Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Kolbsheim : un buldozer pour les gouverner tous

Kolbsheim : un buldozer pour les gouverner tous

Avec la fin de la trêve hivernale, les risques d’expulsion concernent aussi les zadistes de Kolbsheim. Rue89 Strasbourg en a rencontré un cette semaine. Avec sa barbe et son chapeau, Bruno nous a rappelé un autre personnage (fictif) qui a crié lui aussi « Vous ne passerez pas! »

 

Dessin de Piet.

 

Finir le week-end de Pâques un lundi, avec le folk de Lucy Miller au Marché bar

Finir le week-end de Pâques un lundi, avec le folk de Lucy Miller au Marché bar

Pour les plus chanceux, le week-end aura duré quatre jours. Après les lapins au chocolat, il sera temps mardi de se remettre au travail. Et pour adoucir tout cela, le Marché Bar propose un apéro concert avec Lucy Miller lundi.

Lucy Miller est une jeune musicienne, dessinatrice et étudiante en art. Difficile de réduire l’artiste à une seule petite boîte, si ce n’est celle de la délicatesse. À travers ses dessins ou ses broderies, à travers son chant ou son jeu de guitare, elle tisse toujours une toile cotonneuse autour de ceux qui l’approchent, comme un cocon de ouate rassurant.

L’an passé, avec « Swimming », elle sortait un disque pépite sous le label Soleils Bleus, micro-maison de disques tenue par Ross Helselton notamment. Des CDs produits en peu d’exemplaires, des dessins uniques à l’intérieur, et une simple pochette transparente. La forme est aussi directe que le fond.

Essentiel et indispensable

L’essentiel de cet album, c’est cette guitare et cette voix. Lucy Miller est de la même grande famille que les actuelles Alela Diane, Laura Marling, Ane Brun ou encore The Staves. Toute une génération de femmes grandement inspirées par les prêtresses Joan Baez ou Cat Power. Le jeu de guitare est simple, avec des mélodies subtiles et élégantes. Tout cela pour accompagner une voix douce mais dotée d’une profondeur intense, un rien dépouillé pour chanter l’amour sur fond de larges espaces. Lucy Miller rappelle la Suède, elle rappelle les montagnes écossaises. Elle évoque un monde à la fois nordique et anglo-saxon. La chanteuse inspire les soirées au coin du feu, pleine d’une chaude lumière tamisée.

Dans peu de temps, Lucy Miller entamera une tournée au Royaume-Uni. Mais avant cela, les Strasbourgeois auront  l’occasion de partager quelques chansons avec elle autour d’un apéro-concert au Marché Bar. Une opportunité qu’il faudra saisir pour tous les amoureux de grands noms féminins du folk doux. La plus jolie façon de finir le week-end de Pâques.

 

Le Musée d’art moderne et contemporain à l’usage des béotiens

Le Musée d’art moderne et contemporain à l’usage des béotiens

Le premier dimanche du mois les musées de Strasbourg sont gratuits. Si l’art contemporain vous effraie, Piet pense avoir trouvé la combine pour ne plus rester incrédule devant Daniel Buren et consorts.

 

« Les femmes de Fessenheim », premières opposantes à la centrale dès sa construction

« Les femmes de Fessenheim », premières opposantes à la centrale dès sa construction

Archives vivantes – En 1970, le projet de centrale nucléaire à Fessenheim est un sujet de débat public. Trois femmes, surnommées « les guêpes de Fessenheim », portent ce combat contre l’atome et pour une meilleure information des citoyens. Elles organisent des conférences, donnent des interviews et produisent une brochure intitulée « Fessenheim : vie ou mort de l’Alsace ». Esther Peter-Davis fait partie du groupe. Rue89 Strasbourg l’a rencontrée.

« Je ne sais pas ce qui ennuyait le plus les pro-nucléaire  : les informations que je révélais ou le fait que c’était une femme qui le faisait. » Au début des années 70, Esther Peter-Davis a joué un rôle important dans la contestation de l’énergie atomique en Alsace. Avec Françoise Bucher et Annick Albrecht, elles ont donné des interviews, des conférences et rédigé une revue au nom évocateur : « Fessenheim : vie ou mort de l’Alsace… » En janvier 1971, le documentaire France 3 « Les femmes de Fessenheim » rappelle le surnom du groupe anti-nucléaire : « Les guêpes de Fessenheim ». Parce qu’elles « piquent »…

 

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« J’ai voulu informer les gens sur les dangers liés à l’atome »

Esther Peter-Davis accepte de donner un entretien dans son appartement. Elle accueille dans son bureau, empli de livres. Sur une table, une boîte contient les notes préparatoires d’un livre sur le nucléaire. Accrochées aux murs, ou éparpillées sur d’autres tables, on trouve des photos de ses voyages à travers le monde.

À la fin des années 60, l’Alsacienne rend visite à sa belle-sœur aux États-Unis. Virginia Davis lui fait visiter les environs de plusieurs centrales nucléaires de l’Etat du Maine. Elle verra aussi les quatre grandes tours de réfrigération de la centrale de Three Miles Island, célèbres depuis l’accident survenu le 28 mars 1979. Ce voyage forge sa conscience antinucléaire :

« J’ai rencontré beaucoup de scientifiques, de médecins et d’associations opposés au nucléaire civil. J’étais sidérée de voir qu’il y avait tant d’opposition. Quand on a commencé à parler d’une centrale à Fessenheim, j’ai voulu informer les gens sur les dangers liés à l’atome. »

« Les scientifiques m’ont utilisée comme porte-voix »

