Vendredi 6 avril, Machiavel Production propose un nouveau concept de soirée, appelé Undrcovr, où l’idée est de faire coller l’ambiance musicale à la décoration du bâtiment. Ce sera à l’hôtel Boma, rue du 22-Novembre à Strasbourg, avec les morceaux d’inspiration africaine de Fatoumata.
Aprés avoir débuté avec les soirées Gather, où des artistes de la scène électronique internationale sont invités à se produire dans des clubs strasbourgeois, les deux membres fondateurs de Machiavel Production, Mourad et David, ont décidé de lancer un nouveau concept : organiser des soirées dans des lieux atypiques en adaptant la programmation musicale au décor et au thème du lieu.
Ainsi, pour leur première édition, vendredi 6 avril à l’hôtel Boma à Strasbourg, Machiavel Production a choisi de convier FatouMata, un duo français alliant les talents de saxophoniste et de pianiste de Pierre aux performances de DJ et à la créativité de Tim. Qualifiés de précurseurs, le duo produit une deep-house aux sonorités africaines, qui leur a valu de se produire aux côtés de grands noms tels que Jamie Jones, Riva Starr, Mario Aureo, Djebali ou Matthias Tanzmann.
Le duo FatouMata (document transmis)
En Afrique, une boma est une enceinte entourée de palissades afin de se protéger des animaux sauvages, un espace de vie et de convivialité où l’on se retrouve pour manger, échanger et danser. C’est cette ambiance que l’hôtel essaye de capter avec sa décoration, ses graphismes mais aussi en organisant des soirées telles que des jam sessions ou des concerts.
FatouMata lors de l’une de leur soirée au club Fauve à Paris. (document transmis)
FatouMata : « Notre objectif, c’est que personne ne s’arrête de danser »
La soirée débutera à 19h avec les sets solaires entre disco, house, afro house, et deep-house de Da funk (DJ résident du Boma) et Machiavel Crew. Puis FatouMata enchaînera pour trois heures de set, diffusé en live sur les pages Facebook des organisateurs et de l’école de musique parisienne Mawifamily.
En outre, Machiavel Production a invité AKSAK, aux percussions aux côtés des DJs, ainsi qu’une troupe de danseurs.
La soirée au Boma se terminera vers 1 heure du matin, les voisins du Boma n’étant guère prêts à rogner sur leurs nuits. Mais les organisateurs ont prévu d’emmener les fêtards dans un autre lieu strasbourgeois, le Bercail. FatouMata et les autres DJs s’y partageront les platines.
Les étudiants opposés à la réforme de l’orientation post-bac ont occupé le Palais Universitaire pendant quinze minutes dans la soirée du mercredi 4 avril. Le temps pour la police d’évacuer le lieu. Délogés, les contestataires ont ensuite entamé une manifestation dans les rues de Strasbourg.
37 voix pour et 31 voix contre. Le vote au sujet de l’occupation pour la nuit du Palais Universitaire de Strasbourg était étriqué lors de l’assemblée générale des « étudiants en lutte » le jour même, mercredi 4 avril. Les étudiants mobilisés étaient pourtant une centaine à sortir du bâtiment où ils s’étaient barricadés après son heure de fermeture officielle le soir-même, à 20h.
La police nationale a évacué les lieux vers 20h15, comme le 22 mars. Les contestataires ont ensuite défilé dans les rues de Strasbourg. « Et la fac elle est à qui ? Elle est à nous ! », ont-ils scandé.
Prochain blocage : lundi 9 avril
Une étudiante en première année de droit se trouve au milieu du cortège. Elle conteste un projet de loi qui « porte atteinte à l’accès de tous aux études supérieures. » La manifestante est accompagnée d’un lycéen en terminale ES. Le futur bachelier craint de ne pas pouvoir étudier dans la filière et la ville de son choix. C’est leur première « manifestation sauvage » depuis la contestation de la loi El Khomri au printemps 2016.
Vers 21 heures, les manifestants se réunissent sur le campus universitaire, à proximité du nouveau Patio. Ils décident de mettre fin à la manifestation. L’un des organisateurs du mouvement appelle les étudiants à « se disperser en groupes ». L’agression de plusieurs jeunes a eu lieu à quelques mètres de là, dans la nuit du 28 au 29 mars. Un premier blocage est prévu lundi 9 avril.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Le vendredi 6 avril, à partir de 16h30, le collectif « GCO non merci » appelle à l’occupation de la place de la République à Strasbourg, pour fêter l’anniversaire de l’opération « Occupe ton rond point. » L’objectif est de montrer la détermination du mouvement d’opposition à cette autoroute, en rappelant que le concessionnaire, Vinci, n’est pas encore en mesure de démarrer les travaux.
Ce vendredi 6 avril, à l’occasion de l’anniversaire de l’opération « Occupe ton rond point », c’est un rond point un peu particulier que les opposants au Grand contournement ouest (GCO) vont occuper : celui de la place de la République à Strasbourg. Le rassemblement est prévu de 16h30 à 19h. Comme pour les occupations de ronds-points, il s’agit pour les militants de se poster, aux grandes heures de passages, à proximité du tracé du GCO avec des pancartes revendicatives. Ce projet d’autoroute à l’ouest de Strasbourg doit permettre aux camions de contourner Strasbourg mais au prix de l’artificialisation de nombreuses terres fertiles du Kochersberg, et sans régler les problèmes d’accès à l’agglomération.
Opposés à la construction de cette autoroute qu’ils jugent « inutile », les militants réunis au sein du collectif « GCO Non merci » veulent montrer « la détermination du mouvement. » Ils insistent sur le fait que « rien n’est plié », en donnant des exemples de projets qui n’ont pas abouti malgré l’autorisation du gouvernement, comme l’aéroport de Notre-Dame-Des-Landes ou le barrage de Sivens.
Manifestation du collectif GCO non merci place de la République (capture d’ecran vidéo JFG)
D’autres mobilisations à venir
La déclaration d’utilité publique a été prorogée de 8 ans par le gouvernement, malgré deux avis négatifs du Conseil national de protection de l’environnement. Celle-ci est vivement contestée par les militants qui estiment que cette autorisation d’effectuer les travaux préparatoires est un « déni de démocratie. » Ils encouragent leurs soutiens à participer à l’enquête publique en cours, sur l’impact du GCO sur l’eau et les espèces menacées, du 4 avril jusqu’au 11 mai.
Dans la soirée du 31 mars, une chamane de Rosheim a organisé une danse autour d’un « feu sacré ». Ils étaient une vingtaine à répondre à son appel. Certains louent les services de Joëlle et n’en sont pas à leur première rencontre avec la « guérisseuse et libératrice d’âmes ». D’autres ont quitté les lieux avant la fin de la cérémonie…
« Il faut remercier Merlin de nous accueillir. » Merlin, c’est le premier arbre imposant à la sortie du village de Rosheim, près d’Obernai. La chamane Joëlle avait donné rendez-vous à 19 heures au bout de la rue du général de Gaulle. Une vingtaine de personnes ont répondu à l’appel de la « guérisseuse et libératrice d’âmes ». Ils ont d’abord payé 10 euros chacun pour la cérémonie nocturne autour du « feu sacré ». Puis le groupe, vêtu de doudounes et de chaussures de marche, s’est dirigé vers la sortie du village. Vers 19h15, « fin du blabla », demande la guide. Chaque participant doit être « en conscience » pour participer à la cérémonie.
