Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

L’Épide mobilisé pour confiner les sans-abris malades

L’Épide mobilisé pour confiner les sans-abris malades

L’État réquisitionne les locaux de l’Établissement pour l’insertion dans l’emploi pour accueillir les « personnes en grande précarité » qui présenteraient des symptômes du Covid-19. Médecins du monde est chargé du suivi des résidents du squat Bugatti.

Le coronavirus circule au squat Bugatti. Le collectif antiraciste D’ailleurs nous sommes d’ici 67 a annoncé dimanche soir sur sa page Facebook que des « cas graves de coronavirus » avaient été détectés parmi les 300 résidents de ce bâtiment désaffecté de la rue Ettore Bugatti à Eckbolsheim.

Le bâtiment, inoccupé depuis 2014 au moins, accueille près de 300 personnes en grande précarité. Photo : Rue89 Strasbourg

« Une personne hospitalisée dans un état grave »

Selon le collectif, la situation sanitaire dans ce squat s’est dégradée ces derniers jours. « Une personne au moins est hospitalisée dans un état grave. »

« Malade depuis le début de la semaine, elle s’est rendue deux fois aux urgences et a été renvoyée “chez elle”. C’est finalement par ambulance qu’elle a été évacuée. Le SAMU a par contre fait le choix de laisser sur place un autre résident, âgé et malade, qui est fiévreux et sans doute lui aussi atteint du Covid-19. »

Communiqué de la page Facebook D’ailleurs nous sommes d’ici 67

À partir de mardi, l’association Médecins du monde examine les résidents volontaires du squat grâce à l’aide de sept bénévoles et des pompiers. Selon MDM, ce sont trois personnes du squat qui ont été hospitalisées.

Marie-Dominique Dreyssé (EELV), adjointe au maire de Strasbourg en charge des Solidarités, détaille les trois cas de figure possibles pour la suite :

« Si aucun symptôme n’est détecté, le résident restera au squat. En cas de signaux graves comme des difficultés respiratoires, la personne sera envoyée à l’hôpital. Si la personne présente des signaux modérés (fièvres, toux), et présumée malade, elle sera envoyée dans ce nouveau centre de confinement médicalisé. »

C’est aussi cette répartition qu’indique la Préfecture dans un communiqué paru mardi en début d’après-midi. Elle ajoute que « les personnes fragiles en raison de leur santé (maladies chroniques notamment) ou de leur âge
seront hébergées dans un hôtel où elles bénéficieront d’un suivi sanitaire ». Par ailleurs, des masques et du gel hydro-alcoolique seront mis à disposition des occupants restants.

L'Établissement pour l'insertion dans l'emploi au Neuhof est vide depuis le début de la crise sanitaire (capture d'écran)
L’Établissement pour l’insertion dans l’emploi au Neuhof est vide depuis le début de la crise sanitaire Photo : capture d’écran

Ce centre est établi dans les locaux de l’Établissement pour l’insertion dans l’emploi (Épide) de Strasbourg, rue du Général Picquart au Conseil des XV. L’objectif est d’accueillir et d’isoler toutes les personnes sans-abri possiblement atteintes par le Covid-19. Le Service intégré d’accueil et d’orientation (SIAO) et la Ville mèneront cette opération, en lien avec l’Agence régionale de Santé (ARS).

« Ce centre dédié vise à permettre aux personnes considérées comme malades mais dont l’état clinique permet un suivi ambulatoire, de bénéficier de ce suivi, dans des conditions d’isolement correspondant aux recommandations du ministère de la Santé et de l’ARS au stade 3 de l’épidemie. »

Communiqué de la préfecture du Bas-Rhin

Légères améliorations au squat Bugatti

« En parallèle, il y aura de meilleurs conditions de vie au squat Bugatti », affirme Marie-Dominique Dreyssé. Dans ce bâtiment de bureaux, les 300 personnes se partagent une cuisine, quelques toilettes et trois douches. L’adjointe au maire promet « des toilettes sèches et des points d’eau supplémentaires ».

Dans ce climat d’incertitude autour de la propagation du virus au sein du squat, Moussa, résident, raconte :

« J’ai un réchaud dans ma chambre, je ne vais plus dans la cuisine commune pour me faire à manger. J’évite les contacts. Avant, on visitait les autres résidents, pour manger ou discuter… Maintenant, quand on toque à ma porte, je n’ouvre pas. J’essaie de faire comprendre à la personne que c’est pour notre sécurité à tous. »

Contacté, le référent du squat Bugatti, Lahcen Oualhaji, n’a pas souhaité s’exprimer. Médecins du Monde rappelle que cette opération de reconfinement des sans-abris malades répond à un enjeu de santé publique, « qui concerne tout le monde, » rappelle Nicolas Fuchs, coordinateur régional de MDM.

Vendredi, l’ARS du Grand Est et la Ville de Strasbourg avaient orienté 41 personnes « particulièrement vulnérables » du squat Gruber vers « un hébergement plus adapté ».

#Epide

Pendant le confinement, la pollution de l’air à des niveaux historiquement bas

Pendant le confinement, la pollution de l’air à des niveaux historiquement bas

Le confinement mardi 17 mars, puis la pluie le samedi suivant ont fait chuter la pollution à des niveaux historiquement bas. Elle a peu ré-augmenté depuis lundi 23 mars dans une période pourtant propice aux « pics ».

« On anticipait une baisse accrue de la pollution de l’air en 2020, mais là… » Avec le confinement, le directeur délégué d’Atmo Grand Est, Emmanuel Rivière, est confronté à des relevés bien plus faibles qu’habituellement.

Du jamais vu à Strasbourg ? L’ingénieur reste prudent :

« Il y a pu avoir des relevés plus faibles un dimanche pluvieux et venteux par le passé. Mais pour des jours de semaine dans une telle configuration météorologique, c’est en effet inédit. »

L’amélioration drastique de la qualité de l’air était attendue en raison de la baisse de l’activité et des déplacements à Strasbourg pendant le confinement. Cette diminution n’est pas anecdotique à l’heure où certains scientifiques estiment que la pollution facilite la propagation du coronavirus.

La situation actuelle permet surtout d’estimer la part du trafic routier dans la pollution quotidienne à Strasbourg. Une diminution de 72% du trafic a été relevée à Strasbourg mercredi 18 mars, le premier jour « plein » du confinement. Pour la réduction de l’activité dans l’industrie et les services, il est plus difficile de mesurer leur part dans la réduction de la pollution, en l’absence d’indicateurs aussi précis qu’un décompte des véhicules.

Le dioxyde d’azote divisé par deux

L’effet le plus spectaculaire est enregistré sur le dioxyde d’azote (NO2), une pollution fortement liée au trafic routier (70% dans l’Eurométropole). Cette particule est la plus critique, car c’est pour des dépassements répétés dans 12 de ses territoires, dont Strasbourg, que la France a été condamnée en octobre 2019 par la Cour de Justice de l’Union européenne. L’amende de 11 millions d’euros reste pour le moment hypothétique.

Cette pollution est plutôt stable, un peu plus forte aux heures de pointe sur sur les routes. En dépit d’une lente réduction années après années, l’Eurométropole n’arrive pas à passer sous la limite européenne de 40 microgrammes par mètre-cube (μg/m3) en moyenne annuelle.

En 2019, cette concentration était de 42 μg/m3. « Avant le confinement, sur une moyenne de 365 jours glissant on était à 40 μg/m3« , précise Emmanuel Rivière dont les mesures pour 2020 seront donc faussées dans le bon sens. « On estime que cette baisse est notamment due à une modification du parc routier, puisque les modèles neufs sont en majorité des essences et non plus des diesels comme il y a quelques années. » Pour ce polluant, la limite de l’Union européenne est la même que pour l’Organisation mondiale de la Santé (OMS).

À partir de mercredi 18 mars, les relevés sont passées sous les 40μg/m3 de manière prolongée.

Evolution de la pollution au dioxyde d’azotze avant et après le confinement (15 mars-18 mars, puis à partir du 19 mars)

Entre dimanche 15 mars dans l’après-midi et mercredi, le premier jour plein du confinement. La pollution dépasse souvent la limite de 40 μg/m3

À partir de vendredi soir, les concentration passent même largement sous les 20μg/m3 pendant tout le week-end.

Depuis, seuls deux légers pics matinaux ont été enregistrés sur une station lundi et mardi, à l’heure de pointe sur l’autoroute.

A partir de vendredi soir, le dioxyde d’azote a chuté bien en deçà de de la limite européenne
La pollution a un peu augmenté en début de semaine tout en restant basse, à l’exception de deux petites hausses sur l’autoroute aux heures de pointe du matin.

Atmo Grand Est a établi des cartes comparatives avec et sans le confinement. Les zones près des axes routiers sont les moins touchées, de manière significative. Jusqu’à 20 microgrammes en moins, là où l’agglomération bataille chaque année pour en gagner un ou deux.

Les particules fines sur une tendance encourageante

La diminution était à l’origine moins probante pour les particules fines. Cette pollution est plus souvent évoquée lors des « pics », en hiver (celui du 1er janvier 2020 était spectaculaire) et au printemps, lors de la saison des épandages agricoles. La part du secteur routier est estimée à environ 20% de cette pollution. La majorité des émissions vient du chauffage résidentiel et tertiaire (bureaux, commerces). Néanmoins à proximité des axes routiers, la qualité de l’air s’améliore là aussi plus nettement.

