Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Une escapade parisienne pour le Racing avant l’heure de vérité

Une escapade parisienne pour le Racing avant l’heure de vérité

L’héroïque victoire (2-1) du Racing Club de Strasbourg contre le Paris Saint-Germain le 2 décembre 2017 avait évoqué David terrassant Goliath. La revanche, ce samedi (17 heures) au Parc des Princes, est une belle occasion pour les Strasbourgeois d’invoquer Hercule avant les douze épreuves finales. Quatre ou cinq victoires pourraient suffire à maintenir le phénix alsacien au sommet du football français.

Le luxe troyen

Troyes (19ème) repoussé à six points, Amiens et Angers (17 et 18èmes) à cinq et le duo Toulouse-Lille (15 et 16èmes) à quatre : le succès (2-1) du Racing dimanche dernier face aux Champenois a presque compté double dans la quête du maintien en Ligue 1.

Acquis peu après l’entrée d’un Blayac décisif et sous l’impulsion d’une arrière-garde portée par les saillies d’Aholou, il a offert au groupe de Thierry Laurey, l’entraîneur du RCS, le luxe de pouvoir aborder l’excursion dans la capitale comme un voyage d’études ou une séance d’entraînement améliorée, sans trop de frais en cas de correction face à un adversaire qui aurait déjà dû le tailler en pièces au jusant de l’automne.

Mais Paris revient blessé de Madrid et la bête a de quoi rugir. Après Strasbourg, Munich et Lyon, le Real est devenu mercredi, toutes compétitions confondues, son quatrième bourreau cette saison, à ce jour le plus funeste. Deux buts en trois minutes de Ronaldo (83’) et Marcelo (86’) ont anéanti in extremis l’impressionnante organisation parisienne, la renvoyant brutalement à son statut de néo-prétendante de luxe au gotha sportif du foot européen (défaite 1-3).

À chaud après la déroute castillane, le milieu parisien Adrien Rabiot expliquait :

« C’est facile d’en mettre huit à Dijon… Quatre-cinq en championnat … Mais c’est dans ce genre de rencontres [contre le Real, ndlr] qu’on doit être présents. Je suis très déçu ce soir. »

À l’entendre, on pourrait ajouter : amer. Le PSG devra au moins faire le break sans prendre de but lors du choc décisif au Parc, dans trois semaines, s’il veut assouvir sa soif de domination continentale.

Dans l’antre du monstre meurtri

D’ici là, il lui faudra ronger son frein en gérant quelques affaires courantes dans sa chasse gardée hexagonale, à commencer par la réception en son antre de la proie alsacienne, a priori aussi « facile » à broyer que les Bourguignons.

Un antre dont personne jusqu’ici n’a réchappé : 12 victoires en 12 matches de L1, 46 buts marqués pour 7 encaissés, soit une affolante moyenne de 3,8 buts inscrits par rencontre pour 0.6 concédés. Toulouse et Bordeaux ont chacun été corrigés 6-2, Nantes 4-1, Lille et Caen 3-1 ; aucun autre adversaire n’a sauvé son honneur. En 2018, en seulement deux rencontres jouées en janvier au Parc, le PSG a déjà marqué 12 buts, soit le quart de son bilan domestique : 8-0, donc, contre Dijon, puis 4-0 contre Montpellier.

La venue du Racing dans ses pattes dès samedi est ainsi l’occasion pour le lion de Némée (ou de Neymar) qataro-parisien, meurtri dans son orgueil, d’en faire la parfaite victime expiatoire de sa terrible frustration en réactionnant le boulier de baby-foot. Huit jours avant la première manche d’une double confrontation face à Marseille en championnat et Coupe de France…

Rien n’est écrit !

Avant même le coup d’envoi, le sort qui attend les Bleus paraît donc scellé, qu’importent les absences certaines de Verratti et de Mbappé, suspendus. Mais les Bleus et Blancs, avec leur victoire par étouffement à la Meinau le 2 décembre dernier, ont montré qu’ils ne sont pas des schtroumpfs. Comme à l’aller, rien n’est écrit tant que le grand théâtre d’improvisation qu’est le football n’aura pas accompli son heure et demie de spectacle.

Dimitri Lienard, grand artisan de l’exploit du match aller (2-1) en décembre, avait finalement pris le dessus sur Neymar. (Photo RCSA / Twitter)

Nul doute que Thierry Laurey et son groupe affûtent leur capacité de jouer à fond leurs minimes chances de survie sur un terrain où il sera possible de pratiquer le football plutôt que la culture de pommes de terre, plutôt tendance depuis quelques semaines sur les bords du Krimmeri.

Ils pourront s’inspirer du modèle de rigueur et d’efficacité qu’ils avaient eux-mêmes appliqué et respecté à la lettre deux mois et demi plus tôt. À Paris, à défaut d’ajouter à leur butin un ou trois points qui seraient d’or massif, tout le monde se satisferait qu’ils puissent au moins gêner le titan.

Les douze (et quelques) défis de Strasbourg

Quelle que soit l’ampleur de la défaite programmée samedi et même en cas de divine surprise, l’essentiel restera à venir puisque le Racing attaquera contre Montpellier (le 23 février) le dernier tiers décisif de son championnat, autant dire l’épreuve de vérité.

Une épreuve qui se doublera peut-être de quelques bouffées d’air vivifiant en Coupe de France si les Strasbourgeois avaient la bonne idée d’éliminer Chambly le 28 février à Beauvais pour rejoindre le dernier carré de la compétition centenaire.

La consultation des oppositions jusqu’au 19 mai prochain donne une idée de la montagne qui reste à gravir, en particulier à la maison : il faudra contenir deux membres du Top 4 (Monaco et Lyon), en piéger deux du Top 10 (Montpellier et Nice), dominer un concurrent direct (Saint-Étienne) et condamner la lanterne rouge (Metz). Il y a quelques plumes à perdre en chemin, malgré l’appui du douzième homme meinovien…

Il faudra donc aussi à Lienard et consorts récolter des points à l’extérieur, avec quatre voyages chez des concurrents immédiats, à Caen, Toulouse, Angers et Amiens, avant deux ultimes virées dans l’Ouest, à Rennes puis à Nantes en clôture.

Mais les Bleus ont déjà démontré qu’ils étaient capables de relever les plus improbables défis, quitte à perdre certaines des plus abordables oppositions pour mieux rebondir ensuite. On se souvient, entre autres, de leur indigente prestation face à Caen (0-0) le 28 novembre dernier, quelques jours avant l’accueil du PSG et l’issue que l’on sait…

Leur fin de saison initiatique en Ligue 1 s’annonce palpitante alors que les cigognes peuvent encore, paraît-il, faire le printemps.

À l’Espace K, la « carte pauvre » du quartier Gare a tenu trois mois

À l’Espace K, la « carte pauvre » du quartier Gare a tenu trois mois

Pour toucher des spectateurs du quartier populaire de la Laiterie, l’Espace K avait prévu un tarif à 3€ pour les résidents bénéficiaires des minima sociaux en 2016. Mais trois mois après, aucune personne éligible ne s’est manifestée. L’espace K a mis fin au dispositif. Le directeur Jean-Luc Falbriard estime que d’autres actions parviennent davantage à toucher les habitants, mais elles prennent du temps à se mettre en place.

En janvier 2016, la Ville de Strasbourg a choisi de confier la gestion du Hall des Chars, dans le quartier populaire de la Laiterie, à l’association « le Kafteur » qui renomme l’endroit l’Espace K. À l’étroit dans son petit théâtre rue Thiergarten, dans la partie nord du quartier gare, la compagnie menaçait de cesser son activité. Deux ans après, la compagnie va nettement mieux grâce à ce changement d’adresse.

À chaque implantation d’un nouveau projet dans des bâtiments publics, se pose la fameuse question de « l’ouverture sur le quartier. » Une ouverture que la Ville trouvait insuffisante de la part de La Friche Laiterie, l’association d’artistes créateurs qui s’occupait du Hall des Chars jusque mi-2015.

L’ouverture des structures culturelles aux 2 680 habitants du quartier populaire de La Laiterie est un objectif spécifique à ce secteur, qui figure dans le Contrat de Ville 2015-2020. L’intensité du lien avec les voisins peut aussi se poser pour les autres structures, la salle de concert de La Laiterie, le TAPS et la Fabrique de théâtre et à un degré moindre, le Molodoï, tous établis depuis longtemps.

Du nord au sud du quartier

Avec les subventions et la convention d’occupation gratuite du lieu, la compagnie du Kafteur s’est donc vue confiée plusieurs missions « d’ouverture », en plus de sa programmation. L’association a notamment recruté un médiateur culturel à temps partiel. Un contrat aidé, supprimé à l’été par le nouveau gouvernement et pérennisé en CDI. Il est désormais question de le doter de moyens d’actions au-delà de son salaire.

Personne n’a demandé la « carte pauvre »

Parmi les mesures annoncées en janvier 2016, le directeur Jean-Luc Falbriard avait promis un tarif de 3 euros par spectacle pour les résidents modestes du quartier, en se faisant établir une carte distinctive. Une sorte de « carte pauvre » mais qui n’a intéressé personne, bizarrement. Jean-Luc Falbriard reprend :

« Après trois mois, aucun n’habitant n’avait demandé cette carte qui permettait de bénéficier de ce tarif. Seuls des personnes aux revenus corrects s’étaient manifestées, alors que cette opération s’adressait aux personnes bénéficiaires des minima sociaux. On avait eu une aide pour communiquer sur cette possibilité, mais très ponctuelle. »

Les éventuels manques à gagner sur les recettes de billetterie, 15€ par entrée (3€ à la place de 18), soit quelques centaines ou milliers d’euros, étaient intégrés dans la subvention d’exploitation annuelle de 85 000€ versée par la Ville de Strasbourg depuis le déménagement.

Ces crédits figuraient au Contrat de Ville (2015-2020) entre septembre et décembre 2016. Face à cet échec, le dispositif n’a pas été renouvelé par l’Espace K, même si son médiateur Régis Harter a « continué à la proposer » tout de même, sans plus de succès.

