Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Coiffeur, restaurant, local associatif… Les frères El Jadeyaoui font du bien à l’Elsau

Coiffeur, restaurant, local associatif… Les frères El Jadeyaoui font du bien à l’Elsau

Alharbi et Ali El Jadeyaoui ont ouvert un coiffeur, un restaurant et un local associatif rue Watteau à l’Elsau. Mais au-delà des brunchs, des thés et des coiffures stylées, les frères El Jadeyaoui assurent une mission sociale dans le quartier.

Rue Watteau. Samedi 20 juin, aux alentours de midi. Amina vient de quitter son stand de vêtements pour entrer dans le restaurant Le Calcio. Commerçante au marché de l’Elsau depuis 23 ans, la femme se félicite de l’ouverture de cet établissement : « Avant, ici, on avait tout, un distributeur, une boulangerie, un café, deux banques. Puis tout a fermé… Maintenant, je peux à nouveau prendre un petit-déjeuner. » Derrière le comptoir, Shayna, 27 ans, prend les commandes. L’habitante du quartier de Cronenbourg s’étonne de travailler dans une « petite boîte » à l’Elsau après avoir été agent de vente à la CTS.

Shayna, 27 ans, a d’abord travaillé en tant qu’agent de vente à la CTS avant de travailler dans le restaurant Le Calcio, rue Watteau, à l’Elsau Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Un bar sportif, un restaurant, un coiffeur

En deux ans, Ali El Jadeyaoui et son frère Alharbi ont ouvert trois commerces dans la rue Watteau. Dès juillet 2018, Ali a loué un local et l’a transformé en bar sportif, avec Playstation et chichas. Les jeunes du quartier s’y retrouvent les soirs de Champion’s league, pour les grands combats de boxe ou pour un match PSG / OM. Mais les abonnements aux chaînes RMC, Bein’ ou Canal coûtent cher, « près de 100 euros par mois rien que pour la télé… Au bout d’un an, l’association a eu du mal au niveau financier », se souvient Ali. Avec son frère, il décide donc de lancer deux établissements pour soutenir l’activité associative.

Dilaver est le coiffeur de l’Elsau, un quartier qu’il apprécie depuis l’ouverture du salon rue Watteau. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

En décembre 2019, les frères El Jadeyaoui ouvrent un salon de coiffure pour hommes, « Les beaux garçons ». Dilaver, le coiffeur, prend les réservations sur Facebook et coupe les tifs pour 12 euros avec shampoing. Près de six mois plus tard, ils lancent un restaurant dans un local voisin. L’établissement propose des petits-déjeuners entre sept et dix euros, ainsi que des plats de pâtes à six euros le soir.

L’établissement Le Calcio propose des petits-déjeuners entre sept et dix euros, ainsi que des plats de pâtes à six euros le soir. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Football pro et retour au quartier

Ali et Alharbi El Jadeyaoui viennent du quartier de Cronenbourg. Les frères ont passé la plus grande partie de leur enfance à l’Elsau. Lorsqu’Alharbi est devenu footballeur professionnel, Ali l’a suivi, à Brest, à Guingamp, et même en Azerbaïdjan et en Thaïlande. En Bretagne, le petit frère servait aussi de « garde du corps, surtout quand on perdait un match », rit l’ancien footballeur professionnel. Ali a ouvert un salon de thé à Saint-Brieuc. L’association s’appelait « Les amis des Bretons ». À l’Elsau, l’association porte le nom « Les amis des Alsaciens »

Trois frères, de gauche à droite : Alharbi, Ali et Aziz El Jadeyaoui. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

À l’arrière du restaurant Le Calcio, Aziz rejoint ses deux frères pendant l’interview. Le chauffeur de taxi et secrétaire de l’association « Les amis des Alsaciens » se souvient de l’état du local il y a deux ans : « L’électricité n’était pas aux normes, il n’y avait pas d’arrivée d’eau chaude, les fenêtres étaient cassées… » Selon Alharbi, les réparations ont coûté entre 50 et 60 000 euros : « On a mis seulement nos propres billes », assure l’ancien joueur de foot, dont le salaire mensuel a pu dépasser les 15 000 euros. Ce dernier regrette le manque de soutien des pouvoirs publics. « On n’a même jamais vu l’adjoint de quartier, je ne sais même pas qui c’est », ajoute Ali.

« Les policiers sont de suite agressifs »

Au-delà des élus absents, le gérant du Calcio dénonce aussi les interventions policières régulières dans ses locaux. En deux ans à peine, Ali dénombre une vingtaine de contrôles d’identités ou de fouilles dans le bar sportif :

« Il doit y avoir deux fois à peine où ça s’est passé sans tension. Sinon, les policiers sont tout de suite agressifs. Ça fait deux ans qu’on est là, ils savent que ça se passe bien et qu’il vaut mieux que les jeunes soient ici que dans la rue. Mais non, ils continuent de venir comme s’ils ne nous connaissaient pas. »

Les frères El Jadeyaoui, devant les deux vitrines ouvertes rue Watteau : Les beaux garçons et Le Calcio. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Un projet social pour l’Elsau

Au-delà des coiffures stylées, des brunchs et des thés à la menthe, les frères El Jadeyaoui s’investissent dans un projet social qui fait du bien au quartier. Grâce au Calcio, les personnes âgées ont un endroit pour se retrouver dans la rue Watteau. Le soir, l’allée et ses lampadaires défectueux retrouvent un peu de lumière grâce aux éclairages du restaurant. Le local sportif offre un lieu complémentaire au centre socioculturel, comme l’explique Alharbi : « Le CSC s’occupe des jeunes la journée, et plutôt des ados jusqu’à 17 ans. Nous, on est ouvert après le CSC et pour des jeunes plus âgés. »

Une seule terrasse sur la rue Watteau, celle du Calcio. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Les frères El Jadeyaoui citent en exemples les sportifs professionnels strasbourgeois comme Mehdi Baala et Fouad Chouki. En ouvrant ce local, Ali espère aussi inspirer les jeunes du quartier :

« Nous, on a réussi à faire quelque chose de nos vies parce que des gens nous ont inspirés quand on était jeunes. On avait des exemples à suivre au CSC, au quartier, des gens à qui on pouvait s’identifier. Ici, c’est pareil, je veux que les jeunes apprennent d’eux-mêmes, je veux qu’ils changent. »

« Donner de la force au quartier »

Avant de profiter d’un brunch en terrasse, Alharbi El Jadeyaoui se félicite de l’impact de ces projets sur le quartier. Ce samedi 20 juin, un ami ambulancier est passé boire un thé après avoir déposé un patient : « Avant l’ouverture du restaurant, je ne serais jamais resté », affirme Malik.

L’ancien joueur de foot rêve aussi d’ouvrir le quartier au reste de Strasbourg : « Ces gens qui viennent d’autres quartiers, ça crée des connexions. Je sais que c’est le réseau qui permet d’avancer, de trouver un job… » Aujourd’hui habitant d’Ostwald, le père de famille tenait à s’investir pour le quartier de son enfance :

« Pendant quinze ans, avant chaque match, je recevais plus d’une centaine de messages d’encouragement chaque semaine. L’Elsau m’a toujours soutenu, maintenant c’est à moi de donner de la force au quartier. »

Alharbi El Jadeyaoui : « Pendant quinze ans, avant chaque match, je recevais plus d’une centaine de messages d’encouragement chaque semaine. L’Elsau m’a toujours soutenu, maintenant c’est à moi de donner de la force au quartier. »
#coiffeur

Municipales : Le tabou du risque industriel

Municipales : Le tabou du risque industriel

Relançons l’économie mais épargnons-nous un Lubrizol strasbourgeois, plaide le Dr Thomas Bourdrel, radiologue et porte-parole du collectif Strasbourg Respire.

