Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Municipales : Comme le PS, la droite donne la priorité aux sortants

Municipales : Comme le PS, la droite donne la priorité aux sortants

Comme la liste menée par Catherine Trautmann, « Les Républicains » placent les élus sortants aux avant-postes, avec quelques nouvelles têtes aux côtés de Jean-Philippe Vetter.

Battue de peu, 1 509 voix, en 2014, la liste de droite conduite par Fabienne Keller (UMP à l’époque) avait envoyé 15 élus d’oppositions dans l’hémicycle. Entre-temps, le tsunami de 2017 a fracturé la droite strasbourgeoise.

Six ans plus tard, on retrouve 7 élus sortants aux 9 premières places de la liste « Un nouveau souffle pour Strasbourg », conduite par Jean-Philippe Vetter (« Les Républicains »). Un ordonnancement qui rappelle furieusement celui du PS qui a placé 8 sortants dans son top-11.

Deux nouvelles têtes avec les sortants

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Pourquoi le PS a retiré l’investiture à Mathieu Cahn

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Après l’opération antidrogue, des Elsauviens soulagés : « Les dealers ont le monopole de mon immeuble »

Après l’opération antidrogue, des Elsauviens soulagés : « Les dealers ont le monopole de mon immeuble »

Au cours d’une importante opération antidrogue, les forces de l’ordre ont interpellé 20 personnes à l’Elsau dans la matinée du 11 février. Policiers, gendarmes et membres du Raid ont saisi des produits stupéfiants et de l’argent.

« Ça fait 45 ans que j’habite ici, je n’ai jamais vu une telle intervention », s’étonne Josiane Sattler, habitante du quartier de l’Elsau. A partir de 6 heures du matin, mardi 11 février, les forces de police ont mené une importante opération « anti-stupéfiants » dans le sud-ouest de Strasbourg. Près de 200 policiers, gendarmes et autres membres de l’unité d’élite du Raid ont interpellé 20 personnes. Ils ont aussi saisi des produits stupéfiants « en quantité » ainsi que des sommes d’argent « conséquentes », selon un communiqué de la police nationale du Bas-Rhin.

L’intervention des forces de l’ordre a pris fin en milieu de matinée, le 11 février. Photo : Kévin Gasser / Rue89 Strasbourg / cc

Impliqués dans des trafics de stupéfiants, les 20 individus ont été identifiés par une cellule spécialisée de la police nationale du Bas-Rhin dans le cadre d’une enquête préliminaire.

« Psychologiquement, je ne supporte plus »

Josiane Sattler voit ces interpellations comme « une bonne chose » : « À chaque coin de rue, il y a des vendeurs de drogue. On ne sait même plus où marcher. » Au milieu des immeubles, quatre gamins s’apprêtent à quitter le quartier en voiture. L’un d’eux se marre : « Il reste plus personne de 16 à 20 ans dans le quartier, on est les derniers ! »

Les Elsauviens sont les premiers à pâtir de ce trafic de stupéfiants. Sabrina (le prénom a été modifié) habite dans un immeuble de la rue Cranach. Un individu y a été interpellé ce matin. Selon cette mère de famille, les résidents du bloc subissaient régulièrement des menaces de la part des trafiquants, ainsi que la dégradation des parties communes. Sabrina raconte :

« Je travaille du matin, je n’ai pas vu l’intervention. Mais mon fils de 15 ans a tout vu. Il fallait que ça vienne…Ils dealent et fument dans les caves de l’immeuble. Ils nous regardent de travers dans le hall. Ils ont pris le monopole de l’immeuble. Psychologiquement, je ne supporte plus la situation. J’étouffe. »

Menacés dans leur propre immeuble devenu un « débarras », plusieurs Elsauviens de la rue Cranach avaient porté plainte, dont une pour menace de mort, il y a plus d’un an.

A 11 heures, les gendarmes étaient encore présents rue Martin Schongauer Photo : Kévin Gasser / Rue89 Strasbourg

L’opération a été menée avec le renfort des brigades d’intervention de Strasbourg et de Metz et les antennes du RAID à Strasbourg et à Nancy. Au total, 170 policiers et 12 chiens (dont certains de la police allemande) ont été mobilisés.

Les interpellations et saisies de drogues ont pris fin vers 9h30. En fin de matinée, des camionnettes de la gendarmerie sécurisaient toujours une partie du quartier, entre les rues Martin Schongauer et Mathias Grünewald.

Et si on parlait de politique aux élections municipales ?

Et si on parlait de politique aux élections municipales ?

Chercheur en science politique, Vincent Lebrou interroge la place de la politique parmi les listes candidates aux élections municipales à Strasbourg. Il rappelle que les villes sont les centres du pouvoir de demain.

Les 15 et 22 mars, les Strasbourgeois sont appelés à élire l’équipe qui dirigera la Ville et l’Eurométropole pour les six années à venir. En ces temps marqués par la défiance croissante des citoyens à l’égard du personnel politique, le scrutin municipal fait office d’exception au regard du niveau encore élevé de participation qu’il continue de susciter.

Pourtant, celui qui se déroulera en mars est jugé « illisible » par de nombreux politistes. L’extrême variété des configurations politiques locales rend les résultats peu prévisibles et renforce les effets de déstructuration du paysage politique français, à la suite de l’arrivée au pouvoir d’Emmanuel Macron et de son parti La République en marche (LREM) en 2017.

Cet éclatement se retrouve à Strasbourg puisque quatre listes présentes au premier tour ont fait partie de la majorité municipale sortante. Quatre têtes de listes sur sept, Catherine Trautmann, Jeanne Barseghian, Chantal Cutajar et Alain Fontanel sont issues de la majorité précédente. Face à une telle offre, quelle place le discours politique peut-il encore occuper dans une campagne municipale comme celle qui se déroule à Strasbourg ? 

Innovation, attractivité, compétitivité… Mais quels choix ?

La standardisation à l’œuvre des politiques municipales, désormais davantage occupées par les enjeux « d’innovation, « d’attractivité » ou de « compétitivité » est l’un des traits marquants de la vie politique locale.

Largement, par des logiques marketing qui tendent à invisibiliser voire à dénier toute forme de discours militant ou politique, elles tendent à reléguer tout débat de nature proprement politique. L’obligation de parler au plus grand nombre, de même que la généralisation d’un référentiel de « proximité » qui incite les candidats engagés à sur-jouer le lien affectif qu’ils entretiennent au territoire, renforcent encore cette dynamique.

L’explosion d’images de tractages, de rencontres avec des professionnels, de visites dans tel ou tel quartier, érigés en passages obligés de la campagne de terrain, illustrent cette tendance. L’enjeu principal est alors de ne pas se couper d’une partie de l’électorat et de montrer que l’on est avant tout un acteur de terrain soucieux de l’avenir de son territoire.

Si l’intention est louable, son application elle, n’est pas sans danger pour l’avenir tant elle peut avoir pour effet d’invisibiliser certains enjeux de la vie d’une ville comme Strasbourg.

« Ville juste, » « ville heureuse », « ville de demain… »

Ainsi, de « la ville juste » à « la ville heureuse », en passant par la « ville de demain », le recours à ces mots valises qui caractérise la campagne strasbourgeoise interroge. On peut y voir le signe de la place croissante de la communication politique et l’illustration d’un abandon progressif des idéologies partisanes dans le débat public.