Joëlle se recueille devant un arbre avant d’entamer un chant. (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)
Une incantation dans une « langue ancestrale »
La marche est ponctuée d’arrêts devant plusieurs arbres. À chaque fois, il s’agit de demander aux « esprits des lieux, aux archanges, aux gnomes et aux fées » l’autorisation pour pénétrer les lieux. La chamane sort son tambour ou commence une incantation dans une « langue ancestrale, universelle, qui réveille les cellules de chacun d’entre nous. » De son propre aveu, Joëlle ne connaît pas la langue qu’elle utilise. Elle a appris ce dialecte grâce à « l’exploration de ses vies antérieures. »
Pendant que la chamane s’adresse aux « esprits des lieux », les participants attendent, immobiles autour de l’arbre.
Pendant que la guérisseuse s’adresse aux esprits des lieux, le groupe attend patiemment. En silence, ils restent souvent immobiles, les yeux fermés, les bras écartés. Lorsque la chamane a terminé, les participants s’approchent de l’arbre et déposent des « offrandes » : une pomme, des graines, un petit Jésus en meringue, des fleurs…
Quelques exemples des offrandes laissées par le groupe.
« Avec Joëlle, je suis beaucoup plus sereine »
Vers 19h30, les membres du groupe doivent passer entre deux arbres. Mais cette fois, la chamane prévient : il s’agit d’un véritable « portail ». Nul ne peut le franchir sans être « en conscience ». Joëlle ne précise pas en quoi consiste cet état d’esprit. Elle se contente d’accompagner une personne après l’autre en exécutant de grands gestes. La « guérisseuse d’âmes » estime que l’avant-dernière participante ne satisfait pas aux conditions d’entrée dans les lieux. Devant le groupe, elle doit repasser sous l’œil attentif de la meneuse.
La chamane passe devant chaque participant en chantant dans une langue « ancestrale ».
Les plupart des participants se connaissent déjà. Un couple d’une cinquantaine d’années est déjà venu à d’autres cérémonies. Ils ont d’abord consulté Joëlle pour ses « techniques de libération ». Il y a aussi une vendeuse de fruits et légumes bio. C’est la cinquième fois que la cinquantenaire répond à l’appel de la chamane de Rosheim :
« Avec Joëlle, je suis beaucoup plus sereine. Je fais confiance à la vie. J’ai beaucoup de soucis dans ma vie et j’avance grâce à Joëlle. Ça doit être la cinquième fois que je participe [à ce type de réunion, ndlr]. J’en ai entendu parler grâce à des clientes qui venaient chez elle et qui rayonnaient à mon stand. Du coup, j’ai voulu tester aussi et c’est vraiment génial. La toute première fois, la séance était individuelle. On a travaillé sur mes souffrances dans mes vies antérieures. Une fois qu’on a nettoyé tout ça, on fait des entretiens. Moi je dis que Joëlle est mon esthéticienne de l’âme. »
Gérard, du marketing au développement personnel
Gérard, 59 ans, est aussi un habitué de ces cérémonies. L’année dernière, le Strasbourgeois a quitté son poste dans le domaine du marketing pour se reconvertir dans le développement personnel. Sur Facebook, il a découvert les événements organisés par Joëlle. Sur son site internet, il relaie tous les événements liés à la « spiritualité, [au] développement personnel et [au] bien être ». À ces occasions, il dit retrouver un équilibre perdu :
« Ces réunions collectives me permettent de me reconnecter avec notre Terre mère. C’est ce que je ressens ici. Comme tout le monde, on a besoin de se reconnecter à nous-mêmes. »
Le groupe vient d’arriver devant le lieu du « feu sacré » , préparé au cours des derniers jours par la chamane de Rosheim.
« Malaya ! Mao ! Amayé »
Vers 20h, le groupe arrive sur le lieu du « feu sacré ». La chamane « nettoie » les participants. Un bouquet de sauge à la main, elle caresse avec les plantes le haut du corps de chacun d’entre eux. Puis la guérisseuse entame un long monologue :
« C’est le feu qui vous parle en fait. Pas moi. On vous demande de bien vous ancrer dans votre feu intérieur, dans votre lumière intérieure. Soyez tous bénis, soyez bénis, soyez bénis. [le feu commence à s’embraser]. Voilà, c’est l’embrasement de votre flamme, c’est l’embrasement de votre feu intérieur. Ne laissez jamais s’éteindre cette flamme. Malaya ! Mao ! Amayé ! J’honore et je bénis maintenant ce feu et toutes les âmes… »
Parmi les instruments utilisés, Joëlle fait vibrer un bol tibétain.Joëlle exhorte les participants à rejeter toutes leurs souffrances, dont celles issues de leurs vies antérieures, au feu.
Trois participants quittent la réunion, déçus…
Mais trois personnes, dont une qui pratique le chamanisme à Mulhouse, s’en vont avant la fin de la cérémonie. La guérisseuse de Rosheim dira qu’ils « ont trop d’égo et pas assez d’amour » pour terminer la soirée. Ils étaient pourtant ouverts et volontaires. Les Haut-Rhinois avaient même amené deux tambours.
Quant à Cédric, 39 ans, il a appris des techniques de thérapie corporelle en Inde. Pour les offrandes, il était venu avec des coquillages, de l’encens et un lotus en papier. L’homme, aussi calme que souriant, était venu chercher « le côté communion des énergies » lors de ces cérémonies collectives, qu’il n’a pas retrouvé ce soir-là.
Le reste du groupe a continué de fêter « la pleine lune bleue » bien après 22h. La prochaine réunion de Joëlle aura lieu en mai pour célébrer « l’union entre Jésus et Bouddha ».
La cérémonie a été organisée à l’occasion du week-end de Pâques et de la « pleine lune bleue. »
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Une trentaine de grévistes de l’intersyndicale des cheminots se sont rassemblés mercredi 4 avril devant les ateliers de la SNCF à Bischheim. Avec 49% de grévistes, il en manquait à l’appel mais pour les présents, venus dès 7h du matin, il a surtout été question de préparer les troupes pour un conflit qui s’annonce long.
Le programme de la matinée était plutôt rythmé. D’un côté, les uns accrochaient les différents flambeaux de l’intersyndicale aux grillages, tandis que les autres préparaient les banderoles pour un coup d’éclat. Grévistes et non-grévistes se sont croisés mercredi matin, aux ateliers de la SNCF à Bischheim. L’occasion parfois d’échanger quelques mots, de tendre un tract, ou au contraire de presser le pas pour certains, sans un mot ni regard.
« La privatisation peut attendre 2039 »
Vincent Prod’hon, représentant CGT cheminots, est plutôt content de la participation aux premières journées du mouvement social. Pour lui, comme pour d’autres, la mobilisation en Alsace a toujours un train de retard. Il regrette que le débat médiatique se concentre uniquement sur le transport des passagers, au détriment de celui des marchandises. Pour Vincent Prod’hon, la circulation massive de camions dégradent les routes mille fois plus que les voitures. Même chose concernant la privatisation du secteur. « Elle apparaît comme urgente, émanant des grandes instances européennes » alors que pour ce représentant syndical, cette ouverture à la concurrence pourrait attendre 2039.
Mercredi matin, certains grévistes semblaient agacés par les discours redondants sur « les privilèges » des cheminots. C’était le cas de Régis. 20 ans d’ancienneté sans compter ses années d’apprentissage à la SNCF. Son salaire est de 1 700€ net, tout inclus, primes comprise. Pour Régis, ce salaire est bien maigre, surtout compte tenu de la pénibilité du travail, des astreintes et de l’ancienneté. Mais il n’est pas question pour lui de se plaindre, car certains collègues touchent bien moins, 1 200€ en début de carrière pour des postes de soudeurs.
Régis ne tarde pas à tendre sa fiche de paie pour en faire l’analyse. « Cette prime de 200€ par exemple, ce n’est ni plus ni moins qu’une régularisation pour ne pas être en dessous du SMIC. » Mais en cas d’absence, la prime disparaît également.
