Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

La Dernière Vie de Simon : un film fantastique et poétique sur l’enfance

La Dernière Vie de Simon : un film fantastique et poétique sur l’enfance

Avec La Dernière Vie de Simon, Léo Karmann signe un premier film tout en finesse sur l’enfance et la découverte de l’amour. Un projet extraterrestre en France, qui a bien failli ne jamais être produit.

En ouverture de La Dernière Vie de Simon, l’enfant fait le mur de son orphelinat pour acheter une barbe à papa dans une fête foraine… Pour cela rien de plus simple, le garçon prend l’apparence de son éducateur. Car Simon n’a pas de parents mais il a un pouvoir : il peut se glisser dans la peau des gens qu’il touche.

Dans ce premier long métrage du trentenaire Léo Karmann, pas question pour le héros de sauver le monde, Simon rêve seulement d’une famille et d’être aimé, quitte à prendre la place de quelqu’un d’autre. Rencontre avec un réalisateur qui veut lui aussi, avant tout, toucher les gens.

https://www.youtube.com/watch?v=jgGSHuHcZGI
Bande-annonce de La Dernière Vie de Simon (Jour2Fête)

Rue89 Strasbourg: Quelle est l’envie à l’origine de ce premier film ?

Léo Karmann: Avec ma co-scénariste, Sabrina B. Karine, nous adorons les films grand public américains des années 1980-90 comme E.T. ou Hook de Spielberg, Edward aux mains d’argent de Tim Burton… C’était ça le moteur : écrire un film riche en émotions, qui ne te racontent pas l’histoire du mec assis à côté de toi au cinéma, mais qui te fait rire, pleurer et quand tu sors de la salle, tu te rends compte qu’au-delà de l’émotion, il peut aussi te faire réfléchir.

« Ça fait trop Spielberg » pour le distributeur

C’est un film fantastique, qui sort des genres classiques du cinéma français, est-ce que cela a posé problème pour monter le projet ?

L’idée est née il y a huit ans… On a l’habitude de dire qu’au début du projet, les acteurs du film n’était pas encore nés ! Pendant cinq ans, on a entendu : « On ne fait pas ça en France », « Faites-en une série »… Nous cumulions les handicaps pour les boites de production : un premier film, sans star, un réalisateur de moins de 30 ans, du fantastique, avec des enfants ! Jusqu’au coup de cœur du producteur Grégoire Debailly. On pensait être tiré d’affaire mais ensuite c’est le distributeur qui nous a lâchés : il a trouvé que le film « faisait trop Spielberg » ! Un beau compliment. On ne s’est pas laissé abattre et on a eu la chance d’être distribué par Jour2Fête.

Vous avez co-fondé « La Scénaristerie », une association qui met à l’honneur les scénaristes, alors qu’en France depuis la Nouvelle Vague, on porte aux nues « l’Auteur » qui écrit et réalise son film. Le scénario ici est particulièrement bien construit.

Pendant que nous cherchions une production, on a réécrit 12 versions du scénario. L’influence du cinéma américain était trop forte et pour pouvoir travailler en France, il fallait qu’on s’approprie les codes. Finalement, on a éliminé tout ce qui concernait les codes du genre pour se recentrer sur l’intimité des personnages et la quête de Simon: être aimé pour arriver à s’aimer.

Simon cherche l’amour… Photo : Jour2Fête

Quelles étaient vos références, vos envies pour créer une atmosphère de conte?

Encore une fois E.T. et aussi Super 8 de J.J. Abrams. Avec le chef opérateur Julien Poupard, mais aussi les gens qui ont travaillé sur les décors et les costumes, j’ai cherché à déréaliser chaque scène: que l’on soit dans quelque chose de plus grand, de plus magique que la vie. La musique a été composée en amont du film par Erwann Chandon: c’est un passionné des œuvres orchestrales de John Williams (compositeur attitré de Steven Spielberg et de Georges Lucas, mais aussi d’Harry Potter, N.D.L.R.). Les comédiens avaient les thèmes musicaux dans les oreilles, un luxe pour le tournage et le montage. On partageait déjà cette émotion ensemble.

« Plus il y a de dialogues, moins vous laissez de place au spectateur »

Le film est peu dialogué, surtout lors des scènes clés, pourquoi ce parti pris ?

Plus vous mettez de choses dans les dialogues, moins vous laissez de place au spectateur. On ne voulait pas donner trop de sens mais travailler sur la cohérence des personnages à travers leur évolution scénaristique. Pour moi, cela rend le film plus universel.

D’où vient le titre, qui annonce une certaine mélancolie ?

Pour les titres, il y a deux possibilités, soit il s’impose dès le début et vous êtes tranquille, soit vous n’en avez pas et c’est l’enfer. Pour nous, c’était le deuxième cas ! On est passé par « Simon », pas assez évocateur, ou « The no one boy » , trop américain pour les producteurs. Le meilleur titre est celui de la version anglosaxone: « Simon’s Got a Gift » qui reflète le double sens du film. Avec « la Dernière Vie de Simon », il y a le prénom auquel je tenais vraiment, un côté romanesque, mais aussi mystérieux et fantastique.

« La Shopping Promenade de Vendenheim, c’est le niveau zéro du développement économique »

« La Shopping Promenade de Vendenheim, c’est le niveau zéro du développement économique »

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#Franck Gintrand

Béton, tôle et poteaux… Balade dans le chantier de la zone commerciale de Vendenheim

Béton, tôle et poteaux… Balade dans le chantier de la zone commerciale de Vendenheim

En octobre, près de soixante commerces, restaurants et autres services devraient ouvrir au Sud de Vendenheim. Le groupe Frey promet une « Shopping Promenade » éloigné des empilements cubiques. Rue89 Strasbourg a photographié les structures de tôle et de béton avant qu’elles soient recouvertes de matériaux plus « authentiques ».

La Zone d’Aménagement Concerté (ZAC) de Vendenheim au nord de Strasbourg est en plein travaux. Elle passera de 100 à 150 hectares. Plus de 70 nouveaux magasins vont ouvrir au mois d’octobre et les surfaces de vente augmenteront de 150 000 à 200 000 m².

Fin du carnage ou éléments de langage ?

Fin 2016, le P-DG du groupe Antoine Frey promettait sur Rue89 Strasbourg de mettre fin au « carnage architectural, avec des océans de parkings, inaccessibles aux transports en commun. » Mais pour Franck Gintrand, délégué de l’Institut des Territoires, cette  » « Shopping Promenade Coeur d’Alsace » n’est qu’une farce pour tromper les élus (lire son interview ici).

Un hypermarché Cora de 14 780 m² se trouve à quelques centaines de mètres du chantier. Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

La fin des « boites à chaussures » ?

Fin 2016, le P-DG du groupe Frey promettait la « fin du carnage architectural » avec son projet de rénovation et d’extension de la zone commerciale.
À quelques mois des premières ouvertures d’enseignes, l’architecture de certains bâtiments reste assez proche de la « boite à chaussures » dénoncée par le P-DG Antoine Frey.

