Communautés en marge, fractures territoriales, poids des stéréotypes… D’innombrables frontières invisibles traversent la ville de Strasbourg. Pour sa série d’été 2020, Rue89 Strasbourg a décidé d’explorer les lisières du décor strasbourgeois.
Strasbourg est une ville frontalière. Les Strasbourgeois l’ont redécouvert ce lundi 16 mars, au début de la pandémie. L’accès à l’Allemagne s’est refermé d’un coup, sans prévenir. Il a fallu attendre près de trois mois pour pouvoir traverser le Rhin à nouveau…
Photo : Dessin Ariane Pinel
À Rue89 Strasbourg, ce dossier nous a rappelé que Strasbourg est traversée par des frontières invisibles : géographiques, culturelles, économiques… C’est un quartier divisé entre une partie aisée, pavillonnaire, et une zone de HLM délabrés. C’est un groupe de punk à chiens, que l’on croise tous les jours sans jamais lui adresser la parole. Les stéréotypes font aussi barrage, parfois.
C’est une communauté issue de l’immigration, dont le combat vise à se débarrasser des préjugés. C’est un quartier entier, qui reste en marge de la ville du fait de sa position. Ce sont des fêtes cachées qui révèlent une partie de notre ville et de ses habitants. Ce sont des activités économiques à la frontière de la légalité, qui permettent à des Strasbourgeois de survivre dans un quartier abandonné depuis plusieurs années.
Avec sa série d’été « Frontières invisibles », Rue89 Strasbourg vous fait voyager aux marges du décor strasbourgeois.
La rédaction de Rue89 Strasbourg est composée de journalistes toutes et tous prêts à écouter les Strasbourgeoises et les Strasbourgeois pour parler des sujets qui les intéressent. Notre existence et notre moral dépendent du nombre d’abonnements pris pour nous soutenir. 🙏⤵
La Ville de Schiltigheim a fait procéder à un inventaire de la collection du Pixel Museum par des huissiers, afin de la saisir dans le cadre du conflit qui l’oppose avec l’établissement.
La Ville de Schiltigheim n’entend pas laisser partir le Pixel museum si facilement. La municipalité a fait procéder mercredi à l’inventaire avant saisie de toute la collection du premier musée de France dédié aux jeux vidéos. L’association gestionnaire, Ludus Institut, est en conflit avec la municipalité écologiste, en raison de loyers impayés depuis novembre 2019 pour le bâtiment occupé par le musée, le centre Burgun.
À raison d’un loyer de 8 000€ par mois et de quelques frais de procédures, Ludus Institut doit environ 45 000€ à la Ville de Schiltigheim (qui ne devrait pas réclamer les loyers de mars et d’avril, en raison de la crise sanitaire).
La collection, unique, du Pixel museum provient de dons et de prêts amassés depuis 35 ans Photo : Pixel museum
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Anticapitalistes, attachés à la liberté et à la fête, les punks à chien sont la cible de l’arrêté anti-mendicité agressive à Strasbourg. Mais cette communauté fait souvent office de refuge pour des personnes au parcours de vie brisé, en situation d’exclusion sociale. Nous avons passé un peu de temps avec eux et leurs chiens. Reportage.
Posés place Kléber, en plein centre-ville de Strasbourg, Bruno et Steve déconnent ensemble. Des potes doivent arriver. C’est un après-midi de juin, le soleil tape. La quarantaine passée pour tous les deux, ils se définissent comme punks à chien « depuis presque toujours. » Bruno, torse nu et tatouages apparents, le revendique :
« Moi je suis fier. Je ne reviendrai pas en arrière pour avoir une vie en mode métro-boulot-dodo. Je me suis toujours démerdé pour manger et dormir, j’ai voyagé en camion, j’ai trouvé du taf quand il fallait. Bref, je ne dépends de personne, je n’emmerde personne, je suis libre quoi. Pourquoi j’aurais pas le droit de vivre comme ça ? »
Bruno ne regrette pas d’être punk à chien. Le plus important pour lui : sa liberté. Photo : Abdesslam Mirdass / Studio Hans Lucas
Les punks à chien sont apparus après le mouvement punk rock des années 70-80. Un style de musique rude, au rythme rapide, toujours chargé de messages politiques engagés, qui les influence encore aujourd’hui. Steve, qui va bientôt lâcher son appartement pour revenir à la rue, raconte ce lien à la musique :
« Je pense que ça parle à beaucoup d’entre nous qui n’acceptons pas la société telle qu’elle est. On développe une identité de groupe autour de paroles engagées et d’un style qui va avec. Tout ça nous permet de vivre notre rejet du système. On a une culture de la fête, qui veut aussi dire : non, on n’accepte pas d’être dociles. On va en Free Party, on kiffe l’électro, les trucs qui tabassent tu vois ? Cet été il n’y aura pas de festoch malheureusement à cause de la pandémie, mais sinon je serais bien allé à Aurillac, pour un festival d’art de rue qui est un grand rendez-vous de punks à chien. Sinon je vais souvent au festival Décibulles près de Sélestat. »
Steve et Bruno aiment refaire le monde. Photo : Abdesslam Mirdass / Studio Hans Lucas
« Je lis des bouquins, j’aime me cultiver »
Un pote à lui qui vient de débarquer, bouteille de Meteor à la main, demande : « La rue Ketanou tu connais ? J’écoute ça en ce moment. C’est un mix entre plusieurs styles : la musique tzigane, la folk et le reggae en gros. » Puis un autre, assis à côté, ajoute : « On est beaucoup à kiffer le rap style Keny Arkana ou Dooz Kawa aussi. » Bruno résume, « c’est quand-même presque toujours des sons pas commerciaux quoi. » Il ajoute :
« Moi je lis pas mal de bouquins, j’aime me cultiver. Faut pas croire que parce qu’on est à la rue, on n’a pas soif d’apprendre, au contraire ! Je pense qu’on est des personnes souvent assez ouvertes d’esprit. »
Être punk, c’est toute une culture. Photo : Abdesslam Mirdass / Studio Hans Lucas
Antifascistes et anticapitalistes dans l’âme
À Strasbourg, d’après Steve, en tout, « il y a une centaine de personnes qui zonent de temps en temps au centre ville avec des chiens. Mais des punks à chien, des vrais, qui s’identifient comme tel, il n’y en a qu’une quarantaine ! » Parce que pour lui, être punk à chien, « c’est aussi, et surtout être engagé, antifasciste et anticapitaliste ! » Il participe à 3 maraudes par semaine pour aider les autres sans-abris. Avec Bruno, aujourd’hui, ils ont déjà refait le monde en discutant des Gilets jaunes, des soignants, des élections municipales à Strasbourg… Les deux sont de presque toutes les manifs. « Normal, c’est important », marmonne Bruno en haussant les épaules :