Bien insérée dans le milieu scientifique, Esther Peter-Davis avait déjà accumulé les informations sur le nucléaire. Une photographie de Frédéric Joliot-Curie est accrochée sur un mur de la pièce. L’ancienne militante raconte sa relation avec le gendre de Pierre et Marie Curie :

« Dans les années 50, Frédéric Joliot-Curie m’envoyait à des réunions pour que je parle des dangers liés aux radiations et le risque que présente l’énergie nucléaire. En fait, je me suis rendu compte plus tard qu’on empêchait les scientifiques de parler. Alors les scientifiques [critiques du nucléaire, ndlr] m’ont utilisée comme porte-voix. »

« Fessenheim, Vie ou mort de l’Alsace… »

En 1970, l’activiste se consacre à ses projets de livre et de film, ainsi qu’à ses quatre enfants. Elle habite à Bollwiller, à 25 kilomètres de Fessenheim, lorsqu’elle apprend qu’une centrale nucléaire doit être construire dans ce village du Haut-Rhin. Dès l’été, elle crée le Comité pour la sauvegarde de Fessenheim et la plaine du Rhin avec Jean-Jacques Rettig, figure régionale du militantisme antinucléaire. Il se rappelle bien du travail d’Esther Peter-Davis :

« Madame Davis est une personne intelligente, qui parle le français, l’allemand, l’anglais. Elle a souvent été aux États-Unis. Elle nous a été extrêmement précieuse pour s’exprimer en public et débusquer de l’information sur le nucléaire. »

En juin 1970, la revue « Fessenheim, Vie ou mort de l’Alsace… » est imprimée. Elle contient des extraits de travaux scientifiques, ainsi que des citations de scientifiques opposés à l’exploitation de l’énergie nucléaire. Les auteures mettent surtout en avant le risque que présentent les centrales pour la santé publique.

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Au fil des rééditions, plus de 5 000 exemplaires seront diffusés. L’objectif était aussi de distribuer le feuillet d’une soixantaine de pages à tous les maires de la région.

Le site de Fessenheim, grillagé deux fois

Un travail d’information nécessaire selon Jean-Jacques Rettig. À Gerstheim (Bas-Rhin), les habitants se sont physiquement opposés à la construction d’une centrale en 1975. À Fessenheim, l’occupation du site n’a pas été possible. Jean-Jacques Rettig s’en souvient :

« À Fessenheim, le terrain était propriété d’EDF avant que le projet n’émerge. Il a été grillagé une première fois puis très vite la protection du site a été consolidée par un deuxième grillage avec un chemin pour les chiens. »

Lorsque l’on interroge Esther Peter-Davis sur la transparence de l’Etat français et d’EDF autour du nucléaire dans les années 70, elle pouffe de rire :

« Vous savez, la police française m’a confisqué des documents sur le nucléaire. C’est aussi pour ça que j’ai abandonné mon projet de livre sur le sujet. Dans les années 70, EDF a fait semblant de s’ouvrir au débat. Il n’y avait pas de transparence. Dans leurs conférences publiques, il n’y avait de droit à la parole que pour les défenseurs du projet de centrale. »

Un activisme usant et dégradant

En 1977, la centrale de Fessenheim démarre. Depuis plusieurs années, Esther Peter-Davis a mis de côté son engagement contre Fessenheim. Trop usant. L’activiste se rappelle des nombreuses menaces reçues. Certaines sont dirigées contre ses enfants. Trop dégradant aussi. Les attaques misogynes sont régulières quand la femme est vent debout contre la centrale. Elle se souvient d’un passage à la radio RTL :

« Lors d’un débat sur le nucléaire avec le physicien Louis Neel, il m’a dit que ce n’était pas avec mon intelligence que j’allais comprendre ce genre de choses. »

L’activiste alsacienne avait alors commis l’erreur de demander à Louis Neel : « La centrale représente-t-elle un quelconque danger, notamment pour les enfants ? »

« C’est à Bure qu’il faut se battre maintenant »

Le 31 mars 2018, le deuxième réacteur de Fessenheim redémarrera après un an et dix mois de panne. Lorsqu’Esther Peter-Davis l’apprend, elle lève les yeux au plafond et explique, avec gravité :

« Vous savez, j’ai passé beaucoup de temps à essayer d’oublier ce combat-là. J’ai fait ce que j’ai pu. J’ai aidé à faire connaître un problème dont on ne parlait pas. J’ai toujours trouvé inacceptable le fait que nos choix engagent nos enfants. La question se pose toujours aujourd’hui. C’est à Bure qu’il faut se battre maintenant. »

Le secrétaire d’État à la transition énergétique, Sébastien Lecornu, est attendu les 12 et 13 avril pour un deuxième séjour de travail autour de la fermeture de la centrale, prévue pour « fin 2018 ou début 2019 ».

Pernelle Richardot reconduite à la tête du PS du Bas-Rhin

Pernelle Richardot reconduite à la tête du PS du Bas-Rhin

La conseillère régionale du Grand Est et adjointe au maire de Strasbourg Pernelle Richardot est reconduite pour un deuxième mandat de trois ans à la tête du Parti socialiste du Bas-Rhin. Elle était opposée à Guillaume Chabrol, militant et collaborateur au cabinet du maire de Strasbourg.
L’élue strasbourgeoise a recueilli 65% des voix contre 35% pour son adversaire. Au total, 261 militants ont voté ce vote jeudi 29 mars. Il n’était pas possible de voter blanc, car le bulletin de vote était le même que celui pour le 1er secrétaire national.
Deux . . .
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Quatre étudiants frappés pour avoir arraché des affiches du Bastion Social

Quatre étudiants frappés pour avoir arraché des affiches du Bastion Social

Quatre étudiants ont été agressés dans la nuit du 28 au 29 mars entre l’Agora et la fac de droit avant 23h. Ils arrachaient des affiches du Bastion Social. Une dizaine d’individus les ont frappés sur le haut du corps et au visage. Pompiers et polices se sont rendus sur place. Les jeunes sont indemnes, d’après un premier bilan.

