Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Un croquemort : « J’ai peur qu’à cause du nombre de victimes, on finisse par être obligés de travailler à la chaîne »

Un croquemort : « J’ai peur qu’à cause du nombre de victimes, on finisse par être obligés de travailler à la chaîne »

Frédéric Depenau est croquemort, ou conseiller funéraire à Ostwald. Il raconte son quotidien chargé depuis l’irruption de la crise sanitaire, fait de difficultés matérielles et d’accompagnements des familles devenus plus délicats.

« À tous les curieux, nous ne sommes pas des bêtes de foires donc arrêtez avec vos photos. Ce n’est pas un jeu et en faisant cela vous ne respectez ni les défunts ni les familles en deuil, si nous nous protégeons c’est pour le bien de tous. »

Frédéric Depeneau en tenue lorsqu’il évacue un défunt du Covid-19 Photo : doc remis

Le 27 mars, Frédéric Depenau, conseiller funéraire à Ostwald, a posté sur Facebook une photo de lui en combinaison de protection intégrale, prise au terme d’une intervention au domicile d’un défunt :

« Cette tenue, avec gants et sur-chaussures, on la met depuis toujours quand on enlève un corps pour lequel le médecin soupçonne une maladie infectieuse. Évidemment, en ce moment ça arrive plus souvent. Et ça attire davantage l’attention. Les réactions déplacées aussi, comme les photos. J’étais bien énervé ce matin-là ! »

Des protections grâce à la solidarité

Pour autant, le conseiller funéraire ne porte pas sur ses concitoyens un regard négatif. Au contraire. C’est grâce à eux que les Pompes Funèbres Michel, dont il est salarié, n’ont pas encore eu besoin de faire appel à la préfecture pour se réapprovisionner en équipements de protection :

« Des gens sont venus spontanément nous apporter du matériel. Un ami peintre m’a donné des combinaisons professionnelles. Ma sœur, qui travaille dans un labo, des masques et des lunettes. Heureusement, parce que dès qu’il y a soupçon de coronavirus, tout est détruit. Grâce à eux, et aux réserves de l’entreprise, on a un mois de visibilité. »

Mais cette estimation ne tient que si l’activité reste constante. Or, elle ne cesse d’augmenter depuis la crise sanitaire liée coronavirus :

« Et ça s’accélère. Ce week-end à l’agence, j’ai traité sept décès, contre un seul d’habitude. Deux lundi et sept encore mardi 31 mars. »

Frédéric Depenau Photo : doc remis

« Si ça doit me tomber dessus, ça me tombera dessus »

Les sept conseillers funéraires répartis entre les trois agences de l’entreprise sont très sollicités depuis la crise sanitaire. Et la situation a d’ores et déjà occasionné des changements dans leur manière de travailler :

« Nous ne recevons plus les familles en agence, tout se passe par téléphone. Et si quelqu’un vient nous voir, on respecte les règles de protection. Ensuite, le délai entre le décès et l’inhumation ou la crémation est réduit à trois jours maximum. Nous n’intervenons plus à deux conseillers titulaires ; nous nous faisons assister par un de nos “porteurs” vacataires, de façon à ne pas compromettre la continuité de notre service en tombant malade à plusieurs. »

Frédéric sait qu’il court plus de risque de contracter le Covid-19 que s’il était chez lui. Pourtant il continue de travailler :

« Dès qu’il y a soupçon de contamination, on fait le maximum pour se protéger, mais si ça doit me tomber dessus, ça me tombera dessus. J’ai été ambulancier au Samu pendant sept ans et pompier dix ans, alors je sais ce que c’est que de prendre des risques pour le public. Si je suis devenu conseiller funéraire, c’est parce que c’est aussi un métier de dévouement. »

Une charge émotionnelle compliquée à gérer

En fait, ce qui pèse le plus sur les épaules de Frédéric, c’est la charge psychologique, bien plus lourde qu’en temps normal :

« On voit que la façon dont se passent les choses est cruelle pour les familles endeuillées. Elle ont moins de temps pour se préparer à la crémation ou à la mise en terre de leur défunt. Pour les victimes du Covid-19, il n’y a pas de cérémonie. Seules une dizaine de personnes ont le droit de nous suivre jusqu’à la tombe, quelle que soit la cause du décès. Et là, ni goupillon pour l’eau bénite, ni terre à jeter sur le cercueil… Il est même interdit de le toucher. »

Photo Francis Gérardin
Les cimetières fermés en dehors des enterrements (ici, celui d’Illkirch-Graffenstaden).

Le cercueil est déjà entièrement fermé lorsque la famille arrive au salon funéraire. Pourtant, les proches ne peuvent même pas voir le visage de leur défunt :

« Oui, en théorie, on pourrait laisser le cercueil ouvert. Mais on sait comment ça se passe : la dernière caresse sur la joue… une dernière bise… Impossible de laisser les gens prendre ce risque. Et il est hors de question que nous brisions l’intimité du salon funéraire pour faire les vigiles. De toute façon, ça n’est pas notre métier. »

« On ne sait plus quoi dire aux gens »

Un métier que les circonstances sanitaires rendent extrêmement difficile d’un point de vue émotionnel :

« Avec l’expérience, on apprend à mettre la bonne distance entre nous et la détresse des gens. Là, nos repères sont brouillés. On ne sait plus quoi dire. Comment faire. D’habitude, on laisse le plus de latitude possible aux familles, mais aujourd’hui on doit relayer des interdits… Bien sûr, on fait le maximum pour être délicats, mais on ne dispose pas du temps nécessaire pour accompagner au mieux les personnes dans la peine. Vous voyez, ce qui me fait peur, c’est qu’à cause du nombre de victimes on finisse par être obligé de travailler à la chaîne. Ça me fait flipper ! »

Pour l’instant, Frédéric serre les dents. Et garde le moral en se projetant déjà au delà de la pandémie :

« Après la crémation, les familles nous confient les urnes funéraires. Alors je me dis que quand tout ça sera terminé, elles pourront offrir à leurs défunts les cérémonies qu’elles auraient voulu. »

Une étape importante dans le processus de deuil. Individuel et collectif.

Les infirmières scolaires peuvent désormais soutenir le personnel des hôpitaux et des Ehpad

Les infirmières scolaires peuvent désormais soutenir le personnel des hôpitaux et des Ehpad

Un arrêté ministériel autorise les infirmières scolaires à prêter main forte au personnel soignant des hôpitaux et Ehpad débordés par la pandémie de coronavirus.

« Ça nous a paru une éternité, mais au moins nous n’avons pas été oubliées », lâche Ingrid (le prénom a été modifié), infirmière scolaire dans un lycée du Haut-Rhin. Rattachées au ministère de l’Education nationale, les infirmières scolaires se plaignaient de ne pas pouvoir participer à l’effort du corps médical contre la pandémie de Coronavirus. Depuis le 28 mars, un arrêté ministériel donne un cadre légal permettant à Ingrid et ses collègues de se porter volontaires dans les hôpitaux ou les établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad).

Dessin de Louna Peter, 22 ans, en soutien à la mobilisation des infirmières scolaires volontaires face à l’épidémie de Coronavirus Photo : Document remis

« Notre colère a été entendue »

Ingrid travaillera bientôt dans un Ehpad haut-rhinois. L’infirmière scolaire était en contact avec un établissement avant la publication du décret. Domiciliée à quelques kilomètres d’une maison de retraite, la professionnelle de santé y a déjà travaillé avant de rejoindre l’Education nationale. Elle devrait y retourner la semaine prochaine :

« Au début, je vais surtout m’occuper des soins de base, des toilettes. La partie plus technique du travail d’infirmière, ça reviendra progressivement. Je suis heureuse que notre colère a été entendue au sein de l’Education nationale. On donnera une bouffée d’oxygène au personnel des maisons de retraite, qui souffre déjà de sous-effectifs en temps normal, alors avec l’épidémie ça doit être pire encore… »

La fin du blocage administratif

Armelle Lablanche, déléguée syndicale Snies-Unsa des infirmiers scolaires d’Alsace, se félicite de la fin du blocage administratif : « Ce cadre légal permet au rectorat de nous lâcher hors de l’Education nationale tout en nous garantissant une protection pour les soins prodigués et une indemnisation pour le travail supplémentaire (notamment pendant les vacances scolaires à venir, ndlr). »

La représentante syndicale estime qu’une cinquantaine d’infirmières scolaires sont prêtes à renforcer le personnel soignant des Ehpad et des hôpitaux d’Alsace. « Beaucoup de collègues ont ainsi repris contact avec des Ehpad et des structures de soin où elles ont déjà travaillées, affirme Armelle Lablanche, pour ma part, j’ai été contacté l’hôpital de Saverne pour intégrer leur service Covid. »

Au total, 240 infirmières scolaires exercent en Alsace. Elles disposent d’un diplôme d’État et ont souvent travaillé dans des établissements de soins avant d’exercer dans un collège ou un lycée. Au niveau national, 7 500 infirmières scolaires et un peu plus de 1 000 médecins scolaires exercent en France.

« Refonder l’Université et la Recherche pour retrouver prise sur le monde et nos vies »

« Refonder l’Université et la Recherche pour retrouver prise sur le monde et nos vies »

À la lumière de la crise sanitaire liée au coronavirus, le collectif « RogueESR » appelle dans une tribune publiée par plusieurs médias dont Rue89 Strasbourg à repenser les liens entre la science et la société. Les signataires du texte prévoient une rencontre fondatrice en septembre.

Nous affrontons une crise sanitaire majeure qui vient nous rappeler la fragilité de nos vies et de nos sociétés et la nécessité de systèmes de solidarité organisés, solides et pérennes : école, santé, retraites… Il aura fallu la pandémie du Covid-19 pour que le pouvoir politique se souvienne brusquement de l’importance vitale d’institutions qu’il a pourtant détruites méthodiquement. En quarante ans, l’Hôpital français est passé de 11 à 6 lits pour mille habitants ; sur les seules six dernières années, 17 500 lits de nuit ont été supprimés.

Les personnels hospitaliers sont en effectifs si réduits que des étudiants et des retraités sont aujourd’hui réquisitionnés comme forces supplétives. Alors même que les espoirs de traitement du virus dépendent des chercheurs, cela fait quinze ans que la recherche scientifique à l’Université et dans les grands organismes comme l’Inserm ou le CNRS subit le primat donné à des projets de court terme, pilotés bureaucratiquement, et concentrant sur quelques thèmes définis comme “porteurs” des moyens globalement en déclin. Quinze ans de démolition !

La pandémie agit comme un révélateur : elle confirme aux yeux de tous que l’Université et la recherche publique auraient dû rester une priorité pour nos sociétés et que la diversité des axes de recherche, le temps long et les financements pérennes sont les conditions de son bon développement. Nous voyons bien que les appels à projets lancés de manière improvisée en réaction à chaque crise tiennent plus de la communication impuissante que de la programmation éclairée.