Une retraite plus tôt, mais après 37 ans d’annuités
Devant le défilé bruyant des voitures, certains conducteurs klaxonnent, plutôt par solidarité. Les grévistes répondent par une main tendue. Daniel a rejoint de bonne heure le groupe. C’est un peu le doyen, la mémoire des cheminots. Cela fait 13 ans que Daniel est retraité. Sa retraite, il aurait pu la prendre bien plus tôt. Mais c’était sans compter « une base de 75% de son salaire, à la condition d’avoir 37 ans d’annuités à la SNCF, sinon y’a la décote ».
La pénibilité des « roulants » permet des départs anticipés en retraite. Mais à quel prix : les découchages sont nombreux, les horaires difficiles, et le risque demeure réel et important assure Daniel, qui voulait être « avec les copains » ce matin. Pour soutenir, pour signifier par sa présence sa totale solidarité.
Du côté de FO First, le ton gronde. Sébastien Rimlinger, délégué syndical, constate des « avantages » dans toutes les professions : « La caissière a Auchan a 10% sur son caddie par exemple ». Et Sébastien s’en réjouit, car « ces avantages ont été gagnés au prix de luttes syndicales par les anciens. » « Les députés et ministres voyagent à l’oeil, mais là y’a pas de problème, ils veulent surtout pas qu’on touche à leurs avantages, » ajoute-t-il.
Il est 10h. La matinée se termine par l’accrochage des banderoles sur le pont faisant face à la célèbre motrice TGV à Bischheim, comme le témoin cynique d’une époque aujourd’hui révolue. Dès 13h, les banderoles seront enlevées. Mais l’intersyndicale l’assure, « ce n’est que le début de la lutte ».
Mercredi 4 avril, une nouvelle assemblée générale étudiante s’est tenue au Palais Universitaire au sujet de la réforme des Universités. L’amphithéâtre accordé par la direction a accueilli plus de 200 personnes au début. Des discussions et des votes au sujet de la mobilisation se sont tenus, avec comme point de débat, l’occupation immédiate ou future. Et un premier blocage.
Depuis la fin mars, la salle 19 du Palais Universitaire de Strasbourg n’accueille plus de cours, déplacés dans d’autres lieux. Ce mercredi 4 avril, à midi, une assemblée générale (AG) y a réuni plus de 200 personnes : une majorité d’étudiants, ainsi que des lycéens, des professeurs et des syndicats de la recherche.
Des affiches revendiquant une « Université libre et émancipatrice » bordent les murs de la salle. Gabriel, sur le fond d’une musique rap et reggae qui résonne dans l’amphithéâtre, annonce que l’objectif de ce lieu est de créer un espace « d’organisation de la lutte, mais aussi de discussion en général. »
Les étudiants utilisent les murs de l’amphithéâtre occupé. (Photo Thibault Vetter)
Une demi-douzaine d’étudiants membres de l’Uni (Union Nationale Interuniversitaire) tentent d’entrer dans la salle. Ces soutiens du syndicat étudiant classé à droite sont priés de sortir très rapidement. Ces derniers, en filmant la scène sur téléphone, s’exécutent tout en protestant.
D’après des membres de l’assemblée générale, « ces militants de droite ou d’extrême-droite ont tenté de semer le trouble aux derniers rassemblements, en cassant toutes les discussions », ce qui justifie, selon eux, de les écarter. Un membre de l’Uni réfute toute proximité du syndicat Uni avec l’extrême-droite.
Vers 12h10, la musique cesse. Un étudiant sur l’estrade expose le déroulé de la séance. À l’ordre du jour : la gestion de la communication, un point sur la mobilisation à l’échelle nationale ou encore le lien avec les différentes grèves organisées dans le pays.
Après une heure de débats, les étudiants présents votent pour se joindre aux prochaines manifestations des cheminots, mais aussi à celle des services d’urgences le 10 avril. Une motion de soutien aux grévistes de la SNCF est d’ailleurs votée au passage par une majorité écrasante.
Prendre de l’ampleur grâce à des opérations coup de poing
Les débats reviennent ensuite sur le mouvement universitaire, créée en opposition à la réforme du bac et la sélection à l’Université (loi ORE).
Christian Ronse, professeur d’informatique, s’exclame que cette mobilisation doit impérativement prendre de l’ampleur :
« C’est un combat important. Tout le monde doit avoir les mêmes chances d’aller à l’université. Cette loi casse l’égalité des chances, elle aura des conséquences dramatiques. On doit se mobiliser massivement contre. »
Des professeurs sont aussi présents à l’assemblée générale. (Photo Thibault Vetter)
A l’approche des examens, les étudiants ont peur de voir s’essouffler le mouvement. Devant l’assemblée, l’un d’entre eux prend la parole :
« Nous sommes 50 000 étudiants à Strasbourg, et nombre d’entre nous ont été séduits par des idées sociales ou écologiques aux dernières élections. Il n’y a pas de raison pour que la mobilisation ne prenne pas plus d’ampleur. Il faut diffuser ces idées sur tous les campus de Strasbourg. Installer des tables permanentes, tracter et discuter avec le maximum de personnes nous aidera à ramener des étudiants dans la lutte. »
Blocage le lundi
Peu après, des mesures pour augmenter le tractage sur tous les campus sont votées. Les étudiants décident aussi d’une « opération coup de poing » pour le lundi 9 avril, après avoir conclut que c’est ce type d’action qui permettent le mieux de « diffuser la lutte ».
Au programme : blocage sur le campus central, barbecue et assemblées générales. Pour eux, il est important aussi de créer un événement derrière et de susciter la discussion pour expliquer l’objectif de la mobilisation :
« Nous ne sommes pas là pour empêcher les étudiants d’aller travailler. Justement, nous militons pour un accès égal à tous aux études à l’université, sans distinctions. »
Vote serré pour la soirée
Sur un point, les débats sont moins unanimes. L’occupation ou non de l’amphithéâtre de la salle 19. Pour certains, une occupation nocturne dès ce soir – les étudiants ont le droit de rester jusqu’à 20h, heure de fermeture du bâtiment, c’est s’exposer à une intervention policière express, tout perdre et décourager certaines volontés. Pour d’autres, c’est au contraire le fait de se cantonner à une salle qui risque de marginaliser les opposants.
En fin d’AG, il reste moins d’une centaine de participants, certains se pressant d’aller en cours pour 14h. L’occupation pour la nuit est votée d’une courte tête : 37 voix pour, 31 voix contre, 12 abstentions et 10 non prises part au vote.
Les communiqués de Soprema sont en général un peu chiants. Ça parle de chiffre d’affaires et d’étanchéité, normal pour cette entreprise mondiale du BTP dont le siège est à Strasbourg. Mais le dernier communiqué détonne un peu : il fait mention de l’installation, place du Château à Strasbourg, d’une œuvre monumentale : Mammuthus Volantes (Mammouth volant). Oui, il s’agit bien d’un mammouth qui devrait selon la description, succincte, du communiqué, « flotter entre ciel et terre. »
Le décorum de l’œuvre sera assuré par Aquatique Show et l’ensemble sera piloté par l’architecte et scénographe lyonnais, Jacques Rival, bien connu pour ses installations lors de la Fête des lumières à Lyon.
Mammuthus Primigenius
Ce mammouth, un squelette en fait d’un mammouth ayant vécu en Sibérie il y a 12 000 ans, est de l’espèce Mammuthus Primigenius. Il s’agit des bestioles qui ont été chassés par les hommes de Néandertal, à l’ère du Paléolithique moyen et les Homo sapiens au Paléolithique supérieur. Il mesure environ 3,40 mètres de hauteur et pèse 1 400 kg.
