Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

« Gutenberg n’a pas pu inventer l’imprimerie ailleurs qu’à Strasbourg »

« Gutenberg n’a pas pu inventer l’imprimerie ailleurs qu’à Strasbourg »

L’historien strasbourgeois Georges Bischoff publie un ouvrage sur le monde rhénan à l’époque de Gutenberg. Et pour lui, ce qui a permis l’invention de l’imprimerie, c’est le foisonnement culturel et technique de cet environnement.

Historien, professeur émérite à l’Université de Strasbourg, Georges Bischoff publie un nouvel ouvrage, « Le Siècle de Gutenberg« , sous-titré « Strasbourg et la révolution du livre. » Car attention spoiler : pour George Bischoff, l’imprimerie a été inventée à Strasbourg et pas à Mayence. Dans son ouvrage, très documenté, l’historien décrit Strasbourg au moment du séjour de Gutenberg dans la ville (1434-1444) comme étant l’épicentre de la chrétienté, dans le sillage du Concile de Bâle (1431-1448). Pour lui, Strasbourg est le seul endroit du bassin rhénan à cette époque avec suffisamment de capitaux et d’artisans chevronnés pour avoir permis le mariage des techniques que recquiert l’imprimerie sur caractères mobiles.

Georges Bischoff ne croit pas que Gutenberg ait pu inventer l'imprimerie ailleurs qu'à Strasbourg (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
Georges Bischoff ne croit pas que Gutenberg ait pu inventer l’imprimerie ailleurs qu’à Strasbourg (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)

Rue89 Strasbourg : pourquoi écrire un nouveau livre sur Gutenberg ?

Georges Bischoff : Avec ce livre, mon idée n’est pas d’écrire une nouvelle biographie de Gutenberg, déjà fort bien traitée par Guy Bechtel en 1992. Il s’agit plutôt d’évoquer le milieu social, culturel et économique qui a concouru à l’invention de l’imprimerie. C’est un peu comme l’histoire de l’oeuf et la poule… Au milieu du XVe siècle, un concile réunit à Bâle l’élite intellectuelle de l’Europe, des penseurs de tout le continent font des kilomètres pour s’échanger des livres. C’est le premier congrès européen !

Strasbourg est à cette époque au faîte de sa puissance politique. En 1439, l’architecte Jean Hultz a mis la dernière main à la flèche de la cathédrale, qui restera la plus haute tour de la chrétienté jusqu’au XIXe siècle. La cité est aussi reconnue pour la qualité de sa métallurgie, Strasbourg produit d’excellents canons. La verrerie devient industrielle à peu près à la même époque et c’est aussi une ville d’affaires, le seul pont sur le Rhin avant des centaines de kilomètres et le siège d’une monnaie qui avait cours tout le long du Rhin supérieur…

Le Siècle de Gutenberg, 416 pages, 25€ (Ed. du quotidien)

Donc dans ce livre, on croise les pas de Gutenberg plutôt que les suivre. Et on remarque qu’il avait mis en place à Strasbourg un réseau d’associés dont la finalité était de produire des livres grâce à un système de presse à partir de caractères mobiles. Compte-tenu de tous ces éléments, il est impossible que l’imprimerie ait été inventée ailleurs qu’à Strasbourg.

Pourtant les historiens indiquent Mayence et 1448 comme lieu et date officielle de l’invention de l’imprimerie…

Le séjour de Gutenberg à Strasbourg (1434-1444) est assez bien documenté, notamment grâce à un procès en 1439 suite à la mort d’un de ses associés. On le sait à Mayence en 1448 mais que se passe-t-il entre temps ? On n’en sait rien, il y a un trou de quatre ans. Alors nous sommes obligés de nous reporter aux textes. Gutenberg est présenté pendant ce procès comme « fabricant de miroirs, » je démontre dans le livre que ce ne pouvait pas être son activité principale. Dans les registres de la Ville de Strasbourg, il est un citoyen protégé noté comme « orfèvre, » donc il travaillait le métal mais pour faire quoi ? Autre indice : l’un de ses associés est… fabricant de papier. Or une révolution du papier a précédé de quelques années celle de l’imprimerie… avec la production de papier à partir de chiffons, qui a fortement réduit les coûts. Aux côtés de bien des imprimeurs qui vont apparaître dans les années qui suivent, on trouve des industriels du papier.

La Bible de 42 lignes, le second ouvrage imprimé par Gutenberg (doc remis)
La Bible de 42 lignes, le second ouvrage imprimé par Gutenberg (doc remis)

L’imprimerie au mitan du XVe siècle, c’est la quintessence du savoir-faire humain de l’époque. Tout le processus faisait appel aux meilleurs artisans pour le travail du papier, de l’encre, du verre et du métal. Pour que les caractères soient précis mais modifiables, il a fallu rechercher un alliage de plomb, d’étain et d’antimoine. Une recherche qui n’a pu se dérouler qu’à Strasbourg, en raison de l’excellence de ses fonderies.

Rappelons que le deuxième imprimeur documenté, Jean Mentel, débute sa production à Strasbourg en 1458, soit 3-4 ans après la parution de la Bible à 42 lignes. Jean Mentel et Gutenberg se sont rencontrés à Strasbourg, ils occupaient des locaux près de la cathédrale, ce qui correspond à l’actuel lycée Fustel de Coulanges.

Après « La Guerre des paysans, » « Le siècle de Gutenberg » est un nouveau livre sur cette période. Êtes-vous fasciné par l’humanisme rhénan ?

La guerre des paysans s’intéresse aux années 1524-1525, des années terribles marquées par de profonds cataclysmes sociaux et économiques. Avec « Le siècle de Gutenberg », j’avais envie de voir ce qui s’était passé avant. L’histoire, c’est la science du changement et entre 1434 et 1545, le bassin rhénan connaît de profonds bouleversements. Mais il ne faut pas idéaliser cette période ni l’humanisme rhénan… Les humanistes de l’époque brûlaient des sorcières par centaines ! C’est vrai que ça me passionne et d’ailleurs, mon prochain sujet d’étude se situe aussi dans le même espace-temps, il s’agira d’une biographie d’un prince d’Orange, Jean IV de Chalon-Arlay, un vrai looser !

Je me lance aussi dans un autre chantier, l’archéologie de la tradition orale. Les historiens s’en méfient beaucoup, encore plus que des sources écrites mais elle est pourtant pleine d’enseignements.

Le festival Historia, trois jours pour vivre une Histoire en fête

Le festival Historia, trois jours pour vivre une Histoire en fête

Des Romains en armures, une rue des années 40, des avions de la Première guerre mondiale et tout ça en vrai, dans des jeux vidéos, des jeux de plateaux ou des bande-dessinées… Pour le magazine Historia, l’Histoire n’a rien d’une discipline poussiéreuse et académique. Et pour le prouver, le magazine organise un salon aux mille rendez-vous, du vendredi 16 au dimanche 19 février à Strasbourg.

Le blogueur « Parlons Y-Stoire » le disait déjà, « Strasbourg, c’est un régal pour les amateurs d’Histoire. » La ville qui a accueilli les Serments de Strasbourg en 842, sorte de proto-traité européen, qui a vu la naissance de l’imprimerie (si si) et qui abrite la plus belle cathédrale de la Chrétienté (oui oui) va héberger du vendredi 16 au dimanche 19 février le premier salon Historia, dédié à l’histoire pour tous, au Palais de la musique et des congrès.

Plus de 130 exposants sont attendus sur 7 000 m², une centaine d’équipes de reconstitutions historiques et une vingtaine de tables-rondes sont programmées… Pour Guillaume Mallaurie, directeur de Sophia Editions et responsable du salon, il s’agit de démontrer que l’Histoire est une matière vivante :

« L’Histoire est une fête et nous appartient à tous. Avec ce salon, nous voulons réunir toutes les approches vivantes de l’Histoire, qu’elle soit étudiée bien sûr mais également reprise, jouée ou qu’elle serve de décor aux jeux vidéos. Ce sont par ces canaux qu’on décrypte l’Histoire aujourd’hui. Prenez les youtubeurs historiques, ils sont nombreux et plein de talents, ils sont les Alain Decaux d’aujourd’hui. »

Le teaser du festival

Quant à savoir si l’utilisation de l’Histoire à des fins récréatives nuirait à sa bonne connaissance, Guillaume Mallaurie balaie la remarque :

« Les reconstituteurs d’aujourd’hui apportent des trésors aux historiens grâce à leur expertise du réel… Alexandre Dumas a placé ses romans dans l’Histoire et ça ne l’a pas empêché de s’arranger avec les faits… Le résultat est qu’il a amené des générations de lecteurs à s’intéresser aux périodes qu’il a mises en scène. L’important est que chacun puisse questionner son rapport à l’Histoire et ce salon va permettre de poser, ou reposer, des points d’intérêts. »

Johannes Gensfleich aka Gutenberg comme parrain

Le festival surfe sur la célébration des 550 ans de la mort de Johannes Gensfleich, plus connu sous le nom de Gutenberg, et a fait de l’inventeur de l’imprimerie le parrain de cette première édition. L’entrepreneur rhénan sera le sujet d’une rencontre avec Franck Ferrand (Europe 1) vendredi à 19h30, et d’un débat le samedi à 12h45 avec l’historien Georges Bischoff, les journalistes François Raynaert, Laurent Joffrin et Laurent Laborie (voir le programme complet en bas de page). Dimanche à 11h45, le festival projettera également un documentaire en avant-première, « Gutenberg, l’inventeur visionnaire. »

En outre, le festival propose plusieurs immersions, dans une rue des années 40 par exemple avec son café, son garage, sa sellerie… dans un estaminet de 1914 ou carrément en réalité virtuelle dans un salon dédié. Les jeux vidéos sont utilisés pour se connecter à l’Histoire, avec en démonstration Total War Arenas (des simulations de batailles) et World of Tanks (un jeu d’arcade où chaque joueur pilote un blindé de la seconde guerre mondiale).

