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Sur un balai, au fond de la piscine, en armure : cinq sports excentriques à pratiquer à Strasbourg

Sur un balai, au fond de la piscine, en armure : cinq sports excentriques à pratiquer à Strasbourg

Quand on a fait le tour des disciplines sportives classiques sans trouver son bonheur, on peut en tester de plus originales. Voici cinq clubs qui, sous des dehors farfelus, permettent de s’éclater. Et même de s’engager en compétition.

Le Quidditch avec les Valkyries

Les seigneurs des anneaux s’entraînent le dimanche à 14 heures sur le terrain de STAPS Photo : Document Remis

Ces Valkyries ne chevauchent pas des chevaux ailés mais des manches à balais en PVC. Dans le Quidditch moldu, cette adaptation du sport inventé par J.K. Rowling, les équipes sont obligatoirement mixtes. Elles se composent de sept personnes qui marquent des points en envoyant le « souafle » (un ballon de volley sous-gonflé) au travers d’un des trois anneaux de l’en-but opposé.

En même temps, les joueurs essayent de mettre temporairement hors-jeu leurs adversaires à coups de « cognards » (des ballons de dodgeball). Le joueur atteint doit retourner dans son en-but avant de revenir en jeu. On gagne aussi des points en attrapant le « vif or » (une balle de tennis dans une chaussette qu’un coureur neutre porte à la manière d’une queue). Sa prise marque la fin de la partie.

Les équipes se composent de sept personnes qui marquent des points en envoyant le « souafle » (un ballon de volley sous-gonflé) au travers d’un des trois anneaux de l’en-but opposé. Photo : Document Remis

Un sport tactique et physique

Les joueurs évoluent sur le plancher des vaches. Alors pourquoi le manche à balais ? Laura Desquiens (n°5 sur la photo de groupe), la présidente, explique :

« Le balai sert à gêner la course et la prises de balle, puisqu’on n’a pas le droit de le laisser tomber par terre. C’est une contrainte, comme le dribble au hand ou l’en-avant au rugby. Au début, on s’emmêle un peu, mais on intègre rapidement. Ensuite, on ne pense plus qu’au plaisir d’un sport à la fois tactique et physique ».

Car au Quidditch, les joueurs parcourent le terrain ovale de 55 mètres sur 33 à pieds. Alors il faut être en forme :

« A l’entraînement on court beaucoup, on fait du fractionné. On travaille les gestes techniques, comme le placage, la réception de balle et les tirs. Et on prépare les schémas tactiques. Le jeu est très différent selon le poste qu’on tient, ce qui permet à chacun de se placer selon ses préférences. Et d’évoluer au fil des années pour renouveler son intérêt. J’ai commencé coureuse, et maintenant je suis batteuse. Et puis on joue, bien sûr ! »

Le souafle dans la main droite, le balais dans la gauche.

Ne pas se prendre au sérieux

Au Quidditch, il ne faut pas avoir peur du contact : en jeu, ils sont fréquents. Voilà pourquoi le protège-dents est obligatoire. Aujourd’hui, les Valkyries de Strasbourg sont 13, mais ne refuseraient pas du renfort pour faire tourner l’effectif en cours de match. Mais faut-il nécessairement être dingue d’Harry Potter pour intégrer le club ?

« Pas forcément. On ne passe par notre temps à se raconter les films ou à parler des bouquins. Nous, ce qui nous plaît avant tout, c’est de pratiquer ce sport en équipe. La chose indispensable pour jouer au Quidditch, c’est la bonne humeur, l’ouverture d’esprit, et ne pas se prendre au sérieux. »

Laura Desquiens, présidente de l’association Strasbourg Quidditch
Tir au but

Le sabre laser pour l’Ordre du Rhin

Un autre sport directement inspiré d’une œuvre de fiction… Photo : Document remis

Voici un autre sport directement inspiré d’une œuvre de fiction. Mais pour le sabre laser, pas question de communiquer sur l’univers Star Wars ou de faire officiellement référence à la saga : la maison Disney surveille jalousement les termes sous licence.

Ce qui n’empêche pas les membres de l’académie d’avoir en tête l’origine de leur hobby. On peut ainsi voir les membres du club vêtus de tenues inspirées de celles des jedi, s’affrontant dans des combats chorégraphiés, ou réalisant des katas minutieux et précis que ne désavoueraient pas Qui-Gon Jinn.

On peut voir les membres du club vêtus de tenues inspirées de celles des jedi. Photo : Document Remis

Trois sports en un

Dans le même gymnase, d’autres membres de l’académie portent masque, plastron, gants, genouillères et coudières. Eux pratiquent le combat sportif. Dans une arène circulaire de 8 m de diamètre, ils ont 3 minutes pour marquer jusqu’à 15 points en touchant leur adversaire.

Toutes les zones comptent : 5 points pour la tête et le tronc, 3 pour le bras et la jambes, 1 pour la main et la poignée du sabre. Attention : il est interdit de frapper d’estoc (avec la pointe).

Autre impératif, les deux combattants doivent alterner leurs attaques. Et avoir des gestes amples. Fabien Guieu (veste rouge sur les photos), fondateur et animateur du club, explique :

« En escrime classique, ça va si vite que les spectateurs ne savent qui a marqué qu’en voyant s’allumer son témoin lumineux. A contrario, dans le sabre laser il faut que les engagements soient lisibles. Sinon les arbitres ne valident pas la touche. C’est presque une note artistique. »

Même les combats sportifs doivent avoir un caractère esthétique. Photo : Document remis

Spectaculaire et esthétique

Si la Fédération Française d’Escrime reconnaît depuis 2018 le sabre laser, la discipline garde néanmoins sa spécificité :

« Nous sommes très attachés à l’esthétique. C’est une démarche assez proche des arts martiaux. Mais combattre dans une sorte de ballet n’empêche pas de se prendre à la compétition. »

Compétition où garçons et filles peuvent s’affronter : c’est une autre spécificité de cette escrime-là. Et le 5 avril, plusieurs des 25 membres de l’Ordre du Rhin iront à Paris disputer leur premier tournoi national. Les qualités requises ?

« Avoir envie de s’appliquer pour trouver le geste exact. Pas besoin d’avoir une grosse condition, même si c’est un avantage pour le combat sportif. Et puis savoir se laisser prendre au jeu. D’accord, nos sabres laser ne sont que des tubes en polycarbonates avec une LED de couleur, mais ça donne des combats magnifiques et impressionnants ! ».

Des katas inspirés des arts martiaux orientaux.

Le béhourd aux armes des Ostlanders

Des combattants arborant les couleurs de l’Alsace. Photo : Document remis

Avec le béhourd, nous sommes aux antipodes de la chorégraphie. Seule compte l’efficacité pour faite tomber l’adversaire. Héritier d’un combat « amical » du moyen-âge, le béhourd est un sport très codifié. Les armures sont soigneusement vérifiées, ainsi que les armes, émoussées.

De même, certains coups sont interdits : les coups d’estoc, les coups derrière le genou, au pied, aux parties et à la nuque. Les engagements sont brutaux, les attaques violentes. Pourtant, d’après le président Xavier Depeyre (2e rang à droite sur la photo de groupe), le béhourd n’est pas dangereux :

« Du moins quand on le pratique sérieusement, en respectant les règles de sécurité. Comme nous le faisons, notre affiliation à la Fédération Française en est la garantie. Bien sûr on s’en sort rarement sans bleu. Et on peut se faire mal, comme dans n’importe quel sport de combat. Mais moins que dans la plupart des sports de combat, grâce à notre armure. »

Deux contre un : pas très chevaleresque mais efficace.

Une passion coûteuse

L’armure est une protection de métal pesant jusqu’à 40 kg. Elle limite la vision, réduit la mobilité et requiert une excellente condition physique. Il est donc conseillé de pratiquer parallèlement un sport développant la musculature, comme la natation ou la boxe.

Cette protection a aussi un prix : jusqu’à 3 000 €. Sans compter sa maintenance.

« Cela peut paraître énorme, mais ce n’est pas plus que pour un bel instrument de musique, un VTT de compétition, ou l’entretien d’un cheval. Côté maintenance, on limite les frais en étant bricoleur, pour changer une sangle, remplacer un rivet ou utiliser une meuleuse. Et nous nous apprenons les techniques. »

Ce n’est pas le seul aspect collectif du béhourd : on s’y affronte le plus souvent en groupes de 5 à 30 combattants, voire 150 dans les rassemblements internationaux :

« Le combat de masse n’est pas une mêlée aveugle où seule la force fait la différence. On a besoin de la bonne tactique pour rompre une ligne, isoler un adversaire, l’attaquer en surnombre ».

Jusqu’à 40 kg et 3 000 € : vertige de l’armure…

Armure et troisième mi-temps.

Pas très chevaleresque, mais conforme à la réalité historique, à laquelle les pratiquants de béhourd ne sont pas spécialement attachés :

« Parmi nous, certains sont férus d’histoire, mais ce qu’on cherche en composant un équipement, c’est l’efficacité, pas l’authenticité. »

Le béhourd n’est donc pas une reconstitution historique. Autre idée battue en brèche : ses pratiquants sont bagarreurs.

« Je ne suis pas du genre à me lancer dans une baston de rue. En fait, je ne me bats qu’en armure. Pendant les tournois, une fois sortis de la lice où on s’est copieusement tapés les uns sur les autres, on fait la fête tous ensemble. »

Ce sport « viril » n’est pas réservé aux hommes : sur la quinzaine de combattants, on compte quatre femmes, les Iswiewer. Et d’autres sont espérées.

Sur la quinzaine de combattants, on compte quatre femmes, les Iswiewer

Le trollball chez les Enfants Terribles

Toujours de l’escrime, mais ici les armes sont en mousse et en latex.

Toujours de l’escrime, mais ici les armes sont en mousse et en latex. Côté sauvagerie, il y a bien la tête de troll qui donne son nom au sport, mais elle aussi est factice. Le sport, en revanche, c’est du vrai.

Sur un terrain de 32 mètres sur 18, deux équipes de cinq bretteurs, filles et garçons mélangés, se disputent la fameuse tête de troll. Objectif : l’apporter dans le camp adverse et, idéalement, la jeter dans le « puits » (un seau). La partie s’arrête au bout d’un temps ou d’un nombre de points convenus à l’avance.

Trois des équipiers tiennent une arme à une main, ce qui leur laisse la seconde pour porter la tête de troll. Les deux autres joueurs ont les deux mains occupées par une arme longue, ou deux armes courtes, et sont plus occupés à combattre. Une touche suffit à éliminer un adversaire pour la manche.

Prise de tête

Priorité à la sécurité

Julie Garçon, présidente de l’association, explique :

« Nous utilisons des règles qui évitent le duel interminable, ça joue vite. Les règles favorisent la fluidité et elles permettent de varier les tactiques. On peut tenter de passer en force, miser sur les courses pour essayer de se faufiler entre les adversaires, ou chercher à les éliminer tous. On peut mélanger les équipements. Pas le temps de s’ennuyer. On est là pour s’amuser ! »

La qualité première pour pratiquer ? L’endurance ? La coordination ? La précision ?

« Être fair-play. La priorité absolue, c’est la sécurité des joueurs. Tout contact physique est interdit, ainsi que frapper à la tête, frapper d’estoc, frapper trop fort, ou avec le bouclier. Sous peine d’exclusion, temporaire et même définitive. Et on fait très attention à ce que personne ne se sente agressé dans le jeu. En fait, on passe plus de temps à rigoler qu’à refaire le match ! »

Armes à une ou deux mains, bouclier, c’est une question de choix.

Un délire grandeur nature

Autre aspect important : le décorum. Chaque trollballeur compose sa propre tenue, souvent à partir de fripes. C’est l’occasion de faire parler sa créativité. Le plus souvent dans le style médiéval, ou heroïc fantasy. Mais pas toujours :

« Il y a des équipes post-apocalyptiques, d’autres antiques, d’autres… on ne sait pas trop quoi ! J’ai déjà vu une sorcière qui se battait avec une grande louche. Et d’autres avec des balais de Quidditch ! Ce qui compte avant tout, c’est l’ambiance. A l’entraînement comme en compétition. quand on se retrouve en tournoi, c’est la fête. Un grand délire collectif entre joueurs qui partagent la même passion. »

Cette passion, c’est le jeux de rôle grandeur nature. Les Enfants Terribles participent souvent à des évènements de ce type, en organisent, et sont régulièrement appelés pour animer diverses manifestations ouvertes à un public plus large.

