Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Municipales : Strasbourg passe en zone verte

Municipales : Strasbourg passe en zone verte

En tête au premier tour, l’écologiste Jeanne Barseghian a largement remporté le second, en dépit de l’alliance LREM/LR qui aurait pu permettre à Alain Fontanel de combler son retard.

Avec 21 592 voix, Jeanne Barseghian devient la nouvelle maire de Strasbourg. À titre de comparaison, Roland Ries (PS) avait été élu avec 36 623 voix en 2014 dans une triangulaire face aux 35 114 suffrages de Fabienne Keller (LR ; ex-UMP) et un Front national loin derrière.

C’est donc avec une certaine prudence et modestie que Jeanne Barseghian, 39 ans, a accueilli ces résultats quelque peu inattendus :

« Aux personnes qui ne se sont pas déplacées ou qui n’ont pas voté pour notre projet, je veux les assurer que je gouvernerai pour et avec toutes les Strasbourgeoises et tous les Strasbourgeois, dans le respect, l’écoute et le dialogue. »

Les écologistes n’étaient pas favoris de l’élection à Strasbourg au début de la campagne à l’automne, ni après l’union LREM/LR face à eux en juin.

Mais entre les deux tours, les écologistes, qui terminent avec 41,7% des suffrages exprimés, ont nettement augmenté leur score (+8 060 voix). C’est cinq fois plus que les réserves « Strasbourg en Commun » (LFI et alliés), qui avaient appelé à voter Jeanne Barseghian. La liste écolo, travaillée depuis plus d’un an, a suscité de grandes attentes. L’exercice du pouvoir, avec une majorité où ils n’auront pas à dépendre d’un allié, sera très observé.

Jeanne Barseghian devant ses soutiens (Vidéo Alice Ferber / Rue89 Strasbourg)

Pour remporter la victoire, les écologistes ont confirmé leurs bons scores dans le quartier Gare ou Neudorf. « Strasbourg écologiste et citoyenne » a percé dans une grande partie de Cronenbourg, un bastion socialiste, mais aussi certains bureaux du Conseil des XV, à l’Est un coin en théorie plus à droite. Son pire résultat (13,48%) est à l’Orangerie, là où Alain Fontanel réalise son meilleur total.

La participation a été légèrement plus forte que le 15 mars. Elle s’élève à 36,66% contre 33,8% trois mois plus tôt.

On retrouve un peu moins de disparités entre les secteurs . Certains quartiers centraux se sont moins « surmobilisés » qu’au premier tour.

Vote Fontanel dans les bastions de droite

Pour « La République en Marche », Alain Fontanel l’emporte comme prévu dans les quartiers du nord, Robertsau-Orangerie-Tivoli-Wacken, les bastions habituels de la droite. Souvent sous les 50%, la droite ne fait pas le plein comme elle devrait. Ainsi, le retard accumulé ailleurs devient rédhibitoire.

Par rapport à mars, le premier adjoint sortant gagne aussi quelques bureaux du sud. Il s’agit du secteur où sont implantés les conseillers départementaux Jean-Philippe Maurer et Pascale Jurdant-Pfeiffer, qui l’ont rejoint via la fusion avec « Les Républicains ». Mais dans ces bureaux là, la participation a baissé, signe que la fusion n’a pas été complètement digérée. Le tandem s’effondre dans beaucoup de quartiers populaires.

Les vaincus devraient placer 11 opposants dans l’hémicycle, soit 6 de la liste LREM et 5 de la liste LR.

L’inconnue des transferts

Dans quelle mesure les transferts d’électeurs se sont-ils opérés ? Avec 18 099 voix, Alain Fontanel recueille moins de voix que l’addition de son score et celui de Jean-Philippe Vetter (18 510). À droite ou au centre, tout le monde n’a donc pas suivi cette union entre ex-majorité et ex-opposition.

Et la liste n’a pas bénéficié d’une dynamique venue des listes éliminées ou des nouveaux votants. « Unis pour Strasbourg » avait pourtant eu le soutien des deux anciennes têtes de listes « citoyennes. »

Chantal Cutajar et Patrick Arbogast. Pour les électeurs du Rassemblement national, plus proche de la droite sur l’échiquier, l’étiquette LREM a dû jouer l’effet d’un repoussoir. Pour le reste, il est plus difficile de savoir comment les électeurs ont migré.

À l’image de ses colistiers éjectés, Alain Fontanel a vraisemblablement perdu des soutiens au centre. Troisième, l’ancienne maire Catherine Trautmann (PS) est loin, mais gagne tout de même plus de 2 000 voix pour arriver à 12 080 suffrages, soit 23,33%. Tout comme il est possible qu’une partie de l’électorat de Catherine Trautmann de premier tour ait opté pour les écologistes en juin, pour faire barrage à la droite.

Comme en mars, les points forts de Catherine Trautmann sont dans les quartiers populaires. Hautepierre, Neuhof, le sud de Koenigshoffen ou la Cité de l’Ill lui fournissent des scores au-dessus de 30%, mais ces secteurs sont restés dans l’abstention massive, ce qui limite les gains. La liste « Faire ensemble Strasbourg » est très distancée dans des bureaux de vote du quartier Gare, point fort des écologistes et la Robertsau, trustée par la droite. Et où plus de citoyens se déplacent.

« S’agissant de l’abstention massive, je perçois de ces dernières semaines sur le terrain une véritable déprime sociale », a commenté la candidate.

Reconstruction socialiste

Catherine Trautmann a annoncé qu’elle comptait siéger dans l’opposition. Une période de reconstruction s’annonce pour le Parti socialiste local. Ni le mandat, ni la campagne n’ont permis de faire émerger de nouvelles personnalités.

Car même en dehors de Strasbourg, les Socialistes ont été battus dans leurs fiefs. À Ostwald, Jean-Marie Beutel ne fera pas de 5e mandat, battu par l’écologiste Fabienne Baas, qui s’était alliée à une liste de centre-droit. À Illkirch-Graffenstaden, le maire sortant mais intronisé en cours de mandat Claude Froehly a été battu par l’opposant Thibaud Philipps (LR, soutenu par LREM et Modem) dans une quadrangulaire. Ainsi se tourne la page Jacques Bigot au sud de Strasbourg.

Le test de l’Eurométropole

Les écologistes n’auront donc pas forcément besoin du Parti socialiste pour gouverner à l’Eurométropole. Ce sera d’ailleurs un premier test pour le mois de juillet. Les Verts strasbourgeois auront quelques soutiens à Schiltigheim et Ostwald, mais cela ne suffira pas pour avoir une majorité. Combien de maires de droite ou « sans étiquette » arriveront-ils à fédérer dans un projet ? Lors de l’échec des négociations avec le PS, Jeanne Barseghian avait insisté son souhait d’élaborer un projet « avec les 32 autres communes ».

Après avoir été traités par leurs adversaires, en vain, de « dogmatiques » et « incapables de s’allier » avec le PS, voici l’occasion de démontrer l’inverse. Certains maires l’ont bien compris et étaient présents sur la terrasse du TNS où les écologistes se réunissaient pour célébrer la victoire.

Jeanne Barseghian sera officiellement élue par ses pairs à Strasbourg, samedi 4 juillet à partir de 18h.

Quelques réactions

Robert Herrmann, président de l’Eurométropole

Alain Fontanel

Jean-Philippe Vetter

Municipales : 41,71% pour Jeanne Barseghian

Municipales : 41,71% pour Jeanne Barseghian

Retrouvez ci-dessous tous les résultats du second tour des élections municipales à Strasbourg, dévoilés au fur et à mesure de leur dépouillement.

Voici les résultats du second tour des élections municipales à Strasbourg, communiqués par la Ville de Strasbourg et le ministère de l’Intérieur.

Pour voir les votes recueillis dans un bureau, cliquez dessus ou saisissez son nom dans le champ de recherche. Pour retourner aux résultats totaux, cliquez sur la croix du champ de recherche.

Municipales : tous les résultats en Alsace

Municipales : tous les résultats en Alsace

Retrouvez ci-dessous tous les résultats des élections municipales en Alsace.

Voici les résultats des élections municipales en Alsace. Pour les communes sans second tour, le résultat obtenu au premier tour est rappelé. Pour accéder aux résultats détaillés, survolez la commune qui vous intéresse puis cliquez, ou tapez son nom dans le champ de recherche.

Lorsque les résultats sont définitifs, une visualisation de la composition du conseil municipal est disponible.

Jeanne Barseghian future maire de Strasbourg

Jeanne Barseghian future maire de Strasbourg

La liste « écologiste et citoyenne » conduite par Jeanne Barseghian est arrivée en tête des élections municipales à Strasbourg. Retrouvez ci-dessous le compte rendu de la soirée électorale.

Quels seront les dossiers que Jean-Philippe Vetter (LR) va suivre de près dans cette future municipalité écologiste ? Il répond :

Jeanne Barseghian s’adresse à ses partisans depuis la terrasse du café du TNS après la confirmation de la victoire de la liste écologiste et citoyenne.