La rationalisation des pratiques militantes, qui veut que le militantisme soit « efficace », et illustrée entre autres par la multiplication des outils numériques destinés à cibler les électeurs abstentionnistes, fait disparaître toute référence idéologique et réduit à néant le travail de conviction propre à l’action politique.

Il ne s’agit plus de convaincre les habitants d’une ville sur la base d’une vision politique construite et assumée mais de gagner coûte que coûte, y compris si cela implique des alliances entre forces politiques hétéroclites.

Ces évolutions marquent une évolution majeure valorisant la figure du maire « entrepreneur », réputé bon gestionnaire et capable de développer des « projets » d’envergure, dont nombre de candidats peinent parfois à se dégager. 

Face à cette double tendance à la dépolitisation et à la standardisation des campagnes municipales, les candidats et citoyens strasbourgeois risquent bien de passer à côté des débats politiques portant sur l’avenir de notre ville.

Vue aérienne de Strasbourg Photo : Francis Robert / FlickR / cc

Les villes, centres politiques en devenir

Les villes, incitées à inscrire leur futur à l’échelle de l’Europe et dotées de pouvoirs importants, ont vocation à jouer un rôle politique majeur. Parce que leur population croît de manière régulière, mais aussi parce qu’elles sont dotées de compétences toujours plus stratégiques, nos candidats doivent être à la hauteur, en proposant aux électeurs de se prononcer sur ces enjeux.

Strasbourg est une ville riche, en pleine croissance, mais qui compte également un taux de pauvreté très élevé (22% de la population vit sous le seuil de pauvreté). Cela implique des prises de position politiques fortes rendues encore plus indispensables par les réformes en cours et dont les effets ne s’arrêteront pas aux frontières de la ville.

Dans un contexte de remise en cause des politiques sociales (baisse des indemnités chômage, des APL, et bientôt des pensions de retraite) ou de criminalisation de la pauvreté (contrôles renforcés des chômeurs et allocataires du RSA), qu’ont à nous proposer les futurs candidats et où se positionnent-ils ? La multiplication des squats, ou encore la place croissante de sites de locations touristiques comme Airbnb constituent autant d’incitations à prendre position sur le plan politique : veut-on faire de Strasbourg une ville « vitrine » ou est-on prêt au contraire à prendre des décisions pour limiter ces offres favorisant la spéculation immobilière ?

Dans cette entreprise de repolitisation du débat politique local, il ne s’agit en aucun cas d’opposer les questions entre elles mais plus simplement de rappeler qu’une campagne municipale devrait donner lieu à des prises de position dont certaines catégories de population sont parfois exclues. 

Ces prises de position sont rendues d’autant plus urgentes par le retrait progressif de l’État dans la vie quotidienne des Français, comme la prise en charge des plus démunis mais aussi par une tendance devenue universelle, notamment dans le cadre des politiques des rénovations urbaines, à la spatialisation des problèmes sociaux. On cherche alors à agir sur l’organisation de l’espace public au détriment parfois de réflexions liées aux conditions de vie des habitants des quartiers périphériques de la ville. La question urbaine ne doit pas faire disparaître la question sociale, et, derrière l’habitant, c’est le citoyen qui doit retrouver toute sa place dans le fonctionnement de la ville : il doit pouvoir se loger, se déplacer, se nourrir, travailler dans de bonnes conditions avant toute autre considération relative au développement économique de la ville. 

La cadre de vie supplante le lieu de vie

Les récents débats sur le Marché de Noël sont emblématiques de cette préoccupation politique qui tourne de plus en plus autour du cadre de vie, saisi par le double prisme du tourisme et du commerce. Si les enjeux de liberté de circulation et des dérives sécuritaires du marché de Noël se posent, elles illustrent une tendance à ne plus penser la ville qu’à partir des convenances des habitants résidant dans les zones privilégiées de la ville. 

Ces quelques exemples rappellent qu’il est grand temps que la ville redevienne un espace de débat politique dans ce qu’il a de plus noble. Les tentatives régulières d’effacer toute forme d’appartenance à une formation politique contribuent à la déconnexion artificielle des enjeux politiques du moment de ce qui se passe localement. Or, les effets des réformes actuelles ne s’arrêteront pas aux frontières de Strasbourg et doivent au contraire faire l’objet de débats sur le rôle que la ville de demain entend jouer dans la régulation des rapports sociaux.

Parce que les villes ont été à travers l’histoire des laboratoires de l’expérimentation politique et sociale, il est grand temps que celles et ceux qui aspirent à gouverner Strasbourg pour les six prochaines années se remettent – enfin – à faire de la politique. 

Vincent Lebrou
Maître de conférences en science politique

À Haguenau, des alcooliques boivent ensemble et se soignent

À Haguenau, des alcooliques boivent ensemble et se soignent

Depuis 2017, Haguenau abrite une salle dédiée à la consommation de boissons alcoolisées. Rencontre avec des usagers, souvent en situation de précarité, qui viennent y trouver de la compagnie et de l’énergie.

Ici, on ne parle pas trop d’alcool. Dans la petite salle du 204 Grand’Rue à Haguenau, les conversations portent plutôt sur des ustensiles de cuisine et des parties de Scrabble en ce mercredi de début février. Pourtant, la petite porte en bois au fond de la cour de la paroisse Saint-Nicolas cache un concept unique en France : l’Accueil Réduction Risques Alcool Nord Alsace (ARRiANA), un lieu d’accueil et d’écoute pour les personnes souffrant d’alcoolisme.

Des verres gradués pour se rendre compte

Il est 11h. Le soleil brille sur les quelques impatients, présents depuis un quart d’heure. Jean-Bernard, Cédric et Django, son chien, vont pouvoir entrer : « Les animaux de compagnie sont autorisés, c’est important de le préciser », explique Christelle, agent d’accueil depuis plus d’un an. Le petit animal agité fait le tour des lieux, les autres s’installent autour de la table de la pièce principale.

L’équipe (Christelle, Cathy l’infirmière et Nadia l’éducatrice spécialisée) y dispose des chips, des biscuits et de l’eau pétillante. Chaque jour, une dizaine d’habitués vient passer du temps à l’ARRiANA. Les usagers apportent leur propre boisson alcoolisée, dont la quantité est notée sur une fiche de suivi. Tout le long de leur visite, l’équipe note combien « d’unités d’alcool » ont été consommées et à quelle heure. Ce suivi est absolument nécessaire, comme l’explique Cathy :

« Cela permet de compter les consommations autrement : 1 unité = 10 grammes d’alcool. Les verres sont gradués pour rendre les portions claires : 3 cl pour l’alcool fort, 12,5 cl pour le vin, et 25 cl pour la bière. Cela leur permet de prendre conscience de ce qu’ils boivent. »

Venir pour briser la solitude

Une fois cette formalité accomplie, hommes et femmes peuvent pratiquer aux activités qu’ils veulent. Laurent, petit homme à la barbe de trois jours et lunettes sur le nez, se saisit d’un journal. Cédric, un trentenaire brun et silencieux, se sert une bière, avant d’aller faire les courses avec Cathy pour le repas.