Les Enfants Terribles en animation au Festival du jeu de rôle de Kaysersberg

Le hockey subaquatique avec le SHS

Haut les crosses ! Photo : Document remis

En sport d’équipe aquatique, on connaît la natation synchronisée, le water polo… mais il y a aussi le hockey subaquatique. Comme son nom l’indique, il se joue sous l’eau. D’après Anthony Meckert, fondateur du Strasbourg Hockey Sub, c’est la première explication de son manque de notoriété :

« Quand vous passez à la piscine, vous ne voyez pas ce qu’il se passe au fond du bassin. Comme on ne peut pas mettre tous les spectateurs dans l’eau, pour les compétitions nationales il y a des écrans qui diffusent les images en direct ».

Et que peut-on y voir ? Deux équipes de six nageurs, poussant sur le carrelage un palet circulaire de 8 cm sur 5 cm, au moyen de crosses de 30 cm, pour l’envoyer dans un but métallique de 3 m sur 12 cm. Le tout pendant deux mi-temps de 15 minutes pour les adultes.

Un palet pris de haute lutte.

Chercher les crosses

Sur les écrans, les spectateurs peuvent voir une sacré bagarre aquatique :

« Tu dois être très vigilant, vu que tes adversaires peuvent arriver de gauche, de droite, de derrière mais aussi d’au dessus ! On finit avec des bleus, parfois des foulures, mais on ne se fait pas aussi mal qu’au rugby, par exemple. »

Un sport musclé et de contact mais où tout n’est pas autorisé. Interdit de faire de l’obstruction, de jouer le palet sans la crosse, d’agripper le maillot et, bien entendu, de maintenir son adversaire sous l’eau.

Les contrevenants sont sortis pendant 2 ou 5 minutes, voire envoyés se rhabiller. Le hockey subaquatique est donc sans danger. Mais même si chaque équipe dispose de quatre remplaçants, les hockeyeurs doivent être en bonne forme :

« Il faut enchaîner les apnées, pendant lesquelles on se donne à fond. Ça nécessite de bosser sa condition de son côté. Faute d’un second créneau de piscine, on se concentre sur la technique et la tactique sans travailler la natation. »

Un fond bagarreur

Bain mixte

La maîtrise de la natation semble être la base pour participer… pourtant ce n’est pas un impératif pour rejoindre le SHC :

« On a déjà eu des gens qui savaient à peine nager, voire qui avaient peur de mettre la tête sous l’eau. Le hockey sub, ça a été une sorte de thérapie pour eux. »

Reste que la vocation première du club n’est pas le soin, mais bien la compétition, qu’il dispute avec ses équipes cadette et séniore où se côtoient hommes et femmes : la mixité est admise jusqu’à la troisième division nationale. Pour l’instant, le SHC évolue au niveau régional et apprécierait du renfort :

« L’ambiance est excellente. On fait des sorties collectives. Par exemple au karting, ou pour faire du wakeboard, un genre de ski nautique tiré par câble ».

Un sport que nous vous présenterons peut-être une prochaine fois.

Anthony Meckert : « Tu viens ? »

Municipales : Hombeline du Parc (RN) ne pourra pas voter pour elle-même

Municipales : Hombeline du Parc (RN) ne pourra pas voter pour elle-même

Hombeline du Parc, la candidate du Rassemblement national a déposé sa liste pour les élections municipales à Strasbourg. « Rassemblement pour Strasbourg » fait partie des 5 listes enregistrées par la Préfecture du Bas-Rhin dans un point intermédiaire communiqué ce vendredi 21 février.

Mais le dimanche 15 mars, la candidate ne pourra pas voter pour elle-même. Alors que les fichiers électoraux à jour viennent d’être transmis à la Préfecture, la candidate de 44 ans n’est inscrite dans aucun bureau de vote à Strasbourg.

D’autres conditions pour se présenter

Elle peut néanmoins concourir à l’élection. L’autre condition pour se présenter dans une commune est d’y payer des impôts locaux, en tant que locataire ou propriétaire. Ancienne cadre chez Fischer à Schiltigheim entre 2002 et 2007, elle a bien figuré sur les listes électorales strasbourgeoises par le passé.

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Au Molodoï, une formation à la désobéissance civile pour apprendre une non-violence « bienveillante mais ferme »

Au Molodoï, une formation à la désobéissance civile pour apprendre une non-violence « bienveillante mais ferme »

Les branches strasbourgeoises d’Extinction Rebellion et Action non-violente COP21 ont organisé une journée de formation à la désobéissance civile au Molodoï. La formation allie théorie et exercices pratiques pour les initiés comme les participants en quête d’un nouvel engagement.

À l’heure du déjeuner, les participants arrivent au compte-gouttes devant les portes du Molodoï. Des initiés des mouvements écologistes Action Non-Violente Cop21 (ANV-COP21) et Extinction Rebellion (XR) Strasbourg accueillent les néophytes pour cette première formation à la désobéissance civile dans la salle de concert du quartier Laiterie. Yann, étudiant en troisième année d’ingénierie et adepte du végétarisme, avance timidement. Derrière ses lunettes, le jeune homme de 20 ans livre les raisons de sa présence.

« Une de mes amies est très impliquée avec Extinction Rebellion à Paris. Alors, après avoir vu l’événement sur Facebook, je me suis inscrit. J’ai hâte de découvrir ce qu’est la non-violence. Je pense que je suis au bon endroit pour rencontrer des gens qui pensent comme moi. »

À l’intérieur, les quarante participants font connaissance et profitent pour picorer la salade de fruits posée sur le bar du Molodoï. Sauf Nadine, déjà installée sur sa chaise, jambes croisées. « J’ai déjà participé à des manifestations avant. Mais je cherche à être plus activiste dans ma démarche », confie la sophrologue freelance de 31 ans, qui manifeste curiosité et « réticence » par rapport au concept de non-violence.

Entre diapos et exercices pratiques, les 40 participants n’ont jamais eu le temps de chauffer leur siège. Photo : Kévin Gasser / Rue89 Strasbourg

Un consensus à trouver sur la notion de non-violence

La formation commence avec une présentation d’une heure des deux mouvements et de leur lutte commune : le dérèglement climatique et la perte de biodiversité engendrés par « la collusion entre multinationales et l’État ». Pour aborder la non-violence, Nathan (son pseudonyme d’activiste), co-organisateur et membre de XR Strasbourg, lance une première discussion. « Saboter des bulldozers dans le cadre du Grand contournement ouest, vous pensez que c’est violent ou non-violent ? », lance-t-il. La majorité considère ce type d’action comme non-violente. Mathieu (le prénom a été modifié), lui, se positionne du côté de la violence. Cet employé de 63 ans dans le secteur culturel, relativise le terme : « Ma naissance a été violente. J’ai même déjà eu des orgasmes très violents ! »

Nathan analyse :

« Il y a eu du débat, des positions fermes. C’est parce qu’il n’y a pas de définition exacte de la violence. Avant chaque action, nous devons tous tomber d’accord sur l’action à mener. »

Nathan (XR) et Clément (ANV-COP21) écoutent les différentes sensibilités face à la non-violence. Photo : KG / Rue89 Strasbourg

Devant les participants, de retour à leur place, Clément, co-organisateur (ANV-Cop21) complète :

« La non-violence est la meilleure manière de faire triompher nos idées. Si les forces de l’ordre nous répriment lors d’un blocage non-violent, nous aurons une plus grande visibilité dans les médias. Si personne n’intervient, notre action est acceptée, donc légitimée. »

Lors de la première pause de l’après-midi, vers 14 heures, Nadine affiche un sourire. « Ça me rassure de savoir que les actions sont le fruit d’un consensus. Chacun peut y trouver son compte », lâche la trentenaire.

« Créer des jurisprudences en notre faveur« 

Les blocage de sites nécessitent une organisation « de plusieurs heures, souvent le soir après le travail », rappelle Nathan, charpentier dans la vie. Une fois l’action définie, les rôles sont distribués : référent logistique, « artiviste » (activiste à travers l’art) ou encore animateur. Pendant les actions, le dialogue est primordial pour désamorcer toute violence. Un porte-parole s’occupe de répondre aux médias tandis que le médiateur police annonce la teneur de l’action aux forces de l’ordre.

Des risques judiciaires existent. Les co-organisateurs passent en revue les comportements à adopter : utiliser les messageries sécurisées pour la préparation et laisser son téléphone portable chez soi lors des actions. En cas d’arrestation, les militants déclinent leur identité, et pour le reste : « Je n’ai rien à déclarer ». Armand, un habitué d’une vingtaine d’années, enchaîne les précisions :

« C’est important de faire valoir tous vos droits lors d’une garde à vue. Appeler un proche, demander un examen médical, mais aussi contacter un avocat. Il faut toujours avoir le numéro d’un avocat sur soi. »

Au terme d’un échange d’une demie-heure, Clément apaise l’audience : « Seules quelques personnes, comme le porte-parole, portent un risque judiciaire ». Parmi les actions les plus marquantes de XR Strasbourg : le blocage du magasin Apple lors du Black Friday et l’interruption d’un discours du maire Roland Ries avec la mise en scène d’une pendaison le 11 octobre : aucune n’a engendré de garde à vue. Du côté d’ANV-COP21 Strasbourg, les trois militants jugés pour avoir décroché un portrait d’Emmanuel Macron le 5 mars dernier dans la mairie de Kolbsheim ont obtenu en juin 2019 la relaxe pour « vol en réunion ». Pour Nathan, l’enjeu de ces actions est de « créer des jurisprudences en notre faveur. »

Empêcher Ségolène Royal d’embarquer pour Davos

Place aux exercices pratiques. Un classique des actions non-violentes est l’exercice du poids mort. Tour à tour, un participant tente de résister en position allongée à deux autres, dans le rôle de policiers, qui tentent de le soulever. La cohue est totale lorsque ces mêmes policiers d’un jour tentent de défaire une chaîne humaine d’activistes.

Le poids mort, une moyen non-violent utilisé par les mouvements écologistes lors de leurs actions. Photo : KG / Rue89 Strasbourg

Vers 17 heures, pour mettre en application les enseignements de la journée, les organisateurs proposent trois actions fictives. Un groupe endosse le rôle de la police, un autre celui militants non-violents, et le dernier sera le grand public. Pour chacune des trois « Simul’action », les équipes sont munies d’un plan du Molodoï pour élaborer et coordonner leur action. Pour la première mise en situation, les militants, munis de banderoles aux couleurs des organisations, doivent empêcher Ségolène Royal de décoller pour le Forum économique de Davos en Suisse. Isolés dans les vestiaires du Molodoï, l’euphorie gagne les participants. Armand, porte-parole de l’action, détaille le mode opératoire mis en place.

« Nous allons directement la bloquer dans le salon VIP de l’aéroport, en se massant dans l’escalier. D’abord, nous allons aborder le public et la sécurité, pour annoncer qu’il n’est pas question d’assassinat mais d’un blocage non-violent. »

Les activistes disposent de quelques minutes pour échafauder leur plan. Photo : KG / Rue89 Strasbourg

Sous le décompte de Nathan, l’action commence. Les militants se ruent vers l’escalier. Quelques secondes plus tard, les forces de police font irruption, armés de boucliers anti-émeutes de fortune. Slogans fusent de part et d’autre, et face à la progression des activistes, les policiers « gazent » les manifestants avec des bonbonnes d’eau.

Chaque scénario dure une quinzaine de minutes, de la préparation à l’action. Dans une joyeuse cacophonie, les participants prennent du plaisir à incarner tous les rôles.

Le Molodoï est transformé en aéroport. Les activistes bloquent le salon VIP pour empêcher Ségolène Royal d’embarquer pour le Forum économique mondial de Davos (Suisse). Photo : KG / Rue89 Strasbourg

La non-violence n’est pas mollassonne

Assis en cercle, les participants débriefent leur formation. Yann, 20 ans, partage « une envie de [s]’engager ». Nadine a quant à elle découvert « l’investissement nécessaire » pour organiser une action non-violente. Elle regrette le manque de photographies et de vidéos pour illustrer des actions réalisées par les mouvements écologistes. Les organisateurs aimeraient faire de cette formation un rendez-vous bimestriel. Avec respectivement 30 et 50 membres actifs, ANV-COP21 et XR Strasbourg ont besoin de grandir pour agir « contre ce système ultra-libéral ». « Nous avons l’occasion de donner une chance à la non-violence. La non-violence n’est pas mollassonne : elle est bienveillante mais ferme », conclut Nathan.