Béton et poteaux en métal

Ardoise, bois, briques… Des matériaux plus « authentiques » viendront recouvrir les structures de béton.
70 magasins, restaurants et autres enseignes vont ouvrir dans cette nouvelle zone commerciale de 6 hectares.

Moins de terres agricoles, plus de routes

En septembre 2016, le conseil de l’Eurométropole a validé la transformation de 50 hectares de terres agricoles au sud de la ZAC en terrains constructibles.
Pour réduire le risque de bouchons, une nouvelle voie d’accès a été aménagée à partir de l’échangeur autoroutier. 

« Shopping promenade », le concept Frey

Après avoir construit des zones commerciales appelées « Green Center » ou « My Green », le groupe Frey mise désormais sur la notion de « promenade ».
Lorsque le sud de la zone sera aménagée, Leroy Merlin devrait déménager dans des nouveaux locaux. Son emplacement actuel accueillera aussi une « shopping promenade »
La fin complète des travaux sur l’ensemble de la ZAC est prévue pour 2030.

Municipales : Catherine Trautmann prend la tête de la liste socialiste

Municipales : Catherine Trautmann prend la tête de la liste socialiste

La tête de liste socialiste sera finalement… Catherine Trautmann. L’ancienne maire de Strasbourg a échangé sa place avec Mathieu Cahn, qui a annoncé vouloir être en mesure de « se défendre contre les rumeurs. »

C’est finalement Catherine Trautmann qui mènera la liste Strasbourg ville solidaire et vivante » avec le Parti socialiste. Un rôle qui avait déjà été le sien en 1989, lorsque Catherine Trautmann, née en 1951, était devenue la première femme maire de Strasbourg.

Lors d’une conférence de presse mardi au Club de la presse (à revoir ci-dessous), Mathieu Cahn a expliqué qu’il a renoncé à conduire la liste en raison d’attaques qui le visent, en tant qu’ancien président de la Maison des associations au moment où des faits de harcèlement sexuel ont été commis (voir nos articles ici) à l’encontre de plusieurs salariées.

« Il y a un procès qui est prévu entre les deux tours des élections municipales. Bien que je ne sois pas mis en cause par la justice, je suis partie prenante et il y a des volontés exprimées ici ou là de m’attaquer personnellement sur cette affaire. En tant que tête de liste, je ne peux pas me défendre sans impliquer toute la dynamique que nous portons pour Strasbourg. J’ai donc pris la décision de me retirer de la tête de liste, pour ne pas nuire à notre projet collectif. »

L’intégrale de la conférence de presse (vidéo PF / Rue89 Strasbourg / cc)

De quelles attaques parle Mathieu Cahn ? Mystère. L’actuel adjoint au maire de Strasbourg a refusé de les préciser :

« Il ne s’agit pas d’actions ou de propos en provenance des victimes, qui ont le droit à un procès serein. Parmi les effets pervers des rumeurs, c’est qu’elles enflent lorsqu’on les commente. Donc, je n’en ferai pas état mais j’ai acté qu’elles pourraient être suffisamment délétères pour me nuire, et par extension à toute la liste. »

À la connaissance de Rue89 Strasbourg, la procédure en cours concernant le harcèlement à la Maison des associations n’a pas connu de développement visant Mathieu Cahn.

Mathieu Cahn a échangé sa place avec celle de Catherine Trautmann, qui se retrouve à nouveau tête de liste socialiste, plus de 20 ans après ses premiers mandats (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
Mathieu Cahn a échangé sa place avec celle de Catherine Trautmann, qui se retrouve à nouveau tête de liste socialiste, plus de 20 ans après ses premiers mandats Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc

C’est donc Catherine Trautmann, 69 ans, ancienne maire de Strasbourg de 1989 à 1997 puis de juin 2000 à mars 2001, ancienne ministre du gouvernement Jospin, qui reprend le flambeau. Elle échange sa place avec Mathieu Cahn. Le reste des 65 noms de la liste devrait être dévoilé dans la semaine.

« Strasbourg passe avant tout »

Catherine Trautmann a remercié Mathieu Cahn pour la démonstration de « son humilité, ce qui est peu courant en politique », a-t-elle ajouté :

« Je comprends que Mathieu ne veuille pas se faire traîner dans la boue. J’ai accepté sa proposition de repartir en tête, ce qui va nécessiter quelques aménagements dans mon agenda et dans mes mandats actuels, notamment auprès de la Commission européenne mais… Strasbourg passe avant tout. »

Interrogée sur sa motivation pour repartir dans ce rôle qui la ramène forcément 20 ans auparavant, Catherine Trautmann a tenu à rassurer :

« Contrairement à ce que [Libération, ndlr] a écrit, je suis encore bien vivante. En charge de l’innovation au sein de la métropole, je me suis appliqué l’idée que pour rester innovant, il fallait constamment se remettre en question. »

Catherine Trautmann ne s’est pas beaucoup étendue sur sa stratégie de campagne. Elle a regretté que l’actuel maire, Roland Ries, qui a été son premier adjoint lorsqu’elle était maire, n’ait pas exprimé son soutien à la liste socialiste alors que, dit-elle, « nous sommes la seule liste à défendre le bilan du mandat écoulé. »

Municipal-o-drome de février : combien de chevaux à l’arrivée ?

Municipal-o-drome de février : combien de chevaux à l’arrivée ?

Qui sera en piste pour tenter les élections municipales à Strasbourg en mars 2020 ? Avec le municipal-o-drome, Rue89 Strasbourg propose de retrouver chaque mois le positionnement des candidats. Le mois de janvier est celui où des plus petites écuries tentent de rallier l’arrivée à temps.

 

Le municipal-o-drome est un outil imaginé par Rue89 Strasbourg qui vise à sortir de l’instantanéité des déclarations des prétendants. L’autre objectif est d’avoir l’ensemble du panorama électoral en un coup d’œil pour remettre chaque mouvement dans ce contexte plus global. Passer la ligne d’arrivée revient à être le candidat investi par sa formation.

Depuis janvier 2019, le positionnement de chaque candidat est décidé par les journalistes de la rédaction selon leur appréciation de la situation. Il dépend aussi de critères objectifs comme une déclaration publique ou non de candidature qui permet d’apparaître sur la pelouse, la concurrence au sein de son « écurie » ou la capacité des différentes équipes à mener une liste. S’être déclaré en premier confère aussi un avantage (provisoire) au sein de sa famille politique. L’ordre de placement de haut en bas ne répond pas à une logique particulière, si ce n’est que les abandons, un seul à ce jour, sont en bas.

Ralliements et lancements de fin d’année

Liste, inauguration de local, tracts, marchés, programme, débats… Pour certaines écuries, la campagne est belle et bien lancée en ce début 2020. Pour d’autres jockeys, il faut encore cravacher. Réunir 65 personnes avec une adresse à Strasbourg et la parité homme-femme dans les temps est un défi pour les plus petites équipes.

