Les Strasbourgeois pourront-ils encore emprunter la piste le long du Conseil de l’Europe et du Parlement européen (voir notre article) ? Comme l’a souligné l’association de cyclistes le CADR, ces berges, quai du bassin de l’Ill, sont des axes importants pour ceux qui vont travailler à vélo (de la Robertsau vers le centre, aux institutions européennes, à Arte, etc), en plus d’offrir un cadre agréable aux promeneurs.
En tout cas, la Ville de Strasbourg n’a guère goûté de . . .
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Photo : credit: ActuaLitté via Visual Hunt / CC BY-SA
Contre les « mesures négatives qui s’accumulent pour les agents de la fonction publique, » 10 syndicats ont appelé à la grève et à manifester, mardi 10 octobre. À Strasbourg, le mouvement aura notamment pour conséquences la fermeture des cantines scolaires. Un cortège partira de la place Kléber.
Rétablissement du jour de carence, gel du point d’indice, hausse de la CSG, suppression de 120 000 postes envisagée… Autant d’atteintes portées à la fonction publique qui conduisent dix syndicats de la fonction publique (CNT, CFDT, CFE CGC, CFTC, CGT, FA, FO, FSU, UNSA fonction publique, Union syndicale solidaire) à appeler à une journée d’action mardi 10 octobre.
Après les mobilisations des 12 et 21 septembre dans le secteur privé contre les ordonnances visant à réformer le Code du travail, c’est au tour des syndicats de la fonction publique d’appeler à la mobilisation. La date correspond à celle d’un rendez-vous salarial avec le ministère de l’Action et des comptes publics.
Plusieurs manifestations sont prévues en France. À Strasbourg, le cortège partira à 10h de la place Kléber. Une page Facebook a été créée pour l’événement.
Des perturbations à prévoir dans l’éducation, les transports et la petite enfance
Ecoles, crèches, accueils périscolaires… La mobilisation des agents de la fonction publique aura un important impact sur de nombreux services publics. La Ville de Strasbourg annonce que l’ensemble des restaurants scolaires seront fermés. Dans de nombreuses écoles, 37 dans le Bas-Rhin dont 13 à Strasbourg (voir encadré en fin d’article), selon un bilan partiel du syndicat SNUipp-FSU, les cours ne seront assurées.
Dans les autres, la Ville de Strasbourg tente de maintenir un « accueil minimal » pour lequel il fallait s’inscrire avant vendredi. En ce qui concerne l’accueil périscolaire, la mairie prévoit qu’ils seront assurés « dans la mesure du possible » dans les écoles ouvertes.
Transports : quelques cars impactés
Les syndicats de la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS) n’ont pas appelé à participer à ce mouvement. Néanmoins, quelques perturbations sont à prévoir dans la circulation des bus et des trams, en raison de la présence du cortège de la manifestation.
Sur le Réseau 67 d’autocars, les lignes 233 (Westhoffen – Nordheim) ; 263 : (Benfeld – Erstein à l’exception du circuit spécifique réservé aux primaires de l’Ecole Anne Franck d’Erstein) et 404 : (Truchtersheim – Saverne) ne circuleront pas en raison du mouvement chez le sous-traitant Transdev Grand Est.
Plusieurs syndicats ont appelé les cheminots de la SNCF à se joindre au mouvement, mais la compagnie de trains n’anticipe pas de perturbations particulières.
L’USAC-CGT a également appelé les contrôleurs aériens à participer au mouvement. Pour le moment, l’aéroport de Strasbourg n’a aucune information sur les éventuels impacts du mouvement de mardi sur les lignes au départ et à l’arrivée de Strasbourg. En cas d’annulation de vols, les informations seront accessibles le jour même dans la rubrique « vol en temps réel » du site de l’aéroport.
Cet article sera mis à jour en fonction des informations reçues sur l’ampleur des mobilisations.
Branle-bas de combat chez les cyclistes ! Comme l’a découvert le blog de la Robertsau, des travaux le long de l’Ill sont annoncés. Il s’agit de fermer un passage le long du Parlement européen de Strasbourg et du Conseil de l’Europe. Cette voie au bord de l’eau est très appréciée par les cyclistes, piétons ou sportifs.
Ni de une, ni de deux, le Comité d’Action Deux Roues (CADR 67) appelle à une manifestation pour protester contre la fermeture de ce passage, à bicyclette et sur place, jeudi 12 octobre à 17h30 :
« Cet itinéraire pour cyclistes et piétons est un maillon important pour les déplacements doux dans ce quartier et vers le centre-ville. »
L’institution a indiqué les travaux sur trois feuilles de papier A4, affichées sur des grilles près du Parlement, dans une pochette plastique. Dans ces notes, le Parlement annonce des travaux de « sécurisation du périmètre du Parlement ».
Des fermetures exceptionnelle ?
Contactée, le Parlement européen a réagi en début de semaine expliquant que cette fermeture serait limitée « en cas d’alerte ». Mais cette explication ne convainc guère le CADR 67 et d’autres associations de piétons, cyclistes et habitants qui ont maintenu l’événement.
Ils ont en tête la fermeture unilatérale et sans avertissement sur l’autre rive et pensent que si un dispositif est en place, il sera très tentant de le fermer au moindre prétexte.
Un axe de passage sécurisé et important serait fermé (par le CADR 67)
Comme le remarque le blog de la Robertsau, la Ville de Strasbourg indique sur son site Strasmap qu’il s’agit de l’une de ses voies cyclables et y fait passer la Vitaboucle numéro 2, un itinéraire de course à pied sécurisé en ville. La municipalité a également découvert ce projet de fermeture des berges et compte s’en mêler (voir notre article de l’édition abonnés).