De l’accompagnement plutôt que de dédramatiser

Régis Harter ajoute que « plus qu’un tarif, il faut un accompagnement » :

« Avec des groupes que l’on touche grâce aux structures du quartier, on fait désormais un avant et un après-spectacle, c’est-à-dire souvent une visite des infrastructures, puis une rencontre avec les artistes. On adapte le discours selon qu’il s’agisse d’enfants ou non. Il arrive aussi que l’on fasse des tarifs de groupe à 6 euros la place. »

Au contact d’une partie des personnes visées, l’association Porte Ouverte avait été sollicitée pour accompagner à l’Espace K une partie de ses publics. Son directeur Claude Bescangèle raconte :

« Peu de personnes étaient informées. On a été prévenu vers mi-septembre ou octobre et le temps qu’on en parle à nos publics, c’était déjà trop tard et le dispositif n’a pas été renouvelé pour 2017. Au-delà de la question des tarifs, il y a tout un enjeu d’accompagnement – qui est désormais fait – et qui prend du temps. L’objectif c’est que nos membres ne passent plus par l’association et retournent à l’Espace K seuls. Des gens se disent “ce n’est pas pour nous” ou ont été gêné de ne pas avoir apprécié un spectacle. Les rencontres avec les artistes permettent une dédramatisation de la chose. Même des événements comme des petits déjeuners sont utiles car certaines personnes n’osent pas y aller seules. C’est important qu’il y ait ces temps d’échanges, qui ne sont pas possibles à La Laiterie par exemple. »

Le Hall des Chars est devenu l’Espace K, mais il est toujours difficile d’atteindre les voisins (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Pour Jean-Luc Falbriard et Ludivine Meyer, chargée de communication, d’autres moyens sont plus adaptés pour toucher le public populaire des alentours :

« On a une programmation pour jeune public le matin et les après-midi, samedi compris, avec une tarification à 10€ les adultes, 8€ pour les enfants et 6€ pour les groupes scolaires et parascolaires où l’on commence à voir des habitants. Les mercredis après-midi et lundis soir, nous avons aussi des ateliers de théâtre pour les 7 à 17 ans. Il y aussi quelques enfants du quartier sur la soixantaine de membres, malgré le prix d’inscription à 300 euros l’année. Donc ces jeunes proposent parfois à des amis à eux de venir lors du spectacle en juin qui découvrent le lieu comme ça. Cela prend du temps. On a aussi des projections gratuites et on organise des visites scolaires pour découvrir les métiers de l’Espace K, notamment la technique. Enfin, on est toujours ouvert aux fêtes du quartier. »

Pour l’année 2019, l’Espace K pourrait être le lieu de repli de la fête du quartier, en cas de mauvais temps.

Jean-Luc Falbriard motivé pour créer une pièce et repartir en tournée

Jean-Luc Falbriard motivé pour créer une pièce et repartir en tournée

Implantée depuis début 2016 à l’Espace K (ex-Hall des Chars) dans le quartier de la Laiterie, la compagnie « Le Kafteur » retrouve un peu de sérénité après des dernières années tendues. La convention d’occupation du lieu avec la Ville de Strasbourg vient d’être renouvelée pour trois années supplémentaires avec la compagnie, qui a séparé ses activités de gestion de l’Espace K de sa proposition artistique.
Bref, Le Kafteur respire. Si bien que Jean . . .

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Sans supermarché depuis trois ans, comment les habitants de l’Elsau se débrouillent

Sans supermarché depuis trois ans, comment les habitants de l’Elsau se débrouillent

Depuis avril 2015, les quelques 6 000 habitants de l’Elsau n’ont plus de supermarché dans leur quartier. Rue89 Strasbourg a accompagné l’une d’entre eux, Johanna Dauchy, pendant ses courses. Cette animatrice scolaire à Kœnigshoffen élève seule ses trois enfants. Obligée de faire des achats tous les jours, elle passe parfois 40 minutes dans les transports en commun pour se rendre au supermarché Lidl le plus proche. Reportage.

8h10, au coeur de l’Elsau, à l’ouest de Strasbourg. Johanna Dauchy sort de son immeuble de onze étages. Elle tient deux de ses enfants par la main. Son fils aîné, Sadeck, se rend seul au collège. Son petit frère Denckan porte des lunettes et un bonnet enfoncé jusqu’aux sourcils. Il a sept ans. Leux, sa soeur, arbore un sourire radieux. C’est son anniversaire aujourd’hui : elle vient d’avoir six ans. Tous ensemble, ils se rendent à l’école Martin Schongauer, située à cinq minutes de là.

Animatrice scolaire à temps partiel à Kœnigshoffen, cette mère de famille de 31 ans ne perd pas une minute car elle doit faire des courses au supermarché Lidl, à 3 kilomètres de là, avant d’aller travailler.

Avant d’aller faire les courses, Johanna dépose ses deux enfants Leux et Denckan à l’école Martin Schongauer. (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

« Le supermarché n’est pas la seule chose qui manque ici »

Un sac à main noir sur l’épaule droite, un sac de course dans la main gauche, Johanna attend le tram à l’arrêt Martin Schongauer, sur la ligne B. Le premier passe mais elle ne s’y engouffre pas. Les passagers sont collés contre chaque porte tant les rames sont bondées. Habituée de ce trajet, Johanna sait que le prochain sera moins rempli. À 8h35, l’animatrice scolaire entre dans le tramway.

Dans la rame, un couple et une femme attendent, un cabas à roulette à leurs côtés. Johanna sort son téléphone portable. Grâce à l’application Hopla, elle cherche l’heure de passage du bus qui la mènera dans le quartier de Kœnigshofen. L’ancienne vendeuse à Paris apprécie la qualité des transports en commun strasbourgeois mais ils ne compensent pas l’absence d’un supermarché dans le quartier de l’Elsau :

« Je me suis installée à l’Elsau quelques mois avant la fermeture du dernier supermarché du quartier. Comme tout le monde, j’ai longtemps pensé qu’il allait rouvrir après quelques semaines mais on a dû se faire à l’idée que non. Surtout que ce n’est pas la seule chose qui manque ici : il n’y a plus de distributeur automatique de billets ici, et la mairie de quartier n’ouvre que deux jours par semaine. »

Le trajet de Johanna pour faire ses courses (doc Google Maps)
Le trajet de Johanna pour faire ses courses (doc Google Maps)

« Je dois faire des courses quatre à cinq fois par semaine »

À 8h42, Johanna sort du tram. De l’autre côté le bus 50 démarre, le long de la rue d’Obernai. Il faut patienter jusqu’au suivant. Pendant ce temps, Johanna sort une liste de courses de sa veste. Il y a une dizaine d’articles à acheter : huile de friture, salade, concentré de tomates, Nutella… Johanna décrit l’organisation hebdomadaire qui régit le remplissage de son frigo :

« Je dois faire des courses quatre à cinq fois par semaine. Je ne peux pas porter tout ce dont on a besoin pour la semaine en une seule fois. J’ai déjà essayé : j’ai fini par appeler mon frère pour qu’il m’aide à ramener les sacs. Ils étaient bien trop lourds pour moi. Alors je m’occupe souvent des achats en sortant du travail, je vais au Simply. Mais au moins une fois par semaine, je dois aller au Lidl de Koenigshoffen le matin. Il y a certains achats que je ne peux faire que là-bas. »

Le bus arrive quelques minutes plus tard. Il passe devant le Musée Vaudou puis sous le pont de l’autoroute A351 avant d’entrer dans le quartier de Koenigshoffen. Johanna sort à l’arrêt Charmille, situé à deux minutes à pieds du supermarché. Sur le chemin, elle prend le bon côté de ce long trajet pour faire ses achats :

« Avec toutes ces courses à faire, je me dis que je fais un peu d’exercice physique… (sourire) J’ai arrêté d’aller en salle de sport il y a deux ans parce que je n’avais plus le temps. Pour moi, la situation est gérable. Mais pour les personnes âgées, ça doit être beaucoup plus difficile. »

Le poids des courses : « environ 8 kilos »

Une fois dans le Lidl, Johanna accélère le pas. Comme elle, une vingtaine de femmes font leur courses. Quatre d’entre elles tirent un cabas d’une main et dirigent une poussette de l’autre. Seul un enfant qui chantonne trouble le bruit de fond du système d’aération et des congélateurs. Johanna place une salade dans son sac rempli. Lorsqu’elle le soulève pour se diriger vers la caisse, son souffle est  brièvement coupé par le poids des courses.

Johanna choisit de payer par carte. Le liquide manque pour l’habitante d’un quartier sans distributeur bancaire. L’animatrice scolaire jette un coup d’oeil à sa montre. À 9h10, elle sort du supermarché. Sa silhouette penche un peu à gauche. Le sac pèse « environ 8 kilos », selon elle.

Ceci n’est pas l’ombre de Johanna sur le mur du Lidl de Koenigshofen (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

La famille : un soutien important

Dans le bus, Johanna sort son téléphone. Elle écrit un message à sa sœur. Sa famille est un soutien important au quotidien :

« J’ai dit à ma sœur de déposer des documents à la Caf. Je n’ai pas la possibilité d’y aller l’après-midi, à cause du travail. Le matin, il y a toujours trop de monde. Heureusement qu’elle est là. Elle cherche aussi les enfants à l’école deux fois par semaine. Parfois, il arrive aussi que je demande à ma mère de me ramener deux ou trois affaires le week-end. »

Station Musée d’Art Moderne, l’Elsauvienne soupire. Il faut attendre huit minutes avant le passage du prochain tram vers le quartier. Pendant ce temps d’attente, le tram en direction du centre-ville passe deux fois. Une fois dans la rame, Johanna s’assied, jambes et bras croisés.

Il est 9h40 quand Johanna arrive chez elle. Elle a mis une heure pour faire ses courses, dont 40 minutes dans les transports en commun (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)

Après la liste de courses, celle des tâches ménagères

Johanna arrive devant chez elle à 9h40. Elle salue la femme de ménage devant l’entrée et monte au premier étage à pied. Les escaliers ne sont pas encore secs, signe du passage de la serpillière. Une odeur d’urine flotte malgré tout.