Autre rendez-vous à noter, le procès de Bonaparte en Égypte avec le général strasbourgeois Kléber en grand témoin, par la fédération française de débat et d’éloquence avec les étudiants de Sciences-Po.

Des stars sont aussi annoncées : Jean-François Kahn, Jean Lebrun (France Inter), Stéphane Bern… Mais Guillaume Mallaurie est surtout fier d’avoir invité Alberto Angela, la star italienne du documentaire historique. Chacun des numéros de son émission sur la Rai Uno est un carton d’audience. Il sera présent vendredi à 18h pour présenter son film sur Pompéi.

Gagnez des places pour « Un jour ça ira » au Star jeudi

Gagnez des places pour « Un jour ça ira » au Star jeudi

Les cinémas Star de Strasbourg proposent aux lecteurs de Rue89 Strasbourg de gagner 10 invitations pour deux personnes pour la projection de « Un jour ça ira », suivie d’une rencontre avec les réalisateurs Stan et Edouard Zambeaux.

Jeudi 15 février à 20h15 au cinéma Star de Strasbourg, Stan et Edouard Zambeaux seront présents pour présenter leur dernier film « Un jour ça ira. »

Le pitch

Djibi et Ange, deux adolescents à la rue, arrivent à l’Archipel, un centre d’hébergement d’urgence au cœur de Paris. Ils y affrontent des vents mauvais, des vents contraires, mais ils cherchent sans relâche le souffle d’air qui les emmènera ailleurs. Et c’est avec l’écriture et le chant qu’ils s’envolent… et nous emportent. Une plongée au coeur de l’Archipel, un centre qui propose une façon innovante d’accueillir les familles à la rue.

La bande-annonce

Le concours

À Schiltigheim, une crise au sein de la majorité provoque de nouvelles élections

À Schiltigheim, une crise au sein de la majorité provoque de nouvelles élections

Big bang à Schiltigheim. Une vingtaine d’élus de la majorité quittent l’aventure en cours de route. Les électeurs vont devoir re-choisir leur maire pour deux ans. Au cœur de la crise, les relations entre Jean-Marie Kutner et ses anciens alliés, ainsi que les nombreux projets immobiliers.

Le micro-climat politique à Schiltigheim à une nouvelle fois frappé. La troisième ville du Bas-Rhin commence 2018 sans budget. Plus grave, la crise a engendré un divorce au sein de la coalition LR-UDI née en mars 2014 et provoqué la démission de plus d’un tiers des élus. Si bien qu’il va falloir organiser des élections municipales en avril. Le futur maire et son équipe n’auront les commandes de la ville que pour deux petites années.

Au centre de la crise, l’ex-premier adjoint Christian Ball (LR). Ancien adversaire politique de Jean-Marie Kutner, il avait fusionné sa liste avec l’actuel maire (sous une bannière UDI à l’époque) entre les deux tours en 2014 face au maire sortant Raphaël Nisand (au PS à l’époque).

Première crise autour de la médiathèque

Pour cet assureur de 48 ans, l’alliance s’est délitée dès 2016 :

« Nous avons eu notre dernière réunion maire-premier adjoint en juin 2016. J’avais exprimé mes réticences sur le projet de médiathèque, à laquelle je voulais adosser un espace vert plutôt que de nouveaux logements. Jean-Marie Kutner avait dit que l’on en discuterait en équipe et à partir de là nous n’avons plus eu de rencontres. J’ai encore eu toute latitude pour mener le budget 2017 mais plus ensuite. Nous avons tout appris dans la presse, les projets immobiliers ou le cinéma MK2. Jean-Marie Kutner a tout géré seul. Nous avons tenté des mises en garde et de repousser le vote, mais nous n’avons pas été entendus. Ce n’est pas un coup d’État contrairement à ce qu’il dit, qui suppose un renversement du chef et une prise du pouvoir par la force. Avec une vingtaine de personnes de la listes LR comme UDI, nous redonnons la parole aux Schilickois ! »

Christian Ball préfère attendre le feu vert de la préfecture pour une entrer en campagne, mais sa détermination ne fait guère de doute. Que faire en si peu de temps ? « Il reste des marges de manœuvres, il y aura plus de 5 millions d’euros d’excédent (« 8 à 9 millions » assure même Jean-Marie Kutner) sur un budget de 32 millions », répond l’intéressé.

20 ans plus jeune que Jean-Marie Kutner, l’ex-premier adjoint Christian Ball (LR) a entraîné avec lui la démission de 20 élus ou anciens candidats (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Jean-Marie Kutner confirme la fin de ces entrevues hebdomadaires dès 2016, mais n’en fait pas la même lecture :

« Christian Ball a toujours eu pour ambition de devenir maire à ma place, ce qui est une ambition légitime mais il y a un temps pour tout. Il utilisait des informations de ces réunions pour me salir. Lors de la fronde contre le budget, j’ai tendu la main jusqu’au bout, même après la séance. Il voulait m’isoler pour que je démissionne mais je m’y refuse, ce n’était pas le contrat de notre majorité, ni envers les Schilickois. »

Ce pharmacien à la retraite compte d’ailleurs profiter de départs des frondeurs pour faire voter un budget au début de l’année 2018 par les élus restants. Puis rempiler :

« Je suis un candidat serein, en tant que tête de liste, et je ne revendique aucune étiquette. J’ai quitté l’UDI que je ne comprends plus entre sa position à la présidentielle (soutien à François Fillon jusqu’au bout, ndlr) et les arrangements du président Jean-Christophe Lagarde qui a fait nommer sa femme maire lorsqu’il a été réélu député. J’aime bien ce que fait En Marche ou les radicaux, mais je n’ai pas d’ambition nationale. Je me vois plus comme un gestionnaire de la ville, avec des idées plurielles. »

Jean-Marie Kutner profite de l’absence des élus démissionnaires pour faire adopter un budget à Schiltigheim (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

La question béton

Sketch de la revue des scouts, interpellations médiatiques, au conseil municipal, dessins satiriques… Difficile de ne pas parler de Schiltigheim sans aborder ses projets immobiliers florissants.

Ce débat est plus subtil qu’il n’y parait. Personne n’est vraiment contre le remplacements des usines et des bureaux abandonnés (Quiri, Istra, Alsia, Caddie, France Telecom et la plus imposante friche, Fischer) qui jalonnent le tissu urbain de Schiltigheim mais le débat se crispe sur ce qu’on y met, en particulier sur la quantité de logements.