Le mal est profond : les procédures bureaucratiques de mise en concurrence ne favorisent que le conformisme quand la liberté de recherche permet des découvertes fondamentales. Ce qui était choquant en temps ordinaire est devenu obscène en temps de crise. La pandémie du coronavirus met ainsi à nu l’inconséquence des politiques menées ces dernières décennies, dont la responsabilité est partagée par tous les gouvernements qui les ont appliquées.

Échapper à l’emprise des bureaucrates

En plus de l’urgence sanitaire qui révèle la crise de notre système de santé, notre société doit affronter trois autres crises : environnementale, sociale et démocratique. La crise écologique et climatique, au gré des catastrophes toujours plus nombreuses qu’elle engendre, affecte un peu plus chaque jour nos vies. Pas plus que pour les épidémies, l’alerte des scientifiques et de la jeunesse du monde entier sur la gravité du réchauffement climatique n’a conduit à prendre les mesures radicales qui s’imposaient. Sur le plan social, les dernières décennies ont été marquées par le creusement d’inégalités matérielles, territoriales, fiscales et culturelles.

Enfin, une crise démocratique et politique conduit les citoyens à se détourner massivement de dirigeants incapables de répondre à leurs attentes ou agissant contre l’intérêt général. Même si chaque jour de nouveaux secteurs de la société expriment une volonté de redonner du sens à l’existence et d’en finir avec l’individualisme et le repli sur la sphère privée, cette aspiration profonde à décider des règles collectives que la société se donne, cette volonté des citoyens conscients de ce qui les relie se heurtent à l’imprévoyance, à la cécité et à l’autoritarisme de gouvernants qui confisquent la décision.

Tous les savoirs scientifiquement construits par les recherches théoriques, par l’expérience, l’enquête, l’observation, la confrontation des hypothèses et des résultats, sont indispensables pour surmonter ces crises. Or, les institutions qui créent, transmettent, conservent et critiquent les savoirs, sortent exsangues de la période qui s’achève. Elles doivent être reconstruites sur de nouvelles bases, capables de faire vivre des sciences diverses et créatives, aptes à anticiper les défis auxquels notre société doit faire face. Ce travail de refondation de l’Université et de la recherche doit échapper à l’emprise des « experts » et des bureaucrates : il doit s’articuler à l’exigence démocratique et, en cela, il y a une affinité profonde entre le temps long de la science, son ancrage dans l’expérience et la controverse savantes, et l’exercice de la démocratie, impliquant la délibération et l’attention à l’expérience ordinaire des citoyens.

Indépendance vis-à-vis de tous les pouvoirs

Pour nous, le temps est venu d’une refondation de l’Université et de la recherche reposant sur deux principes régulateurs. L’aspiration collective à déchiffrer l’inconnu suppose l’indépendance effective du monde savant vis-à-vis de tous les pouvoirs : cette autonomie doit être garantie par des moyens répartis entre les disciplines en fonction de leurs besoins, par des statuts protecteurs des libertés académiques et par le temps long nécessaire au développement de toute recherche.

le collectif RogueESR lors de son dépôt de candidature collective à la présidence du Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur au Ministère de l’Enseignement supérieur à Paris. Photo : Igor Babou / CC 2.0

Le corollaire de l’autonomie du monde savant est son engagement sur un principe : sa responsabilité vis-à-vis de la société. L’usage politique, technique et industriel des travaux scientifiques doit se décider dans un cadre pluraliste et démocratique, en accord avec l’intérêt commun. Cela suppose de réinstituer l’Université comme lieu de formation des citoyens à une pensée autonome et aux savoirs critiques, et comme lieu de production et de transmission au plus grand nombre de connaissances scientifiques et techniques. À rebours des propensions récentes au conformisme, à la bureaucratie et à la généralisation d’une sélection prétendument darwinienne, cette institution implique aussi que l’Université éclaire le débat démocratique par l’élaboration de synthèses plurielles, établies par la confrontation savante, plutôt que par une évaluation technocratique, toujours en retard d’une crise.

Face à la gravité de la situation qui affecte nos vies, l’heure n’est pas aux mises en cause individuelles. Mais nous n’oublierons pas ce qui a permis que l’on en arrive là. Les morts de cette crise nous obligent. Et nous ne laisserons pas celles et ceux qui n’ont pas su la prévenir ou en réduire la portée, la résoudre par des mesures liberticides, ou mettre en place un énième plan d’austérité justifié par une dette que des politiques aveugles ont contribué à fabriquer. Le métier de scientifique ne consiste pas à aménager la crise ou climatiser l’enfer, ni à bâillonner la démocratie au nom du savoir expert.

Des Assises de la Refondation en septembre

Conscients des crises qui frappent notre société, nous appelons chacun et chacune à se mobiliser pour engager la refondation de notre monde abîmé. Ce printemps, dès la fin du confinement, nous nous engageons à repenser collectivement l’ensemble de nos institutions sociales, politiques et économiques et à poser les jalons d’une société conforme à nos aspirations et à nos besoins. Après l’été, nous convions l’ensemble des citoyens à des Assises de la Refondation, le 20 septembre 2020, pour définir un programme visant à rompre de manière effective avec les politiques actuelles et à juguler les crises environnementale, sociale et démocratique qui menacent notre monde et nos vies. Nous devons à la jeunesse un horizon élargi, un avenir à nouveau ouvert.

Nous appelons tous les autres secteurs de la société à se joindre à notre démarche, et à écrire leur propre texte de refondation en adaptant ce paragraphe de conclusion.

La signature de ce texte appelant à repenser les liens entre science et société est ouverte à tous les citoyens et citoyennes, au-delà des acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche, étudiants, universitaires, chercheurs, techniciens, ingénieurs et administratifs.

4 677 signataires le mardi 31 mars à 16h.
À retrouver sur http://rogueesr.fr/refonder/

Deal au Lidl, guetteurs et hausse des prix… Le trafic de stups s’adapte au confinement

Deal au Lidl, guetteurs et hausse des prix… Le trafic de stups s’adapte au confinement

Fortement impactés par le confinement lié à la pandémie du coronavirus, les dealers adaptent les prix et les modes de livraison.

« + » Kévin (tous les prénoms ont été changés) attend ce message depuis plusieurs jours. Le symbole envoyé par SMS indiquerait que son grossiste de cannabis vient de recevoir une livraison. Le jeune dealer en aurait bien besoin : il vient de vendre 800 grammes d’herbe en trois jours. En temps normal, il écoulerait une telle quantité en plusieurs mois. « Mais là, j’ai plein de nouveaux clients, certains habitent en dehors de Strasbourg et ils veulent des 100 grammes parce qu’ils n’ont plus rien là-bas… »

D’ordinaire, Kévin se féliciterait de ces commandes plus nombreuses. Sauf qu’avec la pandémie de Coronavirus et le confinement, les contrôles policiers sont bien plus fréquents et la pénurie guette…

Contrôle des attestations de déplacement à l’entrée du quartier de l’Elsau dans l’après-midi du samedi 28 mars. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

« Je me suis déjà pris une prune, c’est fini »

Kévin a très vite senti le risque accru du deal en période de confinement. Quelques jours après l’allocution présidentielle du 16 mars, il est interpellé au volant et écope d’une amende de 135 euros pour défaut d’attestation de déplacement. « Les gens ne comprennent pas que je ne veux plus me déplacer en dehors de Strasbourg. Je me suis déjà pris une prune, c’est fini », affirme le dealer.

Pour Rachid, vendeur de cannabis et de cocaïne, c’est le même changement de stratégie. Finis les SMS de commande avec adresse de livraison. Désormais, le Strasbourgeois invite dans le hall de son immeuble ou devant le Simply du quartier « avec attestation pour les courses », précise-t-il. De même, Kévin a récemment donné rendez-vous au milieu des rayons d’un Lidl.

Côté tarif, le jeune dealer de cannabis envisage d’augmenter le prix du gramme de beuh à 10 euros. « Vu les risques que je prends, je devrais vendre les 10 grammes à 100 balles au lieu de 90 », affirme Kévin, qui craint que ses stocks s’amenuisent à partir de la semaine du 6 avril. Si son grossiste parvient à le fournir, « en écoulant un kilo, je peux me faire mille balles de plus que d’habitude », espère-t-il. Tout dépend du « très très gros qui me vend. Il doit me dire lundi (30 mars, ndlr) si ça continue d’arriver d’Espagne… »

Masques, gants et hausse des tarifs

A Strasbourg, depuis le début du confinement, certains dealers de rue portent des gants bleus et masques chirurgicaux. Les vendeurs de cocaïne et d’héroïne utilisaient déjà ces accessoires en intérieur, notamment pour éviter d’inhaler la poudre, ou de tousser dessus. En temps de pandémie, les dealers gardent leurs outils de travail à l’extérieur. Sans doute craignent-ils d’être contaminés par les consommateurs de drogues dures, surnommés « zombies » par de nombreux jeunes trafiquants.

« Le trafic tourne au ralenti »

Avec la fermeture des frontières de plusieurs Etats européens, la baisse des quantités de drogues importées en France semble certaine. Aussi, la pression policière s’est accrue avec les contrôles liés au confinement sur tout le territoire : « Dès que vous êtes dehors, vous êtes suspects et donc contrôlés », rappelle un responsable local du syndicat de police Alliance. Selon lui, « il y a clairement moins de vendeurs dehors, le trafic tourne au ralenti. »

Pourtant, plusieurs dealers interrogés par Rue89 Strasbourg semblaient bien moins soucieux des stocks de drogues que du nombre de clients. Lors de la première semaine de confinement, Rachid a perdu un quart de sa clientèle. Un ancien dealer de cocaïne commente : « S’il n’y a plus de fêtes, c’est mauvais pour les affaires. » Pour l’approvisionnement, c’est « comme d’hab », affirme Rachid : en voiture pour plus d’un kilo de stup’ avec des guetteurs ici et là pour alerter en cas de contrôle.

Une réorientation du trafic

Même son de cloche du côté de Lasri (le prénom a été modifié), proche de plusieurs jeunes vendeurs strasbourgeois : « Ici, personne ne s’inquiète des stocks », assure-t-il. Selon un douanier basé dans la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur cité dans le journal Libération, « les contrôles ont quasiment disparu (…) Personne ne veut prendre de risques avec les stups. Les autoroutes, en ce moment, c’est « open fret » sur toute la France. »

Incertain sur sa clientèle comme sur son approvisionnement, le marché des stupéfiants entame une mutation qui inquiète les autorités. Les dealers avec un stock assuré feront de gros bénéfices. Les autres se retrouveront sans revenu, ni chômage partiel. Selon Le Monde, les trafiquants pourraient aussi se réorienter temporairement vers d’autres secteurs criminels. Dans les colonnes du journal, un responsable communication du syndicat Unsa Police évoque « le braquage de commerces et de distributeurs de billets. »

La reprise des chantiers suspendue à un protocole « pour ceux qui peuvent et ceux qui veulent »

La reprise des chantiers suspendue à un protocole « pour ceux qui peuvent et ceux qui veulent »

Faut-il poursuivre les chantiers au coeur de l’épidémie de Covid-19 ? Le flou des consignes traverse la profession depuis le début du confinement. Un guide de bonnes pratiques doit clarifier les choses mais les reprises devraient se faire au cas par cas à l’heure où l’épidémie s’intensifie dans l’Est de la France.

