Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

Où l’on reparle des baignades dans les cours d’eau de Strasbourg

Où l’on reparle des baignades dans les cours d’eau de Strasbourg

Les cours d’eau intéressent de nouveau la Ville de Strasbourg, qui prévoit d’inclure ces espaces dans sa politique globale en termes de transports, de zones commerciales et de sports.

Voies navigable de France (VNF), la Ville de Strasbourg et d’autres institutions dans son giron (Office du Tourisme, CUS Habitat et Habitation moderne, Adeus, SPL Deux-Rives, SERS) ont signé une charte sur l’utilisation des voies d’eau à Strasbourg.
Parmi les effets visibles immédiats sont quelques embarcadères, dont un au Wacken/Archipel terminé, où il est possible d’accoster 48h pour . . .

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Face à l’hôpital, Strasbourg veut enlever des logements sociaux et se mettre au vert

Face à l’hôpital, Strasbourg veut enlever des logements sociaux et se mettre au vert

Les propositions pour le second plan de renouvellement urbain pour Hautepierre, à l’ouest de Strasbourg, font la part belle aux espaces verts et aux vélos, quitte à raser quelques immeubles au passage. La municipalité assure que tous les logements détruits seront remplacés sur l’ensemble de l’agglomération mais l’inquiétude demeure.

La démolition des tours de Hautepierre s’est invité comme sujet principal lors d’une réunion mardi 20 septembre, évoquant l’avenir de ce quartier à l’ouest de Strasbourg à l’occasion de la deuxième phase du plan de renouvellement urbain (PRU). Malgré toutes les précautions oratoires de la directrice de territoire pour le quartier, Aurore Belouet, le projet a généré beaucoup d’inquiétudes parmi l’assistance, même s’il est susceptible d’être modifié selon les remarques et les critiques des habitants, et surtout, de l’Agence Nationale de Rénovation Urbaine qui en finance une bonne partie. Ce deuxième PRU pour Hautepierre doit s’étaler sur 10 ans, et mobilisera 136 millions d’euros (dont 28 M€ de l’État). Il fait suite à la première vague de travaux qui avaient duré jusqu’en 2013 et qui avaient coûté 230 M€. Ce second PRU s’attelle au sud du quartier, et notamment aux mailles Éléonore et Brigitte, qui avait très peu bénéficié du premier plan.
Serge Oehler et Aurore Belouet. (Photo Pierre Pauma / Rue89 Strasbourg / cc)
Ce nouveau plan doit continuer à « faire de Hautepierre un quartier comme un autre« . Aurore Belouet et l’adjoint au maire pour le quartier, Serge Oehler (PS), espèrent même faire mieux, et inviter les habitants du centre-ville à redécouvrir Hautepierre en y ajoutant des espaces verts (un doux rêve qui a bien fait rire un habitant engagé du quartier, Salah Koussa, qui était dans le public) :
« On a eu beaucoup d’occasions d’échanger avec les habitants du quartier, que ce soit lors de la fête des voisins, des marchés, ou en faisant du porte à porte dans les mailles Éléonore ou Brigitte. Ce qui ressort, ce sont des problèmes d’isolation et d’hygiène, des problèmes de sécurité et d’accès pour la police, mais aussi le manque de pistes cyclables, d’aires de jeux pour enfants et d’animations l’été. Mais c’est aussi l’occasion de donner une autre image du quartier, notamment en changeant l’entrée de Hautepierre au niveau de l’hôpital. »

Adieu les immeubles face à l’hôpital ?

Pour ce faire, la Ville veut de la verdure. Aujourd’hui, quand on entre à Hautepierre en venant du centre ou avec le tramway, le regard est d’abord capté par le centre hospitalier universitaire. Un mastodonte qui a l’avantage d’attirer un public de tout le département. Il sert de pierre angulaire dans ce nouveau plan d’urbanisme, et même d’assise pour un second pôle commercial en plus de celui d’Auchan. Mais de l’autre côté de la rue, ce sont 9 tours alignées les unes à côté des autres qui s’imposent, sans espace. Trop « muraille de Chine », dit Serge Oehler. Trop opaque. Bref, trop décor cliché pour un documentaire anxiogène sur la banlieue. Sur le Powerpoint de la Ville, deux diapositives de la vue se succèdent. Les cubes violets qui représentent les honnis bâtiments de la maille Éléonore disparaissent et laissent place à… une zone vide. Aurore Belouet, sous les acquiescements de Serge Oehler, parle de « valorisation de l’intérieur des mailles », de prolongement du parvis de l’hôpital pour les piétons, et répète à l’envi le mot « création » pour évoquer des projets d’espaces verts. Mais les immeubles volatilisés n’ont échappé à personne. Combien disparaîtraient ? Lesquels ? Serge Oehler et Aurore Belouet n’apportent pas encore de réponses :
« On est sur des grands axes, on ne sait pas encore aujourd’hui quel immeuble sera réhabilité, quel immeuble sera démoli. Par contre, ce qu’on peut vous dire, c’est que oui, on propose des démolitions. Et les immeubles qui ne seront pas démolis seront réhabilités. À ce stade, c’est une première réponse. Après, on voit sur le plan que les immeubles visibles depuis le parvis de l’hôpital disparaîtraient. »
Ce n’est encore qu’une proposition de l’Eurométropole, mais les immeubles face au CHU ont disparu. (Photo PP / Rue89 Strasbourg / cc)
Sur l’îlot Brigitte à l’Ouest, même projet. Le bois déjà existant serait prolongé aux dépens du parking près de la mosquée, et accueillerait des aires de jeux pour enfants. Les propositions ne laissent personne indifférent, à commencer par Geneviève Manka, représentante de la Confédération nationale du logement (CNL) de Karine, une maille voisine :
« Ce qu’on a vu sur le Powerpoint, c’est très joli mais à la CNL, ça nous inquiète énormément. Les habitants d’Eléonore nous le disent sans cesse : « qu’est-ce qui va nous tomber dessus ? Si ce document est validé tel quel et que les démolitions sont actées, ça on en veut pas. »

« On ne fait pas d’omelettes sans casser des oeufs »

Réponse laconique de Serge Oehler : « On ne fait pas d’omelette sans casser des oeufs. » Plus diplomate, Aurore Belouet rappelle qu’une bonne partie des personnes dans les logements visés souhaite quitter le quartier, et que les logements sociaux détruits seront remplacés, à Hautepierre ou ailleurs. De l’aveu de Serge Oehler, le but est aussi de diminuer la concentration de logements sociaux dans ce quartier :
« On a des quartiers populaires, que l’on peut désigner sous des sigles ou des acronymes technocratiques, mais ça reste des quartiers populaires. On leur a reproché de concentrer le logement social, et donc les difficultés. Aujourd’hui, on essaie de mieux répartir le logement social à l’échelle de Strasbourg et de la métropole. Et pour ça, il faut démolir. »
– « Écoutez à un moment, on fait pas d’omelette dans casser des oeufs ! » (Photo PP / Rue89 Strasbourg / cc)
Les arguments trouvent grâce auprès de certaines oreilles, qui se réjouissent déjà de l’océan de verdure annoncé sur l’îlot Eléonore :
« J’étais à l’hôpital il y a peu. Et j’ai été saisie de voir une dame aller se promener dans le petit bois juste en face. C’était magnifique, la lumière était parfaite, elle a commencé à faire des photos. Pour qu’une dame fasse des photos à Hautepierre, elle n’était sûrement pas du quartier. Ce parc en face de l’hôpital, ça peut-être une excellente chose pour les patients, pour les gens qui ne connaissent pas Hautepierre et pour les habitants ! »

La place Pétrarque appelée à disparaître ?