Réaction d’Isabelle Meyer, qui était n°2 de la liste « Unis pour Strasbourg », après l’annonce de la victoire de la liste écologiste :

Les assesseurs viennent déposer le contenu des urnes de vote au centre administratif Photo : Lola Collombat

La victoire de Jeanne Barseghian se confirme à son QG, le Café du TNS.

Nicolas Matt, colistier de la liste « Unis pour Strasbourg » (LREM / LR), réagit à la victoire de la liste écologiste.

Robert Herrmann, président sortant de l’Eurométropole, évoque la suite immédiate à l’intercommunalité après la victoire des écologistes :

Des salariés de Sanofi ont tenté de sensibiliser les élus au plan social qui doit frapper l’entreprise et à la suppression du site strasbourgeois.
Roland Ries copieusement hué au QG socialiste…
Ambiance en surchauffe au QG écologiste
Inquiétude au QG de « Unis pour Strasbourg »

Déception au QG de la liste « Unis pour Strasbourg » à l’annonce des résultats de sortie des urnes, donnant vainqueur la liste écologiste de Jeanne Barseghian.

À Colmar, Eric Straumann est largement en tête selon des résultats encore partiels (75% des bureaux de vote).

Selon des premiers résultats en sortie des urnes, à Mulhouse : Michèle Lutz (LR) a été réélue avec 36% des suffrages, 7 points devant les écologistes.

Dans 10 minutes, les articles avec les cartes du second tour seront déverrouillés. Les résultats arriveront peu de temps après, au fur et à mesure du dépouillement.

Avant la fin du vote à Strasbourg, l’adjoint au maire et ancienne tête de liste socialiste Mathieu Cahn estime que maintenir ce second tour dimanche 28 juin était une « hérésie démocratique ». Il pointe la forte abstention.

Plus que 30 minutes pour voter…

Au bureau de vote du lycée Oberlin à Strasbourg Photo : Alice Ferber / Rue89 Strasbourg / cc

Plus que 90 minutes pour aller voter ! Les bureaux de vote à Strasbourg ferment à 20h. En revanche, c’est trop tard dans les autres communes alsaciennes.

Ratiba vient de sortir du bureau de vote 214. Pour elle, l’abstention s’explique avant tout par « la méfiance des gens qui ont compris qu’au premier tour, ils n’étaient pas assez bien protégés contre le virus. »

Habitante de l’Elsau, Ratiba fait partie des rares citoyens qui sont allés voter dans ce quartier Photo : GK / Rue89 Strasbourg / cc

La mère de famille espère que le nouveau ou la nouvelle maire permettra de remettre en place des commerces dans le quartier, « mais il faut aussi plus de propreté et de sécurité. Quand je vois des jeunes qui vendent de la drogue devant moi, je ne me sens pas en sécurité. »

En France, la participation s’établit à 34,67% à 17h. Elle était de 38,77% au premier tour et de 52,36% au second tour en mars 2014.

La participation à Strasbourg semble pour l’instant favoriser la droite, elle est plus forte dans les bureaux qui votent généralement à droite.

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À Strasbourg, la participation est catastrophique et s’établit à 26,38% en moyenne. Au premier tour, elle était de 28,93%. En 2014, le second tour avait mobilisé 40,87% des électeurs.

Dans le Bas-Rhin, la participation à 17h s’établit à 36,63%. C’est assez faible mais tout de même 5 points de plus qu’au premier tour à la même heure (31,87%). En 2014, la participation au second tour à 17h était de 50,50%.

Dans le Haut-Rhin, la participation à 17h s’établit à 36,6%. En 2014, ce chiffre était de 50,57%.

Sur les réseaux sociaux, la faible participation se remarque un peu partout…

https://twitter.com/alexsyl973/status/1277251034344284162

Jean-Philippe Vetter (LR), qui a fusionné sa liste avec celle d’Alain Fontanel (LREM), a voté au lycée Oberlin à la Krutenau en début d’après-midi.

Jean-Philippe Vetter était arrivé 4e au premier tour de scrutin Photo : Alice Ferber / Rue89 Strasbourg / cc

Catherine Trautmann, tête de la liste « Faire ensemble » (PS), a voté ce matin au lycée Kléber.

La participation à Strasbourg s’établit à 10,76%. En forte baisse par rapport au premier tour, où elle était de 14,57% ce qui n’était déjà pas terrible.

Avec masques, stylos désinfectés et gel hydroalcoolique à l’entrée, les bureaux de vote évitent d’être des lieux de propagation du coronavirus. Ce fut l’une des critiques adressées au gouvernement lors du premier tour, beaucoup d’assesseurs étant tombés malades ensuite.

Peu de personnes au même instant dans les bureaux de vote de l’école Saint-Jean, les entrées sont régulées Photo : PF / Rue89 Strasbourg
L’heure du choix… Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc

Le taux de participation dans le Haut-Rhin est de 18,18 %. Au second tour en 2014, il était de 19,04%.

Le taux de participation dans le Bas-Rhin est de 15,71%, soit sensiblement le même qu’au premier tour (16,93%).

Jeanne Barseghian, candidate de la liste « Strasbourg écologiste et citoyenne » a voté ce matin à l’école de la Musau, au Neudorf.

À l’école Saint-Jean, où trois bureaux de vote sont installés, il n’y avait guère d’affluence ce matin.

Choix final à l’école Saint-Jean Photo : PF / Rue89 Strasbourg

Alain Fontanel, candidat tête de la liste « Unis pour Strasbourg » (LREM / LR) a voté à la Robertsau vers 10h30.

Alain Fontanel ce matin (vidéo GK/ Rue89 Strasbourg)

Des mesures sanitaires ont été appliquées aux bureaux de vote, afin de permettre aux citoyens de voter en sécurité malgré la circulation du coronavirus.

    Gel hydro alcoolique pour chacun dès l’entrée dans le bureau de vote,Pas plus de 3 personnes en même temps dans le bureau de vote,Séparation des flux sur l’ensemble du parcours depuis l’entrée dans le bureau jusqu’à la sortie,Balisage de distanciation sur l’ensemble du parcours,Masque obligatoire (masques à disposition en cas d’oubli),Sécurisation et désinfection régulière des isoloirs,Absence de contact au moment de présenter la pièce d’identité,Signature du registre avec son propre stylo (stylo désinfecté après chaque utilisation disponible en cas d’oubli)

Bonjour et bienvenue sur ce suivi du scrutin. Le second tour des élections municipales se déroule ce dimanche 28 juin. Les bureaux de vote sont ouverts de 8h à 18h, sauf à Strasbourg où ils sont ouverts jusqu’à 20h.

Professions de « mauvaise foi »

Professions de « mauvaise foi »

Comme vous, Piet a reçu les professions de foi du candidat et des candidates à la mairie. L’ennui avec Piet, c’est qu’il salit tout. Il en profite pour faire apparaître quelques non-dits et éventuelles rancœurs.

Dimanche dans les urnes à Strasbourg, trois « visions » différentes

Dimanche dans les urnes à Strasbourg, trois « visions » différentes

La campagne s’est achevée sans grande controverse autour d’un projet. Mais les trois listes ont déroulé des priorités différentes pour le développement à moyen terme de Strasbourg.

La campagne des élections municipales est terminée. On peut ergoter sur telle ou telle mesure promesse difficile à tenir ou mal financée dans les programmes. On peut remarquer qu’il y a quelques consensus, comme le besoin d’une ville plus respirable, empreinte d’une culture européenne et qui protège des crises. On peut apprécier ou non tel ou telle personnalité sur les listes…

Mais dimanche 28 juin, c’est avant tout trois visions, trois hiérarchies de priorités différentes, qui se présentent devant les électeurs strasbourgeois. Passages en revue des doctrines respectives pour aborder les six années à venir.

À droite, l’emploi pour régler les autres problèmes

Pour la liste LREM/LR, la santé de la ville passera d’abord par l’emploi. Dans sa perception, le travail permet l’épanouissement des citoyens, qui ensuite vont se cultiver, consommer ou s’engager. Pour son ultime point presse, la liste « Unis pour Strasbourg » a choisi le Parlement européen et a cité le nouveau quartier d’affaires au Wacken construit juste en face. Archipel n’a pas créée ex-nihilo les milliers d’emplois promis en 2014, mais permettra de rapatrier des sièges de grandes entreprises ou de regrouper des équipes : Adidas, Puma, Crédit mutuel ou Caisse d’Épargne. Avec le déménagement de ces grands noms, le Ville perçoit plus d’impôts locaux, et abrite plus de salariés à hauts revenus. Une sorte de ruissellement, qui permettrait d’aider d’autres Strasbourgeois quant aux difficultés économiques qu’ils connaissent dans les quartiers populaires.

À l’Université, la liste apprécie quand Strasbourg remporte des prix Nobel. Ces derniers ont d’ailleurs posé avec Alain Fontanel avant le premier tour. Ces pointures font parler de l’Unistra en France voire dans le monde et attireraient d’autres chercheurs et étudiants. Certains restent ensuite en Alsace. L’Eurométropole a aidé l’Université pour de tels dispositifs d’excellence. Pour présenter son programme de premier tour Alain Fontanel avait choisi le biocluster des Haras, « un lieu qui symbolise l’excellence strasbourgeoise dans l’innovation médicale », selon le candidat qui souhaite « la retrouver dans tous les domaines ».

