Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

On connait les prix pour habiter dans la tour à « énergies positives » Elithis

On connait les prix pour habiter dans la tour à « énergies positives » Elithis

Le gros œuvre de la tour Élithis dans le quartier du Danube est terminé. Dans cette tour de logements qui produit plus d’énergie qu’elle n’en consomme, une première mondiale, les factures devraient avoisiner 80 euros par an. Les premiers habitants sont attendus en janvier.

L’habillage de panneaux solaire de la tour à énergies positives Danube est terminé. Tous les jours, un étage d’échafaudage est enlevé. La société dijonnaise Elithis, conceptrice du projet, multiplie les visites pendant les finitions, à quelques semaines de la commercialisation. D’une hauteur de 56 mètres, elle toise légèrement les tours Black Swans voisines.

Les appartements ne sont pas à vendre

Les appartement ne sont pas à vendre. Ils seront tous à louer aux constructeurs, c’est-à-dire la société Élithis, mais surtout les financeurs, le Crédit agricole et la Caisse des Dépôts, qui comptent ainsi rembourser sur le long terme leur investissement de 19,9 millions d’euros.

La mise sur le marché est prévu fin novembre et les premiers déménagements pour le 1er janvier 2018.

Les prix

Apprtement Surface Loyer moyen
Deux pièces 42m² 620 euros
Trois pièces 77m² 981 euros
Quatre pièces 90m² 1134 euros

(Les prix peuvent varier selon l’étage et l’orientation)

112% de la production

Selon les prévisions du promoteur, la tour devrait produire 112% de ses besoins grâce aux panneaux solaires sur son toit, mais aussi sur ses parois verticales. Des panneaux noirs, plus esthétiques on été appliqués, parfois devant les fenêtres, de sorte à créer des ambiances ombragées à l’intérieur.

Mais à certains moments, en particulier la nuit et en hiver, la tour devra s’approvisionner auprès de la centrale biomasse du port. Si bien qu’une facture sera quand même présentée aux habitants, mais en moyenne de 79 euros par… an. Une économie annuelle de 1 600 euros par rapport à un ménage français moyen selon les calculs d’Élithis.

Un éventuel surplus versé en Stück

Cette prévision est établie pour un trois-pièces en se chauffant à 21° et avec un électroménager intermédiaire. En clair, en se chauffant à 20°, ce sera déjà un peu moins. Pour les foyers très économes, la facture pourrait néanmoins devenir négative. Dans ce cas, le reliquat sera versé en Stück, la monnaie locale alsacienne.

Selon le directeur général d’Élithis, Thierry Brièvre, construire un bâtiment autonome, était possible, mais cela a d’autres inconvénients comme « du stockage et donc des batteries » :

« La logique n’est pas que chaque bâtiment soit indépendant, mais qu’à certains moments la tour puisse alimenter d’autres bâtiments voisins, qui eux sont peu économes en énergie. »

Les surplus sont revendus à Électricité de Strasbourg. Côté nord, les façades sont orientées vers le nord est-et le nord-ouest pour que tout le monde ait un peu de soleil.

Avoir une facture dans une tour à énergie positive peut paraître contre-intuitif, mais selon le directeur, c’est aussi une « question de comportement et d’appropriation par les habitants », à savoir atteindre cette fameuse facture négative en faisant attention.

Pour cela, chaque appartement sera équipé d’une tablette, ou « Aladin », un logiciel qui prend la forme d’un petit ours analysera la consommation de chaque ménage et lui suggérer des pistes d’économies. L’habitant peut demander des conseils plus ou moins fréquents. Ces donnés seront recueillies par le concepteur mais anonymisées.

Thierry Brièvre poursuit :

« La tour à un rôle politique, de montrer que l’on peut vivre sans facture énergétique et sans se priver de confort. Il ne faut pas attendre un cataclysme climatique pour changer les mentalités. »

1300 euros du m²

Le coût de construction est de 1 300 euros par mètre-carré. La tour conçue par les architectes Anouk Legendre et Nicolas Desmazières du cabinet XTU compte 63 appartements, principalement des trois-pièces (32), mais aussi des deux-pièces (15) et des quatre-pièces (16). Les appartements n’ont pas de balcon, mais des grandes baies vitrées, afin d’ouvrir son salon sur l’extérieur. La tour accueille aussi 809m² de bureaux sur trois étages.

Elle optimise son fonctionnement aussi avec des parties communes compactes et des avancées technologiques. Un système de récupération d’une partie des eaux usées à 28° permet de « moins chauffer » l’eau propre injectée, d’habitude à une dizaine de degrés Celsius. La ventilation changera selon les saisons ou encore des détecteurs de présence sont installés pour l’éclairage des parties communes.

Au dernier étage, avec une vue imprenable sur la Cathédrale, l’Esplanade et au-delà, un espace de vie collectif est aménagé.

[Grand entretien] Barbara Engelhardt : « Le Maillon doit donner une ampleur culturelle européenne à Strasbourg »

[Grand entretien] Barbara Engelhardt : « Le Maillon doit donner une ampleur culturelle européenne à Strasbourg »

Cette saison 2017/18 du Maillon est marquée par l’entrée en fonction de sa nouvelle directrice, Barbara Engelhardt. Elle avait entre autres co-fondé et programmé le festival Premières à Strasbourg et à Karlsruhe de 2005 à 2015. L’ouverture de la saison théâtrale est l’occasion d’en savoir plus sur son projet pour le Maillon et Strasbourg et de mettre en lumière une partie de sa programmation.

Pour Barbara Engelhardt, le théâtre ne doit pas seulement être une expérience cérébrale mais aussi émotionnelle. À l’image de ses nouvelles affiches qui émaillent Strasbourg, le Maillon invite le spectateur à décaler son regard et à prendre du recul par rapport à ce qu’il croit avoir compris du monde.

Barbara Engelhardt nous parle de la saison 2017/2018 au Maillon (Photo: Alexandre Schlub)

Rue89 Strasbourg : Lors de votre parcours vous avez mis un point d’honneur au fait de faire découvrir et de promouvoir les jeunes metteurs en scène. Cette saison poursuit-elle cette ambition ?

Je crois que ce sera toujours un point fort de la programmation dans les années à venir. Je ne peux pas dire que cette année il y ait un moment fort plus particulièrement consacré à l’émergence, il s’agira plutôt d’une caractéristique générale qui, de manière naturelle, sera poursuivi. Cet équilibre entre de nouveaux talents et des artistes un peu plus emblématiques me semble très important.

Cette programmation compte notamment le spectacle Imitation of Life de Kornél Mundruczó, présent au festival Premières en 2008, ainsi que Siena du jeune chorégraphe Marcos Morau, qui a reçu le prix Butaca en 2013.

Concernant Kornél Mundruczó, il s’agissait alors de sa toute première création théâtrale puisqu’il est d’abord cinéaste et réalisateur, mais c’était aussi sa première en France. Depuis il a fait une carrière fulgurante, et a été présent dans quasiment tous les festivals internationaux – dont Avignon il y a quelques années. On le voit aussi désormais très régulièrement sur les scènes françaises.

Marcos Morau/La Veronal nous propose une nuit au musée dans Siena, présenté en mars 2018 au Maillon (Photo: Jesús Robisco)

« Une jeune génération espagnole est en train de s’organiser »

Marcos Morau n’est pas encore très présent en France. Ce qui est intéressant c’est qu’il s’agit d’un chorégraphe qui est en train de développer un style très personnel, comprenant un travail chorégraphique toujours en lien avec une réflexion plus philosophique sur la société et ses interrogations. Il s’entoure d’artistes qu’on voit peu dans la combinaison chorégraphie et texte. Il se lie par exemple à Pablo Gisbert (artiste dramaturge et performeur) qui fait partie de la compagnie El Conde de Torrefiel, présente également cette saison.

On voit bien qu’une jeune génération espagnole est en train de s’organiser et d’initier des coopérations assez inédites entre des compagnies qui créent des passerelles entre différentes formes et approches scéniques. Cette jeune génération est marquée par le goût et le plaisir de coopérer.

Cette saison fera également découvrir au public strasbourgeois des artistes inédits sur la scène locale, voire inédits en France

C’est d’autant plus un plaisir de partager une découverte avec ce public que celui-ci est déjà averti – énormément d’artistes importants et de spectacles d’envergure ont été présentés à Strasbourg.