Autre chamboulement dans la maille Éléonore : une piste cyclable qui permettrait aux habitants de se rendre dans la maille voisine, Brigitte, sans avoir à emprunter une artère comme la rue Racine. Le but : ramener du passage à l’intérieur des mailles. Sauf qu’une telle voie pourrait remettre en cause l’existence des places Pétrarque et Erasme. Là, c’est Gérard Berna, président du Conseil syndical de copropriété des logements privés situés place Pétrarque qui râle. La faible circulation aux abords des immeubles qu’il représente lui va très bien.
« Cette voie sous nos immeubles, on en veut pas. Il y avait un projet sous Fabienne Keller qui proposait de faire passer une voie devant les habitats CUS, on était pour. »
En revanche, il voit plutôt d’un bon oeil la possible démolition des logements sociaux en face de l’hôpital. Tous semblent d’accord pour un grand ravalement de façades… si possible chez le voisin. La concertation ne fait que commencer.

À Hautepierre, les charges locatives continuent d’empoisonner l’ambiance

À Hautepierre, les charges locatives continuent d’empoisonner l’ambiance

Lors d’une réunion publique à Hautepierre, on ne devait parler que d’urbanisme. Mais pour les habitants, l’occasion était trop belle d’interpeller à nouveau les élus et les bailleurs sociaux sur les hausses des loyers et des charges.

La démocratie locale, poussive à Strasbourg ? Le centre socio-culturel du Galet a pas fait salle comble mercredi 20 septembre avec la présentation de l’ébauche du plan de rénovation urbaine, il a tout de même fallu ajouter une rangée de chaises pour installer tous les participants. Certains habitants avaient beaucoup à dire, quitte à dépasser un peu le cadre de la réunion.

Il devait être question de la rénovation de l’habitat pour les mailles Éléonore et Brigitte, mais dès que la parole a été donnée au public, Béatrice a annoncé pas moins de 9 questions. Ou plutôt un long coup de gueule : les loyers, les charges, le chômage chez les jeunes, les bas revenus chez les personnes âgées,… L’adjoint au maire pour Hautepierre, Serge Oehler, a répondu un brin agacé par ces questions :

« Vous avez posé 9 questions, mais le renouvellement urbain n’a pas pour vocation de répondre à toutes les problématiques que vous avez évoquées… On n’est pas là pour parler des jeunes ou des personnes âgées. On est là pour parler de comment on peut vivre dans nos quartiers. »

« Dalkia, rends l’argent ! »

Quiconque est rodé aux réunions publiques sait que les thématiques initiales servent souvent de tremplin à des revendications hors sujet. Mais à partir de combien d’interventions hors-cadre considère-t-on que c’est le thème de la réunion qui n’était pas assez large ? Qui parle d’urbanisme parle d’habitation. Et sur les habitations à loyers modérés, Marcel Wolff, représentant de la CGT au conseil d’administration de CUS Habitat qui gère une bonne partie des logements sociaux de Hautepierre, est venu avec une question très précise, imprimée sur des tracts qu’il a distribués à l’entrée :

« Pourquoi les services de l’Eurométropole n’ont-ils pas réagi à la surfacturation de l’eau chaude évidente ? Où est parti tout cet argent injustement ponctionné sur le dos des locataires de CUS Habitat ? Cumulé en 30 ans, cela représente plusieurs millions d’euros. Dalkia doit rembourser. »

Marcel Wolff (CGT) ne lâche rien sur les charges des logements sociaux. (Photo PP / Rue89 Strasbourg /cc)

Explications : en 2015, la CGT et la confédération nationale du logement (CNL) relèvent un prix anormalement élevé de l’eau chaude dans les logements sociaux de Hautepierre : jusque 13,14€ le mètre cube, soit 240 euros de facturation supplémentaire annuelle par logement selon leurs estimations. L’approvisionnement en eau chaude est à ce moment assurée par une délégation de service public à l’entreprise Dalkia.

En 2016, l’Eurométropole a changé d’opérateur pour le réseau de chaleur de Hautepierre, retirant à Dalkia l’exclusivité de la délégation de ce service public. En 10 ans, la CGT et la CNL estiment le préjudice pour l’ensemble des bénéficiaires de logements sociaux du quartier à presque 7 millions d’euros. Désormais, les associations demandent des comptes. Et surtout, un remboursement.

« On répercute les factures de Dalkia »

Pas complètement hors-sujet donc, puisque le plan de rénovation prévoit des travaux d’isolement dans les logements sociaux, qui devraient faire baisser la facture de chauffage. Et la question avait été anticipée, le directeur de la CUS Habitat, Jean-Bernard Dambier, était présent pour répondre :

« La collectivité fait des efforts sur les charges locatives. Sur Hautepierre, il y aura une rénovation thermique. C’est ce qui permettra aux habitants de mieux maîtriser les charges locatives. Sur l’eau chaude, on a eu plusieurs fois l’occasion de vous répondre. Vous avez pu vérifier les factures acquittées par CUS Habitat auprès de Dalkia. On répercute ce qui a pu être facturé par Dalkia. »

Serge Oehler étant appelé par d’autres obligations, c’est Mathieu Cahn qui s’est prêté au difficile exercice de réponse aux questions des habitants (Photo PP / Rue89 Strasbourg / cc)

« Vous confondez image et attractivité » : le retour de Salah Koussa

Le prix des charges : l’angle d’attaque parfait pour un homme bien connu dans le quartier, Salah Koussa s’était présenté sans étiquette aux élections législatives. Il avait obtenu 1,52% des voix, mais avait réalisé le deuxième meilleur score dans presque tous les bureaux de vote de Hautepierre. Tout le monde le connait, mais il se présente comme un simple habitant du quartier quand il s’empare du micro pour se lancer dans le débat :

« Quand on parle d’attractivité quand on veut que des gens de l’extérieur viennent se promener à Hautepierre, ça je crois pas. Dire à des personnes du centre-ville, venez vous balader à Hautepierre parce qu’on a des supers parcs, je pense que même vous vous y croyez pas. Vous confondez image et attractivité. »

Il en profite pour relancer sur les risques d’augmentation du coût du logement :

« Il y a des questions qui ont été posées concernant les charges, les gens se les posent car suite à l’ANRU 1 [premier plan de rénovation urbain à Hautepierre, entre 2009 et 2013, ndlr], les charges ont augmenté. Et avant de commencer la phase ANRU 2, ils aimeraient avoir des réponses : est-ce que les charges et les loyers vont augmenter ou pas ? »

« On ne va pas faire un parc de l’Orangerie à Hautepierre »

Il enfonce le clou en ajoutant que malgré l’image de « quartier de jeunes » qui colle à Hautepierre, aucun desdits jeunes n’est présent dans la salle. « C’est quasiment du délit de faciès », le taquine l’adjoint au maire, Mathieu Cahn. Mais Salah Koussa, l’enfant du quartier, a ses supporters dans la salle, quelques-uns l’applaudissent bruyamment (dont Béatrice, la citoyenne aux 9 questions), avant que l’adjoint au maire chargé du renouvellement urbain, Mathieu Cahn, ne lance la contre-attaque :

« On ne confond pas image et attractivité. Ou alors on pourrait penser que l’on confond meeting politique et réunion publique. Moi j’en ai ras le bol d’entendre qu’il y a des quartiers dans lesquels on ne peut pas rentrer. Bien sûr qu’on ne va pas faire un parc de l’orangerie à Hautepierre, c’est pas l’enjeu. L’enjeu c’est de dire aux Strasbourgeois qui y viendraient que c’est un quartier comme un autre. Sur les jeunes si vous avez une méthode, je suis preneur. Les réunions publiques, ce n’est pas un format qui attire les jeunes, on le sait. Mais on peut faire d’autres choses, passer par les associations, rencontrer les jeunes sur certaines thématiques comme je l’avais fait avec la passerelle. »

Petite passe d’armes hier soir entre Salah Koussa (tout à gauche) et Mathieu Cahn.

