Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Quand des victimes rencontrent des auteurs de violences conjugales

Quand des victimes rencontrent des auteurs de violences conjugales

À Strasbourg, de mai à juin 2018, des victimes de violences conjugales et des condamnés, sans liens directs, se sont retrouvés face-à-face. Échanger, ne pas juger, c’est le principe de la justice restaurative. Cette procédure, prévue par la loi Taubira de 2014, est encore nouvelle en France. Comment réparer au-delà de la peine ? Comment réintégrer la société, réapprendre à vivre, après avoir été auteur ou victime ? Retour sur cette expérience avec les acteurs concernés.

« C’est la première fois que je vivais quelque chose d’aussi fort émotionnellement. » Lisa Colombier, étudiante en sociologie, se souvient parfaitement de sa participation à un programme de justice restaurative. Pendant six semaines, de mai à juin 2018, trois auteurs et trois victimes de violences conjugales se sont retrouvés dans une salle mise à disposition par la Ville de Strasbourg. Objectif : chercher à comprendre, à réparer, à dépasser leur statut et à voir si vivre ensemble, en société, est à nouveau possible.

Lisa a participé à ce programme en tant que citoyenne. À côté du binôme d’animateurs formés pour mener le projet, elles sont deux étudiantes à assister aux séances, « à hauteur des participants, pour leur montrer que la société s’investit avec eux. »

Tahar Khmila, juriste et médiateur social, et Carole Santa Maria, conseillère pénitentiaire,
ont préparé et animé les rencontres. Photo : MC / Rue89 Strasbourg

Préparer la rencontre

La première rencontre est souvent perçue comme une possible confrontation. Les animateurs reçoivent donc chaque participant plusieurs fois, pour s’assurer que les deux principes de la justice restaurative soient respectés : le consentement des interlocuteurs et la reconnaissance des faits de violence.

Lors de ces entretiens individuels, Carole Santa Maria, conseillère pénitentiaire d’insertion et de probation et Tahar Khmila, alors juriste à l’association d’aide aux victimes Viaduq 67, travaillent sur les attentes et les motivations de chacun :

« Il ne peut pas y avoir d’attitude vindicative. Il n’est pas question de contester le procès ou de revenir sur la peine. Il faut vérifier qu’aucune question ne mettra mal à l’aise les victimes ou les auteurs de violences. Nous n’avons retenu que 3 victimes sur 5. L’une d’entre elles a constaté qu’elle n’était pas prête. Elle ne cessait  de pleurer, l’histoire était trop récente. »

Poser un cadre rassurant

Ces entretiens sont aussi l’occasion de poser un cadre rassurant, de rappeler la stricte confidentialité des échanges. Cehan (le prénom a été modifié), 34 ans, condamné à 18 mois de prison dont 10 mois ferme, a trouvé finalement qu’il devenait « facile de parler. En connaissant les accompagnants, on est à l’aise. On écoute et à force, on ajoute notre histoire. »

Lors de la première rencontre, chacun a un temps de parole équilibré pour raconter son récit. Sonia (le prénom a été modifié), 33 ans, se souvient:

« Quand les auteurs ont commencé à parler, je me sentais très mal, je retournais trois ans en arrière… mais je voulais rester. Doucement, j’ai commencé à me dire : “Je ne suis pas toute seule.” »

« Les paroles des autres m’ont aidé à mieux comprendre » se confie Sonia.
Photo : : MC/Rue89 Strasbourg

Au-delà du procès

Sonia avait déjà rencontré d’autres victimes de violences conjugales. Quand la jeune femme a réussi à quitter son mari, après plusieurs mois de torture psychologique et physique, elle a trouvé de l’aide auprès d’associations comme SOS Femmes Solidarité, notamment pour échapper à la rue. Mais les échanges avec des auteurs lui ont permis une autre réparation :

« Un des auteurs pleurait beaucoup, je me suis rendue compte qu’il n’était pas tranquille. Nous, les victimes, on lui a fait se poser des questions. Lors de la dernière rencontre, j’ai réalisé que c’était eux qui avaient besoin d’aide. Au début j’avais l’impression qu’ils me regardaient de haut et là, les choses s’étaient inversées. »

Un énorme pas en avant, après un procès express qui l’avait laissée abasourdie. Quand elle en parle, ses yeux soudain écarquillés soulignent l’absurdité de la situation. L’interprète qu’on lui avait proposé – car à l’époque Sonia était en France depuis un peu plus d’un an et maîtrisait mal le français –  ne se présente pas lors du jugement : elle se retrouve à baragouiner en anglais et n’a la parole que quelques minutes. Son ex-mari est condamné à trois mois de prison avec sursis et 300 euros d’amende. Pour la conseillère pénitentiaire Carole Santa Maria, « le procès juge des faits, l’émotion n’y a pas sa place. La justice restaurative crée un espace où l’on peut tout dire. »

« Comment j’aurais pu faire autrement ?« 

Les deux parties arrivent avec un grand besoin de comprendre. « Je voulais rencontrer des gens qui avaient vécu les mêmes choses que moi, rapporte Cehan, voir si j’étais à côté de la plaque. J’ai réalisé que même les auteurs sont victimes de leurs actes. »

Bastien Nemett, psychologue du Service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP), voit dans la justice restaurative une thérapie. Cette dernière permet aux auteurs de violences de réfléchir aux répercutions de leurs actes sur leur propre vie et celles des victimes :

« Les victimes interrogent : “pourquoi tu frappes ?” Puis elles se posent la question : “A quel moment j’aurais pu intervenir, partir… ? Pourquoi je reproduis telle situation ?” Elles se posent aussi des questions sur la prison, le bracelet électronique, la mise à l’épreuve… Certains auteurs peuvent avoir tendance à minimiser la gravité des faits en se demandant : “comment j’aurais pu faire autrement ?” C’est un mécanisme de défense très humain pour pouvoir vivre avec ce qu’on a fait. Le but de l’expérience est de travailler sur ces “autrement” possibles. »

Le psychologue Bastien Nemett intervient après chaque rencontre pour débriefer
avec les animateurs. Photo : MC / Rue89 Strasbourg

Cehan a justement appris à « faire autrement. » À sa sortie de prison, il revoit sa femme et sa fille en cachette, malgré son bracelet électronique et son interdiction d’entrer en contact avec elles. Aujourd’hui, ils vivent toujours ensemble :

« La justice restaurative m’a permis de prendre du recul. J’ai compris que je ne pouvais plus fonctionner ainsi. Depuis tout petit je berce dans la violence. Ma mère a quitté mon père quand j’avais 8 ans. Elle est partie en France avec mon frère et ma sœur et m’a laissé seul avec mon père. Je pensais tout le temps à eux. Au bout de deux ans, mon père a été condamné et emprisonné pour trafic de drogue, j’ai retrouvé ma mère à ce moment-là mais elle était devenue comme une étrangère. Je lui en ai fait baver, je cherchais la bagarre, je faisais des conneries…

La justice restaurative m’a plus aidé que tous les psy que j’ai pu voir. C’est plus facile de parler avec des gens qui ont vécu des expériences similaires même si les parcours sont différents. Cela déclenche une remise en question, qu’on le veuille ou non. »

Sonia a trouvé un travail et refait sa vie :

« Le mal n’est pas passé à 100% mais j’ai gagné beaucoup de choses. Un matin j’ai entendu de la musique et je me suis mise à danser, je me sentais bien dans mon corps. Les rencontres m’ont permis de réaliser que j’étais une femme forte d’être sortie de cette situation, tout simplement parce que les participants me l’ont dit. »

Lisa Colombier a également senti beaucoup de bienveillance au fur et à mesure des échanges: « C’était incroyable: les victimes donnaient des conseils aux auteurs et les auteurs rassuraient les victimes. »

Gérer l’après

Après la sixième et dernière séance, les participants retournent dans leur vie, chacun de leur côté. Cehan le regrette : « On commençait à être un groupe soudé et puis ça s’arrête, c’est dommage. » « Bien sûr qu’on a envie de savoir comment ça se passe pour eux après, précise Carole Santa Maria, mais la justice restaurative doit rester une parenthèse. » Le psychologue du SPIP enchaîne :

« C’est un travers du travail social, de vouloir faire “à la place de”, il faut pouvoir lâcher prise. La justice restaurative permet un travail d’autonomisation et de responsabilisation. Quand le groupe s’arrête, il y a une frustration, mais c’est aussi parce que le groupe a fait office de société, donc c’est que ça marche. Il faut ensuite transposer ça à l’extérieur… »

Quel avenir pour la justice restaurative à Strasbourg ?