« Ce système, faut pas s’étonner qu’il y ait des gens qui le rejettent. Si t’es pas adapté, t’es dans la merde. C’est l’exclusion direct. Et justement, dans la rue, on est beaucoup à ne pas être adaptés. Mais on a trouvé autre chose, un autre mode de vie. Et on milite pour un monde meilleur. Certains d’entre nous sont proches d’AIM Strossburi, une association contre-culturelle. Il y avait des punks à chien dans la lutte contre le GCO aussi, notamment à la ZAD. Moi je vis en ce moment au nouveau squat Le Refuge des Oubliés au Port-du-Rhin, l’un des seuls hébergements où on peut dormir avec un chien. Bref, on est engagés, ça fait complètement partie du truc. »
Steve donne tout pour les chiens de la rue de Strasbourg. Photo : Abdesslam Mirdass / Studio Hans Lucas
Les chiens, bien plus que des animaux domestiques
Trois chiens attendent à côté, en silence. L’un d’entre eux, un peu plus joueur, cherche à se faire caresser. « Ça c’est Django, il est déjà grand-père à 6 ans. Elle c’est Ganesha, elle est née dans un camion. Complètement punk. Et elle mange son poulet tous les dimanches midi, elle adore ça. » On voit la lumière dans les yeux de Steve lorsqu’il parle d’eux : « Avec nous, ils sont considérés comme des personnes à part entière, pas comme des animaux domestiques. » Et Bruno surenchérit :
« Ils ont le plus grand jardin du monde et ils voient toujours le ciel. Beaucoup d’entre nous donnent à manger à leur chien avant de se nourrir eux-mêmes. C’est un lien essentiel qui peut permettre de ne pas sombrer. Parfois, on se voit entre humains pour que nos chiens se voient en fait. À Strasbourg, ils forment une sorte de grande meute. Ils sont plus de 70. »
Django a « le monde entier comme jardin. » Photo : Abdesslam Mirdass / Studio Hans Lucas
Steve rappelle Django qui s’est aventuré un peu trop loin. Le chien rapplique tout de suite. Le punk quadra fait partie de l’association Lianes, spécialisée dans l’aide aux personnes et aux animaux en grande précarité :
« Dès qu’on voit qu’un chien est maltraité dans la rue, on peut intervenir. On parle avec le maître. En dernier recours, on peut placer le chien dans une famille d’accueil. C’est dans notre culture de prendre soin des chiens. Les punks des pays de l’Est sont aussi très sensibilisés au bonheur de leurs animaux et beaucoup passent par Strasbourg. »
Les chiens de la rue de Strasbourg se connaissent presque tous. Photo : Abdesslam Mirdass / Studio Hans Lucas
« Là, on me comprend »
« Et c’est MichMich ! » Steve accoste un jeune habillé en treillis qui débarque sur la place. Pieds nus, veste ouverte sur son torse, il tient ses deux chiens en laisse. « C’est la relève », lance Steve, la voix rauque mais tendre, en lui tapant dans le dos. MichMich a passé son enfance et son adolescence en foyer, avant de fuguer à 15 ans. Depuis, « c’est à l’arrache. » Il s’est engagé 1 an et demi à l’armée en pensant que l’encadrement lui conviendrait, mais ça n’a pas fonctionné. Maintenant, il vit dehors et a trouvé refuge avec les punks à chien :
« C’est un peu le seul cadre où on me comprend et on m’accepte. On a presque tous des histoires très difficiles vous savez ? Mais on se soutient et on est tolérants. »
MichMich dévoile ses cheveux teints en rose pour la photo. Photo : Abdesslam Mirdass / Studio Hans Lucas
Bruno aussi se souvient avoir été accepté par les punks à chien, « à un moment où il en avait besoin. » Métisse, il a passé son enfance en Argonne, où il était victime de discriminations à cause de sa couleur de peau. « Je me suis direct senti bien avec eux. » Mais MichMich précise quand même que la rue, « ça reste un endroit où beaucoup de personnes sont en souffrance. » Ça n’est pas facile pour lui non plus :
« Si je ne fume pas, je me sens trop mal en fait. C’est quand même dur d’être exclu. De voir les gens te regarder mal. Et la frontière est toujours mince pour ne pas tomber dans l’autodestruction avec la drogue et tout. Moi, pour tenir, j’essaye souvent de me projeter, par exemple en voyage. »
Dans le centre commerçant de Strasbourg, les punks à chien font partie du paysage. Photo : Abdesslam Mirdass / Studio Hans Lucas
« La rue est à tout le monde »
Steve propose de « bouger vers la rue des Grandes-Arcades. » C’est l’une des zones concernées par l’arrêté anti-mendicité agressive voté en avril 2019 à Strasbourg. Steve, lui même, a porté un recours devant le tribunal administratif contre cette mesure. Maintenant il en rigole, mais un peu jaune :
« Cet arrêté nous est spécialement dédicacé. Bien sûr que ça arrive que des gens soient agressifs, mais c’est très rare. Et l’agression est déjà répréhensible. Pourquoi stigmatiser ceux qui font la manche ? Cela montre surtout comment l’espace public est perçu par les politiques. On a juste le droit d’aller d’une boutique à l’autre et de consommer. Nous, on casse leur belle image de marque du centre ville. Mais la rue n’appartient pas qu’aux commerçants, elle est à tout le monde ! Et moi j’ai une bonne relation avec les commerçants devant chez qui je fais la manche, on peut cohabiter. »
Le prénom de Lilly s’écrit avec deux « l », sinon, « elle ne peut pas voler. » Photo : Abdesslam Mirdass / Studio Hans Lucas
« Strasbourg, on en part jamais vraiment »
Près de l’ancien magasin Adidas, on croise un groupe de cinq personnes entouré de chiens. Lilly est enjouée en voyant ses amis arriver. En ce moment elle habite à Perpignan, mais elle revient souvent à Strasbourg :
« Je suis très nomade mais c’est ici que j’ai grandi, que j’ai vécu le pire comme le meilleur. Je me suis retrouvée dans la rue à 16 ans. Maintenant j’ai la trentaine. J’adore cette ville parce que je sais que j’y trouve toujours pleins d’amis. Entre punks, on dit souvent qu’on ne part jamais vraiment d’ici. Et il faut dire qu’il y a un grand réseau associatif. C’est important quand on vit dehors. »
Thomas a une histoire de vie difficile, mais il va mieux maintenant. Photo : Abdesslam Mirdass / Studio Hans Lucas