À l’intérieur, l’animatrice scolaire se dépêche. Il faut ranger les courses, faire les lits, un peu de ménage puis le linge. Johanna doit repartir dans moins d’une heure. Après la liste de courses, il y a la liste des tâches ménagères. Le soir, la logique est la même, voire pire, selon elle :

« Je suis à temps partiel donc je dois partir d’ici à 11 heures pour arriver vers midi moins le quart. Le matin, heureusement, j’ai un peu plus de temps. Mais je dois souvent faire des courses le soir, en rentrant du travail. Je termine à 18h15. Mais c’est plus stressant quand je m’occupe des achats le soir parce que j’arrive à la maison vers 19h15. Il faut encore faire à manger, aider les enfants pour les devoirs puis les coucher. »

Avant de quitter les lieux, Johanna tient à montrer les moisissures qui souillent le mur du salon. Un autre problème que l’Elsauvienne a maintes fois dénoncé auprès de son bailleur social, CUS Habitat. Aucune réponse. Seule solution pour Johanna : « On fait avec », soupire-t-elle. Et pour le supermarché, les habitants de l’Elsau font sans, habitués aux promesses qu’il était impossible à tenir.

Le succès des « free tours » inquiète les guides-conférenciers

Le succès des « free tours » inquiète les guides-conférenciers

Depuis plus de quatre ans, des guides sans carte professionnelle proposent des visites de Strasbourg à prix libres et sans réservation. Le public adhère et le concept se développe, sous l’œil inquiet des guides-conférenciers, qui craignent de perdre des clients et une dévalorisation de leur métier.

Vous les avez peut-être déjà aperçus avec leur panneau « free tour » devant la Cathédrale, leur casquette et leurs voix qui portent : quelques guides organisent depuis plus de quatre ans des visites de la vieille ville de Strasbourg. Il s’agit du « Happy Tour », fondé par le trentenaire Gabriel Wetzer et dont Rue89 Strasbourg avait suivi les débuts. Le concept ? Aucune réservation, aucun engagement, les amateurs peuvent se joindre au groupe quand ils le veulent et en repartir de la même manière.

Ainsi en haute saison, rendez-vous au coin de la rue Mercière, tous les jours à 14h30 pour le « original tour » de près de deux heures, en anglais. Pour la version française, rendez-vous les week-ends. Ce tour s’appelle « original », car c’est celui qu’a composé Gabriel à ses débuts, quand le happy tour, c’était lui tout seul, 6 jours sur 7 :

« J’ai commencé à faire cela pour le plaisir, pour mes amis, mes connaissances, et j’ai fini par le faire professionnellement, avec le statut d’auto-entrepreneur. J’ai démarré à la fin du mois de novembre 2013. »

L’original tour passe par la Cathédrale, la Neustadt avec la place de la République et la place Kléber. « La base », selon Gabriel. Depuis, cela marche tellement bien que Gabriel a dû recruter du monde : avec lui, Gustave et deux autres guides, tous passionnés par l’histoire de la ville et surtout, tous anglophones. Au fur et à mesure se sont rajoutés d’autres tours à la carte, comme le « Petite-France Tour », « l’Absolut Tour », et même des « secret tours », où l’itinéraire et le thème ne sont dévoilés qu’au dernier moment…

Depuis 4 ans, les free tours attirent nombre de jeunes touristes qui veulent découvrir la ville autrement (Photo Vincent Fischer / Happy Tour)
Depuis 4 ans, les free tours attirent nombre de jeunes touristes qui veulent découvrir la ville d’une manière plus conviviale (Photo Vincent Fischer / Happy Tour)

Derrière les « free tours », une petite entreprise

Derrière cette apparence artisanale et d’improvisation, c’est donc une véritable petite entreprise qui s’est montée. Sous l’ombrelle « happy tour », il y a les quatre guides, tous auto-entrepreneurs, qui s’organisent et se partagent le travail.

Car au début de chaque visite, il est clairement indiqué aux participants que les guides vivent des « pourboires. » Ces sommes versées à la fin des tours constituent le revenu exclusif de Gabriel. Il « préfère ne pas donner de chiffres » sur son revenu exact, mais il est limité par le plafond annuel d’auto-entrepreneur de 32 600€. Il précise :

« Moi j’arrive à en vivre car je ne fais que ça mais les autres cumulent deux jobs. C’est tout à fait légal, je déclare mes pourboires comme revenus, il n’y a pas de trace écrite mais bon, c’est comme ça ».

En fait, la plupart des guides touristiques sont auto-entrepreneurs… Mais en général, ce sont des guides-conférenciers, qui détiennent la carte de guide, un sésame officiel qui leur permet d’entrer dans les musées et monuments et de travailler avec les offices du tourisme et autres tours-opérateurs… L’Alsace est une région particulièrement riche en guides-conférenciers, elle en compte plus d’une centaine, d’après l’Agira, l’association des guides conférenciers de la région Alsace.

Les trois quarts des guides du happy tour ne possèdent pas cette carte, obtenue à l’issue d’une licence professionnelle.

Pour les guides certifiés : « c’est un métier qui s’apprend »

Sébastien Saur est historien et guide-conférencier, et membre du bureau de l’Agira. Il dénonce un manque de légitimité et une « malhonnêteté » sur la gratuité :

« Ce n’est pas très honnête d’appeler cela “free tour” alors qu’au début des visites, ils indiquent un montant conseillé de participation de 5€ et qu’au final, pour les visiteurs, cela revient aussi cher que de réserver une visite à l’office du tourisme. »

L’équivalent du free tour auprès de l’office du tourisme de Strasbourg serait les visites-conférences à pied avec un guide conférencier : pour un circuit d’1h30 de la vieille ville, de la Cathédrale à la Petite-France, le tarif plein est de 7,50€, et le tarif réduit de 3,75€.

Gabriel dément en disant qu’il ne conseille jamais aucun montant :

« Si cela ne plaît pas aux visiteurs, ils peuvent aussi ne rien donner. Personne n’est forcé à mettre quelque chose dans le chapeau. »

Egalement intervenant dans la licence guide-conférencier de Strasbourg, Sébastien Saur craint que l’exercice de visites guidées par des guides « autoproclamés » soit de moindre qualité pour les touristes, voire décrédibilise et brade la profession :

« Bien sûr, nous ne sommes pas sectaires, nous savons qu’il y a des guides non-cartés un peu partout. Mais sur le contenu, il y a parfois des erreurs et des approximations qui sont au détriment du visiteur. Comme lorsque le guide du happy tour parle du rayon vert dans la cathédrale (un rayon qui n’apparaît que deux fois par an aux équinoxes, NDLR). Il entretient le mythe selon lequel le rayon aurait une signification et aurait été provoqué de manière volontaire, alors qu’en fait c’est une simple erreur. C’est aussi dommage de parler de l’intérieur du monument sans pouvoir y entrer. Ces guides inscrivent dans l’inconscient collectif qu’il suffit de bien connaître sa région pour être bon, alors que c’est quand même un métier, qui s’apprend. »

Gustave est le seul des happy tours à avoir le droit d'entrer dans la cathédrale, grâce à sa carte de guide-conférencier (Photo Vincent Fischer / Happy Tour)
Les guides du happy tour ne peuvent entrer dans la cathédrale sans détenir le précieux sésame, la carte délivrée à l’issue d’une licence professionnelle (Photo Vincent Fischer / Happy Tour)

« Se déclarer dentiste quand on est charcutier »

Pour Gabriel, c’est un non-sujet, car il considère que la formation n’est pas indispensable :

« Il n’y a pas besoin de la carte pour faire ce métier et il y a différents types de connaissances. Dans la licence professionnelle, il y a beaucoup d’Histoire de l’art. Mais l’Histoire d’une ville, ça, ils ne l’apprennent pas. Moi j’arrive à faire des visites sans ça, je raconte des anecdotes… C’est ce que les gens recherchent dans un free tour. Je crois qu’avec mon expérience, on peut maintenant dire que je sais mener un groupe ! »

Gustave, qui a rejoint Gabriel deux ans après ses débuts, ajoute que guider, c’est aussi « beaucoup de bon sens » et que les guides du happy tour se forment aussi entre eux et se donnent des conseils.

Le free tour passe par la vieille ville et la Place de la République, "la base" pour Gabriel, son fondateur (Photo Javier Kohen / wikimedia commons / cc))
Le free tour passe par la vieille ville et la Place de la République, « la base » pour Gabriel, son fondateur (Photo Javier Kohen / wikimedia commons / cc))

D’ailleurs, il est le seul à avoir fait la licence de guide-conférencier et donc à posséder la carte. Il axe parfois ses visites un peu plus sur l’Histoire de l’art et partage ses connaissances avec ses collègues. Gabriel concède qu’il songe éventuellement à passer cette licence, avec la validation des acquis de l’expérience.

Pour Léonor Reuzé, guide-conférencière interprète depuis une dizaine d’années et ancienne intervenante dans la licence, la formation est incontournable :

« Bien sûr qu’il y a des guides encartés ennuyants et des non-cartés supers, car les qualités humaines s’apprennent sur le terrain, mais la formation c’est du solide : 40h de cours par semaine et un stage de 12 semaines. Personne ne va se déclarer dentiste alors qu’il est charcutier. »

Quand les nouveaux venus passent au créneau supérieur…

Là où la situation inquiète sérieusement les guides encartés, c’est quand les free tours évoluent sur des créneaux clairement mercantiles, comme le dénonce Sébastien Saur :

« Le site happy tours propose des visites payantes sur réservation et fait appel aux professionnels. Ils se sont mis à travailler avec des croisiéristes et là, ils marchent vraiment sur nos plate-bandes. Si on laisse cela se développer, on finit par décrédibiliser une formation financée par l’Etat, c’est dommage. Et si les pratiques sans cartes se développent, que restera-t-il des guides-conférenciers qui ne vivent que de cela ? »

Gabriel considère n’avoir rien à se reprocher, puisque l’activité de guide n’est pas réglementée et que sa réputation le précède :

« En ce qui concerne les croisiéristes, ce sont eux qui sont venus nous chercher. Et puis nous ne travaillons pas avec les grosses entreprises comme Vikings, mais plus avec des groupes comme Grand Circle Cruise Lines. »

« Sans nous, le public anglophone n’a rien »

Au final, Gabriel et ses collègues considèrent leur offre comme complémentaire de celle de l’office du tourisme :

« Nous sommes les seuls à proposer des visites en anglais tous les jours. Sans nous, ce public-là n’a rien. Les gens viennent chez nous car tout est plus simple. Ils viennent à l’horaire indiqué, ils peuvent repartir quand ils veulent et manifestement, ils viennent aussi chercher une certaine qualité, comme le prouvent nos bons commentaires sur TripAdvisor. Et quoiqu’on en dise, cela reste moins cher que les visites classiques. Chez nous, tout le monde est le bienvenu quelque soit la taille du portefeuille. »

Une vision « dynamique et sympa » que conteste encore Sébastien Saur, le guide-enseignant :

« Il suffit de regarder leurs conditions générales de vente pour leurs visites privées : pas de remboursement en cas d’empêchement de force majeure de la part des visiteurs, les visites annulées au bout d’un quart d’heure de retard… Nous, les professionnels, nous attendons une heure, et quand il y a un imprévu grave, on rembourse sans problème. Sous des dehors très sympas, ils sont hards avec leurs clients. »

Aux encartés de se renouveler ?

