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Comment E.Leclerc démantèle les anciens supermarchés Coop

Comment E.Leclerc démantèle les anciens supermarchés Coop

Hypercoop avait annoncé la fermeture du Leclerc Express d’Illkirch mais la société vient de faire volte-face. Le supermarché est l’un des tous derniers anciens magasins Coop à rester dans le giron d’Hypercoop. Le groupe est voué à s’en séparer, comme des autres.

Revirement à Illkirch : le Leclerc Express, ex-enseigne de Coop Alsace, ne fermera pas. C’est ce qu’a affirmé en fin de semaine dernière le directeur d’Hypercoop Laurent Leclercq après avoir annoncé en mars la fermeture du magasin avant l’été. La nouvelle avait alors déclenché une vague d’indignation des habitants et des élus.

À l’origine de la panique, selon la direction, une visite de la commission de sécurité des pompiers en octobre avait ordonné de vastes travaux de sécurisation du site. La mairie d’Illkirch-Graffenstaden et la préfecture auraient ensuite mis en demeure Hypercoop de faire ces travaux rapidement. Un coût trop lourd, à entendre le magasin au regard des 18 mois de bail de location du bâtiment qu’il lui restait. Laurent Leclerc assure aujourd’hui qu’il a finalement pu s’accorder avec le SDIS pour ne réaliser que les travaux les plus urgents. Ce compromis l’aurait amené à revoir sa position et à maintenir le magasin ouvert.

Laurent Leclercq minimise l’incident :

« C’est un simple coup de malchance administrative qui a été hypermédiatisé. »

L’explication étonne Jacques Bigot, le sénateur-maire socialiste d’Illkirch-Graffenstaden :

« Il n’y a rien de nouveau. On avait dit dès le départ à la direction qu’elle pouvait d’abord s’en tenir aux travaux les plus urgents et étaler les autres dans le temps. »

Pressions sur la direction

Plusieurs autres raisons peuvent expliquer ce revirement. La perspective de perdre ce commerce de proximité a fortement mobilisé à Illkirch-Graffenstaden. Manifestation, pétitions… De nombreux élus sont venus en renfort. Suite à son annonce, Laurent Leclercq aurait reçu pas moins de neuf courriers d’élus.

Le conseiller départemental LR Yves Sublon et le conseiller municipal Thibaud Philipps ont multiplié les contacts pour trouver des potentiels repreneurs au magasin. Norma et Carrefour ont manifesté leur intérêt. Une avancée qui pourrait avoir convaincu la direction du supermarché de maintenir le commerce jusqu’à une vente avantageuse.

Mais c’est sûrement la pression de l’inspection du travail qui a été la plus persuasive dans cette affaire. En préparation de la fermeture du magasin, la direction d’Hypercoop a commencé en mars à négocier leurs départs avec une partie de la vingtaine de salariés de manière individuelle. Sa stratégie était de convaincre le maximum d’entre eux de partir volontairement, et de reclasser les autres dans d’autres magasins Leclerc de la région. Pour le directeur d’Hypercoop, ces rencontres visaient simplement à prévenir une éventuelle fermeture administrative.

Cette incitation aux départs volontaires, pas nouvelle chez Hypercoop (voir encadré), n’a pas plu à la Direccte (direction régionale des entreprises et de la concurrence), alertée par le syndicat CFTC. Après une visite sur place toute récente, celle-ci a rappelé à la direction qu’elle devait passer par un plan de sauvegarde de l’emploi pour se défaire de son personnel.

Des petits supermarchés en sursis

Combien de temps l’enseigne Leclerc Express d’Illkirch peut-elle encore rester ouverte ? Hypercoop est locataire de ces locaux pour encore 18 mois. Pas facile avec un bail si court de trouver un repreneur prêt à s’engager, explique Laurent Leclercq :

« Nous ne connaissons pas les projets du propriétaire pour la suite. Nous ne dévoilerons pas nos intentions tant que nous ne connaîtrons pas les siennes ».

Pour Jacques Bigot, le jeu d’Hypercoop est confus. Le maire d’Illkirch-Graffenstaden estime que le groupe a laissé pourrir la situation en minimisant son engagement dans le commerce, de moins en moins achalandé et qui a fermé ses étals de boucherie et charcuterie au détail :

« Aujourd’hui, la direction annonce que le magasin reste ouvert, mais quel engagement prévoit-elle pour dynamiser ce commerce de proximité ? »

Une chose est sûre, Hypercoop n’a pas vocation à conserver le supermarché, l’un des derniers qu’il possède encore aujourd’hui. À plus ou moins long terme, le groupe le cèdera ou le fermera. Pour les syndicats, la fermeture cette année au prétexte des travaux imposés était la solution de facilité pour Hypercoop.

Stratégie de « filialisation »

En 2012, le réseau de distribution Coop a été vendu à la découpe. Le groupe Carrefour a repris la majorité des petits magasins, tandis que le groupe E. Leclerc a racheté les 7 hypermarchés et 22 supermarchés MaxiCoop, regroupés au sein d’Hypercoop. Dès 2014, la politique d’Hypercoop a été la « filialisation » : le groupe s’est progressivement désengagé des magasins pour les céder séparément à des propriétaires indépendants.

Laurent Leclercq confirme :

« Hypercoop est une société de portage qui n’a pas vocation à garder ses magasins. Nous n’avons aucune stratégie de vouloir les fermer, au contraire notre but est de tous les céder, en priorité à des adhérents du réseau Leclerc. Nous sommes dans une stratégie de continuité. Et une fois que tous les magasins seront cédés, Hypercoop n’aura plus lieu d’être ».

La plupart des magasins sont passés dans le réseau Leclerc classique, vendus à des adhérents du groupe. Le supermarché de Koenigshoffen est passé au concurrent Lidl et ceux de l’Elsau à Strasbourg et de Gries ont fermé.

Derniers magasins avant la dissolution

Au bout de deux ans, il ne reste aujourd’hui plus dans le giron d’Hypercoop que l’hypermarché de Schiltigheim et 8 supermarchés. Quatre d’entre eux doivent être vendus d’ici l’été : ceux de Rixheim, Haguenau, et Bischwiller à des adhérents du réseau Leclerc et celui de Lemberg à Intermarché.

Ceux qui resteront encore sur les bras d’Hypercoop sont les plus fragiles économiquement, en perte de chiffre d’affaires depuis trois ans : Hilsenheim, Hochfelden, et Ingwiller. D’après les chiffres que nous avons pu consulter, seul Illkirch continue de progresser, à minima. Un diagnostic, que conteste la direction, d’après laquelle les 4 magasins sont en progression positive.

Jacques Bigot veut rester optimiste :

« Ma certitude, c’est que des opérateurs sont convaincus que du commerce alimentaire à cet endroit est rentable. Il y a beaucoup de population et un fort passage grâce au parking à côté. Il y a donc un potentiel de clientèle à condition d’être dynamique. Tout ce que j’espère c’est qu’Hypercoop n’a pas décidé de rester dans le seul but de faire monter les enchères avec un repreneur potentiel. »

Le cabinet du maire doit rencontrer prochainement la direction de Carrefour. Le conseil municipal d’Illkirch-Graffenstaden a pris ses dispositions pour prévenir le risque de disparition de commerce à la place du supermarché. Il a inscrit dans le nouveau Plan local d’urbanisme – qui vient d’être soumis à enquête publique – que l’endroit peut donner lieu à un projet d’habitation, mais à la condition que celui-ci prévoit des commerces.

#Bischwiller

#NuitDebout : 300 Strasbourgeois se donnent rendez-vous

#NuitDebout : 300 Strasbourgeois se donnent rendez-vous

La première « Nuit debout » à Strasbourg a réuni plus de 300 personnes place de la République. Les participants ont commencé à s’organiser et acté de continuer l’occupation, en se retrouvant le lendemain soir. Déçus par la politique, ils recherchent de nouvelles solutions.

La pluie a sûrement douché les velléités de certains sympathisants. La préparation un peu chaotique a fait rebrousser le chemin à d’autres. Malgré ces conditions, plus de 300 personnes ont assisté à un moment ou un autre à la première « Nuit debout » strasbourgeoise, en écho au mouvement parisien né le soir du 31 mars. À Paris, plusieurs milliers de personnes se retrouvent place de la République tous les soirs depuis cette date. Elles tentent de structurer un mouvement politique citoyen, un peu à l’image des « Indignés » en Espagne.

La fréquentation de cette première nuit à Strasbourg a connu deux pics d’environ 200 personnes : vers 19h, alors que rien n’avait encore commencé une heure après le rendez-vous initial, mais aussi plus tard dans la soirée, entre 21h et 22h lorsque les discussions étaient bien engagées. Dans les rangs, jeunes et moins jeunes, des élus qui ont quitté leur parti, des déçus du PS ou de la politique en général et beaucoup de journalistes.