L’impact pour les particules est moins probant, mais très visible près des grands axes de circulation Photo : A35, Avenue du Rhin, A351

Contrairement au dioxyde d’azote, il existe deux limites pour la pollution de fond. Celles de de l’Union européenne (40 µg/m³) et celle de l’OMS (20 µg/m³), plus protectrice. Pour ce polluant, la Commission européenne n’a pas encore lancé de contentieux contre la France concernant les particules fines. Elle estime que la France est dans la bonne voie, après une mise en demeure en 2009, puis un avis motivé en 2015. Strasbourg a un temps fait partie des territoires sous surveillance, mais ne figure pas dans la liste des 10 agglomérations de l’avis de 2015.

Ces dernières années, les dirigeants Strasbourgeois ont toujours dit qu’il fallait viser les valeurs de l’OMS. C’est aussi l’objectif du Plan Climat voté en 2019.

On remarque un passage sous les normes de l’OMS à partir de samedi 21 mars, jour pluvieux. Concernant le trafic, environ 8 000 véhicules ont été comptabilisés aux entrées et sorties de Strasbourg dimanche. À titre de comparaison, le relevé était d’environ 79 000 automobiles le dimanche de Pâques 2019. Lundi 23 mars, la circulation a un peu augmenté avec 24 600 voitures et camions, mais loin des 86 000 du lundi 16 mars en pré-confinement.

En rouge, la norme UE, et en noir la norme OMS.

Le début de semaine a entraîné une légère reprise de la pollutions, mais en moyenne largement sous les valeurs de l’OMS.

Face aux faibles concentrations, le graphique d’Atmo Grand Est a changé d’échelle automatiquement. La limite de l’Union européenne est même en dehors de la grille.

Emmanuel Rivière explique la tendance sur une semaine :

« Il y avait une augmentation des particules fines, puis ces niveaux ont stagné une fois le confinement déclenché. C’était pourtant les conditions métrologiques typiques d’un pic printanier (il n’y en avait pas eu dans le Bas-Rhin en 2019 ndlr), avec des journées assez chaudes. Samedi, nous avons eu un grand lessivage avec la pluie. Depuis lundi, la pollution est stable, il y a encore un peu de vent ce lundi qui a tendance à disperser les particules. Même s’il fait plus froid, ce qui a tendance à augmenter le chauffage et sa pollution, cela ne contrebalance pas la plus faible présence d’aérosols dans l’air. »

Les PM 2.5 aussi sous les limites

On remarque une tendance similaire pour les PM 2.5. Plus petites, ces particules sont moins mesurées et ne font l’objet de contentieux européen. Le seuil limite européen est très haut (« trop » selon les spécialistes). La valeur UE est à 25 μg/m3 contre 10μg/m3 selon l’OMS.

La pollution aux particules PM2.5 a chuté sous les normes de l’OMS (en noir) samedi 21 mars et ne les a plus redépassé.
Les PM 2.5 ont un peu réaugmenté en début de semaine, mais ne repassent pas au dessus de la limite de l’OMS mardi 24 mars le matin.

Ces chutes de pollution sont spectaculaires, mais pour Emmanuel Rivière, c’est l’occasion de rappeler que les objectifs de l’OMS sont atteignables sans le confinement :

« En 2019, la moyenne de PM10 était de 19 μg/m3 sur une station de fond à la Robertsau et 22 et 23 sur les deux stations près de l’autoroute et des boulevards, alors que la norme OMS est à 20μg/m3. Pour les particules PM 2.5, la mesure était de 14 μg/m3 pour un objectif de 10. »

Les particules ultrafines (PM 1.0) sont désormais mesurées sur une station installée à l’automne 2019 avenue du Rhin. Mais en l’absence de mesures plus ancienne qu’un an, les analyses sont encore hasardeuses.

Des mesures qui éclaireront les futurs élus

La qualité de l’air pendant la période du confinement va faire l’objet d’études approfondies par les équipes d’Atmo Grand Est explique Emmanuel Rivière :

« C’est un exercice intéressant pour suivre les politiques publiques visant à réduire les émissions routières dans les prochaines années. »

Avant les élections municipales, le maire Roland Ries n’a finalement pas signé d’arrêté pour la Zone à faible émissions (ZFE) pour 2021. Son conseil municipal avait voté l’interdiction des véhicules sans vignette Crit’air. Mais le sujet devrait occuper les futures majorités à Strasbourg et surtout à l’Eurométropole dont personne ne sait quand elle seront mises en place.

Textile, chimie, impression 3D… Comment l’économie alsacienne s’adapte à la crise sanitaire

Textile, chimie, impression 3D… Comment l’économie alsacienne s’adapte à la crise sanitaire

Face aux besoins urgents de matériel médical, la Région Grand Est lance sa propre production. Mais il faut tout créer : filières, homologation des produits, approvisionnements… Tout se fait dans l’urgence.

Les métiers à tisser de l’Alsace et des Vosges rejoindront-ils un jour les taxis de la Marne dans les livres d’histoire ? Dimanche 15 mars, le directeur de l’Agence de développement d’Alsace (Adira) Vincent Froehlicher, était assesseur dans sa commune, à Saâles. C’est à ce moment qu’il a reçu un coup de fil de Jean-Luc Heimburger, le directeur de la CCI Alsace-Eurométropole. Il faut produire des masques pour le personnel soignant en première ligne face au coronavirus. Beaucoup, et vite. En parallèle, un plan de collecte et de distribution des masques est mis en place par l’Agence Régionale de santé et… la Direction générale de l’armement (DGA).

Une semaine plus tard, la filière textile est prête à produire les masques de A à Z. La même filière qui a pris de plein fouet la mondialisation durant les années 2000, avec les fermetures et les délocalisations vers des pays à bas coûts de production. Elle a survécu grâce au haut de gamme et aux textiles techniques, quelques miettes laissées par l’ogre chinois. Mais aussi à sa réactivité face aux commandes urgentes.

La CCI a pu s’appuyer sur le carnet d’adresses du Pôle Textile Alsace. Le réseau basé à Mulhouse fédère 250 entreprises, qui savent à peu près tout faire : de la chemise chic au tissu ignifugé, en passant par les fibres isolantes pour le BTP.

Face à la pénurie, des masques « made in Alsace » pourraient voir le jour. Photo : Francisco Àvia Hospital Clínic / Flickr

« L’ARS est prioritaire »

Tandis que la Pôle Textile Alsace mobilise les entreprises, le Cluster Biovalley apporte son expertise sanitaire. Grâce aux cahiers des charges récupérés auprès de l’ARS, les premiers prototypes devraient être homologués et produits en masse dans la du journée 23 mars. Théoriquement, rien n’empêche la production d’un masque 100% made in Grand Est. Élastique, tissage, découpage, confection , il y a au moins une entreprise compétente pour chaque opération. Lesquelles ? Le Président de la CCI Jean-Luc Heimburger préfère rester discret. Il redoute une ruée vers les masques :

« Le Pôle Textile est déjà assailli de demandes et sollicité de toutes parts, nous redoutons que tout le monde vienne tout-à-coup en réclamer. Pour l’instant il n’y a qu’un seul client et il est prioritaire, c’est l’Agence régionale de santé. »

Même scénario pour le gel hydroalcoolique. D’habitude, le site de Weleda à Huningue fait plutôt dans les médicaments homéopathiques et les cosmétiques bio. Mais face à la crise, le directeur du site et pharmacien Jean-Yves Saffroy a changé son fusil d’épaule. En plus de mettre son stock de masques et de blouses à l’ARS, il a lancé en urgence une production de gel hydroalcoolique :

« Nous avons eu une demande de la part de l’établissement français du sang et de l’ARS. Nous devrions pouvoir sortir 600 litres cette semaine. Et nous attendons une livraison d’éthanol dans les prochains jours pour augmenter rapidement la production. »

À Huningue, Weleda a lancé en urgence une production de solution hydroalcoolique Photo : Weleda

La logistique suivra-t-elle ?