Mais même les étudiants qui aspirent à la carte concèdent que les free tours se sont emparés d’une demande existante et que c’est peut-être au secteur de se renouveler, comme l’indique Gontrand, 28 ans, étudiant de la licence professionnelle à Strasbourg :

« Franchement, qui pousse la porte de l’office du tourisme ou va chercher à réserver une visite officielle sur internet ? Le problème, ce n’est pas les free tours en soi. La balle est peut-être dans le camp des guides-conférenciers qui pourraient se repositionner autrement. Finalement, c’est un phénomène qui rappelle un peu l’ubérisation de tous les secteurs de l’économie, il faut s’adapter aux nouvelles pratiques. »

Il est vrai que réserver une visite sur le site de l’office du tourisme demande quelques clics en plus, avec la spontanéité en moins dû à la réservation, et moins de liberté quant aux prix, qui sont fixes. Le site n’indique pas non plus clairement comment réserver la visite.

Pourtant, les dépliants disponibles sur la page des visites par groupes démontrent une grande variété de visites possibles, avec de nombreux thèmes voire modes de visites. L’office du tourisme met d’ailleurs en avant des initiatives qui ne sont pas prises en charge par l’office lui-même (des visites « insolites » comme le food and city tour, Batorama, les tours en vélo avec cyclorama et velissimo etc, les tours en segway, le petit train touristique)… mais pas les free tours.

Place Saint-Etienne à Strasbourg : Gabriel met en avant l'aspect dynamique et sympathique de ses visites guidées, une vision contestée par certains guides-conférenciers (Photo Vincent Fischer / Happy Tour)
Place Saint-Etienne à Strasbourg : Gabriel met en avant l’aspect dynamique et sympathique de ses visites guidées, une vision contestée par certains guides-conférenciers (Photo Vincent Fischer / Happy Tour)

Les « happy » plaident pour une entente cordiale

Gabriel Wetzer le regrette et insiste, c’est Strasbourg qui a à y perdre si certains se tirent dans les pattes :

« Dans certains pays, les free tours sont complètement relayés par l’office du tourisme, mais pas ici. J’ai essayé de voir si je pouvais travailler avec eux : ils ont opté pour la désincitation en me demandant un dossier de 30 pages sur mon activité, etc. C’est dommage, moi je pense que le rôle d’un office du tourisme, c’est de promouvoir toutes les offres sur son territoire. Là je pense qu’ils ont vu arriver des propositions similaires à ce qu’ils font eux-mêmes, et ça les embête. »

La directrice adjointe de l’office du tourisme, Annie Dumoulin, a une position simple et ferme quant aux free tour :

« Notre obligation légale est de travailler avec des guides certifiés. Les free tour, on ne les connaît pas et on ne pourrait pas travailler avec eux. »

Bon, tant qu’il y a suffisamment de touristes pour tout le monde…

#Office du tourisme

Manifestation contre le non-remplacement d’enseignants à l’école Stoskopf mercredi

Manifestation contre le non-remplacement d’enseignants à l’école Stoskopf mercredi

Des parents d’élèves se réuniront mercredi 14 février à partir de 8h et ce jusqu’à 10h30 devant l’école Gustave Stoskopf. Cette manifestation vise à interpeller l’Académie de Strasbourg sur les non-remplacements réguliers, en particulier dans les sections bilingues franco-allemand. Ce jour-là, un inspecteur sera sur place.

Dans deux classes franco-allemandes, des enseignants germanophones se font attendre depuis la rentrée. Les classes monolingues sont aussi concernées, si bien que le lundi 29 janvier, 5 classes sur 10 classes n’avaient pas d’instituteurs. Cette école dans le quartier des Poteries est classée en Réseau d’Éducation prioritaire (REP ; ex-ZEP) et compte 623 élèves.

Les enseignements en Allemand se font en Français

Pour Maameri Brahim, représentant de parents d’élèves dans cette école et à l’initiative de la manifestation, « la situation relève d’un dysfonctionnement » :

« L’Académie propose un cursus où l’enseignement et les remplacements ne sont pas assurés, d’où il est impossible de sortir. On se retrouve avec des remplaçants qui doivent faire les enseignements en allemand, mais qui ne parlent pas la langue. Nous avons une pétition papier à remettre demain à l’inspecteur, même si nous visons plus haut, la Rectrice ou le Ministère. »

l’école élémentaire Gustave Stoskopf à Strasbourg (Capture Google Streetview)

Interrogé par les DNA, le Rectorat avait reconnu des difficultés de recrutement, ainsi que des épidémies hivernales massives en janvier (+45% par rapport à la moyenne) et arrivées « plus tardivement » dans l’ouest de Strasbourg.

Le problème du niveau d’allemand et des recrutements n’est pas nouveau comme le montrait une enquête de Rue89 Strasbourg en 2015.

#école Stoskopf

Avec deux associations, la mairie ouvre 100 places pour sans abris

Avec deux associations, la mairie ouvre 100 places pour sans abris

En partenariat avec deux associations de solidarité, la mairie de Strasbourg ouvre 100 places pérennes pour les personnes sans abris sans distinction, avant d’autres actions.

« Le phénomène des migrations n’est pas derrière nous, il est aujourd’hui ou demain. Et il ne s’éteindra pas, quoi qu’en disent certains en construisant des murs, des frontières », estime le maire de Strasbourg Roland Ries (PS). En décembre, il accédait à la demande d’une partie de ses conseillers municipaux, en promettant d’ouvrir des places pour personnes sans-abris. Deux mois plus tard, il était question de présenter les premières mesures.

Une municipalité n’est pas tenue d’héberger les personnes sans domicile fixe, ce qui est le rôle de l’État via ses préfectures. Mais le maire a souhaité aller plus loin, se réclamant de « l’humanisme rhénan » et de la « tradition d’accueil » de Strasbourg. « Le jeu de ping pong entre les collectivités, institutions ou associations, il faut qu’il cesse », ajoute le premier magistrat de Strasbourg au sujet des responsabilités de chacun.

Appel à projets fructueux

Ainsi, la mairie a lancé fin janvier un appel à projets, doté à hauteur de 500 000 euros par an. Sept associations avaient candidaté et deux d’entre elles, Caritas Alsace (70 places) et Accueil sans frontières 67 (30 places) vont gérer une trentaine d’appartements privés dans plusieurs coins de Strasbourg.

Ces logements diffus vont être conventionnés grâce au « dispositif d’intermédiation locative ». Concrètement, les propriétaires loueront les appartements à des associations, financées par cet appel à projets, et les attribueront à des personnes sans abris, qui verseront parfois une participation, même symbolique. Les occupants ont vocation à y loger 3 à 6 mois le temps de trouver une autre solution. Ils bénéficieront d’un accompagnement social et d’un accès à l’aide alimentaire ou d’un peu d’argent.

A terme, le maire de Strasbourg aimerait que plus personne ne dorme dehors dans les rues.
(Photo garryknight on Visualhunt / CC BY)

« Nous ne ferons pas de tri entre personnes en situation régulière ou non », précise Syamak Agha Babaei, vice-président de l’Eurométropole en charge du développement et de la gestion du dispositif d’hébergement d’urgence. Un comité en lien avec le Service intégré de l’accueil et de l’orientation (SIAO) du 115 déterminera les bénéficiaires. Le dispositif s’adresse aux personnes « vulnérables et fragiles ». Néanmoins les demandeurs d’asile en cours d’examen seront redirigés dans la mesure du possible vers les services de l’État « L’État est tenu de proposer une solution. Nous sommes prêts à faire avec lui mais pas à sa place », rappelle Marie-Dominique Dreyssé (EELV), adjointe en charge des Solidarités.

La Ville de Strasbourg a identifié une dizaine d’appartements qui pourraient être mobilisables à l’avenir dans ce dispositif. « Nous comptons sur notre patrimoine plus que sur celui de l’État », ajoute Syamak Agha Babaei, alors qu’il a été demandé de faire un diagnostic des locaux inutilisés des ministères.

Roland Ries et les premières mesures

Objectif 500 places

Le coût de 500 000 euros est calculé sur la base de 14€ par jour par bénéficiaire, pour un total d’environ 0,1% du budget annuel de la Ville de Strasbourg. Le financement est engagé pour plusieurs années.

Syamak Agha Babaei poursuit :

« La rue a un coût, bien sûr moral et éthique, mais aussi financier, en termes de sécurité, de santé, de salubrité. L’objectif est aussi de diminuer ces coûts. »

À terme, le maire a fixé l’objectif d’aller jusqu’à 500 places, soit environ le nombre d’appels au 115 en moyenne. Mais avant d’augmenter la jauge, et d’affecter les dépenses supplémentaires, Roland Ries souhaite que toutes les options soient explorées.

Associés à la loi d’immigration ?

Avec des maires prêts à mettre en place des mesures d’accueil dans leurs villes, co-signataires d’une tribune dans Le Monde, Roland Ries espère être associé aux discussions sur la loi sur l’immigration. Car le système actuel « fabrique » tous les mois des déboutés qui ne quittent pas tous le territoire. « Une fin de droit, mais pas une fin d’humanité », estime Roland Ries.