La brutalité de la Covid-19 a effacé de nos mémoires tout ce qui ne lui est pas directement relié, les politiques nationaux et strasbourgeois l’ont bien compris et en jouent. Pourtant il n’y a pas si longtemps a eu lieu un accident industriel dramatique, celui de Lubrizol à Rouen, accident pour lequel les enquêtes parlementaire et sénatoriale ont révélé de criants manquements dans la surveillance des installations classées.

Ces installations industrielles à haut risque dont certaines sont classées Seveso du nom de la catastrophe italienne survenue en 1976, sont nombreuses à Strasbourg par exemple au port du Rhin ou au port au pétrole de la Robertsau.

Les strasbourgeois adorent fouler les herbes de la forêt de la Robertsau, et tous, lorsque nous nous y promenons, nous choisissons de ne plus regarder les signalisations à l’entrée de ces forêts, qui nous rappellent que si la sirène retentit il faut fuir loin et de toute urgence. Avec 8 sites Seveso dont 7 à seuils hauts (c’est à dire à haut risque), Strasbourg est cerné par ces usines qui, en plus du risque d’accident, contribuent à polluer l’air et les nappes phréatiques, comme en témoignent les nombreuses fuites d’hydrocarbures régulièrement dénoncées par les habitants de la Robertsau pour ne citer qu’eux.

Quand les sirènes retentissent, il faut courir vite et très loin du Port aux pétroles… Photo : capture d’écran Google Earth

Ces dernières années et derniers mois plusieurs incendies heureusement rapidement maîtrisés ont eu lieu dans des installations classées du port du Rhin et nous ne sommes pas passés loin d’un Lubrizol strasbourgeois.

Des contrôles de plus en plus rares

Grand absent des débats sur les municipales, le risque industriel à Strasbourg devrait pourtant être au premier plan tant les alertes à Strasbourg ou ailleurs en France se sont multipliées et que parallèlement les contrôles se font de plus en plus rares. En effet, outre le risque d’accident, ces installations classées bénéficient de nombreuses dérogations tels que le régime de l’autosurveillance, régime qui autorise les gros pollueurs à déclarer eux-mêmes leurs émissions… Et si les contrôles préfectoraux ont le mérite d’exister, ils se font rares, au mieux une fois tous les 5 ans et ils ont baissé de 36% en 10 ans.

En tant qu’experts, notre collectif Air-Santé-Climat (dont Strasbourg Respire fait partie) avait alerté dans une tribune au Monde – ainsi que lors de notre audition par l’enquête parlementaire – sur les dangereuses dérives des installations classées.

Le chantage à l’emploi

Ce laxisme des autorités de surveillance risque de s’accentuer après la période de l’après Covid comme c’est déjà le cas en Suisse où sous prétexte de relancer l’économie les entreprises polluantes ont déjà obtenu des dérogations et le droit à polluer plus.

Récemment, le rapport sénatorial sur l’accident de Lubrizol parle même « d’indulgence des pouvoirs publics vis-à-vis des industries et de manque cruel de culture du risque industriel en France. »

Ne rêvons pas, à Strasbourg, le risque d’un tel accident existe et il est loin d’être négligeable.

Strasbourg ne sera une capitale européenne du XXIe siècle que lorsqu’elle ne sera plus une ville à haut risque industriel, il y a donc urgence à planifier une stratégie de sortie pour ces industries à risques. La plupart des candidats aux municipales maintiendront Strasbourg dans l’ère industrielle en agitant le chantage à l’emploi, mais posons-nous cette question : qu’est-ce qui fait l’attractivité d’une ville ? Qui parmi nous irait demain habiter à Rouen ?

Dr Thomas Bourdrel
au nom du Collectif Strasbourg Respire et Air-Santé-Climat

Un policier condamné à 18 mois de prison avec sursis après avoir matraqué une Gilet jaune à l’arrière du crâne

Un policier condamné à 18 mois de prison avec sursis après avoir matraqué une Gilet jaune à l’arrière du crâne

Le 12 janvier 2019, lors d’une manifestation de Gilets jaunes, un gardien de la paix assène deux coups de matraque à l’arrière du crâne de Marlène Lutz. Dans la matinée du 23 juin, Éric .V a été condamné à 18 mois de prison avec sursis par le tribunal correctionnel de Strasbourg. Il lui est aussi interdit de porter une arme pendant 5 ans.

Gilet jaune de la première heure et victime de violences policières, Marlène Lutz est soulagée en cette fin de matinée du 23 juin. Vers 11h30, le tribunal correctionnel de Strasbourg a condamné Eric V., policier, à 18 mois de prison avec sursis pour « violences avec arme par personne dépositaire de l’autorité publique suivie d’une incapacité n’excédant pas 8 jours ». Le fonctionnaire de police est aussi interdit de port d’arme pendant cinq ans. En fumant une clope devant le palais de justice, la femme de 63 ans espère que « cette condamnation sera un exemple pour les autres violences policières. »

Les images : deux coups dans la rue du 22 Novembre

Dans la salle 201 du tribunal judiciaire, peu après 8h30, Marlène Lutz est au premier rang. Après quelques questions du juge à Eric V., deux vidéos des caméras de surveillance strasbourgeoise sont projetées. Elles montrent les images de la rue du 22 Novembre ce samedi 12 janvier, aux alentours 17h.

Plusieurs dizaines de Gilets jaunes courent. Un fourgon de police arrive à vive allure en direction des manifestants. Au volant du véhicule, Eric V. contourne deux pots de fleurs géants qui gisent par terre. Quelques mètres plus loin, le conducteur braque à nouveau le volant et manque de renverser un manifestant. Cette scène s’explique selon Eric V. par un ordre de ses supérieurs : « Ma hiérarchie demandait de disperser les personnes qui commettaient des exactions et de faire affluer les manifestants vers la place Kléber. »

La camionnette à l’arrêt, Eric V. sort, cagoulé. Sept secondes plus tard, Marlène Lutz, Gilet jaune et retraitée de 63 ans reçoit un premier coup de matraque à l’arrière du crâne. Elle tombe. Puis un second coup s’abat sur elle. La sexagénaire aura 11 points de sutures sur le crâne et 24 heures d’incapacité temporaire de travail (ITT).

Un policier stressé et des agissements contradictoires

Depuis cette scène de violence, Eric V. n’a jamais écopé de sanction disciplinaire. Pour se défendre, l’homme affirme avoir eu peur des projectiles lancés par les manifestants lors d’une précédente manifestation. Le président du tribunal réagit :

« – Pourquoi ne pas avoir mis le casque dans ce cas ? Vous aviez envie d’en découdre ?

– Je suis père de famille… Je n’avais pas envie en découdre.

– Est-ce que vous reconnaissez ici un dérapage ?

– Oui, depuis cette affaire, je suis resté en retrait et j’étais plus souvent au bureau (que sur le terrain, ndlr)

– Pourquoi vous êtes-vous dirigé sur le trottoir à gauche de la camionnette au lieu d’aider vos collègues ? Vous êtes sorti comme un diable de sa boîte.