Jean-Bernard « va mieux » grâce à l’ARRiANA, et emménage bientôt dans son nouveau logement Photo : DL/Rue 89 Strasbourg/cc

Chaque semaine, un nouveau duo s’y colle. Le lieu est ouvert tous les après-midi. Mais le mercredi est synonyme de repas partagé, un moment prisé, notamment par Jean-Bernard, lunettes sur le nez et casquette sur la tête, qui vient presque tous les jours. Sa consommation d’alcool oscille entrr « quasi zéro » et « occasionnelle ». Le mercredi casse un peu sa routine de personne sans emploi et isolée :

« Je viens pour me détendre, pour ne pas rester entre quatre murs, pour discuter. Les jeux, ça nous rassemble. Aux repas partagés, je laisse les autres cuisiner, mais je mets la table, je file un coup de main. »

Tout le monde est le bienvenu à l’ARRiANA, y compris Django, le chien de Cédric Photo : DL/Rue 89 Strasbourg/cc

« Le moral va bien »

De l’autre bout de la salle, Nadia ajoute que Jean-Bernard rend volontiers service. Il a monté les meubles de cuisine installés en hauteur. L’habitué vit à deux minutes à pied. Il avait entendu parler du lieu par une connaissance, et a passé le pas de la porte à une période « chaotique de sa vie », où il n’allait pas bien, en raison, dit-il, de son entourage. Il n’en dira pas plus, préférant évoquer l’avenir pendant que son café coule : 

« Les copains d’ici vont m’aider prochainement pour mon déménagement. Depuis que je viens ici, ça a beaucoup changé ma vie, le moral va bien. »

Ce n’est pas Sophian qui dira le contraire. Ce grand gaillard barbu est arrivé quelques minutes après les autres. Il attire déjà l’attention avec sa radio portable qui déblatère les informations. Lui aussi habite à Haguenau et vient plusieurs fois par semaine. Il se plaint d’un problème au genou, une déchirure musculaire. Le matin même, il allait à son rendez-vous de kinésithérapie. En trinquant avec Cédric avec son gobelet marqué du logo d’ARRiANA, il raconte qu’il est venu pour la première fois au début de l’été 2019, après avoir avoir pris son courage à deux mains :

« Au début je n’osais pas, et puis quand je suis venu, je suis tombé amoureux de tout le monde. »

Tous les mercredis, un duo fait les courses, avant que tout le monde prépare le repas Photo : DL / Rue89 Strasbourg / cc

« Réduction des risques plutôt qu’abstinence »

Rires bienveillants autour de la table. Avec ces quelques mots, Sophian illustre les missions que le dispositif s’était donné à son ouverture il y a trois ans : accueillir sans jugement, offrir un espace de rencontre et d’activités et aider dans diverses démarches.

Ainsi l’équipe d’ARRiANA développe une approche différente face à l’alcoolisme : la réduction des risques plutôt que l’abstinence. Cela signifie réduire la consommation de manière à protéger l’usager et son entourage, réduire les accidents et les conséquences sur la santé. Cette démarche couplée à un accueil en-dehors de l’hôpital permet de dépasser les réticences, d’après Joaquim Melendez, cadre de santé de l’unité d’addictologie au centre hospitalier de Haguenau :

« Pour les usagers, l’hôpital peut être synonyme de jugement des soignants et de pression pour arrêter totalement de boire. Or, nous proposons un endroit serein et pour en convaincre les usagers, il faut gagner leur confiance. »

Joaquim Melendez, cadre de santé de l’unité d’addictologie au centre hospitalier de Haguenau

« Ne pas viser l’abstinence, ça veut dire revivre »

Dans le petit local de la Grand’Rue, la confiance semble être au rendez-vous. Les usagers sont très à l’aise. Laurent s’est attaqué à des morceaux de volaille. Au menu du jour : « poulet sauce Cathy », c’est-à-dire aux arachides, une spécialité de l’infirmière. Elle vérifie que personne n’y est allergique, répète la question à Sophian, dont la radio crache maintenant de la musique.

Laurent vient plusieurs fois par semaine, même s’il suit actuellement une formation. Nadia, l’éducatrice, est là depuis plus d’un an. Photo : DL / Rue89 Strasbourg / cc

En éteignant le poste radio, Sophian continue de se confier. Il se dit rassuré par ce suivi médical : « S’il y a un problème, un médecin peut intervenir », dit-il. Nadia sourit. L’éducatrice spécialisée constate que la culpabilité liée à l’alcool est encore très présente, parfois plus encore que pour d’autres drogues. Elle estime donc indispensable de créer « la confiance d’humain à humain » et de ne pas prôner l’abstinence à tout prix :

« Pour certains, l’abstinence est le Graal, donc la sensation d’échec est terrible quand ils replongent, par exemple après un burn-out ou une séparation. A contrario, viser la réduction des risques et non l’abstinence, ça veut dire revivre. »

Joaquim Melendez pense que les professionnels du milieu commencent à changer de perspective. Selon lui, la réduction est un succès en soi :

« Il faut se rendre compte qu’une canette non-ouverte, c’est une réussite, c’est une abstinence. Parfois, il faut juste mettre le temps pour sortir de cette addiction. »

Boire moins, reprendre confiance et des démarches

Pour la petite équipe, les résultats sont là. Tout ce qui se passe dans cette pièce et autour de la table participe de la baisse de la consommation et aide à aller mieux, comme l’expliquent Nadia et Cathy :

« Ce sont les effets d’être dans un groupe : on discute, on pose son verre. On joue à un jeu, on espace considérablement les consommations. On cuisine, on s’occupe les mains, on réapprend les gestes d’hygiène. En faisant tout cela, l’estime de soi remonte. »

Georgette la championne de Scrabble est venue pour se détendre, comme Sophian, qui sort de son rendez-vous chez le kiné Photo : DL / Rue89 Strasbourg / cc

Les sorties bowling et la fête de Noël sont aussi des moments qui font le plus grand bien aux usagers, parce qu’ils les rendent acteurs, un élément « très important », d’après l’équipe. Au moment de l’échange de cadeaux, les accompagnantes ont eu la surprise de les voir se tourner vers elles avec des paquets. C’est à cet esprit d’initiative qu’elles voient du changement chez Jean-Bernard, Christophe et les autres. Nadia plaisante en disant qu’elle ne les reconnaît plus :

« Certains ont entrepris des démarches, trouvé un nouveau logement, se sont inscrits dans une formation… Avant, ils avaient besoin d’aide avec l’ordinateur. Maintenant, ils s’en saisissent tout seuls pour imprimer des papiers administratifs… »

Des abstinents dans un lieu de consommation encadrée

La preuve que le volet social prend parfois le pas sur la consommation encadrée : la venue de nombreuses personnes abstinentes, qui n’hésitent pas à se rendre dans ce lieu où leurs camarades apportent de l’alcool. « Ça ne me dérange pas du tout », indique Jean-Claude dans un accent alsacien tranché. Le retraité aux cheveux blancs est vissé sur sa chaise pendant que les autres fument une cigarette à l’extérieur. Jean-Claude a tout arrêté, « la clope depuis 9 jours, l’alcool depuis 4 ans » :

« Au début c’était dur, les 4-5 premières semaines. Maintenant c’est bon. Je n’en bois pas une goutte. J’ai de l’alcool chez moi, mais c’est le Ricard pour les copains. Moi je suis à la Carola rouge. »

Cela lui permet de venir en voiture depuis Gries, non loin de Marienthal. Lui qui a fait toute sa carrière dans la restauration est maintenant actif au sein d’Alcool Assistance et des Petits Frères des Pauvres. Il aime venir à l’ARRiANA parce que « c’est quand même un truc à part ». La solitude, il l’a connue quand il a perdu sa femme. Aujourd’hui ça va mieux, un peu grâce à « sa copine » avec qui il est depuis 7 mois.

