Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Au tour de l’Eurométropole de se choisir une présidente

Au tour de l’Eurométropole de se choisir une présidente

Qui présidera l’assemblée des 33 communes pour six ans ? À la veille du scrutin, deux candidates sont déclarées, Pia Imbs, soutenue par les écologistes strasbourgeois et Catherine Graef-Eckert. Le vote, dont l’issue n’est pas connue d’avance, est à suivre en direct à partir de 9h30.

Après la page Roland Ries à la Ville de Strasbourg, c’est celle de Robert Herrmann à l’Eurométropole qui se tourne. Mais dans l’assemblée des 33 communes, aucune formation politique n’a de majorité absolue. Or, c’est à l’Eurométropole que se trouvent les leviers publics les plus puissants, avec plus de 1,5 milliard de budget contre 500 millions à la Ville et des compétences sur les déchets, les transports en commun, l’Économie, le logement, l’énergie, etc.

Deux candidates officiellement

Deux candidates sont officiellement en lice. La maire (sans étiquette) de Holtzheim, Pia Imbs, est soutenue par les écologistes de Strasbourg et de Schiltigheim. Mais il faudra d’autres soutiens pour obtenir plus de 50 voix sur 99. De l’autre côté, la nouvelle maire de Lingolsheim Catherine Graef-Eckert, membre de la majorité de droite au Conseil départemental, brigue aussi le poste. Mais elle non plus ne peut obtenir de majorité avec seulement les maires de droite et du centre, même s’ils sont tous unis derrière elle. Les électeurs « pivot » sont donc les socialistes ou les maires « sans étiquette ». Il pourrait y avoir du suspens dans la matinée, voire deux ou trois tours de vote.

Même hémicycle et nouvelle majorité Photo : Pascal Bastien / divergence

Front inversé

Par rapport aux négociations de second tour, les socialistes et les écologistes se retrouvent à front inversé. Début juin, les discussions avant le second tour des élections municipales entre les deux listes de gauche avaient achoppé sur la question de la présidence de l’Eurométropole. Le Parti socialiste estimait qu’il fallait déjà travailler sur la majorité métropolitaine, là où sont les vrais pouvoirs, et confier la présidence à Catherine Trautmann, qui s’était déclarée candidate dès janvier. Elle était alors numéro 2 derrière Mathieu Cahn. Les écologistes avaient au contraire rétorqué que le projet à la métropole devrait être défini à 33 communes et non « sur un coin de table strasbourgeoise ».

Depuis, il y a les victoires des écologistes à Strasbourg et Ostwald, et des défaites socialistes à Illkirch-Graffenstaden et à Ostwald. À la Ville de Strasbourg, les socialistes se sont rangés derrière les écologistes, et ont obtenu une jeune adjointe. Mais pour la gestion de l’Eurométropole, le clivage demeure.

Grande coalition ou majorité resserrée ?

Les socialistes souhaitent désormais rééditer la grande coalition droite-gauche à la Robert Herrmann instaurée en 2014. C’est aussi le souhait de Catherine Graef-Eckert et sa dizaine de soutiens. Les maires de droite et du centre y avaient été valorisés comme le partenaire majeur des socialistes strasbourgeois, et avaient obtenu sept vice-présidences. Si le scénario se répète en 2020-2026, avec environ 80 élus, les écologistes se retrouveraient un peu dilués.

Les écologistes souhaitent le rassemblement, mais… derrière eux, sur la base de leurs trois « urgences », écologiques, sociales et démocratiques de leur programme. Une majorité « resserrée » autour d’une soixantaine d’élus peut suffire pour mettre en place ces politiques, et marquer quelques « ruptures » avec les mandats précédents. Les ralliements doivent être individuels et non décidés par des logiques de groupes.

Les débats portent surtout sur la manière de prendre les décisions futures, ce qu’on appelle « la gouvernance » ou plus trivialement sur la répartition des rôles, notamment les 20 vice-présidences. Les écologistes proposent un trio féminin aux commandes : Pia Imbs, Jeanne Barseghian et Danielle Dambach.

Les questions de fond, quelles extensions de tramway, quel rythme de production de logements, quels moyens pour les rénovations, la taxe incitative sur les déchets, etc. seront décidées au cours du mandat par l’équipe instaurée ce mercredi. On peut imaginer que Danielle Dambach a eu des garanties sur le tramway à Schiltigheim, pour lequel elle a été élue en 2018 puis réélue en 2020. Mais le détail fin des programmes n’est pas connu. Après l’élection de la présidente, les 20 vice-présidents seront élus à leur tour et formeront le nouvel exécutif.

Qui remportera le vote ? Y aura-t-il des débauchages de dernière minute ? Catherine Trautmann, personnalité plus consensuelle pour les maires de droite et du centre, présentera-t-elle sa candidature en recours face au « bloc contre bloc » ? La séance est à suivre à partir de 9h30.

La Maison du Bâtiment, une tour aux mille histoires

La Maison du Bâtiment, une tour aux mille histoires

Archives vivantes – Autrefois propriété d’entreprises du BTP, la tour de la Maison du Bâtiment a vécu d’autres vies avant d’abriter des logements et une résidence étudiante. Jadis, des squatteurs volaient leur ticket d’accès au toit de cette tour, à l’abandon pendant près de dix ans.

Bâtisse de 48 mètres de haut récemment rénovée aux allures futuristes, on connaît l’ancienne « Maison du bâtiment » comme le premier édifice que l’on voit de Strasbourg, en arrivant du nord par l’autoroute. Mais à sa construction, entre 1964 et 1968, l’A35 n’arrivait même pas jusqu’à la place de Haguenau.

Aujourd’hui rénovée pour abriter des logements et appelée « La Canopée », la tour a connu sept maires et la multiplication par vingt des automobilistes qui l’aperçoivent chaque jour en longeant la ville. Surtout, elle a muté d’un centre de documentation sur le bâtiment et les travaux publics (BTP) à une résidence étudiante, en passant par dix ans de squat plus ou moins créatif.

Centre européen de documentation du bâtiment

À son inauguration en 1968, la Maison du bâtiment et sa salle de conférence de 300 places constituent un quartier général pour les professionnels du BTP, architectes et entrepreneurs. Le grand public est aussi invité à venir visiter les 4 000 mètres carrés d’exposition sur la construction ou à se renseigner sur les matériaux. Les étages supérieurs de la tour abritent des bureaux pour les fédérations professionnelles et leurs syndicats.

Interview d’acteurs du BTP à propos du Centre européen de documentation du bâtiment à Strasbourg, en novembre 1966 (vidéo INA)

En 2006, la dizaine de sociétés du BTP présentes entre ces murs déménage au nouvel Espace européen de l’entreprise, à Schiltigheim. Deux ans plus tard, en 2008, un accord est trouvé avec le promoteur Spiral et l’assureur Camacte pour transformer la tour en commerces et logements, tout en y conservant des bureaux.

Entre-temps, confronté à la présence d’amiante, Spiral a dû réorienter son projet de reconversion en y incluant une démolition. Les copropriétaires, considérant que la promesse de vente n’était pas réalisée, ont exigé des dommages et intérêts. Ce contentieux bloquera les négociations jusqu’en 2016, laps de temps pendant lequel la tour a été laissée à l’abandon… et à la merci des intrus.

Passage clandestin et tags géants

Le 7 avril 2010, des individus ont tagué une partie du toit, très exposée – si bien, d’ailleurs, que le prix d’un affichage sur la façade atteint les 30 000 euros par mois. Mais pour les graffeurs locaux Kems, Moke et TFG, pas question de payer pour cette notoriété.

Reportage sur les tags de la Maison du Bâtiment (vidéo StrasTV)

Rue89 Strasbourg a retrouvé Moke, l’un des signataires du graff. Avec ses compères, ils pensent être les premiers à avoir ouvert un passage clandestin dans la tour. Souhaitant garder l’anonymat, il raconte la genèse de cette idée folle :

« Quand on a remarqué qu’ils avaient tout barricadé, on s’est décidés, avec Kems (l’auteur du premier graff à gauche sur la vidéo, NDLR) à faire un repérage un premier soir, vers 23 heures. On fait quelques tags en bas de l’immeuble, sur le contreplaqué. On commence à en arracher un coin. Derrière, c’est des vitres avec plein de couches de protection. On attrape un marteau qui traîne dans notre coffre. Et là, on part pour des heures à faire un trou de genre, 30 centimètres de diamètre, pour se glisser dedans. Une fois passés, on arrive directement dans le hall. On appelle deux, trois copains pour visiter – on veut qu’ils ramènent des bières pour faire une soirée tout en haut ! La vue est magnifique. On réalise le potentiel du spot… et on décide d’aller taguer le lendemain, dans la nuit. »

Ainsi se réveille Strasbourg le 7 avril 2010, surplombée pour les six prochaines années par les tags de Kems, Moke et TFG. Et la Maison du bâtiment a désormais une faille, par laquelle n’importe qui peut rentrer. Moke affirme n’être jamais retourné sur les lieux. Un de ses amis raconte :

« Les mois suivants, quand on passait devant, on voyait que les fenêtres commençaient à être cassées petit à petit. Ça avait l’air d’être de plus en plus squatté, par des gens qui ne venaient pas du tout faire du graff : des ferrailleurs, des ados ou des marginaux. »

Des squatteurs et des SDF

Inès et Selma – les prénoms ont été modifiés – font partie de cette « deuxième vague » de squatteurs. Et si leurs passages à la « Maison du bât’ » n’ont pas été aussi créatifs que celui de Kems, Moke et TFG, ils sont chargés d’histoires humaines. En 2012, alors qu’elle est en seconde, Selma se lie d’amitié avec Kaya. À vingt ans, le jeune homme est SDF. Viré de chez lui par son père alors qu’il était collégien, il erre de squats en rues, disparaissant régulièrement de son QG de la rue des Grandes-Arcades pour réapparaître quelques jours plus tard. Un soir, elle lui demande : « Tu étais où ? » « – À la Maison du bâtiment », répond-il.

Pendant des années, la tour a abrité entre ses murs de nombreux sans-abris comme Kaya :

« Il s’était installé une petite chambre dans l’un des anciens bureaux et la fermait avec une cale, explique Selma, qui a parfois passé la nuit là-bas pour lui tenir compagnie. Quand il faisait froid, il s’y installait pour plusieurs jours. Il y avait d’autres SDF, plutôt plus âgés, qui se droguaient et vivaient avec des chiens. Avec Kaya, on ne se mélangeait pas trop avec eux, ils nous faisaient un peu peur. »

Selma, « squatteuse » de la Maison du bâtiment entre 2012 et 2016
Etat de la Maison du bâtiment en 2016 et point sur son avenir, par France 3 Alsace

Qu’est-ce qui poussait des ados comme Inès et Selma – scolarisées, assidues – à passer des jours et des nuits dans un lieu squatté par des toxicomanes ? « On allait au lycée Kléber, à 500 mètres de la Maison du Bât’. Plein d’élèves squattaient là, à l’époque ! Certains venaient s’offrir la vue d’en haut quand ils avaient une heure de perm’ », se souviennent-elles. « On faisait un peu d’urbex, on jouait à se faire peur. Parfois, j’y emmenais une meuf pour l’impressionner… », rigole Inès.