Parmi les jeunes, il y a la compagnie T.I.T.S. (Forced Beauty) qui a été fondée en Norvège et qui est elle-même déjà internationale puisqu’elle intègre des artistes de diverses origines abordant des questionnements tout à fait contemporains sous un angle très visuel. Le deuxième que j’évoquerais dans ce cadre est le jeune chorégraphe Simon Mayer (Sons of Sissy), originaire d’Autriche, et qui questionne le folklore alpin au travers de la musique et de la danse.

En février 2018, Simon Mayer/Kopf Koch déconstruit le folklore alpin avec humour et ironie sur la scène du Maillon avec Sons of Sissy (Photo: Rania Moslam)

La programmation comporte des spectacles tels que Ça ira (1) Fin de Louis (Joël Pommerat), Arde brillante en los bosques de la noche (Mariano Pensotti), Imitation of life (Kornél Mundruczó) ou encore Sanctuary (Brett Bailey) qui posent des interrogations très politiques. Cette saison l’est-elle particulièrement ?

Le théâtre a cette capacité à s’approprier des thématiques politiques, à aiguiser nos consciences, non pas en livrant des réponses mais en posant des questions.

Dans cette perspective, Pensotti se penche sur le passé communiste et le mouvement de la révolution bolchévique en interrogeant ce qu’il reste aujourd’hui de ces mouvements et de ces idéologies, tout en trouvant une ou plutôt des formes de narration. Ce n’est pas un théâtre documentaire, ni un théâtre à thèse, mais un théâtre qui sait transposer une réflexion politique dans une forme de fiction.

« Trouver les bases de la démocratie »

Joël Pommerat revient sur une question cruciale de la Révolution française, là encore un mouvement d’opposition à l’ordre en place, en poursuivant une réflexion sur ce qui pourrait faire avancer l’humanité et son fonctionnement social. Ce n’est pas une restitution factuelle de l’Histoire, il se penche beaucoup plus sur les procédés d’un groupe qui essaie de trouver des compromis entre des idéologies différentes, entre des points de vue contradictoires, justement dans le besoin de se réformer, de réformer la société et de trouver les bases de la démocratie. C’est ce qui le rend politique jusqu’à aujourd’hui.

Joël Pommerat invite, en février 2018, à interroger les fondements de la démocratie au travers de Ça ira (1) Fin de Louis (Photo: Elizabeth Carecchio)

Comment souhaiteriez-vous mettre à profit la position du Maillon à Strasbourg, zone carrefour et région transfrontalière, dans les années à venir ?

Je trouve que la position transfrontalière de Strasbourg lui confère une situation géopolitique très importante à laquelle il faut également donner une ampleur culturelle. Cette ambition est très présente, je crois, dans la politique de la ville et les acteurs culturels sont bien sûr aussi invités à en rendre compte. Le Maillon a cette tradition d’être très européen, très international. Ce que j’espère pouvoir renforcer c’est une dimension européenne ancrée dans des partenariats institutionnels outre-Rhin.

« On ne fait pas un théâtre sans le public local »

Qu’il ne s’agisse plus seulement d’une plateforme d’artistes d’envergure européenne mais qu’on puisse y construire des rencontres entre artistes français et européens, ainsi que d’y inviter des artistes européens à créer dans un contexte français, enfin d’aller vraiment vers le public strasbourgeois autrement que par le simple fait de montrer un spectacle déjà produit. Je crois que beaucoup de ces rencontres entre artistes invités et public strasbourgeois peuvent être étoffées.

Ce grand écart entre le global et le local est selon moi un défi pour tout théâtre. On ne fait pas un théâtre sans le public local, et la création ne peut que grandir si elle rencontre ceux pour qui et avec qui elle fait du théâtre.

Y-a-t-il justement des spectacles qui concernent particulièrement l’Europe cette saison ?

Oui, il y a par exemple Imitation of life, à propos d’une Europe qui doit affronter des échecs, notamment l’omniprésence de la discrimination raciale dans un grand nombre de pays. C’est quelque chose qui ne donne pas seulement matière à un artiste hongrois mais qui nous fait réfléchir un peu partout en Europe. Beaucoup d’artistes traitent de façon différente de ce qu’est la cohésion sociale aujourd’hui, ce sur quoi elle est basée et quels sont les moyens que l’homme trouve ou essaye de trouver pour créer un fonctionnement social et de groupe qui dépasse ses désirs et ses contraintes d’individu.

C’est quelque chose qui est plus existentiel et humain qu’européen mais qui a à voir avec des réalités de la situation européenne aujourd’hui. Comment parvenir à un équilibre entre les aspirations des individus ou des groupes d’individus afin de donner corps à un projet politique collectif ?

Plongée dans le racisme ordinaire en Hongrie avec Imitation of Life de Kornél Mundruczó/Proton Théâtre, en avril 2018 (Photo: Marcell Rév) 

Vous accordez une place importante au public, aux échanges avec ce dernier mais aussi à sa diversification, quelle forme prend cette réflexion ?

Cette année il y a deux dimensions. La première est celle de la programmation qui essaie de répondre à mon projet d’ouverture vers un public large, mais exigeant, à un plus jeune public. Nous avons plus de présentations scolaires, nous proposons davantage de spectacles en famille qui abordent des thématiques un peu plus épineuses comme la question du genre. Des spectacles qui existent pour permettre à des générations différentes, avec des avis et des visions différents, de se rencontrer.

Il y a notamment le spectacle Pink for girls & blue for boys de la jeune chorégraphe suisse Tabea Martin. Ce n’est pas la première fois qu’elle s’adresse à un jeune public en parlant de la pression sociale qu’exercent la construction de nos identités sexuelles, dès le plus jeune âge, sur les enfants. D’une façon très ludique, très fantasque aussi et très inventive, elle s’adresse directement aux enfants, sans aucune leçon de morale.

Pink for girls & blue for boys de Tabea Martin s’empare de la question du genre dans un spectacle jeune public, à voir en janvier 2018 (Photo: Helen Ree)

La deuxième dimension consiste à étoffer nos propositions d’action artistique et culturelle autour des spectacles. Je tiens réellement à l’idée que ce ne soit pas une activité périphérique car cette dernière et la programmation se nourrissent l’une de l’autre. Il ne s’agit pas seulement d’une activité pédagogique et éducative. Elle est liée à un projet artistique, plaçant l’expérience que l’on veut partager – en allant au théâtre, en rencontrant des artistes et des formes très variées –  au centre. Le Maillon propose par ailleurs des rencontres interfamiliales par le biais d’ateliers parents-enfants par exemple.

Il s’agit de la dernière saison complète du Maillon dans les locaux actuels puisque vous les quitterez en mars 2019 pour vous installer dans le nouveau théâtre. Avez-vous pu intervenir dans la conception du nouveau bâtiment ?

Non, je suis arrivée au moment où cela était déjà décidé. Ce qu’il faut maintenant, c’est que la construction se fasse au plus proche des besoins et des réalités d’un théâtre. Cela concerne un quotidien professionnel particulier bien sûr, mais aussi des équipements techniques – acoustiques par exemple. Un théâtre nécessite une autre réflexion sur certaines conditions architecturales que d’autres bâtiments, c’est pourquoi la proximité entre nos équipes techniques, les services de la Ville et nos architectes était très importante dès le départ.

« Le Maillon reste ouvert à un public qui a envie de l’habiter »

Le grand avantage sera que nous disposerons de deux salles, et nous conserverons un espace de convivialité, comprenant un bar. Le Maillon est un lieu d’accueil, ouvert à un public qui a envie d’habiter ce nouveau lieu.

Les deux salles vont par ailleurs permettre de travailler davantage sur le volet de la création, d’inviter des artistes à passer du temps à Strasbourg, à répéter, à créer, à faire des recherches sous forme de résidences. Elles auront un impact sur la programmation artistique, permettant de créer une synergie entre la présence d’artistes et le public strasbourgeois. L’artiste doit se rendre compte que Strasbourg n’est pas n’importe quelle ville par sa situation transfrontalière, son histoire, son tissu culturel très dense et nourri.

Créer ce lien de l’artiste vers Strasbourg et son public est aussi important que l’inverse. Tout cela fait partie des ambitions d’un projet artistique pour lequel il faut bien entendu trouver un équilibre avec l’activité d’accueil qui va continuer et sera toujours le pilier principal de la maison.

Le précédent directeur avait pour projet de faire du Maillon une scène nationale, qu’en est-il pour vous ?

