, laissant à la libraire l’aile gauche du bâtiment. Une surface de 86 m² pour un loyer réduit à 1 700€. Un déchirement pour Carole qui a dû se séparer de près de la moitié de sa collection :

« Le tri a été dur. On a choisi de garder les nouveautés et surtout les livres que l’on aime le plus. Puisqu’on se revendique librairie indépendante, on se laisse le loisir de sélectionner en fonction de nos goûts et de nos engagements. Mais bien sûr, on a gardé quelques classiques. »

Un loyer insolvable

Pour investir ces anciens bureaux, l’équipe de l’Indépendante a dû casser des murs et en peindre d’autres. Reste encore un faux plafond à installer et des lumières à changer. Au total, les travaux coûteront plus de 17 000€. De l’argent « emprunté à des amis », précise Carole, qui tente aujourd’hui de les rembourser. N’ayant pas la trésorerie nécessaire, la gérante a lancé une campagne de financement participatif sur la plateforme Ulule. L’argent récolté permettrait aussi à la librairie de rattraper ses retards de loyer estimés à 10 000€ et ses dettes envers ses fournisseurs. Mise en ligne début septembre, la cagnotte compte désormais près de 3 900€ de dons.

Les anciens locaux de la librairie l’Indépendante accueilleront prochainement un concept store mêlant café et boutique de décoration. Photo : Line Baudriller / Rue89 Strasbourg

Noël pour s’en sortir

« Une librairie indépendante rentable ? « , s’interroge Carole Benelhocine. Entre la hausse des frais de transport, du coût du papier et surtout la baisse de la consommation, le pari semble perdu d’avance. À l’Indépendante, la gérante sait que les 30% de marge réalisés sur la vente de chaque livre ne suffisent pas. Ils permettent de payer les fournisseurs, le loyer et les deux salariées, mais ne laissent que très peu de réserve. Carole aurait besoin de vendre pour 15 000€ de livres par mois pour être rentable. Soit environ 750 ouvrages à 20€ chacun. Un objectif qui paraît inatteignable. La gérante compte sur la période de Noël pour sortir de cette impasse économique :

« Les fêtes de fin d’année représentent près de 30% de notre chiffre d’affaires à l’année. Si les clients viennent chercher leurs cadeaux chez nous, on devrait s’en sortir. Sinon, ça risque d’être vraiment compliqué. »

Une librairie de quartier

Ancienne salariée du Parti socialiste, Carole Benelhocine s’est reconvertie en libraire en 2021 pour exercer son métier rêvé. Dans la lignée de ses engagements, elle a décidé d’ouvrir une librairie indépendante. Une « forme de résistance », déclare-t-elle, adossée à l’étagère des livres féministes :

« J’ai l’impression de devoir résister en permanence aux difficultés financières et à la concurrence des commandes internet qui sont souvent moins chères et immédiates. Le tout dans un climat global morose où rien ne semble aller dans le bon sens. J’ai juste envie de redonner aux gens le plaisir de lire. »

Installée à Neudorf, la librairie l’Indépendante s’inscrit dans une dynamique de quartier où « les gens lisent et en ont les moyens », affirme Carole. Une clientèle fidèle soutient le commerce en difficulté de peur que le quartier ne perde en vivacité. « Certains nous disent craindre qu’il n’y ait plus que des opticiens et des agences immobilières à Neudorf », s’amuse-t-elle.

La gérante s’interrompt pour conseiller un homme en quête de nouveaux polars régionaux. Les clients déambulent lentement d’une étagère à l’autre, penchant le cou pour déchiffrer les titres verticaux inscrits sur la tranche des livres. En sursis, cette librairie ressemble pourtant à toutes les autres. Endettée, elle mise désormais sur le soutien de sa clientèle pour sauver sa librairie. L’Indépendante n’est pas la seule librairie strasbourgeoise à faire face à des difficultés de trésorerie. En 2023, la Tache Noire, spécialisée dans les romans policiers, appelait déjà sa communauté à l’aide. Même scénario pour l’Oiseau rare ou Le Tigre, sur le quai des Bateliers.

Mirageuse et KYA Universe transforment le déracinement en force musicale

Mirageuse et KYA Universe transforment le déracinement en force musicale
A gauche, Mirageuse. A droite, KYA Universe.

Elles viennent de Guadeloupe et du Cameroun, mais c’est à Strasbourg qu’elles ont fait leurs armes. À travers le rap et le chant, Mirageuse et KYA Universe transforment leurs histoires de déracinement et de doute en force musicale.

La traditionnelle scène ouverte du mardi soir bat son plein aux Savons d’Hélène. Serré autour de la sono, le public du bar est déjà chauffé par les premières prestations. Les conversations s’effacent peu à peu quand monte une voix douce, cristalline. Toute habillée de noir, Mirageuse ferme les yeux, ses longues tresses blondes tombent sur ses épaules. Elle reprend La vie en rose d’Édith Piaf. Le pianiste Fabrice l’accompagne de son doigté subtil, esquissant un large sourire. La jeune artiste est une figure familière des scènes ouvertes strasbourgeoises. Ce soir elle chante, mais il n’est pas rare de la voir rapper lors des soirées de Hip-Hop from Elsass à la Péniche Mécanique ou de Scratchy et La Sauce à la Planque.