« Vous vous rendez compte du nombre d’aires de jeu »

Et la directrice de territoire Aurore Belouet de renchérir :

« Peut-être que je suis utopiste, peut-être que je confonds image et attractivité, mais c’est la deuxième année qu’on organise les journées européennes du patrimoine et les journées de l’architecture à Hautepierre. Et vous serez surpris, il y a énormément de gens qui viennent visiter Hautepierre. On a des personnes de Koenigshoffen qui disent, « mais vous vous rendez compte de la chance que vous avez d’avoir autant d’aires de jeux pour enfants ? À Koenigshoffen on en manque. » Mais les gens ne le savent pas, parce qu’ils ne passent que dans les rues et ne voient que des façades d’immeubles. Plus on ouvrira les mailles, plus on travaillera sur l’image. »

Sur le prix des loyers et des charges, c’est Julien Mattéi, de CUS Habitat, qui répond :

« Le but c’est bien de réhabiliter les immeubles qui n’auront pas été démoli. Il y aura des travaux non seulement sur le confort, mais aussi sur l’isolation, ce qui doit permettre de baisser les charges. On doit trouver l’équilibre entre l’augmentation des loyers qui est justifiée par les investissements, et les économies de charge. »

Une réponse qui ne satisfait pas vraiment Salah Koussa, ni ses supporters, à la fin de la réunion. Sur les jeunes, il prône le dialogue au plus simple : « simplement les rencontrer, leur demander ce qu’ils pensent de leur quartier, ce qu’ils voudraient y voir, y faire dans 5 ans, s’ils veulent y rester, partir… » Il a promis d’être présent aux prochaines balades de quartiers organisées par la Ville. Sera-t-il encore candidat aux prochaines élections ? Et les charges locatives seront-elles un enjeu de campagne ? Réponse au prochain débat.

Comment la sucrerie d’Erstein se prépare à la fin des quotas européens

Comment la sucrerie d’Erstein se prépare à la fin des quotas européens

La « campagne » – période durant laquelle les betteraves sont récoltées et transformées – a commencé à la sucrerie d’Erstein. Elle s’annonce inédite car jamais autant de sucre n’a été produit. La raison ? La suppression des quotas sucriers dans l’Union européenne dès le 1er octobre, qui limitaient les quantités et garantissaient les prix. La sucrerie d’Erstein s’est longuement préparée mais elle appréhende ce big-bang économique.

Le four à chaux de la sucrerie d’Erstein, à une vingtaine de kilomètres au sud de Strasbourg, vient d’être allumé. C’est la dernière employée à avoir rejoint l’équipe qui a craqué l’allumette et déclenché la combustion. Ce geste symbolique lance surtout le début de la campagne sucrière, durant laquelle, pendant trois mois, des betteraves seront livrées – au rythme effréné d’un camion toutes les cinq minutes – et transformées en sucre (solide ou liquide) et en éthanol.

Chaque année, le four à chaux de la sucrerie d'Erstein est allumé par le dernier employé à avoir rejoint l'équipe. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)
Chaque année, le four à chaux de la sucrerie d’Erstein est allumé par le dernier employé à avoir rejoint l’équipe. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Mais cette campagne 2017 est toute particulière : depuis le 1er octobre les quotas sucriers ont disparu. Ce système, introduit en 1968, limite la production de sucre dans l’Union européenne (UE) à 14,5 millions de tonnes par an. En contrepartie, il garantit un prix minimum d’achat des betteraves aux agriculteurs (25 euros la tonne) et un prix minimum de vente aux industriels (404 euros la tonne de sucre blanc). Il faut donc, plus que jamais, que la campagne soit bonne pour se maintenir à flot, sur le marché mondial.

« Supprimer les quotas, c’est faire sauter des contraintes »

Naturellement, tous les acteurs de la filière s’interrogent : la fin des quotas européens de sucre va-t-elle causer un cataclysme identique à celui qui touche les producteurs de lait ? Eux ont vu leurs quotas supprimés en 2015, et depuis, le secteur est en crise. Paul Fritsch, le président de la section Grand Est du syndicat Coordination rurale (CR), se désole :

« La fin des quotas laitiers a été une vraie catastrophe pour les producteurs. Il ne fallait pas faire la même bêtise avec les quotas sucriers. Et pourtant, nous y voilà… L’UE est persuadée que la fin des quotas est une bonne chose, que les exportations vont augmenter. Or pour exporter, il faut être moins cher que les autres. Pour être moins cher, il faut être plus productif. Et pour être plus productif, il va falloir mettre plus d’engrais, plus d’intrants pour produire plus de betteraves et faire tourner la filière. Maintenant, le producteur de betteraves se retrouve sur un marché libre. C’est dangereux pour lui. Le marché a besoin d’être régulé, au niveau européen. »

La campagne sucrière en Alsace a commencé ce mardi 19 septembre. Elle dure jusqu'en janvier. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)
La campagne sucrière en Alsace a commencé ce mardi 19 septembre. Elle dure jusqu’en janvier. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

La Commission européenne se veut pourtant rassurante :

« Malgré une production sucrière prévue à la hausse pour la campagne en cours dans l’UE, aucun parallèle ne peut être dressé être le marché du sucre et celui du lait : leurs situations, de même que leurs structures économiques, sont bien trop différentes pour cela. »

À la sucrerie d’Erstein, il n’est pas non plus question de céder à la panique. Au contraire, le directeur, Stéphane Clément, promet que les agriculteurs alsaciens ne seront pas lésés par la fin des quotas. Plus encore, il la considère comme une opportunité, autant pour son établissement que pour Cristal Union, le groupe auquel le site alsacien appartient :

« On ne craint pas la concurrence. Il y a de la place pour tout le monde sur le marché du sucre. La filière est équilibrée. Il y a des agriculteurs, il y a des industriels, il y a des consommateurs. Les quotas permettent certes des prix garantis pour des volumes donnés. Mais ils ne vont pas sans contraintes, puisqu’ils limitent la production. Supprimer les quotas, c’est faire sauter des contraintes. Sans prix garantis, la situation sera certes moins confortable après le 1er octobre, autant pour les planteurs que les salariés que les consommateurs. Mais le groupe Cristal Union s’est préparé à ce changement et, en deux ans, a procédé à une hausse de 30% de sa surface betteravière. »

Pour Stéphane Clément, le directeur de la sucrerie d'Erstein, la fin des quotas est une opportunité à saisir. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)
Pour Stéphane Clément, le directeur de la sucrerie d’Erstein, la fin des quotas est une opportunité à saisir. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Pour la sucrerie d’Erstein, l’emblavement (comprendre : les cultures) a été augmenté de 11% – pour arriver à un total de quelque 7 480 hectares de plants de betteraves. Le défi, maintenant, est d’écraser les coûts fixes. Actuellement, la sucrerie est capable de traiter 6 250 tonnes de betteraves par jour. C’est ce volume-là que Stéphane Clément entend bien augmenter, mais cette décision appartient à Cristal Union.

« On ne sait pas trop où l’on va »

La pièce maîtresse de la sucrerie d’Erstein s’appelle la « diffusion » : les betteraves y entrent sous forme de frites, propulsées dans l’eau afin qu’elles se libèrent de leur sucre. Pendant l’été, le « bandage de tête » de ce géant de ferraille a été remplacé. Coût de l’opération : plus d’un million d’euros. Il a fallu extraire par le toit un énorme cercle de métal avant de le remplacer, à l’aide d’une grue, par un autre – plus récent, plus résistant. À la sucrerie, tout le monde en parle, de ce nouvel anneau monumental. Comme si à lui seul, il assurait le futur, la pérennité du site – et donc des emplois, quotas ou pas.

Stéphane Clément, directeur de la sucrerie d'Erstein, veille sur la "diffusion", l'une des machines les plus importantes de l'usine, qui vient d'être réparée. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)
Stéphane Clément, directeur de la sucrerie d’Erstein, veille sur la « diffusion », l’une des machines les plus importantes de l’usine, qui vient d’être réparée. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Il règne dans l’usine un mélange de fierté et de solidarité. Fierté car l’on participe à l’élaboration d’un produit phare en Alsace, connu et apprécié. Solidarité car si un problème technique venait enrayer la production du sucre, tous les salariés en pâtiraient.

