Enquêtes et actualité à Strasbourg et Eurométropole

L’estimation du chantier de la mosquée Eyyûb Sultan s’envole à 32 millions d’euros

L’estimation du chantier de la mosquée Eyyûb Sultan s’envole à 32 millions d’euros

La cérémonie de pose de la première pierre de la future mosquée néo-ottomane a lieu dimanche à la Meinau. Mais le chantier sera deux fois plus cher que prévu initialement : 32 millions d’euros. L’association gestionnaire va solliciter une subvention municipale qui pourrait atteindre 1,5 million d’euros.

Le chantier de la mosquée Eyyûb Sultan de la Meinau va être lancé en grandes pompes dimanche. Plus de 1 000 personnes dont 300 personnalités officielles sont attendues pour la cérémonie de pose de la première pierre de la mosquée néo-ottomane. Parmi elles : Roland Ries, le maire de Strasbourg et Jean-Luc Marx, préfet du Bas-Rhin, mais aussi les ambassadeurs de Turquie et d’Arabie Saoudite en France, ou encore un membre de la présidence de Bosnie Herzégovine et le ministre de la Justice turc.

La mosquée a été confiée à l’architecte turc Muharrem Hilmi Senlap, déjà auteur des plans de la mosquée centrale de Tokyo. (doc remis)
La mosquée a été confiée à l’architecte turc Muharrem Hilmi Senlap, déjà auteur des plans de la mosquée centrale de Tokyo. (doc remis)

Au moment de l’obtention du permis de construire définitif en 2015, l’association CIMG, affiliée au mouvement d’obédience turque Millî Görüs, tablait sur un budget maximal de 17 millions d’euros pour cette mosquée monument et le centre culturel attenant. Eyüp Sahin, président du Millî Görüs Grand Est, estime aujourd’hui qu’il en coûtera plutôt 32 millions d’euros, en incluant une marge d’imprévu de 10%.

Pour mémoire la construction de la grande mosquée du Heyritz avait coûté 10,5 millions d’euros :

« Les deux architectes nous ont dit au début que cela coûterait entre 15 et 17 millions d’euros. Mais avec tout ce qui va être fait en France et l’importation des matériaux, les coûts ont dû être revus. Nous avons choisi de confier le chantier à des entreprises alsaciennes (GSB et Demathieu et Bard) et pas à des entreprises turques. Cela revient beaucoup plus cher. Mais nous tenions à faire tourner l’économie alsacienne. »

Des financements européens

Eyûp Sahin assure que l’association veut essayer de financer le chantier en mobilisant avant tout les Musulmans du réseau Millî Görüs en France et en Europe :

« Nous espérons des dons d’hommes d’affaires de partout, d’Europe comme de Turquie. Mais pour le moment nous avons seulement mobilisé en France. Nous recueillons des dons dans notre mosquée à Strasbourg chaque semaine et nous avons lancé une souscription il y a deux mois via les réseaux sociaux en France. Plus de 250 personnes se sont déjà engagées à nous verser entre 10 et 1 000 euros par mois selon leurs moyens jusqu’à la fin du chantier. Après la cérémonie nous allons relayer officiellement cet appel auprès des 700 mosquées de Millî Görüs en Europe. »

Contrairement à il y a quelques années, Eyûp Sahin n’exclut plus de demander aussi le soutien de la mairie de Strasbourg, dont l’usage est de financer 10 % du coût de construction des lieux de culte qui la sollicitent :

« Si c’est possible, on va prendre cette possibilité. Nous allons en faire la demande. Mais si elle n’est pas acceptée, on se débrouillera sans. »

L’association espère inaugurer ses nouveaux locaux d’ici 3 à 4 ans.

« Pas de traitement de faveur »

Eyûp Sahin insiste sur l’idée que cette mosquée est « un projet pour les Strasbourgeois » et salue l’attitude des pouvoirs publics à son égard :

« Nous sommes reconnaissants envers le maire et le préfet qu’ils aient traité sur ce projet les Musulmans strasbourgeois comme de vrais Strasbourgeois. Nous n’avons pas eu de traitement de faveur, mais nous n’avons pas subi de discriminations non plus. »

Olivier Bitz, adjoint au maire de Strasbourg en charge des relations avec les cultes, indique que « de manière générale, le versement d’une subvention [municipale] pouvant atteindre 10% de la seule partie cultuelle d’un projet n’est qu’une faculté – en aucun cas une obligation – lorsque les conditions sont remplies. »

Cette partie seule concerne  environ un chantier de 15 million d’euros, ce qui représenterait une subvention municipale d’un million et demi. Quoiqu’il en soit, la Ville de Strasbourg n’avait pas budgété une telle ligne sur ses budgets futurs…

Les migrations en question pendant 4 soirées au cinéma Vox

Les migrations en question pendant 4 soirées au cinéma Vox

Du mardi 17 au vendredi 20 octobre, le cinéma Vox à Strasbourg présente la 2ème édition de « l’éthique en projection. » Chaque soir, des films suivis d’un débat inviteront les spectateurs à réfléchir sur les migrations.

« Souvent c’est sous un angle économique ou politique que l’on évoque la question de la migration. Le but de notre festival c’est d’aborder le sujet de façon collective et pluridisciplinaire, » explique Eva Letzgus, adjointe de direction des cinémas Trèfle à Molsheim et Vox à Strasbourg.

Du mardi 17 au vendredi 20 octobre, le cinéma Vox, en partenariat avec l’Ereral (Espace de réflexion éthique région Alsace), accueille la deuxième édition de « L’éthique en projection. » Cette année, le festival ouvre le débat autour de quatre étapes de la migration : le départ, l’arrivée, l’accueil et l’intégration. Des films grand public seront diffusés et suivis d’un débat, animé par des professionnels.

Affiche de l’édition 2017 de « l’éthique en projection » (doc remis)

Rendre les questions éthiques accessibles

À l’origine, le festival est né de la volonté de l’Ereral de rendre les questions éthiques, plus accessibles au public. Souvent, lors des journées internationales sur la question, seul les professionnels se déplacent.  « Lorsque je dis que je suis ingénieur de recherche sur les questions éthiques, les gens me regardent bizarrement. Ils ne savent pas de quoi il s’agit, » raconte Hélène Gebel, qui participe à la mise en oeuvre du projet. Globalement, l’Ereral dans son ensemble est assez peu connu.

L’établissement a été créé il y a 4 ans, à la suite d’un décret rendant obligatoire ce genre de structure dans chaque région. Il a pour mission de sensibiliser le grand public aux questions éthiques, telle que par exemple, la loi Claeys-Leonetti, la procréation médicalement assistée, etc.

Une rencontre entre Michel Hasselmann, directeur de l’Ereral et Eva Letzgus, dans le TGV reliant Strasbourg à Paris, va permettre de concrétiser cette volonté de rendre accessible au grand public les problématiques éthiques. C’est à travers le cinéma que les organisateurs comptent sensibiliser les Strasbourgeois. L’année dernière, le festival s’était choisi un thème plus proche de la santé, le transhumanisme.

Après chaque projection, le festival invite des professionnels à débattre avec le public. Il y aura par exemple Tony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières et parrain de l’événement.  Il animera la discussion suivant la projection du film « La Pirogue, » le premier soir du festival puis il tiendra une conférence au lycée Jean-Rostand mercredi 18 octobre. Parmi les intervenants, citons également Pascal Hintermeyer, professeur de sociologie, et Francesco Vigneri, sociologue, qui animeront le débat suivant la projection de « Fuocoammare » ainsi que le philosophe Eric Fourneret, qui a notamment écrit plusieurs ouvrages sur la fin de vie.

Les films projetés ne sont pas des nouveautés mais ils posent des questions éthiques et amènent au débat. Présentés en versions originales sous-titrées, ce sont des films relativement courts, afin de laisser une large place aux échanges après la séance.

Contre la fermeture des berges du Parlement : « On enlève du charme à Strasbourg »

Contre la fermeture des berges du Parlement : « On enlève du charme à Strasbourg »

Près de 250 personnes ont manifesté ce jeudi 12 octobre contre le projet de fermeture plus ou moins ponctuelle des berges du Quai du Bassin de l’Ill, qui longent le Parlement européen. La municipalité tente de rattraper le coup et se place du côté des manifestants face aux institutions françaises et européennes.

L’Union européenne est parfois jugée distante et ses effets peu concrets sur la vie des citoyens. Jeudi 12 octobre, une de ses décisions avait un impact très direct sur la vie de milliers de Strasbourgeois et environ 250, souvent à vélo, sont venus exprimer leur mécontentement.

Pour des raisons de sécurité, il est question de mettre des portails sur le quai du bassin de l’Ill, un magnifique site arboré où des centaines de personnes aiment se promener à pied ou l’utiliser pour leurs déplacements à vélo. Le site fait partie des itinéraires cyclables de Strasbourg, d’un circuit sportif et même… du club vosgien.