Mirageuse : « Avant les scènes parisiennes et bruxelloises, il faut d’abord se faire un nom dans sa propre ville. Pour l’instant, je suis bien dans ma petite région. »Photo : Nicolas Thomas / Rue89 Strasbourg

« J’ai l’habitude de ne pas me sentir à ma place »

Marina Berthely Saha, ou Mirageuse, est née en Guadeloupe. C’est là-bas, à l’église du Moule, qu’elle commence à chanter. Elle arrive en Alsace à l’âge de neuf ans, à Lièpvre puis Colmar. « Mon père, ouvrier soudeur, a été muté en métropole. On était la seule famille noire du coin. On nous dévisageait comme des ovnis », se souvient-elle, entre amusement et amertume. En tant que femme noire, elle grandit avec cette sensation d’être toujours entre deux feux :

« Aux yeux de certains, je suis loin de l’image d’une vraie Française. J’ai souvent eu le droit à des « Tu viens d’où en Afrique ? », « Nan, mais la Guadeloupe c’est pas vraiment la France ». À l’inverse, en Guadeloupe, je ne suis pas considérée comme une vraie Antillaise. Je m’habille et je parle comme les Français de métropole. Je ne parle pas créole, et on me le fait remarquer. Ne pas me sentir à ma place, j’ai l’habitude. »

À 29 ans, elle en rit aujourd’hui, presque par réflexe. Ces épreuves ont renforcé ses convictions afroféministes. Mais dans ses textes, cette douleur revient comme une cicatrice qui ne s’est jamais vraiment refermée.

La musique comme miroir

C’est dans la musique que ces failles trouvent un écho. Son nom de scène, Mirageuse, en dit beaucoup sur les tensions qui la traversent. « Mirage » pour les multiples façons dont elle est perçue, « rageuse » pour la colère qu’elle extériorise au micro quand elle rappe. Dans une pièce de son appartement qu’elle a transformé en petit studio, elle compose un morceau. Les néons roses et jaunes se reflètent sur son survêtement blanc. Autour d’elle s’empilent colis de vêtements, câbles audio et matériel de dessin acheté pendant ses années d’études de graphisme.

Dans la bulle de son studio à domicile, Mirageuse passe des soirées entières à faire de la musique.Photo : Nicolas Thomas / Rue89 Strasbourg

Dans son titre Entre les deux, produit par Theofilm, elle exprime ce sentiment d’être toujours « le cul entre deux chaises ». Rappeuse mais aussi chanteuse, française mais guadeloupéenne, croyante tout en étant bisexuelle, elle se livre à travers les mesures :

« Je me sens pas à ma place, même si le monde est vaste. Pas assez fille pour eux, nan, pas assez mec pour elles. Parfois entre les deux, le cul entre deux chaises. Pas assez blanche, pas assez noire toujours entre deux feux. »

Dans sa quête d’identité, Mirageuse tente de se rapprocher de son île natale. Son prochain single, Pawol, produit par les Studios d’or, sera entièrement en créole. « Ce son rend très fier mon père et ma mère, se félicite-t-elle, plus jeune, ça ne m’intéressait pas d’apprendre la langue. Mais plus je grandis, plus je comprends qu’il faut que j’assume toutes les facettes de ma personnalité. Je m’approprie enfin cette part antillaise. »

Refuser de choisir

Dans son studio, elle passe la soirée à peaufiner son morceau. Sa quête d’identité passe aussi beaucoup par la foi, héritée de son éducation adventiste, un courant du protestantisme. Mais s’intégrer dans une communauté religieuse n’est pas simple, à tel point que depuis quelque temps, elle a cessé d’aller à l’église :

« Dans la communauté religieuse que je fréquentais, on m’a dit que ceux et celles qui assument pleinement leur homosexualité ne pourront pas être des membres à part entière. »

Mirageuse interprète La vie en rose d’Édith Piaf.Photo : Nicolas Thomas / Rue89 Strasbourg

Elle vit cette tension sans chercher à la gommer. Dans ses textes, elle la transforme en force. « Et quand je danse seule dans le noir, je peux être les deux », écrit-elle. Dans l’intimité, loin du regard des autres, elle s’autorise à être multiple : « Désormais, j’essaye à tout prix de me détacher du jugement. »

Le rêve européen de KYA Universe

À quelques kilomètres de là, dans un ancien bâtiment industriel reconverti en studio, une autre voix s’élève. Derrière la vitre d’une cabine d’enregistrement, KYA Universe, toute vêtue de cuir, ajuste son casque. Elle prend soin de ne pas abîmer sa coupe impeccable. Elle aussi connaît bien les scènes de la ville. Face au micro, elle reprend une phrase, la corrige, recommence. « Je cherche toujours la bonne formule. J’expérimente pour trouver le truc qui sonne juste », explique-t-elle. De l’autre côté de la vitre, l’ingé son reste concentré sur ses écrans. C’est derrière ces briques rouges qu’elle a sorti son premier projet en 2022, aidée par le label Facctory qui gère le studio.