Des directs sur Periscope

Au début, un "baton de parole" passe dans les rangs. Ensuite, un micro a été amené et branché au groupe électrogène. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Au début, un « baton de parole » passe dans les rangs. Ensuite, un micro a été amené et branché au groupe électrogène. (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Les premières prises de parole ont débuté vers 19h30, une fois que quelques bâches ont été accrochées aux branches d’un arbre. Beaucoup de participants ont filmé les débats en direct via l’application Periscope (dont nous avec beaucoup de défauts, mais c’était une première), qui a permis à 385 000 personnes de suivre la « Nuit debout » de Paris dimanche soir.

Le mouvement organisé en 4 groupes

Toute la soirée et en début de nuit, on a beaucoup débattu sur l’ancienne Kaiserplatz. De pourquoi on est là, de si c’est le meilleur endroit compte tenu que la pluie rend le sol gadoueux, des règles de décision et surtout de comment s’organiser. Pour aller plus vite, quelques gestes permettent de s’exprimer lorsque l’on n’a pas la parole, plutôt que de hurler les uns par dessus les autres. Mais tout le monde était loin d’être au point.

Petit guide des gestes pour communiquer lors des assemblées générales (photo JFG / Rue89 Strasbourg)
Petit guide des gestes pour communiquer lors des assemblées générales (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Après des tours de parole en assemblée générale, c’est-à-dire tous ensemble, le groupe a décidé de s’organiser en 4 « branches » : action, communication, logistique et démocratie.

Les groupes action et démocratie, ont réuni le plus d’enthousiasme avec environ 80 membres chacun. La branche démocratie longuement planché sur les règles de décisions du groupe. En dehors des quatre groupes formels, beaucoup de participants sont aussi restés en petits groupes à discuter, débattre de politique, boire ou s’amuser.

nuit debout strasbourg periscope
Plusieurs participants de la #NuitDebout de Strasbourg ont filmé la soirée en direct via l’application Periscope (photo JFG / Rue89 Strasbourg)

Lors de la deuxième assemblée générale, vers minuit, il a été décidé de prolonger l’occupation pour poursuivre les débats le lendemain. La prochaine assemblée générale se tiendra ce mercredi 6 avril à 19h. Quelques irréductibles restent sur place d’ici là. En attendant, les branches doivent réfléchir à des solutions pour mieux s’organiser sur place, qui débattra plus précisément de ses revendications politiques plus tard.

À deux heures, une trentaine de personnes étaient encore sur la place, à regarder des projections de documentaires et entretien sur une toile. Une dizaine d’entre elles s’était dite prête à rester toute la nuit. Une personne dormait déjà. La déclaration en préfecture court sur trois jours.

Pendant ce temps, sur Twitter




En direct – Suivez la #NuitDebout strasbourgeoise en vidéo

En direct – Suivez la #NuitDebout strasbourgeoise en vidéo

Des centaines de Strasbourgeois se sont donnés rendez-vous place de la République pour imiter les Parisiens qui occupent la place du même nom chaque nuit depuis le 31 mars. Ces regroupements visent à débattre d’un changement de société. Suivez en direct vidéo la manifestation.

À l’issue de la manifestation contre la réforme du code du travail du jeudi 31 mars, plusieurs milliers de personnes sont restées place de la République toute la nuit. Depuis, des centaines, voire des milliers de personnes reviennent chaque soir, avant d’être évacués au petit matin par la police.

L’initiative, que l’on compare souvent à celle des « Indignés » espagnols, vise dans un premier temps à se « réapproprier la parole et l’espace public.« . L’initiative fait des émules dans d’autres villes de France (voir la carte). C’est au tour de Strasbourg d’avoir sa première « Nuit debout ».

Quelles revendications avons-nous ? »

L’ordre du jour de cette première #NuitDebout est conséquent :

– Quelles revendications (concrètes ou théoriques) avons-nous ? Le sentiment de mécontentement peut-il aller au-delà de la simple loi travail ?
– Organisation de #NuitDebout à Strasbourg : Quelles règles de base pour s’organiser (méthodes horizontales de travail, …) et pour ne pas discréditer le mouvement (pas de drapeaux partisans, ni alcool ; pacifisme vis-à-vis des forces de l’ordre)
– Comment peut-on envisager une réelle démocratie participative/citoyenne à Strasbourg, dans ses quartiers et à l’échelle nationale ?
– Liens entre habitant.e.s de différents quartiers de Strasbourg (notamment le lien banlieue / centre ville), et parler de préjugés.
– Comment peut-on faire pression sur nos élus locaux.aux ? Certains seront présents, il faudra les solliciter.
– Projection du film « Demain ! »
– Inviter des groupes de musique locaux .
– Le revenu minimum plutôt qu’une loi du travail mal foutue. Demander le salaire à vie ?

En direct vidéo sur Periscope

Il est possible de suivre la #NuitDebout de Strasbourg, en direct et en vidéo, via Periscope en cliquant sur le lien ci dessous :

@Rue89Strasbourg

Et pendant ce temps, sur Twitter




La face B des chef-d’oeuvres par Kings of Doc

La face B des chef-d’oeuvres par Kings of Doc

Kings of Doc, rendez-vous régulier des cinéphiles strasbourgeois, revient aux cinémas Star les 6 et 7  avril pour une dixième édition, avec quatre films au programme.

Au-delà d’un quelconque statut de micro-festival du film documentaire, la manifestation assume sa volonté d’attirer pour un court cycle les curieux en quête de cinéma du réel.

L’association Répliques, à l’origine de l’évènement, ne cherche pas à projeter à tous prix de l’inédit. Ces deux soirées axées autour du cinéma documentaire s’articulent donc autour d’un grand thème. Et après une 9ème édition centrée sur le sport, Kings of Doc s’intéresse cette fois au making-of ou plus généralement à l’envers du décor, à la petite histoire derrière la grande, à la légende qui entoure ceux qui font le 7ème art.

Kings of making-of

Depuis l’avènement du DVD à la fin des années 90, le spectateur contemporain est noyé de suppléments, de featurettes, de bonii dévoués à lui narrer par le menu chaque étape de la production d’un film. Le making-of est ainsi devenu, au fil du temps, un sous-genre du cinéma.

Chaque niche a ses succès et ses chef-d’ œuvres, et Kings of Doc offre notamment la possibilité de découvrir, au cours d’une même soirée, deux des films les plus importants dans ce domaine, deux tentatives de cerner la folie d’un cinéaste et le glissement vers le côté sombre de la création.

Un grand cinéaste en déroute
Un grand cinéaste en déroute

L’apocalypse de Coppola

Aux cœurs des ténèbres, l’apocalypse d’un metteur en scène, projeté mercredi 6 à 20 heures, est une œuvre longtemps restée invisible. Ce récit mené par Eleonore Coppola sur le fiasco personnel que fut le tournage démentiel d’Apocalypse now sous l’égide de son illustre mari Francis Ford, a d’abord été un succès de librairie.

Mais nourri d’images de la production et de sons glanés en secret par les témoins, cette histoire de la dérive d’un cinéaste mégalomane s’avère être le parfait complément au long-métrage de Francis Ford Coppola.

Dans sa version initiale et dans son montage augmenté (qualifié de version redux), Apocalypse now a souvent été considéré comme bancal, boiteux, ce malgré d’évidentes fulgurances. Le documentaire signé Fax Bahr et George Hickenlooper, sorti en 1991, vient nourrir la perception du spectateur pour lui offrir une vision plus complète de la Palme d’or du festival de Cannes 1979.

La confrontation des égos
La confrontation des égos

Conflits et confidences

Ennemis intimes, projeté le même soir à 22 heures, dévoile également la fragilité d’un cinéaste. Il ne se fonde toutefois pas sur un film, mais sur le corpus d’œuvres réunissant Werner Herzog, légendaire réalisateur allemand, et son comédien fétiche, le versatile Klaus Kinski. Le documentaire s’attache à la relation entre les deux personnages, à ce lien à priori totalement destructeur qui donnera pourtant naissance à l’une des plus belles collaborations de l’histoire du 7ème art.

Le film n’est pas tourné par un tiers. Werner Herzog met lui-même en scène l’antagonisme mythique, quelques années après la mort de Kinski, alors que le chapitre de leur relation semble clos.

Encore une fois, le drame réel, qui inclut des menaces de mort en pleine jungle amazonienne, semble surpasser le récit fictionnel. Les films en cause se nomment pourtant Aguirre, la colère de Dieu, ou Fitzcarraldo. Ce sont des oeuvres mémorables quelque part nourries par leur environnement.