Le RSA, la manche et le travail saisonnier comme revenus
Elle semble proche de Thomas, un tchèque qui a aussi été « adopté » par Strasbourg, après avoir vécu des années très difficiles à Bruxelles. « On se connait depuis longtemps, mais là ça fait quelques jours qu’on s’est retrouvés, » confie Lilly. Thomas s’exprime dans un français presque parfait, « appris dans la rue. » Trentenaire également, il y est depuis qu’il a 17 ans. Les deux reprendront peut-être la route ensemble, comme ils l’ont déjà fait par le passé. Pour le moment, Lilly va essayer de trouver un travail saisonnier. « En plus du RSA et de la manche, c’est comme ça que les punks se débrouillent, » explique t-elle :
« J’aime mettre les mains dans la terre donc je vais voir si c’est possible de bosser dans une exploitation bio dans le coin. Je l’ai déjà fait dans le sud. J’aimerais mettre un peu d’argent de côté pour m’acheter un camion. »
La rue est un milieu difficile mais il s’y dégage une grande solidarité. Photo : Abdesslam Mirdass / Studio Hans Lucas
Les éclats de rire et les discussions vont bon train. C’est l’apéro. Il est bientôt 19h. Thomas attire l’attention sur un mendiant allongé sur le sol et immobile à quelques mètres. Deux personnes du groupe se lèvent pour « voir s’il va bien. » Rapidement, ils reviennent rassurés. « Il dort. » Bruno s’exclame :
« C’est aussi ça l’esprit de la rue. On n’est pas si méchants hein ! Les gens qui ne sont pas d’accord, qu’ils viennent nous voir. On accepte tous ceux qui veulent prendre l’apéro avec nous, c’est pas prise de tête. »
La Fondation Université de Strasbourg a aidé l’hôpital public et les étudiants à hauteur de plus d’un million d’euros, suite à la crise sanitaire et à la mobilisation qui l’a accompagnée.
Dons, cagnottes en ligne, ventes et enchères solidaires… Depuis le mois de mars, environ 1 300 donateurs, entreprises et particuliers, ont donné de l’argent à la Fondation université de Strasbourg. Au 16 mai, l’organisme avait récolté plus de 1,3 million d’euros. Dans une présentation à la presse lundi, la Fondation a détaillé comment ces dons ont été répartis entre les Hôpitaux universitaires de Strasbourg (HUS) et les services aux étudiants de l’Université de Strasbourg.
De 23 à 400 places d’accueil Covid au NHC
Une enveloppe de 1,22 million d’euros allouée à l’Hôpital public a permis la mise à disposition de logements et de repas pour le personnel soignant.
Grâce aux dons, le service des maladies infectieuses du Nouvel hôpital civil (NHC) a pu étendre sa capacité d’accueil de 23 à 400 places pendant la crise sanitaire. Les patients hospitalisés ont également bénéficié de tablettes numériques pour garder le contact avec leurs proches et du matériel de protection a pu être acheté rapidement, comme des plaques en Plexiglas et des chariots de soins individuels. Malgré ces précautions, 600 salariés des HUS ont été testés positifs au coronavirus.
180 prêts d’ordinateurs aux étudiants
La Fondation a transféré 50 000€ à l’Universté, dans le cadre d’un programme d’urgence pour les étudiants confinés et dans l’incapacité de suivre les enseignements à distance.
Environ un millier d’étudiants ont été aidés, grâce à 200 cartes prépayées d’accès à Internet et le prêt de 180 ordinateurs.
Le Crous de Strasbourg a lui aussi bénéficié de 50 000 euros. « Les assistantes sociales ont quintuplé leur volume d’activité hebdomadaire et ne connaîtront pas de trêve estivale » a annoncé la présidente du Crous de Strasbourg, Lina Rustom. L’aide a exonéré certains étudiants du paiement de loyers, d’achats de première nécessité, de soins médicaux et de frais de rapatriement.
Adaptation à l’urgence des épiceries solidaires
Facteur aggravant de la précarité étudiante, la fermeture des restos U a été compensée par l’action de l’Afges, qui a reçu 10 000 euros. Les épiceries solidaires (AGORAé, où les étudiants font leurs courses pour 10% du prix du marché, ndlr) ont accueilli jusqu’à 700 personnes par jour, contre une cinquantaine habituellement. Les 50 tonnes de denrées achetées auprès de la Banque alimentaire ont couvert 11 semaines d’approvisionnement.
Pendant le confinement, les épiceries solidaires AGORAé ont atténué la précarité étudiante Photo : Maurane Speroni
Selon Jean-Valentin Foury, président de l’Afges, la situation aurait été ingérable sans une collaboration d’urgence entre les services universitaires :
« Si le Crous avait fermé ses portes, 200 à 300 étudiants supplémentaires se seraient tournés vers l’Afges. Et nous n’aurions probablement pas eu les moyens d’absorber ce surplus de demande. »
Pour bénéficier des AGORAé, les étudiants doivent normalement remplir un dossier. Mais au plus fort de la crise sanitaire, l’Afges a supprimé cette démarche pour éviter toute lenteur administrative.
En quête de transparence
Toute la somme récoltée n’a pas encore été dépensée. « L’urgence est passée mais la rentrée amènera de nouvelles problématiques. Il est plus prudent de garder un matelas de sécurité, » explique Régis Bello, le P-DG de Socomec et président de la Fondation Unistra.
Si le bien-fondé de l’action de la Fondation ne fait pas de doute, son mode de gouvernance interroge parfois. Régis Bello défend une gestion rigoureuse de l’organisme :
« Nous respectons la loi et nos statuts. Dans notre conseil d’administration siègent les deux membres fondateurs (HUS et Unistra, ndlr), des associés qualifiés, des représentants du personnel, des étudiants, des enseignants et des chercheurs. Les séances sont ouvertes au public. Nos comptes sont publiés chaque année en détail et ont été certifiés par un audit de la Cour des comptes il y a trois ans. »
En outre, Régis Bello affirme que les critiques sur le manque de transparence lié à l’affectation des sommes d’argent récoltées n’ont pas lieu d’être puisque « les donateurs ciblent un domaine spécifique au moment de leur virement. »
Le Secours populaire du Bas-Rhin a enregistré une augmentation de 50% de ses bénéficiaires entre février et juin. Le confinement a aggravé la situation économique des personnes les plus démunies ou en a précipité d’autres dans la précarité.