Jeudi 26 mars, les grands chantiers strasbourgeois sont à l’arrêt. Aux Deux-Rives, rien ou presque n’est avancé. Seuls quelques ouvriers déposent des arbres sur la Presqu’île Citadelle. Pas de mouvement place de l’Étoile, ni sur le chantier du tram à Koenigshoffen, pas plus pour la rénovation du quartier Laiterie.

Néanmoins, on remarque des artisans du bâtiment sur des petites opérations : rénovation d’un magasin à Koenigshoffen, construction d’un petit immeuble à Neudorf, parfois sans protection. À Illkrich-Graffenstaden, un ouvrier masqué procède à la destruction de l’ancienne usine Huron avec une machine.

« Le chômage partiel, on nous a dit oui, puis peut-être non »

Assis sur le trottoir, Bruce (prénom modifié) est aussi à l’ouvrage. Équipé de protections avec un collègue, ce technicien et gérant d’une petite entreprise tire des câbles dans le sol. Il sous-traite le déploiement de la fibre optique pour un opérateur national. Il ne s’est pas arrêté une journée depuis le début du confinement :

« Il y a autant de chantiers à réaliser avec autant d’effectifs. Les commandes exigent de tenir des délais et des quotas, sinon on a des pénalités. La situation est très floue, car on ne sait pas comment fonctionnent nos fournisseurs. Même le déblocage de fonds d’un crédit pour s’équiper a mis une semaine à arriver ! Pour nous, il y a des frais supplémentaires puisqu’il faut des masques, des gants et du gel, qui devient dur à trouver. Et pour le chômage partiel aussi c’est flou, le comptable a d’abord dit qu’on était éligibles, puis en fait peut-être que non. »

Seul point positif pour cet entrepreneur, « on est au calme alors que nos travaux impactent la voie publique, ce qui peut être dangereux quand quelqu’un ne fait pas attention. »

À Illkirch-Grafenstaden, l’ancienne usine Huron, déménagée à Eschau, est détruite pour faire place à un ensemble immobilier de six bâtiments. Photo : Rue89 Strasbourg

Un grand flou les premiers jours

La situation de Bruce illustre la confusion qui traverse les différents métiers des travaux publics.

Peintre-crépisseur en extérieur, Mathieu Windenberger a aussi fait face aux injonctions contradictoires. Cet artisan se retrouve « souvent à deux » sur des façades de maisons. Il raconte :

« Nous ne sommes pas dans le cas d’une entreprise qui peut se mettre en télétravail. En rentrant d’un chantier le premier mardi (le 17 mars), des policiers ont dit à une équipe qu’il valait mieux ne plus revenir. Depuis, nous avons tout stoppé. »

Dans un courrier que Rue89 Strasbourg a pu consulter, Bouygues Immobilier à Strasbourg demandait à un sous-traitant d’apporter « les mesures que vous entendez mettre en oeuvre […] qui seraient de nature à permettre la poursuite de vos travaux, à des conditions satisfaisantes de sécurité » dès le mardi 17 mars, sur un chantier qui n’avait pas fonctionné le matin-même. Des éléments à transmettre « sous 24 heures », tout en assurant « que le chantier reste en parfaite sécurité pendant toute la durée des mesures ».

Sur la presqu’île Citadelle aux Deux-Rives, une livraison d’arbres, mais un chantier au ralenti. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Droit de retrait, garde d’enfants, ouvriers contaminés… Les raisons sont diverses pour ne plus disposer des effectifs suffisants sur un chantier. L’Eurométropole a de son côté fermé ses travaux en cours, car elle n’a plus les moyens de les contrôler. La Région Grand Est a également rapidement donné des consignes sur ses opérations.

Mais mercredi 18 mars, le ministre de l’Intérieur Christophe Castaner a indiqué aux préfets que les chantiers « en extérieur » doivent « [se] poursuivre ». Plus violent, le lendemain, la ministre du Travail Muriel Pénicaud, s’en prend sur LCI à la Capeb, l’organisation des artisans du bâtiment : « Quand un syndicat patronal dit aux entreprises : “Arrêtez d’aller bosser, arrêtez de faire vos chantiers”, ça, c’est du défaitisme ». Dans le contexte de la rhétorique guerrière du président de la République, la formule fait date.

Le chantier du tram à Koenigshoffen est à l’arrêt Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Un « guide de bonnes pratiques » qui se fait attendre

Du côté de la Fédération Française du Bâtiment (FFB) du Bas-Rhin, on demandait au contraire de temporiser dans un courrier adressé à la préfète du département, le même jour. L’organisation refuse « une conduite suicidaire » et parle de « situation ubuesque ». « Nous ne pouvons à la fois être « en guerre » et accepter de laisser des salariés mettre leur vie en danger », fait valoir la lettre, qui insiste sur la situation épidémiologique de l’Alsace.

Finalement, c’est au niveau national que les choses s’apaisent avec les entreprises du BTP. Un « protocole de reprise » est décidé le samedi 21 mars. Mais il est soumis à un « guide de bonnes pratiques » en cours de rédaction.

Le président de la FFB 67, Jean-Luc Wiedemann, fait le point :

« Nous avions demandé un arrêt de tous les chantiers au moins jusqu’au 3 avril dans le Grand Est. Avec l’accord national, il a été acté que les chantiers peuvent reprendre, mais sous conditions. L’accord sera pour ceux qui peuvent et qui veulent, j’insiste là-dessus. Il faudra ensuite s’organiser. Les entreprises ne sont pas équipées, au contraire elles ont participé à la collecte de masques car la priorité va aux hôpitaux. Tant que le pic ne sera pas passé, cela me semble compliqué d’avoir beaucoup de reprises. Les employeurs sont responsables de la santé de leurs salariés. »

Ce sont finalement aussi ces mots qu’a employés Muriel Pénicaud le 29 mars au Grand Jury RTL/Le Figaro/LCI. Ce guide de bonnes pratiques devait paraître dès le mardi 24 mars, mais il fait l’objet de nombreux allers-retours entre organisations. Une nouvelle version attend encore une validation des ministères ce lundi 30 mars.

D’après les premiers échos, il devrait fixer une priorité des chantiers : les réparations urgentes comme lorsque la chaufferie de l’Esplanade s’est arrêtée le 24 mars, les mises en sécurité, puis les chantiers qui peuvent avancer en toute sécurité. Le texte de plusieurs dizaines de pages devrait limiter, voire interdire la « co-activité » d’entreprises.

Le futur parc de jeux près de l’A35 dans le quartier Laiterie est à l’arrêt. Photo : JFG/ Rue89 Strasbourg

Selon Jean-Luc Wiedemann, au moins 80% des chantiers sont à l’arrêt. Quant aux difficultés des entreprises à accéder aux dispositifs de chômage partiel, il fait part d’échanges « rassurants » avec la préfecture sur le sujet. « Je conseille de garder les preuves de fermetures de chantier. »

Les architectes mettent en garde contre d’autres risques

Une fois le protocole validé, il faudra encore composer avec les architectes, d’abord marginalisés de ces discussions. « Les chantiers ne pourront reprendre sans les architectes », met en garde l’Ordre national, qui engage toute la profession.

Près de la Coop, le nouveau siège du port autonome de Strasbourg attend sa reprise. Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Pour Jean-Luc Charlet, président du Conseil régional de l’Ordre des Architectes (CROA) du Grand Est, il faut une vision d’ensemble, au-delà de la sécurité sanitaire :

« Nous n’avons pas d’opposition de principe à la reprise des chantiers, mais plus qu’une règle générale, il faut une lecture fine, presqu’au cas par cas. Les grands groupes du BTP ont une vision large et structurée qui leur permettra de mettre en place ce guide, mais sur des milliers de chantiers, ce sont des petites entreprises avec des compétences ciblées, et pas le temps de suivre toute l’actualité. Reprendre trop vite ferait prendre le risque de se retrouver avec des blocages juridiques, financiers ou administratifs. Il faut d’abord s’assurer que le commanditaire, le maître d’ouvrage, souhaite que son chantier se poursuive de suite ou préfère temporiser s’il doit faire face à d’autres dépenses. Et puis les métiers du bâtiment ont des répercussions entre eux. Par exemple, si une entreprise peut réaliser une opération de terrassement avec un ouvrier seul dans son véhicule, mais que celle qui suit ne peut pas enchaîner, qui prendra la responsabilité d’un terrain qui s’affaisse entre temps ? Il faut donc des décisions partagées. »

L’architecte doit faire valoir cette position avec Josiane Chevalier, la préfète de la Région Grand Est, et d’autres parties prenantes lors de la semaine à venir. Lors d’une réunion téléphonique, des élus strasbourgeois avaient déjà demandé au maire de plaider auprès du Centre opérationnel départemental (COD) de la préfecture, pour une situation particulière (« d’extra-territorialité ») pour le Grand Est, durement touché. Architectes, organisations patronales et économistes doivent faire valoir une position commune dans un communiqué à paraître ce lundi 30 mars.

Confinement et priorités

Confinement et priorités

Confiné dans son bureau, Piet abuse un peu des écrans en ce moment. Enfin, pas plus que d’habitude. Ça ne l’empêche pas d’avoir une pensée émue pour ceux qui passent une plus mauvaise épidémie que lui.

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Face à la fermeture des marchés, les producteurs optent pour des relations directes

Face à la fermeture des marchés, les producteurs optent pour des relations directes

Le gouvernement a annoncé mardi la fermeture des marchés ouverts et couverts en France pour lutter face à la propagation de l’épidémie du coronavirus. Déjà touchés par les mesures de confinement, des producteurs locaux souffrent de cette interdiction qui représentait la majorité de leur activité. Dans l’attente d’une possible réouverture, ces producteurs confectionnent des paniers à emporter et en livraison.

« Mardi, les consignes étaient respectées. Il aurait fallu faire confiance à la responsabilité des clients et des commerçants. Le flux aurait pu être régulé, surtout dans les marchés couverts », déclare, amer, Claudine Asensio, cliente du marché couvert de Neudorf.

Par décret, le gouvernement a interdit mardi 24 mars la tenue des marchés ouverts et couverts, afin qu’ils ne puissent pas être utilisés pour répandre le coronavirus.

Selon la Chambre d’agriculture d’Alsace, 70 producteurs fournissent les marchés de Strasbourg et près de 250 alimentent ceux d’Alsace. Parmi eux, certains exploitants agricoles tirent la majorité de leur chiffre d’affaires à partir des produits vendus sur les étals.

