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Législative partielle à Strasbourg : l’héritage d’Armand Jung à l’épreuve

Législative partielle à Strasbourg : l’héritage d’Armand Jung à l’épreuve
Armand Jung (à g.) et Eric Elkouby (à d.) ont souvent mis en avant leur proximité avec l'ancien Premier ministre Michel Rocard (Photo Pierre Dubois / Histoires d'Universités)
Armand Jung (à g.) et Eric Elkouby (à d.) ont souvent mis en avant leur proximité avec l’ancien Premier ministre Michel Rocard (Photo Pierre Dubois / Histoires d’Universités)

Surprise, il y aura une élection en 2016 à Strasbourg. La démission d’Armand Jung (PS) oblige le centre et l’ouest de Strasbourg à revoter pour son député fin mai, pour un an. La circonscription est plutôt favorable à la gauche, mais le contexte fait espérer à la droite de jouer les trouble-fêtes.

Une page se tourne dans la politique strasbourgeoise. Armand Jung n’est plus député, lui qui l’était depuis 1997. A priori, c’est une élection législative partielle sans enjeu qui se dessine pour le remplacer d’ici trois mois. La maigre majorité du PS à l’Assemblée nationale n’en dépend pas et en un an, un député ne peut guère peser sur l’élaboration des dernières lois. Mais une petite recomposition de la politique strasbourgeoise se profile.

Si les différents communiqués d’élus insistaient sur le fait que la démission était une « surprise », ce n’en était pas vraiment une. En 2011 déjà, Armand Jung, alors conseiller général d’opposition depuis 1988, démissionnait, officiellement pour ne plus cumuler ses mandats. Il laissait à Éric Elkouby, son suppléant depuis 2007 et attaché parlementaire, une voie royale pour lui succéder. Cette fois-ci, Armand Jung (66 ans) démissionne pour raisons de santé. Il a notamment subi un malaise cardiaque en novembre.

Au département, Eric Elkouby avait déjà succédé à Armand Jung

Éric Elkouby a été élu conseiller départemental en 2011, puis réélu en 2014, en binôme avec Martine Jung, l’épouse d’Armand Jung. Le député de la 1ère circonscription et ses fidèles représentent une case à part dans le PS bas-rhinois. On ne peut pas les rattacher à un camp de la municipalité strasbourgeoise, souvent classée en « camp Bies/Cahn » et camp « Fontanel/Ries ».

« Je ne fais pas de la politique clanique, mais pour les Strasbourgeois », répond Éric Elkouby, adjoint au maire depuis 2008 qui a obtenu des délégations peu visibles, voire difficiles : les foires et marchés ainsi que la gestion du patrimoine en 2008, puis tourisme et parc naturel urbain en 2014, en plus de son rôle d’adjoint de quartier à Koenighsoffen, Montagne Verte et Elsau. Un terrain compliqué entre le supermarché Leclerc qui a fermé sans trouver de repreneur et un tram toujours promis et très longtemps retardé, avant d’être présenté dans une version minimaliste (3 arrêts) cet automne.

En revanche au sein du parti socialiste bas-rhinois, Armand Jung et Eric Elkouby sont craints comme respectés. Les sections Gare, Elsau et Montagne Verte dirigées par des proches des deux élus regroupent plus d’un quart des quelque 400 adhérents au PS encore à jour de cotisation. Pas suffisant pour tout contrôler, mais assez pour faire basculer une majorité. Un levier d’autant plus important qu’au parti socialiste – contrairement à Les Républicains ou au Front national – ce sont les militants qui votent ou non l’investiture d’un candidat.

Une méthode qui commence d’ailleurs à être contestée. Dans une tribune adressée samedi aux DNA, le premier adjoint d’Illkirch Claude Froehly (PS), pressenti comme un successeur possible de Jacques Bigot (devenu sénateur) en 2017, l’a même qualifiée de « machine à faire perdre » et appelle à des désignations ouvertes à tous.

Pour cette élection partielle, aucun candidat interne au PS ne s’est présenté ces derniers jours contre Éric Elkouby, qui se réjouit de ce « rassemblement que j’appelais de mes vœux », après que quelques velléités, notamment de l’adjoint au maire Olivier Bitz, se soient un temps exprimées. Olivier Bitz clarifie :

« J’ai dit que je me donnais le temps de la réflexion face à une situation nouvelle. Le mandat de parlementaire me passionnerait mais je suis à une étape cruciale. Je suis engagé sur les dossiers de la rénovation des Bains municipaux, du réaménagement des quais et le maire m’a confié une mission de prévention contre la radicalisation. Il est plus raisonnable qu’Eric Elkouby soit candidat. »

Un tandem très connu dans sa circonscription

Ainsi va la vie dans la première circonscription du Bas-Rhin. Pour les militants, on adhère à Armand Jung autant qu’on adhère au PS, d’où une loyauté forte. « Les gens ont besoin de se retrouver sur des valeurs, incarnées par un homme » dit Eric Elkouby. Résultat, ces sections sont moins touchées par les vagues de désaffection au PS bas-rhinois, principalement dues à la politique du gouvernement. En janvier, moins de 50 personnes se sont réunies aux vœux du Parti socialiste et au congrès fédéral, dont assez peu d’élus.

Plus important, Armand Jung et son suppléant et attaché parlementaire Eric Elkouby sont très visibles sur le terrain : aux fêtes d’associations, d’écoles, aux manifestations culturelles, sportives, etc. À nouvel an, de nombreux habitants, surtout les personnes âgées, reçoivent une carte de vœux personnelle. Quatre modèles différents sont envoyés en changeant chaque année. Le tandem socialiste connaît les habitants, voire les appelle à leur anniversaire et essaie de faire remonter leurs demandes. « Notre conception du rôle du député est d’être un porte-voix des habitants. Nous essayons de répondre à toutes les demandes », dit Eric Elkouby.

Les trois dernières années d’utilisation de la réserve parlementaire (130 000 euros par an) d’Armand Jung montrent une utilisation en direction d’importants relais d’opinion : des associations religieuses, d’habitants, sportives et des centres socioculturels. En 2015, le plus gros don a concerné l’association des commerçants « Les Vitrines de Strasbourg » pour refaire son site (20 000 euros).

Un travail plus discret à l’assemblée

L’action nationale du député Armand Jung est moins visible. Les deux lois à son nom, en 1998 et 2002 concernent le droit local (l’assurance maladie et le livret foncier). On sait qu’il a voté contre la reconnaissance d’un État palestinien, ou défendu la charte des langues régionales. Il a aussi déposé des amendements sur le vélo, s’est engagé pour les handicapés ou la sécurité routière. C’est un député qui a multiplié les questions écrites ou orales au gouvernement, pour relayer les demandes de ses électeurs.

Une méthode payante électoralement. Eric Elkouby ou Armand Jung n’ont perdu aucune élection « sur leur nom ». Ce qui fait des jaloux. « Leurs adversaires ont toujours essayé de taper sur Armand Jung et Elkouby, alors que ce sont des personnes lisses et appréciées », s’amuse un ancien collaborateur.

Inclassable à Strasbourg, Eric Elkouby s’exprime encore moins sur la politique nationale. Il se décrit comme « Rocardien de mouvance réformatrice », c’est-à-dire plutôt proche du Premier Ministre Manuel Valls que des « frondeurs » :

« J’ai toujours été pour que les décisions du gouvernement soient les plus proches du terrain. »

Il prévient, « je mènerai une campagne locale ». Aucun ministre ne devrait faire le déplacement. Très courte et probablement marquée par une abstention très forte, cette législative partielle nécessitera d’activer ses réseaux.

À droite, arrangement local ou pression nationale ?

La droite compte bien tirer parti de cette occasion. Bien que la circonscription soit à gauche depuis 20 ans, le PS a perdu toutes les législatives partielles depuis 2012. La stratégie sera inverse de celle du PS, à savoir nationaliser l’élection le plus possible en misant sur le rejet de la politique de François Hollande. Trois candidats se sont déclarés : Jean-Emmanuel Robert, Elsa Schalk et Zaza Menad. Les militants de la circonscription, dont le délégué est justement Jean-Emmanuel Robert, doivent simplement donner un « avis » sur le candidat.

Jean-Emmanuel Robert peut espérer remporter l’avis des militants et faire valoir une certaine légitimité. Dans ses publications sur les réseaux sociaux, il met souvent en avant le décalage entre les militants qu’il souhaite incarner et les instances nationales. Mais ses défaites à répétition aux élections départementales sur une partie de ce territoire font dire à certains qu’il ne serait pas le meilleur candidat. Zaza Menad (non-encartée) est, elle, moins connue et sa candidature a été plus surprenante.

Quant à Elsa Schalk, 29 ans, vice-présidente de la nouvelle région ACAL en charge de la Jeunesse et membre du bureau national des jeunes LR, elle veut incarner le renouvellement :

« Des militants et parlementaires m’ont demandé d’être candidate. Je serai en lice à condition qu’il y ait un rassemblement autour du meilleur candidat dans l’optique d’une alternance. »

Le dernier mot revient à la Commission nationale des investitures (CNI). Une situation qui pourrait tourner à l’avantage d’Elsa Schalk car l’homme politique alsacien qui a le plus de poids chez Les Républicains au niveau national est Philippe Richert, vainqueur d’une triangulaire tendue aux régionales face au PS et au Front national et élu depuis président de l’association des régions de France (ARF). Il pourrait soutenir celle qui était numéro 2 sur sa liste. Au mieux, elle devient députée avant 30 ans. Au pire, c’est une expérience qui permet de se faire connaître sur un terrain réputé difficile pour la droite.

En embuscade, le FN pourrait jouer les trouble-fête. Électoralement, il s’agit d’une des circonscriptions les plus défavorables dans la région pour le parti d’extrême-droite. Andréa Didelot (25 ans) s’est porté candidat à la candidature (décidée au niveau national). Même si la partie s’annonce difficile, l’élection reste une tribune pour diffuser ses idées et continuer l’ancrage du FN, notamment dans les quartiers ouest. Il faudrait 12,5% des inscrits (soit environ 25% compte tenu de l’abstention habituelle) pour se maintenir au second tour. Une triangulaire est peu probable.

À voir quelle attitude auront le PS ou LR vis-à-vis du « front républicain » s’ils se retrouvent troisième. La question avait déchiré le PS aux régionales sans être débattue officiellement en interne par la suite, tandis que la droite alsacienne s’est toujours distanciée du « ni-ni » prôné au niveau national.

Les autres partis réfléchissent encore à l’opportunité d’une candidature : d’Unser Land à Europe Écologie, en passant par le Front de gauche ou l’UDI. Europe Écologie – Les Verts devrait présenter une candidature autonome. À cela s’ajoute l’initiative de l’adjoint au maire Éric Schultz (ex-EELV) d’organiser une primaire citoyenne qui ne serait pas rattachée à un parti en particulier.

L’intéressé dit qu’aucune remontrance ne lui est parvenue du PS. Olivier Bitz ajoute même que c’est « dans ce sens qu’il faut aller », même s’il juge le timing un peu court pour cette fois. Si cette candidature originale se concrétise, elle pourrait éparpiller les voix de gauche, et donc affaiblir Éric Elkouby.

#Elsa Schalk

Art Mengo, les Ogres et Marcel Loeffler aux Bretelles à Illkirch

Art Mengo, les Ogres et Marcel Loeffler aux Bretelles à Illkirch
Les Ogres de Barback
Les Ogres de Barback (Doc. remis)

Du 11 au 20 mars, c’est la 19è édition du Printemps des Bretelles. Un rendez-vous annuel incontournable pour tous les accordéons du monde au gré de rencontres inédites en 26 lieux d’Illkirch-Graffenstaden. Présentation non-exhaustive de l’affiche 2016.