Mathieu, engagé depuis l’automne aux côtés d’Extinction Rebellion Strasbourg, cite Albert Camus comme levier de conscience chez les participants d’un jour. « Parce que la peste devenait ainsi le devoir de quelques-uns, elle apparut réellement pour ce qu’elle était, c’est-à-dire l’affaire de tous. »

Avocates mobilisées : « Le gouvernement veut réduire l’accès aux droits des petits justiciables »

Avocates mobilisées : « Le gouvernement veut réduire l’accès aux droits des petits justiciables »

Quelques robes noires étaient visibles dans le cortège contre la réforme des retraites ce jeudi 20 février. Maître Le Guennec et Maître Dolle, co-présidente de la branche strasbourgeoise Syndicat des Avocats de France, expliquent les raisons d’une « mobilisation historique » de leur profession.

« Sept semaines de grève, c’est une mobilisation historique pour les avocats », se félicite Maître Florence Dole, co-présidente de l’antenne strasbourgeoise du Syndicat des Avocats de France (SAF). Ce jeudi 20 février, l’avocate manifeste aux côtés de cheminots, d’enseignants-chercheurs, de Gilets jaunes ou autres salariés des Hôpitaux universitaires.

Si les robes noires étaient peu nombreuses dans le cortège strasbourgeois, la responsable syndicale le jure : « On essaye de sortir de notre corporatisme. » Car la mobilisation porte non seulement sur les conditions d’exercice des avocats… mais aussi sur l’accès aux droits des Français, en particulier les plus démunis.

Maître Dole dénonce une succession de réformes qui portent atteinte à l’accès au droit, en particulier pour les justiciables les plus démunis. (Photo Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc)Photo : GK / Rue89 Strasbourg

Menace sur l’accès au droit des plus démunis

Face à la réforme des retraites, l’avocate parle d’une double-peine pour sa profession : « Nos cotisations vont passer de 14 à 28% mais notre retraite de base va baisser d’un tiers ! » La responsable syndicale exprime aussi son inquiétude pour les plus petits cabinets : « À Strasbourg, un tiers des avocats parviennent tout juste à décrocher 2000 euros net par mois. Certains devront fermer si les cotisations doublent… »

À son compte depuis un an, Maître Élise Le Guennec fait justement partie de ces avocates dont le revenu net tourne autour des 2000 euros. Ce doublement des cotisations l’effraie. Elle n’a pas osé consulter le simulateur gouvernemental pour connaître son sort.

L’avocate défend régulièrement des demandeurs d’asile, des gens en difficulté sociale, dont le revenu est inférieur à 1 000 euros par mois. Avec la hausse de ces cotisations, elle craint que de nombreux avocats rejoignent des grands cabinets plus rémunérateurs. Les effectifs alloués à l’aide juridictionnelle, réservée aux « petits justiciables », en pâtirait…

« L’objectif : faire des économies »

Maître Le Guennec manifeste aussi en anticipant aussi une autre réforme cruciale pour la Justice française. Elle portera justement sur l’aide juridictionnelle. Pour la co-présidente du SAF local, l’intention du gouvernement est claire :

« Au SAF, on a le sentiment que le gouvernement laisse pourrir la situation alors qu’ils ont lâché du lest pour les pilotes, ou les policiers. L’objectif, c’est de faire des économies. Pourtant la Justice française est l’une des moins bien dotées d’Europe… Il y a une volonté de réduire l’accès aux droits des plus petits justiciables. »

Chercheurs et enseignants se mobilisent contre une future « précarité institutionnalisée » à l’Université

Chercheurs et enseignants se mobilisent contre une future « précarité institutionnalisée » à l’Université

Depuis le début de l’année 2020, les personnels de l’enseignement supérieur et de la recherche se mobilisent en amont de la future loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR). Ils dénoncent un financement insuffisant de la recherche publique et un recours croissant à la contractualisation des effectifs.

« La précarité, c’est déjà une réalité à l’université. Avec cette loi, on va bientôt l’institutionnaliser », déplore Nicolas Poulin, ingénieur de recherche et co-secrétaire du syndicat Sud Education Alsace. Depuis le début de l’année, représentants syndicaux et personnels de l’enseignement supérieur et de la recherche multiplient les assemblées générales. La mobilisation porte sur la future loi de programmation pluriannuelle de la recherche, qui devrait être présentée en avril.

« Labos en lutte », peut-on lire sur une banderole déployée dans la Maison des Sciences de l’Homme – Alsace (Misha) Photo : Kévin Gasser / Rue89 Strasbourg / cc

Un risque de précarisation aggravée

Le personnel universitaire mobilisé est inquiet suite aux trois rapports préparatoires au projet de loi. Ils ont été remis le 23 septembre dernier au Premier ministre Edouard Philippe. Ces études constatent, chiffres à l’appui, « un système d’innovation français inefficace ». Parmi les solutions proposées : le recours à la contractualisation plutôt qu’à la titularisation des enseignants et chercheurs. La communauté académique dénonce une préconisation qui risque d’aggraver la précarisation de l’enseignement supérieur et la recherche.

En novembre 2019, l’inquiétude du milieu universitaire a grandi suite à la publication d’une tribune rédigée par le Président Directeur Général du CNRS Antoine Petit. Ce dernier y affirmait la nécessité d’une loi « ambitieuse, inégalitaire – oui, inégalitaire, une loi vertueuse et darwinienne. »

Selon le ministère de l’Enseignement supérieur et de la recherche, cette future loi  vise à « redonner à la recherche de la visibilité, de la liberté, des moyens ». En 2016, la France a dépensé 49,5 milliards d’euros dans la recherche. Une somme inférieure à la moyenne des pays de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et en deçà de l’objectif de 3 % du PIB fixé par l’Union européenne.

Un besoin de financement stable, réparti librement

Pascal Maillard, secrétaire académique du Syndicat national de l’enseignement supérieur du SNESUP-FSU, regrette la stratégie de financement préconisée dans les rapports :

« On a besoin d’un refinancement annuel sur 10 ans, à hauteur de 3 milliards d’euros par an. Une enveloppe stable allouée aux laboratoires que chercheurs et enseignants-chercheurs se répartissent librement. Cette part récurrente n’a pas cessé de diminuer au profit des orientations de financement de l’Agence nationale de la recherche (ANR). »

Une compétition féroce pour les financements

Les chercheurs subissent une compétition féroce pour décrocher des financements par l’ANR. Selon les chiffres de l’Appel à projets générique de 2018, l’ANR ne répond positivement qu’à 15,1 % des appels à projets. Près de 85 % sont donc « retoqués », regrette Pascal Maillard :

« Depuis des années, les chercheurs passent plus de temps à chercher de l’argent qu’à chercher. Cela entraîne également un épuisement des tâches administratives des personnels dans les laboratoires et les composantes. »

La préconisation d’un financement plus important de l’ANR vise à augmenter ce taux de succès aux appels à projets entre 25 % et 45 %. Mais pour le secrétaire académique du SNESUP-FSU, le problème réside aussi dans les orientations de la recherche :

« Les appels à projets visent de plus à plus une recherche mise au service du secteur du privé, selon des thématiques imposées »

La Maison interuniversitaire des sciences de l’homme (MISHA) héberge plusieurs laboratoires mobilisés contre la LPPR. Photo : Kévin Gasser / Rue89 Strasbourg

La contractualisation au détriment de la titularisation

Cette course au financement et à l’excellence « précarise le travail de recherche », affirme le co-secrétaire du syndicat Education Alsace. Les enseignants-chercheurs sont censés travailler un premier mi-temps pour l’enseignement et un autre mi-temps dédié à la recherche. Mais la réalité est tout autre, souffle Isabelle Hajek, maîtresse de conférences en sociologie :

« En plus de notre activité d’enseignant, nous dirigeons des licences ou des masters, nous faisons de l’ingénierie de formation. Nous sommes souvent obligés de faire de la recherche pendant les vacances et le week-end. Et ça personne ne le sait. »

« Une baisse importante des recrutements »

Autre constat établi par ces rapports : la « baisse importante des recrutements de chercheurs, enseignants-chercheurs et ingénieurs de recherche » et « une augmentation du nombre de contractuels financés sur projet ». Alice Debauche, maîtresse de conférences en sociologie à l’Université de Strasbourg, explique cette tendance par le recours aux vacataires et les heures supplémentaires réalisées par les enseignants titulaires. 

Selon le collectif de vacataires strasbourgeois Dicensus, « les enseignants vacataires ont donné 154 891 heures d’enseignement. Ceci équivaut à 790 postes de Maîtres de Conférences. Dicensus revendique la création de postes titulaires plutôt que le recours massif à des vacataires payés à un tarif inférieur au SMIC. »

Dans l’avant-projet de loi figure également la création de « CDI de mission scientifique », c’est-à-dire des contrats d’une durée de 6 ans maximum liés à un projet de recherche. Le co-secrétaire de SUD Education Alsace décrypte :

« Cela va être comme dans une agence d’intérim : ‘Désolé, mais le projet de recherche sur lequel était basé ton contrat s’arrête. Donc demain, c’est aussi fini pour toi !’ »

Antoine Petit, PDG du CNRS et co-auteur du rapport sur le financement de l’enseignement supérieur, a lui-même avoué en décembre la nécessité d’une loi « inégalitaire et darwinienne » dans une tribune publiée dans Le Monde. Photo : KG / Rue89 Strasbourg

Le 5 mars, « L’université et la recherche s’arrêtent »

La ministre de l’Enseignement supérieur et de la recherche Frédérique Vidal tente d’apaiser la mobilisation dans le milieu universitaire. Elle a ainsi annoncé une revalorisation salariale pour les jeunes chercheurs afin d’atteindre le double du Smic dès 2021. Une mesure « insignifiante » pour Pascal Maillard, qui rappelle que les premiers salaires des chargés de recherche et maîtres de conférences se situent aujourd’hui autour de 2000 euros net mensuel.

Sur le contenu de la loi de programmation pluriannuelle de la recherche, la ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche conserve le flou : « Ce ne sont que des rapports, à la fin, c’est le gouvernement qui choisira de retenir ou non telle ou telle proposition. »

Une grande journée de mobilisation nationale intitulée « L’université et la recherche s’arrêtent » est prévue pour le 5 mars. Syndicats, chercheurs et enseignants-chercheurs et étudiants manifesteront aussi leur mécontentement lors de la manifestation contre la réforme des retraites ce jeudi 20 février à Strasbourg. Le départ du cortège est prévu à 14h, place de la Bourse.

#Enjeux 2020 – Sans-abri : Bordeaux, Lyon et Strasbourg peinent face à l’urgence

#Enjeux 2020 – Sans-abri : Bordeaux, Lyon et Strasbourg peinent face à l’urgence

#Enjeux2020 – En vue des élections municipales de mars 2020, les trois Rue89 locaux, Lyon, Bordeaux et Strasbourg proposent des regards croisés sur des problèmes communs à ces trois métropoles. Quatrième épisode, les difficultés pour loger les sans-abri.

Bordeaux, des municipales pour sortir de la crise des squats »

Fin novembre 2019, le 115 reçoit entre 250 et 300 appels par jour. Mais comme le révèle alors Rue89 Bordeaux, la plateforme téléphonique ne peut attribuer que 5 à 20 places d’hébergement d’urgence dans des centres et foyers affichant déjà complets.


Une polémique surgit alors entre Alexandra Siarri, adjointe à la mairie de Bordeaux, déplorant le nombre de refus par le 115 – plus de 200 dans la nuit du 19 au 20 novembre -, et la préfecture de la Gironde. Celle-ci indique que sur 1625 places d’hébergement d’urgence ouvertes, une centaine restait disponible la même nuit.

Depuis la fin de l’automne, les chiffres du 115 n’ont pas bougé, et le débat opposant les collectivités locales à l’État reste entier ; les premières reprochent au second de ne pas assumer toutes ses obligations dans l’accueil d’urgence des sans-abri, et dans l’hébergement pérenne des demandeurs d’asile – moins d’un sur deux en bénéficie en Gironde.

Vague d’expulsions à l’été 2019


La tension a atteint un sommet l’été dernier, lors de la vague d’expulsion de squats. Bien connue depuis le démantèlement de la « jungle de Calais », en 2015, Fabienne Buccio, fraîchement nommée préfète de la Gironde, martelait sa volonté d’en « démanteler le plus (grand nombre) possible ». Résultat : des centaines de nouvelles personnes à la rue en pleine canicule, et des élus locaux désemparés.

Car les militants à l’origine de ces ouvertures de bâtiments tirent une belle épine du pied des mairies, en sortant des centaines de personnes de la rue. Au printemps dernier, on recensait 150 squats en Gironde (dont 90% à Bordeaux) accueillant 1500 personnes. Aujourd’hui, Médecins du monde estime à un millier les occupants des squats de la métropole, et à plus de 2000 tous ceux des habitats illégaux (bidonvilles, tentes…)

Leurs démantèlements ne font que déplacer le problème, estiment les associations qui les suivent : après l’évacuation du campement de Bordeaux Lac, où vivaient notamment des réfugiés syriens, certaines des personnes évacuées ont trouvé refuge à la Zone libre, un nouveau squat dans une ancienne maison de retraite à Cenon, à la limite de Bordeaux.