Le projet immobilier derrière la friche Fischer ne fait pas l’unanimité (Photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Christian Ball explique aussi son divorce par la politique d’intensification de logements :

« Je ne suis pas contre l’urbanisation des friches. Mais l’une après l’autre, de manière raisonnée et en demandant leur avis aux habitants. On avait été élu pour mettre fin à la politique de Raphaël Nisand et on fait pire. Jean-Marie Kutner rêve de diriger une ville de 40 000 habitants (31 993 en 2015 selon l’Insee, ndlr). Sur la friche Istra, il prévoit des tours de 13 et 16 étages ! »

Désormais, Jean-Marie Kutner impose une limite à 130 logements par hectare, là où la moyenne de l’Eurométropole est à 120. Sur ce thème, il défend sa méthode :

« Il y a les maires qui ne font rien ou les bétonneurs. Dans le programme, notre engagement premier était de mettre fin aux friches. Je suis contre une ville-dortoir donc on fait des quartiers avec une mixité générationnelle, sociale et fonctionnelle, tout en sauvant le patrimoine industriel. Il y a une réalité qui est le prix du marché, à 3 500 euros le mètre-carré donc il faut en tenir compte dans l’équilibre économique des projets. La démolition et la dépollution de ces sites ont un coût. La brasserie Fischer appartenait à Heineken et menaçait de partir. Avec des contentieux et rachat, la situation ne se serait pas améliorée. Aujourd’hui, la production de bière augmente, des emplois ont été créés et des marques comme Ancre, Edelweiss ou Fischer ont été relancées. Sur la friche, on ajoute 13 000 m² d’espaces verts. Enfin, on ne construit jamais plus haut que l’existant. »

Sauf pour les tours à la place de l’ancienne imprimerie Istra :

« L’intérêt de monter, c’est que cela libère de l’espace au sol pour des espaces verts et les cheminements. Les démissionnaires connaissent tout cela, ils ont vu trois projets et celui-ci avait été voté à l’unanimité. Ce seront des tours par Jean-Michel Villemote, une star internationale de l’architecture. »

L’ancienne imprimerie Istra, abandonnée, fera place à des grandes tours (photo Roland Burckel / Archi-Wiki / CC 2.0)

Pari risqué pour la République en Marche

Sur le reste de l’échiquier, les points d’interrogations sont nombreux entre « En Marche » et la gauche. Personne ne se dégage à Schiltigheim pour le jeune mouvement présidentiel. L’ancien animateur du comité local, Pascal Laubscher, est aujourd’hui directeur de cabinet du député du secteur, Bruno Studer.

Alors qu’il a rejoint « En Marche » sur le tard, en septembre 2017, l’ancien maire Raphaël Nisand (2008-2014) devenu élu d’opposition trouve « anormal » la tenue d’élections : « des projets comme le cinéma MK2 se font attaquer [par Strasbourg ndlr] pendant ce temps ». À la surprise générale, il avait voté pour le budget pour tenter de le faire adopter en décembre « pour éviter une mise sous tutelle ». À une voix près, c’est râpé. Raphaël Nisand assure n’avoir aucun contact avec Jean-Marie Kutner, ce que ce dernier confirme, et se dit « partisan d’une liste “En Marche” » à ces élections municipales anticipées même s’il doute que « le mouvement [soit] prêt. »

Maire PS de 2008 à 2014, battu et passé chez En Marche fin 2017, Raphaël Nisand ne sera pas forcément candidat (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Candidat ou pas ? Tête de liste ou plus bas ? À ce stade, il dit « n’écarter aucune hypothèse », mais il « ne sera pas candidat à tout prix », selon ce que décide « En Marche ». Selon des échos publiés dans les DNA, Axelle Benamran, suppléante de Bruno Studer, serait une piste envisagée.

À l’échelle bas-rhinoise, LREM a surtout les yeux rivés sur la mairie de Strasbourg en 2020 et pas sûr qu’une défaite dans une campagne imprévisible face à un ténor schilickois aille dans le sens des marcheurs strasbourgeois… Il n’a échappé à aucun stratège électoral que les deux élections législatives partielles ont été défavorables au pouvoir. Il n’est donc pas sûr qu’une liste LREM soit même seulement montée.

Sans Andrée Munchenbach

Dans la nébuleuse centriste schilickoise, la présidente du parti régionaliste Unser Land, Andrée Munchenbach, ne sera pas de la partie cette fois-ci. À la tête d’une liste écologiste indépendante en 2008 (17% au premier tour puis 25%), puis élue sur la liste de Jean-Marie Kutner en 2014 mais démise de ses fonctions dès 2015, elle répond être vouloir être « spectatrice » de cette campagne.

Elle aurait « tendance à soutenir Christian Ball » et sa décision « courageuse », notamment car « il a l’expérience du mandat ». Lors des élections législatives en juin, elle avait réuni 6,19% des voix dans la cité des brasseurs.

Le MK2 Fischer va s’installer dans deux bâtiments de la brasserie (doc remis / S & AA architectes)

L’union de la gauche une nouvelle fois testée

Éparpillée, la gauche éparpillée compte plusieurs chapelles et un potentiel certain. Pour le Parti communiste, qui a réalisé de très faibles scores entre 1 et 2% en juin, Antoine Splet a appelé très vite à une union large :

« Il y a une menace “En Marche” ou de droite, alors qu’on estime qu’il y a une fenêtre de tir pour avoir une majorité de progrès à Schiltigheim avec des socialistes de gauche, des écologistes, des communistes, des insoumis et d’autres citoyens. »

Le jeune professeur et multiple candidat par le passé l’assure, son parti ne revendique « pas forcément » la tête de liste. Son appel vise notamment les présidentes des deux groupes d’opposition actuels, Nathalie Jampoc-Bertrand (PS) et Danielle Dambach (Schilick Ecologie).

La friche France Telecom fait petit à petit place au Quartz, un immeuble massif (photo Archi wiki / CC)

Alors que le PS est affaibli, Nathalie Jampoc-Bertrand se dit prête à discuter :

« L’horizon s’est éclairci avec le départ de Raphaël Nisand et je suis pour une union large qui peut saisir cette opportunité de remettre à plat des projets. Je n’ai de problème avec aucune formation à gauche. Il y a une nouvelle génération qui peut sortir des batailles d’égo et de postures. »

Injoignable, Danielle Dambach s’était déclarée « prête à assumer mes responsabilités et à rassembler toutes les énergies citoyennes » aux DNA. « Une des raisons de la crise spécifique à Schiltigheim vient de débats écologiques et environnementaux. S’il y a un rassemblement pour que ces projets n’arrivent pas à terme, on le suivra », précise de son côté le co-secrétaire d’EELV Alsace, Mickaël Kugler. Mais l’association Schilick Ecologie ne se résume pas à EELV, avec des composantes plus centristes (« écologistes à l’allemande », dit-on parfois), qui pourraient être réticents à s’allier avec des formations plus marquées à gauche.

La défense de la parc de l’Aar grignoté par un parking pour l’arrivée d’un restaurant KFC avait agité le microcosme politique schilickois en 2017 (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Ce vaste rassemblement sera délicat à obtenir. La France insoumise, qui était arrivée en tête à l’élection présidentielle (27%) et deuxième lors des élections législatives (14,82%) appelle ces formations… à les rejoindre. À ce stade, tout juste sait-on que des contacts ont déjà été lancés entre toutes ces formations. Il faudra avancer vite, à deux mois des élections.

À l’opposé de l’échiquier, côté droit, pas sûr que les Patriotes, mouvement encore neuf, puissent monter une liste. « Nous y réfléchirons avec nos militants samedi », fait savoir son secrétaire départemental Andréa Didelot, qui souhaite « une union » avec « le meilleur de la droite et de la gauche. » Le Front national, en crise interne depuis la présidentielle, devrait aussi avoir du mal à monter une liste paritaire de 39 candidats à la hâte. En 2014, avec plus de temps pour préparer et une dynamique électorale, il n’y en avait guère. L’argument financier (voir encadré), devrait aussi peser.

La future police de proximité déployée à la Meinau et au Neuhof

La future police de proximité déployée à la Meinau et au Neuhof

Le Gouvernement a dévoilé son plan de déploiement de la « police de sécurité et du quotidien, » le nouveau vocable officiel pour une police de proximité, c’est à dire des gendarmes et des policiers plus présents et plus accessibles.

Le Bas-Rhin et Strasbourg sont destinataires d’une partie des efforts du ministère de l’Intérieur, avec des effectifs supplémentaires dans deux quartiers de Strasbourg dès septembre : le Neuhof et la Meinau, appelés désormais « quartiers de reconquête républicaine ».

Ces efforts (600 personnes sur 30 quartiers en France) doivent porter, selon le communiqué, sur un « pilotage renforcé de la lutte contre le trafic de stupéfiants », la création d’un « observatoire de la délinquance dans les transports » et la mise en place de groupes de travail avec la population. En janvier 2019, Bourtzwiller, en banlieue de Mulhouse, devrait rejoindre le dispositif.

Deux quartiers sur 30 ciblés sont strasbourgeois (document Min Intérieur)
Deux quartiers sur 30 ciblés sont strasbourgeois (document Min Intérieur)

La démarche du ministère de l’Intérieur s’appuie sur une large consultation des forces de l’ordre. Laquelle fait apparaître, ô surprise, pour 74% des agents interrogés que « les tâches indues empiètent sur leurs missions essentielles » et que 73% d’entre eux souhaitent ardemment « retrouver le terrain et se recentrer sur leur coeur de métier. » Le plan du Gouvernement prévoit la création de 10 000 postes de policiers et gendarmes sur le quinquennat.

Premier pic de pollution de l’année, les mesures levées après un jour

Premier pic de pollution de l’année, les mesures levées après un jour

Strasbourg connait son premier pic de pollution aux particules fines en 2018. La situation entraîne des transports en commun moins chers et des vitesses abaissées sur les routes pour le vendredi 9 février. Une amélioration est prévue dès samedi, ce qui lève les mesures. Le système de vignettes Crit’Air sur les véhicules attendra un pic plus long pour entrer en vigueur pour la première fois.