Pas d’alternative convaincante
L’autre rive, le long du bâtiment Louise Weiss qui héberge l’hémicycle, avait déjà été fermée au public suite aux attentats de novembre 2015 à Paris, en accord avec la Préfecture du Bas-Rhin. L’itinéraire était également agréable mais il est moins emprunté.
Pour les cyclistes, il serait toujours possible de prendre une autre piste cyclable, avenue de l’Europe, mais bien moins pratique car cisaillée par une rue et les personnes qui se rendent à pied au Conseil de l’Europe. Surtout, cet axe fait déboucher sur l’allée de la Robertsau, un axe très fréquenté et absolument pas aménagé pour les cyclistes.
Y aller
Rassemblement pour maintenir les berges accessibles, jeudi 12 octobre à 17h30, quai du bassin de l’Ill à Strasbourg.
Le CPER arrive bientôt à sa révision de mi-parcours. Le CPER, késako ? Le Contrat-plan État-Région. Il s’agit de grands investissements que l’État co-finance. Désormais, il est négocié à l’échelle Grand Est, mais le principe est identique puisque certains projets sont à l’échelle de villes ou de départements.
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Laurence Vaton sera bien la référente de « La République en Marche » dans le Bas-Rhin pour les trois ans à venir. Nommée par intérim à l’été suite à l’élection comme député de Bruno Studer, elle a été confirmée dans ses fonctions après le processus d’évaluation prévu partout en France. Des militants s’étaient étonnés de cette nomination et trouvaient que l’évaluation dans les comités locaux tardaient à démarrer.
Dans l’opposition à Strasbourg, Laurence Vaton est la boss d’En Marche dans le Bas-Rhin pour 3 ans (capture conseil municipal)
Consultante en santé environnementale, Laurence Vaton est conseillère municipale à Strasbourg. Élue sur la liste d’opposition menée par Fabienne Keller en 2014 (LR – MoDem et société civile), pour le compte du MoDem, elle a rejoint « En Marche » en février 2017. Elle est aujourd’hui membre du groupe « Strasbourg en Marche » au conseil municipal, fondé durant l’été avec d’anciens membres du Parti socialiste.
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C’est un sujet qui revient tous les trois ans à Strasbourg, le fameux contrat triennal État-Région (CPER). D’une durée de trois ans, il se chiffre en plusieurs dizaines de millions d’euros, et doit renforcer la dimension européenne de la ville. Son montant a baissé à chacune des trois dernières éditions (voir l’infographie en fin d’article).
Les projets (transports, symboles, Université et Culture) sont cofinancés par l’État, les collectivités territoriales (Ville et Eurométropole de Strasbourg . . .
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La chambre disciplinaire du conseil régional de Bourgogne de l’ordre des médecins a condamné le Dr Raphaël Moog à une interdiction d’exercice de la médecine pendant trois ans assortie d’un sursis de deux ans. Chirurgien aux urgences du centre hospitalier de Hautepierre, le Dr Raphaël Moog a déjà été condamné à 15 mois de prison avec sursis par la Cour d’appel de Colmar pour « homicide involontaire par imprudence ou négligence » en septembre 2016, pour avoir trop longtemps hésité à enlever la rate de Maxime Walter, cycliste de 15 ans, en 2008 (voir tous nos articles). Cette hésitation a provoqué la mort de l’adolescent.
Le Dr Raphaël Moog avec son avocat Me Bernard Alexandre lors de son procès en première instance. Photo : PF / Rue89 Strasbourg / cc
La justice ordinale va donc plus loin que la justice pénale, qui n’avait pas prononcé d’interdiction d’exercer. Le chirurgien avait d’ailleurs été maintenu par les hôpitaux universitaires de Strasbourg à son poste de chef de service des urgences de l’hôpital des enfants de Hautepierre. Les juges soulignant qu’il avait, depuis 2008, réalisé des centaines d’opérations et « qu’aucun accident grave (n’avait) été révélé à son encontre ».
« Graves erreurs »
Dans sa décision, la chambre disciplinaire du conseil régional de Bourgogne de l’ordre des médecins considère que le chirurgien « a commis de graves erreurs dans la prise en charge » de Maxime Walter et précise que l’interdiction d’exercer débute « le 1er décembre jusqu’au 30 novembre 2018. » Elle complète sa décision par l’obligation pour le Dr Moog de suivre une formation sur la prise en charge des traumatismes de la rate.
Le conseil régional de l’ordre des médecins d’Alsace est chargé de mettre en œuvre cette condamnation. Ce même conseil s’était déporté lorsqu’il a été saisi de ce dossier.
Suite au départ des sans-abris installés sur son terrain vague rue du Rempart, la municipalité a labouré le sol et ajouté un panneau « espace vert ».
Plus personne n’habite sur le terrain de la rue du Rempart derrière la gare de Strasbourg. Et pour cause, le terrain a été labouré une fois que les occupants ont été redirigés mardi 3 octobre au matin, vers un gymnase à la Meinau (voir notre article).
Les demandeurs d’asile ont peu de chance de rester
Cet accueil provisoire de trois jours maximum doit s’arrêter ce vendredi 6 octobre. Dans ce laps de temps, la Préfecture est sensée traiter le cas de toutes les personnes et trouver une solution d’hébergement temporaire à ceux en règle, ce qui comprend les demandeurs d’asile en cours d’instruction. Les personnes en situation irrégulière sont redirigées vers leur pays d’origine.