Malgré cette première expérience concluante pour les participants, la deuxième mesure lancée en 2019 n’a pas abouti. Cette dernière portait sur tous les types de violences volontaires commises sur autrui. La justice restaurative est un droit mais qui reste méconnu. Bastien Nemett le regrette:

« Au Québec ou en Belgique, les victimes et les auteurs demandent à participer et les séances sont organisées en fonction. En France, on est encore dans une démarche pro-active : ce sont les acteurs judiciaires et sociaux qui proposent et doivent trouver des participants.« 

Or, le recrutement n’est pas simple. Au sein des associations de victimes, il peut y avoir une certaine méfiance envers cette nouvelle approche. Tahar Khmila qui a travaillé 10 ans chez Viaduq raconte :

« Quand on suit des victimes, l’idée de leur faire rencontrer des auteurs passe mal. On craint une “revictimisation”, sachant qu’elles ont déjà commencé une reconstruction… C’est une vraie difficulté. »

Même écho du côté du SPIP, les équipes ne sont pas forcément bien informées. « On a encore du travail à faire en interne, sur comment construire les choses ensembles. De plus en plus de gens sont formés à la justice restaurative à Strasbourg, il faut poursuivre dans ce sens. » Pour les deux organisateurs, Tahar Khmila et Carole Santa Maria, « l’intérêt est évident pour toute la société civile. »

À 4 semaines des municipales, le point faible de chaque candidat

À 4 semaines des municipales, le point faible de chaque candidat

Les candidats aux élections municipales abattent leurs arguments pour convaincre. Mais ils ont parfois laissé entrevoir des défauts qui pourraient leur coûter quelques électeurs précieux en fin de campagne.

Il reste 4 semaines de campagne pour les candidats et candidates à un mandat de conseiller municipal, d’adjoint voire de maire. Les équipes sont en place, les discours rodés, les programmes distillés. Mais les candidats doivent désormais aller chercher les indécis. Ceux qui se tâtent entre quelques listes, ou qui hésitent à voter tout court.

« Une élection municipale se joue beaucoup sur la personnalité », remarque à ce sujet le politologue strasbourgeois Philippe Breton. Voici pour chaque candidat, ce qui peut faire défaut pour grappiller les points qui feront la différence.

Jeanne Barseghian : que vaut une équipe lors de face-à-face ?

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Mathieu Cahn : le choc des photos

Mathieu Cahn : le choc des photos

Moralisation de la vie publique, pudibonderie excessive ? Piet pose la bonne question, suite au retrait de Mathieu Cahn.

Révélation de Rue89 Strasbourg et de Médiapart : si Mathieu Cahn a renoncé à être tête de liste aux municipales, c’est parce que le Parti socialiste lui a retiré son investiture, en raison d’un blog de photos érotiques qu’il alimentait alors qu’il était adjoint à la jeunesse.

Rock psyché, electro-wave et punk… La Grenze au Molodoï le 22 février, c’est re-party !

Rock psyché, electro-wave et punk… La Grenze au Molodoï le 22 février, c’est re-party !

La terrasse culturelle éphémère a besoin d’argent pour continuer à animer le quartier Gare dès le mois de mai. Elle organise une soirée de soutien samedi 22 février au Molodoï. Au programme : concerts et DJ sets d’artistes issus de la scène locale.

Reconnaissable à ses lettres en bois jaunes à l’entrée du portail, La Grenze a accueilli l’année dernière plus de 23 000 Strasbourgeois en quête d’apéros originaux, d’initiations sportives ou de concerts alternatifs. Située au beau milieu d’anciens entrepôts techniques de la SNCF de la rue Wodli, la terrasse culturelle éphémère a été confirmée pour 2020 et réinvestira sa friche du quartier Gare dès le 1er mai.

Son, lumière et terrasse couverte

Seulement voilà, l’association qui gère la structure a besoin d’argent, comme l’explique Julie, du collectif La Grenze :

« Nous avons lancé une campagne de financement participatif sur la plateforme Kiss Kiss Bank Bank. L’objectif est d’atteindre les 5 000€ pour pérenniser l’activité de La Grenze. Nous voulons investir dans une nouvelle terrasse couverte et dans du matériel son et lumières pour les concerts. Avec cette soirée au Molodoï, nous souhaitons fédérer autour du projet et récolter des fonds supplémentaires. »

D’où l’idée des organisateurs de concocter une soirée de pré-rentrée intitulée « La Grenze, c’est re-party ! ». « On avait envie de s’amuser et de programmer des artistes qui collent un peu avec l’identité de La Grenze », raconte Julie. Tous issus de la scène strasbourgeoise, les trois groupes et les deux DJ ont accepté de jouer gratuitement. « En fait, on va seulement payer les agents de sécurité, ajoute-t-elle. Toutes les autres personnes présentes seront bénévoles. »

La terrasse culturelle va revenir à Strasbourg pour une deuxième saison Photo : La Grenze

Un opéra techno punk en combinaison lycra

Pour enflammer le Molodoï, le collectif La Grenze a donc misé sur des formations à l’univers post-punk, emprunts de notes de rock psychédélique et d’electro-wave, à commencer par Tango und Clash 2. Ces « Power Rangers » de l’underground monteront sur scène après dix ans d’absence pour livrer leur version techno punk de l’opéra, à grands coups de synthétiseurs et de batterie. Le duo en combinaison lycra assurera les intermèdes entre les concerts, accompagné d’un magicien.

« Avec eux, il faut s’attendre à tout musicalement et scéniquement », s’amuse Julie qui s’occupe de la programmation à La Grenze. Tango und Clash 2 a en effet prévenu qu’il fallait « peut-être prévoir des vêtements de rechange et ignifugés. »

Florilège de leurs apparitions des années 2000 (Vidéo Facebook)

Un voyage pop psyché et expérimental

Le deuxième groupe à l’affiche de cette soirée d’hiver, c’est Bang Bang Cock Cock. Né des cendres des très new wave Crocodiles Inc, le groupe strasbourgeois – qu’on peut traduire en français par « faire claquer la bite » – s’inscrit dans un univers de pop rock psychédélique « un peu à la Death in Vegas », mais parsemé de zouk et de touches d’électro déglinguée. Un mélange improbable qui promet un délicat voyage planant là-haut dans le ciel, à condition de se laisser transporter par les guitares et les machines, aux lignes assez expérimentales. Julie se souvient :

« On avait essayé de les programmer à La Grenze la saison dernière, mais ça ne collait pas niveau agenda. Ce concert s’inscrit d’ailleurs dans le cadre de notre rapprochement avec le label October Tone. »

La wave sous toutes les formes

« Retro is the new chic », qu’ils disent. À l’occasion de ce retour hivernal, la Grenze continuera sa plongée dans la musique de la fin du XXe siècle. Avec le trio SLAAP, tous les codes du post-punk sont respectés. Ces « ex-fans des nineties » disent refuser la musique léthargique, pour naviguer en eaux troubles au rythme des riffs de guitare distordus et des mélodies déstructurées.

Fidèle à son habitude de mêler concerts et sessions mixées, La Grenze a complété l’affiche de cette soirée de soutien par deux DJs. Kelly Placard s’occupera du warm-up et ambiancera les premiers arrivés pendant l’happy hour (de 20h à 21h) au fil de ses tubes de « pop honteuse », tandis que Les Mutants ont des oreilles enchaîneront les vinyles d’électro wave pour faire danser les derniers oiseaux de nuit.

Découvrez l’histoire de Cyrille, agriculteur, et celle de paysannes bas-rhinoises

Découvrez l’histoire de Cyrille, agriculteur, et celle de paysannes bas-rhinoises

Les cinémas Star et Rue89 Strasbourg organisent mercredi 26 février une soirée autour de l’agriculture paysanne, avec la projection du documentaire « Cyrille, agriculteur, 30 ans… », suivie d’une rencontre avec des agricultrices bas-rhinoises.

Les documentaires sur le monde paysan sont rares. Avec « Cyrille, agriculteur, 30 ans, 20 vaches, du beurre, des dettes… », Rodolphe Marconi a fait le choix de l’intime. Le résultat est un film bouleversant, juste et difficile.