En plus de l’urgence, le fonctionnement des entreprises est perturbé par une logistique devenue aléatoire. Pionnière mulhousienne dans l’impression 3D Cad’Indus a également proposé ses services à la CCI et à l’Adira. Elle peut fabriquer tout ce qui est à base de plastique souple ou rigide : armatures de masques, fermetures de porte limitant la contamination, et pourquoi pas des pièces plastiques pour des appareils médicaux…. Son directeur, Thierry Schneider, estime pouvoir faire fonctionner l’entreprise de 10 personnes dans des conditions de sécurité décentes, avec deux personnes sur site et le reste de son équipe en télétravail. En revanche, il est plus inquiet pour les livraisons et l’enlèvement de ses commandes :

« On est capables de lancer une production en quelques minutes à partir d’un fichier téléchargé. Mais les livraisons sont compromises. Aujourd’hui, j’ai un client en Suisse qui ne pourra pas être livré, et je ne sais pas moi-même si je pourrai être ravitaillé. Chaque entreprise de livraison a sa politique, certaines refusent de livrer en entreprise mais continuent de le faire à domicile… C’est un peu inquiétant. On a encore du stock de matière première et des pièces de rechange, mais si la situation doit durer, il faudra trouver des solutions pour l’approvisionnement. »

L’impression 3D pourrait servir à fabriquer des pièces d’équipement médical… Si l’approvisionnement suit (CC Kārlis Dambrāns / Flickr)

30 000 masques réutilisables, des importations en cours

À l’échelon national, 25 millions de masques ont déjà été puisées dans les stocks et 5 millions supplémentaires ont été pris dans les réserves de l’armée. Alors qu’elle sort de la crise, la Chine redémarre ses usines. Le 18 mars, le ministre des Affaires Étrangères Jean-Yves le Drian annonçait l’importation d’un million de masques en provenance de la Chine, tandis que les douanes bloquent les exportations vers l’étranger. Suffisamment pour se passer d’une production française ? Du côté de Biovalley, la réponse est laconique : « La demande est exponentielle du fait de la situation actuelle et à venir. » Autrement dit, la production locale ne sera pas de trop. Même son de cloche à la CCI avec Jean-Luc Heimburger :

« Une fois que la filière sera lancée, pas question de l’arrêter. L’ARS aura des besoins croissants, et nous anticipons le fait que d’autres régions françaises seront touchées. »

La CCI Alsace-Eurométropole espère produire un premier lot de 30 000 masques autour du 30 mars, puis 150 000 la semaine suivante. Les entreprises ont opté pour une solution durable, puisque les masques seront lavables et réutilisables jusqu’à 80 fois, soit l’équivalent de 14 millions de masques jetables. De son côté, la région Grand Est annonce avoir récupéré 350 000 masques grâce aux dons des entreprises et des collectivités et commandé 5 millions de masques supplémentaire. Le 21 mars, le ministre de la santé Olivier Véran annonçait une commande massive de 250 millions de masques pour l’ensemble du pays.

Dans les coulisses du service de réanimation du NHC

Dans les coulisses du service de réanimation du NHC

En première ligne face au coronavirus, deux infirmiers témoignent de leur quotidien aux urgences du Nouvel hôpital civil de Strasbourg.

Infirmier en réanimation au Nouvel hôpital civil de Strasbourg, Jérémie est aussi photographe. Il livre à Rue89 Strasbourg une série de clichés sur son quotidien actuel, en première ligne face au coronavirus.

Le service de réanimation s’est complètement réorganisé pour n’accueillir que les urgences liées au coronavirus. Photos : Jérémie Rumpier

L’infirmier de 31 ans a sorti son objectif pour témoigner de la réalité de son quotidien :

« Quand j’en parle autour de moi, quand je vois les gens, je n’ai pas l’impression qu’ils se rendent compte de ce qu’il se passe dans une salle de réanimation… »

Le service de réanimation du NHC ne fait plus que du traitement des détresses respiratoires.

Depuis que la crise sanitaire est entrée dans sa phase aiguë, son service a été entièrement reconfiguré. Il est passé de 25 à 30 lits et toutes les interventions non-urgentes ont été déprogrammées ou transférées. Résultat : 100% de l’activité du service est liée au traitement des cas les plus sévères de covid-19 et Jérémie assure que tous les patients qui lui sont adressés peuvent être intubés :

« Tous les lits sont occupés avec de la réanimation lourde, des personnes intubées sous respirateur artificiel. On ne fait plus que de la détresse respiratoire. Dès que les patients sont stabilisés, ils sont envoyés ailleurs. C’est très tendu, c’est sûr mais j’ai le sentiment qu’on tient le coup. On trouve l’énergie, on est transcendés par la gravité de la situation je pense… »

L’intubation doit permettre aux malades de retrouver de l’oxygène.
Les protections du personnel sont arrivées mais les stocks sont très faibles.

Durant la journée de samedi, une centaine de personnes sont décédées du coronavirus dans le Grand Est. Avec 155 personnes en réanimation, le Bas-Rhin est le département avec le plus de lits occupés (480 cas au total dans les 10 départements). La mort est là, présente, tous les jours.

Camille (prénom changé), également infirmière aux urgences du NHC, raconte :

« On a des décès, des gens qu’on laisse partir, des vraies réanimations de personnes qu’on veut sauver… Qu’on soit patient ou soignant, c’est très stressant parce qu’une réa, c’est très visuel. Les gens viennent pour cette maladie, ils savent que les autres qu’ils voient ont la même maladie et qu’ils se font intuber… »

Les gestes sont répétés des centaines de fois chaque jour. À la clé : la survie.

Jérémie reprend :

« On sent bien qu’on est submergés mais on n’est pas fatalistes. On est en première ligne mais on a été entraînés pour ça, on a un mental de guerriers en quelque sorte. L’ennui, c’est surtout qu’on ne sait pas combien de temps ça va durer comme ça… »

Le service de réanimation du NHC dispose désormais de 30 lits pour les détresses respiratoires, tous occupés en permanence.

Jérémie assure que son service dispose d’assez de masques et de protections :

« On a de tous petits stocks, à un moment on a dû utiliser des masques périmés et pendant un jour ou deux, on n’avait plus de gel hydroalcoolique mais maintenant ça va. C’est aussi parce qu’on est un service très sollicité de l’hôpital… »

Camille confirme :

« Au poste avancé, tout le monde est habillé de la tête au pied : charlotte, masque, surblouse… Ça ressemble à une zone de guerre. »

Mais ce qui inquiète surtout Camille, c’est la propagation du virus au sein de l’équipe soignante :

« Avec le nombre de patients, le risque de tomber malade augmente. C’est un stress supplémentaire, inédit. On ne sait pas trop ce qui nous attend. Même les soignants ne sont pas testés sans symptômes apparents, donc on est sans doute porteurs. Moi j’ai le nez qui coule, ça peut être la fatigue, comme ça peut être le virus et on n’en sait rien. »

D’après Camille, au moins sept membres de son service, ont été contaminés au coronavirus.

Le virus, le confinement et Rue89 Strasbourg

Le virus, le confinement et Rue89 Strasbourg

Depuis le début de la crise sanitaire, Rue89 Strasbourg se mobilise pour produire des informations utiles sur le coronavirus. Toute l’équipe télétravaille et tente, à distance, de publier une information au plus près possible des réalités du terrain.

Depuis une semaine, Rue89 Strasbourg a plus ou moins trouvé sa méthode de travail en période de confinement… Chaque matin, à la place du café au fond de notre cour de la rue de Rosheim, on se retrouve en visio-conférence. C’est moins agréable mais ça fonctionne pas trop mal…

Média numérique, notre système de production n’a pas été très complexe à adapter aux contraintes du confinement. Mais être au plus près des réalités du terrain, ce qui est notre constant souci, est devenu plus compliqué. Comment faire pour parler de la réalité des hôpitaux, des Ehpad, des supermarchés, sans mettre tout le monde en danger, journalistes comme témoins ? Chaque sortie est donc minutieusement pesée, étudiée.

Ce confinement touche tout le monde. Avec nos faibles moyens, pas question de chroniquer ce qu’il implique au cas par cas. Depuis le début de la semaine, nous avons plutôt cherché à parler de ceux qui sont souvent oubliés, les précaires, les plus fragiles, les premières victimes comme à chaque crise…

Une belle équipe de télétravailleurs !

Bien que la situation soit grave, voire dramatique, nous cherchons aussi à mettre en avant des informations positives, des solidarités, des connexions qui se (re)font, des méthodes pour tromper l’ennui du confinement… N’hésitez pas à nous signaler les initiatives que vous remarquez, soit en nous écrivant, soit en les publiant directement dans notre groupe Facebook.

C’est le moment de nous soutenir !

Comme toutes les entreprises, le confinement va durement éprouver les finances de Rue89 Strasbourg. Nos recettes proviennent à 60% de la publicité et toutes les campagnes publicitaires prévues ont été annulées. Ceci survient après trois mois d’abstinence publicitaire de notre premier client, la Ville de Strasbourg, en raison de la campagne électorale… Notre autre source de revenus, ce sont… les événements (Tous connectés et après, l’Université en campagne contre les idées reçues…). Eux aussi ont évidemment été annulés.

En outre, les dispositifs d’aide de l’État sont surtout prévus pour les entreprises qui cessent ou doivent réduire leur activité. Dans notre cas, c’est exactement l’inverse ! Nous devons plus que jamais être mobilisés, surtout en cette période où fleurissent nombre de rumeurs sur les réseaux sociaux. C’est donc le bon moment pour nous soutenir si vous appréciez ce qu’on fait, en optant pour un abonnement mensuel ou un don. Par ailleurs, tous nos articles liés au coronavirus sont laissés en accès libre.

Message à caractère sanitaire des candidats à la mairie

Message à caractère sanitaire des candidats à la mairie

La politique attendra. En ces temps troublés, les candidats aux élections municipales ont des conseils à vous donner. Bon courage, et restez chez vous.

Messes basses sous coronavirus, journal d’un curé de campagne

Messes basses sous coronavirus, journal d’un curé de campagne

Comment poursuivre son sacerdoce en période de confinement ? Les mesures actuelles obligent les religieux en charge d’une communauté à repenser le lien avec les fidèles, quand elles ne sèment pas le doute. Témoignage d’un curé du campagne du Kochersberg. 