Le spécimen choisi pour l’œuvre de Jacques Rival, en position de marche, est unique car sa taille le classe parmi les plus grands disponibles, il est très bien conservé avec plus de 80% d’os originels et ses défenses aux teintes caramel et ivoire sont gigantesques et également très bien conservées.
Cette opération est réalisée dans le cadre des « trinômes » de l’Industrie magnifique, une série de 16 œuvres exposées sur des places de Strasbourg du 3 au 13 mai, mettant en oeuvre des savoirs-faire industriels associés à des performances artistiques. Soprema, dont l’emblème est un éléphant qui s’arrose, s’est offert ce squelette lors d’une vente aux enchères à la fin de l’année 2017 pour 550 000€.
Avec les anti-GCO – Dynamique, souriante et surtout militante, Catherine est notre nouvelle rencontre de cette mini-série sur les opposants au contournement autoroutier payant de Strasbourg.
Catherine a choisi plusieurs combats : la lutte contre la peine de mort, la fin de l’énergie nucléaire et maintenant la lutte contre la construction du Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg. Devant la préfecture de Strasbourg, elle retrouve quelques dizaines de militants tous les mercredis en fin d’après-midi, pour protester contre l’accord donné par le ministre de l’Environnement, Nicolas Hulot, pour que les travaux débutent fin janvier, avant l’enquête publique.
La « mamie linge-gardien » de la ZAD
Le surnom de Cathy, « mamie linge-gardien, » lui vient des « zadistes », pour lesquels elle fait régulièrement la lessive. Une autre manière de s’engager pour Cathy, loin des micros et des caméras, et qui porte un œil bienveillant sur les militants de la Zone à défendre (Zad), plutôt jeunes, dans la forêt de Kolbsheim au nord de Strasbourg.
Aussitôt arrivée place de la République, Catherine enfile son gilet jaune de signalisation et s’empresse d’accrocher sa pancarte « Et la lutte contre le réchauffement climatique, on y pense ? ». Cathy habite en bout du tracé du GCO. Mais c’est loin d’être la seule raison de sa présence mercredi soir. Multi-militante, elle signe régulièrement des pétitions contre l’abattage des arbres en Roumanie « parce que nous avons besoin d’arbres, de nature pour vivre » alors « que la planète, elle, s’en sortira toujours ».
Mais la responsabilité du consommateur est aussi critiquée par Cathy. « Quel intérêt de vouloir manger des fraises en décembre ou des endives en juillet ? » « Nous devrions trouver des solutions plus raisonnables qui limiteraient le trafic routier, » dit-elle encore.
« Y’a 40 ans, on commençait déjà à en parler »
Il y a 40 ans, Cathy entendait déjà parler des menaces liées à l’environnement par exemple avec René Dumont. Mais il s’agissait essentiellement des conséquences liées à l’agriculture.
Cathy encourage un système de transport moins nocif pour l’environnement. Mais son constat est sans appel, « plus on construit de routes, plus on aura de voitures dessus ». Son message est clair : contre le GCO, pour préserver les terres agricoles alsaciennes.
Une centaine d’étudiants ont manifesté mardi 3 avril à Strasbourg, sur un parcours allant du Palais universitaire à la place Kléber. Leur objectif : soutenir les cheminots, mais aussi protester contre la réforme du service public en général.
« Nous sommes tous ensemble contre le gouvernement Macron, contre la précarisation dans le milieu hospitalier et les EHPAD, la baisse des retraites. Ensemble, les étudiants concernés par la sélection et les cheminots qui se font attaquer de toutes parts. » Un étudiant brandit un microphone, mardi 3 avril aux alentours de 15h, place Kléber à Strasbourg.
Les étudiants se sont mobilisés à la suite d’une assemblée générale au Palais universitaire. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)
Autour de lui, une centaine d’étudiants sont réunis. Sur les pancartes qu’ils arborent, on lit : « Macron serial reformer », « tous dans la bataille », « diplôme mention stress bien », ou encore « Edouard Philippe, ta chemise est mise à prix ».
Parmi les inquiétudes des étudiants, les modalités de sélection à l’Université. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)
Pourtant Marie, 18 ans, étudiante en classes préparatoires littéraires au lycée Fustel de Coulanges, l’assure :
« Même si le mouvement est d’inspiration soixante-huitarde, nous voulons surtout montrer la possibilité d’un mouvement social global. Nous occupons le Palais universitaire depuis lundi et nous organisons des tables-rondes, des assemblées générales, des projections de films… Au plus fort de la manifestation, près de 300 personnes étaient présentes pour participer aux débats. Nous ne voulons pas de mesures de droite et antisociales. Macron cherche à rentabiliser le service public, qui n’a pas à l’être. »
La manifestation place Kléber a duré une quinzaine de minutes. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)
Les cheminots présents, eux, se sont dit touchés par le soutien des étudiants, comme Arnaud César, cheminot à Strasbourg, et membre de la CGT :
« Ce sont les étudiants qui ont décidé de nous rejoindre lors de la manifestation, après qu’ils aient organisé une assemblée générale. On aime se sentir soutenus, car on se bat pour tout le monde. Macron veut faire venir le privé et supprimer les petites lignes. Ce qu’on veut, nous, c’est des trains pour tout le monde et pour tous. »
Une dizaine de cheminots étaient présents lors de la manifestation place Kléber. (Photo ES / Rue89 Strasbourg / cc)
Les étudiants rassemblés place Kléber se sont ensuite rendus au Palais universitaire.
Une assemblée générale s’est tenue mardi 3 avril en fin de matinée devant la cantine de la SNCF à Strasbourg. Des cheminots en grève, mais aussi des étudiants et des salariés de sous-traitants de l’entreprise ferroviaire étaient présents. Ils espèrent faire converger les luttes contre une « attaque globale des services publics ».
Une centaine de personnes étaient réunies devant la cantine strasbourgeoise de la SNCF. Mardi 3 avril, en fin de matinée, elles participaient à une assemblée générale. L’objectif : organiser la lutte contre les réformes de la SNCF, de l’orientation post-bac mais aussi contre les conditions de travail chez certains prestataires privés de la SNCF. Des salariés de l’entreprise de nettoyage Derichebourg Propreté et de NewRest étaient aussi présents sur place.
Une centaine de personnes ont assisté à l’assemblée générale du mardi 3 avril, devant la cantine de la SNCF (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)
« Nous ne restons pas dans notre coin »
Maxime Kieffer, délégué syndical CGT, apprécie la venue des étudiants et des travailleurs du privé :
« Notre objectif, c’est d’abord de rassembler tous les cheminots. On en est loin aujourd’hui. Mais nous voulons aussi faire converger les luttes. Des travailleurs de la restauration ferroviaire et d’une entreprise de nettoyage sont présents. Des étudiants sont aussi venus. Avec eux, nous allons tracter et informer les usagers vers 14h aujourd’hui. On doit aussi montrer au grand public que nous ne restons pas dans notre coin. On est là pour parler de la réforme à ceux qui prennent le train tous les jours. »
L’assemblée générale s’est terminée peu avant 13 heures.