Ils reviennent tous les ans avec le froid d’hiver, les pics de pollution au particules fines (PM10). Pour le deuxième jour de suite, Atmo Grand Est (ex-ASPA) relève des concentrations entre 50 et 80µg/m³ (microgrammes par mètre cube) sur ses stations. Ce qui déclenche le seuil d’alerte « sur critère de persistance » à partir du vendredi 9 février. Mais dès samedi, Atmo Grand Est prévoit une amélioration, ce qui met fin aux mesures d’urgence.

Les températures combinées à l’absence de vent augmentent la pollution mesurée explique l’association du surveillance de l’air :

« Cet épisode de pollution de type « Combustion » se caractérise par une concentration en particules PM10 majoritairement d’origine carbonée (issues de combustion de chauffage et/ou de moteurs de véhicules), particules dont la dispersion est défavorisée par des conditions météorologiques stables. »

Pour les personnes fragiles (jeunes enfants, les personnes âgées, asthmatiques, allergiques, ou souffrantes de troubles cardiaques et respiratoires), il est déconseillé de faire du sport.

Transports et vélos pas cher

Pour inciter à laisser la voiture les transports en commun deviennent moins chers à Strasbourg et ses environs tant que la pollution persiste.

    Un ticket valable toute la journée coûte 1,70 euros en station et 2 euros à bord des bus Les bus du réseau 67 proposent des tickets à 2,50 euros Les Velhop passent de 6 euros à 3 euros la journée

Peut-être les vignettes dimanche

Nouveauté depuis le 1er novembre, à partir du troisième jour au seuil d’alerte, seuls les véhicules arborant une vignette Crit’Air de niveau 1 à 3 seront autorisés dans l’ensemble de l’Eurométropole. Les véhicules diesel de niveau 4 et 5 ou les voitures à essence sans vignettes se verraient sanctionnés d’une amende.

Une légère amélioration est prévue le week-end, comme souvent car il y a moins d’activité et de camions sur les routes. Ainsi, la grande première des vignettes est reportée au prochain pic, de plus longue durée.

Le tram vers Kehl pour la première fois un moins cher (Photo grego1402 on Visual Hunt / CC BYCopy)

Vitesse abaissée

Par ailleurs la vitesse sur les autoroutes et routes nationales est baissée de 20 km/h, sans descendre en-dessous de 70 km/h.

Les associations Strasbourg Respire et Zéro Déchet Strasbourg, regrettent que malgré des niveaux de pollution toujours élevés à Strasbourg, la collectivité n’ait pas prévu de réduire les capacités de son incinérateur à l’occasion des travaux consécutifs à son arrêt :

« En plus des NOx et des particules fines, le dernier rapport de l’Inspection générale des affaires sociales pointe l’étendue du danger représenté par les perturbateurs endocriniens. Strasbourg vient de s’engager en signant la charte des villes sans perturbateurs endocriniens, mais en ne réduisant pas les capacités du futur incinérateur, elle prouve une nouvelle fois que les mots ne sont pas suivis d’actes concrets. En effet un incinérateur – même de nouvelle génération – émet en plus des particules fines et des NOx – un grand nombre de perturbateurs endocriniens entre autres polluants toxiques. Ce n’est qu’en diminuant fortement les capacités de l’incinérateur que l’Eurométropole pourra respecter sa promesse de lutte contre ces polluants cancérigènes et perturbateurs hormonaux. »

Néanmoins la pollution mesurée à Strasbourg tend à diminuer en moyenne. Pour Strasbourg Respire ces polluants (PM10) ont tendance à être moins présents dans les moteurs et nouvelles technologies des industries, mais il faudrait s’intéresser à des particules plus fines (les nanoparticules), non-réglementées, mais potentiellement plus nocives.

Une rénovation d’un bateau de CroisiEurope stoppée pour pollution dans le Rhin

Une rénovation d’un bateau de CroisiEurope stoppée pour pollution dans le Rhin

Le chantier de rénovation du Renoir, l’un des bateaux de l’organisateur de croisières CroisiEurope, a été stoppé mercredi 31 janvier en raison du rejet de peinture toxique dans les eaux du bassin Vauban à Strasbourg. L’un des représentants de l’entreprise a à demi-mot reconnu les faits.

Des petites tâches blanches de peinture dans l’eau, forcément ça éveille les soupçons… Mercredi 31 janvier, le chantier de rénovation d’un des bateaux de croisière de CroisiEurope, le Renoir, a été stoppé pour pollution dans les eaux du canal Vauban, dans le Port autonome de Strasbourg.

En cause, le décapage par des jets d’eau haute pression de la peinture située sur la coque extérieure du bateau, sans que les techniciens concernés n’aient mis en place de barrage flottant pour retenir les débris de peinture. Les plus gros débris de peinture ont été dissous grossièrement au jet d’eau, afin d’en éliminer toute trace.

La Dreal (Direction régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement), la police de l’eau dans cette partie du Port autonome, est intervenue mercredi 31 janvier pour faire stopper le chantier. Aucun procès verbal n’aurait cependant été dressé, ce qui exclut toute poursuite contre CroisiEurope ou les artisans alsaciens auxquels l’entreprise fait appel pour la rénovation de ses bateaux.

Une pollution ? « Trois fois rien »

Joint par téléphone, Patrick Schmitter, responsable du pôle « Développement » au sein de l’entreprise familiale CroisiEurope, a assuré dans un premier temps que les rénovations en cours ne concernaient que l’intérieur du bateau. Selon lui, CroisiEurope utilise les cales sèches du port de Saint-Nazaire pour rénover l’extérieur de ses bateaux, avant de les renvoyer à Strasbourg pour les rénovations intérieures, où l’entreprise fait régulièrement appel à des artisans locaux.

Rétropédalage quelques minutes après : il reconnaît finalement qu’une « petite » partie de la peinture de la coque extérieure avait pu être décapée à Strasbourg…

« Ils ont peut-être enlevé un peu de peinture pour la changer, mais trois fois rien. »

Trois fois rien… Les photos transmises à Rue89 Strasbourg et à la Dreal sont pourtant explicites.

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Sollicitée par Rue89 Strasbourg à propos de ce dossier, la Dreal a fini par produire, en seulement quatre jours, cette déclaration dans un effort incommensurable de communication, transmise par e-mail :

« Suite à un signalement d’un particulier, un contrôle a été effectué le 31/01/2018. Constatant que la société CroisiEurope procédait à un décapage de peinture sur un bateau dans l’eau, les activités étant susceptibles de générer une pollution ont été stoppées. »

Vérifications faites lundi 5 février (voir les deux dernières photos du diaporama), le chantier n’est pas arrêté mais les opérations sur la coque extérieure semblent terminées. Quant aux particules émises dans le Rhin, elles ne devraient pas tarder à rejoindre la mer…

#bassin Vauban#CroisiEurope

Budget à Schiltigheim : les élus démissionnaires voient « une dérive autoritaire »

Budget à Schiltigheim : les élus démissionnaires voient « une dérive autoritaire »

Le maire de Schiltigheim Jean-Marie Kutner (ex-UDI) compte profiter du départ d’élus de sa majorité en désaccord avec sa politique pour faire adopter un budget à sa ville. Comme il l’annonçait dans Rue89 Strasbourg, il souhaite faire voter les conseillers municipaux restants (25 sur 39, dont 16 de ses soutiens) avant la tenue d’élections anticipées à Schiltigheim en avril.
À la pointe de cette fronde, l’ancien premier adjoint Christian Ball (LR), qui s’occupait des Finances, réagit à cette . . .

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Jérôme Lavrilleux, député européen : « Je ne suis pas une crapule »

Jérôme Lavrilleux, député européen : « Je ne suis pas une crapule »

Le Parlement européen se prononce aujourd’hui sur la recomposition de l’hémicycle pour les élections de mai 2019, un dossier particulièrement cher à Jérôme Lavrilleux. L’eurodéputé français, figure clef de « l’affaire Bygmalion », travaille d’arrache-pied sur ce dossier. Depuis trois ans, à Strasbourg, loin de celle qu’il dénomme la « politique politicienne », l’ex-collaborateur de Nicolas Sarkozy tente de faire oublier son passé trouble. Et y parvient plutôt bien.