Côté commerces, le tandem parle aussi de « l’attractivité du centre-ville ». Pour les petites et moyennes entreprises, elle promet de baisser les impôts. Les habitants des communes extérieures doivent pouvoir y accéder plus facilement, y compris en voiture, et les touristes venir grâce à des campagnes de promotion, voire des Marchés de Noël délocalisés sur d’autres continents.

Pour maintenir cette attractivité économique, les colistiers pensent aussi qu’il faut la concilier avec des efforts supplémentaires sur la « qualité de vie », un terme préféré à « l’écologie » : des arbres, des places du centre-ville plus végétalisées, de l’ombre, des fontaines ou des jardins familiaux pour atténuer le changement climatique localement.

Chez Catherine Trautmann, un subtil équilibre

Cette inclinaison pour « l’attractivité » n’est pas rejetée par Catherine Trautmann. Les Socialistes en avaient fait un sujet de campagne dès 2008. Les grands investissements pour le Palais de la Musique et des Congrès ou le Parc des expositions en font partie. Néanmoins, dans l’idéal social-démocrate, il faut aussi une émancipation par l’Éducation, par la Culture ou désormais la formation au numérique. Grâce à cette montée en compétences, un maximum de citoyens pourraient s’épanouir, accéder à l’emploi, et notamment intégrer les entreprises qui choisissent Strasbourg. Plusieurs programmes en ce sens sont annoncés si Catherine Trautmann l’emporte.

Catherine Trautmann souhaite une « métamorphose de la ville » sur les questions de « l’énergie, les transports et l’habitat ». L’empreinte carbone et la qualité de l’air peuvent notamment s’améliorer grâce au progrès technique, scientifique et de nouvelles pratiques comme les réseaux de chaleur, le recyclage et le réemploi de matériaux.

Les candidats s’opposent sur la hiérarchie des priorités Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Côté grands travaux, le sujet a peu été débattu en campagne, mais elle pense que la transformation de l’A35 atténuerait les « fractures » actuelles de la ville. « L’Elsau ne serait plus coincée au bord d’une autoroute », complète-t-elle. Elle souhaite commencer « par l’arrière-gare ». Certains viaducs de l’actuelle autoroute seraient déconstruits, à l’instar du pont Churchill entre l’Esplanade et Neudorf jadis. Ce changement dans le relief de la ville constitue une nuance par rapport à Robert Herrmann, le président sortant de l’Eurométropole, qui a entamé des esquisses pour ses successeurs. Comme avec le tram dans les années 1990, Catherine Trautmann garde cette idée de « mettre en réseau » les quartiers « délaissés ces dernières années ». L’heure n’est plus à de grandes extensions, mais à des échanges entre « les équipements culturels », dont un nouveau lieu aux Deux-Rives. Catherine Trautmann parle volontiers d’un « nouveau cycle » pour Strasbourg et met en avant son « expérience » pour concilier emploi, écologie, culture, Europe et santé. Un équilibre subtil pour une tête de liste qui aime appréhender la complexité des enjeux modernes.

Chez les écologistes, adapter la ville

Pour les écologistes en revanche, l’attractivité ne doit plus être la boussole de l’action publique. Ils estiment qu’elle sert une élite mais pas les problèmes du quotidien de beaucoup de Strasbourgeois, dont un quart vivent sous le seuil de pauvreté. Et que l’attractivité peut se poursuivre grâce à une exemplarité écologiste, la « capitale du vélo » ayant déjà cette réputation. Selon eux, la priorité doit être l’adaptation de la ville au changement climatique. Ils estiment que la majorité des efforts, pour l’Économie, le logement, le social ou les déplacements doivent davantage intégrer cette donnée. Ainsi, ce cap irriguerait les dépenses de la collectivité, générerait de nouveaux emplois et de nouvelles opportunités dans le secteur privé. Et que les indicateurs qui mesurent la santé économique d’une ville oublient certains éléments comme la santé, la pollution, le bien-être.

Avec l’Université, la liste estime qu’il faut davantage s’appuyer sur les travaux de ses scientifiques pour améliorer et accélérer cette transition localement. Au sujet de la démocratie locale, qu’elle veut réformer, elle estime qu’il faut partir des problèmes d’habitants, leur « expertise d’usage » et mettre « tous les acteurs autour de la table » pour discuter. Objectif, surmonter les clivages quand tout le monde n’a pas les mêmes buts.

Concernant le stade de la Meinau, les écologistes se sont résolus à accepter la subvention de 100 millions d’euros, après avoir voté contre. Mais ils souhaitent les conditionner à une exemplarité en termes de consommation d’énergie, de déchets ou d’ouverture sur le quartier.

Contrairement aux deux autres listes, les écologistes n’ont jamais eu de poste de maire, de premier adjoint, ni l’un des trois postes clés à l’Eurométropole, président, premier vice-président ou numéro 3 et patron des maires comme Yves Bur (divers droite) depuis six ans. Il est donc plus difficile de s’imaginer ce que cela donnerait avec une majorité à Strasbourg pour six ans. Les adversaires l’ont compris et parlent ainsi de « risque » pour la ville, là où les écologistes voient une « peur du changement ».

C’est entre ces trois visions distinctes qu’une partie des Strasbourgeois choisiront par leur vote dimanche.

L’Amazonisation de l’Alsace jette le trouble jusque dans les réseaux économiques

L’Amazonisation de l’Alsace jette le trouble jusque dans les réseaux économiques

Deux projets d’entrepôt géants pour le commerce en ligne se trament en Alsace. Des implantations qui interrogent y compris les défenseurs de la libre-entreprise.

Quelques cyclistes avec un carton sur le dos tournent sur un rond point à l’entrée de Dambach-La-Ville. Les automobilistes alternent entre message de soutien, prise de tract et exaspération. Une camionnette de Labonal, dont l’usine se situe sur les collines voisines, patiente derrière les deux roues. Bienvenue à la première manifestation contre l’implantation d’Amazon dans le Bas-Rhin.

« Les vélos schématisent le nombre de camions qui passeront tous les jours ici. L’objectif est d’interpeller les habitants sur la base des quelques informations obtenues auprès de la communauté de commune. Beaucoup de gens ne connaissent pas encore le projet », explique Yeliz Gencer du collectif séléstadien « Le Chaudron des alternatives », qui fédère plusieurs dizaines d’associations environnementales.

Manifestation à vélo sur un rond point. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Après environ 30 minutes, la gendarmerie arrive. La discussion est courtoise en dépit de l’action non-déclarée. Les vélos doivent se mettre sur le côté de la chaussée et pas au centre pour ne pas ralentir la circulation. L’action doit se terminer dans la demi-heure.

À entendre les opposants, la partie n’est pas jouée d’avance. Surtout, l’existence du projet a fuité plus en amont que les projets d’Ensisheim près de Mulhouse ou Augny près de Metz. Les militants capitalisent aussi sur le soutien de nombreux commerçants, au niveau national ou local, qui se sont greffés à leur mobilisation contre Amazon.

Tractation anonymes

Dans un courrier au Chaudron, le président actuel de la communauté de communes du pays de Barr, Gilbert Solly (LR), a donné quelques informations supplémentaires sur le déroulé des tractations. Son agglomération a été saisie « sous couvert d’anonymat » par Amazon à l’automne 2019. Puis, en novembre, une audience s’est tenue à la Préfecture du Bas-Rhin. Les services de l’État restent « à la disposition » de l’opérateur et de la « com’com » pour les « accompagner dans les démarches ».

Puis le 17 décembre, une autre réunion des élus du pays de Barr a eu lieu, à huis clos. Les représentants des 20 communes ont confié la suite des discussions uniquement à Gilbert Scholly, qui ne s’est pas représenté en mars. L’ancien maire de Barr conclue sa réponse en appelant à « un débat transparent, démocratique et contradictoire » dans les prochains mois.

La nouvelle équipe qui sera installée le vendredi 10 juillet décidera lors de son mandat. Il lui suffit de voter ou non une modification de Plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi). Pour l’instant, une hauteur maximale de 18 mètres est autorisée, mais Amazon exploite des bâtiments de 24 mètres. Le jour de la mise en place des nouveaux élus, et l’élection du président ou de la présidente, les associations et habitants opposés comptent sensibiliser leurs représentants.

À Ensisheim, l’enquête publique « Eurovia 16 Project » s’est terminée avec des centaines de messages défavorables dans les derniers jours. Les avis du commissaire enquêteur puis du préfet seront rendus pendant l’été.

Des emplois mais aussi des destructions

Ces projets promettent des emplois, mais selon une étude du député LREM et ancien secrétaire d’État au numérique, Mounir Mahjoubi (LREM), ils en détruisent deux fois plus (2,2) dans le commerce.

Le président du conseil départemental du Bas-Rhin, qui annonce un plan de relance à 200 millions d’euros, ne sait pas s’il s’agit d’une bonne ou mauvaise nouvelle. Frédéric Bierry (LR) aimerait rencontrer Amazon pour mieux connaitre le projet pour se positionner.