Une fois les sans-abris partis, le sol retourné (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Une grande partie de la centaine de personnes comptabilisée sont des demandeurs d’asile issus d’Albanie, mais aussi du Kosovo ou de Serbie. Le secrétaire général de la Préfecture Yves Séguy a prévenu que toutes les situations seraient examinées « dans le strict respect du droit, avec humanité et fermeté ». Il a ajouté qu’en règle générale, environ 8 demandes sur 10 sont refusées, car les Balkans sont considérés comme des pays « sûrs ».
Un nouveau panneau « espace vert »
Du côté du quartier gare, les deux terrains ne sont plus plats et le moindre épisode pluvieux le transformerait en champ de boue. Il devient donc quasi-impossible d’y planter une tente. Ce lieu est choisi par les personnes sans-abris notamment car quelques structures d’aide social (Horizon Amitié, Les Restos du cœur) se trouvent à proximité. Les tentes avaient été parfois prêtées par des associations de solidarité qui organisaient un peu de logistique sur place.
Entre la gare et une route, un nouvel espace vert strasbourgeois (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
La Ville de Strasbourg a ajouté un panneau annonçant que cette bande de terre est désormais un « espace vert », coincé entre une route et les voies de la gare. Le règlement est ainsi indiqué. Il ne précise pas noir sur blanc qu’il est interdit d’y camper, mais que toute installation de structure ou un feu est interdit. Lorsque nous nous sommes rendus sur place, des membres du collectif « D’ailleurs, nous sommes d’ici » constatait la situation, circonspects.
Dans un communiqué, l’organisation regrettait que « leur sort [soit] réglé d’avance, la grande majorité sera mise dans les centres de rétention et expulsée vers les pays qu’ils ont fuis. »
Opération prévue
Pour l’adjointe au maire en charge des solidarités, Marie-Dominique Dreyssé (EELV), cette manœuvre était prévue :
« L’opération s’est effectuée l’après-midi à 16h. C’est une manière de signifier que le terrain n’est plus occupé et de dire qu’il faut trouver une autre solution d’accueil. »
En revanche, l’élue ne savait pas que le panneau espace vert était apposé.
Un oubli au moment de partir (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Tirer un bilan rapide
Suite au recours par la Ville et l’Eurométropole, une évacuation par la force est autorisée à partir de fin novembre. Pas sûr que la police ait besoin d’intervenir à cette date.
Un bilan du transfert et de la réorientation depuis le gymnase et d’autres centres d’accueil doit être tiré par la municipalité rapidement après la fin de l’opération, peut-être dès ce vendredi.
Anne Mahler est illustratrice d’albums jeunesse. Travailleuse et créative, elle exerce sa passion dans des livres, à l’école, pour des artisans… De sa maison de campagne alsacienne, elle passe maintenant par YouTube pour éveiller des vocations chez les plus jeunes.
Il suffirait de tricher un peu pour dire que le nom d’Anne Mahler la prédestinait à son métier d’illustratrice (en allemand, Maler signifie peintre et dessinateur). Cette alsacienne de 27 ans s’est lancée voilà cinq ans dans les illustrations de livres jeunesse. Aujourd’hui, on trouve ses dessins colorés, au crayonné vivant, dans de nombreux albums, comme Epaminondas ou L’Agenda de la petite souris.
Elle vient de publier son onzième livre, La Sorcière verte joue au docteur, illustré à l’aquarelle. Et depuis mai, elle alimente sa chaîne YouTube, So Easy. Une nouvelle expérience à côté des interventions dans les écoles, des missions de graphisme, et de peinture occasionnelle de fresques.
Une histoire de famille
Sa situation actuelle, elle était loin de l’imaginer il y a une dizaine d’années, quand elle était au lycée dans la vallée de Munster (Haut-Rhin) :
« J’ai grandi dans l’hôtel-restaurant de mes parents, à Hohrodberg, qui n’est même pas assez grand pour être un village. Après le bac, je ne savais pas trop ce que je voulais faire, mais je voulais partir, je voulais la ville. Mais dans les tests d’orientation, il n’y a rien qui me correspondait… Et puis mon entourage m’a dit de faire du dessin, puisque je passais mon temps à faire ça. »
Anne Mahler a hérité sa passion de son grand-père, dessinateur passionné mais qui n’a jamais pu en faire son métier. Il avait quand même laissé sa marque dans la région :
« Mon grand-père était à fond dans le dessin ! Il a réalisé beaucoup de fresques, il y a ses dessins sur des façades de bâtiments un peu partout en Alsace. »
C’est dans sa maison qu’Anne Mahler a installé son atelier où elle prépare, entre autres, son prochain album (Doc remis)
Bosser « comme des fous »
Elle se rend d’abord à Strasbourg pour entamer un cursus en arts visuels. Si elle n’y trouvera pas trop son compte, elle en profitera pour créer son « book » :
« C’était plus une année sabbatique qu’une année de fac. Il y avait trop d’histoire de l’art et pas assez de dessin. Du coup, j’en ai profité pour monter mon dossier pour entrer dans des écoles d’art ».