Je ne considère pas que la place du Maillon pose en premier lieu la question de la labellisation vers une scène nationale, pour moi ce n’est pas un but ni un projet. S’il y avait un véritable label scène européenne cela m’irait beaucoup mieux. Quelque chose doit se passer entre la France et le monde, entre les artistes strasbourgeois et ceux qui viennent de loin. Créer la vision d’une Europe qui fait l’effort de se donner un sens et de se questionner quant à ses valeurs aussi politiques et sociales que culturelles, c’est essentiel.

L’ancienne annexe du tribunal démolie, l’avenir de la place d’Islande en suspens

L’ancienne annexe du tribunal démolie, l’avenir de la place d’Islande en suspens

Au bout de la ligne F de tramway, l’ancienne annexe du tribunal de Strasbourg ne sera bientôt plus qu’un souvenir. Des machines et des hommes s’exécutent jusqu’à novembre pour détruire les bâtiments préfabriqués. Un permis de démolir a été déposé le 3 juillet.
D’une surface de 2 200 m² répartis sur deux niveaux, ces locaux étaient cependant en bon état. Certains agents du ministère de la Justice ont presque regretté de quitter ces locaux « provisoires », utilisés pendant une petite décennie. Ils ont réint . . .
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« Contre le GCO, un paysan parle aux paysans »

« Contre le GCO, un paysan parle aux paysans »

Agriculteur à Meistratzheim, producteur de céréales, de pommes de terre, de maïs et de luzerne, ainsi que président de la coordination rurale du Bas-Rhin, Paul Fritsch appelle les agriculteurs à manifester samedi dans les rues de Strasbourg contre le Grand contournement ouest (GCO). Ce projet d’autoroute payante de 24 kilomètres est aujourd’hui en sursis.

Samedi 30 septembre 2017 à 14h, j’invite tous les paysans à venir manifester à Strasbourg pour le maintien de nos terres nourricières, quelle que soit leur étiquette syndicale, car la préservation du foncier est l’affaire de tous. Nous ne sommes pas toujours opposés aux grands projets qui entraînent une artificialisation de terres agricoles, pourvu qu’ils soient réellement utiles. Ce n’est pas le cas du Grand Contournement Ouest (GCO – voir tous nos articles) de Strasbourg qui est contre-productif. Je compte donc samedi sur une profession agricole unie pour empêcher que 300 hectares soient retirés définitivement à l’agriculture. Tous unis ! Et comment pourrait-il en être autrement ?

Double, voire triple peine !

Ces terres sont parmi les meilleures d’Europe, sans compter les terres destinées aux compensations environnementales, et sans préjudice des plans d’urbanisation futurs ! Ce bétonnage aura un impact désastreux sur les espaces naturels et la biodiversité. On peut notamment penser au Grand Hamster. De nombreux agriculteurs, dont moi, se sont engagés en faveur de sa protection, en cultivant de la luzerne par exemple. Tous ces efforts seraient réduits à néant ? Impensable ! Et que penser des pollutions sonores, atmosphériques et visuelles engendrées par cette autoroute ? Le GCO va être un appel d’air pour toujours plus de camions, et encore plus de produits agricoles venus d’ailleurs, avec des normes et des conditions de production venues elles aussi d’ailleurs…
Quel intérêt ont le agriculteurs à voir le GCO se faire se demande Paul Fritsch ?
(Photo Public Domain via Visual Hunt)

À l’heure du local

À l’heure du produire local, du consommer local, du recycler local, comment des paysans pourraient-ils accepter ce gaspillage de foncier agricole local si précieux ? Comment accepter que l’on facilite le va-et-vient de nourriture alors que de nombreux paysans alsaciens peinent à gagner leur vie ? Veut-on des paysans sans terre ? Comment accepter que l’on détruise les paysages que les paysans ont contribué à façonner et entretenir, et qui sont pourtant une des richesses de notre région ? Sauvegarder des surfaces agricoles, sur lesquelles travaillent et vivent des paysans et leurs familles, c’est maintenir un tissu rural vivant, des emplois (1 agriculteur = 7 emplois induits), des commerces, des écoles, etc. C’est ce qui fait l’attractivité de nos villages et notre territoire. Maintenir des services locaux, c’est maintenir un équilibre rural et c’est aussi limiter les déplacements !

Des enjeux cruciaux

La perspective des remembrements ou de l’adduction d’eau dans le Kochersberg ne devraient pas faire perdre de vue à certains les priorités et l’intérêt général. En effet, préserver nos terres agricoles est un enjeu économique, environnemental… et stratégique ! Même si le rythme semble heureusement avoir ralentit ces 5 dernières années, la France perd encore trop de surfaces agricoles pour se permettre de continuer. Et ce d’autant plus que les surfaces prises à l’Agriculture ne lui sont jamais rendues…

Pour nourrir la population, il faut des terres

La population a besoin, et demande, une agriculture de qualité. Et mon métier, c’est de nourrir la population. C’est un noble métier, mais pour l’exercer, j’ai besoin de surfaces à cultiver. La souveraineté alimentaire ne devrait pas être sacrifiée au profit d’intérêts obscurs et particuliers. Samedi, je manifesterai donc aux côtés de mes collègues, au volant d’un tracteur des années 70, un tracteur d’un autre temps pour faire barrage à un projet autoroutier d’un autre âge.

La CTS veut se débarrasser du ticket magnétique avant juillet 2018

La CTS veut se débarrasser du ticket magnétique avant juillet 2018

Début octobre, la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS) débute une modernisation de son système de billettique. À l’été prochain, les tickets magnétiques auront disparu pour laisser place à des cartes, une application voire des billets sans contact et rechargeables.

Comme dans les réseaux de transports d’autres grandes villes, la Compagnie des transports strasbourgeois (CTS) s’apprête à mettre fin aux billets magnétiques pour ne proposer que des systèmes de validation sans contact : cartes Badgéo, téléphone portable et billets sans contact. La CTS prévoit de débuter la modernisation de ses valideurs en octobre et prévoit d’avoir terminé la modernisation de l’ensemble de son réseau à l’été 2018. À cette date, il n’y aura plus de tickets à piste magnétique à la CTS.

De la badgéo au billet magnétique: la généralisation du sans contact

Introduit en 2004 à Strasbourg avec la carte Badgéo, la technologie sans contact (NFC pour near field communication) est jugée plus fiable que la lecture d’une piste magnétique. Elle s’est également généralisée dans les téléphones portables les plus récents, et elle est utilisée par l’application de la CTS, U’Go. Il ne restait plus qu’à rendre les tickets simples compatibles avec cette technologie. Les évolutions ont permis de réduire le coût de création de ses tickets, que la CTS s’apprête donc à proposer dès juin 2018.

Pas de quoi paniquer, la transition doit se faire progressivement. Dans les prochains mois, une partie du matériel billettique, comme les valideurs qui permettent d’oblitérer son ticket, sera progressivement remplacé pour s’adapter aux nouveaux titres de transports, qui seront introduits à partir de mars 2018.

La disparition des billets papiers va se faire progressivement, c’est en juillet 2018 que le billet magnétique remplacera totalement le billet papier (doc remis)

Objectif: un accès facilité à la distribution des titres de transports

Selon la CTS, la technologie sans contact est plus fiable et serait même plus écologique puisque les tickets rechargeables devraient éviter l’impression de nouveaux titres. Certes, mais à condition que les utilisateurs prennent l’habitude de ne pas jeter leur ticket après utilisation et profitent vraiment de la possibilité de les recharger. Pour encourager cette réutilisation, des villes comme Marseille proposent une réduction sur le tarif du billet lorsque celui ci est directement chargé sur un ticket réutilisable. Pour l’instant, une telle tarification préférentielle n’a pas été annoncée par la CTS.

Pour les utilisateurs occasionnels des transports en commun strasbourgeois, dans le même temps, un « QR code » à scanner avec son smartphone va être mis en place pour permettre d’acheter un billet, mais uniquement pour un départ immédiat.

#Badgeo

Le Crédit Mutuel contraint les DNA et L’Alsace à amorcer leur révolution numérique

Le Crédit Mutuel contraint les DNA et L’Alsace à amorcer leur révolution numérique

Philippe Carli, nouveau dirigeant de la filiale « presse » du Crédit Mutuel, a présenté mardi devant les salariés de L’Alsace sa stratégie pour renouer avec la rentabilité. Le centre d’impression de Mulhouse pourrait être fermé et tous les journalistes sont priés de se mettre au numérique.