23h30, à deux pas de l’arrêt de tram Esplanade. Une vingtaine de personnes sont massées au 30, avenue du Général de Gaulle. Dans la nuit du mercredi 28 au jeudi 29 mars, quatre étudiants, dont un lycéen, ont été frappés après avoir arraché des affiches du Bastion Social sur un espace d’affichage libre. Le lieutenant-chef de groupe des pompiers Guy Colling a été appelé à 23h06. Après un premier bilan sur place, les quatre personnes agressées sont indemnes.

Décollage solitaire

Dans la soirée, une alerte a été publiée sur les pages Facebook de groupes antifascistes. Elle signalait que le Bastion Social est en train de coller des affiches sur le campus de l’université. Selon le groupe de victimes, ils étaient partis à la recherche d’un ami, parti seul pour arracher ces affiches. « Un comportement dangereux », déplore un militant antifasciste qui s’est rapidement rendu sur place. Parmi les victimes, un lycéen qui a tenu à garder l’anonymat. Il raconte ce qui s’est passé :
« Un groupe d’une dizaine de personnes s’est dirigé vers nous. Ils n’ont pas cherché à dialoguer. Ils nous ont tout de suite proféré des insultes sexistes et homophobes et se sont mis à nous frapper : des coups de poing sur le haut du corps et le visage. Ils ont frappé pendant qu’un de nous était au sol. »
Contactée par téléphone jeudi 29 mars, une victime affirme qu’elle portera plainte « dès la semaine prochaine ». Âgée de 18 ans, elle a aussi été frappée au visage.

Étudiant à l’EM Strasbourg, Jérôme Coquelle sera plutôt diaboliste

Étudiant à l’EM Strasbourg, Jérôme Coquelle sera plutôt diaboliste

Jérôme Coquelle terminera ses études à l’École de Management de Strasbourg en 2019. Mais à 23 ans, il se prépare plutôt une carrière de « diaboliste. » Avec son diabolo, il est devenu champion du monde de performance artistique en juillet 2017 lors d’une compétition à Los Angeles. Vendredi 30 mars, cet étudiant-circassien donne un spectacle à la Maison Mimir à Strasbourg.

« Mon numéro, je le considère comme un produit. » Jérôme Coquelle est diaboliste. Et l’étudiant à l’école de Management (EM) de Strasbourg compte bien le rester : « Je suis ambitieux, je veux vivre du diabolo ». À 23 ans, le jeune homme entame bientôt sa dernière année d’études. Pour préparer sa carrière de circassien, Jérôme vient de lancer son site internet. Il enchaîne les rendez-vous à Paris. Rue89 Strasbourg l’a rencontré chez lui, vendredi 9 mars.

Jérôme Coquelle pose dans la chambre de sa colocataire (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

« À Bogota, je n’étais pas bien »

Jérôme Coquelle habite dans le quartier de l’Orangerie. Sa colocation se situe au premier étage d’une maison. Le diaboliste propose de réaliser l’entretien autour d’un thé, dans sa chambre. Un magazine Le Point est posé sur son bureau. On y trouve un article sur l’étudiant. Son ordinateur a été laissé sur son lit.

Dans la pièce, aucune décoration à part un crâne mexicain multicolore et un drapeau d’une liste candidate au Bureau Des Étudiants (BDE) de l’EM. Jérôme est rentré de Colombie au début de l’année. Il a écourté son année Erasmus pour se consacrer à son projet professionnel :

« À Bogota, je n’étais pas bien. Je passais mon temps à rêver ma vie. Ça a commencé à m’inquiéter. Je venais de gagner le premier prix de la catégorie Variétés du championnat du monde de performance artisitique, à Los Angeles. Du coup, j’ai voulu continuer sur ma lancée. J’ai demandé à l’administration de l’EM si je pouvais prendre les derniers mois de l’année Erasmus pour préparer ma dernière année en alternance tout en continuant de travailler sur mon projet de diaboliste. »

« L’école de cirque : mes parents n’ont pas voulu »

Le circassien garde cet objectif depuis son plus jeune âge. À sept ans, il découvre le cirque dans une association de quartier à Villeneuve-d’Ascq. Le garçon, originaire du département du Nord, aime déjà le jonglage. Trois ans plus tard, il est émerveillé par les techniques d’un diaboliste de passage. L’instrument devient une véritable passion.

Au collège, Jérôme est surnommé « Diabolo man ». Lors d’une performance où il mêle déjà diabolo et théâtre, le collégien impressionne ses camarades. Tout en faisant voler puis rouler la bobine sur le fil, le jeune joue James Bond. Après le Bac, l’artiste en herbe veut intégrer une école de cirque. Sa mère, sage-femme, et son père, fiscaliste, en décident autrement :

« J’avais le niveau pour entrer dans une école de cirque. Mes parents n’ont pas voulu. Ils ont dit : d’abord les études. Alors j’ai choisi de faire quelque chose d’assez large. J’ai fait un BTS en commerce international en me disant que je me dirigerai vers l’événementiel. À côté, je donnais des spectacles au Spotlight, une salle lilloise. J’y ai fait sept ou huit passages. »