Chez Herzog, fiction et réel se mêlent pour devenir indissociables. Et ce principe pourrait faire office de note d’intention pour cette programmation de Kings of doc : la vérité, capturée par le regard du documentariste, peut-être un objet jouissif et grisant, porteur de fantasmes plus grands encore que la fiction.



#kings of doc#Werner Herzog

Pourquoi des Alsaciens sont tentés de se faire soigner en Allemagne

Pourquoi des Alsaciens sont tentés de se faire soigner en Allemagne

Délais d’attente plus courts, thérapies inexistantes en France : de plus en plus d’Alsaciens font le choix d’aller en Allemagne pour se soigner. Malgré une médecine plus libérale qu’en France, les soins ne sont pas plus chers.

Dans la salle d’attente de ce service des urgences, des photographies de la cathédrale de Strasbourg et des rues fleuries de la Petite-France, les patients échangent naturellement en français avec les infirmiers. Une scène banale penserait-on, sauf qu’elle se passe à l’Ortenau Klinikum de Kehl, en Allemagne.

Un nombre croissant d’Alsaciens choisissent de se soigner outre-Rhin pour bénéficier des avantages du système de santé allemand. David Axelos, chef urgentiste, est le premier à le constater :

« Il y a une nette augmentation des Français. Beaucoup ne se rendent pas compte qu’ils sont à l’étranger car la grande majorité du personnel est bilingue. Et à Kehl, un dixième de la population est française ».

Un IRM en deux jours

Au-delà de l’évidente proximité,  la principale raison qui pousse les Alsaciens à traverser la frontière tient aux délais d’attente plus courts d’accès aux soins et aux équipement, notamment chez les ophtalmologues. L’édition 2011 du « Panorama de la santé » de l’OCDE montre en effet un accès aux médecins spécialistes sensiblement plus rapide en Allemagne.

En Allemagne en 2010, 83% des patients obtiennent un rendez-vous chez un spécialiste avant 4 semaines. (Photo OCDE / Enquêtes internationales sur les politiques de santé du Commonwealth Fund)
En Allemagne en 2010, 83% des patients obtiennent un rendez-vous chez un spécialiste avant 4 semaines. (Photo OCDE / Enquêtes internationales sur les politiques de santé du Commonwealth Fund)

Pour David Axelos, c’est un avantage indéniable :

« Il y a beaucoup plus de spécialistes indépendants dans l’Ortenau qu’en Alsace. Cela permet d’offrir un accueil plus rapide dans des conditions optimales. Pour passer un scanner d’imagerie à résonance magnétique (IRM) par exemple, on peut obtenir rendez-vous dès le lendemain ».

Une étude publiée en 2013 par le Centre européen de la Consommation (CEC) précise que le temps d’attente moyen constaté pour l’accès à l’IRM en ambulatoire était de 29 jours en Alsace contre deux à Kehl. La raison tient à un taux d’équipement supérieur côté allemand et au fait que plus de la moitié des appareils sont aux mains de cabinets libéraux, qui proposent des délais plus rapides que les services français.

Une spécialisation qui séduit

Par ailleurs, d’autres patients sont intéressés par les médecines non conventionnelles, à l’efficacité controversée, mais plus répandues comme spécialités outre-Rhin, tels que l’acupuncture ou le jeûne thérapeutique.

Bien souvent, l’initiative des soins à l’étranger ne vient pas des patients mais des praticiens français, qui redirigent leur patientèle vers leurs homologues allemands en fonction de leurs compétences. C’est ce qui a amené Roger et Catherine Biolchini, venus de Montbéliard, à consulter un dentiste kehlois :

« Notre dentiste à Strasbourg nous a conseillé de venir ici pour l’implant. C’est la compétence qui nous intéressait. Dès le premier appel, la secrétaire nous a mis en confiance et on a constaté que tout le monde parle français. Si on ne nous l’avait pas conseillé, nous n’aurions jamais traversé la frontière mais finalement, pourquoi pas. Pour avoir un rendez-vous chez l’ophtalmologiste, il nous faut entre 12 et 18 mois à Montbéliard. Si ça peut être instantané ici, on peut envisager de revenir en Allemagne ».

Et son nouveau dentiste de lui expliquer les différences de prix :

« Quand on prend un acte isolé, les tarifs entre les deux pays sont très similaires. Mais il faut bien faire la différence entre les régimes privé et public allemands. En Allemagne, un implant n’est pas remboursé mais les prix sont encadrés par l’État alors qu’en France, l’acte est côté en honoraires libres, d’où une variation plus ou moins importante selon les praticiens. D’autre part, en France le deuxième acte après la consultation est décoté de 50%. Pour toucher la part à 100%, le praticien donne souvent deux rendez-vous, ce qui occasionne des frais supplémentaires pour le patient ».

Intéressés par les techniques opératoires allemandes, les Français représentent 90% des patients du cabinet dentaire. Gilles Letournel, souffrant d’un kyste à la mâchoire, en témoigne :

« En France il n’y avait pas d’autre option que l’arrachage des dents. Ici, l’opération peut se faire sans recourir à un tel extrême. Le remboursement est un peu plus long mais ce n’est pas grave tant qu’il se fait ».

Une Europe de la santé en construction

L’Union européenne tend depuis la fin des années 90 à favoriser l’accès aux soins dans les autres États membres sur le fondement de la libre circulation des personnes et des services. La directive 2011/24/UE, transposée depuis dans le droit français, fixe la réglementation en matière de santé transfrontalière.

Ainsi les patients peuvent librement se faire soigner dans un autre État européen ou dans un État de l’Espace économique européen (Islande, Liechtenstein et Norvège) et être remboursés dans les mêmes conditions que si les soins avaient été reçus en France, sous réserve que leur prise en charge soit prévue par la réglementation française (article R332-4 du Code de la sécurité sociale).

Par exemple, les opticiens allemands sont autorisés à vendre des lunettes sans ordonnance, à la différence de leurs confrères français. Du coup, cette opération ne pourrait faire l’objet d’un remboursement par la Sécurité sociale sans passer par un ophtalmologue. La consultation est donc obligatoire pour se faire rembourser, mais elle peut se faire en Allemagne.

Quant aux soins lourds, nécessitant au moins une nuit d’hospitalisation ou des équipements de pointe, ils restent soumis à une autorisation préalable des caisses d’assurance maladie de l’État d’affiliation.

Sandrine Hugel est l'une des dix infirmières alsaciennes des urgences de l'Ortenau Klinikum, où elle travaille depuis 25 ans (Photo CGM / Rue89 Strasbourg).
Sandrine Hugel est l’une des dix infirmières alsaciennes des urgences de l’Ortenau Klinikum, où elle travaille depuis 25 ans (Photo CGM / Rue89 Strasbourg).

Mais malgré cette législation tendant à faciliter la mobilité, les soins à l’étranger sont encore loin d’être une démarche naturelle et généralisée. Il existe un manque de transparence sur le coût des actes et leur remboursement du fait des différences entre les systèmes d’assurance sociale. La technicité du sujet et la barrière de la langue constituent encore des obstacles pour les particuliers. Anne Dussap, responsable de formation à l’Euro-Institut, résume :

« Pour le moment dans les soins transfrontaliers, le patient part à l’aventure ».

Une pratique favorisant les économies d’échelle

Le rapport du CEC a évalué que les Français seraient gagnants à voir plusieurs secteurs coopérer davantage avec l’Allemagne, comme la gynécologie, la gastro-entérologie et l’ophtalmologie, tandis que les Allemands pourraient bénéficier des compétences françaises en matière de chirurgie de la main et de neurochirurgie.

Une gestion transfrontalière permettrait également de réaliser des économies d’échelle et d’éviter les équipements redondants. Pour l’heure, seules trois conventions de coopération ont été signées de part et d’autre du Rhin en Alsace avec l’Agence régionale de santé d’Alsace sur les soins d’urgence, les grands brûlés et l’épilepsie. L’ouverture de la clinique Rhéna début 2017 ouvrira la voie à de nouvelles collaborations.

La nouvelle région s’appellera Grand Est

La nouvelle région s’appellera Grand Est

La nouvelle région Alsace-Lorraine-Champagne-Ardenne s’appellera Grand Est. Le nom avait été rajouté au vote en ligne par les élus, après que les trois samedis de consultation avec 60 bénévoles aient débouché sur Rhin-Champagne, Acalie et Nouvelle Austrasie.

75% de votes pour « Grand Est »

75,03% des clics se sont portés sur le nom grand Est, dixit Philippe Richert (LR), président de la nouvelle Région. Pendant les trois semaines de scrutin, 287 420 votes ont été enregistrés (il était possible de voter avec plusieurs adresses email). À cela, s’ajoutent environ 1 492 votes par courrier, soit au total l’équivalent de 5,1% de la population de la nouvelle région.