Avec la fin des quotas, c’est un peu pareil : on la vit ensemble, on la prépare ensemble. Elle s’apparente à un saut dans le vide : on songe aux meilleures manières d’amortir la chute. Certains, c’est vrai, l’appréhendent plus que d’autres. Romain Binz, technicien à la sucrerie depuis 2010, s’en serait par exemple bien passé :

« Cette fin des quotas, c’est un poids pour nous. On sait pas trop où l’on va. On y pense beaucoup, on en discute souvent. Le début d’une campagne, c’est toujours stressant, mais cette année, c’est encore pire. Avec la fin des quotas, on aura une campagne plus longue : il faut donc vraiment assurer. Il a fallu s’occuper mieux que jamais de la maintenance préventive, pour pérenniser le matériel. Notre diffusion [la machine centrale, ndlr.], c’était vraiment notre point noir. C’est la première fois qu’on va l’utiliser depuis qu’elle a été réparée, en juillet. Ça me stresse. On n’a qu’une ligne de production : si elle s’arrête, le site s’arrête. »

En Alsace, la fin des quotas a entraîné une hausse de 11% des surfaces agricoles dédiées à la culture de betteraves sucrières. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)
En Alsace, la fin des quotas a entraîné une hausse de 11% des surfaces agricoles dédiées à la culture de betteraves sucrières. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Cette sensation de vertige ne quittera certainement pas le jeune professionnel avant le 3 janvier 2018, date programmée de la fin de la campagne à la sucrerie d’Erstein. La branche « technique » de l’usine sera alors suspendue, jusqu’à la prochaine saison – dès l’automne. Mais l’autre partie de la sucrerie, le conditionnement, continuera de tourner à plein régime, sous la houlette de Yann Georgelin, le « responsable exploitation conditionnement ».

C’est lui qui chapeaute toutes les opérations d’emballage. Il a du travail toute l’année, à la différence des techniciens, qu’il surnomme amicalement « les intermittents du sucre ». Sort de la sucrerie d’Erstein aussi bien du « sucre de bouche » (sucrettes, dosettes et autres paquets de moins de cinq kilos) que du sucre en énormes sacs à destination des industries alentours – Mars, Nestlé et Coca-Cola en tête.

« La fin des quotas, ça change pas grand chose, si ? »

Dans le bureau de Yann Georgelin, un écran de contrôle indique quelles chaînes de production fonctionnent. Une icône verte indique que tout va bien, un point rouge signale une anomalie – souvent une panne de la machine. Le nombre de minutes d’arrêt des robots est comptabilisé. Plus il est élevé, moins Yann Georgelin est serein. Car ces engins, ce sont ses joujoux. Pour lui, les régler s’apparente à un travail d’horloger. Il passe peu de temps devant son ordinateur, préfère « le terrain ». Il se plaît à virevolter entre les bras mécaniques, sûr de lui, souriant mais pas trop.

Yann Georgelin est en charge des activités de conditionnement des produits de la sucrerie d'Erstein. Il veut que ses salariés soient conscients des défis engendrés par la fin des quotas sucriers dans l'UE. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)
Yann Georgelin est en charge des activités de conditionnement des produits de la sucrerie d’Erstein. Il aimerait que ses collègues soient conscients des défis engendrés par la fin des quotas sucriers dans l’UE. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Hormis la marque « Erstein », c’est aussi du sucre « Daddy » qui est produit en Alsace. Ses emballages roses sont facilement identifiables. À l’entrée d’une chaîne estampillée « PPK », une bobine de plastique rose vif s’engouffre dans une machine bruyante. À intervalles réguliers, la matière est scellée sur sa hauteur. Pouf. Puis sur sa largeur, en haut et en bas. Pouf pouf. Une patte automatique glisse ensuite un bouchon blanc au sommet du rectangle. Tchic. Voilà que les bords sont coupés, par une lame presque invisible.

Couic. Le sachet prend forme ; ses parois sont écartées d’un coup sec. Pfouit. Deux entonnoirs viennent verser 750 grammes de sucre, ni plus ni moins. Sinon le produit est rejeté. Il est pesé, passé au détecteur de métaux et arrive enfin entre les mains d’un duo – un conducteur (responsable des contrôles) et un opérateur (qui l’assiste). Ils rangent les étuis dans de grands cartons. Le tout ne prend pas plus d’une minute. Mais Yann Georgelin pourrait observer cette mécanique pendant des heures.

Sur la chaîne de production, les sachets de sucre présentant un défaut sont immédiatement rejetés. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)
Sur la chaîne de production, les sachets de sucre présentant un défaut sont immédiatement rejetés. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

À 52 ans, Danielle Juif œuvre sur une ligne similaire, d’où sortent les traditionnels paquets en papier bleu d’un kilo de sucre de la marque « Erstein ». Elle est rémunérée à hauteur de 1 900 euros nets par mois. Elle travaille soit de 6 heures à 14 heures, soit de 14 heures à 22 heures, soit de 22 heures à 6 heures. Et la fin des quotas ne lui fait franchement ni chaud ni froid :

« J’ai entendu dire que la fin des quotas, c’était pour bientôt. Bon, ben… ça change pas grand chose, si ? Pour moi, le problème, franchement, il est ailleurs : c’est le travail en équipes. À mon âge, ce rythme-là, ça ne va pas. Quand je termine à 14 heures, les gens me disent que c’est super, me demandent comment je vais occuper mon après-midi. Moi aussi, à mon poste, je songe à tout ce que je pourrais faire ensuite. Mais dans les faits, je suis épuisée. Jusqu’au mercredi, ça va, mais ensuite, j’ai trop de fatigue dans les pattes. Récemment, on nous a ajouté le vendredi après-midi et une cinquième nuit de travail. Et en plus, on n’a même plus le droit de poser nos récupérations nous-mêmes. J’ai deux semaines au mois d’octobre. Bof. C’est mieux l’été. Donc vous voyez, à côté de tout ça, la fin des quotas… »

Danielle Juif, employée à la sucrerie d'Erstein, ne se formalise pas de la fin des quotas. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)
Danielle Juif, employée à la sucrerie d’Erstein, a des problèmes plus urgents que la fin des quotas. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

Et pourtant, Danielle Juif le promet : son métier lui plaît. Même quand elle échange quelques mots avec ses collègues, salue ses supérieurs ou se perd dans ses pensées, elle couve des yeux les paquets qui défilent à toute allure devant elle. En quinze ans d’ouvrage, elle a appris à repérer immédiatement une fermeture mal collée, un sachet cabossé ou une erreur de pesée.

Mais au-delà de ces préoccupations terre-à-terre, Yann Georgelin insiste sur l’importance d’informer les salariés d’Erstein des stratégies décidées par Cristal Union :

« On explique au personnel de la sucrerie que la fin des quotas, c’est un challenge pour nous tous en termes de performance. Il faut qu’on soit le plus efficace possible pour profiter de nouvelles opportunités et défendre nos parts de marché. Et cela est l’affaire de tous. Je crois donc qu’il est important que l’on explique à tous les salariés vers où l’on va, même si la fin des quotas est abstraite et que le fait que la sucrerie ait connu une bonne ou une moins bonne campagne n’a pas vraiment d’impact sur les employés de la partie conditionnement. »

La sucrerie d'Erstein est capable de traiter 6250 tonnes de betteraves par jour. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)
La sucrerie d’Erstein est capable de traiter 6 250 tonnes de betteraves par jour. (Photo CS / Rue89 Strasbourg / cc)

En Europe, les quotas sucriers sont les derniers à disparaître. Les sucriers de France et d’Europe se retrouvent désormais sans protection sur le ring d’un marché mondial libéralisé. Erstein, loin d’être un poids lourd dans ce marché, aura du mal à tenir si seuls les sites les plus importants résistent.

Un contrat aidé, c’est bien. Un mandat aidé, c’est mieux !

Un contrat aidé, c’est bien. Un mandat aidé, c’est mieux !

En fin de conseil municipal, la nouvelle majorité composite municipale s’est écharpée sur les contrats aidés, dont le nombre a été réduit par le gouvernement En Marche. Mais en début de séance, la même majorité s’est retrouvée pour aider Philippe Bies, battu par son concurrent En Marche aux élections législatives.

Dessin : Piet

Roland Ries, qui doit composer dans sa majorité avec des marcheurs et une gauche éclatée, n’a pas envie de voir la politique nationale s’inviter au conseil municipal. Pourtant, l’opposition, embrayée par le PS et les écologistes, a lancé une charge sur les contrats aidés : ces coupes budgétaires auront-elle des conséquences pour la ville de Strasbourg ?