En ce début février, 11 initiatives sont recensées dans l’avant dernier municipal-o-drome. Certaines n’iront peut-être pas au bout et d’autres peuvent encore surgir à la dernière minute. Le dépôt des listes sera terminé le jeudi 27 février à 18h.

Le temps des programmes arrive

Parmi les nouveaux entrants du début d’année : Patrick Arbogast qui veut mieux représenter les quartiers populaires de Strasbourg, l’UPR avec Pascale Hirn ou encore « Les droits de l’homme aux commandes » (qui s’appelait avant « Les habitants aux commandes« ) qui n’a pas encore de candidat.

Pour zoomer, il suffit de continuer à faire défiler son écran vers le bas.

Des pistes d’améliorations ? N’hésitez pas à nous en faire part en commentaires. Nous tenterons d’en tenir compte pour les prochaines éditions.

Jean-François Gérard, Geoffrey Brossard et Nina Courtois
Un outil créé à trois, dans l’ordre : un journaliste, un développeur web et une graphiste

Dinos, Pogo Car Crash Control et Jungle by Night à l’affiche du Pelpass festival

Dinos, Pogo Car Crash Control et Jungle by Night à l’affiche du Pelpass festival

C’est en mai que revient le magique Pelpass festival, sa musique sous chapiteaux et son ambiance de fête de village à la cool. Du 21 au 23 mai, le rap de Dinos, le grunge de Pogo Car Crash Control et l’afrobeat de Jungle by Night sont à l’affiche.

C’est déjà la 4e édition du Pelpass festival, ce rendez-vous champêtre à portée de tram, entre fête de la musique sous chapiteaux et fête de la bière entre milliers de potes.

Porté à bout de bras par une poignée de salariés et des centaines de bénévoles, le festival est programmé cette année du jeudi 21 mai au samedi 23 mai, toujours au bout du Jardin des Deux-Rives à Strasbourg. Les trois premières têtes d’affiche sont le rappeur Dinos, le groupe de grunge core Pogo Car Crash Control et les minets de Jungle by Night avec leur dance afrobeat.

Tête d’affiche du jeudi 21 mai, le rappeur français Dinos.

Remarqué dès ses premiers EPs, Dinos a mis trois ans pour peaufiner Imany, une célébration du « rap de la Courneuve. » Ils revient aujourd’hui avec un second opus plus sombre, appelé Taciturne.

Pogo Car Crash Control – mettez le son à fond !

Avec Pogo Car Crash Control au moins, c’est clair : c’est du brutal. Remarqués au Hellfest en 2018, ce groupe qui chante en français est l’un des ambassadeurs du métal hexagonal.

Avec Jungle By Night, pas d’approximation, du son !

Ils sont tous mignons, tous blancs et tous des mecs. Jungle By Night n’est pas un retour des boys bands à minettes mais une sorte de mariage entre l’électro et l’afrobeat. Le cocktail, entre jazz propret et Fela-funk, est détonnant et très entraînant.

La bonne ambiance du Pelpass Festival Photo : Sophigraphie

Tout neuf, l’Institut de cancérologie de Strasbourg brise patients et personnels

Tout neuf, l’Institut de cancérologie de Strasbourg brise patients et personnels

Deux mois à peine après son ouverture, fin novembre, le personnel de l’Institut de cancérologie de Strasbourg Europe (ICANS) est déjà au bord de la rupture.

Les murs sont flambant neufs mais le personnel est à bout de souffle. L’Institut de cancérologie de Strasbourg Europe (ICANS) a ouvert en novembre à Hautepierre. Cette nouvelle structure est née d’un partenariat public-privé entre le Centre hospitalier universitaire (CHU) de Strasbourg et le Centre de lutte contre le cancer (CLCC) Paul Strauss.

Plus de 110 millions d’euros ont été investis dans la construction et l’équipement d’un nouveau bâtiment sur le site de l’hôpital de Hautepierre. Mais le manque de personnel et les difficultés liées à un déménagement précipité poussent les équipes à bout.

Plus de 20 km par jour pour les brancardiers

Salariés et délégués syndicaux évoquent des soignants en pleurs dans les couloirs. Ils observent aussi une recrudescence de démissions et d’arrêts de travail… avec des remplaçants difficiles à trouver.

Pour les représentants syndicaux de l'ICANS, le nouvel Institut de cancérologie de Strasbourg Europe est démesuré par rapport au nombre de salariés censés le faire fonctionner.
Pour les représentants syndicaux de l’ICANS, le nouvel Institut de cancérologie de Strasbourg Europe est démesuré par rapport au nombre de salariés censés le faire fonctionner. Photo : Nathalie Stey / Rue89 Strasbourg / cc

Pour ses concepteurs pourtant, l’ICANS représente l’avenir et une qualité améliorée de prise en charge des patients. La direction l’assure : 

« La période d’emménagement s’est déroulée sur plusieurs semaines ; ce transfert d’activités graduel a permis de maintenir des conditions optimales de soin et d’accueil des patients. »

Thierry Fels, délégué syndical CFDT du centre Paul Strauss et manipulateur en radiologie, dénonce au contraire la précipitation avec laquelle s’est fait le déménagement :

« La montée en charge de l’activité a été exponentielle, sans que les professionnels n’aient eu le temps de s’approprier le bâtiment. Le déménagement n’a pas été pensé au niveau de son impact sur les individus : on n’a pas pris en compte les énormes distances à parcourir par exemple. »

Dans le nouveau vaisseau de 30 000 mètres-carrés sur 7 étages, deux fois plus grand que le centre Paul Strauss, les manipulateurs en médecine nucléaire parcourent jusqu’à 12 kilomètres par jour et les brancardiers, plus de 20 kilomètres !

La nuit, c’est la débrouille en sous-effectif

L’absence de brancardiers la nuit et les week-ends pose des problèmes aux équipes soignantes. Internes et infirmières sont parfois obligés de quitter le service pour assurer en urgence le transfert d’un malade…

Peu avant les fêtes de fin d’année, un patient décédé est resté plusieurs heures dans sa chambre. Il n’y avait plus de brancardier en service et le personnel soignant n’a pas eu le temps d’assurer le transfert du corps à la morgue… Ce sont finalement des membres de la direction, présents ce soir-là pour une fête de fin d’année, qui ont assuré son acheminement.

Alain (le prénom a été modifié), professionnel au sein de l’ICANS, témoigne :

« Il n’y a qu’un seul interne de service la nuit et le week-end, là où auparavant il y en avait deux. Il aura fallu attendre deux mois pour qu’ils aient chacun un badge leur donnant accès à l’ensemble des services dont ils ont la charge. On attend qu’un jour il y ait deux problèmes urgents à résoudre en même temps pour que cela bouge enfin ! »

Le 17 décembre 2019, les internes manifestaient devant l'Agence régionale de santé, à Nancy, pour notamment dénoncer les conditions dans lesquelles s'effectuent les gardes de nuit et de weekend.
Le 17 décembre 2019, les internes de l’ICANS manifestaient devant l’Agence régionale de santé, à Nancy, pour dénoncer les conditions dans lesquelles s’effectuent les gardes de nuit et de week-end. Photo : SAIHCS

Pour Lucas Gauer, président du Syndicat autonome des internes des Hospices Civils de Strasbourg, l’absence de brancardier et de coursier la nuit ajoute à la carence générale relevée dans la région. Selon le responsable syndical, les hôpitaux publics de Strasbourg, Colmar et Mulhouse ne disposent pas de suffisamment de postes d’internes pour assurer les gardes de nuit et du week-end.