Le Crédit Mutuel a décidé d’arrêter de perdre de l’argent avec les neuf journaux quotidiens qu’il détient dans l’est de la France, via sa filiale Ebra. En Alsace, les Dernières Nouvelles d’Alsace (DNA) et L’Alsace font partie de ce groupe qui, en 2016, a perdu 55,6 millions d’euros pour un chiffre d’affaires de 508 millions d’euros. Le Crédit Mutuel a beau produire un tas d’or chaque année, son nouveau président, Nicolas Théry, n’a pas de larme à l’œil lorsqu’il évoque les rotatives et les gros titres. Alors plus question d’allonger.

C’est sur les ordres de son ancien président, Michel Lucas, que la banque mutualiste s’était lancée dans une série d’acquisitions de titres entre 2008 et 2011. Surnommé Dralucas par certains, l’ancien président a toujours eu un faible pour la presse, ses journalistes et aussi son petit pouvoir d’influence. Entre 2012 et 2017, Michel Lucas s’est bien amusé avec ses journaux, surveillant même depuis son bureau les maquettes en cours d’élaboration sur un écran spécial.

Des rapprochements ratés et une mutualisation feinte

Expert en mutualisation comme il se présente lui-même, Michel Lucas a transféré l’informatique de tous les journaux au Crédit Mutuel, ce qui n’a pas manqué de causer d’importants problèmes liés à des cultures différentes, voire opposées. Il a regroupé les équipes commerciales, mis tous les titres sur le même logiciel de mise en page et créé une rédaction à Paris chargée d’alimenter tous les titres en informations nationales (le « BIG » pour bureau des informations générales). À Colmar et à Strasbourg, les deux journaux autrefois concurrents se partagent des bureaux et depuis un peu plus d’un an, des articles de journalistes de L’Alsace sont repris dans les DNA et vice-versa.

Mais l’érosion de la diffusion s’est poursuivie (-2,5% en moyenne chaque année), voire sérieusement aggravée dans le cas de L’Alsace (-3,5% chaque année). Les DNA tiraient encore 173 674 exemplaires en 2013 pour une diffusion évaluée à 156 782 exemplaires fin 2016. Dans le même temps, les sites web des titres d’Ebra, tous conçus sur la même matrice depuis le Wacken à Strasbourg, ne sont jamais parvenus à compenser le manque à gagner.

Dès que le Crédit Mutuel est parvenu à se débarrasser de Michel Lucas, il était clair qu’un compte à rebours débutait pour Ebra. En 2017, Nicolas Théry demande à Philippe Carli, ancien directeur général du groupe Amaury (L’Équipe…) de réaliser un audit des journaux d’Ebra afin que le groupe retrouve un résultat positif. Six mois plus tard, mardi 25 septembre à L’Alsace à Mulhouse, le lendemain aux DNA à Strasbourg, Philippe Carli présente aux salariés des journaux réunis en assemblée générale les résultats de son audit et ses pistes d’évolution.

Des salariés des DNA et de L’Alsace ont participé à la manifestation contre les ordonnances « travail » (Photo AW / Club Presse)

Le Crédit Mutuel n’est pas vendeur mais…

Et selon lui, en 2020, Ebra perdra 72 M€ par an si rien n’est fait pour redresser les comptes. En 2016, les DNA ont réalisé un chiffre d’affaires de 80 M€ pour un résultat négatif de 4 M€. La situation est bien pire à L’Alsace, qui a engrangé 44 M€ mais dépensé 52,3 M€. Mais pas de panique, le Crédit Mutuel « n’est pas vendeur » a-t-il indiqué aux salariés de L’Alsace mardi. En revanche, les rapprochements et les mutualisations vont se poursuivre, entre les DNA et L’Alsace en Alsace et entre le Républicain Lorrain et l’Est Républicain en Lorraine.

Principale source d’économies envisagée, la fermeture de l’imprimerie de L’Alsace à Mulhouse. Les quelques 70 000 exemplaires de L’Alsace seraient tirés… aux DNA à Strasbourg, dont le centre d’impression est en sous-régime. Mardi, Philippe Carli n’a cependant évoqué cette fermeture que comme un « projet ». Un projet qui prévoit le départ d’environ 70 ouvriers du Livre et qui permettrait d’économiser 6 millions d’euros par an mais Philippe Carli attend une « contre-proposition » de la CGT-Filpac avant de se prononcer définitivement.

La même stratégie est à l’œuvre dans les autres titres du groupe : le Républicain lorrain, imprimé au siège de Woippy à côté de Metz, devrait être imprimé par les rotatives de l’Est républicain, à Houdemont près de Nancy, le Bien public (à Dijon) est déjà tiré à l’imprimerie du Progrès, à Chassieu près de Lyon.

À fond sur le numérique… avec de nouveaux salariés

Autres pistes évoquées devant les salariés : des économies de structure, un nouveau pacte social, continuer à produire des journaux papier et créer de la valeur sur le numérique. Sur ce dernier point, l’audit de Philippe Carli s’est avéré assez cruel sur les capacités du groupe à aborder cette transition. Alors que les discussions ne portaient jusqu’alors que sur des réductions d’effectifs, Philippe Carli a reconnu qu’il devrait « embaucher » pour acquérir des compétences dans le domaine du numérique car, a-t-il dit, « il n’y a personne. »

Dès octobre, un cabinet est chargé d’aider Ebra à réfléchir à sa stratégie sur le numérique. Tout est encore à inventer et Philippe Carli prévoit de tester beaucoup avant de trouver ce qui fonctionne mais il est acquis que les journaux deviendront « digital first », autrement dit la priorité sera donnée aux publications numériques et non plus au journal papier. Tous les journalistes seront chargés de produire pour le web, et formés s’il le faut. Un chantier colossal mais qui n’a pas déplu à une partie des journalistes de L’Alsace, lassés de constater l’immobilisme de leur journal dans ce domaine depuis cinq ans.

L’identité de L’Alsace menacée

En revanche, les journalistes ne voient pas bien comment L’Alsace pourrait garder son identité dans le nouveau périmètre. Philippe Carli a promis que le titre de L’Alsace serait conservé mais les syndicats remarquent que les contenus ont tendance à s’uniformiser entre les deux titres et que l’impression à Strasbourg provoquera un bouclage une demi-heure plus tôt… Au final, le risque est grand que L’Alsace ne devienne qu’une copie des DNA, moins fraîche.

Du côté des journalistes, c’est donc l’attentisme et le scepticisme qui dominent, comme le détaille Olivier Brégeard, journaliste et délégué CFDT :

« Au moins, Philippe Carli parle beaucoup plus clairement que Michel Lucas. Il a un plan même si nous avons été étonnés par les chiffres annoncés et réservés sur la capacité du numérique à résorber nos déficits. »

Du côté des techniciens, Sandrine Debenath, déléguée Filpac-CGT et secrétaire du comité d’entreprise, veut croire à la sauvegarde de l’imprimerie de Mulhouse :

« On a un contre-projet qui valorise nos savoirs-faire, notre identité et qui ne supprime pas un emploi au nom de la logique financière du Crédit Mutuel. On le réserve pour l’instant à Philippe Carli et on espère bien qu’il sera d’accord avec nos analyses. Les gens ont besoin d’une presse généraliste de proximité. »

L’ensemble des titres d’Ebra emploient plus de 4 000 personnes. Selon la presse spécialisée, plus de 1 500 postes pourraient être supprimés d’ici à 2020 dans le cadre de cette restructuration.

#Philippe Carli#PQR

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Le commerce de singes de l’université de Strasbourg dans le viseur de la justice

Le commerce de singes de l’université de Strasbourg dans le viseur de la justice

Une enquête judiciaire débute quant aux activités d’une association chargée d’exploiter des singes pour le compte de l’université au fort Foch à Niederhausbergen, près de Strasbourg. Retour sur le secret bien gardé de la création de cette filiale.