Pendant le confinement, le Secours populaire français (SPF) a continué ses activités et notamment les distributions d’aide alimentaire aux plus démunis. À Strasbourg, environ 800 familles bénéficiaient des produits de l’association en février, elles sont 1 200 en juin. Camille Véga, secrétaire générale de la fédération du Bas-Rhin du SPF détaille :
« On n’est plus dans l’explosion des demandes comme au moment du confinement, mais tous les jours de nouvelles personnes s’inscrivent pour recevoir des aides alimentaires. Parfois on compte 19 nouvelles inscriptions en une après-midi. »
Fresque à l’entrée de la permanence d’accueil du Secours populaire français, 150 avenue de Colmar, Strasbourg. Photo : CD / Rue89 Strasbourg / cc
Souvent des pertes d’emplois précaires pendant la crise sanitaire
La permanence d’accueil du Secours populaire se situe au 150 avenue de Colmar. Pour s’y rendre, il faut marcher jusqu’au bout de la petite cour bétonnée et entourée de hangars, d’un potager solidaire et d’un bâtiment à l’architecture alsacienne.
Un lundi de juin vers 13h, neuf personnes attendent leur tour, munies d’un numéro. Elles souhaitent s’inscrire à l’association afin de bénéficier des produits alimentaires distribués à la permanence de distribution, au Neuhof.
Parmi elles, Anna. La jeune femme est mère d’un enfant. Elle vit dans un appartement d’insertion. Anna attend de bénéficier d’un logement HLM, mais s’inquiète de ne pas pouvoir déménager car ses revenus sont insuffisants. D’origine arménienne, la jeune femme raconte ses difficultés, avec force et sourire :
« Je cumulais deux emplois à temps partiels d’animatrice périscolaire. Mais je suis tombée malade juste avant le confinement. Je n’ai pas été reprise dans une des écoles, je ne gagne plus assez d’argent pour payer tous mes frais, c’est pourquoi je suis revenue au Secours populaire. L’association m’a déjà aidée auparavant. »
Anna, jeune Arménienne en situation régulière depuis 7 ans, se réinscrit au Secours populaire français, à la permanence d’accueil de la Meinau. Photo : CD / Rue89 Strasbourg / cc
Pour récupérer les produits alimentaires, il faut se rendre à l’antenne du Neuhof. Une grande grille entoure un hangar, dans lequel sont rangés les dons. Certains bénévoles y trient les livres et les habits. D’autres s’occupent de mettre au frais les aliments. Ceux-ci sont ensuite étalés dans un local aménagé en épicerie.
Jeudi vers 9h, une queue se forme devant ce hangar. D’habitude, les personnes peuvent rentrer dans l’épicerie et choisir leurs produits. Mais depuis la crise sanitaire, les bénéficiaires se présentent devant un guichet, où ils précisent ce qu’ils viennent chercher : viande, poisson, pain, légumes, conserves… Les bénévoles fournissent les produits en fonction du nombre de personnes qui composent la famille du bénéficiaire.
Dans la file, Habbar, originaire d’Algérie. Son masque cache un sourire. Il vit à Strasbourg depuis dix ans. C’est la première fois qu’il fait ses courses au Secours populaire. L’homme travaillait auparavant dans un abattoir, puis dans une usine. Son dos est maintenant trop endommagé pour ces travaux. Il est aujourd’hui sans emploi et bénéficie du RSA. Habbar cherche un peu ses mots en français et raconte :
« Je m’occupais de “petits business”. Parfois, je vendais des voitures et des vélos. Je viens au Secours populaire maintenant. C’est à cause du coronavirus car je ne pouvais plus bouger, je ne pouvais plus travailler ! »
Habbar
Habbar, bénéficiaire des colis alimentaires du Secours populaire français pour la première fois. Photo : CD / Rue89 Strasbourg / cc
À cause du confinement, plus précaires qu’avant
Entre le local de distribution des aliments et le hangar, une seconde file se forme vers 10h devant les portes de la boutique solidaire : habits à 1€, produits de beauté, jouets pour enfants…
Naoual est une Marocaine âgée de 38 ans en situation irrégulière. Elle faisait des services pour des mariages ou des fêtes, parfois de 18h à 6h, pour 70€. Elle ne dispose plus d’aucun revenu depuis que ces événements ont été annulés, confinement oblige.
Partie habits de la boutique solidaire du Secours populaire français, 5 rue Jean Henri Lambert, Strasbourg. Photo : CD / Rue89 Strasbourg / cc
Dans la file, Florian, père de deux enfants, se trouve dans une « impasse administrative ». Il exerce le métier d’homme toutes mains rémunéré par des chèques emploi service universel (CESU). Comme il est travailleur à domicile, il a dû arrêter son activité pendant la crise sanitaire. Le site internet sur lequel il devait déclarer sa situation et ainsi bénéficier du chômage partiel présentait des « bugs ». Il explique :
« Le temps de clarifier la situation, la page n’existait plus. Je n’ai pas pu faire ma demande d’allocation chômage. Alors depuis, je n’ai plus de revenus. »
Les équipes bénévoles constatent l’augmentation de la précarité
Bénévole depuis 10 ans, Marie-Thérèse prend part à la permanence d’accueil et donne des cours de français. Elle a remarqué de nouveaux profils qui s’inscrivent comme bénéficiaires depuis la pandémie. Par exemple, un Français qui travaille au Brésil est resté « bloqué » en France, chez son frère, qui se trouve dans une situation précaire. Sans revenu, il s’est inscrit au Secours populaire. Autre cas, celui d’une femme dont le dossier pour l’Allocation aux adultes handicapés (AAH) a été accepté quelques jours avant le confinement. La fermeture de la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) et de la CAF a retardé ses démarches, déjà compliquées. Elle n’a pas pu recevoir ses allocations. Sans ressources, elle s’est tournée vers l’association. Sa collègue Françoise, inquiète mais bienveillante, résume la situation :
« Je crois que l’afflux de personnes précarisées à cause de la crise sanitaire est plus stressant que le Covid-19 lui-même. En fait, on se demande ce qu’il adviendra d’elles… »
Françoise, bénévole à la permanence d’accueil du Secours populaire à la Meinau.