Les autres propositions ont recueilli 10,38% des voix pour Nouvelle Austrasie, 9,77% pour Rhin-Champagne et 4,82% pour Acalie. Ce nouveau nom sera soumis au vote du conseil régional lors de la séance plénière du 29 avril, puis au Conseil d’État qui se prononcera le 1er octobre.

L’ensemble de l’opération de consultation et de sélection aura coûté 36 000€, selon la Région. Une dépense que Philippe Richert a dit ne pas regretter.

Résultats des votes de la consultation sur le nom de la future région

De la philo en primaire : « vos paroles sont comme des trésors »

De la philo en primaire : « vos paroles sont comme des trésors »

Dans le cadre périscolaire, l’association des Francas propose des ateliers débats philosophiques aux écoliers de primaire. Un temps pour apprendre à prendre la parole et à s’écouter penser. Reportage auprès des CP-CE1 de l’école Erckmann Chatrian, à Lingolsheim.

Il est 15h45 sous le préau de l’école primaire Erckmann Chatrian, à Lingoslheim. L’heure de l’activité périscolaire, comme tous les mardis, pour les CP-CE1. Léo Schommer, laisse les enfants de son groupe se défouler encore un peu tandis que les autres suivent déjà leurs animateurs. « J’y vais en douceur », explique-t-il, « sur une heure et demi d’activité, si j’arrive à les concentrer une demi-heure sur le débat philo, c’est déjà beaucoup ».

À 23 ans, Léo termine son master de Philosophie à l’Université de Strasbourg et vient de passer le concours de l’agrégation. Depuis deux ans, il anime l’atelier philo des CP-CE1 de l’école, sur une initiative de l’association d’éducation populaire des Francas, comme une dizaine d’autres étudiants philosophes à Strasbourg. Une occasion unique pour lui, de sortir de la philosophie académique pour se confronter à la pensée des enfants, avant d’enseigner sa matière au lycée.

Dans le couloir du préfabriqué qui abrite les salles de classe, Léo s’efforce de canaliser la dizaine d’enfants de son groupe. « À quoi on va jouer ? », anticipent déjà certains. « De quoi on va parler aujourd’hui ? », s’enthousiasme Bilel. « C’est une surprise », contient Léo. Devant la porte de la salle, le jeune homme calme l’excitation des bambins, d’une voix posée : « qu’est-ce qu’on va faire en entrant ? » C’est Tony qu’il désigne pour rappeler les règles. Le garçon énonce, fièrement : « on va mettre les affaires au fond de la classe et mettre les chaises en rond ».

Les rituels du débat

Une fois à l’intérieur, les enfants s’exécutent distraitement. « Regardez la maîtresse ! » De l’autre côté de la fenêtre, les institutrices se sont rassemblées dans la cour. Les observer accapare soudain tout l’intérêt des élèves pendant cinq minutes.

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Léo se donne une demi-heure pour concentrer les enfants sur le débat. (Photo CG / Rue89 Strasbourg / cc)

Les enfants sont enfin assis en cercle de part et d’autre de Léo. Il lui reste une heure et la séance peut commencer. Pour concentrer les enfants, Léo, comme tous les animateurs des Francas, s’accroche aux rituels du débat. Il lui faut d’abord confier le « bâton de parole » à celui qui sera responsable de distribuer la parole aux participants. Léo n’a pas eu l’occasion d’en fabriquer un avec ce groupe. C’est un stylo bic qui fait donc office de sésame.

« Moi ! Moi ! » Tous pointent le doigt en l’air pour être désignés. Léo choisit Noumidia, la seule fille de l’équipe avec sa copine Chloé. Rituel suivant, Mehmet est désigné pour rappeler les trois règles du débat. Au centre du cercle, le garçon se lance, sans trop d’hésitations : « On ne se moque pas. Il faut avoir le bâton de parole pour parler. Tout ce que vous dîtes est intéressant ».

Après un bref retour sur l’échange de la semaine passée – autour de la question « pourquoi ris-tu ? », Léo sort l’image support du débat du jour. « J’ai besoin de quelqu’un pour montrer l’image ». C’est Marouan qui s’en charge. Il présente à ses camarades la feuille A4 plastifiée sur laquelle est dessinée une femme aux multiples bras. La question est : « qu’est-ce qu’être intelligent ? »

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Noumidia choisit qui pourra prendre la parole. (Photo : CG / Rue89 Strasbourg/ cc)

Le thème du jour : qu’est-ce qu’être intelligent ?

Les idées fusent et les doigts se lèvent. À qui Noumidia va-t-elle donner le bâton de parole ? Marouan a le droit de commencer : « être intelligent, c’est faire de la musique ». Raphaël prend sa suite : « être intelligent, c’est quand on a du travail et c’est un peu plus facile pour toi parce que tu le sais déjà ». « On n’a pas besoin de réfléchir », poursuit Noumidia. « Qu’est-ce que c’est que réfléchir ? », demande Léo.

Alors que Younes, le benjamin du groupe, obtient la parole, ses camarades se mettent à rire. « Vous vous souvenez des trois règles, on arrête de se moquer », les calme Léo. Younes se lance, ignorant la question de Léo : « Être intelligent, c’est bien parce qu’on ne peut pas se tromper », argumente le petit garçon. Léo répète son intervention. « Vous êtes tous d’accord ? » « Oui ! », « Non ! », l’assistance est partagée.

« Tout ce qu’on dit est intéressant »

Pour Chloé, être intelligent, c’est « faire les devoirs. » « Est-ce que quand on ne fait pas les devoirs, on n’est pas intelligent ? », tente à nouveau Léo. « Quand on ne fait pas les devoirs, on n’est pas intelligent parce qu’on n’apprend rien », insiste Noumidia. Comme depuis le début des échanges, Léo retranscrit l’intervention de l’écolière dans son cahier.

« Pourquoi tu écris ? », lui demande la fillette. « Parce que vos paroles sont comme des trésors », lui assure l’animateur. « Non, c’est pas des trésors », rétorque Noumidia, dubitative sur la règle du débat selon laquelle tout ce qu’elle dit est intéressant.

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Pour que la parole circule, les interventions de chacun doivent rester courtes. (Photo CG/ Rue89 Strasbourg)

Mais déjà, Mehmet veut ajouter quelque chose et demande le bâton de parole : « On peut aussi faire des devoirs tout seul avec ses parents. » « Qui apprend des choses en dehors de l’école ? », rebondit Léo. « On peut apprendre avec les parents, à l’école et aussi avec les copains », affirme Tony. « Oui, j’ai appris les divisions avec ma maman », poursuit Redouan.

« On va avoir le temps de jouer ? »

Marouan s’impatiente. Le débat ne canalise déjà plus son énergie. « Tu te rappelles du contrat que tu as signé avec moi ? », l’interpelle Léo en l’invitant à le reformuler au centre du cercle. « Je respecte tout le monde », promet le garçonnet.

« Qu’est-ce que c’est qu’un contrat ? », interroge Léo. L’animateur propose à Bilel de répondre. « Non », refuse l’écolier. « Je n’ai pas le bâton de parole. » « Quand est-ce qu’on joue ? », s’impatiente un camarade. Tony a reçu le stylo magique : « Un contrat, c’est avec une signature. On peut refuser ou accepter de le signer. » Chloé aussi veut parler. Sa copine ne lui a donné qu’une fois la parole depuis le début de la séance, se plaint-elle. Bilel s’inquiète : « mais on va avoir le temps de jouer ? »

Léo tente de revenir à la question de départ : « etre intelligent ». Mais quand Chloé obtient le bâton, c’est de contrat qu’elle veut parler : « Un contrat c’est un papier, où il faut signer. Par exemple, on voudrait être docteur. Le directeur nous demande le contrat. Et quand ils sont d’accord, ils signent. »

Signer un contrat

Léo en profite pour montrer aux enfants la charte du héros de la philo, qui reprend les trois règles énoncées en début de séance et qu’il n’a pas encore eu l’occasion de leur faire signer. La plus importante d’entre elles : « tout ce qu’on dit est intéressant. » Définitivement, Noumidia n’est pas d’accord. « Moi j’y crois », lui rétorque Léo, appelant les autres enfants à la rescousse. « Moi j’y crois aussi ! », entonnent en cœur quelques uns d’entre eux.

Mais déjà Tony et son voisin Yanis sont affairés à se montrer leurs billes. Yanis n’a pas pris la parole aujourd’hui. Lors de l’atelier philo, personne n’est obligé de parler. Ça suffit pour aujourd’hui, la séance est levée.

La signature du contrat du débat philo finit d’exciter les enfants. Chacun se presse pour être le premier à signer. « Avant de signer le contrat, on range la salle », prévient Léo. Les écoliers s’exécutent, pressés d’apposer leur paraphe sur la précieuse page.