A défaut de vaches à lait, l’université de Strasbourg profiterait-elle en toute opacité d’une monnaie de singes ? Le Procureur de la République de Strasbourg vient d’ordonner l’ouverture d’une enquête judiciaire du chef d’ « abus de confiance et autres détournements » concernant l’université de Strasbourg et l’association ADUEIS, partenaire de l’Unistra qui exploite les singes de son centre de primatologie. L’enquête est confiée à la division économique et financière de la direction régionale de la police judiciaire. En 2009, l’université de Strasbourg a remporté l’appel à projets national du premier fonds unique interministériel (FUI) « Plateforme d’innovations » pour la valorisation de son centre de primatologie dans l’industrie. Pour que son projet puisse bénéficier des 1,7 million d’euros qui lui étaient attribués, elle a créé l’ADUEIS, association pour le développement des liens université – entreprises dans les industries de santé. Cette entité juridique distincte de l’université est chargée de mettre en œuvre le projet, c’est-à-dire de développer l’exploitation commerciale de singes sous la marque Silabe. Cette exploitation consiste en des quarantaines – l’hébergement temporaire de singes venus de vendeurs principalement mauriciens et destinés à des laboratoires pharmaceutiques – ainsi que dans la réalisation et la commercialisation de prélèvements biologiques sur des singes et des expérimentations in vivo.  L’université a cédé pour cela plus de 300 singes de son centre de primatologie à l’ADUEIS, pour un montant d’1,1 million d’euros. Elle a aussi mis à sa disposition les locaux du centre au fort Foch de Niederhausbergen, ainsi que 10 agents publics. Le projet comprenait également la création d’une chaire de recherche au sein de la plateforme Silabe, piloté par le centre de primatologie de l’université.

Opacité sur tous les plans

Le moins que l’on puisse dire est que l’université n’a jamais fait preuve de transparence ni quant au montage de cette association, ni quant à ses activités, ni quant à ses implications financières. C’est  l’intervention de l’association de défense des animaux Animalsace et du comité scientifique Pro Anima en novembre 2016 dans la campagne pour la nouvelle présidence de l’université qui a mis au jour le montage, sept ans après la création de l’ADUEIS. L’accord-cadre passé entre l’université et l’ADUEIS n’avait lui-même été porté à la connaissance du conseil d’administration de l’université qu’après sa signature et le lancement des activités commerciales, en janvier 2011. Et sans être soumis à la discussion et ni que ne soient fournis aux membres du conseil les différentes annexes relatives au contrat. Cet accord de partenariat a été signé entre le président de l’université de l’époque, Alain Beretz, et un vice-président de l’ADUEIS, Nicolas Carboni, alors président d’Alsace Biovalley qui avait accompagné la candidature de l’université pour le Fonds unique interministériel. Celui-ci était mandaté par le véritable président de l’association, un certain… Michel Deneken, actuel président de l’université et à l’époque vice-président. Ce petit arrangement permettait de ne pas exposer de manière trop flagrante que l’université passait en fait un contrat… avec elle-même.

Des risques connus

En effet, l’ADUEIS n’a une indépendance que très artificielle. Ses statuts stipulent que les fonctions dirigeantes de l’université disposent de sièges automatiques dans le conseil d’administration de l’association. C’est Alain Beretz lui-même qui en était le président à sa création avant de confier cette charge à son vice-président de l’époque, Michel Deneken, en juillet 2010. Ce montage juridique revenait donc à créer une association privée transparente, téléguidée de fait par une institution publique, l’université. Un montage explosif qui faisait planer sur les quatre dirigeants cumulards le risque de se voir inquiétés par la justice pour gestion de fait ou même prise illégale d’intérêt. Dès le début du projet d’association, des personnes qualifiées avaient pourtant alerté sur de tels risques, jusque depuis le ministère de l’Enseignement et de la recherche, sans être entendues.
Un singe marmouset, comme ceux dont s’occupe le centre de primatologie de Strasbourg (photo Visual Hunt / cc)
Mais en 2016, Animalsace informe les élus d’opposition au conseil d’administration de l’université que l’université avait investi 5,6 millions d’euros dans la rénovation du fort Foch de Niederhausbergen pour permettre le déploiement des activités de l’ADUEIS. Un investissement décidé en toute discrétion, sans délibération du conseil d’administration de l’institution. La somme allait pourtant bien au-delà de la limite pour laquelle le président peut débloquer seul des financements.

Des aveux à demi-mots

La direction de l’université a reconnu à demi-mot sa discrétion sur cet investissement lors du conseil d’administration du 15 novembre 2016, suite à l’interpellation d’élus de l’opposition : pour cet investissement réparti entre 2009 et 2014, « nous n’avons pas connaissance d’une délibération formelle du conseil d’administration », déclarait alors Yves Larmet, vice-président Patrimoine de l’université. « Par contre, les crédits ont été ouverts avec validation du conseil d’administration » et un transfert de 5 millions d’euros « a fait l’objet d’une information dans les rapports de présentation du budget et/ou des comptes financiers des années 2011, 2012, 2013. » Yves Larmet ajoutait que « dans le contexte d’élection du président (à laquelle Michel Deneken, président de l’ADEUIS, était alors candidat NDLR), le conseil d’administration a suspendu toute décision depuis septembre 2016 et seules les opérations courantes ont été assurées par l’équipe de direction de Silabe en place » Une déclaration qui interroge : d’après les informations de Rue89 Strasbourg, jamais le conseil d’administration de l’ADUEIS ne s’était jusque-là réuni en cinq années et demie d’existence de l’association. Plusieurs associations de défense des animaux mettent en doute la suspension des activités d’exploitation expérimentale des singes.

Des évolutions juridiques en réflexion

Interpellé par les élus d’opposition du nouveau conseil d’administration, Michel Deneken, devenu président de l’université, a fait savoir le 4 juillet qu’il n’était plus président de l’ADUEIS depuis le 13 décembre 2016. Il indiquait aussi qu’une commission de travail avait été constituée pour traiter des éventuelles évolutions de la structure et qu’elle donnerait lieu à un point d’étape devant les élus quand la réflexion serait plus avancée. L’enquête diligentée par le procureur de la République va-t-elle accélérer cette réflexion ? Fera-t-elle la lumière sur les implications financières de l’opération Silabe ? En novembre 2016, Yves Larmet assurait que la recherche du centre de primatologie était intégralement financée par l’activité commerciale de Silabe. Mais six ans et demi après le lancement du projet soutenu par le fonds unique interministériel, rares sont les résultats de recherche sortis du centre de primatologie et de la chaire de recherche créée pour le projet Silabe.

Une communication verrouillée sur les finances de l’association

Sur les 1,7 million d’euros de subvention du FUI, 1,5 million devaient être alloués au fonctionnement de l’association et à la chaire de recherche, et 200 000 à de l’investissement. Ont-ils bien servi à cela ou ont-ils contribué au remboursement des aménagements au fort Foch de Niederhausbergen ? D’après les informations de Rue89 Strasbourg, les recettes d’activité de Silabe n’ont jamais atteint les niveaux suffisants pour rembourser comme prévu l’investissement de l’université. Les loyers de l’ADUEIS auraient été revus à la baisse pour contenir sa dette. Pourtant, entre 2011 et 2014, l’ADUEIS aurait quand même réussi à reverser un peu plus d’1,3 million d’euros de loyers à l’université, auxquels se seraient ajoutés environ 300 000 euros par an pour le traitement des personnels mis à disposition et près de 500 000 euros pour la chaire de recherche. Jusqu’à présent, Silabe refuse de communiquer sur ses recettes d’activité et ses bilans financiers, malgré une injonction de la Commission d’accès aux documents administratifs de remettre ses documents comptables à l’association ProAnima.

Avec la suspension des travaux, la grande manifestation anti-GCO samedi prend une autre tournure

Avec la suspension des travaux, la grande manifestation anti-GCO samedi prend une autre tournure

Les opposants à l’autoroute payante du Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg manifestent samedi 30 septembre à Strasbourg. Le dossier est à un point crucial, suspendu à un arbitrage ministériel.

Les anti-Grand contournement ouest (GCO – voir tous nos articles) vont une nouvelle-fois défiler dans les rues de Strasbourg. Comme l’an dernier, le rendez-vous est fixé samedi à 14h. Le départ sera donné place de Bordeaux. Lorsqu’elle était annoncée fin août, cette manifestation contre ce projet d’autoroute payante pouvait faire figure de baroud d’honneur, alors que les travaux devaient commencer à l’hiver. Mais depuis, il y a eu de sacrés rebondissements dans le dossier.

Les travaux préparatoires devaient reprendre en septembre dans les forêts, ces sondages et déboisements, autorisés par arrêté, ont finalement été suspendus. Après un blocage attendu par des habitants, il a été convenu lors d’une réunion de crise de ne couper aucun arbre tant que le ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot, ne s’est pas prononcé sur ce sujet.

Aucune date n’est annoncée quant au verdict. Problème, les travaux préparatoires doivent se dérouler sur plusieurs jours ou semaines avant la fin octobre. Seul l’eurodéputé José Bové venu en juin assurait que l’ancien animateur télé souhaite un moratoire. Mais son cabinet avait démenti. Néanmoins, il est cette fois affirmé que tous les scénarios sont à l’étude : suspension report ou abandon.

