L’exposition « Espace intermédiaire » se déroule au Frac Alsace de Sélestat jusqu’au 25 janvier.
À Sélestat, depuis le 25 novembre et jusqu’au 25 janvier, le Frac Alsace ouvre ses portes aux travaux d’Élise Grenois pour une exposition monographique inédite. L’occasion de se plonger dans l’extraordinaire travail de matière de l’artiste strasbourgeoise.
Avec son exposition « Espace intermédiaire », l’artiste Élise Grenois est la première artiste à bénéficier du nouveau dispositif du Frac Alsace. Une exposition monographique pour mettre en lumière la spécificité et l’originalité du travail de la plasticienne, lauréate du fond régional d’Art contemporain.
Une dotation qui, depuis les années 1980 vise à assurer, via la mise à disposition de moyens et de lieux d’exposition une plus grande visibilité aux artistes locaux. Cette fois, le commissariat d’exposition est assuré par l’équipe du Frac.
Diplômée de la Haute école des arts du Rhin en 2017, Élise Grenois investit et expérimente des domaines variés de l’art-objet, en particulier les techniques liées au moulage. Son travail de la matière et des corps questionne l’extrême fragilité de la vie.
Mémoires de formes animales
La série d’œuvres intitulée « Cristallisation », disposée au sein de l’espace d’exposition du Frac Alsace, est réalisée à partir de corps d’animaux retrouvés sur les bords de route, que l’artiste a moulés dans du plâtre avant de les placer dans un four à verre.
Le processus de combustion à très haute température ne laisse de ces corps que des cendres et os, au milieu des vides comblés par le cristal. Élise Grenois cristallise une présence corporelle éphémère et procède à une transformation alchimique des corps, redonnant à la vie animale son importance.
Au travers de ce processus de moulage et de façonnage des formes d’êtres vivants, la plasticienne rend les visiteurs attentifs à la beauté de ces vies animales abandonnées au bord des routes.
L’exposition permet également de s’immerger dans les coulisses de la création de l’artiste, en découvrant les connexions faites entre les différentes sculptures présentées. Les gestes de l’artiste, entre moulage, céramique et travail de la pâte de verre, créent de nouvelles matérialités pour penser la disparition des corps et les rituels de deuil qui les entourent.
Étudiante en deuxième année de Master ECCA, mes recherches portent sur les politiques visuelles et la mise en image des dispositifs de domination, notamment dans la mise en mouvement des corps
Renee Nicole Good était poétesse, mère de trois ans et avait 37 ans.Photo : Reddit
Les Democrats abroad de Strasbourg appellent à rendre hommage à Renee Nicole Good dimanche 11 janvier devant le consulat des États-Unis. Cette mère de famille a été tuée à bout portant par un agent de la police de l’immigration, un meurtre nié et couvert par l’administration Trump.
Alors que l’autoritarisme de l’administration Trump se déploie depuis janvier 2025 sur les États-Unis et dans le monde, la violence du régime d’extrême droite apparaît chaque jour plus effrayante aux citoyens américains.
Mercredi 7 janvier, Renee Nicole Good se trouvait à proximité d’un raid de l’ICE (immigration and customs enforcement, la police chargée de trouver des clandestins aux États-Unis et de les déporter) à Minneapolis. Militante pour les droits de l’Homme, elle était au volant de son véhicule lorsqu’un agent de l’ICE lui a tiré dessus alors qu’elle s’éloignait (voir ce compte-rendu).
L’Amérique a été choquée par ce tir contre une femme de 37 ans qui ne présentait aucun danger, mais peut-être encore plus par la défense de l’administration Trump qui a qualifiée sans ciller Renee Nicole Good de « terroriste intérieure ». Elle a été accusée de vouloir blesser le policier, une version contredite par les vidéos prises sur place.
Analyse des images prises lors du tir par CBS.
Durcissement du régime Trump
Des rassemblements ont eu lieu pour protester contre la violence de l’ICE, qui arrête les gens en pleine rue de manière arbitraire, qui s’affranchit régulièrement des règles de droit et dont les agents opèrent masqués. Les États-Unis découvrent qu’une « police politique » s’est installée dans leurs rues et qu’elle ne répond à personne. À Minneapolis, l’ICE a empêché un médecin d’assister Renee Nicole Good juste après le tir, elle a empêché les secours d’intervenir et l’agent auteur du tir n’a pas été inquiété ni suspendu… Les autorités fédérales ont empêché aux autorités locales d’accéder aux preuves.
À Strasbourg, l’antenne locale des Democrats abroad (la grande formation de centre-gauche américaine) appelle à une veillée en réponse « aux événements qui ont tué Renee Nicole Good et en mémoire de toutes les victimes de l’ICE, tuées dans l’exercice de leurs libertés individuelles » dimanche 11 janvier à partir de 18h, devant le consulat des États-Unis.
« Nous nous rassembleront dans un esprit d’hommage et de solidarité. Celles et ceux qui le souhaitent peuvent apporter des pancartes ou des bougies », indique le communiqué de Democrats abroad Strasbourg qui précise que ses représentants seront présents dès 17h au Café Brandt pour discuter des moyens de résistance à l’administration Trump qui restent aux Américains, et notamment le vote.
Fahad Raja Muhammad du Mouvement Populaire Indépendant, Mohamed Sylla d’Utiles et Cem Yoldas de Strasbourg c’est nous ! ont été ciblés par des commentaires racistes sur les réseaux sociaux.Photo : docs remis
Trois candidats non-blancs aux élections municipales de Strasbourg ont été ciblés par des messages racistes sur les réseaux sociaux. Des attaques qu’ils déplorent mais qu’ils estiment largement circonscrites à ces plateformes.