Ils participent à engorger les systèmes d’accueil en urgence des sans-abris, le seul auquel ils aient accès, concentrés dans les grandes villes. « Il y a jusqu’à un million d’illégaux en même temps en France ont estimé des associations. Même en accélérant le rythme, les expulser tous peut durer jusqu’à 10 ou 15 ans. Ce n’est pas faisable », juge Syamak Agha Babaei.

Enfin, la municipalité lance la réflexion sur la gestion – par et pour des personnes en grande précarité – de lieux vides pendant un an ou deux. Il s’agit par exemple du temps entre la décision d’une réaffectation d’un bâtiment et la réalisation concrète du projet, à l’instar du quartier des Grands voisins à Paris. Les acteurs doivent être réunis dans les prochaines semaines pour aboutir à un plan d’action « à l’été 2018. »

Pour Martine Wonner, un début de campagne « en arrêt maladie » mais un classement sans suite

Pour Martine Wonner, un début de campagne « en arrêt maladie » mais un classement sans suite

L’histoire avait paru dans l’entre-deux tours des dernières élections législatives sur le site du journal alsacien Heb’Di. La candidate de « La République en Marche », inconnue en politique jusqu’alors, Martine Wonner, avait profité d’un arrêt maladie pour lancer sa campagne électorale, avant le début de la période dite « officielle ».
Heb’Di avait indiqué que l’arrêt maladie avait débuté « fin 2016 » et . . .

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Les pourboires du streaming, en débat avec Sophian Fanen

Les pourboires du streaming, en débat avec Sophian Fanen

Journaliste, Sophian Fanen est ce lundi 12 février à Strasbourg pour présenter son dernier livre, « Boulevard du Stream, » sur les bouleversements qu’a connu la musique ces vingt dernières années.

Qui se souvient de ces années durant laquelle la musique a été libérée ? Compressés puis diffusés par un Internet encore naissant à partir de 1997, les fichiers musicaux ont envahi les disques durs de l’époque, transformant quasiment toutes les personnes connectées en d’affreux pirates. Sophian Fanen, journaliste spécialisé dans la musique et cofondateur de Les Jours, revient sur ces deux décennies qui ont transformé la musique dans un livre très documenté, « Boulevard du stream » (Ed Castor Astral). Il sera présent lundi 12 février à partir de 19h au Portique sur le campus de l’université de Strasbourg, pour évoquer son enquête.
Sophian Fanen (Photo Jean-Michel Thirion / doc remis)
Sophian Fanen (Photo Jean-Michel Thirion / doc remis)

De Napster à Deezer, 20 ans qui ont tout changé

À travers près d’une centaine d’interviews d’acteurs d’hier et d’aujourd’hui, Sophian Fanen explique comment l’industrie de la musique a paniqué lorsqu’a surgi Napster, qui permettait à tout le monde de s’échanger des fichiers musicaux mp3, bien plus facilement que sur n’importe quel service légal. Attaqués à coups de millions d’euros, les services d’échanges ont fini par fermer mais pas les usages… Et le succès des services de streaming aujourd’hui (Spotify, Deezer…) doivent beaucoup à cette période d’intenses découvertes comme l’explique Sophian Fanen :
« Voilà comment mes années 2000 ont commencé. Je ne savais pas que je serais bientôt accusé de ruiner les artistes, de piller les maisons de disques, de piétiner la propriété intellectuelle, d’utiliser le moyen le plus dingue jamais inventé pour donner accès à la musique. Je ne savais pas que j’écrirais un jour ce livre qui raconte comment le monde de la musique est allé à reculons vers ce qui n’était déjà plus le futur, mais bien un nouveau présent. Je faisais juste circuler la musique et j’apprenais beaucoup de choses sur elle. »
Boulevard du Stream (Ed Castor Astral)

En toile de fond, les galères des indépendants

Si personne ne pleure pour la réduction des marges de l’industrie musicale, cette nouvelle économie a singulièrement compliqué la vie des labels indépendants. Selon les cas, un artiste reçoit entre 0,0005 et 0,015 centimes d’euros par écoute sur une plate-forme de musique. Autrement dit, pour gagner 500€, il faut qu’un titre soit joué plus d’un million de fois ! Inaccessible pour les artistes indépendants. À Strasbourg, Joël Beyler, fondateur du label #14 Records, résume :
« Quand on accompagne un artiste sur la voie de sa professionnalisation, on lui explique clairement qu’il n’a aucun revenu à attendre des plate-formes de streaming, qui vont pourtant référencer et proposer ses titres à leurs abonnés. Quant aux ventes de disques, elles couvrent à peine des coûts de fabrication et de diffusion. Donc pour les artistes qui débutent, leurs revenus reposent essentiellement sur les cachets et le complément éventuel grâce au statut d’intermittent. »
Mais pour Joël Beyler, également président de la Fédération des labels d’Alsace, l’industrie de la musique doit regarder plus loin que les seuls revenus :
« Les plate-formes de streaming ne nous rapportent rien, soit. Mais j’ai tout de même accès à une quantité de données statistiques qui étaient inaccessibles avant : l’âge des amateurs, leur pays, etc. Et on peut détecter des tendances à condition d’être soi-même à l’écoute. Ainsi avec l’EP de Claire Faravarjoo (dont Rue89 Strasbourg a déjà parlé), j’ai réalisé le meilleur lancement de l’histoire de #14 Records ! Toujours pas de quoi faire sauter les bouchons de Champagne, mais au moins, je sais vers où diriger mes efforts marketing. »
Intéressant mais cette informatisation de la musique ne va-t-elle pas changer sa nature ? À Next Inpact, Sophian Fanen indique :
« En ce moment, je bosse sur la façon dont le streaming change le rap et donc changera le monde de la musique puisque le rap est sa tête de pont. Des mecs me disent qu’ils ne composent pas pour eux, mais pour répondre aux besoins, en regardant les données, en scrutant le moment où les fans “skipent”. Si le public veut des voitures bleues, tu fabriques des voitures bleues. La musique devient un rendement mécanique comme on fabrique des meubles avec des contraintes propres. »
Un débat à reprendre dans 20 ans.
#fédélab#Joël Beyler#Le Portique

Un tout nouveau terminal portuaire à Lauterbourg, mais pour quoi faire ?

Un tout nouveau terminal portuaire à Lauterbourg, mais pour quoi faire ?

Le nouveau terminal à conteneurs dont vient de se doter le Port autonome de Strasbourg à Lauterbourg doit permettre de désengorger des quais strasbourgeois saturés. Encore faut-il, pour cela, convaincre tout le reste de la chaîne logistique… ce qui est loin d’être gagné.

Il n’y a pour l’heure qu’un grand vide au nouveau port à conteneurs de Lauterbourg, dominé par un portique haut de 31 mètres qui seul, surveille l’asphalte du quai. L’équipement a été inauguré en novembre 2017, à grand renfort d’élus locaux ; sa mise en service est prévue « avant l’été ». Mais beaucoup d’eau risque encore de couler dans le Rhin avant que l’activité de cet équipement, d’un coût total de 18 millions d’euros (dont 4 M€ pour le portique), ne décolle réellement.

Une alternative à la saturation de Strasbourg

Le projet de développement portuaire de Lauterbourg ne date pourtant pas d’hier ; il était inscrit depuis 1976 dans les documents d’urbanisme, avant de faire l’objet de travaux au début de la décennie. Il se concrétise dans un contexte de saturation croissante des terminaux à conteneurs situés dans l’Eurométropole de Strasbourg.

Depuis plusieurs mois, les files de camions s’allongent en effet rue de Saint-Nazaire, à l’entrée du terminal Sud du port. Le constat n’est pas meilleur au port Nord, situé à proximité de l’ancien terrain Coop et bien occupé par le trafic ferroviaire.

La transformation du service d’exploitation du Port autonome en société de droit privé n’a pas assoupli les horaires d’ouverture des deux terminaux. La productivité du port s’en est ressentie et Guy Erat, directeur de Danser France, filiale d’un transporteur fluvial néerlandais, s’en plaint :

« L’an dernier, nous nous sommes retrouvé par deux fois avec 50 conteneurs sur les bras, qui n’avaient pas pu être embarqués à temps sur notre bateau. Les transporteurs routiers ont eux aussi perdu en moyenne une rotation par jour. »

Beaucoup d'eau risque encore de couler avant que le terminal à conteneurs de Lauterbourg n'entre effectivement en service. (Nathalie Stey)
Beaucoup d’eau risque encore de couler avant que le terminal à conteneurs de Lauterbourg n’entre effectivement en service. (Nathalie Stey)

Les terminaux actuels ne disposent d’aucun moyen de s’agrandir. Celui du bassin du Commerce s’inscrit au contraire dans une zone soumise à forte pression urbaine. Une situation qui fait craindre à certaines entreprises que l’ouverture du terminal de Lauterbourg prépare, à plus ou moins long terme, la fermeture de celui de Strasbourg Nord.

Des craintes que Jean-Louis Jérôme, directeur général du Port autonome de Strasbourg (PAS), cherche à tempérer :

« Oui, on va déshabiller Strasbourg pour mettre des conteneurs à Lauterbourg. Il y a un problème de congestion au terminal de Strasbourg Nord. Le danger, si on ne résout pas la question, c’est que tout le trafic qui emprunte aujourd’hui le Rhin passe par la route. Mais l’avenir du terminal n’est pas menacé. J’en veux pour preuve les nombreux investissements réalisés par des entreprises privées dans la zone centrale et la zone Nord du port. »

Un isolement qui peut coûter cher

En attendant un hypothétique transfert d’activité, le démarrage effectif du nouveau port à conteneurs prendra de toutes façons du temps. Si les opérateurs de lignes fluviales ont, pour la plupart, inscrit cette escale supplémentaire dans leur offre, aucun ne s’attend en effet à y développer un trafic régulier dans les prochains mois. Construire un quai et y installer un engin de manutention dernier cri ne suffit pas à faire venir les marchandises ; encore faut-il qu’il y ait un marché. Et à Lauterbourg, celui-ci est pour l’instant limité.