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Les enfants sont fiers de signer la charte du héro de la philo. (Photo CG / Rue89 Strasbourg / cc)

Déjà, les idées font place à la cours de récré. L’étudiant annonce un épervier et c’est la libération pour tout le monde pendant une vingtaine de minutes. Léo se dit content de la séance du jour, l’une des plus réussies depuis janvier. « Des choses ont été dites aujourd’hui. Ils ont abordé d’eux-mêmes les trois sphères de la socialisation : l’école, la famille, les amis. J’aurais aimé qu’on ouvre aux différents types d’intelligence, mais de toute façon on poursuivra lors de la prochaine séance. »

Après celles de Paris, une « Nuit debout » à Strasbourg mardi

Après celles de Paris, une « Nuit debout » à Strasbourg mardi

Une « Nuit debout » est organisée à Strasbourg ce mardi 5 avril place de la République. Le concept est né jeudi 31 mars à Paris : après la manifestations contre la loi sur la réforme du Code du travail, des milliers de personnes sont restées toute la nuit place de la République.

Depuis, les occupations nocturnes continuent et se dotent d’espaces de discussions impromptus, même si les manifestants ont été expulsés de la place vendredi 1er avril au matin, avant de revenir le soir même.

Dimanche soir, il y a eu jusqu’à 2 000 personnes place de la République à Paris.

La carte des « Nuits debout » en France

Pour l’organisateur de cette manifestation, la Nuit Debout est la suite de la mobilisation :

« Derrière le mot d’ordre #OnVautMieuxQueCa et dans l’effervescence créatrice provoquée par le film Merci Patron, (…), à la convergence des luttes sociales et écologistes puis de la mobilisation étudiante, notre mobilisation vise d’abord à rassembler et à libérer une parole citoyenne inaudible dans les cadres étriqués de la représentation politique traditionnelle. »

10 Cloverfield Lane ou les apparences de la modestie

10 Cloverfield Lane ou les apparences de la modestie

Tourné en secret, annoncé deux mois à peine avant de sortir sur les écrans américains, 10 Cloverfield Lane pourrait faire office d’exception à une époque où décortiquer chaque image d’une bande-annonce des mois avant la sortie est devenu une pratique cinéphile commune. Le film de Dan Trachtenberg, produit par J.J Abrams, assume sa dimension paradoxale, son statut d’objet mineur aux faibles prétentions mais pourtant intégré à un univers étendu.

Huis-clos situé dans un bunker, oeuvre paranoïaque et confinée, cette suite déguisée du found footage Cloverfield tourné par Matt Reeves en 2008 trouve son intérêt dans sa petitesse et dans sa modestie.

Après un accident de voiture, le personnage de Michelle y est séquestrée par un adepte du survivalisme joué par l’immense John Goodman. La menace qu’il évoque, qui les forcerait à vivre sous terre, est-elle ou non réelle ? Les semaines passent et le comportement du maitre des lieux apparait de plus en plus erratique.

Toujours un plaisir de retrouver John Goodman (Paramount Pictures)
Toujours un plaisir de retrouver John Goodman (Paramount Pictures)

Certains ne manqueront pas de comparer 10 Cloverfield Lane à l’un ou l’autre épisode de La Quatrième dimension, la célèbre anthologie de Rod Serling diffusée dans les années 60. Le film intrigue dans la mesure où il s’agit d’un objet solide, admirablement écrit et interprété, une sorte de mini blockbuster qui ne verserait pas dans la destruction massive mais s’attacherait simplement à suivre le destin d’une poignée de survivants et à vivre l’apocalypse dans un mouchoir de poche.

Mais ces qualités (et ce semblant de classicisme) ne doivent pas occulter le fait que 10 Cloverfield Lane est une oeuvre connectée, une pièce dans le vaste réseau d’Abrams, producteur visionnaire obsédé par les mythologies modernes.

Abrams, producteur moderne et centre de la toile

J.J Abrams tisse des liens, développe des univers préconçus. Son nom est déjà lié à Star Wars, Star Trek, Mission : Impossible. Il capitalise sur les franchises et incarne le fan boy absolu de la sphère geek. Dans sa conception, un film isolé semble un gâchis. Aussi, il prend le parti de corréler ce huis-clos mystérieux à un précédent succès : le film de monstre Cloverfield. Le seul lien, c’est ce nom qui fera, dans la conscience cinéphile, écho au film de 2008, à ses créatures mystérieuses venues anéantir New-York.

Cette démarche, de prime abord enrichissante puisqu’elle offre un cadre à ce récit minimaliste, a bien sûr ses limites. Le titre du film, 10 Cloverfield Lane, évente le mystère. La protagoniste interprétée par Mary Elisabeth Winstead doute d’une menace que le spectateur sait être réelle dans la mesure où le premier film l’y a préparé.

Copyright Paramount Pictures France
Mary Elisabeth Winstead, girl next door idéale (Paramount pictures)

Les affres de la paranoïa

Oeuvre chorale écrite à quatre mains, ce Cloverfield Lane porte en lui une obsession majeure du cinéma américain contemporain.

Comme le Romero de Diary of the dead, comme le Shyamalan de Phénomènes, Dan Trachtenberg met en scène un long-métrage qui donne à voir la terreur immédiate face à une menace non identifiée. Ces oeuvres, nées d’une obsession sécuritaire post 9/11, explorent la réaction d’individus face à un chaos dont ils ne comprennent pas la source.

Et Abrams, producteur-cinéaste polymorphe dont on ne saurait nier la dimension d’auteur, creuse ce sillon, encore et encore, en faisant dérailler des trains dans Super 8, son film sorti en 2011, ou en crashant des avions dans Lost, série télévisée mythique qu’il a contribué à créer. Il s’attache ainsi à l’écho des catastrophes. Michelle, héroïne de 10 Cloverfield Lane, pourrait d’ailleurs n’être qu’un reboot du personnage de Desmond dans Lost, lui aussi enfermé dans un bunker et persuadé que dehors, au contact de l’air vicié, plus rien ne subsiste.


Le film, sorti en France le 16 mars 2016, est actuellement projeté à l’UGC Cinécité Strasbourg Etoile.

Allez samedi à la journée pour réduire ses déchets à Strasbourg

Allez samedi à la journée pour réduire ses déchets à Strasbourg

Réduire les déchets, c’est vraiment le geste qu’on peut tous faire au quotidien pour réduire notre empreinte écologique et agir en faveur de l’environnement. C’est pourquoi je vous invite à participer à la journée « zéro déchet », samedi à Strasbourg.

Dans le cadre de la semaine de l’environnement orchestrée par l’association étudiante Campus Vert Strasbourg, un collectif d’associations organise une journée zéro déchet, ouverte à tous, ce samedi 2 avril de 11h30 à 18h.

Cette journée a un double objectif : sensibiliser sur l’impact de nos déchets sur l’environnement et la santé et favoriser le changement en chacun de nous pour réduire nos déchets. C’est d’ailleurs ce qui me plait dans cette journée, qu’elle soit axée sur les solutions et l’action ! Si vous souhaitez en savoir plus sur le tout nouveau collectif Zero Waste Strasbourg, qui ils sont et ce qu’ils veulent faire, rendez-vous à 14h à la résidence Paul Appell, 8 rue de Palerme à Strasbourg.

Strasbourg, capitale zéro déchet ?

Peut-être aurez-vous envie de vous engager auprès d’eux pour que Strasbourg devienne Capitale Zéro Déchet en Europe ?!

À partir de 15h30, on passe au concret avec des ateliers pour nous aider à réduire nos déchets dans notre vie quotidienne. Mon sujet de prédilection !

No Trash donnera toutes les clés pour faire nos courses sans emballage. Marie, qui a créée cette association, a surtout réduit de 90% la taille de sa poubelle. Elle a plein d’astuces et d’idées simples accessibles à tous à partager sur ce sujet.

Défi Récup‘ apprendra à donner une seconde vie à nos déchets, comme par exemple transformer une brique de lait en portefeuille ! Carole et Anne, les deux fondatrices, organisent des ateliers participatifs très conviviaux pour transformer ce qui nous encombre plutôt que de le jeter.

Au milieu de ces ateliers, j’ai participé à l’organisation d’un jeu concours avec des lots Ozetik à gagner, dont notamment de quoi faire soi-même ses produits ménagers, ou encore son stick à lèvres !

Car la réduction des déchets passe aussi par le « fait-maison », « Do-It-Yourself » (DIY) en anglais. En faisant nous-mêmes nos produits ménagers, nous réduisons nos bouteilles plastiques, nous choisissons des matières premières saines pour la santé, et en prime, on réduit son budget. Alors tenté ?

