Fait rare, le tribunal administratif de Strasbourg n’a pas suivi les recommandations du rapporteur public du 23 mars d’annuler le plan de protection des risques technologiques (PPRT) au Port aux pétroles de Strasbourg, près du quartier de la Robertsau.
Le rapporteur public a demandé mercredi 23 mars au tribunal administratif de Strasbourg d’annuler l’actuel plan de protection des risques technologiques (PPRT) au Port aux pétroles de Strasbourg, près du quartier de la Robertsau. Il a notamment estimé une « mauvaise estimation des risques » rapportent les Dernières Nouvelles d’Alsace. Le blog de la Robertsau précise qu’il demande une annulation « tant [que le PPRT] exclu le risque de rupture guillotine du bras de chargement pour erreur d’appréciation ».
Seul l’argument de l’ADIR a retenu l’attention du rapporteur public, partie indépendante lors d’un recours de ce type. Si le juge administratif suit sa recommandation, il faudra établir un nouveau plan de protection, plus ferme. La décision est attendue le 13 avril.
21 salariés de l’Association d’Accueil et d’Hébergement pour les Jeunes (AAHJ) se sont mis en grève devant le siège de l’association hier dès 8h contre la tentative de mise à l’écart de Thierry Houdart. (Photo Pierre France / Rue89 Strasbourg / cc)
21 salariés de l’Association d’Accueil et d’Hébergement pour les Jeunes (AAHJ) sur 47 se sont mis en grève devant le siège de l’association, rue du 22 Novembre à Strasbourg mardi dès 8h. Ils protestaient contre la tentative de mise à l’écart de leur directeur, Thierry Houdart en poste depuis plus de 15 ans.
Au même moment, le directeur était convoqué pour un « entretien préalable à un éventuel licenciement » avec le président de l’AAHJ, Jean-Michel Hitter. A l’issue de cet entretien, le président a expliqué qu’il ne souhaitait plus poursuivre sa collaboration avec Thierry Houdart pour un motif d’ « insuffisance professionnelle ».
Thierry Houdart avait été victime d’un infarctus le 8 septembre 2015 et arrêté pendant trois mois. À son retour, l’association était, et est toujours, dans une phase de « restructuration » qui nécessite « l’écriture des projets d’établissement et du pilotage financier » a expliqué un salarié de l’AAHJ qui souhaite garder l’anonymat. Le président avait alors annoncé à Thierry Houdart que le cadre de la « refondation » de l’AAHJ se ferait sans lui.
Une mise à l’écart très rapide après une maladie
Suite à cela, l’arrêt de travail du directeur avait été prolongé jusqu’au 29 février. À son retour le 1er mars, il lui a été reproché de ne pas avoir rencontré le médecin du travail. Le directeur n’a donc pu revenir à l’AAHJ que le 4 mars, date de sa visite médicale. Mais malgré l’attestation du médecin, il s’est vu remettre un courrier du président de l’AAHJ qui le dispensait de travailler jusqu’à cet entretien du 22 mars.
Face à la brutalité de cette mise à l’écart d’un professionnel reconnu et apprécié, les salariés de l’AAHJ se sont mis en grève mardi devant le siège de l’association. Les salariés trouvent ces méthodes indignes des « valeurs d’accueil, de respect, de solidarité et de justice que porte l’association ». Ils accusent aussi le bureau de l’association d’avoir embauché un directeur par intérim avant la fin de sa mission, sans information préalable ni offre publique d’emploi.
L’AAHJ est financée par l’État, la Ville de Strasbourg et jusqu’en 2015 par le Conseil départemental. Contacté, le président de l’AAHJ n’a pas donné suite à nos appels.
Un thermos de thé, quelques tracs et… beaucoup d’explications (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
Établi depuis plus de 30 ans à Hautepierre à l’ouest de Strasbourg, le centre socio-culturel s’est rendu compte qu’une seule manière de mobiliser les habitants fonctionne : la parole. Du coup, ses animateurs se sont équipés d’un vélo-cargo, de quelques thermos de café et d’une bonne dose de bonne volonté pour arpenter le pavé de la cité, aux heures de pointe.
« Mon programme, qui veut mon programme ? » C’est en ces termes, et en plusieurs langues, que des animateurs du centre socio-culturel Le Galet, aidés par des étudiants en langues, partent trois fois par semaine à la rencontre des habitants de Hautepierre, un quartier populaire à l’ouest de Strasbourg. Équipés d’un vélo-cargo rempli de tracts, de quelques thermos de café et de thé et d’un mégaphone, ils abordent les mères de famille à la sortie des écoles, pour présenter les activités du centre.
Car le CSC Le Galet organise chaque mois une cinquantaine d’événements : soirées thématiques, sorties en groupe, expositions, atelier de cuisine, cours de danse… Mais le centre a du mal à renouveler son public et surtout, ses animateurs constatent que sur les 15 000 habitants qui peuplent le quartier, une part infime seulement profite de ses activités. Pourquoi ? Parce que beaucoup d’habitants n’ont aucune idée de ce qui se passe dans la « Maison de Hautepierre » où est installé le CSC, ne franchissent pas la porte, pourtant ouverte, et ne reçoivent aucune information.
« Il y a tout un public inaccessible »
Le directeur du CSC Le Galet, Louis Schalck, précise ce constat :
« Il y a tout un public inaccessible pour nous. Ils ne lisent pas les affiches que nous posons dans les immeubles, ne reçoivent pas les informations qu’on envoie par email ou via les réseaux sociaux, ne prennent pas nos tracts… Soit parce qu’ils ne connaissent pas, soit parce qu’ils considèrent que ce n’est pas pour eux ou que c’est sûrement trop cher… Il peut y avoir des successions de blocages et l’objectif, c’est de les identifier pour les contourner. »
Comme rien ne marche, le CSC a alors décidé d’aller à la rencontre des familles là où elles sont, au pied des immeubles, à la sortie des écoles, et de populariser ses activités par l’intermédiaire d’un « crieur de rue », façon Moyen-Âge. Bon, l’animateur ne harangue plus la foule au son d’un « Oyez oyez ! » lancé bien fort, mais l’idée est là. Provoquer l’intérêt pour créer un contact et, via cet échange, transmettre aux personnes présentes que les activités du CSC leur sont ouvertes aussi.
Amélie détaille la programmation du centre pour la journée internationale des droits de la Femme (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
Animatrice au CSC, Amélie ne ménage pas sa peine sous les frimas du mois de mars. Le centre organise un spectacle, une exposition et une rencontre à l’occasion de la Journée des droits de la Femme. Elle aborde les mères de famille présentes, certaines voilées, certaines fuyantes, d’autres intéressées… Un travail de missionnaire qui la motive :
« C’est une expérience, tirée de ce qui se passe à Lyon où un crieur public diffuse des informations au mégaphone. On verra bien ce que ça donnera. On constate qu’on touche surtout les gens à proximité immédiate du centre, si en se déplaçant on peut s’adresser à de nouveaux publics, ce sera toujours ça de gagné. Et puis, on reçoit des retours directs sur notre programmation, c’est très intéressant. »
Un peu en arrière, deux femmes attendent leurs enfants. Elles sont établies à Hautepierre depuis plus de dix ans et pourtant, Le Galet ne leur évoque rien de précis : « Qu’est-ce que c’est ? Ils font des fêtes non ? » disent-elles, assimilant le CSC à une salle polyvalente. L’une d’elle évoque un endroit « pour les jeunes » mais en tout cas, pas pour elles.
Un thé ou un café chaud permet de lier le contact à la fin de l’hiver (Photo PF / Rue89 Strasbourg / cc)
Abattre des murs invisibles mais bien bloquants
L’objectif de cette opération, c’est d’abord d’abattre les murs que ce sont construits certaines familles, récemment installées en France ou bien socialement isolées à causes d’autres circonstances. Aucune autre communication qu’orale ne peut franchir ces murs. C’est pourquoi le centre embarque avec ses animateurs des étudiants en langues et cultures étrangères de l’Université de Strasbourg. Ils traduisent en arabe, en turc, en russe et permettent d’établir un indispensable « premier contact ».
Abdelillah Moustaid, responsable de l’animation auprès des jeunes pour le CSC, résume :
« Ce n’est pas grave si on ne touche pas beaucoup de monde, ça peut être seulement quatre familles par sortie, mais ça sera quatre familles chez qui l’idée de franchir la porte du CSC va germer. Peut-être que la prochaine fois qu’elle verront un tract du CSC, elle le prendront en identifiant d’où il vient. Parler de nos événements leur donne une existence qu’ils n’auraient pas autrement. Ça crée un repère, une base. »
Pour le CSC, dont le budget de fonctionnement oscille autour d’un million par an depuis 10 ans, cette opération permet d’obtenir un second agrément de « CSC itinérant » auprès d’un de leur principal financeur, les caisses d’allocations familiales. Ces dernières ont modifié leur politique de subventions pour s’adresser à des « territoires » plutôt que des « structures ».
La section bas-rhinoise de l’association des travailleurs maghrébins de France (ATMF) et le mouvement citoyen Watch The Med – Alarm Phone (un numéro qui alerte les gardes-côtes européens quand des bateaux de migrants sont en détresse) prendront la route en direction de Calais et Dunkerque vendredi 25 mars à 10h.
D’ici le grand départ, le convoi recueille des dons à la permanence de l’Atmf, 44 rue de Schirmeck. Deux occasions d’apporter vêtements, nourriture et produits d’hygiène (voir plus bas) : ce mardi entre 18h30 et 20h30 ou jeudi 24 mars aux mêmes horaires.
Membre des deux organisations, Hatem Gheribi sera du convoi de 5 personnes :
« On va rester le temps des jours fériés pour donner un coup de main. Il y a toujours des associations seules là-bas en permanence. Il faut que la société civile les aide. »
Le ou les allers-retours seront à la charge des participants, afin de reverser tous les dons aux migrants et réfugiés.
L’équipe recherche les produits suivants. Elle précise que les autres dons ne sont pas nécessaires :
Alimentaire : huile – riz – sucre – conserves de poisson (thon, sardines, maquereau) – paquets de biscuits – conserves (tomates, pois chiches, haricots) – thé et café – sel – conserves de fruits et légumes – légumes cubes de bouillon – lait UHT.. Produits hygiéniques : déodorant – lingettes pour bébés – shampoing – crème à raser – mouchoirs – papier toilette Divers : couvertures – sacs de couchage – tentes (3 places et plus) – bâches – tapis de camp – bois de chauffage – extincteurs – torches et lanternes solaires – Chaussettes et sous-vêtements – chapeaux, gants et foulards – parapluies Vêtements femmes : Bottes / chaussures jusqu’au 39. Pas de talons ! Soutien-gorge (petite taille), manteaux et pantalons chauds et imperméables, hauts manches longues, pulls et sweats (S et M) Vêtements hommes : Manteaux et pantalons chauds et imperméables (tailles S et M principalement), chaussures de marche imperméables (taille 42 et 43 principalement), tops à manches longues, pulls et sweats (S)
Y Aller
Collecte de dons avant le départ de la caravane solidaire vers Calais : jeudi 24 mars de 18h30 à 20h30, au local de l’ATMF Bas-Rhin, 44 rue de Schirmeck à Strasbourg. Départ de la caravane vendredi à 10h. Contact à atmf.strasbourg@gmail.com
EN DIRECT. – La capitale belge est frappée par une série d’attaques dans l’aéroport de Zaventem et le métro. Le bilan provisoire est de 34 morts et 200 blessés.