Les professionnelles pensent que ce sont les activités et l’effet de groupe qui ont un effet positif sur l’estime de soi des usagers et leur niveau de consommation Photo : DL / Rue89 Strasbourg / cc

Un accompagnement, même pour les abstinents

Nadia rappelle que les abstinents souffrent aussi de solitude, même quand ils ont cessé de boire. L’accompagnement d’ARRiANA reste donc utile bien après la fin des problèmes d’alcoolisme. Et puis, parfois, un drame peut provoquer une rechute. Suite au décès de son père, Laurent a replongé dans l’alcool après 10 ans d’abstinence. « Maintenant, ça va », affirme-t-il. L’homme suit une formation en informatique et cherche un petit boulot.

Laurent veut bien se prêter au jeu des photos. Et puis Georgette aussi. Elle est la seule femme ce jour-là… comme presque tous les jours. La retraitée aux cheveux roses et lunettes carrées a eu « besoin d’un moment d’adaptation », voyant qu’il y avait une majorité d’hommes qui venaient dans ce lieu. Si elle fume encore, elle ne boit plus d’alcool :

« J’ai bu plus jeune mais j’ai arrêté du jour au lendemain, comme ça. Ce sont les mystères de la nature ! »

Cédric se prête au jeu et aux règles du lieu : un verre gradué, des courses en commun, et la préparation du repas tous les mercredis Photo : DL / Rue89 Strasbourg / cc

Georgette vient à l’ARRiANA pour faire une pause dans sa « vie d’hyperactive ». Entre les courses, le ménage, le temps qu’elle passe sur internet, il y a toujours quelque chose à faire. Elle vient ici pour battre tout le monde au Scrabble. Nadia se souvient encore de son triple scrabble la semaine précédente. L’ancienne aide-soignante a toujours adoré les lettres et les livres :

« J’avais beaucoup d’imagination. À l’école, j’avais eu le prix d’excellence et le prix de rédaction. J’aurais voulu faire de grandes études mais je n’ai pas pu. Aujourd’hui, je ne peux plus lire à cause de mon glaucome. »

En fin de matinée, c’est le moment pour les fumeurs de ressortir pour une pause clope. Le repas est bientôt prêt, aucun nouvel usager n’a passé la porte. Ce midi, ils resteront à 10. Puis, ils auront tout l’après-midi pour profiter des BD qui ornent les étagères, ou du « mastermind » et des fléchettes. En sortant, un dernier coup d’œil par la fenêtre permet de remarquer les inscriptions colorées aux murs : « Salü Bisàmme » (« Bonjour tout le monde » en alsacien) et « Bienvenue. »

Municipales : Jeudi, six candidats débattent de l’Europe à Strasbourg

Municipales : Jeudi, six candidats débattent de l’Europe à Strasbourg

À environ un mois du premier tour des élections municipales, les têtes de listes ou leur représentants ont l’occasion d’échanger sur la question européenne à Strasbourg lors d’un débat.

Cinq associations strasbourgeoises à vocation européenne proposent un débat avec les candidats aux élections municipales, jeudi 13 février à 19h à l’Erage, l’école d’avocats de Strasbourg. Cette soirée, en partenariat avec Rue89 Strasbourg, RCF et Euradio permettra de mieux connaître la vision qu’ont les formations de la place de l’Europe à Strasbourg, que ce soit côté institutions, mais aussi pour les habitants.

Six candidats ont répondu à l’invitation :

    Jeanne Barseghian (EELV), pour « Strasbourg écologiste et citoyenne », Nawel Rafik, représentante d’Alain Fontanel (LREM), pour « 100% Strasbourg », Catherine Trautmann (PS), pour « Faire ensemble Strasbourg », Chantal Cutajar, pour la liste indépendante « Citoyens engagés »,Pascal Mangin, représentant de Jean-Philippe Vetter (LR), liste soutenue par « Les Républicains » et « Les Centristes »,Améris Amblard (Generation.s), représentante de Kévin Loquais (LFI) pour « Strasbourg en commun ».
Cinq associations veulent mieux connaître les positions européennes des candidats à la maire de Strasbourg.

Inscription obligatoire

La soirée est organisée à l’initiative de cinq associations : Mouvement Européen – Alsace ; Jeunes Européens – Strasbourg ; Union des Fédéralistes Européens – Alsace ; Association Européenne des Jeunes Entrepreneurs.

L’inscription est obligatoire (lien ici)

Un site pour recenser les ratés du réseau cyclable

Un site pour recenser les ratés du réseau cyclable

Le CADR 67 lance Problemorezo, une application pour répertorier et rendre publics les problèmes ou les manques des aménagements cyclables. L’objectif est d’inciter les communes à résoudre ces problèmes plus rapidement.

Un trou sur la piste cyclable ou un poteau en plein milieu d’un passage cycliste ? Le Comité d’action deux roues (CADR) 67 a mis en ligne Problemorezo, une plateforme qui localise et rend compte des problèmes des aménagements cyclables du Bas-Rhin repérés par les cyclistes.

Une carte recense et localise les défauts d’aménagements cyclables encore non résolus par les municipalités Photo : Capture d’écran / problemorezo.eu

L’association de promotion de la pratique du vélo disposait déjà d’un formulaire de signalement en ligne des défauts relevés par les cyclistes bas-rhinois.

« Augmenter la réactivité des communes et des collectivités »

Mais ces dysfonctionnements n’étaient pas rendus publics ni consultables par les usagers. Pour Fabien Masson, directeur du CADR 67, c’est une des raisons pour lesquelles les travaux n’étaient pas réalisés dans des délais satisfaisants :

« Nous faisons remonter environ 350 problèmes par an. Dès que le signalement est vérifié, on le communique aux services concernés des communes dont nous avons les contacts. Nous retirons le signalement seulement une fois le problème résolu. »

Dommage cependant que l’association n’ait pas jugé utile d’adapter son formulaire pour permettre des signalements via les téléphones portables. Peut-être lors d’une prochaine version ?

Trois choses à suivre pour l’ultime conseil municipal de Roland Ries

Trois choses à suivre pour l’ultime conseil municipal de Roland Ries

Pour la dernière fois, Roland Ries présidera le conseil municipal de Strasbourg après 15 ans comme maire. Un conseil-fleuve qui s’annonce électrique à un mois des élections municipales. À suivre en direct-vidéo avec nos commentaires à partir de 15h.

C’est la grande dernière du maire Roland Ries. Celui qui ne sera sur aucune liste lors des élections en mars ferme une page de 37 ans au conseil municipal, dont trois comme maire intérimaire (1997-2000) puis douze comme maire élu (depuis 2008).