Depuis une petite semaine, les cloches sonnent plus souvent qu’à l’ordinaire dans le petit village de Griesheim-sur-Souffel, à l’ouest de l’Eurométropole. Les Grand’ messes et la totalité des célébrations (y compris les mariages et les funérailles) ayant été annulées jusqu’à nouvel ordre, pour cause de confinement, le curé de la paroisse a décidé de recourir à une forme un peu oubliée du rite catholique pour soutenir ses ouailles : les messes basses.

Pas de sermon mais un service minimum

Ce curé, c’est René-Philippe Rakoto, Rue89 Strasbourg en avait déjà parlé en 2012 lorsqu’il était opposé au mariage pour tous. Chaque matin à 9h, il se rend à l’église la plus proche du presbytère où il réside, pour y célébrer une eucharistie (commémoration du sacrifice de Jésus). Seul. Les cloches qui sonnent alors dans les 12 villages de la communauté de paroisse qu’il dirige invitent les fidèles à se joindre à ses prières.

Pas de musique, pas de chant, et pas de public durant le confinement décrété contre le coronavirus
Pas de musique, pas de chant… et pas de public durant le confinement décrété contre le coronavirus. Photo Nathalie Stey

Une messe basse, c’est un office sans chant ni sermon, et mené sans tenir compte de la présence – ou non – de fidèles. Comme l’explique le Père Rakoto :

« La célébration se fait en communion avec l’Église, mais il n’y a pas de dialogue. C’est pourquoi on la pratique à voix basse, d’où son nom. »

Les anciens pratiquaient ce rite relativement court (15 minutes) tous les jours, avant de démarrer leur journée. René-Philippe Rakoto le célébrait jusqu’à présent deux fois par semaine, en latin. C’est désormais devenu le service minimum quotidien dans cette communauté de paroisses.

« Je sens la présence des fidèles, mais il y a un manque »

René-Philippe Rakoto témoigne :

« C’est la première fois dans l’histoire mondiale qu’un événement nous interdit de célébrer la messe pour les fidèles. J’en ai pleuré, c’était comme de se retrouver dans une autre dimension ou dans un film catastrophe américain. Sur les réseaux sociaux, les gens me remercient d’avoir mis en place ces messes basses, parce qu’au moins ils peuvent se raccrocher à ça. Mais c’est dur de célébrer sans personne. Même si je sens la présence des fidèles, il y a clairement un manque. »

Ordonné prêtre pour servir une communauté, René-Philippe Rakoto vit difficilement l’épidémie de coronavirus. S’il n’oppose pas croyance et médecine, conscient que les mesures barrières et le confinement mis en place pour freiner la propagation du virus sont avant tout une question de bon sens, il reconnaît que le confinement l’empêche, à certains égards, de rempli son sacerdoce :

« J’ai dû annuler tous mes rendez-vous, toutes les visites aux malades aussi, parce qu’il y a trop de risques de les contaminer ou d’être contaminé et d’ensuite disséminer la maladie. Dans ces conditions, les personnes seules ont encore plus de risques de se sentir abandonnées. Ça fait vraiment mal. Mais le bon Dieu veut que cela se passe ainsi. »

C'est à une « communion » symbolique que sont réduits prêtres et fidèles.
C’est à une « communion » symbolique que sont réduits prêtres et fidèles. Photo Nathalie Stey.

Seul aux enterrements, avec deux fossoyeurs

Cette semaine, le Père Rakoto a dû célébrer l’enterrement d’une personne du village voisin, décédée de vieillesse. Une expérience qui l’a profondément marqué :

« Il n’y a pas eu de messe, pas de chant, juste une lecture et quelques prières devant la tombe, avant la mise en terre. J’étais seul avec les deux fossoyeurs, la famille ne pouvait pas être là. C’est terrible pour eux, de ne pas pouvoir dire au revoir au défunt. »

Quant au sacrement des malades, notamment pratiqué auprès des mourants, son application reste théoriquement possible avec l’autorisation des médecins et en respectant les précautions d’usage. Le prêtre ne s’est pas encore retrouvé confronté à cette situation :

« J’espère que la pratique ne sera pas interdite. Ce serait terrible, non pas pour une question de croyance, mais plutôt d’humanité envers les malades. Ce serait un pallier supplémentaire de franchi, cela voudrait dire que la pandémie est là, dans nos villages. »

Seul dans son presbytère, le curé se sent un peu tiraillé. Lui qui d’habitude s’occupe de 12 villages reconnaît :

« J’ai plus de temps aujourd’hui, pour lire, peindre ou cuisiner. C’est d’ailleurs assez significatif de voir que le confinement s’inscrit dans le rythme du carême, qui est un temps de pénitence. C’est l’occasion de réfléchir à notre mode de vie. Cette épidémie, c’est un peu la nature qui se révolte, et toute notre société moderne qui se retrouve remise en cause. Mais d’un autre côté, cette inaction me rend mal à l’aise et je culpabilise de devoir rester ici. »

Dans 12 villages du Kochersberg, c'est désormais sans aucune assemblée que se déroulent les messes.
Dans 12 villages du Kochersberg, c’est désormais sans aucune assemblée que se déroulent les messes. Photo Nathalie Stey

Processions solitaires dans les villages

Alors, comme les fidèles ne peuvent plus désormais aller à l’eucharistie, il a décidé d’amener lui-même le symbole de la foi chrétienne jusque sous leurs fenêtres. La semaine prochaine, le prêtre mènera, seul, des processions dans les rues des villages de sa communauté de paroisse, pour présenter le saint sacrement (un hostie consacré) aux fidèles. Quant aux célébrations de la Semaine Sainte et de Pâques, moment essentiel dans la religion chrétienne, il réfléchit à la meilleure façon de partager certaines d’entre elles, même si une diffusion sur les réseaux sociaux le gêne :

« J’y ai déjà pensé, mais j’aurai l’impression de me donner en spectacle. »

Pour l’officiant, l’épidémie actuelle laissera clairement des traces :

« J’espère qu’elle va nous faire revenir à l’essentiel. Dans la religion catholique, cela nous amènera peut-être à laisser le decorum de côté, pour nous concentrer sur notre foi. »

#griesheim-sur-souffel

Dans le Kochersberg, des milliers de litres de lait et des tonnes d’asperges menacés

Dans le Kochersberg, des milliers de litres de lait et des tonnes d’asperges menacés

Alors que le pays tourne au ralenti, la nature ne s’arrête pas. Dans le Kochersberg, le confinement prive les agriculteurs de main d’oeuvre. Des milliers de litres de lait ont déjà été jetés et la récolte des asperges est menacée…

Dans le Kochersberg, la notion de confinement semble toute relative. Les gens se promènent, les camions circulent et les agriculteurs arpentent leurs champs. « La nature ne s’arrête pas, on est obligé de travailler », explique Dominique Lux, producteur d’asperges à Pfettisheim. Pour les agriculteurs, les déplacements sont autorisés, en utilisant l’attestation de l’État. Le lait continue d’être récupéré par la coopérative Alsace Lait et les livraisons de nourriture pour les animaux se poursuivent.

L’asperge menacée par le virus

Mais chez Dominique Lux, l’inquiétude grandit à mesure que la récolte des asperges approche. Le confinement et la fermeture des frontières avec l’Allemagne empêchent les saisonniers d’origine étrangère (pour la plupart Polonais) de venir travailler. « Je n’ai plus que trois ouvriers alors qu’on est habituellement cinq. Un est rentré en Pologne et l’autre n’est pas venu, » déplore le producteur.

Dominique Lux s’inquiète d’un possible allongement du confinement. La cueillette des asperges, prévue mi-avril, risque d’être compromise. Or, cette récolte constitue 70% du revenu de l’exploitation. Si l’agriculteur ne trouve pas d’ouvriers, la moitié du champ ne sera pas récoltée. Ses revenus risquent de chuter d’un tiers, ce qui mettrait en péril la pérennité de sa ferme :

« Dix années d’exploitation seront nécessaires pour compenser une perte de cette ampleur. »

Dominique Lux, producteur d’asperges.

Dominique Lux se soucie aussi de la demande en asperges. Pendant que les consommateurs se ruent sur les denrées qu’ils jugent essentielles, le marché de l’asperge s’effondre. « Les producteurs d’asperge précoce ont énormément de mal à les vendre », souligne-t-il.

Des milliers de litres de lait jetés

Dans sa ferme à Durningen, Julien Messer rencontre lui aussi des difficultés à écouler ses produits. Son exploitation d’une centaine de vaches laitières produit un million de litres de lait par an. L’exploitant agricole transforme toute sa production en fromage à pâte dur. Les cantines et les restaurateurs étaient les principaux clients de la ferme. Ils sont aujourd’hui fermés… et les grandes surfaces réduisent leur commandes. Actuellement, l’agriculteur jette 10 000 litres de lait chaque semaine.