« On fait face à une attaque globale contre les services publics »
Vers 13 heures, la réunion se termine. La fumée du barbecue se fait plus épaisse. L’odeur des merguez devient plus forte. Le haut-parleur est éteint après le discours de quelques étudiants. Il y a un lycéen, grand et cheveux longs. Il reste plus discret. Ses deux camarades étudient les sciences sociales et la philosophie à Strasbourg. L’apprenti-philosophe explique la démarche des étudiants sur place :
« Nous sommes venus pour montrer notre solidarité avec les cheminots. Il s’agit de s’organiser, de travailler ensemble parce qu’on fait face à une attaque globale contre les services publics. Les assemblées générales nous permettent de discuter de points très pratiques, comme la communication entre les lycéens, les étudiants et tous les travailleurs mobilisés, comme les éboueurs, les cheminots, les salariés de Carrefour… »
L’assemblée générale se termine avec un barbecue.
Les conditions de travail dégradées chez les sous-traitants
Sans gilet syndical, un salarié de Newrest, une entreprise de restauration ferroviaire, regarde autour de lui. Ses collègues ne sont pas là. Pour lui, la grève pourrait avoir lieu en décalage avec la mobilisation des cheminots :
« Les syndicats nous ont proposé de venir lorsque les trains sont supprimés, pour que nos heures soient payées. On est appelé à faire grève lorsque les trains roulent. C’est la seule façon de faire remarquer notre mobilisation. »
Mais ce travailleur ne s’attarde pas sur son cas et ses revendications salariales. Il dénonce aussi les conditions de travail qu’il observe chez les sous-traitants de la SNCF, comme l’entreprise Derichebourg Propreté. Deux agents de nettoyage de la firme sont présents sur place. Tous deux tiennent à garder l’anonymat quand ils parlent de leur quotidien :
« Le matériel qu’on nous donne est défectueux. On utilise des gants bien trop fins lorsqu’on doit nettoyer les sanitaires. J’ai dû demander des chaussures de sécurité à mon chef, parce que cela faisait cinq ans que j’utilisais celles du prestataire précédent. Et puis les chariots que l’on utilise sont aussi mal protégés… »
En février 2018, le syndicat CGT des cheminots dénonçait déjà les « conditions [de travail] les plus difficiles » endurées par les salariés de l’entreprise Derichebourg :
Ce tract de la CGT-cheminots demande « l’amélioration globale des conditions de travail des salarié(e)s chargés de la propreté et du nettoyage » (Document Remis)
Vers 14 heures, près de 150 étudiants manifestaient devant la gare de Strasbourg en soutien aux cheminots. Au Palais Universitaire, les jeunes engagés ont invité les cheminots à venir à l’assemblée générale prévue à midi, mercredi 4 avril. À 16h, des cheminots ont promis d’assister à la projection du film « The Navigators ». A l’écran, les spectateurs pourront assister à un drame réalisé par Ken Loach. C’est l’histoire de quatre ouvriers du rail, qui doivent faire face à l’ouverture à la concurrence.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Les présidents des deux Départements alsaciens, Brigitte Klinkert et Frédéric Bierry, appellent les citoyens à s’exprimer sur le devenir d’une collectivité à statut spécial. Le préfet doit rendre ses conclusions au printemps.
Jean-Luc Mélenchon avait un programme pour « L’avenir en commun », les deux Départements alsaciens ont, eux, « l’Alsace en commun ». La comparaison s’arrête là pour ce rendez-vous donné par les présidents des deux Départements alsaciens à la Bibliothèque humaniste de Sélestat mardi 3 avril. Le lieu n’est pas choisi au hasard, car dans cette affaire, il est beaucoup question de symboles.
La bibliothèque, fondée 1452 et abreuvée par la collection de Beatus Rheanus, inscrite au patrimoine mondial de l’Humanité par l’Unesco, permet de parler « d’humanisme », « d’espace rhénan » et géographiquement du « train d’union entre le Haut-Rhin et le Bas-Rhin ».
Lancement de campagne
Mais si les deux présidents ont réuni des journalistes, élus et collaborateurs dans l’édifice qui rouvrira ses portes en juin après quatre années de rénovation, c’est pour lancer une campagne « d’Expression citoyenne » pour l’avenir institutionnel de l’Alsace, incarnée par le site expressioncitoyenne.alsace.
Pour la présidente du conseil départemental du Haut-Rhin, Brigitte Klinkert (LR), le timing est important :
« Ce n’est pas un référendum, ça n’aurait pas de sens de se prononcer sur un projet qui n’est pas encore validé. Le projet a besoin des propositions formées par les Alsaciennes et les Alsaciens. Cette expression arrive dans un temps politique approprié, après des réunions de concertation à l’initiative d’associations qui ont rencontré un franc succès. Nous voulions maintenant donner la parole aux Alsaciens. »
Pour son homologue bas-rhinois, Frédéric Bierry (LR), l’avenir de l’Alsace est en de passe de devenir « une réalité palpable ou un dossier à placer en bas de la pile et pour longtemps ». Il fait référence à la mission confiée par le Premier ministre Édouard Philippe au préfet du Bas-Rhin et du Grand Est, Jean-Luc Marx, sur le sujet.
Rappelons que, conformément à la volonté du gouvernement, les deux Départements acceptent de rester au sein de la Région Grand Est. « Nous avons fait un grand pas, nous en attendons un de la Région », a d’ailleurs glissé à ce sujet Brigitte Klinkert à l’intention du président du Grand Est, l’alsacien Jean Rottner.
Frédéric Bierry et Brigitte Klinkert en campagne pour fusionner et récupérer des compétences à la Région Grand Est (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Une nouvelle manière de décentraliser ?
Frédéric Bierry pense que le gouvernement est prêt à bouger. Et que ça méthode peut faire des émules :
« Les dernières lois de décentralisation ont opposé les territoires : le rural à l’urbain, ou les Départements et les Régions. Nous espérons préfigurer d’une nouvelle forme de décentralisation. Le gouvernement a reconnu un droit à la différentiation. »
Les deux chefs d’exécutifs semblent aussi conscients qu’un débat monopolisé par les élus est l’une des raisons de l’échec du référendum en 2013 :
« Nous ne voulons pas nous arrêter au politique et l’institutionnel. Nous voulons interroger la vision qu’ont les citoyens de leur région. »
Les contributions ont donc vocation à influer sur le rapport du préfet, qui consulte beaucoup d’élus des trois anciennes régions sur le sujet depuis janvier. Sa copie est attendue pour « le printemps ». Le deux présidents savent aussi que ce sont les plus mobilisés sur le sujet qui risquent de se mobiliser.
Dix propositions, plus ou moins sérieuses
Pour cela, le tandem avance dix propositions. Dans la première, les élus assurent que les plaques d’immatriculation garderont le 67 et le 68. Ouf ! D’autres idées sont pourtant plus ambitieuses comme la possibilité d’une écotaxe sur les transports routiers en Alsace, de s’impliquer dans l’enseignement des langues, à l’heure où il manque souvent des enseignants en classes franco-allemandes ou encore signer des accords avec l’Allemagne ou la Suisse.
La plupart des propositions sont assez vagues et peuvent rassembler une base large (soutenir le développement économique, accompagner les associations, faire rayonner l’Alsace…). En filigrane, se joue tout de même des compétences que les Départements fusionnés souhaitent récupérer à la Région Grand Est. C’est notamment la question économique qui fâche à ce jour. Les départements veulent d’ailleurs que ces pouvoirs soient transférés par la loi et non délégués par la Région, car une autre majorité pourrait retirer ces délégations.
Pour participer à cette vaste campagne, le plus simple est de laisser un avis sur le site de « l’Alsace en commun », avec une case à cocher pour indiquer son soutien – ou non ! – à l’ébauche de projet actuel. Les magazines institutionnels des deux Départements prévoient aussi d’affréter une lettre pré-affranchie à remplir dans leur prochain numéro (tirage à 1 million d’exemplaires). Enfin, il est possible d’écrire sur papier libre à l’une ou l’autre administration ou encore de s’adresser à elles via les réseaux sociaux.