Mardi, pas le bon jour pour se faire opérer… (Photo service de chirurgie cardiaque de l’hôpital Henri-Mondor de Créteil / FlickR / cc)
Les infirmiers anesthésistes diplômés d’Etat (IADE) sont invités à se déclarer en grève ce mardi à Strasbourg comme ailleurs en France pour réclamer un « nouvel état statutaire » en réponse aux projets du gouvernement. Environ 2 500 infirmiers anesthésistes et leurs représentants, dont le Syndicat National des Infirmiers Anesthésistes (SNIA) et l’Union Fédérale Médecins, ingénieurs, cadres, techniciens CGT (UFMICT-CGT) se retrouvent pour une marche à Paris. Environ une centaine d’Alsaciens ont répondu à l’appel.
Sur les 9 547 infirmiers anesthésistes (chiffres du 1er janvier 2015 du SNIA) qui exercent en France, environ 90% seront mobilisés mardi d’après Christian Prud’homme, délégué syndical Force Ouvrière et ancien infirmier anesthésiste à Strasbourg. Le service normal des interventions chirurgicales programmées risque donc d’être perturbé mardi mais les urgences vitales restent assurées par au moins six infirmiers anesthésistes réquisitionnés au centre hospitalier universitaire de Hautepierre et six autres également au Nouvel Hôpital civil.
Une profession intermédiaire qui inquiète
La nouvelle loi de santé de la ministre Marisol Touraine propose la création d’une profession intermédiaire entre les médecins et les professions paramédicales : les infirmiers de pratiques avancées (IPA), qui auront un niveau master reconnu avec une grille salariale spécifique et avantageuse. Christian Prud’homme explique la frustration des IADE face à l’émergence de cette nouvelle profession :
« La formation des infirmiers pratiques avancées (IPA) regroupe toutes nos compétences et est déjà reconnue au niveau master alors qu’elle n’existe pas encore. Les infirmiers anesthésistes diplômés d’Etat (IADE) suivent un cursus de formation sur sept ans depuis 1945 et c’est seulement depuis 2014 que nous bénéficions du grade master (M2) ».
Les IADE revendiquent donc une grille indiciaire équivalente à leur niveau de formation master, la « réaffirmation de leur priorité d’exercice au Service Mobile d’Urgence et de Réanimation (SMUR) », la reconnaissance de leur autonomie au bloc opératoire, la reconnaissance du niveau de pénibilité de la profession.
Face à cette nouvelle loi, les IADE prévoient d’interpeller les élus, de mobiliser sur les réseaux sociaux et de continuer les grèves. Christian Prud’homme justifie la mobilisation :
« La nouvelle loi de santé a été adoptée le 17 décembre, il n’est donc plus possible de revenir dessus. Mais nous restons mobilisés pour faire pression sur les décrets d’application ».
Lycéens alsaciens en visite à Auschwitz – mercredi 16 mars 2016 (Photo Pascal Bastien)
Avec d’autres adolescents alsaciens, une classe de Terminale du lycée Marcel-Rudloff de Strasbourg a visité le camp d’extermination d’Auschwitz-Birkenau, en Pologne. Pendant une journée, les jeunes ont arpenté les lieux du crime nazi, avec révolte et dégoût parfois, perplexité et intérêt, toujours. Reportage.
1. Le départ
Il est 5 heures du matin. La nuit recouvre encore le quartier de l’Observatoire, à Strasbourg. « Elle ne s’est pas réveillée ? » interroge, goguenard, Antoine Strobel-Dahan, rédacteur en chef de la revue juive Tenou’a. Le journaliste, lui aussi du voyage, vient de garer sa voiture devant l’immeuble où vit Valentine Michon, professeure d’histoire-géographie au lycée Marcel-Rudloff.
La minute suivante, la jeune femme est dehors, bonnet vissé sur la tête, cachant ses longs cheveux, chaussures de marche aux pieds, veste coupe-vent sur le dos. À la surprise d’Antoine, elle traîne une grande valise rouge à roulettes. « Mais on part pour la journée, qu’est-ce que tu as mis là-dedans ? » La prof’ s’esclaffe : « Rien ! C’est pour passer les boissons des élèves dans la soute ! Il y en a qui ont peur de se dessécher dans la journée… »
L’Alsace envoie 4 à 5 classes chaque année depuis 2007
L’avion doit décoller de Strasbourg-Entzheim à 7h30, mais les 137 lycéens alsaciens et leurs professeurs sont convoqués à 5h30. Deux heures d’attente, pour faire face aux retards, aux comptages, à l’embarquement au compte-goutte. Ce matin, Valentine emmène 30 de ses élèves de Terminale ES, sur les 34 que compte sa classe, à Auschwitz-Birkenau.
Les adolescents travaillent depuis le début de l’année scolaire sur ce projet, pour lequel Valentine Michon a déposé un dossier auprès d’une commission tripartite, composée de représentants de la Région, qui finance l’opération à hauteur de 50 000€, le Rectorat de l’académie de Strasbourg, qui en fixe le contexte pédagogique, et la Fondation pour la mémoire de la Shoah, basée à Paris, en charge du contenu et de la logistique du déplacement.
Les équipes du Mémorial de la Shoah accompagnent des groupes toute l’année à Auschwitz-Birkenau. Outre les « voyages du dimanche », avec des particuliers, elles encadrent une quinzaine d’excursions avec des lycéens de sept régions de France – l’Alsace envoie 4 à 5 classes chaque année depuis 2007.
Valentine Michon accompagne une classe à Auschwitz pour la seconde fois – à droite, sa collègue Sonia Chadi (Photo Pascal Bastien)
« Si on commence l’année en disant qu’on va parler du génocide juif… »
Au café, avant de monter dans l’avion, Valentine Michon, entourée de ses collègues professeures d’Allemand, Sonia Chadi, et de philosophie, Florence Martinis, explique :
« En Terminale, on commence le programme d’histoire par un chapitre sur “les mémoires”. On a le choix entre la guerre d’Algérie et la Seconde Guerre mondiale. Je choisis toujours la Seconde Guerre mondiale parce que c’est plus facile pour les élèves. Ils ont plus de prérequis.
[En revanche,] si on commence l’année en disant qu’on va parler du génocide juif, les jeunes soufflent, disent qu’ils ont déjà vu ça au collège. Alors on rentre par d’autres portes : la stigmatisation d’une partie de la population, les témoignages de juifs alsaciens, une rencontre avec un rescapé. C’est ce qu’on a fait il y a trois semaines à Paris. »
Et maintenant, Auschwitz, le gros morceau. « Pour certains, c’est aussi le premier vol, alors que d’autres sont déjà allés trois fois à New York », remarque Valentine. La classe est hétérogène, entre les ados des villages périurbains et ceux des quartiers ouest de Strasbourg. Qu’importe leur origine sociale, « aucun élève n’est en rejet » du thème de l’holocauste, assure la prof’. Tous sont impatients ou anxieux de découvrir l’endroit où ont été déportés 1,3 million de personnes, opposants politiques polonais ou condamnés de droit commun allemands entre 1940 et 1942 et juifs de toute l’Europe jusqu’en 1944.
Une heure de car est nécessaire pour rejoindre Auschwitz, au départ de Cracovie (Photo Pascal Bastien)
À 9h45, l’avion atterrit à Cracovie, dans le sud de la Pologne. Une navette, puis un car, et des éléments de contexte donnés au micro par une historienne du cru, pendant l’heure de trajet entre l’aéroport et le camp, situé à proximité de la ville d’Oswięcim, germanisée en Auschwitz lors de l’annexion allemande de la Pologne en septembre 1939.
« Vous fumez votre dernière cigarette avant la Judenrampe«
Inquiétude des élèves : « madame, quand est-ce qu’on va pouvoir fumer ? » « On va passer 4 heures sans fumer ? » « Est-ce qu’on peut acheter des cigarettes au duty free ? » Valentine s’en amuse. Alexandre Doulut, historien et accompagnateur pour le Mémorial de la Shoah, est plus brutal :
« Vous allez dans un camp de concentration. Vous ne pouvez ni manger, ni fumer, ni boire jusqu’à 14 heures [pendant environ 3 heures]. Le lieu est sanctuarisé. On est très à cheval sur le comportement à Auschwitz, on attend de vous que vous soyez exemplaires. Pas de coup de fil, pas de texto… En sortant du car, vous fumez votre dernière cigarette avant la Judenrampe. À l’entrée de Birkenau, vous passez aux toilettes. Attention, il n’y en a pas partout ! »
Le laïus de cadrage ne parvient pas à casser la bonne humeur d’être ensemble en voyage scolaire. Le soleil brille, les rires fusent : « Je ne peux pas m’empêcher de rigoler », glisse une élève à sa copine. « Ben, on peut, mais à petite dose, ok », la rassure son amie.
Après que l’historienne a brossé l’histoire des juifs de Pologne à des élèves globalement attentifs, Valentine donne quelques éléments à ses collègues sur les deux types de camps que le groupe s’apprête à découvrir : la visite va d’abord mener les participants sur le site Auschwitz II – Birkenau, construit au début des années 1940, avec une partie concentrationnaire de 300 baraquements et une partie réservée à l’assassinat de masse, avec les chambres à gaz (détruites).
L’après-midi, le groupe se rendra à Auschwitz I, le site originel situé à trois kilomètres, où le public circule entre et dans les blocks transformés en musée. La prof’ prévient :
« Il y a deux ans, quand je suis venue avec des lycéens, deux filles sont tombées dans les pommes, pendant qu’un groupe de cinq garçons pouffaient de rire devant un four crématoire, en raison d’un gros craquage ! »
2. Arrivée à Auschwitz II (Birkenau)
Descente des cars devant la Judenrampe, cette gare de triage en pleine campagne où les déportés débarquaient de toute l’Europe, assoiffés et épuisés, avant d’être battus et séparés des leurs, puis emmenés pour les uns vers la « zone de quarantaine », où l’on survivait quelques jours ou quelques semaines, et pour les autres directement vers la mort.
Les wagons à bestiaux, pour témoigner des conditions de transport des déportés jusqu’en Pologne (Photo Pascal Bastien)L’entrée du camp d’Auschwitz II – Birkenau (Photo Pascal Bastien)
Devant des wagons à bestiaux d’époque, témoins du type de transport dans lequel, par exemple, les juifs de France passaient trois épouvantables journées à traverser l’Europe, les adolescents sont rassemblés en petits groupes, autour d’une guide locale. C’est Dorota Kuczynska qui se présente aux Terminales de Marcel-Rudloff. Guide à Auschwitz depuis 18 ans, elle frappe fort dès le début, refroidissant illico le groupe de garçons, dont l’un est rabroué sans en comprendre la raison. Dorota démarre :
« Ce matin, vous allez visiter le lieu du crime. Sous vos pieds, il y a encore des cendres et des ossements humains. J’attends beaucoup de respect… »
« La majorité des gens déportés ici y sont restés moins de temps que vous »
Avec un accent traînant, mais dans un français maîtrisé, Dorota embraie sur les raisons du choix d’Auschwitz par les nazis, les divers modes opératoires de la « solution finale à la question juive », le silence terrorisé de la population polonaise alentours. Un accompagnateur complète :
« Notre difficulté, c’est de vous faire comprendre que la majorité des gens déportés ici y sont restés moins de temps que vous aujourd’hui. Vous avez cinq, six heures pour découvrir les lieux. Des centaines de milliers de personnes, elles, ne sont restés là que deux ou trois heures. Le temps d’être triées, de se déshabiller pour passer “à la douche”, comme on le leur faisait croire, puis d’être gazées. »
Malaise sur le chemin du camp : des constructions neuves, maisons proprettes avec balançoires et trampoline dans le jardin ont vue sur les wagons de la Judenrampe. « J’pourrais pas », lance un jeune à ses copains, qui opinent du chef.