Construire un réseau et son site internet

Aujourd’hui les parents du circassien sont rassurés : leur fils a les idées claires sur sa carrière. Chemise à carreaux violette et barbe de trois jours, Jérôme a passé une semaine chargée. Il s’excuse de son peu de temps libre auprès de sa colocataire Maëlys. Elle-même décrit son ami comme « une tête brûlée ». Mais ce soir, le jeune se détend : une fête est prévue dans quelques heures. Occupé à plein temps par le diabolo, Jérôme a besoin de se distraire :

« Les derniers temps, j’ai beaucoup travaillé sur le wording [l’écriture, ndlr] de mon site internet. Chaque jour, je chiade mon numéro pour atteindre une maîtrise parfaite. Je ne peux pas laisser de place au doute dans mon spectacle. À côté, je suis dans une démarche active de prise de contacts : hier, je suis allé à Paris pour participer à l’émission d’un présentateur de M6. Ce matin, j’avais rendez-vous avec un responsable de « La France a un incroyable talent ». Je sais que c’est à travers les rencontres qu’on lance une carrière. »

« Là je locke mes skills »

Chaque semaine, Jérôme prend entre « sept et dix heures » pour s’entraîner : « Ma technique est faite, là je locke mes skills [verrouiller ses compétences, ndlr] » Le diaboliste est un professionnel du spectacle. Et le produit est tarifé : le spectacle de neuf minutes est proposé pour 250 euros. L’artiste estime que le prix est encore bas : « Je pourrais être payé 350 euros pour le même numéro. » Mais pour l’instant, Jérôme ne vit pas encore du diabolo : il refuse des propositions et préfère se consacrer à son plan de carrière.

Pendant trois ans, le circassien a travaillé avec le statut d’auto-entrepreneur. Mais les nombreux courriers de rappel de l’Urssaf l’ont convaincu de travailler en collaboration avec l’association strasbourgeoise Touch’Arts. Les perspectives sont aujourd’hui nombreuses : l’artiste négocie une participation au festival strasbourgeois de l’industrie magnifique. Il espère aussi quelques opportunités grâce à ses amis d’école de commerce et actifs dans l’événementiel. Le diaboliste est confiant : dans son spectacle de diabolo, il incarne une sorte de Charlie Chaplin, mi-dandy-mi ridicule. « C’est un numéro très cabaret, en mode music-hall. C’est très plaçable, très vendable. »

Edwy Plenel : « Mediapart n’a pas vocation à devenir un empire »

Edwy Plenel : « Mediapart n’a pas vocation à devenir un empire »

Le président et directeur de la publication de Mediapart était de passage à Strasbourg pour présenter son nouvel ouvrage « La valeur de l’information ». Il n’en fallait pas plus pour lui tendre notre micro et recueillir ses propos sur le modèle économique de Mediapart, et l’avenir de l’enquête journalistique en région.

Invité par le Club de la presse de Strasbourg, Edwy Plenel est venu présenter son livre « La valeur de l’information » et répondre aux questions de l’Association des étudiants de l’école de journalisme de Strasbourg (Adej), ainsi qu’aux journalistes présents.

Le président de Mediapart a qualifié de « succès » cette aventure journalistique qui dure depuis 10 ans maintenant, et regroupe environ 150 000 abonnés payant. C’est trois fois plus que Libération (environ 50 000 abonnés et ventes papier + numérique) et moins de la moitié du Monde et du Figaro (environ 250 000 chacun). La recette miracle réside dans le souci d’investigation de la rédaction. « Il faut aller chercher le lecteur et lui donner des sujets de fonds » a répété a plusieurs reprises Edwy Plenel.

Mediapart en région ?

Selon Edwy Plenel, « Mediapart n’a pas vocation de conquérir les régions », mais une présence régionale est possible à travers son soutien financier aux médias locaux existants tels que Marsactu et Mediacités et quelques enquêtes décidées par la rédaction. Le modèle économique payant de Mediapart aurait valeur d’exemple selon son président.

Une loi sur le secret des affaires

Edwy Plenel a également interpellé les journalistes présents sur le danger que représenterait l’application de la loi sur « la protection des savoir-faire et des informations commerciales non divulgués contre l’obtention, l’utilisation et la divulgation illicites ». Cette loi ne permettrait plus d’investigation poussée pour dénoncer des scandales tels que par exemple les « Panama papers ».

Dans l’après-midi, Edwy Plenel s’est rendu à la Maison d’arrêt de Strasbourg, comme le font régulièrement des journalistes strasbourgeois avec le Club de la presse. En fin de journée, il était de retour dans le centre-ville pour une rencontre autour de son livre par la Librairie Kléber.

#club de la presse

Rythmes scolaires : la Ville demande l’avis des Strasbourgeois

Rythmes scolaires : la Ville demande l’avis des Strasbourgeois

Les Strasbourgeois pourront donner leur avis quant à un retour, ou non, à une semaine de 4 jours de classe à l’école primaire. Tout au long du printemps 2018, des conférences-débats avec des intervenants spécialistes de l’Éducation sont organisées. Le maire prendra sa décision à l’automne 2018. Pour quatre syndicats d’enseignants, cette consultation est une manière de les contourner.

Avec l’arrivée du nouveau gouvernement, les municipalités ont le choix pour les rythmes scolaires dans leurs écoles. La Ville de Colmar a par exemple déjà opté pour la semaine de 4 jours depuis janvier. C’est aussi le cas de la majorité des communes de l’Eurométropole à partir de la rentrée 2018. Les Strasbourgeois pourront quant à eux donner leur avis concernant la rentrée 2019, le statu-quo ayant été décidé pour 2018. Un cycle de réunions est organisé au printemps 2018.