Annulation de commandes et report de la production

Ainsi, la Ferme Schmitt de Bischoffsheim propose ses produits à base de volaille à la grande majorité des marchés strasbourgeois et alentours. « Cela représente 20 sorties par semaine », précise Gilbert Schmitt, gérant de l’exploitation, qui emploie une quarantaine de salariés.

« Le lundi, la moitié de la production est déjà dans le frigo, prête à être vendue sur les marchés de la semaine. En plus de notre élevage de volailles, nous faisons aussi du négoce de poulet de filières locales ; nous avons dû annuler toutes les commandes en raison des difficultés d’approvisionnement. Nous allons perdre environ 60% de chiffre d’affaires cette semaine. »

Présente sur une dizaine de marchés en Alsace, la ferme Schmitt estime à 60% la baisse de son chiffre d’affaires. Photo : Document remis

Déjà amoindrie par l’absence de plusieurs salariés (maladies et droits de retrait), la Ferme Schmitt continue d’écouler ses produits en magasin. Pour la semaine du 30 mars, le programme est déjà allégé. « Nous ne produirons rien lundi et mardi, nous procéderons à l’abattage des volailles mercredi », annonce Gilbert Schmitt.

Pour les petits producteurs, la dépendance est parfois totale. Vincent Sittler gère avec son associée, Marion Weissenburger, la Ferme de la Colline à Pfaffenhoffen, à l’ouest de Haguenau. Ce maraîcher écoule 98 % de sa production en fruits et légumes bio sur les marchés de la place de Zurich et du Neudorf. Cette semaine, il a dû jeter pour environ 500€ de légumes à cause de la suppression de ces marchés.

« Si vous avez un garage, une cour ou quelque chose, faites nous signe ! »

Face à cet arrêt brutal, les exploitants agricoles n’ont pas tardé à développer la confection de paniers à emporter et en livraison pour compenser. « Si vous avez un garage, une cour ou quelque chose à proposer, faites nous signe ! Merci », lançait la Ferme de la Colline sur sa page Facebook le 25 mars. Le lendemain l’épicerie en vrac Day by day du quartier Neudorf a répondu à l’appel des producteurs de Pfaffenhoffen. Vingt paniers ont pu y être distribués samedi matin.

Vincent Sittler a également développé les commandes en ligne sur la plateforme Open Food France, commandes que les clients peuvent retirer à la ferme. Au total, la Ferme de la Colline a vendu 80 paniers cette semaine contre 15 avant la fermeture des marchés. « Nous croulons sous les demandes », s’enthousiasme Vincent Sittler qui regrette toutefois de ne pas pouvoir satisfaire toutes les demandes de ses clients :

« Des clients nous ont demandé des livraisons à domicile. Mais c’est irréalisable pour nous. Pour les plantations du printemps, nous devons passer du temps dans les champs. »

Vincent Sittler et Marion Weissenburger, gérants de la Ferme de la Colline à Pfaffenhoffen. Photo : Document remis

Optimiste malgré la situation, Vincent Sittler voit dans la confection des paniers « un surplus d’activité par la suite ». « Cela demande aujourd’hui beaucoup d’efforts mais l’effet sera persistant après la crise », poursuit-il.

Disposant de plus de salariés, Gilbert Schmitt a organisé une tournée de livraison au Neudorf pour ses clients du marché couvert :

« Les gens ont joué le jeu et nous les remercions. Nous avons livré 40 commandes pour un chiffre d’affaires de 3 000€. Il nous faut d’habitude 150 clients pour atteindre ce chiffre. Même si on ne sauve pas tout, cet accueil nous motive. »

Luc Fitterer, co-gérant d’une ferme bio à Seltz, a « tout de suite réagi ». Il a étendu les horaires d’ouverture de son magasin en semaine. Présente sur 7 marchés, en majorité dans l’Eurométropole de Strasbourg, la Ferme bio Fitterer a également vendu vendredi matin ses fruits et légumes dans la cour de la boulangerie Gérôme à Strasbourg – Neudorf.

De nombreuses personnes se sont indignées que les marchés aient été si brutalement interdits, sans que n’aient été étudiées des solutions permettant de garder les distances nécessaires pendant la crise sanitaire.

Une carte des circuits courts ouverts et disponibles

Carte interactive et collaborative des circuits courts alimentaires alsaciens, par livraison ou dépôt. (Carte Arnaud Guittard / Thomas Cruzol)

Possible réouverture mardi des marchés strasbourgeois

Face à ces solutions de secours qui ne permettront pas d’absorber la totalité des pertes de ces exploitants, les municipalités réagissent. La Ville d’Illkirch-Graffenstaden achète aux maraîchers des paniers de fruits et légumes pour les livrer « gratuitement aux personnes les plus vulnérables, à compter d’une livraison par semaine et par foyer. »

À Strasbourg, Robert Herrmann, adjoint au maire en charge des marchés, a déclaré aux Dernières Nouvelles d’Alsace que « les marchés de Strasbourg pourraient rouvrir rapidement, sans doute mardi ». Une réouverture rendue possible par de nouvelles normes sanitaires, élaborées par les organisations d’agriculteurs et à la disposition des préfets. Toujours selon les DNA, le maire Roland Ries prévoit de demander une dérogation à la préfecture pour organiser un marché en plein air dans le quartier de l’Elsau.

La Ville, l’Eurométropole et la Chambre d’agriculture ont annoncé vendredi 27 mars le lancement d’une mise en relation des commerçants et des producteurs locaux. Louable initiative mais le maraîcher en agriculture biologique Luc Fitterer préfère s’en passer :

« Les grandes enseignes sont les responsables de l’appauvrissement de l’agriculture. Je préférerais jeter mes invendus sur les tas de fumier que de les proposer à ces magasins. »

À Colmar et à Haguenau, les marchés restent fermés. Les maires des deux communes se sont vus refuser leur demande de dérogation. La Ville d’Erstein l’a quant à elle obtenue : les marchés du jeudi et du samedi sont maintenus pour les stands alimentaires.

Sous pression, le Crédit Mutuel promet le télétravail pour 90% des effectifs d’Euro Information

Sous pression, le Crédit Mutuel promet le télétravail pour 90% des effectifs d’Euro Information

Incomprise et contestée par ses salariés, la direction du Crédit Mutuel a finalement accepté de réduire la part des effectifs de sa filiale Euro Information sur le site strasbourgeois à 10%. Une décision obtenue par les syndicats après un droit d’alerte pour danger grave et imminent émis le vendredi 20 mars.

« Si on avait rien demandé, on serait toujours à 1 300 personnes à travailler sur site », jure Thomas (le prénom a été modifié). Ingénieur pour Euro Information, ce délégué du personnel se félicite du changement de position de la direction quant au télétravail en période de pandémie de coronavirus

« Vendredi 20 mars, les cadres souhaitaient encore garder 30% des effectifs sur site. Trois jours plus tard, nous avons obtenu l’engagement d’un maintien de 10% environ des travailleurs sur place. »

L’entreprise confirme cette réduction des personnels sur site. Elle rappelle que le mercredi 18 mars, un mail du président d’Euro Information indiquait « Nous sommes dès à présent en capacité d’assurer le télétravail pour 70% de nos salariés et visons encore une augmentation dans les prochains jours ».

« Si on avait rien demandé, on serait toujours à 1300 personnes à travailler sur site », jure Thomas, ingénieur pour Euro Information, filiale du Crédit Mutuel. Photo : Wikimedia Commons / cc

Un droit d’alerte et un revirement

Ce revirement fait à suite à un droit d’alerte pour danger grave et imminent exercé par un délégué syndical CGT pour tous les salariés d’Euro Information la filiale informatique du Crédit mutuel. Dans une déclaration datée du 20 mars, le représentant du personnel fustige « l’insuffisance, le retard pris, la désorganisation, les directives disparates dans la mise en oeuvre des mesures sanitaires et l’absence de transparence à l’égard des situations avérées ou soupçonnés. »

« Un sentiment d’injustice et l’angoisse »

Dans l’explication de ce droit d’alerte, le délégué syndical CGT déplore aussi un manque de transparence de la direction face à l’épidémie : « La décision (initiale, ndlr) de laisser 30% des salariés venir travailler sur site a contribué à installer un sentiment d’injustice et amplifié l’angoisse de ces salariés obligés de se déplacer pour venir travailler sur site. »

Frank (le prénom a été modifié) faisait justement partie de ces salariés angoissés à l’idée de se rendre au travail dans la semaine du 16 mars. Aujourd’hui, l’informaticien se félicite d’avoir pris des congés suite au refus de son responsable de le laisser télétravailler : « 80% des gens de mon équipe sont malades… »

Un manque de transparence

Dans une lettre datée du 25 mars, l’Inspection du travail a rappelé la direction d’Euro Information à l’ordre sur les mesures prises pour la sécurité et a santé du personnel. Les dirigeants de la société ont ainsi été sommés d’indiquer « la liste des postes pour lesquels le télétravail a été mis en place » et « s’agissant des postes non-éligibles au télétravail, les mesures de prévention actuellement mises en oeuvre. »

Selon nos informations, le jeudi 26 mars, près de 10% des effectifs d’Euro Information travaillaient sur site. « Ce personnel fait notamment partie de l’équipe technique qui surveille les machines pour intervenir en cas de panne », explique un délégué du personnel. Mais pour Toma Grcic, délégué syndical CGT, la direction pourrait encore aller plus loin en laissant télétravailler les salariés « qui pourraient se rendre sur site en cinq à dix minutes en cas de défaillance des applications critiques qui peuvent bloquer le fonctionnement de la banque. »

Déléguée syndicale CGT du Crédit Mutuel au niveau national, Valérie Missillier estime que les efforts du groupe bancaire sont insuffisants dans d’autres villes :

« Le 26 mars, à Marseille, on avait 90 salariés sur 1000 du réseau en télétravail et 75 salariés sur 250 du siège en télétravail. À Lyon, sur une population totale de 1300 salariés, 146 sont en télétravail. On est très très loin de la situation optimale… »

Coronavirus : après un départ raté, les cliniques privées épaulent les hôpitaux publics

Coronavirus : après un départ raté, les cliniques privées épaulent les hôpitaux publics

Face à l’épidémie de Covid-19 et la saturation des services des hôpitaux publics, les cliniques privées strasbourgeoises ont ouvert des unités de réanimation et accueilli leurs premiers patients. Mais comme dans le public, les structures privées sont inquiètes face aux quantités de matériel et par l’évolution de l’épidémie.

Depuis le début de l’épidémie de Covid-19, les hôpitaux publics de Strasbourg, Colmar et Mulhouse se retrouvent submergés par l’afflux de patients en réanimation. Dans le Bas-Rhin, 81 personnes sont mortes du coronavirus à ce jour, 737 sont hospitalisées et 213 sont en réanimation, selon l’Agence régionale de santé (ARS).