Et puis vient Birkenau et ses baraquements en bois. « Pourquoi il n’y plus les lits ? », demande un jeune à Dorota. « Parce que des gens sont montés dedans pour voir si c’était confortable, se sont pris en selfie allongés et qu’ils sont très abîmés », répond la guide, sans un sourire.
A Birkenau, il ne reste que quelques dizaine des 300 baraquements en bois du camp (Photo Pascal Bastien)Dorota (à gauche) présente les baraquements de quarantaine, avec des trous en guise de latrines (Photo Pascal Bastien)
« Le voyage serait un gadget si ça ne s’inscrivait pas dans un projet au long cours »
Sur le chemin qui mène à l’emplacement des chambres à gaz, détruites par les nazis au moment de leur fuite, les ados sont détendus, on profiterait presque de la promenade. Seul l’inspecteur de l’Education nationale, qui suit le groupe, semble en introspection. Il confie :
« Je viens tous les ans depuis 5 ans. Et là, je ne voulais vraiment pas venir. Chaque année, je rentre plus abîmé que la fois précédente… [Pour les ados] le voyage serait un gadget si ça ne s’inscrivait pas dans un projet au long cours. C’est une étape, pas une balade. Plus tard dans l’année, il y aura une restitution de ce travail, pour toucher un public plus large. »
Devant les ruines des chambres à gaz, certains jeunes sont scotchés, d’autres décrochent, se mettent en retrait. Dorota tente de conserver l’attention de son public, qui, après plus de deux heures de marche et d’attention, commence à en avoir plein les pattes :
« Ici, on faisait se déshabiller les personnes dehors. Il y avait des femmes, des enfants. Pour ces femmes juives, religieuses, être nues dans ces conditions, c’était inimaginable. Une petite mort. À l’intérieur, les gens mourraient en 15-20 minutes, c’était lent. Ils vomissaient, saignaient par tous les orifices. Il faut imaginer ce que racontent les rescapés : le bruit, l’odeur, les cris, les pleurs… »
Des supports photographiques permettent de se représenter l’horreur du meurtre de masse, en lisière de forêt (Photo Pascal Bastien)Les chambres à gaz, « centre de mise à mort », détruites par les nazis à leur départ (Photo Pascal Bastien)
Plus de témoins…
Muséographie impossible et étape incompréhensible sans la connaissance des témoignages. Le lendemain, auprès de Valentine Michon, les élèves regretteront l’absence de témoins, désormais trop âgés pour expliquer sur place le vécu dans le camp, et lanceront l’idée d’intégrer dans le parcours des témoignages en vidéo.
Vers 14 heures, après une cérémonie minimale et une « minute de silence » un peu artificielle, le groupe remonte dans le car pour avaler un sandwich avant la visite du « camp source » d’Auschwitz. Les premières réactions fusent : « Le gars, il aurait pu inventer un truc pour gagner de l’argent, il a inventé un truc pour tuer tout le monde ; ça sert à rien ! » Un autre : « Tu te rends compte ? Ils ont essayé d’assurer le camp en faisant des travaux : mettre des paratonnerres, des citernes contre les incendies… C’est un truc que je savais pas ! »
La « minute de silence » après une petite cérémonie autour des « officiels » (Photo Pascal Bastien)
3. Auschwitz 1, tension dans la cohue
Vers 15 heures, l’ambiance se tend. Devant l’entrée du musée, des centaines de personnes se bousculent, et notamment un groupe de jeunes israéliennes qui suit le groupe de Marcel-Rudloff. La visite des blocks démarre. Collés les uns aux autres, des audio-guides vissés sur les oreilles pour suivre le commentaire de Dorota dans le brouhaha des nombreuses salles, la stupeur prend aux tripes à la vue des tas de cheveux, des valises amoncelées, des 40 000 paires de chaussures, des vêtements de bébés…
A Auschwitz I, base militaire devenue camp de concentration, les élèves visitent les blocks, avec le commentaire de Dorota en direct dans les oreilles (Photo Pascal Bastien)Devant les vitrines aux milliers de paires de chaussures (Photo Pascal Bastien)Cohue dans les salles de certains blocks, explications rapides de Dorota (Photo Pascal Bastien)Nombre d’élèves ont remplacé le casque à audio-guide du musée par leurs écouteurs habituels (Photo Pascal Bastien)
Réaction violente, rapportée plus tard par Antoine Strobel-Dahan : « Une élève a trouvé que “c’était dégueulasse (sic) d’avoir mis ces cheveux en tas, comme les nazis, sans identité, comme si c’était pas des gens”. Cette réaction et d’autres « posent la question de ce que devient le lieu aujourd’hui », reconnaît Valentine. « Il y a une volonté de ne pas banaliser ce que les élèves voient, mais l’approche et la gestion du lieu rendent l’exercice difficile… »
« Vous restez groupés, vous me suivez, on avance… »
À cette tension du contenu, s’ajoute le rythme imposé par les contraintes horaires de l’excursion. L’avion décolle à 19h45, il faut quitter Auschwitz vers 17h. « Vous restez groupés, vous me suivez, on avance », ne cesse de répéter Dorota dans les casques, tandis que les élèves passent de bloc en blocs, glanant au passage des éléments sur leur utilisation : lieu de castration, de torture, d’expériences médicales.
Sous pression, les ados se dissipent et s’énervent, certains accompagnateurs également. Des mots agressifs entre élèves et adultes sont échangés. Un malaise physique survient : une jeune fille subit une crise de tétanie et le cortège patine.
Vers 17h, le cortège, fourbu, quitte le site (Photo Pascal Bastien)
Dans l’avion du retour, le niveau sonore est très élevé, les corps épuisés, les esprits surchauffés. À 21h25, l’appareil se pose sur le tarmac d’Entzheim et déverse son flot de voyageurs fourbus.
Longue, éprouvante, mais ô combien importante, la journée restera dans les mémoires de chacun, sans pathos, sans regret. Un élève s’exclame : « En cours, on a l’impression qu’Auschwitz c’est un truc de fou, et on y était ».
Quelques Strasbourgeois curieux autour de l’initiative Ma Voix (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Avec une démarche inédite, « Ma Voix » veut que les députés soient tirés au sort et votent ce que les citoyens leur demandent. Bien que l’objectif est l’élection législative de juin 2017, le mouvement a choisi de tenter sa chance dès l’élection législative partielle qui se tiendra au printemps à Strasbourg. La partie s’annonce serrée pour trouver un candidat.
Le projet de Ma Voix est de « hacker » (littéralement « pénétrer pour prendre le contrôle ») l’Assemblée nationale lors de l’élection législative de juin 2017. Mais le collectif – qui n’est pas constitué en association – a décidé que l’élection législative partielle qui devrait se dérouler fin mai 2016 à Strasbourg suite à la démission d’Armand Jung (PS) est l’occasion de tester son procédé. Il n’avait pas eu le temps de s’organiser pour les autres élections partielles. Onze Strasbourgeois ont assisté à une première réunion lundi 21 mars pour poser les jalons de la campagne à venir, après une présentation du mouvement jeudi 17 mars.
Des candidats tirés au sort et sans programme
Ma voix propose de former des citoyens au rôle de député, avant de tirer au sort les candidats. S’ils sont élus, ces citoyens doivent ensuite s’engager être des porte-paroles des citoyens. Les votes des députés Ma Voix correspondront à ceux exprimés par les internautes à travers un site, dans le but que chacun ait son mot à dire sur chaque projet de loi. Par exemple, si une consultation donne 60% pour ; 30 % contre et 10% d’abstention et que MaVoix dispose de 10 députés, 6 voteront pour, 3 voteront contre et 1 s’abstiendra. Les candidats investis n’auront donc pas de programme.
Vidéo de présentation de « Ma Voix »
L’idée de Ma Voix est novatrice, mais s’expose aussi à plusieurs critiques : comment négocier des compromis ou élaborer des lois quand on ne peut que voter « pour » ou « contre » des projets sur un site ? Qu’est-ce qui garantit que le député suivra les consignes des internautes ? Ne faut-il pas incarner un minimum de valeurs ou d’idées phares avant de se lancer en politique ? Comment impliquer les citoyens qui ont un accès réduit à internet ?
Même problème que les autres initiatives citoyennes, il faut ensuite que les bonnes volontés initiales se traduisent par des actes. Car entre le ras-le-bol exprimé au bar ou derrière son écran et s’engager effectivement sur le terrain et à la rencontre des habitants, il y a un monde.
Un timing serré
Dans le cas de l’élection strasbourgeoise, s’ajoute la difficulté que le dépôt de candidature devra intervenir autour de la mi-avril. Autrement dit, il reste un mois pour faire connaître la démarche, dégoter de potentiels candidats et les tirer au sort. La question de la convergence avec le projet de candidature « en dehors des partis politiques traditionnels » portée, entre autres, par l’adjoint au maire Éric Schultz (ex-EELV) présent à cette réunion avec Nicolas Falempin (parti pirate, également membre du mouvement) se posera, bien que les deux mouvements ont des approches différentes.
Dans un premier temps, quelques membres du mouvement se sont mis d’accord pour aller à la rencontre d’habitants pour présenter Ma Voix, avant d’organiser des petites présentations sur la circonscription, dans le but d’investir un candidat tiré au sort lors d’un événement plus large en avril.
Si cette répétition avant l’échéance de 2017 se matérialise, il faudra se mettre en accord avec les règles électorales et notamment de financement de campagne. Les dons par financement participatif comme l’envisageait Ma Voix ne sont par exemple pas autorisés. Des questions techniques que ne maîtrisaient que moyennement les organisateurs de la première réunion.
Les vieux murs de la clinique Sainte-Odile vont accueillir après rénovation une résidence étudiante. (Photo : Roland Burckel / Wikimédia Commons / cc)
Vendue en 2013 à un groupe de promoteurs, la clinique catholique Sainte-Odile de Strasbourg va être reconvertie pour sa majeure partie en cité étudiante tout confort, avec WiFi et jacuzzi. Le site est le projet phare de l’antenne logement de la mutuelle étudiante MGEL à Strasbourg.
Ses promoteurs l’annoncent comme « la résidence étudiante du troisième millénaire ». Le groupe colmarien d’investissement La Fayette Patrimoine Promotion et la mutuelle étudiante du grand Est MGEL peaufinent leur projet de cité estudiantine dans l’actuelle clinique Sainte-Odile, à Strasbourg – Neudorf.