Les propositions des deux départements. Cliquez pour agrandir
120 000 euros
Quant à des avis divergents à ceux des 10 propositions, ils doivent « enrichir le projet » dixit Brigitte Klinkert : « Les propositions seront ensuite soumises à un comité de pilotage dans chacun des deux départements et celles qui retiennent l’attention seront prises en compte. »
Cette campagne coûte au total « six centimes par Alsacien », soit 120 000 euros financés à 60% par le conseil départemental du Bas-Rhin et 40% par celui du Haut-Rhin, conformément à leur répartition de population. Les agents des deux administrations sont également sollicités, notamment pour répondre aux questions et commentaires sur Facebook, y compris les week-end.
Mardi 3 avril, le député Thierry Michels (LREM) a demandé au ministre de l’Intérieur, Gérard Collomb, s’il était envisageable de prononcer la dissolution du Bastion Social, suite à l’établissement de son local associatif à Strasbourg, L’Arcadia. Jacqueline Gourault, ministre auprès de Gérard Collomb, estime que les conditions ne sont pas encore réunies pour dissoudre l’association identitaire.
Le gouvernement pourrait-il envisager de dissoudre l’association identitaire du Bastion Social ? Thierry Michels, député (LREM) de la première circonscription du Bas-Rhin, a
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Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Un an après « 2666 », Julien Gosselin présente à Strasbourg « 1993 », un texte écrit par Aurélien Bellanger et interprété par le groupe 43 de l’école du Théâtre nationale de Strasbourg. Dans l’Europe post-chute du mur de Berlin, cette mise en scène vient interroger les idéaux européens sur fond de rave party. Un voyage dans le temps à faire jusqu’au 10 avril, au TNS.
1993, le titre du dernier spectacle de Julien Gosselin renvoie à une année : celle des derniers travaux avant l’ouverture du tunnel sous la Manche. Ce « plus grand projet du siècle » selon les termes de Margaret Thatcher, et porté par l’ancienne Première ministre anglaise et François Mitterrand, alors président de la République, visait à arrimer la Grande-Bretagne à une Europe de plus en plus unie.
Mais 1993, c’est aussi (et peut-être surtout) un lieu : Calais. Cette ville autrefois symbole de la modernisation de l’Europe évoque aujourd’hui avec sa « jungle » les camps de réfugiés, et les limites de l’idéal européen.
Interroger nos idéaux européens sur fond de rave party (Photos Julien Gosselin).
L’Europe de 1993, un modèle de démocratie libérale
Il est donc question de faire résonner passé et présent. Des évènements historiques tels que la chute du mur de Berlin, le Traité de Maastricht et la modernisation de l’UE – avec notamment l’ouverture du tunnel sous la Manche et de celui du Cern (immense accélérateur de particules) – tendaient alors dans le sens du politologue américain Francis Fukuyama. Ce dernier avait publié à l’été 1989 dans la revue The National Interest un article intitulé « The End of History ? » dans lequel il posait la démocratie libérale comme terme idéologique. C’est d’ailleurs par un extrait de ce texte, projeté au dessus de la scène, que s’ouvre le spectacle :
« Il se peut bien que ce à quoi nous assistons ce ne soit pas seulement la fin de la Guerre Froide ou d’une phase particulière de l’après guerre mais la fin de l’Histoire en elle-même, le point final de l’évolution idéologique de l’humanité et l’universalisation de la démocratie libérale occidentale comme forme finale de gouvernement humain. Cela ne veut pas dire qu’il ne se produira plus d’évènements dignes de remplir les pages de revues des relations internationales, car la victoire du libéralisme s’est d’abord produite dans le domaine des idées et des consciences et elle est encore incomplète dans le monde réel. Mais il existe de puissantes raisons qui font penser que c’est cet idéal qui gouvernera le monde à longue échéance. »
L’Europe des années 90 passait alors pour un symbole de libéralisation complète et de pacification, mais qu’en est-il aujourd’hui?
« Il y aura toujours un niveau élevé, voire croissant de violence ethnique et nationaliste »
Julien Gosselin voulait poser cette question à travers la génération née dans années 90, souhaitant dans un premier temps recueillir avec Aurélien Bellanger des témoignages de skinheads, migrants, politiques, etc. afin de donner une voix à cette génération. Son texte prend davantage la forme d’un traité politique sur la critique et la remise en cause d’un idéal européen. Il est parsemé d’extraits du discours de réception du Prix Nobel de la Paix – accordé à l’UE en 2012 – et d’autres bribes de la pensée de Fukuyama: « il y aura toujours un niveau élevé, voire croissant de violence ethnique et nationaliste ». Un constat qui laisse un goût amer à une époque de recrudescence des mouvements identitaires.
La deuxième partie du spectacle se déroule dans un appartement en Europe (Photo: Julien Gosselin).
Le spectacle se construit en deux parties sur fond d’Eurodance. La première comprend une scénographie en forme de vortex stroboscopique rappelant les tunnels évoqués plus haut, où les acteurs scandent le texte écrit par Aurélien Bellanger. S’y oppose une seconde partie plus incarnée qui se déroule dans un appartement, quelque part en Europe. Au cours d’une fête, se croisent différentes nationalités européennes.
Le travail sur le corps passe par un double mouvement entre la scène et l’écran qui projette des images captées sur scène à la caméra. Mais cette célébration de la mixité européenne laisse place à la violence et au nationalisme. Ainsi différents symboles repris par les mouvances d’extrême droite apparaissent: une statue de Jeanne d’Arc trône dans l’appartement, un des jeunes porte au torse le tatouage de la croix celtique, reprise par des groupes comme le GUD. A l’idéal d’une Europe ouverte, évoquée dans la première partie, répond une seconde dans laquelle on constate le repli sur soi de la génération Erasmus.
Soirée Erasmus sur fond de nationalisme (Photo: Julien Gosselin).
Si la thèse de Fukuyama a déjà été largement remise en question, la vision d’une Europe ouverte et pacifiste l’est aujourd’hui plus que jamais, comme l’actualité strasbourgeoise le confirme. Sans se vouloir idéologique, 1993 décrit un malaise bien présent dans l’Europe d’aujourd’hui. A ne pas manquer.
La semaine de l’environnement de Strasbourg se tiendra du 3 au 8 avril 2018. Critique envers le concept de « développement durable », ce festival prône une remise en question de la production de biens dans sa globalité. De nombreuses activités seront organisées, avec comme fil conducteur la question : « L’écologie est elle un privilège ? »
L’édition 2018 de la semaine de l’environnement de Strasbourg se déroule du mardi 3 au dimanche 8 avril. Cette série d’événements, initiée presque exclusivement par des étudiants, consistera en des conférences, des concerts, des débats, des projections et des jeux en ville et sur le campus. Cette année, les organisateurs se demandent si « L’écologie est-[elle] un privilège ? ». Mathias, service civique de l’association qui a travaillé toute l’année sur ce projet, explique qu’il veut donner une vision plus positive de l’écologie :
« On entend toujours parler d’espèces qui disparaissent ou d’entreprises mises en cause dans des désastres écologiques. Pour un individu, les efforts à fournir pour améliorer l’environnement semblent être insurmontables et inaccessibles. Avec la semaine de l’environnement, il s’agit de rompre avec ce fatalisme et de montrer que de nombreuses actions sont en cours, à Strasbourg et environs. L’écologie peut être une démarche joyeuse et facile. Adhérer à un panier de légumes, c’est soutenir les circuits courts et ça peut avoir beaucoup d’impact par exemple. Et en plus, ça peut être bien plus simple que d’aller au supermarché. Tout est une question d’habitude. »
Atelier compost lors de la semaine de l’environnement 2017 (Source Campus Vert)
À l’origine, une critique du « développement durable »
Ce festival est né à Rennes il y a 15 ans. Des associations étudiantes portaient un regard critique sur la « semaine du développement durable. » Raphael, festivalier des premières semaines de l’environnement et organisateur par la suite à trois reprises, témoigne :
« On sentait bien que derrière certaines actions du développement durable, il y avait une grande part de “green-washing” (utiliser l’environnement comme une excuse marketing, ndlr). C’est encore le cas maintenant bien sûr. On voulait exprimer une vision critique du développement durable et oser parler d’une remise en cause fondamentale du système économique. Ces idées se sont diffusées par des réseaux étudiants dans toute la France, y compris à Strasbourg. »
Le réseau Grappe (Groupement d’Associations Porteuses de Projets en Environnement) est né de ces connexions entre les étudiants. À Strasbourg, Campus Vert fait partie de ce réseau. Depuis 10 ans, cette association organise la semaine de l’environnement strasbourgeoise.