Si les maires de l’agglomération renvoient l’Etat à ses responsabilités, ils ne restent pas les bras croisés. La métropole vient notamment de mettre sur pied une Mission Squat, chargée d’évaluer les besoins de leurs occupants (hébergement, scolarisation des enfants…), et d’appuyer leurs démarches d’insertion. Trois communes – Bordeaux, Bègles et Mérignac – sont également candidates à l’accueil d’espaces temporaires d’insertion (ETI), inspirés d’une expérience conduite à Strasbourg auprès de familles Roms.

Mais des associations et collectifs leur demandent d’aller plus loin. Réunis sous la bannière des Etats généraux des migrations, 21 d’entre eux (Médecins du monde, La Cimade, RESF…) interpellent en Gironde les candidats aux municipales pour qu’ils s’engagent à prendre des mesures concrètes « pour assurer un accueil digne à toute personne précaire ou en situation d’exil ou de migration ».

33 propositions pour les listes


Elles leur soumettent 33 propositions, du respect de l’engagement pris par le Président de la République (« personne à la rue, français ou étranger ») à une carte municipale de résident favorisant l’accès aux services municipaux, en passant par la nomination d’un adjoint en charge des personnes en situation de précarité. L’association Areve (accueil des réfugiés en Val de l’Eyre) propose de généraliser une expérimentation actuellement conduite dans certaines communes de « réquisition à l’amiable des logements vacants », afin de permettre l’occupation temporaires de biens en accord avec leurs propriétaires.

Cette mesure rejoint en partie les idées avancées par quelques candidats à la mairie de Bordeaux, qui promettent de lutter contre la vacance du parc de logements. Cela va de la réquisition pure et simple défendue notamment par Philippe Poutou (NPA) à l’accompagnement des propriétaires vers la mise en location défendue par Thomas Cazenave (République en marche). « Mobiliser les trop nombreux logements vacants » (11000 à Bordeaux) serait aussi l’une des missions du « service public de l’habitat solidaire » voulu par Pierre Hurmic (EELV).

Les candidats proposent aussi des dispositifs spécifiques « aux plus vulnérables », selon les termes de Nicolas Florian, le maire sortant (Les Républicains) : il suggère d’ »installer de nouveaux lieux d’accueil d’urgence comme les pensions de famille dans chaque quartier », de « développer le réseau des lieux de cuisine et de restauration pour les sans domicile fixe » ou « des lieux d’hygiène » (bien que la municipalité ait fermé le dernier bains douches public).

Enfin, la liste Bordeaux Respire ! de Pierre Hurmic entend créer un foyer pour les femmes sans abris, tandis que Renouveau Bordeaux (Thomas Cazenave) suggère de « tripler le nombre d’hébergements d’urgence pour les femmes victimes de violences, qui doivent quitter leur domicile ».
L’Assemblée locale des Etats généraux des migrations examinera avant le premier tour toutes les propositions des candidats dans le département.

Le campement du lac, où vivaient notamment des demandeurs d’asile syrien, a été évacué à l’automne Photo : Eloïse Bajou/Rue89 Bordeaux

À Lyon, des milliers de personnes à la porte de l’hébergement d’urgence

Des milliers de personnes restent à la porte de l’hébergement d’urgence à Lyon. Entre le 18 et le 24 novembre 2019, 2 619 personnes ont appelé le 115 et ne trouvaient pas de places d’hébergement – sur 3170 demandes soit 17% seulement de demandes pourvues.

Dans la métropole de Lyon, le nombre de places d’hébergement a pourtant quasiment doublé entre 2014 et 2019, pour atteindre 5 983 lits dans le dispositif pérenne.

Conséquence, de plus en plus de SDF n’ont plus recours au 115. Selon une enquête réalisée en mars 2019 par la Mission régionale d’information sur l’exclusion (MRIE) et publiée en décembre dernier, près d’une personne sur deux n’appelle plus le 115 ou ne l’a jamais appelé.

Des enfants SDF

Depuis vingt ans, l’agglomération lyonnaise connaît des squats et des campements de migrants. Mais la population a changé. Notamment à la suite de la mise en place de programmes d’insertion en direction des Roumains – Andatu puis I2E – le nombre des bidonvilles de Roms a diminué.
Durant ce mandat 2014-2020, ce sont les campements de migrants albanais qui se sont développés. Ces personnes sont régulièrement expulsées sans que des solutions pérennes soient apportées. Ces six dernières années, c’est surtout le sort des enfants sans-abri qui a agité Lyon.

En 2014, au moment de la création du collectif de parents d’élèves et d’enseignants « Jamais sans toit », les militants dénombraient 194 élèves SDF. En novembre 2019, ce même collectif en annonçait encore 160.

Depuis 2014, les écoles sont régulièrement occupées pour mettre les enfants à l’abri et faire pression sur les autorités. En réponse, Gérard Collomb a envoyé la police municipale dans les écoles, comme à la Guillotière. Puis il est parti au ministère de l’Intérieur. Son remplaçant, Georges Képénékian, a d’abord continué la même pratique avant de se raviser. Revenu à la mairie, Gérard Collomb s’est bien gardé d’envoyer la police alors que, cet hiver, les occupations continuent.

« Plan d’urgence d’accueil et d’intégration »

Héritage du Département du Rhône, la protection de l’enfance est une des compétences de la Métropole de Lyon. Or pendant de longs mois, plusieurs dizaines de jeunes migrants ont dormi dans la rue alors qu’il était de la responsabilité de la Métropole de les mettre à l’abri. L’exécutif nouvellement dirigé par David Kimelfeld allant même jusqu’à les chasser d’un de leur refuge, aux abords de la gare Part-Dieu, sans les reloger.

Plusieurs squats ont été ouverts pour les héberger dont l’ancien collège Maurice Scève à la Croix-Rousse (propriété de la Métropole de Lyon). Pour faire face à l’augmentation de ces arrivés de mineurs isolés (1722 nouvelles arrivées en 2018 contre 483 en 2017), la Métropole de Lyon a lancé un « plan d’urgence d’accueil et d’intégration » en octobre 2018. L’objectif était de trouver des solutions au dispositif d’accompagnement de ces mineurs non accompagnés (MNA), complètement saturé.

Une des façades de l’ancien collège Maurice Scève à la Croix-Rousse (Lyon 4ème), squatté depuis septembre 2018 par des migrants. Photo : LB/Rue89Lyon

Au 31 décembre 2019, la Métropole a pris en charge 1088 mineurs et 660 jeunes majeurs. Des chiffres stables par rapport à 2018. L’exécutif de la Métropole affirme aujourd’hui que plus aucun mineur isolé dort dehors ou en squat. Un chiffre contesté par certaines associations.

La tendance est à l’hébergement transitoire

La Fondation Abbé Pierre a fait signer une tribune pour engager les futurs candidats à respecter la « Déclaration des droits des personnes sans-abri ». A Lyon, on retrouve les candidats socialistes, écologistes et David Kimelfeld.
Cette tribune dénonce également la prolifération des dispositifs anti-SDF, la disparition des bains-douches et la fermeture des fontaines. Autant de points qui concernent directement Lyon : – Le développement du mobilier urbain anti-SDF;la fermeture des bains-douches des Pentes de La Croix-Rousse en février 2016; – Début août 2016, la fermeture de deux fontaines publiques d’un jardin du 1er arrondissement.

Aujourd’hui, la tendance est à l’hébergement transitoire ou intercalaire. C’est notamment ce qu’expérimente la Métropole de Lyon depuis cet hiver en mettant à disposition un ancien collège à Caluire pour accueillir des femmes avec enfant.

Cet hébergements transitoire est une solution adoptée ailleurs en France, notamment à Strasbourg et, surtout, à Toulouse. Un modèle dont la Métropole de Lyon version Kimelfeld souhaite s’est inspiré.

Des initiatives, mais plus de gens à la rue à Strasbourg

À Strasbourg, 835 personnes ont appelé le 115 lors de la semaine du 9 au 15 décembre 2019. Moins de 250 se sont vu proposer une solution. En dépit de l’augmentation régulière de places par la Préfecture, 9 000 dans le Bas-Rhin, les estimations du nombre de personnes sans toit augmentent. Le mandat a été marqué par la formation récurrente de camps de sans-abris sous tentes. Jusqu’à 200 personnes s’y trouvaient, jusqu’à une évacuation quelques semaines plus tard vers un gymnase pour une orientation vers les structures appropriées, parfois dans d’autres départements. Carrefour d’immigration, Strasbourg est un point d’arrivée pour les demandeurs d’asile, notamment ceux venus d’Europe de l’Est : 3,7% des demandes françaises y sont enregistrées sur ce territoire qui représente 1,7% de la population. Le nombre de demandes, environ 4000 par an, a augmenté de 30% depuis 2014.

Le maire Roland Ries (PS tendance LREM) a notamment invoqué « l’humanisme rhénan » de la Renaissance pour intervenir. Principale mesure du mandat, l’ouverture de 100 places en appartements, décidée en quelques mois pour 500 000 euros par an, accompagnement social inclus. À cela, s’ajoutent deux structures municipales plus anciennes, de 115 lits chacune. Autre réalisation, celle d’un centre d’hébergement provisoire dans le cadre d’une reconversion immobilière. En 2019, la Ville de Strasbourg a dépensé 3,2 millions d’euros dans le domaine de l’aide aux plus démunis. D’autres mesures sont moins imposantes, mais plus ciblées : 10 lits à la « salle de shoot » à l’hôpital, un accueil de jour pour les familles, l’ouverture d’une plateforme avec un intermédiaire pour rassurer des propriétaires privés.

Il n’empêche, « l’humanisme » et la « ville hospitalière » ont aussi leurs ses limites. Strasbourg a beaucoup construit depuis 2010, plus de 3000 logements par an, mais le nombre de personnes à la rue augmente. Strasbourg n’échappe pas au mobilier anti-SDF et aux grillages après l’évacuation de camps. Fin 2019, l’association Grain de Sables dénombrait 27 morts dans la rue. L’un d’eux est un réfugié Afghan de 21 ans qui s’est pendu dans le parc, où il vivait sous tente au bord de l’autoroute. Son cas a créée un électrochoc parmi les associations de solidarité.

Face à la saturation des dispositifs, les actions militantes prennent le relais. Deux grands squats hébergent 500 personnes depuis l’été, l’un dans des bureaux inutilisés en première couronne, l’autre dans un bâtiment public inutilisé d’un faubourg de la ville. Ce dernier, « l’Hotel de la Rue » et ses 250 habitants fait l’objet d’un recours par la municipalité pour « occupation illicite » par la municipalité, sans qu’une alternative n’émerge en cas d’évacuation. Davantage au rang des symboles, un « arrêté anti-mendicité » sur trois places, à la demande de riverains et commerçants du centre-ville, a fracturé la majorité en 2019, qui allait de LREM aux écologistes.

Le sujet est récurrent dans l’actualité locale, mais les listes mettent peu le sujet au débat. La proposition la plus identifiée est celle des écologistes qui souhaitent répliquer le modèle des 100 places en appartement, pour en ajouter 500.

#Enjeux2020 – Hébergement d’urgence : les propositions des candidats

#Enjeux2020 – Hébergement d’urgence : les propositions des candidats

Rue89 Strasbourg a sollicité les candidats aux élections municipales pour connaître leurs propositions concernant les personnes sans-abri.

Les estimations sur le nombre de personnes sans-abri à Strasbourg augmentent, en dépit de plusieurs actions de la Ville menées au cours du mandat. À quelques exceptions près, la thématique de l’hébergement d’urgence et des SDF est assez peu mise en avant dans les programmes électoraux.

C’est pourtant un enjeu auquel sera forcément confronté le ou la future maire de Strasbourg.

Que proposent les listes ? Revue d’effectif.

Catherine Trautmann (PS, Faire Ensemble Strasbourg)

    Création d’un fond de 500 000 euros pour des nouvelles réponses collectives à inventer.Création d’une consigne solidaire accessible 24h/24, avec des casiers assignés pour un an, dans des espaces dotés de bornes de recharge de téléphones portables et de distributeurs de produits hygiéniques.Soutien aux lieux d’accueil de jour pour les jeunes, notamment migrants de 16 à 25 ans, leur assurant information et accompagnement en droit, santé, formation, apprentissage de la langue.Création d’une plateforme numérique d’information à destination des habitants qui souhaitent accompagner et soutenir les migrants et les personnes sans-abris.Renforcement de l’accompagnement des publics migrants dans l’apprentissage de la langue, l’accès aux droits, l’inclusion par le sport, la culture, etc.