La bande-annonce

https://www.youtube.com/watch?v=YWrLPTOWy3Y

Le pitch

On voit régulièrement à la télévision ou dans les journaux que les agriculteurs laitiers vont mal, qu’ils sont les premiers concernés par le suicide. On le voit, on le sait et puis c’est comme ça. Ça ne nous empêche pas de dormir. Seulement voilà : le jour où j’ai rencontré Cyrille, j’ai eu du mal à m’en remettre. C’est devenu mon obsession.

Les invités

À l’issue de la projection, nous prolongerons le sujet de l’agriculture laitière paysanne avec deux agricultrices du Bas-Rhin.

    Marie-Paule Boehler-Bootz de UttenheimAudrey Oury de Burbach.
Marie-Paule Boehler, agricultrice à Uttenheim (doc remis)
Marie-Paule Boehler, agricultrice à Uttenheim Photo : doc remis

Le concours

Perturber la campagne d’Alain Fontanel : tout un programme pour les militants anti-Macron

Perturber la campagne d’Alain Fontanel : tout un programme pour les militants anti-Macron

Depuis l’annonce de sa candidature, Alain Fontanel cristallise les critiques des syndicats et des Gilets jaunes, engagés contre le pouvoir en place depuis novembre 2018. Une mouvance de tous bords qui perturbe la campagne du candidat En Marche, déjà minée par des menaces et des intimidations à son égard.

Depuis plusieurs semaines, la pression s’intensifie sur Alain Fontanel, candidat de La République en Marche (LaREM) à la mairie de Strasbourg. Raphaël, jeune enseignant d’histoire-géographie, est mobilisé depuis l’acte premier des Gilets jaunes contre le parti au pouvoir. Selon ce militant, perturber la campagne de la République en Marche, c’est affaiblir le parti au niveau national :

« Alain Fontanel appartient à un camp qui est détesté et le vrai problème, c’est la possibilité qu’il devienne maire de Strasbourg : ce n’est pas qu’une élection municipale, sa victoire renforcerait La République en Marche au niveau national. Avec nos actions coup de poing, on espère le faire perdre. »

Alain Fontanel absent d’un rendez-vous de campagne

Le 4 février, Alain Fontanel conviait les étudiants strasbourgeois au Blue Moon, un bar branché de la Krutenau. Au cours d’un afterwork, le premier adjoint souhaitait échanger et débattre sur la vie quotidienne des jeunes Strasbourgeois.

Mais le rendez-vous n’a pas eu lieu : jamais le candidat de la liste « 100 % Strasbourg » n’est venu au 24 rue des Poules. La raison : la présence d’une quinzaine de militants (Gilets jaunes et anticapitalistes) venus perturber cette rencontre de « pure communication » selon Raphaël. La garde rapprochée du candidat – présente à la grande surprise du propriétaire du bar – a refusé l’entrée à ces militants, tandis que d’autres ont réussi à passer ce contrôle.

L’équipe de campagne, qui promettait l’arrivée d’Alain Fontanel au cours de la soirée, invoque a posteriori « un empêchement de dernière minute ».

La colistière Somhack Limphakdy échange avec des militants recalés du Blue Moon, lieu de l’afterwork d’Alain Fontanel du 4 février. Photo : Kévin Gasser / Rue89 Strasbourg

Des vœux perturbés et une éviction musclée

Certains militants présents le 4 février au Blue Moon avaient déjà perturbé la cérémonie des vœux du candidat LREM à la halle du marché de Neudorf le 30 janvier. Dans une courte vidéo relayée par la CGT du Bas-Rhin sur leur page Facebook, des opposants interpellent Alain Fontanel sur la réforme des retraites et le GCO. Le candidat les invite à « discuter tranquillement » après son discours…

Aussitôt, les militants entonnent : « On est là, on est là, même si Macron ne le veut pas […] nous on est là ! » Quelques secondes après cette interruption, les employés de la société de sécurité Prestige procèdent à une évacuation musclée. Trois de ces manifestants ont été placés en garde à vue pour « dégradation » et « violences volontaires » tandis qu’une militante a subi un traumatisme thoracique (3 jours d’incapacité temporaire de travail).

Dimitri (le prénom a été modifié), assistant d’éducation de 24 ans et manifestant assidu contre la campagne d’Alain Fontanel, dénonce un refus de débattre :

« Ce candidat est sur la lignée de son gouvernement : il porte la répression partout où il va. C’est un déni de démocratie, il refuse le dialogue et avance comme un bulldozer. »

La Fabrique criblée d’autocollants : un rituel

Lors de la dernière mobilisation contre la réforme des retraites le 6 février, sur le quai des Bateliers, les manifestants en tête de cortège martèlent en cœur : « Fontanel au fond du Rhin ! ». « Un slogan très violent », s’indigne un membre de l’équipe de campagne.

Le cortège s’arrête devant La Fabrique, le local de campagne du candidat. Florian, un des interpellés du 30 janvier, y prononce un discours et dénonce le « déchaînement de violence », dont il se dit victime avec d’autres camarades lors de la cérémonie des vœux. S’ensuit le recouvrement d’autocollants du quartier général d’Alain Fontanel, comme lors de précédentes manifestations.

Alain Fontanel a déposé plainte à la mi-janvier pour des dégradations de La Fabrique, son local de campagne. Photo : KG / Rue89 Strasbourg

Croix gammées et intrusion au domicile

Cette opposition militante pugnace, parfois brutale, s’ajoute aux intimidations personnelles, dont Alain Fontanel a été victime le 29 janvier. Des tracts de campagne souillés de croix gammées avaient été découverts dans le jardin familial par sa fille. Selon 20 Minutes, une personne s’est aussi introduite à son domicile dans la nuit du 18 au 19 janvier.

Son équipe de campagne confie pâtir d’un climat « très violent » :

« Alain Fontanel a autant le droit que les autres candidats de faire une campagne sereine. Ces militants perturbent une élection démocratique et sont en train de confisquer le débat des municipales pour d’autres sujets : le lien entre la réforme des retraites et Alain Fontanel est indirect. »

Faire barrage contre Fontanel… et le gouvernement

Au contraire, Dimitri pense que faire barrage contre le candidat de la majorité serait « un pas vers la victoire contre la projet de réforme du gouvernement ». L’assistant d’éducation rappelle que le texte sera alors en pleine navette parlementaire lors des élections municipales.

Philippe Breton, directeur de l’Observatoire de la vie politique en Alsace, analyse la stratégie du candidat En Marche :

« Alain Fontanel a déjà gommé toute appartenance à La République en Marche, en développant l’idée que son seul parti est Strasbourg. (aucune mention de LaREM sur son site de campagne ou ses tracts, ndlr)

Pour le politologue, ce « climat de violence au niveau national empêche Alain Fontanel de s’exprimer ».

« C’est une régression du débat démocratique. Une élection se joue dans le contact, dans la proximité avec les électeurs. De plus, Alain Fontanel n’est pas un homme de chaleur, c’est un homme de dossiers. »

« Il nous crée notre programme d’actions »

Quelle est la conséquence sur la suite de sa campagne ? Philippe Breton répond :

« Il peut y avoir un effet positif : il peut se présenter à juste titre comme une victime. Cela ferait dériver la campagne du côté rationnel au côté affectif. D’un autre côté, il ne serait pas absurde qu’Alain Fontanel propose un espace de débat avec ceux qui manifestent violemment. Une minorité qui, on peut le parier, refusera le débat. Et la violence commence par le refus de débattre. »

Le jeune enseignant Raphaël se souvient de « la bienveillance » d’autres membres de LREM comme Bruno Studer lors d’échanges que les Gilets jaunes ont pu avoir avec des membres du parti gouvernemental. Il regrette que ce dialogue n’ait jamais existé avec le candidat à la mairie de Strasbourg.

À un mois du premier tour de la municipale et alors que le candidat En Marche est en deuxième position dans le seul sondage public, les Gilets jaunes restent « à l’affût » des apparitions publiques d’Alain Fontanel. « Il nous créé notre programme d’actions », s’amuse Raphaël.

Transports, vélos et parcs… Les premières idées qui émergent de la Debatomap

Transports, vélos et parcs… Les premières idées qui émergent de la Debatomap

Il reste deux semaines pour remplir ou voter sur la carte participative Debatomap en vue des élections municipales.

Deux semaines avant de soumettre les trois idées les plus populaires au futur ou à la future maire de Strasbourg, les concepteurs de la Debatomap tirent un premier bilan. Ils appellent les Strasbourgeois à contribuer pour bousculer la hiérarchie actuelle et donner plus de poids aux propositions qui remonteront auprès des candidats aux élections municipales de mars 2020.