Comme chaque année, l’éclectisme et la variété du piano à bretelles auront de quoi surprendre et séduire. En dix jours, le Printemps des Bretelles accueille quelque 600 artistes et propose plus de 120 concerts, dans tous les recoins de l’Illiade évidemment, mais aussi sous un Magic Mirrors réaménagé et plus grand ainsi que dans de nombreux bars, hôtels et restaurants d’Illkirch-Graffenstaden.

Entre bals-musettes, soirées dansantes, rock, électro, klezmer, folk, opéra, fanfare, jazz manouche et sonorités illimitées d’un accordéon globe-trotter, il y en aura pour tous les goûts lors de ce 19è Printemps des Bretelles. En somme, un carrefour de cultures auquel s’est posté Rue89 Strasbourg pour suggérer quelques directions.

Les Ogres de Barback, tête d’affiche pour leurs 20 ans

Le 17 mars, les aventuriers-chansonniers des Ogres continueront de souffler leurs 20 bougies de scène et de création au service de l’engagement. Car cet anniversaire synonyme de joyeux bordel a commencé fin 2014 et ne semble donc pas près de s’arrêter ! Cette fratrie d’Ogres (Fred, Sam, Alice et Mathilde) place en tout cas depuis toujours liberté et métissage au cœur de son projet artistique, pour partager une vision d’un monde ouvert, sans concession et ainsi faire la fête avec des fidèles qui accompagnent le groupe depuis ses débuts.

Soirée irlandaise pour la Saint Patrick avec Téada

C’est une tradition liée au Printemps des Bretelles : célébrer la St Patrick sur des rythmes endiablés faits de violon, de bodhran, de bouzouki, de tin whistle, de flûte et autre fiddle sans oublier, forcément, l’accordéon. Cette année, quelques jours avant le 17 mars, place à Téada qui fera chauffer ses cordes le 14 mars sur la scène de l’Illiade.

Zaza Fournier, charmante princesse décomplexée

De retour avec un troisième album (Le Départ) sorti il y a un an, Zaza Fournier combine espièglerie et sensualité sur des textes bien aiguisés qui vont de pair avec sa gouaille mordante et un accordéon aux mélodies insouciantes. Influencée par les Paradis Perdus de Christophe mais aussi l’univers de Roy Orbison, la trentenaire parisienne sait subtilement doser l’humour pour proposer sa vision de l’amour. Zaza Fournier se produira le 16 mars sur la grande scène de l’Illiade.

Magyd Cherfi, Art Mengo et Yvan Cujious entre potes

C’est un trio atypique et inattendu qui déclarera sa flamme à la « ville rose » le 18 mars. Toulouse con Tour réunit sur scène Magyd Cherfi, poète militant au verbe engagé qu’on ne présente plus (Zebda, carrière en solo, mouvement Motivé-e-s), l’élégant auteur-compositeur-interprète Art Mengo ainsi que le chanteur-pianiste-trompettiste Yvan Cujious, initiateur de ce spectacle.

Tous trois ont la particularité d’être Toulousains et de vouloir s’amuser de la chanson toulousaine et, plus largement, du patrimoine d’une chanson française qui, elle-même, joue avec les mots. À l’image de la Chanson Qu’On de Claude Nougaro :

Les trois potes ouvrent leur petit cercle à l’accordéoniste Laurent Derache et au percussionniste Franck Camerlynckx.

Une création originale de Marcel Loeffler

Marcel Loeffler
Marcel Loeffler (Doc. remis)

C’est en habitué, voire en vieil abonné, que Marcel Loeffler revient au Printemps des Bretelles. L’accordéoniste alsacien de jazz manouche propose cette année un spectacle pour filer Plein Sud lors de la soirée de clôture du 19 mars. Pour cette création imaginée pour le festival, Loeffler met le cap sur l’Afrique et l’océan indien. Il retrouve ses complices habituels (Gilles Coquard à la basse, Frank Wolf aux saxophones, son fils Cédric Loeffler à la guitare) et invite un autre accordéoniste de renom, le Réunionnais René Lacaille, pour un dialogue intense et coloré entre swing et maloya.

Plein Sud nous conduit ensuite en Afrique de l’Ouest en compagnie d’un maître malien de la kora issu d’un famille de griots, Yakhouba Sissokho (qui a collaboré notamment avec Salif Keita, Mory Kanté et Erik Truffaz), et du chanteur-guitariste sénégalais Woz Kaly, parfaite synthèse de ses racines familiales wolof et mandingue.

Y aller

Le Printemps des Bretelles, du 11 au 20 mars à Illkirch-Graffenstaden.

Législative partielle : une charte en rédaction pour une « primaire citoyenne »

Législative partielle : une charte en rédaction pour une « primaire citoyenne »
Première réunion pour une primaire citoyenne à Strasbourg au Snack Michel (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Première réunion pour une primaire citoyenne à Strasbourg au Snack Michel (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

L’idée d’un candidat qui ne serait pas investi par un parti politique classique à la législative partielle du printemps à Strasbourg fait doucement son chemin. Une première réunion publique se tenait vendredi 4 mars. Les participants veulent se mettre d’accord sur quelques valeurs communes pour continuer.

Environ 35 personnes ont assisté à la première réunion visant à proposer un candidat non-issu des partis politiques traditionnels à l’élection législative partielle qui se déroulera dans le centre et les quartiers ouest de Strasbourg (1ère circonscription du Bas-Rhin) suite à la démission du député PS Armand Jung.

La réunion au snack Michel ce vendredi 4 mars était à l’initiative de l’adjoint au maire Éric Schultz, qui n’a pas renouvelé son adhésion chez Europe Ecologie Les Verts (EELV) et du parti pirate. L’adjoint promet ne pas être candidat, mais souhaite accompagner la démarche.

Des élus ou anciens candidats de gauche

Dans l’assemblée quelques élus ou anciens candidats de partis de gauche (Sylvain Brousse, Hulliya Turan, Jean-Claude Val, Christian Grosse) ou d’anciens adhérents à des partis politique. Tous se sont dit convaincus qu’il faut « faire de la politique autrement ».

On notera la présence « par curiosité » d’Édith Peirotes, elle-même candidate à la candidature pour le compte d’EELV, parti qui ne s’associera pas à la démarche de « primaire citoyenne » ou encore de Thibaut Vinci (parti radical de gauche) et Christel Kohler (sans étiquette mais élue à la Ville de Strasbourg sur la liste PS). Une petite moitié de personne se décrit comme citoyen lambda. Un participant qui s’est présenté comme adhérent au Front national, mais « simple observateur » a quelque peu électrisé la salle, avant qu’il ne s’éclipse sans avoir pris la parole. Les échanges ont été animés mais respectueux.

En rose, la première circonscription du Bas-Rhin.
En rose, la première circonscription du Bas-Rhin à Strasbourg.

Plusieurs questions ont fait débat : faut-il se placer en opposition par rapport aux partis politiques existant ou les accepter ? Faut-il un début de programme ou une démarche apolitique ? « J’aimerais pouvoir voter sur chaque projet de loi, comme à un référendum » a par exemple demandé une participante qui se classait comme apolitique. D’autres en revanche, souhaitent que la démarche portent une alternative « au libéralisme rose, bleu ou brun ». Un troisième mettait en garde contre le fait de « dire aux gens ce qu’ils doivent penser » si l’initiative se voulait « différente ».

Sans pour autant parler de programme, ce qui serait « inutile et prétentieux vue la situation » (le député ne sera élu que pour un an et le PS conservera sa majorité à l’Assemblée nationale ndlr) Éric Schultz semble avoir résumé l’état d’esprit sans soulever d’opposition : « Je ne veux pas cautionner un candidat qui dit dehors les immigrés. » La démarche vise surtout à faire des émules et poser des jalons pour de futures élections.

Une charte avec quelques « valeurs » et pas de « programme »

Ce constat établi, les participants se sont mis d’accord pour rédiger une charte avec quelques « valeurs » communes durant la semaine. Ce texte sera écrit depuis chez eux par tous les participants qui ont laissé leur adresse mail et souhaiteront s’impliquer via un outil collaboratif en ligne. Ces grands principes doivent être présentés à une nouvelle réunion vendredi 10 mars, afin de décider collectivement de la suite des opérations et avec qui. Autant dire que le contenu influera grandement l’avenir du projet.

La suite serait d’aller à la rencontre de citoyens qui se désintéressent de la politique, à la fois avec des outils numérique innovants et « à l’ancienne » sur le terrain de la circonscription. Ces rencontres doivent faire émerger des propositions plus concrètes qui deviendraient le « programme » de cette initiative. La question du ou des candidats se posera plus tard.

Le temps est compté

Les volontaires savent en tout cas que le temps est compté. Les dimanches 22 et 29 mai reviennent fréquemment comme date la plus probable pour cette élection compte tenu des jours fériés. La date limite de dépôt des candidatures étant 6 semaines à l’avance, il faudra trouver le ou la candidat(e) avant la mi-avril.

Wallace Vanborn, shoot d’énergie pure à tester au Mudd Club

Wallace Vanborn, shoot d’énergie pure à tester au Mudd Club
Wallace Vanborn
Le trio belge Wallace Vanborn (Doc. remis)

C’est leur toute première tournée en France, après quelques rares incursions hexagonales par le passé. Les Belges de Wallace Vanborn marqueront une halte jeudi sur la scène du Mudd Club pour cracher leur rock lourd et salvateur inspiré par les cadors américains du stoner.

Ils forment un power trio dévastateur, chantre d’un desert rock d’inspiration californienne mais qui a pourtant vu le jour outre-Quiévrain, dans un plat Pays jamais avare en surprises à dénicher en territoire électrique. Voici donc Wallace Vanborn : Ian Clément à la guitare et au chant, Dries Hoof à la basse et Sylvester Vanborn à la batterie.

Produit par le parrain du stoner

Leur son féroce et ravageur trouve un équilibre entre folie débridée et mélancolie sépulcrale. Wallace Vanborn, c’est profondément sombre mais furieusement jouissif et ce n’est pas un hasard si le grand Chris Goss se cache derrière cette bande explosive. Goss, en effet, c’est LE parrain des figures tutélaires du stoner, producteur de génie de Kyuss ou QOTSA (Queens of the Stone Age) notamment, mais aussi de Mark Lanegan.

Il incarne également à lui tout seul le groupe Masters of Reality, précurseur du stoner dans les années 80 et inspiré du monument de Black Sabbath, Master of Reality. On comprend donc mieux pourquoi Wallace Vanborn sonne ainsi dans un environnement thrash qui lui va à ravir :

Extrait du premier album du trio, Free Blank Shots (2010), Rite Hands porte en lui cette violence à l’état brut que l’on retrouve dans certains des autres singles porte-étendards de ce premier essai réussi, comme Rover ou Atom Juggler.

Ce cocktail hautement inflammable et explosif se retrouve aussi sur le deuxième album des Wallace, Lions, Liars, Guns & God (2012) dont l’une des torpilles, à l’humour bien décalé, se passe de commentaires (et rappellera peut-être quelques souvenirs à certain(e)s) :

Bref, voilà qui décape bien les tympans et ce n’est pas une surprise que Wallace Vanborn soit parvenu à séduire outre-Atlantique tout en tournant sur les scènes européennes, à l’exception notable de la France. Erreur désormais réparée en ce mois de mars 2016 avec une mini-tournée hexagonale portée par le troisième opus des Belges, The Orb We Absorb, publié à l’automne 2014.