Permanence d’accueil du Secours populaire à la Meinau, 150 avenue de Colmar. Photo : CD / Rue89 Strasbourg / cc
Les étudiants qui vivaient de « petits boulots » ont également été impactés économiquement par la crise sanitaire. Le Secours populaire du Bas-Rhin a prévu des journées spéciales pour leur distribuer des denrées. Les 8 mai et 5 juin, 320 étudiants en tout ont eu recours aux colis du Secours populaire.
Face à l’augmentation de bénéficiaires, le Secours populaire du Bas-Rhin a besoin de nouveaux fonds. Les dotations annuelles versées par le Fonds européen d’aide aux plus démunis (FEAD) permet à l’association de s’approvisionner en produits secs. Mais pour maintenir les stocks jusqu’au mois de septembre, les équipes du Secours populaire font appel à l’État. L’association du Bas-Rhin a reçu 20 000€ de la part d’entreprises et 56 000€ de dotations de l’État réservées pour l’achat de produits frais.
Les participants souhaitent interpeller les futurs élus du Pays de Barr contre l’implantation d’un entrepôt géant pour Amazon.
Les opposants à l’implantation d’Amazon à Dambach-La-Ville organisent une première manifestation. Le collectif d’associations, « Le chaudron des alternatives » donne rendez-vous samedi 11 juillet à 14h dans le centre-ville de Barr.
Des animations, tours de parole et la construction d’un mur de cartons s’enchaîneront jusqu’à 16h devant le siège de la communauté de communes, 57 rue de la Kirneck à Barr.
Message aux futurs élus
La pétition qui rassemble plus de 16 000 signatures sera symboliquement déposée. Les organisateurs veulent interpeller la nouvelle majorité, mise en place le jeudi précédent. Elle aura la possibilité de modifier ou non la hauteur autorisée des constructions. Aujourd’hui, le maximum est de 18 mètres, là où les entrepôts Amazon atteignent 24 mètres.
Les organisateurs suggèrent aux participants de dépenser une petite somme, de l’ordre de 5 à 10 euros, dans les commerces de proximité en guise de soutien.
Une première opération, non déclarée, de sensibilisation à un rond point de Dambach-La-Ville s’était tenue samedi 20 juin.
Des opposants ont déjà effectué une opération de sensibilisation à un rond point de Dambach-La-Ville. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg
Un autre projet d’entrepôt géant en Alsace est plus avancé, à Ensisheim près de Mulhouse. L’identité de l’occupant d’ »Eurovia 16 Project » n’est pas dévoilée, mais il s’agit d’un site pouvant servir au même type d’activité. Le compte-rendu de l’enquête publique devrait être publié en juillet.
Depuis près de deux ans, les salariés du bailleur social Opus 67 souffrent d’un « management malveillant », de sous-effectif et d’une perte de sens de leur métier. Sans être contestée, la fusion avec le bailleur social Sibar soulève de nouvelles inquiétudes pour des équipes épuisées.
Mercredi 1er juillet, les bailleurs sociaux Opus 67 et Sibar fusionnent. La loi ELAN impose aux organismes gérant moins de 12 000 logements de se regrouper avant le début de l’année 2021. Une nouvelle entité naîtra de cette fusion : Alsace Habitat, dont 85% des parts seront détenues par le Département du Bas-Rhin.
De nombreuses alertes depuis 2 ans
Mais l’opération se fait dans la douleur. Dans l’après-midi du 30 juin, les salariés d’Opus 67 ont enfin reçu leurs nouveaux contrats de travail… à signer sans discussion dès le lendemain 8h30. Depuis près de deux ans, les employés du bailleur social multiplient les alertes internes sur un management très directif, une surcharge de travail et une perte de sens de professions dédiées à la gestion de logements sociaux.
Fin mai 2020, Rue89 Strasbourg publiait un article sur le sentiment d’abandon des locataires elsauviens de la Sibar. Quelques jours plus tard, une enveloppe était glissée dans notre boîte aux lettres. Le document le plus volumineux est un diagnostic d’évaluation et de prévention des risques psychosociaux. Réalisé par le cabinet AD Conseil, le rapport d’étude révèle les nombreuses causes de la souffrance au travail des salariés d’Opus 67.
Des propos irrespectueux, des décisions imposées sans ménagement
Selon ce document publié en octobre 2019, les employés d’Opus 67 ne comprennent pas le management de la direction générale :
« Les salariés dans leur quasi-totalité regrettent un management remettant en question leurs compétences professionnelles et leur engagement au travail. Pour eux, ce management peut être brutal. Il passe par des propos jugés irrespectueux et par des décisions souvent imposées sans ménagement (par exemple : certains salariés lors de réunion ont été invités à quitter Opus 67 en cas de désaccord avec la décision prise par la direction générale. »
Un management sans délégation, un système de contrôle
Plusieurs salariés d’Opus 67 dénoncent le comportement de leur ancien directeur général, Nabil Bennacer. Ce dernier était en poste de 2017 à août 2019. Il est ensuite devenu directeur général… de la Sibar. Le rapport d’AD Conseil évoque un « management ne laissant la place à aucune forme de délégation. »
Pour beaucoup d’employés du bailleur social interrogés par le cabinet, « le rapport entre la direction générale et les salariés est aujourd’hui uniquement basé sur un système de contrôle, notamment sur la réalisation des objectifs chiffrés. » La souffrance du personnel vient notamment du fait que le « mécontentement peut-être violent lorsque les objectifs des salariés ne sont pas atteints. » D’où l’expression « management malveillant » utilisée par les auteurs du rapport.
Une baisse des effectifs, une surcharge de travail
En 2017, Opus 67 comptait encore 190 salariés, contre 150 aujourd’hui. Cet effectif réduit s’explique par des départs volontaires liés à la détérioration des conditions de travail et à des départs en retraite qui n’ont pas été remplacés.
Ainsi, le service gestion immobilière est particulièrement touché par le sous-effectif. Plus globalement, le cabinet AD Conseil estime que la charge mentale des salariés du siège représente un risque majeur pour leur santé. Ce danger étendu à la « quasi-totalité des services et fonctions (…) est notamment le fruit des changements opérés tant concernant la perspective de fusion avec la Sibar que par la nouvelle dynamique impulsée par la direction générale. »
Les conséquences sur la santé des travailleurs sont aussi nombreuses que diverses : l’analyse des risques psycho-sociaux évoque une « anxiété permanente chez certains salariés », un « sentiment d’isolement face aux difficultés », la « fatigue, l’épuisement moral et physique », un sentiment « d’injustice et un manque de reconnaissance », des « troubles du sommeil », la « favorisation des conduites addictives » ou encore « une volonté de départ. »
Le siège social d’Opus 67 à Strasbourg Photo : LC / Rue89 Strasbourg / cc
Le cabinet AD Conseil estime aussi que les encadrants d’Opus 67 sont exposés à une « alerte élevée » face au risque de burn-out. Ces derniers estiment perdre beaucoup de temps dans les tâches de reporting qui révèlent un manque de confiance de leur direction. S’ensuit une surcharge de travail que certains acceptent en travaillant sur leur temps libre. D’autres se désengagent de leur rôle managérial, laissant des équipes en autogestion, désemparées.