En deuxième ligne, les cliniques privées de Strasbourg ont commencé à recevoir les premiers patients atteints du Covid-19 dans la semaine du 16 mars. Dès le début du mois de mars, elles ont indiqué à l’Agence régionale de santé (ARS) qu’elles se tenaient prêtes à soutenir les hôpitaux publics. Mais il a d’abord fallu attendre que l’ARS délivre une autorisation administrative de trois mois pour l’activité de soins en réanimation.

« On a bâti un dossier pour demander l’autorisation d’armer des lits en réanimation et nous avons obtenu l’autorisation en douze heures », explique Frédéric Leyret, directeur du Groupe Hospitalier Saint-Vincent (GHSV). Composé des cliniques Sainte-Anne et Sainte-Barbe à Strasbourg et La Toussaint et Saint-Luc à Schirmeck, l’établissement privé est le premier du Bas-Rhin, avec 420 lits.

18 lits de réanimation au Groupe Hospitalier Saint-Vincent

Vendredi 20 mars, la structure a accueilli six premiers patients en provenance d’hôpitaux de Strasbourg et de Colmar. Ils ont été répartis au sein de deux unités de réanimation, d’une capacité totale de 15 places (9 à la clinique Sainte-Anne, 6 à la clinique Sainte-Barbe). « Aujourd’hui, nous avons 93 patients Covid, dont 15 sont en réanimation », précise Frédéric Leyret. Il ajoute : « Nous ne sommes pas saturés, ni débordés ». 

Dès le 10 mars, douze médecins de ce groupe hospitalier à but non lucratif ont renforcé les équipes de régulation du SAMU de Strasbourg. « Le CHU nous a fait une demande d’assistance« , explique Frédéric Leyret. Le directeur évoque une période de flou entre la mise en place du dispositif d’aide aux hôpitaux publics et l’arrivée des premiers patients, dû au caractère exceptionnel de la crise. Des problèmes de régulations qui toutefois n’ont eu aucune conséquences graves :

« Dès le lundi 16 mars, on était équipés avec douze lits de réanimation et nous n’avons reçu aucun malade alors qu’on voyait les problèmes rencontrés par le CHU de Strasbourg et les scènes de médecine de guerre dans le Haut-Rhin. Finalement, les premiers patients Covid sont arrivés dans la soirée du mercredi 18 mars. »

Patrick Wisniewski, directeur de la clinique de l’Orangerie et président de la Fédération hospitalière privée du Grand Est suppose que ce temps de latence est dû à une saturation des transports des véhicules sanitaires :

« Un patient Covid intubé nécessite l’accompagnement d’un réanimateur qui le suit toute la journée. Du coup, les patients nous sont adressés qu’en fin de journée. »

La situation exceptionnelle nécessite une réorganisation interne des effectifs.
Photo : d’illustration / Francisco Àvia Hospital Clínic / Flickr

Quatre boxes à la clinique de l’Orangerie

À la clinique de l’Orangerie, les premiers patients Covid sont arrivés de Colmar samedi 21 mars. C’est au quatrième étage de l’ancienne Unité de soins intensifs de cardiologie (Usic) que quatre boxes ont été armés avec des éléments d’assistance respiratoire. Patrick Wisniewski détaille : 

« Nous avons reçu l’instruction de la Direction générale de l’offre de soins de déprogrammer les activités médicales non urgentes, pour libérer des lits de surveillance continue et du personnel. Au total, ce sont entre 350 à 400 opérations qui ont été déprogrammées cette semaine et là nous déprogrammons les opérations de la semaine prochaine. »

L’établissement estime pouvoir monter jusqu’à huit lits de réanimation. « En une semaine, c’est une prouesse qu’on ait réussi à organiser tout cela », glisse le directeur.

En manque de masques, certaines structures ont fait des appels aux dons.
Photo : Giovanna Baldini / Flickr

18 lits de réanimation à la clinique Rhéna

Au Port-du-Rhin, la clinique Rhéna s’est elle aussi préparée à la vague de patients. Au sein de l’établissement, 16 lits sont occupés dans une unité de réanimation qui compte 18 lits. Vingt-cinq patients Covid sont hospitalisés dans l’unité de médecine. Le service peut en accueillir jusqu’à 27.

Pour répondre au mieux aux besoins médicaux, l’établissement a déprogrammé au cours de cette semaine près de 1 000 interventions non-urgentes. Comme dans les autres structures, la situation exceptionnelle nécessite une réorganisation interne, explique Sylvain Derouet, directeur de la clinique : 

« On essaie de réaffecter nos équipes dans d’autres services, mais il faut les accompagner, les former. Des anésthésistes ont été mobilisés pour former du personnel et nous avons réinjecté tous nos effectifs soignants dans des unités de soin en continu car pendant ce temps, nous avons encore d’autres patients, ceux qui ne sont pas atteints du Covid19. »

800 à 1 000 masques consommés chaque jour

Au Groupe hospitalier Saint-Vincent, où la fermeture des blocs opératoires a permis de récupérer des infirmiers anésthésistes et des respirateurs, Frédéric Leyret pointe aussi des limites : 

« Nous disposons de peu de respirateurs. On sait intuber mais notre vocation est de transférer les patients au CHU au bout de 48 heures de réanimation. »

Le directeur de la structure évoque aussi le problème du stock de masques et de protection pour le personnel soignant, qui consomme 800 à 1 000 masques par jour : 

« Au bout d’une semaine, nos stocks on fondu. On a fait un appel aux dons et des particuliers, mais aussi aux professionnels du bâtiment, aux vétérinaires et aux dentistes. Des mairies nous ont même donné le stock de masques prévus pour le second tour des municipales. Au total, nous avons récupéré 10 000 masques. »

La clinique Rhéna a mis en place des circuits séparés à l’accueil des urgences.
Photo : Sigi Sunshine / Flick

Le groupe hospitalier a mis en place dans l’ensemble de ses structures du Bas-Rhin des zones réservées à l’accueil de patients atteints du Covid-19. Le but : protéger les autres patients hospitalisés pour d’autres raisons, notamment les plus fragiles comme ceux qui suivent une chimiothérapie.

De son côté, la clinique Rhéna s’est aussi organisée pour mettre en place des circuits séparés à l’accueil des urgences, afin que les patients présentant des symptômes au Covid19 ne croisent pas des malades.

« Il y aura des leçons à tirer de cette période »

Au niveau national, la Fédération de l’hospitalisation privée déplore le fait que les structures de soins privés ne soient pas sollicitées et évoque des « établissements vides ». Son président, Lamine Gharbi a alerté mardi 24 mars sur une « communication » défaillante entre les structures publiques et privées dans la gestion des patients atteints du Covid-19.

« Il y aura des leçons à tirer de cette période, c’est sûr », estime Frédéric Leyret, du Groupe Hospitalier Saint-Vincent. Patrick Wisniewski insiste sur la solidarité entre les professionnels :

« Il n’y a pas de concurrence, on vient en soutien des hôpitaux publics. »

À Koenigshoffen, un jeune homme en possession de cannabis frappé par des policiers

À Koenigshoffen, un jeune homme en possession de cannabis frappé par des policiers

Durant la nuit du 18 mars, Sofiane, un jeune homme de 19 ans, a été victime de violences policières au cours de son interpellation. Mercredi 25 mars, le parquet a saisi l’Inspection générale de la police nationale.

Dans la nuit du mercredi 18 au jeudi 19 mars, à l’issue d’une course poursuite dans le quartier Hohberg à Koenigshoffen, une patrouille de police suit un véhicule suspect depuis Bischheim. Le chauffeur, sans permis, refuse de s’arrêter et a continué à rouler.

Une fois arrivé dans son quartier, Sofiane, passager, descend du véhicule et court. C’est alors qu’une autre patrouille de police rattrape le jeune homme de 19 ans. Sur une vidéo prise au smartphone et transmise par un témoin, on voit Sofiane s’arrêter, lever les bras avant d’être mis à terre par un policier et frappé. Sofiane indique qu’il a été roué de coups de pieds au visage par les policiers et insulté.

(Vidéo transmise)

En possession de 60 grammes de cannabis, il est emmené à l’Hôtel de police. Cependant, les violences ne stoppent pas selon ses déclarations. Une fois arrivé au commissariat, un policier aurait continué de le frapper. Poursuivi pour acquisition et détention de stupéfiants, Sofiane a été placé 24 heures en garde à vue.

Me Renaud Bettcher, avocat de Sofiane, juge abusifs les éléments retenus contre son client :

« Le cannabis était destiné à sa consommation personnelle en vue du confinement. Le motif des poursuites a volontairement été gonflé. Selon la Cour de cassation, il ne devrait être poursuivi que pour consommation de stupéfiants. »

Fracture au nez et oedème péri-nasal

Le lendemain, Sofiane est transporté au CHU de Hautepierre pour un constat de l’étendue des blessures. Le médecin diagnostique une fracture au nez avec déplacement et un important oedème péri-nasal.

Résultat de la radiographie de Sofiane Photo : Document remis

Son avocat commente :

« La famille est effondrée, c’est un enfant de 19 ans. Il a été massacré par les policiers. C’est honteux. »

Sofiane après les violences Photo : Document remis

L’IGPN s’empare de l’affaire

Mercredi 25 mars, l’inspection générale de la police nationale (IGPN) est saisie par le Parquet de Strasbourg, suite à un signalement de la Police nationale elle-même.

Mais cette saisie inquiète Me Bettcher :

« Je n’ai aucune confiance en l’IGPN. On l’a vu avec les Gilets jaunes. Elle n’est là que pour retarder, voire enterrer l’enquête. Si c’était un policier qui avait subi de telles violences, l’auteur passerait en comparution immédiate. »

Il précise :

« On a les preuves des coups. On a des vidéos, images et témoins. Pourquoi leur confier ? Ce sont des policiers qui enquêtent sur des policiers. Ça n’a aucun sens de leur remettre l’enquête. »

Dans les prochains jours, Sofiane subira plusieurs opérations chirurgicales suites aux violences subies. Il est convoqué en juin pour comparaître sur la reconnaissance préalable de sa culpabilité (CRPC), pour détention et usage de cannabis. Contactée, la direction de la Police nationale a refusé de s’exprimer sur cette affaire. Le Parquet n’a pas non plus accepté de répondre à nos questions, mais a confirmé avoir saisi l’IGPN suite à premier signalement venu de la police.

À l’Elsau, la solidarité sauve les personnes âgées du coronavirus

À l’Elsau, la solidarité sauve les personnes âgées du coronavirus

Service bénévole de course à domicile, soutien familial… Dans le quartier de l’Elsau, la solidarité s’organise pour aider les personnes âgées, particulièrement fragiles face à l’épidémie de Coronavirus.

« Si je sors et que j’attrape le virus, c’est le cimetière direct pour moi. » Mohamed Belhout a 80 ans, dont 20 passés à l’Elsau. Ancien « gros fumeur », aujourd’hui asthmatique, il évite à tout prix de sortir depuis le début du confinement. Heureusement, l’ancien peintre en bâtiment recevra ses courses à domicile dans la journée du 26 mars. A l’initiative de l’association de locataires Alis-Unli et de l’Association Sport et Loisirs Elsau (ASLE), les personnes isolées et fragiles peuvent commander leurs courses sur simple commande téléphonique.