Enregistrement au Rancho de la Luna

Le son a été façonné dans l’antre du desert rock californien, à Joshua Tree, au studio Rancho de la Luna co-fondé par feu Fred Drake et Dave Catching, guitariste actuel des Eagles of Death Metal et guest occasionnel de QOTSA. Wallace Vanborn a pu s’imprégner de l’atmosphère encore planante des Desert Sessions initiées il y a presque vingt ans par le génial Josh Homme (Kyuss, QOTSA, EODM) ou bien s’inspirer de quelques-uns des grands noms du rock passés par le « ranch » : Dave Grohl (Nirvana, Foo Fighters), Arctic Monkeys, Fu Manchu, PJ Harvey, etc.

Cela semble en tout cas avoir instillé encore plus de puissance au son des Flamands, rageur, plus abrasif, doté d’une incandescence mélodique à l’efficacité tout bonnement foudroyante. Illustration avec cet extrait live du troisième album capté à l’été 2014 sur l’une des scènes du festival belge Pukkelpop :

Frondeuse, fougueuse et sismique, la musique de Wallace Vanborn voit sa dimension exploser en live. Les riffs de guitare sont ravageurs à souhait et la basse caverneuse vient compléter la liste de tous les ingrédients nécessaires à la fabrication d’une bombe à fragmentation parfaitement opérationnelle. Première explosion programmée ce 10 mars au sous-sol du Mudd Club ! Avant une série de détonations qui affoleront à coup sûr de nombreuses autres scènes.

Y aller

Wallace Vanborn, jeudi 10 mars à partir de 20h30 au Mudd Club.

L’incident de 2014 à Fessenheim minimisé par EDF selon la presse allemande

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Comment des Strasbourgeois se retrouvent en vrai via un réseau social vintage

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Première course pour Laurent et Nicole qui viennent de se rencontrer. (Photo: Anaïs Engler)
Première course pour Laurent et Nicole qui viennent de se rencontrer (Photo Anaïs Engler / Rue89 Strasbourg)

Laurent, Christine, Michel et les autres utilisateurs d’OnVaSortir.com ont décidé de changer leur quotidien, façon 2.0. Ce site de « rencontres amicales » connecte ses membres en ligne et les fait se rencontrer autour d’activités qu’ils organisent eux-mêmes. Et ça marche.

Mercredi, 10 heures au parc de l’Orangerie à Strasbourg, Laurent, 38 ans et sportif confirmé, attend sa partenaire de jogging dans le froid d’un matin de février. Tout à coup, Nicole, 51 ans, arrive en courant. « C’est vous Laurent ? » Ces deux personnes ne se connaissaient pas, elles se sont rencontrées sur OnVaSortir.com ou « OVS », un site de « rencontres amicales ». Disponible depuis 2007 à Strasbourg, le site revendique 24 500 membres actifs dans l’Eurométropole.

La page d'accueil du site OnVaSortir.com. (Capture d'écran)
La page d’accueil du site OnVaSortir.com (Capture d’écran)

Un réseau social décontracté

OVS est un réseau social, comme Facebook, mais centré sur une communauté géographique. Orange et violet, le site internet a l’allure des anciens forums avec ses émoticônes animées. Une fois inscrit, l’utilisateur dispose d’un profil sur lequel il peut ajouter une photo, ses informations personnelles (âge, situation familiale, centres d’intérêts…) et ses coordonnées.

Les OVSiens (prononcez « Ovésiens ») peuvent publier des photos de leurs sorties, commenter les événements, écrire un mot pour l’anniversaire d’un autre membre et avoir une liste d’amis. Sur le site, les utilisateurs créent aussi des forums de discussions thématiques, parmi lesquels on trouve la liste des bars de Strasbourg et un débat sur le machisme.

L’ambiance sur le site est plutôt décontractée, à la différence des sites de rencontres amoureuses. Les utilisateurs se choisissent des pseudonymes comme « Cuicui », « Boothby67 », « KiSScool » ou « Montagnard67 » qui rappellent les débuts d’internet et l’époque des Skyblogs. Il est aussi possible de se décrire en une phrase, de choisir sa « couleur du jour » et sa « vidéo du moment ».

Laurent, « OVSien » depuis cinq ans, explique que ce site lui permet de vaincre sa timidité et d’aller vers les autres. Il était sur Badoo, un site de rencontres amoureuses, avant de s’inscrire sur OVS :

« Au moins avec OVS, c’est du concret, on rencontre des gens et on sort de chez soi. Parfois, on peut aussi rencontrer la bonne personne… »

Une rapide recherche sur le site permet de trouver 33 sorties organisées par 32 organisateurs différents, pour le jeudi 25 février. Pêle-mêle, les membres proposent de jouer au tarot, de se retrouver pour manger un plat du jour à l’ESAT de Schiltigheim (Etablissements et Services d’Aide par le Travail), de boire un whisky au Wawa, Music & Food, d’aller voir « The Danish Girl » au cinéma ou de danser le bachata.

« Pratiquer du sport avec un groupe de personnes »

Il y a deux ans, c’est lors d’une sortie OVS qu’il a rencontré son actuelle compagne. Depuis, ils continuent d’utiliser le site et participent à des activités proposées sur OVS, ensemble. Mais, assure le site, OVS n’est pas un site de rencontres. Un positionnement qui encourage les utilisateurs qui ne sont pas à la recherche d’un partenaire à s’inscrire, même si évidemment, les nouvelles relations peuvent toujours évoluer.

Maryline, 55 ans, est inscrite depuis trois ans et ne publie aucune photo ni aucune autre donnée personnelle. Elle veut garder une certaine intimité et se désole de cette double fonction :

« Je suis très heureuse dans ma vie sentimentale et je ne souhaite pas en changer. J’apprécie OVS car cela me permet surtout de pratiquer du sport avec un groupe de personnes plutôt que seule. Mais cela devient de plus en plus un site de rencontres… »

Nicole, la nouvelle amie de Laurent, est inscrite depuis plus d’un an et profite de ses vacances pour participer à quelques activités. Le contact semble bien passer entre les deux inconnus, qui s’en vont au pas de course autour du parc de l’Orangerie.

Michel, Mireille, Christian et Christine se sont rencontrés sur OVS et viennent prendre un pot au café Raven. (Photo: Anaïs Engler)
Michel, Mireille, Christian et Christine se sont rencontrés sur OVS et viennent prendre un pot au café Raven (Photo Anaïs Engler / Rue89 Strasbourg)

Christine, « membre d’or », organise sa vie sur OVS

Même motivation pour Christine qui organise et participe à plusieurs sorties par semaine en plus de son travail. Femme active de 55 ans et « organisatrice de père en fille », elle retrouve ses amis d’OVS au café Raven pour prendre un pot à 16 heures, un après-midi d’hiver :

« C’était une collègue qui me voyait souvent seule après mon divorce, elle a beaucoup insisté pour que je m’inscrive et que je rencontre du monde. Un jour je me suis dit “allez pourquoi pas” et j’ai tenté. C’était il y a quatre ans. »

Depuis, Christine a gravi les échelons du site internet, elle est maintenant « membre d’or », un Graal que seule une dizaine de participants strasbourgeois ont obtenu. Réservé aux utilisateurs les plus actifs, ce statut confère des privilèges, comme celui de bénéficier des fonctions réservées aux « abonnés premium » gratuitement. Car bien que OnVaSortir.com soit un site gratuit, une version premium à 35 euros par mois permet d’envoyer des messages privés et d’ajouter quelques options à son compte.

Le téléphone prend le relais

Mais peu d’utilisateurs s’abonnent. Mireille, 46 ans, trouve inutile de payer pour un service de messagerie supplémentaire. Quand ils se rencontrent lors d’une sortie en montagne ou d’une soirée en ville, si le courant passe bien, les OVSiens préfèrent échanger directement leur numéro de téléphone privé pour se recontacter, comme avec des amis « normaux », précise Mireille.

Elle fait la différence entre OVS et sa vie « privée », celle en dehors des amis rencontrés sur le site internet :

« Parfois on a envie de faire des activités qu’avec ses amis, ses amis proches, pour pouvoir parler de choses privées qu’on a pas forcément envie d’aborder lors d’une première rencontre. »

Pour Christine, les membres d’OVS ne remplacent pas non plus ses amis. Ils s’y ajoutent. Et si le « feeling » est bon, les amis d’OVS deviennent des amis tout court :

« Quand j’organise des événements chez moi par exemple, je préfère inviter des gens de confiance, des amis. J’ai pas envie que des inconnus débarquent dans ma maison. »

D’autres font plus naturellement confiance. Mireille et Christian par exemple ont passé le nouvel an chez une amie d’OVS, qui avait proposé sa soirée chez elle en événement public sur le site, donc ouverte à tous.

Mireille et Christian, tous deux la quarantaine, se sont inscrits sur OVS pour échapper à la routine du couple :

« La semaine dernière nous avons assisté à une conférence sur la maladie de Crohn qui avait lieu à l’Université, sur le campus de l’Esplanade. Sans OVS et l’invitation de l’organisateur de cette sortie, on ne l’aurait jamais su et on n’y serait jamais allé. »

Des touristes utilisent OVS pour visiter Strasbourg

Pour les utilisateurs qui viennent de s’installer à Strasbourg, OVS est un moyen de découvrir la ville et ses habitants comme Pascale, 45 ans, qui dans la description de son profil, écrit :

« Je viens d’arriver à Strasbourg pour une formation d’un an. J’ai envie de faire des rencontres et de connaître la ville. J’aimerais aller au cinéma, au bowling et visiter Strasbourg. »

Pour les voyageurs de passage, OVS est une nouvelle source d’informations touristiques sur Strasbourg, comme Expedia ou TripAdvisor. Les internautes y trouvent des idées de sorties originales. Christine a endossé plusieurs fois le rôle de guide pour des touristes. Venus de Lille ou de Paris, ils avaient envie de découvrir le marché de Noël autrement et se sont inscrits à une sortie OVS proposée par Christine.

Les professionnels prêts à utiliser le site, pas forcément à payer

Les professionnels doivent payer le site pour promouvoir leurs événements, qui sont mentionnés en vert. Ce sont les seuls autorisés à proposer des activités payantes. En 2009, OVS indiquait que ces annonces représentaient 50% de son chiffre d’affaires, l’autre moitié provenant des publicités. Mais des organisateurs d’événements professionnels, inscrits en tant que particuliers, se servent aussi d’OVS comme relais de publicité.