Le précédent de l’autre rive

Ce projet a été découvert par des riverains grâce à 3 feuilles A4 plastifiées que le Parlement était obligé d’afficher pour annoncer les travaux imminents. Depuis les premières interpellations sur ce sujet, un rétro-pédalage semble s’amorcer. Il est question de ne fermer les grilles uniquement « en cas d’alerte« .

Mais cela ne convainc guère les manifestants. Les organisateurs, comme Bernard Irrmann porte-parole du collectif de cyclistes Veläuch, ont en tête l’autre rive, fermée unilatéralement fin 2015 suite aux attentats de Paris avec un portail amovible, aujourd’hui constamment bloqué.

« J’ai déjà été privé de l’autre côté que j’empruntais et maintenant ici où je passe tous les jours pour travailler place Brandt ? Ce serait dommage », nous explique Dany, un manifestant. « S’il y a un responsable de la fermeture et l’ouverture, il fera au plus simple, c’est-à-dire de fermer tout le temps. Quand on est dans ces situations, on ne fait pas dans les nuances », embraye un autre riverain.

Revoir le début de la manifestation

Un débat plus large sur l’Europe et ses citoyens

D’ailleurs l’espace public va encore se restreindre du côté des grilles et sur le parvis du Parlement. L’enquête publique diligentée à l’été ne mentionnait pas l’ajout de portail place des Glycines. Juste un « déclassement du domaine public ».

Contrarié mais déterminé, Jacques Gratecos, président de l’Association de défense des intérêts de la Robertsau (Adir) veut aussi élargir le débat :

« À Strasbourg dès que le Parlement veut quoi que ce soit, on dit Amen. Mais cette fois, le sujet est plus large et la Ville a réagi par un courrier dans notre sens. C’est aussi une question plus générale sur l’Europe et son rapport aux citoyens. »

D’autres associations avaient appelé aux rassemblement comme celle de cyclistes, le CADR 67 ou Piétons 67. Pour son président Gilles Huguet, la décision revient à « enlever du charme à Strasbourg » sur un axe du quartier européen fréquenté par des travailleurs, des habitants et des touristes. La « bunkerisation » du Parlement et la « privatisation » des berges reviennent dans les slogans.

Une foule de cyclistes et de piétons a remonté le quai qui pourrait être fermé le long du Parlement (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

« Fake security »

Mais des Européens, il y en avait dans le cortège. Des employés du Conseil de l’Europe sont là, comme Patrick, de nationalité allemande :

« Je suis venu avec des collègues finnois, macédoniens, roumains, irlandais, britanniques… Nous on vient ici tous les jours, pas trois jours par mois (le rythme des sessions plénières du Parlement européen ndlr). Entre 20 et 30% du personnel prend le vélo, pas un taxi en sortant, et ici c’est le meilleur passage. En anglais, c’est ce qu’on appelle de la “fake security”. On croit régler le problème avec un portail, mais n’importe qui peut contourner avec un kayak. »

Lorsque la foule arrive à la passerelle Ducrot, le directeur de la communication du Conseil de l’Europe sort tout juste de son bureau croise les manifestants par hasard. Il trouve le projet de ses voisins du Parlement aberrant.

La Ville de Strasbourg veut agir

Comme Rue89 Strasbourg l’indiquait dès la semaine précédente, la Ville dit ne pas avoir été informée de ces manœuvres. Elle veut limiter la fermeture dans un courrier qu’elle a adressé à la presse et aux manifestants :

« Nous vous informons que la Ville est sensibilisée au projet de fermeture aux piétons et aux cyclistes des berges du bassin de l’Ill au niveau du Parlement européen, pour lequel l’État a formulé un certain nombre d’instructions. L’Etat, le Parlement et la collectivité doivent très rapidement rediscuter des modalités de cette fermeture, dont le dispositif, selon le Parlement, prévoie d’être à usage « ponctuel, flexible et réversible », et de n’être activé que lors d’événements d’ampleur, exceptionnels, et en fonction du risque estimé. Pour notre part, nous souhaitons que ces berges demeurent naturellement ouvertes et accessibles, et que d’éventuelles fermetures pour raisons de sécurité soient parfaitement exceptionnelles et motivées.« 

Une réunion de déminage serait prévue le 20 octobre. Lors de l’inauguration du tram D vers Kehl en avril, la Ville a axé toute sa communication sur le fait qu’elle « construit des ponts et pas des murs », dans le but de secouer un idéal européen en sommeil. Si elle devait être impuissante sur ce dossier, voilà qui viendrait télescoper ce beau slogan.

Mother ! l’ambition incomprise

Mother ! l’ambition incomprise

Ex-figure de proue du cinéma indépendant américain grâce aux succès de Requiem for a dream, Black Swan ou The Wrestler, Darren Aronofsky propose avec Mother ! une œuvre résolument clivante. Pour un peu, on en viendrait à se convaincre que le cinéaste prend sciemment le parti d’irriter.

l’affiche la plus sobre qui ait été proposée (Copyright Paramount Pictures France)

Produit de la scène indépendante New Yorkaise des années 90, Aronofsky a bien tenté de faire le grand pas vers des films de studios, vers des œuvres destinées à séduire une large audience. Mais Noé ou The fountain n’ont résulté qu’à de vastes malentendus. Mother ! se trouve donc être l’œuvre d’un cinéaste qui assume d’être en marge, qui invite pour mieux rejeter, avec, dans le cas présent, un film qui n’a rien d’aimable.

Jennifer Lawrence interprète le rôle-titre, cette mère, toute dévouée à son auteur de mari. Brisé, exsangue, il rechigne à écrire. Alors, elle rebâtie, pierre par pierre, sa maison détruite par le feu. Elle donne et se néglige. Il prend et la néglige.

La maison, personnage à part entière du film (Copyright Paramount Pictures France)

Angoisse partagée

Le casting (J-Law, Bardem, Michelle Pfeiffer et l’indispensable Ed Harris) et le sujet semblent promettre un film centré sur les atermoiements d’un couple. Mais Mother ! n’est pas un mélodrame familial, pas plus que le récit d’une romance contrariée.

L’irruption du couple plus âgée, soudaine, incohérente, folle, fait déjà dévier l’œuvre après seulement quinze minutes de métrage. Les personnages annexes s’immiscent dans le récit comme dans un rêve. Leur présence s’impose au spectateur comme elle s’impose au personnage principal dont nous épousons les perceptions.

Aronofsky n’offre ainsi aucun répit à son actrice. Elle semble être de tous les plans, champ comme contre-champ. Le caméra épouse ses expressions, surprend ses soupirs dans un cadre resserré et avec un tressautement permanent. L’environnement sonore participe au caractère profondément anxiogène du film. Les sons disparates, violents, viennent oppresser les protagonistes.

Le cinéaste américain nous plonge donc avec infiniment de talent dans la psyché d’une femme, d’une mère. Pour ceux qui voient un lien entre son film et les personnages mis en scène par Polanski, de Répulsion à Rosemary’s Baby, il laisse planer un confortable doute, jusqu’à une rupture définitive dans le récit.

Lawrence prouve qu’elle sait porter un film radical (Copyright Paramount Pictures France)

Father, plutôt que Mother

La valeur de Mother ! tient peut-être à son audace. Le film s’accommode de l’inconfort et se rassure en assumant sa valeur matricielle. Comme toute œuvre passionnante, il va provoquer une foule d’interprétation. Mais on peut aisément se risquer à écrire que le cœur du film tient bien plus au personnage du père qu’à celui de la mère.

Les références bibliques s’amoncèlent, d’Abel et Caïn au fils offert en pâture et sacrifié par l’homme, en passant par l’irruption de faux prophètes. Le personnage de Javier Bardem est, de manière quintessentielle, le créateur. Il peut être auteur ou poète. Il construit un univers, offre une pensée et un message en héritage à la foule et y gagne des fidèles. Sa compagne, le personnage éponyme joué par Jennifer Lawrence, transporte la plus grande part d’humanité.

Elle parait réelle, tangible, émue, quand les autres personnages sont des figures surréalistes. Et c’est elle, pourtant, qui fera obstacle au Père, en se dissociant, en trouvant refuge dans les flammes tel Lucifer, l’ange déchu.

Aronofsky semble ainsi proposer une variation sur le thème de la création ou, en l’état, de la re-création. Avec malice, avec fougue et sur un ton provocateur, il fait du créateur un monstre d’égo, dévoré par son propre succès, trahi par celle qui a accompagné la construction de son monde.

Lyme sans frontière appelle à un rassemblement à Sélestat ce jeudi

Lyme sans frontière appelle à un rassemblement à Sélestat ce jeudi

Les professeurs Yves Hansmann et Benoît Jauhlac des hôpitaux de Strasbourg devaient animer jeudi 12 octobre à Sélestat une conférence sur l’actualité de la maladie de Lyme. Si celle-ci a été annulée au dernier moment, les malades maintiennent leur mobilisation pour dénoncer « un immobilisme et une position persistante de déni ».