Après la manif, un bâtiment de l’université évacué par la police

Après la manif, un bâtiment de l’université évacué par la police

Après la manifestation jeudi contre la loi réformant le Code du travail à Strasbourg, et qui a rassemblé entre 5 et 8 000 personnes, les étudiants ont voulu occuper un bâtiment de l’université sur le campus de l’Esplanade, le célèbre Patio, théâtre des assemblées générales enflammées. Lors de précédents mouvements étudiants, le Patio avait été transformé en QG permanent, avec sacs de couchage, thermos, saucisson et planning pour organiser l’occupation permanente.

Foin de la tradition

Mais cette fois, la direction de l’Université de Strasbourg n’a pas souhaité sacrifier à cette tradition. La police a été appelée pour expulser du Patio la centaine d’étudiants présents, ce qui s’est déroulé en quelques minutes comme le montre la vidéo ci-dessous :

Comment la grande Région va dépenser 2,5 milliards d’euros

Comment la grande Région va dépenser 2,5 milliards d’euros

Les élus de la grande région Grand Est vont débattre vendredi à partir de 11h des orientations budgétaires de la nouvelle super-collectivité. Un budget de plus de 2,5 milliards d’euros tout de même. À suivre en direct et en vidéo.

Que faire avec 2,5 milliards d’euros ? C’est un peu la question que vont se poser les nouveaux conseillers de la grande région formée par la fusion de l’Alsace avec la Champagne-Ardenne et la Lorraine.

Suivre en direct la séance plénière du conseil régional

Bon, pas de panique, une bonne partie du budget est déjà consacré aux trains express régionaux (TER) : 600 millions d’euros.

L’exécutif de la région Grand Est (car c’est comme ça qu’elle va s’appeler, n’en doutons pas) se félicite d’avoir hérité du meilleur réseau ferroviaire de France, avec une ponctualité des trains (retards de plus de 5 mn) au top : 96,1% en Alsace, 95,2% en Lorraine et 94,8% en Champagne-Ardenne, soit les première, 2e et 3e places françaises. Après l’Île-de-France, le Grand-Est est la région qui fait le plus circuler de trains : 1 650 par jour pour 165 000 trajets quotidiens.

Pour autant, la politique volontariste menée en Alsace sur une région petite et dense va devoir se confronter à celles menées en Lorraine, où la tarification était nettement plus aidée, et en Champagne-Ardenne, où la densité de population est bien plus faible. Au final, la Région a choisi de prioritiser l’électrification de la section Gretz-Troyes et la réhabilitation de la ligne ferroviaire entre Charleville-Mézières et Givet.

Emploi et formation, la priorité de Richert

L’autre gros volet sera l’emploi et la formation. le président (LR) de la région Grand-Est, Philippe Richert, en a fait son cheval de bataille et a demandé plus de moyens et plus d’autonomie à l’État, qui s’est pour l’instant dit « d’accord pour expérimenter ». Au conseil régional d’Alsace, Philippe Richert était régulièrement critiqué par les élus socialistes pour sa politique de « saupoudrage », qui visaient à soutenir ponctuellement peu ou prou n’importe quelle entreprise qui en faisait la demande.

Le Grand-Est fera-t-il des choix clairs parmi ses priorités ? Ce sera très difficile d’autant que les dynamiques alsaciennes (industrie, biotechnologies…) sont très éloignées de celles de la Champagne-Ardenne par exemple. La grande région a la compétence du développement économique, mais qu’en fera-t-elle sur des territoires aussi hétérogènes ? Ce sera une des grandes questions de cette première mandature…

23 millions d’euros pour les communes

Autre point important à l’ordre du jour : un plan de relance de 23 millions d’euros au bénéfice des communes de moins de 2 500 habitants, dans le cadre d’un Pacte pour la ruralité annoncé par Philippe Richert peu après son élection. La grande région reprend ainsi une mission traditionnelle des Départements, qui ont vocation à aider les communes dans leurs investissements mais dont les finances sont plombées par des dépenses en hausse et des compensations de l’État en baisse.

Ce plan de relance devrait financer plus de 1 000 projets actuellement à l’arrêt faute de financement et mobiliser par effet de levier 120 millions de fonds publics pour 500 millions d’euros de travaux, selon les plans de l’exécutif. C’est la filière BTP qui va être contente de cet inespéré soutien, surtout si les leviers espérés se concrétisent effectivement. En priorité, la Région prévoit la poursuite de la mise en 2×2 voies de la RN4, la construction de l’A 304 (branche ouest de l’Y ardennais), la rocade sud de Strasbourg et le contournement de Châtenois.

Plus de 5 000 manifestants contre la « loi travail » : « l’heure de la révolte »

Plus de 5 000 manifestants contre la « loi travail » : « l’heure de la révolte »

Toujours mobilisés contre la réforme du code du travail de Myriam El-Khomri, une partie des syndicats, travailleurs, retraités, étudiants et lycéens de Strasbourg se sont retrouvés jeudi 31 mars place Kléber avant de défiler dans les rues du centre-ville. Malgré des allures de « grève générale », aucun débordement n’a été signalé.

C’est devenu le rendez-vous hebdomadaire. Une troisième manifestation pour le retrait de la « loi travail » de la ministre Myriam El-Khomri (PS)a rassemblé jeudi 31 mars  au moins 5 000 personnes d’après les estimations de la police et de la préfecture, 9 000 d’après la CGT (Confédération générale du travail). L’appel de plusieurs syndicats nationaux a été relayé par les fédérations bas-rhinoises.

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L’appel national a été relayé par les syndicats. (Photo : Marie-Charlotte Méoni)
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Les étudiants et lycéens ont répondu à l’appel des syndicats. (Photo : Marie-Charlotte Méoni)

Le temps de « convaincre le privé »

L’heure du rendez-vous est la même à chaque manifestation : 14h. La Place Kléber se remplit. Le nombre de manifestants semble plus important que les fois précédentes. Jacky Wagner, secrétaire général de l’Union Départementale Confédération Générale du Travail (UD-CGT) du Bas-Rhin explique cette plus forte mobilisation :

« Il nous a fallu du temps, mais nous avons réussi à convaincre les travailleurs du public, comme du privé. C’est la première fois qu’autant d’entreprises privées se mobilisent, notamment dans le domaine de la métallurgie. On sait qu’il faut se laisser du temps car la loi ne sera pas retirée demain donc nous sommes assez satisfait de cette mobilisation. »

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Le cortège arrive Place Broglie. (Photo : Marie-Charlotte Méoni)
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Les manifestants ont exprimé leur mécontentement sur différents supports : bande-dessinée, acrostiche, caricature… (Photo : Marie-Charlotte Méoni)

Vers 14h30, le cortège part en direction des quais. Les slogans « Grève générale ! Grève générale ! » ou « En guerre sociale contre le capital » sont de nouveau de sortie, mais le détournement de l’abréviation « PS » (Parti Socialiste) en « Pourris » et « salauds » a rendu le cortège encore plus bruyant depuis la dernière manifestation.

Les manifestants n’ont pas manqué d’imagination pour exprimer leur mécontentement : bande-dessinées, caricatures, carte de jeu, têtes en papier mâché, acrostiches… On pouvait y lire des messages coup de poing comme « Regarde ta Rolex, c’est l’heure de la révolte », « Ne vivons plus comme des esclaves » ou « Jeunes précaires, jeunes déters ».

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Après avoir quitté la Place Kléber, les manifestants ont défilé sur les quais. (Photo : Marie-Charlotte Méoni)
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Une simple image peut résumer une opinion. (Photo : Marie-Charlotte Méoni)
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Les manifestants ont voulu faire passer des messages coup de poing. (Photo : Marie-Charlotte Méoni)

Une chaîne humaine pour renforcer l’encadrement

Suite aux débordements du 17 mars qui avaient blessé cinq personnes sur le campus de l’Université, l’encadrement de la manifestation d’hier est renforcée par la présence de voitures de police et de membres de la CGT en charge de l’organisation. Un accord est passé entre les syndicats, les étudiants et les lycéens : en tête de cortège, un cordon est déployé pour rythmer la cadence de la foule et intervenir en cas de problème. Plusieurs tentatives de débordements restent sous contrôle : une bagarre dans le quartier de République, un détournement du trajet prévu et un passage en force d’une personne au retour place Kléber.

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Un cordon a été déployé en tête de cortège par des membres de la CGT en charge de l’organisation de la manifestation. (Photo : Marie-Charlotte Méoni)
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Un homme a tenté de forcer le passage au retour Place Kléber mais il a été maîtrisé par les membres de la CGT chargés de l’organisation. (Photo : Marie-Charlotte Méoni)

Vers 16h, les membres de la CGT en charge de l’organisation ont formé une chaîne humaine pour guider les manifestants et mettre fin au cortège Place Kléber. Avant d’appeler à la dispersion, deux hommes sont montés sur la statue centrale pour y accrocher les têtes en papier mâché et une longue banderole.