Un programme « éco-responsable »
Toutes les activités font suite aux initiatives de leurs organisateurs, à condition qu’elles s’inscrivent dans le cadre d’une charte fixée par le Grappe qui exige une éthique sociale et environnementale des partenaires et que chaque événement soit « éco-responsable ». L’alimentation proposée doit toujours être issue d’une production durable et dans une logique de moindre production de déchets. Jusque dans les moindres détails d’organisation, tout doit être pensé pour être exemplaire.
Mathias et Célia, deux organisateurs, détaillent :
« Nous sommes une petite quinzaine de personnes. A chaque réunion, tout est dans la discussion et le consensus. Nous fonctionnons de manière totalement horizontale. Nous accordons beaucoup d’importance au fait que chacun puisse exprimer ses envies et ses désaccords sans appréhensions. »
Au final, le programme comprend une discussion autour de l’engagement citoyen avec le collectif “GCO non-merci” ou encore l’intervention d’une juriste de la Cour européenne des droits de l’Homme. Les partenaires pour les événements sont quasiment tous associatifs ou institutionnels. Un seul acteur privé est annoncé : Enerfip, une entreprise française spécialisée dans le financement participatif de projets d’énergies renouvelables.
La semaine de l’environnement est aussi l’occasion de concerts. (Source Campus Vert)
Les événements sont programmés sur le campus universitaire, mais aussi au Graffalgar, à la maison Mimir ou au Molodoï. Dans cette salle, Campus Vert organise un concert vendredi 6 avril avec Pelpass avec Monkey Inc. (Funk) Black Knights (Hip Hop).
Le projet de loi dit « Asile et Immigration » arrive devant l’Assemblée Nationale en avril et fait déjà débat en raison de son caractère répressif. Dans le Bas-Rhin, des associations impliquées dans l’aide et l’accueil des étrangers s’inquiètent et interpellent les élus. Elles ont trouvé des alliés inattendus au sein même de la majorité, comme la députée bas-rhinoise Martine Wonner (LREM) qui s’attèle à modifier le texte.
Au mois d’avril, le « Projet de loi pour une immigration maîtrisée et un droit d’asile effectif » sera débattu à l’Assemblée nationale. Mais ce texte du gouvernement est déjà devant la commission des lois et aux affaires sociales après avoir été présenté en février aux associations. L’objectif ? Réduire la durée de la procédure de demande d’asile et favoriser l’intégration. Face à certaines mesures et confusions entre des missions de police et des missions d’accueil, les acteurs de terrain sont affolés. Dans le Bas-Rhin, des associations accompagnant des demandeurs d’asile dénoncent un projet marqué par une logique de « découragement ».
Le long parcours de la demande d’asile
À l’arrivée sur le territoire français :
Contact avec une association chargée du pré-accueil
Enregistrement de la demande auprès de la préfecture et de l’OFII (Office Français de l’Intégration et de l’Immigration)
Transmission de la demande auprès de l’OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et des Apatrides)
Décision positive = le demandeur est reconnu comme réfugié
Ou décision négative = le demandeur est débouté
Possibilité de demande de réexamen auprès de l’OFPRA
Possibilité de recours auprès de la CNDA (Cour Nationale de Demande d’Asile) dans un délai d’un mois aujourd’hui (réduit à 15 jours dans le projet de loi)
Certains déboutés peuvent alors être détenu en Centre de Rétention Administrative (CRA) le temps que leur recours soit examiné ou qu’une décision d’expulsion soit prononcée.
Pour raccourcir la durée de la procédure de demande d’asile, le gouvernement envisage d’instaurer un délai maximum de recours auprès de la Cour Nationale du Droit d’Asile (CNDA) de 15 jours au lieu d’un mois. C’est l’une des mesures les plus critiquées car le demandeur d’asile devrait alors en 15 jours annoncer son intention de recours, faire une demande motivée, rassembler les pièces justificatives voire les témoignages.
Délai de recours réduit, une mesure « insurmontable » ?
À Strasbourg, l’association Casas accompagne ces recours. Pour Pascale Adam, une des salariées de l’association, c’est tout simplement « n’importe quoi » :
« Cette question des délais, c’est crétin. Quinze jours, c’est très court, c’est une mesure quasi insurmontable : quand les gens apprennent leur rejet, il nous faut leur trouver un « scribe », un interprète. Et puis on les aide à comprendre ce qui importe à la Cour, etc. Faire tout cela en un mois, ce qui est le délai actuel, c’est déjà compliqué ».
Pour elle, ces mesures sont à la fois contre-productives et dirigées « contre les personnes concernées » :
« Pour être efficace, il faut du temps. Ce n’est pas en allant plus vite qu’on fait mieux. La loi porte une logique de découragement, pour toujours évincer les personnes étrangères. Le gouvernement pense que nos conditions d’accueil les attire alors que la situation des demandeurs d’asile en France n’est pas franchement accueillante. Les migrants sont d’abord des gens qui font des choix difficiles, pas des touristes ».
Dans le Bas-Rhin, 2 000 demandes et 600 reconnaissances
A Strasbourg, des demandeurs d’asile s’étaient installés derrière la gare (Photo QT / Rue 89 Strasbourg /cc)
Pascale Adam explique que dans le Bas-Rhin, les demandes aboutissent plus souvent qu’ailleurs :
« Il y a un assez fort taux de reconnaissance du statut de réfugié, car on fait du bon travail avec les associations. Surtout, il y a beaucoup de gens qui viennent d’Albanie et d’ex-URSS, et ces personnes obtiennent souvent le statut. »
Les associations sont aussi touchées
Le risque avec le projet de loi, c’est que cela devienne plus compliqué pour les demandeurs, mais aussi pour les accompagnants. Casas a vu passer près de 8 000 personnes dans ses permanences en 2016, et a régulièrement des difficultés pour maintenir ses finances. Et pour la Cimade, qui accompagne les réfugiés sur l’ensemble de leur parcours, de la demande de titre de séjour à la rétention, en passant par le recours, cela « va devenir compliqué », d’après Françoise Poujoulet, déléguée Alsace-Lorraine de l’association :
« Nous fonctionnons avec environ 160 bénévoles en Alsace-Lorraine. Si toutes leurs actions leur apparaissent vaines, ils vont se décourager ».
Casas, qui accompagne des centaines de personnes par an, s’inquiète de la réduction des délais de recours (Photo TU / Rue89 Strasbourg)
Jusqu’à plus de quatre mois de rétention, « alors qu’ils ne sont coupables de rien »
Plusieurs associations, comme la Cimade, critiquent d’autres volets du projet de loi, la généralisation des « vidéos-audiences », pour les entretiens avec la CNDA quand la personne est en rétention ou en « zone d’attente ». Les agents de la CNDA eux-mêmes ont mené une grève de 28 jours en février contre cette mesure.