« Je ne vais pas perdre du temps avec ça », explique Fahad Raja Muhammad. À 21 ans, le candidat aux élections municipales de Strasbourg mène une campagne intense sur les réseaux sociaux. Et sous chacune de ses publications, des commentaires racistes apparaissent.
« C’est systématique, je les supprime même pas, reconnaît-il. Il n’y a jamais aucune critique sur mon programme, mes idées… Ce qui les dérange, c’est ma barbe. » Des commentaires lourds de sous-entendus ont commencé à être publiés dès sa déclaration de candidature, sous un post relayant l’article d’Actu Strasbourg daté du 8 octobre. Le post et ses commentaires malveillants sont toujours visibles. Ce n’est pas le cas des posts relayant les candidatures de Mohamed Sylla et Cem Yoldas, autres candidats non-blancs engagés dans les élections municipales strasbourgeoises, sur Actu Strasbourg. Ils ont été supprimés, face au nombre de commentaires racistes qu’ils avaient générés…
« C’est vrai que c’est désolant », soupire Cem Yoldas. À 29 ans, le candidat en tête de la liste « Strasbourg c’est nous », soutenue par le NPA et D’ailleurs nous sommes d’ici, précise :
« Actu.fr a supprimé la publication trois – quatre jours après sa mise en ligne. Le préjudice de publicité n’est pas si grand, ça aurait été différent si la suppression était intervenue après trois – quatre heures… »
« J’essaie de comprendre… »
« J’ai été choqué qu’autant de gens puissent exprimer des insultes racistes sans gêne », analyse Mohamed Sylla de son côté. Tête d’une liste soutenue par Utiles, le candidat de 45 ans, né en Guinée et arrivé en France à 17 ans, n’avait pas été confronté au racisme avant sa déclaration de candidature :
« En tant que cadre pour un syndicat (il est secrétaire général de l’Unsa du Bas-Rhin, NDLR), je rencontre beaucoup de monde, ça ne m’est jamais arrivé. Même des gens dont je sais qu’ils votent à l’extrême droite n’ont jamais eu ce genre de propos à mon encontre. Mais sur Facebook, j’ai eu deux articles sur moi et les deux publications ont dû être supprimées… À un moment je me dis que ce n’est pas normal. »
Alors que faire ? Porter plainte ? Faire des signalements à Pharos ? Les trois candidats estiment qu’ils ont autre chose à faire. Cem Yoldas détaille :
« Porter plainte, c’est long et coûteux. J’aurai dû avancer l’argent pour l’avocat, des captures d’écran authentifiées et le temps que la procédure aboutisse, la campagne sera terminée. Je préfère garder cet argent pour faire campagne. »
Pas de plainte
Mohamed Sylla non plus n’a pas porté plainte :
« Je suis allé voir les profils de ceux qui m’insultaient… Qui sont-ils ? Qu’est-ce qu’ils partagent ? Comment en sont-ils arrivés à exprimer autant de haine ? Je suis dans l’apaisement, c’est ma ligne personnelle et professionnelle depuis de nombreuses années… J’ai essayé de discuter, de répondre… Il y a beaucoup de faux profils mais certains existent, affichent des vies normales avec des amis, etc. »
Fahad Raja Muhammad adapte sa réponse selon les cas. Quand Damien Rieu, un influenceur d’extrême droite, l’a désigné comme cible à sa horde, il ne s’est pas démonté et lui a répondu sur le ton de l’humour avec une vidéo l’invitant à Strasbourg. « Je préfère le prendre comme ça », détaille le jeune candidat :
« Je le fais aussi pour mes soutiens et toutes celles et ceux qui se reconnaissent dans ma candidature. Ils regardent aussi comment je réagis et je fais attention à mes répliques. Répondre à l’insulte par l’insulte est tentant mais ce serait délétère et surtout, les rageux n’attendent que ça. Et puis je n’ai pas envie d’apparaître comme une victime. Je porte un projet, des idées… C’est ça l’image que je veux donner de moi et de notre équipe. »
« Je lui ai répondu que « chez moi », c’est ici »
Mohamed Sylla, tête de liste Utiles à Strasbourg
Tous les trois assurent que ces attaques racistes n’existent que sur les réseaux sociaux. Alors qu’ils sillonnent les marchés, organisent des réunions publiques et multiplient les rencontres depuis l’automne, aucun ne déplore d’incident raciste sur le terrain. « Une femme m’a accusé d’entrisme islamiste une fois » se souvient Fahad Raja Muhammad. « J’étais avec quelques jeunes, elle m’a accusé de prosélytisme mais ça s’est arrêté bien vite ». « Sur un marché, une femme âgée m’a dit de rentrer “chez moi, qu’il n’y avait plus rien ici” », indique Mohamed Sylla :
« Alors on a parlé, je lui ai répondu que “chez moi”, c’est ici et on a discuté des services publics. À la fin, on s’est serré la main et j’ai pris un selfie tout sourire avec elle… C’est ça le truc. Si on peut parler, toute cette haine s’évapore… »
Aucun des candidats rencontrés n’entend cependant suspendre sa campagne en ligne. Tous dotés de faibles moyens financiers pour faire campagne, les réseaux sociaux forment bien souvent leurs principaux canaux de communication. Et tant pis si leur mécanique délétère permettent à certains d’exprimer des messages qui dépassent les limites de la liberté d’expression. Les propos racistes sont un délit, lorsqu’ils sont tenus de manière public, ils peuvent être punis jusqu’à un an de prison et 45 000€ d’amende.