L’air penaud, le gardien de la paix répond :

« Je n’avais pas identifié Marlène comme une dame, mais plutôt comme le groupe qui jetait des projectiles. J’avais moi-même reçu un projectile lors d’une autre manifestation. C’est une accumulation. »

Eric V., gardien de la paix

« Vous frappez par plaisir »

Maître Bettcher, l’avocat de la victime dénonce un homme « qui ne mérite pas d’être policier ». Il rappelle des affaires de violences policières, dont celle de Lilian qui a eu la mâchoire fracturée à cause d’un tir de LBD, ce même jour, alors qu’il ne participait pas à la manifestation. Maître Bettcher accuse le gardien de la paix, ainsi que l’institution policière :

« Vous frappez par plaisir. Une cagoule est destinée à ne pas être reconnu. Ce qui est incroyable, c’est de dire que vous vous en êtes dotés depuis les attentats de Strasbourg. Comme si vous étiez en ligne de mire avec des terroristes. Les policiers ne sont pas racistes ou violents ? Mon œil. »

Maître Bettcher, avocat de Marlène Lutz

« Vous avez persisté dans l’erreur »

Suite à la plaidoirie de Me Bettcher, le procureur de la République rappelle qu’il ne s’agit pas du procès de la police, mais bien d’un homme. Sachant qu’Eric V. exerçait dans l’unité d’intervention et de maintien de l’ordre depuis 2002, le procureur estime que le gardien de la paix était en mesure de gérer cette situation. Le policier reconnait sa faute et le caractère illégitime de la force ce jour-là. Le procureur l’interroge :

« Vous avez persisté dans l’erreur.(…) Pourquoi avez-vous porté ces coups ? Un manifestant devait payer pour tous les autres ? »

Pour le procureur, l’usage de la force était légitime étant donné l’ampleur des dégradations et des lancés de projectile. En revanche, il juge que les coups n’étaient pas nécessaires au maintien de l’ordre : « Vu que les manifestants se dirigeaient vers la place Kléber, il ne servait à rien de porter des coups de matraque à deux reprises. » Le procureur parle ainsi de violence disproportionnée. Il requiert 12 mois de prison avec sursis et une interdiction de port d’arme de cinq ans.

« Je suis une citoyenne en colère »

Puis Marlène Lutz s’exprime à la barre. Elle s’insurge contre les violences policières dont elle a été victime. Elle en a aussi été témoin lors d’autres manifestations dans toute la France :

« Je suis une citoyenne en colère. Je suis à chaque manifestation à cause des violences policières. Manifester est un droit et l’expression de la démocratie. Le coup aurait pu être porté sur un enfant. Je me battrai jusqu’au bout contre les violences policières. Que justice soit faite. »

Marlène Lutz
Marlène Lutz, victime de violences policières, avant d’entrer au Tribunal correctionnel de Strasbourg

L’avocate de l’accusé rappelle des tensions extrêmes lors des manifestations

Selon l’avocate d’Éric V., les faits se sont déroulés dans un « contexte chaotique ». Me Christine Meyer rappelle que son client « devait travailler presque chaque samedi. » « Il a craqué », ajoute-t-elle, expliquant la violence du policier par le contexte : « Les forces de l’ordre ont subi des insultes, des jets de projectiles, ça n’en reste pas moins des être humains qui peuvent faillir ».

Dans sa plaidoirie, Me Christine Meyer a demandé au président d’éviter cette peine de 12 mois de prison avec sursis. Car le policier a besoin d’un casier vierge pour évoluer au sein de son institution. L’avocate a également demandé de ne pas interdire le port d’arme à Éric V. pour lui permettre de continuer d’exercer une grande partie de ses fonctions, notamment « sur le terrain ».

18 mois d’emprisonnement avec sursis

Après délibération, le président prononce une peine de 18 mois de prison avec sursis et une interdiction de port d’arme de cinq ans. Le 22 novembre 2020, Marlène Lutz devrait être fixée sur les dommages et intérêts qu’elle pourrait percevoir.

Peu avant midi, Marlène sort du tribunal. La retraitée est accueillie par ses soutiens, des Gilets jaunes. La sexagénaire rappelle qu’elle comparaîtra prochainement pour outrage, et assume :

« Il faut qu’on gagne contre ces violences policières. Les Gilets jaunes n’y arriveront pas seuls. En manifestation, assurez-vous que quelqu’un filme, car en cas de violences, ça constitue une preuve. »

Marlène Lutz

Crises, changement climatique et coronavirus : quels sont les liens ?

Crises, changement climatique et coronavirus : quels sont les liens ?

Le coronavirus est-il un virus avec lequel il va falloir vivre désormais ? Est-ce qu’il est une conséquence de la prédation de l’Homme sur l’environnement ? Avec l’Université en campagne contre les idées reçues, rendez-vous vendredi pour évoquer ces questions avec deux universitaires.

Dans quelle mesure l’état de l’environnement a-t-il influé sur l’apparition et la propagation du coronavirus ? Quelles sont les facteurs dont disposent les êtres humains lorsque surviennent de telles crises ?

Ces questions traversent le débat public, c’est pourquoi l’Université en campagne contre les idées reçues (Ucclir) propose une rencontre en visioconférence vendredi 26 juin à partir de 13h30, en direct sur Facebook avec deux enseignants-chercheurs des universités alsaciennes.

    Florence Rudolf, sociologue, urbaniste, professeure des universités à l’Ecole d’Architecture de l’INSA Strasbourg,Brice Martin, maître de conférences de géographie au Cresat (Centre de Recherche sur les Économies, les Sciences, les Arts et les Techniques), Université de Haute-Alsace.
Florence Rudolf et Brice Martin seront présents en ligne pour répondre aux questions sur le virus et l’environnement Photo : doc remis

Plusieurs « idées reçues » seront adressées par les deux universitaires, dont 

    « Les scientifiques sont aussi perdus que tout le monde »,« Le coronavirus a été produit en laboratoire et a fuité »,« Le coronavirus, c’est une invention »,« Le coronavirus va disparaître avec l’augmentation des températures »,« Le coronavirus a disparu, plus besoin de respecter les gestes barrières »,« Y’a que les vieux qui craignent les effets du coronavirus »,« On ne risque rien quand on est au grand air »,« C’est un virus qui nous vient de Chine parce que les Chinois mangent n’importe quoi »,« Il fallait fermer les frontières pour freiner la progression de l’épidémie »,« Le virus s’attaque d’abord aux pauvres et aux précaires »…

En outre, cette visioconférence étant en direct, les deux invités répondront aux questions qui seront posées sur le tchat de la vidéo. Les échanges seront animés par Pierre France, de Rue89 Strasbourg.

#Brice Martin#Florence Rudolf

Plus d’un milliard d’euros au secours de l’économie touristique régionale

Plus d’un milliard d’euros au secours de l’économie touristique régionale

Avec un plan d’aides de 1,3 milliard d’euros, la Région Grand Est espère atténuer les effets de la crise sanitaire sur l’économie du tourisme. 

« Cette épreuve doit nous rendre plus forts et plus conquérants », assure Jean Rottner, le président du Conseil régional du Grand Est, lundi 22 juin à la Brasserie des Haras à Strasbourg. Après trois mois d’arrêt, l’économie du secteur touristique a été durement touchée par la crise sanitaire du coronavirus. Hôtels, restaurants, agences de voyages, parcs naturels, thermes… Toutes les activités ont subi d’importantes pertes d’exploitation.

Ainsi le restaurant de la Brasserie des Haras à Strasbourg a repris du service le 5 juin mais les 45 chambres de l’hôtel restent fermées. En outre, entre le réapprovisionnement et l’application du protocole sanitaire, les contraintes se multiplient. La règle de distanciation a fait perdre à la brasserie 30% de sa capacité d’accueil.

#Strongtogether, un « plan Marshall » pour le tourisme

La réponse est le dispositif #Strongtogether (forts ensemble, ndlr) qui regroupe un fonds de solidarité pouvant apporter jusqu’à 10 000€ à des entreprises qui comptent jusqu’à 20 salariés et un plan d’investissement de 1,3 milliard d’euros, porté par la Caisse des dépôts et BPI France.

Les charges sociales sont exonérées pendant la période de fermeture et les entreprises du tourisme et de l’événementiel pourront continuer de recourir à l’activité partielle dans les mêmes conditions qu’au début de la crise sanitaire et jusqu’à la fin du mois de septembre.

De gauche à droite : Marie-Reine Fischer, présidente de l’Agence Régionale du Tourisme du Grand Est, Jean Rottner et Jackie Helfgott, président de la commission Tourisme de la Région Grand Est Photo : Alice Ferber / Rue89 Strasbourg

536 millions d’euros ont d’ores et déjà été investis, le Bas-Rhin ayant reçu la plus grosse part (167 millions d’euros). Le Haut-Rhin se place en seconde position (93 millions), puis la Moselle (79 millions). Pour Jean Rottner, cette répartition se base sur les demandes des entreprises. « L’Alsace contribue le plus à l’attractivité de la région », déclare-t-il.