À l’origine, l’ICANS devait reprendre la patientèle des deux pôles de soin du centre hospitalier de Hautepierre et du centre Paul Strauss en mobilisant les 600 salariés du CLCC et 200 agents mis à disposition par le CHU. Mais selon Thierry Fels, délégué syndical CFDT : 

« Le CHU n’a pas mis suffisamment de professionnels à disposition de l’ICANS pour faire le travail. »  

70 000 € de traitements oncologiques jetés à la poubelle

La fusion a abouti à une augmentation considérable de l’activité sans que les effectifs aient été adaptés. C’est le cas, par exemple, dans le service de préparation des traitements en médecine oncologique : sans personnel supplémentaire, cette section doit désormais préparer les poches de transfusion de l’ensemble des malades traités à l’ICANS.

Ce service est toujours assuré dans l’ancien bâtiment du centre Paul Strauss, près de l’Hôpital civil. Son déménagement dans le nouveau bâtiment de l’ICANS n’a pas été prévue. Pour cela, des travaux supplémentaires doivent être engagés. Ils ne devraient pas s’achever avant plusieurs années.

En attendant, les traitements en médecine oncologique doivent être préparés à l’avance avec le risque qu’ils ne soient plus adaptés à l’état du patient au moment de leur administration. De nombreuses doses ont d’ores et déjà dû être jetées, pour un coût estimé, selon les syndicats, à 70 000 €. Des séances de traitement ont ainsi été reportées d’une semaine, au détriment des patients concernés.

Des patients sans médicament pour leurs douleurs

Les médicaments classiques sont fournis par la pharmacie du CHU. Leur délivrance nécessite désormais une prescription informatisée. La procédure est censé apporter plus de sécurité mais dans la pratique, elle rencontre vite ses limites, comme le souligne Alain :

« Les médecins n’ont pas toujours le temps de prescrire dans l’urgence. Dans ce cas, les infirmières ne peuvent pas soulager les patients. »

En oncologie médicale, la nuit comme le week-end, il y a deux infirmières et une aide-soignante pour 25 lits. Et comme l’explique Alain :

« La toilette ne peut pas être faite tous les jours pour les malades invalides, qui constituent au moins 80% des patients. Le week-end, il n’y a pas assez d’agents de service hospitalier (ASH), les chambres ne sont pas nettoyées tous les jours et les lits restent avec des traces de selles sur les draps. »

Dans le hall d'accueil de l'ICANS, les admissions sont assurées dans des boxes étroits et totalement impersonnels et les patients appelés par leur numéro.
Dans le hall d’accueil de l’ICANS, les admissions sont assurées dans des boxes étroits et totalement impersonnels et les patients appelés par leur numéro. Photo : NS / Rue89 Strasbourg / cc

Les malades deviennent des clients

Même cadence à l’hôpital de jour. Une centaine de patients s’y succèdent de façon minutée pour l’administration de leur traitement. Certains médecins se désolent de cette frénésie qui a des conséquences sur la prise en charge :

« Aujourd’hui, je ne demande plus à mes patients comment ils vont, parce que je n’ai pas le temps d’écouter leur réponse. Les malades ne sont plus des patients, mais des clients.« 

Un professionnel de la structure estime que la tarification à l’activité a aussi des conséquences négatives. Un soin complétant le traitement (une transfusion par exemple) devra être programmé un autre jour que le soin en cancérologie, afin de permettre une seconde facturation. Même si cette organisation impose des trajets supplémentaires à des personnes fragiles…

Une balance pour 5 médecins

Pour ausculter leurs patients, les médecins doivent se battre pour trouver un tensiomètre. Ils partagent une même balance, récupérée au centre Paul Strauss, pour 5 boxes de consultation. Or, selon Alain :

« Ce matériel existait dans l’ancien bâtiment, mais beaucoup d’appareils ont été jetés parce qu’il ne répondaient plus aux normes. »

Et s’il faut des examens radiologiques, mieux vaut les prévoir suffisamment à l’avance. En dehors des affections du sein ou de la thyroïde, les tests sont réalisés sur le nouveau plateau technique du CHU (Hautepierre II), lui même débordé. Alors, comme l’indique un médecin du service :

« Pour avoir les résultats à temps, de plus en plus de patients sont envoyés dans le privé. » 

Le service de médecine nucléaire de l’ICANS fonctionne quant à lui avec 300 demandes d’examen en attente. Sur place, Thierry Fels témoigne :

« On est 22 manipulateurs au total, pour 19 équivalents temps plein, alors qu’il en faudrait 24. Sur ces 22 personnes, deux sont enceintes et ne peuvent donc travailler en radiologie, une a démissionné et une autre a demandé à travailler ailleurs. Ça nous laisse 4 personnes le matin et 4 personnes l’après-midi, sur deux machines, pour traiter 52 patients par jour, soit une personne toutes les dix minutes. À ce rythme, les échanges sont forcément limités et j’ai l’impression de ne plus être qu’un travailleur à la chaîne. Moi qui ai choisi ce métier parce que j’aime les relations humaines, je me retrouve à faire de l’abattage. »

Le 19 décembre 2019, les quatre syndicats présents au sein de l'ICANS (FO, CFDT, CFE-CGC, UNSA) dénonçaient l'épuisement professionnel vécu par le personnel et le manque d'écoute de la direction.
Le 19 décembre 2019, les quatre syndicats présents au sein de l’ICANS (FO, CFDT, CFE-CGC, UNSA) dénonçaient l’épuisement professionnel vécu par le personnel et le manque d’écoute de la direction. Photo : Thierry Fels / doc remis

Mobilisation d’une intersyndicale

Excédés par ces conditions de travail qui remettent en cause les « valeurs des centres de lutte contre le cancer, » les quatre syndicats représentés au centre Paul Strauss ont appelé le personnel à faire grève dès le 19 décembre. Tant au centre Paul Strauss qu’au CHU, les instances syndicales avaient voté contre la nouvelle organisation des différents services de l’ICANS, mais les directions avaient passé outre.