L’actuelle « Canopée », ex-Maison du bâtiment (à gauche), et la nouvelle tour « Plein ciel » (à droite). Photo : Lola Collombat / Rue89 Strasbourg

En 2016, le projet de réhabilitation de la tour en résidence étudiante est validé et confié au promoteur Edifipierre. Plus question de démolir l’édifice. Selma raconte que Kaya, le jeune sans-abri, a brusquement quitté la ville, un an plus tard. Pile quand a débuté la rénovation de la Maison du bâtiment.

Aux Deux-Rives, une exposition des métiers de la crise

Aux Deux-Rives, une exposition des métiers de la crise

La Ville de Strasbourg expose une série de portraits en hommage aux métiers qui ont continué à exercer au plus fort de la crise du coronavirus. Les photographies ont été prises par Abdesslam Mirdass.

À l’occasion du 14 juillet, la Ville de Strasbourg inaugure une exposition en plein air au Jardin des Deux-Rives. Dans la partie française, les visiteurs pourront y voir des portraits de 2×1 mètre de 19 personnes et autant de métiers qui ont continué à faire vivre la ville pendant le confinement. L’exposition s’appelle tout simplement « Merci », on y retrouve entres autres des Atsem, des médecins, des policiers municipaux, des couturières bénévoles, un colonel, etc.

L’installation des portraits au jardin des Deux-Rives Photo : doc remis

La patte Mirdass

Les lecteurs de Rue89 Strasbourg y reconnaîtront peut-être la patte d’Abdesslam Mirdass, dont les photos émaillent régulièrement nos pages. Il avait notamment réalisé le reportage-photo très consulté pendant le confinement « Que faites-vous dehors ?« .

Le photographe indépendant raconte l’histoire de ces portraits, réalisés en quelques jours :

« Ça a été très intense, j’ai cavalé aux quatre coins de la ville. C’est une série qu’en temps normal j’aurais étalé sur plusieurs semaines. Avant de photographier, j’ai passé du temps avec chacun, pour savoir comment ils ont travaillé, comment ils ont vécu cette période, pour que la séance corresponde à cette atmosphère. Il y avait d’autres corps de métiers que l’on souhaitait intégrer à l’exposition, mais qui n’ont pas donné suite, peut-être par manque de temps. »

L’exposition gratuite durera jusqu’au jeudi 30 juillet.

Fêter le 14 juillet à Strasbourg sans bal populaire ni feu d’artifice

Fêter le 14 juillet à Strasbourg sans bal populaire ni feu d’artifice

Pour le 14 juillet version 2020, les Strasbourgeois devront se passer du traditionnel bal place de la Bourse et du feu d’artifice. À la place, rendez-vous au jardin des Deux-Rives pour des animations et un hommage.

Après la Fête de la musique, c’est au tour de la Fête nationale de se réinventer. Mesures sanitaires obligent, les bals traditionnels et le feu d’artifice place de la Bourse sont annulés. En remplacement, un pique-nique au jardin des Deux-Rives et un hommage par la Ville de Strasbourg. Programme de cette édition spéciale.

Pas de bal pour aller danser

Ce mardi 14 juillet, le quartier de la Bourse à Strasbourg sera bien vide. En raison des contraintes sanitaires, le spectacle pyrotechnique (le feu d’artifice) tiré chaque année depuis le parc de l’Étoile à 22h30 et le bal populaire de la place du Maréchal-de-Lattre-de-Tassigny n’auront pas lieu. Pour les mêmes raisons, il n’y aura pas de prise d’armes place de la République ni de survol d’avions de chasse.

Le traditionnel feu d’artifice du 14 juillet n’aura pas lieu cette année (photo Mickaël / Flickr / cc)

En outre, le bal des pompiers de Strasbourg, qui a lieu chaque 13 juillet à la caserne de Cronenbourg, est reporté à 2021. Dans une vidéo de remerciement, les sapeurs-pompiers promettent une « soirée à la hauteur de ces retrouvailles qu’on prendra plaisir à célébrer ». Pour danser le rock jusqu’au bout de la nuit, rendez-vous l’année prochaine.

Le tant attendu bal des pompiers reviendra en 2021 (page Facebook de l’évènement)

Un pique-nique républicain aux Deux-Rives

En cette journée d’hommage à la nation, la Ville de Strasbourg saluera les personnes impliquées lors de la crise sanitaire. Les badauds pourront admirer une fresque participative, une exposition de portraits signés Abdesslam Mirdass et des messages de remerciements sur certains bâtiments, pavoisés de bleu-blanc-rouge.

La passerelle des Deux-Rives appelée à célébrer la Fête nationale Photo : Alban Hefti / Strasbourg.eu

Au jardin des Deux-Rives, les Strasbourgeois sont invités à partager un pique-nique « républicain et transfontalier », de 12h à 14h, avec les musiciens de l’Orchestre philharmonique de Strasbourg qui ont prévu du Schubert, Poulenc et du Mendelssohn.

De 14h à 16h, un DJ set de Vladimir Spoutnik avec des ateliers pour enfants et une animation déambulatoire de la Fanfare Pinto est prévu. Puis à 16h, ce sera la projection sur un écran éclairé de La Tortue Rouge, un film d’animation prix spécial du jury du Festival de Cannes.

À 17h30, Vladimir Spoutnik reprend son set suivi d’un blind test à 18h30 avec le No Limit Orchestra. À 20h, la soirée se terminera par un concert d’électro-jazz avec Notilus.

Violenté sexuellement dans son enfance, Mickaël face à son ultime bataille

Violenté sexuellement dans son enfance, Mickaël face à son ultime bataille

Le Strasbourgeois de 36 ans veut solder devant le tribunal une enfance émaillée de violences et de sévices sexuels. Son espoir : donner aux victimes le courage de témoigner.

Un survivant… Mickaël revendique ce titre qui désigne les adultes victimes de violences sexuelles pendant l’enfance (l’anonymat du plaignant et des personnes visées par la procédure est préservé). Des années après des faits qui n’ont pas quitté son esprit, le temps est venu pour lui de réclamer justice. Une instruction est en cours, menée par un magistrat du tribunal de grande instance de Strasbourg.

En attendant l’issue de l’enquête, le Strasbourgeois âgé de 36 ans s’exprime sur Twitter. Le bandeau sur son profil énonce en lettres blanches capitales sur fond noir : « Violé. 4 bourreaux / 57 agressions. 1 seule victime. » À ceux qui s’étonnent de cette comptabilité, l’homme, visage juvénile et barbe bien taillée, répond :

« Je me souviens de chacune de ces agressions. J’aurais aimé les oublier, cela aurait été plus simple. Je me souviens de la couleur du papier peint, de la disposition de l’appartement, de la chambre. Trop bien… »

Il remarque aussi que la parole des victimes de viol est tout autant questionnée quand leur mémoire est fiable que dans le cas inverse, lorsqu’elles ont du mal à retracer les événements, que les souvenirs traumatiques sont flous.

La suspicion pèse sur les victimes

« Quand quelqu’un dit s’être fait voler son scooter, on ne met pas systématiquement en cause sa parole, alors pourquoi cette suspicion existe-t-elle pour les victimes de viol, au point de les faire passer pour des coupables ? »

Dans une lettre datée d’octobre 2019 et adressée au doyen des juges d’instruction près du TGI de Strasbourg, il raconte les sévices qu’il a subis à l’âge de six ans, alors que ses parents, ne pouvant s’occuper de lui, le confient à sa tante durant la semaine. Le petit garçon est frappé très souvent, plongé dans l’eau glacée, forcé à manger et lorsqu’il vomit, obligé d’avaler ce qu’il a rendu. Quand il souille ses draps, sa tante lui frotte le visage dedans.

Mickaël n’attend pas de condamnation mais espère que la justice reconnaîtra qu’il a été victime Photo : SW / Rue89 Strasbourg / cc

La famille emmène le souffre-douleur en vacances au camping. Sa tante le jette dans le lac alors qu’il ne sait pas nager, lui maintient la tête sous l’eau à plusieurs reprises. Pour rire. Sans crème, sans t-shirt, il déambule sous le soleil, sa peau est brûlée, se couvre de cloques.

Mais le supplice de Mickaël ne s’arrête pas là. Il raconte que son cousin, âgé alors de 14 ans, le viole à deux reprises. La première agression a lieu dans le salon familial et le violeur tente d’étouffer le petit garçon avec un coussin. L’irruption brutale du frère cadet dans la pièce interrompt l’agression. Mickaël s’est vu mourir.

L’autre viol, se souvient-t-il, a lieu près d’un lac en Moselle, dans la caravane qu’il partage avec ses cousins. Frappé également, le nez brisé, il sort le visage en sang de la caravane. Un voisin qui connaît ses parents les alerte. Mickaël ne retournera plus chez sa tante et le silence s’abat sur ces mois de calvaire.

« La question la plus délicate est celle des preuves »

Dans sa plainte, Mickaël évoquait des « violences volontaires contre mineur de moins de 15 ans. » Finalement, l’instruction a été ouverte pour « torture et acte de barbarie sur mineur de moins de 15 ans », « viol et tentative d’assassinat. » Pour ces crimes, la période de prescription est de 30 ans à compter de la majorité de la victime. Mickaël a aujourd’hui 37 ans et aimerait en finir avec cette histoire qui le poursuit dans sa vie d’adulte.

Son avocate, Me Lavleen Singh-Bassi ne souhaite pas s’exprimer sur le dossier mais souligne la complexité de ce type d’affaires :

« La question la plus délicate est celle des preuves, la preuve par excellence est d’ordre médical. Après toutes ces années, ce n’est pas possible de l’obtenir. C’est un peu la parole de l’un contre celle de l’autre, sauf en cas d’aveux. Mais sinon, on procède par faisceaux d’indices, des témoins, un journal intime, etc. »

À six ans, Mickaël était trop jeune pour tenir un journal intime. Il lui a été impossible d’en parler, mais il compte sur des témoins, le voisin du camping, sa mère… et espère que son cousin, le frère de son agresseur, viendra aussi raconter ce qui s’est passé devant le juge.

« Porter plainte c’est une épreuve »

« Porter plainte c’est une épreuve. C’est parfois aussi douloureux que l’acte lui même. Il faut de la force pour le faire, c’est compliqué de dire ces choses-là, peut-être encore plus lorsqu’on est un garçon. »

Malheureusement, Mickaël sait de quoi il parle. Plusieurs années après les sévices subis chez sa tante, il devient en 1995 la victime de son père qui lui fait subir des attouchements pendant un an, avant de le violer. Le garçon a 12 ans, il appelle la police et dit tout. Également poursuivi par la grande sœur de Mickaël, violée elle aussi à l’adolescence, leur père sera condamné à 12 ans de réclusion.

L’horreur se poursuit alors que la procédure est en cours. Il est agressé sexuellement à la piscine de Hautepierre, par un policier qui l’attendait après avoir eu connaissance de son dossier.