Au 13 fevrier, 221 idées et 112 commentaires ont déjà été déposés, soit 1461 votes exprimés par des internautes. Les contributions seront closes le 1er mars.

Trois thèmes et trois projets

Les projets individuels les plus soutenus concernent un réaménagement de place de Haguenau à « rendre aux piétons », un parc de 70 hectares à l’arrière-gare qui recouvrirait en partie l’A35. Enfin, une « rénovation de l’auberge de jeunesse » dans le parc des Deux-Rives est demandée.

Les trois thèmes plébiscités sont le vélo (246 votes, 42 idées ), les transports en commun (240 votes, 38 idées) et les espaces verts (180 votes, 28 idées). Les cyclistes demandent des améliorations d’itinéraires sur les avenues et boulevards de la Neustadt, mais aussi sur de grands axes plus périphériques. Concernant les usagers des bus et trams, une préoccupation assez marquée émerge pour les liaisons directes entre quartiers ou communes sans passer par le centre.

Enfin pour les espaces verts, diverses propositions plus ponctuelles de « végétalisation de toitures », de plantations, ou encore de valorisation de jardins existants mais clos, comme le jardin du Palais du Rhin, ou le square du musée de l’Œuvre Notre Dame s’additionnent.

La carte Debatomap des idées en lien avec les élections municipales se remplit.

Mais d’autres demandes pourraient bousculer ce trio : l’aménagement des espaces publics (149 votes et 25 idées) suit de près, ainsi que des demandes en commerces. Les internautes souhaitent la réduction de parkings sur certaines places (Henri Dunan, Marché Neuf…) ou des « marchés couverts ».

De quoi inspirer les candidats dans les prochaines semaines ? Leurs réponses seront publiées avant le 1er tour.

En partenariat avec Debatomap

#crowdsourcing

Le projet d’Arena de la SIG retoqué

Le projet d’Arena de la SIG retoqué

Après plusieurs reports et modifications, le projet « d’Arena » de la SIG (voir nos articles) connait un revers. France Bleu Alsace annonce que la délibération votée par l’Eurométropole a été annulée par le contrôle de légalité de la préfecture du Bas-Rhin, fait rarissime.

D’après nos informations, il s’agit d’un problème de compétences, celle de « l’immobilier d’entreprises », n’ayant pas été déléguée au Département du Bas-Rhin, qui participe financièrement au projet (3,4 millions d’euros). Cette modification des pouvoirs est intervenue avec la réforme territoriale en 2015. «l’Eurométropole et le département, après une nouvelle délibération, doivent signer une convention», ajoute la Préfecture du Bas-Rhin, qui note le côté « novateur sur le plan juridique » du montage.

Dans un court communiqué, le club assure que « le projet n’est pas remis en cause », malgré la « survenance de problèmes administratifs ». Son calendrier prévoit un début des travaux à l’automne 2020.

Le texte adopté fin novembre prévoyait une mise à disposition du Rhénus Sport. Le club de basket doit lever certaines réserves formulées par la Caisse des Dépôts dans un délai d’un an. Il aurait ensuite la charge des travaux, environ 40 millions d’euros, dont 17 de fonds publics. En plus de l’agrandissement de 6 000 à 8 000 places, des loges, des commerces et espaces événementiel doivent compléter le complexe, pour accroître les recettes du club.

De précieuses avances

La délibération prévoyait en outre une avance de 700 000 euros pour le remboursement d’études déjà engagées. Or, le club avait pioché une somme comparable dans la trésorerie de sa société sportive pour les financer. Pour certains observateurs, « ce trou » sur le compte en banque en début de saison a débouché sur un recrutement moins complet qu’à l’accoutumée, même si la SIG est la 3e masse salariale de la ligue. La Région Grand Est et le Département du Bas-Rhin avaient aussi abondé à ces avances, pour 400 000 euros.

Le club devait en outre annoncer en janvier l’identité des quatre investisseurs alsaciens qui ont pris des parts de 5% dans la société SIG Arena, ce qu’il n’a pas fait.

Sig Arena
Arena de la Sig verra-t-elle le jour ? Photo : Crédit Chabanne + Partenaires / Architecte

Coup dur dans une saison chaotique

Le président de la SIG Martial Bellon ne souhaite pas s’exprimera avant les élections municipales. La majorité élue en mars devra reprendre le projet si elle compte mener cette transformation au bout.

Ce coup d’arrêt tombe alors que la SIG connait de mauvais résultats sportifs. Début février, Martial Bellon a annoncé un ou deux joueurs en renfort avant la fin de saison, dont le seul objectif est désormais de rester en première division.

Le sujet n’a pas été un enjeu de la campagne des élections municipales jusque-là. Même les écologistes, qui ont souvent fait part de leurs doutes sur la pertinence de ce type d’investissement, ne l’ont pas mentionné expressément dans leur programme. Mais les candidats risquent d’être questionnés sur l’Arena dans les prochaines semaines.

Les clowns virtuoses virevoltent à l’Espace K

Les clowns virtuoses virevoltent à l’Espace K

Le duo de clown de la compagnie Baccalà se produit de nouveau à Strasbourg. L’espace K accueille leurs facéties et acrobaties autour d’une échelle de corde jusqu’au dimanche 16 février. Entre numéro d’humour simple et muet et démonstrations d’habileté, Oh oh est un spectacle accessible à tous les publics.

Un plateau noir et une échelle de corde se balançant doucement depuis les cintres. C’est ainsi que démarrent beaucoup de spectacles de clown : sans rien. L’espace vide attend le corps des artistes. Ici, c’est Simone Fassari qui vient occuper l’endroit. La tenue de clown est de circonstance : des habits démodés, une défroque faussement élégante, un gros pantalon, des bretelles, une chemise criarde et chapeau noir. Le maquillage est sobre : les paupières, les lèvres et les pommettes sont rehaussées pour donner plus de force aux expressions du visage. Car Oh oh est un spectacle de trognes, de faciès et de grimaces. Simone Fassari, bientôt rejoint par Camilla Pessi qui dégringole de l’échelle, s’applique à faire rire tout en économie.

Simone Fassari et Camilla Pessi n’utilisent pas l’échelle pendant la majorité du spectacle, mais savent en tirer toute sa poésie. Photo : de Djamila Agustoni

Du comique de situation et des objets potaches

Le spectacle est muet et assez économe en accessoires, bien qu’ils se multiplient au fil de la performance. Une chaise, des corbeilles, des boules de papiers aluminium, un accordéon, des papiers de bonbon, une trompette… Oh oh fait dans la sobriété et cela le rend efficace.

Les sketchs s’enchaînent pendant la première moitié du spectacle. Le leitmotiv semble être le jeu. Les deux clowns sont des enfants et s’amusent à lancer des balles ou à jouer aux chaises musicales. Ils se chamaillent beaucoup. Leurs jeux donnent une impression très satisfaisante, comme lorsque l’un jette des balles à travers toute la salle dans la corbeille tenue par l’autre.

Les mimiques de satisfaction exagérées des pitres les rendent touchants. Le public applaudit tout du long du spectacle, récompensant les plus minimes performances par son approbation manifeste. Tout cela est très doux et innocent. Le rire est présent… mais des longueurs se font sentir dans la répétition de certaines blagues, tournant en boucle.

Simples et efficaces, les sketchs des clowns trainent parfois en longueur lorsque le comique de répétition est trop utilisé. Photo : de Djamila Agustoni

Mais la curiosité reste éveillée : très tôt, les deux clowns ont révélé qu’ils étaient plus que des comiques maladroits. Brièvement, Camilla Pessi monte sur les épaules de son compère avec aisance, puis ils disparaissent en coulisse avant de revenir comme si de rien n’était. Entre les lancers de balles et les plaisanteries musicales, l’attention reste à l’affût d’une nouvelle démonstration de force, d’agilité et d’acrobatie.

Un talent d’acrobate gardé secret

Il faut bien attendre la deuxième partie du spectacle pour voir les prouesses physiques succéder aux blagues potaches. La transition se fait par un numéro de danse et de corde à sauter très habile et rythmé, qui fait passer le jeu d’enfant au niveau d’un art finement maîtrisé. Les deux clowns se transforment en acrobates, mais restent dans leur personnage initial.