C’est par hasard, sur la demande de son cousin qui apprenait à mixer, que KYA Universe a enregistré pour la première fois. Photo : Nicolas Thomas / Rue89 Strasbourg

Karla Monowicz Abega, KYA Universe pour le nom d’artiste, a connu une autre forme de décalage. Elle arrive en France en 2011, à quinze ans, quittant le Cameroun avec le rêve d’Europe en tête :

« Là-bas, on a grandi avec MTV et les clips américains. Moi, je voulais être une star à la Rihanna. Elle qui a quitté la Barbade à 15 ans pour suivre son rêve. Il y a une idéalisation de l’Occident dans la société camerounaise. On pensait qu’aller en Mbeng, en Europe, c’était atteindre le paradis. »

« Quand j’ai revu ma mère au Cameroun en 2023, ce n’était plus tout à fait la dame qui m’a dit au revoir dix ans plus tôt à Paris.« 

Karla Monowicz Abega, ou KYA Universe

Arrivée en banlieue parisienne, à Corbeil-Essonnes (91), elle déchante rapidement. Jusqu’en 2019, elle se heurte au mur de l’administration française et n’est pas régularisée. En 2016, elle débarque à Strasbourg pour suivre des études d’art et de graphisme. Ses revenus se limitent à quelques aides et petits boulots. Bloquée par les procédures administratives pour obtenir un titre de séjour, elle ne revoit pas ses parents et son grand frère pendant dix ans :

« Je recevais des photos d’eux sur WhatsApp, mais je voyais mes parents vieillir loin de moi. Quand j’ai revu ma mère au Cameroun en 2023, ce n’était plus tout à fait la dame qui m’a dit au revoir dix ans plus tôt à Paris. C’est dur, ils n’ont pas pu être avec moi quand j’ai obtenu mon diplôme. Ils ne m’ont pas vu grandir. »

Elle obtient le graal en 2019 sous la forme d’un titre de séjour étudiant. Aujourd’hui, à 29 ans, elle travaille en tant que chargée de marketing et communication et vit avec un titre de séjour de salarié.

« Au début, on m’a dit que c’était bizarre »

KYA, c’est le sigle de Karla Yebee Abega. « Yebee », c’est par cette expression que sa mère et sa grand-mère s’appelaient. On retrouve la jeune artiste à la terrasse d’un café près de la station de tram Étoile Bourse. Entre deux gorgées de cappuccino, elle raconte sa vision de la musique dans un français parsemé d’expressions anglaises. La jeune femme a fait du camfranglais son étendard. Ce mélange de français, d’anglais et de langues locales, est avant tout un argot pour se réapproprier les langues imposées par la colonisation. Elle explique :

« Au début, en 2020, on m’a dit que c’était bizarre, qu’on comprenait rien à ce que je racontais. Malgré un manque de confiance en moi, je me suis accrochée. Aujourd’hui, en 2025, je me rends compte que c’est la bonne formule. Beaucoup d’artistes émergent grâce à la mise en avant d’une culture méconnue. Depuis dix ans, les Congolais ont réussi à tout exploser en ramenant la rumba et le lingala dans la musique française. Moi, je veux mettre le Mboa (Cameroun) sur la carte. »

Du camfranglais au makossa, le Cameroun a beaucoup a offrir sur le plan musical. Pour KYA Universe, l’artiste qui incarne le mieux cela est le rappeur Jovi.Photo : Nicolas Thomas / Rue89 Strasbourg

Dans un style musical inspiré du rap, de la pop et du makossa, elle met à l’honneur sa culture d’origine. Sorti en 2023, son album Évasion Stellaire en est l’illustration. Ses thèmes naviguent entre amour, ego-trip et désillusions. Sur scène, celle qui adore faire le show envoie le paquet. En dehors des scènes strasbourgeoises, où elle a déjà croisé Mirageuse, KYA Universe a joué au Palais de Tokyo et rêve de grands festivals.

La fin du « mode survie »

Pour KYA Universe, la stabilisation de sa situation marque un tournant. Après des années passées à courir derrière les papiers et à cumuler les galères, elle dit avoir enfin quitté le « mode survie ». Son retour au Cameroun, en 2023, a aussi été un déclic. « Mes parents m’ont vu comme une femme adulte. Ça m’a fait comprendre que j’avais grandi. La petite Karla qui quittait le pays est loin maintenant. »

KYA Universe échauffe sa voix aux studios de la Facctory.Photo : Nicolas Thomas / Rue89 Strasbourg

L’année dernière, alors qu’elle devait obtenir son master et un CDI pour renouveler son titre de séjour, elle a enregistré seule son single Amants Pyromanes. Désormais salariée et plus apaisée, elle veut prendre le temps :

« Avant, j’étais dans la course, j’avais peur d’être en retard. Maintenant je sais qui je suis, je n’ai plus le syndrome de l’imposteur. Alors je construis ma musique à mon rythme. Début 2026, je compte revenir avec de nouvelles sorties. »

Que ce soit Mirageuse ou KYA Universe, toutes deux partagent ce refus de simplifier leur identité. Leur musique est l’expression de leur complexité assumée. Alors, entre les scènes et studios de Strasbourg, elles continuent de faire entendre leur voix loin des cases toutes faites. 

Jeanne Barseghian sur le tram nord : « Nous avons peut être été trop ambitieux »

Jeanne Barseghian sur le tram nord : « Nous avons peut être été trop ambitieux »
Jeanne Barseghian est prête à suivre les préconisation de la convention citoyenne sur le tram nord.

La maire de Strasbourg, Jeanne Barseghian, s’engage à suivre les préconisations de la convention citoyenne sur l’extension nord du tramway, quitte à renoncer à l’urgence de transformation qu’elle préconisait en 2020.

La maire de Strasbourg, Jeanne Barseghian (Les Écologistes), réagit aux conclusions de la convention citoyenne sur l’extension du tramway vers le nord. Les 100 citoyens sélectionnés en avril préconisent que le futur tram nord s’inscrive dans le tissus urbain actuel mais sans perturber les flux automobiles existants. Une option qui empêche de profiter du tram pour réduire drastiquement la place de la voiture en ville (voir le compte-rendu).