Retour à la brigade des mineurs pour l’adolescent déterminé, les collègues ont du mal à y croire mais la vidéo-surveillance accrédite les dires du jeune garçon. Le policier écopera de six mois de prison avec sursis.

Mickaël se souvient avoir été très bien accueilli et écouté alors par les officiers de la brigade des mineurs. C’est donc plutôt confiant qu’en 2009, 14 ans plus tard, il décide de porter plainte pour raconter le calvaire infligé par sa tante et son cousin en 1989.

Tourner la page d’une enfance meurtrie

Au cours de l’audition, il raconte partager sa vie avec un garçon. Une policière lui demande alors s’il se sentait sexuellement attiré par son cousin qui l’a violé. Mickaël ne supporte pas le sous-entendu qu’il reçoit comme une accusation : « je suis parti en cours d’audition. » La procédure est abandonnée.

Voilà pourquoi Mickaël, devenu entrepreneur, zappe la case police dix ans plus tard et décide d’envoyer directement au juge d’instruction deux plaintes avec constitution de partie civile. Ces faits d’il y a trente ans forment une blessure qui le relance régulièrement. Mickaël espère refermer la plaie avec ce procès.

Dans le creux de son bras, un tatouage qui lui rappelle « les années où je n’avais aucune limite » Photo : SW, Rue89 Strasbourg / cc

« Ce que j’ai subi a une incidence sur ma vie intime : je ne peux pas dormir chez quelqu’un d’autre, je ne peux pas être dans la même salle de bain qu’une autre personne, ni aller aux toilettes si la porte ne ferme pas à clé… »

L’acceptation de son homosexualité a été très douloureuse au début aussi pour le jeune homme : « Pendant des années je me suis posé des questions. Est ce que j’étais devenu gay à cause de ce que j’avais subi ? J’ai été avec une fille pendant deux ans, car je pensais que c’était mal, et que ça allait me “guérir”. »

À l’intérieur de son bras, à l’encre bleue, en pleins et déliés, est inscrit le mot « Infinity ». Ce tatouage résume ses années erratiques : tentatives de suicide, drogue, prostitution, conduites sexuelles extrêmes… « J’avais besoin de me détruire, » analyse Mickaël qui craint qu’on ne lui renvoie ce passé au tribunal pour saper ses accusations.

Être reconnu comme victime

Aujourd’hui l’entrepreneur dit avoir retrouvé un certain équilibre, il a été en couple pendant sept années, une histoire désormais terminée mais qui l’a aidé à reprendre pied. Ce dernier combat devant les tribunaux lui permettrait, il l’espère, de tourner la page d’une enfance meurtrie :

« Je n’ai pas déposé plainte avant car ces faits s’étaient arrêtés. Aujourd’hui peu importe que mon cousin et ma tante aillent en prison, ils sont sortis de ma vie. Je ne cherche pas à me venger non plus. Mais, même si je n’aime pas ce mot, j’ai besoin qu’on reconnaisse mon statut de “victime”. »

Depuis qu’il a raconté son histoire sur Twitter, il est en contact avec des dizaines de personnes, beaucoup lui racontent avoir subi la même chose, ainsi que la peur, les menaces de leurs bourreaux. Lui a grandi « comme un enfant unique. » Ses quatre frères et sa sœur, plus âgés, étaient placés. Sa tante, comme son père des années plus tard, ont utilisé cette éventualité pour l’obliger à garder le secret sur les sévices subis :

« J’ai tellement été plongé dans le silence parce que j’avais peur d’être tout seul, si je peux essayer de rassurer ne serait-ce qu’une seule personne, je serais heureux. Si mon histoire peut permettre à d’autres de parler, j’aurais tout gagné. »

Breakdance, entrepreneuriat, studios d’enregistrement… La FACC se concrétise quartiers Elsau et Meinau

Breakdance, entrepreneuriat, studios d’enregistrement… La FACC se concrétise quartiers Elsau et Meinau

Le projet d’université populaire des quartiers prend forme à Strasbourg. Côté Elsau, la Fabrique Artistique Culturelle et Citoyenne (FACC) dispose d’un studio d’enregistrement et de locaux associatifs. Côté Meinau, l’espace de danse, des studios d’enregistrement et un espace de coworking ne désemplissent pas. Reportage.

Plaine des bouchers, au 33 rue du Maréchal-Lefebvre. « Ici, on testait les moteurs des bombardiers pendant la seconde guerre mondiale », rappelle Ilham Gilg, directrice-administratrice de la Fabrique Artistique Culturelle et Citoyenne (FACC). Désormais, la travée Q de l’ancienne usine Junkers doit servir de tremplin pour les jeunes du coin.

Mardi 7 juillet, chaque pièce de la FACC Meinau est utilisée. À l’entrée, Sebastien Vela Lopez initie une dizaine d’ados au breakdance. Derrière le DJ, deux studios d’enregistrement tout neufs. Au sous-sol, le label Factory met un troisième studio à disposition d’artistes ou collectifs rap, trap ou hip-hop.

L’équipe de la FACC présente sur place le mardi 7 juillet. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Meinau, Elsau : la FACC se concrétise

Il y a près d’un an, la FACC n’était encore qu’un projet. Yan Gilg, directeur de l’association Sons d’la Rue et de la compagnie Mémoires vives, présentait son idée « d’université des classes dominées » sur Rue89 Strasbourg. L’objectif assumé : redonner du « swag » à l’école, qui ne serait « plus compétitive » pour les jeunes, « des geeks, qui ont appris l’autoformation grâce aux tutos et aux forums sur internet. »

Côté Meinau, la FACC Strasbourg s’est concrétisée début janvier 2020. Mustapha Taouil se souvient des mois de travaux qui ont précédé l’ouverture du lieu : « La moquette, le plafond, la VMC, la peinture, les sanitaires… Tout était pourri, il a fallu tout refaire ! » Le confinement a stoppé net le lancement du projet ménauvien. La FACC s’est relancée petit à petit au printemps.

Dans la semaine du 6 juillet, la FACC proposait une semaine d’initiation au breakdance. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

« Donner la parole et le pouvoir »

« On a enfin notre université populaire », se félicite Ilham Gilg, intermittente du spectacle de la compagnie Mémoires vives. Avec la FACC, cette ancienne travailleuse sociale en centre socioculturel veut inverser le rapport aux jeunes : « Ici, on soutient les projets des autres. On parle beaucoup de participation des habitants, mais on fait toujours tout pour eux. Là il s’agit de leur donner la parole et le pouvoir. »

Plusieurs studios d’enregistrement sont mis à disposition par la FACC à la Meinau. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

À ses côtés, Moustapha Taouil acquiesce. Le coordinateur de l’association Sons d’la Rue gère la partie elsauvienne du projet. Au 80 rue Martin Schongauer, la FACC met à disposition un studio d’enregistrement, un bureau pour l’ASSLE, une association d’insertion par le sport, ainsi qu’un autre local pour le collectif Temple, des jeunes qui souhaitent monter un label musical. Pour cette figure du hip-hop à Strasbourg, l’objectif est de « leur permettre de monter leur entreprise, de réussir et trouver ensuite leurs propres locaux. »

« Former l’élite strasbourgeoise du break »

Sebastien Vela Lopez, aka Lokos, profite d’une pause pour rejoindre l’équipe de la FACC autour d’une table de salon. Ce matin, les ados ont grimacé lorsqu’il a fallu partir en footing avant de faire quelques abdos. Pour Lokos, ces efforts sont nécessaires pour donner envie aux jeunes de devenir professionnels. Avec la FACC, le breakdancer rêve de « former l’élite strasbourgeoise du break. » Depuis des années déjà, il sillonne la France pour emmener des jeunes aux compétitions.

Aujourd’hui, le rêve devient réalité : « Il me manquait plus que la structure pour pouvoir proposer un coaching professionnel, avec un vrai lieu, des créneaux fixes… » Pour l’entraîneur, deux danseurs sont déjà prometteurs : « On a déjà un champion du Grand Est et une championne de France des moins de 15 ans. » Lokos pense déjà aux jeux olympiques. « Le breakdance fait maintenant partie de la compétition », rappelle-t-il.

Un collectif pour une « nouvelle vibe en France »

Dans la cave de la FACC, une dizaine de jeunes de Mulhouse et de Strasbourg se passent le casque autour d’une table basse couverte de sodas. Le collectif YGi est en pleine production. Le style s’approche de la trap. Par le bouche à oreille, le collectif YGi peut utiliser le studio d’enregistrement tous les mardis de 10h à 21h.

Pour Thomas, manager du groupe, cet espace mis à disposition par le label Factory et la FACC est une aubaine : « Cela nous permet de nous retrouver plus souvent. » Ingénieur du son, Christopher aka Xgotthesauce, apprécie de travailler avec du matériel de qualité. Mannequin et membre du collectif, Ulryk compte bien « lancer une nouvelle vibe en France. »

Pour la FACC Strasbourg, la prochaine date importante se situe en octobre. Le festival Opération Quartiers Populaires (OQP) se tiendra dans la salle du Point d’Eau à Ostwald. Misha Manazakanov y présentera le projet rap « La rage de dire ».

Depuis mai 2019, le médiateur culturel travaille avec des migrants et des jeunes de quartier pour proposer un récital rap le 11 octobre prochain. Un spectacle de danse est aussi en préparation. L’équipe strasbourgeoise espère enfin inaugurer le local de la Meinau entre septembre et octobre. Pour Ilham, l’idéal serait d’organiser une soirée pour lancer les FACC de Dakar, Marseille et Strasbourg en même temps.

Rappeur de 14 ans de Hautepierre, EHM a déjà sorti ses premiers morceaux

Rappeur de 14 ans de Hautepierre, EHM a déjà sorti ses premiers morceaux

À 14 ans, EHM, originaire du quartier de Hautepierre, a sorti le 22 mai sa première mixtape de dix titres : « La Zone ». Un projet né de la collaboration avec La Ruche, le studio associatif de Horizome, qui valorise les talents du quartier. Objectif pour EHM : être repéré et signer dans un label.

Son nom d’artiste vient s’ajouter à la longue liste des artistes rap issus de Hautepierre : Moxxx, Sparrow, Djaz Djam’s, Marginal Tieks, 17Binks, James Gordon… À 14 ans, EHM a sorti le 22 mai son premier projet, « La Zone », une mixtape de dix titres dans laquelle le jeune rappeur jongle entre rimes et de lourdes instrus de style « trap », un courant musical né aux États-Unis au début des années 2000. Le projet a été réalisé en collaboration avec La Ruche, le studio d’Horizome, l’association implantée depuis dix ans à Hautepierre. Pendant un an, l’association a accompagné le jeune rappeur dans la réalisation de son projet. 

De son vrai nom Ephraïm Miguel, EHM explique avoir eu le déclic pour le rap en écoutant rapper son cousin, membre du duo 17Binks, : 

« Je me suis dit : moi aussi je peux et je veux faire ça. Quand j’écoute une instru, l’inspiration et les mots arrivent tout seuls. »

« Je raconte tout ce qui se passe en bas de chez moi »

EHM a opté pour un style épuré, et une manière de poser sa voix sur le rythme en phase avec la tendance actuelle. Des phrases courtes et des punchlines qui marquent l’auditeur. Le jeune hautepierrois dit volontiers s’inspirer des groupes et artistes qu’il écoute à l’instar des parisiens Koba LaD, 4Keus ou CG6.