« J’en ai discuté avec le président de l’Essonne où un entrepôt Amazon s’est implanté. L’entreprise a rempli une partie de ses engagements avec 1500 emplois et en prenant 10% de bénéficiaires du RSA. Mais les engagements de la deuxième tranche n’ont pas été tenus. Des commerçants disent que c’est catastrophique, mais d’autres qu’ils travaillent avec… »

L’élu de la vallée de Schirmeck pointe d’autres sujets d’interrogation comme la « question de la desserte de Strasbourg », l’augmentation de « l’empreinte carbone des poids-lourds » ou encore l’effet sur la santé des salariés bas-rhinois.

L’emprise où peut s’installer Amazon, sur 17 hectares. Dans le fond, Dambach-La-Ville et son usine Labonal. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Garder les terrains pour de la production

D’habitude favorable aux projets d’implantations, le président de la Chambre de commerce et de l’Industrie (CCI), Jean-Luc Heimburger aimerait aussi en savoir plus :

« L’Alsace est déjà très pourvue de grandes plateformes logistiques, nous sommes proches de la saturation. Il vaut mieux garder les futurs terrains pour des sites de production. Mais il y a aussi de nouveaux commerçants qui ne veulent plus s’embêter avec des baux commerciaux. Ils veulent vendre sur internet, des biens produits localement ou non d’ailleurs. »

Le président de la Chambre des Métiers d’Alsace (CMA), Jean-Luc Hoffmann souhaite pour sa part « les mêmes droits, mais aussi les mêmes devoirs pour pouvoir se battre à armes égales ». En clair, que les entrepôts logistiques soient imposés comme une boutique.

Les Vitrines « farouchement opposées »

La position est encore plus tranchée pour Pierre Bardet, le directeur de l’association de commerçants des Vitrines de Strasbourg :

« Nous sommes farouchement opposés aux projets d’Amazon en Alsace. Ce sont des constructions inesthétiques qui détruisent la nature et détruisent le commerce de proximité, cela a été prouvé dans une étude. Il faudra que l’on s’empare davantage du sujet après les élections. »

Tractage auprès des automobilistes près de Dambach-La-Ville. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Uni à Alain Fontanel (LREM) pour le second tour des élections municipales à Strasbourg, Jean-Philippe Vetter (LR), qui s’occupe du soutien aux commerçants dans la campagne (c’est lui qui est allé répondre aux questions des Vitrines), estime que s’il devait prendre la présidence de l’Eurométropole, sa collectivité n’aura pas à s’y opposer :

« Que l’entrepôt soit en Alsace ou non cela ne changera rien aux habitudes. Il n’y aura pas plus de commandes parce que l’entrepôt logistique est ici. Ce qui changera l’attitude des consommateurs, c’est la propreté du centre-ville, l’accessibilité du centre-ville, la communication sur la qualité. Si un entrepôt Amazon doit exister, je préfère tout de même qu’il s’installe à proximité dans notre région pour créer des emplois locaux. »

Pour le géographe alsacien Raymond Woessner, spécialiste des transports, l’Alsace a fait des choix différents de ses voisins :

« En Suisse, le transport de marchandises par train est privilégié, c’est depuis peu écrit dans sa Constitution. Dans le Bade-Wurtemberg, les Verts sont au pouvoir depuis 2011 et le taux de chômage de 3,2%. Ce ne sont pas des terrains propices pour Amazon ou ses concurrents. En plus du GCO de Strasbourg qui connecte au nord de l’Europe, d’autres élargissements routiers au sud, à Mulhouse et en Franche-Comté permettent de contourner facilement la Suisse, où les poids-lourds sont fortement taxés. Les déplacements en poids-lourds y seront plus fluides pour une quinzaine d’années, mais les routes appelant plus de véhicules, on risque d’avoir le même problème à terme. Ces entrepôts apportent de la croissance, mais pas vraiment du développement économique local. »

27 élus de l’Université démissionnent pour dénoncer une gestion opaque du budget pour la recherche

27 élus de l’Université démissionnent pour dénoncer une gestion opaque du budget pour la recherche

Des enseignants-chercheurs de la liste Alternative 2017 déplorent un manque de transparence dans l’utilisation du budget de l’Université. Ils démissionnent du Conseil d’administration, de la Commission de la recherche et de la Commission de la formation et de la vie universitaire.

Le 24 juin, 23 enseignants-chercheurs élus sur la liste “Alternative 2017” ont démissionné des principaux conseils de l’université de Strasbourg. Ils étaient membres du Conseil d’administration (CA), de la Commission de la recherche (CR) et de la Commission de la formation et de la vie universitaire (CFVU) du Conseil académique. Ces trois conseils regroupaient 116 élus.

« Ce n’est pas dans les Conseils d’administration que les décisions se prennent », explique Julien Gossa, démissionnaire du Conseil d’administration de l’Université de Strasbourg. Il dénonce des décisions prises par « quelques personnes autour du président » Michel Deneken. Le maître de conférence en informatique ajoute : 

“Tous les élus démissionnaires sont face à un processus de décision qui se passe ailleurs. À partir de là, on ne sert à rien. Sinon à donner une caution démocratique à une décision qui a déjà été prise dans d’autres réunions. Or, tous les élus membres du CA n’y ont pas été invités”.

Julien Gossa, maître de conférence à l’Université de Strasbourg

Un manque de transparence financière

Julien Gossa et d’autres démissionnaires ont adressé une lettre à la Cour des comptes. Ils décrivent une « absence de transmission des informations budgétaires essentielles concernant les structures ». Les signataires font référence aux fondations de l’Université et aux filiales financées par le Programme Investissement et Avenir (PIA). Mis en place par l’État en 2009, le PIA et ses 57 milliards d’euros d’investissement doit permettre de faire « émerger des pôles universitaires d’excellence reconnus au niveau international », peut-on lire sur le site de l’unistra.

Ce programme a permis de financer des filiales comme l’IdEx, “initiatives d’excellences”. Entre 2012 et 2016, l’Université de Strasbourg a versé 25.6 millions d’euros par an à cette structure. Depuis, l’IdEx a été reconduite. La filiale a permis, entre autres, de recruter 58 doctorants étrangers et de soutenir 275 projets de recherche pendant ces 4 ans. Mais le démissionnaire dénonce que les fonds soient utilisés de manière opaque :

« La Commission de la formation et de la vie universitaire est chargée de distribuer 6 millions d’euros sous forme d’appels à projets pédagogiques ou de recherche. Mais ce n’est qu’une sous-partie de l’IdEx. On ne sait pas où le reste de l’argent est dépensé (20 millions d’euros par an, ndlr) »

Julien Gossa

« Les sommes n’existent pas pour tout ce qui est IdEx »

Ainsi, dans le procès-verbal du Conseil d’administration du 17 décembre 2019, Pierre Gilliot enseignant-chercheur et démissionnaire du CA indique : « Les sommes exactes (…) n’existent pas pour tout ce qui est IdEx (…) alors que les montants sont conséquents. » Le président de l’Université Michel Deneken répond : « Ces entités présentent régulièrement leurs activités, d’ailleurs à la demande de certains administrateurs ». Mais Pierre Gilliot constate : « M. Ebbesen (professeur à lUniversité de Strasbourg, ndlr) a refusé de donner les sommes de projets scientifiques ».

L'Université de Strasbourg appliquera-t-elle la hausse des frais de scolarité pour les non-étudiants ? (photo Pascal Bastien)
Le 24 juin, 23 enseignants-chercheurs élus sur la liste “Alternative 2017” ont démissionné des principaux conseils de l’université de Strasbourg. Photo : Pierre Bn / FlickR / cc

“L’université de Strasbourg ne va pas bien”

Les démissionnaires pointent aussi la détérioration de la qualité de l’enseignement à l’Université. Julien Gossa explique que « le président a décidé de donner moins de moyens aux composantes et universités ». Ainsi, selon l’élu d’opposition, en 2010, la dotation des composantes s’élevait à 11 millions d’euros. En 2020, la dotation atteignait 7 millions d’euros. L’enseignant-chercheur ajoute : « L’université de Strasbourg ne va pas bien. On dépense pour recruter des prix Nobel. En même temps, on augmente les heures des enseignants pour faire tourner les licences. » Les élus Alternative 2017 ont mené une enquête auprès du personnel enseignant de l’université. Sur 1025 répondants, 61% des membres considèrent que leurs conditions d’exercice se sont dégradées en 10 ans.

La réponse de Michel Deneken confirme l’opacité de la répartition du budget de l’IdEx

« Le budget complet de l’université, recherche, formation, services, est d’environ 530 millions d’euros », rappelle le président de l’université dans un communiqué en réaction aux démissions. Michel Deneken ajoute que ce budget a été présenté au conseil d’administration et approuvé par certains élus démissionnaires.