Manifestation de soutien au mouvement « Femmes Vie Liberté » en octobre 2022 à Strasbourg.Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg
En soutien aux manifestations en Iran, les collectifs Femme, Vie, Liberté et Non à la peine de mort en Iran appellent à un rassemblement samedi 10 janvier, place du Corbeau à Strasbourg.
« Il souffle un vent de révolte en Iran qui va connaître une révolution », estime Ali Rastegar, militant franco-iranien. Le porte-parole des collectifs Non à la peine de mort en Iran et Justice et libertés décrit en Iran une situation insoutenable pour les populations locales : « C’est la révolte des bazars parce que les gens ne peuvent plus nourrir leur famille. Le prix du pain ou encore du fromage a plus que doublé sur ces derniers mois. » En solidarité avec les manifestations en Iran, plusieurs collectifs appellent à un rassemblement samedi 10 janvier de 14h à 16h, place du Corbeau à Strasbourg.
Une lueur d’espoir pour les Iraniens
Depuis le 28 décembre 2025, des manifestations ont éclaté partout en Iran. Tout d’abord portées par des arguments économiques, contre l’hyperinflation, elles ont peu à peu glissé vers une contestation politique du pouvoir central. Ces mouvements ne sont pas sans rappeler le soulèvement au slogan « Femme, Vie et Liberté » réprimé dans le sang en 2022. Mais le fondement économique de la révolte laisse les soutiens de la mobilisation rêver à un véritable changement : « Contrairement à 2022, les industriels et les commerçants participent. Je suis très optimiste puisque, en 1979, la révolution iranienne a commencé avec le levier économique », poursuit Ali Rastegar.
Margaux Delanys est journaliste à Rue89 Strasbourg depuis octobre 2025. Originaire du Grand Ouest, elle est diplômée de l’École supérieure de journalisme de Lille et s’intéresse aux enjeux sociaux, notamment les questions de santé au travail.
L’entrée de l’usine Dumarey Powerglide, au Port du Rhin.Photo : Roni Gocer / Rue89 Strasbourg
La direction de l’usine d’équipement automobile a annoncé la fermeture de l’établissement strasbourgeois en 2026. Après le licenciement de 230 salariés en 2025, ce sont 320 emplois qui sont menacés.
Les Dernières Nouvelles d’Alsace ont révélé l’annonce faite par la direction de l’entreprise Dumarey Powerglide Strasbourg (DPS). Mercredi 7 janvier, le président de l’entreprise Arnaud Bailo a annoncé aux élus du comité social et économique (CSE) le projet de cessation des activités de l’usine au courant de l’année 2026. Cette nouvelle fait suite à un plan de sauvegarde de l’Emploi (PSE) en février 2025 au cours duquel 230 salariés ont quitté la société.
Concurrence chinoise, taxes américaines
Les difficultés mises en avant pour expliquer cette fermeture restent les mêmes. Après avoir perdu le marché des boites de vitesses pour ZF, un sous-traitant de l’industrie automobile allemande, Dumarey a produit des pièces pour voitures électriques. Mais après avoir investi 80 millions d’euros pour fabriquer des composants, arbres et autres pignons pour automobiles 100 électriques, DPS a obtenu des volumes de commande de plus de 40% inférieures aux projections de l’entreprise. Contacté par les DNA, le patron Arnaud Bailo déplore tout d’abord la concurrence chinoise : « Subventionnés par l’État chinois, ils fabriquent les mêmes produits que nous pour 30% moins cher. On ne peut pas lutter contre ça. »
Une autre difficulté importante pour l’entreprise DPS vient d’une décision des États-Unis. Donald Trump ayant augmenté les barrières douanières sur les véhicules à combustion interne en 2025, les constructeurs automobiles allemands ont vu leurs ventes baisser. Or ces entreprises étaient d’importants clients de DPS. Elles ont commencé à internaliser la production des pièces produites par l’usine strasbourgeoise. ZF a ainsi commencé à produire elle-même des transmissions et des châssis. « Nous avons perdu en une année 85% de notre chiffre d’affaires », constate Arnaud Bailo.
Un fonds social a été créé par le groupe propriétaire de DPS fin 2024. Il a permis de financer un premier plan de sauvegarde de l’emploi mis en place début 2025 pour 230 salariés. Il permettra d’offrir les mêmes conditions de départ aux 320 salariés restants. Le président de DPS évoque des premiers départs à partir du second semestre 2026. Le CSE doit se réunir lundi 12 janvier pour obtenir plus de détails sur la fermeture de l’usine DPS.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
L’évacuation du camp Krimmeri a commencé en début d’après-midi ce jeudi 8 janvier.Photo : Margaux Delanys / Rue89 Strasbourg
Le camp formé par des dizaines de personnes sans domicile situé à la Krimmeri à Strasbourg a été évacué par la police le jeudi 8 janvier en début d’après-midi. Plusieurs familles restent sans solution d’hébergement.
De ses grands yeux noisette, Mossawer observe l’agitation du campement de Krimmeri, dans le quartier de la Meinau à Strasbourg, enserré par une trentaine de policiers. Jeudi 8 janvier, en début d’après-midi, la préfecture du Bas-Rhin a lancé l’évacuation du campement formé par des dizaines de personnes sans-abri. L’opération fait suite à une décision du tribunal administratif. Lundi 1er décembre, l’institution avait jugé que les conditions de vie dans le camp de Krimmeri étaient dangereuses et insalubres. La police était autorisée à intervenir depuis le lundi 8 décembre.