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Les membres de la CGT en charge de l’organisation ont formé une chaîne humaine pour guider les manifestants Place Kléber et éviter les débordements. (Photo : Marie-Charlotte Méoni)
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Deux manifestants sont montés sur la statue centrale Place Kléber pour y accrocher une banderole. (Photo : Marie-Charlotte Méoni)
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Le mouvement se poursuivra dès mardi prochain à l’initiative de l’UNEF. (Photo : Marie-Charlotte Méoni)

De futurs rassemblements sont prévus, le premier mardi 5 avril à l’initiative de l’Unef (Union nationale des étudiants de France) et le deuxième samedi 9 avril à 10h Place Kléber à l’initiative des syndicats.

GCO : Vinci avance masqué

GCO : Vinci avance masqué

Avec plus de 500 millions d’euros de travaux hors taxes, Vinci Concession, via sa société Arcos, compte rentabiliser sa future autoroute autour de Strasbourg avec les chers péages payés par les automobilistes et les transporteurs. Comment ? L’opacité autour d’un contrat, pourtant signé, étonne.

Où va partir l’argent des automobilistes quand ils emprunteront le Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg ? Difficile de se faire une idée tant il est compliqué de recueillir des informations sur un contrat de concession pourtant paru au Journal officiel du 31 janvier 2016.

En plus d’une semaine, la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) d’Alsace – Champagne-Ardenne – Lorraine nous a simplement répondu que les 24 annexes du contrat de concessions étaient « consultables », mais non « diffusables ». Elle nous a renvoyé vers la Direction Générale des Infrastructures des Transports et de la Mer (DGTIM), qui elle-même, après relance, nous a donné l’adresse mail du service presse du Ministère, qui n’a pas répondu à notre demande.

Le dernier plan de situation. Le GCO est en violet, sur une longueur de 24 kilomètres. (document officiel)
Le dernier plan de situation. Le GCO est en violet, sur une longueur de 24 kilomètres (Document Dreal)

Aucune obligation de publier les annexes du contrat

Il est vrai que, contrairement aux collectivités locales, rien n’oblige l’État à publier ces documents explique une note du ministère de l’Économie, qui – sans rire – ajoute plus bas qu’il y a « une transparence accrue des contrats de concession » (page 39) :

« Aucun dispositif comparable de publication ou de mise à disposition n’est prévu par la loi Sapin, pour les délégations de service public conclues par l’État ou l’un de ses établissements publics. »

Ni par aucun autre texte pour résumer. Lorsque l’association Alsace Nature a insisté pour avoir des documents, elle n’a obtenu que des annexes où la plupart des informations pertinentes étaient noircies.


Mais sur certains logiciels, les passages noirs se dévoilent, les informations se dévoilent, en sélectionnant le texte :

Un passage d'annexe passé par un logiciel. L'anonymat du point de contact a été préservée (édition Rue89 Strasbourg)
Un passage d’annexe passé par un logiciel. L’anonymat du point de contact a été préservée (édition Rue89 Strasbourg)

L’association a déposé un recours gracieux contre l’État pour qu’il reconsidère son projet. Si elle n’obtient pas gain de cause, ce qui est probable, elle envisage de porter ses revendications au tribunal administratif. D’après les juristes de l’association, le contrat ne respecterait pas plusieurs réglementations, dont celles sur les espèces protégées ou sur l’eau.

Une mini-société pour piloter les travaux

Publiquement, tout juste sait-on que c’est la société Arcos qui a été mandatée. C’est une société crée par Vinci, dont le seul objet sera la construction et l’exploitation de la route pendant 54 ans. Ses actionnaires sont pour moitié Vinci Concessions et SOC 44 (une filiale détenue à 100% par Vinci). Elle a été constituée en juillet 2012, moins de deux mois après que le contrat de concession de l’époque a été annulé par l’État. Le motif officiel était alors que Vinci ne trouvait pas prêteurs. Un prétexte économique et non politique, après que les élus PS et écologistes avaient promis qu’un gouvernement de gauche annulerait le GCO avant la présidentielle de 2012.

Visiblement, à peine destitué, Vinci avait déjà en tête que le GCO renaîtrait de ses cendres. Pour consulter les statuts d’Arcos, il faut payer 11,70€ par document auprès d’Infogreffe. Cette société, domiciliée à Rueil Malmaison, a déménagé à l’Espace européen de l’entreprise de Schiltigheim le 27 novembre 2015, une fois que la concession lui a été attribuée. Elle n’a pas de site internet, de numéro de téléphone public, et n’avait pas de salarié au 31 décembre, selon societe.com. Son capital social est de 15 000 actions à 1€ l’unité. Autrement dit, c’est une mini-structure à 15 000€ de capital qui redistribuera les 518 millions d’euros (hors taxe) de travaux prévus à de nombreux sous-traitants.

Appel à des sous-traitants locaux

Sur le site d’Alsace Nature, un internaute qui se présente comme ouvrier du BTP avance de potentiels sous-traitants locaux :

« 90% de l’argent investi va rester dans la région, car Vinci, c’est d’abord des entreprises régionales que vous côtoyez tous les jours, et je vous le prouve. Les ouvrages d’art, ce sera certainement Anstett d’Illkirch, l’électrification et les réseaux de communication, Citeos de Hoenheim, le terrassement sera en groupement entre Weiler (Sarrebourg) et GTM (Richwiller), les chaussées Eurovia et Jean Lefèbvre (Molsheim, Fegersheim, Haguenau), sans oublier nos collègues MTHA de Krautergersheim. »

Enfin, lors de la mise en service, programmée pour octobre 2020, l’exploitation sera confiée par Arcos à Vinci Autoroutes. À ce propos, plusieurs informations essentielles avaient été publiées dans les Dernières Nouvelles d’Alsace qui se sont procurées des annexes non-caviardées. Les prix des péages pour les 24 kilomètres seraient fixés à 3,13€ ou 4,67€ selon la classe de voiture et de 8,40€ ou 9,54€ selon le type de poids lourds. Les motos ne paieraient que 1,96€. Ces tarifs peuvent augmenter, notamment avec l’inflation.

Avec des prix pareils, le GCO pourrait concurrencer l’autoroute la plus chère de France, très peu utilisée en Gascogne (A65), puisque seul le prix au kilomètre des véhicules de classe 1 serait inférieur (13 centimes au kilomètre contre 14,67 en Gascogne, autour de 19 centimes pour les véhicules de classe 2 sur le GCO). Après 6 ans d’exploitation, la société Alienor espère être à l’équilibre en 2016 pour la première fois, après une nouvelle hausse des prix.

Un prêteur nommé… Vinci

D’autre part, on apprend, toujours dans les DNA, que le financement se fera à 41% (263,9 millions d’euros) par les actionnaires d’Arcos et à 59% (368 millions) par des prêts dits aux taux Euribor à 1 mois ou 6 mois (un taux variable) sur 12 ans, éventuellement renégociés sur 30 ans. Plus subtil, une partie de l’argent amenée par les actionnaires est elle-même financée par un prêt de 150,4 millions d’euros à Vinci Finance internationale, une filiale domiciliée en Belgique où les taux d’imposition sur les société sont plus faibles qu’en France. Le taux d’intérêt est de 9%. Il est déconnecté des tarifs actuels, bien plus bas, mais permet de s’assurer que les frais financiers restent dans le groupe Vinci. Ce montage serait « transitoire » avant de se tourner vers un groupement de banques (pool bancaire).

Dans l’exploitation, Vinci table sur un trafic passant de 20 000 véhicules par jour les premières années à 32 000 véhicules. Des prévisions plus optimistes que la plus optimiste des études (CGEDD) qui tablait sur 14% de report de trafic de l’A35, soit 23 000 véhicules, si on compte la fréquentation quotidienne actuelle de 165 000 véhicules. Comme le contrat a été attribué avant les élections régionales, ces prévisions ne tiennent pas compte du projet de « taxe transit » qu’avait promis le candidat Philippe Richert (LR), élu président d’Alsace – Champagne-Ardenne – Lorraine en décembre.

Un taux de rentabilité raisonnable, mais qui ne risque pas de faire baisser les prix

Avec ces projections, le GCO dégagerait un taux de rentabilité interne (TRI ou taux d’actualisation) de 9,72%. Si ce taux excède 12%, les prix des péages doivent baisser. Si le chiffre d’affaires est de 10% supérieur aux prévisions, Vinci payera une redevance à l’État. Enfin l’équipement est remis gratuitement à l’État au bout de 40 ans (et non 54 comme prévu) si le chiffre d’affaires cumulé est de 9,4 milliards d’euros à cette date.