L’établissement catholique doit déménager d’ici fin 2017 au Port-du-Rhin dans la future super-clinique privée Rhéna, fruit de la fusion entre les trois cliniques confessionnelles de Strasbourg (Diaconesses, Adassa et Sainte-Odile). Son site a été vendu à plusieurs promoteurs octobre 2013, pour financer le chantier de Rhéna.
La Fayette Patrimoine Promotion a remporté les bâtiments les plus anciens, datant du début du XXème siècle et qu’il va rénover. Scharf Immobilier et Vauban Immobilier ont quant à eux acquis les bâtiments les plus récents, qu’ils prévoient de démolir pour construire des immeubles d’habitation.
Vu d’ensemble du site de Sainte Odile après travaux, avec les logements neufs de Scharf Immobilier et Vauban Immobilier au premier plan. (Doc remis)
MGEL logement s’implante à Strasbourg
La Fayette Patrimoine Promotion entend consacrer la plus grande partie des bâtiments historiques de la clinique à une résidence étudiante, soit 3 900 m2 sur les 6 500 dont il dispose. C’est la MGEL, la mutuelle générale des étudiants de Lorraine, qui va gérer le site. Dans ce patrimoine ancien, leur projet prévoit l’installation de 220 logements meublés et équipés, du studio au T5, et de nombreux services, de la buanderie à la salle de sport, à destination des étudiants.
La Fayette Patrimoine Promotion et la MGEL sont déjà partenaires sur la résidence étudiante Louise, près des Halles, toujours à Strasbourg. C’est jusqu’à présent la seule implantation de l’antenne logement de la MGEL à Strasbourg. La MGEL est l’organisme de sécurité sociale majoritaire auprès des étudiants du Grand Est. De Reims à Nancy, elle gère déjà 12 résidences étudiantes dans la grande région. Elle entend aujourd’hui développer sa présence à Strasbourg et travaille à trois projets d’habitat étudiant, dont la future résidence de Sainte-Odile.
Studios étudiants à partir de 350 euros
Si la MGEL gèrera seule cette résidence, elle en partagera la propriété avec d’autres investisseurs sélectionnés par La Fayette Patrimoine Promotion. Le montant des loyers ne sera donc pas le même pour tous les appartements. Sur les siens, la MGEL annonce un loyer à 400 euros pour un studio. La Fayette Patrimoine Promotion promet de son côté des premiers loyers à 350 euros.
Le groupe d’investissement patrimoniaux mène des programmes sur le territoire de l’Eurométropole et en Outre-Mer dans le but de faire du logement à prix modérés, comme l’explique son directeur Eddy Vingataramin :
« Nous vendons du beau patrimoine à des investisseurs locaux qui acceptent de pratiquer des loyers modérés pour garantir une certaine mixité sociale sur nos programmes. Nous créons de toutes petites copropriétés sur de grands espaces de logements. Concernant le logement étudiant, nous observons que beaucoup d’étudiants étrangers ont des difficultés à se loger car le niveau de vie dans leurs pays d’origine est inférieur à celui d’ici. Pour pallier ces situations, nous encourageons le logement participatif et la mutualisation des moyens. »
La chapelle de la clinique doit être transformée en espaces de travail et de rencontres. Les dimensions du site autorisent l’ambition de ses promoteurs, explique Patrice Drexler, directeur de MGEL Logement :
« On va aller beaucoup plus loin dans les espaces communs que ce qui existent habituellement dans nos résidences car la surface du bâtiment nous le permet. Près de 400 m2 devraient y être consacrés. »
La chapelle Sainte-Odile doit être transformée en salle de travail et de rencontre. (Photo : Roland Burckel / Wikimédia Commons / cc)
La philosophie du mutualiste est d’offrir aux étudiants un espace de vie clé en main, à la différence des résidences privées classiques :
« Une fois qu’un jeune règle son loyer, il ne doit plus rien avoir à payer, pas même de supplément pour laver son linge ou accéder à internet par exemple. Tout doit être en libre-service. »
Bibliothèque virtuelle et jacuzzi
Et en termes de services, la MGEL pense large. S’appuyant sur une mutualisation des coûts, la MGEL veut proposer aux résidents un petit déjeuner quotidien dans la cafeteria, l’accès illimité à l’internet haut-débit, une salle de travail équipée en équipement multimédias et même un espace wellness avec sauna et jacuzzi. Elle étudie aussi la possibilité d’un abonnement collectif à une bibliothèque virtuelle.
Un engagement pour la réussite des étudiants que défend Patrice Drexler :
« Nous voulons créer toutes les conditions pour qu’ils réussissent leurs études. Le logement est le premier facteur de réussite pour les jeunes. Un temps de transport long, le temps passé à se déplacer en ville pour laver son linge, l’investissement dans un job pour financer son loyer sont autant de contraintes qui peuvent peser très lourd sur eux. »
Les promoteurs du projet insistent sur l’objectif d’encourager la vie en collectivité. Ils réfléchissent à la possibilité de mettre la cuisine de la cafeteria à disposition des étudiants les soirs pour encourager les repas conviviaux, plutôt que de laisser les étudiants accueillir leurs amis et voisins dans leurs petits studios.
« Accompagner les parcours de vie »
Une quarantaine d’appartements seront constitués de plusieurs pièces, du T2 au T5, pour permettre des colocations et des vies de couple. Un respect des choix de vie des étudiants primordial pour Eddy Vingataramin, directeur de la Fayette Patrimoine Promotion :
« Nous voulons accompagner les parcours de vie des jeunes, encourager la colocation, permettre le passage du studio au deux-pièces quand des étudiants s’installent en couple, et plus tard au T3 ou au T4 quand ils commencent à travailler. Les étudiants doivent pouvoir rester encore dans leur environnement après la fin de leurs études. »
Cabinet médical, logements sociaux et propriétés de standing
Dans le reste des bâtiments historiques de Sainte-Odile, Lafayette Patrimoine Promotion prévoit d’installer 2 100 m2 de logements sociaux, avec un bailleur social qu’il n’a pas encore choisi. Et 500 m2 doivent aussi être dédiés à un cabinet médical :
« C’est une demande des riverains, dont beaucoup sont attachés à la sécurité que leur procurait la proximité de l’hôpital. Nous recherchons désormais les médecins partenaires. »
Les parties récentes de la clinique doivent quant à elle être démolies. Les promoteurs immobiliers Scharf et Vauban prévoient d’y reconstruire une centaine de logements du deux au quatre pièces destinés à la vente. « Nous nous positionnons comme le meilleur standing du Neudorf », explique Jean-Sébastien Scharf.
Le foyer Saint-Louis est un gouffre énergétique, mais des habitants y sont attachés (Photo Emmanuel Jacob / Blog de la Robertsau)
La Ville de Strasbourg espère mettre fin lundi lors du conseil municipal à l’épineux dossier du Foyer Saint-Louis, cet ensemble immobilier dans le quartier de la Robertsau que l’église catholique veut vendre. Plusieurs associations locales s’y opposent, ainsi qu’un collectif de résidents, rejoints par plusieurs élus d’opposition.
Est-ce l’épilogue de ce dossier qui empoisonne la vie municipale depuis plus de deux ans ? Lundi, le conseil municipal de Strasbourg est appelé à donner un avis favorable sur la vente de trois parcelles par l’église catholique au promoteur Icade, rue du Dr Maurice Freysz à la Robertsau. Icade est prêt à acheter le lot 2 700 000€ pour y construire 37 logements en trois bâtiments.
Inacceptable pour une partie des riverains, qui ont fait entendre leur opposition à cette vente dès que le projet a été connu. En janvier 2015, le maire (PS) de Strasbourg Roland Ries avait accepté de reporter la même délibération, pour permettre une concertation entre les parties. Mais, assure le maire, cinq réunions et un conseil de quartier plus tard, « les positions n’ont guère varié ». Tout juste le nombre de logement a-t-il été légèrement abaissé et Icade a promis de réserver quelques mètres carrés à « des fonctions de centralité ».
Car c’est bien ce que regrettent les opposants : la fin d’une opportunité pour la Ville de créer un « centre » pour le quartier. Une partie d’entre eux auraient aimé que la Ville préempte le lot et rénove le bâtiment. Ce à quoi Roland Ries s’est toujours refusé :
« On voudrait que la Ville achète, puis rénove et ouvre ce lieu… C’est à dire qu’il faudrait sortir 4 à 5 millions d’euros et ajouter des frais de fonctionnement. Il n’en est pas question, ça n’a jamais été dans nos priorités. Et je ne vois donc pas de motif pour nous opposer à cette vente, entre deux parties privées. »
De son côté, la paroisse souhaite se débarrasser de ce foyer, devenu trop grand et impossible à chauffer. Elle attend la vente pour construire juste à côté un foyer plus petit, mais plus moderne.
L’opposition mobilisée
Les élus d’opposition se sont saisis de ce dossier. Dans une lettre ouverte, la sénatrice (LR) Fabienne Keller a demandé un nouveau report de la délibération, en indiquant que des recours juridiques ne manqueraient pas d’intervenir si elle était maintenue… Ancien maire délégué de Strasbourg, Robert Grossmann a lui aussi pris la parole pour demander aux conseillers municipaux de voter contre cette délibération :
Peter Jellitsch, « Data drawings 48-51 », dessin à l’encre de Chine (détail, 2016) – photo CM/Rue89Strasbourg
Fidèle à sa vocation de questionner les usages du numérique et d’en proposer de nouvelles interprétations, le Shadok présente une nouvelle exposition où quinze artistes et collectifs ont utilisé comme « matière » première les données qui circulent en flux continu sur le web.
Au premier abord, une exposition sur le thème des données peut paraître un peu ardue, d’autant plus qu’en arrivant au premier étage du Shadok, fabrique du numérique à Strasbourg,ce qu’on découvre ressemble en effet à des documents : feuilles de papier, diagrammes, dessins en noir et blanc, …
Cependant, lors d’une visite guidée fort intéressante lors du vernissage, j’ai vite réalisé que ces artistes menaient une réflexion non seulement indispensable à notre époque, mais en plus de manière ludique et décalée.
Plusieurs artistes mettent en œuvre une rematérialisation, c’est-à-dire rendent tangibles des données invisibles. Cela va du processus le plus simple – dessiner à l’encre de Chine les variations d’un réseau wifi par exemple – à des scénarios plus complexes.
Alexandre Saunier, l’un des cinq artistes venus créer au Shadok lors d’une résidence d’un mois, part du postulat de prendre l’idée du cloud au pied de la lettre. Dans le but écologique et éthique de trouver une alternative aux serveurs énergivores et de s’affranchir des frontières et systèmes de contrôle, il propose de stocker des données dans de vrais nuages, « en chargeant les molécules d’eau d’ions négatifs ou positifs », à l’image du système d’encodage binaire 0-1.
On y croirait presque. Mais le second degré se décèle à tous les niveaux – et malheureusement je n’ai pas vu fonctionner la machine à nuages.
Julien Fargetton s’est emparé du sujet ô combien actuel des migrants, en faisant ressentir au spectateur les variations en temps réel du vent en mer Egée. Un gros ventilateur recevant les données d’une station météo se déplace autour d’un drapeau européen fabriqué à partir d’une couverture de survie, objet symbolique des sauvetages de migrants.