Pour Jean Rottner, le dispositif Strongtogether est l’occasion d’affirmer le soutien de la région Grand Est aux acteurs du tourisme Photo : Alice Ferber / Rue89 Strasbourg

En rassemblant toutes les aides et les dispositifs existants dans un guichet unique, avec un site web, la Région Grand Est espère que les entreprises, et notamment les plus modestes, y auront recours plus facilement. L’Agence régionale du tourisme promet un délai de réponse de deux heures à partir de sa plateforme d’assistance !

Malgré ce dispositif prometteur, Jean Rottner reste prudent : « Il faut être réaliste, l’économie repartira petit à petit. » L’échéance est fixée à 2023. 

#Agence régionale du tourisme

Municipales : le féminisme, une « grande cause » bien maltraitée pendant la campagne

Municipales : le féminisme, une « grande cause » bien maltraitée pendant la campagne

« Grande cause du quinquennat » pour Emmanuel Macron, l’égalité femmes-hommes est surtout la grande oubliée de la campagne pour les élections municipales à Strasbourg.

C’est un paragraphe dédié dans le programme du premier tour d’Alain Fontanel (LREM), un dans celui du second tour de Jeanne Barseghian (EELV), et… une proposition, pour la lutte contre la précarité menstruelle, dans celui de Catherine Trautmann (PS). Les questions d’égalité de genre et de féminisme donnent un sentiment de « service minimum » dans la campagne des élections municipales, selon Ursula Le Menn, porte-parole de la branche strasbourgeoise d’Osez Le Féminisme ! :

« Après des mouvements comme #MeToo, tous les politiques ont été contraints de s’emparer de la lutte contre le sexisme. Se positionner contre les violences faites aux femmes, ça paraît évident aujourd’hui. Mais on craint que ça ne reste qu’une posture. »

Des ambitions en 2014 mais…

Dans la politique strasbourgeoise, les mots du féminisme ont infusé depuis longtemps. En 2014, quelques mois avant la promulgation d’une loi obligeant les collectivités territoriales à œuvrer en ce sens, Roland Ries promettait déjà de « faire de l’égalité femmes-hommes une égalité réelle ». Et se félicitait de la création, à l’occasion de sa victoire en 2008, d’une délégation d’adjoint aux droits des femmes et à l’égalité de genre.

Oui, mais voilà : entre-temps, la personne chargée de cette mission a démissionné en 2016. Mine Günbay, qui a depuis co-écrit « Le féminisme pour les null.e.s » (First, 2019), avait alors dénoncé son éloignement progressif « d’un certain nombre d’espaces de décisions et d’échanges », et affirmé que l’égalité était vue par la mairie comme « une variable d’ajustement au moment des élections ». Au téléphone, celle qui soutient aujourd’hui Jeanne Barseghian souligne qu’Alain Fontanel « séchait » les colloques contre les violences faites aux femmes, que sa délégation organisait chaque année. « Sa présence en tant que premier adjoint était évidemment attendue », ajoute-t-elle.

La démission de Mine Günbay, un mauvais souvenir

Pour les féministes impliquées dans la politique locale, cet épisode est resté dans les esprits. Elise Marsicano, sociologue à l’Université de Strasbourg et spécialiste des discriminations, témoigne ainsi :

« Je venais d’arriver à Strasbourg et la démission de Mine Günbay m’a rendue pessimiste face à la rhétorique égalitaire dont avait usé l’équipe municipale pendant sa campagne. Parmi les associations et les universitaires avec lesquels j’échangeais alors – dont SOS Homophobie et La Nouvelle Lune -, il y avait beaucoup de désillusion et de colère. »

Aujourd’hui, les attentes de cette chercheuse portent notamment sur la formation des personnels de l’Eurométropole aux questions d’égalité, l’analyse des budgets municipaux par le prisme de l’égalité de genre, et sur la construction d’un foyer dédié aux femmes victimes de violences conjugales. Des revendications qu’elle a pu faire entendre au cours des ateliers de programme de la liste « Strasbourg écologiste et citoyenne », auxquels elle a participé l’hiver dernier.

Quant à Françoise Bey, qui a succédé à Mine Günbay aux droits des femmes, elle a choisi de soutenir Catherine Trautmann :

« Depuis que j’ai repris le poste en 2016, j’ai, moi aussi, été confrontée au manque de sensibilisation de certains collègues sur les questions féministes. On a du mal à faire bouger la maison, mais je suis convaincue que cela peut changer. C’est pourquoi j’ai proposé à Catherine Trautmann un programme de formation des élus contre le sexisme – et j’espère qu’il verra le jour, que je conserve mon poste ou non. »

« On peut déjà se réjouir d’avoir deux femmes têtes de listes au second tour »

Pour Chloé Bourguignon, responsable syndicale à l’Unsa-Grand Est militante féministe, « on peut déjà se réjouir d’avoir deux femmes têtes de listes au second tour ». L’écriture inclusive du programme de Jeanne Barseghian la touche : « c’est un truc tout bête, mais ça m’aide à me sentir mieux représentée. La forme est importante. » Pour elle :

« Les propositions de la candidate EELV sont précises et chiffrées : triplement du budget alloué à la mission pour l’égalité et les droits des femmes, 50 places d’hébergement supplémentaires pour les femmes victimes de violences… Ça me rassure, parce que je me dis que c’est réfléchi. »

Au premier tour, Alain Fontanel proposait lui aussi « une augmentation des capacités d’accueil d’urgence des femmes victimes de violences et de leurs enfants », mais sans la quantifier. Son programme pour le second tour prévoit d’afficher l’engagement de son équipe, via une charte d’exemplarité, de refuser de participer à des débats ou manifestations publiques si aucune femme n’est invitée à intervenir, la signature de la charte du mouvement du Nid contre le système prostitutionnel et l’intégration dans le brevet de citoyenneté des cours de sensibilisation au consentement.

Photo : Visual Hunt / cc

Déceptions de la société civile concernée

Plusieurs organismes strasbourgeois ont sondé les prétendants à la mairie sur leurs engagements en faveur de l’égalité. Ainsi l’association Wo’men Entrepreneurs a tenté de mobiliser les têtes de listes en mars, comme le rappelle sa présidente, Najat El Khallouqi Bensaci :

« Beaucoup d’élus voient encore le féminisme comme une série de solutions curatives à des déséquilibres dans la société. Ils cantonnent le féminisme à un portefeuille mais aucun n’envisage cette thématique comme transversale. »

Najat El Khallouqi Bensaci voyait pourtant dans cette campagne un rendez-vous pour faire progresser l’équité de genre :

« Après les mouvements #metoo et #balancetonporc, c’était le moment de porter politiquement des propositions fortes. On n’en a pas décelé, tout juste Jeanne Barseghian propose un “gender budgeting” (questionner les budgets par le prisme du genre, ndlr). Même Catherine Trautmann nous a déçus, elle qui a pourtant si souvent souffert du sexisme et de la misogynie. Elle aurait pu, après les affaires de la MDAS et de Mathieu Cahn, en profiter pour proposer une nouvelle manière de faire de la politique… »

La Station, centre de ressource LGBT de Strasbourg, a également soumis un questionnaire aux candidats. Tous ont affirmé la nécessité de mieux agir contre le sexisme mais quand on rentre dans le détail, c’est plus compliqué.

Une soixantaine d’associations, dont la Ligue des droits de l’homme, Greenpeace ou encore Alternatiba sont à l’origine d’un « Pacte pour la transition » présenté aux têtes de listes. Celui-ci leur proposait de s’engager, entre autres, pour « l’accès et l’aménagement d’un espace public non discriminant, assurant l’usage de tous et toutes, y compris des personnes les plus vulnérables » et de détailler leur degré de volonté politique en ce sens. Tandis que Catherine Trautmann et Jeanne Barseghian cochaient le niveau le plus élevé, Alain Fontanel ne s’engageait qu’à hauteur d’une case sur trois.