« Pour les citoyens, les aménagements connexes au tram nord ne sont pas prioritaires, surtout s’ils dégradent l’acceptabilité du projet. Et ils ont raison. »

Jeanne Barseghian, maire de Strasbourg

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37 ans plus tard, Catherine Trautmann veut redevenir maire de Strasbourg

37 ans plus tard, Catherine Trautmann veut redevenir maire de Strasbourg
Vendredi 10 octobre, Catherine Trautmann a déclaré sa candidature pour la mairie de Strasbourg.

Place de la gare, vendredi 10 octobre, Catherine Trautmann a officiellement déclaré sa candidature à la mairie de Strasbourg.

Catherine Trautmann marche vers le parvis de la gare de Strasbourg, suivie d’une petite dizaine de journalistes. Elle s’avance, droite, dans son jean noir, sa veste de costume noire sur une chemise blanche. Derrière un pupitre en carton, elle prend la parole devant le micro vendredi 10 octobre pour dire une évidence : l’ancienne maire de Strasbourg veut reprendre la place qu’elle a prise de 1989 à 1997 puis entre 2000 et 2001. Catherine Trautmann est candidate aux élections municipales de mars 2026.

« J’ai été sommée de prendre mes responsabilités »

Catherine Trautmann, ancienne maire et candidate à la mairie de Strasbourg

Elle le jure, l’ancienne ministre de la Culture de Lionel Jospin entre 1997 et 1999 : elle ne fait pas ça pour elle. Il ne faudrait pas croire que Catherine Trautmann est accro à la politique. C’est après avoir rencontré les Strasbourgeois et Strasbourgeoises dans leurs quartiers qu’elle a décidé de répondre à leur demande. « J’ai été encouragée, sollicitée voire parfois sommée de prendre mes responsabilités », assure-t-elle aux côtés d’un kakémono qui affiche son portrait. Le visage bleuté de l’ancienne députée socialiste tangue à sa droite.

Seule face aux journalistes, Catherine Trautmann annonce son intention de « redresser » Strasbourg et de « remettre de l’ordre » dans une ville qui « décline » : « Je m’engage pour que nous retrouvions ensemble l’esprit et la fierté de Strasbourg. » Et la candidate d’égrener ses priorités dans l’ordre suivant : le droit à l’éducation, « y compris sportive et culturelle », le droit à la sécurité « qui est une liberté », le droit à un logement digne et un environnement sain et le droit aux mobilités.

Sans attendre le Parti socialiste

Ce n’est pas la candidate du parti socialiste qui s’est déclarée ce vendredi 10 octobre. La rose du PS ne figure d’ailleurs pas sur l’affiche de campagne orange et bleue. Catherine Trautmann l’assume : « Je ne serai pas la candidate d’un parti, d’un clan ou encore moins d’un camp, mais d’un projet. Car les Strasbourgeois attendent que l’on parle d’eux. » Il faudra attendre 6 novembre pour une éventuelle validation de la candidature de Catherine Trautmann par le Parti socialiste du Bas-Rhin et encore plus longtemps pour une investiture par les instances nationales. Mais l’échéance ne semble pas inquiéter la candidate :

« Je ne renie pas mes racines ni mon appartenance. Ce que me demandent mes amis, c’est de dépasser mon propre parti pour m’adresser plus largement à ceux qui souhaitent que Strasbourg ait un ancrage progressiste et démocratique certain. »

Interrogée sur ses alliances potentielles et ses lignes rouges, cette vétérane de la politique sort un élément de langage bien préparé : « Ma seule alliance, c’est celle avec les Strasbourgeois. » Catherine Trautmann rejette ensuite les Écologistes : « On ne fait pas d’alliance avec des gens qui vous font huer pendant leur université d’été. » Puis elle évoque les Insoumis parce que « c’est compliqué… » Elle précise enfin, au moment où l’on se demande si sa candidature est de gauche : « Je n’ai pas l’intention de discuter avec le candidat des Républicains. »

Une mise en scène solitaire

Seule sur son affiche, seule derrière son pupitre… Catherine Trautmann s’est montrée en candidate indépendante, à la limite solitaire, à six mois des élections municipales. Derrière elle, un jeune homme dans sa veste en jean empêche les passants de trop s’approcher de la femme politique. À quelques mètres, l’ancien candidat socialiste à la mairie de Strasbourg, Mathieu Cahn, échange avec le député socialiste de la troisième circonscription du Bas-Rhin, Thierry Sother. Un peu plus loin encore, l’équipe d’une agence de communication qui a œuvré à la mise en scène.

Mais Catherine Trautmann le promet. Dans « les semaines à venir », elle dévoilera « une équipe taillée pour répondre aux défis du quotidien comme aux grands enjeux de notre temps. Cette équipe sera à l’image de notre ville, ouverte. Elle alliera l’expérience de celles et ceux qui ont fait leurs preuves à l’énergie et la créativité et au regard neuf des nouvelles générations. »

Tram nord, encadrement des loyers…

Sans faire de promesse ni dévoiler quelques mesures de son programme, Catherine Trautmann a évoqué plusieurs thématiques au fil de son discours. Elle estime nécessaire de réaliser un audit financier en rapport avec l’endettement de la Ville de Strasbourg dès son éventuelle arrivée au pouvoir. Elle a fait référence à plusieurs reprises à la gratuité des fournitures scolaires pour les 111 écoles publiques de Strasbourg. La pourfendeuse du tram nord version Jeanne Barseghian veut ainsi « remettre ce dossier à plat » et présenter de « vraies informations sur ce projet, sans manipuler les citoyens ». La candidate interroge enfin l’appartenance à la gauche de l’échiquier politique des Écologistes au pouvoir à Strasbourg : « Ils n’ont pas voté l’encadrement des loyers », rappelle-t-elle.