Après avoir fait sa carrière au Parti socialiste, il a été aperçu samedi 1er février à une réunion de « Territoires de Progrès ». Le but de se nouveau mouvement est de créer un « pôle de gauche » au sein de « La République en Marche », autour du ministre des Affaires étrangères Jean-Yves Le Drian. De là à crisper sa majorité lors du dernier conseil ? Réponse en fin de journée. Les élus doivent traiter de 83 points sur fond d’élections municipales. Roland Ries a d’ailleurs précisé qu’il avait retiré quelques points qu’il jugeait trop sensibles.

1 – Le comportement des 5 candidats

Le ou la future maire sera très certainement dans la salle. Cinq candidats sont déjà élus, dont quatre de la majorité : le premier adjoint Alain Fontanel (LREM), l’adjointe Chantal Cutajar (indépendante), la conseillère municipale Jeanne Barseghian (EELV), et l’ancienne maire et toujours élue Catherine Trautmann (PS), qui a inversé sa place avec Mathieu Cahn depuis mercredi.

Dans l’opposition, c’est Jean-Philippe Vetter qui représente la droite non alignée. Les autres élus opposés à Roland Ries pendant six ans ont rallié « En Marche » et la campagne d’Alain Fontanel. Jean-Philippe Vetter prévoit d’ailleurs en fin de séance une interpellation sur la « gouvernance » lors du mandat passé. Une manière de pointer les divisions dans la majorité qu’il retrouvera face à lui en mars.

La dernière réunion du conseil municipal est une tribune idéale pour les prétendants au fauteuil de maire. Jusque là, Alain Fontanel a laissé ses soutiens (Christel Kohler en tête, mais aussi Paul Meyer, Nicolas Matt ou Jean-Baptiste Gernet) mener les débats qui ne relevaient pas de ses attributions. Est-ce que le fait d’être arrivé en deuxième position dans le seul sondage public sur les élections à Strasbourg changera son attitude ? Les autres candidats ou leurs colistiers ont davantage essayé d’affirmer leurs positions, quitte à ferrailler entre eux.

2 – Un Plan Climat pour finir, qui ressemble aux programmes

L’Eurométropole a adopté son Plan Climat fin 2019. Au tour de la Ville de le décliner de manière « volontaire » (point 12) sur ses compétences, comme l’éclairage public, les cours d’école, etc. On retrouve aussi plusieurs projets qui figurent dans les programmes de plusieurs candidats : un espace vert à moins de 300 mètres, déminéralisation des cours d’école, etc.

En revanche, le rythme de plantation d’arbres (1 000 par an) tranche avec la surenchère électorale du moment. Avant de céder sa place, Mathieu Cahn en proposait 50 000 dans le mandat, soit 8 333 par an. Dix fois plus fort, Jean-Philippe Vetter en propose même 500 000 en dix ans, soit 136 par jour, dimanches et jours fériés compris. Les écologistes n’ont pas donné d’objectif chiffré sur ce sujet, pas plus que « La République en Marche ». Mais le « Plan Canopée » proposé par Alain Fontanel figure bien dans le projet que devra mettre en oeuvre par l’administration : passer de 22% à 30% de la surface de la ville recouverte par des branches d’arbres et leurs feuilles.

Le grande dernière du maire Roland Ries après 37 ans au conseil municipal. Photo : Pascal Bastien / Divergence

3 – Les subventions à l’Office de tourisme

La séance devrait se tendre pour le débat des subventions à l’Office de tourisme et son événement « Strasbourg Mon Amour » (point 45 et 46). Une étude Deloitte, puis un audit interne suggèrent des modifications financières, de gouvernance et stratégiques.

À cela s’ajoutent la double-casquette des deux présidents rémunérés Jean-Jacques Gsell (LREM) et Paul Meyer (La Coop./ liste LREM), dont la situation fait l’objet d’un signalement à la Justice. Les deux élus ne pourront pas participer aux débats suite aux préconisations du déontologue pour éviter les conflits d’intérêts.

Une réorganisation de la compétence touristique est la conséquence de la loi de Modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles (Maptam) de 2014. Interrogé, le maire se dit défavorable à cette volonté de l’ancien gouvernement socialiste :

« Strasbourg concentre l’attractivité touristique et la majorité des flux. Que l’EPCI (sigle souvent utilisé pour rabaisser l’Eurométropole comme groupement technique, ndlr) s’accapare toute la compétence de l’Office de tourisme, je ne suis pas d’accord. Si la Ville est hors jeu, pourquoi continuer à payer ? Le vrai débat est là. »

Le maire pointe aussi que la taxe de séjour rapporte désormais 5,6 millions d’euros à l’Eurométropole. Une manne qu’elle doit intégralement rediriger vers le tourisme.

Et aussi…

D’autres points méritent de l’intérêt ou pourraient soulever des débats : La vente sous conditions de terrains pour l’agrandissement du centre du formation du Racing pour 6,4 millions d’euros (point 26), la vente de l’ancien restaurant Jeanne d’Arc pour laquelle une plainte a été déposée (point 30, finalement retiré) un arrêté préfectoral de stockage de produits dangereux, dont 100 tonnes de traverses de chemin de fer (point 35), l’aménagement d’infrastructures sportives et de loisir au quartier Laiterie (point 77), la rénovation de terrains de football synthétiques (point 80)… Le déontologue devrait présenter son dernier rapport annuel, a priori en fin de séance dans la soirée. Le professeur Wachsmann estime que les élus invités à répétition par le Racing ne devraient pas voter les travaux du stade, car ces cadeaux à répétition altère leur jugement.

Municipales : Avec sa liste, le PS mise sur les élus sortants pour l’emporter

Municipales : Avec sa liste, le PS mise sur les élus sortants pour l’emporter

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Catherine Trautmann : c’était pas sa guerre

Catherine Trautmann : c’était pas sa guerre

Mathieu Cahn a cédé la tête de la liste PS à Catherine Trautmann. En conférence de presse, l’ancienne maire de Strasbourg s’est montrée plutôt franche sur ses deux principaux adversaires, Alain Fontanel et Jeanne Barseghian. Elle a même gardé un petit mot pour son ancien premier adjoint et maire sortant, Roland Ries. Notre dessinateur Piet, lui, se frotte déjà les mains.

C'est finalement Catherine Trautmann qui va conduire la liste PS, et non Mathieu Cahn.

Pour rappel, Mathieu Cahn invoque comme raison de son retrait le procès à venir de l’ancien directeur de la maison des associations Patrick Gerber, pour des faits de harcèlement sexuel. Si Mathieu Cahn n’est pas accusé, certains lui reprochent son manque de réactivité, notamment après les révélations de Rue89 Strasbourg. Et ça pour Piet, c’est de la barbe à papa.

Le Kitsch à l’heure des Balkans avec le trio de chants bulgares Ispolin

Le Kitsch à l’heure des Balkans avec le trio de chants bulgares Ispolin

Rendre hommage à la polyphonie bulgare. C’est le pari audacieux que s’est fixé Ispolin, un trio vocal de musiciennes strasbourgeoises. Jeudi au Kitsch’n Bar, elles interpréteront a cappella le répertoire populaire et traditionnel de ce pays d’Europe de l’Est.