#Chloé Bourguignon#Elise Marsicano

Mickaël Labbé : « Qu’il est vieux le monde de demain ! »

Mickaël Labbé : « Qu’il est vieux le monde de demain ! »

Philosophe de l’Université de Strasbourg, Mickaël Labbé réagit à la manière dont se sont constituées les listes présentes au second tour des élections municipales et dénonce l’absence de dialogue avec les habitants.

Qu’il est vieux le monde de demain ! Qu’il semble déjà lointain le monde d’après ! À moins d’une semaine du second tour des élections municipales, et après que nous ayons collectivement traversé une crise à de nombreux égards inédite, je fais partie de ces nombreux Strasbourgeois pour lesquels le retour en force de la politique « à la papa » est une pilule décidément difficile à avaler. 

Confirmation de l’adage suivant lequel l’histoire se répète une première fois comme une tragédie et la seconde comme une farce, nous avons encore une fois assisté au spectacle des manœuvres politiciennes les plus éculées, à droite comme à gauche. Parmi de nombreux propos hilarants, notons par exemple la boutade suivante : « Il y a ceux qui ont pensé à eux, nous on a pensé à Strasbourg. » Très drôle, non ? Sauf que nous n’avons plus envie de rire cette fois. Et que nous sommes nombreuses et nombreux à ne plus supporter ce qu’il faut à bon droit appeler une « politique du mépris. » 

L’intelligence des électeurs méprisée

Mépris envers l’intelligence des électeurs tout d’abord. Dans une situation politique telle que la nôtre, qui est celle d’une crise majeure de la représentation politique, sur fond de catastrophe écologique, économique et sociale, comment encore oser croire que les citoyens seront dupes de l’insincérité foncière de propositions politiques qui ne tentent même plus de masquer la réalité de leur pur et simple opportunisme ?

Entre affichage d’engagements écologistes ou promesses d’une démocratie plus participative, qui s’avèrent n’être rien d’autre que du greenwashing électoral à la sauce participative ; alliances réussies ou ratées que l’on cherche à faire passer pour des tentatives de dépassement des clivages et de l’idéologie au service du bien commun, alors qu’il ne s’agit que d’autant de reniements des « valeurs » que l’on nous a présentées durant toute la campagne comme des points non négociables (mais si, vraiment !) ; instrumentalisations de la crise qui ne sont qu’autant de stratégies pour arriver mordicus aux commandes de la ville ou de la métropole ; recours à des arguments vieux comme le monde et dignes de Trump ou des régimes autoritaires (attention, v’là les rouges !)… Qu’il ressemble tristement au monde d’avant, le monde d’après ! 

Strasbourg Photo : dessin Vincent Desplanche / FlickR / cc

Mépris envers le sens même du processus démocratique ensuite. Une élection, ce n’est pas un casting dans lequel les candidats décident en catimini quelle sera l’issue du scrutin, tout en comptant sur le fait que les citoyens suivront mécaniquement, telle l’intendance chère au général de Gaulle. Ce ne sont pas les candidats qui font l’élection en se répartissant les rôles, tout en attendant (im)patiemment que leurs dociles administrés valident une histoire écrite d’avance. Quand elle prétend n’être que le fait du prince, peut-être l’élection n’est-elle rien d’autre que le piège à cons du célèbre slogan. Mais il n’y a que le prétendant à la principauté qui tient ses électeurs en si faible respect. 

Une élection, c’est un rendez-vous des habitants avec eux-mêmes

Tout à l’inverse, une élection, c’est l’un des rendez-vous que la communauté des citoyens-habitants doit tenir avec elle-même pour définir les modalités de son être ensemble. Et cela au moyen d’hommes et de femmes qui ne sont rien d’autre que ses représentants. Pour cela, encore faudrait-il que les aspirants à la mairie ne préemptent pas la capacité de décision des citoyens en recourant à ces stratégies qui s’apparentent à des tentatives de priver les électeurs de leur puissance de choix.

Réaffirmons par conséquent que cette élection est la nôtre, quelles que soient nos divergences et nos différences d’opinion. Ne nous laissons pas déposséder de nos désirs et de nos aspirations à faire notre ville autrement. Dimanche 28 juin, réaffirmons par conséquent notre droit à la ville, notre droit à définir nous-mêmes la ville que nous voulons. 

On me dira que je suis bien naïf. Que tout cela, c’est de la politique. Qu’il s’agit d’un contexte national. Qu’une fois la nouvelle équipe municipale en place, tout cela sera rapidement oublié. Qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil. Un soleil néanmoins toujours plus brûlant. Mais justement, c’est bien là le problème : nous ne voulons plus de cette manière de faire de la politique. Cette vieille manière de pratiquer la politique, par le haut et dans les coulisses, qui est précisément celle qui est rejetée par tant de Françaises et de Français, qui sape la confiance en la démocratie, fait le lit de l’abstention et du vote protestataire. 

Après la crise, le rôle des métropoles est plus essentiel que jamais

Le plus affligeant dans tout cela, c’est que pendant que nous sommes une nouvelle fois accaparés par ce petit jeu politique, pour lequel il ne s’agirait au final que de choisir une personnalité sur le marché des produits politiques, nous perdons de vue les vrais enjeux du scrutin municipal. Alors que nous sommes encore en plein dans une crise sanitaire mondiale, que cette crise aura plus que jamais rappelé à quel point nos sociétés et nos villes sont inégalitaires (voire radicalement coupées en deux mondes) et à quel point nous sommes dépendants de certains services essentiels, que les prévisions climatiques relèvent d’ores et déjà du scénario catastrophe, le rôle des métropoles est plus essentiel que jamais. Pour ne parler que de la question écologique, nous savons que nos modes de vie urbains actuels ont une responsabilité énorme dans le réchauffement climatique. Nous savons également que, nous autres habitants des villes, sommes déjà frappés de plein fouet par les dérèglements du climat. L’été commençant ne manquera pas de nous le rappeler. L’heure n’est plus à chercher à culpabiliser qui que ce soit, mais à amorcer une transformation véritable à partir des lieux qui sont les nôtres, nos rues, nos places, nos quartiers. 

C’est là l’enjeu d’une politique municipale : lutter pour faire en sorte qu’il y ait demain encore un après habitable pour toutes et tous. C’est pourquoi, plutôt que ces tristes rémanences du monde d’avant, les habitants de Strasbourg attendent de leurs élus qu’ils se placent à la hauteur du présent. 

Mickaël Labbé

Victime de violence policière, Marlène Lutz obtient un procès correctionnel

Victime de violence policière, Marlène Lutz obtient un procès correctionnel

Gilet jaune de la première heure et victime de violence policière, Marlène Lutz espère obtenir enfin justice. Le policier qui l’a matraqué à l’arrière du crâne comparaît devant le tribunal correctionnel de Strasbourg dans la matinée du 23 juin pour « violences avec arme par personne dépositaire de l’autorité publique suivie d’incapacité n’excédant pas huit jours. »

Le samedi 12 janvier 2019, Marlène Lutz s’effondrait après avoir été matraquée à l’arrière du crâne dans la rue du 22-Novembre. Plus d’un an et demi après cet acte 9 des Gilets jaunes marqué par des affrontements, le policier auteur des faits doit comparaître devant le tribunal correctionnel de Strasbourg. Il sera jugé pour « violences avec arme par personne dépositaire de l’autorité publique suivie d’une incapacité n’excédant pas huit jours. »

11 points de suture après avoir été matraquée lors de l’acte 9 des Gilets jaunes à Strasbourg, le 12 janvier 2020. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

L’aboutissement d’un combat

La veuve de 63 ans ne s’attendait pas à ce procès. Depuis ce 12 janvier, Marlène Lutz a continué de manifester tout en voyant ses camarades blessés, parfois éborgnés, par les tirs de la police ou de la gendarmerie. Les violences policières sont ainsi devenues son principal combat.