Interrogée sur son âge à la fin d’un éventuel mandat de maire, Catherine Trautmann se refuse à répondre. Par quelques boutades, elle esquive le sujet dont elle anticipe déjà qu’il reviendra dans les critiques : « Je suis dans les heures supplémentaires. Mais j’ai vérifié que l’état de la machine est bon. Je peux me lancer dans ce marathon. » Catherine Trautmann aura 81 ans en 2032.

« Chronique d’une déshumanisation » : l’Assurance maladie jugée suite au suicide d’une salariée

« Chronique d’une déshumanisation » : l’Assurance maladie jugée suite au suicide d’une salariée
La caisse nationale d’assurance maladie a été jugée pour homicide involontaire au tribunal judiciare de Strasbourg, le 9 octobre 2025.

Jeudi 9 octobre 2025, la caisse nationale d’assurance maladie était jugée pour homicide involontaire sur la personne de Catherine Dumas-Pierog, une médecin qui s’était défenestrée sur son lieu de travail, à Strasbourg, en décembre 2023.

« Je n’arrive pas à m’améliorer, je n’arrive pas à m’intégrer, je n’en peux plus, je craque. Je vous demande pardon. » Le 12 décembre 2023, Catherine Dumas-Pierog quitte son fauteuil, laissant derrière elle ces mots rédigés sur un morceau de papier. La médecin avance vers la fenêtre de son bureau, situé dans les locaux de l’Assurance maladie, au quatrième étage du 2 rue Lobstein dans la Neustadt à Strasbourg. Elle saute. Une chute de quinze mètres de haut, dont elle décède quelques minutes plus tard, malgré plusieurs tentatives du Samu pour la réanimer.

En octobre 2024, l’inspection du travail signale au procureur de la République les conclusions d’une enquête accablante pour l’employeur. L’organisme établit un lien direct entre le suicide de Catherine Dumas-Pierog et ses conditions de travail, qui avaient « fait l’objet d’alertes (…) de la part des représentants du personnel et de la médecine du travail dès 2021, sans mise en place d’une évaluation des risques et d’un plan d’action adéquat ». Des conclusions qui conduisent la caisse nationale d’assurance maladie (Cnam) à être jugée pour homicide involontaire, par le tribunal judiciaire de Strasbourg, jeudi 9 octobre 2025.

Un quotidien bouleversé par une réorganisation

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Tram nord : la convention citoyenne propose de relier Heineken à la place Broglie

Tram nord : la convention citoyenne propose de relier Heineken à la place Broglie
Les citoyens sélectionnés ont pris la place de l’exécutif métropolitain dans la salle des conseils.

La convention citoyenne chargée de repenser le projet d’extension du tramway vers le nord de l’Eurométropole propose un tracé qui évite l’avenue des Vosges à Strasbourg et qui passe par la friche Heineken à Schiltigheim. Mais la centaine de citoyens tirés au sort a évacué les questions délicates.

Jeudi 9 octobre, la convention citoyenne a rendu son rapport aux élus de l’Eurométropole. L’objectif de cette vaste opération de démocratie participative est de relancer le tram nord. Ce projet d’aménagement urbain en faveur des « mobilités douces » devait relier le centre et la gare de Strasbourg à Schiltigheim et Bischheim, tout en réduisant la place de la voiture place de Haguenau, place de la Gare, boulevard Wilson et sur l’avenue des Vosges. Mais il a été stoppé net par un avis défavorable de la commission d’enquête publique en décembre 2024, qui a trouvé l’ensemble trop ambitieux, trop cher et surtout trop néfaste pour la circulation automobile.

Pensé par les exécutifs écologistes à la Ville et à l’Eurométropole de Strasbourg depuis 2021, le projet avait en outre cristallisé beaucoup d’oppositions contre lui, notamment en provenance des commerçants de Schiltigheim et des bourgeois de la Neustadt de Strasbourg, bien aidés par les oppositions municipales : plus de 7 000 contributions négatives avaient été enregistrées lors de l’enquête publique.

Dans ces conditions, la convention citoyenne était donc chargée de trouver une ligne médiane pour relancer un tramway devant relier Strasbourg aux quartiers populaires de l’ouest de Schiltigheim. Sans surprise, la convention citoyenne reconnait donc au tram le rôle de colonne vertébrale du projet de mobilité mais recommande que les aménagements se fassent « sans exclure la place de la voiture ». Après cinq sessions de travaux et des dizaines d’auditions, les cent citoyens ont voté à plus de 90% pour que le futur exécutif métropolitain « trouve un bon équilibre entre les moyens de transport et l’aménagement de la ville. »

Consensus à Schiltigheim

Route de Bischwiller à Schiltigheim par exemple, le projet défendu par Danielle Dambach, maire (Les Écologistes) de la ville, prévoyait de piétonniser toute la rue le long de la ligne de tram, au grand dam des commerçants et des restaurateurs. La convention citoyenne propose de mettre tout le monde d’accord en faisant passer le tram sur une seule voie, et en gardant les voitures également sur une voie… Les défis techniques que posent une telle configuration ont été renvoyés à d’autres études complémentaires.