Un dialogue compliqué avec la direction
Suite à la publication de cette étude, l’Inspection du travail a sommé le nouveau directeur général d’Opus 67, Guy Hamm, de mettre en oeuvre « des mesures concrètes et effectives visant à l’élimination des risques psychosociaux. » L’inspectrice du travail auteure de ce courrier daté du 26 novembre 2019 menace de mettre en demeure le bailleur social si aucun plan d’actions n’est pris. Elle rappelle que cette dégradation des conditions de travail pourrait constituer l’infraction de harcèlement moral.
Lettre de l’inspection du travail au directeur général d’OPUS 67 Guy Hamm, datée du 26 novembre 2019. Photo : Doc remis
Mais le dialogue entre les représentants du personnel et la direction d’Opus 67 semble compliqué depuis plusieurs années déjà. Dès décembre 2018, les instances représentatives du personnel s’inquiétaient de « témoignages de salariés faisant état de leur mal-être au travail, certains évoquant même une réelle souffrance, (…) une situation qui semble se dégrader de jour en jour. »
Un an plus tard, les mêmes représentants du personnel estimaient que « les alertes de la Direccte n’ont pas modifié le type de management de la direction générale d’Opus 67 mise en place à compter de 2017, il est fort à craindre qu’il perdure au sein de la future entité avec cette même direction générale. »
« Je vous laisse travailler entre vous »
Quelques semaines après la publication du rapport sur les risques psycho-sociaux, Nabil Bennacer claquait la porte du Comité social et économique d’Opus 67 : « Je viens pour répondre à vos questions en tant que société absorbante. Si mon avis ne vous intéresse pas, à ce moment-là, je vous laisse travailler entre vous. »
Au fur et à mesure que la fusion approchait, les représentants du personnel d’Opus 67 n’ont cessé d’exprimer leurs inquiétudes. Dans un courrier aux membres du conseil d’administration, daté du 16 janvier, ils regrettaient la réaction de la direction suite au rapport sur les risques psychosociaux : « Si des personnels éprouvent des difficultés, il faut qu’ils s’interrogent sur leur façon de travailler et se remettent en question. » À la CFTC, la CFDT ou à l’UNSA, les représentants syndicaux ont le sentiment que les directeurs n’ont pas tiré les leçons de l’étude d’AD Conseil.
Trois mois plus tard, ces mêmes représentants syndicaux écrivaient aux directeurs de la Sibar et d’Opus 67 pour dénoncer un projet d’accord sur l’adaptation des conditions sociales au sein de la future structure fusionnée Alsace Habitat : « La précipitation dans le déroulement des négociations nuit à la qualité et à la sérénité des échanges et une formalisation optimale du contenu de l’accord envisagé. » L’inquiétude est d’autant plus vive que les représentants du personnel d’Opus 67 perdront leur rôle d’élus dès mercredi 1er juillet.
Le 19 mai, dans une lettre adressée aux présidents des bailleurs sociaux, les représentants du personnel déploraient « que les impacts avérés de cette fusion sur les conditions de travail et la santé ne soient que trop partiellement pris en compte. »
Un suicide, pas de prise de conscience
Au cours de cette enquête, Rue89 Strasbourg a joint plusieurs employés d’Opus 67 mais la plupart craignent des représailles s’ils témoignent de leurs conditions de travail. Certains parlent d’une véritable « chasse aux sorcières » suite à la publication d’un article sur le site Hebdi en février. Après le suicide d’un des employés d’Opus 67, Hebdi réagissait :
« Nous avions été en contact avec de nombreux salariés des deux structures qui ont souhaité garder l’anonymat. Nous apprenons que l’une de ces personnes s’est suicidée il y a quelques jours. Un ancien militaire, marié et père d’un enfant. »
L’un des salariés interrogés regrette l’absence de prise de conscience de la direction suite à ce décès. Pour Robert (le prénom a été modifié), c’est même tout le contraire : « Lorsque Frédéric est décédé, les employés ont voulu faire une minute de silence devant le siège. Une heure avant la minute de silence, la direction a envoyé un mail pour demander aux gens de rester à leur bureau… »
Ni l’actuel directeur général d’Opus 67 Guy Hamm, ni l’ancien directeur général Nabil Bennacer n’ont donné suite à nos demandes d’interview.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
La composition de l’hémicycle de l’Eurométopole est connue. Plusieurs maires, de droite ou moins politisés, auront un rôle clé dans la formation d’une coalition.
Qui va gouverner l’Eurométropole de Strasbourg (EMS) jusqu’en 2026 ? Les tractations d’ici le 15 juillet, possible date du premier conseil de l’agglomération, vont déterminer la future majorité. L’assemblée des 33 communes compte 99 élus, dont 49 Strasbourgeois.
La liste « Strasbourg écologiste et citoyenne » envoie 35 élus. Avec les élus de la même sensibilité, les écologistes de Schiltigheim (6), d’Ostwald (2) et Gérard Schann, opposant à Bischheim, ce total monte à 44.
Avec ou sans le PS ?
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La pratique des sports collectifs a repris lundi 22 juin. Mais les contraintes du protocole sanitaire rendent souvent impossible la tenue des entraînements.
Les passionnés de sport attendaient ce moment avec impatience. Lundi 22 juin, le gouvernement a autorisé la reprise des entraînements pour les sports collectifs. Mais tous les clubs amateurs n’ont pas les moyens de se conformer aux règles sanitaires.
Sport collectif sans adversaire ni contact
« Hop, sans se toucher ! Contact in-ter-dit ! » martèle Jean-Michel Turin, entraîneur à l’ASPTT Strasbourg Handball. Les filles de l’équipe -18 (ans, ndlr) renouent enfin avec le jeu en salle. Depuis mars, elles ont dû se contenter de 23 séances de musculation à domicile, avec quelques gestes à travailler chez soi.