Compensation retoquées

Il faut dire que de son côté, le concessionnaire Arcos (Vinci), ainsi que la Sanef en charge de l’échangeur au nord avec l’A4, ont en juillet reçu un avis défavorable des scientifiques dy conseil national de protection de la nature (CNPN) pour les compensations naturelles. Les deux sociétés ont ajouté d’autres mesures dans un nouveau dossier d’autorisation environnementale unique (AEU), préalable à l’autorisation des travaux réels. Ces ajouts sont de nouveau en instruction à la Préfecture.

En clair, dans les prochaines semaines, les dirigeants des collectivités locales alsaciennes vont faire valoir que cette rocade à péage permet de détourner les camions en transit qui passent par Strasbourg. De l’autre, les opposants vont tâcher de démontrer que malgré le GCO, l’A35 sera selon eux toujours embouteillée aux heures de pointe, car le GCO ne règle pas les trajets domicile-travail, nombreux à Strasbourg. Qui plus est si on y ajoute une requalification de l’A35 en boulevard, ce qui a soulevé quelques doutes du côté… du Medef Alsace, soutien historique du GCO.

Il y aura peut-être un peu moins de tracteurs à la manifestation anti-GCO cru 2017 (Photo Pierre France)

Du mouvement dans le front anti-GCO

Dans le front anti-GCO, le grand syndicat agricole de la FDSEA a cette année annoncé qu’il ne prendra pas part au cortège, malgré son opposition affirmée. L’organisation reproche justement les compensations naturelles prévues, qui impactent les terres agricoles à l’occasion d’un grand remembrement, bien au-delà des 24 kilomètres de bitume. Mais d’autres agriculteurs défileront tout de même.

En revanche, la CGT, pourtant syndicat productiviste, a pris position contre le projet depuis. Elle estime que les emplois créés par les chantiers ne seront que provisoires, là où un système de fret ferroviaire pour remplacer les camions créerait des emplois durables.

« Nouveau monde » face à l’ancien ?

Sur plusieurs grandes infrastructures routières ou ferroviaire, le nouveau gouvernement a demandé une temporisation, pour privilégier les transports du quotidien. Dans ce débat, les opposants et leurs alternatives se verraient bien du côté de l’auto-proclamé « nouveau monde », face aux défenseurs du projet. Le front des pro-GCO est composé d’élus strasbourgeois ou alsaciens aux nombreux mandats locaux successifs qui ont connu les prémisses du dossier dans les années 1970.

En octobre 2016, environ 3 000 personnes avaient défilé contre le GCO. Nul doute que l’affluence cette année sera comparée à celle de l’an dernier, alors que le débat se poursuit dans les salons feutrés des ministères. Malgré ces contre-temps, la mise en service de l’autoroute à péages est toujours prévue pour l’automne 2020.

Au conseil municipal, sport, Archipel, tram, stationnement et contrat aidés pour la nouvelle majorité composite

Au conseil municipal, sport, Archipel, tram, stationnement et contrat aidés pour la nouvelle majorité composite

Un conseil municipal fleuve va délibérer sur de nombreux dossiers ce lundi 25 septembre. Pour la première fois, les élus siégeront dans les nouveaux groupes de la majorité, passée de deux à quatre clans cet été. À suivre en direct et avec nos commentaires.


Le mois d’août strasbourgeois a été marqué par l’écroulement d’un phare en carton sur la presqu’île Malraux. Peut-être Roland Ries a-t-il vu dans l’œuvre d’Olivier Grossetête une allégorie de sa majorité politique, pour conclure le festival des arts dans la rue.

Pour la première fois, le conseil municipal de Strasbourg se présentera dans sa nouvelle formation. Les alliés du Parti socialiste et d’Europe Ecologie Les Verts (EELV) ont enfanté « Strasbourg en Marche » et « La Coopérative sociale écologique et citoyenne » durant l’été. La majorité a donc éclaté en quatre groupes, qui ont pourtant officiellement tous le même objectif : poursuivre le programme présenté par Roland Ries en mars 2014.

Mais au-delà de ces bonnes intentions, se joue aussi le positionnement dans le but de lui succéder en 2020 (ou 2021). Le maire, toujours au PS, s’est retiré de tout groupe pour n’en favoriser aucun. Un choix imité par l’adjointe au maire Françoise Buffet, qui n’était pas membre du Parti socialiste.

Focaliser l’attention sur la majorité

Cette fragmentation risque d’avoir pour conséquence de focaliser l’attention sur les divergences, parfois de simple forme, de la majorité et plus tellement sur les critiques plus sévères en provenance de l’opposition de droite.

Le temps où les premières sorties des deux élus Front national étaient scrutées semble bien loin. Ses deux représentants ne viennent pas à toutes les séances et le parti se scinde en deux.

Philippe Bies adjoint, un vote « test »

Dernière conséquence des élections législatives, Roland Ries souhaite faire élire Philippe Bies (PS) comme adjoint de quartier du Neudorf, après sa défaite aux élections législatives. Depuis 2012, il n’était « que » conseiller municipal délégué au logement en raison de la loi sur le cumul des mandats qu’il s’était auto-appliqué en avance. Pernelle Richardot quitte ses attributions de secteur, mais garde celles au stationnement et à l’éclairage public.

Ce vote se tient à bulletin secret et présentera un premier test pour la majorité. Philippe Bies aura-t-il toutes les voix de la majorité ? En décembre, des abstentions suspectes avaient propulsé Éric Senet, membre de l’opposition, à l’Eurométropole, alors que mathématiquement la majorité pouvait faire 3 sur 3 si aucune voix ne manquait à l’appel.

Pour ne pas une nouvelle fois augmenter le poste de dépenses des rémunérations (et couper court aux attaques de tripatouillages aux frais du contribuable), il est proposé à tous les adjoints de diminuer leur rémunération d’environ 50€/mois. Le conseil municipal devra aussi voter les moyens alloués aux groupes pour leurs collaborateurs et frais. L’enveloppe de l’opposition est maintenue (117 487€/an sur un total de 309 183 euros), tandis que la majorité se partage en quatre le reste des fonds (et des bureaux), prévus par la loi.

Quartier Archipel et sport

Pour revenir aux dossiers de fond, la poursuite des chantiers au quartier d’affaires Archipel (voir tous nos articles) amènera inévitablement des débats. L’opposition va notamment questionner la majorité sur le devenir du Parc des Expositions au Wacken, souhaité mais reporté par la majorité. Le président de l’Eurométropole Robert Herrmann (PS) a déclaré vendredi que le dossier « avance bien », mais n’est pas encore ficelé. « La taille des bâtiments, leur nombre, le calendrier, les aménagements, le budget et le montage juridique seront donnés avant la fin de l’année, » assure-t-il.

Au niveau municipal, le choix d’un hôtelier à la place de l’actuel théâtre du Maillon et le lancement de la deuxième phase, en lieu et place de l’actuel parc des exposition seront soumis au vote. La municipalité a indiqué être déjà en pourparlers étroits avec le Crédit mutuel et la Caisse d’Épargne. Depuis cette annonce en début de la semaine, une autre nouvelle est intervenue : le club de basket de la SIG a choisi son sponsor pour agrandir et aménager sa salle en Arena. Le nom serait dévoilé dans quelques semaines.

Les deux hotels seront en lieu et place de l’actuel hall rose du théâtre du Maillon. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Toujours au sujet du sport, le mois de septembre marque l’attribution de subventions aux deux clubs professionnels de haut niveau, la Sig Strasbourg et le Racing club de Strasbourg, sous forme de convention et d’achat de publicité. Pour les basketteurs, la somme totale est de 800 000 euros (contre 1,097 million en 2016) et pour les footballeurs, qui ont retrouvé la première division, de 1,121 million d’euros  (contre 690 000 euros en Ligue 2 l’année précédente). L’Eurométropole délibérera en fin de semaine sur des montants un peu plus élevés, mais elle perçoit un loyer de ces deux clubs pour l’utilisation du stade de la Meinau et du Rhénus Sport.

Tram et stationnement

Autre gros dossier, celui du tram vers Kœnigshoffen (voir tous nos articles). L’extension de 1,7 kilomètre jusqu’à l’entrée du quartier fait consensus, mais pas le choix de supprimer la ligne F vers l’Elsau pour la détourner rue du Faubourg national. Les élus doivent simplement donner un avis favorable pour enclencher la suite du processus.