Pour l’instant, Julien Messer peut compter sur son petit magasin de vente direct et les marchés locaux comme ceux de Strasbourg ou de Neudorf. Mais l’agriculteur s’inquiète d’une possible fermeture de ces marchés qui signerait « la mort de mon exploitation. »

Dans son atelier de production, 6 salariés sont désormais en chômage partiel. Ils sont quinze habituellement. De plus, l’agriculteur a dû se résoudre à abattre six vaches afin de réduire ses pertes. Cette baisse importante d’activité menace l’entreprise familiale. Julien Messer prévient :

« On n’a pas de trésorerie, on peut tenir le mois de mars mais si cela dure plus longtemps, la ferme risque de ne pas s’en relever. »

Des difficultés qui ne touchent pas tous les agriculteurs

Chez l’éleveur laitier Ludovic Kieffer, la situation n’est pas si dramatique. Dans son élevage bovin, les activités se poursuivent normalement. Cependant, une rumeur s’est répandue parmi les producteurs de lait, selon laquelle Alsace Lait ne collecterait plus que la moitié de la quantité de lait habituelle. La direction de la coopérative agricole a démenti cette rumeur et assure que « les collectes se déroulent et les usines fonctionnent normalement. »

Une étable dans une ferme du Kochersberg Photo : FS / Rue89 Strasbourg / cc

Dans sa ferme à Behlenheim, Ludovic Kieffer voit plus de monde passer ces derniers jours : « Il fait beau donc les gens se promènent », avance-t-il. Mais ces déplacements non-autorisés l’inquiètent. Ces personnes pourraient contaminer la ferme. « Pour l’instant, j’évite de rencontrer les « visiteurs » mais je réfléchis à interdire l’entrée dans la ferme », précise-t-il.

Tandis que les ventes de fromage diminuent, la demande en briques de lait et en beurre augmentent. À Avenheim, dans le poulailler de la ferme Roeckel, l’activité augmente même. La production ne s’écoule plus dans les cantines ni les restaurants mais plutôt vers les supermarchés : « Les commandes ont augmenté de 30%, estime Hervé Roeckel, on a essayé de faire venir un maximum de salariés. Mais on n’a pas pu répondre à toutes les commandes. »

Mesures de précautions

L’arrivée du coronavirus bouscule l’organisation des fermes. Dans l’atelier de production de Julien Messer, les contacts entre employés sont réduits au maximum. De même dans la boutique ouverte aux clients où Hervé Roeckel s’est assuré que les distributeurs de gels hydroalcooliques soient remplis.

« Nos organismes syndicaux nous ont demandés d’être plus attentifs aux mesures d’hygiène, surtout par rapport aux infections du personnel. »

Hervé Roeckel, éleveur de poules.

Chez Alsace Lait, les chauffeurs sont équipés de produits désinfectants et ont reçu comme consigne de limiter les rencontres avec les agriculteurs.

Le report de charges ne suffira pas

Les agriculteurs espèrent bien compter sur le soutien de l’Etat pendant la crise sanitaire. Dans la plupart de ces entreprises, la trésorerie est quasi inexistante. Pour les exploitants en difficulté, le report des charges ne sera pas suffisant. Dominique Lux souhaiterait ainsi un effacement de ces charges patronales : « Il y a un réel risque de faillite mais surtout de perdre notre logement. » Il rappelle que ses pertes de revenus ne seront pas prises en charge par les assurances.

Chez Hervé Roeckel, alors que les commandes ne diminuent pas, l’exploitation est tout de même passée en « régime de survie » :

« Tout ce qui n’est pas vital est arrêté. Les œufs sont ramassés et les animaux nourris mais le chantier pour le nouveau bâtiment est stoppé. »

Les agriculteurs se retrouvent dans l’obligation de poursuivre leurs activités, dans des conditions dégradées de débouchés et de main d’oeuvre. De son côté, Dominique Lux espère pouvoir sauver ses asperges et donc son exploitation : « on lance un appel aux gens qui veulent nous aider à récolter… »

Coronavirus : la grande distribution assure qu’elle va absorber le choc

Coronavirus : la grande distribution assure qu’elle va absorber le choc

Après la ruée sur les rayons de pâtes et de papier toilette, la grande distribution prévoit un retour à la normale en quelques jours. Malgré le confinement lié à l’épidémie de coronavirus, la chaîne logistique devrait être en mesure d’assurer l’approvisionnement.

Au Carrefour City du Schluthfeld, à Strasbourg, les salariés rangent les nouveaux arrivages dans les rayons. En cette matinée du jeudi 19 mars, équipés de gants et de masques, ils faufilent les chariots et les tire-palettes entre les clients et les étalages quasiment vides de pâtes, de bières et d’eau.

Le commerce de proximité a été pris d’assaut après le discours d’Emmanuel Macron du jeudi 12 mars, annonçant la fermeture des écoles, collèges et universités, pour contrer l’épidémie de coronavirus. « On rattrape ce que les clients ont eux-mêmes généré », explique Yannick Simon, gérant du magasin. Il détaille :

« Les ruptures de stock dans les rayons sont liées à la soudaine surconsommation de ces derniers jours. On s’y attendait. Donc on a repassé des commandes auprès de notre entrepôt, qui assure que nous serons toujours approvisionnés. C’est juste une question de jours avant que les stocks reviennent à la normale. »

Le Carrefour City du Schluthfeld a été pris d’assaut dès la fin de la semaine dernière.

Deux à trois jours pour un retour en rayon

En moyenne, il faut deux à trois jours pour qu’une famille de produits soit de retour en rayons. Désormais, le camion qui livre ce commerce de proximité fait trois tournées au lieu d’une, pour pallier les manques. Même son de cloche du côté de Auchan, à Illkirch-Graffenstaden, où le directeur, Frédéric Agaud a constaté plus de 300% d’achats pour certains types de produits comme les pâtes : 

« La chaîne logistique n’a pas pu temporairement suivre cette évolution extrêmement forte. Mais les choses rentrent progressivement dans l’ordre. Si chacun achète selon ses besoins réels habituels et sans chercher à stocker pour la prochaine décennie, il n’y a aucun risque de pénurie. »

À Auchan Illkirch, le rayon des pâtes a aussi été pris d’assaut.
Photo : OG / Rue89 Strasbourg / cc

Objectif : rassurer les clients

La multiplication des photos et vidéos publiées sur les réseaux sociaux montrant des rayons vides a suscité l’inquiétude de certains clients. Les enseignes cherchent désormais à rassurer, pour éviter les ruées dans les rayons. Lundi 16 mars, le Super U de Wolfisheim a publié sur sa page Facebook un message et des photos d’employés qui travaillent la nuit à remplir les rayons.

Dès le dimanche 15 mars, le ministre de l’Économie Bruno Le Maire a lui aussi assuré que la filière agro-alimentaire était mobilisée pour qu’il n’y ait pas de rupture dans la chaîne d’approvisionnement :

Des mesures de restrictions et de la pédagogie

Pour tenter de garantir la disponibilité des produits, certaines enseignes limitent les quantités d’achats par client. Au Carrefour City du Schluthfeld, Yannick Simon explique qu’il ne voulait pas voir son magasin dévalisé :

« Les clients sont limités à deux paquets de pâtes chacun et environ trois paquets de papier-toilettes. Il faut que le plus grand nombre de personnes ait accès à tous les produits. Plus de 90% d’entre eux l’ont compris, le respectent et s’y plient… »

Des mesures de restrictions ont été mises en place par le gérant du magasin pour limiter le nombre de produits par clients. Photo : OG / Rue89 Strasbourg

Un « appel au civisme de tous »

« Nous faisons appel au civisme de tous », appuie Frédéric Agaud. Dans le supermarché du Baggersee, pas de restrictions mais une tentative de pédagogie auprès des clients, « pas toujours avec succès, il faut le reconnaître. » Difficile pour les enseignes d’interdire aux clients qui souhaitent acheter de grandes quantités, abonde Saïd Bindou, directeur général de la Scapalsace, qui gère les achats et la logistique des magasins Leclerc dans le Grand Est :

« Il faudrait demander aux hôtes et hôtesses de caisse de jouer un rôle de policier, c’est impossible. Quand un petit commerçant ou un détaillant arrive avec des chariots remplis, c’est plus facile de couper court. C’est beaucoup plus compliqué pour les particuliers. »

Des équipements élaborés dans l’urgence

Outre le souci du stock, les enseignes font aussi face au défi sanitaire. Face au risque de contamination du Covid 19, la direction du Auchan Baggersee a mis en place un système d’alternance en fermant une caisse sur deux. Le client dépose ses courses sur le tapis roulant, puis passe dans le couloir de l’autre caisse pour se tenir le plus loin possible de l’employée. Au sol, un marquage indique la distance d’1m50 à tenir entre chaque personne.

À Auchan Baggersee, le marquage au sol se poursuit jusque dans la file d’attente extérieure. Photo : OG / Rue89 Strasbourg / cc

Les hôtesses de caisses sont séparées des clients par des morceaux de nappes en plastique, soutenus par des tuteurs de jardinage. Un système élaboré dans l’urgence et pour lequel le magasin a dû puiser dans ses propres stocks. « Nous n’avions pas assez de plaque de plexiglas », explique Bilal Guerram, responsable de la sécurité.