Mais pour la reprise en groupe, le guide des mesures sanitaires du gouvernement précise que « les disciplines collectives doivent se pratiquer sans contact, sans opposition et sans partage de ballon. » Chacune le sien, donc, impossible de se faire des passes ni de tirer au but. Toutes les 15 minutes, à chaque pause boisson, les coéquipières se lavent les mains au gel hydroalcoolique.
Sur le terrain, pas facile de respecter la distanciation physique Photo : Alice Ferber / Rue89 Strasbourg
Afin de contourner la limite de dix personnes, le groupe est séparé en deux, chacun son demi-terrain. Pour le coach Jean-Michel Turin, la situation exige de l’imagination :
« C’est très difficile d’intégrer toutes les préconisations sanitaires. Mais en tant qu’entraîneur, notre rôle est de s’adapter, d’imaginer des exercices spécifiques qui permettent quand même aux filles de travailler et d’entretenir la cohésion de groupe. »
Pour Léa et Camille, 14 ans, appliquer du gel hydroalcoolique toutes les 15 minutes est devenu une habitude Photo : Alice Ferber / Rue89 Strasbourg
La reprise sans contact est encore plus complexe pour les sports de combat. « Au taekwondo, on peut prendre nos distances », assure Fanny Simon, en charge de cette section à l’ASPTT. Les athlètes peuvent taper le pao, un coussin de frappe, tenu par un partenaire. « Seul le travail de la technique est compatible avec les règles sanitaires », poursuit l’entraîneuse, « pas les combats. »
Pour éviter des difficultés financières, la plupart des 33 sections du club omnisports de l’ASPTT ont décidé de ne pas rembourser les adhésions. Mais pour ne pas délaisser ses 300 licenciés, Fanny Simon organise des séances en ligne :
« Trente taekwondoïstes ont déjà réussi leur passage de grade (l’équivalent des ceintures au judo, ndlr). Ils filment leurs mouvements dans le vide, comme s’ils travaillaient avec quelqu’un d’imaginaire et nous les évaluons à distance. »
Des instructions gouvernementales imprécises
Pour les adeptes du football, la désillusion est palpable. « Jouer à 5 contre 5, ce n’est pas intéressant », regrette Nicolas Baumgartner. Le coach de l’équipe senior du SUC Strasbourg déplore un manque d’informations de la part du gouvernement : « On avait un guide jusqu’au 22 juin et maintenant que cette date est passée, plus rien. C’est le flou total ». La reprise des entraînements est envisagée fin août.
Au SUC Volley, le gymnase reste fermé mais les terrains de beach-volley, sur herbe et en plein air, offrent un peu d’oxygène au club. Pour le président Josselin Plot, difficile de concrétiser les directives pour ses 360 membres :
« Notre club sollicite des médecins afin de compléter le guide du gouvernement. Mieux vaut patienter et faire des mécontents plutôt que de prendre des risques inutiles. »
Les membres du SUC Volley Strasbourg s’entraînent en plein air Photo : doc remis
En utilisant une dizaine de terrains au lieu d’une quinzaine, tous les licenciés ne peuvent être accueillis. Même si le club n’enregistre aucune perte financière à ce jour, la prochaine saison préoccupe le président du SUC Volley. « Les subventions d’État ne cessent de baisser et les sponsors se montrent frileux », s’inquiète-t-il. En prévision de la prochaine saison, Josselin Plot fait appel aux dons des particuliers pour épauler le club.
Mardi 30 juin, le Collectif du personnel de la clinique Rhéna et le syndicat CFTC des Hôpitaux universitaires organisent une manifestation à Strasbourg.
Pour le personnel soignant, rien n’a vraiment changé depuis la crise sanitaire. Le Ségur de la santé, la concertation nationale lancée fin mai par le gouvernement pour refonder le système de soins, ne convainc pas les syndicats et les représentants du personnel.
À Strasbourg, deux organisations de la clinique Rhéna et des Hôpitaux publics appellent à une manifestation commune, mardi 30 juin à partir de 12h30, de la clinique Rhéna au Nouvel hôpital universitaire.
Le ministre de la Santé Olivier Véran a dévoilé mercredi 24 juin une enveloppe de 6 milliards d’euros pour la revalorisation des salaires des soignants. Mais elle sera à partager entre les hôpitaux, les Ehpad publics et une partie du secteur privé. « On est très loin du compte », estime le « Collectif du personnel de la clinique Rhéna. » Dans un communiqué diffusé sur Facebook, il se dit déterminé « à ne rien lâcher » pour faire accepter ses revendications.
Privé et public, même combat
Ce rassemblement survient deux semaines après celui du mardi 16 juin, qui avait réuni près de 6 000 personnes à Strasbourg. Il s’agissait alors de la première manifestation du personnel soignant depuis l’irruption de la crise sanitaire du coronavirus.
Mardi 16 juin, 6 000 manifestants se sont réunis place Kleber à Strasbourg Photo : Clara Depoers / Rue89 Strasbourg / cc
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En tête au premier tour, l’écologiste Jeanne Barseghian a largement remporté le second, en dépit de l’alliance LREM/LR qui aurait pu permettre à Alain Fontanel de combler son retard.
Avec 21 592 voix, Jeanne Barseghian devient la nouvelle maire de Strasbourg. À titre de comparaison, Roland Ries (PS) avait été élu avec 36 623 voix en 2014 dans une triangulaire face aux 35 114 suffrages de Fabienne Keller (LR ; ex-UMP) et un Front national loin derrière.
C’est donc avec une certaine prudence et modestie que Jeanne Barseghian, 39 ans, a accueilli ces résultats quelque peu inattendus :
« Aux personnes qui ne se sont pas déplacées ou qui n’ont pas voté pour notre projet, je veux les assurer que je gouvernerai pour et avec toutes les Strasbourgeoises et tous les Strasbourgeois, dans le respect, l’écoute et le dialogue. »
Les écologistes n’étaient pas favoris de l’élection à Strasbourg au début de la campagne à l’automne, ni après l’union LREM/LR face à eux en juin.
Mais entre les deux tours, les écologistes, qui terminent avec 41,7% des suffrages exprimés, ont nettement augmenté leur score (+8 060 voix). C’est cinq fois plus que les réserves « Strasbourg en Commun » (LFI et alliés), qui avaient appelé à voter Jeanne Barseghian. La liste écolo, travaillée depuis plus d’un an, a suscité de grandes attentes. L’exercice du pouvoir, avec une majorité où ils n’auront pas à dépendre d’un allié, sera très observé.