En Bulgarie, du massif du Rila aux rives de la mer Noire, les chants polyphoniques résonnent avec puissance et harmonie dans tous les villages du pays. Depuis des décennies, voire des siècles, des chœurs de femmes perpétuent cette tradition populaire et chantent l’amour, le travail dans les champs, la danse, la vie. Une tradition orale qui se transmet de génération en générations… Ou bien plus prosaïquement, par l’intermédiaire d’un disque du Mystère des Voix bulgares, comme le raconte Camille Mandleur, à l’origine du trio Ispolin :

« Quand j’étais plus jeune, j’aimais traîner dans le rayon musiques du monde des médiathèques. Puis un jour je suis tombée sur ce CD, j’ai écouté, je ne comprenais rien, mais j’ai trouvé ça tellement beau que je me suis dit : je veux faire ça ! »

Envahie par cette musique folklorique, l’Alsacienne autodidacte de 33 ans part se former à l’étranger (d’abord en Crète lors d’un séminaire, puis à Plovdiv et Sofia), avant de proposer à ses copines de la fanfare du Duna Orkestar, la création d’un contre-projet. C’est la naissance en 2018 d’Ispolin, groupe strasbourgeois au nom de géant légendaire de la mythologie bulgare.

https://www.youtube.com/watch?v=SLDRcdP2L3E
Ispolin – Ergen Deda (Vidéo YouTube)

Réarranger pour s’approprier la culture bulgare

Camille Mandleur, Clara Weil et Diane Bucciali commencent donc à apprendre le Bulgare, du moins de façon phonétique. Sans le parler, elles commencent à le chanter. « Les textes sont écrits dans une sorte de patois, ils ne sont pas forcément utilisés dans la langue moderne », précise Diane.

Afin de maîtriser les subtilités du chant polyphonique, les trois artistes strasbourgeoises décident de programmer un nouveau voyage de neuf jours en Bulgarie. Ce séjour, elles le passent en compagnie de deux chanteuses du Mystère des Voix bulgares pour perfectionner leur technique vocale, l’une des plus exigeantes d’Europe de l’Est selon Clara :

« On chante différemment en Hongrie ou en Roumanie par exemple. Il y a vraiment une spécificité bulgare, et ça passe par des heures et des heures d’entraînement. Le plus difficile finalement, c’était de trouver notre propre identité musicale. Nous ne sommes pas nées en Bulgarie, donc il a fallu réarranger certains morceaux pour s’approprier la musique. »

Diane Bucciali, Clara Weil et Camille Mandleur font partie du trio Ispolin Photo : Gauthier Mesnil Blanc / Document remis

Une interview de la télé nationale

Après plusieurs mois de répétitions, le travail de justesse de timbre d’Ispolin commence à payer. En mai 2019, le trio était programmé en ouverture du Pelpass Festival. Puis, en septembre, les Strasbourgeoises se font fait interviewer par la télévision nationale bulgare. Une marque de reconnaissance pour le trio qui craignait un problème de légitimité, même si Camille l’admet volontiers : « On ne fera jamais aussi bien que les Bulgares ».

En attendant, un jour peut-être, d’égaler la notoriété du Mystère des Voix bulgares, véritables reines qui ont notamment conquis les rockeurs britanniques Kate Bush, George Harrison et David Bowie, Ispolin compte bien transporter le public du Kitsch, 1 700 km à l’Est de Strasbourg. En tout cas, les coiffes fleuries, les broderies et le répertoire d’environ 20 chansons sont déjà là.

Plainte pour favoritisme pour le futur restaurant face au Parlement

Plainte pour favoritisme pour le futur restaurant face au Parlement

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La Revue Scoute bombarde, entre mots crus et plume fine

La Revue Scoute bombarde, entre mots crus et plume fine

Depuis quarante ans, la Revue Scoute présente ses facéties impolies et la compagnie ne compte pas s’assagir. Sexe, politique, fin du monde et arrêtés municipaux, rien ne semble hors de portée.

Il ne faut pas juger un spectacle à son affiche. Sur celle-ci, une paire de fesses potelées, munie de pieds, de nattes et d’un bonnet. Le titre, détournement d’une chanson scoute traditionnelle : « L’écolo chie que dans les prés ». La nouvelle version de la Revue Scoute, cabaret irrévérencieux, ne se soucie pas des convenances. Les numéros plongent joyeusement dans l’indécence pour porter un discours mordant et cru sur l’actualité locale.

Le premier numéro du spectacle en donne tout de suite le ton. Photo : de Marc Dossmann

Le plaisir pousse dans le purin

Après que le maître de cérémonie ait ouvert le spectacle en compagnie d’une Greta Thunberg hurlant un suédois guttural, le rideau se lève. Le public est accueilli par une cohorte de postérieurs gigantesques au bout desquels dansent une bande de comédiens déguisés, eux aussi, en Greta Thunberg. Le premier numéro sera la parodie d’une chanson du groupe Téléphone.

Devant le plateau se trouve l’orchestre de la Revue Scoute, qui assure l’ensemble des musiques du spectacle. La présence des musiciens est indispensable. Une bonne partie des sketchs sont des chansons, généralement parodies de classiques et des numéros de danse. Le tout prend vite des aspects de cabaret acide où les sketchs se succèdent sans interruption.

Petit hommage à Jacques Chirac avec l’Association des Mangeurs de Pommes de la vallée. Photo : de Marc Dossmann

Maîtrise artistique et grossièreté

La grande maîtrise artistique du spectacle semble au premier abord contraster avec la grossièreté de son ton. C’est là l’un des aspects les plus marquants : une qualité technique et artistique au service d’un propos vulgaire. Les acteurs sont aussi bons danseurs que chanteurs. Le décor est très inventif, puisqu’il réussit à s’adapter aux différentes tonalités et histoires qu’explorent les nombreux sketchs. Cela est rendu possible grâce aux projections vidéos et à la lumière qui permettent de varier les ambiances.

Ce qui éblouit vite, encore plus rapidement que la maîtrise chorégraphique de la troupe, c’est l’écriture. Tout le sel de la Revue Scoute ne vient pas simplement de l’énonciation d’horribles paroles mais du fait que le texte est dit avec finesse.

Les calembours et jeux de mots littéraires pointus se mêlent aux blagues scatophiles. Il est possible d’entendre des traces de poésie alors même qu’un acteur clame s’être coincé un bâton d’uranium dans le rectum.

Tous les sketchs ne sont pas au même niveau de qualité cependant. Mais la globalité du spectacle bénéficie d’une plume de haute tenue, qui ne craint pas de jeter l’encre et de tacher.

Les personnages sont pour la plupart grotesques jusque dans leurs costumes. Photo : de Marc Dossmann

La Revue est un spectacle locavore

La salle de la Briqueterie à Schiltigheim était pleine à craquer. Cela se comprend en voyant que la troupe entretient des liens forts avec son public. Point de quatrième mur, c’est un cabaret. La salle est prise à partie, sollicitée pour certains numéros, ou attaquée par les acteurs munis de vaporisateurs. En résulte une forte complicité entre les artistes et les spectateurs. Une complicité qui s’est pérennisée depuis 40 ans, le spectacle est programmé jusque fin mars à Schiltigheim et tourne dans plusieurs villes d’Alsace en avril et mai.