Le port de Lauterbourg est situé à un jet de pierre des sites concurrents de Karlsruhe et Woerth. (Loïc Chalmandrier / Port autonome de Strasbourg)
Le port de Lauterbourg est situé à un jet de pierre des sites concurrents de Karlsruhe et Woerth. (Loïc Chalmandrier / Port autonome de Strasbourg)

Car le rayon d’action du nouveau terminal est plutôt étroit, cerné au Nord et à l’Est par la frontière avec l’Allemagne. Même à l’heure du marché unique, elle reste présente, tout au moins dans les circuits commerciaux existants, qui n’envisagent pas une desserte du marché allemand au départ de Lauterbourg. D’autant que ce territoire est déjà bien pourvu en ports à conteneurs : Woerth et Karlsruhe se situent tous deux à moins de 20 km du terminal alsacien.

La région de Lauterbourg est elle-même pauvre en industries susceptibles d’utiliser le Rhin pour transporter leurs marchandises.

Pour Evelyne Hum, chef d’agence de Haeger & Schmidt, une compagnie de transport multimodal implantée à Strasbourg, Kehl et Ottmarsheim, l’équipement aura du mal à tourner à plein :

« Au-delà des entreprises de la zone portuaire (Eiffel, Rohm & Haas), Lauterbourg peut espérer capter des trafics plus au Sud, à Drusenheim (Dow Chemicals), Beinheim (Roquette), voire au Nord de Haguenau. On arrive à un total de 10 000 conteneurs maximum, loin des 40 000 conteneurs annoncés par le Port et très loin des volumes nécessaires pour amortir les coûts d’exploitation d’un tel terminal ».

Le nouveau port risque de faire face à d’autres difficultés durant son démarrage. Pas facile, notamment, d’amener les compagnies maritimes, à qui appartiennent les conteneurs, à mettre ces boîtes à disposition de leurs clients à Lauterbourg. Ces armements, déjà présents à Strasbourg, n’ont aucun intérêt à fractionner leurs stocks. Et faire venir les conteneurs vides depuis l’Eurométropole ou ailleurs coûtera cher, ce qui risque d’ôter tout intérêt économique au transport via Lauterbourg.

Au-delà, c’est toute l’organisation du « dernier kilomètre » (entre le port et le destinataire ou l’expéditeur de la marchandise), déjà bien rodée à Strasbourg, qui devra être mise en place pour assurer une certaine fiabilité au service.

Alain Maliverney, directeur de Logirhône, un organisateur de transport fluvial français, est aussi sceptique :

« L’expérience que nous avons pu vivre en région parisienne ou sur le Rhône montre qu’il est très compliqué de faire vivre des terminaux intermédiaires sur des axes déjà bien équipés. Dans le cas de Lauterbourg, les bateaux passent déjà devant. Mais les faire s’arrêter, c’est prendre le risque qu’ils ne soient plus à l’heure à l’escale suivante. Cela suppose aussi beaucoup de souplesse de la part du terminal, qui devra parfois charger ou décharger les conteneurs en pleine nuit. »

Un hôtel rue de la Paix ?

Comment et par qui le port à conteneurs de Lauterbourg sera-t-il exploité ? Sur ce sujet, l’autorité portuaire a longtemps hésité, amplifiant ainsi le sentiment d’incertitude des entreprises. Il faut dire qu’un premier appel d’offres lancé par le Port autonome de Strasbourg en 2011 et concernant à la fois l’équipement et l’exploitation du terminal s’était soldé par un échec. Lancé en pleine crise économique, le dossier n’avait alors rencontré que la frilosité des opérateurs. L’administration portuaire avait finalement pris sur elle d’équiper le quai.

Les conditions de lancement du terminal à conteneurs de Lauterbourg ne sont pour l'instant pas très claires. (Loïc Chalmandrier / Port autonome de Strasbourg)
Les conditions de lancement du terminal à conteneurs de Lauterbourg ne sont pour l’instant pas très claires. (Loïc Chalmandrier / Port autonome de Strasbourg)

Désormais prise par le temps, avec une ouverture du terminal annoncée « avant l’été », la direction du PAS a finalement indiqué que l’exploitation de ce dernier sera assurée, dans un premier temps, par Rhine Europe Terminal (RET), c’est à dire… la filiale du PAS chargée des terminaux à conteneurs actuels.

Une solution que Jean-Louis Jérôme veut temporaire :

« Je souhaite vraiment que RET se stabilise sur les terminaux historiques ; il n’est pas question de confier de façon permanente l’exploitation du terminal de Lauterbourg à cette filiale. »

La solution de moyen terme sera quant à elle déterminée dans le cadre d’un appel d’offres que le Port compte lancer en mars ou en avril, pour se laisser le temps d’en rédiger les clauses en fonction de son analyse du marché.

Monopoly sur le Rhin

L’opération est complexe. Elle s’apparente, à bien des égards, à une partie de Monopoly, dans laquelle le Rhin allemand et ses différents ports à conteneurs sont comme la rangée s’étendant de l’avenue de Breteuil à la rue de la Paix : tenus les uns et les autres par un même groupe, il devient cher, pour des opérateurs tiers, de s’y arrêter. Ainsi, pour pouvoir démarrer et se développer de façon pérenne, le nouveau terminal doit, d’une façon ou d’une autre, s’adosser aux entreprises génératrices de trafic sur le Rhin.

Mais le risque existe, pour cet outil situé sur la dernière réserve foncière de ce type encore disponible le long du Rhin supérieur (De Mayence à Bâle), que certains opérateurs ne s’y positionnent que pour éviter l’émergence d’une concurrence supplémentaire. La plupart des acteurs du marché aimeraient d’ailleurs que le nouveau terminal soit opéré selon une stricte neutralité.

Le Port est conscient de la difficulté et Jean-Louis Jérôme prévoit de garder un oeil sur la suite :

« Vu les investissements en jeu, le Port prendra certainement des parts dans la société d’exploitation. Par ailleurs, nous aimerions pouvoir attirer de nouveaux acteurs, différents de nos interlocuteurs habituels ; des logisticiens par exemple. »

La solution aurait pour mérite de faciliter un développement endogène du terminal, alors que l’Alsace souffre, depuis peu, d’une pénurie de surfaces logistiques. Mais il sera difficile d’attirer ces acteurs dans une zone au tissu industriel clairsemé et mal desservi par la route.

#Lauterbourg

À l’Opéra du Rhin, Werther ou le refus du monde

À l’Opéra du Rhin, Werther ou le refus du monde

Deux mois après le succès de Francesca da Rimini, l’Opéra National du Rhin présente cette fois l’histoire d’amour impossible de Werther. Chef d’oeuvre de Massenet, les passions de cette figure romantique seront jouées à l’Opéra de Strasbourg jusqu’au 17 février et à la Filature de Mulhouse jusqu’au 4 mars.

En 1887, après deux ans de travail sur la partition de son Werther, Jules Massenet voit son opéra rejeté par Léon Carvalho alors directeur de l’Opéra Comique à Paris. Il faudra attendre cinq années pour qu’il soit présenté au Théâtre Impérial de Vienne et encore un an avant la première parisienne, le 16 janvier 1893. Aujourd’hui considéré comme un chef d’oeuvre, le directeur de l’Opéra Comique y voyait une « oeuvre pour dépressifs » : le suicide de son personnage éponyme choquait particulièrement, d’autant plus que le roman de Goethe Les Souffrances du jeune Werther, paru environ un siècle plus tôt, avait généré une vague de suicides dans toute l’Europe.

Goethe écrit son roman épistolaire Les Souffrances du jeune Werther en quatre mois l’année 1774. Inspiré de sa propre passion pour une certaine Charlotte Buff, fille du bailli de Wetzlar et mariée au conseiller Kestner, et marqué par le suicide de son ami Jérusalem, désespérément amoureux de la femme d’un autre, l’oeuvre connut aussitôt un succès fulgurant, mais fit aussi scandale. En effet, roman majeur du « Sturm und Drang », il contient de nombreux éléments de ce premier romantisme allemand tels que le rapport de son héros à la nature, son amour impossible qui le mènera au suicide, et surtout son attitude rebelle face à la société de la fin du XVIIIe siècle.

Premier acte: Charlotte au milieu de ses frères et soeurs et de son père avant d’aller au bal (Photo Klara Beck / ONR)

L’action se situe à Wetzlar, vers 1780. Werther, un jeune poète, s’éprend de Charlotte, la fille aînée du bailli resté veuf avec ses jeunes enfants. La jeune fille remplace auprès de ses frères et sœurs sa mère disparue, à laquelle elle a promis d’épouser Albert, modèle du parfait époux. Liée par cette promesse sacrée à ses yeux, Charlotte préfère renoncer à son inclination pour Werther. Elle épouse Albert et fait promettre à Werther de s’éloigner jusqu’à Noël. Mais la séparation ne leur apporte aucun apaisement. Werther ne voit pas d’autre issue à leur impossible amour que de se donner la mort et Charlotte arrive trop tard pour le sauver. Atteint mortellement par le pistolet qu’il a emprunté à Albert, Werther meurt, apaisé, dans les bras de Charlotte qui lui avoue enfin son amour.

Premier acte: Werther entre dans le cadre de scène et découvre le foyer de Charlotte (Photo Klara Beck / ONR)

De l’amour de Werther à celui de Charlotte

En portant l’épistolaire à la scène, Massenet n’a pas abandonné les lettres qui demeurent avec une fonction narrative et psychologique. Toutefois, il a donné vie aux personnages autres que Werther, et notamment à Charlotte, qui n’existaient dans le roman qu’à travers le prisme de celui-ci. Il fallut leur donner une coloration musicale ainsi qu’une psychologie. Dès lors, les sentiments de Charlotte auxquels le lecteur de Goethe n’a pas accès sont développés dans l’opéra, où elle devient peut-être même le personnage principal puisque même son thème musical revient plus souvent que celui de Werther.