Système D : des nappes en plastiques soutenues par des tuteurs de jardinages font office de séparation avec les clients. Photo : OG / Rue89 Strasbourg / cc

Depuis la mise en place du confinement, le supermarché a vu ses commandes en livraison et en drive augmenter de plus de 150%. « Nous garantissons également la présence d’un nombre limité de clients à un instant T dans le magasin afin de pouvoir faire ses courses en toute sérénité, sans risque de trop grande promiscuité avec les autres clients », assure Frédéric Agaud. La surface de 14 000 mètres carrés du magasin facilite les évitements…

Gants, masques et gel hydroalcoolique: le personnel s’équipe pour respecter les consignes sanitaires. Photo : OG / Rue89 Strasbourg / cc

« On est un peu les oubliés du confinement en terme de sécurité »

C’est moins évident du côté du du Carrefour City, à Schluthfeld. Dans le commerce de proximité, Yannick Simon a mis en place les affichages obligatoires rappelant les consignes de sécurité, ainsi qu’un marquage au sol. Mais il pointe un manque de matériel pour sa quinzaine d’employés :

« On a le strict minimum. Les équipements qu’on avait : masques et gants, ont été réquisitionnés par l’État. Il joue son rôle, mais bon… On a la chance d’être un commerce de proximité et d’entretenir un lien avec nos clients. L’un d’entre eux est venu nous donner 20 masques. On a eu cette chance-là. »

Un peu blasé, il ajoute : « On est un peu les oubliés du confinement, en terme de sécurité ».

En manque de masques et de gel, la maison d’arrêt de l’Elsau mise sur le confinement des détenus

En manque de masques et de gel, la maison d’arrêt de l’Elsau mise sur le confinement des détenus

À la maison d’arrêt de l’Elsau, le personnel craint la contamination d’un détenu ou du personnel par le Covid-19. Face au manque de gel hydroalcoolique et de masque, les visites et les activités sportives sont interrompues.

Les détenus de la maison d’arrêt de l’Elsau n’ont plus aucun contact avec l’extérieur. Depuis lundi 16 mars, les visites aux parloirs sont suspendues pour éviter la propagation du Coronavirus dans l’établissement pénitentiaire. Un formulaire sera mis en ligne afin de permettre aux familles de communiquer avec les détenus. Par la suite, les messages seront imprimés et transmis aux détenus.

Mais la maison d’arrêt n’a pas uniquement stoppé les visites, les activités sportives sont aussi suspendues. Les promenades dans la cour restent maintenues, mais elles ont été réaménagées afin d’éviter un maximum de contacts entre les prisonniers.

Le matériel de protection vient à manquer

« On avait reçu du gel les premiers jours (autour du 9 mars, ndlr), mais depuis on a plus rien », témoigne un employé de la maison d’arrêt. Dans cet endroit confiné, le personnel est aussi exposé à la contamination. Aucun masque n’ a été fourni. Les rares protections dont la prison dispose sont stockées en prévision d’une infection dans le bâtiment. « Des masques, il y en a quelques uns mais pas assez pour tout le monde », déplore Philippe Steiner, secrétaire du syndicat Ufap-Unsa. Du matériel dont l’efficacité laisse songeur : ils ont été fournis en 2009 lors de l’épidémie de grippe H1N1.

« On ne sait pas si nous allons recevoir des équipements. Le ministère nous dit qu’il n’y a pas de masques disponibles. »

Philippe Steiner

Selon Philippe Steiner, les autorités ne considèrent pas le personnel pénitentiaire comme prioritaire. Les hôpitaux et autres services médicaux passent en premier. Mais quid du gel hydroalcoolique donné aux mairies pour le premier tour des élections municipales ? « Tous les jours, la directrice de la maison d’arrêt essaie de trouver du gel, sans succès », confie un employé. Heureusement, savon et gants ne manquent pas à la prison… C’est tout ce dont disposent le personnel et les prisonniers responsables de la cantine afin de réduire les risques de contamination…

Une situation encore sous contrôle

Alors qu’un mouvement de révolte a éclaté à la maison d’arrêt des Alpes-Maritimes mardi 17 mars suite à l’annonce de la suspension des visites, la situation à la maison d’arrêt de l’Elsau est sous contrôle. « Les détenus et leur familles comprennent la situation et ne paniquent pas », assure Philippe Steiner.

Pour l’instant, la maison d’arrêt poursuit son activité normale et de nouveaux prisonniers arrivent régulièrement. Ces nouveaux-venus font craindre une possible contamination des personnes incarcérés et du personnel de l’établissement. Tous les nouveaux arrivants sont donc placés en quarantaine pour endiguer le risque de propagation du virus.

« J’ai honte de rester chez moi » : des dizaines d’infirmières scolaires prêtes à soutenir le personnel soignant

« J’ai honte de rester chez moi » : des dizaines d’infirmières scolaires prêtes à soutenir le personnel soignant

Parmi les 240 infirmières scolaires en Alsace, plusieurs dizaines souhaitent soutenir leurs collègues en Ehpad ou à l’hôpital. Séverine (le prénom a été modifié) raconte ce sentiment « horrible d’être utile mais de ne pas pouvoir aider. »

Dans le Haut-Rhin, les infirmières scolaires ne travaillent plus depuis plus d’une semaine. Les établissements scolaires y ont fermé dès le 9 mars. Séverine (le prénom a été modifié) attend ainsi depuis dix jours de pouvoir soutenir ses collègues en Ehpad, en hôpital ou dans les centres d’hébergement d’urgence. « C’est horrible d’être utile mais de ne pas pouvoir aider. J’ai honte d’être chez moi », affirme l’infirmière scolaire haut-rhinoise.

Séverine désespère derrière son ordinateur à attendre des consignes du Rectorat pour enfin pouvoir aider le personnel soignant faisant face au Coronavirus. Photo : Document remis

Un manque d’écoute des infirmières scolaires

240 infirmières scolaires exercent en Alsace. Elles disposent d’un diplôme d’État et ont souvent travaillé dans des établissements de soins avant d’exercer dans un collège ou un lycée. Séverine a déjà exercé plusieurs années en hôpital. Elle rappelle ainsi que les infirmières scolaires sont « tout à fait capables de soutenir les personnels des Ehpad ou des hôpitaux en faisant des toilettes pour les personnes âgées, en distribuant des médicaments, en s’occupant des patients ou en triant les malades selon les degrés d’urgence. »

Séverine regrette le manque d’écoute de la part de l’Académie depuis le début de l’épidémie. Elle relate des mails envoyés tous les jours pour proposer son aide. Ils sont tous restés sans réponse… Mercredi 18 mars, Armelle Lablanche, déléguée syndicale SNIES-UNSA des infirmiers scolaires d’Alsace, a pu transmettre cette préoccupation à la nouvelle rectrice de l’Académie de Strasbourg, Elisabeth Laporte. « Elle est en discussion avec le ministère de l’Education nationale et l’Agence régionale de santé », évoque la syndicaliste qui estime que « plusieurs dizaines d’infirmières scolaires veulent se mobiliser en Alsace. »

Lucie (le prénom a été modifié) ne pourra probablement pas se déplacer pour aider les confrères et consoeurs. L’infirmière scolaire haut-rhinoise présente plusieurs symptômes potentiellement liés au coronavirus. Ancienne salariée d’un Ehpad, elle aurait volontiers aidé en maison de retraite deux à trois jours par semaine, car le reste du temps Lucie doit garder ses enfants. Malgré tout, elle patiente de longues heures derrière l’ordinateur en attente de consignes de l’Académie : « Je pourrais quand même m’occuper du suivi par téléphone des patients suspectés Covid-19 et restés à domicile. »

Entre « initiative individuelle » à « appel à mobilisation »

Contacté dans la journée du 17 mars, le rectorat de l’Académie de Strasbourg a répondu que cet engagement des infirmières scolaires relevait de « l’initiative individuelle ». Aucun numéro, ou page internet officielle, n’était alors disponible pour orienter les infirmières scolaires désireuses de soutenir le personnel soignant débordé par la pandémie de Covid-19.

Le 18 mars, l’Académie de Strasbourg a tenu à rappeler que « des personnels de santé de l’Éducation nationale se mobilisent aux côtés des enseignants pour encadrer les enfants de personnels soignants accueillis dans les écoles et établissements de l’académie. » Du côté de l’Agence régionale de Santé, un appel à la mobilisation a été diffusé auprès « de tous les personnels soignants y compris les retraités depuis cinq ans disponibles pour renforcer les structures de santé et médico-sociales. »

7 500 infirmières scolaires et un peu plus de 1 000 médecins scolaires exercent en France. Ce personnel dépend de l’Education nationale, et non du ministère de la Santé. Comme l’explique le Rectorat, « en l’absence de réquisition, cet engagement des infirmières scolaires doit pouvoir s’inscrire dans un cadre administratif clairement défini, auquel le ministère de l’Éducation nationale et de la jeunesse travaille, en lien avec le centre interministériel de crise. »

Viendra ensuite la question de l’équipement en masque, gel hydroalcoolique et autre matériel de protection. Mais pour Séverine, la question de l’engagement ne fait pas de doute :

« Pour moi, ça serait insupportable de n’avoir rien fait pour aider mes collègues et Ehpad ou à l’hôpital. Après tous ces événements, je ne pourrais plus les regarder en face. »

Le conseil municipal va vivoter pendant la crise du coronavirus

Le conseil municipal va vivoter pendant la crise du coronavirus

Pour la première fois depuis le 10 février, le maire Roland Ries a échangé à distance avec les représentants des différents groupes politiques de son conseil municipal. La communication est réduite et limitée au sujet de l’épidémie du coronavirus.