Jean-Philippe Vetter (LR, Un nouveau souffle pour Strasbourg)

    Créer un Centre intercommunal d’action sociale, pour coordonner et développer une vision globale sur l’ensemble de l’Eurométropole.Augmenter le nombre des travailleurs sociaux pour l’accompagnement des personnes hébergées, car les services sont complètement saturés. Un meilleur accompagnement des sans-abris et un sérieux travail de suivi pour leur permettre de trouver un toit pérenne au travers de la réinsertion. Nous prioriserons dans un premier temps les Centres d’hébergement et de réinsertion sociale qui existent sur Strasbourg.Développer et soutenir les réseaux d’aide Alimentaire, vestimentaire, être à l’écoute de la réalité du terrain. Soutenir les nombreuses structures qui œuvrent à reloger les sans-abris ou qui effectuent des maraudes.

Alain Fontanel (LREM, 100% Strasbourg)

    La création de nouveaux lieux d’hébergement d’urgence, la création d’un centre d’accueil de jour et la mise en place d’un réseau de familles d’accueil pour les migrants. Une augmentation des capacités d’accueil d’urgence des femmes victimes de violences et de leurs enfants.La création de places dans les foyers d’hébergement d’urgence destinées à accueillir des personnes accompagnées d’animaux domestiques.

Jeanne Barseghian (EELV, Strasbourg écologiste et citoyenne)

    Ouverture de 500 places en appartement et avec accompagnement par la municipalité, sur le modèle des 100 places ouvertes lors du mandat.Ouverture de 50 places pour les femmes et enfants victimes de violences.Retrait de l’arrêté anti-mendicité.

Hombeline du Parc : (RN, Rassemblement pour Strasbourg)

    Interdiction de tout début de campement sauvage de migrants Poursuite d’ouvertures de places en foyers moyennant un travail pour la collectivité, d’intérêt général, notamment dans le domaine écologique. Favoriser, en priorité, nos compatriotes vulnérables dans l’obtention de places en foyer. Fin des subventions aux « associations immigrationnistes » Appliquer avec fermeté, voire développer, l’arrêté anti-mendicité agressive. Étudier plus sérieusement la question des animaux de compagnie dans les foyers pour sans-abri.

Kévin Loquais (LFI, Strasbourg en commun)

    Mise en place d’un service social municipal aux migrant.e.s à Strasbourg : un accès à un logement digne, aux transports publics, à la scolarité des enfants, un accès sanitaire aux malades et souffrants, un accompagnement pour les démarches administratives.Mise en place d’un plan d’urgence pour un accueil digne des sans-abris, en y associant celles et ceux qui les accompagnent au quotidien.Ouvrir le nombre de places nécessaires pour ne plus avoir personne à la rue.Encourager l’accueil des personnes sans-abris accompagnées d’animaux dans les centres de jour et de nuit. Soutien à l’hébergement citoyen solidaire Renforcement et développement de centres d’accueil pour les mineurs isolés, notamment en cas de rupture familiale des mineurs LGBTI+. Soutien au projet de l’Hôtel de la rue Retrait de l’arrêté anti-mendicité.

Chantal Cutajar (Citoyens Engagés, Agissons ensemble protégeons chacun) :

    Conversion de 3 parkings du centre-ville élargi (Austerlitz, Nouvel hôpital civil, Broglie ou Kléber) en « Hôtel pour sans-abris ».Collecte quotidienne auprès des restaurants, magasins, marchés et producteurs locaux, et création de surfaces de mise à dispositionDistribution quotidienne aux plus démunisAllocation de 1000€/mois aux plus précaires (sans-abris, allocataire RSA, étudiants précaires)
Campement Ducs d'Alsace
11 campements de sans-abri, évacués par la suite, se sont formés à Strasbourg entre l’été 2017 et octobre 2019. Photo : Rue89 Strasbourg

#Enjeux2020 – Sans-abri : l’humanisme rhénan à l’épreuve des faits

#Enjeux2020 – Sans-abri : l’humanisme rhénan à l’épreuve des faits

Des centaines de personnes dorment à la rue à Strasbourg, en dépit de plusieurs initiatives de la municipalité. Les associations espèrent un sursaut via les candidats. Récemment, ce sont plutôt les squats autogérés qui ont permis d’atténuer le phénomène.

« Sortir du jeu de ping pong », telle a été la formule souvent invoquée par Roland Ries sur la question des sans-abris pendant le mandat. Le maire a invoqué « l’humanisme rhénan » de la Renaissance pour justifier une action volontaire de sa municipalité.

Cette ambition du maire a rapidement connu un obstacle majeur. En 2016, une crise s’est ouverte lorsque le président du conseil départemental du Bas-Rhin, Frédéric Bierry (LR), a coupé brutalement l’aide aux associations de Solidarité, soit 640 000 euros.

L’élu de Schirmeck renvoyait alors à la responsabilité à l’État. Sa collectivité se concentre en effet sur ses obligations concernant l’aide aux Mineurs Non-Accompagnés (MNA, 400 individus et un budget de 10 millions d’euros selon le CD67) ou les mères et enfants sans ressource (200 personnes et un budget de 2 millions d’euros).

Car loger les personnes à la rue est du ressort de l’État. Il a d’ailleurs augmenté ses places ces dernières années dans le Bas-Rhin, pour dépasser les 9 000 par an en 2019. De nombreuses structures sont réparties à Strasbourg et dans les environs. Des places ouvertes l’hiver sont ensuite pérennisées. Le débat pourrait s’arrêter là en campagne électorale. Mais les choses ne sont pas si simples. Des riverains tantôt excédés ou solidaires interpellent leurs élus locaux, les adjoints de quartier, voire le maire, tous sensibles à la pression électorale. Idem pour les associations de solidarité confrontées à la misère.

La fondation Abbé Pierre mobilise les candidats

La fondation Abbé Pierre estime aussi que les maires peuvent jouer un rôle prépondérant. En janvier 2020, elle a soumis aux candidats une « Déclaration des Droits des personnes sans-abris » de 14 articles. Dans une tribune au JDD, 135 têtes de liste et colistiers se sont ainsi engagés à les mettre en oeuvre. Parmi les préconisations : le droit à un logement bien sûr, mais aussi la fin du mobilier anti-SDF, le droit d’utiliser l’espace public et les bâtiments inoccupés, la non-destruction des biens des sans-abri, l’absence de contraintes et menaces.

Ces promesses seront suivies par un comité indépendant, comprenant notamment des personnes à la rue. À Strasbourg, Jeanne Barseghian et Syamak Agha Babaei, numéros 1 et 2 de la liste écologiste ont signé ce texte.

Les 100 places, grande réalisation volontaire

La création volontaire de 100 places en appartements financées par la municipalité constitue la principale action du mandat 2014-2020. La vente de vieilles actions Danone héritées de la Laiterie a permis de financer cette mesure. Les logements ont été occupés en quelques semaines. La demande émanait du conseiller municipal Syamak Agha Babaei, par ailleurs en charge de l’hébergement d’urgence à l’Eurométropole.

À l’époque de ce débat, en novembre 2017, associations et spécialistes estimaient que l’ouverture de 500 places permettait de proposer une solution à chaque personne à la rue à Strasbourg. Mais depuis le phénomène s’est amplifié.

La semaine du 9 au 15 décembre, 835 personnes ont demandé une place au 115. Moins de 250 (30%) ont eu une proposition. Et encore, ces chiffres ne prennent pas en compte ceux qui n’appellent pas. Cette statistique ne couvre pas les 500 personnes qui ont trouvé un toit dans les deux grands squats ouverts à l’été 2019, rue Bugatti à Eckbolsheim et à « l’Hôtel de la rue » à Koenighsoffen, ainsi que dans de plus petits lieux, moins connus.

Les paradoxes d’un mandat

Mardi 14 janvier, lors deuxième report de l’audience pour « occupation illicite » de l’Hôtel de la rue, les bénévoles et soutiens du lieu avaient les traits tirés. Ils étaient remontés contre la municipalité. Début janvier, un petit squat qui menaçait de s’écrouler à Neudorf avait été évacué. Le vendredi soir, l’adjointe aux Solidarités Marie-Dominique Dreyssé (EELV) ne voyait d’autres solutions pour le week-end que… l’Hôtel de la Rue. Le même lieu public contre lequel la municipalité mène une procédure d’expulsion.

Cette situation tendue illustre le paradoxe des deux derniers mandats. Strasbourg a beaucoup construit, plus de 3 000 logements par an depuis 2010, mais a toujours autant de monde à la rue.

De plus, Strasbourg n’échappe pas à l’urbanisme anti-SDF. Clôtures, grillages, barrières, parcs fermés, blocs de béton ont suivi les évacuations à répétition des camps de sans-abris, 11 depuis octobre 2017. Le dernier date d’octobre 2019.

Le suicide de Habib

L’augmentation du nombre de sans-abris est notamment liée aux demandeurs d’asile venus d’Europe de l’Est. Le Bas-Rhin enregistre 3,7% des demandes faites en France alors que son territoire contient 1,7% de la population française. En 2019, la Préfecture a dû traiter 4000 dossiers, soit 30% de requêtes de plus qu’en 2014.

La situation a connu un tournant dramatique avec le suicide de Habib, un sans-abri afghan de 21 ans au printemps 2019. Par la suite, les associations de solidarité ont réclamé « des mesures d’urgence » en dénonçant une « politique délibérée » dans un courrier commun. Les 14 signataires ciblaient surtout l’État, mais un appui du maire de la principale ville de la région est toujours un soutien précieux. Le collectif Grain de Sables recensait 27 morts dans la rue fin novembre 2019.

Christian Bonardi, du collectif « D’ailleurs nous sommes d’ici », voit quelques améliorations dans les manières de fonctionner. Mais la situation n’est pas satisfaisante selon lui :

« La mairie et la Préfecture se reposent désormais sur les deux grands squats pour se défausser de leur inaction. Or, la vie et l’organisation sur place y sont difficiles. Concernant les camps de migrants, de l’eau et des toilettes sont désormais apportées un peu plus vite quand il y a une médiatisation, mais cela reste lamentable. Les évacuations, tôt le matin et expéditives, se passent un peu mieux, avec moins de destructions de tentes et d’objets. Mais la mairie n’utilise jamais son pouvoir de réquisition pour les logements vides depuis des années. »

Malgré des efforts de la Ville et de la Préfecture, les estimations de personnes à la rue à Strasbourg augmentent. Photo : Visual Hunt / Public Domain

À la recherche d’un meilleur ciblage

Dans ses actions, la Ville a essayé aussi de mieux cibler les différentes situations : familles, migrants, ressortissants Français, etc. En novembre 2017, la Loupiote, un accueil de jour pour les familles a ouvert dans le quartier Gare. En mai, 114 familles soit 439 personnes y ont été reçues.

Au total, la Ville de Strasbourg a consacré 3,2 millions d’euros pour les plus démunis en 2019. Via son Centre communal d’Action social (CCAS), la Ville compte deux centres d’hébergement de 115 lits à la Krutenau et près de la gare. En 2018, ces deux établissement ont permis à 1664 hommes de se loger. Ces structures d’hébergement comptent des places pour des « hommes vieillissants ».

À la salle de consommation de drogue à l’hôpital, 10 places d’hébergement d’urgence seront créées d’ici la mi-2020, pour les personnes avec des addictions.

Dans le même ordre d’idée, « L’îlot » au Port du Rhin peut accueillir 10 personnes grands précaires, avec addiction et animaux de compagnie. Une extension à 15/20 places est envisagée.

Autre réalisation d’ampleur, à l’initiative d’un promoteur mais rendue possible par la mairie, celle de l’Odylus. Ce premier centre d’hébergement temporaire à Strasbourg accueille 80 personnes, demandeurs d’asile et de « droit commun » (Français et personnes en règle) confondus, le temps du chantier de reconversion de la clinique Sainte-Odile. Un mode de fonctionnement qui sera peut-être répliqué sur de futures opérations immobilières.

Des mesures amorcées ou à venir

Début 2020, la plateforme FAC’il a été mise en ligne suite à un marché public attribué à l’association Habitat et Humanisme. L’objectif est de rassurer des propriétaires privés avec la garantie d’un loyer versé par l’association et un abattement fiscal. Au 19 février, elle a permis une dizaine de contacts, ainsi que la location de trois appartements.

« Nous avons davantage de propositions en T2 et T3, souvent après des mauvaises expériences de propriétaires. La situation à Strasbourg fait qu’il y a beaucoup de besoins sur les petits studios et les grands appartements, qui sont plus rares. », explique Noémie Kaps, chargée de communication pour la FAC’il. La plateforme espère proposer 100 places fin 2020.