Au passage, il évoque un mythe grec qui mérite d’être rappelé : Europe était une princesse libanaise qui a traversé la mer jusqu’en Crète sur le dos de Zeus ayant pris la forme d’un taureau blanc. Le mythe des origines croisé avec la sensation physique et instantanée offre une vision en perspective d’un sujet habituellement abordé de manière uniquement politique.
Christopher Baker, « Murmur Study » (installation, 2009) – photo CM/Rue89Strasbourg
Sur le mur en face, le ventilateur fait également frémir des bandes de papier crachées par une rangée d’imprimantes thermiques. Il s’agit de l’œuvre de l’américain Christopher Baker, qui a relié vingt machines à Twitter, chacune d’elles répertoriant les posts correspondant à des émotions exprimées par des interjections telles que wow, OMG ou arrrgh. Si elle souligne la superficialité des messages individuels, l’œuvre dans sa globalité nous fait éprouver l’aspect vivant et organique du web.
Le choix d’imprimantes de caisses enregistreuses n’est pas fortuit, il se réfère à la valeur marchande que représentent tous ces messages personnels, dont la production permanente s’accumule en rubans de papier inutiles au sol.
La limite ténue entre tracking et espionnage
vue d’une partie de l’installation de Esther Polak et Ivar Van Bekkum, « Droit de suite » (2016) – photo Shadok
Une grande partie de l’exposition est consacrée à la surveillance. Passive et robotisée, la collecte des données personnelles pourrait facilement se transformer en espionnage détaillé pour chacun de nous.
Le couple d’artistes hollandais Polak & Van Bekkum a ainsi suivi plusieurs strasbourgeois – peut-être vous ? – pendant un mois afin de retracer leurs parcours quotidien. L’hommage à Sophie Calle est annoncé – l’artiste française avait déjà suivi des inconnus dans la rue dans les années 80-90, mais ici les artistes incarnent les trackers insérés dans les smartphones.
Ils se conduisent comme des stalkers – ces pervers qui exploitent les informations rendues publiques sur internet pour localiser, voire agresser des personnes – mais préservent l’anonymat de leurs « victimes ».
Ils se livrent ensuite à une tentative d’interprétation des parcours des personnes : où se rendent-elles, quelles ont été les activités de la journée ? Ici, la subjectivité entre en jeu et pose la question de l’interprétation des données archivées automatiquement.
Suivant le même fil d’idées, Albertine Meunier révèle ses propres recherches Google sur cinq années, à partir de l’année de lancement de Google Search History (2006).
Répertoriée dans l’objet par contraste archaïque du livre, cette accumulation de mots-clés est globalement révélatrice d’une personnalité, avec les occasionnelles recherches absurdes ou honteuses. Et vous, publieriez-vous votre historique de recherches ? Et comment savoir ce que Google en fait ?
James Briddle s’est quant à lui concentré sur la géolocalisation par téléphone. Ebranlé par la révélation d’Apple, en avril 2011, sur l’enregistrement sans permission par les iPhones des déplacements de leur utilisateurs, il extrait de son téléphone ses propres parcours sur deux mois. Sorte de journal intime non autorisé, le livre de cartes qui en résulte raconte une vie par le biais d’une machine.
From Bits to Paper expose donc non pas de l’art numérique, mais de l’art à l’ère du numérique. Une nouvelle génération d’artistes fait art avec le quotidien, démarche déjà induite maintes fois par le passé.
Mais cette fois, le monde soit-disant virtuel qui marque ce quotidien englobe tous les aspects de la vie, et est utilisé avec une frénésie qui mérite une prise de distance critique.
Pour la première exposition d’ampleur sur ce thème en France, on découvre des œuvres parfois un peu faciles et littérales, mais aussi de vrais questionnements dont la forme et le fond sont appelés à se complexifier avec l’évolution des technologies et de la réceptivité des spectateurs.
La curiosité est un moteur, et il ne faut pas s'arrêter quand elle nous amène à des choses qu'on ne comprend pas au premier abord. Une forme de divagation constructive qui peut aussi se laisser émerveiller par la beauté et le ressenti !
Les étudiants de Strasbourg ont répondu au nouvel appel national contre la réforme de la loi du travail le 17 mars. (Photo Marie-Charlotte Méoni / Rue89 Strasbourg)
C’est poing levé que les étudiants en lutte de Strasbourg se sont retrouvés jeudi sur le campus et place Kléber pour se faire entendre, après une « assemblée générale » écourtée afin de participer à la manifestation contre la réforme de la loi de Myriam El Khomri sur le travail. Reportage.
Des banderoles rouges et noires, un mégaphone et des tracts distribués à tous les passants… Jeudi, les étudiants en lutte de l’Université de Strasbourg se sont donnés rendez-vous à midi devant le Patio sur le campus pour leur 4ème « assemblée générale » depuis la mobilisation. Ils ont débattu sur leurs actions menées et à venir avant de rejoindre les syndicats place Kléber à 14h pour manifester contre la réforme du Code du travail de la ministre Myriam El Khomri.
Bilan satisfaisant de la distribution des tracts
Après avoir rencontré plusieurs difficultés pour trouver un lieu de rencontre, les étudiants en lutte se sont finalement retrouvés dans l’amphithéâtre 3 du Patio du campus de Strasbourg. Alors qu’ils n’étaient qu’une petite centaine à leur première réunion, ils étaient plus de 200 à participer mercredi, remplissant l’amphi et contraignant beaucoup à rester débout.
Les étudiants en lutte de Strasbourg se sont retrouvés dans l’amphithéâtre 3 du Patio pour leur 4ème Assemblée Générale. (Photo MCM / Rue89 Strasbourg)
L’assemblée s’est tout d’abord ouverte sur le rendez-vous à ne pas manquer : la CGT a appelé les étudiants à venir manifester devant le Conseil régional, 1 Place Adrien Zeller, aujourd’hui à 9h à l’occasion de la venue de Myriam El Khomri pour signer une convention avec le Président de la région ACAL, Philippe Richert (LR).
Un premier bilan sur la distribution des tracts a été établi : la veille, environ 1 000 tracts ont été distribués aux jeunes travailleurs de Pôle Emploi, ce qui fut jugé « satisfaisant ». Cette nouvelle a suscité l’enthousiasme de la salle et des applaudissements. Cette action va se poursuivre dès lundi à partir de 5h au Technicentre SNCF de Bischheim et à partir de 7h au Centre de tri La Poste à Schiltigheim, tous les jours de la semaine.
Des plannings ont circulé dans la salle pour que les volontaires puissent s’inscrire sur les différentes plages horaires proposées. Ces distributions de tracts seront éventuellement reconduites jusqu’au retrait de le la réforme du Code du travail.
Contre la présidence de l’Université de Strasbourg
Les participants ont ensuite abordé le point clef de cette assemblée : le positionnement de l’Université de Strasbourg vis-à-vis de leurs actions contre la loi sur le travail. Les étudiants ont affirmé que l’attitude de la présidence faisait volontairement obstacle à leur mobilisation. Robin, étudiant en L1 de Philosophie explique la situation :
« Des affiches collées un peu partout dans le campus ont été systématiquement arrachées. Nous n’avons pas de salles mises à notre disposition pour se réunir. Les étudiants qui se mobilisent sont automatiquement comptés absents alors que nous nous battons pour nos droits. Nous sommes avant tout des futurs travailleurs. Pour prendre mon exemple personnel, je suis « défaillant » pour mon semestre dans une matière. J’ai été absent à trois reprises pour un TD car je manifestais dans les rues. Ça signifie que je n’ai pas le droit de me présenter à l’examen, que mes notes ne seront pas comptabilisées, qu’il y a de fortes chances que je redouble sans la conservation de mes UE (Unités d’Enseignements) acquises et que je peux perdre la totalité de ma bourse ».
Des membres de l’assemblée générale ont été reçus par trois vice-présidents de l’Université après leur avant-dernière réunion mardi pour réclamer un conseil d’administration exceptionnel. Le président de l’Université, Alain Beretz, était alors en déplacement à Bruxelles. Le bilan a été jugé « mitigé » et a suscité de nombreuses prises de parole. Une seule revendication a été entendue : l’autorisation d’afficher sur le campus.
Face à « l’intransigeance de l’administration » sur les autres requêtes, les étudiants ont voté à l’unanimité pour la rédaction d’un communiqué à destination de la présidence de l’Université qui rappelle leurs exigences : la « non-pénalisation des étudiants mobilisés » (absences non-comptabilisées), la mise à disposition de salles pour se réunir, un positionnement de la présidence de l’Université sur les actions menées contre la réforme de la loi du travail…
Ces débats ont dû être écourtés pour que les participants puissent se rendre Place Kléber à 14h, mais pas avant d’avoir voté l’approbation de la banderole et l’organisation du cortège.
« Un pas en avaaaaant, deux pas en arrière-euh »
Équipés de leurs drapeaux et d’autocollants rouges, les étudiants ont été accompagnés par une camionnette de la CGT au rythme du slogan : « Strasbourg, réveille-toi ! ». Le cortège a poursuivi sa route jusqu’aux lycées Jean Rostand et des Pontonniers avec l’ambition d’embarquer les lycéens dans la manifestation.
Parmi la foule, certains étudiants viennent d’assister à leur première assemblée générale tandis que d’autres sont des habitués. Marine, étudiante en LLCE allemand, explique par exemple qu’elle vient « juste soutenir le mouvement » tout en n’adhèrant à aucun parti politique. Hugo, étudiant en sociologie, explique que c’est la première fois qu’il participe au mouvement et qu’il compte revenir prêter main forte parce qu’il a l’impression de faire « quelque chose de concret ».
Les jeunes, en tête du mouvement, étaient bien décidés à faire entendre leur voix. (Photo : Marie-Charlotte Méoni)
Environ 1500 personnes ont défilé dans les rues de Strasbourg (Photo MCM / Rue89 Strasbourg)
À 14h30, le cortège est parti en direction des quais par la rue de la Division Leclerc. Les jeunes, en tête du mouvement, étaient bien décidés à se faire entendre au son du traditionnel « un pas en avant, deux pas en arrière… » Le poing levé, ils ont poursuivi leur route dans le calme jusqu’à la rue de l’Hôpital militaire où ils se sont arrêtés temporairement devant la Caisse d’allocations familiales. « La CAF avec nous, la CAF avec nous ! » Un appel resté sans réponse.
Face à face tendu avec les forces de l’ordre
Les manifestants ont terminé leur trajet sur le campus de l’Université vers 15h30, devant le bâtiment de la Fac de Droit. Mais voulant s’y réunir, ils ont trouvé les portes closes et gardées par un barrage de policiers en tenues d’intervention. Certains ont tenté de forcer le barrage, violemment repoussés par les policiers à coups de matraques et de tirs de gaz lacrymogènes. Les échauffourées ont fait entre trois et cinq blessés légers, une lycéenne blessée par la tête a reçu cinq points de suture. Octave, étudiant en médecine :
« Mon ami Robin a reçu un coup de bombe lacrymogène dans les yeux. J’ai également vu une fille devant moi qui saignait de la tête. Je l’ai donc mise sur le côté. Les pompiers se trouvaient derrière le bâtiment. C’est la première fois qu’une des manifestations contre la réforme de la loi du travail dégénère. Mais ça aurait pu être pire ».