Les 7 groupes politiques du conseil municipal (4 de la majorité, 3 d’opposition) et les non-inscrits ont été conviés à une réunion téléphonique par le maire de Strasbourg, Roland Ries, ce mercredi 18 mars. Les représentants des groupes et quelques adjoints étaient soient présents au centre administratif, avec 1 mètre de distance, soit au téléphone.

Après des informations sur la situation sanitaire, les élus ont discuté, en présence des services, des mesures que pourrait prendre la Ville de Strasbourg face à l’épidémie du coronavirus. Ils ont aussi pu faire remonter les situations dont ils ont connaissance. La discussion n’a pas donné lieu à des polémiques particulières.

Mise en relation des personnes et aide aux sans-abri

La Ville va notamment proposer des mises en relation entre bénévoles, agents qui ne peuvent télétravailler ou les salariés au chômage technique, avec ceux qui ont des besoins spécifiques (courses, garde d’enfants, etc.). Pour éviter des actes malveillants chez des individus, il a notamment été décidé d’orienter les bénévoles vers les structures qui font remonter leurs besoins actuels. Les associations de solidarité envers les sans-abri sont notamment concernées.

Pendant l’heure et quart qu’a duré cette réunion, il a beaucoup été question des personnes à la rue. Les accueils de jour sont fermés à l’exception d’une plateforme d’accueil. « La bulle », un espace avec des douches pour sans-abri rue Fritz Kiener, est fermée car les trois agents habituels sont tous indisponibles. D’autres fonctionnaire seront redéployés pour rouvrir le lieu. L’objectif va être de « déconcentrer » les personnes, notamment en utilisant les hôtels.

La Ville de Strasbourg va activer un « Plan de continuité ». Parmi les questions en débat, faut-il rouvrir les toilettes publiques ? Cela est perçu comme un « signal » à se déplacer, mais c’est aussi une nécessité pour les personnes à la rue.

La municipalité a donné 1 000 masques de ses réserves à l’Agence régionale de Santé (ARS). Les agents, police municipale comprise, ne les portent pas pour ne pas diminuer les stocks envers les secteurs prioritaires. Les besoins sont de 26 000 masques par jour dans le département, la moitié pour les hôpitaux universitaires de Strasbourg et l’autre pour les autres services de santé, dont les Ehpad. Leur durée de vie est de quelques heures.

Marchés et verbalisation

Les marchés et l’espacement entre les stands a aussi été évoqué. Ceux du samedi en particulier attirent de fortes affluences, notamment à Hautepierre et sous la halle de Neudorf. La police municipale pourrait y réguler les affluences.

Alors que le confinement n’est pas toujours respecté partout, il a été rappelé que les adjoints de quartier peuvent utiliser leur fonction d’officier de police judiciaire.

Une réunion par semaine

Ce mode de fonctionnement d’un conseil municipal « restreint » devrait prévaloir dans les prochaines semaines, même si la communication n’y est pas simple. Une prochaine réunion d’environ une heure est programmée mercredi 25 mars.

Le second tour des élections municipales a été reporté à une date ultérieure, mais devrait en théorie se tenir avant fin juin.

« On n’oubliera pas les sans-abris », les associations strasbourgeoises mobilisées pendant la pandémie

« On n’oubliera pas les sans-abris », les associations strasbourgeoises mobilisées pendant la pandémie

Avec l’épidémie de coronavirus et le confinement, certains services sociaux ne sont plus assurés. Pour les personnes sans domicile, le confinement est quasi impossible. Les associations strasbourgeoises de solidarité s’adaptent pour continuer d’assurer les distributions alimentaires.

« On va tout faire pour que les personnes à la rue ne soient pas oubliées pendant cette crise sanitaire. » Valérie Suzan, présidente de Strasbourg Action Solidarité (SAS), interpelle quant à la situation des sans-abris pendant la pandémie du coronavirus :

« Comme chacun d’entre nous, les sans-abris aussi sont inquiets de la situation. Nous sommes assaillis par leur questionnement et leur angoisse grandissante. Où trouveront-ils leur nourriture ? Où trouveront-ils les moyens minimums d’une hygiène déjà mise à l’épreuve ? De quel confinement parle t-on pour des personnes à la rue ? Que dire des personnes isolées qui redoutent la perte de leur dernier lien social ? »

Martine (son prénom a été modifié) vit dehors. Pour elle, « c’est encore le flou total. » Ses propos ont été recueillis mardi 17 mars :

« Je n’ai pas mangé depuis 24 heures. C’est difficile de mendier comme il n’y a plus personne… Des maraudes ont été annulées. Et surtout, je ne sais pas où je vais me retrouver. De toute façon, que je sois dehors, dans un gymnase ou dans un centre d’hébergement, je serai au contact de plein de personnes et donc exposée… J’ai 55 ans et je ne suis plus en très bonne santé… Ça me fait peur. »

Des services sociaux extrêmement perturbés

De nombreux services sociaux ne sont plus assurés à cause du confinement. Les structures d’accueil de jour comme la halte Bayard ont fermé leurs portes. Le soir, les hébergements d’urgence restent ouverts. « On est très proches les uns des autres dans les centres d’hébergements. Si quelqu’un chope le virus, tout le monde l’a ensuite, c’est sûr, » explique Lucien qui dort en ce moment au centre d’accueil et d’hébergement Fritz Kiener géré par la Ville. Il poursuit :

« Ce matin on a tous dû partir entre 8h et 8h30, je suis dehors depuis. Là je vais y retourner pour dormir et normalement ça sera la même chose demain. Et si moi ou quelqu’un d’autre, on chope la maladie dans la journée, on la ramène aux autres le soir, c’est pas bon… »

Jointe par téléphone, l’adjointe au maire chargée des Solidarités, Marie-Dominique Dreyssé (EELV), explique que la Ville et la préfecture sont en train de mettre en place de nouvelles procédures :

« On a essayé de trouver les solutions les plus adéquates le plus rapidement possible. L’objectif, c’est notamment de déplacer des personnes des centres d’hébergement et des deux grands squats vers des chambres d’hôtel. Normalement, les personnes qui dorment dans des lieux comme le centre Fritz Kiener n’auront plus à partir la journée. On va aussi ré-ouvrir les douches publiques sous quelques jours, au mieux le 20 mars. Certains lieux comme Femmes de parole, la salle de consommation à moindre risque (SCMR) et Ithaque (à destination des personnes qui ont des addictions) restent ouverts. »

D’après certaines sources, il est envisagé de sortir 250 personnes des squats Gruber (150 occupants environ) et Bugatti (280 occupants) pour limiter la circulation du virus dans ces lieux.

« On n’a pas eu de consignes, on s’organise tout seul »

En attendant, les associations strasbourgeoises d’aide aux sans-abris ont dû se coordonner de manière autonome pour assurer un approvisionnement alimentaire, dans les meilleures conditions d’hygiène possible. Également le 17 mars, SAS organise une distribution de nourriture près de la gare. Une bénévole lance, « ça ne nous amuse vraiment pas d’être dehors ce soir, mais on n’a juste pas le choix. » Hervé, un autre bénévole de SAS, témoigne :

« On n’a pas eu de consignes de la préfecture ou de la Ville pour le moment, on est livrés à nous même. Mais il faut bien le faire, sinon les gens vont mourir de faim. »

En auto-organisation, SAS assure la distribution de nourriture. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

Les bénévoles ont tous des masques et des gants. Des personnes avancent en file indienne, jusqu’à une membre de l’association qui leur met directement dans les mains une dose de gel hydroalcoolique. Ils récupèrent ensuite leur ration de nourriture.

Meryl et Sabine pour l’association Les petites roues font également une distribution de nourriture à vélo ce soir là :

« On a distribué tout ce qu’on a réussi à récupérer, donc l’équivalent d’environ 35 repas. Des maraudes ont été assurées tous les jours pour le moment, il faut que ça continue. »

Le 16 mars, les Restos du cœur avaient déjà distribué de la nourriture dans des sachets à emporter pour éviter les rassemblements et garantir la non-contamination de la nourriture. Photo : TV / Rue89 Strasbourg / cc

Des dispositifs se mettent en place

Mercredi 18 mars, de nouveaux dispositifs commencent à se préciser. L’Étage, qui est normalement un accueil de jour, procède à des distributions de repas dans des sachets prêts à être emportés à midi et le soir, et cela devrait être également le cas les jours suivants.

Des sanitaires sont aussi accessibles, « vu que toutes les toilettes publiques sont fermées, c’est nécessaire, » commente un salarié de l’association. Ce service est issu d’une coordination entre les associations, les services de la Ville et de l’État.