Lui qui a grandi au cœur de la maille Karine n’a qu’à regarder par la fenêtre de sa chambre pour trouver l’inspiration. « Je raconte tout ce qui se passe en bas de chez moi », pose-t-il simplement. Quand on lui demande d’en dire un peu plus, il lâche un sourire gêné : « le deal, les courses-poursuites, la police, la vie au quartier… ». Des thèmes récurrents dans les sons de rap francophones que le rappeur belge Damso a théorisé dans le morceau « Comment faire un tube ? » (2015) : « Faut parler de drogue, de sexe, de sky, de maille ».

À 14 ans EHM a enregistré sa première mixtape au studio La Ruche, de l’association Horizome. Photo : OG / Rue89 Strasbourg / cc

Pas de textes sur sa vie personnelle, dont il parle très peu en interview, mais EHM indique qu’il ne s’interdira pas d’évoquer le racisme ou les violences policières dans ses futurs morceaux.

D’autres jeunes rappeurs strasbourgeois, MNG et RND, de Cronenbourg, partagent le micro avec EHM. Trois lettres pour un nom de scène minimaliste et efficace, une tendance répandue parmi les artistes rap ou les noms de groupes : les pionniers NTM ou IAM, ou plus récemment SCH, JUL…

Une démarche déjà professionnelle

La connexion avec Horizome et le studio La Ruche, ouvert en 2018, s’est faite naturellement. L’association propose des sessions gratuites les mercredis après-midi pour les jeunes du quartier qui souhaitent enregistrer leurs sons.

C’est dans ce cadre que EHM est passé derrière le micro : 

« C’est là que j’ai enregistré tous mes sons. Je commençais à en avoir pas mal et je voulais faire des clip vidéos mais je me suis dit que diffuser plein de clips, ça allait être trop d’un coup. Alors avec Grégoire, on a décidé de faire une mixtape. »

Grégoire Zabé, plasticien et designer, membre d’Horizome, a un joué le rôle d’ingénieur du son. Avec Stéphane, un hautepierrois de 20 ans, il a encadré EHM tout au long de l’enregistrement de la mixtape : 

« Ce qui était impressionnant c’est que EHM et Sam étaient déjà hyper pros. En une session de deux heures de studio, l’enregistrement était hyper facile. On a rapidement eu 15 à 20 titres. La démarche était assez professionnelle. »

Près de 8 000 streams

Lors des sessions studios, EHM était accompagné d’Abdoul, son « manager » âgé de 15 ans, scolarisé au collège Truffaut. Après s’être lui aussi essayé au rap, « sans succès », sourit-il, l’adolescent a préféré encadrer et gérer la potentielle carrière de son ami : 

« J’ai vu qu’il avait du potentiel, qu’il était doué en freestyle (rapper en improvisant sur une mélodie, NDLR). Et vu qu’on était déjà meilleurs potes, je me suis dit qu’il avait besoin d’aide pour se lancer. »

Derrière Abdoul, les fenêtres du studio La Ruche où a été tagué « HTP Gang », l’identité musicale de Hautepierre Photo : OG / Rue89 Strasbourg

Pendant les enregistrements, c’est Abdoul qui le structure, l’oriente et le conseille sur les textes et la manière de rapper. Les deux ados n’ont rien eu à dépenser : Horizome a acheté les « type beat » (une instrumentale influencée par un artiste, une chanson connue) pour environ 300 euros. Les revenus des « streams », générés sur les plateformes d’écoute, devraient servir à rembourser cette somme.

Depuis sa sortie le 22 mai, « La Zone » a été streamée près de 8 000 fois. Un score honorable pour EHM qui a aussi signé un contrat de distribution avec Horizome : l’association, en tant que label, traite directement avec les plateformes.

L’espoir de signer en major

Mais pour Grégoire Zabé, qui a passé un des deux mois du confinement à peaufiner les arrangements musicaux du projet, cette mixtape est aussi une forme d’alibi : 

« La musique est un prétexte pour prendre confiance en soi. La mixtape est une manière de mener un projet de A à Z et acquérir plus de compétences. »

Comme d’autres à Strasbourg, EHM a suivi l’ascension du rappeur Larry, originaire de l’Elsau, qui a signé en maison de disques en 2019 et dont les clips cumulent des millions de vues sur YouTube. Lui et son manager espèrent aussi être repérés et signer avec un label professionnel.

« Sans revalorisation, l’hôpital public va devenir un mouroir », alerte un chirurgien strasbourgeois

« Sans revalorisation, l’hôpital public va devenir un mouroir », alerte un chirurgien strasbourgeois

Jean-Philippe Mazzucotelli est membre du collectif inter-hopitaux et chef de service de chirurgie cardiaque aux Hôpitaux Universitaires de Strasbourg. Le médecin s’inquiète d’une revalorisation insuffisante du salaire du personnel soignant à l’issue du Ségur de la Santé.

Rue89 Strasbourg : À l’approche des annonces du Ségur de la Santé, quel est votre état d’esprit vis-à-vis des négociations ?

Jean-Philippe Mazzucotelli : J’ai entendu qu’1,1 milliard d’euros supplémentaires vont être donnés, en plus des 6,4 milliards déjà prévus. Cela ferait 180 euros de plus par mois pour les personnels, ce qui est insuffisant pour les syndicats. Je partage leur avis.

Si l’on veut être attractif, il faut augmenter beaucoup plus les salaires. Cela concerne tout le personnel de l’hôpital : les infirmières, les aide-soignantes, les manipulateurs radio, les kinés, les ASH, les médecins de laboratoire… Notre problème est essentiellement sur les infirmières. Mais il faut revaloriser tout le monde, sinon les soignants ne viendront plus à l’hôpital public et privilégieront le secteur privé, en clinique ou en libéral. Les infirmières en cabinet s’en sortent très bien, elles ne sont pas emmerdées tous les jours par des cadres qui les placent à droite à gauche selon les besoins, comme à l’hôpital public.

Jean-Philippe Mazzucotelli est membre du collectif inter-hôpitaux et chef de service de chirurgie cardiaque aux Hôpitaux Universitaire de Strasbourg. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Si le Ségur centre ses annonces sur les salaires, pensez-vous que cela va donner satisfaction au personnel soignant qui évoque aussi le sujet du manque d’effectif ?

Vous l’avez vu dans la tribune que nous avons publiée sur Rue89 Strasbourg. Pour avoir beaucoup parlé avec les infirmières dont celles qui ont quitté le Nouvel Hôpital Civil (NHC), l’organisation est importante. Il faut qu’il y ait un réservoir d’infirmières pour remplacer les arrêts maladie, les grossesses et les retraites.

« Un combat permanent, juste pour un départ en retraite »

Aujourd’hui, c’est un combat permanent pour avoir un remplacement ne serait-ce que pour un départ en retraite. Une de nos secrétaires va partir prochainement. Si elle nous avait quittés au mois de juin, on n’aurait pas de
remplaçante aujourd’hui parce que l’administration fait tout pour retarder les remplacements de départ à la retraite. Comme ça, ils gagnent des mois de salaires tout en laissant les autres secrétaires en difficulté. Car il faut bien que les autres compensent le travail manquant. C’est n’importe quoi.

Cette gestion est délirante et démotive tout le monde, même nous. On en a ras-le-bol d’être dans le combat permanent. Deux de nos aide-soignantes devaient partir à la retraite, on le savait depuis deux ans, mais le jour J il n’y avait personne pour les remplacer. L’année dernière, une infirmière est partie à la retraite, tout le monde le savait, cela se prévoit à l’avance. Mais de la même façon, le jour où elle est partie, il n’y avait pas d’infirmière pour la remplacer. C’est insupportable.

Jean Castex a evoqué que ce milliard d’euros supplémentaire est également prévu pour l’embauche. Cela n’a pas forcément plu aux syndicats qui veulent assurer une augmentation de salaire de 300 euros. Avez-vous déjà ressenti cette tension entre l’augmentation des salaires et des effectifs ?

Les deux problématiques sont liées. On ne pourra recruter des gens que si les salaires sont à la hauteur de ce qu’ils souhaitent. Il faut que les gens soient motivés. Mes infirmières de chirurgie cardiaque viennent parce que ce métier leur plaît, c’est leur choix, malgré le stress qui va avec. Elles ne revendiquent pas un salaire supérieur. Elles veulent juste travailler dans de bonnes conditions : être remplacées en cas de maladie, ne pas être appelées sur leurs RTT, vacances, congés et week-ends, ne pas remplacer à une autre extrémité de l’hôpital.

« Est-ce qu’on va enfin payer leurs heures supplémentaires aux infirmières ? »

Jean-Philippe Mazzucotelli, membre du collectif inter-hopitaux et chef de service de chirurgie cardiaque aux Hôpitaux Universitaire de Strasbourg.

Aujourd’hui, avec la Covid qui est passée, plus personne ne veut travailler dans de mauvaises conditions ni exposer sa propre vie et celles de ses proches. Ou alors s’ils le font, ce sera dans des conditions salariales et d’organisation optimales. Sinon, personne ne viendra. Les jeunes ne s’inscriront pas dans les écoles d’infirmières ou d’aide-soignantes. Il faut une vraie revalorisation salariale, sinon l’hôpital public va finir comme un mouroir avec des salles communes comme au XVIIIe siècle.

Rue89 : Êtes-vous confiant dans la capacité du Ségur à réformer en profondeur l’hôpital public ?

Dans le cadre du rapport Claris, un professeur de Lyon a été missionné pour réfléchir à la gouvernance dans les hôpitaux et à la restructuration des hôpitaux publics. Le document est accessible sur internet. Il comporte beaucoup de banalités, de généralités, rien de concret. Quand on dit qu’il faut « améliorer la gouvernance et simplifier l’hôpital, » je suis d’accord mais
cela signifie quoi concrètement ? Pour « améliorer les conditions des infirmières », est-ce qu’on va payer leurs heures supplémentaires par exemple ? On doit poser des questions très précises, mais on ne les trouve pas dans ce document. Un autre document de 120 propositions de la
conférence des Doyens vient de sortir, par les présidents de Commissions médicales d’établissements (CME). Globalement, tout se rejoint. Tout le monde veut que ça change. Mais le changement doit se faire sur des critères très précis.