Elle sera prise à l’école Pivaut de Nantes, une école privée d’arts appliquées et de « dessin narratif ». Elle raconte :
« On a bossé comme des fous pendant trois ans, et j’ai pris la spécialité illustration. J’aimais bien les livres pour enfants, ça correspondait bien à mon style. »
Elle se décide pour ce domaine et se met à démarcher des éditeurs, même avant la fin de ses études. Celle qui se décrit comme « stressée de la vie » raconte sa peur de ne jamais décrocher de contrats, notamment après une mauvaise expérience au salon du livre :
« Une fois, avec mes amis, on avait débarqué à 3-4 au salon du livre de Montreuil pour montrer nos books, mais c’était catastrophique. Je me suis vraiment fait refouler. On me disait que mes couleurs étaient fades. Depuis, j’ai essayé de m’améliorer. »
Provoquer la chance pour se maintenir à flot
Pourtant, dès la sortie de l’école, la chance lui sourit. Après s’être réinstallée dans le Haut-Rhin (à Obersaasheim, près de Neuf-Brisach) avec son compagnon, illustrateur lui aussi, elle crée un premier projet qu’elle met sur son blog, « Augustin le Babouin ». Et là, les éditeurs commencent à la contacter :
« La première année, les contrats se sont enchaînés. J’ai pu sortir mon premier livre à la fin de l’été avec les éditions Retz, puis un deuxième avec les éditions Gründ, puis un troisième, etc. Je crois que je suis tombée au bon moment avec le bon projet. »
Si elle travaille aujourd’hui avec une dizaine d’éditeurs, elle se dit toujours anxieuse et stressée par son statut d’indépendante… dépendante des contrats :
« Je dois démarcher les éditeurs tous les deux-trois mois, il faut garder la motivation. Et puis il faut négocier, faire les devis, et j’ai parfois encore du mal à évaluer ce que vaut mon travail. Il arrive aussi qu’on se fasse des espoirs et qu’un devis ne soit finalement pas accepté. »
Si Anne a fait de sa passion son métier, le revers de la médaille est de ne pas toujours avoir un confort financier :
« Parfois on nous parle d’un projet et on nous propose de le faire pour… 0€. Même quand on me propose 400 ou 500€, c’est insuffisant étant donné que je peux y passer deux ou trois mois. En général, les contrats sont plutôt autour de 2 000€. Ce sont des avances sur droits, c’est-à-dire que théoriquement je touche un peu des droits tirés des ventes, entre 4 et 6%, mais comme elles ne sont pas exceptionnelles ça ne représente presque rien. En fait, je ne pourrais pas vivre que de la vente de mes livres, ça ne marche que quand on est connu ».
Anne Mahler a maintenant une dizaine d’albums à son actif, et prépare son premier livre en tant qu’auteure (Photo DL / Rue89 Strasbourg / cc)
Illustratrice multi-tâches
Du coup, comme la petite entreprise qu’elle est, Anne Mahler diversifie ses activités, et ça, ça marche plutôt bien :
« Depuis quelques années, j’ai commencé à faire des interventions scolaires pour faire des ateliers dessins. Les écoles ont dû se passer le mot, car maintenant je suis régulièrement sollicitée par plusieurs établissements. »
Le réseau et sa petite renommée locale, c’est aussi ce qui lui a ouvert d’autres opportunités. Des artisans lui passent des commandes, ce qui lui permet de faire des missions de graphisme. Elle s’y était déjà exercée toute seule, comme par exemple sur ce sac en coton bio qu’elle porte à l’épaule, et pour lequel elle a réalisé des illustrations de fruits et légumes :
« Je réalise des commandes pour des professionnels et des particuliers. Ça me plaît beaucoup, c’est génial ! Maintenant je fais aussi des dédicaces, où parfois je suis payée. J’ai aussi réalisé une fresque pour la clinique des Diaconesses à Strasbourg, qui l’avait commandée à mon grand-père. Il n’était plus en état de le faire, alors avec mon copain, on a pris la relève. J’ai aussi trouvée une agence d’expositions, qui m’a permis d’exposer récemment des planches originales pour la première fois. »
Anne Mahler diversifie ses activités et vend par exemple ce sac en coton dont elle a réalisé les illustrations (Doc remis)
L’univers de l’illustratrice est fait de personnages imaginaires, comme ici la Sorcière Verte, et d’animaux colorés (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)
Transmettre sa passion aux plus jeunes
Récemment, les interventions dans les écoles l’ont poussée à réaliser un nouveau projet : une chaîne YouTube. Sur So Easy, lancée en mai 2017, elle apprend en quelques minutes et avec des gestes simples à dessiner des animaux, des personnages de contes, des plantes, etc. :
« Je me suis rendue compte dans les écoles que tout le monde est capable de faire des dessins. Au début, je visais un public enfant, mais j’ai réalisé que beaucoup d’adultes aussi suivaient mes vidéos. Ils les regardent en famille aussi. Certains m’ont dit que leurs enfants sont vraiment « à fond. » Peut-être que certains voudront devenir illustrateurs, c’est bien si ça les aide. Moi je n’avais pas eu ça. »
Elle considère qu’Internet aujourd’hui permet d’apprendre plus facilement. En tout cas, elle est adepte de l’apprentissage en ligne :
« À l’époque, on avait des forums de dessins. J’y mettais mes dessins et on me donnait des conseils. C’est quelqu’un qui était passé par l’école Piveaut qui m’en avait parlé. Il était très doué, ça m’avait vraiment motivée. »
Pour sa chaîne YouTube, elle s’est formée en montage, pour perfectionner ses vidéos, la lumière, l’angle, le son… Comme tous ses nouveaux projets, elle a foncé tête baissée :
« Pendant le premier mois, j’ai posté des vidéos tous les jours. Sachant qu’il faut gérer le dessin, filmer, monter la vidéo etc. Mais ça faisait longtemps que je n’avais pas fait quelque chose pour moi. Je n’en dormais pas la nuit, j’étais trop excitée par mon projet. »
Aujourd’hui, ses 140 abonnés (et n’importe quel internaute) peuvent piocher dans plus de 40 vidéos pour apprendre à dessiner une loutre, un panda roux, un mignon petit hérisson, ou même Belle de La Belle et la Bête. Mais c’est le flamand rose qui a eu le plus de succès avec près de 1 000 vues. De nouveaux tutoriels sont à venir, mais le rythme indéterminé.