Le débat sur la maladie de Lyme et sa prise en charge continue de provoquer des heurts et des incompréhensions. Jeudi 12 octobre, les professeurs Yves Hansmann, chef du service des maladies infectieuses et tropicales, et Benoît Jauhlac, responsable de la bactériologie des hôpitaux de Strasbourg, devaient participer à une conférence sur l’actualité de la maladie de Lyme.

Cet événement était organisé par le Jardin des sciences de l’université de Strasbourg mais l’association Lyme sans frontières (LSM), qui considère que le protocole de soins issu du consensus de 2006 comme inadapté, avait prévu de s’inviter bruyamment à cette rencontre. Face à cette mobilisation, les médecins ont annulé leur participation. Selon LSM, c’est « parce qu’ils ne voulaient pas être confrontés aux malades. »

Du coup, l’association Lyme sans frontières maintient le rassemblement et appelle les malades et leurs soutiens à se réunir jeudi 12 octobre à 13h30 à l’Espe à Sélestat (10 boulevard de Nancy), afin de se faire entendre et de réaffirmer leur exigence d’un nouveau protocole de diagnostic des soins.

Des mesures préventives mise en place

Il y a un an, sous la pression des actions judiciaires engagées à l’encontre des laboratoires, la ministre de la Santé d’alors, Marisol Touraine, annonçait un plan national de lutte contre la maladie de Lyme. À l’époque déjà, des médecins regrettaient « un premier pas timide vers la reconnaissance officielle de la maladie de Lyme comme pathologie chronique mais insuffisant ». Ce plan national prévoyait notamment une quinzaine de mesures censées prévenir, améliorer le diagnostic et accélérer la recherche. Pour l’association LSF rien n’a bougé depuis. C’est en fait surtout sur le plan de la prévention que des mesures ont été mises en place…

Une tique de Cayenne (Photo Visual Hunt)
Une tique de Cayenne (Photo Visual Hunt)

En juillet dernier, la direction générale de la santé recevait les associations pour présenter les avancées en matière de surveillance et de prévention sur cette maladie, dans le cadre de la mise en place du plan national. Depuis le mois de janvier 2017, plusieurs mesures ont été prises. Distribution de documents de sensibilisation, adaptés aux différentes populations visées (médecins, grand public, enfants) sur l’ensemble du territoire, diffusion sur les radios de France de chroniques d’experts… Ces mesures d’ordres préventives ne répondent cependant pas exactement aux attentes des malades et des associations qui souhaitent surtout que la maladie soit mieux comprise et que les tests pour la diagnostiquer soient améliorés.

Les débat persistent sur l’efficacité des tests

Cet été une application a également été mise en place. « Signalement-tique » permet d’alimenter une base de données à partir d’une piqûre de tique, sur soi ou sur son animal. À l’hôpital de Strasbourg, une unité fonctionnelle de consultation dédiée aux maladies transmises par les tiques, dont Lyme, a été lancée à peu près à la même période. L’Alsace est la région de France la plus touchée par la maladie de Lyme…

Malgré ces avancées en matière de prévention, le problème majeur reste dans le diagnostic de la maladie. Certaines personnes considèrent que les tests permettant de la détecter ne sont pas fiables. Plus de 200 actions sur le plan civil sont déjà en cours à l’encontre des fabricants de tests de dépistages de la maladie de Lyme. À propos notamment du défaut d’informations quant aux limites des tests. Une troisième vague d’actions va être engagée, toujours sur le plan civil. Certains malades envisagent également de porter leur affaire au pénal, en engageant la responsabilité individuelle des médecins qui n’ont pas diagnostiqué suffisamment tôt leur maladie.

Alexandre Feltz : « Le ministère de la Santé ne veut pas dépenser pour le sport sur ordonnance »

Alexandre Feltz : « Le ministère de la Santé ne veut pas dépenser pour le sport sur ordonnance »

Médecin généraliste et adjoint au maire en charge de la santé, Alexandre Feltz a initié le programme « Sport sur ordonnance » en 2012. Alors que se tiennent les deuxièmes Assises du « Sport Santé » à Strasbourg, l’élu espère un engagement plus fort du gouvernement pour développer et généraliser cette pratique en France.

Le 26 septembre, le docteur Alexandre Feltz a été longuement reçu (2h35) par les commissions des affaires culturelles et des affaires sociales de l’Assemblée nationale, en présence des ministres du Sport et de la Santé. Strasbourg étant la ville pionnière d’activités sportives prescrites par les médecins, l’adjoint au maire est aujourd’hui identifié comme « Monsieur Sport sur ordonnance » en France. Un statut qui lui permet de glisser quelques idées dans les ministères à ceux qui réglementent tout doucement ces questions.

Après une première reconnaissance dans la loi de Santé en 2016, de l’ordre du symbole, ce membre du nouveau groupe politique « La Coopérative sociale, écologique et citoyenne », veut désormais que l’État s’engage financièrement sur ces questions. Mais le ministère de la Santé voit encore la prévention comme un coût, et non un investissement dans la santé.

Rue89 Strasbourg : La loi de Santé introduisait pour la première fois en 2016 la notion de sport sur ordonnance dans la loi. Qu’est-ce qui a changé depuis ?

Alexandre Feltz : L’amendement a été intégré par l’Assemblée nationale à l’initiative de l’ancienne ministre du Sport Valérie Fourneyron (PS), redevenue députée. Le représentant du gouvernement a voté contre, mais il était tout seul. L’article de loi est minimaliste, mais il permet d’établir pour la première fois le lien entre activité physique et santé.

Le problème, c’est que les décrets d’application n’ont été publiés que le 1er mars 2017. Ils permettent aux médecins de diriger le patient vers six praticiens différents, comme des masseurs-kinésithérapeutes, ergothérapeutes, psychomotriciens ou éducateurs sportifs. Le décret est fait pour que le médecin oriente chez l’un d’eux en particulier, de manière nominative, ce qui ne se passe pas comme ça dans la pratique. Il est aussi marqué en gros sur l’ordonnance que les activités ne sont pas remboursées par la sécurité sociale, ce qui a un effet assez rebutant.

« Rien sur le financement »

La loi comme le décret ne disent rien sur le financement. Cela a été une déception mais cela n’a pas empêché les villes de continuer à travailler. Les Assises de 2015 ont été un premier boom et on attend que les deuxièmes provoquent un effet similaire. Après Strasbourg, il y a eu Blagnac en 2013 et Saint-Paul de la Réunion en 2014. Aujourd’hui, 60 villes ont franchi le pas, réunies au sein d’un réseau.

Étant donné la raréfaction des dotations de l’État pour les communes et que leur compétence santé est minime, que des collectivités s’engagent est formidable. C’est un signe fort et transpartisan. Il est très rare que les villes soient moteur sur une loi nationale.

Et maintenant, quel est le cap ?

Il y a déjà deux promesses de campagne. Emmanuel Macron s’est engagé à construire 500 Maisons du Sport Santé en France, ce qui ressemble à ce que nous voulons faire aux Bains municipaux. Et le président a aussi proposé de rembourser les licences sportives aux personnes en mauvaise santé.

À plus court terme, l’objectif est d’avoir une directive dans le projet de loi de finance de la sécurité sociale (PLFSS) 2018 pour rectifier le tir. Peut-être que des députés « En Marche » peuvent voter des amendements dans ce sens. On a vu que par exemple sur le vélo électrique, certains élus de la majorité arrivaient enfin à prendre leur distance avec le gouvernement. Emmanuel Macron veut aussi un fonds d’innovation pour la Santé, donc je vais proposer que le sport sur ordonnance en fasse partie.

Avec les deuxièmes Assises du Sport Santé à Strasbourg, Alexandre Feltz va bientôt pouvoir changer la décoration de son bureau d’adjoint au maire (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

À Strasbourg, quel est le bilan du sport sur ordonnance ?

En cinq ans, 2 000 personnes se sont vu prescrire une activité physique à Strasbourg : du vélo, de la gym, des sports aquatiques, du basket, du badminton, soit avec un éducateur sportif de la Ville soit avec une association partenaire. À ce jour, 700 personnes en profitent. La première année c’est gratuit, et la deuxième et troisième année c’est une tarification solidaire : 20 euros par an pour le quotient familial le plus bas, 50 euros pour les personnes qui gagnent le SMIC et 100 euros au-delà.

Pour la collectivité, le coût est d’environ 600 euros par an par prescription. Nous avons été rejoints par le Conseil départemental, qui intervient dans le domaine spécifique de la prévention des chutes pour les personnes âgées. C’est un sujet sur lequel très peu de choses sont faites, alors qu’à ce stade de la vie, une chute est parfois le début de la fin.