Ils étaient encore sept familles, début janvier, à vivre dehors par des températures négatives. Main dans les poches de son jean, le petit garçon de huit ans aux taches de rousseur explique vivre depuis trois mois à Krimmeri. « J’y suis avec ma mère, mon père et mon frère », explique-t-il désignant une poussette protégée de la pluie par une bâche bleue. « Il a quatre mois », précise Mossawer, traduisant pour sa mère Kainat. « On vient de Paris, on y a vécu deux semaines, en tente. »
Près de son frère, Mossawer fait le tour des affaires éparpillées.
Sur place, la secrétaire générale de la préfecture Maxime Ahrweiller Adousso évoque une liste de 51 personnes présentes au camp Krimmeri au moment de l’évacuation. Selon elle, la moitié d’entre eux sera orientée vers le centre d’aide pour le retour situé à Bouxwiller. Dans les faits, plusieurs familles n’ont pas été recensées. « Ceux qui ne sont pas sur la liste, on n’a pas de solution », indique un policier.
« On n’a pas été prévenus »
« C’est ubuesque comme fonctionnement », réagit Floriane Varieras, adjointe à la maire de Strasbourg en charge des solidarité et présente depuis l’arrivée des forces de l’ordre. « Les familles n’ont pas été prévenues, ce sont les personnes sur place qui les ont alertées. »« Les toilettes ont été remises hier, et aujourd’hui, sans prévenir, la police évacue », complète Céline Balasse, porte-parole du collectif Enfants à la rue, État hors la loi. L’ONG Médecins du Monde, qui intervenait sur le campement pour des maraudes a elle aussi appris l’évacuation dans la foulée.
« On n’a pas été prévenus », appuie le père de Mossawer, à qui les forces de l’ordre interdisent l’accès au campement depuis plus d’une heure. « J’étais en train de travailler, j’ai dû quitter mon poste de travail », souffle-t-il, contrat à la main. Le réfugié afghan n’a pas été appelé par les forces de l’ordre, qui égrènent un à un les 51 noms de liste préfectorale. « Je n’ai pas eu rendez-vous à la préfecture », assure-t-il.
Après le départ des forces de l’ordre, quelques personnes se réunissent autour d’un feu. Des affaires d’écolier ont été laissées.Photo : Margaux Delanys / Rue89 Strasbourg
Des couvertures, vêtements et cartables d’enfants jonchent le sol. Calmement, Mossawer tente de réunir ses affaires. « Ils ont mis à plat les tentes, pour vérifier que personne n’était à l’intérieur », confirme Olivier, du collectif Enfant dans la rue État hors la loi. « Tout est par terre« , observe, les yeux dans le vide, un père de famille. Hébergé au gymnase de la Ménora avec sa femme et son fils, il avait laissé le reste de ses effets personnels sous une des tentes de Krimmeri. Même chose pour le jeune Abdulkadir, oscillant depuis plusieurs semaines entre des nuits d’hébergement accordées par le service intégré d’accueil et d’orientation (SIAO) et la tente de Krimmeri, partagée avec un ami. « Je ne suis pas sur les listes, s’inquiète-t-il. J’ai une solution d’hébergement mais je ne vais pas pouvoir prendre mes affaires. »
« Dégradation des conditions d’évacuation »
« C’est une dégradation délibérée des conditions d’évacuation, lâche Camille Vega, directeur de la fédération du Bas-Rhin du Secours populaire français. C’est la quatrième évacuation à Krimmeri, mais là, on monte d’un cran dans l’inhumanité du traitement des personnes. »
Après deux heures dans un froid mordant, les familles ont pu retourner près de leurs tentes.Photo : Margaux Delanys / Rue89 Strasbourg / cc
À 15h30, « l’opération est terminée », indique la secrétaire générale de la préfecture. Les voitures de police quittent une à une le camp. « Maintenant l’espace est dévasté », déplore Olivier, qui aide à mettre à l’abri de la neige fondue les quelques matelas qui restent.
Questionnée sur l’avenir des familles non recensées sur les listes, Maxime Ahrweiller Adousso note que « beaucoup ont déjà eu une proposition ». La secrétaire prend l’exemple de la famille de Mossawer. « Ils ont refusé une place à Colmar », fait-elle remarquer, soulignant que « certains de [ses] agents qui travaillent à Strasbourg habitent à Colmar et prennent le train. Le père aurait pu faire des allers-retours entre son travail et Colmar. » Au loin, le petit garçon a pris place sur une chaise installée par Abdulkadir et son ami autour du feu. « Je ne sais pas où l’on va » dit-il en haussement ses frêles épaules.
Le tribunal administratif de Strasbourg a annulé une délibération de la Ville d’Erstein concernant la gestion du camping municipal et son lac.Photo : Document remis
Le tribunal administratif de Strasbourg a annulé la délibération municipale qui accorde à la société Capfun la gestion du camping municipal d’Erstein et du lac voisin. Le maire de la commune, Benoît Dintrich, dénonce une situation « ubuesque ».
Peut-on garantir un accès gratuit à un espace public tout en confiant sa gestion à une entreprise privée ? La question s’est posée pour le camping municipal d’Erstein et son lac. Saisi par l’association Family Camping, regroupant les résidents permanents du camping, le tribunal administratif de Strasbourg a annulé, le 19 novembre 2025, les délibérations du conseil municipal du 3 avril 2023. Celles-ci mettaient en place un bail commercial à destination de la société Capfun, spécialiste du camping quatre étoiles, pour l’exploitation du camping municipal et des infrastructures du lac voisin.