La convention citoyenne recommande de lier le centre à l’ouest de Schiltigheim.Photo : Convention citoyenne tram nord

Plus au nord, les citoyens recommandent de faire passer le tramway par la brasserie de l’Espérance, devenue une friche industrielle depuis le départ d’Heineken en janvier 2025. Une nouvelle option fort pratique, mais qui demandera d’importants travaux de dépollution qui retarderont d’autant la création de cette ligne. Les citoyens ne se sont pas prononcés là-dessus mais recommandent de construire sur le site un parking silo et une gare routière vers les autres communes du nord de l’agglomération.

Trois tracés au choix à Strasbourg

La convention citoyenne n’a en revanche pas atteint de consensus sur la partie strasbourgeoise du tram nord. Les citoyens proposent aux élus quatre tracés. Le favori (avec 86,4% des votes) prévoit de rejoindre directement le centre de Strasbourg, place Broglie, en passant par la rue du Faubourg-de-Pierre. Un deuxième tracé, vers la gare de Strasbourg par le boulevard Wilson n’a obtenu que 63,8% des suffrages tandis qu’un troisième tracé, vers la place de la République par l’avenue des Vosges n’a obtenu que 48,8% des votes. Le quatrième tracé, par la rue Jacques-Kablé et la place de Bordeaux, n’a été retenu que par 42,5% des citoyens participants.

La convention citoyenne écarte donc le choix de l’exécutif écologiste, qui avait pour projet de desservir à la fois la gare de Strasbourg et le centre de la ville via la Neustadt et l’avenue des Vosges. Quant au grand parc qui devait remplacer le carrefour giratoire de la place de Haguenau, il est également évacué au nom de la sauvegarde de la voiture par les citoyens, qui recommandent en outre de garder le viaduc vers la rue de l’Église-Rouge. La convention citoyenne écarte en outre le projet des Écologistes de supprimer les voitures place de la Gare et recommandent d’y créer un pôle d’échanges, tout en améliorant les accès piétons et cyclistes.

Samedi 11 octobre, un rassemblement pour la réquisition de la tour Europe

Samedi 11 octobre, un rassemblement pour la réquisition de la tour Europe
Manifestation pour l’hébergement d’urgence organisée par DAL67, le 18 juin 2025.

Samedi 11 octobre à 11h, un rassemblement est organisé place Kléber par le comité Droit Au Logement 67 pour demander la réquisition de logements vides, dont la tour Europe vide depuis plusieurs années.

Alors que des familles peinent à se loger et que des centaines de personnes sont sans domicile fixe dans l’agglomération strasbourgeoise, des milliers d’appartements privés restent vacants. C’est contre cette absurdité que se mobilisent le comité Droit au logement 67 (DAL67) et plusieurs organisations et collectifs locaux. À leur initiative, un rassemblement se tiendra samedi 11 octobre à 11h, place Kléber. Il s’inscrit dans la campagne nationale Action Réquisition, lancée par le DAL à l’occasion des 80 ans de l’ordonnance de réquisition. Des rendez-vous auront également lieu à Grenoble, Lille, Nantes, Toulouse et dans plusieurs villes de la région parisienne.

La tour Europe, symbole d’une aberration

Au-dessus du centre commercial des Halles, la tour Europe concentre les critiques. 14 des 17 étages de l’édifice sont inoccupés. Des milliers de mètres carrés restent ainsi vides en plein cœur de Strasbourg, commune de l’Eurométropole qui concentre le plus de sans-abris. Sylwan, membre du DAL67, rappelle que ce bâtiment est au cœur des revendications du comité local :

« La tour Europe, en plein centre-ville, est le symbole de cette vacance. Ce n’est pas la solution idéale, ce sont des locaux professionnels, mais c’est une solution d’urgence. On peut y mettre des centaines de personnes à l’abri rapidement. »

Au-delà de ce cas, les organisateurs veulent rappeler ce que permet la loi de 1945 : la réquisition provisoire de biens durablement vacants pour loger des sans-abri et des ménages mal logés, avec indemnisation du propriétaire. Si le texte n’oblige pas les autorités à réquisitionner, il leur en donne la possibilité. « Nous voulons mettre les autorités devant leurs responsabilités et leur pouvoir d’agir », insiste Sylwan, rappelant qu’en 2024, 850 personnes à la rue sont décédées en France.

Un mouvement qui veut durer

Samedi, à partir de 11h, un stand d’information et des prises de parole sont prévues sur la place Kléber. Les organisateurs souhaitent informer le public sur la situation du sans-abrisme à Strasbourg. Ils espèrent collecter des informations sur des immeubles et des bâtiments vides pour constituer des dossiers en vue de réquisitions.

Mise à l’abri de toutes les personnes à la rue, construction de logements à bas loyers, fin de la vacance spéculative… Les objectifs du DAL67 sont clairs. Sylwan conclut :

« L’objectif est surtout de lancer un mouvement dans la durée, d’établir un rapport de force pour que mairies et préfectures appliquent la loi. Il faut montrer que juridiquement, il est possible de réquisitionner les logements vacants. »

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Manifestation samedi 11 octobre pour commémorer les victimes civiles à Gaza

Manifestation samedi 11 octobre pour commémorer les victimes civiles à Gaza
Samedi 11 octobre, des stands d’informations sur la situation en Palestine s’installeront place Kléber pendant que la manifestation circulera dans les rues de Strasbourg.