« Des gens se demandent s’ils doivent déménager »

Partout, des solutions s’organisent, avec les agences régionales de santé (ARS), ici le régime local d’assurance maladie, ailleurs avec des mutuelles ou d’autres partenaires. Si l’État participait au tour de la table, le dispositif pourrait vraiment prendre de l’essor. Aujourd’hui, nous avons des habitantsde Schiltigheim qui nous demandent par exemple si elles doivent déménager pour profiter du dispositif strasbourgeois.

Je propose par exemple que l’État participe sous la forme de tickets de 150 euros par personne, mais on peut discuter des modalités. En plus, nous avons des jeunes formés à ces métiers, entre bac+3 et bac +5, et qui ne trouvent pas de boulot.

Lors de l’audience en commission, on avait l’impression que deux mondes ne parlaient pas la même langue. Certains disaient « Santé », d’autres répondaient « dépense »…

Dans le monde du Sport, on est très partant pour généraliser ce dispositif. On peut critiquer ce gouvernement, mais en tout cas la ministre des Sports, Laura Flessel, est top. Pour les Assises du sport sur ordonnance, elle vient en début de journée, participe aux ateliers, veut déjeuner avec tout le monde, visite des infrastructures et revient pour la clôture. Je n’ai jamais vu ça.

« Un système à côté des besoins »

La Ministre de la Santé Agnès Buzyn est plus prudente. Elle veut faire de la prévention primaire, c’est-à-dire à destination de tout le monde : c’est moins fumer, moins boire, manger équilibré, etc. C’est très bien, il faut le faire ! À Strasbourg, c’est par exemple l’esprit des parcours Vitaboucles.

Mais si on veut avoir des résultats, il faut aussi cibler le secondaire, c’est-à-dire des personnes avec les premiers symptômes. La France compte 11 millions de personnes souffrant d’une affection de longue durée et 20 millions avec des maladies chroniques type diabète ou hypertension.

Les deux vont ensemble. Si on propose de l’activité pour ceux qui sont déjà fragiles, ceux qui sont en bonne santé vont aussi comprendre que c’est bon pour eux. Le système actuel est à côté des besoins, et ça ne vaut pas que pour ce gouvernement.

Agnès Buzyn parle même de « risque majeur de rembourser de l’activité physique », ça doit vous faire bondir, non ?

Ce qu’elle appelle « le risque », c’est de dépenser pour le sport et pour l’instant le ministère s’y refuse. C’est une vision gestionnaire de la Santé, un domaine dans lequel Emmanuel Macron veut faire des économies. Or, le diabète coûte 20 milliards d’euros en traitements et même 40 milliards si l’on ajoute les autres conséquences comme les arrêts de travail. Le sport santé doit être vu comme un investissement pour réduire ces coûts là.

« L’inégalité d’accès au sport est une inégalité de Santé »

Les Macronistes ont pour consigne que pour chaque nouvelle dépense, il faut trouver une coupe correspondante. Or, la politique c’est aussi des choix. En 2012 lors du lancement à Strasbourg, le maire aurait très bien pu dire que ce n’était pas la priorité, ou qu’il fallait trouver une ressource pour le financer. Mais ça a été une volonté de la municipalité.

Vous dîtes parfois que c’est aussi une question d’égalité. De quelle manière ?

Parmi les inégalités de Santé, il y a entres autres l’inégalité d’accès au Sport. Au début du programme, nous avons par exemple mis à disposition 100 Velhops gratuitement, mais les bénéficiaires ne les demandaient pas et on ne comprenait pas. C’est en fait parce que 70% d’entre eux ne savaient pas faire de vélo.

Idem pour la natation, alors qu’une partie des activités proposées sont aquatiques. On pourrait penser que faire du jogging tout seul dans son coin suffit et ne coûte rien, mais au contraire c’est une activité en fait réservée à ceux qui sont en bonne santé. Il faut une activité régulière, modérée et surtout adaptée à l’état de santé, ce qui demande un accompagnement humain.

#Agnès Buzyn

Manif’ des fonctionnaires : « On ne voit que notre coût, pas le travail qu’on produit »

Manif’ des fonctionnaires : « On ne voit que notre coût, pas le travail qu’on produit »

Malgré la pluie, à Strasbourg, plus de 1 000 personnes ont répondu à l’appel de dix syndicats de la fonction publique mardi 10 octobre. Ils dénoncent notamment le gel de la valeur du point d’indice, le rétablissement de la journée de carence, la suppression envisagée de 120 000 postes et plus globalement un « démantèlement de la fonction publique ».

Comme le 12 septembre pour les travailleurs du secteur privé, le cortège de manifestants a démarré sous la pluie mardi matin, place Kléber à Strasbourg. Sous leurs parapluies, agents de la fonction publique, mais également salariés venus par solidarité, se sont mobilisés contre « les mesures négatives prises à l’encontre de la fonction publique », mais plus largement contre la politique économique du gouvernement.

« Macron, Macron, Macron, Macron, ta loi travail nous prend pour des cons. Macron, Macron, Macron, Macron, ta loi travail nous la rejetons. » Après quelques couacs de sono, les hymnes contre la « loi travail » se font à nouveau entendre, bien qu’à l’origine la mobilisation concerne les mesures prises à l’encontre de la fonction publique.

« Si ça continue, bientôt il n’y aura plus de service public »

Gel de la valeur du point d’indice, rétablissement de la journée de carence, suppression envisagée de 120 000 postes, compensation « floue » de la hausse de la CSG… Autant de mesures qui ont poussé les fonctionnaires à descendre dans les rues mardi. Le cortège paraît clairsemé, pourtant plus de 1 000 personnes ont participé à la manifestation strasbourgeoise. Et si tous n’ont pas battu le pavé, la journée de grève a été très suivie dans l’Éducation nationale : 37 écoles étaient fermées ce mardi 10 octobre.

Après un début de parcours sous la pluie, le temps a fini par être un peu plus indulgent envers les manifestants qui dénoncent un « démantèlement de la fonction publique ». Ils font notamment le parallèle avec la réforme du Code du travail.

« L’État se comporte comme n’importe quel patron »

Dans le cortège, un enseignant en collège à Cronenbourg, en zone d’éducation prioritaire, dénonce :

« Dans quelques années le service public n’existera plus. Ça rejoint ce qu’il se passe avec la « loi Travail ». La destruction du CDI et du statut des fonctionnaires, c’est la même chose. C’est la précarisation pour tout le monde. On assiste à la destruction de tout cadre pérenne du travail. Aujourd’hui, le travail est purement une exploitation qui ne sert à rien d’autre qu’à faire du profit. Dans le cadre de la fonction publique, l’État se comporte comme n’importe quel patron, il cherche à faire des économies, à augmenter ses bénéfices. »

Car la façon dont le gouvernement s’inspire des méthodes de l’entreprise pour gérer l’administration passe mal. Corinne, infirmière au centre hospitalier d’Erstein :

« On est de plus en plus stigmatisé au niveau de la fonction publique. On ne voit que le coût, pas le travail qu’on produit.  Nous, notre slogan au niveau de la santé c’est « je suis une richesse pas qu’un coût ». Mais aujourd’hui on ne parle que coût, coût, coût… Les conditions de travail, c’est quelque chose qui dépasse le gouvernement. »

Malgré la pluie, plus de 1 000 personnes se sont mobilisés en réponse à l’appel des syndicats de la fonction publique, mardi 10 octobre (Photo Manon Weibel / Rue89 Strasbourg )

Léo, 17 ans, étudiant en classe préparatoire hypokhâgne dans un lycée strasbourgeois, envisage d’être enseignant. Il est donc là car il se sent visé, mais aussi parce qu’il a conscience que s’il en est là aujourd’hui c’est bien grâce au service public :

« J’ai été formé par la fonction publique, donc j’en fais l’éloge. Les enseignants, les hôpitaux, les policiers, tous ces gens là nous permettent de vivre. Nous, on a été à l’école de la République, on nous a éduqué grâce à la fonction publique donc il faut la protéger, la choyer et c’est pas du tout ce qu’on est en train de faire. »

Une colère générale contre le gouvernement

Au-delà des réformes en cours, pour le privé ou le public, les récents choix budgétaires du gouvernement ne passent pas. Si les pancartes aux slogans reprenant les dérapages de Macron ont été moins nombreuses lors de cette manifestation, les membres du cortège ne sont pas pour autant plus indulgents avec le chef de l’État : « on a un président des riches, qui fait des cadeaux à ceux qui sont fortunés », se révolte Ariane, qui travaille à la Caisse Primaire d’Assurance Maladie (CPAM) du Bas-Rhin.