La Ville d’Erstein avait exigé de l’entreprise qu’elle maintienne un accès libre au lac et à ses équipements. Mais c’est sur cette privatisation d’un espace public que le tribunal administratif a établi l’irrégularité des délibérations : « Un tel bail (commercial, NDLR) ne saurait être conclu sur le domaine public. Il résulte de ce qui a été dit précédemment que la requérante est fondée à soutenir que la délibération (…) est entachée d’erreur de droit. »
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Jeanne Barseghian était entourée par Floriane Varieras et Syamak Agha Babaei pour présenter une douzaine de mesures à mettre en œuvre lors d’un second mandat.Photo : Pierre France / Rue89 Strasbourg / cc
La maire sortante de Strasbourg, Jeanne Barseghian, a présenté mercredi 7 janvier une douzaine de mesures qu’elle se propose de mettre en œuvre lors d’un second mandat. Certaines s’inscrivent dans la continuité de l’action municipale des Écologistes, d’autres sont issues des ateliers citoyens et des formations politiques.
Il est toujours étonnant de constater à quel point les plateformes participatives de création des programmes proposent des mesures pile dans les projets des candidats. Ainsi, après le travail de quatre « agoras citoyennes » fréquentées par 250 personnes, Jeanne Barseghian, la maire sortante de Strasbourg (Les Écologistes) et candidate à sa réélection, propose de créer une « plaine festive » à la Meinau, pour accueillir de grands événements culturels ou sportifs.
Cette annonce a été faite lors d’une présentation de douze premières mesures en cas de victoire électorale écologiste, mercredi 7 janvier au local de campagne de Jeanne Barseghian dans le quartier Gare. Mais ce projet de « plaine festive », à la place des ateliers de la collectivité plaine des Bouchers, est déjà mis en œuvre depuis plusieurs mois. Le site doit notamment accueillir en 2027 la Foire Saint-Jean, devenue itinérante depuis l’urbanisation du quartier Archipel.
Avec des propositions comme la plaine festive, la végétalisation, des parkings vélos ou un tarif plus bas pour le stationnement en voirie, Jeanne Barseghian s’inscrit dans la continuité de la politique qu’elle mène depuis 2020. « L’ambition n’a pas changé », a confirmé la maire sortante :
« Quand on parle d’une ville « juste et vivante », c’est une ville abordable qui prend en compte le respect des enjeux climatiques et de la biodiversité. Mais c’est aussi une ville dynamique, ouverte sur le monde et riche de sa diversité. »
« Nous nous étions engagés en 2020 à contracter un « grand emprunt de la transition écologique et sociale » afin d’améliorer les équipements et les services publics. Et c’est ce que nous avons fait. Par exemple, nous avons pu rénover les bâtiments publics, ce qui apporte trois millions d’euros d’économies d’énergie chaque année. Nous maîtrisons l’encourt de la dette. »
Quant à l’encadrement des loyers, la mesure n’a pas pu être mise en œuvre à Strasbourg malgré une délibération en ce sens de 2022. Elle devait disposer d’un observatoire des loyers, qui a été mis en place mais trop tard pour profiter de l’expérimentation, qui doit se terminer en novembre 2026. Jeanne Barseghian assure que les parlementaires écologistes déposeront une proposition de loi en février pour que ce dispositif soit pérennisé et étendu aux loyers des baux commerciaux.
Parmi les mesures nouvelles, on peut noter le soutien aux cantines de quartier, même s’il arrive un peu tard puisque de telles initiatives ont disparu après plusieurs années d’existence, comme Table et Culture à Hautepierre et Mosaïque au Neuhof. Citons également la proposition de soutenir financièrement les familles les plus modestes pour qu’elles puissent partir en vacances, une mesure qui s’est imposée dans le programme de Jeanne Barseghian via le jeune parti Debout !, créé par François Ruffin. « Plus de 40% des Français ne partent pas en vacances, a précisé Camille Min Fournier, le candidat et référent de Debout ! dans le Bas-Rhin. Nous nous appuierons sur les structures d’éducation populaire pour que les enfants de Strasbourg puissent connaître cette “vie large” selon le mot de Jean Jaurès. »
Le marché-gare est en service depuis les années 60.Photo : Roni Gocer / Rue89 Strasbourg / cc
Après près de 60 ans sans concurrence, la gestion du marché d’intérêt national de Strasbourg a une nouvelle fois été confiée à la Samins. L’exécutif métropolitain défend un projet de transformation écologique mais un rapport interne souligne un risque financier « inévitable » pesant sur l’Eurométropole.
Discret, peu connu, le marché d’intérêt national (MIN) de Strasbourg, plus connu sous l’appellation de marché-gare, créé dans les années 1960 à Cronenbourg, joue un rôle central dans l’approvisionnement alimentaire du territoire. Fruits et légumes, poisson, fleurs : chaque jour, une quarantaine d’opérateurs y fournissent restaurants, commerces et collectivités. Autour du site gravitent environ 900 emplois. Reconnu d’intérêt national depuis 1962, l’outil n’avait pourtant jamais fait l’objet d’une mise en concurrence formelle de son gestionnaire. Cela faisait 60 ans que le marché-gare était géré et exploité par la Samins, société d’économie mixte majoritairement détenue par les collectivités. Une situation pointée par la chambre régionale des comptes du Grand Est, qui a qualifié la durée de la concession d’« anormalement longue » dans un rapport publié en 2024.
Alors, en 2025, la convention a pris fin, ouvrant la voie à une nouvelle délégation de service public (DSP). L’Eurométropole, son autorité compétente, en a profité pour concevoir un cahier des charges qui intègre la modernisation de l’équipement. Car l’outil a « beaucoup vieilli » selon l’Eurométropole. Bâtiments énergivores, mal adaptés, insuffisamment préparés aux crises sanitaires, économiques ou énergétiques… Un constat partagé par une étude de l’Agence de développement et d’urbanisme de l’agglomération strasbourgeoise (Adeus), réalisée en 2021, qui soulignait le retard pris en matière de performance énergétique.