Un matin de janvier, dans une salle de presse d’une institution européenne. Quelques portables vibrent, simultanément. S’affiche sur les écrans une invitation, par SMS, à un point d’information consacré à la nouvelle répartition des sièges du Parlement européen après les élections européennes de 2019, en présence de Jérôme Lavrilleux, député français issu du groupe du Parti populaire européen (le PPE, centre-droit, majoritaire dans l’hémicycle). Un journaliste belge s’exclame : « Lavrilleux, c’est le mec qui avait pleuré à la télé, nan ?! » Oui, Lavrilleux, c’est bien « le mec qui avait pleuré à la télé », mouillé jusqu’au cou dans le scandale Bygmalion. Il refuse d’ailleurs cette appellation, préfère parler de « l’enquête sur les comptes de campagne de Nicolas Sarkozy en 2012 », qui porte sur un système de fausses factures adressées à la société Bygmalion, organisatrice des meetings du président déchu, pour un montant de quelque 18 millions d’euros (le plafond légal des dépenses était fixé à 22,5 millions d’euros). Jérôme Lavrilleux n’était autre que le directeur adjoint de la campagne de Nicolas Sarkozy.
Jérôme Lavrilleux a été élu eurodéputé au printemps 2014, alors qu'éclatait le scandale Bygmalion. (Photo Parlement européen)
Jérôme Lavrilleux a été élu eurodéputé au printemps 2014, alors qu’éclatait le scandale Bygmalion. (Photo Parlement européen)
Ainsi, le 26 mai 2014, Jérôme Lavrilleux craque, en direct sur BFMTV. Ce soir-là, il aurait pu célébrer sa victoire aux élections européennes de la veille, sabrer le champagne à l’idée de participer, pour cinq ans, à l’élaboration de la loi européenne. Au contraire, l’homme est à bout. Le scandale l’a poussé au fond du gouffre. Il ne le cache pas : « J’ai pensé à mettre un terme à tout. Mais pas à démissionner de mon poste d’eurodéputé. » Alors, dès le mois de juillet 2014, il prend le chemin de Strasbourg. Il se souvient :
« Au début, je l’admets, c’était difficile. J’étais poursuivi jusque dans les salles de réunion par une horde de caméras… Mais bon, voilà, tout ça fait partie du jeu quand vous êtes victime d’un rouleau compresseur… »

Chemins de traverses et voies détournées

Une source au Parlement qui côtoie Jérôme Lavrilleux depuis le début de la législature raconte :
« Il était secoué, c’est clair. Mais qui ne l’aurait pas été ? Il devait prendre des chemins détournés, des escaliers de service pour échapper aux caméras. C’était violent. Tous les projecteurs étaient braqués sur lui. Et les autres députés le voyaient comme un pestiféré. Bref, c’était dur. Mais il a tenu le choc. Et s’est mis au travail. »
Et ce travail, entre Bruxelles et Strasbourg, aux côtés de 750 autres députés, n’a rien à voir avec ce que Jérôme Lavrilleux a connu jusqu’alors. Lui qui avait longtemps œuvré dans les coulisses de l’Assemblée nationale découvre un univers à part, où les alliances se font et se défont, où la recherche du compromis fait légion :
« Au Parlement européen, même si vous n’avez pas cinq mandats derrière vous, que vous venez de débarquer, peu importe que vous ayez été reine d’Angleterre ou ministre, si vous bossez, vous vous voyez confier de plus en plus de missions. Votre travail est reconnu. C’est totalement différent de l’Assemblée nationale, où l’on demande aux députés de la majorité de se taire pour ne pas ralentir le processus législatif et où tout le monde s’en fout de ce que dit l’opposition. Ici, vous pouvez faire bouger les lignes. »
Sur le dossier de la recomposition du Parlement européen, c’est ce qu’il a fait. Ce mercredi 7 février, c’est un peu son jour de gloire : le rapport qui traite du nombre de sièges attribué à chaque État membre est porté aux votes. Et Jérôme Lavrilleux a bataillé dur, pour, ce sont ses mots, « défendre le poids de la France », en lui assurant 79 sièges (sur 705) dans l’hémicycle, au lieu de 74 (sur 751) actuellement.

La politique au sens noble du terme

Le député européen est soudain inarrêtable : de l’analyse de la distribution actuelle des sièges aux calculs de ratios de population, en passant par les amendements déposés sur le texte, les doléances des uns et des autres, les sensibilités politiques à ménager, Jérôme Lavrilleux raconte en détail sa bataille. Passionné, sûr de lui, il explique comment, « avec [s]es petits bras musclés », il a manœuvré en vue de permettre à l’Hexagone d’augmenter son poids relatif dans l’hémicycle. Pourtant, dans ce « parcours personnel et professionnel » qu’évoque Jérôme Lavrilleux, peu d’éléments laissaient présager un passage par le Parlement européen. Sans le scandale Bygmalion, la suite de sa carrière se serait plus vraisemblablement déroulée à Paris qu’à Bruxelles ou à Strasbourg. Au cœur de l’hémicycle alsacien, le député a trouvé ses marques :
« Le Parlement européen est un lieu où l’on peut faire bouger la société dans le sens que l’on souhaite. C’est con et galvaudé comme expression, mais ici, je peux faire de la politique au sens noble du terme. Moi qui ai fait 20 ans de « politique politicienne », sans jamais vraiment me pencher sur le fond des sujets, ici, je découvre un autre monde. »
Aujourd'hui, Jérôme Lavrilleux partage sa vie entre Strasbourg, Bruxelles et Saint-Quentin, dans l'Aisne. (Photo Mathieu Cugnot / Parlement européen)
Aujourd’hui, Jérôme Lavrilleux partage sa vie entre Strasbourg, Bruxelles et Saint-Quentin, dans l’Aisne. (Photo Mathieu Cugnot / Parlement européen)
Ainsi, Jérôme Lavrilleux n’a pas décidé de faire profil bas. Il multiplie les interventions, sur des sujets aussi variés que le dumping social dans l’UE, la situation socio-économique des femmes en Europe ou le temps de travail dans le secteur de la navigation intérieure. Cécile Ducourtieux, journaliste pour le quotidien Le Monde, témoigne :
« Au Parlement européen, quelqu’un qui n’a pas peur des dossiers techniques, qui travaille, s’investit, arrivera à tirer son épingle du jeu, à avoir son petit moment de gloire. Jérôme Lavrilleux, qui s’est emparé du dossier de la recomposition du Parlement européen, n’échappe pas à cette règle. C’est quelqu’un que l’on voit plus que ses collègues Rachida Dati, Brice Hortefeux ou Michèle Alliot-Marie, que ce soit à Strasbourg ou à Bruxelles. Il est là. Pour autant, en quatre ans de couverture de l’actualité de l’UE pour moi et en trois ans de mandat pour lui, je n’ai pas de souvenir clair de l’avoir entendu s’impliquer autant que sur ce sujet-là. »
N’en reste pas moins que Jérôme Lavrilleux est pris au sérieux. Un salarié du Parlement européen, qui a récemment rejoint le navire, l’a déjà remarqué :
« Quand Jérôme Lavrilleux parle, du moins au sein de son groupe politique, il est écouté. Il a un sens politique que beaucoup d’autres n’ont pas, et donc son analyse a du poids. Il aurait pu être regardé comme une brebis galeuse, mais il n’en est rien. Il est apprécié pour ce qu’il est. »

Limiter la casse

Mais qu’est-il, au juste ? Tantôt décrit comme un ambitieux qui s’est brûlé les ailes, un tireur d’élites ou un « porte-flingue » dévoué, tantôt comparé à Dark Vador par Laurent Wauquiez, l’homme a surtout un message à faire passer :
« Je ne suis pas une crapule. Je n’ai jamais fait semblant que rien ne s’était passé. Je n’ai jamais voulu faire comme si… J’ai toujours assumé, répondu aux convocations de la justice, même avant qu’on lève mon immunité parlementaire. Je n’ai vu qu’une fois la police : c’était pendant ma garde à vue. Quant aux juges, je les ai vus deux fois en trois ans : une fois pendant cinq heures, et j’ai été mis en examen. Et une fois pendant huit heures, pour une confrontation. »
Pour autant, Jérôme Lavrilleux parvient à ne pas laisser ses déboires avec la justice interférer avec son travail de député. Il limite la casse. Plus encore, il apporte parfois un nouveau souffle à certains dossiers, comme en témoigne cette source européenne :
« Il a le don d’aborder chaque sujet par un angle inédit. Par exemple, sur le thème de la bataille du siège du Parlement européen [faut-il conserver Strasbourg ou délocaliser le siège à Bruxelles, ndlr.], c’est lui qui a un jour lancé que si le groupe PPE avait une position anti-Strasbourg, il démissionnerait. Il ose des choses. Il surprend. »
Au Parlement européen, de nombreux députés décrivent Jérôme Lavrilleux comme un fin tacticien. (Photo Mathieu Clugnot / Parlement européen)
Au Parlement européen, de nombreux députés décrivent Jérôme Lavrilleux comme un fin tacticien. (Photo Mathieu Clugnot / Parlement européen)
Au sein de la commission Emploi et Affaires sociales, Jérôme Lavrilleux siège aux côtés du député socialiste Edouard Martin, dont le passé de syndicaliste lui colle à la peau. Même s’ils n’appartiennent pas à la même famille politique, les deux hommes s’entendent bien. Jérôme Lavrilleux trouve aussi un allié en la personne de Vincent Peillon, lui aussi issu du groupe des Socialistes et des démocrates européens. Edouard Martin remonte le temps, jusqu’en 2014 :
« Au début de notre mandat, Jérôme Lavrilleux est tout de suite venu me voir, m’expliquant qu’il avait lu beaucoup d’articles à mon sujet. Il m’a dit qu’il ne validait pas du tout ces propos, et qu’à ses yeux, j’étais tout à fait légitime ici. Je ne sais toujours pas pourquoi il a tenu à me faire ces déclarations-là… Mais calculée ou pas, sa démarche m’a semblée sympathique. Et quand je prends la parole dans l’hémicycle, personne, à droite, ne m’applaudit, sauf lui, l’air de dire « Ouais ! Alleeez Edouard ! » Bref, Jérôme Lavrilleux est un collègue que j’apprécie. »