L’ensemble des syndicats de la fonction publique, pour une fois unis, ont appelé à participer à cette journée de mobilisation (Photo Manon Weibel / Rue89 Strasbourg)

Même son de cloche du côté de Jean, enseignant en lycée professionnel :

« Il faut absolument riposter contre la politique de ce gouvernement qui est aux ordres et aux service du grand patronat. Cette mobilisation sera utile à condition qu’on arrive à créer un mouvement plus général, plus important. Le gouvernement et les capitalistes derrière ne reculeront pas à la première escarmouche, mais je reste confiant. Les grands capitalistes ont besoin des travailleurs, mais les travailleurs n’ont pas besoin des capitalistes. »

Ariane espère que c’est le début d’une prise de conscience :

« On est en train de remettre en cause tous les services publics. Ce mouvement est enclenché depuis plusieurs années. Macron, c’est la continuité d’une casse des services publics et de la sécurité sociale en particulier. »

Les représentants des agents devaient rencontrer le ministre de l’Action et des Comptes publics, Gérald Darmanin, ce mardi 10 octobre, mais le rendez-vous a été reporté au 16 octobre. Le Premier ministre Édouard Philippe a en tout cas déjà déclaré « assumer pleinement les mesures prises« .

L’ancien hôtel de police de la Nuée Bleue bientôt transformé en hôtel de luxe

L’ancien hôtel de police de la Nuée Bleue bientôt transformé en hôtel de luxe

Dans un communiqué, l’Eurométropole de Strasbourg indique que la collectivité est parvenue à un accord avec le groupe Scharf pour la rénovation de l’ancien hôtel de police, rue de la Nuée Bleue. La police nationale avait quitté ce bâtiment emblèmatique de Strasbourg en 2010 pour s’installer au Heyritz.

L’emplacement est occupé au XVe siècle par l’hôtel de Lichtenberg, qui a abrité en 1473 l’Empereur Frédéric III selon Archi-Wiki. Le bâtiment actuel a été reconstruit en 1877, après avoir été bombardé par les Prussiens en 1870. Il abritait l’ancien palais de justice depuis 1823.

L'ancien hôtel de police de la rue de la Nuée Bleue (Photo Archi-Wkik / cc)
L’ancien hôtel de police de la rue de la Nuée Bleue (Photo Archi-Wkik / cc)

Composé d’un bâtiment principal construit en quadrilatère autour d’une cour d’honneur, d’une superficie de 5 700 m² sur un terrain de 31,80 ares, cet ensemble sera bientôt capté par un hôtel de luxe, 5 étoiles au moins. C’est le projet de l’Eurométropole depuis le départ des policiers mais un différend juridique entre la collectivité et le groupe Scharf empêchait le dossier d’avancer. Le communiqué ne s’étend pas sur les raisons de la brouille entre l’Eurométropole et le groupe Scharf mais on sait que le promoteur alsacien était en froid avec la collectivité depuis la préemption de la Manufacture des tabacs.

Le communiqué précise en outre le bâtiment sera vendu à Vinci Immobilier, qui en assurera la rénovation, tandis que la gestion sera confiée au groupe Scharf, déjà en charge du Régent de la Petite France et de la Cour du Corbeau.

#Scharf Immobilier

Livres numériques dans les lycées : un mois après, les ratés de la révolution

Livres numériques dans les lycées : un mois après, les ratés de la révolution

Problèmes de WiFi, licences qui n’ont pas été livrées, utilisation de méthodes alternatives voire de photocopies… Les profs des lycées passés aux livres numériques doivent rivaliser d’ingéniosité pour accompagner ce bouleversement. Vu l’ampleur des changements, des couacs étaient prévisibles mais six semaines après la rentrée, les profs commencent à se lasser.

Alors que le passage aux livres numériques ne faisait déjà pas l’unanimité parmi les enseignants, les élèves ou les parents d’élèves des lycées du Grand Est, une série de problèmes plombe la mise en oeuvre dans les 13 lycées qui ont choisi d’être parmi les premiers à utiliser ces technologies en remplacement des bons vieux livres imprimés.

« On essuie les plâtres »

« C’est clair, on essuie les plâtres, » confie une enseignante de l’un de ces lycées labellisés « 4.0. » Ainsi, plus d’un mois après la rentrée, dans certains établissements, les élèves n’ont toujours pas accès aux fameux livres numériques promis l’an dernier. Cette enseignante détaille :

« On n’a pas accès aux fichiers des livres numériques. Il y a un problème avec les licences qui ne nous sont pas parvenues, on ne peut pas télécharger les ouvrages sur les équipements des élèves. Alors en attendant, on va sur l’intranet du lycée, qu’on soit élève ou professeur, puis dans la rubrique « ressources manuelles numériques », les liens apparaissent et permettent d’ouvrir les manuels. Cela permet de débloquer et de travailler mais ce n’est quand même pas très pratique. »

Comme les élèves n’ont plus de livres imprimés, les enseignants sont obligés de s’adapter : ils arrivent en classe avec des paquets de photocopies de leurs anciens livres, qu’ils avaient précieusement gardés sous le coude, ce qui représente un coût non négligeable et surtout inattendu.

Les bons vieux livres imprimés n'ont pas encore disparus des lycées 4.0... (Photo Visual Hunt / cc)
Les bons vieux livres imprimés n’ont pas encore disparus des lycées 4.0… (Photo Visual Hunt / cc)

Autre problème technique, l’accès à Internet sans-fils (WiFi), indispensable lorsque l’on travaille sur tablettes ou ordinateurs, ne fonctionne pas toujours, selon des témoignages d’enseignants.

Ces ratés sont assez normaux, étant donné l’ampleur du chantier et des changements à opérer. Dès la première phase, près de 50 lycées du Grand Est, dont 13 en Alsace, ont été sélectionnés pour participer à cette expérimentation.

Ce qui agace enseignants et élèves, ce sont surtout le peu d’informations qui sont communiquées sur la date à laquelle ces problèmes seront résolus :

« On nous avait promis la livraison des licences permettant l’accès au livres numériques pour la rentrée, finalement maintenant c’est au plus tard pour les vacances de la Toussaint… »

Impuissants face à cette situation, certains parents d’élèves ont alerté la FCPE du Bas-Rhin (Fédération des conseils de parents d’élèves).

Les retards à imputer à l’interconnexion éditeurs – Éducation nationale

Mais alors d’où vient le problème? Si le matériel (ordinateurs et tablettes) a effectivement été livré, ce sont les licences, qui manquent à l’appel. Elles sont le sésame permettant à chaque élève et enseignant de se connecter au Gar (gestionnaire d’accès aux ressources) et d’avoir accès uniquement aux livres qui les concernent. En passant par cette plateforme, les données des utilisateurs sont protégées, c’est-à-dire que les éditeurs ne peuvent pas les collecter. Les licences devaient être fournies par la région et livrées à la rentrée en même temps que le matériel, mais tardent à arriver dans certains lycées.

Selon Attissar Hibour, présidente de la commission lycée et apprentissage à la Région Grand Est,

« Si l’accès aux ressources numériques a tardé dans certains établissements, c’est en raison d’une mise à jour des environnements numériques de travail (ENT) des élèves, faite par le ministère de l’Éducation nationale, pour adapter le système aux corrections apportées par les éditeurs. »

Elle rappelle que le dispositif a dû être mis en place en huit mois :

« 73% des licences ont été commandées. Pour celles qui ne le sont pas encore, c’est parce que les enseignants attendent que certains livres numériques soient disponibles. Avec plus de 3 000 références de ressources numériques proposées, le choix est encore plus important que lorsque les manuels étaient papiers. C’était l’une de nos préoccupations importantes : laisser une liberté de choix aux enseignants pour les manuels. »

Marc Neiss, délégué académique au numérique, explique de son côté :

« Le problème, c’est que certains contenus numériques ne sont pas finalisés. En plus, il faut connecter les livres numériques à la plate-forme, ce qui est un mécanisme complexe qui peut prendre du temps. C’est cette face cachée du dispositif qui explique certains délais. »

Pour palier ces débuts parfois difficiles, des formateurs issus de la Délégation académique au numérique pour l’éducation (DANE), sont envoyés dans les lycées, une fois par semaine environ, pour accompagner les enseignants et faire remonter leurs éventuelles questions au Rectorat. Des solutions alternatives, pour faire cours sans livres sont proposées. Cependant, reconnaît Marc Neiss :

« On sent que l’impatience des enseignants monte. Jusqu’à présent ils ont gardé une attitude très positive et ont été compréhensifs. Ils ne sont pas perdus, ils savent s’adapter, mais un mois après la rentrée, on sent qu’ils ont envie que ces problèmes se résolvent. »

Le risque d’un rejet par les profs

En dehors de ces problèmes de livraison des licences, les enseignants doivent faire face à d’autres imprévus que la Région n’avait peut être pas envisagé. Pour une enseignante :

« Ce sont les profs qui sont en première ligne. Ils sont face à des élèves qui ont du matériel, d’autres qui n’en n’ont pas, ceux qui en ont mais qui n’est pas forcément adéquat… De nombreux jeunes viennent avec des tablettes pas vraiment conçues pour travailler, sans stockage et qui ne tiennent pas la route. L’enseignant doit gérer ça, ce qui lui fait perdre du temps et peut en rendre certains réfractaires. »

Pour certains, cette phase pilote n’aurait jamais dû être à l’initiative de la Région :

« La Région avait déjà une stratégie qu’elle a imposée. Cela modifie complètement la structure informatique mais aussi les manières de faire, du point de vue pédagogique. Normalement, c’est l’Etat qui décide des programmes pas la Région. La collectivité s’immisce dans les politiques éducatives. Les enseignants voient dans cette irruption du numérique un cheval de Troie pédagogique. »

L’ensemble des lycées du Grand Est doit évoluer vers les livres numériques en trois ans.