En début de séance, Roland Ries a donné un coup de pouce : Philippe Bies, candidat malheureux aux législatives en juin, a s’est fait élire adjoint au maire pour le quartier de Neudorf qu’il avait abandonné après avoir été élu en 2012.

L’opposition au GCO monte d’un cran dans les rues de Strasbourg

L’opposition au GCO monte d’un cran dans les rues de Strasbourg

Vidéo – 2 300 personnes selon la police, 2 500 à 3 000 selon les organisateurs, ont manifesté pour l’arrêt du Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg ce samedi 30 septembre. C’est davantage que lors de la derrière grande manifestation un an plus tôt.

Samedi 30 septembre, la manifestation contre le Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg, une autoroute payante de 24 km qui doit ouvrir en 2020, a réuni plus de participants que celle de l’année dernière et ce, malgré le refus de la FNSEA d’y participer. Selon les organisateurs, 2 500 à 3 000 manifestants se sont déplacés (2 300 selon la police) tandis qu’en 2016, le rendez-vous avait mobilisé de 1 800 personnes à 2 500 selon les organisateurs.

Le dossier attend un nouvel avis du Conseil national de la protection de la nature et il a été placé entre les mains du ministre de la transition énergétique, Nicolas Hulot. De leur côté, les défenseurs du GCO, inquiets, songent à organiser leur propre manifestation.

Mardi 3 octobre au TNS, soirée de mobilisation pour le maintien de l’antenne locale de Fip

Mardi 3 octobre au TNS, soirée de mobilisation pour le maintien de l’antenne locale de Fip

Un débat agrémenté de musique et de clowns, pour une soirée de mobilisation « sauvons les antennes locales de Fip » mardi 3 octobre à partir de 20h au TNS à Strasbourg.

La mobilisation continue pour empêcher la fermeture des dernières antennes locales de Fip. Mardi 3 octobre, à Bordeaux, Nantes et Strasbourg, des soirées de soutien sont organisées pour prouver à la direction de Radio France, que faire de Fip un programme unique produit à Paris n’est pas une bonne solution.

Dans la capitale alsacienne, la soirée se déroulera à partir de 20h au TNS. Le journaliste Jean-Luc Fournier animera un débat autour des problématiques culturelles et sociologiques entrainées par la centralisation des antennes locales de Fip vers Paris. Le but de la soirée est non seulement de s’interroger sur la situation de Fip, mais également faire réfléchir sur ce qu’il peut encore être fait pour préserver ces antennes locales. Elles permettent une information de proximité qui conquit toujours plus d’auditeurs.

Dans un article précédent, Rue89 Strasbourg soulignait déjà la part de Fip en progression de 1.4 point entre septembre-décembre 2015 et septembre-décembre 2016, d’après un sondage commandé par la direction des études et de la prospective de Radio France. Il en est de même dans les autres antennes locales à Bordeaux et à Nantes.

Des soutiens qui continuent de se mobiliser

Plus de 37 000 personnes ont signé la pétition pour soutenir le maintien des antennes locales de Fip et cette année une page Facebook « Fip toujours » a été créée. Les organisateurs espèrent qu’une fois encore, cette mobilisation poussera la direction à revenir sur son projet de centralisation à Paris. Comme le souligne le comité de soutien de Fip, à chaque nouvelle menace, la mobilisation est immédiate et unanime.

À Strasbourg, pour participer au débat et montrer leur soutien à l’antenne locale, de nombreux professionnels seront présents comme Roland Pfefferkorn (professeur de sociologie), Pierre Chaput (directeur de l’espace Django Reinhardt à Strasbourg), Daniel Cohen, (directeur de la programmation du festival européen du film fantastique de Strasbourg), Denis Woelffel (directeur de la MAC de Bischwiller) et Alain Fontanel (1er adjoint au maire de Strasbourg en charge de la culture). Une fanfare, ainsi qu’un guitariste et un pianiste s’occuperont de la partie musicale de l’évènement. Ils proposeront notamment des interludes musicaux entre les deux parties du débat afin donner donner une atmosphère plus légère à la soirée. A partir de 22h, la mobilisation continue, au Mandala cette fois, pour profiter d’un after musical.

Revoir le discours d’adieu à la vie politique de Philippe Richert

Revoir le discours d’adieu à la vie politique de Philippe Richert

Philippe Richert, président de la Région Grand Est, a démissionné de ses mandats et fonctions électives samedi, mettant un terme à 35 ans de vie politique. Retrouvez-ci-dessous son discours.

Les réactions

Roland Ries, maire (PS) de Strasbourg :

« Philippe Richert m’avait confié sa lassitude il y a plusieurs mois devant les attaques récurrentes qu’il subissait du fait de ses prises de position de Président de la Région Grand Est, respectueuses des décisions prises dans le cadre de la réforme territoriale, même si ces décisions n’étaient pas conformes à ce qu’il avait souhaité. L’annonce de sa démission ne m’étonne donc pas, mais je la regrette.

Philippe Richert a toujours été un homme de dialogue, soucieux du bien public. Nous avons géré ensemble de nombreux dossiers qui concernaient Strasbourg, et j’ai toujours eu avec lui un interlocuteur attentif, qui savait largement dépasser les clivages politiques dès lors que l’intérêt collectif était en jeu. Depuis son élection à la tête de la région Grand Est, il s’est montré attentif à l’intérêt de l’ensemble de ce nouveau territoire, tout en respectant Strasbourg dans ses prérogatives de capitale régionale et européenne. Scrupuleux du respect de tous les territoires qui composent le Grand Est, il s’est déplacé partout dans sa nouvelle région, avec une énergie hors du commun.

Je lui suis sincèrement reconnaissant du travail accompli. Je souhaite que la succession de Philippe Richert à la présidence de la Région Grand Est se déroule sereinement, et serai naturellement vigilant au respect des intérêts de Strasbourg et de son eurométropole par le prochain exécutif du conseil régional. »

Frédéric Bierry et Brigitte Klinkert, présidents des Conseils départementaux du Bas-Rhin et du Haut-Rhin :

« Bien plus qu’une décision politique, nous considérons cette démission comme la décision d’un homme et la respectons comme telle. Les désaccords que nous avons sur la réforme territoriale n’altèrent en rien le respect que nous souhaitons lui exprimer pour son engagement depuis 1982 au service de nos territoires, de leur développement et de leurs habitants. Nous ne souhaitons donc pas faire de cette décision personnelle, un fait politique.

Notre mobilisation pour l’Alsace n’a jamais été tournée contre un homme, mais portée pour le développement et l’avenir d’un territoire : celui de l’Alsace, dans l’intérêt des générations futures. Pour redonner à notre région la maîtrise de son destin, et donc de son attractivité et de son rayonnement au service de la dynamique économique et touristique de la France, dont l’Alsace est un moteur.

Il est temps pour l’Alsace de s’inscrire pleinement dans une nouvelle dynamique de développement et de prospérité. Nous avons entendu l’appel de la société civile : chercheurs, juristes, sportifs, chefs d’entreprises, acteurs associatifs… C’est pourquoi, nous affirmons plus que jamais notre volonté de travailler ensemble pour l’avènement d’une nouvelle Assemblée Territoriale d’Alsace. Notre démarche sera conduite avec les parlementaires et respectera tous les territoires alsaciens dans leur diversité. Elle associera également toutes les forces vives locales : élus, représentants du monde économique ou associatif, habitants, ainsi que nos partenaires transfrontaliers.

Ce projet partagé permettra à l’Alsace d’être une collectivité territoriale française du XXIe siècle : une Alsace ouverte, audacieuse et créative ; une Alsace multiple, épanouie, entreprenante et solidaire ; une Alsace à la vocation rhénane et européenne renforcée ; une Alsace pleinement utile à la France. »

Jeudi, le duo ultra-sollicité Ibeyi en étape rare à la Laiterie

Jeudi, le duo ultra-sollicité Ibeyi en étape rare à la Laiterie

Jeudi 5 octobre, le duo français Ibeyi présente son nouvel album sur la scène de La Laiterie. L’occasion de découvrir ce que sont devenues les sœurs Diaz après leur parcours mondial flamboyant.