La tentative des étudiants d’entrer dans le bâtiment a provoqué une réponse énergique des policiers (Photo MCM / Rue89 Strasbourg)Des étudiantes se sont mises à danser devant le barrage de policiers après les échauffourées. (Photo MCM / Rue89 Strasbourg)
Après ce face à face tendu, des étudiantes se sont mises à danser devant le barrage policiers pour apaiser la situation. « La seule façon qui nous restait de manifester » d’après l’une d’entre elles. Leur démonstration s’est transformée en petit spectacle improvisé suivi par les autres étudiants.
Dans sur le parvis, devant les casques et les matraques… (Photo MCM / Rue89 Strasbourg)
Un appel à la dispersion a été lancé vers 16h et le campus a retrouvé son calme… jusqu’à lundi, puisqu’une nouvelle assemblée générale est convoquée au Patio, à midi.
Maille Catherine, une aire de jeux pour enfants a été aménagée dans le cadre de la rénovation urbaine de Hautepierre. Selon ces mères de familles, qui regardent jouer leurs enfants, le quartier a évolué de manière très positive. Même si, selon elles, un petit terrain de football aurait été plus utile que le jardin partagé… (Photo RB / Rue89 Strasbourg)
Avec un revenu fiscal annuel médian de 9 600 euros, une population très jeune, multiculturelle, et un urbanisme atypique, le quartier de Hautepierre à Strasbourg a bénéficié de 155 millions d’euros entre 2009 et 2013 pour sa rénovation. Alors que les principaux travaux sont terminés, voici ce qui a vraiment changé (ou non) dans la vie des habitants…
« Nous sommes les oubliés de Hautepierre ! » Ce sentiment, exprimé par une mère de famille qui habite la maille Eléonore depuis 32 ans, de nombreuses personnes du quartier le partagent… En effet, sur les cinq mailles à vocation résidentielle de Hautepierre à l’ouest de Strasbourg, deux (Brigitte et Eléonore) n’ont pas du tout bénéficié des 155 millions d’euros investis dans le cadre de la première phase du Projet de rénovation urbaine (PRU) de Hautepierre, initié pour la période 2009-2013.
Le quartier de Hautepierre est organisé en mailles, sortes de sous-quartiers dans le quartier. Sur les cinq à vocation résidentielle, deux n’ont pas du tout été rénovées dans le cadre de cette rénovation urbaine. (CUS)
Les trois autres (Jacqueline, Catherine, Karine) ont, en revanche, une nouvelle allure grâce à la prolongation de deux arrêts de la ligne A du tramway jusqu’au Parc des sports, la démolition de dix bâtiments de logements sociaux, la rénovation des autres, ainsi que l’aménagement de routes à double-sens de circulation, de parkings, de pistes cyclables, d’allées piétonnes, de poubelles enterrées, d’aires de jeux pour enfants…
Financé par les collectivités publiques et par l’Agence nationale pour la rénovation urbaine (ANRU), ce PRU avait pour objectif « d’ouvrir sur l’extérieur » les mailles de Hautepierre, qui comptent 15 000 habitants et 4400 logements dont 3700 logements sociaux.
Dans le cadre du PRU, des bâtiments ont été démolis pour permettre de construire une route permettant de circuler à l’intérieur des mailles et d’y voir de l’extérieur ce qui se passe à l’intérieur. « Une question de sécurité » selon l’ANRU. (Photo RB / Rue89 Strasbourg)
Adjoint de quartier pour Hautepierre, adjoint au maire et conseiller départemental, Serge Oehler précise que les mailles Brigitte et Eléonore seront rénovées à leur tour dans le cadre de la deuxième phase du PRU :
« Ce sera dans les quatre, cinq, six années à venir. La phase de concertation avec les habitants n’a pas encore démarré. Mais le défi, changer l’image du quartier de Hautepierre et permettre aux habitants de s’y sentir mieux, est déjà réussi! »
Mais qu’en pensent réellement les habitants ?
Extension de la ligne A de tramway, rénovation des logements sociaux, aménagements d’aires de jeux pour enfants… Dans les mailles rénovées, l’allure du quartier a beaucoup changé. (Photo RB / Rue89 Strasbourg)
Pour Carles Pinto, rencontré à la sortie du Centre commercial, aucun doute, ces travaux ont été une « bonne chose » pour le quartier, où ce trentenaire habite depuis 2010 :
« Quand je me suis installé maille Karine, ma compagne, qui était venue voir mon nouvel appartement, m’avait dit : “c’est un cauchemar de vivre ici”. Des jeunes traînaient tout le temps en bas de l’immeuble en faisant du bruit, l’ascenseur était toujours en panne, il y avait des déchets dans le hall et les murs étaient recouverts de tags… Une fois, ces jeunes avaient tagué un mur pour insulter Nicolas Sarkozy. J’étais allé les voir pour leur dire que, de toutes façons, il ne viendrait jamais ici et ce n’est pas lui que cela pénaliserait… Je crois qu’ils m’avaient compris ! Depuis la rénovation, l’ascenseur a été réparé, il n’y a plus de déchets et les murs ont été repeints. Et ces jeunes ne squattent plus ici, c’est plus calme. »
Comme Carles Pinto, de nombreux habitants de Hautepierre apprécient la rénovation des parties communes et des façades de leur logement social, tout comme la mise aux normes de leur installation électrique et leur meilleure isolation. De même, l’embellissement du quartier, l’ouverture de la Maison de Hautepierre, l’extension de la ligne A de tramway de deux arrêts jusqu’au Parc des sports, l’aménagement de nouveaux parkings, d’allées piétonnes et d’aires de jeux pour enfants sont souvent citées parmi les évolutions positives.
« Certaines familles demandent de régler 6 euros en trois fois… »
Mais de nombreux locataires signalent que, suite aux travaux de rénovation de leur immeuble, les charges ont augmenté, entre 50 et 120 euros selon les logements. Une dépense importante dans un quartier où le taux de chômage est de 29,3%, celui des jeunes de 40%, et le revenu fiscal annuel médian de 9 600 euros, selon le diagnostic territorial de Hautepierre réalisé pour la préparation du contrat de Ville 2015-2020.
Fatah Bar, adulte-relais qui assure une mission de médiation sociale et culturelle de proximité à Hautepierre, où il habite, souligne :
« Quand des sorties sont proposées pour leurs enfants, certaines familles demandent de régler la cotisation annuelle, de 6 euros par an, en trois fois… Les familles les plus pauvres, qui demandaient Hautepierre pour ses logements sociaux très peu chers, risquent de devoir aller ailleurs… Mais où ? »
Par ailleurs, dans un courrier envoyé à CUS Habitat (PDF), Geneviève Manka, habitante du quartier et présidente de l’Amicale de la Confédération nationale du logement (CNL) Hautepierre, dénonce :
« De nombreux locataires ont fait état de graves désordres liés aux travaux mal faits dans les parties communes et extérieurs des immeubles. »
Et la liste est longue : installations électriques abîmées dans les logements pendant les travaux, portes d’immeubles qui se bloquent par défaillance électrique, peintures qui tombent toutes seules deux ans après les travaux…
Dans un quartier où le taux de chômage est de 29% et le revenu fiscal annuel médian de 9600 euros, la hausse des charges suite à la rénovation urbaine pose question. (Photo RB / Rue89 Strasbourg)
« Pourquoi avoir démoli les six pièces ? »
Alors que Ilhame Aite-Bellahay vient de ramener ses enfants à l’école, cette habitante indique que beaucoup de choses ont changé maille Jacqueline, où elle a longtemps vécu avant de déménager maille Karine :
« Ils ont refait les routes et les allées, ils ont ajouté des grillages et un parking devant les immeubles et ils ont construit un nouveau gymnase, c’est plutôt bien, mais je me demande pourquoi ils ont démoli les immeubles qui étaient ici, avec beaucoup d’appartements de six-pièces… Si c’est pour la sécurité, j’aimerais bien comprendre ce qui les dérangeait ! J’ai habité longtemps cette maille et je n’ai jamais eu de problèmes ! Pareil pour mon père, qui a 72 ans. «
De même, Ilhame Aite-Bellahay, à qui une passante demande son chemin, ne comprend pas pourquoi les noms des rues du quartier ont été modifiés :
« Maintenant, quand quelqu’un me demande, c’est compliqué ! Parmi les choses à améliorer, ce serait bien qu’il y ait davantage de poubelles dans l’espace-public à l’intérieur des mailles et une aire de jeux pour les enfants maille Jacqueline (sa construction, retardée, est prévue cet été, ndlr). »
Patrouilles de police et vidéo-surveillance
Quelques bâtiments plus loin, Karim et Younès, 22 ans tous les deux, attendent un ami en bas de leur immeuble. Eux non plus n’apprécient pas certains changements :
« Il y a une belle place, où on aime bien se retrouver l’été, mais une caméra a été installée pile à cet endroit… C’est gênant ! Nous, cela nous dissuade d’y aller, mais pour rien, on veut juste s’asseoir ! C’est la même chose pour les patrouilles : les policiers passent juste à côté de nous alors que nous n’avons rien fait et ils repartent, c’est n’importe quoi, on n’aime pas ça ! »
À propos des caméras de vidéosurveillance, Abdel Moustaid, responsable animations à la Maison de l’enfance de Hautepierre, qui a habité le quartier plus de 40 ans mais qui a déménagé pour « mieux séparer vie privée et vie professionnelle », estime au contraire qu’elles constituent « un moyen de dissuasion pour assurer la sécurité de tous et surtout des enfants », et que les adultes se doivent de relayer ce message.
Maille Jacqueline, des immeubles ont été démolis lors de la première phase du PRU. Au total à Hautepierre, 10 bâtiments, soit 169 logements sociaux, ont été détruits. (Photo RB / Rue89 Strasbourg)
Un espace jeune… trop jeune
Au pied d’un autre immeuble, dans une voiture, Mustafa discute avec des amis. Si ce dernier, 23 ans, apprécie l’ouverture de la nouvelle Bibliothèque municipale de Strasbourg Hautepierre, il regrette qu’elle ferme trop tôt (18h en semaine et 17h le samedi) mais aussi que La Passerelle, un espace-jeunes pour les moins de 30 ans, ait été démolie, et que le nouvel espace-jeunes, Le Ricochet, soit réservé aux moins de 18 ans :
« Maintenant, les gens se plaignent qu’on traîne sur le parking mais La Passerelle, c’était un lieu où on pouvait se retrouver pour faire une partie de baby-foot ou discuter et, quand il y avait un match, on pouvait rester jusqu’à 23 heures pour le regarder. »
Mais La Passerelle avait « une mauvaise réputation », explique Meriem Chemlali, à l’initiative du restaurant Table et culture au théâtre de Hautepierre. Elle raconte pourtant que, lorsqu’elle était installée à La Passerelle, il n’y avait jamais le moindre problème.