Le maire Roland Ries (PS) estime que « prendre une décision immédiate, sans discussion, pour la rentrée 2018 serait déraisonnable ». Une concertation publique a donc été organisée. La concertation se fera en deux étapes : des conférences-débats (la première et la dernière seront retransmises sur le site strasbourg.eu) puis la composition de groupes de travail citoyens.

Les salles de classes de Strasbourg fermées les mercredi et jeudi ? (Photo Liz / Wikimedia Commons)

Sept conférences-débats et des groupes de travail

De fin mars à fin mai, sept conférences-débats dans différents quartiers strasbourgeois ont été organisées. Deux d’entre elles se passeront au centre administratif. D’après la Ville, les intervenants de ces conférences auront vocation à enrichir la réflexion des participants. Un pédopsychiatre et un médecin, tous deux spécialistes des questions d’éducation se prêteront au jeu pour donner un avis de professionnel de la santé. Les deux autres intervenants sont chercheurs, l’une en psychologie de l’éducation à l’Université de Lille et l’autre en sciences de l’éducation.

Parents et syndicats en colère

Toutes les contributions issues des débats seront restituées sur un forum numérique et une page Facebook dédiée. Les participants des conférences qui le souhaitent pourront s’inscrire ensuite pour participer à des groupes de travail pour approfondir les réflexions aux mois de mai, juin et septembre 2018. En tenant compte de tous ces éléments, la municipalité rendra sont verdict à l’automne 2018 pour une mise en œuvre à la rentrée 2019.

Une intersyndicale enseignante et des parents d’élèves, ont manifestés devant le centre administratif le 21 mars dernier. Ils réclament plus d’écoute de la part des autorités compétentes. Les conseils d’école, instances qui votent le règlement intérieur des établissements scolaires, ce sont déjà largement prononcés en faveur de la semaine de quatre jours.

Les syndicats déplorent que la Ville ne tient plus compte des votes des conseils d’écoles, « le seul lieu règlement aire et légitime de la démocratie scolaire et de l’expertise croisée ». Les quatre organisations (Snuipp, Unsa, CDFT et FO) n’hésitent pas à parler de « rupture consommée ».

 

À la maison d’arrêt de Strasbourg, chaque conseiller d’insertion a 80 détenus à sa charge

À la maison d’arrêt de Strasbourg, chaque conseiller d’insertion a 80 détenus à sa charge

La réinsertion des détenus est le sujet du prochain ciné-club de Rue89 Strasbourg, mercredi 28 mars au cinéma Star. À cette occasion, Rue89 Strasbourg a posé trois questions à Laurent Blanchard, responsable de l’enseignement à la Maison d’arrêt de Strasbourg, et Alexandre Pierre, responsable du service pénitentiaire d’insertion et de probation de la Maison d’arrêt de Strasbourg.

De gauche à droite : Alexandre Pierre, responsable du Service pénitentiaire d’insertion et de probation de la Maison d’arrêt de Strasbourg et Laurent Blanchard, responsable de l’enseignement à la Maison d’arrêt de Strasbourg. (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

Rue89 Strasbourg : Entre maisons d’arrêts, centres de détention et maisons centrales, les problématiques diffèrent beaucoup. Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ? 

Laurent Blanchard : Dans les maisons d’arrêt, il y a deux types de détenus : soit ils attendent leur jugement pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, soit ils ont été condamnés à des peines de moins de deux ans. Dans les centres de détention, les détenus doivent passer plus de deux ans de prison. Les maisons centrales accueillent les personnes condamnées aux peines les plus lourdes.

Alexandre Pierre : La réinsertion d’un condamné à une peine de quelques mois n’est pas la même que pour une personne qui a passé quinze ans en prison. À la maison d’arrêt de Strasbourg, le temps moyen d’incarcération est de quatre mois et demi. À la différence des maisons centrales, une maison d’arrêt gère un flux permanent d’entrants et de sortants.

En maison d’arrêt, quels sont les dispositifs dont l’objectif est la réinsertion des prisonniers? 

LB : De nombreux cours sont dispensés à la Maison d’arrêt de Strasbourg. Ils peuvent permettre aux personnes détenues d’obtenir un diplôme et de trouver du travail. Un exemple : depuis peu, nous dispensons une formation pour devenir agent polyvalent de restauration. Huit personnes par an peuvent y accéder. Ils apprennent la partie théorique en maison d’arrêt et la pratique se fait à l’extérieur.

AP : Au Service pénitentiaire d’insertion et de probation (SPIP) de la Maison d’arrêt de Strasbourg, nous avons une équipe d’environ huit conseillers pour 630 détenus [soit un conseiller pour 80 personnes, ndlr]. Nous travaillons sur trois niveaux : le premier concerne le maintien des liens avec la famille. Dans ce cadre, nous pouvons par exemple demander au juge d’accorder une sortie du condamné avec sa famille.

2 463 personnes condamnées en milieu ouvert

Notre seconde mission doit permettre de préparer la sortie des personnes détenues. Cela consiste à les orienter vers nos partenaires. En interne, nous travaillons avec l’Éducation Nationale par exemple. Sinon, nous coopérons aussi avec le Pôle Emploi, la Mission locale pour l’emploi de Strasbourg et le Service Intégré d’Accueil et d’Orientation, pour toutes les questions d’hébergement. Un forum emploi est d’ailleurs en cours de préparation à la Maison d’arrêt de Strasbourg.

Le SPIP est enfin un acteur de l’aide à la décision judiciaire notamment pour l’aménagement de peine : placement sous surveillance électronique, semi-liberté [le condamné exerce une activité à l’extérieur et retourne le soir en détention, ndlr], placement extérieur ou libération conditionnelle. Dans le cadre de la préparation à la sortie ou du maintien des liens familiaux, une permission de sortie peut être préparée.