Derrière Ibeyi se cachent bien plus de choses que l’on ne pense. Si ce mot, qui signifie « jumelles » en yoruba, traduit effectivement la composition du groupe – Lisa-Kaindé et Naomi, des sœurs jumelles de 22 ans –, il ne dit pas tout de leurs origines ni de la musique qu’elles proposent.

Mère vénézuélienne qui travaille dans le monde de la musique, père cubain membre du Buena Vista Social Club, les petites naissent et grandissent pourtant à Paris. Et chantent donc en français, en anglais et en yoruba, cette langue parlée au Nigéria et au Bénin et par les descendants d’esclaves africains outre-Atlantique.

ibeyi
Ibeyi (Photo Emma McIntyre)

Un cocktail ensorcelant

Un métissage qui est l’ADN de leur musique. Lorsque l’une apprend le piano, l’autre maîtrise les percussions. Lorsque l’une dit adorer le hip-hop, l’autre ne jure que par la soul et ses grands noms féminins. Le résultat est un duo incroyablement passionnant, qui a fait exploser toutes les limites de l’imagination dans un premier album éponyme.

On y entend de la pop sombre comme seule la Scandinavie nous en offre d’habitude. On y vogue sur des rythmes électroniques. Et on y suit les voix entremêlées des sœurs jusque sur des prières yoruba a cappella. Un cocktail qui se prend en grandes doses de live ensorcelant.

Le monde ne s’y est pas trompé. Repérées par un producteur anglais dès leurs débuts, qui a su conservé leur univers minimaliste, elles sont depuis apparues dans le court film « Lemonade » de Beyoncé, ont défilé pour Chanel, et rempli des salles partout dans le monde.

Elles sortent maintenant un deuxième album, Ash, et entament une tournée pour le présenter. Seulement une poignée de dates françaises avant de parcourir les États-Unis, avec un arrêt très attendu sur la grande scène de La Laiterie jeudi 5 octobre. Il va faire chaud avec Ibeyi.

Démissionnaire du Grand Est, Philippe Richert, victime collatérale du « dégagisme »

Démissionnaire du Grand Est, Philippe Richert, victime collatérale du « dégagisme »

Philippe Richert ne sera bientôt plus président de la Région Grand Est. Sa démission annoncée est le témoin du contexte politique actuel, qui vise à changer les têtes coûte que coûte.

Le contenu de la conférence de presse impromptue de ce samedi 30 septembre ne fait plus de suspense : Philippe Richert (LR) quitte le conseil régional du Grand Est et sa présidence. Indirectement, il fait les frais du « dégagisme » ambiant.
Phénomène électoral voire sociétal dans la plupart des démocraties occidentales, le « d . . .

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Gagnez deux places pour « L’orchestre d’hommes-orchestres » du festival Musica

Gagnez deux places pour « L’orchestre d’hommes-orchestres » du festival Musica

En partenariat avec le festival Musica, Rue89 Strasbourg vous propose de gagner deux places pour « L’orchestre d’hommes-orchestres », qui va reprendre des morceaux de Tom Waits au Point d’Eau à Ostwald jeudi 5 octobre.

L’homme-orchestre n’a qu’un talent : celui de les avoir tous – un peu. Fondé à Québec en 2002, L’orchestre d’hommes-orchestres (LODHO) en réunit six qui, tous, touchent à tout, en assumant de ne le faire qu’à moitié. Car la limite devient opportunité : n’être qu’un virtuose moyen de chaque instrument contraint et justifie la recherche de « solutions hors-pistes » radicalement indisciplinées. Leurs reprises de chansons de Tom Waits, présentées conjointement par Musica et L’Arsenal / Cité musicale-Metz, se révèlent alors être bien plus qu’un concert : un cirque musical réjouissant, foutraque et délirant – beaucoup. « Ils disent que je n’ai pas de tube et que c’est difficile de travailler avec moi… comme si c’était une mauvaise chose », grinçait Tom Waits en 2011, au moment d’être introduit au Hall of Fame. Celui qui a de nombreuses fois chanté le destin imaginaire de Frank (un vagabond alcoolique et bordélique) a, en effet, construit depuis 1971 une carrière remarquablement atypique : celle d’un véritable « homme-orchestre », auteur-compositeur-interprète-comédien-réalisateur et concepteur de spectacles. Le timbre rauque et abrasif de sa voix, le cynisme de ses textes et l’humour de ses mises en scène n’en ont pas moins fait de Tom Waits une icône du rock et de sa production un univers unique, dans lequel ne pouvait que s’épanouir l’esprit burlesque de LODHO.

Subtile différence…

Car celui-ci ne se contente pas de « jouer du Tom Waits » (comme ont pu le faire Bruce Springsteen, Jeff Buckley, Diana Krall, Tori Amos ou Cat Power) : il « joue à Tom Waits », avec tout ce que cela implique de recherche mimétique (le style vocal du chanteur est remarquablement décalqué) et de bricolage ludique. Hors la voix, la guitare et la basse, tous les instruments sont en effet inventés ou relèvent d’un usage détourné d’objets du quotidien (vous savez jouer de la théière ?) Plus encore : ces corps sonores sont eux-mêmes soustraits à leur seule fonction musicale pour donner lieu à d’abracadabrants gags visuels. Pièces de costume ou de décor, ils participent du tournoyant capharnaüm scénique organisé par les six artistes autour d’un pot de fleurs en plastique. Ça doit ressembler un peu à ça, chez Frank.

Le concours

Gagnez vos places pour Germinal au théâtre du Maillon

Gagnez vos places pour Germinal au théâtre du Maillon

Rue89 Strasbourg vous propose de gagner cinq invitations pour deux personnes pour assister à Germinal, de Halory Goerger et Antoine Defoort, au théâtre du Maillon le jeudi 12 octobre à 20h30.

Le pitch

Germinal, c’est l’histoire de l’homme primitif contemporain qui découvre qu’il pense, parle et, comme il n’est pas le seul, dialogue avec des congénères. Quatre acteurs s’interpellent sur scène, par association d’idées.

Fait avec les moyens du bord, ce spectacle, ingénieux et cocasse, nous fait traverser la naissance de l’humanité jusqu’à l’ordinateur, du langage, de la société mais encore de la création d’un spectacle avec, en bonus, la création d’un kit de survie en groupe !

Le Maillon propose trois dates pour la pièce franco-belge Germinal (Crédit Bea Borgers)

Le concours

Pour participez il vous suffit de remplir le formulaire si dessous. Le tirage au sort aura lieu le 6 octobre.

Au conseil de l’Eurométropole, les 33 communes visent 100% d’énergies renouvelables en 2050

Au conseil de l’Eurométropole, les 33 communes visent 100% d’énergies renouvelables en 2050

Le conseil de l’Eurométropole va se pencher sur la gestion de l’eau, des déchets et sur la marche à suivre pour devenir autonome en énergie dans plus de 30 ans. À suivre en direct à partir de 9h.

Le conseil de l’Eurométropole va aborder des sujets très techniques, mais importants. Les 100 élus de Strasbourg et des 32 communes environnantes vont se concentrer sur la gestion des déchets, et de l’eau à l’occasion du vote sur les rapports annuels. Ces documents compilent des centaines des chiffres et permettent à ceux qui s’y intéressent de voir les bons points, mais aussi les marges d’améliorations.

L’eau, moins chère

En ce qui concerne l’eau, transférée des communes vers les intercommunalités en 2015, une donnée ressort : le prix de moyen de l’eau à Strasbourg tend à baisser (2,88 euros contre 3,20 euros par mètre-cube en 2010) et sera harmonisé à 2,86€/m³ en 2020. Pour certains secteurs tel Strasbourg – sud, l’harmonisation se traduira tout de même par une légère hausse (+15 centimes/m³ en 5 ans).