Enfin, la Ville s’est intéressée aux personnes qui refusent l’aide proposée. Quelques solutions ont émergées comme un hébergement transitoire, en caravane ou mobil home, avant d’entrer en logement. Les futurs bénéficiaires sont connus. Les modalités techniques et financières sont en cours d’étude.

L’avenir de ces projets amorcés dépendra entres autres de l’ambition que leur donneront la municipalité élue en mars.

Le collectif « En Marge » compte interpeller les candidats sur leurs programmes à l’occasion de la nuit de la Solidarité, la première à Strasbourg qui se tiendra entre le 3 et le 4 mars.

À Plobsheim, l’Eurométropole déroule un tapis vert pour Europa-Park

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Municipales : quel budget pour les candidats à Strasbourg ?

Municipales : quel budget pour les candidats à Strasbourg ?

De 260 000 euros, en grande partie remboursés, à quelques milliers d’euros à perte. Les listes candidates aux élections municipales disposent des moyens très différents. Rue89 Strasbourg a comparé les dépenses engagées ou estimées par chacune des équipes.

« On estime la campagne électorale à Strasbourg à environ 200 000 euros. Mais qu’est-ce que les listes font avec tout cet argent ? », se demande Pascale Hirn, membre de l’Union Populaire Républicaine (UPR). À Strasbourg, commune de 280 966 habitants, le maximum de dépenses autorisées avant le premier tour est de 267 250 euros. Il est de 357 060 euros pour les candidats qualifiés au second. Si une liste obtient 5% des suffrages exprimés au 1er tour, l’État rembourse à hauteur de 47,5% du plafond de dépenses autorisées, soit 170 000 euros.

Emprunts, dons, participation des partis nationaux et apports personnels…Les moyens de financement de la campagne sont nombreux, mais encadrés par des règles strictes. Une fois la campagne achevée, la Commission nationale des comptes de campagne (CNCCFP) vérifie le respect de ces règles. Selon elle, en 2014 un peu moins de 4 % des comptes ont été invalidés en France.

Discrimination des petits candidats

Créditée de 1% d’intentions de vote lors du seul sondage public, la tête de liste pro-Frexit Pascale Hirn compte « user avec parcimonie de l’argent ». Le financement se fera uniquement sur la base de dons faits au parti national (UPR) et répartis entre les villes qui présentent une liste. Pascale Hirn fait donc avec les moyens du bord :

« Je vais au marché avec d’anciens tracts d’information sur l’écologie, les communes, les grandes orientations de politique économique. Il y a aussi pas mal de jeunes dans l’équipe qui disent que c’est mieux de passer par Internet. »

Ainsi, la tête de liste envisage de n’imprimer que 500 tracts pour 110 euros, qu’elle financera elle même une fois la liste déposée. Enfin, l’UPR s’est engagée à financer les deux affiches officielles ainsi que les bulletins de vote : « On imprimera 10% de bulletins, qu’on déposera nous-même dans les bureaux de vote. » 

Campagne politique… et financière

Pour Mathieu Le Tallec, la campagne est « discriminatoire pour les petits candidats ». Le candidat du Parti ouvrier indépendant démocratique (POID) explique la situation compliquée de sa formation :

« Nous n’avons pas de subventions, pas de moyens, nous nous basons uniquement sur le financement militant. On mène donc une campagne financière en même temps qu’une campagne politique. »

Premier frein selon la tête de liste ouvrière, le matériel électoral (bulletins de vote, profession de foi) dont le prix dépend du prestataire (imprimeur) choisi par chacun des candidats. L’Etat ne rembourse ces dépenses qu’à posteriori selon les modalités de l’article R. 39 du code électoral et seulement si la liste obtient au moins 5%. « L’Etat devrait prendre ces frais en charge. De notre côté, nous pensons demander aux électeurs d’imprimer chacun leur bulletin de vote sur Internet », regrette Mathieu LeTallec.

Chantal Cutajar revendique l’absence de soutien d’un parti national : « Nous sommes une liste citoyenne », rappelle la tête de liste « Citoyens engagés ». Le budget prévu est de 100 000 euros, constitué d’emprunts répartis parmi les membres de la liste. Le mandataire financier compte 10 000 euros de dons à la mi-février. 

« Égalité Active » : les économies personnelles d’entrepreneurs

« Il faudrait qu’on ait tous la même enveloppe pour que ce soit équitable », affirme Patrick Arbogast, pour son mouvement « Égalité Active ». L’entrepreneur se présente comme le candidat des quartiers et finance presque la totalité de sa campagne grâce à ses économies personnelles, soit 70 000 euros : « C’est par conviction que je m’engage. Les jeunes des quartiers ne croient plus en rien, j’ai des projets concrets pour eux, pour tout de suite », affirme le candidat.

Sans parti ni élus derrière lui, Patrick Arbogast préfère ne pas solliciter ses colistiers. Néanmoins, il estime la participation globale des entrepreneurs présents sur sa liste à environ 20 000 euros. À ce sujet, la CNCCFP est intransigeante : seules les personnes physiques peuvent verser un don. Ce qui exclut les collectivités, les entreprises et les associations. Un entrepreneur pourra donc seulement participer en son nom propre. Par ailleurs, tout versement d’un membre de la liste après dépôt de la liste en préfecture est considéré comme un apport personnel du candidat et n’ouvre pas à une réduction fiscale, contrairement au don.

LREM : dons, prêt personnel et gadgets

Généralement, les candidats qui prennent plus de risques sont ceux qui sont à peu près sûrs d’obtenir les 5% au premier tour. Le candidat LREM Alain Fontanel a ainsi contracté un prêt personnel de 170 000 euros, soit la somme remboursée par l’État.

Sa liste a tablé sur un budget global de 260 000 euros pour l’ensemble de la campagne. Ils espèrent donc atteindre 90 000 euros de dons. La liste LREM a également mis en vente quelques gadgets (tote bag en tissu, pin’s) : « Le produit des ventes est assez minime d’autant que nous n’en avons pas vraiment fait la promotion », affirme le directeur de campagne Julien Midy. La liste ne devrait pas faire appel à la participation du parti national :

« Pour l’instant on a réussi a l’éviter. On ne l’avait pas exclu a priori, mais on préférerait pouvoir s’en passer. »

Pas de soutien financier de la France insoumise

Même discours du côté de la liste « Strasbourg en commun » qui n’a pas demandé de soutien financier à La France Insoumise. Kevin Loquais, 29 ans, a fait un apport personnel de 5 000 euros : « Ce sont les économies que j’ai réussi à réaliser lors de mes différents emplois-étudiants et lorsque j’étais salarié d’une association d’éducation populaire », explique la tête de liste. La liste alliée à Génération.s et au collectif Peps table sur un budget de moins de 30 000 euros, acquis grâce à des prêts personnels à Kevin Loquais (de 2 000 euros en moyenne) et des dons : 

« On ne sait même pas si on va tout dépenser, l’idée est de convaincre un maximum de gens en dépensant le moins. »

Selon le mandataire financier, Luc Huet, les dons sont en moyenne de 200 euros. Ils représentent pour l’instant environ 10% de la totalité du budget. 

Emprunt personnel, soutien logisitique d’EELV, dons…

Jeanne Barseghian, tête de liste « Strasbourg écologiste et citoyenne », a fait un emprunt de 150 000 euros en son nom propre, cautionné par douze personnes – pas forcément sur la liste – à hauteur de 12 500 euros. Le parti ne souhaite pas communiquer le montant des dons « les chiffres étant provisoires. » La liste a reçu un don de 500 euros du Parti communiste et le soutien logistique de EELV au début de la campagne : 

« Concrètement, lorsque nous n’avions pas encore de tête de liste ni de mandataire financier, Europe Ecologie les Verts (EELV) a signé le contrat de bail pour le local de campagne, ainsi que les contrats d’embauche des salariés. Le parti a également avancé les frais (5 000 euros). Une fois que nous avions un mandataire financier cela a été refacturé à l’équipe de campagne. »

Jeanne Barseghian

Emprunts et contribution des colistiers côté PS

Côté PS, l’ancienne tête de liste, Mathieu Cahn, a emprunté 134 000 euros. La fédération du Bas-Rhin complète avec, d’une part, un prêt de 36 000 euros pour atteindre le plafond de remboursement et de l’autre une contribution ferme, composée notamment de la participation facultative des colistiers. Le montant de cette dernière dépendra des dépenses engagées : « La contribution définitive c’est quand on dépasse le plafond remboursé par l’Etat », explique Caroline Barrière, 7ème sur la liste et co-directrice de campagne « Faire ensemble Strasbourg ».

La liste compte également sur les dons de particuliers : « Il y a une vrai tradition de dons chez le militant PS », affirme Pernelle Richardot, première secrétaire fédérale du PS du Bas-Rhin. À la mi-février « Faire ensemble Strasbourg » compte entre 20 000 et 30 000 euros de dons. 

Un Rassemblement national peu disert

Enfin le Rassemblement National, qui n’a pas souhaité rentrer dans les détails malgré nos relances, affirme simplement que :

« Le financement de notre campagne sera un mix d’apports personnels des candidats, d’un ou des prêts personnels de militants et d’élus et éventuellement de petits dons. (…) La somme devrait être comprise entre 20 et 40 000 euros maximum. »

La somme engagée est limitée pour le parti dont l’objectif à Strasbourg est simplement de garder ses deux élus d’opposition, voire d’en obtenir un peu plus.

La liste Les Républicains ne répond pas

La liste « Les Républicains » de Jean-Philippe Vetter quant à elle, n’a tout simplement pas répondu à nos questions. L’ouverture d’un grand local place Saint-Étienne, de Carnets Bleus pour recueillir des avis d’habitants, de tracts ciblés pour certains quartiers montre néanmoins que le parti de droite investit dans cette élection.

Principal budget : la comm’

De l’avis de tous les candidats, le poste le plus gourmand est celui de la communication. Patrick Arbogast dépense la quasi-totalité de son budget pour la communication, soit 70 000 euros. Il a fait appel à deux agences de communication qui s’occupent d’organiser les réunions, de produire et diffuser les vidéos, les photographies… La tête de liste « Égalité active » a deux directeurs de campagne : un homme et une femme.

Le budget de « Strasbourg en commun » est principalement utilisé pour le matériel de communication, les tracts, les affiches, la location de salle, le site internet et les remboursements des déplacements des militants.

Julien Midy affirme que pour LREM et ses alliés, « il faut compter deux tiers de dépenses de communication et le dernier tiers qui se répartit entre le local de campagne (environ 2 000 euros/mois sans les charges), l’organisation d’événements, de réunions publiques et les dépenses de personnels – un salarié, lui même- ainsi que des frais financiers » 

Pour le PS, ce qui coûte le plus cher, ce sont les impressions. La liste compte en effet entre 50 000 et 60 000 euros de tracts et programmes. Les deux co-directrices de campagne étant élues, aucun salarié dédié à la campagne n’est rémunéré : 

« Nous avions recruté une personne au niveau de la fédération du Bas-Rhin qui aujourd’hui travaille une partie de son temps pour les élections. Le compte de campagne remboursera donc une partie de son salaire. »

Caroline Barrière, colistière et directrice de campagne

Le PS utilise aussi les services d’une agence de communication. La liste de Catherine Trautmann préfère ne pas révéler le montant du loyer de leur local, rue de la Division-Leclerc :

« C’est forcément un peu plus cher que ce qu’on a payé sur d’autres élections, mais c’est très bien placé et ça remplace un certain nombre d’affiches qui vont être détruites. » 

De son côté, Chantal Cutajar compte 90% de budget communication et fait appel à des travailleurs à leur compte pour gérer la campagne. La liste a fait le choix de ne pas avoir de local de campagne.

Jeanne Barseghian, emploie une personne à temps complet pour la coordination, une personne polyvalente à mi-temps et une directrice de campagne à son compte. « Une agence de communication s’occupe de la conception et de la réalisation des supports de campagne ainsi que des conseils en stratégie de communication », affirme la candidate. Pour la liste « Strasbourg Ecologiste et citoyenne », la communication est le poste le plus coûteux (35% du budget), suivi par les salariés et enfin le local dont le loyer s’élève à 2 800 euros par mois. 

Frilosité des banques 

Il est obligatoire pour tout candidat d’avoir un compte de campagne, mais cela n’est pas possible dans toutes les banques. La plupart des listes regrettent la frilosité des établissements financiers. Ainsi, Mathieu Le Tallec a dû négocier avec une dizaine de banques avant d’en trouver une qui accepte de ne pas faire payer l’ouverture du compte.