Toutes ces mesures visent en fait à éviter une désocialisation du détenu. Qu’en est-il des peines alternatives à la prison? 

AP : Toutes les personnes condamnées ne sont pas forcément en prison. Les condamnations en milieu ouvert concernent une population bien plus élevée que les 630 détenus de la maison d’arrêt de Strasbourg. Dans le Bas-Rhin, il y avait au 1er mars 2 463 personnes qui exécutaient une peine en milieu ouvert. Certains doivent exécuter des travaux d’intérêt généraux. D’autres sont condamnés à du sursis avec mise à l’épreuve [tout ou partie de la peine est annulée à condition de respecter certaines obligations fixées par le magistrat, ndlr]. Il y a aussi des mesures de semi-liberté. Elles permettent au condamné de travailler, suivre un enseignement ou être soigné à l’extérieur.

Plus de 2 000 sujets recueillis par le robot de Vision Strasbourg

Plus de 2 000 sujets recueillis par le robot de Vision Strasbourg

En quatre mois, le robot « Tommy » développé par une association a recueilli plus de 2 000 idées et problèmes. Cela permet de dégager deux premières tendances.

Lancé en novembre 2017, le robot de l’association « Vision Strasbourg » recueille les plaintes comme les bonnes idées d’internautes au sujet de Strasbourg. Quatre mois après son lancement en novembre 2017, l’algorithme « Tommy » a progress . . .

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Rencontre avec Bruno, « zadiste » anti-GCO, militant de tous les jours

Rencontre avec Bruno, « zadiste » anti-GCO, militant de tous les jours

Avec les anti-GCO – À travers une mini-série en vidéos, Rue89 Strasbourg part à la rencontre d’opposants au Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg. Rencontre avec Bruno, dans la Zone à défendre (Zad) de Kolbsheim.

Direction la « Zone à défendre » (Zad) dite « du Moulin », dans la forêt de Kolbsheim au nord de Strasbourg. Quelques bouts de bois, une porte… Un début de cabane. On est loin des villages autogérés de Notre-Dame-des-Landes. Mais tous les jours, quelques militants dorment sur place et veillent, pour empêcher que les engins de terrassement ne débutent des travaux que ces militants jugent, a minima, prématurés. À la vue d’engins de chantier, ces habitants sonnent l’alerte auprès de leurs soutiens, éventuellement pour s’interposer pacifiquement. Bruno est de ceux-là. Alors que la pluie tombe sans arrêt et que la boue envahit la Zad, il est là, plusieurs jours par semaine en rotation avec une dizaine d’autres militants réguliers. Il explique pourquoi il tient à cette opposition physique au Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg.

Ça se vérifie : le Panama n’a aucun humour

Ça se vérifie : le Panama n’a aucun humour

C’est peu dire que depuis les #PanamaPapers, cette série de révélations qui ont montré comment le Panama servait de plaque tournante mondiale pour le blanchiment d’argent et l’évasion fiscale (voir les répercussions jusqu’en Alsace), l’image de ce petit pays d’Amérique centrale s’est considérablement dégradée. En réaction, le Panama, qui était jusqu’alors surtout connu pour son canal, avait alors commencé par protéger ses cabinets d’avocats avant de prendre des mesures pour être rayé de la liste noire des paradis fiscaux.

Alors quand un pressing de Strasbourg utilise le blanchiment panaméen comme une argument commercial, ça ne plait pas du tout mais alors pas du tout aux autorités panaméennes, comme l’a remarqué France 3 Alsace.

"on blanchit aussi" (capture d'écran)
« on blanchit aussi » (capture d’écran)

Comme l’indique France 3 Alsace, Thierry Strauss, gérant de cinq pressings à Strasbourg, est un habitué de l’utilisation de punchlines humoristiques pour sa communication (Le Pressing et son savoir fer, Vous pouvez venir froissé… T’as une tâche pistache !, Vous êtes lessivés ? Le Pressing est là pour vous, etc). Pendant la campagne présidentielle, il n’avait pas hésité à surfer sur les costumes de François Fillon et les salissures à base de farine projetée pour faire parler du pressing.

Mais là, magie d’Internet, la dérision sur le blanchiment a choqué jusqu’au Panama, un pays dont les habitants ne se voient pas tous comme des avocats ou des gérants de pacotille de société fictives…

Tweets du Panama…

L’ambassade du Panama en France a donc saisi un cabinet d’avocats, qui a mis en demeure Thierry Strauss de retirer ses affiches sous 8 jours. C’est sérieux semble-t-il, en tout cas défense de rire en lisant la lettre ci-dessous.

La lettre du Panama… (doc remis)

La réaction de Thierry Strauss

Municipales à Schiltigheim : dernière soirée pour poser vos questions aux listes

Municipales à Schiltigheim : dernière soirée pour poser vos questions aux listes

Médiathèque, tram, immobilier, friches, navette, marché, pistes cyclables, rénovation des quartiers, Eurométropole… En partenariat avec « Questionnez vos candidats », Rue89 Strasbourg propose aux (é)lecteurs de poser leurs questions aux 5 listes en lice pour les élections municipales anticipées à Schiltigheim, dont les scrutins auront lieu les 8 et 15 avril.

Suite à la démission de plus d’un tiers du conseil municipal de Schiltigheim, consécutif à une crise au sein de la majorité, les électeurs de Schiltigheim sont appelés aux urnes. Ils doivent désigner leurs conseillers municipaux, et donc leur maire et son équipe pour un peu moins de deux ans, jusqu’à mars 2020. Six listes sont en lice pour cette élection anticipée dont le premier tour doit avoir lieu le dimanche 8 avril et le second le dimanche 15 avril.