Le sujet des déchets est pour sa part d’autant plus crucial que la collectivité n’a plus d’incinérateur pour cause d’amiante, ce qui entraîne environ 200 millions d’euros de surcoût entre les travaux, les détournements ou l’indemnisation du délégataire Séché Environnement. En clair, tout ce qui peut ne pas être jeté est une économie.

Cap sur les énergies renouvelables

Le gros dossier viendra ensuite, avec l’objectif d’atteindre 100% d’énergies renouvelables dans la métropole strasbourgeoise (contre 14% en 2014) en 2050. Comme l’accord sur le climat (COP 21) il s’agit d’un objectif fixé arbitrairement, qui n’a pas de valeur juridique en soi.

Le vote de vendredi vise à préparer un « schéma directeur des énergies » qui comprendra une assistance à maîtrise d’ouvrage. Sur les 150 000 euros prévus, l’Eurométropole ne déboursera que 27 500 euros, le reste des financements étant prévus par la Caisse des Dépôts et l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie (Ademe).

Sur l’ancienne raffinerie de Reichstett, le puits de géothermie permettra de se substituer au pétrole pour plusieurs dizaines d’années. Les travaux suivent leur cours. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Grands et moins grands projets

Pour réaliser cet ambitieux objectif, il y a quelques projets spectaculaires comme le déploiement de panneaux photovoltaïques sur les entrepôts de la CTS, trois puits de géothermie (celui de Reichstett a franchi les 2 600 mètres de profondeur sur 4 000 et les travaux pour celui d’Illkirch-Graffenstaden débutent en octobre), les chaufferies à bois du port et du Wacken, la transformation des eaux usées en gaz naturel à la station d’épuration de La Wantzenau, la tour de logements « à énergie positive » Élithis, mais d’autres aussi moins visibles comme des puits de géothermie peu profonds qui alimentent quelques immeubles place de l’Étoile et surtout des constructions plus économes.

Cela veut aussi dire faire preuve de sobriété en divisant par deux la consommation par rapport à celle de 2009, alors que la ville s’agrandit. Selon une étude de l’Ademe, passer à 100% d’énergies renouvelables en 2050 ne représenterait que 2% de surcoût, par rapport à 40%, toujours à l’horizon 2050.

L’énergie, partie émergée de la transition écologique, est un thème que le président Robert Herrmann (PS) porte activement depuis environ deux ans. Sur ce sujet, vu comme une source d’emplois locaux, d’innovation et de rayonnement à l’heure de la compétition entre métropoles, il est en plein accord avec les écologistes, en s’appuyant sur des financements nationaux.

À quand la végétalisation ?

Alain Jund (EELV), vice-président en charge de la transition énergétique estime que des marges de progression existent en créant des espaces verts sur les toits :

« Nous devons être plus pédagogues sur la végétalisation des toitures, sur l’intérêt cette cinquième façade qui apporte une amélioration du paysage, de la biodiversité, de l’absorption d’eau ou de la fraîcheur l’été. Les anciens immeubles ne sont pas assez robustes, mais les nouveaux peuvent le faire. »

Après les 29 points de l’ordre du jour, la majorité sera interpellée sur l’avenir du parc des expositions et le dialogue social à la CTS, qui a amené deux grèves le jour de la rentrée et de la fête de la musique (dernier jour du bac).

 

Ce samedi, place Gutenberg, le premier festival des migrations

Ce samedi, place Gutenberg, le premier festival des migrations

Place Gutenberg, de 10h à 18h, samedi 30 septembre, le collectif « pour une autre politique migratoire » organise son premier Festival des migrations. Une vingtaine d’associations seront présentes pour sensibiliser les strasbourgeois sur la question migratoire.

« L’objectif de la journée est d’interpeller les gens, de sensibiliser un public plus large sur la question des migrations. Mais de le faire sous une forme différente de celle d’une conférence où les gens sont obligés de s’asseoir et d’écouter pendant une heure » explique Bernard Klingenschmidt, président du Comité catholique contre la Faim et pour le développement (CCFD) – terre solidaire, l’une des associations membre du collectif « Pour une autre politique migratoire ».

Se mobiliser autrement avec de la musique et des animations

Pour ce premier Festival des migrations organisé par le collectif, d’autres associations ont souhaité se joindre à l’événement comme Médecins du monde ou la Ligue des droits de l’Homme. De 10h à 18h, place Gutenberg, une vingtaine d’entre elles seront présentes et certaines proposeront des animations pour sensibiliser de façon différente, parfois ludique, le public sur la question migratoire. Oxfam proposera par exemple un quiz sous forme de jeu de l’oie, avec des questions pour lutter contre les idées reçues sur les migrants.

Pour assurer la bande son et instaurer une ambiance plus légère, des groupes de musique de différentes régions du monde viendront faire découvrir leur musique. Chants grecs, musique méditerranéenne, marocaine ou tsigane, les organisateurs proposent un voyage auditif.

Objectif: sensibiliser mais aussi écouter

Concernant les débats, des « porteurs de paroles » interpelleront les passants pour parler avec eux de leur ressenti sur l’aide apporter aux migrants à Strasbourg et leurs potentielles idées pour améliorer leur accueil. Les paroles de chacun seront recueillies et transmises à la municipalité de Strasbourg et aux eurodéputés. Au-delà de la sensibilisation, l’idée de cette journée est également de laisser l’opportunité aux gens de s’exprimer.

Le 20 novembre 2013, le collectif organisait une chaine humaine allant jusqu’au Parlement européen (doc remis)

Pour donner un aspect plus concret aux revendications du collectif, des migrants seront présents pour raconter leur parcours et leur histoire. Comme les images sont plus explicites que les mots, la Cimade, Alarmphone et Makers for change proposeront également des expositions photos. « Les premiers pas sur la terre européenne » ou « Strasbourg invisible » mettent des images sur les débats concernant la question migratoire. Enfin, un film de 20 minutes « les disparus en mer », qui regroupe des témoignages de famille, sera également projeté.

L’événement sera l’occasion pour les strasbourgeois d’être en contact avec les associations, d’en savoir plus sur leurs actions, voire les rejoindre. Les organisateurs espèrent que son emplacement central permettra au Festival de toucher le plus grand monde, afin d’envisager de le transformer en événement régulier.

#Place Gutenberg

VR Portal, première salle dédiée à la réalité virtuelle, ouvre à Strasbourg

VR Portal, première salle dédiée à la réalité virtuelle, ouvre à Strasbourg

La première salle dédiée à la réalité virtuelle du Grand Est a ouvert à Strasbourg, près du Zenith. Les deux co-fondateurs de VR Portal, des passionnés de jeux vidéos, veulent proposer aux amateurs un cadre confortable et sécurisé pour des soirées entre amis, à 19€ de l’heure.

C’est dans la zone commerciale d’Eckbolsheim à l’ouest de Strasbourg que la première salle du Grand Est dédiée à la réalité virtuelle a ouvert. Sept casques, reliés à autant d’ordinateurs surpuissants, attendent les amateurs de ces jeux vidéos immersifs, qui permettent d’incarner un personnage dans un environnement virtuel. Le champ visuel est entièrement reproduit dans un casque qui traque les mouvements de la tête, et modifie l’affichage en conséquence. Des capteurs permettent de suivre les mouvements des mains et du corps, pour le reproduire dans le jeu. Au final, le joueur a le sentiment d’incarner un personnage.

Les ordinateurs, les casques Occulus de Rift et Vive de HTC, et les jeux proposés par VR Portal sont les mêmes que ceux qui sont disponibles dans le commerce mais, pour Hakan et Ali, les deux fondateurs trentenaires de cet espace, VR Portal permet de jouer dans de bien meilleures conditions que chez soi :

« Quand on est dans un salon, on peut prendre le risque de faire un mouvement un peu brusque et de casser quelque chose ou de frapper quelqu’un par inadvertance. On peut se prendre les pieds dans les câbles et tomber aussi. Et tous les salons ne sont pas suffisamment grands pour pouvoir évoluer dedans sans risque avec un casque sur la tête. À VR Portal, chaque espace est vierge, même les ordinateurs ont été évacués dans une autre salle. Et on a créé un système de câbles rétractables qui se place sur le casque sans s’emmêler, ce qui améliore grandement l’immersion. »

Gros passif de gamers des cofondateurs

Ali est ingénieur, il a installé les ordinateurs et le réseau. Hakan est électricien, c’est à lui que la salle doit son système de câbles rétractables. Ils ont tous les deux « un gros passif de gamer » mais Hakan a aussi une passion pour l’éclairage LED et il s’est chargé d’en installer partout, ce qui donne à l’endroit un petit côté « K-2000« , un brin kitsch mais qui peut plaire aux « gamers », la cible de VR Portal.