Michel Deneken indique également que la Commission de la Recherche (CR) ou la Commission de la formation et de la vie universitaire (CFVU) discutent du budget de l’IdEx. C’est le Comité de pilotage, avec à sa tête le président de l’Université, qui décide finalement de sa distribution :

« Le budget de l’IdEx (…) est géré en partenariat avec le CNRS et l’INSERM, contrôlé par l’ANR (Agence nationale de la recherche, ndlr) lors de la phase probatoire, et le Secrétariat général pour l’investissement (SGPI), qui dépend du premier ministre. Son usage fait l’objet de nombreuses discussions en Commission de la Recherche ou en CFVU. Il est décidé par un comité de pilotage, où sont représentés le CNRS, l’INSERM et l’université »

Michel Deneken, Président de l’Université de Strasbourg, dans un communiqué de presse.

Mais pour Julien Gossa, la direction se retranche derrière des règles qui ne sont pas appliquées. Selon le démissionnaire, « le CA n’a aucune prise sur l’IdEx (…) Quand nous arrivons au CA, tout a déjà été vu. »

Commerçants chouchoutés, boulevard pour l’auto, frein au vélo… Si Strasbourg passe à droite

Commerçants chouchoutés, boulevard pour l’auto, frein au vélo… Si Strasbourg passe à droite

Publié le 25 juin, le programme complet de la liste « Unis pour Strasbourg » donne une idée des priorités du tandem Alain Fontanel / Jean-Philippe Vetter pour Strasbourg : soutenir les commerçants avant tout, redonner de la place à la voiture en restreignant celle du vélo…

Mercredi 3 juin. Les gauchistes strasbourgeois se réveillent avec une gueule de bois. La veille, le premier adjoint au maire et candidat LREM aux élections municipales Alain Fontanel s’est allié en dernière minute à son ancien adversaire LR Jean-Philippe Vetter. Vainqueurs du premier tour, les écolos et les socialistes restent divisés. Tout à coup, Strasbourg peut tomber aux mains de la droite. Enfin publié dans la journée du jeudi 25 juin, le programme de la liste « Unis pour Strasbourg » permet d’esquisser les contours d’un Strasbourg de retour à droite.

Priorité aux commerçants du centre-ville

Alain Fontanel est pressé. S’il arrive au pouvoir, il déclarera d’emblée un « état d’urgence économique et social » et passera tout de suite à l’action avec trois priorités. Elles ciblent deux demandes des commerçants, en particulier ceux du centre : une réduction fiscale pour les TPE, artisans et commerçants (5,5 millions d’euros) et la gratuité du stationnement entre midi et 14 heures. Le candidat se montre un peu plus radin pour sa troisième priorité, les ménages les plus fragiles. Pour eux, ce sera des bons de soutien à la consommation locale de 50 euros, pour un montant total d’un million d’euros… soit cinq fois moins que pour les entrepreneurs.

Un repli « sur le socle électoral traditionnel »

Avec cette nouvelle liste fusionnée, la cible électorale est claire, comme l’explique le politologue et directeur de l’Observatoire de la vie politique en Alsace (Ovipal) Philippe Breton :

« La droite s’est repliée sur son socle électoral traditionnel, une bourgeoisie moyenne et supérieure des villes avec des revendications spécifiques du côté de l’attractivité du centre-ville, des impôts et des libertés du commerce. C’est aussi une base électorale attachée à une forme d’ordre. »

Qui a rejoint qui ? Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Dans la vision d’Alain Fontanel et de Jean-Philippe Vetter, les commerçants strasbourgeois ont besoin de clients qui viennent surtout en voiture. Et s’ils ne respectent pas tout à fait ce qu’ils ont payé dans l’horodateur, la liste leur offre « un quart d’heure de tolérance ». De quoi augurer d’âpres négociations dans le contrat passé avec la redoutable société Streeteo, chargée de collecter la recette du stationnement. Pour ne pas faire bouchonner le client, la liste de droite compte rétropédaler au sujet de la piste cyclable de l’avenue des Vosges, acquise de haute lutte en 2018. Bref, un parti pris marqué pour la bagnole, qui tranche avec l’exercice du pouvoir par la droite de 2001 à 2008. La maire Fabienne Keller avait contribué à développer le vélo, diminué la place de la voiture et poursuivi les extensions de tram.

Des piques aux biclous

Heureusement pour les cyclistes strasbourgeois, la liste « Unis pour Strasbourg » propose de mettre fin aux discontinuités des itinéraires cyclables, à l’instar du président de l’Eurométropole Robert Herrmann (PS) à la sortie du confinement. À cela s’ajoute une prime pour les vélos à assistance électrique et les vélos-cargos. Pour le reste, le tandem Fontanel-Vetter est moins porté sur la « tolérance » des deux-roues que pour les automobilistes. Il veut « mettre fin à l’impunité des cyclistes. » Pour calmer les délinquants du biclou, il compte s’appuyer sur « une grande campagne d’information et de verbalisation. » Le « respect du Code de la route par les cyclistes » est cité à deux reprises dans le programme. Ces derniers seront bientôt obligés de mettre le pied à terre dans certains secteurs du centre-ville le samedi après-midi.

L’écologie : un gros mot ?

Dans leur programme bleu et jaune, les couleurs de la droite et d’En Marche, les deux hommes n’utilisent jamais le mot d’écologie. Le terme est trop connoté khmers verts sans doute. Dans leur programme temporaire, le duo craignait que Strasbourg ne devienne « le terrain d’expérimentation de la décroissance portée par les « Verts » et leurs alliés dogmatiques ». L’idée de décroissance fait débat dans les milieux écologistes, mais n’a jamais été portée par la liste strasbourgeoise. Ainsi, « Unis pour Strasbourg » utilise les termes « environnement et qualité de vie ».

Dès la première année du mandat, la lutte environnementale du tandem passera par un arbre planté à chaque naissance. Le principe « construire moins mais mieux » devra permettre d’inscrire au Plan Local d’Urbanisme (PLU) un « droit à la nature » qui serait respecté avec plus de parcs. Un ralentissement des « mises en chantier » ne serait pas une première à Strasbourg. Dans les statistiques de l’Agence d’urbanisme, les années où les nouveaux logement étaient inférieurs à 2 000, grosso modo de 1999 à 2009, correspondent aux périodes où l’agglomération a perdu des familles avec enfants (-597 par an de 1999 à 2006 ; -326/an de 2006 à 2011 ; puis à nouveau +143/an de 2011 à 2016).

Le volet environnemental contient des mesures comme « repenser toute l’organisation du marché de Noël » et « reprendre en main le stationnement ». Pas sûr que la planète ait été consultée.

Dans la dernière semaine de campagne, Alain Fontanel s’est mis en scène avec des policiers sur les réseaux sociaux Photo : capture d’écran

Surveillance et sécurité

Fidèle aux traditions conservatrices, la liste fusionnée promet enfin une ville plus sûre. Alain Fontanel souhaite augmenter les effectifs de la police municipale et « développer la vidéo-protection dans les zones de tension. » Juste en dessous dans le volet « civisme et sécurité », le tandem de droite évoque des « médiateurs de l’espace public pour lutter contre les comportements agressifs et les incivilités » et, à nouveau, « assurer le respect du code de la route par les cyclistes ». Le duo promet « dans tous les quartiers, la sécurité grâce à l’éducation et à un retour de l’autorité ». Le premier adjoint a d’ailleurs profité de l’arrivée de nouveaux véhicules de la police municipale pour poser avec et asseoir cette nouvelle image.

Pourquoi la campagne électorale intéresse si peu les Strasbourgeois

Pourquoi la campagne électorale intéresse si peu les Strasbourgeois

La campagne des élections municipales à Strasbourg s’achève sans grand projet de transformation de la ville dans les six prochaines années.

Les listes n’aiment pas trop qu’on leur dise, mais peu de Strasbourgeois sont passionnés par la campagne municipale. Coronavirus, début de l’été, crise économique… On peut citer beaucoup de raisons. Mais les responsables sont aussi présents sur les listes. La campagne est marquée par l’absence de grands projets, parfois controversés, mais qui illustrent une vision du développement de la ville par un ou une candidate.

Ce déficit de projet empêche les citoyens d’associer une tête de liste à une ou plusieurs idées fortes. Il n’en a pas toujours été ainsi.

Tram contre métro, le clivage le plus net

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Interpellés sur les déchets, les candidats s’engagent à la fin des barquettes et plus de tri

Interpellés sur les déchets, les candidats s’engagent à la fin des barquettes et plus de tri

Le 13 juin, le collectif Projet Cantines Strasbourg interpellait dans une lettre ouverte les candidats aux élections municipales sur leur politique pour les déchets. Rue89 Strasbourg a synthétisé leurs réponses.

Le collectif Projet Cantines Strasbourg rappelle qu’en 2017, la ville s’est engagée à abandonner les barquettes en plastique jetables, à l’origine de perturbateurs endocriniens et de grandes quantités de déchets. À la place sont prévus des bacs en inox lavables plus respectueux de la santé des élèves et de l’environnement. 