Ce qui est fascinant, au delà de l’habileté des deux artistes, c’est la manière dont ils incorporent ces mouvements dangereux et spectaculaires à la banalité de leurs précédents numéros. Même en supportant tout le poids de sa complice en équilibre sur sa tête, Simone Fassari conserve son expression légèrement ahurie. Leurs habits épais dissimulent l’effort physique et leur musculature en action. C’est avec une déconcertante facilité que les clowns virevoltent.

Ainsi, Camilla Pessi se permet même de descendre du haut de son échelle de corde sans cesser de jouer de l’accordéon. La danse est très présente au sein du spectacle, témoignant de l’entente des deux clowns, tout comme leur confiance mutuelle dans leurs voltiges.

Une fable muette et tendre qui n’est là que pour le plaisir

Oh oh est un spectacle à l’ambiance douce et bienveillante. La poésie des situations n’est pas omniprésente, mais bien réelle. Grâce aux ambiances musicales et lumineuses, certaines scènes deviennent des tableaux extrêmement touchants.

La dernière scène, en écho à la première, prend même une dimension très mélancolique. Le moment est admirable pour sa composition. Les passages d’humour entre les deux clowns permettent aux spectateurs de s’y attacher et de vivre plus intensément leurs acrobaties à venir. Leurs talents physiques ne sont que des prétextes à plus d’humour. La dynamique de dispute et d’affection du duo le rend très tendre. Le spectacle devient ainsi une bulle esthétique dans laquelle on se repose un temps pour s’oublier dans la contemplation d’un beau moment.

Au conseil de l’Eurométropole, un nouvel épisode de la saga des cinémas

Au conseil de l’Eurométropole, un nouvel épisode de la saga des cinémas

Pour son dernier conseil du mandat, l’Eurométropole votera-t-elle le projet de cinéma Vox à l’arrière des Halles ? À suivre en direct à partir de 9h30.

Lundi soir, après le dernier conseil municipal du mandat, un verre de l’amitié a été proposé aux élus. Pour le dernier conseil de l’Eurométropole, les services de l’assemblée pourraient proposer quelques popcorn. Il sera bien question de cinéma, avec un nouvel épisode d’un feuilleton qui a animé la deuxième moitié du mandat.

La question du cinéma Vox aux Halles (point 7) sera sûrement le point plus trépidant. Il s’agit de valider le projet de déménagement et d’agrandissement à dix salles, avec un complexe de loisirs et de commerces. Cette vente de l’emprise au sol interviendrait alors que le projet voisin de MK2 à l’entrée de Schiltigheim accuse un contre-temps. Le positionnement des 7 élus de la cité des Brasseurs risque d’être scruté. En théorie, les deux complexes peuvent coexister. Mais pour d’autres observateurs, seul le ciné dont le chantier débutera en premier ira au bout.

Les principaux élus ont participé au jury de l’appel d’offres : le président Robert Herrmann (PS) et son bras droit Yves Bur (divers droite), le maire de Strasbourg Roland Ries et la vice-présidente Catherine Trautmann.

Sa construction entraînera un déménagement de la gare routière. Pour l’instant, un « éclatement » sur trois sites est prévu, boulevard de Metz, à la Rotonde et place de l’Étoile. Écologistes et la droite ont plusieurs fois critiqué ce démantèlement. Mais le million de voyageurs n’est pas forcément électeur à Strasbourg.

Le complexe des Halles doit agrandir le centre commercial et accompagner la rénovation du quartier (doc remis)
Le complexe des Halles doit agrandir le centre commercial et accompagner un plus grand parc à l’arrière des Halles.

Des messages pour le prochain mandat ?

Le point suivant devrait aussi amener des débats puisqu’il concerne « l’ouverture à l’urbanisation » dans le cadre d’une troisième révision du Plan local d’urbanisme. Alors que les candidats évoquent souvent un ralentissement des constructions neuves, allant jusqu’à « un moratoire » pour Jean-Philippe Vetter (LR), les votes et prises de position devraient être très observés et ressortis lors de la campagne.

Pour les élus des 32 communes, moins exposés que leurs homologues strasbourgeois, la séance en général sera peut-être aussi l’occasion d’envoyer quelques messages sur l’Eurométropole du futur. La future coalition devra se négocier en quelques jours après les résultats du deuxième tour le 22 mars.

Le tourisme à huis clos

Autre gros projet à amorcer, celui de récupérer la chaleur à l’aciérie BSW à Kehl. L’Eurométropole espère racheter de quoi chauffer 4 500 logements (9 000 tonnes de CO2 économisées) voire à terme jusqu’à 18 000.

Concernant une autre saga, celle de l’office de tourisme (voir nos articles), les débats se dérouleront durant la commission permanente en début de matinée. En début de mandat, il a été décidé que ce point récurrent serait toujours abordé dans cette nouvelle instance, sans caméra, ni public ni journaliste. L’Eurométropole ne compte verser que la moitié de la subvention annuelle (650 000 euros sur 1,367 million) pour ne pas compromettre les emplois de l’association à court terme. À charge de la future majorité de verser l’autre moitié telle quelle ou d’entamer des réformes de gouvernance. Quant à Robert Herrmann, il a transmis les éléments des audits à la Chambre régionale des comptes pour la poursuite d’investigations. Les magistrats de la CRC pourront réclamer des pièces comptables, que n’a pu obtenir l’audit de la collectivité.

À suivre en direct à partir de 9h30.

Avec Mama Souk, Strasbourgeoise engagée pour faire vivre le Wagon Souk

Avec Mama Souk, Strasbourgeoise engagée pour faire vivre le Wagon Souk

« Les Strasbourgeoises et Strasbourgeois engagés », un podcast de Rue89 Strasbourg. Dans cette série de portraits sonores, des militants racontent leur engagement, leur parcours. Deuxième épisode avec Adama, alias « Mama Souk », bénévole qui tient la cantine du Wagon Souk à Koenigshoffen.

Six jours sur sept, elle tient les fourneaux du Wagon Souk à Koenigshoffen et propose de généreux plats sénégalais (thiéb, yassa, mafé, pastels) à prix plancher. Adama a 62 ans, elle est originaire du pays de la Téranga au Sénégal et réside à l’Hôtel de la rue depuis mai 2019. Celle que tout le monde appelle « Mama Souk » est la cuisinière de ce lieu auto-géré, dédié à l’accompagnement de projets solidaires et interculturels.

Mama Souk, cuisinière du Wagon Souk Photo : RD / Rue89 Strasbourg / cc

Incapable de rester inactive, cette sexagénaire fait partie des trois piliers qui font vivre le Wagon Souk. En attendant un jour, peut-être, d’être régularisée, Mama Souk consacre son énergie et offre son sourire communicatif aux clients de sa petite cantine bariolée.

Chaque jour, le menu est affiché devant le Wagon Souk Photo : Rue89 Strasbourg / RD

Après le centre de rétention, une famille angolaise de retour à Strasbourg

Après le centre de rétention, une famille angolaise de retour à Strasbourg

Placée en centre de rétention administrative en Seine-et-Marne depuis le 28 janvier, la famille d’origine angolaise Muatepeta a pu revenir à Strasbourg, suite à une décision de la Cour européenne des Droits de l’Homme.

« Freedom is coming ». La liberté arrive, sont les paroles de la chanson chantée par les membres de l’association Sing’n Joy au soir du jeudi 6 février à la gare de Strasbourg. Ils étaient venus accueillir la famille Muatepeta, après sa libération du centre de rétention administrative de Mesnil Amelot 2 en Seine-et-Marne.

La famille Muatepeta est accueillie par la chorale Sing’n Joy au soir du jeudi 6 février Photo : capture d’écran / Facebook

D’origine angolaise, Ana Muapeta était arrivée à Strasbourg en juillet 2019 avec ses 3 enfants : Diego, 13 ans, Crespo, 6 ans et Yarin, 8 mois. Demandeuse d’asile, elle devait retourner au Portugal pour débuter sa procédure.

Après avoir refusé une première fois leur transfert vers le Portugal en août 2019, Ana Muatepeta et ses enfants hébergés par l’association du Foyer Notre-Dame furent assignés à résidence à partir du 28 novembre 2019. Mais ils ont été arrêtés par la police aux frontières le 28 janvier 2020 et placés en centre de rétention administrative de Metz puis de Mesnil Amelot en vue de leur transfert.

Éviter les traumatismes des enfants

Cette arrestation subite et ce transfert subi avait suscité la mobilisation des proches de la famille. Ces derniers réclamaient leur remise en liberté et ont mis en ligne une pétition ainsi qu’une cagnotte de soutien.