La liste citoyenne de Chantal Cutajar a également eu des difficultés à emprunter : « Au départ, je pensais faire un prêt global en mon nom, mais nous n’avons pas trouvé d’établissement financier, même pas ma propre banque. » C’est pour cela, affirme la candidate, que la liste a opté pour une répartition de l’emprunt entre plusieurs colistiers. 

Jeanne Barseghian indique qu’elle n’a pas spécialement eu de problème pour l’ouverture d’un compte et le prêt : « Mais cela n’aurait pas été possible sans les garanties des cautionnaires », affirme-t-elle. Au PS, la banque a limité l’emprunt à 134 000 euros. « Le fait que ce soit plus difficile avec les banques participe à plus de sobriété », pense pour sa part la directrice de la campagne socialiste Caroline Barrière.

Mais Luc Huet de « Strasbourg en commun » n’est pas d’accord, il dénonce l’inégalité entre les candidats :

« Une campagne coûte de l’argent. Les deux façons de se faire financer facilement c’est les dons et le prêt de la banque. Or le prêt favorise une tête de liste qui va pouvoir montrer sa capacité d’emprunt, tandis que les dons favorisent les plus fortunés qui profitent ainsi de la réduction d’impôts de 66%. A contrario, quand on va défendre les quartiers, il y a des tas de gens qui ne payent pas d’impôts et qui ne sont donc pas concernés par la déduction fiscale. »

Selon Julien Midy, la problématique de l’équité est une vraie question démocratique : « Le prêt bancaire est très exigeant (…) effectivement pour les plus petites listes c’est plus compliqué. L’Etat devrait être garant », affirme -t-il. Pour le PS, il n’y a pas de faille démocratique, mais plutôt un garde-fou de la démocratie : « Quand on veut défendre ses idées ont peut aussi se rapprocher d’autres et essayer de se réunir. Tout autoriser c’est aussi faire de la dispersion massive. Est-ce-que la démocratie gagne a la dispersion massive ? Je ne sais pas », conclut Caroline Barrière. 

Pratiques mafieuses à Eyyub Sultan, la réponse d’Eyup Sahin et Lokman Arslan

Pratiques mafieuses à Eyyub Sultan, la réponse d’Eyup Sahin et Lokman Arslan

Suite à la parution de notre article sur les pratiques mafieuses à la tête de l’association gérant la mosquée Eyyup Sultan, le président du mouvement Millî Görüs pour l’Est de la France Eyup Sahin et le responsable régional de la jeunesse, Lokman Arslan, nous ont fait parvenir un droit de réponse.

Nous sommes responsables d’associations de la mouvance Millî Görüs. Monsieur SAHIN préside la CIMG EST et l’association « Vision » (activités éducatives). Monsieur ARSLAN est responsable de la jeunesse. Le 8 novembre 2019, vous avez publié un article « Vol, menace et extorsion de fonds : les pratiques mafieuses du président de la mosquée Eyyub Sultan. » Nous y sommes accusés à tort de délits et d’autres conduites blâmables.

Lors de cette publication, la plainte de la « victime » était déjà classée sans suite par le procureur, suite à une enquête policière fouillée en 2018 où toutes les parties furent entendues. L’article, incompréhensiblement, minimise ce refus de poursuivre. Dans l’article, la « victime » est affublée du pseudonyme Ercan, comme s’il fallait le protéger. La coquetterie du pseudonyme est grotesque, puisque nous connaissons évidemment l’identité d’Ercan.

Ercan fut un responsable de Millî Görüs. En 2015 et 2016, il fut chargé de la section étudiants. Ses parents furent également des responsables. Son père fut chargé du pèlerinage, sa mère de l’éducation féminine.

Fin 2015, Ercan se rapprocha de Monsieur SAHIN. Il proposa un projet de tutorat pour universitaires, sous l’égide de la CIMG (Vision), mais qui serait géré par sa propre société. Depuis 2013, Vision organisait ce genre de cours. Ercan, inconnu du public, voulait insérer son projet dans notre structure.

S’ensuivirent des échanges nourris entre Monsieur SAHIN et Ercan, qui lui transmit des documents précisant le projet (étude de dépenses, brochure publicitaire avec le logo de la CIMG, des plans détaillés). Dans un plan transmis le 28 janvier 2016, Ercan écrit en turc : « … l’argent que nous gagnons sera transféré à la CIMG ».

Il fut donc accordé que Vision louerait un local, en en délégant la gestion à Ercan. Les prestations se feraient au nom de la CIMG, avec un partage des bénéfices. La comptabilité serait communiquée à Vision.

Vu notre confiance en Ercan et ses parents, et nos échanges écrits, Vision loua un local qu’elle mit à la disposition d’Ercan. On prévit de signer vite un sous-bail, et de rédiger un document formalisant nos rapports. Devaient y figurer la formule de répartition des bénéfices, et l’obligation d’Ercan de fournir sa comptabilité.

Or une fois installé, Ercan se mit aux abonnés absents. Il refusa de rencontrer Vision.

En novembre 2017, nous pûmes finalement avoir Ercan en face. Nous eûmes plusieurs réunions en présence de ses parents, qui reprochèrent à leur fils sa conduite. Lorsqu’Ercan signa une reconnaissance de dette, son père était présent. Ce dernier l’insulta à la sortie.

Nous demandâmes à Ercan de signer la reconnaissance, non pour fixer un loyer exagéré, mais pour récupérer les bénéfices dont Vision fut privée. Le montant fut fixé d’après les prévisions qu’Ercan nous avait transmises. Le paiement fut étalé pour lui donner des facilités de paiement. Ercan devait communiquer sa comptabilité, pour préciser sa dette. Vision dit qu’elle rembourserait toute perte. Or sa comptabilité ne fut jamais transmise et la plupart des chèques furent bloqués.

Nous pourrions agir en justice. La police nous l’a suggéré. Or l’islam enseigne la miséricorde. Nous sommes sensibles à la souffrance des parents d’Ercan. Nous espérons que lui-même reconnaîtra un jour ses erreurs.

Eyup Sahin, président de la CIMG EST et de l’association Vision
Lokman Arslan, Responsable régionale de la jeunesse

« Parler » : un groupe pour libérer la parole des victimes de violences sexuelles à Strasbourg

« Parler » : un groupe pour libérer la parole des victimes de violences sexuelles à Strasbourg

Trois Strasbourgeoises viennent de créer une antenne alsacienne de l’association « Parler ». Leur objectif : organiser des réunions pour permettre aux victimes de violences sexuelles d’être « accompagnées, de la prise de parole au dépôt de plainte, et après. »

Se sentir en confiance, trouver les mots justes, s’encourager les unes les autres, être accompagnée du dépôt de plainte jusqu’à la fin d’une procédure judiciaire… Voici quelques exemples des objectifs de l’association « Parler », qui organise des réunions à destination des victimes de violences sexuelles. Déjà présente dans une dizaine de villes en France, la structure dispose désormais d’une antenne à Strasbourg.

Les mains des participantes strasbourgeoises symbolisent la sororité (solidarité entre femmes) qui facilite les témoignages des victimes de violences sexuelles. Photo : Document remis

« Des gens qui m’écoutaient »

Lucile et Alexia font partie des trois bénévoles. Elles ont toutes les deux participé à des groupes de parole par le passé. Les deux femmes de 21 et 28 ans soutiennent cette forme de « thérapie collective ». Elles ont donc décidé d’organiser ces réunions autour des violences sexuelles à Strasbourg. Deux rencontres ont rassemblé une dizaine de personnes en janvier, puis en février. Les suivantes se tiendront le 21 mars et le 18 avril. L’indication du lieu est réservée aux participantes.

Alexia a souffert de violences sexuelles pendant son enfance. Ancienne habitante de Lyon, elle a participé aux réunions lyonnaises de « Parler ». L’étudiante raconte l’effet bénéfique de ces échanges :

« Dans mon entourage, personne ne m’a cru quand j’ai raconté ce que j’ai vécu. En allant à ces réunions, j’ai trouvé des gens qui m’écoutaient, me soutenaient. Le groupe de parole m’a permis de sortir de mon statut de victime, pour trouver la force en moi de dire ce qui m’était arrivé, de déposer ce poids. »

« On a aussi eu des fous rires »

« Je te crois, tu n’y es pour rien. » C’est ce type de phrase qui peut faire la différence dans un groupe de parole, selon Lucile, salariée dans le domaine des ressources humaines. Elle raconte aussi la disparition du sentiment de culpabilité lors des échanges :

« Le vécu commun des participantes annule la honte. Et il permet aussi de sortir du stéréotype de la victime, qui a peur tout le temps, pour évacuer toute la pression. On a aussi eu des fous rires pendant la première réunion. »

Sandrine Rousseau, une figure de combativité

L’ancienne porte-parole du parti Europe Ecologie Les Verts (EELV) Sandrine Rousseau est à l’origine de cette association. Après avoir porté plainte contre l’ancien député Denis Baupin pour harcèlement sexuel en mars 2017, la femme a pris conscience de l’importance d’être entourée de personnes ayant traversé des épreuves similaires :

« Quand on est victime, on est toujours face à des professionnels. On n’a plus d’espace de liberté pour échanger, rire, pleurer. J’ai été confrontée à tout ce que ça impliquait de parler, toute la violence qu’on subit. La société nous renvoie régulièrement à la culpabilité par plein de questions innocentes : Pourquoi tu lui as pas mis une baffe ? Pourquoi tu n’es pas partie ? Toutes ces questions s’adressent à la victime, pas au violeur. À la fin, la victime se sent coupable. Je ne sais pas comment on peut arriver à tenir ça seule. On a besoin des copines, d’en parler et d’être écoutée. C’est déjà beaucoup de se sentir comprise. »

Victime d’un viol, elle raconte : « La brigade des mœurs a complètement merdé »

Victime d’un viol, elle raconte : « La brigade des mœurs a complètement merdé »

Par deux fois, Manon a tenté en vain de porter plainte pour un viol conjugal auprès de la brigade des mœurs de Strasbourg. Ce n’est qu’en mars 2019 que la jeune femme est entendue… par la Police Judiciaire de Paris. L’accusé a été reconnu coupable d’agression sexuelle en janvier 2020.

« Pouvez-vous me confirmer que vous ne souhaitez pas déposer plainte ? » Manon (le prénom a été modifié) reçoit ce mail d’une policière de la brigade des mœurs de Strasbourg le 15 juin 2017. Quelques jours plus tôt, l’étudiante en journalisme s’est rendue à l’hôtel de police strasbourgeois pour porter plainte pour viol… sans succès.

L'hôtel de police de Strasbourg
A Strasbourg, Manon a tenté de déposer une plainte pour viol par deux fois… en vain.

Deux tentatives de plainte, deux échecs

C’était la deuxième fois que la jeune femme avait réuni ses forces pour tenter de lancer une procédure judiciaire. Il faut faire face à un inconnu, lui raconter un événement traumatisant, répondre à ses questions… Une deuxième fois de suite, elle est sortie sans plainte déposée. « La brigade des mœurs de Strasbourg a complètement merdé », estime-t-elle aujourd’hui.

En décembre 2016, l’étudiante rentre de soirée en compagnie de son ex-copain. Elle lui précise à plusieurs reprises qu’aucun rapport sexuel n’est envisageable. Pourtant, en pleine nuit, Manon est réveillée par des attouchements au niveau du sexe. Elle sent que Mathias (le prénom a été modifié) l’a pénétré vaginalement avec deux doigts.

La première tentative de dépôt de plainte remonte à février 2017. Manon fait face à l’hôtel de police pendant plusieurs dizaines de minutes. Elle hésite. « On se sent si seule à ce moment-là », se souvient-elle. Puis elle se décide à raconter les faits, leur chronologie, les lieux et les personnes impliquées. Lorsque le policier demande le nom de l’accusé, Manon se met à pleurer. L’agent coupe court à l’entretien : « Vous n’êtes pas prête, je ne vais pas prendre votre plainte. »

« Votre plainte ne donnera rien »

Retour en cours, où tous les jours la jeune femme croise son ex. Elle tait le viol subi. Début juin 2017, une amie de Manon se plaint auprès d’elle des avances insistantes de Mathias. Des propositions sexuelles d’autant plus déplacées qu’il la sait en couple. De nombreux refus nécessaires pour qu’il cesse. « Je me suis dit que je n’étais pas allée au bout de ma démarche, raconte la journaliste, je m’en voulais. Je suis donc retournée au commissariat. »

Deuxième tentative, auprès d’une dame cette fois. Manon raconte tout à nouveau. Elle précise bien qu’elle dispose de messages de Mathias avouant « a minima avoir commis une agression sexuelle. »

Mais la brigadière se montre peu encourageante vis-à-vis du dépôt d’une plainte. L’étudiante lui fait confiance lorsqu’elle affirme que « les messages ne font pas de preuves. Ça va être très dur pour vous. Je pense que votre plainte ne donnera rien. » Plutôt qu’une plainte, la brigadière propose « de convoquer l’accusé en off (de façon informelle, ndlr) ».