Le mouvement du 19 décembre ne s’est pas prolongé, mais il aura permis, selon Philippe Sébastian, délégué syndical FO (majoritaire), de faire comprendre à la direction que le personnel est capable de se mobiliser :

« Une cinquantaine d’embauches a ainsi été réalisée depuis le début de l’année par le centre Paul Strauss. »

Un chiffre confirmé par la direction de l’ICANS qui reconnaît, dans un courrier en réponse aux questions de Rue89 Strasbourg :

« La conjoncture régionale et nationale tendue rend les embauches difficiles sur de nombreux emplois hospitaliers, ce qui nécessite de repenser certaines organisations. La stabilisation du fonctionnement dans un bâtiment neuf nécessite tout naturellement des ajustements. Durant cette phase, être à l’écoute des difficultés et des nouvelles idées portées par les acteurs est une priorité. »

En juin 2018, le suicide du Dr Stéphanie Jost sur son lieu de travail, au centre Paul Strauss, avait bouleversé toute la communauté de professionnels y travaillant. Un an et demi et une fusion plus tard, les leçons de ce drame restent encore à tirer.

À Gérardmer, une station de ski a bien fait transporter sa neige par camions

À Gérardmer, une station de ski a bien fait transporter sa neige par camions

L’association SOS Massif des Vosges a dénoncé le transport de neige par camions pour le festival du film de Gérardmer. Mais si la station de ski de la Mauselaine admet la pratique, le festival dément en être à l’origine.

L’association environnementaliste SOS Massif des Vosges a dénoncé dans un communiqué publié le jeudi 30 janvier sur son site l’utilisation de camions pour acheminer de la neige par le festival international du film fantastique de Gérardmer, qui s’est déroulé du 28 janvier au 2 février.

L’association appelle les festivaliers à s’ériger contre la mobilisation de « dizaines de camions de fort tonnage […] pour aller chercher des tonnes de neiges à plusieurs kilomètres sur les crêtes vosgiennes et les ramener sur les pistes de ski de la station de la Mauselaine. » Des témoins ont aperçu des camions de la commune effectuer ces allers-retours d’une trentaine de kilomètres avant d’alerter l’association vosgienne.

La neige tombe par camions

Dominique Humbert, président de SOS Massif des Vosges, invoque les besoins en photos enneigées du festival du film fantastique pour justifier ces transferts de neige :

« Et cela pour qui, pour quoi ? Pour que vous puissiez pendant quelques minutes, devant quelques photographes, glisser sur quelques mètres-carrés de neige ! »

Les camions remplis de neige ont choqué des riverains de la station Photo : SOS Massif des Vosges

Une pratique « habituelle » selon la station

Benoît Perrin, directeur-adjoint du domaine skiable de la Mauselaine, confirme ces rapatriements de neige par camions. Il les justifie par le besoin de « réenneiger une liaison d’environ 200 mètres ». Une pratique « habituelle » pour ce responsable qui qualifie le communiqué de SOS Massif des Vosges de « tissu de mensonges ».

Anthony Humbertclaude, de l’organisation du festival cinématographique de Gérardmer, confirme que « le festival n’a strictement rien à voir avec ces camions qui ont transporté de la neige. »

Dimanche 2 février, une dizaine de membres de SOS Massif des Vosges ont manifesté devant l’espace Lac, lieu de programmation du festival.

Des membres de l’association SOS Massif des Vosges manifestent contre l’utilisation de camions pour transporter la neige, le 2 février à Gérardmer Photo : Document remis

Sollicité, le maire de Gérardmer, Stessy Speissmann (DVG), n’a pas répondu à nos questions.

#Gérardmer

Prise d’intérêts à l’office de tourisme : un procureur et le déontologue saisis

Prise d’intérêts à l’office de tourisme : un procureur et le déontologue saisis

Rue89 Strasbourg a pu consulter plusieurs saisines du déontologue de la Ville de Strasbourg et eu confirmation d’un signalement au Parquet national financier.

En cette fin de mandat, les élus ne souhaitent pas saisir la justice concernant d’éventuelles prises illégales d’intérêts à l’Office de tourisme. Mais des habitants de Strasbourg et l’Eurométropole sont moins hésitants.

Rue89 Strasbourg a pu avoir la confirmation de plusieurs saisines du déontologue de la Ville de Strasbourg. Objectif : que le professeur de droit public, Patrick Wachsmann, transmette les informations au procureur de la République s’il a connaissance de faits délictueux. Le juriste ne découvre pas le sujet de l’Office de tourisme de Strasbourg et sa région (OTSR) puisqu’il sera abordé dans son 5e rapport annuel, qui sera publié dans les prochains jours.

Comme pour les précédents cas depuis 2019 (tract de campagne, nageurs dans l’Ill, etc.), l’avis anonymisé sera publié une fois l’instruction terminée. Compte tenu du timing, il pourrait intervenir en pleine campagne des élections municipales début mars.

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Chaos du discours public, la démocratie est-elle foutue ?

Chaos du discours public, la démocratie est-elle foutue ?

Sommes-nous encore en capacité d’exercer un vote éclairé ? Avec les réseaux sociaux, les fake news et les ciblages, on peut en douter. À débattre jeudi soir au Shadok avec nos deux invités.

Aux Philippines, « Internet c’est Facebook, un mensonge répété un million de fois devient un fait ». Ces mots sont de la journaliste Maria Ressa, personnalité de l’année en 2018 du Time, et critique du président philippin Rodrigo Duterte. Pour avoir refusé de se plier au régime dictatorial, elle a été arrêtée et emprisonnée plusieurs fois et elle prévient :

« Notre présent aux Philippines sera demain votre avenir. »

Maria Ressa lors de la conférence DLD de Münich.
La journaliste Maria Ressa à la conférence DLD de Münich le 18 janvier. Photo : Hubert Burda / DLD conférence / cc

Les technologies de micro-targeting, qui ciblent une poignée d’individus, en fonction de leur géolocalisation, de leurs goûts ou de leurs opinions politiques, permettent d’envoyer des discours calibrés, en dehors de toute contre-argumentation.

Les ravages démocratiques de Facebook ouvertement questionnés

Dans la mesure où le discours précède le choix politique, est-ce qu’Internet a cassé la démocratie ? Le sujet a été âprement débattu à la conférence Digital life design de Münich. En partenariat avec le Shadok, Rue89 Strasbourg vous propose d’interroger jeudi 6 février nos deux experts sur cette question : Harmonie Vo Viet Anh, juriste en droit du numérique, hackeuse et présidente de #Hackstub et Philippe Viallon, professeur de l’Université de Strasbourg, responsable de la chaire Unesco « Pratiques journalistiques et médiatiques. »

L’état du discours public, segmenté voire fragmenté, est-il encore compatible avec l’exercice démocratique ?

Harmonie Vo Viet Anh : Clairement non. Les équipes de campagne des politiciens ont intégré les outils du marketing et sont en mesure d’envoyer à des groupes très restreints des messages conçus expressément pour eux… On n’est plus dans le discours, on est dans la manipulation. Et on a encore rien vu, avec les “deepfakes”, ces communicants seront capables, dans un ou deux ans, de produire des vidéos faisant dire n’importe quoi à n’importe qui, soit pour conforter un discours, soit pour discréditer un opposant… Le citoyen n’aura aucun moyen de faire la différence.