Comment dessiner un mignon panda roux ? (vidéo Anne Mahler / YouTube)
Un univers façonné par la nature alsacienne
Anne Mahler l’admet volontiers, son univers est fait d’animaux, de plantes, de couleurs vives, bref, il s’inspire de la nature dans laquelle elle a grandi :
« Mes jeux, c’était dans la nature. Et j’ai eu tous les animaux de compagnie possibles : un écureuil, des chats… et même un faon à trois pattes ! »
C’est pour cela qu’elle s’est réinstallée à la campagne. À Obersaasheim, il n’y a « rien » selon ses mots, mais c’est ce qu’elle cherchait. Elle qui travaille toujours chez elle voulait retrouver le calme de son Alsace, et c’est chose faite dans la « maison de ses rêves » :
« Je cherchais à avoir mon atelier, un potager, un jardin, et tout cela pour un prix abordable, et c’est ici qu’on l’a trouvé. C’est chouette, on a une vue sur les montagnes. Mon copain était très motivé pour venir ici, pour la neige surtout. C’est drôle, il trouvait que venir en Alsace c’était comme aller à l’étranger. »
Si elle n’exclut pas de bouger à l’avenir, pour l’instant, elle se sent très bien là où elle est, et elle l’exprime en riant et avec une pointe d’ironie :
« L’Alsace, ça vous gagne ! C’est vraiment beau. Et même si on est loin de tout, on sera bientôt mieux connectés, on aura bientôt la fibre optique ici, alors c’est parfait ! Pour envoyer des planches aux éditeurs, ce sera beaucoup plus simple. »
Et malgré les difficultés et les doutes, la jeune artiste se dit de plus en plus sereine et satisfaite de son quotidien :
« J’apprends à vivre au jour le jour, à moins m’inquiéter d’avoir une certaine sécurité, car dans ce métier… il n’y en a pas ! Je ne sais peut-être pas comment va se passer le mois prochain, mais j’ai toujours eu de la chance… Finalement, nous sommes heureux comme ça même si on ne sort pas beaucoup. On choisit nos horaires, il n’y a jamais de journée type ! Financièrement, on s’en sort, on arrive même à manger bio ! »
Pour gérer son stress, elle s’est mise à s’intéresser à l’univers du bien-être, du développement personnel. Pendant un temps, elle a lu tous les livres qu’elle trouvait sur le sujet. Et maintenant, elle l’aborde dans son premier livre pour enfant, dont elle écrit les textes pour la première fois :
« Avant je n’osais pas vraiment, mais cette fois je me suis lancée. Je suis en train de le finir. C’est toujours un livre pour enfants, mais les textes portent un message de développement personnel. C’est un éditeur avec qui j’ai déjà travaillé (les éditions du Père Fouettard), qui me fait une totale confiance, alors ça aide. »
Rendez-vous au début de l’année prochaine pour découvrir si cette première tentative d’auteure-illustratrice, Le Monstre du Miroir, sera l’album de la sérénité pour Anne… et pour ses lecteurs.
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Professeur en sciences de l’éducation à l’Université de Strasbourg, Pascal Marquet ne prévoit pas un grand avenir à la « gamification. » Pour lui, les mécanismes ludiques font partie de l’apprentissage depuis longtemps.
Les sites de rencontres, les jeux de rôles en ligne, les Zombies Walk, le Cosplay, les réseaux sociaux, Pokémon Go… De nombreux rendez-vous sociaux ont été maquillés avec des pratiques ludiques, jusque dans le monde du travail avec les Serious Games. On appelle ce mécanisme la « gamification » (ou ludification en bon français).
Mais notre vie est-elle soluble dans le tout ludique ? Jusqu’où peuvent aller ces mécanismes et avec quelles conséquences ? Pour en parler, Rue89 Strasbourg et le Shadok organisent jeudi soir une conférence-rencontre avec Pascal Marquet, professeur à l’Université de Strasbourg en sciences de l’éducation, Benoit Reinier, youtubeur et journaliste spécialisé dans les jeux vidéo et Stéphane Becker, PDG de Method in the madness, entreprise spécialisée dans les serious games.
Rue89 Strasbourg : Pascal Marquet, vous êtes professeur à l’Université de Strasbourg, doyen de la faculté des sciences de l’éducation et vos travaux concernent les environnements numériques de travail (ENT) ainsi que les « environnements informatiques pour l’apprentissage humain » (EIAH). Qu’est-ce que la « gamification » ?
Pascal Marquet : La gamification est l’application des ressorts et moteurs ludiques dans un domaine autre que les jeux vidéos, par exemple en ce qui me concerne, l’apprentissage et la formation. On retrouve ainsi ce qu’on appelle des « serious games » qui sont des jeux ayant vocation à transmettre un savoir ou une série de connaissances.
La gamification vise à inclure des techniques de jeu dans d’autres processus sociaux, comme l’apprentissage (-)Est-ce que ça marche ?
Alors oui, ça marche mais ce n’est guère étonnant. D’abord parce que les mécanismes ludiques existent depuis longtemps dans l’apprentissage. Un enseignant, même s’il le fait de manière automatique, va scénariser son cours, il va raconter une histoire avec des personnages et des situations. Il y a une quête. En revanche, il ne faut pas croire qu’utiliser les technologies des jeux vidéos résolvent tous les problèmes liés à la transmission. D’abord parce qu’on n’a toujours pas trouvé comment remplacer un enseignant efficacement, on peut mettre des écrans et des questionnaires mais la relation entre des êtres humains reste la plus efficace.