Le directeur du Centre socio-culturel (CSC) de Hautepierre, Louis Shalck, se souvient cependant d’incidents :
« Suite à des problèmes d’insultes et de crachats, certains parents ne voulaient plus y inscrire leurs filles. Nous avons profité de la construction d’un nouveau bâtiment pour donner un nouveau nom à notre espace-jeunes. Depuis, nous avons retrouvé de la mixité filles-garçons. »
« Ce qui n’a pas changé, c’est que ces jeunes traînent tous les jours en bas de l’immeuble et font du bruit toute la nuit »
A la porte d’entrée voisine, une maman rentre chez elle, chargée de sacs de courses. Si elle apprécie la rénovation de son immeuble ou l’extension de la ligne de tramway, son bilan reste mitigé sur la rénovation du quartier :
« Ce qui n’a pas changé, c’est que ces jeunes traînent tous les jours sur le parking et font du bruit toute la nuit… Et le matin, on retrouve des bouteilles ou des gobelets avec du café sur notre voiture. Et quand la porte de l’immeuble, qui a été rénovée, ne fonctionne pas, ils la cassent. »
Meriem Chemlali, cofondatrice du restaurant associatif Table et culture. (Photo RB / Rue89 Strasbourg)
Manque de commerces de proximité
Alors que leurs enfants jouent sur la nouvelle aire de jeux maille Karine, Fella Mhamedi et Jihen Djhen se disent « très contentes »de la rénovation du quartier :
« Nous avons tout à côté ! Les supermarchés, la piscine, le Zénith… Et les associations qui proposent des activités pour les enfants ! »
Cependant, de nombreux habitants regrettent de ne pas avoir de commerces de proximités à l’intérieur des mailles, ce que constate aussi Louis Schalck, le directeur du CSC :
« Lors des réunions de concertation, de nombreux habitants souhaitaient que des commerces de proximité ouvrent à l’intérieur des mailles, de manière à avoir des lieux de vie, et pour que les nombreuses personnes âgées qui vivent seules n’aient plus à se déplacer… »
Selon le diagnostic territorial de Hautepierre, hormis le Centre commercial plus éloigné des mailles à vocation résidentielle, la part des habitants qui disposent des sept services dits de proximité (boulangerie, tabac-presse, supérette, école, pharmacie, médecin, poste) est de seulement 19,7%.
Pour Serge Oehler, la raison est à chercher dans la sociologie du quarter :
« La première difficulté consiste à trouver des commerçants qui veulent bien s’installer dans les mailles. A l’époque où des commerces ont fermé dans les mailles, il faut savoir que le panier moyen des consommateurs était de 10 euros. »
Tous les soirs après l’école, l’équipe de la Maison de l’enfance de Hautepierre dirigée par Abdel Moustaid proposent des animations pour les enfants et les adolescents du quartier. (Photo RB / Rue89 Strasbourg)
Pour Louis Shalck, la principale limite de cette rénovation est sans-doute qu’elle ne permettra pas de résoudre les problèmes sociaux du quartier. Et le directeur du CSC regrette d’avoir dû renoncer à certains projets, faute de moyens :
« Nous devions aménager un studio d’enregistrement pour les jeunes de 18 à 30 ans mais nous avons dû revenir sur cette promesse parce que la Ville ne pouvait plus prendre en charge le budget sécurité-incendie. C’est bien beau d’avoir une belle façade orange, mais avec des subventions (Ville, Conseil départemental, Etat, Caisses d’allocations familiales) qui diminuent d’année en années, nous avons moins de possibilités ! Dans ce PRU, le volet humain n’a pas été assez abordé ».
Dans le cadre de la première phase du PRU, une dizaine d’équipements publics, comme la Maison de Hautepierre, ont été créés ou rénovés. (RB / Rue89 Strasbourg)
Une critique formulée par Angélique Gutapfel, cette mère de famille rencontrée maille Eléonore, qui estime qu’une rénovation ne change pas fondamentalement la vie des habitants :
« J’ai une amie qui a choisi de quitter Hautepierre et de s’installer dans un logement privé : elle ne supportait plus de ne pas pouvoir dormir la nuit, parce que des jeunes traînaient en bas de son immeuble, en faisant du bruit. Mais à Hautepierre, c’est considéré comme normal, on ne peut rien y faire ! Ce n’est pas la faute des jeunes : il y en a plein qui ont envie de travailler mais qui ne trouvent pas. Quand ils voient en plus que leurs parents partent travailler à 5 heures du matin et qu’ils sont de plus en plus pauvres, il ne faut pas s’étonner s’ils font n’importe quoi. »
Le visiteur découvre les évolutions culturelles et urbaines qui ont marqué la Corée des années 1950 à aujourd’hui au Maillon. (Photo MCM / Rue89 Strasbourg)
La Chambre et le Maillon accueillent deux expositions : Turbulent Transition #1 et Turbulent Transition #2 du 2 mars au 4 mai. Les artistes contemporains présentent une réflexion sur la recherche d’identité de l’homme dans la société coréenne à travers l’urbanisation, le développement économique et les bouleversements culturels.
« Modernisation », « mondialisation » et « identité ». Ce sont les trois mots-clefs que Emeline Dufrennoy, commissaire d’exposition, utilise pour qualifier Turbulent Transition. Le projet ambitieux se décline à deux endroits : Turbulent Transition #1 au Maillon du 2 mars au 4 mai 2016 et Turbulent Transition #2 à la Chambre du 4 mars au 24 avril 2016.
Ces deux expositions sont le résultat d’un travail en commun de longue haleine en coproduction avec l’Asia Culture Center, AccResearch & Archive (Gwangju, Corée). La particularité de l’événement : il est organisé dans le cadre de l’Année France-Corée 2015-2016 pour célébrer le 130ème anniversaire des relations diplomatiques entre les deux pays. Une occasion de découvrir la Corée du Sud sous un angle original : à la fois historique et contemporain.
Turbulent Transition #1 est une exposition qui regroupe les artistes Sekwon Ahn, Ok Hyun Ahn, Taedong Kim, Hanyong Kim, Hein-Kuhn Oh et Ki-Chan Kim à travers des images d’archives et des clichés plus récents de la ville de Séoul. Le visiteur y découvre les évolutions culturelles et urbaines qui ont marqué la Corée des années 1950 à aujourd’hui, accompagné par la voix de Nina Simone en fond sonore. Kim Taddong a l’habitude de travailler à l’aube, heure à laquelle de nombreux jeux de lumière sont possibles, en prenant en photos des gens qu’il rencontre au hasard :
« Au départ je prenais seulement la ville en photos. Puis je me suis rendu compte que les passants entraient dans mon espace de création comme si une histoire allait arriver. Alors j’ai gardé ce concept. »
Ahn Sekwon montre la tension entre le centre-ville et la périphérie de Séoul avec des panoramiques. (Photo MCM / Rue89 Strasbourg)
Ahn Sekwon, en revanche, s’attache à la destruction et la reconstruction de la ville qui évolue avec des panoramiques sur fond de tension entre le centre-ville et la périphérie :
« Aujourd’hui, on construit des buildings uniformes partout, même en Corée. C’est le résultat de la mondialisation. »
Dans la série Homo Sentimentalis, Ok Hyun Ahn met en scène le chagrin et la souffrance, des émotions universellement partagées pour « sentir les âmes des autres ».
La série Cosmetic Girls offre une vision plus contemporaine de la recherche d’identité. (Photo Hein Kuhn Oh)
Hein-Kuhn Oh, seul artiste au Maillon et à la Chambre
Hein-Kuhn Oh, est le seul artiste qui expose sur les deux lieux et le seul à la Chambre. Pour Turbulent Transition #1, il présente la série Itaewon Story. Une plongée au cœur de ce quartier connu pour ses divertissements culturels et influencé par la culture américaine avec des rencontres surprenantes. Contrairement à la première exposition, Turbulent Transition #2 offre une vision plus contemporaine de la recherche d’identité avec les séries de portraits de jeunes filles et d’un garçon. Les séries Girl’s Act, Portraying Anxiety et Cosmetic Girls qui portent un regard sur les codes esthétiques et cosmétiques de l’adolescence. Hein-Kuhn Oh explique l’évolution de son travail entre les deux expositions :
« On ne le soupçonne pas, mais la Corée est le paradis du cosmétique. Je voulais montrer comment on peut se cacher derrière le maquillage et comment on est vu par les autres. »
Turbulent Transition #2 a des allures de « catalogue » ou « encyclopédie » mais c’est un parti pris pour l’artiste :
« Je ne suis pas là pour dire si c’est bien ou pas. Je suis là pour inviter le spectateur à réfléchir. »
Y aller
Turbulent Transition #1 – Sekwon Ahn, Ok Hyun Ahn, Taedong Kim Hanyong Kim, Ki-Chan Kim, Hein-Kuhn Oh. Du mardi au vendredi, 17h – 19h, du 2 mars au 4 mai au Maillon, 7 place Adrien Zeller à Strasbourg.
Turbulent Transition #2 – Hein-Kuhn Oh. Du mardi au dimanche, 14h – 19h, du 4 mars au 24 avril à La Chambre, 4 place d’Austerlitz à Strasbourg.
Une fois installé pour la journée, le groupe est prêt à proposer des textes d’A. Öcalan aux passants (Photo BW / Rue89 Strasbourg).
Chaque semaine, quelques Kurdes se relaient devant le bâtiment du Conseil de l’Europe à Strasbourg pour demander la libération du leader historique du PKK, Abdullah Öcalan. Derrière cette « veille permanente », une petite équipe strasbourgeoise organise une rotation des militants à l’échelle européenne.
Un dimanche midi, avenue de l’Europe à Strasbourg. Tout autour du parc de l’Orangerie, des hommes et des femmes affublés de collants fluo font leur jogging tandis que des promeneurs emmitouflés profitent du ciel printanier. À l’un des accès, près du pont menant à la Cour européenne des droits de l’Homme (CEDH), des drapeaux kurdes sont dressés, comme chaque jour à cet endroit depuis bientôt quatre ans, le 25 juin 2012 marque l’entrée des Kurdes dans le paysage de l’Orangerie.
Point de sport ni de promenade pour ces militants kurdes qui se sont installés ce matin-là. Ils sont trois hommes et deux femmes, venus du Danemark le week-end précédent. Assis dans une camionnette, ils sirotent du thé et du café pour se réchauffer en attendant d’être relevés de leur tour de « veille permanente pour la libération d’Abdullah Öcalan ». Pendant une semaine, ils se sont plantés sur ce petit coin de bitume strasbourgeois, parés de chasubles jaunes à l’effigie de leur leader et prêts à offrir certains de ses textes aux passants.
Après le Danemark, l’Allemagne puis la Scandinavie…
Ce midi, comme chaque semaine, une autre équipe doit prendre son tour de garde. Cette fois, il s’agira de Kurdes vivant en Allemagne. La semaine suivante, de femmes résidant dans les pays scandinaves. Les Kurdes n’ont pas de pays : au Moyen-Orient, ils sont répartis entre les frontières de l’Iran, l’Irak, la Syrie et la Turquie. Dans ce dernier, ils sont en guerre avec le pouvoir depuis plus de trente ans, contexte dans lequel le chef du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), considéré comme une organisation terroriste par l’Union européenne et la Turquie, Abdullah Öcalan, a été capturé puis emprisonné en 1999.