« On est enfermé dans un monde qui nous ressemble »

Philippe Viallon : C’est l’histoire classique du chat et de la souris, la démocratie existait avant les médias et s’adapte à chaque transformation de l’écosystème médiatique. La rumeur a toujours existé, il est exact que les moyens de manipulation de l’information sont plus importants qu’auparavant mais dans le même temps, l’esprit critique des citoyens sur leurs informations s’affine.

Il semble quand même que les logiques de diffusion via les réseaux sociaux échappent largement à toute régulation…

PV : C’est vrai que les réseaux sociaux restreignent notre vision du monde, on est enfermé dans un univers qui a tendance à nous ressembler… Il y a de moins en moins de regard pour la différence. Mais dans le même temps, chacun peut être émetteur et la bonne info, finalement, est toujours tout autant disponible que la manipulation. En tant que prof, mon travail n’est plus tellement de délivrer des infos aux étudiants, mais de leur apprendre comment la trouver.

HVVA : Il ne faudrait pas croire que ces stratégies de modification du discours ne sont en place que dans les réseaux sociaux ou dans les publicités. Google par exemple personnalise les résultats affichés, en fonction de l’historique de l’utilisateur et de ce que le moteur de recherche sait sur lui. Et il sait beaucoup ! Songez qu’une bannière publicitaire envoie environ 70 requêtes avant d’afficher la publicité !

Harmonie Vo Viet Anh et Philippe Viallon sont les invités de Tous connectés et après ? jeudi 6 février au Shadok Photo : docs remis

Est-ce que les scandales à répétition de Facebook ou l’utilisation des données personnelles par Cambridge analytica a changé quelque chose ?

HVVA : On aurait pu espérer une prise de conscience après le scandale de Cambridge Analytica. Hélas, rien n’a changé. Les gouvernements laissent Facebook faire exactement ce qu’ils veulent avec les données de leurs citoyens… parce que ça les arrange et qu’ils en sont eux-mêmes utilisateurs lors des campagnes électorales.

« La qualité du discours public n’est pas le métier de Google et Facebook »

PV : Le marché des données personnelles est si important qu’il y a peu à attendre de Google et Facebook, qui en captent 75% à eux deux. Leur métier, c’est le flux, pas la qualité du discours public. Et je note qu’on parle ici de l’information politique, mais elle est elle-même supplantée par des messages non-politiques, qui tendent à occuper tout l’espace médiatique. Je vois chez certains jeunes une certaine propension à « se divertir à en mourir » et ça m’inquiète presque plus…

L’Europe a mis en place le règlement général pour la protection des données. Est-ce qu’une mesure similaire est en cours pour la mal-information ?

HVVA : À ma connaissance, il n’y a pas vraiment de réplique en provenance de la société civile… Il y a quelques ONG ou associations qui alertent et font un bon travail d’analyse et de sensibilisation, telle Panoptykon en Pologne, mais la réalité du pistage avance plus vite que la prise de conscience… Il y a une captation d’une forme de monopole de la diffusion de l’information qui nous prend tous de vitesse. On est tous dépassés mais c’est une bataille continue.

PV : Il y a quelques embryons de réglementations qui s’installent à l’échelle européenne mais il est clair que l’enjeu, c’est l’éducation. C’est difficile en ce moment car les profs eux-mêmes sont dépassés.

Dans ces conditions, que peut faire le citoyen pour retrouver un peu de contrôle ?

HVVA : Supprimer ses comptes de réseaux sociaux est déjà une bonne idée, pour privilégier les réseaux alternatifs et décentralisés tels Mastodon. Il faut sortir de ce pseudo-confort des services comme Facebook, qui sont aux réseaux sociaux ce que McDo est à l’alimentation, une solution facile et peu chère mais néfaste. Il faut reprendre son environnement numérique en main : faire ses courses au marché.

PV : Je suis un optimiste par nature. L’humanisme va s’intégrer de plus en plus dans les applications et l’environnement numérique. Je pense que nous devons continuer d’utiliser les réseaux sociaux, mais avec des comportements qui nous engagent. Comme pour le reste, il faut être acteur avec ces outils, qui restent formidables pour échanger des nouvelles et des informations…

#Harmonie Vo Viet Anh#Philippe Viallon

10e manifestation contre la réforme des retraites jeudi

10e manifestation contre la réforme des retraites jeudi

L’intersyndicale ne désarme pas et appelle à une dizième manifestation contre la réforme des retraites par points, jeudi à Strasbourg.

On s’achemine vers un record de durée pour une mobilisation syndicale contre un projet du gouvernement… Jeudi 6 février, les organisations syndicales CGT, FO, FSU, Solidaires, UNEF, MNL et UNL appellent à de nouvelles manifestations. À Strasbourg, le cortège doit partir à 14h de la place de la Bourse (place du Maréchal-de-Lattre-de-Tassigny).

Manifestation des retraites du 9 décembre Photo : Victor Maire / Rue89 Strasbourg / cc

Pour l’intersyndicale, ces manifestations à répétition, loin d’éroder la mobilisation, participent à une lente mais profonde conscientisation de la population sur les enjeux de la réforme des retraites. Pour eux, le système de répartition par points, tel que proposé par le gouvernement, « n’est pas viable » et il serait « rejeté par la majorité de la population. »

Conseil d’État, syndicats, même combat

Ces syndicats se sentent également légitimés dans leur opposition après l’avis du Conseil d’État sur le projet de loi du gouvernement, très critique et pointant des insuffisances majeures pour équilibrer les régimes.

Pour les syndicats, le gouvernement ne peut que retirer son texte dans ces conditions et demandent donc à leurs adhérents « d’amplifier le mouvement de contestation » :

« Rassemblements, retraites aux flambeaux, dépôts d’outils symboliques des métiers, etc. Il n’y aura pas de trêve. Des actions de mobilisation sont déjà prévues la semaine prochaine. »

Cette nouvelle mobilisation intervient à la veille d’une « conférence des financeurs » des retraites, où doit être discuté notamment les assiettes et les taux des cotisations futures et alors que doit se réunir le même jour la commission spéciale de l’Assemblée nationale sur les retraites.

Après les violences du Nouvel-An, le désespoir à la Cité nucléaire

Après les violences du Nouvel-An, le désespoir à la Cité nucléaire

Alors que la Cité nucléaire a flambé durant la nuit du Nouvel-An, l’AFP est retourné sur place et interrogé des habitants.

L’Agence France Presse (AFP) a réalisé un reportage dans la Cité nucléaire, au sein du quartier de Cronenbourg, à l’ouest de Strasbourg, alors qu’elle a été particulièrement touchée par les violences urbaines de la dernière Saint-Sylvestre avec de nombreuses voitures brûlées, un jeune percuté par un camion de pompiers, deux soldats du feu blessés par des jets de projectiles sur leur véhicule, un hôpital psychiatrique caillassé…

L’AFP a recueilli le témoignage d’un jeune de 18 ans et pour lui, la raison des violences découle d’un accident :

« C’est parce que les pompiers ont tamponné quelqu’un du quartier, avant c’était normal ! »

Deux enquêtes en cours

Cette nuit-là, des vidéos montrant un camion de pompiers au milieu des tirs de pétards et percutant un jeune ont circulé sur les réseaux sociaux. Un accident qui s’est produit lors d’un « guet-apens » selon les pompiers, qui déplorent deux blessés.