La question de la mendicité et des commerçants du centre de Strasbourg est abordée selon un angle journalistique peu rigoureux… mais hilarant. Photo : de Marc Dossmann

L’accent alsacien n’est pas le seul marqueur géographique du spectacle. Bien qu’il traite des sujets nationaux voire mondiaux, une bonne part de sa saveur ne peut être comprise que des locaux. Effectivement, les numéros brocardent allègrement l’actualité locale. L’approche des élections municipales fournit à la troupe un excellent prétexte pour tirer à boulets rouges sur la quasi-totalité des élus. Le spectacle prend le temps d’aborder de nombreuses problématiques locales. Il traite du GCO, l’arrêté anti-mendicité, ou encore le manque de moyens dans les hôpitaux strasbourgeois.

Quand le monde court à sa perte…

La thématique emblématique du spectacle est l’écologie. La Revue souhaite s’adapter à son époque. Face au monde qui sombre de plus en plus dans la peur et la violence, le spectacle ne se déballonne pas et décide d’être encore plus méchant que lui. Bien que l’écologie soit abordée par plusieurs sketchs (la montée des eaux, le recyclage du nucléaire, la déforestation) il ne s’agit que d’un fil… vert. Ce qui traverse le spectacle c’est bien plutôt cette furieuse méchanceté, seule consolation et alternative à l’état de malheur ambiant.

Lorsque les acteurs jouent une arche de Noé, c’est l’occasion de déballer tous les jeux de mots animaliers. Photo : de Marc Dossmann

Le spectacle dure deux heures et demie, ce qui peut sembler longuet vers la fin. Il faut dire que tous les numéros ne se valent pas. Mais le grand atout d’un cabaret est justement la flexibilité que lui confère sa structure. Si un sketch marche moins bien auprès du public, il est possible de le remplacer.

Avec ses cinq mois de représentation, la Revue peut évoluer pour toujours coller au mieux à l’actualité. La troupe fait un travail intensif pour être la plus cynique et cruelle possible, bien que cela soit une entreprise joyeusement vaine. Car au fond, ce spectacle ne pourra jamais être aussi odieux que les exactions dont il se moque.

#Revue Scoute

Autoritaire mais inamovible, le chef du squat Bugatti divise les associations

Autoritaire mais inamovible, le chef du squat Bugatti divise les associations

Autoritaire, voire agressif selon certains militants strasbourgeois, Lahcen Oualhaci est le référent du squat Bugatti à Eckbolsheim. Cet ancien SDF se défend en invoquant la nécessité d’une autorité pour gérer le quotidien de 300 personnes… Une situation tendue pour les résidents, qui manquent de nourriture, de soutien administratif et psychologique…

Lahcen Oualhaci reçoit dans son bureau, au rez-de-chaussée du squat Bugatti. Près de 300 personnes vivent depuis septembre dans cet immeuble de bureaux de la zone commerciale d’Eckbolsheim, propriété du groupe Lidl. Régulièrement, un résident toque à la porte pour demander du pain, une cigarette : « Plus tard », répète plusieurs fois le référent du bâtiment.

Ce mercredi après-midi, il a rendez-vous à la gendarmerie suite à une plainte pour « menace de mort, » déposée contre lui par une ancienne bénévole du squat. « Je l’ai juste traitée de pute et j’ai menacé de casser sa bagnole », rétorque le responsable… Une deuxième plainte pour le même motif a été déposée par une autre bénévole de l’association Strasbourg Action solidarité.

Lahcen Oualhaci, référent du squat Bugatti, dans son bureau au rez-de-chaussée. Photos : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc

Ces militants « qui veulent prendre le contrôle »

Avant d’enfiler son chapeau et une veste sans manche, Lahcen se lance dans la critique des militants et des autres associations « qui veulent prendre le contrôle du lieu. » C’est le discours qu’il diffuse au sein du squat : selon lui, les associations caritatives ne veulent pas vraiment le bien des sans-abris, « car elles cherchent la lumière et les subventions. »

Calme, sûr de lui, cet ancien SDF qui vivait au parc du Glacis n’a aucun doute sur le soutien des résidents. Son passé de sans-abri lui donnerait une légitimité que les autres bénévoles et autres militants n’auront jamais :

« Les gens de Bugatti choisissent quelqu’un qui leur ressemble. Les Géorgiens et les Albanais me connaissent parce que je faisais de la distribution de nourriture au Glacis (situé entre la Gare de Strasbourg et Cronenbourg, ndlr). »

La solitude du pouvoir au squat Bugatti

À plusieurs reprises, Lahcen dit avoir le « mauvais rôle » : celui qui calme les ivrognes la nuit, celui qui gère les stocks de nourriture et les histoires de vol… Rien que sur la sécurité, avec une porte ouverte à toute heure, il faudrait mobiliser un vigile au moins. Au squat de l’Hôtel de la rue, la Ville de Strasbourg assure la présence d’un agent de sécurité devant l’entrée durant les horaires nocturnes.

L'immeuble de bureaux était inoccupé depuis plusieurs années
L’immeuble de bureaux était inoccupé depuis plusieurs années

Lahcen se veut responsable de tout au squat Bugatti. Il gère aussi la distribution de nourriture. Il n’y a personne pour travailler sur l’organisation d’un soutien psychologique ni pour le suivi administratif des situations des résidents. Des douches sont toujours en attente d’être installées : « Il y en a trois pour 300 personnes, admet le référent, deux autres doivent encore venir. »

Face à la situation actuelle, Lahcen n’hésite pas à tenir des propos alarmants :

« Sans aide, surtout psychologique, on va se retrouver avec des morts. Quelqu’un va finir par se faire du mal, ou à quelqu’un d’autre… »

Réserve vide, altercations et quiproquos

Vers 15h, une femme arrive en voiture devant l’entrée du bâtiment. Elle sort avec plusieurs sacs d’oignons et de pommes de terre. Très vite, quelques adolescents accourent pour l’aider à transporter. La nourriture est transportée dans la réserve, derrière le bureau et la chambre personnelle de Lahcen.

Dans cette pièce, les meubles sont vides : « Il n’y a que du pain et des pâtes », souffle le responsable autoproclamé du lieu. Suite à une altercation entre Lahcen et une responsable associative, des dons hebdomadaires ont cessé. Le chef du squat dénonce à nouveau quelqu’un « qui voudrait prendre [sa] place… »

Deux bénévoles de l’association Femmes d’ici et d’ailleurs sont venues pour amener de la nourriture et proposer un atelier de collage aux enfants du squat.

« On ne cherche pas le pouvoir »

En milieu d’après-midi, deux bénévoles de l’association Femmes d’ici et d’ailleurs sont venues au squat Bugatti. Lili a amené de la nourriture. Saadia tient un petit atelier de collage pour quelques enfants. Très vite, les petites filles d’origine tchétchène quittent la table, suivant les ordres de leur père, méfiant. Les deux femmes de Hautepierre ne parviennent pas à le rassurer. L’homme ne parle pas français… « Ici, c’est quiproquo sur quiproquo », souffle un résident.