Pascal Marquet est l’un des invités de la conférence sur la gamification au Shadok (doc remis)
« L’effet n’est jamais durable »
Ensuite, c’est vrai qu’on note une meilleure implication des apprenants lorsqu’ils sont invités à participer à un processus ludique. Mais cet effet n’est jamais durable. Et c’est même plus compliqué de garder quelqu’un dans la durée : sur le plan cognitif, l’effort de concentration demandé est plus intense.
Au final, on se rend compte que la gamification fonctionne mieux dans la formation des adultes que dans l’apprentissage initial. Les meilleurs résultats sont obtenus dans les simulations, lorsqu’on place l’apprenant dans une situation virtuelle qui ressemblera à son futur métier.
Quelles sont les limites de la gamification ?
J’ai peur que la gamification ne soit une nouvelle mode, bien pratique en termes marketing, mais guère significative au-delà. Il y a trois ans, dans l’apprentissage on ne parlait que des « moocs », ces formations en ligne à bas coûts. Et puis la gamification est très liée à l’essor du numérique, elle dépend des écrans et en sort rarement. Or l’apprentissage peut et doit parfois s’en affranchir. Tout ne peut pas être numérisable.
Par exemple dans le secteur bancaire, on peut « gamifier » une formation sur la relation avec les clients mais on aura du mal à le faire avec sur les conditions d’obtention d’un prêt. D’une manière générale, il faut se méfier de l’effet gadget, que la cosmétique ne vienne pas supplanter l’objectif du processus d’apprentissage.
Avant l’évacuation du camp de sans-abris rue du Rempart en novembre, la Ville de Strasbourg met à disposition un gymnase pendant quelques jours. Avec la préfecture, elle veut orienter ceux qui le souhaitent vers des lieux appropriés, du moins pour ceux en situation régulière.
Mais avant d’en arriver à une évacuation par la force, et l’arrivée de nuits froides, la municipalité propose une solution temporaire dans un gymnase mis à disposition. Sur la base du volontariat, elle accueille et oriente les personnes. Elle leur propose d’être hébergées de manière plus appropriée que sous leur tente pendant « un à trois jours », selon le rythme des procédures.
Une partie des sans abris quittent leur tente pour au moins quelques nuits (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
La préfecture, en charge de l’hébergement et de la politique d’immigration, a suivi la démarche. Elle y déploie ses services compétents sur place, notamment des représentants de l’Office français de l’immigration et de l’intégration (Ofii). En arrivant au gymnase, les personnes passent d’abord devant des travailleurs sociaux et agents les enregistrent et les orientent.
Plusieurs situations
S’ils sont en attente d’une décision sur leur demande d’asile, leur statut leur donne le droit d’être hébergé pendant l’instruction de leur requête. Une solution temporaire doit être trouvée, « en particulier pour les plus vulnérables comme les familles », a précisé le secrétaire général de la préfecture, Yves Séguy. Dans le Bas-Rhin, l’État compte 3 500 places d’hébergement d’urgence (tous publics confondus), dont 1 800 sont des nuitées d’hôtel.
Si les demandeurs sont entrés dans l’Union européenne par un autre pays, ils doivent en revanche être transférés dans ce dernier pour qu’il instruise sa demande, en vertu du règlement européen dit de Dublin II.
L’espace de droite du gymnase permet de dormir sur les lits de camp, dans 3 espaces séparés (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Pour ceux qui auraient changé d’avis depuis leur arrivée, l’État peut les diriger vers les centres d’aides au retour de Bouxwiller et Benfeld. Chaque départ est assorti de la somme de 630 euros par personne. Enfin, les personnes en situation irrégulière sont renvoyées dans leur pays, mais on imagine mal des personnes déboutées se rendre dans cet endroit.
Pour Marie-Dominique Dreyssé (EELV), adjointe au maire en charge des solidarités, il fallait « trouver une réponse », en attendant la date fatidique de l’évacuation du camp près de la gare :
« Le roulement est important. Parmi les 350 personnes passées sur le campement, qui en compte une centaine aujourd’hui, seule une poignée était déjà là en juin. Cette situation reflète une saturation des dispositifs de l’État. »
Selon la municipalité, environ 70% des personnes installées rue du Rempart avaient accepté le transfert en minibus avec leurs affaires vers ce gymnase en fin de matinée ce mardi 3 octobre, premier jour du dispositif qui en durera trois maximum.
Les volontaires ont été acheminés en mini-bus de l’arrière de la gare à la Meinau (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Plusieurs espaces de repos aménagés
Sur place, la Croix Rouge organise les lieux. Quatre personnes sont disponibles en permanence et jusqu’à une dizaine en journée. Trois espaces de repos sont aménagés : un pour les femmes seules, un pour les hommes seuls et un pour les familles. Les personnes hébergées peuvent utiliser les douches et les toilettes. Un espace de jeu pour enfants est aussi prévu.
Pendant que les parents s’occupent des aspects administratifs, quelques enfants jouent sur des tapis, ou tentent de marquer l’un ou l’autre panier de basket. Sans savoir de quoi demain sera fait.
La partie gauche du gymnase est celle de l’accueil des personnes. Au premier plan, c’est un espace de jeu pour les enfants (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
« Nous sommes est un peu plus rôdé depuis cet hiver », commente Marie-Dominique Dreyssé en référence à la réquisition d’un gymnase au Tivoli pour proposer des solutions en plus aux sans-abris lors des nuits les plus froides.