Autre explication, le désoeuvrement de certains jeunes, selon un responsable de prévention spécialisée :

« Avant, il y avait des étés chauds, maintenant presque tout le monde part en vacances mais par contre, tout s’est cristallisé autour de la période du Nouvel An. »

Disparition des services publics

Il souligne que deux bureaux de poste ont été supprimés, que le bureau de police du quartier a été fermé ainsi que la maison de justice et la mission locale déplacée… alors qu’en 2015, le chômage touchait 30,5 % des habitants et près de 45 % des jeunes de ce quartier.

L’AFP a rencontré plusieurs acteurs du quartier qui, tout en notant les efforts des collectivités publiques pour raccorder le quartier à la ville, dénotent un manque criant de mixité sociale. Ceux qui décrochent un CDI s’empressent de quitter la Cité nucléaire.

« Je ne me sens pas en danger mais mais tous les soirs ça crie, il y a des squats, une tension constante », raconte une habitante.

#Cité Nucléaire

Comment la gratuité des transports en commun est passé d’un non-sujet à un argument de campagne

Comment la gratuité des transports en commun est passé d’un non-sujet à un argument de campagne

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Jean-Philippe Vetter cherche une place pour se garer

Jean-Philippe Vetter cherche une place pour se garer

Sous l’œil inquisiteur de Streeteo qui devrait bientôt détrôner les contrôleurs CTS en termes d’impopularité, le candidat de la droite et du centre tente le créneau de l’impossible entre le RN et LREM. Une manœuvre serrée pour armer la police municipale, un contre-braquage pro Europe (et surtout pro Strasbourg) dans le Huffington Post… L’avis de Piet ? Qu’on lui paie un pass Mobilité et qu’on en finisse !

Strasbourg et sa métropole prêtes à tout pardonner à l’office de tourisme

Strasbourg et sa métropole prêtes à tout pardonner à l’office de tourisme

Des délibérations pour renouveler les subventions annuelles de l’office de tourisme doivent être votées en février. Mais les audits commandés par l’Eurométropole recommandent de s’y prendre autrement, à un mois et demi des élections.

Les premiers mois de l’année civile sont d’habitude ceux des votes des subventions annuelles à l’office de tourisme de Strasbourg, ainsi qu’à son événement phare « Strasbourg Mon Amour ». Mais il n’est pas tout à fait sûr que ces délibérations soient votées début 2020, juste avant les élections municipales des 15 et 22 mars.

Ce vote se télescope avec la fin du feuilleton débuté en 2017 des différents audits de l’association en charge de la politique du tourisme à Strasbourg (voir nos articles). Les différents rapports concluent à une nécessaire remise à plat des relations entre Ville, Eurométropole et office de tourisme.

Avant le changement d’équipes municipales, il ne reste qu’un seul conseil à la Ville et à l’Eurométropole, respectivement les lundi 10 et vendredi 14 février. À ce stade, les délibérations habituelles des subventions sont bien programmées à l’ordre du jour, a-t-on appris auprès du cabinet du maire et du président de l’Eurométropole de Strasbourg. Mais il arrive parfois qu’elles soient retirées la semaine précédente, voire en plein conseil lorsqu’aucune majorité ne se dessine. C’était le cas en décembre 2019 sur le « périmètre de sauvegarde du commerce » en centre-ville.

« On ne peut pas faire comme si de rien était »

D’après le premier vice-président de l’Eurométropole, Yves Bur (divers droite), qui a piloté ces travaux, des maires demandent à ne pas voter les mêmes subventions qu’à l’habitude (environ 500 000 euros pour la Ville et 1,3 million à l’Eurométropole pour le fonctionnement). « Ils estiment qu’on ne peut pas simplement voter la subvention comme si de rien n’était. » Son groupe est le pilier de la coalition droite-gauche. Mathieu Cahn, le président du principal groupe (PS et apparentés), nous a indiqué que ses membres n’avaient pas encore arrêté de position sur le sujet.

D’une part, le dernier rapport estime que selon la loi, seule l’Eurométropole devrait financer la politique du tourisme, sans la municipalité. De plus, la Ville et la métropole n’ont que 5 sièges sur 40 membres du conseil d’administration d’une structure qu’elles co-financent à plus de 50%.

Il n’empêche, Yves Bur a beau enchaîner les formules choc (« l’Office de tourisme brille par son isolement » ; « le temps des remerciements, dans tous les sens du terme, du président et du directeur est venu » ; « nous avons été traités avec nonchalance » ; « nous avons eu l’impression d’une chasse gardée »), cet épilogue ressemble à un enterrement de première classe du dossier. Le tout après deux audits, un groupe de travail trans-partisan de près de deux ans, et des dizaines de milliers d’euros dépensés.

Car ce travail ne débouche que sur des « préconisations » du cabinet de conseil Deloitte, (voir en fin d’article), que la future coalition pourra suivre… ou pas. Le tandem Bur-Herrmann ne se représente pas dans leurs communes respectives de Lingolsheim et Strasbourg.

Après un mandat de réduction du personnel (environ 10%), la mission plaide pour que plus d’agents de la métropole s’occupent de la question du tourisme, quitte à reprendre certaines missions. « La collectivité demande des choses que ne fait pas l’office de tourisme », indique Michel Reverdy, auditeur pour la Ville et la métropole, en référence notamment à une absence d’efforts dans le domaine du numérique. À l’Eurométropole, les effectifs sur le tourisme sont passés de 1 à 2 agents en ce début d’année. L’office de tourisme compte 31 salariés, pour 25 équivalents temps plein.

Le cas des présidents rémunérés éludé

Enfin, la situation prend une tournure plus polémique et électorale puisque le président délégué Paul Meyer est en 15e position sur la liste d’Alain Fontanel, candidat LREM aux élections municipales. Élu municipal depuis 1989, Jean-Jacques Gsell, initiateur de « Strasbourg capitale de Noël », n’est au contraire pas dans les 51 premiers noms, c’est-à-dire les personnes « éligibles ».

Comme le révélait Rue89 Strasbourg dès novembre, par leurs fonctions de conseiller municipal délégué et d’adjoint au tourisme, ainsi qu’en raison de leur présidence rémunérée, les deux hommes sont en situation qualifiée de « prise illégale d’intérêts » par le rapport d’audit interne de l’été 2019.

D’après nos informations, la question d’un signalement au procureur a été évoquée en séance, mais n’a pas été retenue par les élus. « C’est la responsabilité de tout le monde et de personne », répond Michel Reverdy, laconique. « Ce n’est pas le procès de quiconque », assure Yves Bur.