Deux ans après le début de la guerre d’Israël contre le Hamas à Gaza, le collectif Palestine 67 appelle à une manifestation samedi 11 octobre à Strasbourg. Le collectif dénonce « l’inaction du gouvernement français contre un génocide en cours ».

Le collectif Palestine 67 organise une manifestation samedi 11 octobre, en commémoration des « victimes du génocide à Gaza », deux ans après les premières attaques d’Israël sur cette partie de la Palestine peuplée de 2,5 millions de personnes. Le départ est fixé à 14h, place Kléber à Strasbourg.

Le parcours déclaré de la marche était censé emprunter la rue du 22-Novembre jusqu’à la place Saint-Pierre-le-Vieux, puis la Grande-Rue et la rue de la Division-Leclerc. Elle devait remonter ensuite vers la place du Corbeau avant de passer par la rue du Vieux-Marché-aux-Poissons et la rue des Grandes-Arcades pour revenir à la place Kléber. Mais la préfecture du Bas-Rhin a publié un arrêté ce 10 octobre pour interdire « la déambulation rue de la Division-Leclerc », prétextant un risque d’accident si le cortège passe sur les voies de tram. Le parcours risque donc de légèrement changer.

Dénoncer la passivité du gouvernement

La mobilisation prévoit de rendre hommage aux quelques 60 000 victimes civiles gazaouies. Le 16 septembre 2025, le Conseil des droits de l’Homme des Nations unies a estimé que l’ampleur de la riposte israélienne aux attaques du Hamas du 7 octobre 2023 relevait du crime contre l’humanité. Le rapport produit par la commission d’enquête note que 83% des victimes sont des civils.

Le rassemblement de samedi 11 octobre sera aussi l’occasion de soutenir les militants qui embarquent à bord des flottilles afin d’apporter un peu d’aide humanitaire à Gaza malgré le blocus imposé par Israël. La plupart des membres de la flotille Global Sumud ont été rapatriés lundi 6 octobre tandis que de nouvelles embarcations naviguent déjà vers Gaza. Pour Hervé Gourvitch, du collectif Palestine 67, l’inaction du gouvernement français est insupportable :

« Deux ans après cette réplique d’une violence inouïe, aucune sanction n’a été décidée à l’encontre d’Israël. Le gouvernement français reste passif, il laisse ses ressortissants se faire arrêter, c’est scandaleux. L’Italie et l’Espagne ont agi en escortant avec des bâtiments militaires les bateaux de la flottille mais pas la France. Pourtant ce que fait l’État d’Israël, c’est-à-dire kidnapper des gens dans les eaux internationales, ça s’appelle de la piraterie. »

Des stands d’information

Des stands proposant des tracts, des livres et des brochures seront installés sur la place Kléber dès 13h et y resteront pendant toute la durée de la manifestation. Les membres du collectif Palestine 67 présenteront également la campagne Boycott Désinvestissement Sanctions (BDS) lancée par la société civile palestinienne en 2005. Cette dernière appelle à « faire pression sur les entreprises européennes pour qu’elles arrêtent leur collaboration avec un État criminel ».

Le Souvenir français pris en étau dans la bataille mémorielle menée par l’extrême droite

Le Souvenir français pris en étau dans la bataille mémorielle menée par l’extrême droite
Le député du Rassemblement national n’a pas apprécié que la section locale du Souvenir français rappelle d’où sont venues les guerres européennes…

Agacé par une référence à l’extrême droite, le député du Rassemblement national Théo Bernhardt a vu sa plainte en diffamation contre le président du Souvenir français de Woerth classée sans suite. Mais Benoît Sigrist s’alarme du silence de son association et du soutien apporté au député d’extrême droite.

Pour Benoît Sigrist, le soulagement aura été de courte durée. Visé par une plainte en diffamation du député RN Théo Bernhardt, classée sans suite le 6 octobre 2025, le représentant du Souvenir français de Woerth n’a pas obtenu le soutien de son association. Son président, Serge Barcellini, reproche à son adhérent de « ne pas avoir respecté le protocole républicain », justifiant la mise en veille de son comité.

Le 6 août 2025, Benoît Sigrist était monté sur l’estrade de Morsbronn-les-Bains pour commémorer les 155 ans de la bataille de Woerth-Froeschwiller, au cours de laquelle des cuirassiers français avaient mené une série de charges contre les forces prussiennes, deux fois supérieures en nombre. À la tribune, dans un discours qu’il concède « plus politique que d’ordinaire », il avait tenu à dénoncer « la nouvelle et inquiétante réapparition des idées extrémistes ».

Plainte classée sans suite

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Guillaume Krempp suit de près l’actualité des droites radicales à Strasbourg et en Alsace. Son travail dérange : en 2023, il a été menacé par les hooligans de Strasbourg Offender lors d’un rassemblement organisé par l’Action française.

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#Souvenir français#Woerth

À Strasbourg, les policiers enquêteurs croulent sous 30 000 affaires en cours

À Strasbourg, les policiers enquêteurs croulent sous 30 000 affaires en cours

Des policiers enquêteurs du syndicat Un1té ont tracté à Strasbourg mercredi pour demander davantage de moyens. Beaucoup doivent jongler avec plus de 150 dossiers en cours, dont des affaires de violences conjugales ou sexuelles.