La suspicion autour de la contraception et des vaccins inquiète le Pr Israël Nisand

La suspicion autour de la contraception et des vaccins inquiète le Pr Israël Nisand

Le Pr Israël Nisand, chef du service de gynécologie-obstétrique des hôpitaux de Strasbourg, était l’invité de Léa Salamé ce lundi 9 matin octobre sur France Inter. Contraception, méfiance grandissante vis-à-vis des vaccins, violences faites aux femmes enceintes, pornographie chez les jeunes… Celui qui est aussi président du Collège national des gynécologues et obstétriciens français a lancé quelques signaux d’alarme.

Contraception et vaccins devenus suspects

Depuis 2010, un mouvement de défiance est observé chez les femmes face à la pilule. En sept ans, 10% d’entre elles ont arrêté de la prendre, explique Léa Salamé. Ce que confirme le Pr Nisand :

« On n’a eu en France une propension à utiliser essentiellement la contraception orale, à la distribuer pratiquement sous le comptoir. Or un médicament qui est efficace a des effets adverses et la pilule est remarquablement efficace, les pilules doivent être prescrites après une consultation médicale détaillée. Quand on utilise un médicament à des millions d’exemplaires, on voit apparaître des complications extrêmement rares. »

Même constat de désamour envers les vaccins et même réponse d’Israël Nisand :

« Les Français vivent dans un pays de Cocagne, ils ne veulent plus des vaccins parce qu’ils ne voient plus les maladies ! Il faut convaincre et sanctionner ceux qui propagent des choses fausses sur les vaccins. Ce qui est malheureux, c’est que la France qui a inventé les vaccins est le pays qui en profite le moins : 14% des femmes sont vaccinées contre le cancer du col, là où nos voisins anglais sont à 88%… et du coup ces cancers disparaissent en Angleterre tandis qu’ils augmentent chez nous. »

 

« J’en ai marre de ce « bashing » contre les gynécologues »

Le Pr Nisand a peu goûté le « livre noir de la gynécologie », qui a recensé des violences faites aux femmes enceintes. Le responsable du Centre médico-chirurgical obstétrique de Schiltigheim tient à rappeler que « 97% des gynécologues obstétriciens font un travail extraordinaire de bien traitance, de gentillesse, de dévouement et de qualité. On est l’un des pays qui a le meilleur résultat en terme de mortalité maternelle. »

Il ne remet pas en question l’existence des violences mais selon lui, il s’agit d’abord d’un problème de moyens alloués aux maternités :

« Des personnels maltraités deviennent maltraitants. Quand un gynécologie a fait cinq césariennes dans sa nuit et qu’il a brancadé lui-même ses patientes, faut pas lui demander d’être gentil au petit matin. »

Alerte sur les ados et la pornographie

Le Pr Nisand est appelé à intervenir dans les lycées et collèges de Strasbourg parce qu’il y a « des fellations collectives dans les toilettes » :

« Mais où ils ont appris ça nos enfants ? Dès 11 ans, 95% des enfants ont déjà été exposés à des images pornographiques. Aucun parent n’a envie que son enfant de 9-10 ans ne devienne accro à ces images. Il est tout à fait possible de s’attaquer à l’industrie lucrative du porno, en exigeant un numéro de carte bancaire dès la première image. »

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Axé sur la reproduction, le Forum de bioéthique 2018 va aussi se reproduire
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La fermeture des berges le long du Parlement serait limitée « en cas d’alerte »

La fermeture des berges le long du Parlement serait limitée « en cas d’alerte »
On en sait un peu plus sur le projet de fermeture du quai du bassin de l’Ill, le long du Parlement européen de Strasbourg. Selon l’institution européenne, les travaux comprennent « des nouvelles plantations le long des berges ainsi que des portails sur chaque extrémité permettant la fermeture des berges en cas d’alerte. » Dans sa réponse, l’administration ajoute que « la décision de la fermeture des berges sera prise par les autorités françaises, en concertation avec les services de sécurité du Parlement. » La Préfecture va dans le même sens : « Le principe d’activer ou non ces dispositions sera flexible et réversible. »

Une manif’ et un recours gracieux

Si ces portails ne devaient s’en tenir qu’à cet usage exceptionnel, cela déminerait en partie la crainte de voir cet axe très emprunté par des cyclistes, des sportifs ou des promeneurs définitivement obstrué. Néanmoins, ils craignent qu’une fois installé, le le plus simple soit d’activer la fermeture en permanence. Sur l’autre rive, des portails amovibles sont ainsi fermés complètement depuis 2015.
Voici l’endroit qui serait fermé et l’annonce sur feuille A4, accroché au grillage à droite. (photo Emmanuel Jacob / Blog de la Robertsau)
Les 12 sessions plénières au Parlement strasbourgeois ne durent que trois jours par mois, alors que d’autres lieux davantage utilisés (écoles, édifices religieux, universités ou hôpitaux) représentent aussi des cibles potentielles d’actes terroristes. Quatre associations, d’habitants, de piétons ou de cyclistes ont appelé à la manifestation du jeudi 12 octobre contre une fermeture définitive. Le blog de la Robertsau nous apprend que l’association de quartier l’ADIR a même déposé un recours gracieux au préfet. La Ville de Strasbourg a également demandé à être un peu plus informée sur les modalités.
#Adir

Qui est Brigitte Klinkert, la première femme présidente du Haut-Rhin ?

Qui est Brigitte Klinkert, la première femme présidente du Haut-Rhin ?

Elle était la première et la seule femme élue au Conseil général au début des années 90. 23 années plus tard, dont certaines dans l’ombre de ses chefs, Brigitte Klinkert devient la première femme à présider le Département du Haut-Rhin. Alsacienne convaincue, issue de la droite modérée, elle plaide pour le retour d’une région à part entière et à statut particulier.

Brigitte Klinkert accueille avec le sourire, sa « feuille de route » sous la main et la voix posée. Elle a fait ses « devoirs de vacances », comme elle le dit. Depuis le 1er septembre, elle est officiellement la nouvelle présidente du Conseil départemental du Haut-Rhin (CD 68). Elle répond aux nombreuses sollicitations de la presse, récite ses objectifs prioritaires, se plonge dans les dossiers, et fait progressivement le tour de tous les collaborateurs du Département pour se présenter :

« Bon cela prend du temps, ce sont quelques milliers de personnes quand même, mais c’est important le contact personnel. »

Cela reflète déjà le caractère de la nouvelle présidente, qui préfère parler de travail d’équipe que de se mettre en avant… ou de se plaindre :

« C’est vraiment du bonheur. On a une belle équipe d’élus, vraiment engagés, et une belle équipe de collaborateurs, je me sens très soutenue. »

Car si le grand public n’avait peut-être jamais entendu parler de Brigitte Klinkert auparavant, elle fait pourtant figure de taulière du Département depuis son entrée au Conseil général en 1994, et ses collègues la connaissent bien.

Une vie dans le service public alsacien

Cette native de Colmar a commencé par travailler dans l’administration avant de progressivement rejoindre l’engagement familial. Son grand-père était Joseph Rey, ancien maire et figure démocrate-chrétienne de Colmar. Elle passera toute sa carrière dans l’administration locale (voir encadré ci-dessous) et notamment avec des missions au Conseil général du Bas-Rhin jusqu’en 2011. Une vraie école de l’administration locale, selon elle :

« J’ai vraiment vécu de l’intérieur la décentralisation. Quand j’ai démarré, on était 4 collaborateurs. Maintenant, ils y sont plus de 3 000. »

Elle justifie son entrée en politique par une « volonté d’aider » :

« Déjà très jeune, je souhaitais me mettre au service des autres, et j’ai voulu entrer dans le service public, et puis je me suis intéressée à la vie politique. Dès la fac de droit, je me suis engagée chez les jeunes démocrates sociaux (les jeunes du parti des centristes démocrates sociaux fondé en 1976 et présidé par François Bayrou au début des années 90, NDLR). »

Depuis, elle fait preuve d’une pérennité certaine. Elle l’explique par des raisons simples :

« Quand on est élu local, il faut un ancrage local fort. Il faut de la proximité, être à l’écoute de ses concitoyens. Toutes les personnes qui souhaitent me rencontrer, je les rencontre. C’est aussi important de vivre comme tout le monde. C’est pour cela que j’ai toujours gardé un « vrai » métier, pour garder les pieds sur terre, avoir un patron, des collègues, etc ».