Une trentaine de jeux sont déjà disponibles, qui peuvent être utilisés solo ou en équipe :

« C’est le grand avantage de notre salle, on peut jouer avec ses amis sans avoir chacun à débourser 2 000 à 2 500€ pour un PC plus un casque… Beaucoup viennent seuls pour essayer puis ils reviennent avec leurs amis. On compte beaucoup sur cette dynamique de groupe. »

Ali et Hakan ont pris de gros risques pour ouvrir cette salle, ils ont investi chacun 37 000€ de leurs économies personnelles car aucune banque n’a accepté de leur prêter le moindre argent pour démarrer leur activité. D’origine turque, Ali et Hakan ont-ils été victimes de discrimination bancaire, comme une enquête du Défenseur des droits l’a démontré à Villeurbanne ? Ali et Hakan n’en sont pas persuadés :

« On a travaillé un business plan détaillé avec un expert comptable depuis plusieurs mois mais les banques nous ont dit qu’il « n’existait pas de modèle » pour notre affaire. Et c’est vrai, le marché est naissant. Il y a moins d’une dizaine de salles comme la nôtre en France. Les technologies de gestion d’abonnement et des licences collectives pour les jeux commencent tout juste à arriver… Et on ne sait pas quels seront les évolutions des coûts du matériel pour l’avenir. Donc ça fait beaucoup d’inconnues. »

C’est Hakan qui a conçu l’environnement lumineux de VR Portal (Photo PF / Rue89 Strasbourg)

Démarrage en douceur

C’est pourquoi Ali et Hakan démarrent doucement : un seul salarié à mi-temps, des horaires d’ouvertures limités aux soirées et aux week-ends et la mobilisation de la famille proche pour la communication, la gestion, etc. Travailleur indépendant, Hakan garde ses missions ponctuelles tandis qu’Ali, ingénieur télécoms, reste salarié.

« On espère que ça va prendre et qu’on pourra se développer. Les premières semaines sont encourageantes alors qu’on n’a pas communiqué et qu’on a fonctionné uniquement sur réservation. Et puis il y a beaucoup de développements possibles : on peut accueillir des séminaires pour les entreprises, développer nos propres jeux, ouvrir plus de salles et installer des tapis pour simuler le déplacement. Le top du top, ce serait de s’installer dans une salle de 300 m², avec des équipements entièrement sans-fils : les utilisateurs emportent les ordinateurs dans un sac sur le dos et peuvent se déplacer, dans la réalité et dans le jeu. Une seule salle en Europe propose ça. »

Pour les tarifs, Ali et Hakan ont observé ce qui se pratiquait dans les salles similaires. Beaucoup oscillent autour de 20€ à 25€ de l’heure, les casques de VR Portal sont accessibles à partir de 19€ de l’heure. Des cartes d’abonnement permettent de faire baisser le coût horaire (100€ pour 7 heures). VR Portal propose aussi quelques consommations et espère installer un esprit « cyber-café » :

« On va créer une équipe strasbourgeoise pour faire des matchs contre d’autres salles de réalité virtuelle, comme L’Iréel à Lille par exemple. On devrait assez rapidement voir exister un petit tournoi national sur quelques jeux les plus importants. »

Quand des nuages de fumées se dégageaient du port du Rhin

Quand des nuages de fumées se dégageaient du port du Rhin

Alors que les Strasbourgeois redécouvrent leur port à l’occasion de l’extension du tramway au delà du Rhin, voici quelques images d’archives issues de son passé industriel. À l’époque, le port était un noeud logistique pour les énergies fossiles et d’immenses tours stockaient de la vapeur pour produire de l’électricité, dans un vacarme assourdissant !

Aujourd’hui au port du Rhin, les foodtrucks s’installent en masse, les artistes remplacent les ouvriers à la Coop et de nouveaux habitants investissent ce quartier qui était loin de tout avant que le tramway ne revienne le relier au centre-ville de Strasbourg.

Mais qui se souvient du port industriel ? Les deux grues sur les docks Malraux témoignent d’un passé qui a été balayé en une dizaine d’années mais dont certains se souviennent. Comme le montrent ces images d’archives de l’ORTF, diffusées par l’INA, les énormes installations du port s’hérissaient dès les bassins Austerlitz, Vauban et Citadelle. Car dans les années 50, le port de Strasbourg était un « hub » énergétique pour le pays, comme l’explique Didier Bonnet, journaliste et auteur de « Un port au coeur de la ville » :

« Dès le début du XXe siècle, la gestion du port de Strasbourg a été confié aux milieux économiques. De par sa situation, le port s’est trouvé en capacité d’être un noeud logistique pour les énergies fossiles à destination du reste du pays, avec le pétrole qui venait de Rotterdam et le charbon de la Ruhr. Le port a aussi reçu un coup de pouce de l’État, afin de bénéficier d’une taxation identique à celle des ports de mer… Il s’en est suivi un âge d’or avec l’installation d’industries lourdes consommatrices d’énergie : papeterie, génie mécanique, acieries et même du textile dans toute la zone du port sud… »

Aujourd’hui, certaines de ces usines existent encore aujourd’hui mais ont changé de nom. Stracel est devenue Blue Paper, Solac est devenue NLMK Coating, etc. En revanche, le port a reculé par rapport à la ville et la plupart des installations visibles dans le film n’existent plus. Les grands portiques en acier (à 42 s.) étaient utilisés pour les charbonnages et ont été démontés dans les années 70.

À l’arrière plan, des armatures pour des réserves de vapeur (capture d’écran / INA)

D’immenses réservoirs de vapeur

À partir de 1 mn 15, ce sont les impressionnantes installations électriques. À l’époque la production d’électricité provenait du charbon et les usines de génération se trouvaient le long de ce qui s’appelle aujourd’hui l’avenue du Rhin. Didier Bonnet précise :

« À l’arrière plan, on aperçoit de grandes structures cylindriques. Ce sont des armatures qui guidaient une sorte de sac géant qui servait à stocker de la vapeur pour produire de l’électricité. Je me souviens du bruit et de la fumée que produisaient ces installations lorsqu’elles étaient en service, et qui nous fascinaient quand nous étions plus jeunes. On se trouve pas loin de l’actuel Vaisseau. »

À 2 mn, on aperçoit un chantier naval. Il a également disparu, le dernier bateau construit à Strasbourg a été lancé dans les années 60. Il s’agissait de navires de transports pouvant atteindre presque 100 mètres de long.

Quant aux gravures au début du film, elles montrent le « port de la tête noire », tel qu’il était dès le XIVe siècle à Strasbourg. Il se trouvait au niveau de l’actuelle Ancienne Douane. On voit aussi une gravure du canal de Zurich, qui permettait de relier le Rhin, inexploitable à cette époque (relire l’épisode de notre série « Au bout de la rue, la ville » consacré au port du Rhin).

Pour Didier Bonnet, le port du Rhin actuel n’a pas démérité :

« À la fin du Moyen-Âge, les bourgeois de Strasbourg ont voulu se payer la plus grosse grue de l’époque. Et ils l’ont fait, elle pouvait alors soulever des chargement d’une tonne, du vin essentiellement. Aujourd’hui, le port autonome s’enorgueillit de disposer de la plus importante machine de levage de l’espace rhénan, capable de soulever plus de 500 tonnes, ce qui est pratique lorsqu’il faut charger les pièces en provenance d’Alstom notamment. Ils sont toujours dans la même tradition qui consiste à disposer du meilleur équipement de leur secteur. »