« C’est inhumain pour les victimes », regrette Jocelyne, enquêtrice de la police nationale à Strasbourg. Mobilisée mercredi 8 octobre sur la place Kléber de Strasbourg avec d’autres collègues du syndicat Un1té, elle détaille :

« Les gens trouvent qu’on ne fait plus notre travail sérieusement et je les comprends. Des personnes viennent porter plainte en ayant subi un traumatisme et on n’est pas capable de répondre dans un délai raisonnable. Elles finissent parfois par nous dire qu’elles perdent leur temps, et qu’elles ne reviendront plus. »

« Les enquêteurs sont débordés. Malheureusement, il y a des cas d’épuisement professionnel. »

Emmanuel Georg, secrétaire départemental Un1té

Jocelyne alerte la population sur le manque de moyens des services d’investigation de la police à l’aide de tracts. « Nous avons 30 000 procédures en cours à Strasbourg, résume Emmanuel Georg, secrétaire départemental d’Un1té. Ça augmente petit à petit. En 2023, on en était à 27 000. Les enquêteurs sont débordés. Malheureusement, il y a des cas de d’épuisement professionnel. » Un agent, qui souhaite rester anonyme à cause du caractère sensible de ses activités, assure travailler parfois deux semaines sans aucun jour de repos :

« J’emmène mon ordinateur chez moi le week-end et je continue à faire des écoutes, à avancer sur les affaires. J’ai 300 heures supplémentaires et 100 jours de repos à récupérer mais je ne vais pas le demander, sinon les dossiers ne vont pas avancer. »

Prioriser en permanence

Enquêteur au commissariat central de Strasbourg, Patrice traite différents types de plainte :

« Des violences sexuelles, des vols, des agressions… J’ai en ce moment 170 procédures en cours, dont six ou sept pour violences conjugales. Ce genre d’affaire passe en premier. On est constamment obligés de prioriser selon le degré d’urgence. Pour certaines plaintes liées à des cas de dégradation par exemple, on sait très bien qu’on ne pourra jamais les traiter. »

Face à une telle masse de travail, Patrice décrit une sensation de « vider l’océan à la petite cuillère ». En arrivant au commissariat le matin, il se sent parfois perdu devant la multitude d’affaires qui l’attendent :

« Sur une journée typique, je jongle entre plusieurs dossiers : je prends une plainte en urgence, j’enchaîne avec une audition de témoin, puis je me déplace à l’hôpital pour voir une victime… Mais je peux être réquisitionné sur la voie publique s’il y a des besoins, par exemple lors d’une manifestation. »

Les agents interrogés par Rue89 Strasbourg ce mercredi relatent devoir gérer entre 140 et 200 dossiers en cours. « C’est une charge mentale immense », regrette un policier. Il peine à répondre quand on lui demande s’il sera encore dans le métier dans cinq ans en l’absence d’amélioration. « Les jeunes n’ont plus envie de devenir enquêteurs. Ils savent qu’il y a trop d’heures supplémentaires, constate t-il. Des enquêteurs arrêtent parce qu’ils n’en peuvent plus. Ils demandent à changer de poste. »

Système informatique défectueux

« C’est un cercle vicieux. On est de moins en moins nombreux, donc on a de plus en plus de travail. On fait de plus en plus d’heures supplémentaires, donc il y a de moins en moins de jeunes qui nous rejoignent », décrit un autre policier :

« On gagne environ 25 euros de plus par mois en investigation par rapport à la sécurité publique. Ce n’est pas suffisamment incitatif, les agents préfèrent être dehors et avoir des horaires qui ne débordent pas… »

Jocelyne évoque aussi les outils informatiques défectueux de la police :

« Encore hier, on a eu un bug généralisé. C’est quasi quotidien. Souvent, on doit recommencer une procédure à cause de ça, parce que tout s’est effacé. Ça peut arriver qu’une victime de viol soit en train de déposer une plainte depuis deux heures et qu’on soit obligé de lui dire qu’il faut recommencer… »

Dans leur tract et leurs échanges avec les passants, les policiers insistent sur les impacts sur les plaignants : « Nous tirons la sonnette d’alarme pour les victimes, trop souvent laissées seules face à leurs agresseurs. » En juin, Rue89 Strasbourg a publié une enquête exposant les dégâts d’une attente de plusieurs années pour les victimes de violences sexuelles et d’incestes. « C’est très dur de se sentir impuissant face à des personnes en souffrance. Ce métier, on le fait par vocation », témoigne Patrice.

Comme pour n’importe quel tractage, l’accueil des passants est contrasté mais les revendications des policiers sont souvent soutenues.Photo : Thibault Vetter / Rue89 Strasbourg

Un1té demande 50 enquêteurs en plus à Strasbourg

Concrètement, Un1té demande une cinquantaine de policiers supplémentaires affectés aux enquêtes à Strasbourg. Emmanuel Georg précise : « Ils sont environ 350 aujourd’hui. Il s’agit de pouvoir répondre notamment à l’augmentation des procédures liée à la libération de la parole des victimes de violences sexuelles. » D’après Sandra Dhome, cheffe d’état-major à la police nationale du Bas-Rhin interrogée en juin, une assistante sociale du commissariat de Strasbourg recevait entre 1 200 et 1 400 victimes de violences sexuelles en 2015 contre 2 000 en 2024.

« Sur une journée de week-end, on enregistre en moyenne dix plaintes pour viol à l’hôtel de police désormais », déclarait-elle. « Comme pour le manque de moyens dans les autres services publics, c’est la population qui trinque, déplore Emmanuel Georg. Notre hiérarchie à Strasbourg fait avec ce qu’elle a. C’est du ministère de l’Intérieur que ça doit venir. »