Comme à chaque scrutin, Rue89 Strasbourg propose aux internautes d’interroger les candidats en compétition grâce au site « Questionnez vos élus ». Pour cela, il suffit de sélectionner un ou plusieurs candidat et d’écrire quelques lignes dans le formulaire en tête de cet article (ou à cette adresse). Les questionnaires sont ouverts jusqu’au mardi 3 avril dans la soirée.

Les questions font l’objet d’une modération a priori par la Facep pour éviter les doublons et les propos hors-charte. Les réponses qui seront apportées par les candidats et leurs équipes sont visibles par tous et feront l’objet d’un article de synthèse avant le premier tour le dimanche 8 avril.

Pas de dégradations au Palais U, même le doyen de la faculté d’Histoire le reconnaît

Pas de dégradations au Palais U, même le doyen de la faculté d’Histoire le reconnaît

Dans un e-mail interne du 23 mars, le doyen de la faculté des Sciences historiques a évoqué des « dégradations » commises au Palais Universitaire lors de son occupation par des « étudiants en lutte » jeudi 22 mars. Trois jours plus tard, il revient sur ses propos dans un second courriel : il n’y a pas eu de casse de la part des étudiants mobilisés contre la réforme de l’accès à l’Université.

« Fake news » à la fac d’Histoire ! Vendredi 23 mars, le doyen de la faculté des Sciences historiques, Jean-Yves Marc, envoie un e-mail aux professeurs de son établissement. Il y affirme que des dégradations ont été commises lors de l’occupation du Palais Universitaire par des lycéens et des étudiants opposés à la réforme de l’accès à l’université le 22 mars. Entre 50 et 70 étudiants se sont installés dans la salle 119 depuis 10h30, rejoints par environ 200 personnes à partir de 16h30. L’Université a octroyé des salles et réorganisé les cours qui devaient s’y dérouler durant la journée, tout en indiquant aux étudiants qu’ils devaient avoir libéré les locaux à 20h.

Mais les occupants ont refusé de quitter les locaux et ont installé des barricades aux accès du Palais Universitaire. Le président de l’Université a alors sollicité l’intervention des forces de l’ordre pour évacuer le bâtiment (voir notre reportage).

Selon le doyen de la faculté d’Histoire, des « dégradations » provoquées lors de cette occupation ont justifié la fermeture du Palais Universitaire jusqu’au 25 mars, indique-t-il dans un e-mail le 23 mars.

(capture d’écran)

Mais le 26 mars, Jean-Yves Marc envoie un second e-mail dans lequel il assure finalement : « Aucune dégradation n’a été commise au Palais universitaire jeudi après midi. »

(capture d’écran)

« On a subi des rumeurs infondées sur les dégradations »

Dans la journée du 26 mars, les participants à l’occupation du Palais Universitaire ont pris connaissance du démenti avec soulagement. Théo Defert, étudiant en première année de sociologie, en fait partie. Depuis la journée de mobilisation du 22 mars, il a vu de nombreuses accusations passer sur les réseaux sociaux :

« Des étudiants en Histoire étaient extrêmement énervés. On a vu leurs réactions sur Facebook, sous les publications de l’Université de Strasbourg. Ils étaient particulièrement touchés par la fermeture du Palais Universitaire parce que la majorité des cours au Palais U sont des cours d’Histoire. Ils nous ont accusé d’avoir tout cassé et d’être les responsables de la fermeture du campus. Nous avons voté une occupation non-bloquante et sans aucune forme de dégradation. »

Pour Lucas Riojo, aussi impliqué dans la contestation de la réforme de l’accès à l’Université, il est très difficile de gérer la désinformation autour du mouvement :

« Ce qui a été le plus compliqué à gérer, c’est ce qui s’est passé après l’occupation. Les gens ont été très mal informés. Du coup un grand nombre de raccourcis ont été faits : Occupation = Blocage = intervention policière = Dégradations. Sur les réseaux sociaux, on a subi de nombreux propos diffamatoires et d’autres rumeurs. »

Lundi 26 janvier, l’administration de l’Université de Strasbourg a permis aux contestataires d’utiliser une salle du Palais Universitaire pour tenir leurs réunions. Les militants s’en servent pour organiser des débats autour de la réforme de l’accès à l’université, menée par la ministre de l’Enseignement supérieure. Une nouvelle assemblée générale est prévue mercredi 28 mars, à 12h heures… au Palais Universitaire.

À l’Elsau, la disparition des commerces provoque rancoeur et sentiment d’abandon

À l’Elsau, la disparition des commerces provoque rancoeur et sentiment d’abandon

À l’Elsau, un quartier à l’ouest de Strasbourg, il n’y a plus de distributeur automatique de billets depuis 2013. Le dernier supermarché a fermé en avril 2015. Et les habitants ne voient aucune perspective d’amélioration. Les plus jeunes n’hésitent pas à comparer leur quartier avec la maison d’arrêt, située à deux pas. Reportage dans la rue Watteau, unique rue marchande du quartier.

L’unique allée commerçante de la cité de l’Elsau est ponctuée de rideaux de fer. La mairie de ce quartier situé à l’ouest de Strasbourg est fermée aujourd’hui. Le supermarché et l’ancien poste de police le sont aussi, définitivement. La rue Watteau est presque déserte. Il pleut en cette journée du 15 mars 2018. Le ciel détonne peu au-dessus des façades ternes. Mickaël (le prénom a été modifié) traîne avec trois potes.