La Cimade a pu introduire une demande de mesure provisoire auprès de la Cour européenne des Droits de l’Homme (CEDH), car la famille comprend trois membres mineurs. Selon la Cimade, la CEDH a estimé qu’il y avait « un risque réel de dommages graves et irréversibles » liés à la détention sur les enfants.

Les ennuis de la famille Muatepeta ne sont pas terminés pour autant. D’abord, elle doit retrouver un logement à Strasbourg au sein d’un dispositif d’accueil saturé et en outre, la décision d’expulsion qui la concerne « reste exécutoire, » selon la préfecture du Bas-Rhin.

Du buzz à la prudence, la télé face aux voitures brûlées du Nouvel an

Du buzz à la prudence, la télé face aux voitures brûlées du Nouvel an

Archives vivantes – Depuis 25 ans, les incendies de voitures font l’actualité strasbourgeoise du 1er janvier. Ce qui a varié au fil du temps, c’est le traitement médiatique de ces feux de véhicules.

1er janvier 1995. C’est la première fois que le journal télévisé alsacien ne s’ouvre pas sur les festivités du passage à la nouvelle année. Il commence avec le bilan, chiffré, des dégradations de la nuit de la Saint-Sylvestre. On peut y voir les premières images de carcasses de voitures calcinées.

13 voitures incendiées en une nuit, c’est peu comparé aux 600 véhicules qui ont brûlé sur l’ensemble de l’année 1995 à Strasbourg… Mais ces 13 feux déclenchés en quelques heures font réapparaître les quelque 590 autres, passées jusque là sous les radars.

Le journal régional du 1er janvier 1995 (vidéo INA)

La « tradition » s’installe

1er janvier 1996 : retour aux classiques. Le journal de France 3 Alsace s’ouvre avec des images de fête. « Mais le réveillon de la Saint-Sylvestre est aussi parfois synonyme de vandalisme et de dégradations », tempère aussitôt la présentatrice, avant de détailler :

« Cela a été à nouveau le cas la nuit dernière, tout particulièrement à Strasbourg. Même si les dégâts sont moins importants que les autres années. »

15 voitures ont été incendiées dans la nuit du 31 décembre 1996, soit deux de plus que l’année précédente. Mais le sujet qui suit s’intéresse surtout aux cabines téléphoniques et aux abri-bus, présentés comme les principales cibles des vandales. Le reportage se conclut sur une note optimiste : « Le dispositif de sécurité semble donc avoir porté ses fruits. »

1er janvier 1997 : première carcasse de voiture incendiée à Strasbourg vue dans un journal national

La Saint-Sylvestre suivante confirmera l’ancrage du phénomène. Le journal du 1er janvier 97 commence à nouveau avec les 12 voitures incendiées et les autres « incidents » qui ont émaillé la nuit du Nouvel an. Pour la première fois, le reportage débute avec des images de carcasses éteintes. Autre première : le reportage est repris intégralement par le 19-20 national.

Le journal national du 1er janvier 1997 (vidéo INA)

L’apparition de ces feux strasbourgeois sur la scène médiatique nationale contraste avec les propos rassurants de la secrétaire générale de la préfecture. La baisse du nombre de voitures incendiées durant l’année est occultée par l’info qui frappe : Strasbourg « détient le record de France (de voitures brûlées durant l’année 1996, ndlr). »

Les jours suivants, la fièvre ne retombe pas. Les incendies de voiture continuent à Strasbourg. Cinq jours plus tard, un reportage étudie ce phénomène nouveau : il y a moins d’incendies sur l’année, mais davantage dans les jours qui précédent et suivent le 31 décembre.

Le journal régional en janvier 1997 (vidéo INA)

L’emballement

Les réflexions de la maire de Strasbourg à l’époque, Catherine Trautmann, ne changent rien à la façon dont les médias traitent la question. Dans le journal du 31 décembre 1997, on présente le dispositif de sécurité visant à prévenir le vandalisme durant la nuit du réveillon. C’est la première fois qu’on montre des pompiers en train d’éteindre des voitures fraîchement brûlées « au Neuhof et dans le quartier de Kœnigshoffen ». Comme la bande-annonce du journal du lendemain.

Le journal régional 31 décembre 1997 (vidéo INA)

La prévision par laquelle se conclut le sujet se révélera pertinente : le bilan de la nuit dépasse les 50 véhicules incendiés.

Le journal du 1er janvier 1998 commence par un sujet centré sur les pompiers et les policiers.

Le journal régional du 2 janvier 1998 (vidéo INA)

Le 2 janvier 1998, les journaux télévisés de TF1 et de France 2 sont consacrés aux feux de véhicules à Strasbourg. De quoi faire trembler le préfet alsacien Patrice Magnier. Avec cet écho médiatique, une polémique au sommet voit le jour. Le procureur de la République met en doute le travail des forces de l’ordre. La France entière parle de Strasbourg et de ses incendies de voitures.

L’examen de conscience

Renaud Hartzer, alors jeune reporteur-rédacteur à France 3 Alsace, était sur le terrain ce 31 décembre 1998. Il se souvient très bien de cette période :

« Dans les jours qui ont suivi, la rédaction s’est posé beaucoup de questions. Est-ce qu’en donnant beaucoup de place aux incendies, nous incitions les jeunes à brûler des voitures, comme certaines personnes nous en accusaient ? Est-ce qu’en précisant les lieux où brûlaient les voitures nous poussions à la compétition entre quartiers ? Nous sommes journalistes, nous ne pouvons pas passer les événements sous silence. Nous avons décidé de ne plus montrer de voitures en feu, seulement des carcasses. Pour le décompte par quartier, nous ne l’avons jamais fait. »

Un bilan aux allures de compte-rendu sportif dans les Dernières Nouvelles d’Alsace.

Les Dernières Nouvelles d’Alsace ont réalisé ces décomptes. Dans un article daté du 3 janvier 1998, un encadré est dédié au nombre de voitures brûlées. Le lecteur y trouve même le palmarès des modèles automobiles le plus souvent incendiés. Les deux paragraphes ressemblent presque à un compte-rendu sportif :

« Le Neuhof, avec son secteur baptisé « l’auto-grill », arrive en tête des vingt quartiers de la communauté urbaine avec 170 voitures incendiées en 1997. Loin derrière, le quartier de Hautepierre, le plus chaud au cours de la nuit de Nouvel-an, avec 48 voitures brûlées l’année passée (…) le centre ville occupe la dernière position ».

L’enracinement du marronnier

Après cette flambée, la Saint-Sylvestre 1998 montre une accalmie. Toute relative.

Le journal national du 1er janvier 1999 (vidéo INA)

Pas de flammes, certes, mais des images de tensions entre jeunes et gendarmes, fusil d’assaut à la main. Images reprises à nouveau dans le 19-20 national. Paris a même envoyé à Strasbourg sa propre équipe en plus de l’équipe de France 3 Alsace. TF1 consacre également un sujet aux « incidents ».

31 décembre 1998 : des gendarmes, lourdement armés, au pied d’un immeuble

L’année suivante, le vandalisme passe au second plan : comme le reste de la ville, les quartiers de Strasbourg ont essuyé la tempête du 26 décembre 1999. Le soir du 31, les caméras sont braquées sur les équipes qui se préparent à affronter le bug informatique, qui n’arrivera pas.

Dans les années 2000, les feux de voiture se classent définitivement parmi les marronniers de la Saint-Sylvestre, aux côtés du toast de minuit, des cotillons et des urgences de la main. Ils font généralement l’ouverture du journal mais sont quelquefois relégués en seconde position par une autre actualité : accidents mortels dus aux pétards, violences urbaines à Mulhouse, passage à la monnaie unique, etc.

Le poste de contrôle du dispositif policier, version décembre 1997
Le poste de contrôle du dispositif policier, version décembre 2017

Codifié, les reportages enchaînent plusieurs séquences rituelles : visite du poste de coordination des forces de l’ordre, échauffourées, intervention des pompiers, interviews du procureur, du préfet, du maire et, parfois, des propriétaires de véhicules détruits. Avec deux types de bilan : « les violences sont en baisse » ou bien « les violences sont en hausse, mais on a connu pire ».