Christine, elle, passe jusqu’à deux heures chaque soir sur le web pour trouver des idées de sorties à proposer sur OVS :

« Je cherche surtout dans les pages pratiques des journaux locaux, sur les magazines en ligne de Strasbourg et alentours. Je cherche jusqu’à trouver des idées qui donnent envie de s’inscrire. Parfois j’en oublie même de cuisiner le repas. »

Michel, organisateur de nombreux événements sur la plateforme OVS, avoue que parfois l’organisation peut s’avérer délicate et l’expérience décevante, il précise :

« Les gens confirment sur le site mais ensuite décommandent à la dernière minute ou ne viennent pas. Quand c’est une soirée au bar, ce n’est pas un problème, mais quand vous avez réservé dans un restaurant, c’est plus embêtant. »

Il est aussi déjà arrivé à Christine de se retrouver seule à une « pause café » alors que des membres avaient confirmé leur présence sur le site. Ou bien que la sortie ne corresponde pas aux attentes :

« La semaine dernière, j’ai proposé une sortie dans une galerie d’art, mais nous en sommes tous ressortis déçus. L’exposition était toute petite, beaucoup moins intéressante que ce que j’en avais lu et les horaires d’ouverture que j’avais vu en ligne n’étaient pas les bons. Pour moi, c’était un échec, car j’aime faire plaisir aux gens avec mes sorties et là, c’était raté. »

Carton vert pour les présents, rouge pour les absents

Après chaque événement, les organisateurs dressent un compte-rendu et pointent les participants : un carton vert pour les présents et un rouge pour les absents. Ces marques s’affichent ensuite sur les profils personnels des membres. Au café Raven, une inscrite à l’événement a beaucoup de retard. Michel prend son téléphone et consulte le profil de la retardataire en ligne :

« Elle a deux cartons rouge déjà, elle, on sait qu’elle n’est pas très fiable, elle ne viendra pas. »

Pour Christine, OVS est aussi un moyen d’ajouter des amis à ses activités quotidiennes. Sportive et nageuse, elle se rend à la piscine tous les samedis matins, accompagnée ou pas :

« À chaque fois, après la piscine, je prends un petit-déjeuner dans un café avant de rentrer chez moi. Un jour, je me suis dit pourquoi ne pas en faire une sortie OVS ? Peut-être que si quelqu’un est dans le coin pour faire son marché, elle aura envie de s’arrêter en chemin. »

Facebook perçu comme trop invasif

Christine n’est pas inscrite sur Facebook et n’en voit pas l’intérêt, OVS lui prend déjà tout son temps. Mireille était déjà inscrite sur AmieZ, un autre site de rencontres amicales, et affirme qu’ OVS est plus intéressant :

« Il y plus de monde et les activités sont plus variées. AmieZ c’est pour un public plutôt « quinqua » alors que sur OVS, il y a de tous les âges et pour tous les goûts. »

Elle est aussi sur Facebook, comme Michel, mais selon eux, les usages ne sont pas les mêmes. Facebook, qui réclame de s’inscrire avec son nom complet, est perçu comme trop invasif, trop curieux. Mais surtout, le site n’est pas conçu autour des sorties.

Le concept OVS fait des émules. Les jeunes entrepreneurs de Who’s in, une application bientôt disponible sur IOS et Android, développent la même idée qu’OVS mais avec un design et des fonctionnalités plus adaptés au jeune public. Partant du constat que seul « la rencontre à visée sentimentale est promue sur les plateformes mobiles », ils veulent eux aussi « rétablir des relations sincères, amicales et non virtuelles ».

Une famille kurde de Colmar expulsée en Géorgie ce vendredi

Une famille kurde de Colmar expulsée en Géorgie ce vendredi
L'arrestation s'est passée sans heurt (photo Flickr / Mic /cc)
L’arrestation s’est déroulée sans heurt (photo Flickr / Mic /cc)

Mise à jour vendredi 4 mars à 22h32 : La famille a été renvoyée par avion dans la journée du vendredi 4 mars. D’après leur ancienne hôte, elle logerait chez les parents de la mère. Le vol vers Tbilissi, la capitale de Géorgie, a été affrétée avant le référé liberté, qui devait être examiné lundi au plus tard. L’avocate Sophie Schweitzer envisage de déposer un recours auprès de la Cour européenne des Droits de l’Homme. Dans un communiqué, la section strasbourgeoise de la Ligue des droits de l’Homme a dénoncé ce renvoi.

Une famille géorgienne sans-papier qui résidait à Colmar depuis presque 5 ans a été arrêtée jeudi 3 mars. Ses quatre membres sont issus de la communauté kurde des Yezidis, souvent persécutée en Géorgie, pays classé comme « sûr » depuis décembre 2013.

Il s’agit d’un homme et d’une femme de 28 ans. Leurs enfants ont 3 et 4, sont nés en France et ils étaient scolarisés, mais malgré le droit du sol, ils sont trop jeunes pour demander la nationalité française. D’après la famille qui les hébergeait, le grand-père de la famille aurait été battu à mort en Géorgie et son ancien commerce incendié. La famille avait été déboutée de son droit d’asile en mars 2015. Ils avaient reçu une obligation de quitter le territoire français (OQTF).

« Les policiers ont été très corrects »

Christine Ottenwelter, qui hébergeait la famille à son domicile à Colmar raconte l’arrestation :

« Cette famille avait sonné chez nous, car elle était à la rue. Nous les avions accueillis en juin 2015. L’homme a été arrêté alors qu’il emmenait les enfants à l’école maternelle du quartier. Sa femme a été appréhendée à notre domicile. Les policiers ont été très corrects et non-violents, ils nous ont même rappelé dans l’après-midi pour nous dire que nous pourrions déposer les affaires demain, mais qu’ils ne savaient pas s’ils seraient encore là. C’est le timing qui nous interroge, à quelques jours près, c’était une procédure différente qui s’appliquait. Les enfants ne parlent que français. Là-bas, nous ne savons pas ce qui les attend. »

La famille aurait été emmenée dans le local de rétention de Saint-Louis, près de l’Euroairport. Le moment du départ n’est pas connu. L’avocate de la famille, Me Sophie Schweitzer, a déposé un recours en appel au tribunal administratif de Nancy contre l’OQTF qui vise la famille, mais ce recours n’est pas suspensif. Depuis l’arrestation, elle a aussi déposé un référé liberté, qui doit être étudié sous 48h, c’est-à-dire vendredi ou lundi à cause du week-end.

Dans les critères de la circulaire Valls à quelques semaines près

Sophie Schweitzer se dit « dégoûtée » :

« À 22 jours près, l’OQTF était caduque et à un mois près ils entraient dans les critères de la circulaire Valls, c’est-à-dire 5 ans de présence sur le territoire français et 3 ans de scolarisation. Si le vol vers la Géorgie se déroule avant l’examen de la demande, tous les recours n’auront plus de valeur. »

Seul « espoir » pour la famille d’après un avocat spécialisé dans le droit des étrangers, ne pas embarquer dans l’avion avant le jugement en référé liberté, à l’issue incertaine, ou que les magistrats demandent à la préfecture d’attendre le jugement pour exécuter la décision.

Les critères de la circulaire Valls (alors ministre de l’Intérieur) ne sont pas une obligation, mais ce sont des « directives » que peuvent suivre les agents en charge de la délivrance des titres de séjour pour ordonner ou non une régularisation.

Contactée après 19h, la préfecture du Haut-Rhin a répondu qu’il n’était pas possible de communiquer en urgence sur une situation individuelle. Selon l’administration, vu la durée du séjour après la délivrance de l’OQTF, les recours juridiques ont pu être effectués.

Aller plus loin

Sur Rue89 Strasbourg : La Géorgie, un « pays sûr » ? Pas pour cette famille

Carnaval 2016 dimanche : festivités, prévention et circulation

Carnaval 2016 dimanche : festivités, prévention et circulation
Des mesures de prévention, de circulation et de stationnement ont été mises en place pour garantir la sécurité de tous. © Rue89 Strasbourg
Des mesures de prévention, de circulation et de stationnement ont été mises en place pour garantir la sécurité de tous. (Photo Rue89 Strasbourg)

Le cortège du carnaval de Strasbourg défilera le dimanche 13 mars dans les rues de Strasbourg à partir de 14h11. Beaucoup d’animations au programme. Il ne sera pas possible de stationner aux abords du parcours. Voici le déroulement et les détails pratiques.

Masques, confettis, créatures costumées… Le défilé du 22ème Carnaval de Strasbourg se déroulera dans les rues du centre-ville dimanche 13 mars à partir de 14h11 comme le veut la tradition, départ quai du Général Koenig. La cavalcade continuera place du Maréchal de Lattre de Tassigny, rue de la Brigade Alsace-Lorraine, place d’Austerlitz, rue des Orphelins, place de Zurich, rue de Zurich, quai des Bateliers, pont du Corbeau, rue du Vieux Marché aux Poissons, place Gutenberg, rue des Grandes Arcades, et atteindra la place Kléber vers 16h.

Le cortège sera ouvert par un module animé. Au programme : 31 troupes d’animation, 6 chars présentés par l’association Strass’carnaval et 1 500 musiciens et percussionnistes costumés.

Les enfants de moins de 10 ans pourront également se faire maquiller place Maréchal de Lattre de Tassigny de 13h à 16h. À la fin du cortège, les groupes seront invités à se produire sur la place Kléber.

Mesures de circulation et prévention

Des mesures de prévention, de circulation et de stationnement ont été mises en place pour garantir la sécurité. L’usage de tous les aérosols sous pression, de toutes les pièces d’artifice et le jet de projectiles susceptibles d’entraîner des blessures ou de gêner la progression du cortège seront interdits.

La circulation sera interrompue le dimanche 13 mars à l’initiative des services de police en fonction des différentes étapes de l’organisation du défilé :

    Sur l’itinéraire de transfert des chars depuis Wolfisheim, entre 9h et 14h : route des Romains, rue de Koenigshoffen, boulevard de Lyon, pont Louis Pasteur, quai Louis Pasteur, quai Fustel de Coulanges, place du Maréchal de Lattre de Tassigny, quai du Général Koenig, quai des Alpes, quai des Belges
    Mise en place du cortège (interruption de la circulation en fonction des impératifs de sécurité et sur l’initiative des services de police) entre 9h30 et 18h sur le quai du Général Koenig et quai des Alpes (entre la rue de Lausanne et la rue Jean-Pierre Lévy) ainsi que dans les rues adjacentes qui pourront être mises en impasse
    Retour des chars depuis Wolfisheim, à partir de 16h30 : rue de la Fonderie, quai Finkmatt, rue du Faubourg de Pierre, place du Faubourg de Pierre, boulevard du Président Poincaré, boulevard du Président Wilson, rue Georges Wodli, rue du Rempart, rue de Koenigshoffen, route des Romains en direction de Wolfisheim
    Sur l’itinéraire du cortège : la circulation sera interrompue, le dimanche 13 mars à partir de 13h sur le parcours et aux abords du cortège
    Pour les animations carnavalesques : la circulation sera interdite, le dimanche 13 mars 2016 de 1h à 22h, sur l’ensemble de la place du Maréchal de Lattre de Tassigny, y compris les taxis

Le stationnement sera interdit et qualifié de gênant le 13 mars de 1h à 22h sur les lieux suivants :

    Sur l’ensemble du trajet de la cavalcade Sur la place du Maréchal de Lattre de Tassigny, y compris les taxis Quai de Général Koenig entre la rue de Lausanne et la rue du Mont-Blanc Quai des Alpes Place Broglie, entre la rue de la Nuée-Bleue et la rue de la Fonderie Rue de la Fonderie

À la Meinau, la tour des oubliés de la rénovation urbaine

À la Meinau, la tour des oubliés de la rénovation urbaine
Vue depuis le 11e étage de la tour Schulmeister. (Aline Fontaine / Rue89 Strasbourg)
Vue depuis le 11e étage de la tour Schulmeister. (Photo AF / Rue89 Strasbourg)

Le 28, le 33, rue de Normandie, ou encore le 1, rue Schulmeister ne sont plus que des numéros souvenirs. Ces grandes tours des années 60 ont été détruites dans le cadre du plan de rénovation urbaine de la Meinau à Strasbourg. Mais deux autres sont encore debout sans avenir bien précis. Reportage au 25, rue Schulmeister où les habitants aimeraient qu’on ne les abandonne pas à leur sort.