« Ben, t’es pas encore en prison ? »

Toutefois, l’homme est souvent décrit comme un calculateur, prêt à tout pour arriver à ses fins. Et une source de commenter :
« Beaucoup de députés maintiennent qu’il dispose d’une intelligence diabolique, qu’il est retors. Il est capable de retourner complètement les gens, sur tel ou tel sujet, avec des arguments qui sont bons et toujours bien construits. En fait, il convainc facilement les gens. »
Reste un point sur lequel il n’a jamais eu à convaincre personne, car ceux qui l’entourent s’en rendent rapidement compte : l’homme qui, dès 2012, dénonçait « les turpitudes délibérées de l’entourage zélé » de François Fillon, a beaucoup d’humour. Dès qu’il évoque des questions liées à des cartes ou des campagnes électorales, il ne peut s’empêcher de pouffer et de lâcher : « En voilà un sujet que je connais bien ! » Une autre source témoigne :
« S’il croise un député qui est aussi avocat, il rigole et lâche : “Ah ben un avocat, ça peut être toujours m’être utile !” C’est marrant. J’ai l’impression qu’il s’en est pris plein la tronche, qu’il a été assez affecté, qu’il s’est fait jeter des pierres à la figure, mais que maintenant il a pris un peu de recul et manie à merveille l’autodérision. Du coup, personne ne l’embête. Je n’imagine pas qui que ce soit venir le trouver et dire : “Ben, t’es pas encore en prison ?” »

Epée de Damoclès

Ainsi, pas question pour Jérôme Lavrilleux de se murer dans le silence. Car s’il concède volontiers qu’il a fait des erreurs, il ne veut pas les payer en se sentant obligé de se rendre invisible dans les couloirs :
« Je n’ai tenté de violer personne. Je n’ai jamais employé mon épouse en tant qu’assistante parlementaire. Je n’ai pas payé le mariage de mes enfants en les embauchant comme assistant parlementaire. Je ne me suis pas fait verser un complément de salaire par une association bidon financée par le Sénat. Je n’ai aucun contrôle fiscal en cours. Alors pourquoi ne devrais-je pas parler de ce qu’il s’est passé ? Pourquoi devrais-je raser les murs ? Partir en courant dès que je vois un micro ou une caméra ? Il faut vivre avec. Ou alors, vous vivez très mal. »
Lui a l’air d’avoir retrouvé un certain équilibre. Pourtant, l’élu le clame : après mai 2019, il jettera l’éponge. Finis, les navettes quasi-quotidiennes entre Saint-Quentin et Bruxelles, les 1 500 kilomètres de route par semaine, les réunions de délégation, de groupe, les commissions, les séjours à Strasbourg, la presse trop curieuse… Il aspire au calme, à la sérénité. Pourtant, il ne dirait pas non à un nouveau mandat, car à le croire, à Strasbourg, il « s’éclate », mais va, semble-t-il, choisir la voie de la raison et ouvrir des gîtes en Dordogne. Les travaux ont déjà commencé, il retape tout lui-même, et garder les mains dans le placo lui évite de trop gamberger. Car il le sait :
« J’ai une épée de Damoclès au-dessus de la tête. À un moment ou à un autre, mon procès s’ouvrira. Puis suivra l’appel. La cassation. Puis un autre procès. J’ai encore cinq, six, sept ans de procédure devant moi. Ce n’est pas très à la mode de mettre sur une liste électorale quelqu’un qui est mis en examen. Et objectivement, j’ai les genoux trop fragiles. »

À Schiltigheim, vers des élections municipales anticipées les 8 et 15 avril

À Schiltigheim, vers des élections municipales anticipées les 8 et 15 avril

Plus d’un tiers des 39 membres du conseil municipal de Schiltigheim a démissionné fin janvier suite à une crise dans la majorité. Dans ce cas, le code électoral prévoit des élections municipales anticipées sous trois mois. Elles permettront de former une nouvelle équipe qui sera aux commandes jusqu’aux élections municipales générales en mars 2020.
D’après nos informations, le choix des dates s’oriente vers les dimanches 8 et 15 avril. La possibilité de planifier le scrutin les 15 et 22 . . .

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Grâce au street workout, l’Elsau monte jusqu’aux podiums internationaux

Grâce au street workout, l’Elsau monte jusqu’aux podiums internationaux

Depuis 2014, le club Artcorps Street Workout enchaîne les succès dans le quartier de l’Elsau, à l’ouest de Strasbourg. Chaque jour, des dizaines de jeunes se musclent avec style dans une arrière-salle du centre social et culturel. Ils viennent de Strasbourg et de sa périphérie pour apprendre à danser sur des barres métalliques à la seule force de leurs bras. Certains participent à des compétitions, au Portugal ou aux Pays-Bas. Reconnu à l’international, le style strasbourgeois a déjà permis de remporter plusieurs médailles.

Torses nus, musique à fond et odeur de sueur. Mercredi 31 janvier, à 17h15, l’arrière-salle du centre social et culturel (CSC) de l’Elsau à Strasbourg est pleine. Une dizaine de jeunes tournent autour des structures de gymnastique. L’un grimace sous le poids des haltères. L’autre filme un ami qui enchaîne un poirier avec un passage sous les barres parallèles. Badr Yahyaoui, la quarantaine passée, est l’ »aîné » dans la pièce. Vêtu d’un jogging gris, adossé au mur, il observe les garçons qui s’entraînent aux saltos et autres figures gracieuses. Pour raconter l’histoire de son club, le fondateur d’Artcorps Street Workout propose de se rendre dans une pièce au calme.

« Une pratique qui mêle musculation, souplesse et équilibre »

Badr Yahyaoui sort les clés de sa poche et ouvre une salle de réunion. Il est accompagné d’Aymane Dahane, doctorant en sciences sociales du sport. L’universitaire se rend souvent au local d’Artcorps Street Workout, le terrain d’observation pour sa thèse. Il acquiesce souvent lorsque le fondateur du club s’exprime. Badr commence par décrire cette discipline encore méconnue :
« On pourrait traduire street workout par « gymnastique urbaine ». La pratique mêle musculation et travail sur la souplesse et l’équilibre. Historiquement, elle vient des pays de l’Est. Mais elle a pris une ampleur mondiale en 2008 grâce à une vidéo de l’Américain Hannibal For King postée sur Youtube.« 
Depuis plus de 20 ans, Badr Yahyaoui est coordinateur jeunes au CSC Elsau. En 2014, il crée le club Artcorps Street Workout :
« Ça a été une expérimentation au départ. Il a fallu que le centre et la Ville l’acceptent. Ils étaient réticents parce qu’ils pensaient que la pratique était dangereuse. On les a convaincus en faisant des démonstrations et en remportant des victoires en compétition internationale. »

Les jeunes s’entraînent du lundi au dimanche

Parmi les 100 adhérents, plusieurs s’entraînent tous les jours. Du lundi au dimanche, ils transpirent sur une machine de musculation, un vélo de ville ou sur les barres métalliques. Jean Schiermeyer fait partie de ces passionnés du street workout. Cheveux lisses, impeccables, châtains avec quelques mèches blondes, il affiche une silhouette en V et d’épais triceps. Avec grâce, il travaille sur une barre horizontale. Le jeune de 19 ans passe au-dessus de l’axe métallique, le lâche le temps d’une rotation à 360 degrés puis le rattrape tout en souplesse. L’athlète termine sa série par un bond sur les tapis rouges et bleus. Il atterrit au sol les pieds joints, les deux bras en avant. Jean est parfaitement synchronisé avec le rythme de la trap, un mélange de rap et d’électro. Grâce au club, cet habitant de l’Elsau participe à des compétitions dans toute l’Europe. Il résume son parcours dans le street workout :
« J’ai participé à des compétitions aux Pays-Bas, à Eindhoven et à Amsterdam. J’étais aussi au Portugal l’année dernière et j’y retournerai bientôt. Sinon, j’ai remporté un trophée « Grand Est jeunes talents » en représentant le street workout et le centre social et culturel de l’Elsau. »
Avant de se lancer dans une série de figures, les sportifs choisissent la musique qui les motivera le plus.
La bande-originale d’un entraînement avec l’Artcorps Street Workout  1. Aaron cartier – OMG 2. Kevin Flum – Make it 3. Buku – Front to Back 4. Jordan Comoli – 4U 5. The dark E.Y – Ghetto Symphony