Polémiques sur les chiffres

Ce traitement vaut jusqu’en 2010. Mais au milieu de son mandat, Nicolas Sarkozy, qui communique beaucoup sur les moyens déployés dans les quartiers, se met à faire de la rétention de chiffres. Renaud Hartzer est toujours là :

« L’opposition locale de droite accusait la majorité municipale de mentir sur le nombre de voitures brûlées, et la préfecture ne tranchait pas. En plus, les uns comptaient seulement les voitures incendiées volontairement, les autres celles qui avaient pris feu par propagation. On n’y comprenait plus rien. Et puis Brice Hortefeux, ministre de l’Intérieur, a annoncé qu’il n’était plus question de donner des chiffres pour éviter la compétition entre villes. »

Renaud Hartzer, rédacteur en chef-adjoint de France 3 Alsace depuis 2011.

Volte face deux ans plus tard : à peine arrivé à l’Intérieur, Manuel Valls promet que, par souci de transparence, ses services publieront les chiffres. La polémique reprend de plus belle, mais à front renversé.

Le journal régional du 27 décembre 2012 (vidéo INA)

L’exécutif tiendra parole. Sans que cela change grand chose au traitement médiatique de la Saint-Sylvestre.

À qui profite l’opacité ?

Mais aujourd’hui, la question des chiffres refait surface. Ainsi que le montre le sujet du 1er janvier 2020.

Le journal régional du 1er janvier 2020

Devenu rédacteur en chef adjoint de France 3 Alsace, Renaud Hartzer est très critique sur la position actuelle des autorités :

« Après l’époque Valls, on est revenu en arrière : nous n’avons plus de chiffres officiels. On nous dit que c’est pour éviter de nourrir la compétition entre les villes. Mais pour moi, c’est du pipeau. J’ai l’impression qu’il s’agit juste de casser le thermomètre. Le problème c’est qu’on a besoin de chiffres pour mesurer la situation. Pendant toute l’année, les pompiers nous envoient trois bulletins quotidiens mentionnant la moindre de leurs interventions. Et pour la nuit du 31 au 1er derniers, il était simplement écrit « Aucune intervention marquante ». Ça en devient ridicule… »

Et il ne s’agit pas d’une critique corporatiste, mais d’un souci de transparence démocratique. Renaud Hartzer est persuadé que l’opacité est nocive :

« Si les autorités veulent apaiser les choses, c’est raté. Parce que l’effet produit est le contraire de celui espéré. Actuellement, l’absence de chiffres alimente le soupçon, au profit de la fachosphère qui s’agite sur les réseaux sociaux, fait circuler ses propres chiffres en répétant : “On veut nous cacher des choses.” Les mêmes réseaux sociaux où sont postées des images de voitures brûlées, par des témoins ou par les incendiaires eux-mêmes. Aujourd’hui, la télévision est mature, c’est ailleurs que s’est déplacé le problème. »

Début 2020, la préfecture a de nouveau refusé de communiquer les chiffres.

Cinéma, bar et espace loisirs… Le futur complexe Vox derrière les Halles se précise

Cinéma, bar et espace loisirs… Le futur complexe Vox derrière les Halles se précise

Le dernier conseil de l’Eurométropole doit attribuer l’espace de la gare routière à côté des Halles au cinéma Vox qui compte déménager et s’agrandir.

Le nouveau cinéma Vox va-t-il projeter ses premiers films avant le futur MK2 de Schiltigheim ? Le conseil de l’Eurométropole compte en tout cas faire avancer le déménagement de l’établissement, opéré par la famille Letzgus. Pendant ce temps, le projet de cinéma MK2 à l’entrée de Schiltigheim connaît un temps d’arrêt.

Concernant le cinéma Vox, une délibération préalable a été retirée du conseil municipal de Strasbourg lundi, mais elle n’avait qu’une fonction consultative. C’est l’Eurométropole qui décide d’attribuer cet appel à projets d’un « pôle de loisirs », taillé en fait sur mesure pour le déménagement et l’agrandissement du Vox, qui remonte à plusieurs années. Un autre projet par le promoteur Virgile avait été déposé.

Esquisse du projet des Halles, vue depuis le boulevard de Sébastopol (doc remis)
Le projet doit comporter de grands espaces vitrés. Photo : doc remis

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Municipales : Mathieu Cahn quitte la liste « Faire ensemble Strasbourg »

Municipales : Mathieu Cahn quitte la liste « Faire ensemble Strasbourg »

Ancienne tête de liste socialiste, l’adjoint au maire Mathieu Cahn quitte définitivement la campagne des élections municipales à Strasbourg. Il a annoncé à 20 Minutes Strasbourg vouloir « protéger [s]a famille et [s]es proches ».

Désinvesti par le PS national

Le mercredi 5 février, il inversait sa place de numéro 1 avec Catherine Trautmann, ancienne maire (PS) de Strasbourg. Il avançait des « attaques », sans les préciser, dans le cadre du procès à venir pour harcèlement du directeur de la Maison des associations, structure qu’il a présidé lors des faits.

Comme l’a révélé Rue89 Strasbourg avec Mediapart, c’est en fait le Parti socialiste national qui lui a retiré son investiture. Le parti à la rose, qui ne peut décider que des têtes de listes, a estimé que ses activités personnelles passées n’étaient pas en accord avec les valeurs féministes du parti.

Entre 2004 et 2011, le militant socialiste, devenu adjoint au maire à la Jeunesse en 2008, s’adonnait sous le pseudo de Mathieu Borowicz à des photographies d’étudiantes nues, parfois rémunérées. Elles étaient publiées sur « le blog de Boro ». Le site a été mis hors ligne à cette époque après des premiers remous en interne au PS du Bas-Rhin, dont le secrétaire fédéral était alors… Mathieu Cahn. Les faits ont été portés à la connaissance de la direction nationale du parti lorsque Mathieu Cahn est devenu la tête de liste élue par les militants à l’automne 2019.

Mathieu Cahn devra osciller entre bilan socialiste et renouvellement Photo : JFG / Rue89 Strasbourg

Quelles conséquences pour la liste ?

Mathieu Cahn était resté numéro 2 et avait convaincu certaines personnalités engagées de figurer sur sa liste. « Je voulais partir dès la semaine dernière, mais je me suis laissé convaincre de rester », a-t-il ajouté à 20 Minutes.

La liste « Faire ensemble Strasbourg » peut soit remonter tous les hommes d’un cran, ce qui propulserait Serge Oehler en numéro 2, Salah Koussa (non-encarté) en 4, etc. Ou alors, ce retrait entraînera une réorganisation plus importante de liste présentée samedi, avec beaucoup d’élus sortants aux avant-posts (voir notre analyse). C’est vraisemblablement Catherine Trautmann qui décidera de la suite.

Candidat·es : « Nous attendons vos engagements pour l’Elsau »

Candidat·es : « Nous attendons vos engagements pour l’Elsau »

Dans une lettre ouverte adressée aux têtes de liste pour les élections municipales, des habitants de l’Elsau formulent plusieurs propositions pour leur quartier. Zone verte, pollution agricole et aux particules fines, bruit lié à l’autoroute A35… Autant de thèmes sur lesquels les candidat·es à la mairie de Strasbourg pourraient s’engager.

« Nous habitons à l’Elsau et nous nous sommes engagés dans une action citoyenne, hors de toute association, parti politique ou projet architectural. Nous souhaitons que la rénovation urbaine du quartier réponde véritablement aux besoins de ses habitants et usagers.

Après avoir consulté les habitants et repéré les problèmes, nous avons proposé des solutions en matière de santé, d’habitat, de commerce, d’environnement, d’équipements, de circulation, de vélo, d’autoconstruction (consultables sur le site de l’AHEL).

Nous avons présenté aux élus et administratifs concernés nos constats et nos propositions qu’ils ont souvent repris dans les cahiers des charges de la Ville… Nous attendons de voir ce qui sera véritablement pris et compte et réalisé par la prochaine mairie.

Pourtant quelques propositions n’ont pas semblé prioritaires aux responsables politiques malgré les constats alarmants que l’on peut faire à l’Elsau. Nous aimerions donc que les candidates et candidats à la mairie de Strasbourg expriment leur avis et s’engagent sur les points suivants :

Un espace vert de loisir sur les friches de l’ouest

Il y a une vraie demande d’espaces verts de loisir et de sociabilité dans le quartier prioritaire de la Ville de l’Elsau. Beaucoup de familles et d’enfants n’ont pas les moyens de partir en vacances. Et le quartier n’a pas de grand
espace vert de loisir comme la « Plaine des jeux » à Hautepierre.