Le Collectif pour le tram à Kœnigshoffen espère que les travaux commencent côté ouest, partie que tout le monde soutient, avant de demander une modification des derniers mètres via les boulevards vers la gare pour éviter les recours. Les enquêteurs publics avaient assorti leur avis favorable d’une réserve, à savoir de poursuivre cette extension « au plus tôt », sans préciser de date. Il est proposé de voter une prolongation vers le quartier des Poteries via l’avenue François Mitterrand est pour… 2025.

Il sera aussi question de stationnement. En cas de dépassement de l’heure autorisée dans les zones payantes, il ne s’agira plus d’une amende pénale, mais d’un « forfait » à s’acquitter (voir tous les détails ici), géré et récupéré par les villes. Son montant est de 17€, comme les amendes actuelles, mais il passe à 35€ au-delà de 72h, contre 33€ au bout d’un mois pour les amendes. L’entreprise choisie, pour une durée de 7 ans, pour collecter cet argent ne sera connue que ce lundi en conseil municipal. Jusqu’ici, c’est la société semi-publique Parcus qui s’en occupait. Ces changements entreront en vigueur le 1er janvier 2018. L’argent récolté servira à financer les transports en commun.

Interpellations multiples et motion

En fin de conseil, l’opposition sort la sulfateuse avec cinq interpellations. Elles concernent, l’avenir de l’opéra du Rhin, les violences au quartier de Hautepierre, le commerce en centre-ville, les projets d’urbanisme et enfin les contrats aidés. À ce sujet Europe Écologie Les Verts dégaine aussi une motion pour contester le choix du gouvernement de supprimer des emplois aidées. Le but est de voir comment « Strasbourg en Marche » et le maire se positionnent. Si bien que les débats pourraient s’étendre au-delà de 21h.

Gagnez des places pour « Les vampires » à Musica

Gagnez des places pour « Les vampires » à Musica

En partenariat avec le festival Musica, Rue89 Strasbourg vous propose de gagner deux invitations pour le ciné-concert « Les vampires », mardi 3 octobre.

Compositeur, pianiste, arrangeur, improvisateur ? Andy Emler est surtout initiateur de rencontres et catalyseur d’enthousiasmes. Invité en 2015 à Musica pour la création du Fun des oufs, il revient cette année pour un projet tout aussi décalé : épaulé par deux autres voltigeurs (le guitariste Marc Ducret et le contrebassiste Claude Tchamitchian), il accompagne d’une musique inédite (Séquences en série pour 3 brigands) la projection de deux épisodes des Vampires, mythique serial muet de Louis Feuillade. Lançons-nous, avec eux, aux côtés du journaliste Philippe Guérande et de son fidèle ami Oscar-Cloud Mazamette, sur la piste de la malfaisante bande des Vampires…

800 films produits au début du XXe siècle

Louis Feuillade (1873-1925) écrivit et réalisa près de huit-cents films – dont les 10 épisodes des Vampires (1915-1916). Ceux-ci, dont les 7e et 8e seront projetés à l’occasion de ce ciné-concert (Satanas et Le maître de la foudre), furent conçus dans l’urgence : fort du succès de ses Fantômas (1913) et directeur artistique de Gaumont, Feuillade voulait répondre au projet concurrent des Mystères de New-York alors annoncé par Pathé.

Le public fut au rendez-vous de ces moyens-métrages, présentés par une massive campagne publicitaire comme parfaitement « mystérieux »… Les Vampires n’ont toutefois rien de surnaturel : ce (ne) sont (que) des bandits de noir vêtus, terrorisant Paris de leurs crimes nocturnes. La fonction de Grand Vampire, chef de la bande, fut occupée par différents personnages – comme Satanas, dans les épisodes 7 et 8. Mais sa seconde resta inamovible : incarnée par Musidora, Irma Vep (anagramme de vampire et « vamp » avant la lettre, moulée de collants noirs) contribua grandement au succès du feuilleton.

Les Vampires (extrait / doc remis)

Le concours

Samedi, un concert-lecture poétique de Ross Heselton au CEAAC

Samedi, un concert-lecture poétique de Ross Heselton au CEAAC

Ross Heselton sort un livre-album le samedi 30 septembre. Pour célébrer cela, il donnera au CEAAC le même jour un concert-lecture. Une performance pleine de poésie s’annonce.

Ross Heselton fait figure de personnage à part dans la scène locale. À la fois anglais et français, musicien et poète, impossible de l’installer dans une case prédéfinie. Qui est déjà allé à l’un de ses concerts sait qu’il faut préférer le mot de performance. Parce qu’on ne sait jamais vraiment ce qu’il va se passer avec Ross Heselton.

Samedi cependant, on sait qu’il donne rendez-vous pour présenter son nouvel objet. Et quel bel objet. Un livre, et un CD, nommé « Layer After Layer ». De petits trésors de poésie et trois chansons qui regroupent toutes les influences et la patte du garçon. Le livre est soigné, doux, et joliment illustré par Léonie Risjeterre. Il est de ces livres qu’on tient comme un trésor et dont on tourne les pages avec précaution. Et pour en savoir plus sur ce que l’on trouve dans l’un des 200 exemplaires de cette édition, il faudra donc se rendre au CEAAC.

Des lectures et des chansons

Le Centre Européen d’Actions Artistiques Contemporaines semble être l’endroit idéal pour proposer cette présentation. Des lectures et des chansons sont attendues, mais il faudra sans doute se préparer à voir Ross Heselton habité par les esprits des grands prédicateurs et bluesmen d’un autre temps. Lui qui utilise souvent ses pas et ses mains comme simples instruments et se laisse traverser de part en part par ses nombreuses influences (Johnny Cash, Louis Armstrong, Son House, Sam Cooke et bien d’autres), saura créer samedi soir un de ces moments hors du temps où seule la musique résonne.

De sa voix profonde et grave qui semble venir des tréfonds de son âme, il murmurera a capella ou chantera à la guitare. Et si la pureté et l’honnêteté qu’il y met pourront parfois paraître rudes, ce sera toujours pour mieux faire entendre la douceur du message qui se niche entre les accords et les notes. Il n’y aura plus qu’à l’écouter samedi soir au CEAAC.

Au TAPS à Strasbourg, « Du sang aux lèvres » décortique la violence des sociétés contemporaines

Au TAPS à Strasbourg, « Du sang aux lèvres » décortique la violence des sociétés contemporaines

« Du sang aux lèvres » est une pièce sur le terrorisme, sur le marketing de la terreur et sur notre appétit insatiable de violence. Présentée au TAPS Scala du 3 au 8 octobre, elle fait partie d’une trilogie sur l’état d’urgence, des re-mises en scène de classiques par Mathias Moritz, de la Dinoponera.

À partir de mardi 3 octobre, la compagnie Dinoponera, de Strasbourg, débute au TAPS Scala à Neudorf sa « trilogie de l’État urgent », avec « Du Sang Aux Lèvres. » Rencontre avec son metteur en scène, Mathias Moritz (dont Rue89 Strasbourg vous avait déjà parlé ici et ici).

Rue89 Strasbourg : pourquoi avoir appelé cette trilogie , « trilogie de l’État urgent » ?

Mathias Moritz : En abordant l’urgence, nous travaillons sur le thème de l’état d’urgence dans le pays mais également sur l’état d’urgence dans lequel on doit se mettre au théâtre pour raconter un sujet d’actualité qui n’aura plus la même importance des années plus tard.

C’est ainsi que j’ai choisi de m’attaquer à un classique de Shakespeare : « Coriolan », d’une manière assez singulière puisque j’ai demandé à mon équipe technique de lire l’œuvre une fois puis de la jeter, afin de travailler uniquement sur le souvenir et l’urgence des thèmes qui leur ont semblé correspondre à notre époque. D’où la nuance dans l’intitulé de l’oeuvre : « Du sang aux lèvres » après « Coriolan » et pas d’après « Coriolan ». Une petite nuance à laquelle je tiens , c’est Coriolan mais ce n’est plus du tout Coriolan en même temps.

Des œuvres classiques revisitées

Chaque pièce de la trilogie correspond donc à une réécriture d’une pièce classique ? Une sorte de remise au goût du jour ?