« Maintenant, le salaire est mis en avant parce qu’on a découragé les gens. Si vous saviez comme on a pourri la vie des infirmières dans cet hôpital… », Jean-Philippe Mazzucotelli, chef de service aux HUS Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Maintenant, le salaire est mis en avant parce qu’on a découragé les gens. Si vous saviez comme on a pourri la vie des infirmières dans cet hôpital… C’est incroyable. Les infirmières étaient en CDD, renouvelées tous les six mois, sans savoir quand elles allaient être titularisées. Quand vous êtes jeune et que vous voulez vous installer quelque part, vous avez besoin de certitudes, ne serait-ce que pour faire un crédit. Si vous allez voir la banque et que vous leur parlez d’un CDD à 1 200 euros par mois, personne ne vous prêtera d’argent. Que les gens fassent leurs preuves pendant un an, cela me paraît raisonnable, mais après il faut les titulariser. Ici, un technicien de laboratoire est en CDD depuis six ans. On ne paye pas leurs heures supplémentaires, on leur promet de les payer, en vain, on les rappelle sans cesse sur leurs week-ends, etc. On leur a pourri la vie. Les filles qui sont parties de mon service m’ont dit « Vous savez, on ne quitte pas la chirurgie cardiaque. On quitte l’hôpital public. »

Au niveau psychologique, le corps des aide-soignantes est soumis à des conditions extrêmement difficiles par le sous-effectif et le travail pénible. Une meilleure prise en compte de la pénibilité du travail fait-elle l’objet de discussions ?

Oui, même si toutes les spécialités peuvent être pénibles. Certains secteurs sont effectivement plus exposés, comme les urgences face à la violence. Pareil pour les maladies infectieuses qui présentent un risque pour le personnel, qui peut attraper des bactéries extrêmement virulentes. Il y a un turn-over permanent, beaucoup d’entrées et donc un risque supplémentaire.

Le salaire… mais pas que

En gériatrie, c’est aussi difficile car il faut soulever, aider, donner à manger aux malades, être omniprésent. Un collègue m’a dit que les aide-soignantes ont eu une prime de 100 euros en gériatrie mais pas les infirmières, alors qu’elles la méritent aussi. En service de réanimation, pareil, c’est très lourd et stressant, on l’a vu avec la Covid. En chirurgie cardiaque, le travail est stressant mais on a fait un choix, on n’est pas exposé directement à des maladies.

Pensez-vous que les annonces vont porter seulement sur les salaires ?

Ce qu’on souhaiterait, c’est qu’on parle du reste. Le salaire, c’est une chose, mais si vous payez bien une infirmière et que vous la laissez seule dans un service, ça ne va pas mieux faire tourner la machine. Certes, cette infirmière sera mieux payée mais elle travaillera dans des conditions épouvantables et, au bout, d’un moment, elle dira « j’en ai ras-le-bol, je m’en vais. »

Un mois et demi de négociations sera-t-il suffisant pour proposer des mesures concrètes ?

Il n’y a pas de réforme majeure à faire, ce n’est pas vrai. Il ne faut pas passer des jours à réfléchir sur le système de santé. Le malade n’a pas changé en 80 ans, il a juste vieilli et gagné en espérance de vie. Beaucoup plus de gens sont polypathologiques. Quant à la prise en charge, un malade reste un malade. Je pense que la réorganisation réelle qui sera complexe à mettre en place sera à l’échelle d’un territoire. C’était le rôle des ARH (agences régionales de l’hospitalisation, NDLR) il y a plus de 20 ans, c’est le rôle des ARS aujourd’hui (agences régionales de la santé, NDLR).

Sauf que les ARH et les ARS sont aussi incapables les uns que les autres de faire ce boulot-là. C’est pour ça qu’on nous a demandé à nous, les médecins, d’organiser les Groupements hospitaliers de territoire (GHT). Les ARS n’y arrivent pas à cause de l’opposition du maire de la ville. J’ai discuté avec quelques élus, maires de petites villes, ils se sont battus pour garder leur hôpital, ils ont refusé la restructuration. Un petit coup de téléphone aux copains du ministère, et la fermeture est stoppée.

Pensez-vous que ce Ségur va améliorer la gestion de la crise à l’hôpital, en termes d’organisation ?

On ne sait pas ce qu’il se passe dans ces négociations, ni ce qui va en sortir. Les politiciens font des promesses, ils affirment nous avoir compris mais ils nous mentent. Je ne crois plus en ce discours politique. C’est pour ça qu’on est descendus dans la rue, on ne peut plus assumer cette responsabilité. Les procédures et les processus de contrôle pèsent trop sur nous. Macron a
promis de grandes réformes, mais on sait bien que ça ne changera rien sans actes précis ni forts.

#Jean-Philippe Mazucotelli

Un premier conseil municipal, avec du stationnement au programme

Un premier conseil municipal, avec du stationnement au programme

Une petite semaine d’exercice et déjà un petit conseil municipal pour Jeanne Barseghian, avec quelques affaires courantes, mais urgentes. L’opposition interpelle sur la question du stationnement dans les rues.

C’est un premier conseil municipal à l’ordre du jour restreint qui attend la nouvelle maire Jeanne Barseghian (EELV) ce vendredi 10 juillet. Le principal point concerne la désignation de « grands électeurs » pour les élections sénatoriales en septembre. En clair, les écologistes devraient avoir assez d’élus pour choisir un sénateur bas-rhinois, comme les socialistes auparavant (Roland Ries en 2008, puis Jacques Bigot en 2014). Mais ce poste pourrait aussi devenir une belle monnaie d’échange future, au moment où les discussions se sont tendues à l’Eurométropole, avec la formation de deux « blocs » concurrents. Pour le reste, le Bas-Rhin compte trois sénateurs « Les Républicains » (Esther Sitter, Guy-Dominique Kennel et André Reichardt) et Claude Kern de l’UDI.

Parmi les autres points techniques, une délibération vise à désigner les cinq membres de la commission d’appel d’offres et de la commission de concession. Il devrait y avoir quatre membres de la majorité et un de l’opposition. Dans le même ordre d’idée, la majorité désignera ses huit nouveaux administrateurs au Centre communal d’action sociale (CCAS).

Jeanne Barseghian, entourée de ses deux premiers adjoints, Syamak Agha Babaei et Marc Hoffsess.Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Autre point à l’ordre du jour, l’application du dispositif « colos apprenantes » du gouvernement. « L’objectif du dispositif est de permettre à ces jeunes de partir en colonies de vacances cet été durant des séjours labellisés par les services de l’Etat d’au moins 5 jours, se déroulant en France sur la période du 4 juillet au 31 août 2020 », explique la délibération. Les services de la collectivité ont identifié 200 à 250 enfants et jeunes strasbourgeois qui pourraient en bénéficier. L’État participe à hauteur de 80% (aide plafonnée à 400€ par mineur et par semaine) et la Ville complète les 20% restants.

Du stationnement pour finir

Nouvel élu, Pierre Jakubowicz (Agir, apparenté LREM) a déposé sa première interpellation de fin de séance sur le thème du stationnement payant dans les rues. La nouvelle majorité compte revenir durant l’été sur la gratuité des deux premières heures décidées par le maire sortant Roland Ries jusqu’au 30 septembre.

À la place, elle propose une gratuité des transports expérimentée les samedis de l’été. C’était un engagement de campagne, mais pour cela il faut une décision de l’Eurométropole, dont la majorité ne sera installée que le 15 juillet. Pierre Jakubowicz aimerait aussi savoir quel élu s’occupera de cette thématique et ce qui est prévu vis-à-vis de la société tant décriée Streeteo, en charge des amendes.

Plusieurs conseils à venir

Trois autres conseils devraient se tenir cet été. Le mercredi 15 juillet donc, lorsque la majorité à l’Eurométropole sera élue par les 99 représentants des 33 communes. Les tractations vont se poursuivre ce week-end, avec deux candidates identifiées et les socialistes en potentiels « faiseurs de reine ». Deux autres conseils, à la Ville le 27 juillet puis à la métropole, devraient se réunir. Il y sera question de budgets rectificatifs suite à la crise du Covid-19 et pour voter des premières mesures. La liste écologiste a notamment promis un fonds d’urgence de 2 millions d’euros pour les entreprises touchées par la crise.

La séance est à suivre en direct-vidéo à partir de 14h. Les commentaires en direct par Rue89 Strasbourg reprendront en septembre.

Au sud de Strasbourg, deux Meinau s’ignorent

Au sud de Strasbourg, deux Meinau s’ignorent

D’un côté, il y a les grandes barres d’immeubles construites dans les années 60 et qui semblent n’avoir jamais été nettoyées depuis. De l’autre, de cossues villas bordées d’espaces verts. Bienvenue à la Meinau, quartier des contrastes.

Place de l’Île-de-France, capitale du quartier Meinau. Un après-midi de juin, on rencontre une dizaine de jeunes assis sur et autour d’un banc, canettes de Coca à la main. « Bonjour ! » Ils sont heureux de raconter la vie dans ce coin de Strasbourg où ils ont toujours vécu, eux qui se rendent rarement au centre-ville – « pour quoi faire ? Tous nos amis sont ici, au pied des tours », avance l’un d’entre eux, qui donne « Baisangour » comme prénom.

La route de la Meinau comme frontière

Ce qui frappe, vu du ciel, c’est la démarcation franche qui divise le secteur dans sa largeur. Elle porte un nom : la route de la Meinau. Côté impair, il y a les belles bâtisses et les maisons mitoyennes du nord du secteur qui jouxte le Neudorf. Côté pair, ce sont les grands ensembles qui débutent leur implantation – la partie Meinau du « quartier prioritaire de la ville (QPV) Meinau-Neuhof ».

La division du quartier est assez nette vue du ciel Photo : Google Earth

Ici, 5,3% de la population seulement vit à moins de 500 mètres d’un arrêt de tram, contre 66,9% pour la moyenne strasbourgeoise (en 2016). « Quand on est jeune et en bonne santé, ça va : on n’est jamais à plus de vingt minutes à pied d’une station », expliquent les adolescents rencontrés. Le tram A traverse l’avenue de Colmar, qui longe le secteur et le sépare de l’industrielle Plaine des Bouchers.

La Meinau n’est pas un quartier très bien desservi. Photo : LC / Rue89 Strasbourg / cc

Deux kilomètres, c’est aussi la distance qui sépare le point le plus au nord de la zone pavillonnaire du « quartier des villas » des barres d’immeubles de la cité Canardière au sud. Entre les deux, un revenu fiscal annuel médian deux fois inférieur au sud et un écart de 10% dans la participation au second tour des élections municipales.