Néanmoins, la situation risque de se représenter à l’avenir. Yves Séguy a indiqué que le nombre de demandes d’asile augmente chaque année et qu’entre 3 200 et 3 300 requêtes devraient être acceptées dans le Bas-Rhin en 2017.
Répartition nationale ensuite
À 12h30, une première famille pouvait s’installer sous l’une des petites tentes en tissu blanches. Elle aurait une solution de logement à Rennes. Le Bas-Rhin enregistre les demandes, mais la répartition est ensuite nationale afin de soulager les départements où beaucoup de demandes sont déposées (comme le Bas-Rhin) par des accueils là où c’est plus calme.
Une première famille s’installe sous une tente (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Marie-Dominique Dreyssée a salué l’action d’associations comme Médecins du Monde ou Strasbourg Action Solidarité dans la logistique et le suivi du site des remparts. Une visite pour des associations de solidarité était programmée.
Le gymnase choisi est le centre sportif sud, où joue habituellement le club de basket de l’Électricité de Strasbourg, rue des Vanneaux. Le parquet a été protégé par une moquette. Le site est protégé par une société de sécurité pour éviter la curiosité « bienveillante » ou moins bienveillante.
Les tentes pour les familles proposent un confort sommaire, mais meilleur que les tentes.(photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Parallèlement, le camp de la rue du Rempart a été vidé, le terrain sur lesquelles les personnes s’étaient installées a été labouré et les affaires qui restaient ont été emmenées à la déchetterie.
Depuis l’inauguration de la ligne de tram reliant Strasbourg à Kehl en Allemagne il y a quatre mois, les commerçants outre-Rhin ont enregistré une augmentation de leurs ventes allant parfois jusqu’à 40%.
Si côté allemand, certains aiment à rappeler que « ce n’est pas leur tram », celui-ci profite pourtant bien aux commerçants outre-Rhin. Les Français sont des habitués des magasins de Kehl depuis longtemps, mais depuis l’arrivée de la ligne D du tramway jusqu’au centre-ville allemand, leur fréquentation a encore augmenté.
Toujours plus de Français
« On avait déjà l’habitude d’avoir beaucoup de Français, mais on sent qu’il y en a encore plus. On voit des nouvelles têtes », confie le serveur du Vina Veneta, un café à glaces dans le centre-ville de Kehl. Depuis l’inauguration de la ligne, il y a 4 mois, sa clientèle a augmenté d’environ 40%. Dans le tram D, on retrouve les habitués des allers-retours entre Strasbourg et Kehl, ils profitent de la nouvelle ligne de tram pour éviter les bouchons constants du pont de l’Europe. Mais il y a également ceux qui viennent découvrir l’autre côté de la frontière pour la première fois.
Centre-ville de Kehl, avec notamment « dm » une enseigne allemande particulièrement appréciée des Français (Photo Wikimedia commons)
Un engouement qui ne s’essouffle pas…
Avant la mise en service de l’extension de la ligne D, l’Eurométropole estimait le nombre de personnes susceptibles d’utiliser le nouveau tram entre 11 500 et 25 000 à Strasbourg et entre 15 000 et 17 000 à Kehl. Rien que le premier week-end de sa mise en oeuvre, la ligne a été utilisée par 100 000 personnes. Une semaine plus tard, la fréquentation enregistrée sur la ligne D était au delà des espérances de la CTS.
Des rames supplémentaires ont dû être mises en service pour répondre à la forte fréquentation. Quatre mois plus tard, l’utilisation de cette ligne n’est pas retombée. Selon la CTS, depuis l’ouverture de la ligne transfrontalière, durant la semaine 5 550 personnes empruntent la ligne chaque jour. Le samedi, ils sont jusqu’à 6 400. De leur côté, les commerçants confirment que l’engouement pour la nouvelle ligne, et pour les commerces de Kehl par la même occasion, s’inscrit dans la durée, à leur plus grande satisfaction.
« On ne pensait pas que ça durerait », confie la buraliste du premier tabac à l’entrée de Kehl. Avec son magasin directement en face de l’arrêt de tram, elle s’attendait à une hausse des ventes mais pas à ce point. « Avant l’arrivée du tram on avait environs 200 clients en une journée, maintenant c’est 500. » Et le constat est similaire dans la plupart des commerces : glaciers, boutiques de vêtements, tabacs, tous remarquent une hausse durable de leur fréquentation moyenne, durant la journée, les week-ends et même en soirée.
… et qui se mesure du matin au soir
Avant la fermeture de son tabac à 22h, un tram arrive à 21h50 et selon les témoignages d’usagers, « il est encore plein. » En journée, lorsqu’on prend le tram direction « Kehl Banhof, » on croise ceux qui traversent la frontière pour aller visiter la petite ville, ceux qui s’approvisionnent en cigarettes et ceux qui poussent jusqu’aux supermarchés pour économiser sur leurs courses.
Côté citoyens allemands, on apprécie également la nouvelle extension du tram, qui permet d’aller faire un tour rapidement dans la capitale alsacienne. « On vend trois fois plus de tickets de tram que ce qu’on vendait en tickets de bus. Les buralistes sont régulièrement en rupture de stock, » explique-t-on à la mairie de Kehl. Au Café Belle vue, directement en face de la station lorsqu’on descend du tram venant de Strasbourg, les serveuses confirment : « on vend entre 30 et 40 tickets de tram par matinée. »
La succession de Philippe Richert (LR) à la Région Grand Est n’a pas traîné. Les 103 élus restant de la majorité LR – UDI – Modem (et « En Marche » depuis l’été) se sont mis d’accord pour soutenir Jean Rottner (LR) comme futur président.