Un service de livraison bénévole

Dans ce quartier où les aînés sont nombreux, la solidarité s’est rapidement organisée. Dès lundi 16 mars, les associations Alis-Unli et l’ASLE proposaient leurs services bénévoles aux personnes âgées, fragiles, en situation de handicap ou à un parent isolé avec plusieurs enfants. Deux jours plus tard, Azzedine Naji, président de l’ASLE, livrait plusieurs Elsauviens, ainsi qu’une personne âgée de Schitligheim. Par ailleurs animateur au centre socioculturel, cette figure du quartier apprécie la mobilisation de jeunes Elsauviens :

« Suite à l’appel sur les réseaux, de nombreux jeunes ont voulu nous aider, en faisant les courses ou en nous prêtant leur voiture. Ça ne m’étonne même pas, ici, dans les moments difficiles, on sait être solidaire. »

Dans la journée du 24 mars, Azzedine Naji et plusieurs autres bénévoles ont livré des courses pour des personnes isolées, souvent âgées. Photo : Document remis

L’entraide familiale, ciment du quartier

À l’Elsau, l’entraide n’a pas attendu le coronavirus. Dans ce quartier où les personnes âgées d’origines étrangères sont nombreuses, les enfants ne sont jamais loin.

Dans son immeuble situé rue Martin Schongauer, Josiane Sattler connaît de nombreuses femmes seules : « Leurs courses sont faites par des voisines ou de la famille. » Cette retraitée de 71 ans peut compter sur son gendre pour quelques courses.

De même, Hanane est rassurée depuis que sa sœur a décidé de rester auprès de ses parents à l’Elsau, de 70 et 71 ans. L’informaticienne ne vit pas dans le quartier. Selon elle, le couple aurait été en danger s’il était resté seul. « C’est d’abord une question de surveillance de leur état de santé, les personnes âgées ont tendance à minimiser leur maladie », explique-t-elle. Mais l’aide familial est aussi administrative : « Mes parents seraient incapables de reporter le texte de l’attestation dérogatoire de déplacement… »

Le confinement est difficile à vivre pour Isham (le prénom a été modifié). Le jeune Elsauvien profite alors des quelques commissions à faire pour prendre l’air. Si sa grand-mère a besoin de pain, il n’est pas rare que ses voisines en profitent pour passer commande. Ce simple geste prend une autre dimension en période de pandémie :

« Quand je vois une vieille dame avec le dos cassé, elle fait 10 mètres en 42 minutes, je l’aide à porter ses courses. Je peux pas voir nos aînés galérer, c’est plus fort que moi, faut que je fasse quelque chose. Aujourd’hui, c’est pareil. On a la chance d’avoir un quartier où les enfants des vieux sont toujours là. Ils vont faire les courses pour la daronne, c’est de l’entraide, c’est juste humain. »

Fred Ficus, DJ producteur : « Dans six mois, trois fois plus d’albums publiés »

Fred Ficus, DJ producteur : « Dans six mois, trois fois plus d’albums publiés »

Concerts annulés, explosion des ventes sur Bandcamp et lives musicaux à foison. Le confinement bouleverse l’industrie musicale. Fred Ficus, fondateur du label strasbourgeois Dope Tones Records et DJ producteur, voit cette période comme étant particulièrement propice à la création.

Vendredi 20 mars, Bandcamp a failli exploser. En soutien aux artistes, la plateforme a décidé de ne pas prendre de commissions sur les ventes pendant 24 heures. Résultat de l’opération : 800 000 ventes effectuées pour 4,3 millions de dollars de recettes, soit 15 fois plus qu’une journée habituelle. Alors que les boites de nuits sont fermées, les concerts annulés, la période est aussi compliquée pour les artistes et techniciens du spectacle. Sur Facebook et Instagram, les lives (concerts en direct) musicaux se multiplient depuis le début du confinement. 

Fred Ficus, DJ et fondateur du label de musiques électroniques strasbourgeois Dope Tones Records, témoigne de l’impact inattendu du confinement sur la musique électronique.

Rue89 Strasbourg : Actuellement, à quoi ressemble votre quotidien de DJ producteur ?

Fred Ficus : Mes habitudes ont complètement changé. Depuis le début du confinement, je ne fais plus rien à part produire de la musique. C’est sûrement la première fois de ma vie où je ne peux que faire ça. Actuellement, je travaille environ huit heures par jour dans mon studio d’enregistrement. Je produis un track (un morceau, ndlr) tous les deux jours. Avant, c’était impensable avec les enfants et le travail à côté. Je produisais un morceau par semaine. J’ai un ami à Montpellier qui en a fait 4 en 4 jours. Le rythme de production s’est considérablement accéléré.

Cette accélération du rythme de production impacte l’activité de votre label Dope Tones Records ?

Très clairement. Maintenant, je peux demander à un artiste de produire à n’importe quel moment. Je sais qu’il est forcément dans son studio d’enregistrement. Avant, lorsque je demandais à un DJ de produire un EP (un album de 4 morceaux, ndlr), il lui fallait un à deux mois. Désormais, en deux semaines c’est composé. C’est très bénéfique pour le label car mes artistes créent davantage. En un mois, on a composé 4 EP. Ça nous a permis de créer une réserve de productions.

Les artistes n’ont plus accès aux studios d’enregistrement. Comment expliquez-vous cette suractivité musicale ?

En ce qui concerne la musique électronique, le processus de production musicale est totalement dématérialisé. Il n’est plus nécessaire de se rencontrer pour composer une musique. Un artiste peut m’envoyer un son ou une partie de musique. Par la suite, je la réarrange depuis chez moi.

« On produit, on produit et on produit »

De plus, depuis quelques années, le « home studio », c’est-à-dire le mini studio à domicile, s’est considérablement développé et suffit pour produire une musique. Quasiment tous les « professionnels » de la musique ont un studio chez eux. Vu qu’on est tous bloqués, on produit, on produit et on produit.

Est-ce que le reste du monde connait un phénomène similaire ?

C’est un phénomène mondial. Tout le monde s’affaire à composer des morceaux actuellement. Les lives Facebook ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Derrière, des collaborations se créent entre producteurs de pays différents. Dans les six prochains mois, je suis sûr que deux à trois plus d’albums seront publiés.

Par contre, le phénomène ne se reproduit pas partout pour les mêmes raisons. Hormis en France, les artistes stressent et produisent car c’est une question de survie pour eux. Inkswell, un DJ australien, vient de finir sa tournée sauf que toute l’Australie est confinée. Les concerts sont annulés et la vente de ses productions est devenue son unique entrée d’argent. Donc il compose pour pouvoir vivre.

En France, ce n’est pas la même chose ?

La situation est plus nuancée. En France, on a la chance d’avoir le statut d’intermittent qui soutient financièrement les artistes. D’un côté, on a ceux qui ont rempli leurs heures d’activités et n’ont pas de problèmes. Eux, ils peuvent produire de la musique sans se poser des questions puisqu’ils touchent le l’allocation d’intermittent. Donc, ils produisent des tracks gratuites pour leurs fans.

De l’autre côté, il y a ceux qui n’ont pas rempli leur quota d’heures d’activités. Ces derniers sont dans une situation très délicate. Si rien n’est fait, un grand nombre d’intermittents risquent de ne plus toucher de revenu voire de perdre leur statut. D’autant plus, que les activités et concerts ne redémarreront pas immédiatement à la fin du confinement. À Strasbourg, il y avait « énormément » de travail au Zénith… sauf qu’on ne redémarre pas un Zénith en deux jours.

Le confinement semble donc bénéfique pour les artistes de home studio ?

Encore une fois, ça dépend. La situation n’est pas la même pour tous. Les DJs qui se produisaient en boîte de nuit sont les plus durement touchés. Mais pour les mélomanes qui produisent de la musique chez eux, le confinement ne change pas grand chose. Même si les gens ne peuvent pas se déplacer, ils continuent d’acheter de la musique sur les plateformes en ligne. En tout cas, pour les producteurs de musiques électroniques le confinement a un impact créatif. D’ici un mois ou deux, on pourra publier un EP par mois. À partir du mois d’avril, on va sortir les EP de 67100, Dominique2000Pintes et Steven Wobblejay.

À Mulhouse, entre couvre-feu et fermetures, les livreurs Deliveroo patinent dans le vide

À Mulhouse, entre couvre-feu et fermetures, les livreurs Deliveroo patinent dans le vide

Malgré les restaurants fermés et l’interdiction du vélo, la livraison de repas à domicile passe au travers de l’interdiction des activités « non indispensables ». À Mulhouse, le couvre-feu à 21h réduit encore l’activité de ces coursiers indépendants.

Si les restaurants sont fermés depuis l’arrêté du 14 mars, ils sont toujours « autorisés à maintenir une activité de vente à emporter et de livraison. » Les plateformes de livraison de repas à domicile assurent une livraison « sans contact » comme exigée par les mesures sanitaires.

Une heure et demie d’attente pour la première commande

À Mulhouse, une vingtaine de restaurants continuent de proposer des plats à emporter, contre 40 à 50 en temps normal. Les commandes des clients se concentrent sur les « sept-huit restaurants qui tournent bien », détaille Sullyvan Bader, livreur mulhousien de 24 ans.

« Lundi, j’ai commencé mon service à 11h30 comme d’habitude. La première commande je l’ai eue à 13h03. J’en ai fait seulement 5 entre 11h30 et 16h. Normalement, c’est environ 3 ou 4 par heure. Ça me gave, je fais des tours en vélo dans la ville, je suis sur mon téléphone, l’attente est longue… »

Les livreurs des plateformes continuent de livrer des repas à domicile « sans contact » malgré des mesures de confinement toujours plus strictes. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Le couvre-feu de 21h à 6h, instauré à Mulhouse depuis dimanche 22 mars par le préfet du Haut-Rhin, diminue encore plus l’activité des livreurs de la ville. « En temps normal, je pouvais me faire jusqu’à 200€ bruts par jour. Lundi, j’ai gagné à peine 60€ bruts », déclare Sullyvan.

De son côté, la plateforme Deliveroo assure « prendre la sécurité de ses livreurs très au sérieux ». Mais elle a omis de relayer à ses livreurs la mise en place du couvre-feu dimanche. Julien (le prénom a été modifié), livreur de 27 ans, a été verbalisé peu après 21h et doit payer une amende de 135€ pour non respect du couvre-feu. Il effectuait une commande que Deliveroo lui avait avait envoyé à 20h56 pour une arrivée prévue à 21h22.

Sourde à ses demandes d’explications, la plateforme a envoyé le lendemain un mail aux livreurs mulhousiens dans lequel elle décale l’entrée en vigueur du décret « à partir du 23 mars ».