Artcorps Street Workout sur les podiums portugais et néerlandais

Badr Yahyaoui est fier de la réussite des jeunes. Un sourire au coin des lèvres, il récapitule les dernières victoires d’Artcorps street workout :
« À Eindhoven, on a remporté la première et la troisième place de la compétition professionnelle en freestyle. En amateur, un sportif du club est arrivé troisième. En mai 2017, on est arrivé premier et troisième d’un tournoi portugais. On a même éliminé le champion du Portugal ! Avec ces titres, Strasbourg commence à être connu. Tous les jurys reconnaissent l’originalité de nos figures. »

Les victoires de Kévin Allangba

À proximité des barres parallèles, un autre champion s’exerce sans cesse. Kévin Allangba a 22 ans. Il vient de Lingolsheim. En septembre, il a participé à la « Battle of the Bars », une compétition de street workout aux Pays-Bas. Dans la capitale néerlandaise, il est monté sur la première place du podium. À Mulhouse, il a remporté la troisième place de la Street Workout Cup (SWC). Blessé à l’épaule, le sportif ne tarit pas d’éloges :
« Le street workout m’a donné confiance en moi. Au départ, je suis plutôt un mec genre discret. Avec ce sport, j’ai beaucoup évolué. On se parle, on s’écoute et on apprend beaucoup dans la salle. Le club m’a vraiment permis de m’ouvrir à de nouvelles personnes mais aussi à de nouvelles villes grâce aux compétitions. Malheureusement, je ne sais pas encore quand je pourrai reprendre les tournois. Mon kiné ne m’a pas donné de date. Mais moi j’ai la dalle, je te le cache pas. Alors je m’entraîne quand même, mais je fais doucement. »
Il ne faut pas demander deux fois à Kévin de s’exécuter. Sur les barres parallèles, il enchaîne les poiriers. Sur une structure métallique à proximité, il se stabilise à l’horizontal à la force d’un seul bras. Ses potes de la salle sifflent pour exprimer leur approbation face à un geste technique.

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Nouvelle vitrine de l’Elsau

Dans une petite salle connexe, Serge Kamara s’active sur un vélo de ville. Il porte un pull noir et blanc et un jogging du Real Madrid. Quelques gouttes de transpiration coulent le long de sa joue. À 29 ans, cet assistant d’éducation et formateur BAFA ne vient pas pour participer à des compétitions de street workout :
« J’ai grandi à l’Elsau. Le CSC a joué un grand rôle dans notre éducation. Quand on n’était pas chez nous ou sur le terrain de foot, on était au centre, avec Badr. Les accompagnateurs ne le savent peut-être pas, mais c’est eux qui ont fait de nous des personnes responsables. Et aujourd’hui, si je suis là, c’est parce que je continue de solliciter Badr, de lui poser des questions. Pour moi, c’est toujours notre aîné. En tant qu’éducateur, je veux conseiller les jeunes comme il l’a fait pour moi. »
Le grand sportif à la silhouette élancée reconnait d’autres vertus au club de street workout :
« C’est important d’avoir des nouvelles pratiques qui gardent le quartier vivant et attractif malgré les difficultés. Dans le quartier de l’Elsau, avant, c’était la danse hip hop qui inspirait tout Strasbourg. Il y avait plusieurs compagnies de danse reconnues [MJD, Mistral Est, Mémoires Vives et Magic Electro, ndlr]. C’est bien que le street workout prenne le relais. Je vois des jeunes de partout ici. Ça leur donne une autre image du quartier. »

« Une ouverture importante vers l’extérieur »

Badr Yahyaoui est conscient de cet effet positif du club sur le quartier de l’Elsau et son image :
« Parmi les cent adhérents du club, il y en a une vingtaine de personnes qui habitent à l’Elsau. Du coup, pour ces jeunes qui ont tendance à rester entre eux dans le quartier, c’est une ouverture importante vers l’extérieur. »
Aujourd’hui, Artcorps street workout est bien intégré dans les missions du CSC Elsau. Parmi les Elsauviens qui s’y entraînent, Badr Yahyaoui en aide une dizaine au niveau professionnel. Ensemble, ils rédigent des lettres de motivation, simulent des entretiens d’embauche ou contactent des employeurs. Le club permet aussi de responsabiliser les jeunes : le coordinateur leur laisse parfois les clés du local, pour s’entraîner le week-end notamment. Pour les passionnés du street workout, l’aventure strasbourgeoise est loin d’être terminée. Badr Yahyaoui espère exploiter le garage connexe pour agrandir la salle.
L’aire de street workout en plein air, installée en mai 2017 derrière le centre social et culturel de l’Elsau (Photo GK / Rue89 Strasbourg / cc)
Vers 20 heures, quelques sportifs commencent à sortir. Ils ouvrent la lourde porte au fond du local. Elle donne sur l’aire de street workout inaugurée en mai 2017. Le coordinateur jeune du CSC est fier de cette installation. Plusieurs compétitions s’y sont déjà déroulées, comme le Battle Talent des Cités, sous le regard admiratif des habitants du quartier. Badr Yahyaoui a d’autres projets : en mai 2018, le NL Contest, festival des cultures urbaines, fera la part belle à la gymnastique urbaine. Puis la discipline continuera de s’ouvrir au niveau local : un tournoi de street workout féminin aura lieu à l’Elsau en juin 2018.

Schiltigheim, « aura un budget en 2018 », voté par la majorité restante

Schiltigheim, « aura un budget en 2018 », voté par la majorité restante

Alors qu’une partie de sa majorité à démissionné, le maire de Schiltigheim, Jean-Marie Kutner, compte faire adopter un budget pour l’année 2018 par les élus restants, avant des élections anticipées.

Rencontré dans le cadre d’un article sur la situation politique à Schiltigheim, le maire Jean-Marie Kutner (qui a quitté l’UDI) fait savoir qu’il fera voter un budget avant les élections municipales anticipées au printemps :

« De façon imminente, il y aura deux séances du conseil municipal, une pour repasser le débat d’orientations budgétaires, une autre pour faire voter le budget. Il y aura 25 élus à la place de 39 et un quorum fixé à 13 personnes. Nous sommes encore 18 au sein de la majorité qui est resserrée par les événements. La ville fonctionnera avec un budget en 2018. »

Cette annonce intervient dans un contexte de crise politique à Schiltigheim. Le premier adjoint Christian Ball (LR), en charge des finances, avait refusé de voter le budget en décembre avec une partie des élus de la majorité, si bien qu’il n’avait pas été adopté à une voix près.

Jean-Marie Kutner profite de l’absence des élus démissionnaires pour faire adopter un budget à Schiltigheim (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Démissions dans la majorité

Après d’ultimes négociations, une partie des élus autour de Christian Ball ont acté un désaccord plus profond et démissionné en janvier. Comme plus d’un tiers du conseil municipal a quitté l’hémicycle, des élections anticipées doivent se tenir sous trois mois. Mais leur tenue et leur date n’ont pas encore été confirmées par le préfet du Bas-Rhin.

Jean-Marie Kutner compte mettre à profit l’absence des élus en désaccord avec lui pour retrouver une majorité, sans avoir besoin de voix des sept élus d’opposition. Sans budget au 30 avril, une ville est mise sous tutelle par l’État. Si une nouvelle équipe elle devait l’emporter au printemps, un budget et les dépenses engagées contraindraient un peu plus son action.

Génération.s se lance à Strasbourg et débute avec le GCO

Génération.s se lance à Strasbourg et débute avec le GCO

Génération.s, le mouvement de Benoît Hamon (prononcer « Génération point S ») tente de se lancer à Strasbourg. Après quelques réunions pour structurer l’ex-mouvement du 1er juillet, les hamonistes lancent leur premier événement ouvert au public.

Pour débuter, les cadres locaux organisent une soirée autour du Grand contournement ouest (GCO – voir tous nos articles) mardi 6 février à 20h au Mandala. Ce projet de rocade payante de 24 kilomètres est bien avancé depuis que le ministre de la Transition écologique Nicolas Hulot a indiqué donner l’autorisation pour les travaux avant la tenue de l’enquête publique au printemps.