Après un retour du plastique pendant la crise sanitaire, justifié par des raisons logistiques, les trois listes s’engagent à poursuivre cette politique, pour les éradiquer définitivement à terme. Alain Fontanel (LREM) prévoit de « généraliser » cette mesure dans les cantines et les établissements de petite enfance, Catherine Trautmann (PS) de « poursuivre » cette politique et Jeanne Barseghian (EELV) de « poursuivre et approfondir » cet effort. Des nuances de verbes, mais une même trajectoire pour les six années à venir. Le marché passé en 2017 prévoyait d’y arriver sous 4 ans, soit en 2021.

Les barquettes en inox remplaceront bientôt celles en plastique Photo : CM / Rue89 Strasbourg / cc

De l’expérimentation à la généralisation

Quant à la collecte des biodéchets, qui évite d’incinérer les épluchures et les restes de repas, Alain Fontanel promet de « l’expérimenter très vite » à Strasbourg. Le candidat LREM souhaite également « généraliser » les démarches de compost collectif et mettre en place un système de déchetterie mobile. 

Pour Catherine Trautmann, la collecte généralisée des biodéchets est « prévue » bien qu’elle ne soit « pas possible partout en ville ». Elle met en avant les expérimentations place St-Étienne et à la Montagne Verte un nouveau dispositif qui permettrait d’élargir les possibilités de récupération, effectif en « 2026 au plus tard ». Elle met en avant la feuille de route « Économie circulaire » votée à l’unanimité au conseil de l’Eurométropole en 2019, qui s’adresse aux ménages ainsi qu’aux « bailleurs, entreprises, industriels et au BTP ». 

La liste « Strasbourg écologiste et citoyenne » continuera à améliorer le tri sélectif et « à soutenir le compostage individuel et collectif » en collaboration avec des associations comme Zéro Déchet Strasbourg et le réseau ResCUP. Parmi les dix mesures détaillées, un partenariat avec la grande distribution et les restaurants est prévu pour lutter contre le suremballage et le gaspillage. 

Les nouveaux conteneurs doivent être incitatifs, selon leurs promoteurs (Photo : BW / Rue89 Strasbourg)
De nouveaux dispositifs pour trier les déchets sont à l’essai dans plusieurs quartiers de Strasbourg Photo : BW / Rue89 Strasbourg

Réduire les déchets et la facture

En outre, les candidats ont été interpellés par l’association Zéro Déchet Strasbourg sur la tarification incitative. Ce principe pollueur-payeur vise à intégrer le volume ou le poids des déchets produits dans le coût facturé au contribuable, afin d’encourager les comportements vertueux. 

Alain Fontanel parle d’une « nécessaire transition » vers ce modèle. Catherine Trautmann affirme que « tout est prêt pour démarrer une expérimentation sur un territoire pilote » et Jeanne Barseghian se dit consciente « de la force de ce levier » pour réduire fortement les volumes de déchets.

Les trois listes misent sur une campagne de sensibilisation pour former les citoyens aux bons réflexes.

Alain Fontanel, Catherine Trautmann et Jeanne Barseghian assurent qu’une politique de réduction des déchets sera leur « priorité ». Même si les promesses restent prudentes, elles devront se négocier avec les 32 autres communes de l’Eurométropole de Strasbourg. C’est peut-être pour cela qu’aucune liste ne donne de date ou de périmètre précis.

Philippe Olivier : « Culture et élections municipales, une bataille de crédibilité pour Strasbourg »

Philippe Olivier : « Culture et élections municipales, une bataille de crédibilité pour Strasbourg »

Conseiller pour la culture et l’enseignement supérieur au cabinet de Roland Ries entre 2009 et 2013, Philippe Olivier s’étonne du manque d’ambitions pour la Culture à Strasbourg affiché par les candidats aux élections municipales.

Depuis 2000, le rayonnement culturel de Strasbourg a décru. Cette ville n’a jamais obtenu le label annuel de Capitale européenne de la culture. Aucun artiste strasbourgeois pratiquant une discipline noble n’a été encouragé concrètement, par le pouvoir municipal, à acquérir une dimension nationale et internationale. Les édiles en sont restés aux prosternations anachroniques devant Tomi Ungerer, comme à l’édification des tours Black Swan, une réalisation passéiste. Ils n’ont jamais favorisé la carrière du ténor strasbourgeois Paul Gaugler, se produisant désormais sur des scènes de l’envergure de Glyndebourne. 

Le même pouvoir municipal n’a pas écouté les recommandations de Pierre Boulez lorsqu’il était question, en 2011, de la construction d’un nouvel opéra. L’éminent compositeur conseillait l’édification d’un lieu unique commun, cadre d’un geste architectural souhaité comme audacieux, une black box dévolue à l’Opéra national du Rhin (OnR) et à l’Orchestre philharmonique de Strasbourg (OPS). Il aurait dû se trouver dans le quartier du Port du Rhin, constituant ainsi un symbole franco-allemand d’envergure. Tant l’OnR que l’OPS sont restés à la même place. Faute de moyens supplémentaires dignes de ce nom, ils n’ont toujours pas la dimension qu’ils méritent pleinement. L’auront-ils un jour ? 

L’opéra de Strasbourg n’est plus en mesure d’accueillir les grandes créations européennes Photo : Jonathan M. / Wikimedia commons / cc

« Les Bibliothèques idéales ignorent l’édition locale »

Quant à l’opération dite des Bibliothèques idéales, celle-ci aura tenu cent fois plus de la manifestation commerciale que de l’atelier destiné à élever les esprits. Elle aura ignoré, depuis des années, la chaîne locale de production de livres et de bandes dessinées.

Que dire, aussi, du « rêve » de Jean-Philippe Vetter, à savoir une ouverture jour et nuit de la Bibliothèque nationale et universitaire de Strasbourg ? Il oublie que cette institution relève de l’État. Nous lui conseillons aussi de quitter, quelques jours durant, la belle endormie strasbourgeoise afin de s’informer de la modernité ravageuse de la vie culturelle parmi des villes-monde nommées Bâle, Zurich ou Amsterdam. 

Comme l’écrivent à juste titre les auteurs d’une « Lettre ouverte aux politiques culturelles » strasbourgeoises en circulation depuis peu, le « populisme bourgeois » est – hélas – le signe d’une « ville qui n’aime pas les artistes », donc d’une agglomération s’étant exclue de ces villes-monde depuis deux décennies.  

« Pas de carnets d’adresses »

La profession de foi électorale de Jean-Philippe Vetter et d’Alain Fontanel prouve que s’ils s’intéressent à l’économie, à la sécurité et à ce qu’ils nomment « rayonnement européen », ils ne maîtrisent pas, en ce qui concerne la dimension culturelle de ce rayonnement, l’expertise de niveau international et le carnet d’adresses indispensables.

Il en va de même avec l’un ou l’autre des aspirants-adjoint à la culture présents sur la liste des Verts. Leur combat étant focalisé sur la question environnementale, on regrette qu’ils n’aient pas de revendications culturelles convaincantes.  Ainsi, leur encouragement aux pratiques des amateurs n’est pas une fin en soi, mais une limite vite atteinte. Elle repose sur le fallacieux postulat selon lequel chacun peut être artiste. Ce postulat constitue une erreur de taille, teintée de démagogie. 

Tous ces candidats ont-ils conscience que la population ne supporte plus, à juste titre, les manifestations médiocres présentées comme de la culture ? Ainsi, l’opération annuelle Strasbourg mon amour relève-t-elle des divertissements à la panem et circenses proposés sur le périmètre marchand nommé Disneyland. 

Si le programme électoral de Catherine Trautmann veut « remettre Strasbourg et sa métropole en ébullition », il devra trouver un équilibre réel entre la valorisation des artistes locaux d’envergure et la venue dans la capitale alsacienne de personnalités internationales ne s’y étant jamais produites. Je pense, en me limitant à la seule musique classique, à l’organiste Cameron Carpenter, au pianiste Simon Ghraichy ou au violoniste David Garrett. Je m’étonne de voir la Gauche strasbourgeoise souffrir, à cet égard, du même symptôme que ses ennemis politiques : un provincialisme contredisant totalement l’image autoproclamée de phare donnée à la cité des institutions parlementaires européennes. 

Le désastre de la pandémie sur la Culture sous-estimé

Les élus et aspirants à l’être mesurent-ils vraiment les conséquences de la pandémie de Covid-19 sur les structures culturelles de Strasbourg et sur les intermittents du spectacle habitant cette ville ? J’en doute totalement. Si tel avait été le cas, huit responsables d’établissements dignes d’intérêt n’auraient jamais eu besoin de publier une tribune dans laquelle ils déclarent : « Nous redoublerons d’innovation, de vision, d’ouverture. » Leurs critères ne sont pas partagés par les candidats aux élections municipales. Deux mondes s’opposent. Celui des professionnels et celui de politiciens du cru, de plus en plus décalés, isolés, ignorants des enjeux culturels d’aujourd’hui tels qu’ils croissent à Paris, à Berlin et ailleurs. On en vient à se demander si ces politiciens locaux ont encore une utilité en la matière. 