Olivier Sautel, vice-président du cabinet d’expertise économique Microeconomix, qui a travaillé sur les autoroutes, décrypte ces données :

« La clause d’un TRI maximum de 12% parait généreuse, car il y a une très grande différence entre 9,72% et 12% en terme de rentabilité. Sur des autoroutes déjà en service, on avait calculé que l’État accordait 9% de taux de rentabilité, alors qu’il était de 6,5% lors de la privatisation, ce qui au niveau national représente environ 20 milliards d’euros de surprofits qui se répercutent dans les péages sur le prix chaque année. Et ce alors que le risque était limité sur ces autoroutes existantes. Dans le cas d’une nouvelle construction comme le GCO, il y a un risque supporté avec l’investissement : si les travaux coûtent plus cher que prévu, c’est aussi à Vinci d’en assurer la charge. De même si le trafic est inférieur aux attentes. C’est normal que le risque soit rémunéré. La question est de savoir s’il n’est pas surpayé par rapport aux concurrents ou aux autres moyens à disposition. Avec des mécanismes comme le plan d’investissements européen Juncker, il y avait peut-être des solutions de financement public qui aurait pu être plus rémunératrices pour l’État à long terme. Mais l’agenda politique et celui des finances publiques n’est pas toujours le même, donc l’intérêt à court-terme d’un financement privé est privilégié. Qui se soucie d’une solution intéressante sur 54 ans ?
En revanche, la clause d dépassement de 10% du chiffre d’affaires limite effectivement les dérives, car c’est au niveau des revenus et du financement que peuvent se faire les écarts, plutôt qu’au niveau des coûts d’exploitation sur lesquels le concessionnaire ne peut pas beaucoup jouer. »

« Une stratégie pour pousser les automobilistes à prendre le GCO »

Dans ces calculs, Stéphane Giraud, directeur d’Alsace Nature, regrette qu’il n’y ait aucun système alternatif de transports autour de Strasbourg :

« Spontanément, personne n’emprunterait le GCO. C’est une stratégie pour congestionner le plus possible l’A35 qui poussera les automobilistes et transporteurs à prendre le péage. Il n’existe pas d’outil juridique pour interdire les poids lourds sur l’actuelle A35. Et même si c’était le cas, ce serait facile à contourner avec du cabotage, c’est-à-dire une petite livraison à Strasbourg avant de reprendre la route. C’est de l’argent artificiel. »

Et si l’autoroute n’est pas rentable ? Le maire de Kolbsheim Dany Karcher, opposant au GCO, craint qu’une mini-société sans capital puisse se mettre en cessation de paiement une fois l’argent des travaux distribué. Selon Olivier Sautel, « dans les faits, une renégociation est très souvent effectuée, soit au niveau des prix, soit sur la durée de la concession ».

Dans les Vosges, c’est le cas du tunnel Maurice-Lemaire (7 kilomètres). Alors qu’il devait vider les cols vosgiens des poids-lourds seuls 200 camions l’empruntaient chaque jour, quand 1 000 autres prenaient les petites routes gratuites. En échange d’un rallongement de la concession de l’A31, les prix ont été baissés pour les automobilistes (de 8 à 6 euros pour les voitures légères) comme les camions (de 64,7 euros à 28 euros) le 1er février 2016. Reste à voir si cet ajustement rééquilibrera la circulation.

Les larges remembrements des parcelles en discussion

En attendant, d’autres négociations sont en cours. Celles des remembrements des terres agricoles traversées par le bitume. La loi oblige le constructeur à procéder à des indemnisations. L’emprise au sol du projet est de 300 hectares, mais ces remembrements pourraient concerner « 6000 à 7 000 hectares, voire 10 000 ! » d’après Luc Huber, maire de Pfettisheim, porte-parole du collectif GCO Non merci. Les agriculteurs espèrent tirer le plus possible de compensations pour leurs pertes de terrain, tandis que les opposants voudraient que ces dépenses supplémentaires fassent renoncer Vinci à son projet.

Ni Vinci Concessions, ni Arcos, que l’on ne peut contacter que par mail, n’ont répondu à nos sollicitations.

Comment la guerre de la knack alsacienne s’est terminée sur un flop

Comment la guerre de la knack alsacienne s’est terminée sur un flop

À LIRE SUR

LES ÉCHOS

Trop d'Alsace dans la knack d'Alsace ? (-)
Trop d’Alsace dans la knack d’Alsace ? (-)

Les Échos reviennent sur l’aventure avortée de l’indication géographique protégée « knack d’Alsace », qui aurait dû être officialisée ces jours-ci. En juillet 2014, Rue89 Strasbourg vous avait raconté les batailles de l’ombre derrière cette appellation qui apparaissait alors plus que nécessaire. Mais patatra, l’administration a rappelé à tout le petit monde de la charcuterie que si une « knack d’Alsace » existait, ça aurait voulu dire que toutes les autres saucisses ne pouvaient pas s’appeler d’Alsace, sauf à devenir des contrefaçons !

100 000 tonnes de charcuterie alsacienne par an

Comme le rappelle Les Échos, il n’y a que « 6 000 tonnes de knacks d’Alsace par an – sur un total de 100 000 tonnes de charcuterie produites industriellement dans la région ». Du coup, les industriels ont fait marche arrière, alors que leur dossier était bouclé, y compris au niveau des instances européennes :

« La profession avait évalué le préjudice à plusieurs millions d’euros, sachant qu’il serait nécessaire de modifier toutes les stratégies de marketing et de packaging. De plus, il aurait fallu renégocier les référencements avec la grande distribution ».

Les industriels regrettent que l’Institut national de l’origine et de la qualité (Inao) considère que toute charcuterie d’Alsace aurait fait de l’ombre à la knack. En attendant, les industriels alsaciens peuvent apposer sur leurs produits le label « Savourez l’Alsace » de l’Association régionale des industries agroalimentaires (Aria) d’Alsace. Et tant pis pour la définition exacte du « knackant »…

Lire l’enquête complète sur Les Échos

Antoine Waechter candidat à la présidentielle de 2017

Antoine Waechter candidat à la présidentielle de 2017

Antoine Waechter, membre du Mouvement écologiste indépendant (MEI) a déclaré être candidat à l’issue d’une décision du parti. Il était déjà candidat des Verts en… 1988 ! Il avait réalisé un score de 3,78%. Plus récemment, il était tête de liste dans le Haut-Rhin, bastion du MEI, sur la liste d’Europe Écologie Les Verts (EELV) lors des élections régionales en décembre (6,7% sur la grande région avant un retrait entre les deux tours).

Contacté, Antoine Waechter indique que c’est une décision collective du MEI pour s’assurer qu’il y ait une candidature écologiste en 2017 :

« Il y a pour l’instant deux hypothèses : ceux qui pensent qu’il faut suivre François Hollande et ne pas présenter de candidat et ceux qui pensent qu’il faut une candidature pour EELV. Mais Nicolas Hulot a déjà décliné ou ne se présentera qu’en novembre, ce qui est trop tard pour les parrainages, tandis que Cécile Duflot participe aux réunions d’une primaire de la gauche pour avoir une candidature commune avec l’extrême-gauche, ce qui n’est pas acceptable pour nous. Cette candidature est sérieuse et permet de taper du point sur la table. Si par la suite, un meilleur candidat au rassemblement écologiste, notamment lors du congrès de juin d’EELV, se dessine, je n’en fais pas une question d’égo. »

Pour les 500 parrainages, il compte sur le soutien des élus locaux écologistes.

Les dernières candidatures autonomes d’EELV ont été difficiles : 2,31% pour Eva Joly à la présidentielle de 2012, 8,95% aux élections européennes de 2014 (6 élus dans toute la France), aucun conseiller départemental en Alsace en mars 2015, un retrait de la liste en Alsace-Lorraine Champagne Ardenne en décembre…

À cela, Antoine Waechter répond que le nombre d’élus reflète surtout le niveau de « soumission au PS » et qu’il y a un électorat prêt à voter « pour une projet écologiste sincère ». L’accord EELV-PS pour les législtatives de 2012 avant la présidentielle était à son sens une manœuvre qui a fait perdre du crédit à la candidature d’Eva Joly « malgré ses qualités ».

Deux Alsaciens déjà candidats

Antoine Waechter est le deuxième Alsacien à se déclarer candidat à l’élection présidentielle de 2017, après Paul Mumbach, maire de Dannemarie et membre du parti régionaliste Unser Land.

Mais entre les candidatures annoncées un an avant les élections pour faire parler de soit et les nouvelles règles que l’Assemblée nationale est en train de voter pour rendre plus difficile les initiatives des « petits candidats », pas sûr qu’il y en ait un seul sur la ligne de départ.

#Antoine Waechter