En ce moment, Abdel (les prénoms ont été changés) fait des envieux parmi ses voisins. Dans quelques jours, avec sa femme et ses deux enfants, il va quitter le 5e étage de la tour Schulmeister, la seule encore debout dans cette rue de la Meinau à Strasbourg. L’homme n’a aucun regret. Il a résisté, dit-il, mais n’en peut plus de cette tour « pourrie ». Il lui semble bien loin le temps où ces 11 étages avaient la meilleure réputation du quartier :

« En 2006, avant d’arriver ici, on m’a proposé l’ancienne tour à l’angle de la rue, mais j’ai refusé. Celle-là par contre j’ai accepté avec plaisir. J’habitais déjà dans le coin, et tout le monde en disait du bien. Il y avait beaucoup de familles à l’époque, c’était calme. Mais depuis deux ans, ils ont transféré des alcooliques, des voyous des autres tours et l’ambiance est atroce. »

« Elle est devenue folle, s’est mise à arracher la tapisserie »

Sorti pour récupérer le biberon de sa plus jeune dans sa voiture, il se met à débiter tous ses mauvais souvenirs. À commencer par sa mère âgée qui a chu sur les pavés mal replacés après des travaux de canalisation à l’extérieur du bâtiment. Les nuits où il s’est fait réveiller à 2h du matin par un habitant ivre qui ne trouvait pas ses clés, alors qu’à 5h, lui devait être frais pour assurer sa journée de chauffeur routier. Mais le pire reste la fois où son épouse l’a appelé pour le prévenir qu’une voisine la menaçait :

« Cette dame souffre d’une maladie psychiatrique. Ma femme l’avait invitée pour lui offrir des gâteaux. Soudain, elle est devenue folle et elle s’est mise à arracher la tapisserie. Moi j’étais au travail, ma femme m’a appelé, je lui ai dit d’aller chercher des voisins, mais la dame l’en a empêché. Elle est partie une fois calmée. Après, nous avons appelé la police qui l’a emmenée. Quand elle est revenue, elle a de nouveau tapé à notre porte. Cette fois, j’étais là. Elle avait un couteau dans la main. Elle a tapé sur les murs, nous a insultés. Les policiers sont encore venus et quand ils l’ont embarquée, elle a jeté tous les pots de fleurs avec lesquels j’avais décoré le palier. »

Après cet épisode, Abdel a écrit une pétition à l’intention de CUS Habitat, le bailleur social propriétaire de la tour. Une vingtaine de personnes de l’immeuble ont signée. Toutes voulaient que le bailleur soit au courant du calvaire que certains habitants faisaient vivre aux autres. Mais l’initiative est restée lettre morte.

Le 25, rue Schulmeister compte 67 logements.
Le 25, rue Schulmeister compte 67 logements. (AF / Rue89 Strasbourg)

Urine et déchets dans les ascenseurs

Le biberon de sa fille en main, Abdel tient désormais à montrer là où son fils a failli tomber dans le vide. Il retourne au 5e étage et s’arrête devant le garde-corps, la vitre qui sert de protection au couloir. Les couloirs de cette tour sont en effet ouverts, un danger d’après de nombreux locataires. Récemment, Abdel l’a constaté. Alors qu’il discutait avec un voisin, son petit d’à peine deux ans s’est assis sur le rebord intérieur de la rambarde, et s’est retrouvé happé en arrière. Un pied de la vitre n’était pas bien fixé.

« J’ai eu la peur de ma vie, je l’ai aussitôt saisi. Par chance il n’est pas tombé. J’ai aussitôt prévenu tous les voisins que ce garde-corps était défaillant, et contacté CUS Habitat. Ils sont venus après quatre jours pour observer quelle pièce manquait et 10 jours plus tard pour l’installer. C’est irresponsable, quelqu’un aurait pu mourir. »

Tous ces événements ont aussi traumatisé Ana, la femme d’Abdel. Elle qui s’occupe au quotidien de ses deux jeunes a vu l’atmosphère de l’immeuble se dégrader :

« Certains qui vivent ici ou qui squattent font leurs besoins dans les escaliers et les ascenseurs. Les chiens aussi… »

Être relogés à tout prix

Par volonté que leurs enfants ne grandissent dans cet environnement, Abdel et Ana ont décidé de partir habiter un peu plus loin dans un immeuble plus neuf. Un changement qui va leur coûter 300€ en plus par mois, mais qui les soulage, confirme Abdel.

« Je préfère perdre de l’argent qu’un enfant. »

Les autres locataires, qui ne peuvent partir, doivent se résigner. Louhari, un des voisins de palier d’Abdel, en a marre de « gaspiller sa salive » auprès des autorités sans être écouté. Pour lui, ce lieu est une parodie de la tour infernale. Il a déjà demandé plusieurs fois à changer de logement, mais ses efforts n’ont pas abouti. Dans un petit deux pièces, il vit avec sa femme, son fils d’un an… et beaucoup de dysfonctionnements. Quand il était seul, il les tolérait, mais ce n’est plus le cas depuis que sa famille s’est agrandie.

Depuis des mois, Lahouari a de la moisissure dans sa salle de bains. (AF/Rue89 Strasbourg)
Depuis des mois, Louhari a de la moisissure dans sa salle de bains. (Photo AF/Rue89 Strasbourg)

Dans la salle de bains, le mur qui donne vers l’extérieur est rempli de moisissure. Malika, la femme de Louhari s’inquiète pour la santé de son enfant :

« À cause de ça et du manque d’espace pour caser une baignoire en plastique, on ne peut donner un bain au bébé qu’une fois par semaine. »

« Vous avez pris une photo ? », demande-t-elle, remontée. Elle se tourne et pointe du doigt la chambre où les valises de vêtements s’entassent au-dessus de l’armoire faute de pouvoir pousser les murs de cette pièce où tout le monde dort.

Toutes les affaires de trois personnes sont concentrées dans cette chambre. (AF/Rue89 Strasbourg)
Toutes les affaires de trois personnes sont concentrées dans cette chambre. (Photo AF/Rue89 Strasbourg)

Mais tous les locataires ne sont pas aussi enclins à dévoiler leur intérieur. Une méfiance s’est installée envers les visiteurs et parmi les habitants. Les quelques autocollants des enfants sur les portes ou les cailloux décorés de sourire posés à côté de certaines portes ne suffisent pas à égayer l’atmosphère. Derrière beaucoup de portes, le poids des années de ces 67 logements se fait sentir, comme dans celui de Jean. Quand on lui demande son âge, il répond « le même que la tour », c’est-à-dire 59 ans. Il l’a habitée de 1975 à 1996, et y est revenu en 2008.

« A la Meinau, je connais la moitié des gens, dans la tour aussi, ça me faisait plaisir d’y retourner. Mais moi aussi j’ai fini par demander à partir. Je ne pensais pas que ça arriverait. »

Aux toilettes chez les voisins

À son retour, il y a huit ans, Jean a dormi à côté de la porte d’entrée cassée, avec son berger allemand, de peur que quelqu’un entre. La porte a été réparée, mais le trou dans le mur adjacent est resté. Alors, il garde sa chambre et le salon fermés pour éviter que le froid ne se propage et ne profite jamais de sa vue sur le Baggersee.

Il passe ses journées dans la cuisine, où il a tout rassemblé à côté de l’évier : télé, fleurs, bibelots en porcelaine. En cet après-midi, l’émission des chiffres et des lettres anime la pièce. Le temps que les participants trouvent la solution à une opération, on entend l’eau couler à l’étage au dessus, comme des cailloux. Dans ces appartements, les tuyaux sont partout.

La tour Schulmeister souffre beaucoup moins de trafic de drogue que sa sosie, rue de Provence. (AF / Rue89 Strasbourg)
La tour Schulmeister est moins concernée par les trafics de drogue, contrairement à celle rue de Provence. (Photo AF / Rue89 Strasbourg)

Doucement, avec son fort accent alsacien, il raconte que depuis deux mois, il doit se rendre chez ses voisins pour faire ses besoins, car ses toilettes ont des problèmes d’évacuation, et que CUS Habitat lui répond de se débrouiller :

« Mais comment je peux faire pour payer un plombier 180€, alors que je n’ai que ma pension d’invalidité par mois de 600€ ? Ils pourraient bien venir faire les travaux. Nous, on paie les loyers et eux ne sont pas là quand on a besoin d’eux. C’est pareil pour les ascenseurs, ça fait trois mois que l’un d’entre eux est en panne et il arrive que les deux le soient, pourtant on paie les charges. Et moi, avec les 13 opérations que j’ai subies, j’ai dû mal à descendre à pied. »

Les poubelles directement jetées au sol depuis les balcons

On sent, entre deux bouffées de cigarettes, que ce frêle locataire a atteint un seuil de saturation :

« Sans compter les poubelles que certaines personnes jettent des étages ou laissent dans l’ascenseur. Une personne s’est déjà ramassée un os sur la tête en sortant de l’immeuble. Parfois les gens laissent les encombrants dans les couloirs ou à l’entrée, ça ne fait pas longtemps il y avait un frigo. C’est vraiment le bordel. Mais quoi faire ? Moi, je ne dis plus rien. Je rentre chez moi et je ferme ma gueule. Une fois, un voisin a dit quelque chose, les autres ont déposé des ordures devant chez lui. »

Pour Christian Werner, chargé de communication à CUS Habitat, les équipes de nettoyage qui passent du lundi au vendredi dans l’entrée et les ascenseurs, ne peuvent pas tout faire :

« Certains locataires se disent partants pour payer 20€ de plus pour que les employés montent dans les étages par exemple, mais quand il faudra vraiment payer, peut-être réagiront-ils différemment. En ce qui concerne le bâti, nous avons beaucoup de demandes, qu’il nous faut hiérarchiser, ce qui explique que nos employés peuvent mettre du temps avant d’intervenir. »

Au 10e étage, une table en morceaux recouverte d'urine repose depuis des semaines. (AF/Rue89 Strasbourg)
Au 10e étage, une table en morceaux recouverte d’urine repose depuis des semaines. (Photo AF/Rue89 Strasbourg)

Juste pour l’histoire

Au sein de cette mosaïque d’habitants blasés au bord de la rupture sociale vit un enseignant. Victor habite au 25, rue Schulmeister après une période financière compliquée. Depuis 2007, il a pris le temps d’observer les habitants :

« C’est dur d’incriminer les uns ou les autres. Souvent, les gens qui arrivent ici, ont perdu leurs repères sociaux ou sont en grande difficultés physiques ou matérielles, d’où ce manque d’hygiène et de civisme. Certains sont tombés dans l’alcool ou la drogue. Donc, il faut être prudent. Finalement ne rien dire, c’est peut-être le mieux. »

Victor n’invite personne chez lui. Il garde pour lui ses encyclopédies et sa vue sur la cathédrale. Il a confié à deux amis proches qu’il habitait ici, mais ils ont peur de venir :

« L’absence de concierge n’aide pas non plus. Personne n’est là pour surveiller. Donc je comprends pourquoi l’immeuble est dans cet état, il n’y a pas de limite. »

D’après lui, l’architecture de cette grande tour y est pour beaucoup. Elle a répondu à un besoin de loger un maximum de personnes en son temps mais aujourd’hui, elle n’apporte aucune solution :

« Ces immeubles ne sont plus non plus adaptées à des personnes à revenus faibles, parce qu’ils nécessitent beaucoup d’entretien et peut-être que les offices d’HLM ne sont pas incités à faire des dépenses là où les gens ont de petits moyens. En plus, les habitants ont du mal à se faire entendre. Mais s’ils s’organisaient vraiment, ils pourraient constituer un groupe de pression. »

À la rigueur, Victor comprendrait que cette tour demeure comme symbole d’un héritage historique, celui des « Trente Glorieuses », où les gens découvraient la modernité, mais il faudrait absolument la rénover. Si ce n’est pas possible, alors « cette tour n’a plus sa place dans le paysage ».