« Un petit pas de plus pour les femmes »

Quand elle entre au conseil départemental, elle est la première femme, et donc la seule. À 37 ans, elle est aussi la plus jeune. Aujourd’hui, elle est seulement la 11e femme aux manettes d’un département français. Sur 101.

Mais à l’entendre, il n’y a rien d’exceptionnel chez elle, elle était « juste là au bon moment ». Et loin d’elle l’impression d’avoir dû être patiente pour accéder enfin à des responsabilités, elle qui travaille pourtant consciencieusement dans l’ombre depuis presque 25 ans. Elle en rit plutôt :

« Je n’ai jamais fait de plan de carrière en politique. Il s’agit d’opportunités, c’est tout. En 1994, le conseiller général de Colmar-Nord, Jean-Paul Fuchs, a décidé d’arrêter, alors je me suis présentée. Aujourd’hui, mes collègues m’ont élue car ils m’ont vu à l’œuvre ces dernières années, notamment à la présidence de la commission culture et patrimoine. Aussi, si j’ai pu être élue à ces moments-là, c’est grâce aux lois sur la parité et sur le cumul des mandats ».

Car la loi sur la parité en politique, introduite en juin 2000, et qui oblige à présenter autant d’hommes que femmes lors de scrutins de liste, a été selon elle déterminante pour habituer les citoyens à une plus grande diversité dans la politique :

« Heureusement qu’il y a eu ces lois instaurant la parité. Car c’est tout de même enrichissant. Les conseillères sont très présentes et forces de propositions. »

Elle salue l’obligation de présenter des binômes hommes-femmes aux élections départementales, qui a été effective aux élections de 2015 :

« Avant cela, il s’agissait simplement d’avoir un suppléant du sexe opposé. C’était pour le moins curieux. Moi par exemple, je devais forcément avoir un suppléant masculin. »

Si elle dit ne pas penser tous les jours au fait qu’elle soit une femme présidente (« après on n’y pense plus, on est présidente et on occupe pleinement la fonction ! »), celle qui a cité Simone Veil dans son discours d’intronisation est pleinement consciente et heureuse de l’avancée que représente une présidente de plus :

« Être la 11e femme présidente, c’est quand même un petit pas de plus pour les femmes, à ma petite échelle. Avoir plus de femmes élues aux responsabilités, ça change quand même : par la force des choses, les femmes ont en quelque sorte une sensibilité qui leur est propre. Peut-être qu’on appréhende les projets un peu différemment. »

Elle regrette qu’il y ait moins de femmes au pouvoir, et pense que les raisons sont diverses :

« Pour être élue au Conseil Départemental, il faut être déjà un peu connue : c’est mieux par exemple si on est maire, et comme il y a déjà moins de femmes maires, c’est un cercle vicieux. Aussi, je pense que les femmes cherchent moins le pouvoir pour le pouvoir, mais le voient plus comme un moyen de réaliser des choses. Enfin, beaucoup de femmes hésitent sans doute à prendre plus de responsabilités car elles se demandent si elles en auront le temps et les capacités. »

Depuis qu'elle est à la tête du Département, Brigitte Klinkert s'est emparé des dossiers importants, notamment celui du retour d'une Alsace unique (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)
Depuis qu’elle est à la tête du Département, Brigitte Klinkert s’est emparée des dossiers importants, notamment celui du retour à une Alsace institutionnel (Photo DL / Rue89 Strasbourg / cc)

Emploi et jeunesse, priorités classiques des élus locaux

Maintenant qu’elle est aux rênes du département, Brigitte Klinkert expose ses grands projets pour l’horizon 2021, date des prochaines élections. Consciencieuse, elle déroule ses priorités, « l’emploi, la jeunesse, et l’Alsace. »

Peu importe que l’emploi ne soit pas à proprement parler dans les compétences du Département. Si depuis la loi NOTRe, la collectivité a perdu quelques attributions comme le développement économique aujourd’hui totalement dévolu à la Région, Brigitte Klinkert veut agir avec les leviers qui lui restent :

« L’emploi doit être la priorité pour nous les élus locaux. Notre levier d’action, c’est de prendre les compétences que l’on a sous le prisme de l’emploi. Par exemple, il nous est possible d’adapter les routes pour faciliter l’accès des gens à des zones économiques. Aussi, on veut encourager le bilinguisme, notamment chez les jeunes, qui est un énorme plus pour trouver un emploi. Je souhaite multiplier les échanges de part et d’autre du Rhin. Il faut profiter de notre situation géographique près des zones les plus prospères d’Europe, le Bade Wurtemberg et la Suisse ».

La jeunesse, c’est l’autre axe cher au Département, qui a en charge les collèges, pour lesquels il dépense cette année plus de 37 millions d’euros. Celle qui était longtemps vice-présidente à la culture ne dévie pas de son cheval de bataille :

« Nous avons lancé un appel à projets aux acteurs culturels pour faire plus d’activités culturelles dans les collèges. Nous voudrions développer cela ensuite au niveau du sport, de l’engagement citoyen… Le but est de donner envie aux jeunes de s’ouvrir. »

Elle évoque aussi les solidarités, qui est tout de même l’attribution principale de l’échelon départemental :

« C’est une compétence majeure du Département, la solidarité avec les personnes âgées, les personnes handicapées, les personnes en précarité et les jeunes en difficulté. Sur ces sujets, l’objectif et que chacun reste l’acteur principal de sa propre vie ».

Son prédécesseur Éric Straumann, dont elle est suppléante à l’Assemblée nationale, s’était fait remarquer en proposant de conditionner le RSA contre 7h par semaine de bénévolat. Une politique sur laquelle elle n’a pas l’intention de revenir.

« Make Alsace great again » ?

Mais le gros dossier que la nouvelle présidente veut ouvrir, c’est la question d’une Alsace comme région unique et à part entière. Parmi les options en débat, elle préfère, comme son homologue bas-rhinois Frédéric Bierry, obtenir une Région Alsace dissociée du Grand Est, sur le modèle de l’assemblée territoriale Corse :

« Je privilégierais une collectivité à statut particulier avec des conseillers départementaux qui seraient également conseillers régionaux d’Alsace, avec un retour des compétences importantes comme l’économie et les transports ».

D’autres voix prônent simplement une jonction des départements, tout en restant au sein de la région Grand Est. Brigitte Klinkert défend depuis longtemps l’idée d’une organisation unique pour l’Alsace. Elle faisait déjà partie des fervents partisans du oui au référendum de 2013 sur la Collectivité Territoriale d’Alsace.

A l’époque, la fusion ne faisait pas l’unanimité au Conseil général du Haut-Rhin, et Brigitte Klinkert a payé son engagement. Ses délégations lui ont été retirée par Charles Buttner, alors Président :

« Je tiens aujourd’hui le même discours que je tenais à l’époque. Oui j’étais pour. Charles Buttner était moins « chaud », et il voulait d’ailleurs adapter le texte (élaboré ensemble par les deux départements et qui validait le projet de collectivité unique, NDLR) au moment de le faire voter par le Conseil général. Je craignais que cela n’empêche la tenue d’un référendum et la validation. »

Finalement, le référendum avait eu lieu mais le Haut-Rhin avait voté non et la participation avait été trop faible pour valider le résultat, qui penchait pour le oui à 57%.