Il s’agit d’un personnage qui a dû endosser des responsabilités très tôt suite au décès de sa mère, comme elle le répète au premier acte. Elle porte de poids de la promesse faite à cette dernière de veiller sur ses frères et soeurs et d’épouser Albert. C’est donc à la fois une jeune femme qui a dû grandir très rapidement et une figure maternelle, raison pour laquelle Massenet a choisi une mezzo pour ce rôle, comme l’explique la chef d’orchestre Ariane Matiakh :

« Elle ne pouvait être tenue que par une chanteuse à la voix déjà plus travaillée, pétrie par les années d’expérience. Massenet a fait ce choix pour la rendre plus crédible, notamment vis-à-vis des enfants, mais aussi pour créer une dissymétrie assumée avec le personnage de Werther. Les conventions sociales et les responsabilités familiales l’obligent à renoncer à sa vie de jeune femme, à ses désirs, pour s’engager dans une relation stable avec un homme plus âgé qu’elle. L’opéra est le reflet de son dilemme : d’un côté devoir se refréner et garder les apparences et de l’autre vouloir assumer ce qu’elle désire au fond d’elle même. »

Charlotte ne décide pas, elle doit abandonner ses aspirations pour se conformer à ce que les autres attendent d’elle. Un autre personnage féminin apparait dans l’opéra; sa soeur Sophie. Bien qu’elle apparaisse comme une femme plus moderne on peut s’interroger: va-t-elle suivre le même chemin que sa soeur ou bien s’émanciper?

Liberté ou stabilité ?

Dans ce village de Wetzlar, Werther apparaît comme un étranger. Il entre d’ailleurs sur scène via le cadre de scène contrairement aux autres personnages.Par le regard autre qu’il porte sur les différentes situations, il vient perturber un ordre établi. Ce décalage de perception est mis en scène de façon très convaincante à diverses reprises, notamment lorsqu’il arrive chez le baron : le temps se fige et il déambule entre les différents personnages. Il est ensuite ravi par la vision de Charlotte au milieu des enfants. Elle devient une figure maternelle pour ce personnage présenté comme orphelin.

En même temps, il ouvre un espace de liberté pour Charlotte, qui chez Massenet partage son amour. Elle l’aime mais leur relation est impossible à cause des conventions. Quant à Albert, sincèrement amoureux d’elle et plein d’empathie pour Werther, il est l’image de l’adulte responsable qui se soumet aux conventions.

Troisième acte: Sophie retrouve sa soeur Charlotte seule chez elle le soir de Noël (Photo Klara Beck / ONR)

L’amour n’est pas de ce monde ?

Ainsi, la promesse de liberté apportée par Werther est impossible à concrétiser. Le moment de leur rencontre ainsi que celui de leur séparation sont situés dans des lieux irréels : le bal auquel Werther et Charlotte se rendent est présenté comme sorte de rêve, un évènement extraordinaire hors du quotidien puisque comme l’explique sa soeur, elle ne s’autorise jamais de sortie. Elle est rappelée au réel par l’annonce du retour d’Albert. Une autre réunion des amants a lieu au quatrième acte, où Charlotte avoue son amour à Werther. Il s’agit là aussi d’une zone frontière, cette fois entre vie et mort puisque Werther s’est donné la mort à la fin du troisième acte. Alors qu’ils sont réunis, un couple de personnes âgées apparait sur scène, comme une image fantasmagorique de ce qu’ils auraient pu devenir s’ils avaient pu être réunis. Cette image rappelle celle du soir de leur rencontre au bal, tout comme les chants de Noël qui résonnent.

Cette liberté à laquelle les personnages aspirent n’est pas permise à cause de la pression sociale et de l’enfermement symbolisés par une scénographie tout à fait réussie et pertinente. Elle matérialise un espace clos, hermétique et sans perspective comme l’explique la metteuse en scène Tatjana Gürbaca :

« C’est un espace, comme la société de Wetzlar, très hermétique et très structuré, conçu selon une perspective en profondeur suggérant tout ce qui peut être possible. Ce qui est réel, c’est la scène sur laquelle se déroule l’action, une scène de seulement deux mètres de profondeur et très étroite. »

Et le scénographe Klaus Grünberg :

« Cet espace bien réel avec ses murs de bois, ses étagères, ses meubles et son plafond à caisson offre toutefois la possibilité de raconter les sentiments intimes dans les états d’âme. C’est précisément cela qui m’intéresse : la synchronie du dedans et du dehors, de l’étroitesse spatiale et de l’ampleur des émotions. »

Résister à la réalité

Mais peut-être est-ce plutôt Werther qui n’est pas de ce monde et ne peut pas y vivre. Ce personnage arrive de l’extérieur et recherche en permanence la fuite; en parlant de retrouver son père (sous-entendu Dieu) en se donnant la mort ou en quittant le village pour fuir Charlotte. Les motifs de la mort et de la nature reviennent de façon récurrente, et c’est finalement dans la mort qu’il trouve l’apaisement. Dès lors, l’amour qu’il porte à Charlotte n’est-il pas surtout un prétexte à mourir ?

Quatrième acte: Charlotte est aux côtés de Werther qui s’est donné la mort (Photo Klara Beck / ONR)

Pour ses premiers pas à l’ONR, la metteuse en scène Tatjana Gürbaca offre un spectacle très réussi, porté par la scénographie et le travail sur les lumières de Klaus Grünberg. Dans le Werther de Massenet, le rôle non négligeable de l’orchestre pour porter l’intérieur des personnages était également très agréable. Enfin, cet opéra se caractérise par l’usage de la forme parlando, qui requiert des interprètes un très bon jeu. Vendredi soir, Werther et ses interprètes ont conquis le public de l’ONR, alors n’hésitez pas !

En concert dimanche, la puissance florissante d’AFAR, groupe de melodic hardcore

En concert dimanche, la puissance florissante d’AFAR, groupe de melodic hardcore

AFAR, c’est un tout nouveau groupe de melodic hardcore. Je les ai rencontrés peu de temps avant leur premier concert afin de voir ce qui animait ces mignons petits musiciens qui sont loin d’être débutants. Leur mot d’ordre ? C’est l’énergie ! À tester dimanche 18 février à l’Élastic.

AFAR est un projet né pendant l’été 2017. C’est Copac, guitariste arrivé tout droit de Montpellier, et Florian, le chanteur, qui ont eu l’idée de monter ce groupe. Ils avaient envie de faire de la musique ensemble et, grâce à des annonces passées sur les réseaux et au bouche à oreille, Ludo, Jof, Bastian et Jay les ont rejoints. Florian explique :

« On est tous des passionnés de musique et on a déjà monté plusieurs projets chacun de notre côté. Ce qui est intéressant, c’est qu’on avait des groupes vraiment très différents. Cependant la ligne directrice était claire dès le départ : Copac et moi savions qu’on voulait faire du melodic hardcore. Ensuite, bien sûr, on a fait évoluer notre musique en ajoutant les influences propres à chacun. »

Leurs influences sont d’ailleurs on ne peut plus éclectiques, allant du hip hop à la country en passant par l’électro et le punk. Si on s’en tient aux groupes qui ont réellement marqué le style d’AFAR, on se dirige plus vers la scène hardcore actuelle. Florian précise :

« Il y a beaucoup de groupes qui nous inspirent. C’est le cas de Glass Jaw, de Hundreth, de Norma Jean ou encore de Converge. »

Ce qui leur plaît, dans cette musique, c’est l’énergie qui s’en dégage :

« L’énergie, l’intention, c’est ça qui compte pour nous ! On est dans la franchise. On veut pouvoir communiquer une émotion. Copac continue : De là vient notre nom d’ailleurs, AFAR. Ce qui signifie « au loin » en anglais. On est dans la projection d’intention. »

« En plus, c’est un nom qui est concis, efficace. Il convient bien à notre style musical, » ajoute Ludo, chanteur. « Et puis c’est super parce qu’on peut faire plein de jeux de mots ! Par exemple : j’en ai rien AFAR ! », plaisante Jay, le jeune guitariste.

AFAR
Tous les membres d’AFAR. De G. à D. : Bastian, Jay, Ludo, Florian, Copac, Jof. (photo : Conie Ka Photographie)

L’efficacité d’AFAR ne tient d’ailleurs pas que dans sa musique mais aussi dans sa construction même. En effet, depuis le début, tout est allé incroyablement vite : les membres du groupe, le nom, les chansons, la première séance photo …

« On se sert des expériences de chacun, et on connait aussi les erreurs à ne plus refaire. On sait où on veut aller, dit Copac avec un air passionné. »

Les membres d’AFAR se montrent très sérieux et déterminés. Et celui qui a le plus grand rôle dans le groupe est Copac, annonce Ludo :

« C’est lui qui fait tout, il créé la structure des chansons. Certains morceaux sont aussi composés avec Jay. »

Jay précise :

« On a déjà passé plusieurs après-midis à bosser ensemble. On enregistre, on fait écouter aux autres et puis on fait quelques arrangements en répétition. Mais c’est vrai que tout se passe assez naturellement, il y a une réelle osmose entre nous. Ce que j’apprécie, c’est qu’on a tous notre petite touche à nous qui se fonde harmonieusement dans la musique d’AFAR. Jof par exemple ajoute une couleur particulière par son jeu. Notre musique gagne une sacrée dimension grâce à lui, il en accentue le côté mélodique. Et puis, au niveau des chants, Ludo et Florian n’ont absolument pas la même voix mais ça participe pleinement à la richesse d’AFAR. Lorsqu’ils ont enregistré ensemble pour la première fois, ça a été une vraie claque ! Leurs chants se marient superbement bien. »

AFAR
(Photo Conie Ka Photographie)

Si AFAR réfléchit déjà à son premier album, un EP qu’ils pensent enregistrer en mars, ils veulent avant tout se focaliser sur une petite tournée de 4 dates qui les attend :

« On se sent prêt à se produire sur scène. On a hâte de nous produire devant différents publics et de voir ce que donnera AFAR en live. »

En effet, au moment de l’interview, le groupe n’a pas encore donné de concert. Je leur demande comment ils se sentent à l’approche de la première date et c’est le charmant Florian qui me répond :

« Même si on a tous pas mal d’expérience, on ressent quand même une petite appréhension, et c’est normal ! C’est un stress positif mêlé d’envie, une dynamique forte ! Ça montre aussi notre implication. On se donne à fond dans ce projet, on y met tout notre cœur ! »

AFAR jouera notamment au Grillen de Colmar en première partie d’une pointure, Betraying The Martyrs, le 16 février. Ils feront également plusieurs scènes aux côtés du groupe Lessen, des amis de Copac, à Strasbourg le 18 février, à l’Elastic, mais aussi à Nancy, au Riveter, le 19 février.