Montpellier, Toulouse, Paris, Metz… L’ancienne aide-soignante a sillonné la France pour dénoncer l’impunité des forces de l’ordre, avec souvent comme seul outil un portable à la main diffusant sur Facebook en direct. La retraitée sait très bien qu’une violence policière filmée a plus de chance d’être sanctionnée. Elle regrette que les policiers soient peu condamnés lorsqu’ils se rendent coupables de violences, avant d’évoquer la plainte classée sans suite de la mère de Lilian, touché par un tir de LBD le même jour que Marlène. Le jeune de 16 ans ne manifestait pas.

Quelques jours après l’acte 9, Rue89 Strasbourg recueillait le témoignage de Marlène Lutz pour un article sur les violences du 12 janvier. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Mi-janvier 2019, la militante racontait sa blessure les larmes aux yeux : « Je ne sais pas ce que c’est, cette haine que je ressens. » Six mois plus tard, Rue89 Strasbourg l’interviewait à nouveau. Marlène continuait de se battre « pour que plus personne ne vive ces bavures policières. (…) Chaque fois que je vois qu’ils matraquent quelqu’un, c’est comme s’ils me matraquaient moi. »

A gauche, Marlène écoute Carolane Ortlieb, figure locale des Gilets jaunes. Photo : GK / Rue89 Strfasbourg / cc

« Ils ne sont plus dignes de l’uniforme »

À la veille de l’audience, l’habitante de Brumath est « stressée ». Elle n’espère pas une peine de prison pour l’auteur des deux coups de matraque, « c’est pas en allant là-bas qu’il deviendra une meilleure personne, au contraire. » Obtenir justice, pour Marlène Lutz, ce serait plutôt démettre le policier de ses fonctions de maintien de l’ordre :

« Pour moi, tous ceux qui ont commis ces actes illégitimes, qui ont frappé, qui ont éborgné, ils ne sont plus dignes de porter l’uniforme. Pour moi, cet homme est un danger public, il ne devrait plus assurer l’ordre dans les manifs. »

Lors de son audition par l’Inspection générale de la police nationale (IGPN), le policier a reconnu une « erreur » tout en précisant qu’il ne savait pas que la victime était une femme. Marlène Lutz se dit choquée par ces propos de l’auteur, cité dans les Dernières Nouvelles d’Alsace : « Comment peut-il parler d’une erreur ? Femme ou homme… On ne frappe pas par derrière, surtout pas quelqu’un comme moi qui marche sans rien faire de mal ! » Dans son rapport, la police des polices écarte la légitime défense et conclut à une violence disproportionnée. Peu confiante dans le système judiciaire français, Marlène Lutz espère que « cette plainte servira d’exemple. »

Municipales : Quand les candidats passaient pour la première fois à la télévision

Municipales : Quand les candidats passaient pour la première fois à la télévision

La dernière semaine de campagne des élections municipales est celle des débats télévisés. L’occasion de rappeler les premières apparitions des candidats à la télévision… ainsi que leurs premiers engagements.

Alain Fontanel apprécie les écologistes

Le premier passage télévisé significatif d’Alain Fontanel date de mars 2010. Alors adjoint aux Finances à Strasbourg, le membre du Parti socialiste ne voit pas de grand danger dans le vote écologiste. Au contraire, dès le soir du premier tour, il est l’un des deux « émissaires » pour négocier la fusion des listes de Jacques Bigot (PS) et de Jacques Fernique (EELV) au second tour des élections régionales en Alsace.

Dans l’appartement où Alain Fontanel est interviewé, on reconnaît aussi l’ex-Vert Éric Schultz, colistier PS en 2020. « On a du plaisir à passer du temps ensemble maintenant et demain à la région », plaisante l’actuel premier adjoint au maire. Sur la liste fusionnée, non sans mal, il sera cinquième, puis élu six ans dans l’opposition au conseil régional de Philippe Richert (UMP).

Le lendemain du premier tour, sur le trottoir enneigé du QG, Alain Fontanel est filmé en compagnie de l’adjoint strasbourgeois Alain Jund (EELV), hilare avec son écharpe verte. « On est invités permanents chez eux et c’est important de travailler ensemble », glisse Alain Fontanel à la caméra sur le pas de la porte, les traits tirés.

En 2020, la liste « Unis pour Strasbourg » (LREM/LR) accuse Alain Jund, colistier de Jeanne Barseghian, d’être à l’origine de tous les maux de Strasbourg en matière d’urbanisme, sa fonction d’adjoint depuis 2008. Il était membre d’une municipalité, dont le premier adjoint et coordinateur de la majorité était… Alain Fontanel.

Jean-Philippe Vetter se lance chez les jeunes UMP

En février 2007, Jean-Philippe Vetter a 27 ans. Il vient de s’encarter comme jeune adhérent UMP. Il participe à la campagne de Nicolas Sarkozy. Une trajectoire qui l’amuse lors d’un collage militant de nuit avec une grosse veste.

A l’époque, le militant de droite ne souligne pas encore le parcours de son père, boulanger, pour marquer une proximité avec l’électorat des commerçants et artisans. L’heure est plutôt à percer dans une famille politique, où il est toujours difficile d’être légitime sans réseau. Il invoque une autre figure familiale, sa mère, qui fut conseillère municipale. En 2014, il devient conseiller municipal à son tour. Questionné sur l’acte fondateur de son engagement, le jeune homme parle de « la réforme des retraites ».

En 1986 déjà, le binôme Oehler-Trautmann

En 1986, les élections législatives se font par listes et par département, et sans parité homme-femme. Le député sortant socialiste Jean Oehler s’est brouillé avec le maire de Schiltigheim Alfred Muller. Il intronise donc Catherine Trautmann en seconde position. « Je crois qu’un homme placé en deuxième position derrière une tête de liste, le complète peut-être mais pas de la même manière qu’une femme. Une femme ouvre des perspectives différentes sur une liste, il y a une différence fondamentale », argumente la conseillère municipale d’opposition de 34 ans à Strasbourg.

La liste PS recueillera 18,58% des suffrages dans le Bas-Rhin, derrière l’UDF (4 élus) et le RPR (2 élus). Deux députés socialistes bas-rhinois seront ainsi élus à l’Assemblée nationale. Les autres listes de gauche ou écologistes n’envoient pas de députés au Palais Bourbon. En France, c’est la première cohabitation puisque la droite l’emporte, alors que le locataire de l’Élysée s’appelle François Mitterrand.

En 2020, Serge Oehler, fils de Jean Oehler, est numéro 2 de la liste de Catherine Trautmann à Strasbourg. Candidat aux élections en 2017, il n’avait pas réussi à contrer la vague « En Marche ».

Jeanne Barseghian et le tourisme durable

En 2008, Jeanne Barseghian, 27 ans, participe à la matinale de France 3 Alsace à l’occasion de la journée mondiale pour un tourisme responsable et respectueux.

Alors chargée de projet pour l’association Rhin Vivant, elle présente le concept de « tourisme durable », encore peu connu à l’époque. Lors de cette émission à un mois des grandes vacances d’été, elle défend l’idée de ne pas partir loin « pour se changer les idées », par exemple en Alsace. « Là, on est mal », embraye le présentateur Lionel Augier, aujourd’hui sur Alsace 20.

Jeanne Barseghian propose des destinations de la « jungle rhénane » comme « le Delta de la Sauer » ; « l’île de Rhinau », « la Petite Camargue alsacienne ». Pour ceux qui veulent aller plus loin ? « Éviter l’avion, surtout pour des courts trajets » ou encore « soutenir la vie locale en achetant des produits du terroir ».