Cette tour a été construite à l'époque des Trente Glorieuses pour loger un maximum de personnes. (AF/Rue89 Strasbourg)
Cette tour a été construite à l’époque des Trente Glorieuses pour loger un maximum de personnes. (Photo AF/Rue89 Strasbourg)

Une démolition attendue avec impatience

Pour le moment, rien n’est prévu concernant sa démolition. La destruction des précédentes tours s’inscrivait dans le cadre du premier plan de rénovation urbaine, le nouveau est en phase de négociation. D’après Mathieu Cahn, adjoint au maire (PS) en charge de l’urbanisme, ces tours n’ont pas vocation à rester :

« Les opérations du plan actuel vont se dérouler jusqu’en 2018. Donc, si ça a lieu, ce sera après. Une chose est sûre, la priorité sera donnée à l’autre tour, située au 15, rue de Provence, où la situation est plus sensible. Mais il faudra avant tout vérifier la qualité du bâti, au cas où une rénovation suffise. Si nous décidons de la démolir, il faudra reloger tout le monde, et ça peut prendre un an, voire plus. »

À CUS Habitat, on ajoute qu’il faudra aussi sonder l’éventuelle désaffection des habitants avant de prendre toute décision.

La majorité des habitants rencontrés, eux, souhaitent que cette tour soit démolie. Ils le voient, quand ils se rendent dans des immeubles de quatre-cinq étages du quartier : l’état d’esprit n’est pas le même. Alors les pronostics sur la date de démolition vont bon train. 2020 ? 2025 ? Pour tous, ce serait l’occasion rêvée de pouvoir changer de logement sans avoir à passer par la procédure habituelle, qui peut être encore plus longue.

Mais ils restent perplexes. Ces dernières années, ils ont vu le bailleur entreprendre quelques travaux dans l’entrée et les escaliers, pourquoi investir si c’est pour démolir ? Maria, habitante depuis 1994, veut absolument voir cette tour disparaître car « elle porte malheur ». Elle reste imprégnée de mésaventures que les occupants ont du mal à oublier :

« Il y a deux ans, une femme est venue se jeter du toit de l’immeuble. Elle n’habitait pas loin, mais elle a choisi cet endroit, c’était le plus haut. Rien que ça, ça devrait faire réfléchir les autorités. »

 

La majorité de Philippe Richert accusée de conflit d’intérêts autour de Bernard Stalter

La majorité de Philippe Richert accusée de conflit d’intérêts autour de Bernard Stalter
Bernard Stalter, président de la chambre des métiers d'Alsace, a voulu de gros badges, pour qu'on ne confonde pas ce mouvement avec un groupe de rock (Photo Dorothée Parent / CCI)
Bernard Stalter (LR), nouveau président de la chambre des métiers d’Alsace, Lorraine Champagne Ardenne (Photo Dorothée Parent / CCI)

La majorité de Philippe Richert (LR) à la nouvelle région Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne (ALCA) est particulièrement scrutée. Élu face au FN et le PS au second tour grâce aux voix de gauche, des écologistes et d’abstentionnistes, Philippe Richert avait indiqué que ce soutien « nous oblige » et que sa liste ne devrait pas reproduire ce qui a créée tant de défiance envers la politique. Dans ce contexte, le moindre faux-pas éthique est scruté.

Ce mercredi 2 mars, c’est l’élection de Bernard Stalter (LR), ex-président de la Chambre des Métiers et de l’Artisanat d’Alsace et tout juste élu à la tête de la nouvelle Chambre d’ALCA qui a fait tiquer le groupe PS de la nouvelle région. Bernard Stalter est aussi conseiller régional délégué à l’Artisanat de la nouvelle assemblée.

« Je veillerai à prévenir et à faire cesser immédiatement tout conflit d’intérêts »

Lors de la campagne, tous les candidats avaient signé une charte de l’élu qui stipulait trois points :

    J’exercerai mes fonctions avec impartialité, diligence, dignité, probité et intégrité. Je poursuivrai uniquement l’intérêt général, à l’exclusion de tout intérêt particulier. Je veillerai à prévenir et à faire cesser immédiatement tout conflit d’intérêts, dès lors que j’en aurai connaissance.

C’est la troisième phrase qui n’est plus respectée pour les élus socialistes, qui s’en émeuvent via communiqué :

« Pour mémoire, lors de la séance plénière du 4 janvier 2016, le Président Richert, après avoir fait lecture de la charte de l’élu, a demandé aux élus de s’ « en imbiber profondément ». Aussi, le Groupe Socialiste demande au Président Richert de mettre en application ses recommandations et de prendre les mesures nécessaires pour faire cesser ce conflit d’intérêts. »

Qu’est-ce qu’un conflit d’intérêt ?

La loi définit le conflit d’intérêt par « situation d’interférence entre un intérêt public et des intérêts publics ou privés, qui est de nature à influencer ou paraître influencer l’exercice d’une fonction ». À noter que le conflit n’est pas un délit en soi mais seulement une situation. C’est l’éventuelle « prise illégale d’intérêt », « favoritisme » voire « corruption » qui peut être condamnée.

« Il n’a pas de pouvoir de signature »

Le directeur de cabinet de Philippe Richert, Christophe Kieffer défend ce choix :

« C’est un élu délégué, il n’a pas de pouvoir de signature comme un vice-président. Sa compétence est reconnue et il a un rôle d’animation de la politique régionale dans un secteur précis, sous l’autorité de la commission du développement économique. Si on interdit aux gens d’être compétents, comment on fait ? On s’est posé la question, mais ce n’est pas un lobbyiste, il saura faire la part des choses. En Alsace, la CMA est un partenaire de la Région sur des conventions spécifiques, mais ne reçoit pas de financement direct. »

Contacté, Bernard Stalter n’était pas joignable à l’heure d’écrire ces lignes. Plusieurs questions peuvent émerger comme celle de savoir si sa participation à la majorité régionale a favorisé son élection à la Chambre des métiers d’ALCA.

Philippe Mangin, vice-président à l’Agriculture et président d’une coopérative agricole

Autre conflit relevé quelques minutes plus tard sur les réseaux sociaux. Le vice-président à l’Agriculture, Philippe Mangin, est aussi président d’une coopérative agricole dans la Meuse au chiffre d’affaire de 443 millions d’euros en 2014.

Philippe Mangin vice-président à l'Agriculture et président d'une coopérative agricole
Philippe Mangin vice-président à l’Agriculture et président d’une coopérative agricole

C’est donc deux dossiers tout chaud qui devrait attendre sur le bureau du futur déontologue de l’assemblée régionale. Il devrait être intronisé au printemps. Pourra-t-il aller plus loin que les recommandations de celui de Strasbourg ?

La pépinière de Hautepierre, une bonne idée, pas tant pour le quartier

La pépinière de Hautepierre, une bonne idée, pas tant pour le quartier
Un mode de déplacement pratique à la pépinière (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Un mode de déplacement pratique à la pépinière (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Installée au coeur du quartier de Hautepierre à Strasbourg, une ambiance dynamique règne à la pépinière d’entreprises. Avec ses loyers sous les prix du marché et un peu d’accompagnement, elle a su séduire de nombreux jeunes entrepreneurs strasbourgeois. Mais elle profite très peu au quartier.

On peut passer tous les jours à côté sans savoir ce qui se trame à l’intérieur de ce bloc en tôle et en bois. Pas d’entrée sur la rue et à peine quelques mots sur la devanture. À côté de l’arrêt Dante, dans le quartier de Hautepierre à Strasbourg, des petites entreprises grandissent – et parfois meurent – depuis 4 ans. Au rez-de chaussé, 10 ateliers, à l’étage 19 bureaux. En haut, un jeune homme traverse le couloir en trottinette, « les toilettes sont à l’autre bout du couloir ! ».

Le portail est toujours ouvert car régulièrement défoncé, mais seule une serrure forcée est à déplorer (photo JFG/Rue89 Strasbourg)
Le portail est toujours ouvert car régulièrement défoncé, mais seule une serrure forcée est à déplorer (photo JFG/Rue89 Strasbourg)

 

Quatre ans après son inauguration, la pépinière d’Hautepierre affiche un taux de remplissage de 80 à 85%. Patrick G’Styr, consultant à Inno TSD et directeur de l’espace (avec ceux du Ph8 pour les technologies médicales et de l’Hôtel des forges au port autonome), explique que l’objectif n’est pas d’être plein :

« Il nous arrive de refuser des entreprises pour maintenir un peu d’espace libre. Comme ça, lorsqu’une entreprise grandit et qu’elle a besoin de plus grands locaux, elle peut rester ici. »

La pépinière de Hautepierre (image KS construction)
La pépinière de Hautepierre, inaugurée en 2011 (image KS construction)

On trouve tout type d’activités à la pépinière. Un verrier, de l’informatique, des applications pour enfants, de la formation en gériatrie, de la recherche pharmaceutique, de l’e-commerce de textile oriental, etc. Désormais, 60 à 70% ont un rapport avec le numérique. « Au début on avait plus d’artisans, mais la concurrence est de plus en plus dure », commente Patrick G’Styr.

Depuis l’ouverture, 82% des entreprises ont survécu à leur passage à la pépinière. Pour les autres, près d’une sur cinq tout de même, l’aventure s’est arrêtée pour cause de difficultés économiques ou de mésentente entre les actionnaires.

Une salle de réunion partagée, qui se transforme parfois en salle de ping pong (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Une salle de réunion partagée, qui se transforme parfois en salle de ping pong (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Le prix, première raison de l’implantation

Le directeur, aidé par une assistante, propose un accompagnement fiscal, juridique, pour les embauches ou à la recherche d’investisseurs. Les tarifs sont, eux, environ 40% moins cher que dans le parc des locaux professionnels : à partir 194€ par mois pour un bureau de 13 m² et jusqu’à 619€ pour un atelier de 76 m². La pépinière n’atteint pas l’équilibre économique, la différence est à la charge de l’Eurométropole. La durée maximale du séjour, sans engagement, est de 23 mois. Les entrepreneurs ont souvent entendu parler de ce lieu peu connu par le bouche à oreilles.

Pour Sébastien Hamm, qui avec son entreprise Awaken développe des boîtiers connectés en voiture notamment pour alerter les secours, c’est le prix qui a pesé dans la décision :

« On a hésité avec d’autres endroits mais les tarifs étaient plus intéressants ici. La vue n’est peut-être pas super, mais il n’y a jamais eu de soucis. C’est plus les visiteurs qu’il faut rassurer. »

(photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Sébastien Hamm (à gauche) et Mathis Ries (à droite) dans l’un des deux bureaud de 13m² d’Awaken travaillent sur des boîtiers électroniques. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Du moins pour les bureaux. Pour les ateliers, le prix est un peu moins compétitif, mais une surface équivalent est difficile à trouver explique Victor Krummenacker, 28 ans et arrivé en septembre 2015. Il crée des bandes réfléchissantes esthétiques pour les motards avec son entreprise VFluo :

« Trouver un atelier de 76 m² est difficile à Strasbourg. Au mètre carré, il était possible de trouver moins cher, mais c’étaient des surfaces de 300 m² vers la Meinau ou Fegersheim. J’ai commencé dans une chambre de 11 m² et ici je suis vraiment dans de bonnes conditions de travail. J’ai encore un peu d’espace si mon activité doit grandir à la pépinière. Et puis disposer d’un service de levée de courrier me fait aussi gagner 30 minutes par jour. »

Victor Krummenacker dans son nouvel atelier (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Victor Krummenacker dans son nouvel atelier (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

N’avoir qu’un mois de caution, pas de garant et un préavis de deux mois seulement (contre 3 ans dans le privé) a aussi joué dans la décision de Rémy Perla, 33 ans, d’enfin quitter son salon familial pour s’installer – certes un peu serré – avec 5 autres personnes voire plus dans un bureau de 22 m². Il développe « Rêve aux lettres« , une start-up qui propose à des enfants de 5 à 12 ans des histoires qui arrivent par lettre et dont la suite de l’histoire est personnalisée – par un logiciel ou des écrivains – selon la réponse.