Absolument ! La première pièce « Du sang aux lèvres » raconte la façon dont l’on peut se sentir rejeté par son pays, et revenir pour le mettre à feu et à sang, ce qui n’est pas sans rappeler le terrorisme d’aujourd’hui. Suivra, « La purge » d’après « La mort de Danton » de Georges Buchner qui aborde la République, un regard actuel sur la première République et une projection sur ce qu’aurait pu être la sixième. Enfin, « Assassin » revisitera « Massacre à Paris », œuvre initiale de Marlowe abordant la Saint-Barthélemy, le massacre des Protestants, la reine Margot ainsi que le grand thème cyclique des tragédies modernes et anciennes.

Ça m’intéresse de retravailler « Massacre à Paris » des années après car c’est ainsi qu’on pourrait appeler les attaques du Bataclan à notre époque.

Du Sang Aux Lèvres, une création de la compagnie Dinoponera (doc remis)

Les trois pièces peuvent être vue indépendamment les unes des autres ?

Oui ces trois créations sont des créations isolées qui auront ensuite pour but de se rassembler en tournée. Elles ont été créées avec les mêmes six acteurs, la même équipe technique et le même décor qui sera simplement modifié. Les trois œuvres indépendantes se réunissent par leur thème central commun, l’état d’urgence.

Quelles ont été les difficultés rencontrées pour adapter Coriolan ?

L’auteur de la pièce, Riad Gahmi, n’a pas adapté Shakespeare. Il s’est servi des thématiques déclinées dans Coriolan, en essayant de leur trouver un écho très contemporain.

Pour développer un peu, les difficultés rencontrées tiennent beaucoup à mon choix de travailler sur le terrorisme, et le basculement de jeunes occidentaux dans le djihadisme. C’est un sujet vraiment complexe à traiter, histoire d’éviter les pièges, qui sont très nombreux… J’ai choisi de traiter le phénomène en sortant de la seule explication religieuse, mais en tenant compte de notre propre « culture populaire », notamment cinématographique : et de faire coïncider certaines aspirations avec celle d’un Coriolan, le gout de l’héroïsme, l’apologie presque pornographique de la violence et la virilité…

Trouver la beauté après avoir creusé dans le sol

Qu’est-ce que le « théâtre de l’exorcisme » ?

La Dinoponera c’est le mystère, c’est l’aveu. C’est l’exorcisme. Dans les films d’exorcisme, il y a toujours l’histoire d’un curé en perdition, qui n’y croit plus, et c’est seulement lorsqu’il voit le diable et qu’il conçoit le mal, qu’il redécouvre la foi en Dieu. Le théâtre qu’on peut appeler trash, c’est pareil. On considère qu’en ne croyant plus au beau, il faut peut-être qu’on aille au plus profond du sol et une fois qu’on voit quelque chose de vraiment sale et de terrible, à partir de ce moment là, on peut déclencher quelque chose de collectif et croire à nouveau en quelque chose de beau.

J’aime appeler cela, le théâtre de l’exorcisme et je pense qu’il faut passer par cet exorcisme là, tous ensemble dans une salle. Dans « Du sang aux lèvres, » il y a ce questionnement également. Peut-être que le terrorisme actuel ne vient pas des pays lointains, mais de notre civilisation, de notre culture à nous. Ça ne va pas plaire aux gens.

Manifestation lundi en faveur des réfugiés à Strasbourg

Manifestation lundi en faveur des réfugiés à Strasbourg

Des associations et collectifs aux demandeurs d’asiles, migrants et réfugiés appellent à une manifestation lundi, face au centre administratif place de l’Étoile à Strasbourg, pour protester contre l’évacuation à venir d’un camp derrière la gare.

Le tribunal des référés de Strasbourg a ordonné que le camp situé rue du Rempart, derrière la gare de Strasbourg, soit évacué dans un délais de deux mois. Le tribunal a répondu à une plainte de la Ville de Strasbourg, qui refuse de voir se créer un camp de tentes et d’abris de fortune à cet endroit.

Plusieurs associations et collectifs d’aide aux personnes migrantes, demandeurs d’asile ou réfugiés, organisent un rassemblement lundi à 14h30, devant le centre administratif de l’Eurométropole à Strasbourg, pour dénoncer le manque d’hébergements d’urgence. Ce moment est choisi pour sensibiliser des élus qui se rendront au conseil municipal à 15h le même jour.

Sur Facebook, le collectif « Food not bombs Strasbourg » détaille :

« Des dizaines de familles de réfugiés sont parqués dans des camps de fortune, avec des tentes qui prennent l’eau, peu de couvertures ou de vêtements. L’Eurométropole, malgré l’urgence de la situation, a décidé d’attaquer les familles en justice, utilisant du temps et de l’argent qui auraient servir à loger ces familles, et les menaçant d’une expulsion imminente sous une constante pression policière. Ces réfugiés doivent accéder à des conditions de vies dignes. »

Dans un communiqué, l’association « D’ailleurs nous sommes d’ici » fait part de sa colère :

« Colère et indignation de notre part à l’encontre de la politique de la Ville de Strasbourg et des pouvoirs publics : pas d’accueil digne, pas de logement, pas de service de santé, pas de respect humain. Que vont devenir ces réfugiés ? Pas d’illusion, ils seront expulsés vers leur pays, alors qu’ils fuient la misère et la guerre. »

Départ de Philippot du FN : le groupe à la Région Grand Est se disloque

Départ de Philippot du FN : le groupe à la Région Grand Est se disloque

Ancien numéro 2 du Front national, Florian Philippot quitte le Front national (FN) avec fracas ce jeudi 21 septembre. La suite de la polémique du couscous à Strasbourg (!), mais surtout de divergences de fond profondes par exemple sur les questions économiques comme la sortie de l’euro ou le rôle de l’État. Marine Le Pen et ses proches d . . .

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Campement des Remparts : deux mois avant une évacuation

Campement des Remparts : deux mois avant une évacuation
Le tribunal des référés a ordonné jeudi aux occupants du terrain appartement à la Ville de Strasbourg près de la rue des Remparts, derrière la gare, de « délaisser et rendre libres » les lieux qu’ils occupent depuis le printemps. La décision est assortie d’un délai de deux mois, à compter de la notification. Un campement s’est formé près des Bastions et du centre d’hébergement d’urgence, avec des tentes et des abris de fortune occupés par une centaine de personnes, essentiellement des demandeurs d’asile et leurs famille. Constatant la situation, la municipalité a demandé à la justice de prononcer l’évacuation des lieux. Lors de l’audience le 12 septembre, l’avocat des famille Me Sophie Schweitzer ne se faisait guère d’illusion sur la décision de justice, le droit étant du côté de la Ville de Strasbourg.
Une centaine de personnes vivent sous les tentes des Remparts. (Photo Rue89 Strasbourg / Quentin Tenaud)

Les différentes parties satisfaites

Marie-Dominique Dreyssé, adjointe au maire de Strasbourg en charge des solidarités, espère que ce délai permettra de trouver des solutions :
« La décision nous reconnaît le droit de disposer de ce terrain et enclenche le processus. Maintenant, c’est à l’État de trouver des solutions de logements pour ces personnes, aux situations très variables. Nous sommes donc attentifs aux propositions qui seront faites et qui permettront de fermer ce camp dans la dignité et le respect des personnes. Mais dans tous les cas, nous n’accepterons pas qu’un camp s’installe dans la durée à cet endroit ni ailleurs en ville. »
Mais l’État n’a guère de solution à proposer à la plupart de ces personnes, qui sont bien souvent déboutées du droit d’asile. En outre, les associations d’aide aux personnes sans-abris et demandeurs d’asile dénoncent le manque de logements décents proposés aux réfugiés et pointent qu’aucune place n’est disponible. Le maire de Strasbourg, Roland Ries (PS) abonde dans ce sens :
« Il était impossible de tolérer que des camps se mettent en place de manière non-autorisée. Je ne veux personne à la rue contrairement à ce qui a été dit. Il faut faire en sorte que ceux qui sont en situation régulière, ce qui est le cas de ceux en attente d’une décision, aient une solution et ceux en situation non-régulière soient reconduits à la frontière, car c’est la loi. La décision laisse un peu de temps pour trouver une solution et nous sommes en contact avec les services de la Préfecture pour savoir comment répondre. »
Pour Me Sophie Schweitzer, qui défend la plupart des personnes installées, cette décision est aussi une bonne nouvelle :
« D’une part, le démantèlement du camp est impossible avant deux mois et d’autre part, ça laisse du temps à la préfecture et à l’office de l’immigration de trouver des solutions. Et j’ai maintenant le temps de préparer les recours. »