« Heureusement qu’ils reviennent lundi ! » Les profs à bout après 3 semaines de déconfinement partiel

« Heureusement qu’ils reviennent lundi ! » Les profs à bout après 3 semaines de déconfinement partiel

Depuis mercredi 3 juin et le retour en petits groupes des collégiens, les enseignants alsaciens assurent à la fois des cours en classe pour les élèves volontaires et à distance pour les autres. Certains professeurs se sentent débordés par ce mode d’alternance.

Au collège des Sept arpents à Souffelweyersheim, la première cloche de la journée sonne désormais à 7h45. Les horaires ont été décalés pour que les élèves se croisent le moins possible. Car depuis trois semaines, cinq groupes de quinze volontaires se succèdent chaque jour dans les salles de classe, selon le plan de déconfinement progressif des écoles alsaciennes.

75 collégiens par jour, c’est peu pour cet établissement qui accueille en temps normal 500 ados venus de Souffel, de Reichstett et de Hœnheim. Pourtant, cette réduction des effectifs n’a pas allégé la charge de travail de leurs professeurs. C’est même le contraire pour Amélie Muller, qui y enseigne le français. Au téléphone, elle a de la fatigue dans la voix :

« En ce moment, je donne six heures de cours classiques, en présentiel, chaque jour – qu’il faut bien sûr préparer en amont, comme avant. Le reste du temps, je continue à encadrer ceux qui sont restés à la maison. »

« Je n’aurais pas tenu plus de trois semaines comme ça »

Entre la conception des exercices, la correction des rédactions faites à distance par ses élèves de 3ème, les journées d’Amélie Muller sont à rallonge :

« Je n’arrête jamais de travailler avant minuit. En rentrant du collège, je m’occupe de mes enfants puis je me mets aux corrections quand ils sont couchés. Heureusement que les élèves reviennent tous lundi, parce que je n’aurais pas tenu plus de trois semaines comme ça ».

Le retour obligatoire à l’école de tous les collégiens est prévu à partir du 22 juin jusqu’aux vacances d’été, débutant samedi 4 juillet.

Les profs ont dû assurer un double travail pendant le déconfinement Photo : Visual Hunt / cc

Du côté de Sélestat, une professeure de physique-chimie avoue même avoir « un peu laissé tomber » les cours à distance. La moitié de ses quelque 360 élèves sont revenus au collège et elle peine à cumuler chaque semaine leurs seize heures de cours en classe et l’encadrement des collégiens restés chez eux :

« Depuis le retour des vacances de printemps, un tiers d’entre eux ne se sont plus connectés sur Moodle (plateforme d’apprentissage en ligne, ndlr). Pendant le confinement, je relançais les familles pour ne pas perdre le lien, mais là, je n’ai plus le temps. De toute façon, certaines ne répondent même plus au téléphone. »

Le fossé se creuse entre ces élèves décrocheurs et ceux qui sont revenus le 3 juin sur la base du volontariat, « souvent les meilleurs de la classe, qui faisaient de toute façon le travail demandé en confinement sans qu’on ait besoin de leur courir après, » regrette-t-elle. Les autres squattent le banc de touche.

Une charge de travail décuplée

Un professeur certifié doit assurer 18 heures de cours hebdomadaires, le reste de sa semaine devant être consacré à la préparation de ces enseignements et à la correction des copies. Sur son site internet, le syndicat Sgen-CFDT Alsace évoque la possibilité d’assurer deux jours en présence des élèves, puis deux jours à distance. L’enseignant pourrait aussi effectuer l’intégralité de ses 18 heures au collège, mais le travail lié aux cours à distance doit alors être délégué à un collègue, qui, lui, ne fera pas de présentiel.

« Mais dans les faits, tout est décidé au niveau des établissements, et ces règles ne sont pas toujours appliquées », assure une professeure d’histoire-géographie qui a souhaité conserver l’anonymat. Dans son cas, il faudra encore assumer la double charge de travail jusqu’au retour de tous les élèves au collège, lundi 22 juin.

Faut-il déboulonner les monuments ?

Faut-il déboulonner les monuments ?

Dans une interview aux DNA, Catherine Trautmann a affirmé avoir été invitée à retirer sa candidature pour laisser à Jeanne Barseghian une chance de l’emporter. L’ancienne maire et candidate socialiste a assuré qu’elle n’en ferait rien, et croit en ses chances de victoire. Indéboulonnable, la Reine Catherine ?

Sur Rue89 Strasbourg : tous nos articles sur les élections municipales. Second tour dimanche 28 juin.

Des comédiens samedi place Kléber pour demander « on va où ? »

Des comédiens samedi place Kléber pour demander « on va où ? »

Une trentaine de comédiens et de techniciens ont organisé un court spectacle samedi en début d’après-midi place Kléber. Après trois mois sans culture publique, quel sera le « monde d’Après ? »

Samedi 20 juin en début d’après-midi, une trentaine d’artistes du spectacle vivant, comédiens et techniciens de Strasbourg et alentours étaient place Kléber à Strasbourg pour proposer un mini-spectacle politique aux passants.

Parmi les organisatrices de ce « happening », la comédienne Cécile Gheerbrant, la comédienne et directrice de compagnie Marion Grandjean, le comédien Marc Schweyer, le comédien Pierre le crieur, la comédienne Pauline Laurent, et bien d’autres… Tous ont voulu rappeler que la culture n’a pas disparue de l’espace public, malgré trois mois sans représentation publique.

Le spectacle, intitulé « C’est quoi vivre ? », a mis en scène des individus entraînés par les injonctions de bonheur et de productivité qui émaillent la vie quotidienne… jusqu’à ce qu’ils craquent. Et quand ils craquent, que se passe-t-il ? Comment les autres réagissent ? Restent-ils dans leur cercle de confort ou en sortent-ils ?

Ce rappel du « monde d’Avant », et sa triste ressemblance au « monde d’Après, » fait se terminer le spectacle par une question toujours sans réponse : « on va où ? On va où ? »

Photo : Thomas Niess
(vidéo Philémon Boetsch)

Facebook et Google aident Rue89 Strasbourg à passer la crise

Facebook et Google aident Rue89 Strasbourg à passer la crise

Facebook et Google ont tous les deux mis en place des fonds d’aide aux médias pendant la crise sanitaire, par l’intermédiaire de leurs initiatives en faveur de la presse. Rue89 Strasbourg a été financièrement aidée par des entités liées aux deux géants du net.

Deux fonds de soutien, mis en place par Facebook et Google, ont choisi d’aider financièrement et directement Rue89 Strasbourg. Ces fonds ont été mis en place pour permettre aux médias locaux, souvent fragiles, de résister aux conséquences économiques immédiates de la crise sanitaire du coronavirus.

La première aide, de 25 000€, provient du Fonds de soutien Covid-19 de l’European Journalism Center, abondé par le Facebook Journalism Project. Rue89 Strasbourg a fait partie des 56 premiers médias aidés par cette campagne de soutien massive en Europe, qui concernera 100 à 300 organisations. Le programme complet de Facebook comprend des aides directes dans plusieurs régions du globe, pour un montant total de 100 millions de dollars.

La seconde aide, de 5 000$ (4 347€), provient du Google News Initiative’s Journalism Emergency Relief Fund (JERF), qui vise à aider les médias locaux un peu partout sur la planète à surmonter la crise sanitaire. Au final, 5 300 médias sur plus 12 000 demandes ont été aidés pour un montant total non révélé.

Les dollars de Facebook et Google sont arrivés jusqu’à Rue89 Strasbourg Photo : Visual Hunt / cc

Une aide fort bienvenue

Ces aides arrivent à point nommé. La trésorerie de Médialab, l’entreprise éditrice de Rue89 Strasbourg, locale et entièrement indépendante rappelons-le, a connu des niveaux préoccupants fin avril et surtout fin mai en raison d’abord d’une baisse des revenus publicitaires pendant la campagne électorale, puis des annulations des campagnes publicitaires et des événements qui étaient prévus pendant la crise sanitaire.