Un jour après l’instauration du couvre-feu à Mulhouse, Deliveroo modifie ses horaires. Un livreur a été verbalisé la veille alors que Deliveroo n’avait pas prévenu ses partenaires et continuait à proposer des commandes. Photo : Document remis

De son côté, Deliveroo indique qu’elle n’a été prévenue qu’après la mise en place du couvre-feu et qu’elle n’a pas été en mesure d’informer ses livreurs à temps.

Une compensation financière sous conditions pour les malades

Le ministère de l’Economie a annoncé une série de mesures sur son site concernant les travailleurs indépendants. Leurs cotisations sociales du mois de mars ne seront pas prélevées et lissées « sur les échéances ultérieures (avril à décembre). » Une aide forfaitaire de 1 500€ est également prévue pour les indépendants « qui auront connu une perte de chiffre d’affaires de plus de 70 % au mois de mars 2020 par rapport au mois de mars 2019. » En période de déménagement lors du mois de mars 2019, Sullyvan Bader ne pourra pas bénéficier de cette aide. « Peut-être pour le mois d’avril, mais le confinement ayant commencé à la mi-mars, c’est de toute façon impossible de compenser une telle perte », commente l’autoentrepreneur.

Marine Stieber est représentante des livreurs Deliveroo pour le secteur nord. Cette livreuse strasbourgeoise de 30 ans avait arrêté son activité pour « protéger les autres et [se] protéger [elle]-même ». « Livrer des burgers, des sushis, des pizzas, ce n’est pas essentiel en ce moment », poursuit-elle.

Récemment son médécin généraliste l’a diagnostiquée « présumée atteinte » du coronavirus. Elle est actuellement en quarantaine jusqu’au 3 avril. Sur son site, Deliveroo assure la mise en place d’une compensation financière pour les malades.

« Tous les livreurs partenaires effectuant des prestations de service pour Deliveroo et ayant contracté COVID-19 ou ayant été placés en quarantaine par une autorité médicale sont éligibles à un soutien financier pour une période pouvant s’étendre jusqu’à 14 jours. »

Site web de Deliveroo

Mais Marine Stieber, livreuse depuis l’automne 2018 pour la plateforme, ne remplit pas les conditions d’attribution de cette compensation. Deliveroo lui a précisé qu’en plus d’un certificat médical, il faut « avoir réalisé 135€ de chiffre d’affaires en moyenne par semaine sur les 4 dernières semaines d’activité » et « avoir livré au moins une commande lors des 14 derniers jours. »

Les avis sont « partagés » sur les groupes de discussion de représentants de livreurs quant à la poursuite de l’activité, selon Marine Stieber. Julien et Sullyvan Bader continueront eux « d’accepter toutes les commandes », simplement parce que la chute de la demande « ne permet plus de les refuser. »

Ils ont connu l’Occupation et le confinement leur rappelle des souvenirs

Ils ont connu l’Occupation et le confinement leur rappelle des souvenirs

Le discours d’Emmanuel Macron du lundi 16 mars et les consignes strictes de confinement évoquent à ceux qui ont connu la Seconde guerre mondiale le début de leur vie.

« La période actuelle me rappelle celle de la guerre, dans le sens où tout était au ralenti ». Depuis son appartement à Illkirch-Graffenstaden, Pierre, 92 ans, guette les rares voitures qui passent sur la route de Lyon. « Tout était limité : les sorties, les spectacles, l’alimentation. Bien sûr, c’était d’autres circonstances. Là, on parle d’une quinzaine de jours. À l’époque, on n’avait aucune idée de la durée… On attendait les Américains, mais c’était un espoir incertain. » Le discours d’Emmanuel Macron lundi 16 mars, durant lequel il a prononcé six fois le mot « guerre », a ravivé des souvenirs chez ce retraité de l’Éducation nationale.

L’aide à domicile de Pierre étant suspendue, il reçoit la visite de sa fille, retraitée depuis peu également, qui respecte les distances de sécurité. D’une certaine manière, il trouve la période actuelle moins dramatique que l’Occupation mais plus contraignante. « On pouvait sortir comme on voulait à condition de rester en Allemagne. Je suis allé me balader à Berlin ou à Leipzig ». Mais il était par exemple plus dur de communiquer. « Mes parents n’avaient pas le téléphone. Il y avait les lettres, mais j’en envoyais guère plus d’une toutes les deux semaines. Quand j’allais voir mes grands-parents dans le Haut-Rhin, je leur écrivais pour leur dire que j’étais bien rentré. »

Après s’être rappelé du conflit, il se remémore aussi l’après et se demande si l’Histoire va se répéter :

« Toute l’Économie était dirigée sur une seule chose : l’effort de guerre. Pendant les combats, les prix étaient réglementés. Mais à la reprise, la libre concurrence s’est remise en place et il y a eu une forte inflation. Heureusement les salaires avaient suivi. Il n’y avait pas le choix. »

« L’occupant était plus martial »

Francine et Jacques, habitants de la Robertsau, sont surtout frappés par « le changement des mentalités de la population » face aux consignes du président de la République.

« C’était un discours de bon sens, mais il n’a pas été bien compris. La première semaine, on a encore vu des déménageurs sans masque qui ne respectaient pas les distances de sécurité », remarque Jacques, étudiant en 1939 avant de se réfugier dans l’Allier. « Quand l’occupant donnait des consignes, c’était plus martial », tranche son épouse qui vivait dans la zone occupée.

Francine se rappelle aussi des fortes restrictions, qui n’étaient pas seulement alimentaires :

« On avait peu de nouveaux vêtements. Quand on pouvait remplacer ses souliers, on avait le droit à une seule paire de chaussures, avec une semelle en bois ».

Mais en 2020, la menace est invisible :

« En 40, il y avait la crainte de la police allemande. Là, il y a un ennemi invisible et on voit une forme d’insouciance, malgré la pédagogie des médecins. Si le danger était compris, les Français ne joueraient pas trop aux marioles. »

Elle garde le souvenir d’une société « moins personnelle et moins égoïste ». « Dans la file des épiceries, tout le monde attendait une heure de manière stoïque », poursuit celle qui était pensionnaire dans un collège. Pour autant, elle n’idéalise pas le passé. « Il y avait aussi quelques profiteurs, du pillage et du marché noir, ce qu’on a vu réapparaître avec les masques. »

Pour les personnes qui ont connu l’occupation, il y a un sentiment de retour 70 ans plus tôt. Photo : Visual Hunt / cc

« Ces files m’ont rappelé les tickets de rationnement »

Maud avait 10 ans, lorsque la guerre a débuté :

« À l’époque, il n’y avait que la radio pour s’informer. Mon père est rentré un soir d’août et il a dit qu’il y avait de grandes affiches “Sauve qui peut”. On avait fait la valise en trois heures et nous somme partis d’un coup à Senones dans les Vosges, où ma mère avait des amis. »

Ce sont surtout les premiers jours avant le confinement total qui ont ramené Maud près de 80 ans en arrière :

« Quand j’ai vu les files devant les supermarchés, je me suis dis que l’on pourrait refaire des tickets de rationnement. On les récupérait à l’administration, on avait le droit à 50 grammes de pain blanc par personne et par jour, la viande aussi était limitée. Les parents travaillaient et les enfants faisaient les courses après l’école. Comme on connaissait la boulangère, qui était à peine plus âgée que nous, on fauchait discrètement des tickets dans sa caisse quand elle repartait à l’atelier. »

Pendant ce confinement, elle regarde les trams passer depuis son appartement à la Meinau, aux côtés de son mari alité. L’infirmier « masqué et qui prend ses précautions » ne passe plus que deux fois par jour, le matin et le soir, contre trois avant le confinement.

Elle se demande si la France connaîtra des scènes de pillages similaires à celles qu’elle a connu. « À Senones, il y avait beaucoup de boutiques italiennes qui ont été cassées lorsque l’Italie a rejoint le camp de l’Allemagne. Mais on y trouvait des légumes, alors que les enfants espéraient des bonbons ou du chocolat. »

« En 40, il suffisait de se taire pour se protéger »

Boucher, son père pratiquait le troc qui s’était mis en place. Il réservait aussi quelques pièces pour des juifs cachés. La famille de Maud est ensuite rentrée à Strasbourg où elle n’a pas le souvenir de difficultés de déplacement pendant son adolescence :

« Il n’y avait pas de couvre-feu. On a juste une fois été en danger quand les sirènes ont retenti trois fois, il avait fallu s’abriter dans une cave rue du Dôme. »

Respectueuse des consignes et avec des réserves de nourriture dans ses étagères, Maud ne se sent pas en péril aujourd’hui. Elle trouve néanmoins « la période actuelle plus dangereuse » :

« Ce virus peut facilement être transmis. Pendant la guerre, il suffisait de savoir se taire, réfléchir et agir. »

#souvenirs

La prog’ quotidienne du Strasbourgeois confiné

La prog’ quotidienne du Strasbourgeois confiné

Confinés, les artistes strasbourgeois ne restent pas inactifs. Sur leurs réseaux sociaux, ils offrent quelques précieuses minutes pleines de talents. Voici un guide quotidien évolutif.

Qu’est-ce que ça donne le télétravail quand on est comédien, musicien ou DJs ? Il fallait une crise sanitaire mondiale pour le savoir ! De nombreux artistes strasbourgeois se produisent sur leurs réseaux sociaux, certains se ont donné des rendez-vous fixes. Voici donc la programmation d’une journée type du Strasbourgeois confiné. Merci à eux !

10 heures

Tous les jours. Mister P ambiance tous les matins, avec un set en direct sur sa page Facebook. Depuis son salon, sa platine vinyle tourne aux rythmes de la funk, soul et des musiques électroniques. Bon coup de boost et de bonne humeur pour le reste de la matinée. 

11 heures

Tous les jours. RightonFm Ben G prend le relais et propose également un live sur son profil Facebook, avec des sonorités plus tranquilles.

Midi

Tous les jours. L’illustrateur Alex Ruch publie une mini-BD tirée de son quotidien de confiné. C’est à découvrir sur son profil Facebook.

19 mars : toux est sous contrôle Photo : Illustration Axel Ruch / Facebook

Du lundi au vendredi. Arte Concert diffuse sur sa page Facebook un concert tiré de ses archives.

Tous les jours. Comédienne et humoriste, Antonia de Rendinger profite du confinement pour lancer sa nouvelle chaîne Youtube, car elle aussi peut être Youtubeuse, comme Squeezie ! Ses filles, qui connaissent bien l’univers de YouTube, en sont presque convaincues.

Lundis, mercredis et vendredis. L’ensemble Linea, de musique contemporaine, publie une vidéo en direct (entre 10 et 20 minutes) sur sa page Facebook. Intitulés « Open the Box », cette série de rendez-vous vise à expliquer et montrer le travail de création de cet ensemble strasbourgeois.

16 heures

Mardis et jeudis. Ils avaient disparu des radars mais les revoilà. Court circuit revient avec des sets sur Facebook, tirés de la créativité de la scène électro strasbourgeoise.