Deux offres ont été déposées : celle du groupement Samins-Sers, le gestionnaire sortant associé à la Société d’aménagement et d’équipement du Rhin supérieur (Sers), et celle de la Semmaris, gestionnaire du marché de Rungis en Île-de-France et du marché de Toulouse. L’Eurométropole a choisi de garder la Samins, pour vingt ans, à partir du 1er janvier 2026. Soit 80 ans d’exploitation au total.
Pas assez ambitieux
Selon un rapport interne que Rue89 Strasbourg a pu consulter, si le projet de l’ancien exploitant a gagné, c’est grâce à son caractère « innovant » en matière de transition écologique et énergétique. Le document souligne que Samins-Sers « présente une connaissance poussée des lieux et maîtrise les contraintes du futur contrat », avec un projet de transformation jugé « extrêmement ambitieux » et fortement aligné avec les politiques publiques locales de transition écologique et alimentaire.
Pourtant, la Semmaris avait des atouts. À Rungis, elle a transformé le MIN « en un pôle d’excellence agroalimentaire », selon le rapport, avec un chiffre d’affaires des entreprises en augmentation de 33% depuis 2012 (pour atteindre 11,7 milliards d’euros en 2023). À Toulouse, depuis 2017, elle a conduit à une augmentation de 25% du chiffre d’affaires des entreprises, une hausse de plus de 50% du nombre d’acheteurs et une progression de plus de 63% du nombre d’opérateurs. Mais pour l’Eurométropole, cela ne suffisait pas.
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Eva Chibane est journaliste à Rue89 Strasbourg depuis novembre 2025. Diplômée de l’ESJ Pro, elle a travaillé en Franche-Comté pour Le Trois et l’AFP. De retour à Strasbourg, elle arpente les conseils et les réunions politiques.
Un cortège de la FDSEA du Bas-Rhin en juin 2024.Photo : Dorian Mao / Rue89 Strabsourg
Les syndicats agricoles FDSEA et Jeunes agriculteurs manifesteront mercredi 7 janvier à Strasbourg. Ils dénoncent l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et le Mercosur, étudié à Bruxelles cette semaine.
La Fédération des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) et les Jeunes agriculteurs appellent les agriculteurs à se rassembler mercredi 7 janvier à midi pour montrer leur opposition à l’accord de libre-échange entre l’Union européenne et les pays du Mercosur (Amérique latine). À Strasbourg, une centaine de tracteurs devraient stationner tout autour de la place de la République.
Dans un communiqué du 6 janvier, les organisations syndicales productivistes, majoritaires chez les agriculteurs, dénoncent « deux années de promesses du gouvernement qui ne sont pas suivies d’effets » alors que cet accord de libre-échange entre dans une phase cruciale. Ce mercredi, les vingt-sept ministres de l’agriculture de l’Union européenne doivent se réunir pour évoquer l’accord UE-Mercosur avant une signature formelle prévue le 12 janvier.
Cet accord signé par la Commission européenne est très critiqué par les agriculteurs parce qu’il permettra aux produits agricoles d’Amérique latine d’être importés en Europe, alors qu’ils ne respectent pas toujours les normes environnementales imposées aux agriculteurs européens. La Coordination rurale et la Confédération paysanne, les autres syndicats d’agriculteurs, sont sur la même ligne que la FNSEA.
Le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a tenté lundi et mardi de rassurer les agriculteurs, en promettant des barrières douanières contre l’importation de fruits et légumes d’Amérique du Sud contenant des résidus de certains fongicides et herbicides interdits en Europe : les mancozèbe, glufosinate, thiophanate-méthyl et carbendazime. Mais l’arrêté prévu a besoin de l’aval de la Commission européenne avant d’être effectif en France.
Par « respect » pour le club, ses employés et ses supporters, Liam Rosenior a officialisé son départ lors d’une conférence de presse au stade de la Meinau mardi 6 janvier.Photo : Guillaume Krempp / Rue89 Strasbourg / cc
Mardi 6 janvier, l’entraineur du Racing club de Strasbourg Alsace, Liam Rosenior, a confirmé son départ en pleine saison. Il rejoint Chelsea, le club le plus titré du consortium américain BlueCo.
Le Racing Club de Strasbourg Alsace (RCSA) commence l’année 2026 sans entraineur. L’information courrait depuis quelques jours, amplifiée par un départ en avion du coach Liam Rosenior au lendemain du match nul contre l’OGC Nice samedi 3 janvier. À Strasbourg devant une vingtaine de journalistes, l’entraineur a officialisé la nouvelle ce mardi 6 janvier. Il rejoindra bien Chelsea, le club principal du consortium américain propriétaire du RCSA, BlueCo : « Lors du match contre Nice, je ne savais pas encore ce qui allait se passer. C’est un honneur pour moi d’être associé à un tel club. Les choses sont en bonne voie pour que je devienne le manageur de ce club. »
Critiques de la multipropriété
Liam Rosenior prendra à nouveau l’avion après la conférence de presse. Il signera alors son contrat avec le club du FC Chelsea. L’ancien entraineur strasbourgeois prendra la suite d’Enzo Maresca, débarqué du club britannique le 1er janvier 2026 après une série de cinq défaites. Côté strasbourgeois, le RCSA fait une saison honorable, avec une septième place en Ligue 1 et une performance quasi-impeccable en Conference League. Seule ombre au tableau : les cinq derniers matchs de Ligue 1 se sont soldés par des défaites ou des matches nuls pour le club strasbourgeois. Pas sûr que le départ de l’entraîneur aide le Racing à retrouver le chemin de la victoire…
Le départ de Liam Rosenior donne un argument de plus aux critiques de la multipropriété. Le RCSA semble être dirigé au gré d’intérêts qui le dépassent, ceux du FC Chelsea, le club de BlueCo qui a remporté la prestigieuse Champions League en 2021 ou la toute nouvelle Coupe du monde des clubs de la FIFA en 2025. La logique du consortium est limpide : investir dans l’achat de jeunes joueurs qui se formeront au sein du club strasbourgeois avant de traverser la Manche pour rejoindre Chelsea lorsqu’ils sont au meilleur de leur forme. Dernier exemple en date ayant fait hurler nombre d’ultras : l’attaquant et capitaine du RCSA Emmanuel Emegha qui a mis le maillot du FC Chelsea en septembre 2025. Il sait déjà qu’il rejoindra le club britannique à la fin de la saison 2025/2026.