« L’Elsau est devenu une prison »

Mickaël a 21 ans. Il habite ici depuis tout petit. Son discours sur le quartier de l’Elsau est empli d’amertume :

« Quand tu arrives à la station Elsau, le premier truc que tu vois, c’est un supermarché abandonné avec des caddies devant l’entrée du parking. T’imagines la vitrine ? Après, regarde l’arrêt de tram suivant dans la rue Martin Schongauer. C’est une cage en fer. On dirait que c’est une prison. Plus loin dans la même rue, il y a un arrêt de bus sans aucune indication. On parle de la prison de l’Elsau, mais c’est tout l’Elsau qui est devenu une prison. »

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Mickaël est interrompu par le bruit d’un scooter qui s’approche. Son ami lui demande un euro, tout en faisant gronder le moteur. « T’as pas un euro ? », insiste-t-il. Non. Le jeune cherche dans ses poches. Une pièce de vingt centimes tombe par terre. « Reviens quand le chômage est arrivé », conclut Mickaël.

Pour ce résident de l’Elsau, les difficultés ne se limitent pas au supermarché fermé ou à l’absence de distributeurs de billets :

« Ce qui me fout le plus les nerfs, c’est cet entretien dans une boîte d’intérim. Au début, tout allait bien, le mec voit que j’ai le Bac et un BEP. Et quand il lit “rue Martin Schongauer” sur mon CV, il me demande si j’habite à l’Elsau. Là j’ai senti que c’était mort. Le quartier a juste une sale réputation. »

L’antenne de police municipale, fermée depuis 2001

Cette rancoeur, Elise l’observe au quotidien. Elle travaille ici depuis quelques années et a tenu elle aussi à garder l’anonymat :

« Les personnes âgées se plaignent d’avoir à se déplacer en ville quasiment tous les jours puisqu’il n’y a pas de supermarché. Les parents sont inquiets pour leurs enfants. Dans cette rue, les scooters passent régulièrement à vive allure et le dealers de drogues squattent souvent. Beaucoup considèrent que la présence policière est insuffisante. »

Dans le quartier de l’Elsau, il n’y a plus d’antenne locale de la police municipale depuis 2001, selon la Ville de Strasbourg. Cette année-là, tous les postes de police sont rassemblés dans le centre administratif. Une question d’efficacité pour la Ville : en réduisant le nombre d’agents affectés à l’accueil de la population, les policiers municipaux seraient plus nombreux sur le terrain.

L’insalubrité, autre problème du quartier

Le sentiment d’abandon des habitants est renforcé par l’insalubrité de la cité. Les jeunes trouvent eux-mêmes les façades des HLM « dégueulasses ». Les plus âgés, comme Mohammed (le prénom a été modifié), 60 ans, parlent des rats. Il dénonce :

« Des rats, ici, il y en a plein. Soit ils bouffent les fils électriques dans les caves, soit ils bouffent dans les poubelles ouvertes. »

L’ancien aide-contrôleur à Ostwald porte un jogging Adidas, un bonnet quechua et une longue veste noire. Mohammed continue à marcher. Avec un air de guide, il montre l’endroit où se trouvait la boulangerie, au 15 rue Watteau. Elle a fermé en 2008 pour devenir une épicerie, puis un magasin de meubles. Ce dernier est aujourd’hui fermé. Le vieillard arrive au niveau de la mairie de quartier. Il peste contre ses horaires d’ouverture :

« Elle n’est ouverte que deux fois par semaine : le mardi entre 8h et 13h30 et le jeudi entre 12h et 17h30. Et comment font ceux qui travaillent ? »

« On nous enlève tout petit à petit »

Les déchets, c’était le fer de lance de l’Association des résidents de l’Elsau (Arel) en 2016. Au mois de mars, ses adhérents apprennent que la benne verte du quartier ne sera plus mise à disposition. Joint par téléphone, son président Daniel Vidot ne mâche pas ses mots :

« Les habitants de l’Elsau ont l’impression d’être négligés. On nous enlève tout petit à petit et sans compensation. »

« Je ne crois plus en rien »

Dans ce quartier séparé de Strasbourg par l’autoroute A35, les habitants se demandent quel sera le prochain service public à déserter les lieux. Une rumeur court les rues et arrive évidemment sur la table des conférences de rédaction de Rue89 Strasbourg au Centre social et culturel de l’Elsau : La Poste pourrait bientôt fermer ses portes. La direction dément :

« La présence postale est pérenne sur le quartier de l’Elsau et aucun changement n’est prévu concernant les horaires d’ouverture du bureau de poste. »

En novembre 2016, la direction nationale de La Poste avait promis à Eric Elkouby, alors député, que ce bureau serait maintenu.

Au bout de la rue Watteau, devant le débit de tabac, ouvert, deux jeunes hommes acceptent de discuter sur l’évolution du quartier. Les langues se délient rapidement. Le même sentiment d’abandon, la même absence de perspective. Mais les deux refusent d’être interviewés. L’un d’eux explique ce choix : « À quoi ça sert tout ça ? Moi, pour l’Elsau, je ne crois plus en rien. »

Luc Gillmann, ajdoint au maire de Strasbourg, chargé des quartiers de l’Elsau, Montagne Verte et Koenigshoffen, relativise la situation :

« Il y a globalement un bon niveau d’équipement en services de proximité, entre les écoles, le collège, la médiathèque, un centre médico-social, une mairie de quartier, plusieurs associations et énormément de choses au niveau sportif. »

Les travaux de rénovation du quartier devraient commencer entre fin 2019 et début 2020. Luc Gillmann espère que le réaménagement de l’Elsau, et en particulier de son entrée, favorisera le retour des investisseurs privés, des distributeurs automatiques de billets et d’un supermarché. Espérons.