En quelques mois, Saadia a bien constaté la baisse des dons en nourriture : « Certaines associations ne viennent plus… », regrette-t-elle. Cette habitante de Hautepierre dénonce les bénévoles « qui n’arrivent pas à ravaler leur fierté » avant d’expliquer : « Nous on vient humainement, on ne cherche pas le pouvoir. »

« Lahcen ne peut pas tout faire seul »

À demi-mot, plusieurs résidents ou bénévoles regrettent que le quotidien du lieu ne repose que sur une seule personne. « Lahcen essaye de trouver des solutions, mais il ne peut pas s’occuper seul de la sécurité, de l’alimentation, de la propreté… » Un autre habitant évoque une difficulté pour Lahcen « à déléguer certaines responsabilités », tout en l’excusant :

« Les gens ne se connaissent pas toujours ici, il y a de la méfiance, c’est difficile de faire confiance aux autres. »

Sur une porte du bâtiment, comme un symbole de la tension qui règne au sein du squat.

Résident du squat depuis deux mois, Mustafa ne tarit pas d’éloges pour Lahcen : « C’est le meilleur pour organiser la distribution de nourriture. Tout le monde l’embrasse et le remercie », raconte-t-il en anglais, en associant la parole au geste.

Mustafa, d’origine nigériane, ne tarit pas d’éloge pour Lahcen, le référent du lieu. Il pose devant une banderole à l’entrée du squat, où l’on peut lire « Bugattitude éternelle ».

« Un homme de valeur, comme Jésus-Christ »

Aux côtés de Mustafa, dans un couloir constitué de bâches et formant les chambres du squat, Joseph reprend quasiment mot pour mot le discours de Lahcen : « Certaines associations veulent prendre le contrôle du site pour recevoir des subventions. » Il continue de défendre le responsable du site :

« Lahcen arrive à calmer la situation même quand quelqu’un qui est agressif et bourré le frappe. Une personne qui ne suit pas Lahcen n’est pas une bonne personne. C’est un homme de valeur, comme Jésus-Christ. »

Dans les grandes salles du bâtiment, les chambres sont formées par des bâches en plastique.

En fin d’après-midi, deux garçons jouent au football devant l’entrée du bâtiment, en partie recouverte d’une banderole « Bugattitude éternelle ». Deux autres résidents, plus âgés, regardent la balle en fumant une cigarette. Interrogé sur la situation du squat et son meneur, l’un d’eux évoque « des jeunes qui parlent bête sur Lahcen. » Que lui reproche-t-on ? « Vous êtes journaliste, je vais pas balancer… », lâche l’homme avant de jeter sa cigarette et de retourner dans le squat.

Plus de 2 000 personnes toujours mobilisées contre la réforme des retraites

Plus de 2 000 personnes toujours mobilisées contre la réforme des retraites

À l’appel de l’intersyndicale, près de 2 000 manifestants se sont mobilisés jeudi contre la réforme des retraites. Deux mois après le début de la contestation, lycéens, étudiants, syndicats et associations ont prolongé une opposition qui dépasse le projet de loi du gouvernement.

Grand soleil et ronronnements de tronçonneuses. Le cortège entame ce jeudi, depuis la place de la Bourse, la dixième journée de mobilisation contre la réforme des retraites à Strasbourg à l’appel de l’intersyndicale (CGT, FO, FSU, Solidaires, UNEF, MNL UNL).

Plus de deux mois après le début du mouvement, plus de 2 000 personnes ont répondu présent jeudi Photos : Kevin Gasser / Rue89 Strasbourg / cc

Deux mois après le début du mouvement, environ 2 000 manifestants

« Nous demandons toujours le retrait pur et simple de la réforme », affirme Karim Hadi, secrétaire général de la CGT Eurométropole de Strasbourg. Interrompu par un bruit d’explosion, le représentant syndical ajoute : « Ce mouvement, on le tiendra aussi longtemps que ce projet sera sur la table. »

Au son du tambour, les lycéens animent la tête du cortège. Photo : KG / Rue89 Strasbourg

Deux mois après le début de la mobilisation contre la réforme des retraites, l’hostilité au projet de loi est la même pour les quelque 2 000 manifestants présents selon les syndicats. Les « projections financières lacunaires » pointées par la Conseil d’Etat dans son avis du 24 janvier et les défauts de l’étude d’impact du gouvernement maintiennent l’espoir de Gauvain End, professeur d’histoire-géographie et co-secrétaire départemental de la FSU.

« Ce sont deux raisons d’être optimiste en plus du soutien de l’opinion qui maintenant se positionne sur un retrait complet de la réforme (ndlr : 51% des Français selon un sondage YouGov publié le 4 février). Nous souhaitons par exemple le retour de la retraite à 60 ans, la conservation des régimes spéciaux, et la prise en compte des interruptions de carrière pour les femmes. »

Gauvain End, co-secrétaire départemental de la FSU, optimiste pour la suite du mouvement. Photo : KG / Rue89 Strasbourg

Arrêt au QG de campagne d’Alain Fontanel

Peu après 15h, quai des bateliers, le cortège s’arrête devant le local de campagne d’Alain Fontanel, candidat (LREM) à la mairie de Strasbourg. Comme lors des précédentes manifestations, les participants criblent les vitres de divers autocollants. En plus de concentrer les critiques du pouvoir en place ce jeudi, il est aussi directement ciblé.

Florian empoigne le micro et dénonce les violences subies lors de la cérémonie des vœux d’Alain Fontanel à la halle du marché de Neudorf le 30 janvier. Interpellé pour des faits de violence ce même jour comme deux autres militants anticapitalistes, il dénonce après son discours un gouvernement « qui ne contrôle plus rien ».

La Fabrique, local de campagne d’Alain Fontanel, recouvert d’autocollants. Photo : KG / Rue89 Strasbourg

Derrière ses lunettes, Simon, en deuxième année de licence d’histoire pointe « la politique générale du gouvernement, déconnectée, des enjeux écologiques et sociaux » :

Ça fait deux mois que je manifeste, et deux mois que j’ai l’impression que ça ne sert à rien. Mais je suis toujours là ! Je suis également contre la réforme de la formation des futurs enseignants.

Alors que le cortège se disperse place Kléber, environ 200 personnes ont rejoint le commissariat pour demander la libération des trois personnes interpellées le matin même au lycée Marie-Curie.

À dix jours de l’examen du projet de loi par les députés, Gauvain End assure : « Idéologiquement, on a déjà gagné. »

Une Strasbourgeoise dénonce son éjection de la liste des écologistes

Une Strasbourgeoise dénonce son éjection de la liste des écologistes

Yamina Grosjean a été retirée de la liste « Strasbourg écologiste et citoyenne ». L’ex-colistière, pourtant élue par l’Assemblée citoyenne, dénonce une situation de « discrimination » en raison d’une comparution à venir. Pour Jeanne Barseghian, il s’agissait d’un risque qu’elle ne voulait pas faire courir à la liste.

Le samedi 16 janvier, Yamina Grosjean a été élue par « l’assemblée citoyenne » parmi les 65 colistiers et colistières de « Strasbourg écologiste et citoyenne ». Deux semaines plus tard, le samedi 1er février, elle ne figurait plus parmi les 65 noms ordonnancés, à nouveau soumis au vote de la même assemblée citoyenne.

Avant le vote solennel, la tête de liste Jeanne Barseghian a fait part de quatre « désistements, pour des raisons professionnelles ou personnelles », trois femmes et un homme, sans s’étendre. Mais Yamina Grosjean ne s’est jamais désistée. Cela lui a été demandé. Malgré son refus, le « comité de pilotage » de la liste, composé d’une quinzaine de personnes, l’a retirée des 65 noms.

Une comparution en juin

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