Deux opposants

Les deux invités sont le docteur Alexandre Feltz (La Coopérative), adjoint au maire de Strasbourg en charge de la Santé et Marie Hoffsess, secrétaire régionale d’Alsace Nature, tous deux opposants au projet.

Une partie des membres de Generation.s sont rassemblés au sein du groupe « La Coopérative sociale écologique et citoyenne » au conseil municipal de Strasbourg, formé en juin au lendemain des élections législatives 2017.

Le Grand contournement (capture d’écran, vidéo de présentation par Vinci)

#Generation.s

À l’écoute des bruits de Strasbourg pour appréhender son identité sonore

À l’écoute des bruits de Strasbourg pour appréhender son identité sonore

Dans le cadre de la semaine du son, du 7 au 11 février au Shadok à Strasbourg, plusieurs artistes et compagnies proposent de cartographier les bruits dans la ville, pour représenter notre environnement sonore et mettre en évidence ce qui est présent mais invisible.

Depuis 2011, Pauline Desgrandchamp écoute Strasbourg. Dans le cadre d’une recherche universitaire menée avec le Shadok et Horizome à Hautepierre, elle cherche à appréhender les identités sonores des morceaux de ville… Si une image de l’Elsau ou de la place Kléber se reconnaît tout de suite, qu’en est-il de leurs empreintes acoustiques ? Un exercice difficile puisque l’oreille n’est pas éduquée selon Pauline Desgrandchamp :

« On a des oreilles mais dans notre grande majorité, on n’a pas appris à les utiliser. Alors on sait encore moins décoder un paysage sonore… »

Du coup, Pauline Desgrandchamp se balade un peu partout avec son petit sous-marin sonique, le SONar. Une boite dotée d’un micro surpuissant qui pivote à 360 degrés. Dans son jargon, elle appelle ça un « outil de médiation à l’écoute ».

L’idée de cette expérimentation est d’aller plus loin qu’une approche « quantitative » dans la cartographie des sons dans la ville. Aux cartes du bruit de Strasbourg par exemple, Pauline cherche à modéliser la qualité sonore. Est-ce que les quartiers populaires ont une empreinte acoustique ? Est-ce qu’on peut reconnaître un quartier populaire rien qu’à l’oreille ? Et si oui, qu’est-ce que ça dit de la manière dont on construit la ville, dont on se représente la ville ? Existe-t-il des lieux invisibles mais pourtant bien présents dans notre environnement ?

Toutes ces questions et bien d’autres, Pauline les décortique et avance, patiemment, avec son sous-marin, ses micros et son ordinateur. Elle compile ses données au sein d’un projet plus vaste, appelé S.P.H.E.R.E., pour « Sonorama participatif des histoires extraordinaires de nos rues et de nos espaces. » Le site sera mis en ligne jeudi 8 février à l’adresse stras-sphere.org.

S’intéresser aux traces et aux mémoires des habitants

Sur son site personnel, Pauline Desgrandchamp détaille la démarche :

« L’enjeu premier en termes urbanistiques est de mettre en évidence les lieux invisibles du quartier, de tendre vers une nouvelle forme de diagnostic urbain pour permettre de l’aide à la conception urbaine. Comment se construit une identité sonore d’une ville ? Pour le savoir, il faut écouter l’interprétation de chacun des usagers urbains. Ensuite, c’est une perspective anthropologique qui s’intéresse essentiellement aux traces patrimoniales et mémoires habitantes. »

Les ressentis sonores de Manon

Les sons bien sûr mais aussi les odeurs, le toucher… Pauline Desgrandchamp croisent les remarques et les ressentis. Au final, elle questionne le vivre-ensemble :

« Le questionnement sur le bruit urbain revient à questionner la vie en communauté. Qu’est-ce que nous sommes prêts à accepter, qu’est-ce qui trace des frontières sonores dans nos esprits ? Le son fait partie de notre environnement. Il y a des gens qui ont besoin d’entendre passer un train pour s’endormir, et qui ne parviennent pas à trouver le sommeil dès qu’ils voyagent… »

La Semaine du Son permet de dresser des organes délaissés (Photo Isabelle Lechner / Vous êtes ici)
La Semaine du Son permet de dresser des organes délaissés (Photo Isabelle Lechner / Vous êtes ici)

Une semaine pour dresser ses organes

Le Shadok accueille pendant une semaine une série de rendez-vous autour du son et de ses représentation, de mercredi 7 au dimanche 11 février. Les travaux de Pauline Desgrandchamp et d’Horizome y sont présentés bien sûr, notamment au travers de trois « soirées d’écoute. »

Autre expérience restituée cette semaine, l’audioguide « subjectif et participatif » « Vous Êtes Ici, » élaboré depuis 2016 par la Compagnie Le Bruit qu’ça coûte à Strasbourg :

« Fabriqué par les souvenirs, les émotions et l’imaginaire de ceux qui vivent et font vivre la ville, cette installation sonore et visuelle permet d’arpenter la ville et les 23 points d’ouïe réalisés par les participants. C’est un audioguide qui dit bien plus que la réalité topographique et historique d’un lieu de la ville… »

Chaque participant raconte un lieu de sa ville, avec ses mots. Il y ajoute des sons afin de donner à entendre un « point d’ouïe » d’une ville sensible, humaine, différente de celle décrite dans les guides touristiques. « Vous êtes ici » est téléchargeable sur le site de la compagnie. Un autre atelier, le 17 février, propose même de créer son propre « point d’ouïe » pour enrichir cet audioguide… qui n’est jamais terminé. Le 10 février, la Semaine du son se poursuit au Cine de Bussière, avec une « balade écho-logique » à 14h, un apéro-sons à 16h30 et un banquet de l’ouïe à 19h.

Écouter « Terrasse panoramique »

 

#pauline desgrandchamps

TGV Rhin-Rhône : il est urgent d’attendre

TGV Rhin-Rhône : il est urgent d’attendre

Cette semaine, le ministère des transports a établi ses priorités parmi les grands investissements. La deuxième phase de la ligne TGV Rhin-Rhône n’en fait clairement pas partie. Celle-ci ne devrait recevoir aucun financement de l’État avant… 2038 ! Au niveau franco-allemand, la SNCF et la Deutsche Bahn en avaient pourtant fait un « axe stratégique ».

 

Dessin de Piet

« Piégé » par le Bastion Social, le BarÔmètre a dû licencier

« Piégé » par le Bastion Social, le BarÔmètre a dû licencier

Eddie Hoarou, gérant du BarÔmètre, un bar de l’Esplanade à Strasbourg, pensait accueillir une réunion d’agents immobiliers le 9 décembre au soir. Depuis la soirée d’inauguration du Bastion Social Strasbourg dans son bar, il a dû licencier deux salariés, pour raisons économiques.

Le 9 décembre, l’association du Bastion Social Strasbourg inaugurait son local L’Arcadia. Avant de se rendre sur place, une réunion de lancement à destination des sympathisants se déroulait au BarÔmètre, à quelques encablures, rue Vauban dans le quartier de l’Esplanade à Strasbourg. Une soixantaine de personnes était présente. La réservation avait été faite par un individu qui avait annoncé au gérant une réunion professionnelle d’agents immobiliers.

Eddy Hoarau, gérant du BarÔmètre, à droite sur la photo. (Photo JFG / Rue89 Strasbourg / cc)

Associé de fait à ce mouvement identitaire, l’établissement avait vite indiqué qu’il s’était fait piéger et ne partageait pas du tout les idées identitaires du Bastion Social.

Mais deux mois plus tard, le bar accuse toujours une baisse de son chiffre d’affaires, si bien que le gérant, Eddie Hoarau, a dû licencier deux salariés, pour raisons économiques.

Eddie Hoarau raconte s’être senti « très seul » lors de l’événement et dans les jours qui ont suivi. Soupçonné de sympathie pour ce groupuscule d’extrême-droite, il a tenu à lever tout malentendu en racontant la façon dont la salle avait été louée. Le gérant explique :

« Je peux prendre quelques extras pour compenser mais plus des salariés à plein temps. Les gens, notamment les étudiants, savent que je ne suis pas un soutien [du bastion social, ndlr]. Mais certains habitants disent avoir peur qu’il se passe quelque chose vu qu’on est presque voisins. »

Une soirée de soutien au BarÔmètre était organisée ce vendredi 2 février à l’initiative du député Thierry Michels (LREM). Des élus locaux, notamment du secteur, et des habitants s’y sont rendus, soit une trentaine de personnes.

Pour louer un local à Chambéry, le Bastion Social s’est aussi présenté sous une autre identité. L’association « Les petits reblochons » a cette fois été utilisée comme couverture. Au journal Le Dauphiné Libéré, le propriétaire chambérien estime avoir été « floué ».