Le nouveau calendrier des actions de solidarité Photo : doc remis

Pour Meryl de l’association Les petites roues, il faudrait prendre des décisions radicales :

« Il y a énormément de logements vacants et de chambres vides en ville… Pourquoi ne pas les réquisitionner ? »

Pour Gabrielle d’Abribus, il peut être intéressant de s’inspirer des solutions qui ont été trouvées en Italie par exemple :

« Une technique serait de mettre en place plusieurs points de dépôt pour que tout le monde ne vienne pas au même endroit. Cela limiterait les rassemblements. »

Valérie Suzan explique que tout « s’improvise au jour le jour en fonction de ce qu’on apprend. »

Coronavirus : ce personnel soignant qui lutte pour la survie des personnes âgées

Coronavirus : ce personnel soignant qui lutte pour la survie des personnes âgées

Infirmières, psychologue, cheffe d’établissement, auxiliaires de vie… Le personnel soignant en Ehpad et à domicile doit redoubler d’efforts pour assurer la survie des personnes âgées et dépendantes, la population la plus fragile face au coronavirus.

Derrière les urgences, les Ehpad et les domiciles de personnes âgées constituent le deuxième « front » de la « guerre sanitaire » contre l’épidémie de Covid-19. Et ici, le coronavirus est une question de survie.

Au vu du débordement des hôpitaux haut-rhinois, les cas suspects de plus de 70 ans ont peu de chance d’être admis en réanimation, faute de lits ou de respirateurs disponibles. Dans le secteur de l’aide à la personne, le personnel se mobilise pour sauver les aînés malgré le manque de moyens humain et de matériel.

L’entrée de l’Ehpad Saint-Arbogast affiche les consignes à suivre face au Coronavirus. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Pénurie de masques, personnel contaminé

Directrice de l’établissement Saint-Arbogast à Strasbourg, Michèle Keiling passe son temps au téléphone à la recherche de masques. En plus de la protection de ses résidents, la responsable doit éviter à tout prix une contamination de son personnel, indispensable à la continuité des soins. Dans la journée du mercredi 18 mars, un test était prévu pour un salarié de la structure. Selon le Conseil départemental du Bas-Rhin, une vingtaine des 138 Ehpad du territoire sont concernés par la contamination d’une partie des employés.

En cette période de confinement, les résidents d’Ehpad requièrent du personnel supplémentaire. Désormais, les repas et les animations collectives ne sont plus autorisés. Il faut donc amener des plateaux repas dans chaque chambre, faire des visites individuelles toute la journée… Confrontée à la fin des visites extérieures, Michèle Keiling rappelle qu’ »en temps normal la venue des familles ou de bénévoles constitue une aide bienvenue pour le personnel soignant. »

Frédéric Bierry : « un enjeu de survie »

Le Conseil départemental du Bas-Rhin explore plusieurs pistes pour pallier les contaminations du personnel soignant. Frédéric Bierry (LR), président du Département, assure que « face à cet enjeu de survie, je ne compte pas les investissements. Nous avons fait appel à une agence intérimaire spécialisée dans les personnels de santé. De plus, 18 pompiers se sont déclarés volontaires pour aider dans les Ehpad. Concernant les médecins traitants touchés par le virus, nous allons développer la télémédecine pour qu’ils puissent continuer d’assurer des consultations. »

Psychologue dans deux Ehpad alsaciens, Carine (le prénom a été modifié) a vu des aides-soignantes fondre en larmes ces derniers jours. Le personnel des Ehpad et de l’aide à domicile subit actuellement une charge émotionnelle et mentale lourde. Aide médico-sociale dans une maison de retraite strasbourgeoise, Julie (le prénom a été modifié) décrit « ce stress, cette crainte de passer à côté des symptômes »… et ainsi de mettre en danger tous les résidents de la structure.

La question de la fin de vie

Face à des personnes âgées contaminées, le personnel soignant des Ehpad sera contraint d’estimer les chances de survie du résident positif au Covid-19. Dans un rapport daté du 14 mars, la Haute autorité de la santé publique recommande aux maisons de retraite de préparer « une fiche LATA (limitation et arrêt de thérapeutiques actives) pour chaque résident afin d’établir le niveau de soins en fonction de la gravité. »

Selon plusieurs professionnels de santé contactés, cette fiche s’apparente aux directives anticipées concernant la fin de vie. En clair, les résidents de maison de retraite doivent avoir signé une déclaration concernant leur prise en charge par les urgences. En période de crise sanitaire, les autorités de santé cherchent à éviter un acharnement thérapeutique qui pourrait occuper des places de réanimation au détriment de cas plus légers.

Seules au front : les auxiliaires à domicile

Plus isolées encore, épuisées depuis des années, les auxiliaires ou les assistantes de vie assurent à domicile la survie des personnes les plus dépendantes. Ces femmes nettoient les aînés, elles leur donnent à manger, les habillent. Dans le Bas-Rhin, les visites de ménage ont été annulées pour limiter les risques de propagation du virus. Mais certaines interventions fondamentales doivent se poursuivre.

Pour des salaires autour du Smic, souvent en dessous à cause d’un temps partiel, Simone (le prénom a été modifié) continue de travailler malgré le manque de gel hydroalcoolique et le peu de masques distribués. « Nous, les aides à domicile, on est toujours un peu les oubliées… », souffle-t-elle avant d’exprimer sa principale inquiétude : contaminer la personne aidée…

En raison de la pénurie de masques, Lisa travaille aux domiciles de ses clients avec un foulard sur le bas du visage. Elle se déplace à pieds, du fait des transports publics perturbés. Mais l’auxiliaire de vie se pose déjà la question de l’après : « Si on doit intervenir chez des malades sortis de l’hôpital et en quarantaine chez eux, je n’ai pas forcément envie d’être en première ligne sans protection… »

Incendie maîtrisé au terminal nord du Port de Strasbourg

Incendie maîtrisé au terminal nord du Port de Strasbourg

Un incendie a provoqué un grand panache de fumée noir au dessus du port de Strasbourg vers 10h ce mercredi 18 mars. L’incident n’a pas fait de blessé et les secours sont sur place. Il s’agit d’un feu de moteur dans un stacker, un chariot mécanique pour soulever les conteneurs au terminal nord.

Le conducteur a pu arrêter la machine, s’éloigner et prévenir les pompiers. « Les explosions entendues par la suite proviennent de l’éclatement de pneus », explique Monique Fischer, directrice générale de Rhin Europe Terminals (RET). Cette filiale du Port autonome de Strasbourg (PAS) gère entre autres ce terminal, situé rue du Bassin du commerce.

Au total, 35 pompiers ont été envoyés sur place.

L’incendie a provoqué une épaisse fumée, vite dissipée. Photo : Thierry Sother / Twitter

Le service de santé des armées à la rescousse des hôpitaux en Alsace

Le service de santé des armées à la rescousse des hôpitaux en Alsace

Alors que les services de réanimation alsaciens croulent le nombre de personnes à intuber, le président de la République a annoncé lundi soir le déploiement d’un hôpital de campagne militaire en Alsace. Un dispositif qui devrait permettre de soulager les centres hospitaliers alsaciens. 

Jusqu’à présent cinq hôpitaux militaires sur huit contribuaient en France à la lutte contre le Covid-19. Deux en région parisienne et trois en province, à Toulon, Marseille et Brest. Dans le Grand Est, l’hôpital militaire de Metz n’était pas en première ligne mais compte tenu de son rapprochement avec le centre hospitalier de Metz-Thionville depuis 2014, l’hôpital a continué d’accueillir des patients civils et militaires sans symptôme qui pourraient être liés au coronavirus, comme le précise un tweet de l’établissement :

L’annonce du président de la République de déployer un hôpital de campagne militaire souligne la gravité de la situation dans la région. 

Appelées ambulances chirurgicales automobiles (ACA), les premiers hôpitaux de campagne militaires ont été conçus en France pendant la première guerre mondiale. Ils sont généralement utilisés lors d’opérations, notamment en extérieures. 

Selon la ministre des armées, Florence Parly, la structure aussi appelé EMR-SSA (élément militaire de réanimation du Service de santé des armées) permettra d’accueillir « 30 lits de réanimation dédiés à la prise en charge patients Covid-19 ». C’est le régiment médical créé en 2011 et situé à Valbonne, à 30 km de Lyon, qui est chargé de monter l’hôpital militaire de campagne en Alsace. 

Mercredi la ministre des Armées a précisé que cet hôpital de campagne sera déployé près de Mulhouse. Mardi soir, le lieutenant-colonel Olivier Desmadryl, conseiller communication de l’état major de zone de défense et de sécurité Est, a indiqué que l’emplacement a été décidé « en fonction des besoins des centres hospitaliers. » Il devrait être opérationnel dans la semaine.

Un hôpital de campagne à Mulhouse

À la structure mobile devrait s’ajouter la mise à disposition d’un module de réanimation pour patient à haute élongation d’évacuation (Morphée). Ces avions, C135 ou MRTT Phénix, sont aménagés pour transporter entre 6 et 12 patients, comme le précise le lieutenant-colonel Olivier Desmadryl :

« Normalement, ces avions sont prévus pour évacuer les blessés en opération en Afghanistan ou au Mali. Ils sont conçus pour faire entre 6 000 et 10 000 km sans escale. »

Airbus A330 MRTT de l’Armée de l’Air (Photo Dimitri Rahmelow)
L’Airbus A330 MRTT de l’Armée de l’Air a atterri mardi en fin de matinée à l’aéroport de Bâle-Mulhouse pour évacuer six patients Photo : Dimitri Rahmelow

Dans le cas présent, face à la crise sanitaire, ils permettent de déplacer les patients d’un hôpital à un autre afin de désengorger les services de réanimation alsaciens saturés.