Contre le Grand Est comme Richert
Âgé de 50 ans, cet ancien médecin urgentiste est maire de Mulhouse depuis 2010. Une fonction qu’il devra quitter, même s’il compte garder un pied au conseil municipal. Il s’était déjà retiré de la gouvernance de l’agglomération après avoir été mis en minorité par les maires des communes périphériques fin 2016.
Si le positionnement de Philippe Richert sur l’Alsace et le Grand Est a parfois été critiqué, celui de son successeur est aussi changeant. Lorsque Philippe Richert s’accordait sur le regroupement Alsace-Lorraine en juin 2014, Jean Rottner lançait alors une pétition pour que l’Alsace reste seule. En octobre, les deux hommes étaient côte à côte à la manifestation contre le Grand Est.
Fin 2015, il figure en bonne position sur la liste gagnante aux élections régionales et devient l’un des vice-président du Grand Est. Sera-t-il qualifié de « traître » avec la même véhémence par quelques partisans du retour de l’Alsace, pour diriger une nouvelle région qu’il n’a pas voulue ?
Passation entre alsaciens dans le Grand Est : Jean Rottner succède à Philippe Richert (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Bien ou pas pour l’Alsace ?
Pour certains, un dirigeant alsacien est une aubaine pour mieux accepter les revendications alsaciennes d’un statut spécial, voire de sortir complètement du Grand Est, ou tout simplement bien considérer l’Alsace dans l’élaboration des politiques. Des Champenois et Lorrains ont parfois demandé un « rééquilibrage » de certaines décisions.
Pour d’autres, placer Jean Rottner à ce poste est au contraire une manière de mettre en avant les divergences entre alsaciens sur l’avenir. Le référendum pour la fusion du Haut-Rhin et du Bas-Rhin en 2013, en partie torpillé par le Haut-Rhin est encore dans les mémoires. Pour sa toute première réaction, à France 3 Grand Est, Jean Rottner a dit que l’on « peut évoluer », mais « encore faut-il un cap, une feuille de route ».
À ce stade, chacun comprendra ce qui l’arrange. Dans son message d’adieu, Philippe Richert avait insisté sur « la nécessité d’Hommes et de Femmes engagés pour porter l’intérêt général ».
Photo : capture d’écran, vidéo de présentation par Vinci
Le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot s’est enfin prononcé sur le sort du Grand contournement ouest de Strasbourg (GCO – voir tous nos articles), a fait savoir son ministère via un communiqué.
L’ancien présentateur télé, et la ministre des Transports Elisabeth Borne, ne remettent pas en cause le projet d’autoroute payante de 24 kilomètres devant relier le nord au sud de l’agglomération. Néanmoins, il suspend les travaux préparatoires – pourtant autorisés en janvier – en s’appuyant sur l’avis du Conseil National de la Protection de la Nature (CNPN) de juillet, qui critiquait les faibles compensations pour la nature prévues par le concessionnaire, Vinci :
« Les ministres ont décidé de suspendre l’opération de déboisement nécessaire aux travaux préparatoires, tant que ce nouvel avis du CNPN n’aura été rendu. »
Un décalage d’un an ?
Problème, ce deuxième avis n’est prévu que pour la fin octobre, alors que Vinci (et la Sanef pour l’échangeur avec l’A4) viennent de rendre un nouveau dossier. En attendant, Vinci et ses sous-traitants devaient réaliser les travaux préparatoires en forêt avant le 15 octobre, selon un arrêté préfectoral d’autorisation. La Sanef n’a toujours pas ses autorisations car elle a couplée sa demande avec celle des travaux définitifs, en attente donc.
Selon la loi, les déboisements sur des espaces protégés ne peuvent être effectués qu’entre le 1er septembre et le 15 octobre pour protéger la nidifications des chauve-souris. Il y a donc un risque que ces travaux préparatoires soient décalés à septembre 2018, et donc de reporter les « vrais travaux » d’environ un an. La mise en service est prévue dans le contrat le 30 octobre 2020.
Tant pis pour les constructeurs dit en somme le ministre :
« Ce délai ne met nullement en cause la réalisation du projet. L’impact de ce retard sur la date de livraison finale, dû à une mauvaise qualité des compensations écologiques prévues, devra impérativement être avancé au plus tôt par le concessionnaire. »
En clair, la société Arcos (filiale de Vinci) ne pourrait pas invoquer un cas « de force majeure », ni un empêchement unilatéral de travailler (85 000 euros par jour d’indemnisation) pour non-respect du calendrier.
La question des indemnités
Des pénalités de retard sont prévues dans le contrat de concession. Le contrat indique que l’État peut exiger de Vinci 40 000 euros par an jour les trois premiers mois, puis 80 000 euros par jour les trois suivant et 120 000 euros par jour au-delà. Avec une limite maximale néanmoins : 40 millions d’euros cumulés.
Le Grand contournement ouest doit notamment traverser la forêt de Kolbsheim (capture d’écran, vidéo de présentation par Vinci)
La désignation de Nicolas Hulot comme ministre et la suspension de plusieurs grandes infrastructures routières par le gouvernement représentaient un nouvel espoir pour les opposants au projet, qui ont défilé dans Strasbourg samedi 30 septembre, mais le ministre douche ces attentes :
« L’histoire de ce projet a toujours été marquée par des contradictions entre les transports, l’agriculture et la nature, le tout dans un espace à enjeux proche de la métropole. L’Etat entend à la fois permettre la réalisation de ce projet attendu localement, et s’assurer qu’il apporte les meilleures garanties en matière environnementale. Cette suspension va ainsi donner au projet le délai nécessaire pour se concrétiser dans de meilleures conditions. »