Pourtant la vaste zone en friche à l’ouest de l’Elsau, qui sert d’épandage en cas de crue de la Bruche, n’est inondée que très rarement. La Ville prévoit d’y installer des maraîchages dans le cadre du parc naturel urbain. Nous pensons qu’il serait bien plus profitable pour le quartier de transformer en zone verte de loisir la friche qui est au sud du tram (repère A sur la photo).

Il faudrait pour cela prévoir quelques tontes dans l’année, installer des bancs, des aires de jeux, des poubelles, quelques pistes, des bosquets et des barbecues fixes près du tram et du pont Jost Haller (à plus de 150 m distance des habitations). Ces équipements viendraient en complément
du verger
, obtenu en 2019 grâce au budget participatif.

Ce projet pourrait aussi permettre de créer un parcours santé entre le parcours des peintres et le pont de l’Illhof avec des agrès de deux types permettant une mixité entre les jeunes adeptes du street workout et les personnes plus âgées. Enfin un ponton sur pilotis sur les rives de l’Ill permettrait de développer les activités nautiques, ainsi qu’un projet de guinguette et une zone de baignade surveillée en été.

Pollution agricole

Le long de l’Ill, le terrain agricole d’Ostwald (repère B sur la photo) pollue les zones habitées de L’Elsau qu’il jouxte, particulièrement en période d’épandage de pesticides et de traitements chimiques. Les habitants de
l’Elsau s’en plaignent depuis plusieurs d’années : à la belle saison, la rose des vents est propice à la dispersion de ces épandages vers les habitations qui ont leurs fenêtres ouvertes à ce moment-là. Nous demandons donc à l’Eurométropole de Strasbourg (EMS) de requalifier cette surface agricole en zone de loisir ou en zone maraîchère bio.

Il serait aussi imaginable d’installer sur ces champs une ferme auberge qui ferait le lien entre la nature, les habitants des différents quartiers. Cette structure pourrait même être un chantier d’insertion en partenariat avec les travailleurs sociaux de l’Elsau et d’Ostwald ou même avec la Maison d’arrêt de Strasbourg.

Élargir le Parc Naturel Urbain et relier les quartiers

Tous ces projets pourraient prendre une dimension bien plus importante. En effet, la gravière de l’étang Gerig (voir photo) doit cesser son activité dans les années à venir. L’EMS pourrait multiplier par cinq la surface du Parc Naturel Urbain (PNU) en y incluant l’étang Gerig et ses forêts avoisinantes.

On pourrait y concevoir une zone de loisirs et de détente comme celle du Polder d’Altenheim où nos voisins allemands ont réalisé à peu de frais un sentier sauvage et récréatif autour des ramifications du Rhin (Auen Wildnisspfad).

Le poumon vert du Gerig sera aussi un écrin de protection pour les espèces animales et végétales locales menacées par les activités industrielles et l’expansion urbaine. Il sera enfin un atout pour la santé publique, car c’est le lieu idéal pour de nombreuses activités physiques.

Le parc naturel et forestier du Goerig n’est pour le moment accessible que par Ostwald. Pour faciliter sa fréquentation depuis Strasbourg et l’Elsau, nous pensons qu’une passerelle au-dessus de l’Ill entre l’Elsau et Ostwald permettrait une liaison plus conviviale entre les espaces verts de ces deux quartiers. Créer la piste cyclable à partir du bout de la rue de l’Unterelsau, reliant l’Elsau et IIlkirch, permettrait aussi de traverser cette forêt tout en ouvrant l’Elsau au réseau de pistes cyclables de l’EMS.

L’Elsau, un écoquartier bruyant

La Ville de Strasbourg envisage de faire de l’Elsau un écoquartier. Or, la rénovation du quartier ne prévoit pas d’équipement pour protéger ce quartier des nuisances sonores et respiratoires de l’A35. Le bruit et la pollution constituent un véritable problème de santé publique.

En matière de bruit : la ville a classé la rue de l’Unterelsau comme « point noir bruit » sur ses cartes du bruit de 2017. Cette décision justifie l’utilité d’un un mur antibruit. Au carrefour de la rue de l’Unterelsau et de la rue Raphael, le niveau sonore dépasse en pleine semaine 70 décibels toute la journée, par temps sec et sans vent. Pour rappel, le seuil maximum généralement toléré est de 68 décibels. L’humidité et le vent ne faisant qu’aggraver le bruit, il peut monter à 80 décibels au même carrefour Unterelsau-Raphaël et se propager plus loin à l’intérieur du quartier.

Depuis 15 ans, plusieurs élus ont parlé d’études préalables à la réalisation de trois murs antibruit le long de l’A35. Or à ce jour, seul le mur de la montagne verte a été réalisé, celui de la gare est prévu. Par contre, le projet de mur antibruit à l’Elsau, qui a fait l’objet de promesses sans cesse annulées, n’est même pas programmé sur un échéancier, alors que les habitants ne cessent de le réclamer depuis plus de 15 ans.

Un écoquartier pollué

En matière de qualité de l’air, les recherches actuelles montrent que les niveaux de pollution de référence de l’OMS mènent à sous-estimer largement l’impact sanitaire de voies comme l’A35 sur les riverains. Les mesures récentes sur la rue de l’Unterelsau montrent des dépassements incroyables, mais réguliers.

Du 22 au 26 janvier 2020, par exemple, la moyenne journalière des mesures de particules a atteint des records : le seuil journalier de PM10 (particules dont le diamètre est inférieur à 10 micromètres) est allé de 58 le 22 janvier 2020 à 568 µg/m3 le 26 janvier. Pourtant, le seuil journalier européen à
ne pas dépasser est à 50 µg/m3 .

Les mesures de PM 2.5 (particules dont le diamètre est inférieur à 2,5 micromètres) ont été de 54 à 347 µg/m3 alors que le seuil journalier à ne pas dépasser est 25 µg/m3 . Dans les deux cas on a mesuré des pics à 1500 µg/µm3 , ce qui représente le seuil maximum de mesure de la machine de l’ATMO (voir les mesures sur le site de l’AHEL.)

Des arbres pour l’Elsau

Tout cela justifie de planter à l’Elsau une allée dense et ininterrompue d’arbres à feuilles persistantes tout le long de l’A35 pour filtrer un peu les particules, et ce jusqu’au bout des casse-auto. Pourtant contre toute logique, l’État a fait récemment couper des arbres le long de l’A35 près des jardins ouvriers et devant les casse-autos, sans rien replanter à la place. Nous attendons que la Ville en replante lorsqu’elle reprendra la concession des abords de l’A35 en 2021.

Les collectivités locales ne cessent de repousser le projet de mur antibruit en présentant le projet de boulevard urbain comme la panacée. Or, on sait bien que les habitudes de déplacement ne changeront pas à l’échelle d’une ou deux générations. Quant au GCO, les projections officielles montrent qu’il ne permettra à terme qu’une réduction de 15 % de la circulation.

Alors, faudra-t-il encore attendre encore 25 ou 50 ans que les gens respirent cet air vicié et supportent ce bruit infernal sans qu’il ne se passe rien ?

Les casse-autos

Il faut supprimer la zone de casse-autos et d’ateliers sauvages qui longent l’autoroute à l’est de l’Elsau (repérés C sur la photo), car ils polluent l’Ill et sont une vitrine déplorable depuis l’A35. Il est nécessaire de requalifier cette zone comme le préconise la Convention d’Application Territoriale. Il faut là encore pour cela une véritable volonté politique et une concertation efficace entre la préfecture et les institutions locales.

Une rénovation urbaine insuffisante

Il reste bien évident que la rénovation urbaine telle qu’elle est envisagée ne règlera pas les problèmes du quartier. La paupérisation s’accélère à l’Elsau qui ressemble de plus en plus a un ghetto. Le chômage des jeunes y est une plaie. Les trafics de drogue se font au grand jour. Les différents types de population qui vivent à l’Elsau se côtoient dans l’indifférence, quand ce n’est dans la peur.

Alors, comment redonner à ce quartier une mixité sociale apaisée ? Comment permettre à chacun d’accéder à des conditions de vie élémentaires et favoriser ainsi le bien-être de tous ? Comment responsabiliser les uns et les autres à la citoyenneté républicaine ? Voilà des questions qui nécessitent un projet de société, dont nous pensons avoir esquissé ici quelques grandes lignes.

Alors candidates et candidats, plus de langue de bois ni de promesses fallacieuses. Nous voulons des engagements précis et fermes sur des mesures concrètes.