« La réalité, c’est que le Racing club de Strasbourg n’est pas au niveau de Chelsea. »
Liam Rosenior, ex-entraîneur du RCSA, futur coach de Chelsea
Bien entendu, Liam Rosenior n’est pas d’accord avec ces critiques de la multipropriété. Lorsque Rue89 Strasbourg l’interroge sur l’avenir d’un club au service du succès d’un autre club, le futur entraîneur de Chelsea déroule :
« Le Racing n’existe pas que pour l’intérêt d’un autre club. Il grandit. Nous avons eu des succès. Quand je suis arrivé d’Angleterre, Strasbourg devait éviter la relégation. Maintenant, nous sommes septième de Ligue 1. Tout ça est dans l’intérêt de Strasbourg. (…) Mais la réalité du football, c’est que le Racing club de Strasbourg n’est pas au niveau de Chelsea. Je peux comprendre la frustration de certains supporters mais il y a des opportunités qui ne se refusent pas. J’espère que les gens de Strasbourg auront la fierté d’avoir vu passer un entraîneur qui travaille maintenant dans l’une des plus grandes ligues d’Europe. »
Une question de « respect »
Le mot « respect » est revenu à de nombreuses reprises au cours de la conférence de presse. Liam Rosenior l’a martelé. Il a beaucoup travaillé pour le RCSA. Le président Marc Keller fait un « travail incroyable » pour développer le club assure-t-il. L’entraineur anglais souligne qu’il a tenu à annoncer son départ en personne, au stade de la Meinau. Mais est-ce vraiment une marque de respect que de laisser un club sans entraîneur au beau milieu d’une saison ? Et Liam Rosenior de nous répondre, toujours à grand renfort de réalisme footballistique : « C’est le business du football. J’ai essayé de montrer le plus de respect possible. Mais le football est une industrie où chacun a besoin de gagner. »
Le RCSA rencontrera le club de National 2 d’Avranches samedi 10 janvier. Selon la communication du club, les nuits de Marc Keller sont courtes depuis le début de l’année 2026. L’objectif : retrouver un entraîneur au plus vite.
Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Le camp de Krimmeri attend une évacuation depuis le 1er décembre.
Le plan grand froid a été déclenché à Strasbourg, mais de nombreuses familles dorment toujours sous des tentes. Les associations présentes sur le terrain déplorent l’absence des services de l’État.
« En ces températures atroces, on est choqués devant l’inaction de la préfecture. Les dispositifs mis en place ne sont pas suffisants. C’est incompréhensible », lâche, épuisée, Marie Yuma. La mère de famille se rend tous les deux jours sur le campement du square du Krimmeri, à la Meinau, pour apporter des repas chauds et du bois aux personnes vivant sous des tentes depuis de longs mois. « On est des parents. Dehors, il y a des enfants qui sont dans les écoles de nos enfants », s’étrangle-t-elle.
« Les messages d’alerte demandent de prévenir le 115 si une personne est à risque ou est en danger, mais il n’y a pas de place pour les familles ! Ils se moquent de nous ! » Depuis le 24 décembre, la préfecture du Bas-Rhin a activé le premier niveau du plan grand froid. Elle rappelait, dans un communiqué « l’importance que toute personne en situation de détresse dans l’espace public soit signalée au 115, service d’appel d’urgence gratuit ».
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Margaux Delanys est journaliste à Rue89 Strasbourg depuis octobre 2025. Originaire du Grand Ouest, elle est diplômée de l’École supérieure de journalisme de Lille et s’intéresse aux enjeux sociaux, notamment les questions de santé au travail.
La maison des potes a porté plainte auprès du parquet de Strasbourg contre le collectif Némésis et X.Photo : Paciane Rouchon
Lundi 5 janvier, la Maison des potes, une association de lutte contre le racisme, a déposé une plainte pour injure publique et incitation à la haine contre le collectif Nemesis. Le groupuscule identitaire avait déployé une banderole xénophobe en plein marché de Noël.
La provocation du collectif Nemesis en plein marché de Noël de Strasbourg restera-t-elle impunie ? C’est la question que se pose Samuel Thomas, le président de la Maison des potes. Cette association de lutte contre le racisme et les discriminations a déposé une plainte auprès du parquet de Strasbourg lundi 5 janvier. La procédure pour injure publique et provocation à la haine et à la discrimination vise Nemesis, un groupuscule d’extrême droite identitaire. Le collectif avait déployé une banderole sur une façade de la place Kléber samedi 3 décembre. Au milieu des chalets et du sapin de Noël, des centaines de touristes et autres passants strasbourgeois ont fait face à un message du collectif qui faisait un lien entre l’immigration et le viol.