Seuls les abonnements nous ont permis de tenir et nous tenons à remercier infiniment les quelques 900 Strasbourgeois qui paient 5€ par mois pour permettre à ce média atypique d’exister. Sans eux, nous n’aurions même pas pu passer le mois d’avril.

Ce nombre d’abonnés reste cependant insuffisant pour financer les trois journalistes à temps plein de Rue89 Strasbourg et les journalistes indépendants qui collaborent avec nous. Sans l’aide de Facebook et Google, nous aurions dû, comme nombre d’entreprises, solliciter un prêt garanti par l’État pour éviter d’avoir à déposer le bilan. Il aurait probablement été accepté mais notre développement ultérieur aurait été compromis.

Bientôt un·e journaliste supplémentaire

Tout le contraire aujourd’hui puisqu’à ce jour, la trésorerie de Médialab n’a jamais été aussi garnie depuis sa fondation en février 2012. En conséquence, nous avons décidé d’investir dans la seule activité qui nous préoccupe : le journalisme local. Nous allons embaucher un·e quatrième journaliste, avec un an d’avance sur nos prévisions.

Plus concrètement, cette embauche prendra la forme d’un CDD d’un an (voir ici la fiche de poste), avec pour objectif de développer l’enquête et l’investigation sur Rue89 Strasbourg, dans le but de générer plus d’abonnements. Cet investissement représente un effort financier d’environ 40 000€ mais nous espérons que dans un an, 2 à 3 000 Strasbourgeois soutiendront leur rédaction locale, ce qui nous permettra de continuer à la développer avec de nouvelles compétences.

Bien évidemment, cette aide de Facebook et de Google n’est assortie d’aucune condition éditoriale. Nous continuerons d’avoir un regard critique sur les deux géants de l’Internet, notamment lors de nos rendez-vous questionnant la société à l’heure du numérique, Tous connectés et après, en partenariat avec le Shadok.

Municipales : « Les listes se renouvellent, pas les classes sociales »

Municipales : « Les listes se renouvellent, pas les classes sociales »

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#Sébastien Michon

Foire Saint-Jean : les forains ont trouvé leur futur site idéal

Foire Saint-Jean : les forains ont trouvé leur futur site idéal
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La Foire Saint-Jean, une tradition du journal télévisé régional

La Foire Saint-Jean, une tradition du journal télévisé régional

Archives vivantes – La Foire Saint-Jean fait partie du paysage estival de Strasbourg. Mais elle a voyagé en ville au gré des extensions urbaines. Retour sur ces aléas dans les journaux télévisés d’époque.

C’est dans le film « Mademoiselle de Strasbourg », diffusé en 1963, qu’on trouve les premières images de la Foire Saint-Jean à Strasbourg. Elles sont nocturnes.

Les premières scènes tournées en journée sont diffusées l’année suivante dans le journal de l’ORTF. On est au temps des auto-skooters et des avions que les enfants peuvent faire décoller en appuyant sur un bouton.

Treize ans plus tard, les manèges ont pris de la hauteur et de la vitesse. L’électronique est partout, les premières salles de jeux vidéo ont fait leur apparition entre les attractions. Question mode, c’est aussi l’époque des chemises ouvertes sur les torses velus pour les hommes.

Dans le journal régional, Christian-Marie Monnot, alors jeune journaliste débutant, s’interroge déjà sur l’authenticité de la foire tandis que le cadreur tente des plans… étonnants.

Le Wacken en sursis

1992 : la Foire Saint-Jean est toujours là, ainsi que ses visiteurs. Ce sont les manèges à sensations fortes, de plus en plus nombreux, qui attirent caméras et chalands.

Avec l’agrandissement de Parlement européen, la question de l’emplacement au Wacken est mise sur la table. On en reparlera ensuite quasiment chaque année. Par exemple en 2001, dans un sujet où l’on se questionne sur la coexistence entre les industriels et les artisans, et sur la conservation de la tradition.

La parenthèse des Deux-Rives

Du Wacken, la Foire Saint-Jean en est finalement chassée en 2006, vers le Jardin des Deux-Rives. Un déménagement que les forains vivent comme une relégation. Alors quatre ans plus tard, ils accueillent avec soulagement l’annonce du retour prochain sur leurs terres.

Après neuf années au Wacken, la Foire Saint-Jean quitte à nouveau le quartier. Définitivement. Évincée cette fois par le quartier d’affaires Archipel, elle doit se déplacer de quelques hectomètres vers la plateforme Kieffer, près du Palais de la Musique et des Congrès.

« Le monde a changé, la Foire a changé avec lui »

Quatrième génération de forains de la famille Coppier, Tony connaît la Foire Saint-Jean depuis toujours. Aujourd’hui, il en est le président. En 58 ans, il l’a vue évoluer.

« Le monde a changé, la Foire a changée avec lui. Tout va plus vite, tout est plus grand. Pareil pour les manèges. La grande roue de mes grand-parents faisait 18 mètres de haut… Celle d’aujourd’hui mesure 80 mètres. L’acier a remplacé le bois, l’hydraulique a remplacé le cric à manivelle. Associé à l’informatique, ça a permis la fabrication des grands manèges à sensations qui, au lieu de simplement tourner ou bien monter et descendre, font bouger les gens dans tous les sens. »

Tony Coppier, 58 années sur la Foire Saint-Jean, qu’il préside aujourd’hui Photo : FrG / Rue89 Strasbourg

Est-ce la concurrence des parcs d’attractions qui a provoqué ce gigantisme ? Pas du tout selon Tony Coppier :

« Les forains ont toujours été des précurseurs. Les premiers à présenter le cinéma, les premiers à ouvrir des salles de jeux vidéo, les premiers à proposer les grands manèges à sensations, etc. Ce qui pousse les forains à innover, c’est le public. Les gens se lassent de plus en plus vite, alors on doit en proposer sans cesse davantage pour les attirer. Avant, dans sa carrière un forain avait un ou deux manèges. Aujourd’hui, certains en changent tous les trois ou quatre ans. »

« Nous réinventer, en continuant à allier innovation et tradition »

Mais malgré ces efforts, la Foire n’attire plus autant de monde qu’avant. Surtout si on compare aux années d’après-guerre :

« C’était l’euphorie partout. Quand la Foire s’installait en ville, c’était l’événement. Les gens s’y bousculaient. Et puis il y a eu de plus en plus de distractions concurrentes. Ça a commencé avec la télévision, puis il y a eu la VHS, les parcs d’attractions, les salles de loisirs sportifs, les animations offertes par les villes, les consoles de jeux, internet… Mais maintenant, la fréquentation s’est stabilisée, même si ça peut évoluer d’une année à l’autre pour des raisons qu’on n’arrive pas à s’expliquer. En outre, les visiteurs ont de moins en moins d’argent à dépenser. »

Ce qui est vrai également pour le secteur de la restauration, qui a également connu des évolutions :

« Les belles brasseries qui étaient installées au Wacken ont disparu, malheureusement. Incendiées ou fermées. Les gens aimaient venir y manger et profiter de la Foire. Aujourd’hui, il n’a plus rien de comparable dans le coin. Et à côté des saucisses et des merguez, on voit beaucoup de kebabs et de burgers. Mais les grands classiques de la Foire ont toujours du succès : la pomme d’amour, la guimauve, les amandes et les cacahuètes grillées sur place n’ont pas d’équivalent en ville. »

Pour Tony Coppier, les forains sont condamnés à se réinventer s’ils veulent que la Foire ait un avenir :

« Nous devons mêler innovation et tradition. C’est de là qu’était née l’idée d’un festival des arts forains au centre de Strasbourg : une façon de rappeler que la Foire fait partie de notre culture commune, que ce n’est pas qu’une distraction vulgaire de beaufs, comme le pensent certains. Des gens qui ne la connaissent pas. »