Les bureaux de Rêve aux lettres où jusqu'à 10 personnes s'entassent (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Les bureaux de Rêve aux lettres où jusqu’à 10 personnes s’entassent (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

« La localisation n’est pas importante »

En haut dans les bureaux, le contact est un peu plus régulier que dans les ateliers, aux portes souvent fermées. C’est aussi l’ambiance de travail qu’est venu chercher Jérémie Bouchet, 32 ans, et ses deux associés, qui avec Blackbird proposent la solution de site de vente en ligne :

« Être accepté ici n’est pas la chose la plus difficile au lancement de l’entreprise. La pépinière est bienveillante. L’aspect financier a joué, mais aussi d’être entouré de personnes qui ont la même aspiration, de lancer une boîte, sans être concurrent. Nous, on a été longtemps basés au Neuhof, donc les personnes qui font des roues levées en scooter, ça nous amuse. Pour notre activité, la localisation n’est pas importante. Les bureaux fermés sont plus adaptés pour des sociétés d’une certaine taille que les open-space des espaces de co-working, mais pour autant partager certains biens comme une photocopieuse, ce sont des coûts en moins. »

Jeremy Bouchet, première expérience d'entrepreneur (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Jeremie Bouchet, troisième expérience d’entrepreneur (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

C’est notamment lors des pauses midi que les contacts se nouent. La table de la salle de réunion se transforme parfois en table de ping-pong. Les informaticiens d’Awaken ont par exemple tissé des liens avec Matthieu Gru, 28 ans, revenu d’une expérience de salarié en marketing en Afrique du Sud pour fonder Sprintbok, qui produit des tapis de courses mécaniques, souples et qui s’adaptent à la vitesse de course. L’idée serait d’enregistrer les performances sur le tapis :

« Comme les applications de courses sont basées sur le GPS, aucune ne fonctionne avec un tapis. L’idée est de développer un compteur relié via bluetooth au téléphone. À la pépinière, les contacts se font surtout si on est au même niveau de développement de l’entreprise. Sinon chacun est très concentré sur son projet. »

Matthieu Gru prépare un tapis de course sur lequel on ne se casse plus la gueule (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Matthieu Gru prépare un tapis de course sur lequel on ne se casse plus la gueule (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Exclusivité mondiale : le tapis de course que prévoit de développer Sprintbox (Photo Sprintbox)
Exclusivité mondiale : le tapis de course que prévoit de développer Sprintbok (Photo Sprintbok)

La pépinière compte même quelques réussite primées. Laura Fort, 29 ans, créatrice avec Damien Dessagne de studio Pix Mix a décroché les prix Entrepreuneure Excellencia et Femme de l’Économie Grand Est grâce à ses applications éducatives pour enfants. Issue du monde du spectacle, elle travaille sur ce projet depuis 2009 sur son temps libre, avant de s’installer à la pépinière dans ses premiers locaux en juin 2014.

Laura Fort, fondatrice de studio pixmix avec son frère a remporté deux prix. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Laura Fort, fondatrice de studio pixmix avec son frère a remporté deux prix. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Un « sauna » en été

Plusieurs point de vue se croisent sur l’emplacement. Certains apprécient la proximité du centre commercial d’Auchan, l’accessibilité par l’autoroute avec un parking réservé et le tram à 10 minutes du centre-ville. D’autres pointent qu’il n’y a pas grand chose à faire ou d’endroits pour manger autour et que les clients se perdent dans les mailles d’Hautepierre.

Un atelier, vu depuis l espace bureau en mezzanine (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Un atelier, vu depuis l’espace bureau en mezzanine (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Le bâtiment, construit en 2011 et financé par l’Eurométropole, l’Union européenne, l’agence nationale de la rénovation urbaine (ANRU), la Région Alsace et le Bas-Rhin pour 3,95 millions d’euros est aux normes BBC (bâtiment basse consommation). Mais ce n’est pourtant pas le pas le bureau idéal. Les stores s’activent quand il y a de la lumière, on ne peut pas les régler manuellement. L’intérieur en bois n’est pas parfaitement isolé et « l’été, c’est un sauna », glisse Laura Fort. Jusqu’à 38°C en 2015 !

Mais de l’autre côté du couloir, Rémy Perla a trouvé deux solutions :

« À une époque, on faisait les réunions de travail en caleçon. Du coup, certains installent une climatisation et donc le bâtiment consomme beaucoup. Je descendais aussi plusieurs fois par jour dans les ateliers où ils ont des douches. »

Quand il ne fait pas de réunion en caleçon, Rémi Perlat gère des centaines d'histoires par correspondances avec des enfants (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Quand il ne fait pas de réunion en caleçon, Rémi Perla gère des centaines d’histoires par correspondances avec des enfants (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Une faible ouverture sur le quartier

Le soir, les entrepreneurs repartent chez eux, c’est à dire dans les différents quartiers de Strasbourg ou dans la campagne bas-rhinoise. À la pépinière, on reçoit certes quelques clients, mais pas de public régulier. Résultat, l’établissement fonctionne en vase clos. Même le dispositif d’exonération de charges patronales, permis par les Zones franches urbaines (ZFU), c’est-à-dire les quartiers sensibles comme Hautepierre, n’est guère utile explique Laura Fort :

« Les baisses de charges ne s’appliquent que si on embauche des personnes issues du quartier. C’est davantage un dispositif pour les commerces implantés qui reçoivent du public. »

Une des trois terrasses de la pépinière (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Une des trois terrasses de la pépinière (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Seuls deux entrepreneurs sont originaires du quartier, dont Damin Dessagne de studio Pix Mix. Sur les quatre générations d’entreprises passées par la pépinière le total est de 8. Il y a bien eu l’une ou l’autre présentation au collège Erasme, mais sans plus d’après son proviseur.

Une limite que reconnait le directeur Patrick G’Styr :

« Les jeunes de Hautepierre qui se lancent sont plutôt des auto-entrepreneurs avec des revenus de 10 à 15 000 euros par an au début, avec très peu de charges. Dans ces conditions, ajouter 2 000€ de loyer annuel est une dépense importante. »

Un constat similaire à ceux d’autres espaces de travail en zone franche urbaine.

Aller plus loin

Sur pepiniere-strasbourg.fr : le site de la pépinière d’entreprises de Hautepierre

Rue89 Strasbourg en résidence à Hautepierre : les événements

Rue89 Strasbourg en résidence à Hautepierre : les événements

Voici la liste, évolutive, des événements programmés au théâtre de Hautepierre dans le cadre de notre résidence dans le quartier jusqu’au 18 mars.

Dans un documentaire, Hamid Derrouiche dévoile le Neuhof

Dans un documentaire, Hamid Derrouiche dévoile le Neuhof
(photo Facebook)
Hamid Derrouiche a filmé le Neuhof pendant 9 mois (photo Facebook)

Neuhof au-delà des clichés est le dernier documentaire du réalisateur strasbourgeois Hamid Derrouiche. Porté par le centre socio-culturel du Neuhof, le film sera présenté aux habitants du quartier dans les semaines à venir, et peut-être dans d’autres salles. Une immersion d’une heure dans l’histoire et les espoirs de cette mosaïque de quartiers, à ne pas manquer.

Voitures brûlées, interventions policières musclées… Le film commence par un défilé d’images de journaux télévisés qui cataloguent le Neuhof, ce quartier au sud de Strasbourg, au rayon faits divers et délinquance.

Et si l’on allait voir au-delà de ces choix journalistiques réducteurs sur un quartier où vivent plus de 20 000 habitants et 40 nationalités ? C’est l’invitation du réalisateur Hamid derrouiche dans son dernier documentaire Neuhof au-delà des clichés.

Pour comprendre ce quartier, le plus ancien faubourg de Strasbourg avec la Robertsau, Hamid Derrouiche a choisi de revenir largement sur ses origines historiques. Une histoire qui prend racine à la fin du XVIIIe siècle, quand le Neuhof rassemblait, au bord de la forêt, les manants exclus de la citoyenneté strasbourgeoise. Une concentration de la misère que retrace Hamid Derrouiche :

« Il me paraissait important de montrer aux gens que leur quartier a une histoire. Plus tard, lors de la percée de la rue du 22 novembre, il a fallu vider les taudis du centre-ville. on a alors envoyé les gens à la cité Jardin du Stockfeld. On a déplacé la misère au Neuhof. Après la Seconde guerre mondiale, le Neuhof a vu pousser la plus forte concentration de logements sociaux de l’agglomération. Mais contrairement au quartier de la Meinau, cette urbanisation s’est faite sans vision d’ensemble. On a retrouvé des archives où l’ancien maire de Strasbourg, René Pfimlin, reconnaissait lui-même cette erreur, précipitée par la nécessité de construire vite. »

Ce documentaire s’est greffé sur une initiative du centre socio-culturel du Neuhof, de plusieurs écoles et collèges du quartier : le projet « diversité », financé en partie par la Ville de Strasbourg. Au départ, Hamid Derrouiche devait venir garder une trace vidéo de ces ateliers scolaires. L’idée était de faire raconter aux enfants le parcours de leurs parents pour valoriser leur diversité.

Neuf mois de tournage

Des écoles, Hamid Derrouiche a alors suggéré d’élargir le propos à tous le quartiers. Le CSC lui a laissé les mains libres. Khoutir Khechab, directeur du CSC du Neuhof, se souvient que son centre et le réalisateur se sont mis d’accord dès le départ sur un parti pris commun :

« Nous voulions dire que la diversité est une richesse qui s’exprime au quotidien. Nous avions la volonté de présenter ce territoire à l’intérieur comme à l’extérieur sous un jour nouveau, pour faire évoluer le regard sur lui et en saisir les opportunités plus que les problèmes, que l’on ne nie pas du tout. »

À l’arrivée, après neuf mois de tournage, le documentaire mélange images d’archives et interviews d’une douzaine d’habitants et observateurs extérieurs. Il restitue le territoire du Neuhof dans sa globalité plutôt que de zoomer sur la seule cité. Un choix qui a surpris Khoutir Khechab :

« Je pensais qu’il allait centrer sur la cité. C’est vrai que le Neuhof, c’est plein de petits territoires séparés par des grandes routes. Nous cherchons à les connecter, mais il y a encore beaucoup à faire dans ce sens. »

Hamid Derrouiche assume :

« On n’est pas restés dans la cité. Les Neuhofois sont conscients du problème de la drogue : nous laissons simplement les gens en parler. Leur message c’est qu’il n’y a pas que ça. La vie du quartier ne se résume pas à ça. C’est injuste de la réduire à ses mauvaises facettes. »

Peu de jeunes à l’image

Est-ce à dire que la jeunesse das la cité n’aurait rien eu à dire d’autre que la drogue et la délinquance ? Entre les rêves d’écoliers d’aujourd’hui et la nostalgie des quarantenaires natifs du quartier, on peut regretter la quasi impasse du réalisateur sur la génération des jeunes adultes, qui ne prennent pratiquement jamais la parole dans son film. Une limite qu’Hamid Derrouiche reconnaît :

« J’ai sollicité de nombreux jeunes qui ne m’ont jamais répondu ou qui ont annulé leur interview au dernier moment. Je suis même aller voir les dealers, qui m’ont complètement fouillé. J’ai ressenti une certaine hostilité vis-à-vis de la caméra de la part des jeunes. C’était très compliqué. On n’a pas réussi à trouver ceux qui auraient été prêts à parler de leur quartier. Cela aurait demandé beaucoup plus de temps pour les mettre en confiance. Après on aurait pu faire un film uniquement sur les jeunes dans la cité, et ça aurait été un autre angle. Dans ce film, on voulait parler du quartier en général. Mais j’y pense sérieusement pour un prochain projet. »

Hamid n’en oublie pas pour autant de suggérer les questions d’aujourd’hui : la précarité, le chômage et une reproduction sociale forte qui renferment sur le quartier. Une rénovation urbaine qui fait augmenter les loyers. Le divorce avec les médias, qui ont trop souvent déçu.