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Rédacteur en chef de Rue89 Strasbourg. Spécialisé depuis 2019 en enquêtes locales, à Strasbourg et en Alsace sur des sujets variés allant de l’extrême-droite à l’hôpital public en passant par la maison d’arrêt de Strasbourg, les mouvements sociaux, les discriminations et l’expertise-psychiatrique.
Nassima dans son appartement à Bischheim, mardi 16 décembre.Photo : Mathilde Cybulski / Rue89 Strasbourg
Après trois jours sans pouvoir boire ni manger en raison d’une obstruction de l’œsophage, Nassima se présente aux urgences de la clinique Sainte-Anne, à Strasbourg. Faute de numéro de Sécurité sociale, l’établissement refuse de l’admettre. Quelques heures plus tard, elle est opérée en urgence à l’Hôpital civil, dans un état critique.
« Quand j’ai été admise aux urgences de l’Hôpital civil, l’infirmier chargé de faire mes examens a dit à sa collègue, paniqué : “Elle est en train de mourir la dame-là, il faut la mettre sous perfusion et aller l’opérer le plus vite possible !” », se remémore Nassima, 29 ans, les larmes aux yeux. Assis à ses côtés, son mari Khalid a le visage fermé, l’air grave. Dans le salon de leur appartement, situé à la frontière entre Schiltigheim et Bischheim, au nord de Strasbourg, le couple raconte une nouvelle fois l’épreuve qu’ils ont traversée fin novembre. « Mes collègues, mes amis, ma famille… Ils sont tous choqués par ce qui nous est arrivé », soupire l’ingénieur informaticien de 34 ans.
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Journaliste indépendant basé en Alsace, je m’intéresse de près à l’écologie et aux entreprises du territoire alsacien. Membre du collectif Enketo depuis mai 2025, j’enquête sur les pollutions chimiques des industries.
Plusieurs personnalités d’Aïda (Bassam Abu Srour, Anas Abu Srour et Saïd Alazzeh) au côté de Jeanne Barseghian, samedi 24 mai 2025.Photo : CB / Rue89 Strasbourg
Initié par l’association strasbourgeoise Un appel juif pour les droits humains, le premier projet associatif du jumelage entre Strasbourg et le camp de réfugiés d’Aïda, en Cisjordanie occupée, a débuté fin décembre. Il vise à former des jeunes Palestiniens au droit international.
Permettre aux jeunes d’Aïda de « plaider leur cause par leur propre voix ». C’est le cœur du tout premier projet associatif lié au jumelage, inauguré en juin 2025, entre Strasbourg et le camp d’Aïda près de Bethléem en Palestine. Âgés de 19 à 26 ans, une vingtaine de jeunes Palestiniens suivent depuis dimanche 28 décembre une formation dédiée au plaidoyer et au droit international.
Vers une « école des droits humains »
Concrètement, Yoav Shemer-Kunz, enseignant en sciences politiques, donne des cours aux jeunes d’Aïda, au sein du centre de jeunesse du camp. Au programme : droit international, connaissance des grandes conventions internationales et décryptages des instances européennes. La formation est pensée comme une première étape vers la création d’une « École des droits humains » à Aïda.
A Aïda, devant le centre de jeunesse du camp.Photo : Document remis
Militant franco-israélien à Strasbourg, Yoav Shemer-Kunz détaille le rôle de ce cursus :
« L’idée est de donner aux jeunes les clés juridiques pour qu’ils puissent mettre des mots sur ce qu’ils vivent au quotidien. Ces formations leur permettront de promouvoir la cause palestinienne par le droit et l’engagement international, dans la diplomatie et avec l’Europe. »
Cinq jeunes Palestiniens sont attendus à Strasbourg à l’issue de la formation, à une date encore indéterminée. Ils y rencontreront des élus locaux et européens, des étudiants et des responsables associatifs de la ville.
Soutenir la « résistance culturelle palestinienne »
L’armée israélienne a déjà fait irruption dans le centre de jeunesse du camp d’Aïda, qui défend des projets d’art, de culture et de sport. Yoav Shemer-Kunz estime que cette formation est aussi un soutien à « la résistance culturelle et à l’identité palestinienne face à l’occupation et à l’apartheid » d’Israël en Cisjordanie.
Le camp d’Aïda, établi depuis 1950 au pied du mur de séparation entre la Cisjordanie et Israël, compte environ 7 000 habitants. « Les jeunes y font face à des restrictions de mouvement et à une exposition constante à la violence », explique Saed Zain, chargé de projet du centre de jeunesse d’Aïda dans une vidéo tournée pour le projet. « Les conditions de vie y sont extrêmement difficiles, d’autant plus depuis 2023, décrit Yoav Shemer-Kunz. Les habitants sont enfermés, encerclés par l’armée israélienne. »
« Faire vivre un axe citoyen Strasbourg – Aïda »
Un Appel juif pour les droits humains, l’association strasbourgeoise qui porte le projet, souhaite « promouvoir les voix juives et israéliennes pour les droits des Palestiniens et la paix au Proche-Orient ». Elle a obtenu 5 000 euros de la Ville de Strasbourg mais pour mener à bien l’ensemble du projet, qui comprend la visite des jeunes d’Aïda à Strasbourg, 5 000 euros supplémentaires restent à réunir.
L’association a mis en place un financement participatif. Il permettra, selon Yoav Shemer-Kunz, de « faire vivre un axe citoyen Strasbourg – Aïda » et donnera aux Strasbourgeois l’occasion de « s’impliquer de manière concrète dans le jumelage ».