Chacun à leur tour, les pays européens hébergeant une diaspora kurde envoient des volontaires pour participer à cette permanence. La coordination et le calendrier de ce carrousel à l’échelle de l’Europe est tenue par une petite équipe strasbourgeoise, avec une visibilité sur six mois. Pour y parvenir, elle s’appuie sur un solide réseau d’associations kurdes européennes, une centaine participent, et sur l’hospitalité de la communauté kurde strasbourgeoise.
Berivan Firat, du mouvement des femmes kurdes en France, raconte :
« Les Kurdes, venus dans un contexte de guerre, se sont rapprochés en mouvements et en associations pour faire entendre leur voix. Ils sont bien organisés, en Allemagne, en France, en Hollande et ailleurs, autour d’associations de femmes, de travailleurs, ou encore culturelles. Il s’agit d’une lutte de quarante ans, ça ne s’est pas fait du jour au lendemain ».
Une manifestation née d’une grève de 52 jours
La manifestation permanente, elle, est née rapidement : le 1er mars 2012, quinze militants venus d’Europe lancent une grève de la faim à Strasbourg. Leur but : sensibiliser l’opinion publique et les institutions européennes aux conditions de détention d’Abdullah Öcalan. Cette grève fait écho à celle conduite par des prisonniers kurdes en Turquie à la même période. Elle va durer 52 jours. C’est au cours de celle-ci qu’est prise la décision de tenir le pavé quotidiennement face aux institutions européennes. Fuat Kav, l’un des militants grévistes à l’origine de cette permanence, se souvient :
« Nous avons choisi Strasbourg à cause de la présence des institutions européennes : le Conseil de l’Europe, le Parlement européen, la CEDH mais, surtout, le CPT (pour Comité européen pour la prévention de la torture, ndlr). À cette période, Abdullah Öcalan avait été placé en isolation totale. Il ne pouvait voir ni sa famille ni ses avocats. Il a également été torturé. Or, la raison d’être du CPT, c’est de lutter contre ce genre de pratiques. »
Le leader kurde est toujours emprisonné en Turquie, sur l’île d’Imrali (Photo BW / Rue89 Strasbourg).
1 000 kilomètres et des congés…
Près de quatre ans plus tard, Abdullah Öcalan est toujours en prison, et le PKK n’a pas changé de statut aux yeux de l’Europe. La diaspora kurde n’en est pas moins décidée à tenir. Comme Azad, qui vit au Danemark et attend patiemment la venue de la relève allemande ce dimanche. Cheveux noirs ondulés, barbichette et foulard aux couleurs kurdes, cet infirmier vient de passer sa toute première semaine à Strasbourg. Cela faisait longtemps qu’il comptait venir. Il a cependant dû attendre pour sauter le pas :
« Dès le début de la manifestation, en 2012, j’en ai entendu parler à la télévision kurde. J’ai alors décidé de participer, pour qu’on entende ma voix. Seulement, il faut être disponible pour pouvoir le faire. J’ai donc d’abord terminé mes études, puis trouvé un travail. Aujourd’hui, comme j’ai le droit à des congés, j’ai des jours de libre pour venir ! »
Avec ses compagnons rencontrés à l’occasion – dont une enseignante, un retraité et un ancien membre des YPG, les combattants kurdes du Nord de la Syrie – il a avalé un millier de kilomètres, soit douze heures de voiture, pour rejoindre la capitale européenne. Une fois arrivés sur place, les membres du petit groupe ont été hébergés gracieusement, par des Kurdes strasbourgeois.
Chaque panneau retrouve sa place tôt le matin, tous les jours (Photo BW / Rue89 Strasbourg).
Horaires : 7h30 – 17h
Chaque matin pendant une semaine, ils se sont rendus à l’Orangerie vers 7h30. À cet horaire, les Strasbourgeois commencent tout doucement à se rendre au travail ou à l’école. Pour Azad et ses compagnons, c’est le moment de revêtir leurs chasubles et d’ouvrir les portes de leur camionnette pour en sortir panneaux et drapeaux. Chaque élément trouve sa place, les gestes sont rodés. Des plots permettent de maintenir une pancarte tout en longueur citant le leader kurde, tandis qu’un panneau jaune qui le représente est transporté en deux morceaux de la camionnette au bord de la chaussée voisine. Les drapeaux sont installés en dernier, au-dessus des différents écriteaux. Près de dix heures plus tard, à 17h, tout prend le chemin inverse pour être à nouveau rangé dans la camionnette jusqu’au lendemain matin.
Ce déroulement millimétré de la journée sera expliqué à la relève allemande par l’un des membres de la petite équipe strasbourgeoise de logistique. Azad et ses compagnons du Danemark devraient pour leur part souhaiter la bienvenue et transmettre les chasubles jaunes, comme cela a été fait pour eux huit jours plus tôt. Ce ne sera finalement pas possible : la relève a rencontré un problème sur la route. Ses membres n’arriveront à Strasbourg que dans l’après-midi. Trop tard pour le groupe danois, obligé de repartir dès à présent pour reprendre son quotidien. Qu’à cela ne tienne : Azad espère revenir dès l’an prochain, lorsque le Danemark sera à nouveau inscrit au planning.
« The Ventriloquists Convention » (Photo Estelle Hanania)
The Ventriloquists Convention, – la convention des ventriloques – , sera présenté pendant les Giboulées / Biennale internationale Corps – Objet – Image, sur la grande scène du TJP en collaboration avec le Maillon. Du 16 au 24 mars, ce spectacle de Gisèle Vienne avec le Puppentheater de Halle en Allemagne interrogera l’art de la ventriloquie mais aussi les ventriloques eux-mêmes, atteints de cette « passion curieuse, voire suspecte ».
Chaque année, une convention rassemble des ventriloques des États-Unis et du monde entier dans le Kentucky, à côté de Vent Haven. Gisèle Vienne s’est intéressée de près à cet événement qui raisonne de façon inédite avec son propre travail autour de la marionnette, mais aussi autour de la dissociation et de l’incarnation voix / corps. Elle a ainsi largement documenté cette convention : il en ressort un spectacle étonnant, écrit avec son fidèle compagnon de route, Dennis Cooper.
A mi-chemin entre une reconstitution réaliste et l’imaginaire propre à l’univers de Gisèle Vienne, cette pièce est une exploration de la différence, incarnée par cet art virtuose et méconnu qu’est la ventriloquie. Le spectacle sera joué en anglais, sur-titré en français et en allemand.
Un art plus proche du cirque ?
C’est ainsi que Gisèle Vienne parle de la ventriloquie pour présenter son spectacle. Elle estime que depuis le XIXe siècle, cet art, qui consiste à faire parler une marionnette sans bouger les lèvres, est figé dans une certaine forme :
« Lorsqu’on regarde le rôle des ventriloques dans la littérature ou dans le cinéma, ils sont en général dépeints comme des personnages perturbés, voire criminels. Cela créé des stéréotypes autour des ventriloques qui sont très récurrents. C’est quelque chose que j’expérimente aussi en tant que marionnettiste. On nous demande souvent si nous vivons avec nos marionnettes ou si nous leur parlons… J’ai envie de dire que nous ne sommes pas plus fous que la moyenne ! La plus grande suspicion est celle de la schizophrénie, qui est évidemment fausse : l’exercice du ventriloque n’est pas différent de celui du comédien ou du pianiste. »
Il est vrai aussi que, contrairement à la marionnette qui a su, petit à petit, gagner ses lettres de noblesse en tant qu’art du spectacle vivant, la ventriloquie, qui nécessite pourtant de la virtuosité, est souvent associée à un environnement plutôt forain, comme les magiciens ou les comiques. Gisèle Vienne avait déjà utilisé la ventriloquie dans une création précédente en 2008, Jerk, un solo avec Jonathan Capdevielle.
Pour elle il s’agit aussi, à travers ces spectacles, de faire reconnaître ces performances comme des démarches artistiques à part entière :
« Dans les faits, cela a aidé à générer un nouvel intérêt. Des cours de ventriloquie ont par exemple été proposés ensuite à l’école de la marionnette, et des jeunes marionnettistes s’y sont intéressés suite à Jerk. »
L’une des marionnettes de « The Ventriloquists Convention » (Photo Estelle Hanania)
Réunion « en famille » dans le Kentucky
La convention annuelle du Kentucky souligne encore cet aspect « divertissement », en accueillant toute une série de « numéros ». Gisèle Vienne, qui est allée explorer l’univers de cette convention in situ, a été frappée par la diversité des profils des gens qui s’y retrouvent, et par cette joie qu’ils ont à pouvoir partager leur passion.
« Lors de la convention il y avait une sorte de solidarité, de gentillesse : la bienveillance d’une atmosphère familiale, où les gens se connaissent depuis longtemps. La ventriloquie n’est pas une passion qu’on peut facilement partager avec plein de gens, il est sans doute plus facile de trouver des gens pour faire du mountain bike dans son quartier… J’y étais avec Estelle Hanania, une photographe avec qui je travaille beaucoup, et j’avais demandé leur autorisation aux gens de les filmer et de les photographier. On nous a donné l’autorisation en nous disant d’emblée : « nous voulons être sûrs que vous ne vous moquerez pas de nous. » Je comprends cette inquiétude, la peur qu’on les dépeigne comme des gens bizarres, tordus… »
Gisèle Vienne explique que dans The Ventriloquists Convention, elle évoque les ventriloques tels qu’elle les a rencontrés, tels qu’ils existent aujourd’hui : il y a indéniablement un aspect documentaire dans ce travail. Pour autant le spectacle est une fiction, « une pièce qui met en scène des personnages qui veulent faire des pièces humoristiques. » On y retrouve cette solitude dramatique du clown en coulisse, mais aussi des interactions très drôles.
La vidéo ci-dessous (en anglais) a été tournée lors de la création de The Ventriloquists Convention en Allemagne en août 2015 :
Une partition virtuose
Dennis Cooper, qui a écrit le texte de The Ventriloquists Convention, en a fait une partition vertigineuse : 27 voix différentes sont interprétées par 9 marionnettistes – ventriloques.
« Ce qui nous intéresse avec Dennis Cooper, et qui me vient certainement de ma formation de marionnettiste, ce sont les différents rapports du corps à la voix. Quand on met en scène une pièce, le texte peut évidemment sortir du corps du comédien. Le problème est tout autre quand on travaille avec une marionnette : d’où sort la voix alors ? Tous les marionnettistes ne travaillent pas forcément cette mise en abîme, mais moi je trouve ça passionnant bien au-delà de la marionnette, pour le théâtre en général. Il évident que la voix sort du corps : mais est-ce toujours le choix le plus judicieux pour travailler un texte spécifique ? Le champ des possible est d’autant plus ouvert aujourd’hui avec les nouvelles technologies. La ventriloquie est l’une des manières de travailler cette dissociation entre la voix et le corps. »
On retrouve dans cette recherche des échos de I Apologize, présenté début février au Maillon, qui est le fruit de la première collaboration entre Gisèle Vienne et Dennis Cooper. La dissociation entre le corps et la voix étend l’imaginaire de façon formidable, et lui permet de prendre une nouvelle dimension. Elle est révélatrice de mystères, – ceux qui attendent des explications lumineuses seront déçus – et c’est cela justement qui fait son intérêt.
Indépendante, coordinatrice de projets et rédactrice, je travaille dans le champs des droits humains, du développement et de la culture, au niveau international mais aussi en local à Strasbourg.