Celles et ceux qui rêvent de ceindre l’écharpe tricolore devraient pourtant se méfier des bouillonnements actuels. Le récent appel national Bas les masques a été élaboré collectivement par des travailleurs des arts, du spectacle vivant et de l’audiovisuel, par des artistes-auteurs, des plasticiens, des designers, des étudiants et des enseignants en art. Ils se définissent comme « des actrices et des acteurs du quotidien. » Le même appel rassemble quarante-cinq collectifs de lutte, fédérations et syndicats. Les secteurs professionnels énumérés ci-dessus existent bel et bien à Strasbourg.

Les intermittents vont se radicaliser

Mais l’on n’a rien fait de significatif, depuis 2008, pour les valoriser en les soutenant. L’immense majorité des intermittents du spectacle locaux vit dans des conditions matérielles humiliantes. Elle est, de surcroît, dédaignée. On aura beau jeu, le moment venu, de se lamenter devant sa radicalisation quand elle passera à une juste offensive qui risque d’être tout sauf modérée. En atteste la « Lettre ouverte aux politiques culturelles » dont il a été question précédemment ici. Ce texte réclame, à juste titre, « de la transparence dans la gestion des affaires culturelles ». 

La mobilisation massive des secteurs de la culture et des arts, dans la bataille générale menée pour imposer une société plus juste, ne peut se limiter à leur rencontre avec des futurs citoyens en âge scolaire. Toutes les générations doivent les fréquenter d’une manière ou d’une autre.  Dès lors, quand les huit responsables culturels strasbourgeois précités écrivent « Appelons-en à une politique culturelle d’une ambition sans précédent, initiée à nos côtés par l’État, la Région Grand-Est et la Ville de Strasbourg », quel est le candidat qui les comprend ? 

En attendant, l’état actuel de la culture à Strasbourg reflète le propos suivant de Karl Kraus : « Quand le soleil de la culture est bas à l’horizon, même les nains projettent de grandes ombres. » Il est de la pleine responsabilité des électeurs pour mettre fin à cette affligeante situation en faisant un choix approprié dans les urnes. 

Philippe Olivier

Avant les municipales, un coup de pédale de la Vélorution

Avant les municipales, un coup de pédale de la Vélorution

Mercredi après-midi, les manifestants de la Vélorution ont défilé autour de la Grande-Île pour revendiquer une place plus importante du vélo dans l’espace public. À trois jours du second tour des élections municipales, le collectif entend peser sur le scrutin.

Près de 250 cyclistes ont participé à la Vélorution, une manifestation en vélo partie du parc des Contades, mercredi 24 juin à 18h. En liesse, le cortège a sillonné les rues du centre-ville jusqu’au musée d’art moderne. Avec ce défilé, le collectif espère que les candidats à la mairie de Strasbourg revaloriseront la place du vélo dans leurs programmes. 

250 cyclistes ont répondu à l’appel du collectif Vélorution Photo : Alice Ferber / Rue89 Strasbourg

Faire entendre la voix des cyclistes

Simon Burgun, co-organisateur de la Vélorution, tique sur une mesure du programme d’Alain Fontanel titrée « mettre fin à l’impunité des cyclistes. » Il déplore la perte du consensus autour du vélo :

« On parle de notre communauté comme de délinquants irresponsables. C’est révélateur d’un état d’esprit à l’encontre des cyclistes, qu’on ressent depuis une dizaine d’années. »

Pire encore, il regrette le désintérêt des équipes municipales, réticentes à construire de nouvelles pistes :

« Strasbourg s’endort sur son titre de capitale du vélo. Certes, le réseau est bien développé. Mais il souffre d’avoir été l’un des plus précoces en France. Les équipements vieux de 30 à 40 ans ne correspondent plus aux réalités actuelles. Les pistes sur le trottoir, les conflits avec les piétons, il faut que ça cesse. » 

La communauté cycliste demande davantage de considération Photo : Alice Ferber / Rue89 Strasbourg

L’avenue des Vosges, un dossier qui fâche

Des membres du collectif se sont retrouvés avenue des Vosges pour distribuer de faux bons de conversion aux automobilistes afin de les sensibiliser aux alternatives à la voiture. Peu de conducteurs ont été réceptifs. 

Pour Benoît Ecosse et Nicolas Burgi, c’est « pollution zéro, solution vélo » Photo : Alice Ferber / Rue89 Strasbourg

Le devenir de l’avenue des Vosges entretient les tensions entre cyclistes et automobilistes. Le 3 mars, Jean-Philippe Vetter (LR, liste Unis pour Strasbourg) dévoilait un panneau annonçant le retour des quatre voies pour les voitures. Le collectif a répondu mercredi avec ironie en imaginant un candidat 100% vélo nommé « Vététer » qui propose 2 fois 4 voies cyclables…

(vidéo Vélorution / Facebook)

Pour David Dadoun, cardiologue et membre du collectif Réinventons l’avenue des Vosges :

« L’agencement actuel n’est pas idéal. Réserver l’espace uniquement pour les vélos, ce n’est pas réaliste. Nous travaillons pour un usage mixte et apaisé de la route, où les cyclistes auront leur place. » 

Des revendications et une comparaison

Le collectif Vélorution se présente comme une force de propositions même si la vingtaine de revendications adressées aux candidats aux élections municipales début février a trouvé peu d’écho. 

En vue du second tour des élections municipales, ses membres ont analysé les propositions des trois listes encore en lice et ont produit un comparatif détaillé des programmes. Simon Burgun espère que les électeurs auront ainsi « les clés pour faire leur choix », mais il précise « ne donner aucune consigne de vote » au nom du collectif. 

Après avoir traversé le tunnel des Halles, d’habitude réservé aux voitures, le cortège célèbre l’arrivée au musée d’art moderne Photo : Alice Ferber / Rue89 Strasbourg

#Simon Burgun

Les candidats prêts à lâcher les millions au secours de l’économie strasbourgeoise

Les candidats prêts à lâcher les millions au secours de l’économie strasbourgeoise

Crise économique oblige, les candidats aux élections municipales mettent l’accent sur leurs propositions pour atténuer les répercussions de la pandémie de coronavirus à Strasbourg.

La santé de l’Économie ne dépend pas d’un maire. Mais ce dernier est aussi le dernier échelon d’élu, celui ou celle qui défend ses administrés. Et surtout, l’Eurométropole, avec son milliard et demi de budget, dont près de 300 millions d’investissement en 2019, peut nettement orienter la politique économique de l’aire urbaine.

Alors qu’une récession s’annonce à Strasbourg comme ailleurs, les trois listes ont débuté leur campagne sur ce thème, en musclant leurs promesses.

Lundi 8 juin, Catherine Trautmann a fait ses annonces sur un parking de grande surface au Neuhof, quartier populaire qui l’a placée en tête, avec de grosses réserves de voix chez les abstentionnistes. Les deux jours suivants, direction Cronenbourg chez les commerçants et artisans, puis la zone industrielle de la plaine des Bouchers à la Meinau pour Jeanne Barseghian. Dans ces deux secteurs, la liste écologiste l’a emporté le 15 mars, au-delà de ses bastions habituels du centre. Enfin, le vendredi 12 juin, Alain Fontanel (LREM), désormais allié à Jean-Philippe Vetter (LR), a choisi le centre-ville et la devanture du magasin Wolf Musique qui ferme ses portes après 195 ans d’existence. Le centre-ville n’est pas le secteur fort du premier adjoint, mais il multiplie les messages envers ceux qui y travaillent.

Chez les écologistes, allier écologie et emploi

À l’instar de sa fin de campagne de premier tour, Jeanne Barseghian s’est efforcée de passer le message « l’écologie, c’est l’emploi ». « Ceux qui opposent encore écologie et économie vont à rebours de l’histoire », assure la candidate. « Certains le découvrent, mais j’ai monté ma propre entreprise pour mon activité professionnelle. Jusqu’à la campagne, j’ai conseillé beaucoup de structures privées ou publiques, à Strasbourg ou ailleurs en Europe, pour qu’ils amorcent leur transition. Si on n’anticipe pas les directives européennes, les entreprises sont acculées », dit elle aussi pour rassurer.

Principale dépense nouvelle suite à la crise : un fonds d’urgence de deux millions d’euros. « On réserve cette somme, mais on préférera adapter selon les besoins réels. L’État, la Région ou le Département lancent déjà beaucoup de dispositifs et on ne veut pas de redondance. Cela pourra prendre la forme de bons d’achats, de baisses de loyer, d’accompagnement numérique, etc. », explique Anne-Marie Jean. Cadre à la Poste, c’est elle qui présente l’axe économique de programme et accompagne Jeanne Barseghian lors des rencontres avec les dirigeants économiques. Autre mesure de court terme pour les commerçants : la gratuité des transports les samedis durant l’été.

Le principal axe de son programme économique porte sur la rénovation énergétique de 8 000 logements, soit 2 400 emplois « pour des entreprises locales » sur la base de 30 000€ par rénovation, une projection de l’Ademe. À cela s’ajouteront des rénovations de bâtiments publics « en priorité des écoles » et la volonté d’utiliser les friches existantes plutôt qu’étendre les zones d’activités en périphérie.