Jof, que j’avais déjà eu l’honneur d’interviewer pour son groupe Peace Me Off, dont Copac fait aussi partie, explique :

« On est vraiment très heureux de pouvoir faire ces premières scènes. Mais on ne va pas s’arrêter là ! On a plein de projets, avec notre EP, on pense aussi à un clip, et puis on veut faire toujours plus de concerts ! »

 

Schilick, ton univers impitoyable !

Schilick, ton univers impitoyable !

Le sort en est jeté. Des élections municipales anticipées auront lieu à Schiltigheim en avril. La discorde entre le maire Jean-Marie Kutner et son ex premier adjoint Christian Ball a eu raison de la majorité.

Une semaine de musique live à Strasbourg : 4 concerts à ne pas manquer

Une semaine de musique live à Strasbourg : 4 concerts à ne pas manquer

C’est bientôt le printemps ! Bon, peut-être pas mais il faut sortir cette semaine car pas moins de quatre concerts entrent dans la catégorie des dates « à ne pas manquer » à Strasbourg et même à Sélestat. Du lourd.

Mercredi, White Wine à Stimultania

Joe Haege est un nom connu dans le monde du rock indépendant. Originaire de Portland et leader des groupes 31Knots et Tu Fawning, il a commencé un 3e projet, solo cette fois, avec White Wine. Vite rejoint par Fritz Brückner et Christian « Kirmes » Kuhr, il s’installe du côté de Leipzig et teinte ses nouvelles chansons de la froideur et du passé industriel de la ville. Sa voix incroyable guide les auditeurs comme un prédicateur dans les tourments de ses chansons déconstruites, pleines de distorsions, entre pop et expérimental. Mercredi soir, il faudra s’attendre à être plongé dans un univers envoûtant et mystérieux, sous les sombres lumières de la galerie Stimultania. Un lieu parfait pour la dégustation sonore de ce White Wine.

Jeudi, Piers Faccini aux Tanzmatten

Piers Faccini est un génie de la musique. Mieux, de l’art en général. Auteur, compositeur, interprète mais aussi photographe, peintre, plasticien, Piers Faccini se nourrit de tout. De ses racines (l’Italie et l’Angleterre), de son exil français (dans les Cévennes), de ses voyages, et surtout de ses rencontres, qu’il transforme sans cesse en collaborations. Son monde musical, c’est justement les musiques du monde, dans toutes leurs richesses. La chaleur de la terre, l’évidence de l’eau, la fugacité de l’air… Il façonne ses disques et ses concerts comme autant de voyages uniques. Et le voyage, il faudra le faire jusqu’aux Tanzmatten de Sélestat. Mais l’expérience vaut absolument le détour.

Vendredi, The Bellrays + Hoboken Division à La Laiterie Club

The Bellrays, groupe californien mélange de rock et soul, insufflera sa folle énergie à coup de guitares électriques le vendredi soir au club de la Laiterie. Mais c’est la première partie, Hoboken Divion, qui méritera tout autant notre présence. Duo nancéen estampillé delta blues / garage rock, leur set est animal, bouillant, sur la corde. La voix brute et sauvage de Marie répond à une guitare et une batterie précises et étouffantes. Une ambiance qui n’est pas sans rappeler Alison Mosshart et les Dead Weathers, l’harmonica en plus.

Samedi, Jessica 93 + JC Satan à La Laiterie Club

L’enchaînement des concerts est beau. L’affiche merveilleuse. Probablement les deux meilleurs groupes de rock en France actuellement, réunis sur la parfaite petite scène de La Laiterie, en plein week-end. Jessica 93, c’est un projet à la base solo de Geoffroy Laporte, adepte du do it yourself et de l’analogique, qui tourne sur scène en formule groupe. Face à lui, on retrouvera un des fers de lance de la parfaite écurie Born Bad Records : J.C Satan, groupe italo-bordelais. En commun, le même effet sur le public. Ça va jouer fort, ça va jouer vite, et ça va jouer furieusement bien. Le rock français existe, et il sera à Strasbourg ce samedi.

#Piers Faccini

Alain Jund : « Tourner la page du nucléaire à Fessenheim pour engager la transition. »

Alain Jund : « Tourner la page du nucléaire à Fessenheim pour engager la transition. »

Alors que 13 élus haut-rhinois demandent un report de la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim de trois à cinq ans, l’élu écologiste strasbourgeois Alain Jund plaide dans une tribune pour y faire un pôle du démantèlement des centrales et d’y développer des énergies renouvelables comme la géothermie.

Ce sont 45 années de lutte antinucléaire sur les bords du Rhin qui vont, enfin, aboutir et ce malgré quelques derniers soubresauts désespères. La ténacité et la combativité des citoyens et élus alsaciens, badois ou suisses, des associations régionales et nationales permettent aujourd’hui d’envisager la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim.

Il en aura fallu des manifestations, des pétitions, des die-in, des fêtes, des rapports de force tournant parfois à l’affrontement et même des grèves de la faim ; je pense naturellement à la militante infatigable que fut Solange Fernex.

Collectivement fiers de tourner la page

Nous devons, toutes et tous, être fiers de cette issue….qui semble se confirmer. Mais ce n’est qu’une étape dans un combat qui est loin d’être terminé. Certes après beaucoup de dérobades, de reniements et d’atermoiements – comment ne pas penser aux multiples annonces du candidat puis Président François Hollande mais également à la manière dont, lâché par le gouvernement le premier délégué interministériel, Francis Rol Tanguy, chahuté par les syndicats et abandonna la partie – la fermeture est un vrai soulagement. Centrale vieillissante, à la sécurité toute aléatoire sa rentabilité énergétique devenait marginale.

Mais ce qui va être mis en place pour accompagner cette fermeture doit être exemplaire. En effet, de la réussite de la transition qui s’engagera localement dépend certainement la crédibilité d’une sortie du nucléaire en France….et de ses 58 réacteurs. Car si l’Allemagne, au lendemain de la catastrophe de Fessenheim a acté cette perspective en 2011, le lobby nucléaire français (EDF et AREVA en tête) a maintenu le cap malgré des interrogations sur la rentabilité, la question des déchets et plus généralement la sécurité, questionnement confirmé il y a quelques jours par un rapport de la très officielle Autorité pour la Sécurité Nucléaire (ASN).

Ouvrir le chemin de la sortie du nucléaire !

Trois orientations et un préalable sont nécessaires pour réussir cette perspective. Il est tout d’abord impératif de ne pas engager cette transition « à reculons ». Il convient, notamment d’ouvrir un horizon volontaire démontrant que la transition est créatrice d’emplois et d’activités. C’est la condition pour mobiliser les salariés du site, les soustraitants et les acteurs économiques locaux. Construire un projet de territoire pour demain afin d’assumer cette étape, difficile pour d’aucuns, non comme une punition politique de circonstance ; c’est affronter collectivement cette transition plutot que de mettre la tête dans le sable.

La première orientation c’est la construction d’un pôle économique autour du démantèlement en matière nucléaire. Il n’est pas concevable que dans 20 ou 30 ans, le site de Fessenheim soit dans le même état que celui de la centrale bretonne de Brennilis fermée depuis 1985, envahie par les herbes folles, abandonnée et de plus en plus dangereuse.

Pôle du démantèlement des centrales

La fermeture constitue, pour Fessenheim, une réelle opportunité pour créer, a proximité, un véritable pôle économique réunissant la recherche, le développement et les processus industriels sur le démantèlement des sites nucléaires au plan européen. Comme par exemple, la centrale suisse de Beznau et celle de Chooz dans les Ardennes fermée depuis 15 ans. Cette filière, et quelque soit la vitesse de la sortie du nucléaire en France, ouvre des perspectives d’emplois durable pour plus de 50 ans. Plutôt que de persister dans l’exportation d’une filière nucléaire sans avenir, l’heure est à la promotion et au développement de cette technologie d’avenir autour du démantèlement.

C’est ensuite la nécessité d’ouvrir un horizon transfrontalier et européen. Ce n’est pas à la commune et au territoire proche de « supporter » seules ces transformations complexes. C’est bien l’espace transfrontalier de l’Alsace, du Bade-Wurtemberg et de la Suisse qui doivent accompagner cette transition, en s’appuyant notamment sur une situation de l’emploi plutôt favorable outre-Rhin. Dès 2013, Conseil rhénan avait ouvert cette voie. L’Europe doit aussi prendre toute sa place dans ce chantier exemplaire au moment même où le Parlement Européen finalise le « Paquet Climat Energie » et alors que la Banque Européenne d’Investissement et le Plan Juncker sont à la recherche de projets industriels et économiques alliant l’emploi et la transition énergétique.

Symbole des énergies renouvelables

C’est enfin sur le symbole des énergies renouvelables qu’il est pertinent de tourner la page du nucléaire à Fessenheim. Notre pays est en retard dans ce domaine face à nos partenaires européens. Nous pouvons fonder un pôle de référence en matière d’énergies renouvelables tournant résolument le dos aux énergies fossiles néfastes pour le climat.

La Plaine du Rhin est une vraie opportunité pour la géothermie…elle ne demande qu’à prospérer sur les trois régions. Le solaire reste particulièrement absent des toitures alsaciennes et suisses, l’éolien reste confidentiel à l’ouest du Rhin. En changeant de modèle, Fessenheim peut devenir un pôle de promotion, de recherche et de développement de la diversité de ces énergies renouvelables. C’est une concrétisation locale de l’accord de Paris sur le climat.

La fermeture de la vieille centrale nucléaire alsacienne peut donc constituer une réelle chance pour construire, sur place, un projet mobilisateur pour notre avenir commun ; celui des habitants et salariés de Fessenheim, celui des citoyens de la plaine du Rhin. C’est enfin l’occasion d’ouvrir la voie pour engager, concrètement, la sortie du nucléaire.

Il n’est pas trop tard….bien au contraire !