Une convocation de l’accusé… sans plainte

En juillet, à l’issue de l’entretien avec Mathias, l’enquêtrice rappelle Manon. Elle semble avoir pris fait et cause pour son dernier interlocuteur : « Vous auriez pas un problème de protection avec vous-même ? », aurait demandé la policière. « J’en suis presque tombé par terre, se remémore la journaliste, quand bien même j’aurais un problème de protection, les faits sont les faits. Une femme est victime de viol conjugal. »

Manon a perdu espoir. Dégoûtée par ses expériences du commissariat, elle finit par penser que sa plainte n’est pas recevable. L’étudiante termine son cursus dans une ambiance pesante.

Les SMS dans l’affaire Ramadan

En mars 2019, Manon devient journaliste à Paris. Elle suit avec attention les plaintes visant Tariq Ramadan, islamologue français accusé de viol par plusieurs femmes. « C’est grâce à Christelle (surnom de l’une des victimes, ndlr) que j’ai su que les messages pouvaient faire office de preuve », explique-t-elle. Dans cette affaire, les SMS de Christelle ont en effet permis de prouver que Tariq Ramadan mentait sur la réalité de sa relation avec une des victimes.

A nouveau, Manon pense sans cesse à cette nuit de décembre 2016. Elle culpabilise encore : « Je repense aux victimes de viol, je me dis que je ne vais pas au bout des choses. » Soutenue par sa cheffe et ses collègues de travail, elle prend des conseils auprès d’une avocate puis elle dépose une plainte pour viol à la police judiciaire de Paris. Un an plus tard, la plaignante dit sa reconnaissance envers cette dernière brigadière-chef qui l’a reçue :

« Dès le début, elle m’a rassurée. Elle m’a dit qu’elle n’était pas là pour me juger, qu’elle ne remettra pas ma parole en question, que si elle m’interroge, c’est une simple question de procédure. »

« J’ai repris confiance en la justice et la police »

L’interrogatoire dure 6 heures et demi d’affilée. La brigadière-chef parisienne confirme que les copies de messages peuvent faire office de preuve. Elle s’étonne aussi du comportement de la brigade des mœurs strasbourgeoise, notamment au sujet de cette convocation « en off » de l’accusé… Manon se souvient d’un moment libérateur :

« Grâce à ces 6 heures et demi d’audition, j’ai pu passer une journée sans repenser au viol. Je n’avais plus de culpabilité. J’ai repris confiance en la justice et la police. »

« Ce procès fait partie de moi »

Le 24 janvier 2020, Mathias est reconnu coupable d’agression sexuelle. Jugé à Paris, il est condamné à quatre mois de prison avec sursis et à 4 300 euros de dommages et intérêts. Dans l’entourage de Manon, certains trouvent la peine légère. Pas Manon, dont l’objectif « c’était de dire que cet acte est pénalement répressible. Maintenant, ce procès fait partie de moi, je suis vraiment fière de l’avoir fait. »

Quelques semaines après cette audience libératrice, Manon a déjà pris de la hauteur sur l’issue de l’affaire. Aujourd’hui spécialisée dans les faits-divers, la journaliste sait que beaucoup d’autres femmes n’auraient pas pu obtenir justice :

« Il a fallu avancer les frais d’avocat, j’ai pu le faire parce que j’avais un boulot. Il fallait savoir aussi que les messages pouvaient faire office de preuve. Et puis je pouvais me déplacer pour les rendez-vous. Tout ça ne serait pas arrivé si je n’avais pas fait d’études, si je n’avais pas eu d’argent… »

L’Université fabrique à chômeurs ou tremplin social ? Mercredi soir au CSC du Marais

L’Université fabrique à chômeurs ou tremplin social ? Mercredi soir au CSC du Marais

« L’Université en campagne contre les idées reçues » vous invite mercredi à discuter des préjugés sur… l’Université.

Pourquoi aller à l’Université une fois la bac en poche ? Faut-il privilégier la fac, ou d’autres filières d’études, plus sélectives ou plus courtes et professionnalisantes ? Des questions qui se posent pour les parents, les lycéens ou encore en étant étudiant.

Julien Gossa, maître de conférence en informatique, en reconversion vers les sciences de l’Éducation abordera quatre idées reçues sur le sujet, dont celles-ci :

« Les études d’accord, mais ne va pas dans une filière voie de garage. »
« Il faut une bonne formation pour trouver un bon emploi. »

Résistent-elles à la rigueur de l’analyse scientifique ? Rendez-vous mercredi 19 février à 18h30 au CSC du Marais, 8 rue Touraine à Schiltheim.

Rendez-vous mercredi pour parler études et formation. Photo : Affiche Unistra

Le programme « L’Université en campagne contre les idées reçues » en partenariat avec Rue89 Strasbourg est un programme dans le cadre des « Investissements d’Avenir » de l’Université de Strasbourg.

David Dufresne : « Le tir de LBD sur Lilian fait partie des moments de bascule »

David Dufresne : « Le tir de LBD sur Lilian fait partie des moments de bascule »

Après avoir traqué et publié les violences policières sur Twitter, David Dufresne a publié un roman en octobre 2019. Dernière sommation raconte l’émergence du mouvement des Gilets jaunes et la multiplication des dérives sanglantes dans le maintien de l’ordre français. En partenariat avec Rue89 Strasbourg, la librairie Kléber propose une rencontre avec l’auteur, réalisateur et journaliste indépendant ce samedi 22 février à 15h.

Inlassablement, David Dufresne continue de dénoncer les violences policières. Dès le début du mouvement des Gilets jaunes, en novembre 2018, le journaliste indépendant se met à interpeller le ministère de l’Intérieur sur Twitter avec l’accroche « Allô Place Beauveau ». En octobre 2019, l’auteur publie le romain Dernière sommation. Cette fiction inspirée de l’actualité raconte une « épopée », selon les termes de l’écrivain.

L’ouvrage permet alors de plonger dans une page de « l’Histoire de France », d’après David Dufresne. Après avoir documenté les violences policières, il raconte un mouvement marqué par les mutilations à travers des situations et des personnages empruntés à la réalité, du préfet de police de Paris à la manifestante mutilée, en passant par Etienne Dardel, son alter-ego fictionnel. Ce dernier sera présent à la librairie Kléber samedi 22 février à 15h pour un débat organisé en partenariat avec Rue89 Strasbourg.

Rue89 Strasbourg : Le jeune Lilian, touché par un tir de LBD à Strasbourg alors qu’il ne manifestait pas, a-t-il inspiré l’un des personnages de votre roman ?

David Dufresne : Bien sûr. Quand je parle de cette photo d’un jeune homme qui se tient la mâchoire en sang et qui passe à la télé sur toutes les chaînes d’info, c’est une scène réelle que je décris. Dans le livre, il s’appelle Kévin. Dans la vraie vie, c’est Lilian.

Pour moi, Lilian fait partie des moments de bascule dans l’observation des violences policières. Parce que ce garçon est l’innocence même. Même les justifications les plus odieuses, qui diraient qu’on peut mutiler un casseur, ne s’appliquent pas à Lilian, parce qu’il ne faisait pas partie de la manifestation.

Vous avez rencontré la mère de Lilian. Que vous a inspiré son combat ?

J’ai trouvé une femme absolument magnifique dans son combat, dans sa juste colère. Flaure Diéssé est venue me parler de ce qui c’était passé, de la difficulté pour Lilian à se reconstruire.

« Tout est fait pour que justice ne soit pas rendue à Lilian »

Elle a ceci d’admirable qu’elle reste très combative malgré les courriers froids du parquet, qui lui indiquent le classement sans suite de sa plainte, et le non-travail de l’Inspection Générale de la Police Nationale (IGPN). C’est absolument terrible, d’autant que la scène est extrêmement claire et il y a beaucoup de caméras de vidéosurveillance. Là on est dans un cas exemplaire d’une victime de violences policières pour laquelle tout est fait pour que justice ne soit pas rendue.

Flaure Diéssé m’a aussi parlé des difficultés pour Lilian à se reconstruire. Le traumatisme psychologique chez les victimes de violences policières est une chose peu évoquée dans les médias. Ces derniers ont mis des mois à parler des blessures. Ils mettront des années à parler des suites des blessures. Il y a tout un pan à explorer autour de ces questions : comment vivre après une mutilation ? Une génération de manifestants est marquée.

Des villes comme Strasbourg étaient jusqu’à maintenant relativement épargnées par les violences policières en manifestation. Comment analysez-vous cette évolution ?

Face au mouvement des Gilets jaunes, le gouvernement a choisi de prendre appui sur des policiers de la Brigade anticriminalité (Bac) par exemple. Or, le maintien de l’ordre en manifestation n’est pas leur cœur de métier. Ce sont des gens formés aux violences urbaines, aux émeutes. Ils ont donc une gestion de la foule très agressive, comme si la foule était naturellement hostile. Ce n’est pas le postulat du maintien de l’ordre. On a ainsi fini par apprendre que les gendarmes mobiles utilisaient très peu le LBD. C’est la Bac qui a fait exploser son utilisation.

« Que les violences policières restent dans l’actualité »

Au delà des chefs-lieux classiques de la contestation sociale, comme Nantes, Toulouse ou Paris, on a vu des affrontements dans des plus petites villes comme Quimper. On a en France un équipement généralisé des forces de l’ordre en armes de guerre, c’est-à-dire cataloguées comme telles par le code de la sécurité intérieure. Cet arsenal est utilisé pendant des manifestations par des unités qui ne sont pas toutes formées à leur utilisation, surtout dans des plus petites villes…

Après ses tweets et un roman, David Dufresne prépare un film. Photo : Corinne Morel Darleux

Les violences policières font maintenant partie des sujets traités par les médias français. Certaines institutions comme l’ONU ou le Conseil de l’Europe les ont dénoncées. C’est quoi la suite du combat ? 

Il est évident que depuis la sortie du livre la question des violences policières est devenue plus prégnante. Le ministre de l’Intérieur a été obligé de retirer la grenade GLI-F4, celle qui a mutilé 33 personnes, dont cinq qui ont eu une main arrachée.

Christophe Castaner a ainsi donné raison à ceux, rares, qui expliquaient
que c’était insensé d’utiliser une arme de guerre contre son peuple. On nous riait au nez et maintenant il retire cette arme de l’arsenal des forces de l’ordre… même s’il omet de dire qu’il a remplacé la GLI-F4 par une autre grenade. C’est très rare que le ministre soit obligé de faire ce type d’annonce lui-même.

Mon but, c’est que le débat sur les violences policières reste d’actualité. Je n’ai pas d’autre objectif. Chacun son job. Le mien, c’est de créer les conditions du débat, pour ça il y a les tweets, il y a eu le roman et puis il y aura un film qui sortira au cinéma au printemps. 

11e manifestation contre la réforme des retraites jeudi

11e manifestation contre la réforme des retraites jeudi

L’intersyndicale CGT, FO, Solidaires, FSU demande le retrait de la réforme des retraites, alors que le projet du gouvernement est présenté devant l’Assemblée nationale. Une 11e manifestation est prévue jeudi.

« Le retrait, point. » L’intersyndicale formée par la CGT, FO, Solidaires, FSU et la CNT, ne laisse guère de place pour la négociation. Mais il faut reconnaître que le mouvement d’opposition à la réforme des retraites a débuté il y a trois mois maintenant… Pour continuer à mobiliser les opinions contre la retraite par points, une nouvelle manifestation est programmée jeudi 20 février à Strasbourg.

« Chaque semaine et ce depuis le 5 décembre, des assemblées générales sont tenues sur les lieux de travail, dans les lycées et les universités malgré les diverses pressions. Chaque jour des actions et des initiatives sont organisées dans tous les territoires. Le rejet de la réforme et la détermination d’obtenir le retrait sont intacts et se propagent de manière inéluctable. »

Tract de l’intersyndicale
La mobilisation contre la réforme des retraites dure depuis trois mois. Photo : CM / Rue89 Strasbourg / cc

Parallèlement, les avocats continuent leur grève contre cette réforme, afin de garder leur caisse et leur régime. La plupart des audiences civiles et pénales sont renvoyées, face au refus des avocats de plaider.

Malgré l’échec de la commission spéciale de l’Assemblée nationale, le gouvernement prévoit de présenter son projet de loi devant les députés à partir du lundi 17 février.