Des préconisations très classiques

Missionné à plusieurs reprises, le cabinet Deloitte a formulé 26 préconisations. Elles sont assez généralistes (adapter les transports en commun, propositions d’excursions à la journée, créer des parcours dans les quartiers), parfois à la limite du compréhensible (« formaliser et mettre en oeuvre un schéma d’hébergement hôtelier sur l’EMS » ; « une transition vers un slow tourisme urbain »).

Surtout, elle sont entendues depuis des années dans le monde du tourisme : une fusion avec la structure de tourisme d’affaires (Strasbourg Convention Bureau), modernisation du « Strasbourg Pass », renforcer la dimension européenne, associer les habitants… Tout ça pour ça.

Le diagnostic et les préconisations de Deloitte

Fanfares du monde au Molodoï, c’est Fanfar’o’doï de jeudi à dimanche

Fanfares du monde au Molodoï, c’est Fanfar’o’doï de jeudi à dimanche

Le festival des fanfares revient au Molodoï du jeudi 6 au dimanche 9 février. Au programme de cette 14e édition : des formations cuivrées aux accents jazz, balkaniques, funk, latinos ou électro pour déconstruire le cliché de la fanfare « harmonie de village ».

C’est le rendez-vous des amateurs de fanfares, brass band de jazz et autres ensembles musicaux aux sonorités d’Europe de l’Est. Le Fanfar’o’doï revient à Strasbourg du jeudi 6 au dimanche 9 février pour enflammer le Molodoï. « C’est le jeu de mots un peu facile que tu lances quand tu as 19 ans, mais au final on s’est rendu compte que ça restait dans la tête des gens, donc on l’a gardé », s’amuse Jérémie Fallecker, directeur et programmateur du festival.

Oser les fanfares en hiver

Créé en 2006 par l’association Pelpass, le festival a su se faire un nom sur la scène strasbourgeoise, mais aussi nationale, à une période où les fanfares sont souvent exclues de la programmation des salles de musiques actuelles :

« Les fanfares jouent beaucoup l’été, mais peu l’hiver et quand c’est le cas, devant des petites jauges. Alors assez rapidement, ma boîte mail est pleine de propositions de fanfares qui proviennent de toute la France, donc je fais des choix. Après il y a aussi des coups de coeur et des envies. »

Jérémie Fallecker, fondateur de Pelpass
La programmation du Fanfar’o’doï 2020

Pour cette 14e édition, la formule reste la même que les années précédentes avec un festival qui s’étend sur quatre jours. Jeudi 6 février, le Fanfar’o’doï ouvrira ses portes aux Mulhousiens de l’Afro Club pour une nuit 100% afrobeat. « Ce sera une sorte de jam faite par un collectif de musiques afro, qui organisait des événements au Mudd avant sa fermeture », explique Jérémie Fallecker.

Dimanche 9 février, le Molodoï accueillera une grande après-midi de jeux de société. « Avec Pelpass, c’est une tradition que l’on a instaurée à chacune de nos manifestations », ajoute-t-il.

Et entre les deux dates, deux soirées de concerts (vendredi 7 et samedi 8 février) sont prévues avec à chaque fois, une alternance de fanfares sur scène et en déambulation, avant de terminer par un DJ de musiques festives.

Vendredi : le coup de coeur du programmateur

Le coup de cœur des programmateurs, c’est le groupe Des Lions pour des lions (transe post world / Angers), un assemblage instrumental assez singulier de guitares saturées, de saxophone, trombone et percussions. « Quand je les ai vus jouer au Fimu (Belfort), ça a été une claque, un vrai coup de coeur », se souvient le programmateur.

Des Lions pour des lions – Felawatt (Vidéo YouTube)

Sur scène également ce vendredi 7 février, Captain Stombolov (acid balkan / Lyon). Amoureux des musiques traditionnelles, cet orchestre atypique de sept musiciens explore la tradition des Balkans et bouleverse les codes traditionnels du brass band : du mariage bulgare au bal serbe, en passant par la valse et le rock.

Dans la foule du Molodoï, les spectateurs pourront également croiser les instruments de la jeune Fanfare de proximité (klezmer, reprises/Strasbourg), « la fanfare qui n’est jamais loin« , à qui l’équipe de Pelpass a donné carte blanche. « Ils ont invité La Mort subite, une fanfare grenobloise hip-hop, funk, détaille Jérémie Fallecker, j’aime assez bien cette envie de connecter les ensembles entre eux. »

La Fanfare de proximité jouera vendredi dans le cadre de Fanfar’o’doï Photo : Document remis

Pour conclure cette soirée festive, les platines de DJ Grunchoo (balkan beats / Barcelone) enflammeront le dance-floor du Molodoï. Célèbre pour sa moustache et son air de Grouncho Marx, l’artiste proposera un set explosif et promet de faire danser les plus résistants sur ses beats tout droits venus d’Europe de l’Est.

Samedi 8 : la fanfare helvétique méconnue en France

À peine remis des émotions de la veille, ce sera au tour des Suisses de Error 404 : Band Not Found (balkan, hip-hop / Bâle) de jouer sa version de la musique fanfare. « Ils ne sont pas très célèbres en France, mais c’est un groupe qui a une certaine renommée en Suisse », glisse Jérémie Fallecker. En concert, la formation bâloise livre un show énergique aux accents jazz funk, soutenu par les rythmes balkaniques des cuivres et réchauffé par le rap en langue espagnole de la chanteuse dominicaine La Nefera.

Le groupe Error 404 : Band Not Found en studio, pour enregistrer « ADHS » (Vidéo YouTube)

Deuxième groupe en live ce samedi soir, le Redstar Orkestar (latino-oriental / Lyon). Les sept musiciens promettent de fouiller les répertoires populaires des Balkans, en les croisant à la rumba catalane et aux percussions sud-américaines.

Quelque part entre le bar et la scène du Molodoï, les Boula Matari (festif / Paris) se joindront à la fête. Née en 1985, la fanfare des Beaux-Arts est issue d’un orchestre exclusivement formé de trompes de chasse. Ses membres épluchent aujourd’hui le meilleur du ska, punk, salsa, rocksteady, ragga, funk – et la liste est non-exhaustive – pour des concerts monstres pouvant parfois atteindre les 40 musiciens.

Des Beaux-Arts aux Arts-Déco, il n’y a qu’un pas, avec une autre grande fanfare estudiantine : celle du Nymphonik Orchestra (festif / Paris). Avec les « Nymphos », la formule est connue mais drôlement efficace : une déambulation acoustique survoltée, pour guincher jusqu’au bout de la nuit.

L’année dernière, le Fanfar’o’doï a rassemblé entre 1 600 et 1 800 spectateurs sur l’ensemble du week-end, avec « 600 à 800 personnes, le vendredi et le samedi ». Une sacrée fiesta en perspective à vivre au milieu des trompettes et des hélicons.

#fanfar'o'doï