Route de la Meinau. Derrière les villas se dressent les HLM. Photo : LC / Rue89 Strasbourg / cc

Concertation ignorée pour la place Jean Macé

Pourtant, à la Meinau, on ne s’intéresse pas moins à la politique qu’ailleurs, surtout quand ça touche les habitants de près. Il y a quelques années, Jean-Luc a rédigé et diffusé une pétition destinée à réhabiliter le parvis sur lequel il habite : la place Jean Macé, capitale de la zone pavillonnaire. Plusieurs de ses voisins l’ont signée :

« En discutant par clôtures interposées, on a réussi à se mettre d’accord sur un vrai projet. Mais l’adjoint de quartier (Mathieu Cahn, NDLR) a décidé de la rénovation sans même regarder nos propositions. J’étais fâché, mais personne ne s’est mobilisé, alors que c’est quand même la place où on vit… Quand je suis allé à des réunions au sud du quartier, il y avait plus de monde, ça gueulait davantage. »

Jean-Luc apprécie le jardin de sa maison mitoyenne. Photo : LC / Rue89 Strasbourg / cc

Pour lui qui travaille en tant que kinésithérapeute à domicile au Neuhof, la véhémence des habitants du sud est due à la configuration du quartier :

« Dans les grands immeubles, les gens ont tendance à discuter davantage. Alors qu’ici, aux villas, on ne se croise pas trop. En plus, il n’y a pas de cafés, tous les commerces sont dans la partie sud. Donc on n’a pas de lieu de réunion entre voisins. Et puis, au sud, les familles restent longtemps et s’approprient l’espace, parce qu’elles n’ont pas les moyens de partir… »

Les HLM heureux de Sylvette, place de l’Île-de-France

Vérification place de l’Île-de-France, carrefour central du sud de la Meinau. Les jours de marché, on y trouve Sylvette et Estella, voisines depuis la moitié de leurs vies. Chaque jeudi, elles échangent les nouvelles. Invariablement, elles évoquent l’immeuble du fils de Sylvette, à deux pas d’ici. Comme 70% des logements de la Meinau-sud, il est géré par un bailleur social – ici Ophéa, anciennement CUS Habitat :

« Un désastre. C’est mal sécurisé, alors il y a des squatteurs dans la cage d’escalier qui laissent des mégots par terre. Ça n’est jamais nettoyé. Même quand les locataires appellent, personne ne se déplace. Heureusement, à la Sibar – autre bailleur social, NDLR -, on est bien, ils sont très réactifs. »

Installées à la Meinau depuis plus de quarante ans, Estella et Sylvette se retrouvent tous les jeudis au marché de la place de l’Île-de-France. Photo : LC / Rue89 Strasbourg / cc

Estella hoche la tête, approbatrice. Les locataires de la Meinau ont adressé une lettre de félicitations à la Sibar pendant le confinement. Les deux femmes ne quitteraient leur quartier pour rien au monde. « Ma mère a toujours habité ici, elle disait que c’était sa Meinau. Pour moi c’est pareil », confie la mauricienne, qui cherche un nouvel appartement dans le coin.

Les autres jours, quand la place centrale n’est pas inondée par les étals de fruits et légumes, de t-shirts de contrefaçon ou de vastes seaux d’olives au piment, on y retrouve Baisangour et les autres jeunes qui n’ont pas voulu donner leur prénom.

« On zone. On a bossé sur un chantier la semaine dernière, grâce à la Jeep – association d’aide à l’insertion qui les met en relation avec des employeurs, NDLR -, mais cette semaine ils ne nous ont rien proposé. Alors on traîne dans le coin entre potes, mais les flics nous virent tout le temps. Dans une journée, ils peuvent nous dégager de ce banc, du parking en face, ou du parc à côté. C’est le jeu du chat et de la souris. On ne dérange pourtant personne ».

Comme pour valider ses propos, une petite fille qui passe par là leur lance un joyeux « salut ! », dévoilant un grand sourire.

Aucun des jeunes rencontrés n’a souhaité donner de prénom ou se faire photographier. Une méfiance classique, selon le directeur de l’association Jeep. Photo : LC / Rue89 Strasbourg / cc

À l’image de 50% des plus de 15 ans non-scolarisés à la Meinau-sud, la plupart de ces jeunes n’ont pas de diplôme explique l’un d’eux :

« Mais certains ont le CACES pour conduire des chariots élévateurs, ou une autre petite formation. Moi j’ai le CFG – certificat de formation générale, généralement passé par les élèves de SEGPA en fin de 3ème, NDLR – : c’est comme le brevet, mais pour les cons ! »

Ils assurent postuler régulièrement dans des boîtes d’intérim, mais sans succès. « Personne ne veut nous embaucher ». Quand on leur demande un numéro de portable pour pouvoir les recontacter :

« Un téléphone ? On n’a pas les moyens. Moi, j’utilise des cartes prépayées. Y en a peut-être un dans le groupe qui a Snapchat, mais je sais pas où il est, là… »

L’unique relais d’aide alimentaire bas-rhinois des Restos du coeur se trouve à la Meinau. Ce jour-là, une cinquantaine de personnes y font la queue. Photo : LC / Rue89 Strasbourg / cc

La cité oubliée derrière la rue Schulmeister

Ces jeunes-là viennent en fait d’une Meinau d’un troisième type. Celle qui n’apparaît pas dans les rapports de la mairie, intégrée dans le QPV Meinau-Neuhof, mais que tous les habitants ont en tête : « la cité derrière la rue Schulmeister ». Composée uniquement de barres d’immeubles ceinturant de vastes squares mal entretenus, elle borde la place de l’Île-de-France et délimite l’extrême sud-est du quartier.

Quand les habitants du reste du QPV l’évoquent, ils ne veulent pas être associés à cette cité dans la cité. Pour Frédérique, habitante retraitée de l’avenue de Colmar, c’est « carrément une no-go zone ». Elle qui vit ici depuis 1988 ne voit de toute façon plus beaucoup de raisons de se promener dans le coin :

« Avant, il y avait beaucoup de commerces autour de la place de l’Île-de-France et vers la cité Schulmeister. On comptait une boucherie, une fromagerie, une mercerie, un marchand de laine, un fleuriste, un photographe… La plupart ont mis la clef sous la porte dans les années 2000, au fur et à mesure que le Auchan Baggersee s’agrandissait ».

Façade d’immeuble incendiée derrière la rue Schulmeister. Photo : LC / Rue89 Strasbourg / cc

Aujourd’hui, autour de la place de l’Île-de-France, il n’y a plus qu’une boulangerie, un tabac, un traiteur Frick-Lutz et une petite brasserie dont la terrasse est pleine à craquer les jours de beau temps. Autour, gravitant en orbite, les jeunes zonards de la Meinau errent de place en place, en attendant que la police les dégage. Se replier sur l’autre côté du secteur, au nord ? Ils n’y pensent pas. « On n’y connaît personne : la Meinau, c’est un quartier fracturé… »

Présidence de l’Eurométropole : Jeanne Barseghian et Danielle Dambach soutiennent Pia Imbs, maire de Holtzheim

Présidence de l’Eurométropole : Jeanne Barseghian et Danielle Dambach soutiennent Pia Imbs, maire de Holtzheim

Les écologistes, forts de 40 élus sur 99 au conseil de l’Eurométropole, soutiennent la maire de Holtzheim, Pia Imbs, pour la présidence de l’agglomération. Mais il manque plusieurs maires pour construire une majorité et l’appui socialiste n’est pas acquis.

Jeudi 9 juillet, lors d’une conférence de presse, Jeanne Barseghian annonce qu’elle soutient la candidature de Pia Imbs, maire sans étiquette de Holtzheim, à la présidence de l’Eurométropole de Strasbourg (EMS). La nouvelle maire écologiste de Strasbourg est soutenue par Danielle Dambach, maire écologiste de Schiltigheim.

Jeanne Barseghian détaille son « projet de gouvernance métropolitaine » :

« Nous proposons aux maires des communes de l’EMS de mettre en place une gouvernance collégiale avec, pour la première fois, une maire d’une commune de seconde couronne – Holtzheim – comme présidente : Pia Imbs, entourée de deux présidentes déléguées, la maire de Strasbourg et celle de Schiltigheim. Un projet ambitieux, qui fait écho au projet écologique, social et démocratique que je porte pour Strasbourg ».

Jeanne Barseghian, maire (EELV) de Strasbourg
De gauche à droite : la maire de Schiltigheim Danielle Dambach, la maire de Strasbourg Jeanne Barseghian, et la maire de Holtzheim, Pia Imbs, candidate à l’Eurométropole. Photo : Lola Collombat / Rue89 Strasbourg

Un temps candidate à la présidence, Danielle Dambach s’est déclarée « prête à s’engager pour la démarche écologiste, démocratique et solidaire de l’Eurométropole », soulignant « l’actualité criante » :

« Le Haut Conseil pour le Climat tire à nouveau la sonnette d’alarme ce matin. Nous devons agir concrètement. Le plan climat doit être la matrice de tout ce qui va se décider dans les prochains mois. Je suis convaincue de la nécessité d’une gouvernance collégiale, qui nous éloigne des egos. C’est de notre responsabilité de nous rassembler. ».

Danielle Dambach, maire (EELV) de Schiltigheim et ex-candidate à la présidence de l’EMS

Porter la voix des maires de seconde couronne… et obtenir leurs voix

De son côté, Pia Imbs, réélue au premier tour, avait déclaré sa candidature à l’EMS dès mars, avant la crise sanitaire, désireuse de porter la voix des communes de première et de seconde couronne. Telle était déjà sa ligne lors de la précédente mandature, pendant laquelle elle a présidé le groupe « Pour une Eurométropole équilibrée, » cofondé avec deux maires sans étiquette, à Breuschwickersheim et Oberhausbergen, un maire divers centre à Kolbsheim, deux maires divers droite, à Lampertheim et à La Wantzenau, et un maire divers gauche, à Mittelhausbergen. Malgré des sensibilités diverses, ces édiles retrouvant des problématiques similaires dans leurs petites villes de moins de 5 000 habitants pourraient suivre Pia Imbs une deuxième fois.

La candidate à l’EMS Pia Imbs (à gauche) aux côtés de ses soutiens Jeanne Barseghian et Danielle Dambach Photo : Lola Collombat / Rue89 Strasbourg

À propos de cette candidature portée par une maire de seconde couronne, « une première dans l’histoire politique de notre agglomération », Pia Imbs précise :

« C’est un signal fort que l’on veut inclure, rassembler et comprendre la réalité des 33 communes. Je sais que mon projet plait aux maires de première et de seconde couronne, avec qui j’ai longuement dialogué. Mais c’est le plus largement possible que j’espère rassembler. Le défi climatique devrait concerner tous les élus, et d’ailleurs le plan climat a été voté par l’ensemble de la précédente mandature au dernier conseil métropolitain, cela montre bien que tous sont concernés. »

Pia Imbs, maire (sans étiquette) de Holtzheim et candidate à la présidence de l’EMS

L’ombre de Catherine Trautmann

La veille au soir, Catherine Trautmann, dont le groupe socialiste pourrait compter entre 7 et 9 élus, avait laissé présager une candidature de sa part à la présidence de l’EMS dans une tribune transmise aux Dernières Nouvelles d’Alsace. Elle appelle dans ce texte à une « gouvernance partagée », à l’image de « celle initiée sous la présidence de Robert Herrmann », c’est-à-dire une grande coalition droite-gauche. Mais c’est justement en marge de ce groupe que s’était constitué celui de Pia Imbs.