Jeanne Barseghian devant ses soutiens (Vidéo Alice Ferber / Rue89 Strasbourg)
Pour remporter la victoire, les écologistes ont confirmé leurs bons scores dans le quartier Gare ou Neudorf. « Strasbourg écologiste et citoyenne » a percé dans une grande partie de Cronenbourg, un bastion socialiste, mais aussi certains bureaux du Conseil des XV, à l’Est un coin en théorie plus à droite. Son pire résultat (13,48%) est à l’Orangerie, là où Alain Fontanel réalise son meilleur total.
La participation a été légèrement plus forte que le 15 mars. Elle s’élève à 36,66% contre 33,8% trois mois plus tôt.
On retrouve un peu moins de disparités entre les secteurs . Certains quartiers centraux se sont moins « surmobilisés » qu’au premier tour.
Vote Fontanel dans les bastions de droite
Pour « La République en Marche », Alain Fontanel l’emporte comme prévu dans les quartiers du nord, Robertsau-Orangerie-Tivoli-Wacken, les bastions habituels de la droite. Souvent sous les 50%, la droite ne fait pas le plein comme elle devrait. Ainsi, le retard accumulé ailleurs devient rédhibitoire.
Par rapport à mars, le premier adjoint sortant gagne aussi quelques bureaux du sud. Il s’agit du secteur où sont implantés les conseillers départementaux Jean-Philippe Maurer et Pascale Jurdant-Pfeiffer, qui l’ont rejoint via la fusion avec « Les Républicains ». Mais dans ces bureaux là, la participation a baissé, signe que la fusion n’a pas été complètement digérée. Le tandem s’effondre dans beaucoup de quartiers populaires.
Les vaincus devraient placer 11 opposants dans l’hémicycle, soit 6 de la liste LREM et 5 de la liste LR.
L’inconnue des transferts
Dans quelle mesure les transferts d’électeurs se sont-ils opérés ? Avec 18 099 voix, Alain Fontanel recueille moins de voix que l’addition de son score et celui de Jean-Philippe Vetter (18 510). À droite ou au centre, tout le monde n’a donc pas suivi cette union entre ex-majorité et ex-opposition.
Et la liste n’a pas bénéficié d’une dynamique venue des listes éliminées ou des nouveaux votants. « Unis pour Strasbourg » avait pourtant eu le soutien des deux anciennes têtes de listes « citoyennes. »
Chantal Cutajar et Patrick Arbogast. Pour les électeurs du Rassemblement national, plus proche de la droite sur l’échiquier, l’étiquette LREM a dû jouer l’effet d’un repoussoir. Pour le reste, il est plus difficile de savoir comment les électeurs ont migré.
À l’image de ses colistiers éjectés, Alain Fontanel a vraisemblablement perdu des soutiens au centre. Troisième, l’ancienne maire Catherine Trautmann (PS) est loin, mais gagne tout de même plus de 2 000 voix pour arriver à 12 080 suffrages, soit 23,33%. Tout comme il est possible qu’une partie de l’électorat de Catherine Trautmann de premier tour ait opté pour les écologistes en juin, pour faire barrage à la droite.
Comme en mars, les points forts de Catherine Trautmann sont dans les quartiers populaires. Hautepierre, Neuhof, le sud de Koenigshoffen ou la Cité de l’Ill lui fournissent des scores au-dessus de 30%, mais ces secteurs sont restés dans l’abstention massive, ce qui limite les gains. La liste « Faire ensemble Strasbourg » est très distancée dans des bureaux de vote du quartier Gare, point fort des écologistes et la Robertsau, trustée par la droite. Et où plus de citoyens se déplacent.
« S’agissant de l’abstention massive, je perçois de ces dernières semaines sur le terrain une véritable déprime sociale », a commenté la candidate.
Reconstruction socialiste
Catherine Trautmann a annoncé qu’elle comptait siéger dans l’opposition. Une période de reconstruction s’annonce pour le Parti socialiste local. Ni le mandat, ni la campagne n’ont permis de faire émerger de nouvelles personnalités.
Car même en dehors de Strasbourg, les Socialistes ont été battus dans leurs fiefs. À Ostwald, Jean-Marie Beutel ne fera pas de 5e mandat, battu par l’écologiste Fabienne Baas, qui s’était alliée à une liste de centre-droit. À Illkirch-Graffenstaden, le maire sortant mais intronisé en cours de mandat Claude Froehly a été battu par l’opposant Thibaud Philipps (LR, soutenu par LREM et Modem) dans une quadrangulaire. Ainsi se tourne la page Jacques Bigot au sud de Strasbourg.
Le test de l’Eurométropole
Les écologistes n’auront donc pas forcément besoin du Parti socialiste pour gouverner à l’Eurométropole. Ce sera d’ailleurs un premier test pour le mois de juillet. Les Verts strasbourgeois auront quelques soutiens à Schiltigheim et Ostwald, mais cela ne suffira pas pour avoir une majorité. Combien de maires de droite ou « sans étiquette » arriveront-ils à fédérer dans un projet ? Lors de l’échec des négociations avec le PS, Jeanne Barseghian avait insisté son souhait d’élaborer un projet « avec les 32 autres communes ».
Après avoir été traités par leurs adversaires, en vain, de « dogmatiques » et « incapables de s’allier » avec le PS, voici l’occasion de démontrer l’inverse. Certains maires l’ont bien compris et étaient présents sur la terrasse du TNS où les écologistes se réunissaient pour célébrer la victoire.
Jeanne Barseghian sera officiellement élue par ses pairs à Strasbourg, samedi 4 juillet à partir de 18h.
Retrouvez ci-dessous tous les résultats du second tour des élections municipales à Strasbourg, dévoilés au fur et à mesure de leur dépouillement.
Voici les résultats du second tour des élections municipales à Strasbourg, communiqués par la Ville de Strasbourg et le ministère de l’Intérieur.
Pour voir les votes recueillis dans un bureau, cliquez dessus ou saisissez son nom dans le champ de recherche. Pour retourner aux résultats totaux, cliquez sur la croix du champ de recherche.
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Retrouvez ci-dessous tous les résultats des élections municipales en Alsace.
Voici les résultats des élections municipales en Alsace. Pour les communes sans second tour, le résultat obtenu au premier tour est rappelé. Pour accéder aux résultats détaillés, survolez la commune qui vous intéresse puis cliquez, ou tapez son nom dans le champ de recherche.
Lorsque les résultats sont définitifs, une visualisation de la composition du conseil municipal est disponible.
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