Comme ses prédécesseurs, la nouvelle Présidente a vue sur la vieille ville de Colmar, où elle est élue depuis plus de 30 ans (Photo DL/Rue 89 Strasbourg/cc)
Comme ses prédécesseurs, la nouvelle Présidente a vue sur la vieille ville de Colmar, où elle est élue depuis plus de 30 ans (Photo DL / Rue89 Strasbourg / cc)

Une Alsace seule pour mieux dialoguer avec les voisins

Si elle porte aujourd’hui ce projet, c’est pour retrouver « une proximité et une identité » :

« Aujourd’hui, les citoyens qui ont un souci dans la région Grand Est ne savent plus à qui s’adresser. Les élus doivent être des élus de proximité. En matière de visibilité, l’Alsace n’est plus sur Tripadvisor (en fait, on la trouve encore, NDLR), c’est la région Grand Est. Tout comme le stand au salon de l’agriculture etc etc. En tourisme, c’est l’Alsace qu’il faut vendre. »

Surtout, un changement d’organisation redonnerait selon elle une place plus importante à la région et cohérente avec sa situation géographique :

« L’Alsace c’est une histoire, une géographie, une culture. Aujourd’hui je me rends compte que l’Alsace regarde vers l’Ouest. Or, on a la chance d’être dans le bassin rhénan, un des territoires les plus prospères en Europe. Je souhaite développer notre coopération avec les Allemands et les Suisses, et faire bénéficier l’Alsace de ce dynamisme. Si l’Alsace y gagne, la France y gagne aussi. C’est une conviction, l’Alsace s’en portera mieux et sera plus prospère. »

Or, pour optimiser au mieux les relations avec ses voisins, l’Alsace doit impérativement avoir son organisation propre, avance Brigitte Klinkert, qui parle elle-même allemand et n’en tarit plus sur la coopération transfrontalière :

« Certains partenaires en Suisse par exemple souhaiteraient une gouvernance propre à la région des trois frontières, et la coopération transfrontalière, c’est une question de volonté politique et de relations personnelles. Et ça, ça se fait dans la proximité. »

Mais si les présidents des départements alsaciens sont convaincus de leur projet, le chemin est encore long, comme l’explique Brigitte Klinkert :

« Il faut d’abord un accord de principe de l’Etat. Puis, il nous faudra travailler à un projet avec l’ensemble des alsaciens. L’objectif est d’y arriver pour l’horizon 2021, où il y aura les élections départementales et régionales ».

Dans ce rapport de force qui s’installe, ce sont bien les députés de l’Assemblée nationale qui peuvent voter un éventuel redécoupage.

Brigitte Klinkert et Frédéric Bierry  n’ont pas perdu de temps : le 13 septembre, ils étaient accueillis à l’Elysée pour défendre leur projet et en discuter avec le Secrétaire Général de l’Elysée, Alexis Kohler, un autre compatriote alsacien, Directeur de Cabinet d’Emmanuel Macron depuis 2014.

C’est ensuite l’adhésion de la population qu’ils devront emporter, et surtout celle des haut-rhinois, que Brigitte Klinkert devra convaincre, quelques années après un référendum où leur enthousiasme avait été plutôt modéré. Elle reste optimiste car elle l’assure :

« Ce projet sera construit avec tous les alsaciens. »

De là à les faire voter à nouveau ?

Jean Rottner et l’orbite alsacienne

Jean Rottner et l’orbite alsacienne

Jean Rottner a été choisi à l’unanimité par les membres de la majorité comme candidat successeur à Philippe Richert, pour diriger la région Grand Est. Plaidera-t-il pour une autonomie alsacienne au sein du Grand Est ? Voire une sortie pure et simple ? Une chose est certaine, les défenseurs de l’Alsace sauront rappeler le nouveau président à ses engagements. En 2014, il avait lancé une pétition en ligne contre l’intégration de l’Alsace à la région Grand Est.

 

#Valérie Debord

Avec la Grenze, un collectif veut réinventer la salle de concerts à la Coop

Avec la Grenze, un collectif veut réinventer la salle de concerts à la Coop

Une petite équipe s’est montée pour répondre à l’appel à projets du « Petit Garage », dans la virgule de la Coop, au port-du-Rhin à Strasbourg. Ils veulent créer une nouvelle salle de concerts, accueillante, pluri-activités et coopérative.

Ils sont jeunes, ils sont tous des habitués des soirées strasbourgeoises et ils ont tous déjà pas mal d’expérience dans leur domaine. Voici Fabien, Julie, Philippe, Elise et Thibaut, tous rêvent d’un nouveau lieu à Strasbourg, plus garage que la Laiterie mais plus grand que le Mudd Club. Alors quand la Ville de Strasbourg a lancé un appel à projet pour le « Petit Garage » de la Coop au Port-du-Rhin, un local de 447 m², ils ont foncé.

Ils ont même trouvé un nom : La Grenze, la frontière en allemand. C’est Fabien Huchelmann qui détaille le projet :

« La Grenze sera une salle de concerts, un lieu de clubbing, une cantine populaire pour le quartier, un lieu culturel et d’exposition et un accueil pour des activités périscolaires… Ce sera un lieu mixte. Ouvert sur le quartier, son fonctionnement sera coopératif et démocratique, les habitants seront associés, nous pratiquerons la codécision au quotidien grâce à des propositions discutées en « collèges » (habitants, public, collectivités, artistes…). Chacun pourra devenir coopérateur en achetant une part sociale, les bénéfices de la structure seront réinvestis. »

L’état actuel du Petit Garage… (doc remis)

Cantine populaire, la Grenze ne sera pas qu’une salle de concert (doc remis)

« Strasbourg a raté pas mal de dates à cause d’un manque de salle intermédiaire »

La petite équipe planche sur ce projet depuis mars. Programmatrice en Alsace, Julie Goulon fait le constat d’un manque :

« Je programme des groupes de rock indépendants depuis 10 ans et à chaque fois c’est la galère, les salles à disposition sont soit trop grandes comme la Laiterie, et donc trop chères, soit trop petites et donc pas assez rentables et techniquement pas suffisantes pour faire venir nombre de groupes. Strasbourg a raté pas mal de dates à cause de ça. On a besoin d’une salle composite de 300 à 400 places, avec notre projet on va parfaitement s’insérer dans l’offre strasbourgeoise. »

Même discours pour Élise Hausherr, actuellement en charge de la cuisine de l’hôtel Graffalgar :

« On va proposer une cuisine simple de saison et pas chère, des plats entre 5 et 10€ pour que tout le quartier ainsi que les artistes qui s’installeront à côté puissent venir régulièrement. On sera dans l’esprit des cantines ouvrières, même si on adaptera aux goûts d’aujourd’hui. Par exemple, tous les plats seront “veganisables”. Ça n’existe pas à Strasbourg. »

Dans sa phase de lancement, en janvier 2020, La Grenze prévoit de proposer deux concerts par semaine et une soirée clubbing, un service de restauration à midi avec des brunchs le week-end, plus des ateliers avec les enfants et les habitants du quartier. Économiquement, la petite équipe a fait ses calculs, accompagnée par Alsace Active et normalement, l’activité devrait être en mesure de s’auto-financer, un argument de poids dans leur projet qui ne demande aucune subvention de fonctionnement.

Le lauréat de l’appel à projets pour le « Petit Garage » sera connu dans quelques semaines. Avant ça, la petite équipe espère provoquer l’adhésion des Strasbourgeois autour de La Grenze et scrupte de près le nombre de « likes » sur leur page Facebook.

Vendredi, douceur automnale et musicale avec Pollyanna et Ballerine

Vendredi, douceur automnale et musicale avec Pollyanna et Ballerine

Vendredi soir, le collectif Kim organise une soirée pop-folk comme lui seul en a le secret. À l’honneur, la parisienne Pollyanna pour une formule duo et la strasbourgeoise Ballerine en solo. Une soirée d’automne toute douce à La Popartiserie.

Elle porte le nom d’une héroïne de littérature jeunesse américaine, jeune orpheline qui avait pour particularité de toujours voir les choses du bon côté. Avec elle, Pollyanna l’artiste partage un optimisme sans faille dans sa musique. La talentueuse parisienne, auteure de deux albums, est de passage à Strasbourg samedi à La Popartiserie pour un concert intime et complice.

Capable de jouer seule ou en groupe, c’est en duo qu’elle présentera à La Popartiserie sa musique folk teintée de pop et de rock, et résolument tournée vers les grands espaces. Des grands espaces qu’elle a déjà souvent parcourus, entre l’Angleterre et le Tennessee… La BBC ne s’y est d’ailleurs pas trompée, puisque la radio célèbre la beauté et l’honnêteté d’une musique qui fait du bien dans ces périodes agitées.

« Une exception culturelle » pour le magazine Magic

Et si Pollyanna n’hésite pas à s’aventurer du côté de l’électrique quand nécessaire, c’est en version beaucoup plus acoustique qu’on risque de découvrir les titres de « The Mainland » vendredi soir. Car c’est en effet accompagnée d’une violoncelliste que Pollyanna enchantera l’assemblée. La soirée risque donc d’être poétique, apaisée et pleine de sourires, pour celle que le magazine musical Magic qualifie d’ »exception ». Rien que ça.

Ballerine ouvrira la soirée. Elle aussi à l’aise tant en groupe qu’en solo sera samedi seule derrière ses instruments. Pour une pop teintée de beats électroniques, elle séduit et envoûte avec ses textes personnels et sa voix assurée. Elle s’était faite discrète pendant l’été et a travaillé sur de nombreux projets (The Redshifts, SphereS). Ce concert sera donc l’occasion de (re)découvrir l’artiste strasbourgeoise qui s’est lancée dans ce projet il y a maintenant 18 mois, et ne cesse de se construire et de s’affirmer, à la plus grande joie du public toujours plus nombreux.