Dimanches. Brown Mista, un DJ de RBS, propose un set confiné de funk en direct depuis son profil Facebook.

16 heures 30

Jeudi 26 mars. Pierre le Crieur a remplacé ses criées matinales sur les marchés par des criées devant son téléphone. Elles sont également diffusées sur son profil Facebook.

Pierre le Crieur, lors de la première édition d’Équinoxe. Photo : remise par Équinoxe

Les jeudis. Pierre le Crieur prévoit des séances de « Cris de révolte », à partir des messages qui lui seront envoyés avec ce formulaire.

Les dimanches. Cette fois, ce sera la place pour les messages d’amour qui lui seront envoyés via ce formulaire.

17 heures

Tous les lundis. Le groupe de blues-rock Dirty Deep propose une « lock down session ». Voix rauque, guitares torturées et harmonica fou sont au programme, mais c’est le deal. À retrouver sur la page Facebook du groupe.

’til the day I die – la première « lock down session » (vidéo Dirty Deep)

Tous les samedis. C’est un nouveau concept qui n’existe qu’en période de confinement, Rave @ Home : toute une programmation de DJs pour tenir toute la nuit… tout seul dans son salon. Le line-up de la première édition a enfilé six DJs strasbourgeois. Old school et pêchu. Infos à pêcher entre deux poissons sur le profil de Ken Dreamfisch.

17 heures 30

Mercredis et vendredi. À l’heure de l’apéro, Winston Smith se met aux platines depuis chez lui pour des sets « Shake your groove thing ». Avantage, quand on shake confiné ? Personne ne regarde. Problème, personne ne regarde. À suivre sur son profil Facebook.

18 heures

Tous les jours. Nico Moldav met en ligne un de ses mix enregistrés. C’est rock, c’est puissant, c’est calibré, c’est amoureusement sélectionné. Le lien est à retrouver sur la page Facebook de Moldav et à écouter sur Mixcloud.

Tous les jours. Le Social Bar de Strasbourg propose les « social lives », une scène ouverte (mais portes fermées) aux artistes strasbourgeois. Attention, ça ne dure que 15 minutes. À suivre sur la page Facebook.

Tous les jours. Directeur artistique de la librairie Kléber et des Bibliothèques idéales, François Wolfermann propose une « lecture en pays retiré ». Ça se passe sur son profil Facebook et il s’agit de deviner le titre du livre et l’auteur. Les réponses sont également publiées sur le même profil.

Tous les jours. Et revoilà Antonia de Rendinger ! Cette fois-ci, ça se passe sur sa page Facebook et il s’agit de la lecture d’une nouvelle, depuis son fauteuil. Plaid en option.

18 heures 30

Tous les jours. Le magazine culturel strasbourgeois Coze diffuse un « concert à huis clos », d’une ou d’un musicien strasbourgeois, enregistré spécialement pour l’occasion. La vidéo est diffusée à l’heure précise sur la page Facebook du magazine Coze.

Concert à huis clos de Wesh Taum sur la page Facebook de Coze (Capture d’écran)

19 heures

Tous les jours à peu près. Marion Grandjean, comédienne et metteuse en scène, met en ligne de petits sketchs lors desquels elle réactive tous les personnages de ses pièces : Madame Josiane, Madame Micheline, Madame Rose… C’est à découvrir sur son profil Facebook.

Du lundi au vendredi. De 19h à minuit, sur Facebook et Youtube, Arte Concert amène le plus grand club digital du monde dans les salons. Avec #unitedstreams, la chaîne fait découvrir la scène électronique berlinoise

https://www.youtube.com/watch?v=MQY9Ygh2NG0

20 heures

Vendredis et samedis. DJ Nico et ses invités proposent un set dans la plus pure tradition des boites techno. Attention aux enceintes fragiles. À suivre sur son profil Facebook.

Samedis. « Allez on danse mais chacun chez soi », un set prévu pour durer jusqu’à 23 heures, avec trois ambiances différentes, par le DJ Ben de Bilb & Co. À suivre sur la page Facebook.

21 heures

Tous les jours. Guitariste de jazz formé au conservatoire de Strasbourg, Michel Jehlen propose une improvisation de quelques minutes dans un style différent chaque jour, avec une chemise différente chaque jour aussi mais toujours étonnante. À suivre sur sa page Facebook « Le Guitariste« 

Vendredi 27 mars. Julien Mallet-Cosson, de la compagnie La Carpe Haute propose ce vendredi un spectacle d’improvisation avec des comédiens de différentes compagnies strasbourgeoises. L’opération devrait se répéter toutes les semaines. Le lien sera donné sur l’événement Facebook.

21 heures 30

Tous les samedis. Saligo, DJ de Davodka, passe aux platines et diffuse un set sur sa page Facebook.

Tous les vendredis et samedis. La boîte de nuit La Salamandre ambiance les soirées avec des mixes de ses DJs résidents. À suivre sur la page Facebook du club. DJ Timal et Norsam se sont déjà prêtés au jeu.

Live de DJ Timal sur la page Facebook de La Salamandre (Capture d’écran)

Les sans horaires fixes

Tous les jours. Sur son compte Instagram et sur sa page Facebook, la comédienne Margaux Lagleize tient un petit journal de confinement en courtes vidéos humoristiques. 

Tous les jours. Avec la fermeture du Graffalgar, les DJs de la web radio ODC ne peuvent plus s’installer à la cafétéria de l’hôtel. Mais ça ne les empêche pas de mixer… Ils sont tous les jours sur le site web d’ODC à des horaires variables. 

Régulièrement, sur son profil Facebook, le DJ Oskar publie des sets de membres de Schlafos.

Le désarroi des routiers, laissés seuls pendant la crise sanitaire

Le désarroi des routiers, laissés seuls pendant la crise sanitaire

Routiers ou livreurs, ils permettent au pays de continuer à fonctionner pendant la crise sanitaire. Ils ont pourtant l’impression d’être les grands oubliés.

« On ne peut pas se permettre de s’arrêter. » C’est ainsi que Lionel résume son état d’esprit. Chauffeur routier pour un grossiste alimentaire, il n’a pas envisagé un seul instant de se mettre en retrait depuis qu’a éclaté la crise sanitaire du coronavirus. Il livre à Mulhouse, l’un des foyer de l’épidémie en France. Dans son entreprise cependant, tous les intérimaires ont été remerciés :

« Les volumes ont fondu c’est sûr. Mais moi je peux continuer à travailler et je le fais, malgré les risques. J’essaie de me protéger du mieux que je peux, je me suis procuré du gel hydroalcoolique. »

Dans son entreprise, tous les chauffeurs salariés continuent de travailler. Aucun n’a invoqué son droit de retrait, malgré les risques de contamination :

« Il y a même une bonne ambiance au boulot, on est plus soudés qu’auparavant. »

« On ne peut plus s’arrêter pour manger ni faire sa toilette dans les aires d’autoroutes »

Pour autant, Lionel ne serait pas contre un peu plus de reconnaissance de la part de la population et des autorités. Il déplore que tout son environnement de travail ait été déserté :

« Les aires d’autoroutes sont fermées, on ne peut plus s’arrêter pour manger, ni faire sa toilette… Moi ça va encore parce que je rentre tous les soirs chez moi, mais pour les collègues qui sont plusieurs jours sur la route, ça ne peut pas continuer comme ça… »

La vidéo de ce routier du sud de la France est devenue virale sur Facebook :

Le témoignage poignant de Santo Mazzola

Marc Conrad, routier de Weyersheim, est aussi choqué par le traitement qui lui est imposé. Contraint de rouler faute de voir son entreprise couler, il a aussi témoigné sur son profil Facebook, son dégoût de la situation actuelle :

« Partout les portes nous sont fermées. Les aires d’autoroutes mais aussi celles des entrepôts où on doit décharger devant sans parler à quiconque… Franchement des fois, c’est dur, on a l’impression de transporter la peste. »

Les aires d’autoroute sont subitement devenues hostiles aux routiers Photos : Frédéric Bak / Facebook

Avec son 3,5 tonnes, Laurent livre les supers et les hypermarchés alsaciens. Lui non plus n’envisage pas d’arrêter malgré des conditions de travail dégradées :

« Je livre des pâtes et des pommes de terre, il va se passer quoi si j’arrête ? On voit bien que les volumes ont baissé mais je me dois de continuer. Je travaille dans l’alimentaire, je sais bien qu’on peut pas s’arrêter comme ça… »

« Je sais bien que je peux ramener le virus à la maison mais… »

Avec ses collègues, le coronavirus, ils en parlent tout le temps : comment se protéger, protéger les autres, la durée de vie du virus de 24 heures sur les cartons, etc. Il poursuit :

« Je sais bien que je peux ramener le virus à la maison. Je me suis posé la question de me retirer, pour ma famille. Mais je ne sais pas trop… Je me considère comme indispensable. Alors je demande aux gens d’arrêter de me frôler dans les rayons… »

Laurent n'envisage pas de s'arrêter de travailler (doc remis)
Laurent n’envisage pas de s’arrêter de travailler Photo : doc remis

Lui non plus n’a pas reçu de masque ni de gel hydroalcoolique de la part de son entreprise. La direction essaie bien de s’en procurer, mais ces denrées sont devenues introuvables depuis le début de la crise sanitaire et les rares stocks sont envoyés au personnel soignant. Laurent comprend bien la priorité. Mais quand même, un masque, ce serait pas de trop : « je croise plein de gens toute la journée. »

« Il y a des gens qui dépendent de nous »

Kemal livre les laboratoires, les pharmarcies et même des particuliers en produits sanitaires. Lui non plus n’envisage pas d’arrêter, par impératif économique mais aussi « par devoir » :

« Le patron nous a dit qu’on pouvait arrêter de travailler si on voulait… Je continue. On a des gens qui dépendent de nous. »

Le dépôt utilisé par Amazon à la Meinau (Photo Google)
Le dépôt utilisé par Amazon à la Meinau Photo : Google

« On a l’impression d’être de la chair à canon pour Amazon »

Fred (prénom changé) livre pour Amazon à Strasbourg. Et depuis que la situation sanitaire s’est popularisée, il est stupéfait par la carence des mesures sanitaires dans son entrepôt :

« Avec les colis qui passent de mains en mains, les visites auprès de 50 à 150 clients par jour, la livraison à domicile est évidemment un facteur de propagation important du virus. On a appris samedi que plusieurs d’entre nous avaient été en contact avec des personnes infectées. On aurait dû être isolés mais rien… alors mercredi, j’ai invoqué mon droit de retrait. Un médecin a d’ailleurs posé un diagnostic de covid-19. »

Fred ne mâche pas ses mots quant à son sentiment :

« On a l’impression d’être de la chair à canon pour qu’Amazon gagne des parts de marché… Ce qu’on livre, c’est pas des biens de première nécessité. Elle est où la logique à maintenir notre activité pour livrer des coques de téléphones ? »