En une heure, Neuhof au-delà des clichés parvient à montrer que ce quartier déshérité a une longue et forte histoire, qui existe dans le cœur de ses aînés. Et c’est là le véritable mérite du film. Il sera présenté en avant-première à près de 150 invités ce jeudi 3 mars. Pour les habitants du Neuhof, il faudra attendre d’autres projections prévues ensuite par le CSC. Le film devrait être diffusé à l’Odyssée lors de la Quinzaine de la Diversité en mai.

Le marathon franco-allemand de Strasbourg annulé pour 2016

Le marathon franco-allemand de Strasbourg annulé pour 2016
Verra-t-on encore des coureurs franchir le Rhin ? (Photo ASCE)
Verra-t-on encore des coureurs franchir le Rhin ? (Photo ASCE)

Il n’y aura pas de marathon de l’Eurodistrict Strasbourg-Ortenau en 2016. L’association des courses de Strasbourg Europe (ASCE) a fait savoir par communiqué que l’Eurodistrict, cette collectivité qui unit 107 communes françaises et allemandes, n’a pas renouvelé sa participation de 20 000 euros, soit 10% du budget, pour l’édition 2016.

Dans ces conditions, l’ASCE aurait perdu de l’argent, elle qui doit déjà organiser les courses de Strasbourg en mai et la Strasbourgeoise en septembre. La course prévue le 23 octobre devait marquer la cinquième année de l’événement.

Trop peu de coureurs allemands

L’Eurodistrict aurait justifié sa décision par le manque de coureurs allemands (moins de 10%). Nous vous expliquions en octobre que les courses allemandes ne requièrent pas de certificat médical, partant du principe qu’un coureur connait les risques. Les médecins sont, eux, parfois réticents à délivrer un tel document sans examen approfondi, dans la crainte qu’un patient se retourne contre lui en cas de soucis. Les coureurs allemands se décourageaient par cette formalité administrative, tandis que le ministère des Sports est resté inflexible aux demandes de dérogation du maire de Strasbourg Roland Ries (PS).

Par ailleurs, le cahier des charges indiquait que l’événement devait bénéficier d’une subvention seulement les premières années avant d’atteindre l’autonomie financière. Le nombre des participants stagnait autour de 2 000 sur les trois courses (marathon, relais à 2 et à 6). Les organisateurs de l’ASCE disent travailler au retour de cette course pour 2017 « soit sous la forme d’un marathon de Strasbourg, soit d’un marathon Strasbourg-Ortenau. »

#association des courses de Strasbourg

Fermeture du restaurant universitaire de l’Esplanade jusqu’à la rentrée

Fermeture du restaurant universitaire de l’Esplanade jusqu’à la rentrée
L'objectif des travaux est de réhabiliter les toitures et optimiser l'isolation du bâtiment et du chauffage. Source : ara-trio-architectes.com
L’objectif des travaux est de réhabiliter les toitures et optimiser l’isolation du bâtiment et du chauffage. Source : ara-trio-architectes.com

Les étudiants strasbourgeois ne pourront plus manger sur place au restaurant universitaire de l’Esplanade pendant plusieurs mois. Le Centre régional des œuvres universitaires et scolaires (Crous) a décidé de fermer l’établissement du samedi 12 mars au dimanche 21 août inclus pour des travaux de rénovation. L’objectif : réhabiliter les toitures et optimiser l’isolation du bâtiment et le chauffage à tous les étages.

Toutes les cafétérias du Crous situées sur le campus de l’Esplanade resteront accessibles et la vente à emporter continuera de fonctionner. Le service assuré sera déporté au restaurant universitaire Paul Appell pendant cette période. D’autres structures pourront également accueillir les étudiants en attendant la fin des travaux :

    Paul Appell (23 rue du Jura) de 11h30 à 13h45 Le Stift (1 bis quai Saint-Thomas) de 11h45 à 13h13 Le FEC (17 place Saint-Etienne) de 11h30 à 14h

Tribune : Éric Schultz pour « expérimenter » lors de la législative partielle à Strasbourg

Tribune : Éric Schultz pour « expérimenter » lors de la législative partielle à Strasbourg
La première circonscription du Bas-Rhin s'étend d'du centre à l'ouest de Strasbourg (document préfecture du Bas-Rhin)
La première circonscription du Bas-Rhin s’étend du centre à l’ouest de Strasbourg (document préfecture du Bas-Rhin)

La démission du député PS Armand Jung provoque une élection législative partielle au printemps sur la circonscription 1 du Bas-Rhin, c’est à dire du centre à l’ouest de Strasbourg. L’adjoint au maire Éric Schultz (ex-EELV), non-candidat, aimerait que l’on se saisisse de l’occasion pour organiser une campagne différente de celles des dernières années, afin d’éviter de reproduire les traumatismes des dernières élections.

TribuneLes 6 et 13 décembre 2015, au moment des élections régionales, nous avons été nombreux et nombreuses à constater une fois de plus, une fois de trop, l’ampleur et la profondeur de la crise politique et démocratique qui travaille notre pays en profondeur.

Pour la quatrième fois consécutive (si l’on considère les élections municipales, européennes, départementales et régionales), nous avons assisté, tétanisé-es et presque impuissant-es, à l’échec de la gauche (toute la gauche), et à son incapacité à renouveler la politique, ce que nous appelons pourtant de nos vœux avec presque autant de constance que de régularité.

Le constat est là. Il est implacable. Il nous interpelle :

Forte abstention, désaffection citoyenne croissante, désengagement civique et refus de vote, montée en puissance de l’extrême-droite et diffusion de ses « idées » dans la société…
Division partisane, défiance à l’encontre du politique, césure de plus en plus en plus forte entre des citoyens qui ne se sentent plus entendus et des politiques qui ne sont plus écoutés…
Le politique et le citoyen… Deux mondes qui ne se rencontrent plus, ou peu, ne se parlent pas, ou de moins en moins, se méfient l’un de l’autre, de plus en plus…

Nous avons dit « Plus jamais ça ! »

Confrontés à cet échec collectif, issu pour partie de nos aveuglements et de nos renoncements (volontaires ou contraints) nous avons dit « Plus jamais ça ! » et souhaité ardemment pouvoir changer enfin la politique pour mieux changer la vie.

Dans le même temps, nous sommes de plus en plus nombreux et nombreuses à constater l’impasse des politiques gouvernementales, à dénoncer la radicalisation du discours politique et les renoncements idéologiques qui se succèdent sans imites : du CICE au projet de Loi sur le travail en passant par l’état d’urgence et la déchéance de nationalité, sans oublier l’aveuglement nucléaire et l’obstination d’État autour de grands projets inutiles…

Les motifs d’indignation ne manquent pas. La nécessité d’un changement de cap se fait chaque jour plus pressante.

Eric Schultz veut réinterroger la gauche (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
L’adjoint au maire Eric Schultz veut utiliser la législative partielle à Strasbourg comme laboratoire politique  (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Sommes nous condamnés à l’impuissance ?

Partout en France, depuis décembre, et même avant, des voix s’élèvent pourtant pour changer le cours des choses et éviter la catastrophe.

Les initiatives et les appels pour changer la politique, redonner du sens à la citoyenneté et inventer de nouvelles formes de représentation dans un système à changer se multiplient : primaires (de gauche ou citoyennes), hackage institutionnel (#mavoix), forums ouverts

Les initiatives citoyennes fleurissent dans le domaine de l’économie sociale ou de l’écologie concrète, des formes de mobilisations citoyennes nouvelles (autour des mouvements alternatifs qui se sont exprimés au moment de la Cop21) ou plus conventionnelles, comme la pétition Loi travail, non merci (730 000 signataires à cette heure), en passant par la remoblisation contre Notre Dame Des Landes…

Le revenu de base n’est plus un tabou, le partage du travail est de nouveau en débat… La situation politique nous interpelle, donc autant qu’elle nous oblige.

Dans ce contexte, la démission inattendue d’Armand Jung de son poste de député pour raisons de santé et l’organisation d’une élection législative partielle dans les trois mois sur la circonscription de Strasbourg 1 ne peut pas laisser indifférent-es celles et ceux qui souhaitent changer la politique et qui se sont exprimé-es ces derniers mois pour changer la donne et redonner confiance dans la politique.

Faire de Strasbourg un laboratoire d’innovation démocratique

Les même causes produisant les mêmes effets, il ne serait donc pas responsable de reproduire des configurations électorales partisanes dont l’issue est prévisible à défaut d’être prédictible. De manière inattendue, cette élection partielle nous met au pied du mur et éprouve nos convictions. À bien des égards, elle nous invite aussi à mettre en cohérence nos envies et nos actions.

Il ne s’agit plus d’analyses ni de discours, mais de pouvoir d’agir, de dire et de faire. De faire de Strasbourg un laboratoire d’innovation démocratique et de renouvellement des pratiques politiques comme ont su le faire, à leur échelle, Saillans, Grenoble ou Barcelone… Nous avons dans les trois mois qui viennent, et avant que le rouleau compresseur de l’élection présidentielle ne se mette en branle, une occasion unique pour nous mobiliser et :

Inviter chacun à sortir de ses zones de confort militantes, à dépasser les égoïsmes partidaires et les patriotismes d’organisations qui aveuglent souvent plus qu’ils ne mobilisent. Aller vers les citoyennes et les citoyens de la première circonscription du Bas-Rhin pour élaborer avec eux, et avec des candidat-es qu’ils auront choisi et dans lesquel-les ils et elles se reconnaîtront, une plate forme politique commune dont chacun-e pourra s’emparer et que chacun-e s’engagera à défendre pour changer la donne et porter une autre voix, ici et maintenant.

Proposer une démarche volontariste qui pourrait bien faire école et redonner un peu d’espoir et de confiance à celles et ceux qui doutent de la politique, de l’écologie et de la gauche, avant que ne se mette en place le cercle vicieux de la présidentielle et sa chronique de postures annoncées à l’issue incertaine.

Nous avons trois mois

Forums citoyens, primaire ouverte, campagne commune et partagée…

Nous avons trois mois, trois mois pour aller au devant des citoyens de la première circonscription pour leur proposer d’exprimer et de porter leurs propositions dans le débat public de se mobiliser et de choisir les candidat-es qu’ils seront prêts à soutenir dans une démarche commune et rassembleuse.

Nous avons trois mois pour innover. Expérimenter. Trois mois pour aller vers plutôt que de se replier sur soi. En conséquence j’invite les citoyen-nes et les partis qui ne se résignent pas et qui désirent changer le cours des choses à s’engager au plus vite dans une démarche de ce type.

C’est à inventer. C’est possible. C’est maintenant

Éric Schultz, adjoint au maire de Strasbourg

Aller plus loin

Sur Rue89 Strasbourg : Éric Schultz : « Les partis doivent faire place »