En soutenant les filières de recyclage et de réemploi de matériaux, la liste écologiste promet de doubler la part des emplois dans l’économie sociale et solidaire (actuellement, 24 000 emplois dans l’Eurométropole, 18 000 à Strasbourg). Elle propose aussi de créer des points de vente directe et autres circuits de distribution en complément de marchés. La liste « Strasbourg écologiste et citoyenne » souhaite de nouveaux débouchés pour des maraîchers qu’elle aimerait voir s’installer dans l’agglomération, en transformant certains champs de maïs et de blé.

Au-delà d’un empilement de mesures, la liste écologiste veut intégrer des objectifs environnementaux, locaux et sociaux dans ses chantiers pour guider l’économie. La loi du marché et les investisseurs suivra-t-elle la volonté publique ?

« Ce n’est pas un programme décroissant », répond Anne-Marie Jean au tract d’Alain Fontanel qui affirme le contraire. Un raccourci qu’a aussi utilisé Catherine Trautmann en débat. « Mais ce n’est pas un soutien à une croissance tous azimuts et polluante », précise-t-elle.

Catherine Trautmann, des programmes et des réseaux

Face à la crise, la candidate socialiste veut « soutenir une relance par la demande ». Elle promet des baisses de loyers pour les commerces indépendants, y compris dans le secteur privé, via « un outil d’interface » (probablement une société publique), dans le but de s’approcher des tarifs des zones commerciales. Pour les artistes « durement touchés par la crise », l’ancienne ministre souhaite un fonds d’aide à la trésorerie. Pour les commerces, y compris des marchés, elle soutient une exonération des droits de place jusqu’à la fin de l’été.

Principale mesure de long terme, mise en place « dès juillet 2020 » : des programmes « Strasbourg code » dans le numérique et « Strasbourg construit » pour les chantiers d’insertion. Pour le second, il visera à produire ou rénover des logements pour les rendre plus écologiques. Autre nouveauté, la liste souhaite une application « Click & Collect » pour faciliter le retrait de commandes pour les commerces de proximité.

Pour aider les jeunes de moins de 25 ans, « du stage à l’emploi », la candidate propose enfin une plateforme en ligne et des moyens supplémentaires pour les Missions locales et la Maison de l’emploi.

Les candidats veulent tous sauver l’économie Photo : Public Domain / Visual Hunt

Concernant la gratuité du stationnement en surface, Catherine Trautmann la promet les premiers samedis matins du mois, auxquels s’ajouteront 10 jours de forte consommation à déterminer.

Par ses fonctions passées de députée, maire, ministre, eurodéputée et plus récemment vice-présidente à l’Eurométropole, Catherine Trautmann a de bons réseaux dans les milieux économiques, le numérique ou les investisseurs. Elle est d’ailleurs la seule à être favorable à un accès par le nord au Port-aux-Pétroles, le long de la forêt de la Robertsau. L’ouverture de cette route inutilisée et peu entretenue est réclamée depuis des années par les milieux économiques liés au port. En fin de campagne, la candidate appuie un peu sur le frein et parle « d’examiner la possibilité », pour délester l’avenue du Rhin. « Je ne peux pas dire si [ce projet] se fera », dit-elle au blog de la Robertsau.

Un autre aspect inquiète certains de ses concurrents. Pendant le confinement, Catherine Trautmann a eu une forte exposition, y compris sur les médias nationaux. « Durant le confinement, j’ai entendu les solutions préconisées par les entreprises et les partenaires. J’ai agi », appuie la candidate lors de son allocution de début de campagne. Certes l’idée de guider le déconfinement localement avec des tests sérologiques dès le début avril, quand bien même ces derniers n’étaient pas encore homologués, n’a pas abouti. La Région Grand Est a fondé une société en urgence, capitalisée à hauteur de 10 millions d’euros, mais ses commandes mi-mai n’ont jamais été utilisées en ce sens. Mais les électeurs retiennent-ils ce niveau de détail ?

L’idée des chèques alimentaires de 90€ pour les familles les plus modestes est bel et bien de son initiative au sein du conseil municipal. Un système de bons d’achats qu’elle souhaite poursuivre, comme les autres listes.

Aux côtés de Catherine Trautmann, difficile d’imaginer qui conduirait une telle politique. En dehors des personnes implantées dans les quartiers, la candidate fait peu exister médiatiquement ses compagnons de route.

À droite, le paquet pour le centre

Vendredi 12 juin, Jean-Philippe Vetter était entouré d’une dizaine de colistiers issus des deux équipes pour décréter « l’état d’urgence économique et social ». C’est notamment l’entrepreneur dans la restauration Éric Senet, l’ancien « Monsieur Attractivité » de la liste Vetter, qui s’est exprimé sur les baisses d’impôts, la mesure la plus utile à son sens pour « un choc de confiance ». À noter un absent parmi la brochette d’une dizaine de personnes, l’adjoint au commerce et au tourisme depuis 2016, Paul Meyer, plus marqué à gauche et issu de la liste d’Alain Fontanel.

Principales annonces : six mesures votées dès le samedi 4 juillet, le jour où le ou la nouvelle maire sera intronisée. Trois propositions concernent principalement le centre-ville : le retour de la gratuité du stationnement en surface entre 12h et 14h ; une grande campagne de promotion territoriale « Envie de Strasbourg » pour les touristes et enfin la suppression immédiate de taxes et redevances locales sur les enseignes et les terrasses jusqu’à la fin de l’année, et jusqu’à la fin septembre pour les marchés.

D’autres mesures s’appliquent à tous : la réduction de moitié de la cotisation foncière des entreprises pour les TPE et PME soit 5,5 millions d’euros d’impôts en moins. Elle concernera environ 27 000 commerces.

Autre promesse : des bons d’achat à durée limitée pour les familles modestes pour environ 1 million d’euros au total. Les détails (montant, familles concernées, type de commerces) restent à définir, mais l’idée est qu’ils soient conditionnés à un montant d’achat pour faire dépenser davantage (un « effet de levier »). Ils concerneront les commerces de proximité dans tous les quartiers. Enfin, une accélération des « investissements » de la collectivité est promis. Le recours à l’emprunt (parfois qualifié « d’impôts de demain » à droite) n’est pas exclu, mais dans des proportions moins grandes que les écologistes.

Vendenheim dans le viseur

Toutes ces mesures de court terme sont estimées à 10 millions d’euros. Un montant équivalent au soutien de l’Eurométropole à l’agrandissement et la rénovation de la zone commerciale de Vendenheim.

Quatre colistières, dont trois commerçantes de centre-ville, se sont même rendues sur place pour tourner une vidéo et critiquer cette décision de la coalition gauche-droite. Une manière de cibler le PS, qui présidait la métropole via Robert Herrmann, voire les écologistes (qui ont voté contre) en expliquant qu’un des colistiers, Syamak Agha Babaei, était l’un des vice-présidents. Ces camarades d’Alain Fontanel oublient un peu vite que leur tête de liste était aussi l’un des 20 vice-présidents et que la demande de soutien économique à la zone commerciale venait des maires du nord, étiquetés à droite et au centre comme eux. « Je peux comprendre le sentiment de ces colistières inexpérimentées mais je leur répondrais que la zone représente 450 millions de chiffre d’affaires et 8 millions de rentrées fiscales », indique Georges Schuler (LR), maire de Reichstett. En cas de victoire, on sent déjà poindre un clivage entre la droite du centre-ville et la droite des champs.

D’autres mesures concernent le moyen terme mais sont plus vagues. Parmi les plus consensuelles, plus de clauses locales dans les marchés publics, un marché de Noël « débunkerisé », un soutien à l’Université ou du « coaching » pour 1 000 jeunes de quartiers populaires. Plus marqueur de la droite et du centre, la création d’une « station F strasbourgeoise » sur l’îlot Citadelle, le soutien à l’aéroport et au sport professionnel.

Par ailleurs, le périmètre de sauvegarde des commerces et le moratoire sur les zones commerciales restent d’actualité. En revanche, le projet de parking souterrain dans le centre-ville promis par Jean-Philippe Vetter a été englouti avec la fusion.

Bas-Rhin et Grand Est lâchent déjà les millions

Jean-Philippe Vetter met en avant que sa liste capterait mieux les investissements du Département ou de la Région, car elle partage (presque) la même étiquette politique.

Mais pour Frédéric Bierry (LR), le président du conseil départemental du Bas-Rhin, qui annonce un « Plan Marshall » de 200 millions d’euros « essentiellement » financés par l’emprunt, le résultat des élections ne guidera pas ses choix :

« Pour les aides directes aux entreprises, ainsi que nos dépenses en direct (modernisation des collèges, chèques vacances aux 65 000 familles les plus modestes, etc. ndlr), cela ne fera aucune différence. Ce qui pourrait être plus impactant, ce sont certains choix politiques sur les logements, les routes et donc le niveau de commandes. Mais ça ne changera pas les moyens que l’on va distribuer. Toutes les sensibilités politiques devraient être favorables à ce qu’on aide les plus fragiles. »

La Région Grand Est a de son côté promis un plan de relance de 1,3 milliard pour le tourisme, dont une campagne de communication d’1 million d’euros. Sur les 536 millions déjà été investis, le Bas-Rhin a reçu la plus grosse part avec 167 millions d’euros.

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