Autre volet très critiqué : l’allongement de la durée de rétention, qui passerait de 45 à 90 jours, voire à 135 jours dans certains cas ! Rappelons que la rétention est une mesure administrative de détention, sans jugement, lorsqu’une personne est surprise en France sans titre de séjour.
Françoise Poujoulet dénonce une mesure « absurde » :
« En Allemagne, ils vont jusqu’à 18 mois de rétention et ont expulsé 26 000 personnes l’an dernier. En France, avec les 45 jours, 35 000 personnes ont été expulsées. Dans tous les cas, on sait que 90% des expulsions se font les dix premiers jours. C’est une mesure punitive et traumatisante. Les gens ne sortent pas indemnes d’une rétention, alors qu’ils ne sont coupables de rien. »
Le Projet de loi dit « Asile et Immigration » sera présenté aux députés le 17 avril. D’ici là, le texte peut être amendé en commission (Photo Wikimedia Commmons/ cc)
« Les gens ne vont pas arrêter de venir »
La Cimade alerte également sur un volet technique du projet : la systématisation des Interdictions de Retour sur le Territoire Français (IRTF) à toutes les personnes faisant l’objet d’une Obligation de Quitter le Territoire Français (OQTF). « Donc à peu près tout le monde », selon Françoise Poujoulet, qui dénonce une mesure inefficace, voire néfaste :
« Les gens ne vont pas arrêter de venir. Sur cette question, personne ne travaille. Ceux faisant l’objet d’un bannissement du territoire français vont se maintenir, et vivront de plus en plus dans la précarité ».
C’est pourquoi la Cimade, après avoir publié un document de décryptage du projet, demande son retrait. Il risque, selon l’association, de « considérablement dégrader la situation d’un très grand nombre de personnes étrangères, par un affaiblissement de garanties et droits fondamentaux, et l’accentuation de la maltraitance institutionnelle ».
Les militants de Casas, eux, ont alerté les députés locaux, avec le Collectif pour une autre politique migratoire, et disent avoir bénéficié d’une « bonne écoute ».
Une manifestation pour la fermeture du centre de rétention de Vincennes (Photo lookin4poetry / visualhunt / cc)
Trouble parmi certains députés de la majorité
Même au sein de la majorité, ce texte préparé par le Ministère de l’Intérieur de Gérard Collomb provoque des remous… Quelques députés « En Marche » veulent voir le texte remanié avant sa première lecture à l’Assemblée. Et parmi eux, la députée du Bas-Rhin Martine Wonner (LREM). Elle ne « votera pas » le texte sans modifications. Elle aussi a de sérieux doutes sur l’intérêt de mesures comme l’extension de la durée de rétention, notamment après avoir visité le Centre de Rétention Administrative (CRA) de Geispolsheim et d’autres en région parisienne :
« On sait que les gens supportent tant bien que mal la rétention les 20 premiers jours, mais ensuite il peut y avoir des passages à l’acte, des angoisses… L’idée serait d’éviter l’allongement systématique à 90 jours et de faire du cas par cas. Surtout, on ne veut plus aucun mineur dans les centres de rétention ».
Les semaines à venir sont cruciales. Avant d’être présenté dans l’hémicycle à partir du 17 avril, le texte peut être amendé par la Commission des lois et par la Commission des affaires sociales, où Martine Wonner a été nommée référente pour ce texte. Des groupes de travail et ateliers législatifs sont en cours pour réfléchir aux modifications à présenter à la Commission, qui acceptera ou pas, ces modifications.
Martine Wonner, députée du Bas-Rhin, est une des seules élues de la majorité qui veut modifier le projet de loi du gouvernement qu’elle soutient (Photo KZ / Rue 89 Strasbourg / cc)
« Limiter les dégâts »
Martine Wonner cherche également à éviter le raccourcissement du délai de recours :
« On pourrait imaginer que le délai de recours raccourci à 15 jours ne concerne que l’intention de faire le recours, et qu’on laisse ensuite un délai plus long permettant de rassembler les pièces, faire une demande d’aide juridictionnelle, etc. J’ai aussi quelques doutes sur les vidéo-audiences systématisées… Si c’est juste pour faciliter la vie de l’administration, cela ne me va pas ».
Martine Wonner espère également améliorer le volet « Intégration » de la loi, avec des amendements qui permettraient par exemple aux demandeurs d’asile régularisés de pouvoir travailler le plus vite possible. La députée espère aussi « professionnaliser » l’accueil et l’intégration en coordonnant mieux les différents organismes concernés comme l’Office Français de l’Intégration et de l’Immigration (OFII), Pôle Emploi ou la Caisse d’Allocations Familiales (CAF).
Mais sur ce texte, le gouvernement semble vouloir comme à son habitude réduire les débats au maximum pour favoriser une adoption rapide. Martine Wonner n’entend pas se taire et prévient :
« Si les changements en commission ne sont pas acceptés, je me garde la possibilité d’amender en hémicycle ».
Les quatre organisations syndicales de la SNCF ont annoncé une grève à partir du 2 avril, 19h. Le trafic sera fortement réduit le 3 et 4 avril. Les perturbations pour les trains au départ de Strasbourg sont disponibles ci-dessous.
La grève contre la réforme de la SNCF commencera lundi 2 avril, à 19h. À l’appel de la CGT, la CFDT, l’Unsa et Sud-Rail, les cheminots contestent notamment la fin de leur statut pour les nouvelles recrues. Les effets du mouvement social se feront sentir à partir du mardi 3 et mercredi 4 avril. L’entreprise ferroviaire a annoncé qu’au deuxième jour de la mobilisation, 77% des conducteurs seront en grève.
Mardi 3 avril, un Train express régional (TER) circulera, selon les prévisions nationales de la SNCF. (Photo peters452002 / Flickr / cc)
Un TGV sur cinq, un TER sur dix mardi
Au niveau national, les trains à grande vitesse (TGV) sont les plus touchés par la mobilisation. Un TGV sur huit circulera le mardi 3 avril, selon les prévisions de la SNCF. L’Est de la France devrait être moins affecté : 27% des TGV devrait circuler. Le même jour, un train express régional (TER) sur cinq sera en service.
Les usagers ont peu de chances de trouver un billet pour un trajet le 3 avril. La SNCF leur conseille de « reporter leur voyage et [de] ne pas se rendre en gare. » L’entreprise ferroviaire assure que « les billets non utilisés seront échangés ou remboursés sans frais. »
Des lignes sans service
La circulation des trains ne sera pas assurée de Strasbourg vers l’Aéroport de Roissy Charles de Gaulle, Nantes, Bordeaux et Rennes. De même, la ligne etre Mulhouse et Paris et Lyon ne sera pas desservie. Aucun train ne circulera entre Strasbourg et Lyon, Marseille et Montpellier.
De plus amples détails sur la perturbation des lignes régionales et internationales sont disponibles ci-dessous.
Pour le mardi 4 avril, deuxième jour de cette série de grèves de deux jours consécutifs, les perturbations seront globalement similaires, avec quelques modifications à la marge (voir ci-dessous). En moyenne, la SNCF table sur un train du quotidien (TER) sur 10 et un train de la longue distance (TGV) sur 5
Lundi 2 avril signera le début de la grève perlée. Ce mode de grève a été choisi par la CGT, l’Unsa et la CFDT. Entre le 3 avril et le 28 juin, les trois syndicats appelleront à la mobilisation deux jours seront cinq. Le calendrier détaillé de la grève à venir est disponible ici.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.