Jeanne Barseghian et Catherine Trautmann réconciliée avant le premier conseil municipal de la nouvelle mandature strasbourgeoise Photo : JFG / Rue89 Strasbourg / cc

La conférence de presse commune au lendemain matin du texte de Catherine Trautmann est-elle une réaction à la tribune de Catherine Trautmann ? Le trio féminin affirme que non. « Il y avait déjà une réflexion en cours », affirme Pia Imbs. Jeanne Barseghian ajoute, en direction de ses alliées : « l’une comme l’autre, vous avez toujours considéré vos candidatures mutuelles avec beaucoup de bienveillance et de convergence dans vos projets. »

Les adversaires politiques attendent des précisions

Jointe au téléphone par Rue89 Strasbourg, Catherine Trautmann dément être candidate à la présidence de l’Eurométropole, assurant que « les Dernières Nouvelles d’Alsace ont mal interprété » son texte. Elle explique ne pas encore connaître le projet derrière la candidature de Pia Imbs et attendre des précisions :

« Aujourd’hui, nous n’avons pas abouti sur les discussions qui concernent la construction de la majorité à l’échelle métropolitaine. J’aurai l’occasion d’en parler avec mes collègues, notamment lors d’une réunion des maires qui se tiendra samedi. »

Catherine Trautmann, tête de liste socialiste

Autre candidate à la présidence, Catherine Graef-Eckert, maire divers droite de Lingolsheim, se dit quant à elle étonnée de la rapidité avec laquelle Pia Imbs, Danielle Dambach et Jeanne Barseghian se sont « répartis les postes, avant même de voir si le projet était en capacité de réunir. Les choses doivent se faire dans l’ordre », estime-t-elle. À ce stade, Catherine Graef-Eckert affirme être prête à dialoguer avec les socialistes et les écologistes.

Disparition du poste d’assistant social dans les lycées : « Le gouvernement démolit l’école publique »

Disparition du poste d’assistant social dans les lycées : « Le gouvernement démolit l’école publique »

Depuis 2017, les lycées de Strasbourg sont concernés par le redéploiement des postes d’assistance sociale vers les collèges. Syndicats, corps enseignant et élèves dénoncent une mesure nationale opaque et inacceptable. 

Une vingtaine de professeurs et des représentants syndicaux ont manifesté mercredi 8 juillet en fin de matinée devant le rectorat de Strasbourg, contre la suppression des assistants de service social (ASS) dans les lycées. Ces personnels interviennent auprès d’élèves confrontés à des difficultés économiques, d’insertion, familiales, de santé ou de logement. Trois lycées strasbourgeois – Jean Monnet, Marie-Curie et Pasteur – viennent d’apprendre la mauvaise nouvelle : à la rentrée, ils devront se passer de leur ASS.

Des représentants de syndicats enseignants se sont mobilisés mercredi 8 juillet devant le rectorat de Strasbourg Photo : Alice Ferber / Rue89 Strasbourg

L’incompréhension des représentants

Lors du Conseil d’administration (CA) du 30 juin, la proviseure du lycée Jean Monnet a annoncé aux équipes qu’à la rentrée 2020, l’assistante sociale n’officiera plus dans l’établissement. Une décision qui a surpris les syndicats. À Jean Monnet, une seule référente s’occupe à mi-temps de 1 000 lycéens, dont 387 boursiers. Le manque de transparence sur cette mesure inattendue a alerté les représentants du personnel.

Coline de Dadelsen, membre du syndicat Snes-Fsu et élue au lycée Jean Monnet, a alors contacté ses collègues d’autres établissements strasbourgeois :

« En discutant, on a réalisé que plusieurs lycées connaissent une situation similaire. Si on n’avait pas pointé le problème du doigt, certains ne s’en seraient peut-être même pas rendu compte, et ils auraient découvert l’absence de leur assistant social à la rentrée. »

Le personnel du lycée a alors réclamé au rectorat de Strasbourg le maintien de ce poste et une audience à l’inspection académique. La négociation a débouché sur un compromis, l’assistante sociale sera présente à la cité scolaire deux jours par semaine, contre trois auparavant. Mais l’inquiétude demeure pour Coline de Dadelsen : 

« Une exception nous a été accordée parce qu’on s’est battu, mais la décision globale ne change pas : le gouvernement supprime des postes alors qu’il faudrait en créer davantage. Il est fondamental que la suppression des ASS soit un combat national plutôt que le fruit d’une négociation individuelle de chaque lycée. » 

Une circulaire méconnue depuis 2017

En réalité, cette mesure provient d’une circulaire datée du 22 mars 2017. Le ministère de l’Éducation nationale y classe « les établissements prioritairement dotés » en ASS. Cette liste privilégie les collèges des réseaux d’éducation prioritaire (REP) et du secteur rural, les établissements avec internat et les lycées professionnels. Mais pas les lycées d’enseignement général et technologique. Concrètement, cela signifie que les assistants sociaux en poste dans ces lycées seront redéployés vers certains collèges, sans être remplacés. C’est ce qu’a rappelé le rectorat lorsqu’il a rencontré une délégation de représentants du personnel en fin de journée.

« On supprime un maillon humain indispensable » 

Le rôle de l’assistant social est reconnu par le corps enseignant comme par les lycéens. Juliette (prénom modifié), élève de terminale au lycée Jean Monnet et représentante des élèves, n’était pas à la manifestation mais elle a lancé dimanche soir une pétition en ligne qui a récolté près de 100 signatures. Contactée, elle estime que la disparition de ce référent serait dramatique : 

« L’assistant social est là pour échanger avec les élèves sur des sujets délicats comme le mal-être lié à l’adolescence ou les relations conflictuelles avec leur famille. L’accompagnement moral est encore plus important que l’aspect administratif. »

« Si les adultes ne sont pas entendus par le rectorat, on veut montrer qu’en tant qu’élèves, on peut réagir aussi, parce que ça nous concerne », complète-t-elle. 

Pour Séverine Charret, co-secrétaire académique du syndicat Snes-Fsu, entre les départs à la retraite non remplacés et les redéploiements de postes, la pérennité du métier est compromise : 

« Bientôt, on finira par avoir un numéro impersonnel à appeler, à la place d’un spécialiste en qui les élèves ont confiance. En détruisant ces postes, le gouvernement est en train de démolir l’école publique. » 

Les manifestants ont dit non à la suppression des ASS dans les lycées G&T Photo : Alice Ferber / Rue89 Strasbourg

Isabella Jeannot, professeure d’allemand au lycée Jean Monnet, qui organise régulièrement des sorties culturelles et des voyages, souligne l’importance de l’accompagnement personnalisé : 

« En janvier, j’ai organisé un voyage de quatre jours à Berlin qui a coûté 300 euros à chaque élève. Sur les 25 participants, six ont bénéficié d’une aide financière, jusqu’à 80% du montant total. Sans assistant social, les familles dans le besoin seront livrées à elles-mêmes pour toutes ces démarches administratives complexes. Forcément, les demandes aboutiront moins souvent car les dossiers seront incomplets. »

Le Bas-Rhin compte 50 assistants sociaux qui s’occupent chacun de trois établissements. Avec cette réforme, chaque assistant risque d’avoir la responsabilité de plus de collèges et lycées.

Étienne Wolf, président d’Alsace Habitat : « Les gens ne veulent pas se remettre en cause »

Étienne Wolf, président d’Alsace Habitat : « Les gens ne veulent pas se remettre en cause »

Le président du bailleur social Alsace Habitat réagit à notre article sur les souffrances au travail des salariés d’Opus 67, récemment fusionné avec la Sibar. Pour Étienne Wolf, aussi maire de Brumath, il n’y a ni problème de management, ni problématique d’effectif, mais des « gens qui ne veulent pas se remettre en cause ».

Suite à la publication de notre enquête sur les conditions de travail au sein du bailleur social Opus 67, Rue89 Strasbourg a sollicité une réaction du conseil départemental.

Pour rappel, Opus 67 et la Sibar ont fusionné le 1er juillet pour former la société d’économie mixte (SEM) Alsace Habitat. Le Département du Bas-Rhin détient 85% des parts de ce nouveau bailleur social. Étienne Wolf est président d’Alsace Habitat et vice-président en charge de la politique de l’habitat au conseil départemental. Il réfute toute problématique de sous-effectif ou de « management malveillant » chez Opus 67. Le maire de Brumath (Les Républicains) met plutôt la responsabilité sur les salariés et rappelle aux employés qu’Alsace Habitat est une entreprise : « Si vous n’êtes plus à l’aise, il faut partir. »

Étienne Wolf est président d’Alsace Habitat et vice-président en charge de la politique de l’habitat au conseil départemental. Le maire de Brumath rappelle aux salariés qu’Alsace Habitat est une entreprise : « Si vous n’êtes plus à l’aise, il faut partir. » Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Rue89 Strasbourg : Comment décririez-vous les conditions de la fusion entre les bailleurs sociaux Opus 67 et la Sibar ?

Étienne Wolf : Je ne comprends pas pourquoi on dit que la fusion ne se passe pas bien. Il faut savoir que les syndicats étaient contre cette fusion depuis le départ. Ils restent là-dessus. Mais c’est la loi ELAN qui nous impose de fusionner. On aurait pu raccrocher Opus 67 et la Sibar à une structure nationale mais nous avons préféré les garder à nos côtés, car ces organismes servent à appliquer sur le terrain la politique d’habitat du conseil départemental.

Un cabinet d’étude nous a accompagné pendant tout le processus de réflexion sur la fusion. Il y a eu des réunions entre les gens d’Opus et de la Sibar. Il y a eu des réunions où le conseil départemental était présent. Les services de l’habitat du conseil départemental étaient sur le terrain. Il y a toujours eu une opposition au niveau des syndicats, contre tout le travail de fusion.

« Deux structures complètement différentes »

Bien sûr, Opus 67 et la Sibar sont deux structures complètement différentes. Opus 67 est un office public gestionnaire de HLM. La Sibar, c’est une société d’économique mixte. La façon de travailler est différente. Chez Opus 67, vous avez une partie du personnel, plus de 70 sur les 150, qui sont des fonctionnaires. Ça n’existe pas à la Sibar.

Qu’est-ce que cette fusion va apporter aux salariés d’Opus 67 et de la Sibar ?

Il faut quand même savoir que les employés d’Opus 67 travaillent 10% de moins que les gens de la Sibar tout en gagnant 10% de plus qu’eux. Les employés d’Opus 67 ont 197 jours de travail par an, contre 217 à la Sibar. On a conservé dans la fusion tous ces avantages-là. Donc les bénéficiaires, ce sont les salariés de la Sibar.

Dans certains services, les salariés d’Opus 67 dénoncent un sous-effectif, des départs non-remplacés. Qu’en pensez-vous ?

Opus sort d’une situation où ils étaient favorisés. Quand on regarde sur l’ensemble des HLM, la Sibar a 13 emplois pour 1 000 logements et Opus en a 20 pour 1 000. Quand il y a eu changement de directeur, avant que Nabil Bennacer devienne directeur général, il y a eu chez Opus une augmentation de 9% du personnel. On a donc demandé à Monsieur Bennacer de réduire certaines problématiques chez Opus : les vacances locatives, les délais de traitement des réclamations, les insatisfactions des locataires et des collectivités partenaires… On avait donné cette mission à Nabil Bennacer, qu’il bouscule tout ça en arrivant, pour qu’on soit plus opérationnel.

Dans le rapport d’AD Conseil, le management de la direction générale est mis en cause à plusieurs reprises. Dans les témoignages récoltés par Rue89 Strasbourg, Nabil Bennacer est pointé du doigt. Comment réagissez-vous ?

Nabil Bennacer a fait pour Opus 67 un travail de réflexion avec les employés. On ne peut pas toujours satisfaire les demandes du personnel. À un certain moment, M. Bennacer doit aussi tenir les objectifs demandés par les élus du conseil d’administration.

En outre, M. Bennacer est directeur général à la Sibar depuis près d’un an. Or, je n’ai aucune démission, aucune réclamation de salariés de la Sibar. Je n’ai personne qui vient me voir parce que le directeur pose problème. Alors je ne comprends pas comment il donne satisfaction complète à la Sibar et pas à Opus 67.

Il y a quand même un rapport qui a été rédigé par le cabinet AD Conseil sur les risques psychosociaux au sein d’Opus 67. Cette étude est alarmante quant aux risques de burn-out et sur la charge mentale qui pèse sur les employés. Que pensez-vous de ce rapport ?

Je ne sais pas si les auteurs de ces rapports sont impartiaux.

« Nabil Bennacer a bousculé et ça n’a pas plu »

Le second rapport sur les risques psychosociaux vous semble-t-il aussi partial ?

Vous trouvez ça normal, pas plus tard qu’hier, j’ai reçu des courriers anonymes avec votre article. Ils demandent la démission de M. Bennacer. Moi, encore aujourd’hui, j’accorde toute ma confiance à Nabil Bennacer parce que je vois comment ça s’est passé à la Sibar, puis maintenant à Alsace Habitat. Les gens sont ravis. Il n’y a aucun problème avec les membres du comité social et économique.

Comment expliquez-vous cette différence de situation entre Opus 67 et Sibar avec un même directeur général ?

Au départ, Nabil Bennacer a dû remettre les choses à plat chez Opus 67. Il est venu à l’office public avec les objectifs qu’on lui avait donnés. Il a bousculé et ça n’a pas plu aux employés.

Est-ce que vous pourriez expliquer concrètement quels étaient ces objectifs où Opus 67 était vraiment à la traîne par rapport à la Sibar ?

Opus 67 ne s’occupe que de logements sociaux. La Sibar gère aussi des gendarmeries, des commerces… L’entreprise a une approche plus entrepreneuriale des choses.

« Aucun emploi n’a été surveillé »

Quand on dit qu’il y a moins de personnel à Opus 67, c’est faux. On a changé le fonctionnement. On a externalisé un certain nombre de missions.

Quel était l’effectif en 2017 et quel était l’effectif d’Opus 67 avant la fusion ?

Alors on a baissé, là on est tout à fait d’accord. Mais les gens ont été réemployés, ils sont devenus concierges d’immeubles par exemple. Alors bien sûr, il y a des gens qui n’étaient pas contents avec l’externalisation de la régie d’entretien et une partie de la prestation de nettoyage. Mais aucun emploi n’a été supprimé. Les collaborateurs ont été repositionnés sur d’autres emplois, comme gardien d’immeuble.

Selon moi, les syndicats d’Opus 67 étaient contre la fusion dès le départ et ils essayent par tous les moyens de saper cette fusion. Dans la nouvelle structure, je ne vois pas pourquoi il y aurait des problèmes avec du personnel d’Opus 67. Si des gens ne se sentent plus à l’aise dans l’entreprise, il faut aller voir autre part.

Les salariés d’Opus 67 ont reçu leur nouveau contrat la veille de leur prise de fonction au sein d’Alsace Habitat, le 1er juillet. Est-ce que ce délai vous paraît normal ?

Le nouveau contrat n’a rien changé. Les salariés d’Opus 67 ont toutes les prérogatives qu’ils avaient avant. Ils ont été consultés. Les syndicats ont travaillé tout ça et ont informé les employés. Tout a été discuté en amont et rien n’a été imposé.

J’allais vous demander les mesures qui ont été mises en place après le rapport sur les risques psychosociaux d’AD Conseil, mais si je comprends bien, vous estimez qu’il n’y avait pas lieu de mettre en place des mesures particulières ?

Il y a eu des séminaires, des réunions de travail, des réunions d’information, des newsletters… Tout ça pour que les gens puissent travailler ensemble. À tout bout de champ, des réunions, des soirées… Un moment, désolé, si les gens ne veulent pas se remettre en question c’est autre chose. Quand une entreprise évolue, il faut que les gens se remettent en question.

La municipalité abandonne les poursuites contre l’Hôtel de la Rue

La municipalité abandonne les poursuites contre l’Hôtel de la Rue

Une procédure d’expulsion était en cours en vue d’une expulsion des personnes résidant à l’Hôtel de la rue, un bâtiment appartenant à la Ville à Koenigshoffen. La nouvelle municipalité se donne trois mois pour régler ce dossier.

La nouvelle municipalité écologiste annonce dans un communiqué l’arrêt des poursuites contre l’occupation de la Maison Gruber à Koenigshoffen. Depuis juillet 2019, cet imposant bâtiment propriété de la Ville de Strasbourg est occupé par un squat autogéré appelé « Hôtel de la rue », qui a accueilli plusieurs centaines de personnes sans-abris. La précédente municipalité voulait obtenir une décision d’expulsion et avait engagé des poursuites contre Edson Laffaiteur, président de l’association d’aide aux personnes sans-abris La Roue Tourne. Le tribunal devait rendre sa décision ce jeudi 9 juillet.

La Ville avait cependant mis en place un service de sécurité, accepté par l’association. La nouvelle municipalité souhaite désormais établir une convention d’occupation temporaire avec La Roue Tourne, avant que des travaux ne soient engagés dans le bâtiment en vue d’y installer une « maison des services publics » pour l’ouest de l’agglomération.

Squat autogéré ou centre d'hébergement sous convention avec la Ville de Strasbourg ? Les bénévoles et habitants de l'hôtel de la rue Gruber décident lundi soir. (Photo Emeline Burckel / Rue89 Strasbourg / cc)
Le squat autogéré bénéficie tout de même de l’appui de la Ville de Strasbourg pour la sécurité Photo : Emeline Burckel / Rue89 Strasbourg / cc

Qui sont les 19 élus de quartiers de Jeanne Barseghian

Qui sont les 19 élus de quartiers de Jeanne Barseghian

La nouvelle maire écologiste Jeanne Barseghian a dévoilé les 19 conseillères et conseillers municipaux délégués pour les quartiers de Strasbourg.

Finis les adjoints de quartiers, place aux conseillers municipaux délégués. La nouvelle majorité écologiste compte responsabiliser un maximum d’élus, sur des périmètres plus restreints.

Grâce à cette réorganisation, les écologistes espèrent obtenir plus de proximité et de disponibilité des élus. L’autre objectif est d’éviter les éventuelles concurrences entre adjoints ou des divergences dans l’application des politiques municipales d’un quartier à l’autre. Par exemple, lors du mandat précédent, les pistes cyclables n’avaient pas été aménagées de la même manière sur l’Avenue de la Forêt noire (modification du stationnement), puis sur l’Avenue des Vosges (suppression d’une voie de circulation), deux « quartiers » distincts dans le découpage officiel.

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Précarité à Strasbourg, pour un « monde d’Après » solidaire

Précarité à Strasbourg, pour un « monde d’Après » solidaire

Dans une lettre ouverte adressée à la préfète du Bas-Rhin et aux nouveaux élus de Strasbourg, plusieurs associations alertent sur la dégradation dans l’aide aux personnes en situation de précarité.

Mesdames, messieurs les élus, madame la préfète du Bas-Rhin,

Suite à la crise sanitaire, nous, associations, collectifs, citoyennes et citoyens de Strasbourg, portons à votre attention nos constats sur la précarité et nos propositions pour que notre ville devienne hospitalière et digne de son titre de « Capitale européenne des droits de l’Homme. »

La Nuit de la Solidarité à Strasbourg du 4 mars 2020 a confirmé le constat d’une pauvreté croissante sur le territoire, d’une saturation des dispositifs institutionnels et associatifs et du besoin d’une réelle dynamique entre les acteurs.

Plusieurs associations d’aide et de solidarité font état d’une augmentation de leurs sollicitations (Photo Adbesslam Mirdass / Rue89 Strasbourg / cc).

Le confinement qui a suivi a mis en lumière et accentué la précarité dans laquelle se trouve un trop grand nombre d’entre nous : ainsi nombre de personnes, inconnues de nos structures, sont venues frapper à nos portes.

Face au retrait précipité des pouvoirs publics dès les premiers jours avec la fermeture des services répondant aux besoins fondamentaux (douches / toilettes publiques, centres médico-sociaux, etc.), les associations, les citoyennes et les citoyens engagés dans la lutte contre la précarité se sont adaptés aux recommandations de l’État pour répondre aux besoins des personnes en difficulté tout en garantissant leur sécurité et celle des équipes mobilisées.

Nous déplorons qu’aucun espace de concertation n’ait été mis en place par les pouvoirs publics, nous laissant seuls en première ligne pour affronter cette crise.

« Un monde d’Après avec la dignité comme droit fondamental »

Nous souhaitons un « monde d’Après » qui considère la dignité comme un droit fondamental. Ainsi, à partir des propositions qui ont émergé de la Nuit de la Solidarité, et prenant en compte les conséquences de la crise actuelle, nous demandons :

    La pérennisation après le mois de juillet des 885 places d’hébergement temporaires créées lors du confinement, complétées et diversifiées pour répondre aux besoins et aux choix de tous et toutes ;Un moratoire sur les loyers et un soutien fort pour les personnes rencontrant des difficultés dans le paiement des factures (énergie, services), pour qu’elles ne viennent pas grossir les rangs des personnes à la rue ainsi qu’un prolongement de la trêve des expulsions locatives jusqu’à mars 2021 ;Une politique publique forte pour améliorer l’accès à l’alimentation et aux soins pour tous et toutes, ne reposant pas uniquement sur les acteurs associatifs ;La reconnaissance de l’engagement de la société civile par la mise en place d’une gouvernance réunissant l’ensemble des acteurs publics (Etat, Région, Département, Eurométropole, Ville, Conseil communal d’action sociale) et associatifs actifs dans l’aide aux personnes en situation de précarité pour partager l’information et co-construire des réponses adaptées.

Nous espérons que notre parole sera entendue pour que le « Monde d’après » réponde aux messages du « Monde d’avant. »

Signataires du communiqué :

Associations Abribus, Casas, Emmaus Mundolsheim, Entraide-Le Relais, Grain de sable, Collectif des Morts de la Rue 67, L’Îlot, La Cimade, La Cloche, Le Bonheur d’un sourire, Le Refuge des oublié.e.s, Le Secours Populaire Français Fédération du Bas-Rhin, Lianes, Médecins du Monde, Mouvement du Nid, Observatoire Régional de l’Intégration et de la Ville, Strasbourg Action Solidarité, Collectif En Marge, La Bagagerie Mimir, Le Labo citoyen.

À titre individuel : Marie-Alice Bougon, Vincent Faucheux, maraudeur et président d’association, Alexandre Feltz, médecin généraliste et adjoint au maire, Thierry Kuhn, directeur d’association, Germain Mignot, Hélène Nussbaum, Delphine Rideau, directrice d’établissement médico-social,
Laetitia Sovrano.